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Histoire d’une chanson… L’eau vive

19 Mar

Dans les années 53-57, plusieurs ACI majeurs de la chanson francophone arrivent sur la scène , dans l’ordre: Brassens, Brel, Béart, Anne Sylvestre…

Guy Béart va très vite accéder au succès, avec des chansons qui sont interprétées par Juliette Gréco, Patachou, Hélène Martin, Cora Vaucaire, Zizi Jeanmaire, Odette Laure, Suzy Delair, Annabel Buffet, et avec des chansons qu’il interprète lui-même, bien entouré, entre autres par Boris Vian en directeur artistique …
Mac Orlan et Brassens sont les premiers à témoigner de leur admiration. Mais c’est en 1958 qu’il entre dans l’histoire de la chanson, avec « L’eau vive » qui est chantée dans les écoles,comme un standard du folklore, c’est la première fois que ça arrive à un chanteur vivant, et de plus dans les toutes premières années de sa carrière. « L’eau vive » va être enregistrée par dix des têtes d’affiche de ces années dès les premiers mois de sa sortie, de Tino Rossi à Marcel Azzola, en passant par Colette Renard, Marcel Amont et Marc Ogeret … Et par la suite, elle fait une carrière remarquable, 92 semaines au hit parade de la chanson, avec en prime quelques parodies drôlatiques ou politiques.. Et très vite, le film éponyme dont elle était la bande son a été oublié ( film de François Villiers, sur un scénario de Giono, qui avait adoubé Guy Béart, Pascale Audret est l’héroïne du film, la jeune Hortense.)

Les quelques versions ci-dessous montrent que les versions proposent du kitch vintage avec Tino, mais aussi le presque folk de Denis Pépin, et les versions jazz instrumentales, avec la riche B.O. du film (en deux parties), à vous d’écouter, et honneur au créateur pour commencer.

 

Versions instrumentales de «  l’Eau vive » , comme vous ne l’avez peut-être jamais entendue, la B.O. du film avec ses variations

Partie 1

De Béart à Béart(s)

Hugues

Yvette Giraud

Denis Pépin

Les Troubadours

Tino Rossi

Dorothée

Marcel Amont

Instrumental Harmonica

Marcel Azzola

Orchestre Percy Faith

Guitare classique

Jazz avec Joseph Reinhardt : guitare solo, Dingo Adel : guitare,  Patrice Caratini : contrebasse

Piano et cornet

Maurice Vander

Accordéon

Celtic music

Béart in english

et pour finir la partie 2 de la B.O du film ..

Norbert Gabriel

Guy Béart …

11 Mar

Peinture de Patrick Clémence

Depuis une certaine soirée télévisée , les détracteurs de Guy Béart se gargarisent des éléments de langage gainsbarriens, sur l’art mineur et les blaireaux. Et le plus souvent leur connaissance de l’œuvre de Béart commence et s’arrête à L’eau vive,  ça reviendrait à réduire Brassens à La cane de Jeanne. Ou Leny Escudero à Pour une amourette…

Guy Béart est une sorte de chroniqueur du temps qui passe, et un mélodiste de talent, assez proche de Moustaki et pour les amis de la guitare, il y a de quoi se régaler.

Quelques exemples de chansons qui sont un peu plus que de l’art mineur.

La chabraque 1970  (Marcel Aymé/G Béart)

Les tristes noces

En marchant

Chanson pour ma vieille

C’est après que ça se passe…

Où est la fenêtre …

Couleurs vous êtes des larmes

Pierrot la tendresse

Et clin d’oeil à Juliette qui a beaucoup chanté Béart
(Texte Raymond Queneau Musique G Béart )

Et on peut noter qu’il n’est pas rancunier, c’est ça la classe !

Et la plus belle déclaration d’amour, universelle, transgenre, parfaite !

Pour rappel, lire –>   Béart, Ferré, Brassens, Gainsbourg, tous des ratés des arts majeurs…

Norbert Gabriel

 

Un livre essentiel  pour comprendre Béart ,  clic sur l’image–>    

 

 

Avec le temps, Variations ..

9 Mar

 

Cette chanson sur l’amour déçu, la fuite des sentiments et la tragique expérience du temps qui efface tout, est inspirée de la propre expérience de vie de Léo Ferré. Il compose cette chanson en repensant à sa rupture avec sa deuxième femme, Madeleine, en 1968, rupture qui conduit indirectement à la mort de Pépée.
Écrite et composée en 1969, enregistrée en octobre 1970 lors des sessions de finalisation du volume 2 d’Amour Anarchie, cette chanson est écartée du LP par la maison de disques (Barclay)  pour sortir en 45 tours « à la sauvette » C’est une sorte de cri du cœur, Léo Ferré disait : « Avec le temps, paroles et musique, je l’ai faite en deux heures. Une victoire.  C’est l’histoire de ma vie pendant plusieurs années. Une histoire vécue. » Les années Madeleine, l’autre à qui on donnait du vent et des bijoux, pour qui l’on eût vendu son âme pour quelques sous..*

 276 artistes contemporains de la variété francophone ont enregistré Avec le temps, (chiffres 2012) et depuis il faut ajouter de nouvelles versions à l’international.
Avec le temps a été interprétée, entre autres, par : Catherine Sauvage, Dalida, Jane Birkin (enregistrement public au Bataclan), Céline Dion, Bernard Lavilliers, Hiba Tawaji, Salif Keïta (album Sosie), Philippe Léotard, Renée Claude, Henri Salvador, Catherine Ribeiro, Francesca Solleville, Juliette Gréco, Alain Bashung, Michel Jonasz, Belinda Carlisle, Abbey Lincoln, Mônica Passos, Bertrand Cantat, Youn Sun Nah, le duo Brad Mehldau et Anne Sofie von Otter, Johnny Hallyday, Mama Béa (album Du côté de chez Léo), François Deguelt, Tony Hymas (en) (instrumental), Wafa Ghorbel (en arabe tunisien)

Dans le Top 100  des chansons que l’on devrait tous connaître (Baptiste Vignol)   Avec le temps arrive en tête de liste , (devant « La nuit je mens »  et « Mistral gagnant » )

 

«  Avec le temps » dans une version très touchante par Jane Birkin Léo aimait beaucoup cette interprétation comme il l’avait déclaré dans les meilleurs termes lors de l’émission « Avec le temps – une nuit avec Léo Ferré » sur France Culture le 01/01/1988 ( … Ferré, ravi, croira entendre une libellule. » )

 

Youn Sun Nah, accompagnée à la guitare acoustique par Ulf Wakenius au festival de Jazz de Marciac

 

Gréco live avec Jouannest et Servain

 

 

 

Detroit

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sting lecture

 

Il en reste quelques centaines si le cœur vous en dit …

  • entretien avec Hélène Hazera 1991.

Variations suggérées par Annick Roux

Norbert Gabriel

 

Louise Perret, Gwen Cahue, Julien Pinel : Melkoni Project…

1 Mar

 

Elle est de ces chanteuses dont la grâce infinie sublime les re-créations, Louise Perret .

Il est de ces musiciens qui nous emportent dans des tourbillons de musique où on a le temps de voir les paysages (pour paraphraser  Sarane Ferret) Gwen Cahue.

Et ils sont  Melkoni Project, en duo ou trio, avec la contrebasse de Julien Pinel… Minvielle, Barbara, Bourvil, Nougaro, Gainsbourg, Trenet et quelques autres ont le bonheur d’être dans Melkoni Project.

Rien à dire d’autre qu’écouter et s’émerveiller

La vie d’ici bas

 

La tendresse

 

Du bout des lèvres

 

Fleur bleue

 

Rimes

 

De dame et d’homme

 

Le poinçonneur et autres hommages La vie en rose Gottingen La mauvaise réputation

 

Louise Perret Цвіте терен (Tsvite teren)

 

Gwen Cahue  Blues en mineur, très bel hommage à Django,

 

Pour plus d’infos,
clic ici —>

Norbert Gabriel

 

Le petit écolo

20 Fév

« Le Petit Écolo » est une invitation à un voyage intersidéral qui ne laisse pas indifférent, un conte philosophique dans lequel tout le monde peut s’identifier, même les adultes qui ont gardé une âme d’enfant. Il y est question d’écologie, évidemment, et du désormais célèbre « vivre ensemble » !

A la manière du Petit Prince, un enfant venu d’une planète verte raconte ses péripéties et partage ses expériences avec ceux de la planète bleue. Le petit nouveau aura un peu de mal à se faire accepter avec ses différences, sa conscience aigue de l’écologie et sa manière si particulière de s’exprimer…mais la curiosité de ses camarades l’emportera sur les préjugés !

En bonus de ce roman, « Le Petit Écolo » vous rappellera les gestes simples à faire au quotidien pour contribuer à la sauvegarde de la planète et vous invitera également à jouer à un quizz complètement loufoque !

Les chansons et instrumentaux vous seront offerts en téléchargement gratuit.

Et le spectacle sera disponible en parallèle pour être joué dans les écoles élémentaires, les centres de loisirs, les médiathèques et les salles de spectacle. En faisant la part belle à l’humour et à l’interaction (chant, percussions corporelles, chorégraphies…), il ne manquera pas de semer les graines d’une réflexion devenue essentielle.

À quoi va servir le financement  que vous trouvez ci-dessous
https://fr.ulule.com/projects/123590/checkout/

Avant tout, à la demande de l’illustrateur, Brieuc Janeau, chaque contrepartie permettra de faire un don à l’association « Petit coeur de beurre ».

                                         

Après une année particulière avec l’opération à coeur ouvert de son deuxième enfant, Brieuc décide de reverser tous ses droits pour le projet « Le Petit Écolo » à l’association « Petit coeur de Beurre » qui l’a soutenu, avec sa famille, dans ces difficiles épreuves. Cette association organise régulièrement des rencontres qui rompent avec l’isolement des familles et qui sensibilisent aux cardiopathies congénitales, et améliore matériellement la qualité de vie des patients et des parents à l’hôpital.

L’association est présente auprès des familles et dans les hôpitaux au niveau national.

Toutes les informations sur https://www.petitcoeurdebeurre.fr

Plus vous serez nombreux à contribuer,
plus la somme reversée sera importante !

Ensuite, de façon plus classique, vos souscriptions serviront à financer l’impression, la mise en page du livre, l’enregistrement professionnel des fichiers audio et la fabrication d’un décor pour le spectacle.
Ainsi que la fabrication des contreparties, les frais d’envois et la commission d’Ulule.

Qui porte le projet

Valérie Bour

Stiring-Wendel

2 projets lancés sur Ulule – 4 projets soutenus

Valérie Bour a écrit le roman et les chansons du Petit Écolo, inspirée par des ateliers d’écriture avec une classe de CM1/CM2.
Après 20 ans au service des émissions de France inter, elle s’est lancée dans l’écriture et la réalisation de contes musicaux. Trois livres-cd sont déjà parus aux Editions des Braques, ainsi que leurs adaptations scéniques (notamment Tatie Jambon avec Marianne James) et d’autres avec le concours des Editions Le Renard à Plumes.

Brieuc Janeau a créé les illustrations originales du Petit Écolo.
Instituteur le jour, auteur/illustrateur la nuit, Brieuc est un passionné. Engagé dans différentes activités artistiques (théâtre, musique..) il consacre désormais la majeure partie de son temps libre à l’illustration et à l’écriture de nouvelles histoires pour enfants, le plus souvent dans des univers drôles ou poétiques.

Sébastien Buffet a adapté « Le Petit Écolo » sur scène et en a composé les chansons.
Il les interprète sur les fichiers audio qui accompagneront le livre ainsi qu’en spectacle. Percussionniste professionnel, il a accompagné beaucoup d’artistes français (Miossec, Carla Bruni, Raphaël…) avant de se lancer dans les contes musicaux qu’il met en musique et joue sur scène (Les symphonies subaquatiques, Tatie Jambon, Toudoux Lapinou…)

Valérie Hoff est la femme de l’ombre.
Gestionnaire, correctrice, productrice, un peu infirmière, elle soigne les âmes et veille au grain.
Elle représente « le Renard à Plumes », association qui produit le spectacle et supporte l’édition du livre.

https://www.facebook.com/lerenardaplumes57

Suivez le projet ailleurs sur  https://www.facebook.com/lerenardaplumes57

82 723 nuances de Summertime …

5 Fév

Naissance d’un des plus grands succès en musique .. Quand Porgy and Bess opéra adapté du roman Porgy de DuBose Heyward est présenté à Broadway, personne n’imagine que c’est une berceuse qui va devenir un des plus grands succès du jazz dans le monde entier. Un regroupement de collectionneurs d’enregistrements de Summertime (The Summertime Connection) affirme avoir recensé, au 31 juillet 2020, 98 400 interprétations publiques dont 82 723 auraient été enregistrées (dont 70 820 seraient dans leur collection).

Dans le livret de l’opéra, Summertime est une berceuse, on va entendre que toutes les versions ne l’ont pas entendue comme ça … Surtout Janis … Et au fil des années, les versions roots des débuts deviennent de plus en plus sages, en voici quelques unes,, dans la tradition du jazz, car il y a eu des interprétations dans tous les genres musicaux.

 Gershwin

 

Paul Robeson

 

Bechet avec intro guitare

Acker Bilk

 Billie 1936

 

Billie

 Louis et  Ella

Sarah Vaughan

 

Norah Jones solo piano

 Willie Nelson duo piano guitare

 Nina Simone

 

Chris Barber Big Band en concert avec Ray Nance /Alex Bradford violons

 REM

 Tchavolo Schmitt

 Version très particulière,  Fabien Marsaud avec la soprano Élise Oudin-Gilles

 

Janis Joplin

Summertime Auteurs-compositeurs Ira Gershwin :DuBose Heyward, George Gershwin, texte et traduction.

Summertime

Heure d’été,

And the livin’ is easy

Et la vie est facile

Fish are jumpin’

Les poissons sautent

And the cotton is high

Et le coton est haut

 

Oh, your daddy’s rich

Oh, ton papa est riche

And your mom is good lookin’

Et ta maman est belle

So hush little baby

Alors, chut, petit bébé

Don’t you cry

Ne pleures pas

One of these mornings

Un de ces matins

You’re going to rise up singing

Tu vas te lever en chantant

Then you’ll spread your wings

Ensuite, tu déploieras tes ailes

And you’ll take to the sky

Et tu les prendras au ciel

But till that morning

Mais jusqu’à ce matin

There’s a’nothing can harm you

Il y a un rien qui peut te nuire

With daddy and mamma standing by

Quand papa et maman sont à tes côtés

One of these mornings

Un de ces matins

You’re going to rise up singing

Tu vas te lever en chantant

Then you’ll spread your wings

Ensuite, tu déploieras tes ailes

And you’ll take to the sky

Et tu les prendras au ciel

But till that morning

Mais jusqu’à ce matin

There’s a’nothing can harm you

Il y a un rien qui peut te nuire

With daddy and mamma standing by

Quand papa et maman sont à tes côtés

 

Porgy and Bess est un opéra composé par George Gershwin sur un livret d’Ira Gershwin et de DuBose Heyward, adaptation de la pièce de théâtre Porgy de Dorothy  et DuBose Heyward (créée à Broadway en 1927), elle-même adaptée du court roman Porgy de DuBose Heyward (publié en 1925). Ces trois œuvres traitent de la vie des Afro-Américains dans le quartier fictif de Catfish Row à Charleston, en Caroline du Sud, au cours des années 1920.

La première version de l’opéra, d’une durée de 4 h (en comptant les deux entractes) fut jouée de façon privée en concert au Carnegie Hall à l’automne 1935. La première eut lieu au Colonial Theatre de Boston le 30 septembre 1935, comme un essai pour Broadway où le début de Porgy and Bess a été donné à l’Alvin Theatre de New York, le 10 octobre 1935. Mais il a fallu attendre les années 1980 pour qu’il soit reconnu aux États-Unis comme un véritable opéra au XXI e siècle, c’est un classique du répertoire lyrique américain.

Summertime est la chanson la plus connue de cet opéra : elle a été reprise par de nombreux artistes, principalement en jazz vocal et instrumental.

Musicalement, Porgy and Bess réussit une synthèse innovante entre les techniques orchestrales européennes, le jazz américain et la musique populaire. Porgy and Bess

Porgy and Bess raconte l’histoire de Porgy, un mendiant noir estropié vivant dans les taudis de Charleston, en Caroline du Sud, qui tente de sauver Bess des griffes de Crown, son concubin, et de Sportin’Life, un dealer qui voudrait la prostituer.

Porgy and Bess, réalisé en 1959 par Otto Preminger, est le dernier film produit par Samuel Goldwyn. Sidney Poitier (Porgy) et Dorothy Dandridge (Bess) sont doublés par des chanteurs d’opéra. Sammy Davis Jr. joue le rôle de Sportin’Life.

Depuis 1974, on ne peut plus voir ce film : cette année-là, les ayants droit de George Gershwin ont fait interdire sa diffusion, considérant qu’il trahissait l’œuvre d’origine en en faisant une comédie musicale plus qu’un opéra.

En 1993, Trevor Nunn réalise une adaptation pour la télévision.

And the show must go on,  le spectacle continue ..

 

Norbert Gabriel

Mobilisation citoyenne et artistique contre l’expulsion d’une famille en danger de mort dans son pays d’origine : entretien avec Céline Cozien du Conservatoire de Bordeaux

29 Jan

Plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées ce mercredi devant le tribunal de Justice de Bordeaux, à l’appel de collectifs de parents d’élèves et d’enseignants de l’éducation nationale et du Conservatoire, pour protester contre l’expulsion prochaine de Rolandi, père de famille dont les deux enfants sont scolarisées ici. Étaient présents des artistes impliqués dans l’associatif pour la cause de l’accueil des réfugiés tels Agnès Doherty [ici] et M. de l’Orchestre Poétique d’Avant-guerre [ici], l’élu Philippe Poutou de Bordeaux en Lutte, mais surtout de nombreux citoyens, consternés par le récent placement en centre de rétention administratif de Rolandi et l’obligation de quitter le territoire français qui lui a été signifiée, des citoyens d’autant plus concernés et touchés par l’inhumanité d’une telle décision que tous connaissent Rolandi et sa famille, arrivés en France en 2019 après avoir fuit la Géorgie, où ils étaient menacés de graves sévices et de mort, pour des raisons liées à un conflit interfamilial, et que certains de ces parents d’élèves les ont même hébergés par solidarité un temps lorsqu’ils se sont retrouvés à la rue jusqu’à ce qu’ils puissent intégrer un logement d’urgence au Centre Darwin. Ces menaces contre la famille de Rolandi pourtant attestées par un rapport de la police géorgienne, et prises au sérieux en raison de l’assassinat de proches, ne sont pas prises en considération par la Justice Française, dans la mesure où pour des raisons diplomatiques, et étant donné la nature du régime politique géorgien, le pays est officiellement regardé comme une démocratie où règne l’état de droit.

Rolandi et sa femme, Maia, eux-mêmes très investis dans le bénévolat associatif (Bric à Brac Emmaüs, Ferme Niel) sont décrits par ceux qui les connaissent comme des gens discrets, respectueux des autres, désireux de s’intégrer dans la vie locale citoyenne et d’apprendre rapidement notre langue, et des parents attentionnés qui ont dès leur arrivée inscrit leur fille ainée, Nini -et récemment la cadette Nia-, en école où elle a jusqu’ici accompli un parcours studieux et consciencieux. Nini, encouragée par des enseignants ayant repéré ses talents artistiques et son assiduité exemplaire vient d’être admise il y a quelques mois au Conservatoire de Bordeaux en Classe à Horaires Aménagés Danse. On est loin du portrait péjoratif qu’essaye d’en dessiner l’institution judiciaire pour motiver leur expulsion, de parents sans logement, incapables de s’intégrer et ne s’occupant pas de l’éducation de leurs enfants, portrait hélas relayé dans les lignes d’une presse régionale peu scrupuleuse. Est-ce dans l’optique de dissuader une mobilisation citoyenne grandissant avant qu’elle ne fasse trop de bruit ou à cause de l’approche d’un très probable reconfinement que la décision imminente d’expulsion a été prise pour accélérer les procédures ? Toujours est-il que les soutiens de Rolandi viennent d’apprendre que l’expulsion était programmée en urgence pour samedi, expulsion qu’ils espèrent toutefois empêcher par des recours juridiques et avec la mise en ligne d’une pétition réclamant l’annulation de l’OQTF pour le couple et ses enfants, qui n’aspirent qu’à devenir les Français de demain, dont peut-être une artiste française de demain. C’est le sort d’une famille en danger de mort et ne désirant que vivre en paix sans craindre à chaque instant d’être agressée, violentée, assassinée qui se joue, et le verbe est bien malheureux. 

Il est donc important que la pétition [ici] circule au plus vite pour recueillir un maximum de signatures, alerter et impliquer des personnalités et responsables politiques et inciter les institutions à une décision clémente, intelligente, et surtout humaine. Céline Cozien, enseignante au Conservatoire de Bordeaux et membre des collectifs soutenant la famille a accepté de nous en parler un peu.

Céline, bonjour et merci de nous accorder du temps. L’expulsion dont est menacé Rolandi  mobilise nombreuses personnes, parmi lesquelles des enseignants du Conservatoire comme vous et des artistes. Pouvez-vous nous raconter les raison de votre attachement à ce que lui et sa famille puissent rester ici?

Rolandi et sa famille sont arrivés en 2019 avec la famille de son frère qui connait les mêmes menaces. C’est une situation qui est passée sous silence, mais l’existence de nombreux meurtres pour conflits familiaux est la réalité concrète de beaucoup de Géorgiens. C’est une menace qui pèse sur les enfants de Rolandi. Il a donc décidé de venir en France pour protéger ses enfants. Ils ont fait une demande d’asile et le CADA les a hébergés à Cenon près de Bordeaux. Nini, l’ainée, a été tout de suite scolarisée et s’est immédiatement intégrée et a vite appris le Français. Suite au refus du droit d’asile qui leur a été notifié, ils se sont retrouvés à la rue du jour au lendemain, et les parents d’élèves et enseignants se sont réunis pour réfléchir à une solution. L’école a pris sur son budget pour les héberger deux nuits dans un hôtel en urgence ; puis des familles les ont logés quelques temps, dont la notre. Nous avons échangé sur nos cultures respectives : ils nous ont appris la danse géorgienne, et nous qui sommes bretons leur avons montré des danses bretonnes. J’ai à cette occasion découvert la passion de Nini pour la danse qu’elle pratiquait déjà en Géorgie huit heures par semaine à haut niveau. Elle veut être professeur de danse plus tard. Je l’ai donc encouragée à se présenter au Conservatoire. Elle y a été admise, étant une élève brillante et motivée. Toutes les copines de classe la soutiennent, tellement elle est gentille. Et lorsqu’on lit qu’il est reproché à Rolandi de ne pas s’occuper de ses enfants, c’est faux, et certains commentaires lus à ce sujet dans Sud-Ouest sont révoltants. On l’a vu amener la petite à l’école et l’accompagner toujours. Je les connais bien en tant que parent d’élèves, enseignante, et peut en attester. Puis par des connexions, nous avons pu les mettre en lien avec le Centre Darwin qui possède des hébergements d’urgence, mais est saturé de demandes, et donc a été amené à mettre en place pour sélectionner les occupants un contrat lié à des conditions de respect des règles, la qualité du comportement, la volonté d’intégration. Y sont acceptés des gens prouvant leur bonne volonté en ce sens. L’idée de ce lieu n’est pas que les gens s’y éternisent, mais de les accompagner dans leur intégration à la société française. Si Rolandi est sa famille y ont été accueillis, c’est parce qu’ils font tout ce qu’il faut consciencieusement, et s’impliquent dans le bénévolat aussi.    

 

– C’est-à-dire qu’à l’approche d’un possible reconfinement, il est probable qu’on veuille vider les centres de rétention en expulsant plutôt qu’en libérant. Un père d’élève qui a l’habitude des dossiers de réfugiés dont il s’occupe m’a expliqué tout de suite que les demandes d’asile des Géorgiens, comme des Albanais, sont rejetées systématiquement, car ces pays aspirant à intégrer très prochainement l’Union Européenne, ne peuvent pas reconnaitre et admettre ne pas être des « états de droit » assurant l’intégrité de leurs citoyens. Toute la famille est donc soumise à une obligation de quitter le territoire, et malheureusement Rolandi est tombé sur un contrôle de gendarmerie à l’occasion d’un déplacement pour aller voir son frère. C’est pourquoi il se retrouve aujourd’hui en centre de rétention, alors que sa femme et ses enfants vivent toujours ici. Il faut croire que ça ne pose pas de cas de conscience aux autorités de séparer une famille. Nous ne comprenons pas que ces gens ne puissent pas rester ici, où ils se sont intégrés et alors qu’ils ont fait toutes les démarches légales pour ça. On ne fuit pas un pays sans raison grave. Rolandi était militaire et sa femme infirmière ; ces gens avaient un travail, une famille, des amis. Et s’ils n’y avaient pas été en danger de mort réel, ils n’auraient pas quitté la Géorgie.

 

On a prévu un autre rassemblement où des élus comme notre maire devraient venir samedi 12h devant la préfecture de Bordeaux, et des personnalités politiques, culturelles, artistiques aussi qui se sont engagées pour défendre la cause de Rolandi. Il faut faire plus de bruit, et médiatiser notre mobilisation. Et nous appelons les gens à écrire aux députés de Gironde et signer et partager la pétition afin de témoigner une considération massive pour le sort de Rolandi, Maia, Nini et Nia. Car il est aussi probable que la décision d’accélérer la procédure d’expulsion soit motivée par le bruit que notre mobilisation commence à faire et dont l’institution peut craindre qu’elle prenne de l’ampleur.

Lien de la pétition :

https://www.change.org/p/pr%C3%A9fecture-de-la-gironde-non-%C3%A0-l-expulsion-de-rolandi-k

Entretien avec Julie Lagarrigue et Cécile Delacherie pour la sortie du livre-disque « Chansons à 2 accords », une aventure musicale et humaine exceptionnelle

21 Déc

 

 

C’est à peine il y a quelques mois qu’est sorti le livre-disque « Chansons à 2 accords », aboutissement d’un travail méticuleux et colossal, non pas pour signer la fin d’une aventure extraordinaire, mais pour en graver le souvenir sur un support matériel, support ayant vocation à faire connaitre et partager le sens d’une expérience musicale et humaine, et permettre à d’autres de s’en approprier les chansons, l’objet comportant en plus de l’enregistrement de trente morceaux interprétés par des chorales diverses, les partitions et les paroles de ceux-ci écrites lors d’ateliers en milieux hospitaliers, ainsi que des textes émouvants rédigés par des participants au projet.

Vingt-trois chorales, quatorze chefs de chœur et quinze musiciens, parmi lesquels Agnès Doherty [Lire ici], Anthony Martin et Emmanuel Commenges [Lire ici], et surtout quatre cent vingt chanteurs, enfants et seniors, personnes en situation de handicap ou luttant contre une maladie physique ou psychiatrique, détenus et travailleurs sociaux, patients et soignants, amateurs et professionnels se sont fédérés autour de Julie Lagarrigue [Lire ici] et Cécile Delacherie [Lire ici], pour chacun porter sa pierre à l’édifice collectif, enfanté du travail mené depuis de longues années par les deux artistes lors d’atelier de création de chansons en milieux hospitaliers, et dont l’investissement a par ailleurs permis l’ouverture cette année de la Maison des Arts et Art-thérapeutes d’Aquitaine [MAATA] au sein du plus grand Ehpad de France, à Terre Nègre au centre ville de Bordeaux, née de cette même dynamique, tout comme l’association que ces mêmes artistes ont fondée avec d’autres, Le Dire Autrement, qui produit le livre-disque. Sous des aspects de travail de fourmis, c’est bien pourtant une œuvre à l’ampleur tentaculaire qui témoigne et exprime comme est profonde la foi en la dimension thérapeutique de l’art qui anime ces artistes, qu’on retrouve à l’élaboration et la réalisation de ce projet hors norme, et à propos duquel il faut saluer aussi le travail accompli pour l’enregistrement par des personnes fragilisées pour qui il a quand même constitué une pression éprouvante. L’objet final est là, disponible dans plusieurs librairies locales et directement auprès de l’association, ici : https://www.helloasso.com/associations/le-dire-autrement/paiements/livre-disque-augmente-30-petites-choses-chansons-a-2-accords

Julie Lagarrigue et Cécile Delacherie acceptaient il y a peu de nous accorder un entretien pour parler de cette œuvre collective, retraçant une aventure enrichissante émotionnellement et humainement sans nul doute, et peut-être aussi transcendante, voire thaumaturge, pour de nombreuses personnes, mais offrant également aux autres des chansons accessibles à partager et interpréter. Une œuvre amenée à vivre désormais sur scène et être portée devant le public, dès que la reprise de la vie évènementielle le permettra en France.

 

– Bonjour et merci de nous accorder un peu de temps. Remontons à l’origine de cette aventure : pouvez-vous nous en raconter l’histoire qui a abouti à la réalisation du disque ?

– Cécile : En 2014 Julie m’a demandé de venir avec elle à un atelier d’écriture de chanson à Perrens [hôpital psychiatrique de Bordeaux]. Il y avait beaucoup de monde ; et venait qui voulait, patients et soignants, à qui on avait juste demandé de ne pas mettre de blouse, afin de ne pas distinguer les uns des autres. Anthony Martin nous accompagnait à la guitare. Et on a continué d’année en année, en proposant aux différentes unités d’aller y faire chanter les gens. Le principe en est simple : on écrit les paroles avec les gens, dans un cadre temporel fixé à une heure, et au bout de l’heure, on chante la chanson en l’état avec la musique que Julie a posée dessus, et on l’enregistre.

– Julie : Les unités dans lesquelles nous intervenons sont des unités fermées ou ouvertes, réservées aux mères avec enfant, ou aux adolescents. On voit vraiment tous les publics différents qui se trouvent là. Et pendant une heure, on se met à l’écriture d’une chanson avec les gens. Le fait qu’on s’impose la contrainte de réaliser la chanson en une heure permet d’avoir un résultat intéressant. Car pour écrire rapidement une chanson à plusieurs, il faut réussir à trouver un consensus dans lequel tout le monde se retrouve. On lance donc l’atelier d’écriture et dès qu’on dispose de deux ou trois phrases, assez vite je me mets de côté avec la guitare pour trouver un air facile à retenir qu’on peut directement poser dessus. C’est pour ça que c’est « chanson à deux accords ». Certaines ont été réadaptées bien sur, mais à la base, elles sont toutes composées avec des accords ouverts à la guitare. On a un classeur où sont compilées ces chansons, et lorsqu’on arrive dans une unité, on les distribue pour chanter ensemble ces chansons.

 

– L’idée de l’enregistrement d’un disque vous travaillait-elle dès l’origine des projets d’ateliers ou a-t-elle émergé et mûri au fil du temps ?

– Cécile : On s’est très vite retrouvés avec une quarantaine de chansons, dont certaines vraiment très belles. Et on trouvait dommage l’idée qu’elles ne laissent pas de trace. Il fallait en faire quelque chose. Dans le même temps Frédéric Serrano, qui s’occupe entre autre de la chorale de la maison d’arrêt de Gradignan  a voulu chanter une de nos chansons. C’est à partir de là qu’a muri l’idée de réaliser un objet avec les enregistrements, les textes et les partitions, afin que les chansons puissent être chantées par d’autres. Tout le monde a trouvé l’idée de ce livre augmenté superbe. Le travail de collecte des textes et de réécriture de partition a été un boulot très laborieux, et on a contacté des chorales amateures, semi-pro, et professionnelles pour interpréter les chansons. Le concert de restitution a été un superbe moment de partage avec les participants des différentes chorales. Et puis le confinement est arrivé là-dessus et nous a mis un gros coup de booster pour travailler, peaufiner, et finaliser l’objet. Nous avons reçu le bouquin fin aout, mais pas pu faire vivre les chansons sur scène malheureusement pour le moment. Mais ce livre-disque existe et nous en sommes très contents. Il est évident qu’il existe pour que les gens puissent en chanter les chansons ; donc dès que le confinement sera fini, on reprendra notre bâton de pèlerin pour porter les chansons vers le public.

 

– Il ne s’agit pas uniquement d’un simple enregistrement d’un concentré du travail accompli. Le livre-disque constitue un objet élaboré, avec une esthétique photographique soignée, les textes et les partitions des chansons, un « lexicabulaire » humoristique, des textes. Réaliser un objet original ayant pour vocation de faire connaitre et partager l’expérience humaine, artistique et sociale que vous avez vécue, mais aussi de servir de support de travail à ceux désireux d’en interpréter les chansons était-il un impératif pour vous?

– Julie : Je voulais que le disque soit un bel objet, et non pas une compilation de restitutions qu’on écoute une fois, parce qu’on l’a achetée, puis qu’on range. Mon idée était que ce soit un objet qui puisse servir de méthode musicale, dont des professeurs, des animateurs, puissent se servir pour faire chanter. Je voulais faire quelque chose qui ressemble au Diapason un peu. Comme ce sont des chansons faciles à retenir et aussi à jouer, l’idée d’un manuel accessible à tous s’est imposée avec celle d’un bel objet. Ces chansons ont été écrites confinées, et l’idée est de les faire vivre en dehors de l’hôpital. Il y a de très belles photographies, un beau travail de graphiste.   

-Cécile : On n’a pas écrit des chansons pour enfants. Mais il est vrai que comme elles sont simples, même si certaines ont des arrangements quand même un peu plus sophistiqués que d’autres, des enfants comme des adultes peuvent se les approprier. Anthony a en plus arrangé des compositions de manière très variée. C’est très accessible, même quand on n’a pas un haut niveau de guitare.

 

– Pourquoi avoir fait appel à des chorales extérieures à l’aventure originelle pour enregistrer les titres? Était-ce irréalisable avec les gens ayant participé aux ateliers?

– Julie : A Perrens il n’y a pas de chorale, et donc on trouvait dommage que ces chansons, ne se chantent pas, car elles sont très belles. Il est très compliqué malheureusement de monter une chorale dans l’hôpital, dans la mesure où les gens y rentrent et en sortent parfois très rapidement. On ne sait jamais d’une session à l’autre qui on va revoir ou pas. C’est une espèce d’essence prise sur le vif de ces paroles, et aussi de ces publics là, les publics particuliers du milieu psychiatrique, mais qui sont aussi des gens comme toi et moi. Il y a un sacré tabou dans ce pays, où on véhicule le cliché que les gens en milieu psychiatrique sont des fous. Alors qu’en fait en psychiatrie, on croise des gens en dépression, en burn out, qui ont perdu un proche, enfin des gens comme toi et moi, et qui souvent ne restent pas longtemps, ce qui fait que souvent on les voit lors d’un atelier, et la semaine suivante, ils ne sont plus là. Donc au résultat, ça fait des archives de chansons, écrite par des tonnes de gens différents. On a décidé de porter ce projet avec l’association Le Dire Autrement. C’est vite devenu un projet énorme, et comme les finances manquaient, on a proposé à chaque chef de chœur qu’on connait dans la région, et qu’on sait être un peu sensible au côté social, de chanter une chanson avec sa propre chorale, et d’enregistrer avec nous ensuite. Anthony Martin a arrangé les chansons, certaines pour orchestre, d’autres en musiques actuelles, d’autres complètement a capella. On s’est retrouvé avec une quinzaine de chefs de chœurs, et des chorales de tous styles : j’avais des ateliers en maison de retraite, des instituteurs avec les enfants de leur école primaire, des professeurs avec leurs collégiens, des chorales de prison, de malades en post-cure psychiatrique, des chorales d’amateurs comme Yakafaucon [Lire ici], des chorales professionnelles, toutes à des niveaux complètement différents. Anthony a fait beaucoup de guitares lui-même ; mais il y a aussi d’autres musiciens qui ont participé, comme Agnès Doherty ou Emmanuel Commenges.

 

– Comment avez-vous décidé la sélection des chansons pour l’enregistrement?

-Julie : On  a sélectionné trente chansons. On a fait une représentation à mi-parcours pour le festival Hors Jeu/En Jeu d’Ambarès (33), et des écoles de Dordogne sont venues, ce qui fait que le projet a débordé des frontières de la Gironde. D’autres restitutions étaient prévues pour que les chorales se rencontrent, mais avec le confinement tout a été mis en suspens. Anthony a aussi passé des heures à s’occuper des enregistrements, des prises, des mix. On lui avait donné pour consigne que ce soit beau, et c’est un travail compliqué avec des chorales d’amateurs et des gens fragilisés. Alors on n’a pas pu tout garder. C’est un peu un entre-deux entre une participation d’amateurs et un travail professionnel quand même. Il y a aussi là des textes d’auteur, Hubert Chaperon par exemple, Fred Serrano qui travaille avec les gens incarcérés à la prison de Gradignan, qui possède la seule chorale mixte de France. Le fait que l’association Le Dire Autrement soit producteur de l’œuvre nous a permis d’avoir les mains assez libres quand même. Sept cent exemplaires ont été édités pour le moment et ça part assez vite.

 

– Tu parles de l’association le Dire Autrement, que vous avez fondée et animez. Son histoire est intimement liée à un engagement qui vous tient à cœur et s’est concrétisé cette année avec l’inauguration de la MAATA. Pouvez-vous en parler ?

– Julie : La MAATA a ouvert ses portes juste avant le confinement. Même si les choses tournent un peu au ralenti, en vertu des circonstances actuelles, on y propose régulièrement à tous des ateliers et des stages avec des artistes et des art-thérapeutes, des séances d’art-thérapie individuelles ou en groupe, des ateliers d’art adapté, de différentes disciplines, où des personnes en difficulté peuvent côtoyer n’importe qui a envie de s’y inscrire. L’idée était d’avoir  un endroit où les publics se rejoignent. Durant le confinement, comme beaucoup d’art-thérapeutes restaient sans activité, on a lancé l’initiative d’écrire chacun un courrier et d’entretenir par écrit un lien positif avec les gens dans les Ehpads. Nous avons reçu énormément de réponses et l’initiative a été reprise un peu partout en France.

 

– Quel sentiment gardez-vous de cette représentation scénique externe qui a eu lieu à Ambarès?

– Julie : On a quand même des participants qui sont bien touchés. Quand on a chanté à Ambarès, les gens avaient la chair de poule. On avait deux leads avec la chorale derrière, qui tremblaient de chanter devant les gens. Mais c’était magnifique. On entend chaque voix, avec sa vie derrière. Il y a quelque chose de très touchant chez les amateurs, parce que justement ils ne sont pas professionnels et sont donc hyper émus en chantant. Ne pas être dans la maitrise libère autre chose. Chaque personne a choisi sa chanson. Par exemple Emmanuel Commenges a choisi en fonction de la chorale d’enfants qu’il faisait travailler. Lors de la restitution à Ambarès, comme chacun avait chanté deux chansons, la soirée a été vécue comme quelque chose d’extraordinaire. Pour certains ça faisait très longtemps qu’ils n’avaient pas vécu une soirée pareille, avec une sortie tard, un catering. Une des personnes de la chorale des seniors que j’ai croisée deux semaines après avait gardé son bracelet de la soirée en souvenir. J’ai aussi croisé des gens d’une autre chorale dans le tramway qui sont venus me dire combien cette soirée-là a été un moment génial pour eux, car ils se sont tous retrouvés et mélangés pour chanter. Avec Cécile on a dû pas mal improviser, car on savait que tel groupe chantait telle chanson, et il fallait organiser un spectacle qui ne dure pas trop longtemps, avec des changements de plateau sur quasiment toutes les chansons. Mais il n’y avait quasiment pas eu de répétition pour les gens. Agnès Doherty a joué de la contrebasse sur tous les morceaux ; Emmanuel Commenges du saxophone ou de la clarinette. Et on s’est donc retrouvés à six ou sept musiciens à faire un orchestre pour des gens avec qui on n’avait jamais joué.  

 

– Avez-vous reçu de la part des personnes malades participants aux chorales des retours quant aux bienfaits émotionnels et psychologiques, peut-être à une certaine transcendance, que cette expérience leur a permis d’avoir, dans une optique de guérison?  

– Cécile : Pas directement. Mais ce qui est sûr, c’est que lors du concert à Ambarès, les participants sont restés jusqu’au bout et ont gardé les bracelets durant des jours. Pour eux ça a été vécu comme un moment très privilégié, de rencontres avec d’autres et en tant que chanteurs, et non plus en tant qu’handicapés ou malades. Certaines chansons ont une patte particulière, car elles ont été écrites dans ce cadre spécifique. Les chansons écrites avec des gens non atteints par des pathologies ou handicaps n’ont pas la même couleur. Elles sont plus réfléchies, pensées, construites. Au début les patients avaient peut-être du mal à prendre la parole, et puis comme nous déconnions beaucoup et qu’on ne censurait rien et acceptait tout, au bout d’un moment, des choses se sont libérées. Et puis certains patients qui avaient, de leur vie professionnelle d’avant, des compétences, des qualités, un savoir-faire, ont vu revenir ces choses, par exemple un rapport à l’écriture, des mots savants, des expressions magnifiques.

– Julie : Les prises d’enregistrement dépendaient de chaque chœur. Il fallait s’adapter à l’épreuve des prises de son ; lorsqu’on a enregistré la chorale avec  des patientes de l’hôpital Bergonié soignées pour des cancers du sein, j’ai dû stopper à un moment, car évidemment le professionnel n’était pas satisfait, car on n’a pas vraiment ce qu’il faut, mais les gens n’en pouvaient plus de fatigue. Alors on n’a pas vraiment eu de retour sur les bienfaits que leur a apporté la participation au disque. On n’a pas assez de recul pour cela, et je pense que certains n’ont pas encore réalisé. Ceux qui ont reçu l’album le trouvent très beau. Mais l’essentiel des retours a eu lieu chorale par chorale. C’est difficile de s’emparer de l’ensemble d’un projet quand on a chanté qu’une chanson sur trente. Il reste que ça a créé du lien entre les chorales et entre les gens forcément. Certains ont gagné dans leur estime, car ils disent être très fiers d’avoir réussi à participer à un tel projet, alors qu’ils en étaient angoissés parfois et ont mené un combat douloureux et épuisant.

 

– Cécile, tu mentionnes l’exemple de certains patients qui ont vu ressurgir des compétences de leur vie d’avant hospitalisation. Est-ce que cette aventure a pu être aussi pour d’autres l’occasion d’envisager une vie d’après, au sens où elle a pu éveiller une passion, ouvrir une perspective, faire prendre conscience d’un talent ou d’une sensibilité artistique avec lesquels se projeter dans l’avenir et qui les a valorisés?

– Cécile : Exactement. J’ai vu arriver un jour dans un atelier une institutrice avec qui j’avais travaillé deux ou trois ans auparavant. Elle avait fait un burn out. Et ça peut arriver à n’importe qui, à n’importe quel moment. Pour les adolescents l’expérience a été chouette aussi, car souvent ils s’ennuient dans l’unité ; les soignants n’ont pas forcément le temps de les occuper avec des choses passionnantes. Ils avaient une grande force de proposition pour l’écriture. On peut parler aussi des gens originaires de pays et de cultures étrangères, qui ont pu mettre des mots étrangers dans les chansons, et nous raconter un peu de leur culture. Dans l’unité mère-enfant, une soignante a souhaité écrire une petite comptine qui servirait au début d’atelier, et ils la rechantaient à chaque début d’atelier, un peu comme un rituel. Dans certaines unités où on a travaillé, c’était un des objectifs de permettre à leurs patients de trouver une ouverture pour des projets futurs. C’était des unités qui préparent les gens à la sortie et la reprise d’une vie normale active. On a eu des ateliers avec des musiciens, et pour le coup certains patients envisageaient d’apprendre ou reprendre un instrument de musique. Il y a eu aussi un atelier de danses africaines qui travaille depuis longtemps à Perrens ; on a donc pu échanger avec ses animateurs là-dessus ; un atelier de photographie aussi. Pour anecdote, un autre atelier avait proposé pour une boum aux patients de se choisir chacun une chanson qui passerait lors de l’évènement, et nous avons été scotchés par une dame qui d’ordinaire ne bougeait pas et nous a fait une chorégraphie de dingue, très précise, qu’elle avait du apprendre par cœur, sur une chanson de Mylène Farmer, qu’elle avait choisie : la chanson l’a subitement ramenée dans un temps d’avant, une vie d’avant où elle dansait. Et une fois la chanson finie, terminé : elle s’est rassise et il n’y avait plus personne. Faire chanter et danser les gens, c’est plus que du plaisir : ça relève du soin. Mais il faut que les soignants réinvestissent cela, déjà qu’ils aient le temps de venir, car souvent ils y sont favorables, mais manquent de temps et de disponibilité. Maintenant ce qui va faire vivre le disque, c’est qu’on puisse faire des restitutions et inviter les gens à se rendre compte de ce que ça peut être de faire chanter ensemble un même répertoire des gens qui ne se connaissent pas.        

 

– Un mot sur le « lexicabulaire » explicatif qui clôture le livre-disque de manière originale, humoristique et aussi en permettant de transmettre un peu de ce que vous avez vécu et la manière dont vous l’avez perçu?

– Cécile : Comme on a un regard sur la psychiatrie, on a toujours discuté de ce qu’on faisait ensemble, car parfois c’est assez dur et riche émotionnellement à vivre. Donc on débriefe un peu ensuite et on se dit beaucoup de choses sur la relation entre la chanson et le soin. On voulait aussi raconter à travers ce livre-disque ce que nous avions vécu humainement, ce que ça nous a fait. Et on a proposé à des gens intervenus en milieu hospitalier ou en marge d’écrire des choses. Donc il y a des textes aussi de comédiens qui racontent leur expérience. Et comme on voulait aussi que des sigles et des réalités de l’hôpital psychiatrique soient expliqués, on a fait ce « lexicabulaire » avec plein de petits articles dans lesquels on raconte et on explique des choses, parfois en disant des conneries. C’était une partie de création plus rigolote.

– Julie : On a mis un « lexicabulaire » rempli de conneries à la fin, pour la touche d’humour, auquel les gens ont participé. Ajoutons que beaucoup de partenaires ont aidé ce projet à voir le jour, et nous les en remercions. Monter des dossiers de subvention a été très difficile, dans la mesure où chaque organisme dédié ne peut subventionner que des projets entièrement consacrés à son propos. Et comme notre projet s’adresse à tous les publics, ça compliquait les choses ; mais l’IDAAC, ainsi que d’autres nous ont bien soutenus. Malheureusement maintenant les appels à projets impliquent de rentrer dans les clous, ce qui n’est pas du tout le cas de celui-ci. Ce ne serait que moi, je donnerais le livre-disque à tout le monde. Mais ce n’est pas mon disque ; beaucoup de gens y ont œuvré et ça a nécessité du travail et de l’investissement.

 

 

Miren Funke

crédits photos: M.Legrand Rolbac Funke
Pôle culture CH Charles Perrens/ DRAC/ IDDAC/ Fondation John Bost/ CNV/Bordeaux Métropole/Nouvelle Aquitaine

Liens :

Pour commander le livre –> Association Le Dire Autrement : https://ledireautrement.fr/

https://www.facebook.com/Association-Le-Dire-Autrement-MAATA-779811905707706/

Julie Lagarrigue : https://leveloquipleure.fr/

Cécile Delacherie : https://www.facebook.com/cecile.delacherie

 

 

Leonor Bolcatto et les allumeuses d’étoiles

6 Déc

Photo d’archives DR

Samedi de gala avec un vrai spectacle de chansons en direct, impeccablement réalisé et retransmis depuis le bateau El Alamein.. Et à des heures normales, de 20 h à 21h 46. Serait-ce un miracle ou une transgression narguant les contraintes covidiennes ? Que non pas, simplement une très bonne idée, le spectacle se passe sur une vraie scène, en l’occurrence celle du Bateau El Alamein, avec  l’équipe de l’asso Ima Rose . C’est filmé et vous l’avez chez vous dans votre écran. Ce samedi Léonor Bolcatto était invitée à présenter son album « Les allumeuses d’étoiles » et ce fut un excellent moment qui sera bientôt disponible sur les youtube et autres sites du même tonneau. Je vous dirai simplement que mademoiselle Bolcatto a été épatante, très bien accompagnée par un très bon guitariste, Fabien Rybakowski et qu’elle avait convié à la fête des copines dont vous, amis lecteurs amateurs de chanson, devez connaître le talent, Garance, Lizzie Lily Luca et AnneliSe Roche.

A noter que la vaisselle a été faite avec brio et narquoiserie par les 4 filles de scène…

Mais  il semble que ce lien va vous emmener direct sur le bateau avec Léonor et sa quadrilla,

clic sur l’image  —>

Captation : Thomas Guerigen
Prise de son : Hervé le Bars
Paroles et musique : Leonor Bolcatto sauf pour
La Vaisselle chanson d’Anne Sylvestre,
Je déborde chanson d’AnneliSe Roche et Leonor Bolcatto
La llorona : chanson traditionnelle mexicaine

Captation live faite sur le Bateau El Alamein
Production: Les Salons d’Ima Rose

Le site de Léonor, c’est là, son album est en vente libre:   https://www.leonorbolcatto.com/

Pour Les Salons d’Ima Rose voir ici –>

Norbert Gabriel

NB: Ne pas oublier de passer ici :—->

Anne Sylvestre… une grande balade …

4 Déc

anne s couv 1

Une grande balade musicale de 63 ans en quelques échos …

Ce qu’ils disaient,

Jean Monteaux dans « Poésie et chansons »

Philippe Delerm dans le coffret Anne Sylvestre, 60 ans de chanson ! Déjà ? chez EPM

Anne n’a pas vraiment fait des vagues.
Mais elle en a fait une, une seule, immense et continue,
qui me prend dans son ampleur, sa douceur, sa violence.

 

Ce qu’ils ont dit en 2020

Aldebert:   C’est un pilier qui s’écroule, pas seulement pour la musique pour enfants, mais pour la chanson française. Elle avait une grâce naturelle, une classe dans le discours, c’est quelqu’un de gracieux qui s’en va .

Daniel Schneidermann:  Anne Sylvestre était une adorable mauvaise tête. Un chuchotement poivré de grands rires intempestifs, une grand-mère toute en confiture de ronces, avec de la paille dans les sabots, et des chansons parfois trop longues pour la radio, comme son nez, qu’elle a toujours refusé de refaire, et na !

 

Anne Sylvestre en 3 chansons ?

  • Ecrire pour ne pas mourir
  • Une sorcière comme les autres
  • Lazare et Cécile

– en 6 chansons (à vous de voir sur youtube)

  • Roméo et Judith
  • La reine du créneau
  • Ça va m’faire drôle

Et une des dernières,

En épitaphe,

Vous ne saurez jamais que votre âme voyage
Comme au fond de mon cœur un doux cœur adopté ;
Et que rien, ni le temps, d’autres amours, ni l’âge,
N’empêcheront jamais que vous ayez été.
Que la beauté du monde a pris votre visage,
Vit de votre douceur, luit de votre clarté,
Et que ce lac pensif au fond du paysage
Me redit seulement votre sérénité.
Vous ne saurez jamais que j’emporte votre âme
Comme une lampe d’or qui m’éclaire en marchant ;
Qu’un peu de votre voix a passé dans mon chant.
Doux flambeau, vos rayons, doux brasier, votre flamme,
M’instruisent des sentiers que vous avez suivis,
Et vous vivez un peu puisque je vous survis.

Marguerite Yourcenar.

Madame, nous nous sommes croisés quelquefois, effleurés, avec ce « vous » malicieux, un peu désuet, et avec en clin d’oeil ces 3 agates rendues 70 ans après, par procuration.*.

Vous saurez peut-être qu’un peu de votre voix murmurera en filigrane Comme une lampe d’or qui m’éclaire en marchant, votre flamme, vos rayons m’instruisent des sentiers que vous avez suivis, et vous vivrez toujours. La terre ne reprend que cette chair mortelle Mais non la poésie !**

Il se fit dans Paris un silence de neige
Un réveil de Novembre à neuf heures battant
Quand Anne est partie rejoindre le cortège‎
Des balladins chantants
Il ne faut pas pleurer dans ce siècle où nous sommes
Cela ne sert à rien !‎
Anne attendez un peu, j’arrive à vos côtés
Du jour qui fut si beau déjà le soir frissonne
Et d’autres vont chanter !‎ **

Merci à Hélène Martin, MargueriteYourcenar (et Christian Camerlynck)
et à Daniel Pantchenko

  • Voir  « Coquelicot »

  • ** Hélène Martin « Ainsi Prague » … adaptation de circonstance.

  • Un vieux pommier ne fait pas de vieilles pommes
    Anne Sylvestre

  • Photo©NGabriel2013

Norbert Gabriel

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