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Entretien avec Julie Lagarrigue et Cécile Delacherie pour la sortie du livre-disque « Chansons à 2 accords », une aventure musicale et humaine exceptionnelle

21 Déc

 

 

C’est à peine il y a quelques mois qu’est sorti le livre-disque « Chansons à 2 accords », aboutissement d’un travail méticuleux et colossal, non pas pour signer la fin d’une aventure extraordinaire, mais pour en graver le souvenir sur un support matériel, support ayant vocation à faire connaitre et partager le sens d’une expérience musicale et humaine, et permettre à d’autres de s’en approprier les chansons, l’objet comportant en plus de l’enregistrement de trente morceaux interprétés par des chorales diverses, les partitions et les paroles de ceux-ci écrites lors d’ateliers en milieux hospitaliers, ainsi que des textes émouvants rédigés par des participants au projet.

Vingt-trois chorales, quatorze chefs de chœur et quinze musiciens, parmi lesquels Agnès Doherty [Lire ici], Anthony Martin et Emmanuel Commenges [Lire ici], et surtout quatre cent vingt chanteurs, enfants et seniors, personnes en situation de handicap ou luttant contre une maladie physique ou psychiatrique, détenus et travailleurs sociaux, patients et soignants, amateurs et professionnels se sont fédérés autour de Julie Lagarrigue [Lire ici] et Cécile Delacherie [Lire ici], pour chacun porter sa pierre à l’édifice collectif, enfanté du travail mené depuis de longues années par les deux artistes lors d’atelier de création de chansons en milieux hospitaliers, et dont l’investissement a par ailleurs permis l’ouverture cette année de la Maison des Arts et Art-thérapeutes d’Aquitaine [MAATA] au sein du plus grand Ehpad de France, à Terre Nègre au centre ville de Bordeaux, née de cette même dynamique, tout comme l’association que ces mêmes artistes ont fondée avec d’autres, Le Dire Autrement, qui produit le livre-disque. Sous des aspects de travail de fourmis, c’est bien pourtant une œuvre à l’ampleur tentaculaire qui témoigne et exprime comme est profonde la foi en la dimension thérapeutique de l’art qui anime ces artistes, qu’on retrouve à l’élaboration et la réalisation de ce projet hors norme, et à propos duquel il faut saluer aussi le travail accompli pour l’enregistrement par des personnes fragilisées pour qui il a quand même constitué une pression éprouvante. L’objet final est là, disponible dans plusieurs librairies locales et directement auprès de l’association, ici : https://www.helloasso.com/associations/le-dire-autrement/paiements/livre-disque-augmente-30-petites-choses-chansons-a-2-accords

Julie Lagarrigue et Cécile Delacherie acceptaient il y a peu de nous accorder un entretien pour parler de cette œuvre collective, retraçant une aventure enrichissante émotionnellement et humainement sans nul doute, et peut-être aussi transcendante, voire thaumaturge, pour de nombreuses personnes, mais offrant également aux autres des chansons accessibles à partager et interpréter. Une œuvre amenée à vivre désormais sur scène et être portée devant le public, dès que la reprise de la vie évènementielle le permettra en France.

 

– Bonjour et merci de nous accorder un peu de temps. Remontons à l’origine de cette aventure : pouvez-vous nous en raconter l’histoire qui a abouti à la réalisation du disque ?

– Cécile : En 2014 Julie m’a demandé de venir avec elle à un atelier d’écriture de chanson à Perrens [hôpital psychiatrique de Bordeaux]. Il y avait beaucoup de monde ; et venait qui voulait, patients et soignants, à qui on avait juste demandé de ne pas mettre de blouse, afin de ne pas distinguer les uns des autres. Anthony Martin nous accompagnait à la guitare. Et on a continué d’année en année, en proposant aux différentes unités d’aller y faire chanter les gens. Le principe en est simple : on écrit les paroles avec les gens, dans un cadre temporel fixé à une heure, et au bout de l’heure, on chante la chanson en l’état avec la musique que Julie a posée dessus, et on l’enregistre.

– Julie : Les unités dans lesquelles nous intervenons sont des unités fermées ou ouvertes, réservées aux mères avec enfant, ou aux adolescents. On voit vraiment tous les publics différents qui se trouvent là. Et pendant une heure, on se met à l’écriture d’une chanson avec les gens. Le fait qu’on s’impose la contrainte de réaliser la chanson en une heure permet d’avoir un résultat intéressant. Car pour écrire rapidement une chanson à plusieurs, il faut réussir à trouver un consensus dans lequel tout le monde se retrouve. On lance donc l’atelier d’écriture et dès qu’on dispose de deux ou trois phrases, assez vite je me mets de côté avec la guitare pour trouver un air facile à retenir qu’on peut directement poser dessus. C’est pour ça que c’est « chanson à deux accords ». Certaines ont été réadaptées bien sur, mais à la base, elles sont toutes composées avec des accords ouverts à la guitare. On a un classeur où sont compilées ces chansons, et lorsqu’on arrive dans une unité, on les distribue pour chanter ensemble ces chansons.

 

– L’idée de l’enregistrement d’un disque vous travaillait-elle dès l’origine des projets d’ateliers ou a-t-elle émergé et mûri au fil du temps ?

– Cécile : On s’est très vite retrouvés avec une quarantaine de chansons, dont certaines vraiment très belles. Et on trouvait dommage l’idée qu’elles ne laissent pas de trace. Il fallait en faire quelque chose. Dans le même temps Frédéric Serrano, qui s’occupe entre autre de la chorale de la maison d’arrêt de Gradignan  a voulu chanter une de nos chansons. C’est à partir de là qu’a muri l’idée de réaliser un objet avec les enregistrements, les textes et les partitions, afin que les chansons puissent être chantées par d’autres. Tout le monde a trouvé l’idée de ce livre augmenté superbe. Le travail de collecte des textes et de réécriture de partition a été un boulot très laborieux, et on a contacté des chorales amateures, semi-pro, et professionnelles pour interpréter les chansons. Le concert de restitution a été un superbe moment de partage avec les participants des différentes chorales. Et puis le confinement est arrivé là-dessus et nous a mis un gros coup de booster pour travailler, peaufiner, et finaliser l’objet. Nous avons reçu le bouquin fin aout, mais pas pu faire vivre les chansons sur scène malheureusement pour le moment. Mais ce livre-disque existe et nous en sommes très contents. Il est évident qu’il existe pour que les gens puissent en chanter les chansons ; donc dès que le confinement sera fini, on reprendra notre bâton de pèlerin pour porter les chansons vers le public.

 

– Il ne s’agit pas uniquement d’un simple enregistrement d’un concentré du travail accompli. Le livre-disque constitue un objet élaboré, avec une esthétique photographique soignée, les textes et les partitions des chansons, un « lexicabulaire » humoristique, des textes. Réaliser un objet original ayant pour vocation de faire connaitre et partager l’expérience humaine, artistique et sociale que vous avez vécue, mais aussi de servir de support de travail à ceux désireux d’en interpréter les chansons était-il un impératif pour vous?

– Julie : Je voulais que le disque soit un bel objet, et non pas une compilation de restitutions qu’on écoute une fois, parce qu’on l’a achetée, puis qu’on range. Mon idée était que ce soit un objet qui puisse servir de méthode musicale, dont des professeurs, des animateurs, puissent se servir pour faire chanter. Je voulais faire quelque chose qui ressemble au Diapason un peu. Comme ce sont des chansons faciles à retenir et aussi à jouer, l’idée d’un manuel accessible à tous s’est imposée avec celle d’un bel objet. Ces chansons ont été écrites confinées, et l’idée est de les faire vivre en dehors de l’hôpital. Il y a de très belles photographies, un beau travail de graphiste.   

-Cécile : On n’a pas écrit des chansons pour enfants. Mais il est vrai que comme elles sont simples, même si certaines ont des arrangements quand même un peu plus sophistiqués que d’autres, des enfants comme des adultes peuvent se les approprier. Anthony a en plus arrangé des compositions de manière très variée. C’est très accessible, même quand on n’a pas un haut niveau de guitare.

 

– Pourquoi avoir fait appel à des chorales extérieures à l’aventure originelle pour enregistrer les titres? Était-ce irréalisable avec les gens ayant participé aux ateliers?

– Julie : A Perrens il n’y a pas de chorale, et donc on trouvait dommage que ces chansons, ne se chantent pas, car elles sont très belles. Il est très compliqué malheureusement de monter une chorale dans l’hôpital, dans la mesure où les gens y rentrent et en sortent parfois très rapidement. On ne sait jamais d’une session à l’autre qui on va revoir ou pas. C’est une espèce d’essence prise sur le vif de ces paroles, et aussi de ces publics là, les publics particuliers du milieu psychiatrique, mais qui sont aussi des gens comme toi et moi. Il y a un sacré tabou dans ce pays, où on véhicule le cliché que les gens en milieu psychiatrique sont des fous. Alors qu’en fait en psychiatrie, on croise des gens en dépression, en burn out, qui ont perdu un proche, enfin des gens comme toi et moi, et qui souvent ne restent pas longtemps, ce qui fait que souvent on les voit lors d’un atelier, et la semaine suivante, ils ne sont plus là. Donc au résultat, ça fait des archives de chansons, écrite par des tonnes de gens différents. On a décidé de porter ce projet avec l’association Le Dire Autrement. C’est vite devenu un projet énorme, et comme les finances manquaient, on a proposé à chaque chef de chœur qu’on connait dans la région, et qu’on sait être un peu sensible au côté social, de chanter une chanson avec sa propre chorale, et d’enregistrer avec nous ensuite. Anthony Martin a arrangé les chansons, certaines pour orchestre, d’autres en musiques actuelles, d’autres complètement a capella. On s’est retrouvé avec une quinzaine de chefs de chœurs, et des chorales de tous styles : j’avais des ateliers en maison de retraite, des instituteurs avec les enfants de leur école primaire, des professeurs avec leurs collégiens, des chorales de prison, de malades en post-cure psychiatrique, des chorales d’amateurs comme Yakafaucon [Lire ici], des chorales professionnelles, toutes à des niveaux complètement différents. Anthony a fait beaucoup de guitares lui-même ; mais il y a aussi d’autres musiciens qui ont participé, comme Agnès Doherty ou Emmanuel Commenges.

 

– Comment avez-vous décidé la sélection des chansons pour l’enregistrement?

-Julie : On  a sélectionné trente chansons. On a fait une représentation à mi-parcours pour le festival Hors Jeu/En Jeu d’Ambarès (33), et des écoles de Dordogne sont venues, ce qui fait que le projet a débordé des frontières de la Gironde. D’autres restitutions étaient prévues pour que les chorales se rencontrent, mais avec le confinement tout a été mis en suspens. Anthony a aussi passé des heures à s’occuper des enregistrements, des prises, des mix. On lui avait donné pour consigne que ce soit beau, et c’est un travail compliqué avec des chorales d’amateurs et des gens fragilisés. Alors on n’a pas pu tout garder. C’est un peu un entre-deux entre une participation d’amateurs et un travail professionnel quand même. Il y a aussi là des textes d’auteur, Hubert Chaperon par exemple, Fred Serrano qui travaille avec les gens incarcérés à la prison de Gradignan, qui possède la seule chorale mixte de France. Le fait que l’association Le Dire Autrement soit producteur de l’œuvre nous a permis d’avoir les mains assez libres quand même. Sept cent exemplaires ont été édités pour le moment et ça part assez vite.

 

– Tu parles de l’association le Dire Autrement, que vous avez fondée et animez. Son histoire est intimement liée à un engagement qui vous tient à cœur et s’est concrétisé cette année avec l’inauguration de la MAATA. Pouvez-vous en parler ?

– Julie : La MAATA a ouvert ses portes juste avant le confinement. Même si les choses tournent un peu au ralenti, en vertu des circonstances actuelles, on y propose régulièrement à tous des ateliers et des stages avec des artistes et des art-thérapeutes, des séances d’art-thérapie individuelles ou en groupe, des ateliers d’art adapté, de différentes disciplines, où des personnes en difficulté peuvent côtoyer n’importe qui a envie de s’y inscrire. L’idée était d’avoir  un endroit où les publics se rejoignent. Durant le confinement, comme beaucoup d’art-thérapeutes restaient sans activité, on a lancé l’initiative d’écrire chacun un courrier et d’entretenir par écrit un lien positif avec les gens dans les Ehpads. Nous avons reçu énormément de réponses et l’initiative a été reprise un peu partout en France.

 

– Quel sentiment gardez-vous de cette représentation scénique externe qui a eu lieu à Ambarès?

– Julie : On a quand même des participants qui sont bien touchés. Quand on a chanté à Ambarès, les gens avaient la chair de poule. On avait deux leads avec la chorale derrière, qui tremblaient de chanter devant les gens. Mais c’était magnifique. On entend chaque voix, avec sa vie derrière. Il y a quelque chose de très touchant chez les amateurs, parce que justement ils ne sont pas professionnels et sont donc hyper émus en chantant. Ne pas être dans la maitrise libère autre chose. Chaque personne a choisi sa chanson. Par exemple Emmanuel Commenges a choisi en fonction de la chorale d’enfants qu’il faisait travailler. Lors de la restitution à Ambarès, comme chacun avait chanté deux chansons, la soirée a été vécue comme quelque chose d’extraordinaire. Pour certains ça faisait très longtemps qu’ils n’avaient pas vécu une soirée pareille, avec une sortie tard, un catering. Une des personnes de la chorale des seniors que j’ai croisée deux semaines après avait gardé son bracelet de la soirée en souvenir. J’ai aussi croisé des gens d’une autre chorale dans le tramway qui sont venus me dire combien cette soirée-là a été un moment génial pour eux, car ils se sont tous retrouvés et mélangés pour chanter. Avec Cécile on a dû pas mal improviser, car on savait que tel groupe chantait telle chanson, et il fallait organiser un spectacle qui ne dure pas trop longtemps, avec des changements de plateau sur quasiment toutes les chansons. Mais il n’y avait quasiment pas eu de répétition pour les gens. Agnès Doherty a joué de la contrebasse sur tous les morceaux ; Emmanuel Commenges du saxophone ou de la clarinette. Et on s’est donc retrouvés à six ou sept musiciens à faire un orchestre pour des gens avec qui on n’avait jamais joué.  

 

– Avez-vous reçu de la part des personnes malades participants aux chorales des retours quant aux bienfaits émotionnels et psychologiques, peut-être à une certaine transcendance, que cette expérience leur a permis d’avoir, dans une optique de guérison?  

– Cécile : Pas directement. Mais ce qui est sûr, c’est que lors du concert à Ambarès, les participants sont restés jusqu’au bout et ont gardé les bracelets durant des jours. Pour eux ça a été vécu comme un moment très privilégié, de rencontres avec d’autres et en tant que chanteurs, et non plus en tant qu’handicapés ou malades. Certaines chansons ont une patte particulière, car elles ont été écrites dans ce cadre spécifique. Les chansons écrites avec des gens non atteints par des pathologies ou handicaps n’ont pas la même couleur. Elles sont plus réfléchies, pensées, construites. Au début les patients avaient peut-être du mal à prendre la parole, et puis comme nous déconnions beaucoup et qu’on ne censurait rien et acceptait tout, au bout d’un moment, des choses se sont libérées. Et puis certains patients qui avaient, de leur vie professionnelle d’avant, des compétences, des qualités, un savoir-faire, ont vu revenir ces choses, par exemple un rapport à l’écriture, des mots savants, des expressions magnifiques.

– Julie : Les prises d’enregistrement dépendaient de chaque chœur. Il fallait s’adapter à l’épreuve des prises de son ; lorsqu’on a enregistré la chorale avec  des patientes de l’hôpital Bergonié soignées pour des cancers du sein, j’ai dû stopper à un moment, car évidemment le professionnel n’était pas satisfait, car on n’a pas vraiment ce qu’il faut, mais les gens n’en pouvaient plus de fatigue. Alors on n’a pas vraiment eu de retour sur les bienfaits que leur a apporté la participation au disque. On n’a pas assez de recul pour cela, et je pense que certains n’ont pas encore réalisé. Ceux qui ont reçu l’album le trouvent très beau. Mais l’essentiel des retours a eu lieu chorale par chorale. C’est difficile de s’emparer de l’ensemble d’un projet quand on a chanté qu’une chanson sur trente. Il reste que ça a créé du lien entre les chorales et entre les gens forcément. Certains ont gagné dans leur estime, car ils disent être très fiers d’avoir réussi à participer à un tel projet, alors qu’ils en étaient angoissés parfois et ont mené un combat douloureux et épuisant.

 

– Cécile, tu mentionnes l’exemple de certains patients qui ont vu ressurgir des compétences de leur vie d’avant hospitalisation. Est-ce que cette aventure a pu être aussi pour d’autres l’occasion d’envisager une vie d’après, au sens où elle a pu éveiller une passion, ouvrir une perspective, faire prendre conscience d’un talent ou d’une sensibilité artistique avec lesquels se projeter dans l’avenir et qui les a valorisés?

– Cécile : Exactement. J’ai vu arriver un jour dans un atelier une institutrice avec qui j’avais travaillé deux ou trois ans auparavant. Elle avait fait un burn out. Et ça peut arriver à n’importe qui, à n’importe quel moment. Pour les adolescents l’expérience a été chouette aussi, car souvent ils s’ennuient dans l’unité ; les soignants n’ont pas forcément le temps de les occuper avec des choses passionnantes. Ils avaient une grande force de proposition pour l’écriture. On peut parler aussi des gens originaires de pays et de cultures étrangères, qui ont pu mettre des mots étrangers dans les chansons, et nous raconter un peu de leur culture. Dans l’unité mère-enfant, une soignante a souhaité écrire une petite comptine qui servirait au début d’atelier, et ils la rechantaient à chaque début d’atelier, un peu comme un rituel. Dans certaines unités où on a travaillé, c’était un des objectifs de permettre à leurs patients de trouver une ouverture pour des projets futurs. C’était des unités qui préparent les gens à la sortie et la reprise d’une vie normale active. On a eu des ateliers avec des musiciens, et pour le coup certains patients envisageaient d’apprendre ou reprendre un instrument de musique. Il y a eu aussi un atelier de danses africaines qui travaille depuis longtemps à Perrens ; on a donc pu échanger avec ses animateurs là-dessus ; un atelier de photographie aussi. Pour anecdote, un autre atelier avait proposé pour une boum aux patients de se choisir chacun une chanson qui passerait lors de l’évènement, et nous avons été scotchés par une dame qui d’ordinaire ne bougeait pas et nous a fait une chorégraphie de dingue, très précise, qu’elle avait du apprendre par cœur, sur une chanson de Mylène Farmer, qu’elle avait choisie : la chanson l’a subitement ramenée dans un temps d’avant, une vie d’avant où elle dansait. Et une fois la chanson finie, terminé : elle s’est rassise et il n’y avait plus personne. Faire chanter et danser les gens, c’est plus que du plaisir : ça relève du soin. Mais il faut que les soignants réinvestissent cela, déjà qu’ils aient le temps de venir, car souvent ils y sont favorables, mais manquent de temps et de disponibilité. Maintenant ce qui va faire vivre le disque, c’est qu’on puisse faire des restitutions et inviter les gens à se rendre compte de ce que ça peut être de faire chanter ensemble un même répertoire des gens qui ne se connaissent pas.        

 

– Un mot sur le « lexicabulaire » explicatif qui clôture le livre-disque de manière originale, humoristique et aussi en permettant de transmettre un peu de ce que vous avez vécu et la manière dont vous l’avez perçu?

– Cécile : Comme on a un regard sur la psychiatrie, on a toujours discuté de ce qu’on faisait ensemble, car parfois c’est assez dur et riche émotionnellement à vivre. Donc on débriefe un peu ensuite et on se dit beaucoup de choses sur la relation entre la chanson et le soin. On voulait aussi raconter à travers ce livre-disque ce que nous avions vécu humainement, ce que ça nous a fait. Et on a proposé à des gens intervenus en milieu hospitalier ou en marge d’écrire des choses. Donc il y a des textes aussi de comédiens qui racontent leur expérience. Et comme on voulait aussi que des sigles et des réalités de l’hôpital psychiatrique soient expliqués, on a fait ce « lexicabulaire » avec plein de petits articles dans lesquels on raconte et on explique des choses, parfois en disant des conneries. C’était une partie de création plus rigolote.

– Julie : On a mis un « lexicabulaire » rempli de conneries à la fin, pour la touche d’humour, auquel les gens ont participé. Ajoutons que beaucoup de partenaires ont aidé ce projet à voir le jour, et nous les en remercions. Monter des dossiers de subvention a été très difficile, dans la mesure où chaque organisme dédié ne peut subventionner que des projets entièrement consacrés à son propos. Et comme notre projet s’adresse à tous les publics, ça compliquait les choses ; mais l’IDAAC, ainsi que d’autres nous ont bien soutenus. Malheureusement maintenant les appels à projets impliquent de rentrer dans les clous, ce qui n’est pas du tout le cas de celui-ci. Ce ne serait que moi, je donnerais le livre-disque à tout le monde. Mais ce n’est pas mon disque ; beaucoup de gens y ont œuvré et ça a nécessité du travail et de l’investissement.

 

 

Miren Funke

crédits photos: M.Legrand Rolbac Funke
Pôle culture CH Charles Perrens/ DRAC/ IDDAC/ Fondation John Bost/ CNV/Bordeaux Métropole/Nouvelle Aquitaine

Liens :

Pour commander le livre –> Association Le Dire Autrement : https://ledireautrement.fr/

https://www.facebook.com/Association-Le-Dire-Autrement-MAATA-779811905707706/

Julie Lagarrigue : https://leveloquipleure.fr/

Cécile Delacherie : https://www.facebook.com/cecile.delacherie

 

 

Les Sans Voies…

27 Nov

L’histoire commence l’été dernier, au P’tit bonheur, à Riom. Mon fils, Dominique, fidèle à ce lieu riche en belles découvertes, revient captivé par un groupe qu’il vient de voir en concert : Maman, tu devrais les écouter, c’est vachement bien ! – C’est quoi ?Les Sans Voies.  Sachant bien que l’on a pas tout à fait les mêmes gouts musicaux avec mon fils, je le questionne encore : Oui, mais c’est comment ?Du rock poétique. C’est d’abord poétique qui a fait tilt ! Nous les avons écoutés ensemble, et oui, c’est vachement bien.

Et le bon côté d’internet, en ces temps de confinement, c’est qu’on peut communiquer. Et ce sont eux qui se présentent, merci à Baptiste d’avoir répondu à mes questions, pour sa disponibilité :

Les Sans voies, c’est Baptiste Souque : Chant : Guitare, Théo Souque : Chant : Saxophone / Piano, Benoît Pinatel : Basse, Grégoire Dery : Guitares / Chant, Baptiste Poignonec : Batterie.

 -Qui êtes- vous ?
– Baptiste : Nés en 2017, un soir de printemps, Sans Voies a évolué sans se presser. Le groupe souhaite créer des ponts entre la chanson française aux textes qui touchent, et le rock qui leur fait tourner les têtes, et les cœurs ! C’est autour de cette alchimie que le groupe s’est formé, pour mélanger, pour rassembler. À cinq, emmené par un saxophone, Sans Voies mélange le rock, la pop, le slam, le jazz… Pour en faire découler un cocktail qu’il veut plein de cœur, et surtout plein d’envie. C’est cette envie, fondées sur des désillusions du monde qui les entoure, de rencontrer un public, de l’emmener ailleurs, au creux d’un texte ou tout au fond d’une mélodie qui fait l’essence de Sans Voies.
Un pied en Haute Loire, l’autre en région lyonnaise, le groupe veut voyager et ne se fixe aucune frontière, aucune limite pour partager ses chansons.

– Comment est né votre groupe ?-
– Baptiste : Sans Voies est né de la rencontre musicale de deux frères, Théo et Baptiste, avec Grégoire, un ami de longue date ! Ensemble ils commencent à mettre en musique des textes à eux. L’envie dès le départ est là, de dire des choses, de les mettre en musique pour les faire rencontrer aux gens, à travers des concerts. C’est leurs textes, leurs musiques, inspirés d’influences aussi diverses qu’enrichissantes, que les jeunes musiciens veulent faire passer au public. Puis le pop et le rock leur titillent les oreilles, et Benoit, cousin de Théo et Baptiste rejoignent le groupe comme point d’ancrage d’une section rythmique, avant que Poigno ( Baptiste) ne sorte ses baguettes pour venir sceller ce qu’est maintenant Sans Voies !

– et pourqoi les Sans Voies?
– Baptiste : Ce nom de groupe a emergé je ne me souviens plus vraiment . C’était à un moment de nous vie où on cherchait un peu où aller, et nous avions l’impression qu’il n’y avait nulle part ou aller, nulle part pour nous, on s’est donc retrouvé sans direction, sans voies. Et puis le groupe de musique est né .

– et maintenant ?
– Baptiste : Après plus de 50 concerts en trois ans, Sans voies cherche désormais à partager ses nouvelles chansons. Basés en Haute Loire et en région lyonnaise, le groupe a tourné dans la Loire, le Rhône, mais également dans la Drôme, l’Ardèche, le Puy de Dôme, le Vaucluse, la Nièvre, la Savoie…Et souhaite bien, une fois le monde à nouveau en ordre, pouvoir explorer de nouveaux lieux, et rencontrer, encore et encore, de nouvelles personnes.

– Un premier EP va sortir en novembre 2020 Rien qu’un peu, une naissance ?
– Baptiste : Rien qu’un peu, c’est une naissance, c’est un début. Après deux années à enregistrer des morceaux de manière totalement artisanale, Sans Voies décide de passer, à l’année 2020, par la case studio. Un travail long et formateur avec Lori Pearlson ( ingénieur du son du groupe) accouche de 4 morceaux. Les morceaux de l’album parlent d’espoir et de désillusion ( Rien qu’un peu), d’enfance envolée et de nostalgie ( Le courage d’exister), de la peur d’être submergé par un monde trop grand, trop hostile pour nous ( Les crues).
Sans Voies en concert c’est deux heures de musique, pour seulement deux reprises. Une telle figure sur cet album, comme une évidence en ces temps où on ne les entend plus,  »  Les Anarchistes » rugissent à nouveau sur ce disque. Comme un merci à Léo Ferré pour ce qu’il nous a laissé.

Ce que les médias ont dit de vous :

Le Musicodrome :
Dans sa bonne humeur criante, sa complicité souriante, son énergie débordante, d’une poésie émouvante aux paroles criantes de vérité, Sans Voies réussit son premier concert au Nid de Poule : Le groupe est à l’écoute du public, et n’hésite pas à jouer avec lui, à donner autant qu’il reçoit.

Radio escapades :
Ce groupe est génial. Ils ont des morceaux à te faire tomber en larmes mais ils arrivent à se marrer entre chaque chanson et c’est un pur régal de les voir et de les entendre.

Rock à Gogo :
Quand la poésie s’accoquine au rock, c’est toujours pour notre bien et ça donne Sans Voies. Les cinq garçons d’origines et d’horizons divers ont trouvé leur route pour partager leurs états d’âme. Guitares, chants, basse/batterie et sax:harmonica nous emmènent sur les chemins doux amers de la chanson française, entre Léo Ferré et Noir Désir.

 Que dire de plus ? J’ai été  profondément touchée par les textes des chansons, avec une folle envie de partager l’ambiance  de ce groupe devant une scène vivante. Un EP très prometteur, qui  nous met des fourmis dans les jambes, et des débordements d’émotions au coeur. En attendant de les voir , écoutez les… Rien qu’un peu : 

Tant qu’il restera, le corps de nos amours
tant qu’il restera, l’histoire de leur contours,
tant qu’il restera, ton coeur dans le velours
tant qu’il restera, nos âmes tout autour.

Tant qu’il restera, des yeux pour voir au loin
tant qu’il restera, des prières sans devin,
nous regarderons, demain à petit feu
nous réinventerons, de l’amour rien qu’un peu

Rien qu’un peu plus de rage
se donner du courage  (bis)

Tant qu’il restera, des vieux pour croire s’aimer
tant qu’il restera, de l’aube dans les vallées
tant qu’il restera, tiédeur où s’enivrer
et tant qu’il restera, la folie pour flâner
tant qu’il restera, du beau dans l’innocence
tant qu’il restera, souvenir de nos enfances

Nous regarderons demain à petit feu
nous réinventerons, de l’amour rien qu’un peu
Rien qu’un peu plus de rage
se donner du courage…

Sur youtube : Youtube/sansvoies

La page facebook : Facebook.com/sansvoies.

Contact : Tournées et management : Baptiste Souque   sansvoies@gmail.com   Tél : 06 31 23 91 87

Danièle Sala

L’aigle noir, histoire d’une chanson très discutée…

11 Nov

Il y a des chansons dont on perçoit dès le début qu’il y a une histoire particulière dans leur genèse, on dit parfois que les chansons sont les autobiographies de ceux qui les écoutent. * Selon l’âge et la période, des hypothèses diverses surgissent, et deviennent des sortes de légendes urbaines. Pour ma part, j’ai été intrigué par cet étrange chanson-rêve, sans avoir une piste quelconque.

Ce que disait Barbara :

Alors qu’elle finalise un nouvel album en 1970, Barbara se rend compte qu’il lui manque un titre. Elle raconte avoir retrouvé dans le tiroir d’une commode un texte écrit quelques années plus tôt, à la suite d’un rêve dans lequel elle aurait vu un aigle descendre sur elle. Elle se met au piano et compose une musique sur ce texte en s’inspirant d’une sonate de Beethoven.. (Le texte de Barbara reprend quelques mots de la prophétie de l’aigle d’Ézéchiel, Bible Segond (Ezéchiel 17.1-24)

De son vivant, Barbara se dérobait à chaque fois, prétextant que cela ne concernait qu’elle : « Ce ne sont pas les paroles qui sont importantes… », disait-elle.

Et elle a dit de cette chanson qu’elle l’avait rêvée, « un rêve plus beau que la chanson elle-même .. »

Et puis, à la suite de la publication de ses mémoires en 1998, une interprétation bien plus sombre de L’Aigle noir fut supposée … interprétation dont on va voir qu’elle ne tient pas compte de ce qu’a dit Barbara de sa chanson.

Démonstration par Thierry Desseux***,

L’aigle noir n’a rien à voir avec son père. C’est une invention de psychologues de comptoir qui perdure… non seulement ils n’ont pas lu les paroles mais ils n’ont pas un centimètre d’argument pour appuyer cette théorie ! Barbara elle-même n’a jamais donné la moindre explication sur le fond et encore moins accréditée cette pure idiotie. « L’Aigle noir » (sorti en 1970) évoque plus sûrement sa folle histoire d’amour avec le peintre Luc Simon (de 1962 à 1964). Les paroles sont bien trop consentantes, lumineuses et exaltées pour raconter cet enfer qu’elle a vécu enfant. C’est d’amour dont il s’agit.

NB: « Je raconte parfois aux amis – mais seulement aux amis – cette histoire confidentielle de « L’Aigle noir », Quand Barbara quitta Luc, elle écrivit « un beau jour ou était-ce une nuit… » Et l’Aigle noir demeure le secret de leur amour et leur amour de secret. (Luc Poindron)

Et sur le plan musical, Thierry Desseux précise :

cette chanson est montée comme Marienbad (lyrique, une envolée, presque dansante) et non comme Mon enfance ou Nantes (sombre, grave et intérieure)… CQFD

En réponse à une question sur les mémoires inachevées :

elle révèle en effet l’inceste dont elle fut l’objet par son père (dans son autobiographie inachevée). Mais sans référence aucune avec la chanson. Barbara a rarement expliqué ses titres. Le récit de « Nantes » en revanche crève les yeux. Mais cette version autour de l’Aigle noir est une aberration : « emmène-moi… retournons au pays d’autrefois… pour cueillir des étoiles… allumer le soleil… et faire des merveilles. » Quelle victime de viol écrirait cela ?

Suite à une question sur le rêve d’une enfance avant l’inceste,

… elle a souvent parlé d’un rêve oui, c’est exact. Mais rien de plus. Et c’est une chanson d’amour. D’ailleurs elle ne la chantait pas avec douleur (comme ses autres titres dramatiques)… mais avec grandiloquence et éclat !  (Thierry Desseux)

Dernier élément de compréhension :

Franchement ! Jamais Barbara n’aurait dédicacé sa chanson à Laurence sa nièce, si cela avait été l’histoire de l’inceste de Barbara. ( Nèsnès )

Suivons aussi Pierre Dac dans son conseil, Ecouter les autres c’est encore la meilleure façon d’entendre ce qu’ils disent. Voici donc le texte intégral, à vous de lire,

Un beau jour ou peut-être une nuit
Près d’un lac je m’étais endormie
Quand soudain, semblant crever le ciel
Et venant de nulle part,
Surgit un aigle noir.

Lentement, les ailes déployées,
Lentement, je le vis tournoyer
Près de moi, dans un bruissement d’ailes,
Comme tombé du ciel
L’oiseau vint se poser.

Il avait les yeux couleur rubis
Et des plumes couleur de la nuit
À son front, brillant de mille feux,
L’oiseau roi couronné
Portait un diamant bleu.

De son bec, il a touché ma joue
Dans ma main, il a glissé son cou
C’est alors que je l’ai reconnu
Surgissant du passé
Il m’était revenu.

Dis l’oiseau, ô dis, emmène-moi
Retournons au pays d’autrefois
Comme avant, dans mes rêves d’enfant,
Pour cueillir en tremblant
Des étoiles, des étoiles.

Comme avant, dans mes rêves d’enfant,
Comme avant, sur un nuage blanc,
Comme avant, allumer le soleil,
Être faiseur de pluie
Et faire des merveilles.

L’aigle noir dans un bruissement d’ailes
Prit son vol pour regagner le ciel

(Quatre plumes, couleur de la nuit,
Une larme, ou peut-être un rubis
J’avais froid, il ne me restait rien
L’oiseau m’avait laissée
Seule avec mon chagrin)**

Un beau jour, ou était-ce une nuit
Près d’un lac je m’étais endormie
Quand soudain, semblant crever le ciel,
Et venant de nulle part
Surgit un aigle noir.

Et voici la chanson dans laquelle 6 vers ont été supprimés

* « Que toute chanson soit autobiographique c’est certain. Simplement, il s’agit de l’autobiographie de celui qui l’écoute ».
La chanson est non pas l’enfance de l’art mais bien plutôt son adolescence.   Philippe Forest

**On apprit bien plus tard qu’elle s’était même autocensurée et n’avait jamais chanté intégralement toutes les paroles de l’Aigle noir, tel que couché sur le papier. « J’avais froid, il ne me restait rien, l’oiseau m’avait laissée seule avec mon chagrin. »

***Thierry Desseux : Romancier, parolier, interprète. Chroniqueur radio. Auteur d’Affaires Criminelles. Ancien journaliste

L’intégrale des chansons
Clic sur l’image –>

  Norbert Gabriel

Avec l’aide précieuse de Thierry Desseux

Et Catherine Laugier pour le tableau ci-dessous.

Le peintre Luc Simon a réalisé beaucoup de tableaux avec des oiseaux, et il avait dans son atelier un aigle noir empaillé, de plus, ce tableau est assez éloquent sur « un aigle noir venant de nulle part …

QUELQUE CHOSE DE VOUS…

5 Nov

QUELQUE CHOSE DE VOUS… Les podcasts de Virginie

PODCAST : moyen technologique qui permet de diffuser sur internet des fichiers audio ou vidéo. Au Canada francophone, c’est le terme baladodiffusion qui a été retenu. Les médias utilisent très souvent le terme podcast pour désigner cette technologie.

Saviez-vous que la grand mère de Nicoletta avait hébergé Django et sa famille en Savoie pendant la guerre ? Et que Marie Reinhardt a été tuée par un milicien en 44, avec un oncle de Nicoletta ? C’est ce qu’on peut apprendre dans la première partie de l’entretien avec Nicoletta, parcours biographique et artistique que Virginie Servaes propose dans cette série de podcasts tout-à-fait dans l’esprit des radioscopies de naguère.
En ces temps où la pensée se réduit souvent à un tweet de moins de 200 signes, il est agréable d’être invité dans un entretien où l’artiste peut se raconter en toute liberté, pas de formatage, pas de contrainte, c’est la parole sans filtre qui nous est offerte. C’est aussi une autobiographie, un journal intime ou presque, et c’est passionnant.

Parce qu’au delà de la vie d’artiste de Nicoletta, il y a un panorama élargi des coulisses de la production, des relations entre artistes, et des conflits générés par l’ambition de la création et les critères du marketing des cadres issus des écoles de commerce. Et des bonheurs de vivre en musique envers et contre tout.

On découvrira aussi que sans travail, le talent n’est qu’une sale manie* ,  au cas où on penserait que chanter sur une scène est aussi simple qu’en pousser une à la fin d’un repas de famille, et éviter la question imbécile :  et à part ça qu’est-ce que vous faites ?

Ce qu’on peut écouter c’est là
clic sur la TSF –>

 Tantôt connus ou étrangers à vos mémoires, ils ont tous en commun la passion de l’art au sens multiple et noble du terme . Virginie Servaes

Ecouter les autres, c’est encore la meilleure façon d’entendre ce quils disent.  Pierre Dac.

Ici le site
clic sur l’image –>

Norbert Gabriel

NB La citation exacte de Brassens est : « Mais sans technique, un don n’est rien qu’une sale manie « .. Merci au vigilant Pierre Delorme.

Yves Vessière Stop !

5 Nov

En ces temps difficiles où l’on manque cruellement de spectacle vivant, on se console en écoutant  les albums, et celui-ci m’a été offert gracieusement.

Merci à Yves Vessière , merci à Michel Lagarde d’avoir été le passeur de ce qui est pour moi,  oui, j’ai honte, une fabuleuse découverte, un voisin de Montluçon ! Et je n’en avais jamais entendu parler ! 

Et c’est avec son huitième album, STOP !, que je découvre cet artiste, qui, après une vie d’ouvrier, peut désormais se consacrer à l’essentiel pour lui, et pour notre plus grand plaisir, à sa passion d’ auteur, compositeur, interprète, le tout en parfait accord, une voix claire et chaleureuse, des mélodies qui balancent, blues, tango, bossa nova, jazz, musiques nomades où flânent des airs d’accordéon, il est parfaitement bien entouré de musiciens de talent pour cet album.

Mélodies qui, au gré des chansons, accompagnent les mots d’un poète humaniste, des mots de bon pain, du quotidien, des mots du coeur qui réveillent nos propres interrogations, blessures d’enfance : S’il te plaît, regarde moi, Papa… Colère contre ceux qui détruisent l’humanité en détruisant la nature. Comment  ne pas dire avec l’abeille, la coccinelle, le papillon tous les animaux, et la terre / Stop à la pollution, aux continent de plastiques et aux polychlorobiphényles. 

Comment ne pas être bouleversés par cette évocation d’un orchestre à Auschwitz, qui a tué à jamais le goût du violon d’un musicien : L’enfer aussi a son orchestre / Et il était premier violon.

Par l’histoire de Solitude, métisse guadeloupéenne qui s’est battue contre l’esclavage: Et elle a rejoint les rebelles, les nègres marrons / Elle a combattu les troupes de Napoléon / Plus jamais subir, se battre pour l’abolition.

Ou encore par l’histoire de ce vieux pianiste de jazz aux doigts paralysés, qui joue encore Dans ses rêves.

Un regard sans concession sur le monde, et sur les humains, on a beau avoir tout appris, fait le tour du monde, bien souvent, on ne se connait pas soi-même : T’as visité bien des pays / Vécu parmi les indigènes / Mais comme ce vieux Socrate, j’te dis / Tu connais tout, sauf toi-même.

 Yves Vessière a compris l’importance de rester soi-même :

Tout p’tit, je voulais être Zorro / Et puis aussi Robin des bois / Je m’imaginais en héros / Mais maintenant, j’veux bien rester moi. / Oscar Wilde dit :  » Restez vous-mêmes / Tous les autres sont déjà pris » / On va pas en faire un poème / Restez vous-mêmes, je vous le dis ! 

 Et Yves Vessière reste lui-même, jongleur de mots et de notes, avec lucidité, mais aussi  avec humour, avec tendresse, avec cet amour de la vie qui amène toujours un rayon d’espoir. C’est à  Victor Hugo qu’il fait appel pour dire : Aime et ne désespère pas. Ou encore à Francis Carco pour dire son amour : Il pleut -c’est merveilleux. Je t’aime / Nous resterons à la maison: / Rien ne nous plaît plus que nous-mêmes / Par ce temps d’arrière-saison.

D’ailleurs, il ne peut Pas Vivre sans : Elle, c’est ma tourterelle, moi, son fou de Bassan / Fou d’elle de bas en haut, en elle rien de lassant / J’peux pas vivre, pas vivre, pas vivre sans.

Observateur de la nature, il préfère l’harmonie à l’ordre des sapins, Les sapins, ça se tient droit, c’est discipliné / C’est comme les militaires. … Et puis j’aime l’espace, la lumière, la pluie / Le soleil de la vie, les formes, les couleurs / Enfin la poésie.

Et Les chemins de Saint-Jacques, pour la marche et l’amitié : Les chemins de Saint-Jacques ne montent pas au ciel / Les chemins de Saint-Jacques ne mènent pas à Dieu / Même si parfois en rêve, il te pousse des ailes / Si, malgré toi, peut-être, ça t’en rapproche un peu.

Il reste encore tant de choses à vivre ou à rêver :  Je voudrais voir aux Galapagos / Les tortues et les fous à pieds bleus / Je voudrais voir, c’est un rêve de gosse, / Tombouctou et quelques autres lieux / Et un jour…

Un jour… Je voudrais rencontrer Yves Vessière,  le voir sur scène,  l’applaudir, car chacune des chansons de cet album est Une chanson qui vous touche, qui fait mouche. 

 

Le site, clic sur la casquette –>

 

 

Danièle Sala

 

Douze oiseaux dans la forêt de pylônes électriques. Nicolas Jules…

31 Oct

Nicolas Jules sort un nouvel album.
C’est prévu pour le 1 er décembre et ce sera disponible sur son site  (voir en bas)

Ouais, bon, et alors.
Je veux dire : à quoi ça sert, un nouvel album de Nicolas Jules ?
A rien, voilà, comme les librairies et les troquets.
De toute façon, le gars n’a rien compris à l’époque.
C’est le genre qui porte son regard en dehors des top ten répertoriés (dont le 6 e pourrait vous surprendre). Qui trouve beaux des trucs dont tout le monde se fout, et qui feraient zéro like sur Insta.

Bref, il ne sait pas se vendre.

Limite, il préfère les gens aux choses : appuie sur un téton pour allumer la lumière ;
s’émeut du mouvement des mots dans la gorge quand on se parle. Se parler… sans déconner ! Quand, en plein confinement, il « cherch[e] la chaleur », on lui  dit : « remplissez des papiers » . Normal. Alors, têtu, il invite chez lui des choristes à son goût – Louis Jourdan, Danielle Darrieux, Boris Karloff – qui l’ont eu bon de mourir avant de voir tout ça : les « gens en ruines » et les villes « qui partent en sucette ».

Le nouvel album de Nicolas Jules, c’est Douze oiseaux dans la forêt de pylônes électriques. D’ailleurs c’est le titre. Un nid de bestiaux qui pépient ou qui gueulent, prêts à s’envoler, comme ça, par envie, et nous on lève les yeux parce que c’est beau et pendant un moment, c’est tout ce qui compte. C’est beau et courageux, dans un monde sous haute-tension.

Le nouvel album de Nicolas Jules n’est pas un produit de première nécessité.

Il paraît.

Justine Keiss

Le  site de l’artiste,
clic sur le micro  –>

L’art est essentiel #la culture est essentielle # les artistes sont essentiels

29 Oct

En préambule à cette réflexion de Camille Solal, on peut mettre en exergue :


« Aujourd’hui j’ai envie de partager ma pensée et de prendre position. Sur quel sujet me direz-vous ?

C’est une réflexion de fond en réaction à des annonces gouvernementales qui, depuis le mois de mars maintenant, ont mis systématiquement les artistes dans la case “non essentielle.”

En effet pendant les confinements, les commerces “essentiels” restent ouverts. Et tout ce qui n’est pas “essentiel” ferme.

C’est-à-dire, selon ces mesures, les théâtres, les cinémas, les salles de concert, toutes les manifestations culturelles.

Qu’est-ce que cela signifie profondément ? Et bien cela signifie profondément pour ceux qui prennent ces mesures que les artistes ne sont donc pas essentiels à la vie.

Donc que la vie peut être vécue sans art et sans culture. Et même pire, que la vie menée par les artistes et les personnels de la culture n’ont aucun sens, dans le sens justement que ce n’est pas “essentiel”.

J’ai évidemment un réel problème avec cette vision ; peut-être que c’est une maladresse de communication ?

Peut-être qu’on aurait pu dire “nous savons que la culture et l’art sont absolument essentiels et fondamentaux à la vie telle que nous la chérissons, mais puisqu’il faut bien faire des choix et des arbitrages nous allons limiter à la vie du corps physique c’est-à-dire la nourriture et le papier toilette. “

C’eût été une communication plus respectueuse et pour le coup qui aurait fait plus de sens.
Surtout qu’il n’y a pas si longtemps, presque 15 jours maintenant, un professeur de la république a été décapité et que l’argument principal qui a été brandi pour lui ou contre lui était le droit à l’art et à la culture. Donc il faut se mettre en cohérence et ne pas utiliser l’art et la culture seulement quand ça « arrange » n’est-ce pas ? Car enfin nous sommes tous des êtres éminemment spirituels, la vie seule du corps physique ne suffit pas, cela s’appelle la survie.

Or la survie est normalement conditionnée à quelques heures, quelques jours voire quelques semaines lorsqu’on est à l’hôpital et qu’on se bat contre la mort, lorsqu’on est pris dans une avalanche, lorsqu’on est tombé dans un ravin etc. Dès que le stimulus de danger de mort est passé alors la vie reprend son cours ; y compris chez des malades très graves atteints de cancers longue durée, ils cherchent à « profiter » de la vie et pas juste à « survivre ». Car survivre pour survivre n’a aucun sens.

Et l’essence même, l’essentiel de la vie c’est la recherche ou plus exactement la définition du sens. Je vous invite sur le sujet à lire ou à relire « La logothérapie » de Viktor Frankl . C’est un psychiatre autrichien qui a survécu aux camps de concentration et d’extermination et qui a pu analyser son vécu sous le prisme du détenu qu’il était mais aussi du psychiatre en exercice. Il a donc pu analyser ses réactions et celles de ses co-détenus ainsi que celles des gardes. Il a pu constater que les détenus qui survivaient étaient ceux qui parvenaient à trouver ou plus exactement a décider un sens à leur vie; ils n’étaient pas juste dans la survie physique car la mort pouvait frapper à chaque seconde, à chaque minute, à chaque heure sans aucun préavis, sans aucun sens et le corps était un champ de ruines. Il explique que les codétenus se retrouvaient comme ils le pouvaient pour raconter des histoires le soir, essayer de mettre de l’humour et se remonter le moral avec des chansons et préféraient même parfois rater la soupe plutôt que ces moments alors qu’ils étaient littéralement affamés . N’est-ce pas bouleversant de lire cela ? Que peut-on en déduire sur l’essentiel? Quelles sont les premières choses que nous souhaitons faire lorsque nous avons échappé à la mort, lorsque nous sortons de l’hôpital où que nous nous savons « condamnés » ? Probablement Voir des amis? , écouter de la musique?, danser? , aller au théâtre?, voir un film?, dessiner? etc. ?c’est-à-dire ce qui est fondamentalement essentiel à la vie en tant que telle et non à la survie.

En tant qu’artiste moi-même, en tant qu’art-thérapeute et en tant que coach je suis meurtrie dans ma chair par cette confusion des mots, par ces décrets que nous sommes « non essentiels » et je trouvais fondamental de m’exprimer aujourd’hui sur ce sujet.

Moi-même j’ai laissé passer tous ces mois en acceptant les différentes mesures et en acceptant cette communication tout en la vivant affreusement mal, en culpabilité, en me disant que oui je devais me mettre de côté, sacrifier ce qui faisait le sens de mon existence même pour l’effort commun.

Jusqu’à aujourd’hui où, en sondant profondément le sens des choses, en ayant pris le recul nécessaire, je trouve absolument vital, absolument essentiel de dire que les artistes, les personnes qui font le monde de la culture, de l’art, de la musique, tous les acteurs techniques qui rendent cela possible, qui mettent en scène, en lumière, qui créent des costumes, des décors, tout ce qui contribue à la vitalité, à la nourriture spirituelle est donc essentiel et vital à nos êtres et que ces personnes et ces métiers sont donc des acteurs majeurs de la qualité et du sens de la vie tout court.

Donc Véritablement, fondamentalement, éternellement essentiels.

Aujourd’hui encore la France est attaquée . Et certains veulent nous faire passer du côté obscur, et éteindre la lumière. Éteindre la joie. Éteindre la sublimation, éteindre le sublime. Annihiler la pensée au nom de la croyance. Donc aujourd’hui plus que jamais nous, artistes, personnes de l’art et de la culture, sommes essentiels.

Ce n’est pas une question d’argent, ce n’est pas une question de salaire tous les mois, il s’agit du sens même de la vie de millions de personnes.

Merci de respecter cela.

 Camille Solal

Clic sur l’image et allez voir –>

Histoire d’une chanson: Toute la musique que j’aime …

26 Oct

Dans ses débuts de rocker simili Presley, et pseudo Halliday ( devenu Hallyday suite une faute de maquettiste) il n’était pas vraiment évident que toute la musique qu’il aimait venait du blues. Un de ses premiers succès Itsy bitsy, petit bikini est assez éloigné de Mamie Smith et son Crazy blues, Muddy Waters, Robert Johnson ou Bessie Smith.. Ensuite c’est le succès du twist, dont on cherche toujours le feeling blues.

Mais un jour, Johnny veut témoigner de ses racines musicales, et c’est en 1973 qu’arrive Toute la musique que j’aime ..

Dans ce tube blues rock emblématique de son répertoire, Johnny chante que

Toute la musique que j’aime
Elle vient de là elle vient du blues
Les mots ne sont jamais les mêmes
Pour exprimer ce qu’est le blues

J’y mets mes joies, j’y mets mes peines,
Et tout ça, ça devient le blues
Je le chante autant que je l’aime
Et je le chanterai toujours

Il y a longtemps sur des guitares
Des mains noires lui donnaient le jour
Pour chanter les peines et les espoirs
Pour chanter Dieu et puis l’amour

La naissance et la réalisation de cette chanson montre que Johnny a souvent été rebelle, en imposant ses vues, et souvent démissionnaire face à « son entourage » professionnel ou privé. Quand il demande personnellement à Hubert-Félix Thiéfaine et Paul Personne un album complet de blues*, il ne répondra jamais à leur proposition et ne donnera pas d’explications à son refus (officiellement c’est le label qui mis le véto)  mais quelques temps plus tard il enregistre un album ersatz de blues**, signé par la plupart de ses compères habituels. Doit-on comprendre que le duo Thiéfaine-Personne n’était pas personna grata dans « l’entourage » ? Comme on le voit dans les deux paragraphes ci-dessous, Johnny peut être directif, et être court-circuité par son directeur artistique, lequel s’avérera désavoué par le public

– Rebelle : après un premier travail de studio avec les musiciens, Michel Mallory enregistre une voix témoin, afin que les instrumentistes aient la mélodie « dans » l’oreille. Le lendemain , Johnny écoute le résultat et déclare :  Ce n’est pas comme ça qu’il faut la chanter , puis demande si tout est près pour enregistrer sa voix . Chris Kimsey, l’ingénieur du son, acquiesce. Par deux fois, en cabine, Johnny écoute le play-back sans chanter, puis annonce : Maintenant vous m’enregistrez et même si je me trompe, laissez moi aller jusqu’au bout !  Deux prises, sur deux pistes différentes, sont réalisées.  Il y avait tant de magie, de puissance et d’émotion dans chacune d’elles, qu’il fut difficile de choisir … écrira Mallory.

À l’écoute, tous sont satisfaits, mais pas Johnny qui trouve  qu‘il manque quelque chose :  un dobro qui jouerait en slide … annonce-t-il après réflexion. Chris Kimsey fait venir l’instrumentiste Brian John « B. J. » Cole , équipé d’un dobro artisanal (fabriqué selon ses dires par son père) et le son qu’il en sort est proche de celui d’une guitare hawaïenne. Une seule prise est réalisée et alors que tous les instruments cessent, Cole, pour le plaisir, continue seul et termine la chanson. L’effet jugé excellent est conservé.

– Démissionnaire : Jean Renard, alors directeur artistique de Johnny Hallyday, apprécie peu la chanson, pas plus que l’intégralité de l’opus Insolitudes et propose pour « sauver l’album » d’y joindre la chanson Comme un corbeau blanc (titre de sa composition, enregistré trois ans plus tôt par Hallyday, initialement pour l’album Vie et resté inédit). Par la volonté de Jean Renard, Comme un corbeau blanc devient le onzième titre d’Insolitudes et la face A du premier single extrait du 33 tours. La musique que j’aime n’est qu’une face B. C’est pourtant elle qui très vite s’impose dans les diffusions radios et au public. Elle trouve immédiatement sa place dans le tour de chant de Johnny Hallyday et, à deux exceptions près (Le Pavillon de Paris en 1979 et le Palais des Sports en 1982), est depuis de tous les spectacles de l’artiste.

– Michel Mallory se souvient de ce début de musique improvisée en Corse et le joue en Mi majeur. Le chanteur écoute attentivement, puis prend la guitare : «Il manque le milieu, le pont, le refrain, écoute, il faut que cela fasse ça… 

En un instant, la musique définitive de ce qui va devenir La musique que j’aime prend forme.Il manque les paroles, écris moi quelque chose de fort, qui me ressemble , demande le chanteur. Le texte, Mallory l’écrit tard dans la nuit, après avoir pris congé de Johnny, dans sa voiture, sur son carnet de rendez-vous :

Toute la musique que j’aime, Elle vient de là, Elle vient du blues,
Les mots ne sont jamais les mêmes, pour exprimer ce qu’est le blues

Péripétie inattendue, Aujourd’hui, « La musique que j’aime n’a plus d’éditeur. Elle nous appartient. On l’a cosignée : Johnny Hallyday-Michel Mallory (J. Hallyday 1996)

Hit Parade : La musique que j’aime est la chanson que Johnny Hallyday a le plus grand nombre de fois interprétée en duo : 50 duos avec 35 interprètes différents.

Quelques versions au fil du temps…

La première


avec Paul Personne 1993


Olympia 2000


Limoges 2015 avec Greg Zlap


et avec les vieilles canailles en 2017,  aux guitares Yarol Poupaud Basile Leroux Thomas Dutronc Fred Chapelier..

 

Et pour finir, un petit film qui montre la démesure du personnage en spectacle, quoi qu’on en dise ..

 

  • * Quand ils ont envoyé l’album, ils n’ont eu aucune réponse de Johnny, quelqu’un de « l’entourage » a plus ou moins éludé sans répondre vraiment. H-F Thiéfaine et Paul Personne ont donc repris cet album pour eux et ont tourné plus d’un an avec cet Amicalement Blues.

** : Le cœur d’un homme (titré soufflé par sa femme Laetitia) n’est pas un album blues mais tendance blues.

Norbert Gabriel

 

Entretien avec Patrick Ochs (Rue de la Muette) pour la sortie du titre « Octobre Rose » au profit de la Ligue contre le Cancer de Dordogne

22 Oct

 

C’est à l’occasion de la campagne de communication et de sensibilisation au dépistage du cancer du sein, Octobre Rose, qu’Alexandra Fohl et Patrick Ochs ont choisi de créer et d’enregistrer la chanson « Octobre Rose », au profit de la Ligue contre le Cancer de Dordogne, à laquelle les artistes ont laissé les droits. Le titre utilisé par la Ligue pour promouvoir sa cause et récolter des fonds est à présent en vente sur les stands de l’association ou via un contact direct avec elle [ici] ou Patrick Ochs. Le chanteur de Rue de la Muette en a écrit le texte à partir de poèmes de Valérie Chaussade, qu’il avait photographié dans le cadre d’une exposition de ses œuvres photographiques, et qui d’ailleurs pose sa voix sur la chanson, militante ardente de la sensibilisation relative à la maladie. C’est donc d’un commun concours de ces trois artistes, et avec la participation de musiciens locaux (Gilles Puyfagès, accordéoniste de Rue de la Muette, entre autres) qu’a été réalisé le single, accompagné d’un clip, et produit avec l’appui de Radio France Bleue Périgord. Il y a quelques jours, nous joignions Patrick Ochs au téléphone pour nous entretenir au sujet de cette initiative artistique généreuse et utile, où s’exprime l’art d’aborder un sujet grave et d’y intéresser les auditeurs avec l’humanité et la délicatesse que la légèreté dansante, un brin de malice tendre et l’amour de la vie savent insuffler au monde.

– Patrick, bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Peux-tu donc parler de ce single « Octobre Rose » qui vient d’être enregistré et se distribue ?

Je partage la voix dans cette chanson avec une chanteuse de ma région, Alexandra Fohl, avec qui j’étais en train de répéter sur des textes à moi, puisqu’elle avait envie qu’on travaille ensemble. Je trouvais très intéressant la façon dont se superposaient nos voix. J’avais très peu travaillé avec des voix féminines auparavant, et c’est un projet que j’avais pour un prochain album. Elle avait été en contact avec Valérie Chaussade qui s’occupe ici d’Octobre Rose avec la Ligue contre le Cancer de Dordogne, pour écrire des chansons d’après les textes et poèmes qu’écrivait Valérie, qui était traitée pour un cancer et donc écrivait ses états d’âme sous forme de poèmes un peu au kilomètre. C’est quelqu’un de très militant et actif, et donc le contact s’est fait aussi tôt. Alexandra m’a présenté Valérie, que j’ai photographiée dans le cadre de l’exposition à laquelle je participais à l’époque. Je me suis précédemment consacré à mon exposition photographique, que je fais tourner avec mon fils, lui étant sculpteur. En région, l’expo a fait un carton ; le vernissage a bien marché. Les photos avec les tatouages qu’on voit dans le clip sont donc de moi. Et puis de fil en aiguille, Valérie m’a demandé de mettre ses textes en musique, ce qui me semblait totalement impossible, parce que mettre en musique des textes écrits au kilomètre n’est pas très facile. J’ai donc utilisé certaines idées fortes et phrases que j’ai remises en forme à ma façon, autour de cette thématique là. On a donc signé le texte ensemble, et j’ai composé la musique, que je voulais être un peu une musique évoquant les Caraïbes ou la Réunion.

– La chanson jouit en effet d’un contraste entre la légèreté et la gaité de la musique et la gravité du sujet abordé, ce qui adoucie la lourdeur. L’as-tu composée et arrangée avec les musiciens de Rue de la Muette?

J’ai composé la musique seul et l’ai arrangé avec un guitariste, qui ne fait pas partie de Rue de le Muette, mais avec qui je joue sous mon propre nom, Vincent Lamoure. Je voulais que la musique soit dansante. J’entendais des percussions légères, des choses qui fassent danser, joyeuses. Je ne souhaitais pas que ce soit lourd, pas dans le sens de la lourdeur du sentiment, mais de la gravité. Il fallait que ça donne envie de bouger les pieds, et qu’après on se rende compte que la chanson parle de goutte à goutte, de choses dures à supporter, qu’on soit une femme ou un homme, car tout le monde peut être touché par ça. Je trouvais le poème de Valérie, d’où je suis parti, poignant, intéressant ; mais j’aime bien qu’une chanson remue, et qu’ensuite on se demande de quoi ça parle, plutôt qu’avancer droit dans le vif en parlant de la mort et du cancer. Il y a une chanson formidable, « Marcia Baila » des Rita Mitzouko. Il est difficile de faire aussi bien ; après ça tu ne peux pas parler du cancer en te prenant la tête à deux mains. Pour anecdote, j’avais d’ailleurs à l’époque de ma chanson « La Muette à Drancy » pensé à Catherine Ringer, dont j’aurais bien voulu qu’elle la chante. Et avec tout ce qui nous accable dans l’actualité, on n’a pas besoin de s’en rajouter. Si on peut se retrouver dans une soirée pour danser, je trouve ça bien que cette chanson y ait sa place. Donc je voulais un peu de musique réunionnaise, qu’on ait envie de sourire ; on m’entend rire à un moment et amener de la légèreté. Et malgré tout Alexandra le porte quand même dans sa voix et le raconte que c’est une chanson qui parle quand même de la mort.

– Mais ne parle-t-elle pas aussi surtout de vie?

Dans la voix d’Alexandra, plus que dans la mienne, qui est une voix de mec qui a du mal à se réveiller le matin, on l’entend. Et le contraste entre ma voix qui est très noire et « dark » et la sienne qui est joyeuse est vraiment intéressant.  

– Comment peut-on se procurer le disque ?

La Ligue contre le Cancer 24 vend le CD pour huit euros avec une carte que j’ai réalisée aussi, et dont je leur ai laissé les droits. C’est vendu sous forme de Cd single. Les musiciens qui y ont participé sont Gilles Puyfagès (accordéon) de Rue de la Muette, Michel Trény (contrebasse) et Olivier Léani (percussions). C’est local : j’ai réalisé ça avec des gens autour de moi et l’aide de France Bleue Périgord. Tous les produits des ventes sont pour la Ligue. Comment ne pas être concerné et intéressé? Si j’avais su faire autre chose, bricoler, je l’aurais fait pour une cause. Mais je sais faire des chansons. Et pour une fois qu’on me demande des chansons pour une cause, c’est chouette. On peut me joindre ou joindre la Ligue pour se procurer le disque ; et sur ma région, il doit être distribué assez facilement. Il devait y avoir un concert pour soutenir cette jolie cause aussi, mais pour le moment et dans l’incertitude liée aux annulations de spectacle, je préfère ne pas trop m’avancer.

– L’album en préparation sera-t-il consacré aussi à cette cause ?

Je ne sais pas encore comment je vais le faire, certainement avec des musiciens de Rue de la Muette. Il ne sera sans doute pas entièrement consacré à ça. Mais ce serait bien que cette chanson y figure, car elle est sympa. Je pense que les thématiques vont beaucoup parler des femmes ; c’est la première fois que je le fais comme ça. J’ai toujours parlé de sujets assez vastes, de mes relations avec des femmes aussi. Mais je n’ai pas écrit pour des femmes, et ça fait longtemps que j’en ai envie. Il est fort possible qu’il y ait des collaborations avec Alexandra au niveau de l’écriture et la composition. On a déjà un beau répertoire. Je n’écris pas souvent, mais quand une thématique me motive, j’écris dix ou quinze titres à la fois.

 

 

Miren Funke

Photos : Patrick Ochs, Carolyn C

 

Liens : clip : https://www.youtube.com/watch?v=wGczKL27cEI&feature=share&fbclid=IwAR1Ey0LEsGnq-X8BlpmnIz_UFZZT4HD2sRpseySJf2PvkKHs_yngqElLERw

Ligue contre le Cancer Dordogne : https://www.ligue-cancer.net/cd24/journal

Site Patrick Ochs : https://www.patrickochs.com/

Facebook : https://www.facebook.com/pages/category/Musician-Band/RUE-DE-LA-MUETTE-Patrick-Ochs-77428857081/

Site Alexandra Fohl : https://www.alexfohl.fr/

Facebook : https://www.facebook.com/alexandra.fohl

 

Jérémie Bossone Le Décembre italien…

27 Sep

Photo ©NGabriel

Voyez-vous, le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont une plume chargée des encres les plus colorées, et ceux qui creusent le même sillon, en artisans appliqués, et il y a Bossone, il trace sa route dans l’art de la scène et de la chanson, et ne se confine jamais dans l’ornière des habitudes vaguement sclérosantes.

Jérémie Bossone est un voltigeur des sentiments exacerbés ou romantiques, épiques ou tragiques, il ne fait pas de concessions à une image préconçue, prédéfinie sur le critère « mon public »…

Son public, c’est celui qui cherche la surprise, le choc passionnel, le bouleversement des émotions , et puis le pirate a bien le droit d’être amoureux, l’amoureux d’être triste, et l’artiste d’en faire une symphonie sentimentale polychromatique. Qui se réalise avec « Le Décembre italien » .

Décembre à l’orée de l’automne, avec un voyage en Italie sous des soleils et des ciels encore bleus, et des lunes de fiel… Amour qui trébuche à Florence, sombre à Venise ou dans la fontaine de Trévi, ou qui meurt à Naples, selon la légende, en arc-en-ciel de chants désespérés qui sont les plus beaux et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots*. Nuit d’hiver quand l’amour lui-même hurle à l’envers*, dans le silence de Pompéï et ses ombres millénaires ses statues de cendres et le feu des amours mortes*

Et allez donc savoir pourquoi, dans ce panorama qui pourrait être déprimant, on remet volontiers l’album sur la platine, quand la musique est bonne, et elle est très bonne,  tournez manèges, ad libitum,

Ne pas se taire
Rêver toujours
Pleurer parfois
Chanter encore
A la folie
Aux rêves
A la vie
Dément Songe ?

Norbert Gabriel

C’est en vente libre, ici :

Chèque 15  €  à l’ordre de LA PERSEPHONE, à envoyer à l’adresse suivante : WOLF WALK UNIT
61 avenue Paul Vaillant Couturier
93120 LA COURNEUVE

  • * Citations: Musset,  Bossone.
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