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Les doigts de l’homme, Le coeur des vivants

22 Avr

 

A l’écoute de ce nouvel album, Le cœur des vivants,  il vient deux échos celui de Pagani, avec les gens de nulle part, qui savent faire l’amour à tous les instruments, ou en paraphrasant Aleksandar Petrović,  J‘ai même rencontré des guitares heureuses… *

Tout est d’une finesse et d’une élégance trop rares dans un genre où quelques néo Django n’ont retenu que le swing mitraillette, celui dont Sarane Ferret disait vers 1945,  c’est bien toutes ces notes, mais on n’a pas le temps de voir le paysage.

Avec Les doigts de l’homme, c’est du swing champagne, et du meilleur, des guitares qui chantent avec des voix limpides, suaves, des dentelles de musique pour des paysages à rêver à un bonheur éternel, des notes de cristal le plus fin, rien à voir avec les TGV de la musique speedée, c’est le vol de l’alouette qui est portée par la brise, ou qui plonge à travers les nuages, alternant la grâce et la virtuosité sans en faire une démonstration clinquante, juste la grâce.

L’ajout de percussions mi cajun, mi batterie est particulièrement judicieux avec des couleurs qui flirtent avec l’Orient et ses sortilèges.

Parmi les rares groupes qui ont pris la trace du Quintette du Hot Club de France, très peu ont su s’inspirer, créer, et non dupliquer ad libitum. Les doigts de l’homme font partie du haut du panier, peut-être même au dessus avec ce nouvel album, oubliez ceux qui font des guitares néo Selmer des grattes-ferraille où on entend plus le médiator que la corde sensible, ici tout est musique, écoutez,

Le coeur des vivants

 

et voici leur FB pour dates de concert, et toutes ces sortes de choses, clic sur la guitare, celle de Crolla, ne nous refusons rien…

 

 

« Le Cœur Des Vivants« , nouvel album des Doigts de l’Homme, disponible en vinyle!!!

Avec Olivier Kikteff, Nazim Aliouche, Yannick Alcocer, Tanguy Blum, Benoit Convert
Sortie le 28 avril, partout! Et le 28 avril, rendez-vous à Mozac avec notre correspondante permanente en Auvergne, Danièle Sala, pour le concert du 28,  La Puce à l’Oreille, à Riom.

  • J’ai même rencontré des tziganes heureux, film d’Aleksandar Petrović.

Norbert Gabriel

 

 

Et pour une brève histoire  du jazz manouche, et de guitares, c’est là:

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/une-histoire-de-jazz-francais-les-60035

Jour Ferré, 10 ème !

10 Avr

En plus des artistes annoncés sur l’affiche ci-dessus, il y aura Jean-Jacques Vanier, comédien et humoriste…

Qu’on se le dise!

Pour faire vivre le cabaret chanson …

8 Avr
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Aidez-nous à créer une connexion cabaret Chicago à Paris

Jean-Pierre et Claudia

Salut mes amis et mes collègues de musique et de théâtre en France,

De temps en temps, j’arrive à Paris avec des amis et des idées. Cette fois-ci, c’est le plus ambitieux des projets : soutenir le cabaret chantant de Paris !

Nous sommes devant un nouvel âge d’or pour le cabaret chantant et la chanson intime. Réunissons-nous !

[To read about our project in English, please visit www.chicagopariscabaretconnexion.org

***

Projet d’échange de chanteurs Chicago-Paris, sur le thème de la chanson de cabaret

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Claudia Hommel, Elizabeth Doyle, Lynne Jordan

Objectif:

Lancer un premier échange de chanteurs venant des deux côtés de l’Atlantique, réunis pendant trois jours à Paris, du 15 au 17 septembre 2017, pour soutenir l’art du cabaret de la chanson intime.

Contexte:

Comme vous savez, le cabaret, cette forme de spectacle intime, est né à Paris dans les années 1880.
À Chicago, le cabaret est arrivé dans les années 1920, et a fleuri pendant les années 1950-70. Pour le soutenir à Chicago, j’ai cofondé « Chicago Cabaret Professionals » en 1998. Le CCP est un organisme qui soutient une scène de cabaret à Chicago devenue très active, et sert de réseau clé pour les artistes et les amateurs de cabaret.

Les Etats-Unis ont par ailleurs de nombreux autres groupes et conférences pour soutenir l’art du cabaret (Mabel Mercer Foundation à New York, Manhattan Association of Cabarets and Clubs, Boston Association of Cabaret Artists, Saint Louis Cabaret Festival and Conference, Cabaret West, etc.).

À ma grande surprise, le Paris contemporain n’a pas de centre, pas de moyen facile d’identifier les praticiens, les lieux ou les événements de la chanson intime. A part le « Lapin Agile », qui constitue une exception, ce que le bureau de tourisme de Paris appelle le « cabaret » est le spectacle de style « Moulin Rouge » et la comédie plutôt que la chanson intime.

Au fil des ans, j’ai rencontré des dizaines de chanteurs français, ai rejoint plusieurs d’entre eux sur scène au Lapin Agile, ou au Bal Mouffetard les dimanches matins, et je participe aux discussions en cours sur la condition de l’art du cabaret. Venez nous rejoindre !

Objectifs:

Serait-ce prétentieux de vouloir faire revivre le Cabaret à Paris ? Les artistes de cabaret de Chicago ont quelque chose à offrir à leurs collègues français et une discussion sur les préoccupations mutuelles nous aiderait tous.

Espérons que notre première visite en septembre nous conduira à des échanges continus à Chicago et à Paris en 2018. Commençons par rassembler une douzaine de chanteurs dévoués des deux côtés de l’Atlantique et un public intéressé pour profiter des résultats!

La délégation de Chicago sera menée par la chanteuse-pianiste-compositrice Elizabeth Doyle, l’interprète-diva Lynne Jordan et moi. Elizabeth et moi allons diriger 10 heures de master classes avec deux coachs français, accompagnés au piano par Jean-Claude Orfali du Lapin Agile.

La logistique en France est organisée par Mylène Launay avec l’aide de Christian Stalla, et l’aimable participation de la chanteuse Nathalie Joly, entre autres.

Pour rejoindre l’échange, que vous soyez de Chicago, de Paris ou de toute autre ville, cliquez sur notre questionnaire de participation et contactez-nous à info@ChicagoParisCabaretConnexion.org et par téléphone à Chicago (Claudia 1.773.509.9360) ou à Paris (Mylène Launay 06.71.83.70.65).

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CALENDRIER:

SongShopGroup

• PRINTEMPS 2017 – Discussions individuelles et réunions de planification pour concevoir l’échange, recruter des participants, gagner de l’argent et collecter des fonds.

• ETE 2017-Événement de collecte de fonds et envoi de concerts pour le contingent de Chicago

• LE 15-17 SEPTEMBRE 2017:
VENDREDI
Les artistes de cabaret de Chicago rejoignent nos collègues français au musée de Montmartre, puis dans l’historique Cabaret du Lapin Agile pour faire connaissance et partager. Nous dînons ensuite à proximité et reviennent assister au spectacle du Lapin Agile.

SAMEDI
Masterclass d’interprétation avec professeurs américains et français, à l’Atelier du Chant dans le quartier latin. Ouvert aux chanteurs et aux auditeurs, professionnels et amateurs de tous âges.
Conférence-lecture illustrée par l’auteur de « La chanson de proximité », Michel Trihoreau, qui retrace l’histoire du cabaret en France, avec Michel Grange à la guitare.
Un concert public le soir.

DIMANCHE
La masterclass continue. Notre groupe de discussion sera rejoint par Christian Stalla (ancien interprète de cabaret et rédacteur en chef de la Collection Cabaret aux Éditions l’Harmattan).
En conclusion, un concert public avec tous les participants (lieu à annoncer).

2018 : Chicago accueille l’échange pendant 3 jours similaires

***

Comment nous aider

Tout le monde trouve cela intéressant, mais ce n’est pas facile de trouver des idées de financement ! Pour demander des subventions, il faut impérativement une structure pour faire les démarches, une association qui peut servir comme on dit aux Etats-Unis de « Fiscal Agent ». Est-ce que vous faîtes partie d’une telle association (d’une organisme comme la Sacem) ? Est-ce que vous pouvez nous mener vers une association ?
Nous avons fait des premiers pas vers quelques salles pour des concerts de samedi et dimanche soirs (la Vieille Grille). Si vous avez d’autres contacts pour une salle qui pourrait accueillir 100 personnes, n’hésitez-pas à contacter Mylène Launay 06.71.83.70.65 .
Recruter et nous joindre ! Les masterclasses d’interprétations et d’expression scénique sont destinées aux professionnels et amateurs avancés, pour faire un vrai échange de modes de formation.

Pour nous joindre en chantant, remplissez notre questionnaire de participation

Je me réjouis de vous joindre pour cet échange !

Claudia Hommel

 

S.O.S Photo…

24 Fév

Formation+photographe

Un collègue photographe vient de se faire voler son matériel. Voici son message, ci-dessous, et une proposition de soutien effectif et matériel, lancée par NosEnchanteurs , vous trouverez le lien tout en bas, vers la tire-lire..

Message Facebook de Vincent Capraro, ce jeudi 24 février 2017 :

« Chers amis, ce soir devait être une belle soirée de retrouvailles avec un ami de plus de trente ans. Pour lui un beau concert au Trianon avec Clarika , pour moi la Cigale avec Olivia Ruiz. Il était prévu que je fasse les photos du concert et un petit article sur NosEnchanteurs pour vous parler de cette soirée. Le sort en a voulu autrement, des voleurs professionnels ont réussi à me voler mon sac contenant la totalité de mon matériel photo, placé sous ma chaise, dans un restaurant à côté de la Cigale. Environ 6 000 € de matériel et évidemment toutes mes pièces d’identité, CB,carte vitale , clefs…. L’histoire peut sembler banale, mais c’est pour moi la consternation. Ces crétins en tireront trois sous alors que cela représente des années d’économies pour développer une activité « artistique » qui n’a comme seule ambition le partage de la passion de l’image, de la musique et la chanson. Ma seule ambition a été de vous faire plaisir en tentant de mettre en valeur des artistes dont nous admirons le talent , la sensibilité. Mettre en lumière des artistes qui n’ont pas la chance d’être vus sur les grands médias et qui pourtant sont si essentiels. Tout ça bénévolement, avec patience et obstination pendant des années. Ma seule rémunération a été vos commentaires, vos remerciements, votre enthousiasme parfois qui m’ont toujours surpris et encouragé. Mais la photo m’a aussi permis des rencontres privilégiées avec ces saltimbanques qui me fascinent, m’impressionnent par leur talent et leur courage dans un travail tellement difficile et généreux au service du plaisir du public. La maîtrise de la scène, cette capacité à emmener le public dans leur univers, c’est ce qui m’a passionné et m’a tellement donné l’envie de figer ces instants sur « la pellicule » comme pour avoir l’ ultime rappel du spectacle, ce petit supplément d’émotion. J’ai adoré me cacher, m’effacer pour mettre en valeur, scruter les instants facétieux et l’instant fragile de l’émotion pure.Certains de ces artistes sont devenus des amis, je suis fier d’avoir un peu de crédit à leurs yeux. J’ai voulu partager aussi ces moments, ces rencontres au travers d’articles, d’ interviews par le biais de Nosenchanteurs.eu, ce quotidien de chanson qui vit grâce à l’énergie d’une petite équipe de passionnés, de dingues comme moi, qui ne comptent pas leur temps qui se mettent au service d’une noble cause, faire vivre la chanson. Cette chanson, dans toutes ses composantes qui fait partie de notre ADN et ponctue nos vies. NosEnchanteurs m’a accueilli à bras ouverts il y a 18 mois, je ne pourrai malheureusement plus leur offrir mes photos. Des minables nous ont privé de ça et je n’ai pas de solutions.Alors bien évidemment, il y a bien plus grave et mon propos n’est pas de faire s’apitoyer sur mon sort. Je suis juste triste de ne plus pouvoir vous partager ce travail. En guise de de spectacle ce soir j’aurais passé la soirée au commissariat du 18 ème…  je vous rassure aucun accident de matraque à déplorer. C’est déjà ça ! Alors comme un manouche sans guitare, je vais dévorer le beau livre de Joel Favreau reçu aujourd’hui, ses « quelques notes avec Brassens ». Vous voyez la vie est belle. »

La tire-lire, c’est là, clic on the photo box… box-agfaIl est évident que je me reconnais assez bien dans ce portrait de photographe de spectacle…

Norbert Gabriel

#Années folles

19 Fév

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Si le lundi qui arrive vous semble être un lundi de m…orosité, de m…isère ou de m…alchance malencontreuse, il y a un remède possible à cette m…élancolie, programmez la soirée de lundi avec ces deux luronnes qui vont vous repeindre le moral couleur champagne. Monsieur est d’humeur chafouine ? Ces dames vont lui requinquer les zygomatiques, et plus si affinités… Madame est quelque peu désabusée ? ces deux gigolettes vont lui donner le punch de la féminité en voie de libération , au cas où cette notion se soit estompée au fil du temps.

les-annees-folles-13-02-2017-20-26-37-2220x2477Et si tout va bien pour vous m’sieur-dames, régalez-vous d’un bonne pinte de ces exubérantes demoiselles qui n’ont pas froid aux yeux pour dévorer la vie sans modération, il sera toujours temps de baisser pavillon si les avanies de la vie vous accablent. Et puis, ce n’est pas que de la gaudriole à rire et chanter, c’est aussi une fresque culturelle et historique. Anne Cadilhac a toujours su enrichir ses spectacles de pages édifiantes, on l’a connue inspirée par Schopenhauer, aujourd’hui, c’est Marx, elle prétend que c’est Karl, dont elle rappelle quelques paroles bien senties, mais on voit bien que la mise en scène est plutôt Groucho dans ses meilleurs jours. Dans cette pétillante fantaisie en tempo sostenuto, les deux partenaires déroulent le film de ces années folles de rage de vivre, d ‘émancipation, en attendant que le volcan explose, dansons, et champagne à volonté… Tout bien réfléchi, c’est pas un peu actuel tout ça ? Allez, les années folles, c’est Cocteau, le Boeuf sur le toit, Joséphine Baker, Picasso, Anne Cadilhac et Juliette Pradelle, Irina la dadaïste et Max, la garçonne, c’est Cole Porter et Poulenc, des lendemains de guerre et la veille d’un cauchemar, autant de raisons de rire et de chanter, la vie…

Tous les lundis à 19h30, on réserve ici , clic sur l’affiche,

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Et pour quelques images de plus,

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Photos©NGabriel2017

Et on peut même avoir un aperçu sonore et visuel, et hop !

 

Norbert Gabriel

Et la chanson dans tout ça?

11 Fév

Au lendemain des Victoires – en chantant- de la Musique,  un petit retour avec notre ami Orwell, de plus en plus d’actualité, et d’autant plus inquiétant…

Pour mémoire…Orwell- 2 vérité

Ce que disait Orwell en 1948..

Extrait de “1984″ :

Il existait toute une suite de départements spéciaux qui s’occupaient, pour les prolétaires, de musique, de théâtre et, en général, de délassement. Là, on produisait des journaux stupides qui ne traitaient presque entièrement que de sport, de crime et d’astrologie, de petits romans à cinq francs, des films juteux de sexualité, des chansons sentimentales composées par des moyens entièrement mécaniques sur un genre de kaléidoscope spécial appelé versificateur.” … “L’air avait couru dans Londres pendant les dernières semaines. C’était une de ces innombrables chansons, toutes semblables, que la sous section du Commissariat à la Musique publiait pour les prolétaires. (…) Mais la femme chantait d’une voix si mélodieuse qu’elle transformait en chant presque agréable la plus horrible stupidité …”

Toute ressemblance avec quelques chansons play-listées n’est absolument pas fortuite.

A peu près 10 ans plus tard…

Albert-Camus_8464Ce que disait Camus en 1957 (Extrait du Discours du 10 décembre 1957 )

(…) L’artiste se forge dans cet aller retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s’arracher. C’est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s’obligent à comprendre au lieu de juger. Et, s’ils ont un parti à prendre en ce monde, ce ne peut être que celui d’une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne régnera plus le juge, mais le créateur, qu’il soit travailleur ou intellectuel.

(…)

Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. Héritière d’une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd’hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l’intelligence s’est abaissée jusqu’à se faire la servante de la haine et de l’oppression, cette génération a dû, en elle-même et autour d’elle, restaurer, à partir de ses seules négations, un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir. Devant un monde menacé de désintégration, où nos grands inquisiteurs risquent d’établir pour toujours les royaumes de la mort, elle sait qu’elle devrait, dans une sorte de course folle contre la montre, restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture, et refaire avec tous les hommes une arche d’alliance. Il n’est pas sûr qu’elle puisse jamais accomplir cette tâche immense, mais il est sûr que, partout dans le monde, elle tient déjà son double pari de vérité et de liberté, et, à l’occasion, sait mourir sans haine pour lui. C’est elle qui mérite d’être saluée et encouragée partout où elle se trouve, et surtout là où elle se sacrifie.

(…)

camus journal

et pour conclure (conférence du 14 Dec 1957)

(…) À partir du moment où l’abstention elle-même est considérée comme un choix, puni ou loué comme tel, l’artiste, qu’il le veuille ou non, est embarqué. Embarqué me paraît ici plus juste qu’engagé. Il ne s’agit pas en effet pour l’artiste d’un engagement volontaire, mais plutôt d’un service militaire obligatoire. Tout artiste aujourd’hui est embarqué dans la galère de son temps. Il doit s’y résigner, même s’il juge que cette galère sent le hareng, que les gardes-chiourme y sont vraiment trop nombreux et que, de surcroît, le cap est mal pris. Nous sommes en pleine mer. L’artiste, comme les autres, doit ramer à son tour, sans mourir, s’il le peut, c’est-à-dire en continuant de vivre et de créer. (…)

Le discours de Suède est disponible en Folio, tout comme « 1984 » d’Orwell.

La morale de cette histoire, larirette, c’est que tout peut finir par des chansons, mais peut-être pas n’importe lesquelles.

Bonne lecture… 

Norbert Gabriel

Une chanson pour la route…  des vacances? Voilà… avec mademoiselle Gibson 

Yves Jamait en concert à Bordeaux (Théâtre Femina), entretien avec l’artiste

8 Fév

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Samedi 21 janvier, Yves Jamait était en concert au Théâtre Femina à Bordeaux, dans le cadre de la tournée de son dernier album (ou presque) « Je me souviens », dont un enregistrement live vient tout juste de sortir. Accompagné de ses trois musiciens multi-instrumentistes, et complices à souhait, Samuel Garcia (claviers, accordéon, bandonéon), Mario Cimenti (batterie, percussions, clarinette, saxophone), et Jérôme Broyer (guitare), le chanteur bourguignon, à pleins poumons, cœur en bataille, venait interpréter ses dernières chansons ainsi que quelques titres plus anciens –quelques « classiques » même peut-on dire- non sans taquiner gentiment au passage le public bordelais avec quelques réflexions ayant trait à la culture viticole. L’humour justement fut le principal ressort par lequel  l’artiste tint son public en haleine entre et même pendant ses chansons. Élucubrations comiques et postures cabotines, certaines mises en scènes, d’autres plus spontanées, s’intercalaient entre les interprétations habitées et tendres (« Etc » qui ouvrait le concert), entières et déchirées (« Vierzon », « Jean Louis », « J’en veux encore ») empreintes d’humour et de malice (« Y en a qui », « Salauds » qu’Yves Jamait laissa ses musiciens prolonger a capella avec le public avant de revenir en rappel pour finir seul avec une reprise de « Suzanne » de Leonard Cohen), plus amères et bouleversantes (« Je passais par hasard », « Qu’est-ce que tu fous ») ou encore vibrantes (« Le bleu », « Je me souviens », « J’ai appris » sur le décès de son ami Jean-Louis Foulquier). Le quatuor ne lâcha pas le public de tout le spectacle, et le public ne le lâcha pas non plus, basculant du frisson aux éclats de rires. A sortir de près de trois heures de spectacle, ravis, sourire aux lèvres, et s’attarder à échanger des impressions et engager des discussions avec des inconnus, voisins de siège pour un soir,  on se dit que c’est aussi du lien social que fabrique la chanson, et que le jour d’après ne sera pas un dimanche comme tant d’ autres. Même si le temps emporte tout, le sourire des regards, les larmes des nostalgies, le partage du plaisir nécessaire, les émotions et la chaleur humaine d’un moment, et ces petits bonheurs semés sur nos solitudes sont ce que nous aussi emportons. Dans nos cœurs. Et moi aussi, j’en veux encore

Quelques heures avant le concert, Yves Jamait acceptait de répondre à nos questions.

 

yves-jamait-210117-4– Yves, bonjour et merci de nous recevoir. Nous nous étions vus à Luxey en août. Comment se sont passées les choses depuis ?

– On n’a pas beaucoup tourné cet été après le festival Musicalarue à Luxey. On a recommencé en septembre. Un album live est sorti, l’album de ce qu’on est en train de faire ; c’est ce qui est drôle : les gens ont la possibilité de repartir avec leur souvenir. Techniquement ce n’était pas possible il y a quelques années. Mais le niveau de jeu des musiciens fait qu’on n’a quasiment rien eu à retoucher sur les prises. On a été trois jours dans le même endroit, où les prises de son ont été réalisées.

 

vlcsnap-2017-02-03-14h19m10s116– Le titre de ton dernier album « Je me souviens » peut sembler évocateur d’une invitation à la nostalgie, voire au constat de la disparition avec des titres comme « Le temps emporte tout » ou « Les poings de mon frère ». Or si le disque regarde quelque peu vers le passé, il est très tourné également vers l’avenir, à l’image de la chanson « J’en veux encore », et regorge d’enthousiasme et d’amour de la vie. Cette dimension double correspond-elle à ce que tu voulais exprimer, et d’ailleurs y a-t-il eu conceptualisation de l’album ?

 

– Prendre pour exemple les deux chansons opposées, « Le temps emporte tout » et « J’en veux encore » résume bien la chose. Je pense que ce qu’on est, ce que je suis, ce que tu es, dépend de notre passé. La moindre ride que j’ai aujourd’hui a été construite par le passé. C’est ce qui est intéressant dans le thème. Il ne s’agit pas de dire que c’était mieux avant. Je ne conceptualise rien du tout. En général, je me débrouille pour avoir 12 ou 14 chansons, puis je regarde les thèmes qui s’en dégagent. Par exemple la chanson « Je me souviens » était marquante pour moi, parce que c’était un petit clin d’œil à Georges Perec -au Québec aussi, puisque c’est le slogan du pays, mais je ne le savais pas- et à son bouquin qui justement s’appelle Je me souviens. J’aime bien cette façon de cumuler les souvenirs, de dire « je me souviens… je souviens » et de tout balancer. On ne peut pourtant pas taxer l’auteur de nostalgique. Sami Frey en avait joué le texte en spectacle, monté sur un vélo. Donc le titre de la chanson m’intéressait pour regrouper tout l’ensemble de l’album, et le concept est venu après. Mais en amont, je ne conceptualise pas ; je laisse ça à Deleuze et aux philosophes. Il y a parfois des choses qu’ont a envie d’exprimer et qui ne sortent pas, ou bien qui donnent de mauvaises chansons. Dans ce cas, je les laisse de côté pour plus tard. Une belle idée peut venir, mais une belle idée ne fait pas forcément une bonne chanson. D’un autre côté, on peut avoir une petite mélodie qui passe en tête, ou même juste un mot, et ça peut devenir une bonne chanson, du moins, ce que moi, j’estime être bon à ce moment là pour moi ; ça n’a rien à voir avec des critères de beauté ou de jugement universel bien sûr.

 

yves-jamait-210117-8– Ton écriture a beaucoup évolué entre les premiers albums, dont on pourrait qualifier les textes de  réalistes et descriptifs, et celui-ci où on remarque l’utilisation plus présente d’images poétiques, de métaphores ou encore de narration évasive laissant plus de place à l’interprétation de l’auditeur. Est-ce une démarche volontaire ou un mouvement peut-être influencé par l’écriture d’autres auteurs ?

– C’est vrai. De plus en plus, j’aime bien ça. Je pense qu’il faut que je fasse attention à ne pas trop basculer là dedans, parce qu’à ce moment-là, je m’adresserais à d’autres gens. Je n’ai pas envie de m’adresser uniquement à une élite. L’idée que j’ai été élevé par une marraine analphabète et qu’elle puisse écouter mes chansons et y avoir accès importe beaucoup. Donc je ferai toujours attention à ça. Mais je constate aussi que mon écriture change et évolue, même si elle reste quand même dans des fondamentaux que j’ai à la base. Les premières chansons relevaient d’une espèce d’urgence de dire les choses. Une fois passé cela, je ne vais pas me répéter trente mille fois. Sur le deuxième album, j’ai continué la lancée du premier, et puis à partir du troisième, j’étais un peu mieux « installé » entre guillemets en tant qu’artiste, et j’ai eu plus de possibilités, notamment en travaillant avec des potes comme Bernard Joyet, Allain Leprest et Dorothée Daniel qui m’ont écrit des chansons, et ça a été une expérience. Après j’ai repris les rênes de l’écriture, parce que je ne voulais pas tout lâcher non plus. Mais à chaque album, ça évolue. Alors y en a qui se sont mis à dire que je m’étais vendu et que j’étais devenu commercial. C’est d’ailleurs marrant, parce qu’on a commencé à me dire commercial au moment justement où nous commencions à faire de l’artisanal et à tout produire nous-mêmes. « Saison 4 » et « Amor Fati » sont les deux albums autoproduits, et effectivement ce sont ceux qui paraissent les plus « produits » en terme de travail du son, alors ce n’étais pas le cas en réalité. Ils correspondaient à une envie du moment. Mais pour te répondre, l’évolution de mon écriture n’est pas volontaire. Je l’ai juste constatée. C’est l’exercice de l’écriture qui fait que par moments je m’aperçois, par exemple à l’occasion d’une belle métaphore, que l’écriture a évolué. C’est pour cela que je note des idées, des métaphores, des petites choses qui me plaisent bien, sans même savoir dans quoi je vais les mettre.

 

yves-jamait-210117-7– Es-tu du genre à noter de petits bouts de phrases ou des mots et les garder ?

– Oui, partout. Maintenant que j’ai un I-phone, c’est très pratique. Je note tout le temps ; ça va de suite dans un coin. J’en ai toute une liste, et aussi des choses qui reviennent en tête. Et au bout d’un moment, quand la cocotte commence à bien chauffer, j’ouvre la soupape et je regarde si je peux en faire quelque chose. Je suis déjà en train de penser le prochain disque; il y a déjà 4 ou 5 chansons. Je les ai passées en pâture à mes musiciens avec qui je joue et qui les ont arrangées, et ils m’en ont rendu 5, dont une dont je me suis dit que ce n’était pas une bonne chanson et que je n’allais pas la retenir. Le sujet en était pourtant bien, mais comme je l’ai dit, on ne fait pas forcément une bonne chanson avec un bon sujet. J’étais parti d’une belle idée, et je ne sais plus quoi en faire. Comme quoi, rien n’est gagné à l’avance ! C’est un travail de funambule, une recherche d’équilibre entre le texte, la musique, l’interprétation, les arrangements, qui me convient, et qui en tout cas convient aux gens qui m’écoutent. Mais il n’y a pas de recette. Il m’est arrivé de partir d’une bonne idée, et qu’elle soit mal exploitée ; et inversement. Par exemple, là, mes musiciens m’ont rendu deux chansons arrangées qu’ils ont sublimées. Il y a parfois des choses que je garde dix ou douze ans avant de les utiliser. Et quand je vais fouiller dans mes notes, il arrive que je m’en serve pour un sujet qui convient, que je refasse une construction de mes pensées, qui ne sont pas pascaliennes, mais qui sont les miennes. Parfois j’écris juste pour écrire, sans savoir ce que je veux dire ; je pars juste d’un mot que j’ai envie d’utiliser. Par exemple la chanson « Le coquelicot » est née juste parce que j’adorais  le mot « coquelicot » et le son qu’il fait en bouche ; je savais que j’allais écrire une chanson avec ce mot dedans, mais au départ sans savoir de quoi elle parlerait.  Ce qui me plaît, c’est le laisser aller. C’est pour cela que je ne saurais pas dire ce que sera mon écriture dans 5 ou 6 ans.  Peut-être même ne sera-t-elle plus rien, parce que je serai vide ou n’y trouverai plus de goût, ou que ce ne sera pas intéressant. J’aime aussi la prose. A partir du moment où j’écris, je prends plaisir à tourner les phrases et jouer avec. On acquiert aussi une exigence du texte qu’on n’a pas forcément au début.  Des tas de gens me disent qu’ils ont des sujets pour mes chansons. Mais les sujets, fondamentalement, on s’en fout. Ils deviennent intéressants une fois que la chanson est faite. Bien sûr je préfère avoir un sujet intelligent. Mais la forme est intéressante pour amener le fond. Tu peux vouloir dire que le feu brûle et que les méchants ne sont pas gentils, mais le dire autrement et ça aura de la gueule.

 

vlcsnap-2017-02-06-14h29m14s223– A propos de sujet, peux-tu nous parler de la chanson « Je passais par hasard » qui aborde le thème de la violence conjugale, et aussi celui de la désillusion qui comprend que derrière les belles façades du bonheur apparent d’un couple ou d’une famille « idéale » se cachent parfois de sordides horreurs ?

– C’est un sujet que j’avais envie d’aborder depuis longtemps; cela faisait peut-être six ou sept ans que j’étais après. Depuis le premier album en fait, mais je ne trouvais rien au début. Et puis j’ai trouvé l’amorce « Je passais par hasard… » que j’ai gardée de côté pendant trois ans. Puis lors d’un atelier d’écriture organisé par Cabrel, Brice Homs m’a donné le conseil suivant : il m’a dit que ce que l’on prend pour un début de chanson est parfois en fait un refrain. Et ça a tout rouvert et m’a donné une porte par laquelle j’ai pu me glisser, et la chanson est venue.  Quand j’ai arrêté de me dire que c’était un début et pensé la phrase comme un refrain, tout le reste est venu. C’est aussi le cas de deux ou trois autres chansons comme « Les mains de femmes » : j’avais quelques strophes en tête sans arriver à leur trouver de suite, et puis le déclic s’est produit à partir du moment où j’en ai fait une valse. De « Même sans toi » également : j’avais envie de parler de la mer, d’exprimer ce qu’on peut ressentir devant cette immensité, et je bloquais. Et c’est devenu une chanson sur le deuil, parce que j’avais juste écrit en bas de la feuille « c’est beau sans toi » à 2h du matin avant de m’endormir, et le lendemain, tout est venu.

 

pic_0101– Depuis les débuts, ta musique a traversé plusieurs horizons, notamment rock et blues ou des musiques exotiques et incline vers divers genres. Ne regardes-tu pas de façon amusée le cliché du chanteur « gavroche » à gouaille de chanson française-musette que certains médias te collent encore aujourd’hui ?

– Si ! Musette…  J’ai du faire 5 valses en 6 albums, et on trouve ça « musette ». Parfois pour faire le sketch, je m’amuse sur scène à dire au public « est-ce que vous avez bien conscience que vous venez de voir un spectacle de chansons néo-réalistes à tendance musette ? ». Mais ça, c’est à cause de la casquette. Personne n’a jamais dit à Sean Connery qu’il avait une tête de Gavroche, ni à Camille Bazbaz, qui pourtant à la même casquette que moi. Et parce que j’ai un accordéoniste, et parce qu’on a débuté avec l’album « De verre en vers », où d’ailleurs il n’y a que le titre « Adieu à jamais » qui est une valse. Je pense que ça relève d’une envie de nous mettre dans des cases. Mais je m’en fous. J’ai la chance d’avoir un public, je tourne pas mal, et je pense que les gens qui viennent me voir ne s’occupent pas de ça. Et puis quand bien même je ferais du musette, je ne verrais pas le mal ! Je fais de la musique pour que les gens s’amusent, s’éclatent dessus et l’éprouvent de la même façon. C’est pour ça que je n’ai pas envie de m’en défendre ; parce que je ne vais pas gueuler contre une musique envers laquelle je n’ai pas de haine particulière. Je fais de la variété, c’est-à-dire la musique qui m’intéresse, et je vais piquer un peu partout des musiques pour mettre sur mes chansons. Si demain une de mes chansons fonctionne sur de l’Electro, je mettrais de l’Electro. Mais je ne ferais pas de l’Electro comme concept, en me disant qu’il faut que j’en mette sur mon prochain album. Il y a une chanson de Pascal Rinaldi que j’adore, « Il faut qu’on s’ touche », sur laquelle il a mis un Electro, qui maintenant est un peu dépassé, mais qui sert vraiment bien la chanson. Mais je ne conceptualiserais pas l’utilisation de l’Electro à tout prix, parce que ça fait « branchouille ». Les chansons « d’arrangement », c’est à dire quand l’arrangement devient le concept, plus que la chanson elle-même, ça ne m’intéresse pas. Ça plait aux types des Beaux Arts ; mais, moi, ça ne m’intéresse pas. 

 

pic_0063– Le danger est-il identique à celui d’une musique trop léchée et soignée qui risque de mettre un beau texte en retrait ?

– Oui, c’est ce que je dis : une chanson, c’est un équilibre et c’est le chanteur ou la chanteuse qui doit trouver cet équilibre.

 

– On peut comprendre que le cliché ne t’encombre pas l’esprit. Mais cela ne t’agace-t-il pas de constater que les journalistes qui le véhiculent n’ont visiblement jamais écouté tes disques ?

yves-jamait-210117-15 – Tu es soumis à la limite culturelle de certains journalistes. Ils casent les chanteurs dans des cases. Et puis honnêtement il n’y en a pas beaucoup qui écoutent. Il ne faut pas rêver ! Déjà quand ils parlent de politique, il faut voir comment ils se plantent ; alors quand ils parlent d’art ou de culture, tu imagines… Yves Jamait, ils n’en ont rien à faire. Mais je ne leur en veux même pas ; ce n’est pas grave en soi. Y en a plein qui ont compris cela : qu’on parle en bien ou en mal de toi, l’essentiel est qu’on parle de toi. C’est comme cela que ça fonctionne aujourd’hui : on n’a pas arrêté de parler de Trump en mal, à juste titre d’ailleurs, et pourtant il est président des États-Unis maintenant. A sortir des énormités toutes plus grosses les unes que les autres, il a compris que l’essentiel était de faire parler de lui. C’est ce qu’on a fait avec le Front National. Je suis navré de ça, mais je pense que je me suis fait avoir par le Parti Socialiste, qui a monté le Front National en épingle ; et j’ai fait partie de ceux qui étaient sur la Place de l’Étoile aux premières scènes de Touche Pas à Mon Pote, avec Coluche et Guy Bedos. Mais on s’est fait avoir, parce que le Front National, c’est le PS qui l’a inventé et s’en est servi comme garde-fou constamment, et aujourd’hui, il est là. Il en a été de même avec Hitler, et j’entends rarement la remise en cause du rôle du gouvernement politique allemand de l’époque dans son ascension au pouvoir. Pourtant il n’est pas arrivé tout seul. Et je suis inquiet de ce que font nos politiques aujourd’hui. Personnellement je ne suis pas dans la culture depuis longtemps, mais depuis 15 ans, j’en ai fait des ouvertures de saison, et quand j’entends tous ces gens avec de beaux discours qui savent parler du « lien social » avec une pédanterie pas possible, j’ai la sensation qu’avec mes chansons je fais plus de lien social qu’eux. Les gens de culture ont une grosse responsabilité dans ce qui se passe aujourd’hui, et j’ai pu voir un peu ce que c’était que ces gens qui sont dans l‘entre-soi, qui parlent de culture, qui font de grands discours, que personnellement je serais bien incapable de faire. Je ne veux accuser personne particulièrement, mais c’est un monde d’entre-soi. Il m’est arrivé de discuter avec des directeurs de théâtre qui me conseillaient de ne pas parler de tel ou tel sujet, pour ne pas passer pour un réac… Moi, je dis des conneries, je m’amuse avec les gens, parce que je ne veux pas qu’ils se fassent chier aux spectacles. Je fais du divertissement, pas de l’art. On est vite taxé de populiste. Mais c’est quoi ce délire ? S’occuper des gens, c’est populiste ? Qui n’est pas populiste en ce moment de période pré-électorale ? Ils viennent tous lécher le cul du peuple, et ne promettent que des choses qu’ils ne feront pas, et on le sait tous. Ce n’est pas que Le Pen qui est populiste ; ils le sont tous. Cela fait des années qu’on répète aux gens qu’ils votent comme des abrutis. Certes, mais si les gens ne sont pas contents ? Il faut comprendre qu’ils n’ont pas tous fait sciences politiques. Bien sûr la voiture qu’un ouvrier prend pour aller travailler pompe du gasoil et pollue. Mais qu’on ne construise pas de voitures ! S’il n’y en a pas, il n’en prendra pas. C’est un peu facile de culpabiliser les gens. Le type qui bosse dur toute la semaine, quand il va voir un spectacle en fin de semaine, il veut s’éclater, pas s’ennuyer. Et alors ? N’en a-t-il pas le droit ? Si on le laisse de côté en lui disant que c’est un con et qu’il ne peut pas aller voir Tartuffe, il ne faut pas s’étonner qu’il finisse devant TF1.

 

– Revenons à l’album. Tu as fait appel à Daniel Bravo et Emmanuel Eveno du groupe Tryo pour les arrangements. Est-ce plutôt stimulant ou frustrant de laisser la main à autrui pour habiller ses propres chansons ?

– Avec Didier, ça faisait deux ou trois albums qu’on avait envie d’un arrangeur, et comme les maisons de disque ne comprennent pas ce que je fais, elles étaient bien contentes de cette envie, en se disant que si je pouvais être un peu moderne, on me comprendrait mieux et ma musique serait plus accessible. En parlant avec le manageur de Tryo, il m’a invité à proposer le travail à Daniel et Emmanuel. J’ai donc envoyé mes morceaux, et ils les ont arrangés avec des guitares, des percussions, de la flûte… Mais pour moi, il manquait de l’accordéon et des claviers. pic_0060J’ai donc demandé à Saml [Samuel Garcia] de s’occuper d’intégrer ces instruments dans les arrangements. Personnellement, laisser la main ne m’a pas frustré. Je ne suis pas musicien, ni arrangeur. Et comme on composait toujours entre nous auparavant, j’avais fini par trouver ça un peu consanguin. Je suis prêt à passer la main à n’importe qui, à partir du moment où je reconnais mes chansons et qu’elles se trouvent sublimées par les arrangements. C’est surtout l’album « Amor Fati » que j’avais beaucoup arrangé avec Sam ; on s’était enfermés tous les deux. Mais je ne le ferais pas à pic_0111chaque album, parce que j’ai des idées un peu ringardes en musique et j’en ai conscience. J’ai constamment été ringard dans mes écoutes musicales ! C’est-à-dire qu’à 15 ans, j’écoutais Le Forestier, Brel et Moustaki quand mes potes écoutaient Barclay James Harvest, Yes ou Genesis . J’entendais de loin ; je trouvais ça sympa. Mais ce qui me touchait, c’était la chanson. Quand tu écoutes Henri Tachan, tu ne passes pas pour le plus grand des modernes.

 

vlcsnap-2017-02-06-14h29m43s38-As-tu vécu le fait de confier ta musique à une nouvelle équipe comme une prise de risque nécessaire ? Et d’ailleurs, quel est le plus grand des risques pour un artiste de l’exploration d’autres univers sonores ou du confort d’une continuité ?

– Les deux.  Je n’ai jamais eu la sensation d’être en train de prendre des risques, comme je n’ai jamais eu la sensation d’être en train de changer ou de bouleverser ce que je faisais. Pour moi, ça évolue bien sûr, mais je ne me pose pas trop la question. Évidemment il y aura toujours des mots ou des choses que je remettrais dans mes chansons, comme Cabrel avec ses cailloux et ses chemins ; j’ai certainement mes tics d’écriture aussi. Mais je n’ai ni la sensation de stagner, ni celle de prendre des risques. Avant-hier j’ai joué avec un rappeur en première partie, qui m’a invité à chanter sur un morceau, et j’ai trouvé ça super bien.

 

– Peux-tu nous parler de la chanson « J’ai appris » qui parle du décès de Jean-Louis Foulquier ?

Jean-Louis Foulquier, born June 24, 1943 in La Rochelle, is an actor and radio host. He directs the Francofolies festival in La Rochelle for 20 years (1985-2005). On 29 August 2008, after more than forty years of service, he was fired by France Inter. Paris (75), France on March, 2012. Photo by Nicolas Messyasz / Abacapress.COM

Photo by Nicolas Messyasz

– Ça a été une belle épaule, Jean-Louis. Déjà c’était quelqu’un que j’écoutais, dont je connaissais l’existence. Avant qu’il meure, il m’avait appelé; il était encore plein de projets, dont un spectacle autour de Dimey. Il était plein d’enthousiasme et très rassurant. C’était un homme émouvant; j’ai eu l’occasion de partager 15 jours avec lui dans sa maison à l’Ile de Ré. J’en parle sur scène d’ailleurs, en disant que comme lui était noctambule et moi insomniaque, on passait des nuits à causer. Il a été jeté de France Inter comme un malpropre, sans préavis, alors que ça faisait 35 ans qu’il travaillait pour la radio.

 

yves-jamait-210117-17– Une dernière question, plus sociale, ou humanitaire dirons nous : dans deux chansons « Nous nous reverrons » et « C’était hier » tu abordes le problème de l’expulsion des sans-papiers. En quoi cette question te touche-t-elle de manière intime?

– Écoute, j’avais un copain marié à une Sénégalaise, et à l’époque des premières lois sous Sarkozy, il n’arrivait même pas à pouvoir faire venir la grand-mère de ses enfants. Ça devenait n’importe quoi ! Je ne sais pas s’il faut ou pas expulser des gens vers leur pays d’origine, mais déjà on peut le faire bien ; on n’est pas obligé de traiter les gens comme des merdes. La chanson « C’était hier » a été écrite suite à l’expulsion d’une famille dont les enfants fréquentaient l’école de ma fille : on a débarqué à 6h du matin chez eux,  et les parents ne voulant pas sortir, on a pris les enfants, les a fait monter dans le bus et partir le bus pour que la famille coure après. Mais c’est quoi, ça ? On est obligés de se comporter comme la Gestapo pour faire ça ? Ce n’est pas moi qui invente que c’est une rafle : c’en est une. Je ne suis pas politologue; je ne sais pas s’il faut renvoyer ou non ces gens, et je ne peux pas dire s’il faut régulariser tout le monde. Mais s’il faut les renvoyer, on ne le fait pas comme ça. Pour anecdote, je me suis battu y a quelques temps pour un sans-papier, qui les a obtenus d’ailleurs, et j’en suis très content. La personne qui devait s’occuper de son dossier ne voulait même pas lui adresser la parole, et quand je suis monté en personne la voir, le ton a changé : « ah Monsieur Jamait… ». Pour qu’il obtienne ses papiers, ça m’a coûté deux places de Zénith pour une soirée France Bleu: la vie d’un homme vaut deux places pour le Zénith !  

 

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Miren Funke

Photos : Carolyn C (1 ; 2 ; 4 ; 5 ; 9 ; 13), Miren Funke (3 ; 6 ; 7 ; 8 ; 10 ; 11 ; 12 ; 14)

Nous remercions chaleureusement Didier Grebot et Nicolas Cohen,

et Aline Schick-Rodriguez pour son aide

et

Liens : http://www.jamait.fr/

https://www.facebook.com/yvesjamait/

 

Cinéma et chanson française…

3 Fév

Histoires de …

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C’est du cinéma avec de vrais morceaux de chanson française dedans. Pour la première projection publique le 1 er février ( au Cinéma Luminor) voici dans l’ordre de passage,Vincent Delerm, Elise Caron, Rodolphe Burger et Izia. Le principe est de confier à chaque réalisateur le tournage d’un film de 20 à 30 mn environ, en deux jours.

Premières impressions, les 4 films sont tous assez différents dans le fond et la forme.

Vincent Delerm est le seul à aborder l’aspect création chanson, avec des réflexions fines sur la façon dont ses mots-images impliquent le public dans son art de balladin, on est dans l’intime de la création.

Avec Elise Caron et Rodolphe Burger, on tourne autour de l’univers quotidien qui nourrit cette création, illustration ou décor de vie..

Avec Izia c’est un court métrage western, une fiction qui montre un spectacle façon Sergio Léone /Morricone, une chanteuse dans un saloon bien crade and the show must go on.

Si ce bla-bla ne vous éclaire pas suffisamment sur ces productions, c’est normal, et fait exprès, le cinéma c’est fait pour être regardé, et c’est ici qu’on vous attend. Bonnes séances. Clap  sur la bobine et ça tourne…

cinema

Norbert Gabriel

Barbara, Laurent, Thierry et Xavier …

24 Jan
Préambule: cette chronique a été publiée sur un site qui a subi un « bug » faisant disparaitre toute une série de chroniques des années 2012/2013…  Comme il y a toujours quelque chose qui se passe avec Barbara, ce rappel peut être utile.

 

Photo©NGabriel2015

Photo©NGabriel2015

Quand Laurent Viel se consacre à la création de spectacle de chanson, c’est toujours un moment étonnant. Il y eût un Brel d’anthologie, et c’est à Barbara qu’il a apporté un regard neuf. Avec son complice musicien et partenaire, Thierry Garcia, et avec Xavier Lacouture, à la co-écriture et la mise en scène, c’est la Barbara mystique, sensuelle, transgressive qui est mise en lumière, celle qui avait créé un spectacle, Madame, dans le décor d’une maison close à Dakar. C’est dire les libertés que le personnage peut se permettre avec l’interprétation de Laurent Viel, un boa, un geste, et il est Madame.

viel-boaDepuis plusieurs années, Laurent Viel, Thierry Garcia et Xavier Lacouture exercent leurs talents en allant chercher chez Brel, Barbara, ce qui est derrière la vitrine, ce qu’ils ont esquissé de temps en temps, et eux, ils vont jusqu’au bout.

Ces trois talentueux lurons se sont associés pour donner à voir quelques pages un peu inattendues de celle qui disait parfois : Si je n’avais pas chanté j’aurais été bonne sœur ou putain. C’est l’amour dans tous ses états, et en chansons.

Ce spectacle continue sa vie,  avec  Chansons aux enchères, Brel, Le Chevalier d’Eon, pour tout savoir sur Laurent Viel, voir ici.

Norbert Gabriel

Mon année Saravah

15 Jan

saravah-logoLes heureuses coïncidences (ou rencontres) du hasard… et des pensées nocturnes. Ça m’est venu cette nuit, 2017 sera mon année Saravah : « Il y a des années où on a envie de ne rien faire. » Voilà ce que je vais faire cette année… D’autant qu’au réveil, avec le premier café délicieux comme la première gorgée de bière, je trouve dans ma boitalett’ virtuelle un écho en situation, dont voici un extrait:

Le travail laborieux et contraint change l’homme en une amibe éreintée et croupissant dans les eaux émollientes de la paralysie mentale. C’est en réveillant le paresseux qui sommeillait en lui qu’il put enfin bâiller amplement aux corneilles. (Faut-il toujours que quelqu’un paie pour nos rêves ?) Le travail comme valeur, comme éducation, comme respect, n’est-il pas précisément l’inverse de ce que l’on nomme aujourd’hui l’emploi ? L’image que l’on cherche à donner de soi tient le plus souvent de la coquetterie, de la mise en scène, du mensonge. Le nez de Pinocchio qui s’allonge, qui s’allonge, qui s’allonge, est le prototype idéal de la perche à selfie.  ( Cyril C.Sarot La poétique du moineau)

C’est comme si un ange tutélaire en forme de Moustaki était passé pour rappeler quelque valeurs essentielles de la vie dilettante, disponible à tout ou à rien, avec la légèreté du moineau sans souci autre que le chat de la voisine qui aime les moineaux d’un amour (g)astronomique. Trop c’est trop.

Ce sera donc une année de dimanches quotidiens, et selon le principe « Guilleton », un cahier, des crayons de couleurs et en route pour les dessins du dimanche. Ou mes photos du dimanche…

Un rappel pour les distraits, Mes dessins du dimanche, c’est un très joli livre plein de couleurs, et de vie, une invitation à un voyage onirique sans frontière, parfait pour accompagner cette année Saravah…

Quelques images en situation:

Editions Vox Scriba, www.voxscriba.com

Editions Vox Scriba, www.voxscriba.com

Qu’il est doux de ne rien faire
Quand tout s’agite autour de soi …
Il y a des années où on a envie de ne rien faire.

Action!

Norbert Gabriel