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Samedi 14 juillet. Quatrième jour des Rencontres Marc Robine 2018

16 Juil

                 

 

 

Une journée qui commence par un pique-nique républicain en chanté, à Volvic, dans la cour du Musée Marcel Sahut, avec la participation d’artistes, de la région Auvergne-Rhône-Alpes,  conteurs du Collectif Oralité de la région Auvergne-Rhône-Alpes, des chanteurs et musiciens du festival, avec pour capitaine Frédéric Bobin, qui s’entraîne pour la finale de la coupe du monde de la chanson, la poésie est au rendez-vous avec Fabrice Péronnaud, Lizzie  qui nous fait voguer dans son univers mélancolique et poétique de saudade, accompagnée de sa guitare folk ou de son accordéon. Et partageant la même passion que Lise Martin pour le folk américain, elle l’invite pour un duo de Jambalaya on the Bayou.

Lise Martin qui l’invitera à son tour en fin d’après midi à l’Arlequin à Mozac.

C’est vers 18 heures que Lise Martin nous invite à sa balade musicale. Courte robe à fleurs et bottines, cette jeune femme charmante au naturel  nous fait entrer dans son univers entre folk et chansons d’auteure, hors du temps, histoires de vie, questionnement sur la condition humaine, :

J’ai besoin de  comprendre. Le chaos en moi peut être très violent et l’écriture m’aide à mettre au monde l’étoile dont parle Nietzsche. Le chant adoucit tous les maux et le silence , 

confie t-elle dans Hexagone, l’amour ou la  révolte, de sa voix profonde et vibrante qui véhicule l’émotion, accompagnée de son ukulélé, de Simon Chouf  à la guitare, et Eugénie Hursch au violoncelle, nous raconte entre deux chansons, son enfance à Saint-Menoux, dans l’Allier, où elle a passé sa tête dans la fameuse débredinoire qui éclaircit les idées, la grande maison de ses parents, ses petits boulots à Paris, quand elle s’est retrouvée dans 16 m2, avec une douche au milieu, les 10 ans qu’elle a passé à s’occuper d’un vieux monsieur, leur amitié a inspiré une chanson émouvante à Lise : J’ai reçu, car elle a reçu autant qu’elle a donné pour cet homme, décédé il y a deux ans.

Chagrin d’amour ? Elle veut juste trouver Paris beau en été : Demain :

Ce soir je n’ai pas envie de rire ni de parler
Ce soir je n’ai pas envie de boire ni de fumer
Je n’veux pas m’enivrer pour rien, pour oublier
Je n’veux pas de mémoire ni d’alcool à pleurer 
Je veux juste trouver Paris beau en été…
Je veux juste marcher, ne pas penser à toi 
Si une larme coule, le vent la sèchera…

Elle voudrait : Elle voudrait s’en aller de l’hiver de son cœur
Ne pas rester prostrée à attendre son heure
S’enivrer de soleil  et retenir la nuit
Connaître ce bonheur qu’on lui a tant promis.

Elle voudrait Respirer : Je voudrais que tu me prennes dans tes bras

Je voudrais pleurer longtemps
Je voudrais que tu me serres contre toi, tendrement
Comme on berce un enfant
Je voudrais tout doucement
Que nous laissions passer le temps.
Je voudrais juste un instant
Que nous nous aimions longtemps.. .

 

Mais il y a le Matin froid, où elle noircit ses nuits blanches,

Et, quand vient l’Orage :

J’aimerais tant rire de nos bêtises
Et ne pas rester là assise
A me demander avec qui tu dors
Et j’invente des rêves fous
Des histoires à dormir debout
J’imagine n’importe quoi
Que tu arrives, que tu es là…

Alors, quelle est La conduite à suivre ?

Pour trouver la chaleur quand tu trembles de givre
Pour ne pas faire d’erreur sur la conduite à suivre…

Tant pis, on viendra pas me consoler
C’était hier que j’aurais dû pleurer
Aujourd’hui, je n’ai pas envie
Et puis demain, tout ira bien…

Où trouver La liberté ?

Et je rêve souvent d’une maison dans une clairière
Pour y poser le poids des ans
Avec une jolie rivière
Pour y déposer mes larmes de sang…

 

Mais chaque jour a sa douleur, et chaque jour connaît sa joie quand on est de toutes Les couleurs,

Chansons de vie, d’amour, et aussi de colère, Derrière le mur :

Son père a bâti une maison
Pour protéger sa fille sage
Pierre de colère, ciment de rage
Sa fille grandit en prison.

Une reprise de Damia, aussi reprise par Edith Piaf : Tout fout le camp, une interprétation originale cajun de Travailler c’est trop dur, rappelons que les paroles et la musique sont de Zachary Richard.

Quelques chansons  en duo avec Lizzie, une reprise en français de Danse me to the end of love de Léonard Cohen, et Lise parle d’un projet commun avec Lizzie, autour de leur passion commune pour le folk américain.

Lise Martin a accroché son public, moi-même, tellement scotchée par ses chansons, par  sa voix, que j’en ai oublié de prendre des notes. (merci Lise d’être venue à mon secours et un bisou à Nola).

Puis vient le temps des goguettes, vieille tradition et nouveaux chansonniers, ce soir là, ce sont les goguettes de Patrice Mercier, qui a plusieurs vies, membre d’action discrète,  faiseur de sketches pour Canal+, et entre tout ça, il détourne les chansons françaises pour la bonne cause, j’ajouterai vrai comédien, et excellent chanteur. Il décortique la société sans être moraliste, avec humour,  finesse et pertinence, c’est bien tourné, et ça a du sens. Après avoir remercié ses hôtes mozacois, deux fois de suite, ça lui a permis une introduction à son tour de chant, en compagnie de Valérie Rogozinski au piano. Et tout y passe, Le FN, Star war, sur l’air de SOS pour un terrien, l’obsolescence programmée, Johnny  Hallyday : J’ai oublié David, les bouteilles en plastiques : Je suis une bouteille à la mer, les petits scandales du sport sur l’air de  à bicyclette,  de Pierre Barouh, Macron : Des fonds pour la piscine, sur l’air du Petit pull marine d’ Isabelle Adjani, Les carbonaras pour… Le régime, Ce Jambon là  pour les vegans : Lui qui finira cru ou bien complètement cuit chez Madrange ou Herta… Sur l’air de Chez ces gens là de Brel, ses premières amours qui finissent mal, avec Madame Danièle sur l’air de Blanche de Pierre Perret, la meilleure façon de mourir : La mort de Félix Faure

Je ne veux pas m’en aller vieux
Comme oublié des dieux
Au fond du musée Grévin
D’une maison de soin
Si je dois mourir épuisé
Que l’infirmière soit déguisée
Qu’elle agite à mon dernier souffle
Non pas ma ma paire de pantoufles…

Mais aussi une très tendre, drôle et émouvante chanson sur l’euthanasie : Je l’aide à mourir, sur l’air de Je l’aime à mourir de Francis Cabrel :

Elle veut partir, on lui propose
De s’faire la belle au bois dormant
Elle veut partir, on lui propose
Des calmants
Un lit, jusqu’à quand ?
J’ai lancé une fatwa, balancé sur le net,
Qu’elle faisait le chien wa-wa en disant v’la l’prophète
Je l’aide à mourir…

Encore un excellent moment avec Patrice Mercier que l’on a retrouvé au Tour de bal, et il a dansé, lui !

Des journées bien remplies ! On a à peine le temps de grignoter avec Martine qu’on y retourne, c’est toujours à l’Arlequin, et c’est le Tour de bal, et bien croyez-moi, on a retrouvé nos jambes, nous, les filles, parce que les garçons sont plutôt restés assis à écouter la musique et les chansons ! L’orchestre, Claude Lieggi au chant, Nicolas Frache, guitare et chant, Pauline Koutnouyan, accordéon et chant,  Michel Sanlaville à la contrebasse, auxquels est venu se joindre, à la guitare Frédéric Bobin, nous a entraînées , allez entraînés, il y en avait quand même quelques uns sur la piste, dans la ronde folle d’un répertoire de 80 chansons dansantes, ou bien de danses chantées, du cha-cha-cha au rock, de la valse au madison, du paso-doble au tango, ou au souk, mais un rock sur une chanson de Trenet, Que je t’aime de Johnny en twist, ou Requiem pour un fou en paso-doble, ect… ( je n’ai pas tout noté, je dansais !)  ce n’est quand même pas courant !

Et  les artistes, comme tous les autres jours, ont remercié Catherine Reverseau, la fée lumière, et Antoine Auber au son.

Et même pas mal aux genoux le lendemain, dimanche, jour de la coupe du monde de la chanson, l’Auvergne contre le reste du monde, un match difficile, faut dire que le Brésil a bien joué, mais Frédéric Bobin a fait la différence, je vous raconterai ça demain…

 

Danièle Sala

Photos de Martine Fargeix

NDLR:  Un petit salut à Nola, qui se nourrit au biberon amélioré de la scène vivante, et en bienvenue dans le monde ce haïku de maman Lise …  

Un matin de mai,
J’ai vu fleurir ton regard
Et grandir mon cœur

(Haïku pour ma fille Nola, née le 2 mai 2018)

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Vendredi 13 juillet Troisième jour des Rencontres Marc Robine 2018

16 Juil

                     

C’est dans la salle des mariages de la mairie, à Volvic, anciennement mon école primaire, que commence cette troisième journée, avec une rencontre-débat autour du livre d’Alain Borer : De quel amour blessée. Réflexion sur la langue française. Participent au débat Alain Borer,  romancier, écrivain-voyageur, André Velter, poète, Jacques Bertin, Jean-Yves Lenoir, écrivain, comédien,  Bernard Dumoulin, philosophe et le public. C’est André Velter qui ouvre le débat, par cette phrase de Camus :

On me pardonnera ce coup d’aile, je vais vous parler d’un ami.

Sans objectivité donc, mais avec sincérité.  André Velter, pour qui Alain Borer est la réincarnation de Rimbaud à 80% et d’Alphonse Allais à 20%, le seul qui est capable d’écrire sur la langue française avec autant de précision, en osant le scrupule et l’ironie. Astrophysicien de la langue et pataphysicien de la liberté. Il évoque leur amitié, leur complicité, les voyages en commun, le jour où, gravement malade, Alain Borer avait eu l’élégance suprême de faire rire ses amis. Alain Borer, très touché par les témoignages de son ami, s’adresse ensuite à Alain Vannaire, pour le remercier de son action en faveur de la chanson, soulignant l’importance de la chanson, le rythme et la rime, depuis les grecs, rappelant ces mots de Marc Robine :

La chanson est le miroir du peuple et de son histoire, nous rappelant la mise en danger de la langue française en chanson, savez-vous qu’il il y a pas moins de quatre millions de chansons en français ? Nous ne mesurons pas ce trésor de notre langue.

Puis Alain Borer nous parle longuement de son livre, exprimant les regrets, les soucis qu’il a réveillé en lui : La linguistique ne pense pas, la langue nous traverse comme l’eau entre nos mains, mais pas de l’eau gelée. Précisant le respect qu’il a pour toutes les langues, il en subsiste environ 2000 actuellement, et pour les professeurs qui les enseignent. Qu’est ce qui différencie les langues ? Ce sont des projets dans chaque gestes qui les constituent.

Et de noter la différence entre  toutes les langues qui prononcent tout ce qu’elles disent, et le français qui ne prononce que ce qu est écrit : La langue française ne peut pas être séparée de l’écriture, elle procède de l’écrit, et fait entendre sa grammaire.

Alors comment écrit on la phrase suivante : Le peu d’eau que j’ai bu(e) m’a désaltéré, avec ou sans e à bu ?  

Il fut question de l’esthétique de notre langue, beaucoup d’écrivains étrangers l’ont choisie, une langue à la palatalité universalisante, avec toutes les particularités des accents, d’une région à l’autre.

Illustrer, inventer, résister à l’anglobal, le globish, l’angolais qui nous colonisent en douceur, avec notre consentement inconscient.

Pour en savoir plus sur ce livre, je renvoie à l’article déjà fait sur ce même blog collectif:  c’est là –>

Le débat avec les autres interlocuteurs fut bref, Alain Borer étant très bavard, et justement motivé par la défense de son livre. Alors, il fut question de l’accent tonique, la langue française est elle accentuée ou non, les avis divergent,

Le philosophe, Bernard Dumoulin pense qu’Alain Borer a fait un travail philosophique , et le fameux e muet, qui, pour Jacques Bertin n’existe pas.

Pourtant, moi, je le sens bien dans cette phrase qui résume l’esprit du livre :

  Ariane ma sœur de quel amour blesséE

     Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laisséE…

                                                 Racine, Phèdre, 1677

Une dernière question fuse dans la salle : La langue française est-elle immortelle ?

Enfin,  je remercie chaleureusement Alain Borer, pour sa dédicace, sa petite fleur,  qui restera entre les pages de son livre et me rappellera la beauté des fleurs et  de ma langue maternelle, et ses baisers.

Après une courte pause, c’est Claire Elzière que nous avons le bonheur de retrouver pour certains, de découvrir sur scène pour d’autres, comme moi-même, en compagnie de ses musiciens, Dominique Cravic à la guitare,  des Primitifs du futur, dont Claire est la chanteuse attitrée, Christophe Lampidecchia à l’accordéon. C’est Sous le ciel de Paris qu’elle nous embarque pour un voyage musical, avec son joli timbre de voix qui accroche immédiatement, sans en faire trop, laissant couler les mélodies, avec une justesse et une diction impeccables, un charme naturel, en toute simplicité. Puis d’autres chansons de sa compilation  15 Faces de Paris, c’est ainsi qu’on se retrouve Sur les quais du vieux Paris, avec Un petit air de rien du tout, extrait de son album Mon cœur est un accordéon ou à Saint-Germain-des-prés.

Claire, entre deux chansons nous raconte ses voyages, le Japon où elle vient de passer tout le mois de juin, ses amitiés, les rencontres essentielles de sa vie, avec Pierre Barouh, Saravah  a produit plusieurs de ses albums, et elle chante en duo avec lui dans l’album Pierre Barouh Daltonien. ( 2006), Pierre Louki  dont elle a porté les textes depuis des années, et qui lui a confié des chansons inédites qu’elle a fait siennes,  deux albums qui rendent au mieux l’univers tendrement loufoque de ce comédien parolier et chanteur lui-même. Elle interprète plusieurs chansons de Louki,

La vie va si vite, Est-ce plus que l’adolescence ? Est-ce déjà maturité ? Suis-je retombée en enfance ? Ou ne l’ai-je jamais quittée ? Est-ce à la veillée qu’on invite Le soleil à peine levé ?

La main du masseur, Mes copains, Les sardines, Grand-Père :

Y avait comme un défaut
Dans la pendule de grand-père
Un tout petit défaut
Les aiguilles tournaient à l’envers
Plus grand-père vieillissait
Plus il retombait en enfance
On le trouvait plus jeune
Chaque fois qu’on allait en vacances…

Elle interprète aussi des chansons d’Allain Leprest dont elle a souvent fait les premières parties, et elle a réuni dans un album 14 de ces chansons, dont 10 inédites.  De la poésie brute dit-elle , faite de mots qui jouent ensemble, et parlent de la vie qui avance, de celle qui s’arrête, ou de l’amour et du passage du temps, avec tendresse ou rudesse, humour ou sensualité. Mon souhait est que ses chansons entrent dans les cœurs, que la poésie d’Allain soit connue par le plus de monde possible, que ses chansons vivent. Entre autres,  une magistrale interprétation de Quand auront fondu les banquises de Leprest, musique de Romain Didier. Ce voyage musical fait aussi escale chez Mouloudji : Si tu m’aimais, chez Nougaro, Rimes, chez Le bel Hubert, chanteur-garagiste Suisse, qui parle à l’oreille des Deux ch’vaux, comme dit Sarcloret , On revient à Pierre Barouh avec Le courage d’aimer, et à bicyclette. Et bien d’autres escales et surprises dans ce voyage musical, qui nous a transportés, à tel point que lorsque un spectateur demande à Martine Fargeix si elle a aimé, elle éclate en sanglots, trop chargée d’émotion. Claire Elzière, c’est vraiment mon coup de cœur « découverte-sur-scène » de ces rencontres.

Et on enchaîne presque aussitôt avec Jean-François Kahn, journaliste, écrivain, historien de formation, homme de radio, Avec tambour et trompette et Chantez le moi sur France Inter, entre autre, il nous parle de sa passion pour la chanson, et de la difficulté de programmer des chansons engagées à la radio, par exemple, quand il faisait le journal du matin sur France Inter, il avait insisté pour choisir la chanson qui suivait le journal, et passait du Louki, du Ferrat, du Leprest, Béranger, etc… Il a été viré au bout de six mois, pas assez consensuel.   

Et on enchaîne encore avec la lecture théâtralisée de Jean-Claude Drouot Jean Jaurès : Une voix, une parole, une conscience. Si beaucoup ne savent  pas ce qu’est devenu Jean-Claude Drouot, les plus âgés se souviennent de Thierry la fronde au début des années soixante. Mais il a su gérer son succès d’alors en faisant bien d’autres choses, pensionnaire de la comédie française, de 1999 à 2001, metteur en scène de nombreuses pièces de théâtre, écrivain, ses mémoires ont été publiées en 2015 sous le titre : Le cerisier du pirate. Comédien au théâtre, acteur au cinéma et pour la télévision, une carrière et  une vie bien remplies.

Décor simple sur fond noir,  un piano, une tribune, et un homme arrive, costume gris, redingote grise, montre à gousset dans la pochette du gilet, chapeau melon, il est Jaurès, l’homme qui a été assassiné parce qu’il prêchait la paix, la justice sociale, l’épanouissement de l’âme humaine, la liberté : Quel que soit l’être de chair et de sang qui vient à la vie, s’il a figure d’homme, il porte en lui le droit humain. Jean-Claude Drouot nous retrace le parcours de Jaurès, du brillant élève de l’école normale supérieure, son agrégation de philosophie, professeur à Albi, puis maître de conférence à la faculté des lettres de Toulouse, sa carrière politique, il devient le plus jeune député de France en 1885, ses premiers pas vers le socialisme, son soutien pour le peuple, pour les ouvriers, il est l’un des créateur de la SFIO, et sa carrière de journaliste, fondateur et directeur de l’Humanité, et aussi collaborateur de la dépêche, éditorialiste du Matin et de la Lanterne.

JC Drouot 5.JPGPar un choix de lettres, d’articles, Jean-Claude Drouot nous livre son approche personnelle de Jean Jaurès. Il n’avait pas d’ambitions, pas d’orgueil, pas de besoins, il était plus juste avec ses adversaires, en particulier le nationaliste Maurice Barrès, ennemi politique, mais il y avait un mutuel respect entre les deux hommes, qu’envers ses amis. Lui, Jaurès, issu d’un milieu paysan, devenu normalien, orateur de génie, un homme dont tous les partis politiques se réclament aujourd’hui, à tort ou à raison, une espèce de saint laïc, qui commençait ses discours lentement, d’un ton monocorde, mais la pensée venait, et c’était alors une voix de cuivre qui vibrait comme le tonnerre. Une voix jamais enregistrée. Il n’avait pas d’ambition littéraire, son combat, c’est le socialisme, le sens de l’avenir, il fonde une sorte de religion du socialisme. Il avait cette confiance en la marche du temps, cet espoir en l’humanité.  Jean-Claude Drouot nous lit une lettre très émouvante de Jaurès à son compagnon de Khâgnes Charles Salomon, pour se aller à des confidences intimes, suite au décès de son père le 11 juin 1882, se libérant ainsi des détails sordides qui ont suivi ce décès, la mort est bien cruelle, qui n’attend pas que l’on soit sous terre pour entamer sa pourriture.

Jean-Claude Drouot a aussi retransmis intégralement le discours de Jaurès, revenu dans son lycée d’Albi pour parler aux étudiants, Jaurès qui a insisté toute sa vie sur l’importance de savoir lire pour les écoliers, de faire lire les écoliers  pour les professeurs : Vous tenez dans vos mains l’âme et l’intelligence des enfants. Faites-en des citoyens libres, qu’ils aillent vers une démocratie libre, qu’ils aient une idée de l’homme qui va de la fierté à la tendresse, n’en faites pas des machines à compter.

La République est un acte de conscience, il faut concilier la liberté et la loi.

Et il affirme la haute espérance socialiste qui est la lumière de sa vie et qu’une paix durable, définitive est possible. Il faut vaincre le cercle infernal de la haine.

Un grand silence et une grande attention dans la salle pour ce message d’espoir que nous a laissé Jaurès, incarné par Jean-Claude Drouot. Espoir assassiné ? La lumière s’éteint soudain, deux coups de feu éclatent dans le noir,  l’homme droit sous son chapeau melon reste impassible : Ils ont tué Jaurès crie l’écho. Et le rideau tombe avec la chanson de Brel : Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

C’est un public grave, silencieux, et pensif qui est sorti de la salle. Et chapeau bas et respect pour Jean-Claude Drouot, le Jean Jaurès d’un soir.

 

Danièle Sala

Photos Martine Fargeix

 

NDLR:  Il y a eu pas mal d’albums hommages après la disparition de Leprest, certains faisant un peu redondance dans le pathos,  mais celui de Claire Elzière (et Dominique Cravic,  Grégory  Veux et sa quadrilla fidèle) , est un des plus réussis, à mon avis, car il est témoin d’un Leprest vivant  envers et contre tout..  On ne peut pas passer son temps à s’foutre à l’eau, aurait dit Mouloudji.. (NGabriel)

Folle journée à Mozac pour le deuxième jour des Rencontres Marc Robine 2018

14 Juil

C’est Jean-Yves Lenoir qui ouvre cette deuxième journée, tourangeau et auvergnat d’adoption, acteur, metteur en scène, il dirige la compagnie du Valet de Cœur à Clermont-Ferrand, écrivain, poète, passionné par la langue française et son évolution dans l’histoire.  

Et Pardi ! il nous a régalés par l’ interprétation de ses textes :

Pardi ! Ce froid sec de l’automne qui rabote le crépi des façades. Et qui frotte, polit le caniveau, le goudron.

Propre, monsieur : grande toilette de haut en bas !
– Propre comme un sou neuf. 

Textes que l’on peut retrouver dans son recueil Pardi ! Prose ou poèmes ? «  Ces petits papillons qu’on appelle éphémères,

Que nous dit-tu, poète ?
Qu’un bénitier de pierre,
Dans le froid, dans la glace, a retenu leurs ailes.

Jean-Yves Lenoir nous a aussi gratifié d’une recette pour réussir nos soirées poétiques, en quatre méthodes,  beaucoup d’humour et une pointe d’ironie. La soirée conviviale, hommage aux poètes de préférence vivants… Le Cercle, apologie pour poètes morts ou vivants, avec pianiste qui joue un concerto de Lizt… Soirée interprétation pour poète mort… Soirée évocation pour public éclairé, fauteuils empire, riches bibliothèques aux livres reliés, etc…

Jacques Viallebesset qui lui succède, en compagnie de Fabrice Péronnaud rectifiera le tir en précisant que les poètes font leur gamme et des exercices de style, la muse ne fait pas tout !

Gaspard_Montagnes

Et c’est Dans le vent des montagnes, en cheminant avec Gaspard , que ces deux conteurs-poètes nous entraînent, poèmes puisés dans la malle aux trésors de Gaspard des montagnes et réunis dans ce recueil

Rappelez-vous le franc Gaspard des montagnes
Qui surgissait en bondissant
Et comme un diable dans les cabarets
A l’orée des bois noirs

Dans ces pays marqués par le bruit de la cognée
Au bord de cette forêt qui bleuit sous le vent
La couche de fougères du bûcheron
C’est ici que je vous donne rendez-vous
Dans ce grand matin d’herbes et d’oiseaux… »

Après la poésie,  question existentielle : Des lumières à l’intelligence artificielle, que sont nos valeurs  devenues ? Avec Thierry Lambre mathématicien, Bernard Dumoulin, philosophe, Jean-Yves Lenoir, écrivain et comédien.

Le monde est une immense symbiose, est-on en train de rompre un lien sacré ? Pour Bernard Dumoulin, le problème est le contrôle de l’homme, est-ce que l’homme est capable de contrôler les machines, les robots, rester le centre de ce qu’il a produit lui-même ?

Il fut question du principe de précaution, de la grande puissance de l’intelligence artificielle pour un pays comme la Chine par exemple, des pays où l’état contrôle tout le système, et de surmonter ce problème avec l’ONU .

Le mathématicien Thierry Lambre est plus optimiste, en affirmant que l’intelligence artificielle a permis de grands progrès, en médecine notamment, un ordinateur bien informé est capable de détecter un mélanome, en le différenciant d’un grain de beauté à 95%, alors qu’un simple dermato le détecte seulement à 87%. Et que rien ne sera alarmant tant que la décision restera humaine.

Jean-Yves Lenoir, est-ce que la décision finale appartiendra toujours à l’homme ?

Il fut aussi question de Copernic, qu’est ce que sa perception de l’univers a apporté à l’homme ?
Une auditrice a posé la question de l’éthique. D’où viennent les matières premières qui servent à fabriquer les machines productrices d’intelligence artificielle, et dans quelles conditions sont -elles exploitées ?
Nous avons aussi parlé de l’importance de ne pas confondre la science et la technologie. De l’importance d’adapter les robots aux besoins des hommes.

En conclusion, l’intelligence artificielle est-elle capable de prendre le dessus, où n’est-ce qu’un écran de fumée derrière lequel il y a le pire et le meilleur ?

Ouf !

Il est temps de revenir à la chanson, avec tout d’abord Guilam et sa fille Camille que son père a convaincue de monter sur scène, et il a bien fait ! Le duo, c’est 2 Folks,  un duo père fille tout en harmonie, deux voix qui se répondent où s’unissent, en parfaite harmonie, pour un voyage intérieur tout en douceur et poésie. Leur album en commun, Variations, 12 titres, auto-produit, est Un écrin de quiétude pour le cœur et pour les oreilles. Je ne saurais dire mieux..2 folk

Et quand Camille chante seule Emmenez moi, on reçoit en plein cœur sa voix limpide, aérienne , vibrante d’émotion.  Des chansons de Variations, des reprises de Félix Leclerc, de Brassens, de Dimey, Cabrel… ou encore de Pierre Lapointe, Tel un seul homme :

Et si je vous disais que même au milieu d’une foule 
Chacun, par sa solitude, a le coeœur qui s’écroule 
Que même inondé par les regards de ceux qui nous aiment 
On ne récolte pas toujours les rêves que l’on sème 

Déjà quand la vie vient pour habiter 
Ces corps aussi petits qu’inanimés .

Et surprise, ils sont revenus inopinément un peu plus tard pour une chanson de Jacques Bertin, en hommage , Le rêveur :  

J’étais l’enfant qui courait moins vite 
J’étais l’enfant qui se croyait moins beau 
Je vivais déjà dans les pages vides
où je cherchais des sources d’eaux 

J’étais celui à l’épaule d’une ombre
qui s’appuyait, qu’on retrouvait dormant
Je connaissais les voix qui, dans les Dombes,
nidifient sous les mille étangs…

Un très beau moment, suivi d’Emile Sanchis, un auvergnat, conseiller municipal de Vic-le-Comte, qui écrit depuis les années 80, et compose depuis plus longtemps.

Sanchis peronnaud 2

 

Il nous interprète une chanson de Leprest : Aux funérailles, au funambule, et dit Paroisse de Jacques Bertin, avec Fabrice Péronnaud. Paroisse, une chanson de toutes les époques.

Emile Sanchis qui nous confie que c’est à la médiathèque de Croix Neyrat, dans les quartier nord de Clermont-Ferrand en 97, que La blessure sous la mer de Jacques Bertin lui a ouvert un horizon.

Laurent Berger et P Bertin 1728x1862Et on enchaîne avec Laurent Berger dont certains pensent que c’est le digne successeur de Jacques Bertin, on le dit aussi héritier d’Allain Leprest et Barbara.  Brassens et Barbara, c’est la même fibre dit-il : Quand ils te parlent de solitude, d’homme, de femme, d’amour, d’amitié, c’est tout de suite sensible, tout de suite le choc.  Et sa rencontre avec Brel : on se rend compte qu’à partir de son enfance et de son milieu, il s’est créé une véritable poésie… un peu comme Gilles Vigneault le fait avec le Québec les grands espaces, avec Mon Pays c’est l’hiver…  Il y a aussi Bernard Dimey, découvert à La librairie des pas pressés, où l’on fait de belles rencontres. On connaît la chanson ne s’y est pas trompé en lui décernant le prix Marc Robine, en 2015, Laurent Berger qui poursuit ses chemins de liberté depuis 26 ans, guidé par la beauté intérieure et les sentiments  de chacun de nous, moments de vie maraudés çà et là, voix métallique, et un charme qui fait mouche, n’est-ce-pas Martine qui l’a mitraillé de ton œil admiratif  et de ton objectif ? : Tous les amours s’en vont en mer

Pour la traversée du sublime
Ils laissent les vivants derrière
Au quotidien qui les opprime
Pas de carte, pas de boussole
Ils se confient à l’incertain
C’est du prévu dont ils rigolent
Leur plan de vol est fait d’instinct. ..

Et Jacques Bertin, qui est là depuis un moment, arrivé deux heures en avance, entre sur scène. Il chante ses propres chansons, pure poésie, beau jeu de guitare, et voix claire et sonore.

J’étais l’enfant qui courait moins vite
J’étais l’enfant qui se croyait moins beau
Je vivais déjà dans les pages vides
Où je cherchais des sources d’eaux

J’étais celui à l’épaule d’une ombre
Qui s’appuyait, qu’on retrouvait dormant
Je connaissais les voix qui, dans les Dombes,
Nidifient sous les mille étangs

Il nous chante l’enfance, la vie des gros bourgs, la compassion pour les humbles, les rendez-vous manqués, et le temps assassin qui, dans son cortège de déroutes emporte en un même souffle les amours en charpie et l’écharpe nouée des amitiés qui s’enroulent. Marc Robine.

Il chante aussi les amis, Luc Bérimont, Jean Vasca :

Amis soyez toujours ces veilleuses qui tremblent 
Cette fièvre dans l’air comme une onde passant 
Laissez fumer longtemps la cendre des paroles 
Ne verrouillez jamais la vie à double tour

Très applaudi Jacques Bertin, plusieurs rappels qu’il accepte avec plaisir. Doit-il son humour et son sourire ce jour à un chien, présent dans l’assemblée, et qui aboyait à chaque chanson ? C’est la première fois que j’arrive à intégrer un chien à mon public nous dira-t-il.

Enfin, le soir, nous arrive la compagnie Beline avec son spectacle La feuille à l’envers, Evelyne Girardon, Sandrine Fillon, Patrick Raffin et Jean Blanchard, quatre joyeux et talentueux lurons qui nous la joue trad-érotico-coquine, chansons hardies du répertoire traditionnel français, mais jamais vulgaires, et si bien interprétées, accompagnés d’instruments de musique traditionnels comme  vielle à roue, accordéon diatonique, soufflet, etc…

Et étant des chansons répétitives, nous avons tous repris en choeur Les réveillées du placard, La meunière, La marmotte, et appris les bases du vocabulaire érotique, se faire mener en bateau, le baquet, converger, le trou: orifice, espace anatomique vide dans quelque chose,  bonjour Léonie, mouiller son mouchoir à l’eau de Cologne, arroser les puces qui sont de redoutables sauteuses, l’anguille: poisson carnassier qui n’aime pas la lumière, c’est d’ailleurs pour ça que l’on dit : Il y a anguille sous roche. Etc… Soirée très édifiante et joyeuse.

Et à suivre, avec un jour de décalage, je vous prie de bien vouloir m’en excuser, pour la journée d’hier, très riche aussi.

Danièle Sala

 

Photos Martine Fargeix ( sauf JY Lenoir DR)

Premier jour des Rencontres Marc Robine 2018

12 Juil

                            

 C’est au Musée Mandet, à Riom, qu’un public nombreux est venu inaugurer l’exposition des œuvres d’un pionnier et initiateur de l’art urbain en France et de son ami poète, écrivain, homme de radio, entre autres «  Poésie sur parole, de 1987 à 2008 » sur France culture, qui, lui, se dit voyageur.

Après les présentations et remerciements d’usage, Laure-Elie Rodrigues, nouvelle directrice du Musée Mandet, Pierre Pécoul, maire de Riom, Frédéric Bonnichon, président de Riom Limagne, Volcans, unanimes pour réjouir de la collaboration  de tous autour de cette exposition.

Un compagnonnage fertile entre ces deux hommes, Ernest Pignon Ernest et André Velter,

Habiter poétiquement le monde

une phrase du poète allemand Hölderlin, pour qui l’homme habite naturellement la terre en poète. La poésie comme philosophie, comme nécessité,  voir le monde avec les beautés qui l’entourent, mais aussi sa réalité, une attitude qui pourrait changer le monde en réveillant les consciences. Toute une vie de collaboration entre ces deux complices, l’un avec des œuvres qui font parler les murs, bouleversent les esprits, provoquent celui qui les voit, un engagement contre les guerres, l’apartheid, (jumelage Nice/ Le Cap), la situation des migrants, comme la série des Expulsés. L’humaine condition grandeur nature. Et et l’autre, « allié substantiel » évident d’Ernest Pignon Ernest, avec ses mots, avec la parole, considérant la poésie comme l’accès privilégié à la « vraie vie » entrevue par Rimbaud. .

 

Exposition suivie d’un récital inédit, André Velter, voix, Olivier Deck, guitare, chant..

Photo Danièle Sala 2018

Un enchaînement  de poèmes d’André Velter, dits par lui-même, ou mis en musique et chantés par Olivier Deck, avec une belle complicité entre les deux. Poèmes et chansons dans le même engagement que les œuvres d’Ernest Pignon Ernest que l’on vient de voir.  La poésie est sursaut d’adolescence à jamais d’infini qui se donne en partage. 

En précisant qu’on est pas obligés de rendre des comptes de ce qu’on a fait, qu’on fait escale où ça nous plaît, mais qu’on se sent une responsabilité éthique, chaque projet ayant sa propre légitimité. Poème voyageurs :  Tout départ est un rêve pour combattre nos peurs…   poèmes d’amour,

 

Là-haut, tu es, là-haut quoiqu’il advienne,

femme miracle d’un soleil à jamais

que rien ne sépare de la pure lumière

ni du souffle ascendant de notre amour promis

à une autre altitude. Tu es là, hors d’atteinte,

hors du monde où meurent les âmes et les corps.

Tu danse sur l’horizon que je porte en moi

pour abolir le temps. Tu vis à l’infini. 

Poème extrait de L’amour extrême et autres poèmes pour Chantal Mauduit.

Laissons au poète André Velter le dernier mot de ce récital : La poésie, c’est être.

 

Photo Martine Fargeix 2018

 

La poésie, nous en aurons encore avec le concert de Diane Tell, au théâtre de Châtel-Guyon, ce mercredi soir. Après la présentation du concert, qui réunit les Rencontres Marc Robine et l’association Auvergne Québec. Présentation par Fabrice Péronnaud pour les Rencontres, par Edith André, présidente d’Auvergne Québec, et sa jeune stagiaire venue de Montréal, Frédérique.

Diane Tell, qui arrive sur scène, en toute simplicité, en rouge et noir, avec d’incroyables et indescriptibles souliers assortis à sa tenue, son lumineux sourire, et ses deux guitares Franck Cheval.

Elle enchaîne les chansons, les siennes, en précisant que quand elle a débuté, il y avait très peu d’auteures compositrices interprètes québécoises. Les plus connues, comme celle  qui l’a rendue célèbre à 20 ans, et fait connaître en France : Si j’étais un homme, nous racontant qu’elle avait pris soin de travailler cette chanson au mieux pour gagner au festival de Spa, en Belgique, et que cette chanson a été éliminée au premier tour. La légende de Jimmy, On a besoin d’amour, Faire à nouveau connaissance, Dégriff’ moi, Gilberto, ou encore la chanson cadeau de Laurent Ruquier : Boule de moi et bien d’autres.

Des chansons inédites de son prochain album en préparation à La Fabrique, à Saint-Rémi-de-Provence. Et des interprétations de Boris Vian, Rue d’la flemme, Félix Leclerc, Présence, ou Jacques Brel, Voir un ami pleurer, en rappelant que Jacques Brel est venu chanter dans ce même théâtre de Châtel-Guyon. Françoise Hardy, La maison où j’ai grandi.

Une voix claire et mélodieuse où flâne une pointe d’accent, elle est pop, jazz, blues, parfois country et sait faire vibrer sa guitare au rythme des paroles, imposant ses chansons avec une sensibilité qui fait passer les émotions à un public sous le charme. Entre deux chansons, elle bavarde, partageant des anecdotes, demandant le score du match de foot en cours, heureuse au final que les anglais… Non, rien, nous disant son bonheur d’être dans ce si beau théâtre, dans une ville où l’on boit de l’eau, chose assez rare en France. C’est elle qui le dit !  Plusieurs rappels et applaudissements chaleureux.

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Photo Martine Fargeix 2018

Pour conclure, je dirai que j’ai redécouvert Diane Tell telle qu’en elle même, en me rendant compte que tant que l’on a pas vu un ou une artiste sur scène, on ne peut pas vraiment savoir qui il ou elle est.

Et la soirée s’est terminée par la rituelle séance de dédicaces avec elle, au milieu des commentaires sur le spectacles, et les rendez-vous pris pour les jours suivants. Oh là là ! Déjà ! Dans une heure à peine, à 14 heures, Rencontre avec Joseph Vebret, auteur de L’Invention du grand écrivain, et je ne veux rien rater de ces Rencontres ! Heureusement, c’est à deux minutes de chez moi, à pieds, au château de Portabéraud, à Mozac, à suivre donc…

Danièle Sala

 

Entretien avec Melissmell lors du concert au Haillan Chanté (33)

3 Juil

Les 5 et 6 juin dernier l’association Bordeaux Chanson, dont l’engagement assidu en faveur de la chanson d’auteur francophone permet régulièrement et depuis de nombreuses années aux artistes de rencontrer le public girondin dans des cadres dédiés à l’écoute et favorisant la proximité et la convivialité, invitait, en partenariat avec l’Entrepôt, pour la neuvième édition du Haillan Chanté à l’Entrepôt du Haillan (33), plusieurs artistes, parmi lesquels Loïc Lantoine, Barbara Carlotti, Michel Jonazs, et Melissmell, que nous avions rencontrée pour un premier entretien lors du festival Musicalarue à Luxey, (CLIC  ICIaprès son concert, qui fut et reste de mémoire un des moments de l’édition 2017 les plus intenses, éblouissants et contrastant. Contrastant, non pas du point de vue de la vigueur et de la générosité dans l’interprétation, mais de celui du bouleversement effervescent et brutal d’émotions violentes et persistantes qui semblaient s’arracher de sa voix, de son âme, pour basculer et graviter dans l’espace, percuter et ricocher dans les moindres recoins du coeur. Émotions violentes, âme insurgée, sentiments obscurs et lumineux, magie du contraste : c’est précisément de quoi il est question à travers les chansons de son dernier album « L’Ankou » dont Melissmell venait interpréter, parmi celles d’albums précédents, des versions acoustiques en duo piano-voix avec son complice François Matuszenski (dit Matu). La mélancolie, la noirceur, l’ombre du macabre même, y dansent dans des compositions musicales énergiques, parfois étrangement égayées aux faux-airs naïfs de comptine, charnellement comme instinctivement. L’instinct de vie sans doute qui surgit et s’affirme, s’exclame, face à la mort ; l’instinct de lumière qui inspire et respire dans l’obscurité, et évite à l’artiste d’enliser ses pas dans les sables mouvants du pathos morbide. A l’inverse, en même temps qu’à l’instar, d’artistes masculins sur qui l’influence, l’ascendance même, d’interprètes féminines s’impose comme une évidence -revendiquée ou pas-, Melissmell évoque irrésistiblement les noms de trois chanteurs du sexe opposé : Bertrand Cantat, Mano Solo, Damien Saez. Curieux paradoxe pas si paradoxal que ça d’une artiste qui est de celles et ceux qui nous font vivre la dimension androgyne et asexuée de la musique : celle d’un langage véhiculé par les âmes pour les âmes.

– Melissmell bonjour et merci de nous accorder ce second entretien.  Nous nous étions rencontrés lors du festival Musicalarue en aout dernier à Luxey. Lors tu nous confiais rencontrer des difficultés pour  être programmée en concert. Te voilà enfin dans la région de Bordeaux. Que s’est-il passé depuis et où en est ton actualité musicale ?

– On a été en tournée durant tout le printemps, et notre prochaine date sera le 6 juillet à Mons, au Festival au Carré. On a fait beaucoup de dates, une vingtaine, entre avril et juin ; et désormais c’est une tournée plus clairsemée, jusqu’à l’automne où on recommencera. Effectivement il n’est pas évident de trouver des dates, tant qu’on n’a pas fait un tube. C’est ce qu’on me dit : il faut que je fasse mon tube, comme Thiéfaine a réussi à le faire, comme Saez a réussi à le faire, comme Noir Désir, enfin comme tout le monde. Et un tube plus populaire que « Aux armes ! », parce que ce n’est pas suffisant. Ce soir nous allons jouer un concert en piano-voix, avec Matu, où on va reprendre les trois albums, durant une heure de show, avant de laisser la place à Loïc Lantoine pour son concert. Côté enregistrement, je fais appel à des auteurs pour les chansons du prochain album. Je suis en train de l’écrire. Et je pense l’enregistrer l’année prochaine. A l’heure actuelle, j’ai des compositions dans le placard, mais ça ne me suffit pas, donc je cherche encore des choses et j’ai sollicité des auteurs pour compléter ce que j’ai. Personnellement j’ai beaucoup de mal à écrire des textes, et j’ai tout fait jusqu’à présent pour convaincre des auteurs de m’en écrire, dont certains m’ont répondu positivement.

– Et pourtant tu as, d’une part une plume puisque tu as tout de même écrit les chansons du dernier album et certaines précédentes, et d’autre part surtout une personnalité artistique très singulière avec un univers intime propre. Confier l’écriture à d’autres n’implique-t-il pas le risque de dépersonnaliser un peu Melissmell ?

– Mais on me reconnaitra, parce que je choisis les textes déjà, et parce qu’on travaille ensemble avec les auteurs : je cherche des sujets que je leur propose. Pour l’album « Droit dans la gueule du loup » dont les textes ont été écrits par Guillaume Favray, on avait beaucoup discuté au préalable, et il avait écrit certaines chansons après nos discussions et tout ce qu’on s’était dit. Ça a donné des chansons comme « Madame », « Les Souvenirs » ou « Les Enfants de la Crise » qui ont été construites à partir de notre travail commun. Parfois, lorsque quelque chose ne me va pas, il m’arrive de modifier des textes après lecture.

– Pour ta part, quand as-tu commencé à écrire ?

– Je me suis mise à écrire pour le premier album, en 2003-2004. Mais la musique me venait bien plus tôt que ça. Toute petite déjà j’inventais des mélodies, alors que je n’ai jamais bien su écrire des textes. Je me suis toujours basée sur des livres ou des poèmes que j’avais lus. Par exemple je piquais une phrase et la détournais ; je trouvais des exercices à faire par rapport à ce qui avait déjà été écrit par d’autres. Ça, je sais le faire. Bien sûr on transforme toujours, parce que tout a plus ou moins été dit ; ensuite c’est à toi de mettre ta patte et ta façon de transformer. Mais inventer un nouveau texte à partir de rien m’est très difficile. Il y a des auteurs qui savent écrire, les doigts dans le nez.

– Tu as déclaré que la motivation principale qui te pousse à interpréter une chanson réside dans le fait que la chanson soit «nécessaire ». Qu’entends-tu par là ?

– C’est mon avis. Certains écrivent des chansons qui ne sont pas nécessaires, pour moi, des chansons dont on peut se passer. Mais personnellement j’ai besoin que les chansons soient nécessaires pour la société, qu’elles fassent avancer la pensée de la société, les mœurs de la société ou les conflits dans la société.    

– A propos de l’engagement de l’expression artistique, qui est un fil conducteur de ton œuvre, serait-il indélicat de revenir sur les derniers vers de la chanson « La crapule » de l’album « Droit dans la gueule du loup », dont l’une des interprétations possibles -mais peut-être n’est-ce pas le sens que tu lui donnais-pourrait paradoxalement être d’être entendu comme une critique de la chanson militante ?

 

« Et lui vient me dire il faut monter au front

La musique est une arme, les mots ses munitions

Laisse moi mon refuge, laisse la qu’elle respire

La musique était vierge, ne va pas la salir… »

– Ce n’est pas dans ce sens là que je la vois ; c’est dans le pornographique. Les chansons porno qui ne veulent rien dire et sont juste là pour choquer ou faire du fric, pour moi, sont salies. C’était le discours d’une personne, dont avec Guillaume Favray, on avait entendu que la musique ne doit pas dire les choses, n’est pas faite pour dire les choses. Donc je commence mes concerts par cette chanson, parce qu’elle porte la question principale de la musique, à savoir : qu’est-ce qu’on en fait et qu’est-ce qu’on en fait pas ? « La musique était vierge, ne vas pas la salir » est une vérité absolue, je trouve. La musique est propre en elle-même, mais l’humain la salie, suivant les textes qu’il pose dessus. Parler de politique, de révolution, d’anarchie ou de liberté dans mes textes n’est pas la salir, mais l’élever. Pour moi on salit la musique avec des textes qui parlent de cul, de sexe pornographique, de violence verbale ou physique envers les femmes, de choses qui n’ont aucune espèce d’importance dans la pensée. Je préfère que la musque soit vierge plutôt que de porter des textes de merde. Donc le sujet de la chanson est de savoir ce qui salie la musique ; et pour moi ce sont les chansons sexuelles, voire certaines chansons d’amour qui n’ont pas lieu d’être, des chansons antiféministes ou misogynes.  

– Le féminisme justement est une des thématiques qui ressurgit souvent dans tes albums. Tu nous avais dit à Luxey, tenir ton pseudonyme de la chanson de Nirvana « Smells like teen spirit », mais également de la mélisse, plante qui soigne les femmes, car tu voulais chanter pour soigner les femmes. Y a-t-il une raison particulière ?

– La chanson « Khmar » porte un discours de misandrie, c’est-à-dire de misogynie inversée, tournée contre les hommes. Je l’ai faite exprès pour montrer comme un misogyne nous blesse, en démontrant qu’il est possible d’entendre le pire dans la bouche d’une femme aussi. Le texte est violent. Mais j’ai entendu ces choses là de la bouche de ma mère, et même de ma grand-mère, qui était misanthrope ; je ne les invente pas. Les femmes de ma famille étaient très féministes, car elles ont connu et vu beaucoup d’hommes se décharger de leurs responsabilités envers leurs propres enfants.  

– L’autre thématique importante qui s’exprime dans l’album, par ailleurs marqué d’un esprit endeuillé par les attentats de 2015, est l’athéisme. Est-ce pour toi une conception nécessaire ?

– Surtout depuis les attentats contre Charlie. Je me suis dit qu’il était important de rappeler qu’on a tué le roi et séparé l’église de l’état, et que ce n’est pas pour recommencer à mettre une église au dessus de tout. Le titre « Le pendu » s’inspire à la fois de « La ballade des pendus » de François Villon et du « Bal des pendus » d’Arthur Rimbaud ; j’ai étudié ces textes et voulu faire un acrostiche : « Dieu nait du diable et il faudra bien le pendre ». L’homme prétend que la femme est née du diable ; mais il n’empêche que c’est la femme qui met les hommes au monde, et donc Dieu. De ce fait, Dieu nait du diable, car sans le diable, Dieu n’existe pas.

– Ton univers, par certaines de ses thématiques et le choix du vocabulaire, parfois résonnent comme en communauté avec celui de Damien Saez, impression renforcée par l’esthétique sonore de « L’Ankou », notamment au niveau du traitement de ta voix.  Cela relève-t-il du hasard, d’une proximité spirituelle inconsciente ou d’un parti-pris délibéré ? Et plus généralement interviens-tu dans les décisions concernant les esthétiques sonores au cours du traitement et du mix ?

– En fait j’interviens, mais on travaille trop rapidement pour moi. C’est-à-dire qu’on fait dix sept jours d’enregistrement et après une semaine de mix. Et c’est trop rapide pour avoir le recul suffisant pour moi. Mais on n’a pas les moyens, quand on est un petit artiste pas reconnu qui n’a pas fait de tube radio ayant ramené de l’argent dans les caisses. On n’a pas vraiment le temps pour faire les choses bien en dix sept jours. Mais on fait au mieux pour que ça sonne. Après si ça ressemble à un Damien Saez, c’est peut-être parce qu’on a écouté les mêmes choses, qu’on a aimé les mêmes choses, qu’on a lu les mêmes livres. Avec Damien, on s’est rencontrés et on s’est dit les choses : j’avais l’impression que c’était mon jumeau masculin. Pourtant en 2008, je ne connaissais pas encore Saez, et j’avais déjà écrit tous mes textes. Je l’ai rencontré avant de le connaitre, alors que j’enregistrais « Ecoute s’il pleut » au même studio où il enregistrait « J’accuse », et du coup après je me suis mise à l’écouter pour savoir ce qu’il faisait. La ressemblance n’est pas volontaire. Reste qu’on est de la même génération, qu’on est sensibles aux mêmes choses,  et qu’on a en commun des influences et des gouts, que ce soit en musique anglo-saxonne avec The Clash, Radiohead, Nirvana, ou en Chanson Française avec Jacques Brel, Léo Ferré, Georges Brassens. 

– L’effet de paradoxe rendu sur par le choix de compositions musicales énergiques pour porter des textes plutôt sombres sur cet album était-il un équilibre nécessaire ?

– Matu a aidé à composer sur « Les rivières », et a participé aux arrangements ; donc on entend sa patte, qu’on peut retrouver chez Indochine. Mais je voulais faire cet album ainsi. J’ai appelé Bruno Green du groupe Detroit, dont j’aimais le son, et je lui ai demandé de me réaliser ça. Ce que j’aime est sombre, mélancolique ; c’est la réflexion dans la noirceur des choses.

– Éprouves-tu le besoin de faire vivre tes chansons scéniquement avant de les enregistrer ?

– Oui bien sur ; il y en a plein que j’ai testé sur scène, et qui ne sont d’ailleurs jamais parues sur un disque. Parce que sur scène, je me suis rendu compte que ça ne fonctionnait qu’à moitié ; j’ai donc préféré les laisser au placard. Par exemple « Ma petite étoile noire » a été jouée sur scène depuis 2012, avant d’être enregistrée et de sortir en 2016. Je l’ai faite tourner avant ; elle fonctionnait sur scène, et ça a été la première chanson écrite de « L’Ankou ». Quand j’ai un doute, je teste les chansons, et je vois si je peux les porter de manière efficace ou s’il faut les modifier ou les abandonner. Mais quand je sais que les chansons vont fonctionner, je ne les joue pas nécessairement sur scène. J’ai assez le sens de la mélodie pour ne pas me tromper quand je sens que ça marche. Ma mère, de  même que ma grand-mère, m’a dit que je répétais les comptines qu’elle me chantait à deux mois, avant de savoir parler. Je n’en revenais pas quand elle m’a dit que je chantais juste à trois mois ! A cinq ans je m’exprimais en chantant aussi ; je ne savais faire que ça. Et j’inventais des mélodies ; je ne copiais pas.

– Ce qui explique que tu peines moins à composer qu’à écrire. La musique est-elle ton langage ?

– Le texte ne vient jamais ; il faut que je le cherche ! Il ne vient jamais tout seul. En revanche j’ai cinq musiques qui me traversent la tête par jour. Au minimum ! J’ai juste à noter les mélodies ; j’ai même l’impression que je ne les choisies pas, mais que je les entends. J’ai l’impression d’être folle parfois : quand j’entends le vent souffler, j’entends une mélodie. Donc je ne cherche pas les mélodies ; elles viennent toutes seules. En revanche je cherche les textes, je fouine, et parfois je ne trouve pas. Quand je demande à des auteurs d’écrire pour moi, je ne leur envoie pas de musique. J’ai essayé mille fois de faire la mélodie d’abord et de l’envoyer à un auteur, mais je n’aime pas ça. Il ne trouvait pas les mots ; ça ne sonnait pas, ça ne fonctionnait pas. Donc je demande des textes, parfois je corrige, parce qu’en lisant les textes j’entends une mélodie, et donc je vais corriger le texte en fonction de la mélodie que j’entends ou du nombre de pieds. Je préfère faire ainsi : je couds la mélodie sur le texte déjà écrit. Le contraire est très compliqué avec la langue française, moins avec l’Anglais. Personnellement je fais du yaourt phonétique anglophone, mais j’appelle une copine qui maitrise l’anglais, et lui demande de m’aider à écrire le texte à partir de ce que je voudrais dire. Ce fut le cas pour la chanson « Les restes », écrite avec Joy Pryor : j’avais l’amorce « Ici, c’est les restes » », mais je n’arrivais pas à écrire la suite en français, car ça ne sonnait pas, et je lui ai donc donné la description de ce que je voulais dire pour qu’elle écrive le texte en anglais puis nous avons corrigé pour exprimer dans le refrain ce que je voulais, à savoir « je casse mes chaines comme je devrais le faire ». Pour cette chanson effectivement, j’ai pris la mélodie d’abord et le texte est arrivé ensuite dessus et ça a fonctionné. Mais ça ne fonctionne pas en français ; c’est phonétique : en français, c’est la consonne qui est importante, alors qu’en anglais c’est la voyelle. Donc je retravaillerais certainement avec Joy.

Miren Funke

Photos : Carolyn C (toutes sauf 5), Miren Funke (5)

Liens :

Melissmell : https://www.melissmellmusic.com/

https://www.facebook.com/melissmell/

Bordeaux chanson : https://www.facebook.com/melissmell/

« Punk Is Not Dead : Une histoire de la scène punk en France » : entretien avec Luc Robène

21 Juin

Le 26 Mai dernier, l’Amicale Laïque de Bacalan, association de quartier bordelaise, réunissait pour son festival « Rock Is Bac » plusieurs groupes et artistes parmi lesquels Pigalle, Strychnine ou encore King Kong Blues et Blues-O-Matic Experience. L’évènement qui se tenait en plein air dû hélas être annulé à mi-journée, pour raison météorologique, une tempête terrifiante s’abattant sur la ville et particulièrement sur ce quartier populaire. Alors que plusieurs groupes furent obligés de renoncer à jouer, seuls trois d’entre eux, Tibia, Strychnine et Z-Star, restèrent pour soutenir les membres de l’association, effondrés par cette déprogrammation de dernière minute catastrophique financièrement, et qui s’affairaient à négocier avec la mairie l’ouverture en urgence d’une salle de repli, afin qu’un concert puisse tout de même avoir lieu. Ce fut chose faite autour de 20h, et, matériel démonté et  transféré « à l’arrache », Strychnine et les deux autres groupes maintinrent leur concert, pour le plus grand bonheur du public revenu partager un moment musical, fraternel et convivial, alors qu’il n’y croyait plus et que des rumeurs concernant un éventuel dépôt de bilan de l’association affectaient tout le monde. La gratuité du concert fut maintenue ; néanmoins ceux qui souhaitent témoigner d’un geste solidaire à l’égard de cette association populaire qui enrichi de longue la vie du quartier et fait battre son cœur peuvent la soutenir en participant au pot commun en ligne ici : https://www.leetchi.com/c/rock-is-bac .

C’est en cet après-midi tourmenté que Luc Robène, guitariste de Strychnine qui par ailleurs accompagne le chanteur Arno Futur et fut auparavant membre de Noir Désir avant de jouer aux côtés de Kick         [https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2015/09/09/entretien-avec-kick-autour-de-la-sortie-de-son-album-chien-fidele/], également universitaire de profession, acceptait de nous accorder un entretien pour parler du vaste, ambitieux et passionnant projet de recherches, d’archivages et d’études sur l’histoire de la scène punk française, auquel il œuvre avec Solveig Serre et plusieurs collaborateurs : « Punk Is Not Dead : Une histoire de la scène punk en France ».

– Luc bonjour et merci de cet entretien. Peux-tu nous parler de cet énorme projet que tu as initié?

– Je suis professeur à l’université de Bordeaux et historien, rattaché aux Sciences de l’Education. Je porte, avec Solveig Serre qui est historienne et musicologue, chercheure au CNRS, et une équipe d’une trentaine de personnes le projet « Punk Is Not Dead : une histoire de la scène punk en France », un gros projet de recherche sur l’histoire de la scène punk en France de 1976 à nos jours, donc sur 40 ans. C’est un projet qui a débuté en 2014, et qui depuis 2016 est financé par l’ANR (Agence Nationale de la Recherche), ce qui n’est pas rien, car il a été dur de convaincre nos institutions respectives, donc le CNRS et l’université, de l’utilité de ce bel objet de recherche, et d’un travail sur la culture alternative et ce qu’on appelle la « création en résistance ». Nous bénéficions de partenariats incroyables, dont un avec la Philharmonie de Paris – et faire rentrer le punk à la Philharmonie, ce n’est pas rien –, un avec l’École nationale des Chartes qui forme les conservateurs d’archives en France et est intéressée par le fait qu’on leur montre un terrain pour lequel l’archive n’est pas évidente, un autre avec l’INA, un avec la Fanzinothèque de Poitiers. Nous avons aussi monté un séminaire de recherches et de méthodologie à l’École des Hautes Etudes en Science Sociale (EHESS) qui s’appelle « Underground ! Écrire l’histoire du punk et des cultures alternatives » et se veut un séminaire de réflexion sur la question de comment travailler sur ces terrains sensibles, difficiles, comment on fait lorsqu’on est chercheur et musicien ou fanzineur. Et ce séminaire a accueilli un public énorme et fait un carton auprès des étudiants de l’EHESS, à tel point qu’on le reconduit l’année qui vient.

– Comment le fruit de votre travail va-t-il se matérialiser ?

– Il y déjà eu des publications, et il y en aura d’autres. On a publié un numéro de la revue Volumes! qui est la seule revue en France qui travaille sur les musiques populaires. Il y a également eu des articles un peu partout. Mais notre objectif sur le long terme est d’arriver à récolter des archives, parce que le Punk n’attend pas sur les étagères des Archives municipales. C’est pour cela qu’on travaille comme des fous et qu’on organise une journée d’étude par mois pour rencontrer des acteurs de la scène, faire surgir les archives, construire les réseaux, récupérer des témoignages. Nous en sommes à la vingtième journée d’étude depuis trois ans : c’est la première phase du projet, sachant qu’à terme, on voudrait monter un Centre de ressources et de recherche sur les cultures alternatives. En gros, il y a des journées d’études réalisées à Paris, sur les grands thèmes, tels la question du genre, l’archive punk, l’histoire du Punk urbain et du Punk rural, et puis il y a depuis maintenant deux ans des journées d’étude locales dans des villes spécifiques comme Toulouse, Rennes, Caen ou Rouen. Je rentre juste du Val d’Ajol dans les Vosges, où nous avons eu pour thématique l’histoire de la scène punk en Lorraine depuis 1976. La prochaine journée se tiendra à Lyon. Quelque chose se fera à Bordeaux le 1er décembre, à la Rockschool Barbey. Le projet concerne beaucoup de villes, mais pas forcément les plus grandes ; nous avons organisé une journée à Montaigü, à côté de Nantes, et il y aura sans doute Fumel, dans le Lot et Garonne. Nous visons donc des localités qui ont connu une scène punk importante et des aires géo-culturelles comme le Pays Basque, en collaboration avec Olivier Mathios qui est le bassiste des Hyènes et de Mountain Men. Il y a toujours une partie culturelle pendant ces journées, avec des concerts et des colloques. C’est quelque chose de très chaleureux et humain : on fait de la science, mais avec humanité. On était en recherche d’éditeurs pour publier, et nous allons monter une collection aux éditions Riveneuve qu’on va appeler « En Marge !».

– Votre travail se consacre-t-il au Punk des puristes ou aborde-t-il aussi les ramifications métissées à d’autres genres musicaux ?

– On travaille effectivement aussi sur la question de l’hybridation des genres. Il y a des choses assez incroyables. Et puis il y a aussi d’autres phénomènes qui s’agrègent, c’est-à-dire par exemple le retour à la terre : aujourd’hui les punks vont à la campagne, fondent des communautés et font vivre la ruralité. Et c’est assez formidable, car cela constitue un renversement des valeurs : le Punk n’a cessé de se réinventer en quarante ans, et aujourd’hui le discours punk n’est pas très éloigné de ce qu’était le discours baba-cool il y a quarante ans, alors qu’à l’époque les punks haïssaient les baba-cools. Cela constitue donc un retournement complet assez drôle. Et c’est ce qui est génial : le Punk est un véhicule pour faire ce qu’on veut et être libre, pour réinventer sa vie et s’affirmer. Le fait que l’esprit alternatif se développe dans la ruralité a donné du sens, parce que les gens ont théorisé ce qu’était le « Do It Yourself » (DIY), dont on fait une pierre angulaire du punk : en 1977, la base du punk c’était « Tu sais jouer trois accords, fais un groupe ! Tu as envie de t’exprimer, fais un fanzine ». C’était la débrouille, même si elle n’était pas définie comme DIY ; c’est ça,  l’esprit punk. Le punk s’est dès le début posé en rupture face à l’establishment, aux codes de la musique, à la musique savante : il s’agissait de déconstruire ce qui se faisait et reconstruire autre chose. Alors bien sûr le punk a été la matrice de ce qu’on appelle aujourd’hui la « scène alternative », des premiers labels indépendants comme Bondage Records ou Boucherie Productions, puis des mouvements dans les squats, des croisements avec les autonomes ; on peut se dire aussi qu’il y a du punk dans les ZAD – même s’il ne faut pas réduire les ZAD aux punks –  et dans tout mouvement de contestation, et il y a un lien entre punks et citoyens en lutte, punks et paysans. Nous avons rencontrés des gens qui s’autoproclament « punk bâtisseurs » et vivent à la campagne où ils ont construit leur communauté. Çà tranche avec les postures d’il y a quarante ans, mais l’auto-désignation, la revendication d’être punk est toujours là. Le punk peut être très paradoxal, en constante réinvention : un mouvement qui prônait l’absence de futur, et qui quarante ans après est toujours vivace, c’est quand même un sacré paradoxe. Les Sex Pistols disaient qu’il n’y a plus de rêve dans l’Angleterre à venir ; aujourd’hui les punks sont porteurs de rêves et invitent à en créer. Le principe de notre projet est de travailler sur ces marges là et de montrer que le punk est un prisme fondamental pour comprendre la société actuelle, comprendre comment les gens apprennent à résister, à faire autrement, à ne pas être résignés. 

– Qui participe à l’équipe de recherche ?

– Des universitaires et des chercheurs de toute spécialités : des historiens, des anthropologues, des spécialistes d’histoire de l’art, de littérature, de musicologie. Mais également des acteurs de la scène punk : c’est vraiment de la science participative. Par exemple Michel Ktu, qui tenait le squat de la Miroiterie à Paris et a organisé la scène punk à cet endroit, travaille avec nous. Laurence Ramos, plasticienne, militante de la Miroiterie, et qui possède de nombreuses connaissances et des réseaux à Lyon, a  co-organisé avec nous la journée d’étude sur la scène punk à Lyon. Ce n’est donc pas un projet refermé sur lui-même, mais quelque chose d’ouvert. Les journées d’études ne se tiennent d’ailleurs jamais à l’université, mais dans des lieux où les gens peuvent venir partager et échanger.

– Faites-vous appel aux particuliers qui auraient pu garder des documents ou des souvenirs ?

– Tout à fait : un site est dédié justement à recueillir ce que les particuliers peuvent donner comme information.  PIND a un beau site de recherche, sur lequel sont accessibles, en ligne, toutes les journées d’études, les photos, les captations sonores : http://pind.univ-tours.fr/  Et effectivement nous récoltons des archives auprès des particuliers et des musiciens : on a récupéré déjà trente ans d’archives du groupe Les Sales Majestés, toutes les archives de Radio FMR (qui est la radio libre historique de Toulouse et a vraiment été d’entrée un support pour le punk), les archives de la Miroiterie… Ça commence à s’intensifier.

– Y a-t-il une date butoir posée au projet pour la collecte d’archives ?

– Bien sûr les financements ont toujours un début et une fin, mais le projet pour nous porte sur du très long terme. Donc une partie de notre travail consiste aussi à monter des dossiers pour continuer à trouver des financements, y compris au niveau européen. On essaye aussi d’y sensibiliser les acteurs économiques du monde privé, car il y a des gens que ça intéresse.

– Non seulement des acteurs actuels du punk, mais touchez-vous aussi d’anciens punks qui se sont inscrits dans le mouvement au début où à un moment et en sont sortis entièrement ou partiellement pour évoluer dans des milieux professionnels autres et divers ?

– C’est un aspect très important. En terme de résultats de recherche, on obtient des choses assez fabuleuses, comme ce que tu viens d’évoquer, c’est à dire que le punk a été une matrice pour beaucoup de gens. Certains y sont entrés et en sont ressortis, mais n’ont jamais oublié. Et eux nous disent que le punk les a construits, et je parle de gens qu’on n’imagine pas avoir été punks, c’est-à-dire des gens qui travaillent dans des banques, dans la politique, les médias, au MEDEF, à l’université… L’ancien chanteur de Bérurier Noir, Fanfan, qui travaille avec nous, est ingénieur de recherche au CNRS, spécialiste du Vietnam par exemple; Hervé Zenouda, qui était le batteur des Stincky Toys, est aujourd’hui maître de conférences en Infocom dans le Var.  Il est important de montrer que même ceux qui sont sortis de cette culture lui sont reconnaissants de les avoir formés et construits. Il y a quelque chose d’ontologique.

– Votre travail a-t-il révélé d’autres aspects ignorés ou oubliés de l’histoire du mouvement qui peuvent surprendre ou, du moins, ne pas être une évidence pur tout le monde ?

– L’autre aspect qui surgit de nos résultats de recherche est aussi que le punk, contrairement à ce qu’on entend parfois dire, n’a pas été l’affaire de quelques happy few dans le milieu parisien : on a montré très rapidement, autour de la thématique punk des villes/punk des champs, que dès le début il y avait des punks partout : on a reçu des récits extraordinaires de gens des pieds des Pyrénées qui jouaient à Toulouse et ailleurs avec leur groupe, et pareil en Normandie ou dans d’autres régions. Ce travail permet de montrer l’importance de cette scène, son originalité, le fait que ce ne soit pas une pâle copie du punk anglo-américain, et même que des Français ont eu de l’influence à l’étranger : Metal Urbain est allé signer chez Rough Trade et a vécu un an en Angleterre ; les Stinky Toys sont allés jouer au premier festival punk à Londres. Et malgré tout, qu’on le veuille ou non, le premier festival punk d’Europe a eu lieu en France à Mont-de-Marsan. Et cela, personne ne l’a oublié. Il ne faut surtout pas laisser aux Américains et aux Anglais cette histoire là, car eux écrivent des articles sur la France et ne racontent que des inepties.     

– Le risque d’enfermer le punk  dans le passé et d’en clore l’histoire en le consacrant comme sujet d’étude a-t-il fait partie de vos craintes ?

– C’est une vraie question. On nous la posait souvent au début : ne risque-t-on pas de momifier le punk ? Pas du tout en fait, car c’est un projet ouvert sur l’avenir. On s’est rendus compte très vite que cette culture, qui pour nous est quelque chose de très important, disparaissait, tout simplement car beaucoup de ses acteurs sont morts très jeunes. C’est donc une culture vulnérable, et c’est le moment où jamais de s’y intéresser, de la faire revivre, pas pour l’enfermer dans des expositions, mais au contraire pour la légitimer. Ce projet est vraiment une aventure forte qu’on porte à deux avec Solveig et qui a la force pour aller assez loin. Le punk est passé du « No future » à « Quel futur pour demain ? ».

– Tu es toi-même musicien, guitariste de Strychnine et donc acteur de la scène punk de longue date. Quand as-tu commencé à jouer ?

– J’ai commencé dans Noir Désir où j’ai joué de 1982 à 1985 ; j’ai donc gardé des liens très forts avec ses membres. Nini [Denis Barthe, batteur de Noir Désir, The Hyènes et Mountain Men entre autres] vient d’ailleurs souvent sur les journées d’études. Et puis j’ai quitté Noir Désir pour jouer avec Kick, qui est devenu ensuite Kick and the 6. Donc lorsque Kick et Boubou ont reformé Strychnine, Kick m’a appelé, et mon intégration s’est faite naturellement. C’était en 2008, et puis on a fait le disque, avec David à la basse, qui est parti à un moment donné sans qu’on le remplace jamais, et depuis on joue ensemble à trois. Ça nous a forcé à trouver un son à trois, car jouer sans bassiste n’est quand même pas anodin. Kick joue sur un ampli de basse, avec des rythmiques dans les bas-medium, et on arrive à compenser l’absence de basse. On ne remplace jamais une basse, mais ce qu’on fait a du sens au niveau du son. En même temps, le rock, c’est ça : les choses ne sont pas forcément écrites, et c’est bien. Parallèlement je joue avec Arno Futur, l’ancien chanteur des Sales Majestés, depuis un an et demi. Nous avons d’ailleurs joué Chez Narcisse, lors de la journée d’étude du Val d’Ajol.

 

– Un dernier mot pour le festival qui devait se tenir en plein air ce soir et a dû être annulé pour raison météorologique. L’Amicale Laïque de Bacalan, qui l’a organisé, et dont les membres sont en train de chercher une solution de repli dans une salle pour maintenir une soirée avec certains des groupes, dont Strychnine, risque le dépôt de bilan à cause de cette annulation, catastrophique économiquement. La perspective de voir disparaitre une si ancienne association attriste beaucoup de monde. Que peux-tu en dire ?

– Ce qui se passe ce soir me touche, car des gens de cette association sont Parfum de Femme, un groupe bordelais, et j’étais au lycée avec eux. On se connait depuis qu’on a quinze ans !  

Miren Funke

Photos : Carolyn C (2), Betty Blue (3 ; 6), Miren Funke (1 ; 7 ; 10), autres transmises par Luc Robène

Liens :

Site PIND : http://pind.univ-tours.fr

FB PIND : https://www.facebook.com/pg/pind2016/posts/?ref=page_internal 

FB Strychnine : https://fr-fr.facebook.com/Strychnine-172824216155316/?filter=12

Amicale Laïque de Bacalan : http://rockisbac.amicalebacalan.com/

Le pot commun : https://www.leetchi.com/c/rock-is-bac

 

Croustilleux La Fontaine….

16 Juin

Entre le portrait de la rapiate fourmi et celui du corbeau qui se prenait pour Pavarotti, notre bon fabuliste a trempé sa plume dans des encres colorées et épicées pour mettre en scène des saynettes qui préfigurent le loup obsédé sexuel de Tex Avery lâché dans un couvent de Betty Boop en cornette.

Ces pages plus ou moins classées X sont mises en spectacle et interprétées par Jean-François Novelli dans une mise en scène de mademoiselle Noureddine, plus connue sous le nom de Juliette.

La langue de La Fontaine dans ces contes pas trop moraux s’amuse beaucoup en disant sans dire mais tout le monde comprend bien de quoi il est question, en bref et en cru, on baise à cornettes rabattues, les prêtres et abbés tombent la soutane comme un Rocco Siffredi dans ses meilleurs jours..

Mais c’est en termes élégants que ces choses là sont dites.

Le pianiste orne les circonvolutions langagières de notes jazzy ou citations musicales subtiles, l’ensemble sonne moderne d’autant que Jean-François Novelli persille les phrases de La Fontaine de références actuelles, il reste néanmoins que les cul-bénits et punaises de sacristie risquent de faire la grimace en découvrant les fantaisies du clergé et des nonnes dans certaines circonstances, n’en disons pas plus … Des oreilles chastes et innocentes pourraient nous entendre.

Contes grivois, érotiques et donc interdits cela va de soi l’imprimatur fut mesuré mais les livres édités…

Et on pourra y vérifier qu’en cherchant son veau , on a des surprises,

Laissons donc la parole à Jean-François  Novelli pour bien comprendre comment donner de l’esprit aux filles qui en seraient mal pourvues.. Chose impensable de nos jours…  Pour entendre clic sur la page ci dessus.

La suite tous les mercredis et jeudis aux Déchargeurs, clic sur le rideau et marchez gaillardement vers la bonne parole de Jean de La Fontaine.  Tirez  le rideau et il s’ouvrira   –>

 

 

 

Et pour quelques photos de plus ..

Photos NGabriel2018

 

 

Norbert Gabriel

Trouver sa voix et faire son chemin, par Virginie Servaes…

15 Juin

 Les voix ont un étrange pouvoir sur les mots. Une seule intonation sur une syllabe et tout change . (Claire France)

Il fut un temps que les moins de 120 ans ne peuvent pas connaître, en ces temps-là, les chanteurs, les tribuns, les orateurs, les comédiens, les bateleurs, les trouvères, les aèdes, les camelots, les prêcheurs avaient peu d’accessoires pour porter les mots, et les idées, vers les oreilles à séduire, à conquérir, les clients à appâter, les électeurs à convaincre..

Herbert Pagani La voix

Et même si les cathédrales, les cirques, les arènes, les théâtres avaient des qualités acoustiques, il valait mieux avoir des cordes vocales bien tendues.

De tous temps la voix humaine a été le moyen de communication essentiel… Un moyen d’épanouissement aussi, à condition de bien savoir s’en servir. Nous n’avons pas tous la voix de Caruso ou de Céline Dion, et la chanson est un bon exemple pour illustrer comment trouver sa voix : Sinatra a installé le standard du crooner, Moustaki a proposé une voix plus intime qui a fait dire à Ferré: 

Tu murmures ce que que je crie.

Par nature l’enfant babille, parle, chante, par contrainte il est souvent invité à se taire. Et parfois il en oublie SA voix pour se formater à l’air ambiant. Etre conforme. Pris dans une toile d’araignée de conventions et de standards, un tissu qu’il faut détricoter, un complexe gordien à dénouer pour se libérer, et libérer sa voix.

Et optimiser des ressources enfouies inexplorées et inconscientes.

Le coaching vocal pointe ces problèmes et propose des solutions. Par un ensemble de savoirs acquis par l’expérience, psychologie, observation, écoute, avec aussi la scène et la chanson, Virginie Servaes a construit son expertise dans ce domaine de l’expression.

La solitude du chanteur de fond … Devant le micro face au public, c’est sa voix qui va donner le premier frisson,la première émotion, capter l’attention, et c’est valable pour toute personne qui doit prendre la parole, devant n’importe quel auditoire, devant des écoliers, dans une réunion familiale, dans une réunion en entreprise, que le public soit restreint ou élargi, amical ou réservé, il vaut mieux trouver sa voix pour être à l’aise d’abord, efficace ensuite. L’aventure vocale commence à l’école, avec les premières récitations, et elle se poursuit toute la vie. Dans tous les domaines. Le strict gestionnaire ayant passé sa vie dans l’austérité des bilans peut devenir un grand père conteur que ses petits-enfants vont découvrir sous un autre jour. C’est peut-être aussi l’ado plus ou moins paumé comprenant qu’il n’est pas forcément un laissé pour compte quand il écrit une chanson, et la chante en public.

 La voix est la musique de l’âme.  Barbara

Ce livre montre par de nombreux exemples diversifiés, clairs, accessibles à tous que ce travail pour trouver sa voix s’applique aussi bien à une recherche de développement personnel qu’à un projet professionnel. Livre dans son temps avec des « flash-codes » qui vous donnent des exercices pratiques …

En écho à la citation en ouverture de la chronique, cette parole indienne

En ce temps-là les mots étaient magie
Et l’esprit possédait des pouvoirs mystérieux.

Un mot prononcé au hasard pouvait
Avoir d’étranges conséquences.
Il devenait brusquement vivant
Et les désirs se réalisaient.

Il suffisait de les exprimer.
On ne peut pas donner d’explication. C’était comme ça.

Légende amérindienne (probablement Indiens des plaines Sioux ou Cheyennes)

Lili Cros Photo NGabriel)

 

 

Le site FB de Virginie Servaes , c’est là –>  Clic la voix de Lili.

Vous aurez remarqué que la chanson est très présente dans cette chronique, mais le livre s’adresse à tous les publics.

Norbert Gabriel

Graeme Allwright par lui-même…

13 Juin

S’il fallait résumer la vie de Graeme Allwright en quelques lignes, deux extraits de chansons pourraient faire l’affaire:

Un jour penchée à ta fenêtre
Il te dira qu’il veut renaître
Au monde que ta tendresse lui cache
Et sortant de son portefeuille
Un vieil horaire de train, il dit:
Je t’avais prévenue je suis étranger.

Comme un vrai gamin
J’veux changer de décor tous les matins
Voir des choses que je ne verrai plus demain
J’veux prendre la route comme un vrai gamin 

Il a raconté sa vie à Jacques Vassal, un parcours fait d’entrechats comme des évasions pour aller voir ailleurs, plus loin, découvrir des pays et leurs habitants, l’Inde et ses mysticismes, devenir apiculteur comédien et chanteur, troubadour vagabond portant ses chansons-chroniques, contes ou faits-divers , comme autant de miroirs de nos errements…

Sa vie, racontée sans complaisance, ses doutes, mais la vie de famille est-elle vraiment compatible avec cet étranger qui court comme un vrai gamin à la poursuite de ses rêves ?

Jacques Vassal a complété les chapitres avec les entretiens de Catherine Dasté et leur fils Christophe Allwright, Genny Detto, le guitariste des premières tournées, la famille, Joël Favreau, les amis, les partenaires, les « collègues » de la chanson.

Au final, c’est un personnage à la fois familier et insaisissable, on pourrait y percevoir le Petit Prince version protest-singer, un des héros ordinaires de Mark Twain, le frère de route de Kerouac, le vagabond céleste qui traverse l’époque pieds nus sur la terre sacrée… Le combattant de l’humanité fraternelle,  La flamme qui nous éclaire / Traverse les frontières / Partons, partons, amis, solidaires/ Marchons vers la lumière

Clic sur l’image pour agrandir.

Peut-être que chacun trouvera « son » Graeme Allwright, toutes les pistes sont là… Selon les souvenirs, c’est peut-être Petit garçon qui nous berce, ou Il faut que je m’en aille en chanson-cartoon, Le jour de clarté pour les jours de marche à l’étoile, La ligne Holworth, pour des faits qui résonnent avec une actualité confondante en 2018, et bien sûr les chansons de Leonard Cohen dont il est le traducteur officiel. Avec quelques commentaires sur cet art de la traduction qui respecte l’esprit de l’auteur.

Au fil des pages, l’envie de réécouter les chansons se fait souvent impérieuse, et on retrouve les étapes à La Réunion, Madagascar, les routes anglo saxonnes sur les traces de Cisco Houston, Woody Guthrie, Peter Paul and Mary.

Vous aurez aussi envie de voir le documentaire de Chantal Perrin, et parfaire votre anglais avec les chansons de Brassens traduites par Graeme Allwright… Bonne route avec Graeme Allwright,

Je suis parti changer d’étoile
Sur un navire, j’ai mis la voile
Pour n’être plus qu’un étranger
Ne sachant plus très bien où il allait…

L’important,  manouche gitan ou bohémien, touareg ou bédouin, zingaro, romani, ce n’est pas le bout de la route, c’est la route. Je suis un souvenir qui marche porté par l’écho des notes d’une guitare

Graeme Allwright par lui même, et par Jacques Vassal, préface de Jacques Perrin, au Cherche Midi. Mai 2018

Norbert Gabriel

 

 

Denez Prigent Mille chemins…

10 Juin

Il y a un peu plus de 20 ans, une voix est sortie de la radio faisant naître des paysages sonores fantastiques par la seule magie de la voix, une sorte de fresque a capella, dans une langue dont la plupart ne comprennent pas les mots, mais le sens, à moins d’être breton et puis qu’importe, chacun peut construire avec son imaginaire le conte qui lui est inspiré. Pour ce qui est de cet art, voici une brève synthèse de ce qui le constitue: le kan-ha-diskan, un chant-danse, et la gwerz, arythmique, dans laquelle le chanteur fait passer les émotions tout en déroulant le récit d’un événement tragique relatant un fait historique ou un conte emprunté à la mythologie bretonne ou celtique. Des histoires d’amour, meurtres, guerre, sorcellerie, légendes avec un accompagnement musical atypique… Les airs de kan-ha-diskan sont assez particuliers car historiquement la musique bretonne, contrairement à la musique classique post- Renaissance, n’est pas tempérée. La gamme n’est pas divisée en demi-tons mais peut varier par quarts de ton.

Denez Prigent venait d’apparaitre dans le monde de la musique. Avec dans sa voix tout le cortège des fantasmagories de Brocéliande et des (més)aventures de mer . Sans jamais perdre le sens originel des mots, Denez Prigent s’est très vite émancipé des pratiques figées du folklore pour inviter des instruments comme le bouzouki irlandais de Dónal Lunny, le joueur de luth arabe Nabil Khalidi, le joueur de tablas Latif Khan et le violoniste oriental Farhad Bouallagi, Louis Sclavis, clarinettiste, le vielliste Valentin Clastrier, et un joueur de cornemuse irlandaise Davy Spillane, et ensuite des sons électroniques. L’ensemble devient un cas assez unique de tradition et de modernité. Le chemin de Denez Prigent avance toujours dans une recherche et une création permanentes.

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Son nouvel album Mille chemins (en collaboration avec Yann Tiersen) en est la démonstration … Faut-il l’écouter dans la ferveur d’un concert dans une cathédrale ou d’une salle de concert, dans l’intimité solitaire une nuit avec les écouteurs sur les oreilles, tout est possible. Chaque écoute apporte son charme et ses sortilèges.

 

 

Il y a 15 ans avec Lizza Gerrard (australienne d’origine irlandaise)

Gortoz a ran

Autre duo,

Geotenn ar marv – Denez Prigent & Mari Boine chanteuse norvégienne d’origine saami (peuple lapon)

et très récemment un extrait de concert Les trois amoureux  (Le 24 Mai)

Le site de Denez Prigent c’est là → demandez au korrigan Nezden, il vous fera écouter un extrait de Mil hent-Mille Chemins le nouvel album de Denez Prigent.

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Norbert Gabriel

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