Archive by Author

Hexagone n° 6

19 Jan

Après le SUCCES ! REPRISE ! du marque page d’Hexagone n° 5, c’est TRIOMPHE ! PROLONGATION ! sur celui du n° 6, et carrément la une en couverture pour ce duo qui n’arrête pas de séduire tous les public. Et un dossier de 24 pages leur est consacré dans ce numéro. Pour ceux qui les suivent depuis le début avec confiance, ça fait drôlement plaisir !

Elle et lui, c’est bien sûr Lili Cros et Thierry Chazelle.

Ils se confient dans un long entretien à Flavie Girbal et David Desreumaux, d’où ils viennent, lui normand, elle du Lot, mais elle gardera toujours en elle les parfums et les rythmes de son séjour d’enfant en Afrique, elle, enthousiaste à tout crin, lui logicien facétieux, leurs parcours avant de se connaître, leur même envie de faire de la musique, à 8 ans, Lili exige qu’on l’inscrive à l’école de musique, à 9 ans, Thierry imite son oncle guitariste, insiste pour suivre les cours  au conservatoire, jusqu’à sa médaille d’or de guitare, ils sont arrivés par des chemins différents, en commençant tous les deux par un bac D, puis les petits métiers, d’ouvreuse-serveuse dans une cave caf’-conc’ d’Agen pour Lili, à l’informatique pour Thierry, astucieux pour se faciliter le travail, et gagner assez d’argent pour se payer un stage international de guitare avec Roberto Aussel. Mais au bout de douze ans, son manque de musique est trop fort : J’essayais d’être artiste, je n’y arrivais pas. Après une grosse dépression, il mettra dix ans pour retrouver une place professionnelle. Dépression aussi pour Lili, et même conseil de son analyste, poursuivre dans la voie artistique. Et c’est la rencontre, aux Rencontres d’Astaffort, de ces deux artistes qui se promettent un soutien indéfectible, avant de sortir chacun un album le même jour,  de se marier et de s’installer en plein milieu d’une forêt dans le Morbihan, ici tout est possible dira Lili.

C’est alors qu’ils commencent à travailler ensemble, et connaître leur premier succès sur scène, à Tadoussac, au Québec, ils n’en reviennent pas ! Pourtant, au fil du temps, ils en connaîtront beaucoup d’autres, au cours des quelques 600 concerts qu’ils ont donné depuis 10 ans en France et ailleurs. Trois albums ensemble, des rencontres, des stages, arts de la scène, initiation au clown, ateliers  d’écriture, rythmes, percussions corporelles en Italie, beaucoup de travail en commun qui rapproche et fait progresser le couple et révolutionner son rapport à la scène. Artistes indépendants, ils réinventent sans cesse, complémentaires et attentifs l’un à l’autre, On est chacun moins que la moitié du duo disent ils, et leur spectacle Peau neuve n’est pas seulement un concert, mais un vrai spectacle, avec une mise en scène impeccable, scène épurée mais présence maximale toute en harmonie et complicité, en parfaite communion avec leur public. Ces deux là n’ont pas fini de nous étonner ! Et comme le dit leur ami Ignatus : Devant quinze ou deux cents personnes, les mêmes / C’est l’humilité qui les fait avancer / Comme vous êtes. Changez rien.

Ignatus, Jérôme Rousseaux, qui vient de sortir un album, e .pok, chroniqué page 56 de ce numéro par Nicolas Brulebois qui rappelle les débuts difficiles d’Ignatus, mais son talent enfin reconnu a fini par triompher et cet album est L’un des plus beaux disques chantés en français que vous rencontrerez cette année : Un côté cotonneux qui enveloppe mais n’endort pas, écrin riche mais sobre où niche la prose de ce drôle d’oiseau chanteur. L’époque ainsi triturée, passée par le prisme de l’art, ressemble à la nôtre-à cette différence près que le temps d’un disque, on s’y sent bien.

Ignatus que l’on retrouve un peu plus loin pour un entretien, toujours avec Nicolas Brulebois.

Expérimentateur audacieux, qui passe allègrement  des instruments traditionnels africains à l’électroacoustique, Ignatus parle de ses influences musicales : Pour moi, Gainsbourg et Bashung sont ceux qui ont fait avancer la chanson, de ses rituels d’écriture, du défi d’écrire des haïkus chaque matin, pour nourrir son sens de l’observation, et conclue : Mon objectif n’est pas de courir après les cachets, mais après la beauté.

Beaucoup d’autres albums chroniqués dans ce numéro riche d’actualités scènes, chansons, musiques, agrémenté de pages d’humour et de superbes photos,  que l’on peut consulter au gré de ses envies, moi j’ai d’abord suivi la photo de couverture… Mais revenons au début, après l’édito de David Desreumaux, une réflexion sur la chanson amenée par le décès de Johnny  : Puisse la disparition de Johnny faire en sorte de redonner une place dans les médias à pléthore d’artistes jusqu’à présent laissés pour compte.

Une rencontre avec Florent Vintrigner. Par Roxane Joseph,  Florent Vintrigner, son compagnon l’accordéon, et sa passion pour Hugo qui l’a amené à préparer un album à paraître début 2018, de textes de Victor Hugo mis en musique : Profondément humaniste, généreux, il aime poursuivre sa route, humblement, en compagnie des saltimbanques et des amis de passage qui parsèment son ciel de bonnes étoiles.

C’est ensuite une vue de l’extérieur d’Un saltimbanque d’intérêt général dont le but est de Transmettre et valoriser les répertoires de la chanson, Serge Hureau, metteur en scène, directeur du Hall de la chanson qu’il a lui-même créé,  s’attache à créer un vaste répertoire de la chanson française, la chanson en temps que patrimoine culturel, et à le faire vivre par des stages, des créations de spectacles-revues, tables rondes, concerts, et les rendez-vous réguliers du Hall le deuxième et troisième vendredi de chaque mois : Les œuvres de chansons d’hier, comme si elles étaient nées d’aujourd’hui. Pour le bénéfice de demain.

Patrick dans sa médiathèque ..

Patrick Engel, lui, nous emmène dans les coulisses du spectacle, avec les confidences de 9 artistes , et leur façon de se préparer et leurs états d’âme avant d’entrer en scène, à chacun d’appréhender le trac, tourner en rond, respirer, se chauffer la voix, ou l’ignorer. Pour Anaïs, le stress ne sert à rien, il empêche de pouvoir donner son maximum. Pour Nicolas Jules, lui, pense à autre chose, avant et après, pour Louis Ville, le trac peut venir une semaine ou une demi-heure avant de monter sur scène,  Léopoldine HH l’apprivoise, c’est une émotion archaïque, ça me rend électrique et folle, et cet état nous permet d’y aller vraiment. Eric Guilleton rentre dans un concert des jours, des jours, et des jours avant, le trac m’aiguillonne. Le trac est pour moi un ennemi, ce n’est plus du trac, c’est de la surrexcitation dit Zoé Malouvet. Pour François Puyalto : Je vois tout cela comme un taureau qui s’apprête à entrer dans en scène devant une salle remplie de toréadors. Pour Jil Caplan, pour le trac, j’ai appris à lui faire son affaire, même si je peux avoir des montées d’angoisse… Mais c’est plutôt la veille que ça me prend. Et pour Armelle Dumoulin, le trac est un véritable ami.

pierreperretSuit un tour d’horizon Au café du canal par La Tribu de Pierre Perret. Avec une interview croisée de Fred Burguière  des Ogres de Barback, et Pierre Perret, propos recueillis par Flavie Girbal et David Desreumaux : Mes chansons fringuées avec des bretelles à fleurs, dit Pierre Perret, qui a accepté sans façon et en toute confiance de collaborer à cet album qui lui rend hommage, en faisant découvrir ses plus belles chansons, indémodables, aux jeunes générations. Un album collectif extrêmement métissé, et ça tombe bien, car pour Pierre Perret :  Le métissage a toujours été mon fond de commerce. Album chroniqué page 138 : Un album qui met l’accent tout à la fois sur la qualité d’écriture( et les mélodies) et sur la diversité des registres déployés : Humour, amour, tendresse, colère, tolérance.

On apprend ensuite comment Lisa Portelli est arrivée à la chanson, par Karine Daviet, c’est la guitare électrique qui lui a ouvert la voie et la voix, de travail acharné en retraites de silence chez les bénédictins, elle a fini par trouver sa propre intériorité, et son deuxième album Nébuleuse, co-écrit avec Andoni Iturioz, navigue entre rock nerveux et vibrations aériennes et sibyllines.

Regard sur Jane for tea, un duo atypique de chanson française, par Michel Gallas. Duo qui a remporté quatre prix aux Rencontres Matthieu Côte en 2015, duo qui mélange chant, comédie et danse, textes et compositions de JP, et instruments anciens où l’ukulélé est roi.

Sylvain Dépée nous fait faire plus ample connaissance avec Ben Mazué, Dix ans de lui, et un troisième album La femme idéale. Avec son sens de l’observation et son humanité, il est à mes yeux le Cédric Klapisch de la chanson dit de lui Baptiste Lecaplain.

Un nouvel album aussi pour Carole Masseport , Carole qui nous est présentée par Philippe Kapp, son parcours, la difficulté à rencontrer son public, malgré un prix d’interprétation au tremplin du Centre de la chanson, et un coup de cœur de l’académie Charles Cros pour son album Blottie en 2006, les rencontres au centre de formation du Studio des variétés, et sa collaboration avec Céline Olivier et Jean-Jacques Nyssen, d’où est né, fin 2017, cet album : A la fin de l’hiver, un beau disque d’hiver, foisonnant d’émotions froissées, brûlantes de glaces limpides et d’un grand feu solaire, selon Patrick Engel.

Photo DR

Bien reçu aussi les Ondes positives d’Eric Frasiak, par David Desreumaux. Une route bien remplie, et 7 albums pour cet auteur-compositeur et interprète  lorrain nourri de Ferré, Lavilliers, Dimey, Béranger qu’il considère comme son père spirituel, mais aussi Pink Floyd ou encore Genesis. Il parle des rencontres décisives qui l’ont fait avancer, comme Jean-Michel Boris et Jean-Louis Foulquier au Printemps de Bourges, en 1983, de sa ténacité pour se consacrer à temps complet à la chanson : La chanson est indispensable à ma vie. C’est comme l’amour. Est-ce que l’amour est indispensable à la vie ?  des réseaux existant pour que les artistes ignorés des grands médias puissent exercer leur métier, festivals, associations qui défendent la chanson vivante, ou même les concerts à domicile.

Eric Frasiak, chroniqueur du quotidien, de la vie dans tous ses états, de l’humaine condition,  de la révolte à la tendresse, sur de subtiles mélodies.

Humour entre deux articles, Boule dévoile les ficelles pour répondre à une interview, par exemple :  Evitez de parler technique : Les gammes exotiques n’intéressent que ceux qui les connaissent déjà.

Parmi les nombreux albums chroniqués, celui de Loïc Lantoine par Jacoti : The Very Big Expérimental Toubifri Orchestra, de par, pour et avec Grégoire Gensse. Un double album qui rassemble d’une part 12 inédits, et d’autre part les anciens morceaux de Loïc, revêtus de leur beau costume d’orchestre, ce qui leur confère une emphase à la fois foldingue et complice.

Jules, lui, nous dit que C’était mieux maintenant, à propos de Thomas Fersen, et de son dernier album Qu4tre : Fersen est un grand interprète. Il crée des personnages incroyables. C’est un traducteur de vies aussi multiples que fantasques.

Une visite guidée du Forum Léo Ferré, avec Roxane Joseph qui en est la directrice, par David Desreumaux. Roxane Joseph et son collectif : Une équipe aguerrie à la diffusion de spectacles, qui ont pris le relais de La chanson pour tout bagage depuis septembre 2017. Une tâche ardue, pour mener de front et diversifier la programmation au Forum Léo Ferré et à La Menuiserie, et renouveler le public sans faire fuir les fidèles, ce qui se concrétise par une programmation diversifiée et de qualité pour ce trimestre 2018,  Rémo Gary, Mèche, Marie-Thérèse Orain, Leïla Huissoud, Jacques Bertin, Yves Jamait, Frédéric Bobin, ou Patrice Mercier, Romain Lemire, etc, ça va des très jeunes aux vétérans,  des connus ou débutants à découvrir …Il y en a vraiment pour toutes les générations, et puis quand on aime la chanson vivante, peu importe l’âge du chanteur ou du public. Le tout étayé par de nombreuses photos d’artistes qui sont passés sur la scène du Forum Léo Ferré en 2017, d’Yvan Dautin à Jérémie Bossone,  en passant par Paule-Andrée Cassidy, Sarah Olivier et bien d’autres.

Dans la partie II de la collection d’hiver, Mad questionne Mademoiselle K à l’occasion de la sortie de son album Sous les brûlures l’incandescence, son cinquième album, né d’une rupture, un album électro-rock pour cette chanteuse qui revendique son côté punk, tout en ayant une formation classique, pas facile de s’y retrouver, mais c’est le résultat qui compte !  : Un album concept-malgré-lui, une renaissance, tant personnelle qu’artistique.

Envie d’étoiles, de complicité, de bonne humeur ? Il est recommandé d’aller faire un tour chez Les fouteurs de joie, c’est Michel Gallas qui nous y invite. Cinq artistes, chanteurs, musiciens, comédiens, unis comme les cinq doigts de la main : Musicalement au top, forts de leurs dix-sept ans de connivence, ces grands professionnels nous foutent la joie. Et puisque chaque spectacle est pour eux l’occasion d’un disque, à écouter, entre autres, le troisième, qui, inversement, donne l’envie du spectacle : Des étoiles et des idiots.

Malorie D’Emmanuele nous emmène dans l’univers très personnel de Leïla Huissoud, et même si parfois il lui faut une chaise pour atteindre le micro, c’est : Une grande, sans l’ombre d’un doute. Seulement 19 ans, joli minois, joli grain de voix, mais pas que !  

Elle sait déjà ce qu’elle veut, faire de la chanson française, écrire et chanter ses propres textes, elle attache une importance particulière à l’écriture : J’aime les mots et leur sens, ils me touchent plus que la musique. Pour moi, le texte est au-dessus, c’est lui qui structure. L’écriture me semble plus naturelle que la composition. La musique doit être au service du texte.  Après un premier album en 2017, L’ombre, elle prépare un nouvel opus, qui sera enregistré en janvier, sa sortie est prévue à l’automne prochain.

David Desreumaux pose un regard, illustré d’une belle photo, sur François Puyalto, et son album Le nom des animaux : Ne cherchez pas d’histoire ni de message à travers son œuvre. Laissez-vous simplement porter par les sensations paysagères et fugaces. Ce qu’il a à dire relève de l’indicible, et il l’exprime fort bien.  El Scorcho rajoute : Et ça chante grave, au propre comme au figuré, Mâtin, quel organe ! Naviguant peinarde à la lisière des portées, lovée dans le velours, sa voix chaleureuse et ronde s’accorde à merveille avec ses parties de basse duveteuse.

Si vous voulez savoir comment Eric Kaija Guerrier appréhende Léopoldine HH, c’est aussi dans ce numéro 6 : Sagacité excentrique. Léopoldine HH, un premier album Blumen im Topf, un projet de création théâtrale autour de Gérard Manset, avec Maxime Kerzanet pour l’automne,  qui pourrait donner naissance à un disque. Léopoldine HH, prix Moustaki 2016 est aussi comédienne, et offre des spectacles à la fois avec précision, sympathique loufoquerie travaillée, richesse des arrangements, beauté de l’écriture et des compositions, dans la mécanique d’une scène théâtralisée, en compagnie de Charly Marty et Maxime Kerzanet. Pour avoir vu cet étonnant spectacle sur scène l’été dernier, je souscris aux mots d’Eric.

Photo NG archives

Et puis il y a Michel Boutet que ça en donne même envie de parler de génie, nous rappelle, enthousiaste El Scorcho, à propos du livre disque Barbouillot d’pain sec : Il faudra donc écouter et réécouter encore cette fresque bouleversante rythmée par mille saillies franchement tordantes. Ce Barbouillot d’pain sec mêle humour et douleur avec la simplicité d’un jour qui se lève.

Si vous voulez en savoir plus sur le triple album plein comme un œuf de Philippe Forcioli Poète ! René Guy Cadou, c’est p 140 : Loin du cliché  maladif du poète mort à 31 ans, la joie de l’interprète est communicative, son fort accent réchauffe d’un peu de soleil corse les paysages de Louisfert battu par les vents. Les orchestrations simples, belles, aux instruments variés(étonnants parfois) veillent à ne pas déborder le texte.

 

Les enfants ne sont pas oubliés, avec deux livres disques chroniqués par Virginie Riche,

Nougaro enchanté, douze chansons pour toute la famille,Théa Nougaro, une des filles de Claude a voulu faire connaître l’oeuvre de son père aux enfants , avec un collectif d’illustrateurs interprètes au crayon ou au pinceau, et Le fabuleux voyage d’Arwenn, raconté par Bérénice Béjo, sur une idée, un texte et un projet de Charlotte Courtois. Ce livre disque raconte la possibilité d’un langage international, celui de la musique.

Ce qui se passe quand on chante dans cette belle librairie, Le renard et l’entonnoir (Photo archives NG)

Quelques rappels encore,  pour les enfants et les parents, un lieu convivial dans le 19 ème à Paris, décrit avec gourmandise par Virginie Riche, Le renard et l’entonnoir : Un concept original et chaleureux dédié à toute la famille. Passer le pas de la porte, c’est franchir un espace-temps différent, enter au pays tendre de l’enfance, quitter Paris un instant, et la grisaille laisse alors place au soleil jaune. Vous reprendrez bien une petite tranche de vie ?

Qu’est ce que le Label At(h)ome ? David Desreumaux va tout vous dire, avec les concepteurs de ce label, deux frères, Stéphane et Olivier Laick. Un label en toute indépendance, qui contourne la crise du disque, et les grands majors, découvreur, accompagnateur de carrière et tourneur de nouveaux talents  de la scène française : A une période où certains proposent des contrats « single  avec option album si playlist radio », je suis assez fier de parler uniquement «  album avec nos artistes ». dit Stéphane Laick.

Vus sur scène, retours de concerts, par David Desreumaux et Michel Gallas, Kent et son inoxydable vitalité au Café de la danse le 7 novembre 2017.

Figure(s) Imposées(s) au théâtre Antoine Vitez, une proposition de Christophe Adriani, actuel directeur du théâtre Antoine Vitez à Ivry-sur-scène, comment remplir une salle de 200 places, en banlieue, avec une affiche de «  non vedettes » ? Cela a été possible grâce à la volonté des partenaires de cette aventure, le tourneur d’Askehoug, et les artistes participants, Askehoug, Dimoné, Presque Oui et Maissiat, qui ont mêlé leur répertoires à celui de Bashung.

Le Chouf Toulouse Tour : Onze concerts et sept spectacles en sept lieux différents, du 2 au 11 novembre, par Michel Gallas ? Chouf qui fête ses 10 ans de scène et la sortie de son quatrième album.

Puis, c’est Jean-Marc Coquerel, photographe de scènes, de festivals, notamment Aubercail à Aubervilliers, d’affiches, pochettes de disques, etc, qui nous parle de sa passion : Trente ans que ça dure… Curieux des femmes et des hommes, je les installe dans ma mémoire. Ils me racontent des histoires, leur histoire. Cette passion-là, je ne la cultive pas seulement au bout du monde, mais aussi au bout de la rue, dans la cité, la ville, là où les mots se font entendre. Il a rassemblé, pour ses 10 ans de métier,  dans un livre : Le visage des mots dits, 200 photos d’artistes. Les photos d’artistes au festival d’Aubercail, qui suivent son billet témoignent de son talent.

La cerise sur le gâteau de ce numéro 6, c’est le Rosbif saignant de Mad : Radio-gagas qu’ils sont les ricains… Une sombre histoire d’espionnage où l’on voit Rodger affecté à espionner la webradio d’Hexagone, pensez donc, une radio 100% chansons françaises, c’est plus que louche, en plus d’être un appel sans équivoque au refus des productions américaines, il s’agissait ni plus ni moins d’une apologie de la partouze !

Voilà mon tour d’horizon du numéro 6 d’Hexagone, dans lequel je me suis attardée avec grand plaisir. Si vous souhaitez approfondir, et en savoir beaucoup plus, abonnez-vous, et n’oubliez pas d’écouter la webradio, vous y retrouverez les artistes chroniqués dans tous les numéros d’Hexagone,  n’en déplaise à Rodger !

Danièle Sala

Pour la boutique du mook, c’est là ——>

 

 

 …

Et pour  La Webradio – Hexagone, clic sur le récepteur,

 Last but not least, une image ?  Vous les reconnaissez j’espère… Regarder dans la même direction… La recette du succès ? 

 

 

 

Publicités

Prix Saravah, le jury…

18 Jan

Photo©NGabriel

 
Début Février, les premiers artistes sélectionnés seront connus, en attendant, voici le jury qui sera chargé de révéler les découvertes..
 
Francis Lai  (Président) : Compositeur- musicien
 
Charles Berberian : Auteur de bandes dessinées
 
Albin de la Simone : Auteur compositeur interprète – musicien
 
Patrice Demailly : Journaliste Musique
 
Thierry Dupin : Programmateur musical- France Inter
 
Monique Giroux : Productrice à Radio-Canada
 
Florence Jeux : Directrice générale artistique des Francofolies
 
Laurent Valero : Musicien/Producteur à France-Musique
 
Idol
 
Sacem
 
Studio l’Ermitage : Yamilé Bengana (Responsable de la programmation)
 
Editions  Saravah : Atsuko Ushioda (Gérante) – Maïa Barouh (Directrice Artistique)
 
Et voici la date de l’audition en public des 6 artistes sélectionnés :  le 22 mars 2018 à 20h30 au  Studio l’Ermitage, au 8 Rue de l’Ermitage, 75020 Paris.
Norbert Gabriel

Entretien avec Alice Botté, un activiste de la musique

15 Jan

L’homme fait partie de ces musiciens que l’on a bonheur à retrouver, avec de moins en moins d’étonnement, et de plus en plus de fidélité, toujours aux côtés des artistes que l’on admire. Charlélie Couture, Jacques Higelin, Alain Bashung, Jacno, Christophe, Daniel Darc, Hubert-Félix Thiéfaine, Damien Saez… et toujours un même guitariste mettant ses talents et l’originalité de son jeu au service de leurs répertoires. Mais, travailleur acharné, explorateur perpétuel, hyperactif de la recherche musicale, Alice Botté, après un passage au sein du groupe Jad Wio, mène de front une double-vie de « sideman » prenant plaisir à accompagner des artistes d’envergure, et de véritable activiste de projets artistiques qui multiplie les expériences. Profitant d’un temps-mort, plutôt d’une pause, pendant le « service » -au service des autres-, et dans la vie du groupe Berline, qu’il a fondé avec sa compagne Barbee, l’artiste se lance sur les routes, au hasard des dates qui s’emperlent, pour présenter une performance solo, où il avance une philosophie politique au grès de ses idées et de ses expérimentations instrumentales. Mais c’est encore lui qui nous en parle le mieux…

 

– Alice, bonjour et merci de nous accorder un peu de temps. Commençons par une actualité récente :  ta reprise de « Hamburger Lady » parait sur une compilation du Label Unknown Pleasures de reprises du groupe Throbbing Gristle, destinée à récolter des fonds pour aider la chanteuse Genesis P.Ooridge dans sa lutte contre une grave maladie. En quoi ce projet te tenait-il particulièrement à cœur ?

– Genesis P. Ooridge fait partie du groupe Throbbing Gristle, qui est un collectif qui m’a fondamentalement  appris la liberté, comme forme d’expression. Quand j’avais 18 ans, j’ai découvert cette musique là, et ça a été une révolution, un bouleversement pour moi. Et il n’y a pas longtemps, un label espagnol a lancé ce projet. J’y ai répondu. Mais je ne savais pas si ma reprise allait être retenue, d’autant que c’est un titre assez dur ; le texte est violent. Ils ont sélectionné le morceau. Ça sort bientôt. Les bénéfices bien évidemment vont à Genesis pour soigner sa maladie et suis heureux de figurer sur ce disque  à côté de Marc Hurtado, Peaches et LTNO entre autres. Throbbing Gristle représente  la contre-culture anglaise, cette  autre option de considérer la musique ; il  est une de mes bases fortes.  Barbee, ma compagne, a tourné des images la nuit pour réaliser le clip de la chanson,  proche de l’expressionnisme allemand, un film très organique. Sombre et lunaire, tout comme le post-punk, les musiques industrielles, expérimentales qui  ont construit ce jardin obscur, ce lieu où je peux me laisser aller, sans être coincé dans un format traditionnel de chanson. Je suis guitariste et on me dit souvent que je suis « rock » ; mais le Rock pour moi, c’est les fringues et  surtout une culture, une iconographie, sa forme quant à elle n’a jamais évolué.

– Chanter en anglais, lorsqu’on est un artiste qui dans sa création privée privilégie l’usage du Français et se réfère à l’importance de l’influence littéraire francophone, ne constitue-t-il pas une contre-évidence ?

– Je n’allais pas traduire le texte de « Hamburger Lady «  en français ; je ne voulais rien toucher. Donc  ça ne me pose pas de problème, dans la mesure où c’est quelque chose de ponctuel, et pour un morceau dont je suis fan. C’est parfois difficile d’écrire en Français en ayant de bonnes idées et d’être pertinent ; mais j’adore cette langue et j’adore la littérature. Je lis énormément et j’essaye de découvrir plein de choses. La langue française est tellement riche et vaste, tellement excitante, que je ne vois pas pourquoi on ne s’en servirait pas. Et avec Berline, c’est une question qu’on ne s’est même pas posée. Pour Barbee écrire en français est naturel et évident ; c’est là où tu touches le plus de choses et tu peux vraiment toucher  les mots de près. Quand tu ne maitrises pas une langue étrangère, pourquoi l’utiliser, à part vouloir singer les Anglo-saxons. Tu ne peux pas aller loin dans ce territoire inconnu. Ecrire dans sa langue est une évidence, la question ne se pose  pas.

– Tu as accompagné Damien Saez, qui a une écriture très poétique et chargée de sens, et qui a pourtant dans sa discographie un album en Anglais, « Yellow Tricycle »…

– J’ai fait une tournée avec lui l’année dernière. Il écrit  bien. Quand il m’a appelé, je connaissais peu le personnage, et son univers . C’est un artiste … spécial…Je ne savais pas qu’il avait écrit en anglais comme les Beatles.

– Où en est l’aventure du groupe Berline que tu as fondé avec ta compagne Barbee ?

– Avec Berline, avant de faire le premier album, on avait fait beaucoup de concerts, écumé les bars et joué en première partie d’Indochine à l’époque de leur tournée « Alice et June Tour ». Et puis on en a eu un peu marre. C’est vraiment un boulot de fourmi d’aller jouer dans les bars. Donc on a mis ça en stand by. Mais on a enregistré un deuxième album ; simplement on a envie de continuer le groupe pour le moment plutôt en faisant du studio, des clips. Barbee aussi a d’autres activités ; elle bosse pas mal, donc c’est assez difficile de trouver du temps. Mais on a un nouveau petit projet, parce qu’on ne peut pas se priver de bosser ensemble, évidemment ! C’est une histoire d’amour, mais c’est aussi une complicité artistique énorme, pas que musicale d’ailleurs. On est une petite entité et il ne faut pas que ça s’arrête comme ça.

– Actuellement tu tournes en formule solo. Qu’est ce que tu voulais exprimer de différent ?

– Depuis longtemps  je voulais expérimenter seul sur scène, avec des machines, des sons préenregistrés qui créent des textures. Comme j’ai beaucoup tourné depuis dix ans -j’ai dû enchainer tous les ans 100 à 120 dates-, je me suis dit que maintenant que j’en ai le temps, c’était l’occasion de ne pas passer à côté de ce rêve,  se retrouver seul, improviser, se remettre en danger devant un auditoire qui ne connaît pas cette facette de toi. Je voulais retrouver cette liberté d’action ; être le seul responsable à bord d’un navire sur la houle, passer les tempêtes et atteindre un cap. C’est pourquoi j’ai créé en juillet 2017 au Festival Girolita, qui programme electro, techno et installations ce projet qui s’appelle « FEU Brûlé ». C’est une composition de 30minutes,  divisée en quatre mouvements qui s’enchainent et dont l’axe est la décroissance sonore. Cette performance me permet de me réinventer, de retourner voir ailleurs et de ne pas rester dans le confort et la certitude. Chaque concert est un différent : je pars de l’idée  de désintégration,  qui donne un début très radical, une tempête de bruit. Le  1er mouvement s’appelle « Maria » et dure dix minutes. Ce sont des sons très violents qui meurent petit à petit, et le set s’enchaine avec des morceaux qui vont vers le beau et le doux pour s’achever avec « Le Puits ». Je pense que derrière la violence et le monde toujours ultra-croissant, existe l’idée de décroissance, de ralentissement et d’approche du beau. C’est ma certitude. L’idée de faire moins me plaît beaucoup. « FEU Brûlé » est un ma  vision du « faire trop » : il faut qu’à un moment donné, on prenne le temps et on arrive à des choses simples et belles. J’aime la douceur ; je déteste la violence. Je suis un grand sensible !

– En parlant de douceur, à titre personnel, lors du concert d’Hubert-Félix Thiéfaine à Arcachon en 2015, j’avais trouvé la version acoustique intimiste que vous aviez jouée de « Syndrome Albatros » magnifique. N’en était-ce pas un bel exemple ?

– Justement c’est un morceau beau, doux, planant. C’est un morceau de pause pour moi et Lucas [Thiéfaine] qui jouons à fond pendant deux heures, et soudain on s’installe sur des tabourets, et c’est un peu comme quand tu prends l’apéro avec tes potes et que tu es tranquille. C’est une magnifique chanson et Hubert la chante bien.

– Destines-tu cette formule solo à un enregistrement ?

– Je ne sais pas si un enregistrement se profile. Je n’en suis qu’au début de l’aventure. Je cherche, je tâtonne. En fait j’aimerais faire une vidéo du projet, un film, on verra, je dois trouver, me laisser aller, me livrer à moi-même, cultiver l’instinct et chopper les bonnes choses au vol, quand elles arrivent. J’ai plein de projets.

– Comment se passe la mise en relation avec les artistes pour qui tu joues en général ?

– J’ai eu la chance à 19 ans d’être contacté par Charlélie Couture, à ses débuts. Et grâce à lui j’ai pu rentrer dans ce réseau, et surtout garder l’identité de guitariste que j’avais. Je suis complètement autodidacte ; je n’ai pas fréquenté d’école de musique. J’ai appris la musique d’une manière vraiment instinctive et sans limite. Un son, un accord, une suite de notes qui me paraît bien, je joue, même si ce n’est pas vraiment inscrit dans les codes de la théorie musicale. Je n’ai pas d’a priori, pas de barrière. Il faut pouvoir créer son identité, et c’est ce que les artistes aiment. J’ai la chance que les gens m’appellent pour ça.  Hubert un jour m’a appelé pour me proposer de partir avec lui en tournée et que si ça me branchait, il aimerait bien que j’en sois. J’ai dit « oui, évidemment ». Ensuite la discussion en général part vite vers d’autres sujets : musique, cinéma, littérature. Hubert [Thiéfaine] passe beaucoup de temps dans la littérature. C’était déjà un dénominateur commun entre nous. Quand on se parle en tournée, on ne parle quasiment que de littérature, car c’est ce qui nous intéresse. On échange des points de vue et c’est très riche comme approche. Ce qui fait que quand tu montes sur scène, tu es heureux d’y être avec un type avec qui tu partages plein de choses. Bon, je ne vais pas faire l’éloge d’Hubert, mais c’est vrai que c’est un mec assez gigantesque, et un super humain en plus.

– Lorsqu’un artiste te contacte, qu’attend-il de ton jeu précisément ou de ce que tu peux apporter de toi à son univers ?

– Ce qu’il me demande, c’est un acte de base : que je sois vraiment cohérent avec moi-même et que je ne mette pas à jouer des choses qui seraient en dehors de mes cordes. Il entend  la couleur de ma guitare et me guide. Mais ça se fait d’une manière vraiment implicite. Il sait comment je joue, donc il m’appelle pour ça. On n’a pas besoin de parler beaucoup. Je ne débute pas non plus : ça fait 40 ans que je fais ce métier, donc les gens à force me connaissent.

– Jouer au service d’autres est-il pour toi aussi une source de revenus qui te permet une totale liberté d’expression dans tes compositions personnelles, puisque que tu n’as pas besoin d’en vivre et donc de soumettre ta créativité à des impératifs commerciaux?

– Pas exactement. C’est confortable d’être en tournée avec un « gros » artiste, on te paye bien et le reste du temps tu peux rester glander à la maison. Mais ce n’est pas le cas en ce moment. Je dois vivre de ce projet, donc chercher des concerts, travailler dans mon studio sans me soumettre à des critères commerciaux … Pas facile, mais je n’ai pas le choix et cette précarité est plutôt un vrai stimulant.

– La mise en danger par la recherche est-elle selon toi nécessaire pour un  artiste ?

 – Complètement ! A un stade, quand tu es musicien, tu as besoin de ça, faute de quoi tu prends vite la poussière et tes idées sont épuisées. Il est nécessaire de se faire peur pour reconstruire et continuer à faire de la musique. Je parle de peur, mais ce qui est paradoxal, c’est que quand je monte sur scène pour ce projet, j’ai zéro trac. Je suis content d’y aller. Alors qu’en général quand je monte sur scène avec les autres, je suis mort de peur. Mais là, c’est mon affaire, donc je sais que si je la rate, ça ne regarde que moi.

– Tu évoquais tout à l’heure Charlélie Couture, mais tes débuts ne se sont-ils pas fait au sein d’un groupe avec son frère Tom Novembre ?

– Si ! C’était Les Fonctionnaires. J’habitais à Nancy à l’époque, et c’était un trio, influencé par des groupes comme The Cure. J’écrivais mes premiers textes en français et on avait justement cette attitude un peu « rock nouveau », comme The Cure, Marquis de Sade. On a fait une maquette qui a été un peu diffusée, mais ça n’a pas duré longtemps, car après Tom est parti faire sa carrière, mais c’était une bonne expérience. Mais à l’époque j’étais déjà fan de Throbbing Gristle et des expérimentations. J’ai compris très vite que si je devais faire de la musique, ce ne serait pas dans la Chanson, parce que ce n’est pas mon caractère : je préfère triturer des sons, les mélanger, aller les chercher, plutôt que d’écrire une chanson.

– Tu dis avoir appris la guitare en autodidacte. Qu’est-ce qui t’a poussé vers cet instrument ?

– Le hasard… Mon frère ainé avait eu un grave accident et est resté longtemps à l’hôpital. Il avait une guitare dans sa chambre à la maison, et  j’ai commencé à gratouiller. Des copains avaient amené dans la chambre d’hôpital un électrophone et des vinyles, de Hendrix entre autres. J’avais 10-11 ans, et ça m’a un peu retourné le cerveau. J’écoutais ces musiques alors que mon frère était dans un sale état, avec des tuyaux partout, des fractures, après deux mois de coma, et la musique réhumanisait tout ça et me donnait de l’espoir, parce que je me disais qu’il allait s’en sortir. Et ça a stimulé mon envie de jouer. Ca a été un déclencheur, et quand il est rentré à la maison après des mois, il m’a poussé à jouer. Tous mes frères m’ont poussé à faire de la musique ; j’étais le petit dernier de quatre frangins et mes trois grands frères m’ont éduqué dans ce sens là.

– Un spectacle a été récemment annulé pour cause de fermeture de la salle devant vous accueillir. La politique de restriction budgétaire concernant la culture et l’art fragilise les artistes aussi. Comment appréhendes-tu ce phénomène ?

– Ça fait froid dans le dos, mais ça fait partie de l’évolution. Tu t’adaptes ou tu crèves. La musique est devenue un gros business. Et surtout on rentre dans une dictature monarchique où la culture n’a pas vraiment sa place, et n’est plus une priorité. Mais c’est ce qu’on veut nous faire croire. On est dans une ère de productivité très manichéenne. Les gens aujourd’hui doivent d’abord bosser, dur, toute la semaine sans avoir la certitude d’avoir un emploi demain. Hein Macron, tes ordonnances à la con … Bosser, bosser, alors pas le temps de se reposer et de consommer de la culture, qui ne sert à rien pour les politiques… Alors pourquoi injecter des subventions pour générer et faire proliférer la culture qui distrait les gens de l’objectif principal : bosser ? Donc pour les gouvernants, la culture c’est TF1, Hanouna, Ruquier, la télé réalité, de la sous merde en fait. Et c’est bien suffisant pour le peuple. On prend les gens pour des cons. C’est assez effrayant. Donc se battre, faire exister des projets, se réinventer en toute autonomie est pour les artistes la seule option ; c’est possible quitte à crever la dalle, mais sans jamais se compromettre. Quant aux salles, qui ont besoin de subventions pour diffuser la création, c’est un autre problème qui ne va pas s’arranger. Je reste optimiste et comme dit un proverbe africain, il y a toujours un côté du mur qui est à l’ombre.

– Nous avons justement évoqué avec les membres Strychnine l’époque où la moindre cave de Bordeaux abritait des groupes, le moindre bar proposait des concerts, et où finalement la musique était accessible facilement…

– Kick et Strychnine ? Alors ça, ça me parle ! Je ne sais pas s‘il me connait, mais Strychnine, c’est un des groupes que j’ai beaucoup écoutés. J’ai toujours vraiment beaucoup aimé Strychnine. C’est vrai qu’à Bordeaux, il y a eu plein de groupes. Il y a eu des villes comme ça, comme Nancy, Rennes, qui ont connu une scène musicale foisonnante. Donc respect à Strychnine !   

-Peux-tu parler du groupe Les Petits Bras dont un enregistrement retrouvé est sorti l’an dernier ?

– C’est encore un autre avatar de moi-même. C’était un duo avec Arnaud Dieterlen que j’ai rencontré il y a longtemps, avec le groupe Jad Wio. Après on a beaucoup joué ensemble et c’est un peu devenu mon « petit frère » de son. Un jour on s’est mis à enregistrer chez moi ce qui nous passait par la tête pou s’amuser. Et puis c’est sorti plus de vingt années après. C’était une autre posture. Alors je me contredis un peu en disant que la Chanson Française n’est pas non truc. Mais là justement je voulais me placer en second degré de chanteur, histoire de faire le con. Déjà rien que le nom, « Les Petits Bras » est ridicule. Mais on a fait pas mal de concerts quand-même. En tous cas c’est une expérience qui m’a beaucoup apporté et à un moment de ma vie où il fallait que je me rassure, d’où le besoin de mélanger un peu de tendresse avec des idées farfelues. Il y a beaucoup de second degré là dedans. C’est toujours dur de parler de sa propre écriture ; mais beaucoup de textes sont sortis comme ça assez naturellement. C’était très instinctif. Le fait de dire qu’on avait retrouvé des enregistrements perdus était une posture, une connerie de plus pour rigoler. Mais ça dormait dans des cartons, sur des cassettes en fait. Et puis on est retombés dessus par hasard. Du coup on a sorti ça sur Xplose-Music, le label de Berline, qui est un label solidaire. Il faudrait faire des concerts, graver des vinyles, aller plus loin. Il y a un deuxième album d’ailleurs qui est prêt.   

– Tu t’es aussi consacré par le passé à la réalisation de disques, notamment pour le troisième album de Balbino Medelin, « Évangiles Sauvages ». Serait-ce une expérience à réitérer pour toi ?

– Ecoute, c’est très long. J’aimerais bien, mais quand tu réalises l’album de quelqu’un, tu t’immerges dans son univers et ça peut te prendre beaucoup de temps. Avec Balbino, on est restés enfermés chez moi pendant un an. « Balbi », c’est pareil, c’est un petit frère que j’ai croisé y a longtemps, et avec qui je suis toujours en contact. En fait ça vaut le coup de réaliser quelque chose, si c’est pour apporter du mieux à un truc qui est déjà bien, c’est-à-dire pour l’amener ailleurs et encore mieux. Mais je pense qu’on ne peut pas trop s’éparpiller. Quand on est réalisateur, il ne faut faire que ça. A l’époque des « Evangiles Sauvages », j’étais en tournée avec Higelin, je rentrais m’occuper de l’album de Balbino, et en même temps je consacrais du temps à Berline… Je ne dormais plus ! C’est comme dans le film « Phantom of Paradise » : t’es emmuré vivant dans ton studio, on te passe un plat, et on te dit « joue, joue, compose ! ». Pour l’heure je suis vraiment concentré sur mon projet.  

 

Miren Funke

Lien : https://www.facebook.com/profile.php?id=100006955845849

Dates :

15 et 16 janvier à l’ISBA [Institut Supérieur des Beaux Arts] de Besançon,

19 à Brest

20 Malestroit (56 )

02 février à Neufchâtel.

Et d’autres à suivre …

Les oiseaux de passage

11 Jan

Quand Brassens a mis une musique  ce poème de Jean Richepin, il s’est attaqué à une œuvre majeure, mais très peu ont su donner toute son ampleur au texte et à la musique. Et au dessus de tous, Rémo Gary…

Photo NG 2016

Rémo Gary a choisi de prendre le texte intégral, de le mettre en majesté, remarquablement accompagné ( dans la version ci dessous) par Nathalie Fortin une pianiste qui ne fait pas un pléonasme musical sur les vers mais qui amène la musique avec une finesse et une subtilité rares. C’est comme la BO d’un film, la musique n’est pas que le trait qui surligne comme c’est souvent le cas avec les artistes qui s’accompagnent, et qui parfois ne savent pas faire le choix entre les priorités d’où une valse hésitation entre les mots et les notes. D’abord on s’écoute chanter parce que, quand même, il y a le texte, et puis on s’écoute jouer, parce que, quand même, Brassens a bien travaillé… Le résultat est… souvent déconcertant. Décevant.

La musique doit ouvrir des portes sur d’autres paysages. Et c’est ce que fait Nathalie Fortin.

D’autres interprètes, dans une ingénuité qui pourrait être rafraichissante, choisissent de faire une version guillerette, c’est dansant, on peut imaginer dans la même approche Nuit et Brouillard en lambada, ils étaient vingt et cent venus pour danser… Tout est possible dans le monde merveilleux de la reprise.

Pour « Les oiseaux de passage » Rémo Gary en a fait un mini opéra, sans pathos ni artifice, dans une diction parfaite, avec le geste qui signe le texte et le décor, comme Leprest, l’homme qui sculptait ses chansons. La seule version filmée semble être celle de David Desreumaux, (Hexagone)lors d’une fête à Jean-Michel Boris, la voici, elle est magistrale. A vous de voir et d’écouter…

Parmi les autres interprétations, très diverses, il y a celle de Stéphan Eicher et Taraf de Haïdouks qu’on peut écouter, en version Brassens texte retaillé, mais cher Georges, je déplore que vous ayez escamoté cette strophe…

Là-bas, c’est le pays de l’étrange et du rêve,
C’est l’horizon perdu par delà les sommets,
C’est le bleu paradis, c’est la lointaine grève
Où votre espoir banal n’abordera jamais.

Et j’aime à croire qu’il y a des grèves où on aborde le pays de l’étrange et du rêve..

Le site de Rémo Gary, c’est ici clic sur Rémo  –>

 

 

 

Norbert Gabriel

Deux ans avec/sans Bowie…

10 Jan

J’y songe, ce soir, 10 janvier, bientôt minuit…

Album «Blackstar», David Bowie.

.
« Dans le cadre de l’autobiographie, peut-on écrire sa propre mort…? », demande l’élève. Le professeur répond que, par définition, il n’est pas possible d’écrire sa propre mort, mais qu’un écrivain peut trouver des dispositifs pour « mettre en scène sa propre mort », l’achèvement de son œuvre, et offrir cette œuvre post-mortem. Il renvoie alors l’élève aux Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand.

.
Avec le souci, peut-être, de faire de sa vie une œuvre d’art, Bowie est ressuscité avant même de mourir.

Ce lundi matin, 10 janvier 2015, il y a deux ans, alors que sur sa page FB « on » annonce son décès et qu’on a du mal à prendre la mesure, les images des deux dernières vidéos reviennent en mémoire : « Blackstar » tout d’abord (titre publié en Novembre 2015), et surtout « Lazarus » (publiée le 7 janvier 2016 sur Youtube) que l’on a visionnée deux jour plus tôt. Force est de constater que Bowie est mort, que Bowie est ressuscité.

De là à voir une manifestation du divin, il y a quelques degrés que certain-e-s graviront sans effort. Qu’il ait joué jusqu’au bout et qu’au terme, il se soit mis en scène rejoignant le ciel ou les étoiles, c’est à n’en pas douter. D’où venait Ziggy Stardust…?

Capture d’écran du clip «Blackstar», de David Bowie, réalisation : Johan Renck. Capture Youtube

https://media.giphy.com/media/yoJC2wQqhXpm97vdeg/giphy.gif

Je n’ai pas un seul album de Bowie chez moi et pourtant je connais un grand nombre de ses morceaux, écoutés attentivement ailleurs, dans d’autres salons. Et puis j’ai suivi, sans le vouloir, son travail. On croise forcément la patte de Bowie quand on écoute Lou Reed, Iggy Pop, Trent Reznor (Nine Inch Nails), que l’on suit David Lynch (qui est aussi compositeur…).

C’est une force qui n’est pas donnée à chacun de ne pas perdre son identité (il en avait tellement / « I’m deranged », dans Lost Highway de Lynch), tout en s’associant aux autres…

J’ai entendu des reproches. Il était « artiste » pendant et en dehors du boulot ? Il « jouait ». Il mentait ? Comme Dali, comme Gainsbourg, chez qui on reconnaîtra les mêmes qualités : sentir l’air du temps, voire le précéder, savoir s’entourer, savoir faire, tout en offrant une signature personnelle. Imposteur ? Oui, génial imposteur. « Beau oui, comme Bowie… ».

Il chantait, dansait, jouait de la gratte, du piano, du saxo, et la comédie… La comédie…

Parce que s’il se laissait voir à la lumière de l’étoile, Bowie est toujours resté une créature de l’Underground, jouant Andy Warhol d’ailleurs dans le film Basquiat. Ils ont tous joué ce jeu dangereux, de l’être, du paraître, du trait forcé… de l’image façonnée. La comédie…

.
Ces deux vidéos, « Blackstar » et « Lazarus », deux ans plus tard, elles affichent 36 millions et 45 millions de vues … Pas prêt de disparaître le Bowie.

Vidéo « Blackstar »

.
Comme le faisait remarquer Groucho Marx : « Tant qu’on n’aura pas trouvé le moyen de jouir d’un succès posthume, il faudra vous contenter d’un ersatz de Groucho. »
À quel Bowie avons-nous eu accès…?

« Something happened on the day he died
Spirit rose a metre and stepped aside
Somebody else took his place, and bravely cried
(I’m a blackstar, I’m a blackstar) »

« Blackstar », David Bowie, Blackstar

.
J’aime ce dernier album. Il m’émeut.

Alors, peut-on écrire jusqu’à sa mort ? Jusqu’à la dernière seconde et même le lendemain ? Oui, il l’a fait.

Qu’a-t-il offert…? Une représentation plus ou moins fidèle de sa personne, de son personnage, de l’artiste…? Son intimité, son image publique…? Se joue-t-il de nous…?

Peu importe…
Le dernier souffle.
Beau, oui, jusque dans la mort…

Capture d’écran du clip «Lazarus», de David Bowie, réalisation : Johan Renck . Capture Youtube

« Look up here, I’m in heaven
I’ve got scars that can’t be seen
I’ve got drama, can’t be stolen
Everybody knows me now

Look up here, man, I’m in danger
I’ve got nothing left to lose
I’m so high it makes my brain whirl
Dropped my cell phone down below

(…)

This way or no way
You know, I’ll be free
Just like that bluebird
Now ain’t that just like me

Oh I’ll be free
Just like that bluebird
Oh I’ll be free
Ain’t that just like me »

« Lazarus », David Bowie, Blackstar.

.
Vidéo « Lazarus » :

 

.
http://i.imgur.com/kM6yMIR.gif

.
E.5131 / Hum Toks / Eric SABA

Réalisez un rêve…

7 Jan

 

Photo DR…

L’année qui commence m’a semblé mériter quelques mots un peu utopiques, et ça peut pas faire de mal…

 

rêves

En attendant que vous fassiez le tri dans vos rêves personnels, voici une suggestion pour participer à la réalisation d’un rêve – olympique- ne faisons pas dans la demi mesure, tant qu’à faire rêvons altius, citius, fortius !

De quoi est-il question ? Il reste moins de 8 jours, ça urge au bout de la piste. Léa Bayekula est une jeune parathlète Bruxelloise de 22 ans, elle évolue au Royal White Star Athletic. Rejoignez l’aventure et contribuez à l’achat du matériel pro dont elle a besoin pour atteindre les Jeux Paralympiques de Tokyo en 2020 ! 

Envie d’aider Léa à réaliser son rêve ?

Et notez bien, à ce jour 73% du budget est réuni, il manque 27 % pour finaliser avant le 15 janvier, ça doit être possible dans un monde qui manque parfois de souffle et d’élan, et de générosité.

Et comme tout peut finir aussi par des chansons, appelons Francesca Solleville pour le sprint final (Et Jean-Max Brua, l’auteur)

Ils sont huit sur la ligne de départ
Trois blancs, cinq noirs
Sacré damier
Ils ont tendus leurs bras
Ils ont levé leur tête
Au bout de ce couloir étroit
Le cœur dément comme une bête
Lourd, lourd, lourd, lourd…
Regarde devant toi
Pour une fois, pour une fois
Il ne faut pas baisser les yeux
Comme elle est courte cette piste
Il faut l’avaler d’un coup
Il faudra prendre tous ses risques
Il faudra foncer comme un fou
Il faut la gagner cette course
Tu seras le plus grand de tous

Et pour y arriver, c’est ICI,  clic sur la bourse–>

 

 

Merci à Jean-Marc Héran qui a assuré le relais et la relance.

 

Le Blog du Doigt dans l’Oeil

15 Janvier…

Pari gagné le financement participatif a  atteint plus de 110%  du budget prévisionnel.

13.185  €  avec  257  participants.

Partenaires. Rue de la Muette.

6 Jan

 Depuis 20 ans,  Patrick Ochs et ses musiciens colportent leurs chansons, nous font partager leurs émotions, histoires banales ou fantastiques, vécues ou rêvées, où les animaux côtoient et se confondent avec les humains, univers du cirque, des fêtes foraines, nostalgie et blessures de l’enfance, où il y a toujours l’espoir d’un monde meilleur dans le désenchantement,  sur des musiques java-rock, nourries d’influences klezmer, 20 ans depuis les hangars, de cabanes en bistrots, de foyers d’accueil en prison, puis sur les scènes de France et du monde.

Quinze ans de tournées, plus de 1000 concerts en France, en Chine, en Bulgarie, en Russie,  jusqu’à Saint-Pierre et Miquelon, à l’écart des médias, mais avec un public fidèle.

Et c’est du septième album de Rue de la Muette dont il est question aujourd’hui. Un album fait en famille, entre amis, avec Gilles Puyfagès à l’accordéon, Eric Jaccard aux percussions, Vincent Mondy à la clarinette basse, clarinette Si b, au saxophone soprano, et Patrick Ochs au chant. 12 chansons parmi les plus belles choisies dans les albums précédents, mais totalement relookées, à tel point qu’on les redécouvre, autrement, plus trois nouvelles, toutes enregistrées dans les conditions du direct, avec une énergie nouvelle, chaque musicien mis en lumière, et la voix de Patrick Ochs, reconnaissable entre toute,  une voix qui vient de loin, du plus profond de l’âme, toute en nuances, douce et mélancolique, ou grave jusqu’au tragique, grondante de cris de révolte,  une voix indomptable dit-il, trop rauque, comme un vieil ours sauvage, mais toujours envoûtante, elle nous embarque et nous retient  dans son grand cirque de la vie.

Tout commence là, sur Le bout du banc, au bout du banc de la société, où un homme regarde passer les gens, des directeurs, des capitaines d’industrie, passer le temps, la vie qui va , Tu m’envoies de temps en temps de fringues et des médicaments, mais tu me laisses au bout du banc… Suis-je petit ou bien grand, assis au milieu de la nuit, sur un banc ? Chanson qui se décline, comme une comptine rythmée par les percussions et la clarinette, et l’accordéon qui soupire, la solitude face à l’agitation d’une société indifférente.

Patrick Ochs  archives  NGabriel

Suit une chanson inédite : Veuillez rester à votre place ! C‘est en Monsieur Loyal que Patrick Ochs ouvre le rideau du cabaret des animaux : Les fauves et les bêtes sauvages / Vont sortir de leur cage / Attention que rien ne dépasse / Ne bougez pas, restez en place. Des animaux sauvages ? J’ai un tigre dans ma cuisine / Qui mange du poulet, des sardines / Un vieil ours devant le frigo / Qui me suit quand j’vais au bistrot… Mais Tout n’est qu’illusion / Il faut bien que tout le monde mange…

Qu’importe Ce qu’on dit de toi / Le bien, le mal, ça me regarde pas… J’ai aimé, j’ai eu mal, mais ça m’est égal…

Et Dis moi pourquoi quelqu’un comme toi / Dis moi pourquoi ne chercherais pas sur terre son contraire / Dis moi pourquoi quelqu’un comme moi / N’aimerait pas au contraire quelqu’un comme toi… Au contraire, Deuxième chanson inédite.

Une version sans guitare de la rencontre improbable entre deux musiciens, c’est La valse de Mingus et BB King : Dans un couloir Chalie Mingus / Et le fantomne de sa contrebasse / Attendent le dernier autobus / Mais quand le bus passe pour Mingus il n’y a jamais de place / Dernière station puis terminus / Personne ne descend au bout du monde.

Mélancolie, désillusion, swing accordéon, et montée en puissance musicale de La fanfare:

Je voulais jouer dans la fanfare, comme à la Nouvelle Orléans / Laisser ma trace sur le boulevard, m’arrêter face à l’océan / Est ce que maintenant il est tard ? Est ce que tu seras sur le quai ? / Est ce que tu me tendras les bras en me disant je t’attendais ?

Dans la galerie de portraits de la grande ménagerie du cirque, c’est un mendiant d’amour désespéré qui danse La java de l’ours dans un aquarium :

Est ce que tu me diras Bas les pattes animal / Tu danses, tu danses tellement mal tellement mal / Est ce que tu me jetteras par terre / A la braderie du secours populaire / Me feras tu du bien ? Me feras tu du mal ?

Vous voulez un peu de magie, dans une boutique pleine de trucs bizarres qui sortent des trous, et aussi des placards  ? C’est en cadence swing que vous entrerez chez Madame Irma : Madame Irma reçoit des clientes / Qui viennent de loin consulter la voyante / Elle va vous guérir de toutes vos peines / Elle va vous enlever toutes vos chaînes. Et c’est la troisième chanson inédite de l’album.

Puis on retrouve une des plus célèbres chansons du répertoire de Rue de la Muette : Ma mère traîne au café, chanson dont la musique est inspirée d’une chanson  que lui chantait sa mère, Boublitchki, chanson populaire du folklore russe et juif, sous différentes versions, qui a fait le tour du monde : Ma mère traîne au café, mon père traîne au café / Dans la maison, je monte le son / De la vieille télé et quand j’entends frapper / Je dis «  il n’y a plus un rond dans la maison » /  Le soir après l’école, quand les parents picolent / Seul dans les rues, je traîne mon âme en peine. Chanson d’une actualité permanente, quand les parents boivent, ce sont les enfants qui trinquent.

Photo archives NGabriel

Dans ce grand cirque de la vie, on est tous Partenaires, comme ces vieux chiens dressés, qui dansent sur leurs pattes de derrière , et parfois on a le blues du clown triste : Partenaires, partenaires, toujours partenaires / Partenaires, logés dans des meublés pas cher / Arrête de rêver des palaces / Les règlement, c’est trop sévère / Pour les vieux clowns, les vieux cabots / Même quand ils dansent ou font les beaux / Sur leurs pattes de derrière / Alors quoi faire ? / Pas être marrant, pas différent / Bosser sa vie entière / En employé obéissant / Et puis un jour, sortez du rang / Tirez vous, y’a rien à faire / Vous rapportez plus d’argent.

Mais il faut vivre, ne pas rester sur le côté, et danser encore, c’est ce que raconte cette danse amoureuse très jazzy :

Un pas pour danser : De chaque côté de la ligne on pose les pieds / Un pas pour danser, un pas pour un pas de côté / De chaque côté de la ligne, un pas pour avancer, pour danser, pour aimer / De chaque côté de la ligne, un pas pour  pas rester sur le côté / De chaque côté de la ligne, me laisse pas tomber / Ô mon amour, je viendrai te chercher.

Retour sur la piste aux étoiles, avec La fille aux éléphants, reine sur la piste, mais sa vie a la couleur des éléphants : Laissez passer la caravane / Entre en piste dans ton corps, dans ton cœur, dans ton âme / De la couleur des éléphants.

Grise aussi la vie d’ Albert au milieu du pont, Albert qui rêve de s’envoler de l’autre côté du pont.

On a beau vouloir regarder en avant, hélas le monde ne change pas, et on a mal à l’humanité,  c’est le cri déchirant de La Muette à Drancy, qui nous atteint en plein cœur :

Avant la tombée du soir / Avant que le dernier train quitte la gare / Je traîne mon petit frère dans le métro / Pour voir les tigres du cirque Medrano / En remontant le boulevard / J’ai dans le cœur le cœur de la fanfare / Vite, sortez nous d’ici / Sortez nous tous d’ici / Loin du camp de Drancy / Sortez nous tous d’ici.

La 15 ème et dernière chanson de l’album est la fable de La vache qu’un garçon était en train de traire :  Pleurait à cause du petit veau / Qu’un boucher le matin tôt / Avait mis dans sa bétaillère/ avec une morale que n’aurait pas renié La Fontaine : Chacun mange plus petit que soi / C’est la vie, et c’est comme ça.

Découvertes ou redécouvertes autrement, ces 15 chansons qui retracent le parcours musical de Rue de la Muette,  portraits sensibles, histoires de vies, à s’indigner, à s’émouvoir, à s’étonner, parfois tragiques, mais jamais désespérées, portées par ce géant pétri d’humanité qu’est Patrick Ochs, sur des musiques voyageuses, qui se glissent subtilement et se coulent aux mots, du souffle d’accordéon qui soupire en valse lente  au rire clair de la clarinette, les sanglots de saxophone, le rythme des percussions, jazz et java copains, ça doit pouvoir se faire chantait Nougaro, et là, ça le fait.

Photo Archives NG au Zèbre de Belleville

Un huitième album de Rue de la Muette est en préparation : Les rendez-vous de novembre, titre qui fait référence au tragique 15 novembre 2015.

La page facebook de Patrick Ochs :  ——–>

 

 

 

                    Danièle Sala

 

 

Matmatah (+ Féloche) en concert à Rouillac (16) : entretien avec le guitariste Manu Baroux et le claviériste Julien Carton

30 Déc

Rouillac, charmante petite commune de Charente, aux commerces fermés après 20 h, hormis un camion pizza et son lieu de spectacle polyvalent Le Vingt Sept, aux allures de salle des fêtes communales. L’endroit ne paye pas de mine. En tous cas pas la mine à accueillir en début de décembre un groupe de Rock ayant rempli des zéniths et joué devant des milliers de personnes. Il y avait de quoi surprendre à ce qu’y ait lieu un des derniers concerts de la tournée de Matmatah, avant les deux festins finals du groupe, de retour sur ses terres, à Nantes et Plougastel. L’ambiance décontractée du lieu et la convivialité chaleureuse des membres de l’organisation promettaient à la soirée une proximité humaine comme on les aime.  Sitôt passé l’étonnement, et n’ayant pas eu connaissance de l’annonce d’une première partie, une seconde surprise de taille nous attendait : Féloche et deux complices musiciennes surgirent sur scène pour assurer un premier concert. L’univers un peu fou, un peu sorcier de l’artiste envahit d’un coup l’espace. La formation, bien que minimale (basse, mandoline, percussions et samples) capta d’originalités vivifiantes l’attention du public, en quelques chansons, avec un jeu et une mise en scène aux accents vodous, tantôt drôle, tantôt inquiétante, déguisement animaliers mi-monstrueux à l’appui. Les flots du Cognac ne coulaient pas très loin des eaux du Bayou… Large ovation pour Féloche, qui termina son set par la chanson qui le fit sans doute le mieux connaitre du grand public « Darwin avait Raison », et dont le nouvel album « Silbo » est disponible via son site : http://www.feloche.fr/

 

Quelques instants de répit pour émerger de la torpeur, et Matmatah entrait en scène, démarrant le concert par plusieurs extraits de son dernier album « Plates Coutures », qui signa cette année le retour de la formation sur les ondes. L’occasion de se rendre très vite compte combien les gens étaient réceptifs aux nouvelles chansons du groupe, qu’en début de la tournée, quelques mauvaises langues et esprits mal éclairés avaient jugé trop tôt n’être en mesure d’attirer le public que par l’annonce de sa reformation et l’intérêt nostalgique que les fans de la première heure porteraient encore à ses anciens succès populaires. Matmatah en joua bien sûr certains des plus connus (« Emma », « Au Conditionnel », « La Cerise », ou encore «Lambe en Dro » et « L’Apologie » qui clôtura le rappel). Mais quel mal y a-t-il au plaisir de faire plaisir au gens ? Lorsqu’on a la chance rare d’assumer la paternité de chansons devenues quasiment des hymnes pour toute une génération, il serait égoïste, et quelque part tyrannique, de priver le public de morceaux qui désormais lui appartiennent peut-être plus qu’ils n’appartiennent à leurs auteurs mêmes. Qui imaginerait un concert d’Hubert-Félix Thiéfaine sans « La Fille du Coupeur de Joint », « Les Dingues et les Paumés » ou « Alligator 427 » ? Les Stranglers n’ont pas retiré « Golden Brown » et « Always The Sun » de leur setlist non plus, malgré l’abondance de titres inédits à jouer. Néanmoins, dans le public de Matmatah, il fut difficile ce soir là de détecter une explosion de joie particulière à l’amorce des classiques du groupe : les gens ne se réveillaient pas au moment des « tubes » pour se rendormir à l’écoute des nouveaux morceaux. Bien au contraire. L’effervescence tint la salle d’un bout à l’autre d’un concert très énergique , malgré une fatigue de fin de tournée visible sur les visages des musiciens, qui donnaient pourtant encore tout ce qu’ils avaient, la transpiration en prime, enchainant des titres très rock (« Lésine Pas », « Retour à la Normale », « Nous Y Sommes », « Marée Haute », « Overcom ») et laissant peut-être volontairement de côté des morceaux plus apaisés de leur répertoire, hormis le magnifique « Toboggan », considérablement bien amené en début de rappel et scintillant d’émotions. Finalement le ressenti global que suscita le concert fut en priorité celui d’une cohérence évidente, même d’une certaine homogénéité, au sens où chaque chanson jouée y avait sa place et ne tenait pas un rôle moins indispensable qu’une autre dans l’édification de l’ensemble. Un réel plaisir pour le public et également pour les artistes que l’on vit souvent s’amuser comme des enfants, s’enjouer les uns les autres comme des complices, se veiller les uns les autres comme des amis, et échanger avec le public sans modération. C’est le genre de moment qui nous fait tellement comprendre pourquoi la pratique de la musique se définit par le verbe « jouer », alors que c’est tout autant -sinon plus- une recherche, une expérimentation, un effort, un travail. Mais on ne travaille pas de la musique ; on en joue. Et voilà pourquoi. Quelques heures et quelques bières après a fin du concert, le guitariste Manu Baroux -membre non originel du groupe qui a intégré la formation  après avoir accompagné le projet solo du chanteur Tristan Nihouarn et joué sur la compilation de Matmatah « Antaology », et ancien musicien du groupe Aston Villa et d’Axel Bauer-,  puis Julien Carton, musicien additionnel qui a accompagné Matmatah tout au long de cette tournée (claviers, chœurs, harmonica) acceptaient de nous accorder un entretien.

 

– Bonjour Manu et merci de nous accorder un peu de temps. La tournée touche à sa fin dans deux concerts. Quel sentiment l’accueil du public vous laisse-t-il ?

– Franchement, superbe. Il n’y a pas grand-chose à dire. Déjà, il y a la réalité de se dire que le groupe revient, et que donc il ne faut pas faire de fausse modestie en se disant qu’il n’y aura pas de date ou que les salles seront vides, parce que le groupe est connu malgré tout. L’engouement et la joie des gens sont un régal ; on a fait de belles salles, de beaux festivals. La tournée a été très positive. Et il y a aussi de nouvelles personnes sur la route, dont moi. Le groupe ayant fait cette pause, enfin ce split, on ne sait jamais véritablement sur quoi on va tomber à l’arrivée. Tout le monde s’entend bien dans l’équipe qu’on a sur la route, et ça, ce n’est jamais écrit : quand on part dans un camion avec 15 gars pendant quasiment un an, on ne sait jamais où on met les pieds. Franchement on a beaucoup travaillé, mais on a beaucoup de chance.

 

– Cela a-t-il été une appréhension pour toi qu’il existe des tensions entre certains, lorsque tu as rejoint Matmatah ?

 – Pas vraiment, parce qu’on avait créé un album avant. Donc on avait partagé des moments et des questionnements assez vastes. Ce sont quand même des grands garçons qui ont pris le temps de mettre des choses à plat, des histoires du passé entre eux-mêmes ; donc ça avait été fait avant et d’une façon assez saine, parfois houleuse, parfois beaucoup plus tendre. Et à partir du moment où la musique avance, en général, les choses se décantent. Ce qui devait être réglé l’a été avant. Et quand en plus tu as l’énergie du live et que ça fonctionne bien vis-à-vis du public et entre nous humainement et musicalement, ça roule.

 

– Eric nous expliquait à Luxey que sur les premières dates de la tournée, les places s’étaient vite toutes vendues, alors que le nouvel album n’était pas encore annoncé. Avez-vous eu au fil de la tournée l’impression que le public venait voir le groupe reformé et en profitait pour découvrir l’album sur scène ou bien qu’il venait vous voir après avoir connu et apprécié l’album ?

– Je pense que c’est un mélange de tout. Clairement il semble que les gens attendaient le groupe tout court. Il y a plein de niveaux de lecture : il y a les morceaux mythiques, « Lambe », « L’apologie », « Emma », etc… dont on sait que les gens les écoutent ; il y a l’histoire du groupe par rapport à la scène et au contact avec les gens, ne serait-ce que le fait d’être proches des gens par les mots et la musique, et cette aura de groupe de scène, donc forcément des gens venaient en ayant envie de revoir le groupe qu’ils avaient connu, d’autres pour voir le groupe qu’ils étaient trop jeunes pour avoir vu avant, sachant qu’on n’est pas non plus des grabataires, loin de là ; et puis au fur et à mesure des gens sont venus qui étaient peut-être moins à l’affut de la reformation, mais qui ont entendu parler de la tournée et de l’actualité des nouvelles chansons. Je pense que la teneur de l’album -et ce n’était absolument pas calculé- et le fait qu’il soit très rock dans la musique, mais aussi dans les thématiques abordées s’est rapidement glué relativement facilement, de façon à faire des listes où rapidement quelques nouveaux morceaux se sont imposés sans soucis. Après, et ça, ça arrive avec tous les nouveaux albums, clairement s’il n’y avait pas eu « Lambé », « L’apologie » et autres succès, on ne serait pas là. Donc il ne faut pas se leurrer : les salles se sont remplies avant. Mais la pérennité de la chose, le fait que la tournée continue à se remplir est signe qu’on délivre des bons concerts ; et un bon concert, ce n’est pas que des tubes. Il est important de traiter à sa juste valeur tout ce qui est au milieu, qui d’ailleurs ne vient pas que du dernier album. Pour ce qui concerne le dernier, on sait qu’on a quelques titres qui sont vraiment des gros morceaux de scène, pas nécessairement d’ailleurs les plus rock : un titre comme « Toboggan » marche très bien, même en festival. Et puis à un moment il faut être courageux quand on a un nouvel album, parce que quand les salles se remplissent, si on se repose sur des setlists un peu à l’ancienne, ce n’est pas pérenne. Il faut aussi avoir le courage de jouer et imposer ses morceaux. Il faut jouer les morceaux, et, nous-mêmes, on apprend à les jouer de mieux en mieux, tout en restant réalistes. C’est-à-dire qu’il faut savoir faire plaisir aux gens, aller sur des choses efficaces pour nous aussi, mais pas servir la soupe. Il faut aussi défendre ce qu’on a à défendre. Comme en plus on est fiers de l’album, ça marche. D’où l’intérêt de sortir un single, faire un clip ; si on pense que ça n’a pas d’intérêt, c’est faux. Pour un groupe du format de Matmatah, s’il n’y avait pas eu de nouvel album, ça aurait fonctionné quand même, mais pas comme ça.

 

– Et les thématiques de l’album justement sont très ancrées dans l’actualité, pour ne prendre que l’exemple de « Peshmerga » et « Petite Frappe » qui traitent des dérives actuelles de l’extrémisme religieux. En quoi ce sujet vous touche-t-il particulièrement ?

– Ce qui est très délicat avec ce genre de sujets là, c’est qu’il y a ce qu’on appelle le « politiquement correct ». On ne peut pas dire que les gens n’ont pas été choqués par tout ce qui s’est passé, sur le territoire français, et par écho, forcément dans le monde. A un moment, nous, on est quatre mecs qui se mettent autour d’une table. On fait de la musque, et puis une fois qu’on a fait de la musique pendant huit heures, on se fait à manger, on boit des coups, et forcément ce sont des choses dont on parle comme tout le monde. On n’a pas la science infuse ; on n’en sait pas plus que les autres. Forcément on réfléchit et on se pose des questions comme tout le monde, sans accuser. C’est trop facile d’aller donner des leçons, et ce serait vraiment putassier. Ces deux chansons là partent d’un prisme. On n’est pas politologues, pas  ethnologues ; ce n’est pas notre job. Malgré tout il faut que ça reste de la chanson et de la poésie. Le thème abordé par « Petite Frappe », à savoir la destruction des vieilles pierres, est quelque chose de prégnant, parce que c’est quelque chose dont on peut se passer, on va dire. Et puis cette lecture sur les combattants Peshmerga nous parait un regard sur ce que ça peut faire à l’humanité. Sachant qu’on aurait parfaitement pu faire la même chose en parlant de Hiroshima avant la bombe des Américains, de Diên Biên Phu avant l’intervention de la France. Ce n’est pas pour accuser l’un ou l’autre, mais pour dire que ça nous touche et on essaye de passer par un peu de poésie pour en parler.

 

– Est-ce que l’album a été conçu dans une optique d’aborder des thématiques d’actualité, ou est-ce que ce visage s’est dessiné au fil de la sélection des chansons ?

– Non. Si tu regardes bien, dans la discographie de Matmatah, il y a toujours eu le souci de thématiques comme ça. Après il faut se plonger dans les albums et voir si on connait ces morceaux là ou pas. C’est ce qui est intéressant. Parce que quand on plonge dans le répertoire d’un groupe ou d’un artiste quel qu’il soit, parfois il y a un morceau « fer de lance », et on ignore que derrière il y a des tas d’autres choses ; parfois pas. Mais là, c’est le cas. Il n’y a absolument pas eu de postulat de départ. C’est juste que quand on s’est retrouvés tous les quatre dans une pièce, il y avait un côté « gamin de 15 ans » : on avait envie de jouer vite et fort avec notre savoir faire. Et forcément il faut des mots qui vont avec. Donc naturellement au bout d’un moment on s’est demandé ce qu’on avait envie de dire. On discute, et parfois Stan [Tristant Nihouarn, chanteur] revient le lendemain avec des phrases que notre discussion de la veille lui a inspirées et en proposant un thème. Mais il faut que ça nous plaise à tous. Etant donné qu’on écrit tous ensemble, c’est très important d’être d’accord sur la thématique et d’accord sur le fait d’aller défendre ça sur disque et sur scène.

 

– Avez-vous déjà eu des querelles ou des désaccords sur une chanson ?

– Une chanson, non. Des mots, oui. Parfois il y a eu des textes un peu sensibles autour desquels on s’est pris la tête sur un mot, pour trouver le terme le plus juste et qui nous parle à tous les quatre. Il faut dire ce qu’on a à dire, mais sans être donneur de leçon. C’est un équilibre. Croire que l’écriture se fait comme ça par l’opération du saint esprit, c’est faux.

 

– Tu parlais tout à l’heure du plaisir de se retrouver comme des gamins de 15 ans. Sur scène ce soir, à plusieurs reprises, on a eu le sentiment de voir des enfants qui s’amusaient. Est-ce primordial pour vous de conserver cette âme ?

– Carrément ! Mais ce métier là n’est pas une blague. Nous, on s’amuse, et les gens viennent pour passer un bon moment ; ça ne pose aucun problème. Mais il n’y a aucun souci à switcher sur autre chose à un moment. Pour moi, c’est plus une histoire d’énergie. Il y a une boule d’énergie, aussi sur des chansons sensibles comme « Toboggan », avec un texte énigmatique où chacun met un peu ce qu’il veut. Personnellement je sais de quoi ça parle, et ça demande donc une sensibilité particulière, d’autant qu’à la place où il est dans le set, en général, c’est le moment où les gens gueulent qu’ils veulent « L’Apologie » ou « Les Moutons ». Donc quand je le démarre j’ai intérêt à rentrer vraiment en moi pour ne pas être déconcentré, et pouvoir donner cette sensibilité. Mais ce  que je leur donne, ils me le rendent et ça fonctionne. Après il peut y avoir une énergie plus énervée avec des titres comme « Marée Haute », « Lésine Pas », qui est pourtant une chanson d’amour, ou plus en colère. Alors effectivement il y a le côté gosses qui jouent, et ça peut être avec le sourire, mais ça ne pose pas véritablement de souci de changer d’humeur, à partir du moment où l’énergie reste là.

 

– Ce soir, jusqu’au rappel où vous avez joué « Toboggan, il n’y a quasiment eu que des morceaux plutôt rock. Était-ce un choix spécifique ?

-Ça dépend des moments, ça dépend des salles, des jours de la semaine. Après pour que ça parte en pogo, Il y a aussi des morceaux qui sont faits pour comme « Lésine Pas », « Retour à la Normale ». Mais évidemment il n’y a pas que ça. C’est un tout et globalement je pense que les gens s’y retrouvent, parce qu’il y a quand même un panel. Mais le panel était déjà là avant ; ça ne date pas de mon arrivée, ni de ce dernier album. Il y a toujours eu des choses d’influence hertzienne, des ballades ésotériques, des choses plus punk, enfin une variété de propositions. Parfois ça peut être déroutant ; mais en même temps, personnellement je m’emmerde quand j’entends un groupe qui fait exactement la même chose de bout en bout, même si ça peut être super. En  festival on peut très bien apprécier un groupe qui fait du Ragga de bout en bout ou du Punk de bout en bout : tu viens, tu prends ta tarte, et je comprends. Mais là a priori personne ne s’est plaint d’avoir cette variété ; on se gratte la tête pour construire des setlists cohérentes, pas nécessairement pour que tout le monde s’y retrouve d’ailleurs, mais au moins pour qu’il y ait un flot qui monte et descende.

 

– «Retour à la Normale »est-elle une chanson comme on l’imagine sur la reformation du groupe ?

– Oui, c’est la thématique.

– Ce soir Tristan a fait un petit discours avant la chanson « Overcom » à propos des gens qui viennent dans les concerts et passent plus de temps à filmer avec leur téléphone qu’à profiter véritablement du moment présent. Est-ce une pratique qui vous énerve ?

– A un moment il y en avait beaucoup, au début du concert. D’habitude il n’y en a pas nécessairement beaucoup dans nos concerts, mais ce soir à un moment, sur « Emma » il y en a eu et je me suis demandé comment il allait s’en sortir. C’est-à-dire qu’au premier tube, les gens sortent leur téléphone ; puis après en général une fois qu’ils sont pris par le concert, ils le sortent moins. Mais après tout, qui sommes-nous pour le reprocher aux gens ? On ne leur reproche rien. C’était plutôt pour faire la blague avec les gens, parce que Tristan aime bien charrier les gens, les chercher un petit peu. Mais la vraie problématique de la chanson « Overcom » n’est pas là. Moi-même je suis un gick total de téléphonie, et c’est une drogue dure quand même. Ca a totalement changé notre société, les rapports qu’on a avec les gens. Parfois tu appelles quelqu’un et tu as presque l’impression de le violer, alors que tu veux juste lui parler : « Mais pourquoi tu ne me sms pas ? ». Alors il y a des tas de codes : on sms ces personnes là, on mail ces autres là, on facebook encore d’autres, on appelle d’autres, et y en a d’autres à qui on donne rendez-vous… C’est sans fin. Comme les chaines d’information en continue. Il suffit d’aller voir des personnes âgées quand elles sont assises chez elles devant la télé : il y a la même dramaturgie qu’il pouvait y avoir dans le sacro-saint journal de 20h, sauf que c’est toute la journée. Donc en fait ça entretient une sorte d’angoisse. Encore une fois je ne juge pas, mais malgré tout ça pose question.

 

– Féloche a assuré votre première partie ce soir, et ce n’était pas la première fois que vous jouiez ensemble. Avez-vous donc plaisir à le réinviter ?

– Il ne faut pas côtoyer ce mec là! Vu qu’on a fait plein de dates, on a eu la chance d’avoir plein d’artistes avec nous, et effectivement il a joué sur 4 ou 5 dates avec nous. On l’aime !

 

Intervention de Julien Carton (attention, propos second degré) :

– Tout ce qu’il a dit est complètement faux. Il faut effacer !

 

– Julien, depuis quand accompagnes-tu le groupe ?

– Je n’ai pas joué sur l’album : ils se sont retrouvés à 4 pour la reformation et le disque. Eric [Eric Digaire, bassiste] a une formation au clavier ; à l’origine il ne jouait pas de ma basse. Depuis le début du Matmatah il y a donc toujours eu des parties de clavier en enregistrement, qui n’ont jamais été joués sur scène. C’était la raison de ma venue de pouvoir transposer ces choses sur scène. Je les connais depuis 5-6 ans, parce que j’avais joué sur l’album solo de Tristan, d’ailleurs avec Manu et Scholl [Benoit Fournier, batteur-percussionniste]. Je suis donc venu sur la tournée pour jouer avec eux, car ce nouvel album, ils l’ont écrit en pensant à moi qui serais avec eux sur scène. Enfin ils ont peut-être dit ça pour me flatter… Si je me souviens bien, sur la dernière date de la tournée solo de Tristan, le 23 novembre 2012, Eric était présent dans la salle en tant qu’invité, et est monté sur scène pour prendre la place du bassiste : donc en fait, on avait déjà joué ensemble tous les 5 un morceau sur scène avant : « Derrière ton Dos », que l’ont joue toujours. Ce qui fait que lorsqu’on l’a répété, on s’est regardés bêtement en se disant qu’on l’avait déjà joué ensemble ! Ce ne sont pas des têtes qui me sont inconnues, et je savais où je mettais les pieds. J’avais l’idée que ça allait se passer bien, au moins humainement. Après, je sais qu’ils détestent ce que je fais artistiquement…

 

– Peux-tu nous parler de tes autres projets justement ?

– Je n’ai pas encore de projet solo, même si je commence à créer des trucs. Mais je joue sur scène avec un chanteur de Nancy, Incredible Polo ; ce que je considère un peu comme mon projet à moi aussi, car j’ai réalisé ses deux premiers EP et son album. C’est assez soul, chanté en Anglais. J’ai assez hâte de retrouver la scène avec lui aussi, évidemment sur des formats beaucoup plus petits. Et puis je joue également depuis 2 ans avec un quartet de Jazz, ce qui n’a rien à voir : le quartet du pianiste Franck Woeste, qui joue par ailleurs avec Ibrahim Maalouf. Donc l’année a été un peu chargée pour moi, puisqu’aux moments où Matmatah prenait des pauses, moi, de mon côté, je partais en tournée avec d’autres. En même temps j’avais à cœur de pouvoir aussi garder une activité en dehors. Quand je suis sur scène avec Matmatah, bien sur je défends le projet avec eux, mais ce ne sont pas mes morceaux ; ce n’est pas moi qui ai écrit l’album.

 

– Tu te charges également des chœurs avec Eric, non ?

– Ça fait également partie des raisons pour lesquelles je suis là. Manu en fait un tout petit peu. Sammy, l’ancien guitariste faisait beaucoup de chœurs, et certaines voix lead aussi, comme sur « L’Apologie », que Stan [Tristan] a reprises. Sammy était un guitariste et chanteur : il a avait un rôle très important vocalement. Et Manu qui a repris sa place à la guitare n’a pas du tout le même rôle vocalement. Donc ça faisait partie de mes jobs. En fait j’ai fait assez peu de chœurs avant, et pourtant je me suis au moins autant éclaté à faire ça que jouer du clavier, parce qu’il y a vraiment du travail. Même au bout de 80 dates, je continue d’être surpris de ce que ça fait de chanter. Quand on a commencé la tournée, eux n’avaient pas chanté depuis un moment, moi, je n’étais pas encore aguerri, question voix, donc c’était un peu dur et on avait peur d’assurer cette longue tournée. Mais en fait, plus on chante, plus ça marche tout seul. Enfin je fais mon malin, mais demain on a une grosse date, et si ça se trouve, je n’aurais plus de voix et j’aurais l’air con. Mais a priori je ne suis pas très inquiet, parce que depuis qu’on a repris les salles le 15 novembre, même si j’ai galéré un peu la première semaine, parce qu’on n’avait pas chanté pendant un mois et demi, plus on chante, plus ça se passe bien.

 

– Tu vas dire que tu ne possèdes pas de boule de cristal, mais penses-tu à l’avenir continuer un bout de route avec Matmatah ?

– Sans être présomptueux je crois qu’ils en ont envie, et j’en ai envie aussi. Je n’avais jamais fait quelque chose d’aussi intense musicalement.          

 

Nous remercions les membres de l’équipe de tournée de Matmatah pour leur convivialité et spécialement Julien Banes pour…heu…ben pour tout.

 

 

Miren Funke

photos de Matmatah : Loïc Cousin (toutes sauf photo 16 prise par Carolyn C.)

photos de Féloche : Miren Funke

Liens : site Matmatah : http://www.matmatah.com/

https://www.facebook.com/Matmatah.official

site Féloche : http://www.feloche.fr/

 

Georges et Johnny….

21 Déc

Photo DR

Dans nos radio-crochets plus ou moins frelatés, quelques candidats ont déploré qu’on leur impose des chansons totalement étrangères à leur univers musical

– quand ils en ont un –

ce qu’Olivia Ruiz avait critiqué quand on lui avait demandé de chanter du Lara Fabian.

Un interprète apporte sa part de création, personne n’en doute quand il est question de Juliette Gréco, d’Yves Montand, ou de Cora Vaucaire et de Reggiani, parmi les anciens… Ou de Barbarie Crespin, Christian Camerlynck, et quelques autres aujourd’hui.

On peut donc relire ou découvrir avec intérêt ce que disait Brassens à ce sujet, et à l’occasion voir ce qu’il pensait d’un de ses jeunes collègues de bureau… 

 

Norbert Gabriel

(Merci à Philippe Borie, organisateur des  » Brassensiades de Pirey « , d’avoir publié sur son blog cet article de presse, et à Jean-Marc Dermesropian de l’avoir relayé.) 

 

 

Une brise à la Comédie-Française…

20 Déc


C’est avec beaucoup d’appréhension que j’ai assisté à la première mise en scène de Robert Carsen pour le théâtre. Le metteur en scène quitte momentanément l’opéra pour s’emparer de La Tempête, une des dernières comédies écrites par Shakespeare en 1610.

Par une stratégie politique, le roi de Naples Alonso s’allie avec Antonio, frère du duc de Milan pour éliminer ce dernier en l’envoyant avec sa fille Miranda sur une île perdue au beau milieu de l’océan. Le plateau de la salle Richelieu s’est alors transformé en un îlot coupé du monde aux allures de chambres d’hôpital d’un blanc immaculé. A la Comédie-Française, on s’attendait à une mise en scène classique sans artifices sonores et filmiques mais comme rien n’est immuable, le théâtre a décidé de s’attarder dans la mise en scène de pièces classiques à la façon contemporaine: «Pourquoi pas, si c’est de bonne qualité ?» me direz-vous.  

Les nombreuses interruptions du jeu des acteurs par la vidéo cassent le lien que tissent avec nous les comédiens, ce qui provoque de profonds moments de flottement. Mais d’un autre côté, la mer projetée sur la toile de fond crée un point de fuite pour notre regard, ce qui nous dépayse. De très bonnes idées sont proposées par Carsen: quand Ariel, interprété magnifiquement par Christophe Montenez, surgit au milieu du plateau par des trappes, une avalanche de déchets tombés de nulle part, le jeu poétiques des ombres qui en disent plus que les individus… Les déplacements des comédiens sont très bien orchestrés par rapport au décor: petit à petit, nous comprenons que le public est à la place de la mer quand Ariel se promène sur les sièges du premier rang, comme s’il marchait sur des galets émergés de l’eau.

Si vous vouliez voir des acteurs qui vous transcendent, passez votre chemin spectateurs! En général, quand on s’ennuie dès les premières minutes d’une pièce, c’est que cela ne s’annonce pas glorieux. En effet, la pièce a du mal à démarrer, le personnage de Prospero (Michel Vuillermoz) ne nous captive pas et sa fille Miranda (Georgia Scalliet) est à côté du jeu tout comme le fils du rois de Naples (Loïc Corbery)… Heureusement qu’il y a la mise en scène pour retenir l’attention du public, sinon la durée de la pièce aurait paru plus longue qu’elle ne l’était (2H40 avec entracte). Je ne regrette pas d’être venu, détrompez-vous, car j’ai vu jouer un très grand comédien sur scène: Hervé Pierre dans le rôle du bouffon crasseux Trinculo. Une voix rieuse et aiguë, un vrai petit comique barbouillé de saleté ressemblant au personnage de Ben Gun interprété par le magistral Charles «Chic» Sale dans L’Île au Trésor de Berry Cooper. Dès qu’il faisait son entrée sur scène, l’attention du public se remobilisait, une bouffée d’air frais dans un spectacle tombé à l’eau.

 

Mathias Youb

%d blogueurs aiment cette page :