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Entretien avec La Fiancée du Pirate, entre romantisme épique et sauvegarde d’une mémoire populaire

14 Août

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Jeudi 5 aout, au terme des trois semaines d’évènements « Un été au Grand Parc »,  organisés par la salle des fêtes du quartier Grand Parc à Bordeaux, qui se clôturait le lendemain avec un concert du groupe Les Innocents, La Fiancée du Pirate venait embarquer le public pour une traversée des océans et un voyage dans l’Histoire et les histoires. Fondée en 2007 par Nadia Joly, qui était alors chef de chœur de la formation Le Cri du Peuple [ici] -deux aventures musicales et philosophico-politiques aux histoires entrelacées-, La Fiancée du Pirate, nous raconte depuis près de quinze ans un rêve, celui de (re)découvrir, connaitre, vivre et partager l’univers des chansons de marins, dont elle propose une perspective fantasmée et poétique, avec des compositions originales, mais aussi rattachée à la réalité, souvent crue et effroyable, des vies de forçats des mers, avec des reprises d’anciens chants de marins et de poèmes d’auteurs mis en musique (« Chanson de Pirates » de Victor Hugo). Entre romantisme épique et transmission d’un patrimoine, d’une culture populaire, de l’âme d’un corps de métier, dont la mémoire se perd, La Fiancée du Pirate nous ouvre le hublot de l’évasion vers un monde où imaginaire et authenticité enflent tour à tour les voiles des navires, parfois en dérive, parfois conquérants, remplissent nos verres de rhum ou de larmes, nous foudroient d’éclairs et nous font tanguer dans le vent des tempêtes océaniques, nous miroitent un peu de notre propre vérité au tranchant d’une lame de sabre, et nous racontent les peines, les peurs, les combats, la misère, mais aussi la dignité de matelots, de pirates sans rois ni lois, de filles de bar du port, le sort d’esclaves du commerce triangulaire, les soifs de marins, ivres d’un rêve héroïque et brutal (Heredia) que sa musique sait rendre merveilleux et extraordinaires, et en même temps plus intimes à nos consciences et nos cœurs. Le groupe qui, à l’instar des héros de la chanson « Libertalia » extraite de son premier album « De Terre Neuve à Libertalia », part à l’ouvrage fabriquer du bonheur  sur de nombreuses scènes d’été en Aquitaine dans les semaines qui viennent (le 20 aout Au Passage dans le Lot et Garonne chez Sylvain Reverte [ici], et le 25 au Théâtre Le Levain à Bègles) s’apprête à sortir son second album. C’était l’occasion d’un entretien avec la femme, à la gouaille authentique, qui chante des chansons d’hommes, Nadia.    

 

– Nadia, bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Comment a démarré cette aventure musicale?

– La Fiancée du Pirate est née en 2007, sur les bords de la Garonne, vers les chantiers navals Tramasset. J’avais envie de monter un répertoire de chansons que je chante seule, en lead, des chansons qui racontent l’histoire, pas forcément des marins au départ, mais d’une corporation, d’un métier dont le vécu est exprimé dans les chansons et où les gens chantaient surtout pour s’aider au labeur. Je me suis dit que les chants de marins, ce serait la classe. J’ai commencé à travailler un répertoire à partir de magasines d’ouvrages, notamment le Chasse Marée qui collecte régulièrement de vieilles chansons de marins. Je m’en suis beaucoup inspirée ; j’ai repris des chansons qui existaient déjà, et des textes que j’ai mis en musiques. On a commencé à travailler avec un guitariste qui a arrangé la sauce, puis avec une violoniste, Marie-Claude Meurisse. Puis le groupe a évolué, avec plusieurs changements de musiciens. Un premier album est sorti en 2013 : « De Terre Neuve à Libertalia ». Les chansons de l’album racontent beaucoup le travail sur les bateaux, bien sur, mais aussi le travail en fonction des destinations et des pêches que font les marins, et en particulier ce répertoire là s’est consacré à embarquer sur les bateaux qui partaient pour Terre Neuve, pêcher la morue en énorme quantité. Les marins vivaient huit mois sur les bateaux, et vivaient un enfer. On les appelait d’ailleurs les « forçats de la mer ». Leur histoire, leur univers m’a passionnée, et j’ai été prise par cette ambiance.

 

– Ce métier ne t’a-t-il pas donné envie d’être, plus que chanté, exercé et vécu?

– Suite à cela, je suis partie en Bretagne passer un brevet de Capitaine 200, c’est-à-dire un diplôme de marin, pour voir un peu ce qui se faisait sur les bateaux, car je n’avais jamais mis un pied sur un bateau avant. Je suis donc devenue matelot pendant quatre ans : j’ai travaillé dans la pêche, l’ostréiculture, comme guide touristique aussi sur les bateaux. Et suite à cette expérience, j’ai écrit quelques chansons de ma composition. Et donc le second album est achevé et devrait sortir dans un petit mois.

 

– Comportera-t-il donc uniquement des compositions originales ?

– Il y a des compositions originales, mais aussi quelques reprises, car c’est une volonté de faire des reprises. Mon répertoire part d’un désir d’hommage aux marins, donc les reprises y ont leur place.

 

– Y a-t-il dans cette démarche une volonté d’entretenir et transmettre, un patrimoine chansonnier qui se perdait, un peu à la manière dont le Cri Du Peuple, dont tu as fait partie et qui reprend trois de tes chansons sur son album « La Voix contre son Maitre », extirpe de l’oubli de vieux chants de révolte et de lutte pour les faire revivre ?

– C’est ça, exactement. C’est un patrimoine qui se perd, parce qu’on n’est plus au temps de la navigation à voiles. Beaucoup de chansons étaient en lien avec les manœuvres des matelots lorsqu’ils hissaient les voiles par exemple. Maintenant que tout est motorisé, il y a beaucoup moins de manœuvres et de labeur ; la vie est simplifiée quand même. Et tant mieux pour les bonhommes. Mais du coup, on ne chante plus du tout sur les bateaux, et on ne fabrique plus de chansons. Du moins plus pour les mêmes objectifs : aujourd’hui on ne chante plus que pour le plaisir, et non pour s’aider à garder le cap et supporter les souffrances. Parce que ce n’était pas seulement chanter pour s’aider à la tâche, mais chanter plutôt que dépérir. Et ça, ça a été de tout temps. Chanter plutôt que d’être dans la nostalgie de la femme qu’on a quittée, des parents qu’on a quittés, car certains embauchaient comme matelot dès l’âge de huit ans.

 

– Est-ce selon toi une forme de Blues ?

– C’est ça ! C’est une habitude intrinsèque aux humains de se rassembler grâce à la chanson, et endurer une vie dure.

 

– Est-ce que la dimension sociale, même s’il peut être anachronique de parler de revendications politiques, qui peut s’exprimer dans ce répertoire racontant des conditions de vie précaires, prolétaires, est importante aussi pour toi, en vertu de tes convictions philosophico-politiques?

– C’est effectivement quelque chose qui m’anime depuis longtemps, de chanter des chansons de masse, des chansons de lutte, des chansons de revendications. Comme avec le Cri du Peuple. Quand j’ai monté la Fiancée di Pirate, j’étais encore dans le Cri du Peuple. Mais j’ai déménagé près de St Macaire et ne pouvait donc plus aller aux répétitions. Et puis j’avais animé des chorales durant douze ans comme chef de chœur, ce qui est une expérience très enrichissante, mais c’était fatiguant aussi. J’apprécie de simplement exécuter, sans avoir à tout organiser. Dans cet univers précis, avec La Fiancée du Pirate, il n’y a pas clairement de revendication politique ou sociale dans les textes. Mais de façon sous-jacente, si, car ce sont des chansons qui portaient toutes les souffrances des gars sur les bateaux, les violences subies de la part des hiérarchies, les douleurs subies physiquement, les souffrances morales et affectives en termes d’éloignement de leurs proches, de rapports rudes entre eux. Les conditions de vie étaient tellement inhumaines qu’il y avait beaucoup d’alcoolisme aussi, la seule façon de supporter tout cela. Fournir l’alcool aux hommes était pour les armateurs et les capitaines le moyen de leur faire accepter ces vies.

 

 – Parmi vos reprises, avez-vous des chants très anciens ?

– Le plus veux qu’on chante est un chant du XIXème siècle, « Le Grand Coureur », qui est une chanson traditionnelle bretonne. C’est marrant cette question, car en ce moment, je suis en quête justement de chansons beaucoup plus anciennes, pour essayer de retrouver une autre écriture et un autre contexte. Plus on s’éloigne temporellement, plus ces chansons ont disparu sans laisser de trace, puisqu’elles étaient forcément de tradition orale et n’ont pas toujours été notées.

 

– Et n’y a-t-il pas de compilation des chansons de la piraterie ?

– Il n’y a pas beaucoup de chansons de pirates. Peu ont été écrites et sont restées dans la mémoire. Mais certainement que sur les bateaux de pirates, on chantait des chansons de marins. Les pirates ne se considéraient pas forcément comme dissociés du reste du milieu marin. Ils y étaient associés, même s’ils étaient isolés, autogérés et prenaient en charge leur propre équipage. Je ne pense pas qu’il y ait eu de chant spécifique à la piraterie. Mais un auteur et interprète contemporain, Michel Tonnerre, a écrit de superbes chansons sur les pirates. Aujourd’hui il y a un fantasme romantique de la piraterie, mais je pense que si on l’avait vécue à l’époque, on en reviendrait, car ce n’était pas tout rose. On a pioché chez les auteurs contemporains. Outre Victor Hugo, Michel Tonnerre est un artiste chez qui ont a pioché des choses, et qui a cette sensibilité à l’univers de pirates, à l’univers libertaire aussi.   

 

– Du coup ce texte de Victor Hugo n’est-il pas le plus ancien que vous chantez ?

– Oui, « Chanson de Pirates » est un texte faisant partie des Orientales. On ne la joue plus. Mais pour le coup, c’est un des textes les plus anciens de notre répertoire. Il parle des pirates qui allaient chercher des nones et les amenaient comme esclaves dans les pays musulmans. C’était ça, la piraterie, aussi : certes c’était des gars qui vivaient en autogestion, non soumis aux rois, mais c’était encore un univers patriarcal, sexiste et très violent envers les femmes. Il y a eu quelques rares femmes qu’on a vu atterrir dans ce milieu. Mais il fallait qu’elles se costument.

 

– Ce soir vous allez reprendre une chanson des Pogues « The wake of the Medusa ». Vous intéressez-vous aussi aux répertoires marins étrangers ?

– Nous ne les avons pas encore explorés, mais oui. J’imagine que dans le répertoire canadien, québécois, il dot y avoir des pépites. Pour l’instant on a découvert tellement de belles chansons des ports français, et aussi relatives aux époques et à leurs réalités. On chantait à un moment une chanson sur l’esclavagisme, « Esclaves » [reprise par le cri du Peuple sur son album récemment sorti]. On essaye de mêler cela aussi à la situation politique de l’époque, des diverses époques d’ailleurs. Alors nous avons effectivement intégré sur le prochain album une reprise des Pogues, qui est une très belle chanson. Parce qu’avec ce prochain album, on voulait aussi se diriger vers un côté un peu plus Rock. Comme nous avons désormais un contrebassiste, Jérôme, on avait envie d’un côté un peu plus Rock’n’Roll, un peu moins chialant. Moi, si je m’embarque, je peux faire des chansons à pleurer toute ma vie. J’adore cela. Mais il faut aussi se renouveler et proposer autre chose, pour continuer à tourner et avoir une autre énergie, surtout qu’en Gironde, on a quand déjà fait le tour de pas mal de lieux. Donc on a choisi des chansons un peu plus guillerettes comme « The wake of the Medusa » ou « La Carmeline », puisque a contrario, mes chansons ne sont pas très joyeuses. On a trouvé ainsi un équilibre.

 

– Et puis, étant donné que, comme d’autres musiciens qui ont par ailleurs des convictions et un engagement politiques, vous jouez sur des lieux de lutte, la dimension festive est importante aussi pour dynamiser ces moments et leur transmettre une énergie combative. A ce propos, comment reliez-vous peut-être l’Histoire maritime dont vous parler avec l’actualité des réfugiés qui s’embarquent pour la traversée des mers, et de l’enfer aussi, dans l’espoir d’une vie meilleure ou juste la fuite d’une vie impossible ?

– Alors on n’a plus joué depuis longtemps pour les réfugiés ; on n’a pas été sollicités pour cela, mais il est vrai qu’on ne s’est pas proposés non plus. Ce que vivent les réfugiés dépasse notre idée de la mer et la fantasmagorie du romantisme qu’on peut mettre là dedans. Je me demande si le fait qu’on n’ait pas été jouer pour des migrants n’est pas du à cela aussi. L’idée qu’on parle de la mer dans toutes nos chansons peut poser problème par rapport à leurs traumatismes et leurs propres souffrances. Je pense que ça n’aurait peut-être pas été recevable, pas décent. Présentement il y a une situation dramatique, et dans ce cadre là, ce n’était pas à nous d’aller parler de la flotte avec des chansons qui évoquent certes une réalité dure, mais qui sonneraient mal à propos dans un contexte de soutien aux migrants.

 

– D’où vient le choix du nom de ton groupe ? Du film ?

– Non. Ce n’est pas en rapport avec le film, mais avec une chanson de l’Opéra de Quat’Sous de Kurt Weill et Bertolt Brecht, « La Fiancée du Pirate », et qui a aussi été chantée par Juliette Gréco. Je l’avais entendu la première fois de manière isolée de l’opéra, et Gréco, accompagnée d’une symphonie, avec sa voix âcre, cassée, parle la chanson plus qu’elle ne la chante. C’est très beau, mais j’ai eu envie d’en faire une reprise, et re-arrangeant la musique. C’est devenu notre chanson-phare, et par conséquent le nom du groupe. Et puis vu que je suis une femme qui chante des chansons de marins, et que ça ne se fait pas, puisqu’on ne peut être la mémoire des hommes, n’ayant pas vécu ce qui se passe sur les bateaux -même actuellement dans les festivals de chants de marin, il y a peu de femmes-, je me suis dit, voilà un nom qui colle : la fiancée du pirate va ouvrir sa gueule.

 

– Même parmi les femmes de marins, travailleuses en lien avec la mer, comme les ouvrières des conserveries de sardines, on ne reprenait pas ces chansons ? Ou peut-être avaient-elles leur propre répertoire ?

– Pour prendre l’exemple de la révolte des Penn Sardin des usines de Douarnenez en 1924, elles avaient leurs chansons, « Saluez Riches Heureux » par exemple. Mais les femmes de marins n’ont pas forcément écrit leurs chansons. Ce sont plutôt des auteurs masculins qui ont écrit sur elles. Les femmes n’ont pas trop écrit à l’époque pour parler de leurs conditions de femmes ; d’ailleurs elles étaient peut-être mieux entre elles lorsque les hommes partaient. Il y avait déjà de gros problèmes d’alcoolisme sur les bateaux, mais lorsque les hommes rentraient au port, ils continuaient de boire. Douarnenez avait de fait une organisation très matriarcale, puisque c’était les femmes qui organisaient et géraient la vie, et la chaine économique partait d’elles, puisque si elles ne vendaient pas les produits de la pêche, les hommes n’avaient pas de travail. C’est pour cela qu’elles avaient tous les pouvoirs d’enclencher une grève et la faire aboutir. Mais avaient-elles le temps, le pouvoir ou l’envie d’écrire sur elles-mêmes en pensant que c’était important de préserver cette mémoire ? Pas sûr.

 

– Sans doute rêvaient-elles d’un autre avenir pour leurs enfants que de pratiquer le même métier et perpétuer la même façon de vivre ?

– Ça, c’est dit souvent dans les chansons : je préfère que tu te casses les deux jambes plutôt que de faire comme ton père. Ce sont des auteurs hommes qui écrivaient cela, mais doit correspondre à un sentiment réel.

 

– Qui constitue la formation actuelle ?

– La formation actuelle a quatre mois. Jérôme, le contrebassiste a été le dernier à intégrer le groupe. Quentin, le guitariste est là depuis deux ans, et Bubu au violon depuis dix ans. Avant il y a eu Tot, des Rageous Gratoons à la guitare, Fabien des Turbo Billy, Marie-Claude Meurisse. Et puis on avait notre Chinois [ici] qui a fait le son de notre premier album et nous a suivi sur toutes les dates, notre capitaine, avec sa casquette et son caban. Ce groupe est une superbe aventure, car c’est de l’authentique. Déjà car on porte des textes authentiques, et puis parce que chaque personnage qui a fait parti de ce groupe avait un lien avec la mer ; chacun avait une gueule, des attitudes, des comportements de vieux loup de mer, une histoire avec la mer. Chaque membre du groupe, même si certains l’ont quitté, y avait sa place énergétiquement. Tant que c’est comme ça, on continue !

 

Avec mon remerciement à Isa pour l’occasion

 

Liens : https://www.larouteproductions.com/nos-artistes/la-fiancee-du-pirate/

https://www.facebook.com/La-Fianc%C3%A9e-du-Pirate-1406450882983712/

 

Miren Funke

ELTONOLOGY – interview de Thomas Février…

11 Août

Photo promo Eltonology live 04ELTONOLOGY – interview de Thomas Février, chanteur et pianiste de ce Tribute Band, hommage à Elton John, à la sortie d’un spectacle époustouflant où 7 musiciens professionnels, consciencieux et déjà complices, ont donné le meilleur d’eux-mêmes. Eltonology est un voyage dans le temps en excellente compagnie et un vrai moment de bonheur partagé que l’on ne va pas bouder après cette longue période de disette.

1) Bonjour Thomas, qui est Elton John ?

–  Elton John est un chanteur, pianiste et compositeur britannique que j’ai vu pour la première fois sur scène alors que j’avais à peine 17 ans. C’était mon tout premier « gros concert ». Il se produisait l’hippodrome de Vincennes, en co-plateau avec Eric Clapton. Je n’oublierai jamais cette soirée. C’est en voyant Elton John ce jour-là que j’ai réalisé que je voulais me consacrer entièrement à la musique, composer, chanter et monter sur scène.

2) Ton parcours assez atypique, du moins varié, est-ce que les gens qui te suivent sont surpris de ce « virage » entre des spectacles plus intimistes et ce show grand public son et lumière ?

J’ai donné mes premiers concerts à l’âge de 18 ans. J’ai toujours chanté mes propres chansons, dans ma langue maternelle, le français. Bien que mon univers puisse sembler plus « intimiste » que celui d’Elton John, j’aime donner une dimension « show » à mes lives. J’aime qu’il y ait du mouvement, de la couleur, que l’on s’amuse sur scène et que certains titres plus entraînants contrastent dans l’énergie avec des chansons plus mélancoliques. Aussi, il n’est pas rare que je me lève du piano ! Communiquer avec le public est capital pour moi, dans les mots tout autant que dans l’énergie. Je crois que c’est cela qui m’a tant marqué lors de ce premier concert auquel j’ai assisté. Ceux qui me connaissent depuis longtemps et m’écoutent savent d’où je viens et ne sont pas surpris que je rende hommage sur scène à Elton John. Je n’ai jamais caché mon engouement pour cet artiste. Je m’en suis nourri, il fait partie de mes inspirations, notamment dans mon rapport à la scène et au public. Reprendre Elton John aujourd’hui est pour moi une manière toute personnelle de lui dire merci.

3) Eltonology est un tribute band, un projet qui existe depuis plusieurs années, comment s’est passée la rencontre ?

Eltonology existe maintenant depuis 6 ans. Après le départ du précédent chanteur, le groupe a publié une annonce qu’un ami batteur m’a transmise. J’ai appelé aussitôt et suis allé passer une audition. Je me suis tout de suite entendu avec toute l’équipe. Nous partageons la même vision de la scène et du travail. Cette rencontre a été pour moi comme une évidence. La difficulté pour Eltonology était de trouver à la fois un chanteur et un pianiste suffisamment à l’aise avec ce répertoire. De mon côté, je dirais que plus que n’importe quel professeur ou formation, c’est Elton John qui m’a appris le piano. À 14 ans déjà, je rejouais ses chansons d’oreille. Passer cette audition n’a pas été non plus facile. Les membres d’Eltonology sont exigeants à juste titre. Il a fallu que je re travaille les chansons pianistiquement et vocalement afin d’être encore plus fidèle à l’esprit. Cela a été pour moi une très jolie retrouvaille avec mon adolescence, avec toutes ces soirées où j’écoutais, émerveillé, ces chansons et tentais de les reprendre au mieux. C’est un répertoire dense et très pointu au niveau de l’énergie et de l’interprétation.

4) Quel est le parti pris du projet ?

Photo promo Eltonology live 05Le jeu d’un Tribute Band est en général de coller le plus possible à l’artiste. Avec Eltonology, je dirais que nous « jouons et racontons Elton John ». Nous ne l’imitons pas. Nous sommes fidèles à l’énergie et à ce qui a été écrit et joué depuis tant d’années. Je m’amuse à me rapprocher de son jeu de scène, à « jouer avec le public » comme lui le ferait, mais d’un autre côté, j’aime raconter ma rencontre avec Sir Elton, avec ses chansons, comme elles ont pavé ma vie, comme lui-même m’a inspiré. C’est là l’occasion d’une rencontre entre l’enfant fan que j’étais et l’artiste reconnaissant que je suis aujourd’hui. Ensuite, nous voulions aussi nous baser sur une période précise de la carrière du chanteur. Celle que les jeunes générations ne connaissent pas forcément. Je veux parler des années 70-80, avec leur lot de fantaisie, d’exubérance galvanisante. C’est pour cela que nous avons fait appel à une costumière, Géraldine Maamar-Dine, afin de réaliser les tenues emblématiques du chanteur dans ces années-là. Encore une fois, ici, elle ne les copie pas, mais les recrée en y ajoutant sa propre vision. Il est clair pour nous tous que nous n’imitons pas Elton John sur scène, mais que nous nous efforçons de donner un aperçu fidèle et honnête de sa carrière, empli de tout l’amour que nous avons pour ses chansons et son univers en général.

Nos premières dates confirment que nous prenons un plaisir immense à jouer ensemble, autour de cet univers. Nous sommes complémentaires. Chacun apporte sa pierre. Nicolas Kieffer, à la batterie, donne le rythme et le « la » du projet. Il se charge également de tout l’administratif. Perrine Pépite à la basse et lui sont les deux fondateurs d’Eltonology. La présence de Perrine sur scène, sa bienveillance, est quelque chose de très rassurant et de très porteur pour moi. Maxime Lacote à la guitare et aux choeurs assure la ligne, dirons-nous, esthétique, garant de la cohérence du groupe vis à vis de l’original. Gabriel Palmieri, à la guitare également, apporte une grosse part de sensibilité et d’humanité dans les parties jouées, totalement complémentaires des parties de piano. Aux percussions, Sébastien Buffet occupe la place du fameux Ray Cooper, qui a suivi Elton John pendant des années, lors de ses plus prestigieux concerts. Mélanie Rohmer est chanteuse. Sa solidité au chant est un véritable atout pour tout ce qui est du travail sur les choeurs, en complicité avec Maxime. Hors de la scène, nous avons également fait un énorme travail de son avec Maxime Poirot. La création lumière est signée Thib’s. Dans Eltonology, chacun a mis du sien, mais s’est surtout plongé entièrement dans l’univers d’Elton John, en y apportant sa propre inspiration. Pour ma part, cette équipe allie sourire et travail sérieux. Nous nous entendons, nous soutenons et nous faisons confiance. C’est tout ce que j’attends d’un groupe. Avec cette belle équipe, solide et bienveillante, je n’ai plus qu’à poser mes doigts sur le piano, chanter, me lever, faire valser mon tabouret et sauter dans tous les sens !

5) Comment t’es-tu préparé à faire ce show ?

Je connaissais déjà la plupart des chansons que nous jouons. Aussi, me replonger dans le répertoire n’a pas été la tâche la plus difficile pour moi. J’ai retravaillé quelques titres concernant lesquels j’avais, au fil des années, pris de « mauvaises habitudes », erreurs d’accords, mauvais placement de la voix, etc… Les chansons d’Elton John demandent beaucoup de précision et de rigueur. Mais le plus gros du travail a été pour moi la gestion de l’énergie scénique. Comment tenir 2h20 de scène en alternant ballades et rocks endiablés ? Le plus difficile a été et reste la préparation physique. J’ai arrêté de fumer et me suis remis au sport. Parallèlement, j’ai repris un travail régulier sur le souffle et la voix. Chanter Elton John exige une grande puissance vocale et une énergie constante, quoique différente selon les titres. Sans préparation physique, cela peut être vite épuisant.

6) Es-tu Thomas Février sur scène ? Est-ce que c’est reposant de jouer quelqu’un d’autre et d’être soutenu par autant de musiciens ou au contraire une incarnation physique avec plus de pression ?

Avec Eltonology, Je suis avec un large sourire Thomas qui dit un immense merci à Elton. On ne peut pas dire que je sois Elton John. Je m’amuse simplement, entouré d’une fantastique équipe et avec tout l’amour du monde, à faire découvrir ou redécouvrir son extraordinaire répertoire. Dans mes propres concerts, l’énergie scénique est très proche de ce que je donne avec Eltonology. Les costumes, les « digressions eltoniennes », sont des clins d’oeil emplis de reconnaissance que je lance à cet artiste que j’aime profondément. Incarner tout en restant soi-même, quel travail ! Mais cela n’est possible que parce que je suis si bien entouré.
C’est l’histoire d’un ancien rêve d’enfant qui devint réalité d’adulte.

Le site officiel : https://eltonology.com

La tournée :

14.08.2021  Chartrestivales Chartres (France)

20.08.2021  Eltonology 5tet @ Estivales de Moyenmoutier  Moyenmoutier (France)

21.08.2021 Eltonology 5tet @ L’été chez Stan Commercy (France)

27.08.2021 Festival Musiques Plein Sud Joncherey (France)

05.09.2021 Le Kiosque Freyming-merlebach (France)

06.11.2021 Espace Georges Sadoul Saint-dié-des-vosges (France)

20.11.2021 Muret Tribute Festival Muret (France)

Valérie Bour

« Au pied de l’Arbre », une adaptation itinérante en extérieur du spectacle « Au cœur de l’Arbre » d’Agnès et Joseph Doherty, à voir cet été sur plusieurs dates, et sortie de l’album « Aux Arbres »

23 Juil

C’est au gré des Scènes d’été en Gironde que plusieurs dates proposent au public un voyage musical, botanique et historique, à la rencontre du monde des arbres, de l’explication de leur fonctionnement vital et de la richesse de leurs propriétés spécifiques, de la découverte de certains de leurs secrets et de quelques légendes qui leur sont liées, et surtout du partage des chansons que ces êtres de résine et d’écorce ont inspirées à Agnès et Joseph Doherty, créateurs et interprètes du spectacle musical « Au Cœur de l’Arbre » [lire ici].

Avec « Au Pied de l’Arbre », le couple d’artistes franco-irlandais adapte une version itinérante de sa pièce, sous forme de promenade sur des sites arborés, interrompue de haltes au cours desquelles, ils en font vivre un récit un peu modifié, et en jouent et chantent les chansons de leurs compositions originales, enregistrées sur l’album « Aux Arbres » qui vient de sortir [lire ici]. C’est avec poésie, humour, harmonie et tendresse que ces ballades contées et mélodiques communiquent leur amour du monde sylvestre, sur l’existence, la complexité et l’intelligence biologique et sociale, et l’Histoire, les histoires, duquel Agnès et Joseph Doherty enseignent et partagent des connaissances scientifiques, folkloriques et culturelles, et sensibilisent adultes et enfants au respect des forêts, des végétaux et de la Nature.

Le moment est une ascension enivrante et très instructive vers les cimes et le bout des branches, autant qu’un plongeon vertigineux dans les racines, celles des arbres, habitat d’autres formes de vies et sources de vertus indispensables à la vie, mais aussi les nôtres. Car les artistes nous engagent en effet à la rencontre de mythes et légendes fondateurs du patrimoine culturel  de l’Humanité, issus des civilisations celte (Brigit), mésopotamienne (Guilgamesh), perse (Xerxès), gréco-romaine (Phaéthon, Apollon), amérindienne, asiatiques (« Sakura »), ou encore nordique (« Yggdrasil »), mais aussi d’œuvres littéraires (L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono, La fée du sureau de Hans Christian Andersen, Le roi des aulnes de Wolfgang Von Goethe), et d’histoires plus récentes de combats menés par des figures militantes pour la préservation des arbres (Wangarri Maathai, Sebastio Salgado, Julia Butterfly Hill, entre autres), combats dont fut aussi celui auquel participèrent Agnès et Joseph Doherty pour sauver les marronniers de la place Gambetta à Bordeaux, abattus fin 2018, par directive du maire A. Juppé, en dépit des nombreuses protestations et de la mobilisation populaire locale [lire ici]. 

Si le dynamisme, la densité et l’intensité du spectacle empêchent de prendre racines sur place, il est en revanche fort probable que vous en sentiez pousser en vous et vouloir s’ancrer dans le terreau de cet héritage folklorique universel, pour vous relier à L’Humanité ancestrale où chacun de nous sens qu’il a ses origines et dont chacun comprend être un fruit, porteur et passeur de mémoire, à l’instar des Doherty (osons le pluriel, puisque leurs filles Oona et Ella chantent sur le disque, et Lucy en a réalisé le visuel).

Il m’est rarement donné -quelques fois, mais pas si souvent- de rencontrer, par un spectacle, cette magie, celle à laquelle on se découvre réceptif et qu’on apprend à respecter pour son pouvoir véritable de nous changer concrètement, et nous laisser quitter une œuvre artistique sans en sortir vraiment pareil. Des pièces et des chansons qui véhiculent de belles valeurs, des idées nobles et des philosophies lumineuses, interpelant la conscience et touchant le cœur, il y en a. On s’en émeut, plus ou moins superficiellement, comme on s’émeut de l’esthétisme de beaux idéaux, le temps que la représentation ou l’expression de l’œuvre dure et nous atteint, pour revenir, une fois le spectacle terminé, à notre réalité, sans que rien n’en soit changé. Avec leur travail, Agnès et Joseph Doherty réussissent, plus qu’à partager le temps d’un spectacle, à transmettre, propager et imprimer une féerie qui ouvre nos yeux différemment et ne quittera plus le regard avec lequel nous percevront dorénavant les arbres, pleinement conscients de l’intelligence, l’énergie, la présence de ces êtres de résine et d’écorce, en sympathie avec eux même, et incapables d’y rester insensibles plus longtemps et de faire comme si on ne savait pas ce qu’on sait à présent. Une féerie qui réussit, elle, plus qu’à nous atteindre, à nous pénétrer. Au Cœur ( et Au Pied) de l’Arbre nous induit à adapter naturellement, comme gouvernés par l’impératif souverain de cette vérité avec laquelle vibre désormais notre âme, notre perception, nos réactions, nos habitudes concrètes quotidiennes dans ce monde amplifié d’une autre dimension, à la conscience de laquelle il nous a ouvert. Il est de ces œuvres qui donnent à leur propos une substance, une profondeur, et un sens concrets au-delà du spectacle, et devrait être partagées par tous.

Les prochaines dates estivales girondines :  

Commande du CD « Aux Arbres » : https://www.helloasso.com/associations/ariane-productions/collectes/aux-arbres-agnes-et-joseph-doherty

Miren Funke

Photos : Miren à l’abbaye de La Sauve Majeure (33)

Liens : https://www.agnesdoherty.com/

https://www.facebook.com/agnes.doherty.73

https://www.facebook.com/joseph.doherty.54

Décès de Ludo Tranier, chanteur de Laréplik et Buscavida

10 Juin

Je peine à écrire ces mots. Il y a des mots qui ne devraient pas s’écrire, qu’on ne voudrait pas écrire. Jamais. Ils sont ceux d’une réalité qu’on ne veut pas entendre, ni vivre, et qui pourtant vient nous percuter violemment, sans nous laisser le choix.

Ludo Tranier, chanteur de la formation emblématique de la scène alternative punk-rock bordelaise, Laréplik et du groupe Buscavida [Lire ici] nous a quittés. Il était revenu voilà quelques années d’un périple en solitaire, mais solidaire de toutes les rencontres faites sur les routes d’Amérique du Sud et de la péninsule ibérique, des chansons dans les valises, des histoires plein le cœur, et la tête envahie de projets : le manuscrit d’un récit de voyages et plus encore qui devait être édité, et ce dernier groupe, Buscavida, qui inventait des chansons françaises métissées de musiques folkloriques latino-américaines et lusitaniennes pour fleurir et enchanter des moments de partages, de luttes aussi.

Ne dérogeant pas à son engagement d’artiste de terrain, Ludo menait son groupe sur les lieux de soutien, aux salariés de l’usine Ford de Blanquefort [ici], aux réfugiés accueillis dans les Centres d’Accueil pour les Demandeurs d’Asile, aux petits paysans révoltés, à tous ceux qui construisent des élans de solidarité, des aventures humaines et des tentatives d’utopies locales, toujours à la rencontre de la vérité des gens, dans un bar à concert, un festival artisanal, un coin de manifestation.

Il était depuis plus de deux décennies, où Laréplik s’était imposé comme un pilier de la scène alternative girondine avec son java-folk-punk francophone, et avait entre autres imprimé aux coutumes militantes la fête de la Saint Roger, tous les 30 décembre, pour narguer en dérision le traditionnel cirque de la Saint Sylvestre, et gravé dans les cœurs la chanson, devenu un hymne du patrimoine musical local « Mon voisin vient de loin », que si vous ne connaissez pas, vous n’êtes pas de Bordeaux, comme disait son ami Barthab [ici], une figure du milieu artistique solidaire local. Mais Ludo était plus. Il était de ces poètes vadrouilleurs de l’existence qui la rendent plus libre et sensée. Il était de ces copains dont la tendresse et l’humour, derrière lesquels on devine une sensibilité écorchée, vous rassurent sur l’humanité par leur vérité d’âme. Il était de ces repères dont l’existence vous conforte et vous montre qu’on peut avancer dans la vie sans renier ses valeurs et ses convictions et en restant sincère, humble et naturel. Il était de ces amis des chiens et frères des humains qui s’émeuvent de l’amour du vivant et prennent d’autres sous leur aile pour les parrainer, et bien sûr de ces fêtards qui sèment des éclats de rire, épongent ou sèchent vos larmes, et tiennent toujours une lumière allumé. Il était une lumière allumée.

Je peine à écrire ces mots et j’ignore même si ces quelques lignes sont décentes et lui auraient plu. Ludo était de ceux qu’on sait tellement vivants qu’on ne peut les imaginer autrement. Son brusque départ est un séisme qui nous laisse tous en pleurs, dans la stupeur de cette réalité qui vient de creuser un vide énorme. Plus de mots seraient vains et dérisoires. Aucune parole ne sera assez puissante pour soulager du chagrin et de ce vide que nous, ses amis et copains, avons maintenant à partager. Nos pensées vont vers ses plus proches.  

Miren

Histoire d’une chanson… L’eau vive

19 Mar

Dans les années 53-57, plusieurs ACI majeurs de la chanson francophone arrivent sur la scène , dans l’ordre: Brassens, Brel, Béart, Anne Sylvestre…

Guy Béart va très vite accéder au succès, avec des chansons qui sont interprétées par Juliette Gréco, Patachou, Hélène Martin, Cora Vaucaire, Zizi Jeanmaire, Odette Laure, Suzy Delair, Annabel Buffet, et avec des chansons qu’il interprète lui-même, bien entouré, entre autres par Boris Vian en directeur artistique …
Mac Orlan et Brassens sont les premiers à témoigner de leur admiration. Mais c’est en 1958 qu’il entre dans l’histoire de la chanson, avec « L’eau vive » qui est chantée dans les écoles,comme un standard du folklore, c’est la première fois que ça arrive à un chanteur vivant, et de plus dans les toutes premières années de sa carrière. « L’eau vive » va être enregistrée par dix des têtes d’affiche de ces années dès les premiers mois de sa sortie, de Tino Rossi à Marcel Azzola, en passant par Colette Renard, Marcel Amont et Marc Ogeret … Et par la suite, elle fait une carrière remarquable, 92 semaines au hit parade de la chanson, avec en prime quelques parodies drôlatiques ou politiques.. Et très vite, le film éponyme dont elle était la bande son a été oublié ( film de François Villiers, sur un scénario de Giono, qui avait adoubé Guy Béart, Pascale Audret est l’héroïne du film, la jeune Hortense.)

Les quelques versions ci-dessous montrent que les versions proposent du kitch vintage avec Tino, mais aussi le presque folk de Denis Pépin, et les versions jazz instrumentales, avec la riche B.O. du film (en deux parties), à vous d’écouter, et honneur au créateur pour commencer.

 

Versions instrumentales de «  l’Eau vive » , comme vous ne l’avez peut-être jamais entendue, la B.O. du film avec ses variations

Partie 1

De Béart à Béart(s)

Hugues

Yvette Giraud

Denis Pépin

Les Troubadours

Tino Rossi

Dorothée

Marcel Amont

Instrumental Harmonica

Marcel Azzola

Orchestre Percy Faith

Guitare classique

Jazz avec Joseph Reinhardt : guitare solo, Dingo Adel : guitare,  Patrice Caratini : contrebasse

Piano et cornet

Maurice Vander

Accordéon

Celtic music

Béart in english

et pour finir la partie 2 de la B.O du film ..

Norbert Gabriel

Guy Béart …

11 Mar

Peinture de Patrick Clémence

Depuis une certaine soirée télévisée , les détracteurs de Guy Béart se gargarisent des éléments de langage gainsbarriens, sur l’art mineur et les blaireaux. Et le plus souvent leur connaissance de l’œuvre de Béart commence et s’arrête à L’eau vive,  ça reviendrait à réduire Brassens à La cane de Jeanne. Ou Leny Escudero à Pour une amourette…

Guy Béart est une sorte de chroniqueur du temps qui passe, et un mélodiste de talent, assez proche de Moustaki et pour les amis de la guitare, il y a de quoi se régaler.

Quelques exemples de chansons qui sont un peu plus que de l’art mineur.

La chabraque 1970  (Marcel Aymé/G Béart)

Les tristes noces

En marchant

Chanson pour ma vieille

C’est après que ça se passe…

Où est la fenêtre …

Couleurs vous êtes des larmes

Pierrot la tendresse

Et clin d’oeil à Juliette qui a beaucoup chanté Béart
(Texte Raymond Queneau Musique G Béart )

Et on peut noter qu’il n’est pas rancunier, c’est ça la classe !

Et la plus belle déclaration d’amour, universelle, transgenre, parfaite !

Pour rappel, lire –>   Béart, Ferré, Brassens, Gainsbourg, tous des ratés des arts majeurs…

Norbert Gabriel

 

Un livre essentiel  pour comprendre Béart ,  clic sur l’image–>    

 

 

Avec le temps, Variations ..

9 Mar

 

Cette chanson sur l’amour déçu, la fuite des sentiments et la tragique expérience du temps qui efface tout, est inspirée de la propre expérience de vie de Léo Ferré. Il compose cette chanson en repensant à sa rupture avec sa deuxième femme, Madeleine, en 1968, rupture qui conduit indirectement à la mort de Pépée.
Écrite et composée en 1969, enregistrée en octobre 1970 lors des sessions de finalisation du volume 2 d’Amour Anarchie, cette chanson est écartée du LP par la maison de disques (Barclay)  pour sortir en 45 tours « à la sauvette » C’est une sorte de cri du cœur, Léo Ferré disait : « Avec le temps, paroles et musique, je l’ai faite en deux heures. Une victoire.  C’est l’histoire de ma vie pendant plusieurs années. Une histoire vécue. » Les années Madeleine, l’autre à qui on donnait du vent et des bijoux, pour qui l’on eût vendu son âme pour quelques sous..*

 276 artistes contemporains de la variété francophone ont enregistré Avec le temps, (chiffres 2012) et depuis il faut ajouter de nouvelles versions à l’international.
Avec le temps a été interprétée, entre autres, par : Catherine Sauvage, Dalida, Jane Birkin (enregistrement public au Bataclan), Céline Dion, Bernard Lavilliers, Hiba Tawaji, Salif Keïta (album Sosie), Philippe Léotard, Renée Claude, Henri Salvador, Catherine Ribeiro, Francesca Solleville, Juliette Gréco, Alain Bashung, Michel Jonasz, Belinda Carlisle, Abbey Lincoln, Mônica Passos, Bertrand Cantat, Youn Sun Nah, le duo Brad Mehldau et Anne Sofie von Otter, Johnny Hallyday, Mama Béa (album Du côté de chez Léo), François Deguelt, Tony Hymas (en) (instrumental), Wafa Ghorbel (en arabe tunisien)

Dans le Top 100  des chansons que l’on devrait tous connaître (Baptiste Vignol)   Avec le temps arrive en tête de liste , (devant « La nuit je mens »  et « Mistral gagnant » )

 

«  Avec le temps » dans une version très touchante par Jane Birkin Léo aimait beaucoup cette interprétation comme il l’avait déclaré dans les meilleurs termes lors de l’émission « Avec le temps – une nuit avec Léo Ferré » sur France Culture le 01/01/1988 ( … Ferré, ravi, croira entendre une libellule. » )

 

Youn Sun Nah, accompagnée à la guitare acoustique par Ulf Wakenius au festival de Jazz de Marciac

 

Gréco live avec Jouannest et Servain

 

 

 

Detroit

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sting lecture

 

Il en reste quelques centaines si le cœur vous en dit …

  • entretien avec Hélène Hazera 1991.

Variations suggérées par Annick Roux

Norbert Gabriel

 

Louise Perret, Gwen Cahue, Julien Pinel : Melkoni Project…

1 Mar

 

Elle est de ces chanteuses dont la grâce infinie sublime les re-créations, Louise Perret .

Il est de ces musiciens qui nous emportent dans des tourbillons de musique où on a le temps de voir les paysages (pour paraphraser  Sarane Ferret) Gwen Cahue.

Et ils sont  Melkoni Project, en duo ou trio, avec la contrebasse de Julien Pinel… Minvielle, Barbara, Bourvil, Nougaro, Gainsbourg, Trenet et quelques autres ont le bonheur d’être dans Melkoni Project.

Rien à dire d’autre qu’écouter et s’émerveiller

La vie d’ici bas

 

La tendresse

 

Du bout des lèvres

 

Fleur bleue

 

Rimes

 

De dame et d’homme

 

Le poinçonneur et autres hommages La vie en rose Gottingen La mauvaise réputation

 

Louise Perret Цвіте терен (Tsvite teren)

 

Gwen Cahue  Blues en mineur, très bel hommage à Django,

 

Pour plus d’infos,
clic ici —>

Norbert Gabriel

 

82 723 nuances de Summertime …

5 Fév

Naissance d’un des plus grands succès en musique .. Quand Porgy and Bess opéra adapté du roman Porgy de DuBose Heyward est présenté à Broadway, personne n’imagine que c’est une berceuse qui va devenir un des plus grands succès du jazz dans le monde entier. Un regroupement de collectionneurs d’enregistrements de Summertime (The Summertime Connection) affirme avoir recensé, au 31 juillet 2020, 98 400 interprétations publiques dont 82 723 auraient été enregistrées (dont 70 820 seraient dans leur collection).

Dans le livret de l’opéra, Summertime est une berceuse, on va entendre que toutes les versions ne l’ont pas entendue comme ça … Surtout Janis … Et au fil des années, les versions roots des débuts deviennent de plus en plus sages, en voici quelques unes,, dans la tradition du jazz, car il y a eu des interprétations dans tous les genres musicaux.

 Gershwin

 

Paul Robeson

 

Bechet avec intro guitare

Acker Bilk

 Billie 1936

 

Billie

 Louis et  Ella

Sarah Vaughan

 

Norah Jones solo piano

 Willie Nelson duo piano guitare

 Nina Simone

 

Chris Barber Big Band en concert avec Ray Nance /Alex Bradford violons

 REM

 Tchavolo Schmitt

 Version très particulière,  Fabien Marsaud avec la soprano Élise Oudin-Gilles

 

Janis Joplin

Summertime Auteurs-compositeurs Ira Gershwin :DuBose Heyward, George Gershwin, texte et traduction.

Summertime

Heure d’été,

And the livin’ is easy

Et la vie est facile

Fish are jumpin’

Les poissons sautent

And the cotton is high

Et le coton est haut

 

Oh, your daddy’s rich

Oh, ton papa est riche

And your mom is good lookin’

Et ta maman est belle

So hush little baby

Alors, chut, petit bébé

Don’t you cry

Ne pleures pas

One of these mornings

Un de ces matins

You’re going to rise up singing

Tu vas te lever en chantant

Then you’ll spread your wings

Ensuite, tu déploieras tes ailes

And you’ll take to the sky

Et tu les prendras au ciel

But till that morning

Mais jusqu’à ce matin

There’s a’nothing can harm you

Il y a un rien qui peut te nuire

With daddy and mamma standing by

Quand papa et maman sont à tes côtés

One of these mornings

Un de ces matins

You’re going to rise up singing

Tu vas te lever en chantant

Then you’ll spread your wings

Ensuite, tu déploieras tes ailes

And you’ll take to the sky

Et tu les prendras au ciel

But till that morning

Mais jusqu’à ce matin

There’s a’nothing can harm you

Il y a un rien qui peut te nuire

With daddy and mamma standing by

Quand papa et maman sont à tes côtés

 

Porgy and Bess est un opéra composé par George Gershwin sur un livret d’Ira Gershwin et de DuBose Heyward, adaptation de la pièce de théâtre Porgy de Dorothy  et DuBose Heyward (créée à Broadway en 1927), elle-même adaptée du court roman Porgy de DuBose Heyward (publié en 1925). Ces trois œuvres traitent de la vie des Afro-Américains dans le quartier fictif de Catfish Row à Charleston, en Caroline du Sud, au cours des années 1920.

La première version de l’opéra, d’une durée de 4 h (en comptant les deux entractes) fut jouée de façon privée en concert au Carnegie Hall à l’automne 1935. La première eut lieu au Colonial Theatre de Boston le 30 septembre 1935, comme un essai pour Broadway où le début de Porgy and Bess a été donné à l’Alvin Theatre de New York, le 10 octobre 1935. Mais il a fallu attendre les années 1980 pour qu’il soit reconnu aux États-Unis comme un véritable opéra au XXI e siècle, c’est un classique du répertoire lyrique américain.

Summertime est la chanson la plus connue de cet opéra : elle a été reprise par de nombreux artistes, principalement en jazz vocal et instrumental.

Musicalement, Porgy and Bess réussit une synthèse innovante entre les techniques orchestrales européennes, le jazz américain et la musique populaire. Porgy and Bess

Porgy and Bess raconte l’histoire de Porgy, un mendiant noir estropié vivant dans les taudis de Charleston, en Caroline du Sud, qui tente de sauver Bess des griffes de Crown, son concubin, et de Sportin’Life, un dealer qui voudrait la prostituer.

Porgy and Bess, réalisé en 1959 par Otto Preminger, est le dernier film produit par Samuel Goldwyn. Sidney Poitier (Porgy) et Dorothy Dandridge (Bess) sont doublés par des chanteurs d’opéra. Sammy Davis Jr. joue le rôle de Sportin’Life.

Depuis 1974, on ne peut plus voir ce film : cette année-là, les ayants droit de George Gershwin ont fait interdire sa diffusion, considérant qu’il trahissait l’œuvre d’origine en en faisant une comédie musicale plus qu’un opéra.

En 1993, Trevor Nunn réalise une adaptation pour la télévision.

And the show must go on,  le spectacle continue ..

 

Norbert Gabriel

Entretien avec Julie Lagarrigue et Cécile Delacherie pour la sortie du livre-disque « Chansons à 2 accords », une aventure musicale et humaine exceptionnelle

21 Déc

 

 

C’est à peine il y a quelques mois qu’est sorti le livre-disque « Chansons à 2 accords », aboutissement d’un travail méticuleux et colossal, non pas pour signer la fin d’une aventure extraordinaire, mais pour en graver le souvenir sur un support matériel, support ayant vocation à faire connaitre et partager le sens d’une expérience musicale et humaine, et permettre à d’autres de s’en approprier les chansons, l’objet comportant en plus de l’enregistrement de trente morceaux interprétés par des chorales diverses, les partitions et les paroles de ceux-ci écrites lors d’ateliers en milieux hospitaliers, ainsi que des textes émouvants rédigés par des participants au projet.

Vingt-trois chorales, quatorze chefs de chœur et quinze musiciens, parmi lesquels Agnès Doherty [Lire ici], Anthony Martin et Emmanuel Commenges [Lire ici], et surtout quatre cent vingt chanteurs, enfants et seniors, personnes en situation de handicap ou luttant contre une maladie physique ou psychiatrique, détenus et travailleurs sociaux, patients et soignants, amateurs et professionnels se sont fédérés autour de Julie Lagarrigue [Lire ici] et Cécile Delacherie [Lire ici], pour chacun porter sa pierre à l’édifice collectif, enfanté du travail mené depuis de longues années par les deux artistes lors d’atelier de création de chansons en milieux hospitaliers, et dont l’investissement a par ailleurs permis l’ouverture cette année de la Maison des Arts et Art-thérapeutes d’Aquitaine [MAATA] au sein du plus grand Ehpad de France, à Terre Nègre au centre ville de Bordeaux, née de cette même dynamique, tout comme l’association que ces mêmes artistes ont fondée avec d’autres, Le Dire Autrement, qui produit le livre-disque. Sous des aspects de travail de fourmis, c’est bien pourtant une œuvre à l’ampleur tentaculaire qui témoigne et exprime comme est profonde la foi en la dimension thérapeutique de l’art qui anime ces artistes, qu’on retrouve à l’élaboration et la réalisation de ce projet hors norme, et à propos duquel il faut saluer aussi le travail accompli pour l’enregistrement par des personnes fragilisées pour qui il a quand même constitué une pression éprouvante. L’objet final est là, disponible dans plusieurs librairies locales et directement auprès de l’association, ici : https://www.helloasso.com/associations/le-dire-autrement/paiements/livre-disque-augmente-30-petites-choses-chansons-a-2-accords

Julie Lagarrigue et Cécile Delacherie acceptaient il y a peu de nous accorder un entretien pour parler de cette œuvre collective, retraçant une aventure enrichissante émotionnellement et humainement sans nul doute, et peut-être aussi transcendante, voire thaumaturge, pour de nombreuses personnes, mais offrant également aux autres des chansons accessibles à partager et interpréter. Une œuvre amenée à vivre désormais sur scène et être portée devant le public, dès que la reprise de la vie évènementielle le permettra en France.

 

– Bonjour et merci de nous accorder un peu de temps. Remontons à l’origine de cette aventure : pouvez-vous nous en raconter l’histoire qui a abouti à la réalisation du disque ?

– Cécile : En 2014 Julie m’a demandé de venir avec elle à un atelier d’écriture de chanson à Perrens [hôpital psychiatrique de Bordeaux]. Il y avait beaucoup de monde ; et venait qui voulait, patients et soignants, à qui on avait juste demandé de ne pas mettre de blouse, afin de ne pas distinguer les uns des autres. Anthony Martin nous accompagnait à la guitare. Et on a continué d’année en année, en proposant aux différentes unités d’aller y faire chanter les gens. Le principe en est simple : on écrit les paroles avec les gens, dans un cadre temporel fixé à une heure, et au bout de l’heure, on chante la chanson en l’état avec la musique que Julie a posée dessus, et on l’enregistre.

– Julie : Les unités dans lesquelles nous intervenons sont des unités fermées ou ouvertes, réservées aux mères avec enfant, ou aux adolescents. On voit vraiment tous les publics différents qui se trouvent là. Et pendant une heure, on se met à l’écriture d’une chanson avec les gens. Le fait qu’on s’impose la contrainte de réaliser la chanson en une heure permet d’avoir un résultat intéressant. Car pour écrire rapidement une chanson à plusieurs, il faut réussir à trouver un consensus dans lequel tout le monde se retrouve. On lance donc l’atelier d’écriture et dès qu’on dispose de deux ou trois phrases, assez vite je me mets de côté avec la guitare pour trouver un air facile à retenir qu’on peut directement poser dessus. C’est pour ça que c’est « chanson à deux accords ». Certaines ont été réadaptées bien sur, mais à la base, elles sont toutes composées avec des accords ouverts à la guitare. On a un classeur où sont compilées ces chansons, et lorsqu’on arrive dans une unité, on les distribue pour chanter ensemble ces chansons.

 

– L’idée de l’enregistrement d’un disque vous travaillait-elle dès l’origine des projets d’ateliers ou a-t-elle émergé et mûri au fil du temps ?

– Cécile : On s’est très vite retrouvés avec une quarantaine de chansons, dont certaines vraiment très belles. Et on trouvait dommage l’idée qu’elles ne laissent pas de trace. Il fallait en faire quelque chose. Dans le même temps Frédéric Serrano, qui s’occupe entre autre de la chorale de la maison d’arrêt de Gradignan  a voulu chanter une de nos chansons. C’est à partir de là qu’a muri l’idée de réaliser un objet avec les enregistrements, les textes et les partitions, afin que les chansons puissent être chantées par d’autres. Tout le monde a trouvé l’idée de ce livre augmenté superbe. Le travail de collecte des textes et de réécriture de partition a été un boulot très laborieux, et on a contacté des chorales amateures, semi-pro, et professionnelles pour interpréter les chansons. Le concert de restitution a été un superbe moment de partage avec les participants des différentes chorales. Et puis le confinement est arrivé là-dessus et nous a mis un gros coup de booster pour travailler, peaufiner, et finaliser l’objet. Nous avons reçu le bouquin fin aout, mais pas pu faire vivre les chansons sur scène malheureusement pour le moment. Mais ce livre-disque existe et nous en sommes très contents. Il est évident qu’il existe pour que les gens puissent en chanter les chansons ; donc dès que le confinement sera fini, on reprendra notre bâton de pèlerin pour porter les chansons vers le public.

 

– Il ne s’agit pas uniquement d’un simple enregistrement d’un concentré du travail accompli. Le livre-disque constitue un objet élaboré, avec une esthétique photographique soignée, les textes et les partitions des chansons, un « lexicabulaire » humoristique, des textes. Réaliser un objet original ayant pour vocation de faire connaitre et partager l’expérience humaine, artistique et sociale que vous avez vécue, mais aussi de servir de support de travail à ceux désireux d’en interpréter les chansons était-il un impératif pour vous?

– Julie : Je voulais que le disque soit un bel objet, et non pas une compilation de restitutions qu’on écoute une fois, parce qu’on l’a achetée, puis qu’on range. Mon idée était que ce soit un objet qui puisse servir de méthode musicale, dont des professeurs, des animateurs, puissent se servir pour faire chanter. Je voulais faire quelque chose qui ressemble au Diapason un peu. Comme ce sont des chansons faciles à retenir et aussi à jouer, l’idée d’un manuel accessible à tous s’est imposée avec celle d’un bel objet. Ces chansons ont été écrites confinées, et l’idée est de les faire vivre en dehors de l’hôpital. Il y a de très belles photographies, un beau travail de graphiste.   

-Cécile : On n’a pas écrit des chansons pour enfants. Mais il est vrai que comme elles sont simples, même si certaines ont des arrangements quand même un peu plus sophistiqués que d’autres, des enfants comme des adultes peuvent se les approprier. Anthony a en plus arrangé des compositions de manière très variée. C’est très accessible, même quand on n’a pas un haut niveau de guitare.

 

– Pourquoi avoir fait appel à des chorales extérieures à l’aventure originelle pour enregistrer les titres? Était-ce irréalisable avec les gens ayant participé aux ateliers?

– Julie : A Perrens il n’y a pas de chorale, et donc on trouvait dommage que ces chansons, ne se chantent pas, car elles sont très belles. Il est très compliqué malheureusement de monter une chorale dans l’hôpital, dans la mesure où les gens y rentrent et en sortent parfois très rapidement. On ne sait jamais d’une session à l’autre qui on va revoir ou pas. C’est une espèce d’essence prise sur le vif de ces paroles, et aussi de ces publics là, les publics particuliers du milieu psychiatrique, mais qui sont aussi des gens comme toi et moi. Il y a un sacré tabou dans ce pays, où on véhicule le cliché que les gens en milieu psychiatrique sont des fous. Alors qu’en fait en psychiatrie, on croise des gens en dépression, en burn out, qui ont perdu un proche, enfin des gens comme toi et moi, et qui souvent ne restent pas longtemps, ce qui fait que souvent on les voit lors d’un atelier, et la semaine suivante, ils ne sont plus là. Donc au résultat, ça fait des archives de chansons, écrite par des tonnes de gens différents. On a décidé de porter ce projet avec l’association Le Dire Autrement. C’est vite devenu un projet énorme, et comme les finances manquaient, on a proposé à chaque chef de chœur qu’on connait dans la région, et qu’on sait être un peu sensible au côté social, de chanter une chanson avec sa propre chorale, et d’enregistrer avec nous ensuite. Anthony Martin a arrangé les chansons, certaines pour orchestre, d’autres en musiques actuelles, d’autres complètement a capella. On s’est retrouvé avec une quinzaine de chefs de chœurs, et des chorales de tous styles : j’avais des ateliers en maison de retraite, des instituteurs avec les enfants de leur école primaire, des professeurs avec leurs collégiens, des chorales de prison, de malades en post-cure psychiatrique, des chorales d’amateurs comme Yakafaucon [Lire ici], des chorales professionnelles, toutes à des niveaux complètement différents. Anthony a fait beaucoup de guitares lui-même ; mais il y a aussi d’autres musiciens qui ont participé, comme Agnès Doherty ou Emmanuel Commenges.

 

– Comment avez-vous décidé la sélection des chansons pour l’enregistrement?

-Julie : On  a sélectionné trente chansons. On a fait une représentation à mi-parcours pour le festival Hors Jeu/En Jeu d’Ambarès (33), et des écoles de Dordogne sont venues, ce qui fait que le projet a débordé des frontières de la Gironde. D’autres restitutions étaient prévues pour que les chorales se rencontrent, mais avec le confinement tout a été mis en suspens. Anthony a aussi passé des heures à s’occuper des enregistrements, des prises, des mix. On lui avait donné pour consigne que ce soit beau, et c’est un travail compliqué avec des chorales d’amateurs et des gens fragilisés. Alors on n’a pas pu tout garder. C’est un peu un entre-deux entre une participation d’amateurs et un travail professionnel quand même. Il y a aussi là des textes d’auteur, Hubert Chaperon par exemple, Fred Serrano qui travaille avec les gens incarcérés à la prison de Gradignan, qui possède la seule chorale mixte de France. Le fait que l’association Le Dire Autrement soit producteur de l’œuvre nous a permis d’avoir les mains assez libres quand même. Sept cent exemplaires ont été édités pour le moment et ça part assez vite.

 

– Tu parles de l’association le Dire Autrement, que vous avez fondée et animez. Son histoire est intimement liée à un engagement qui vous tient à cœur et s’est concrétisé cette année avec l’inauguration de la MAATA. Pouvez-vous en parler ?

– Julie : La MAATA a ouvert ses portes juste avant le confinement. Même si les choses tournent un peu au ralenti, en vertu des circonstances actuelles, on y propose régulièrement à tous des ateliers et des stages avec des artistes et des art-thérapeutes, des séances d’art-thérapie individuelles ou en groupe, des ateliers d’art adapté, de différentes disciplines, où des personnes en difficulté peuvent côtoyer n’importe qui a envie de s’y inscrire. L’idée était d’avoir  un endroit où les publics se rejoignent. Durant le confinement, comme beaucoup d’art-thérapeutes restaient sans activité, on a lancé l’initiative d’écrire chacun un courrier et d’entretenir par écrit un lien positif avec les gens dans les Ehpads. Nous avons reçu énormément de réponses et l’initiative a été reprise un peu partout en France.

 

– Quel sentiment gardez-vous de cette représentation scénique externe qui a eu lieu à Ambarès?

– Julie : On a quand même des participants qui sont bien touchés. Quand on a chanté à Ambarès, les gens avaient la chair de poule. On avait deux leads avec la chorale derrière, qui tremblaient de chanter devant les gens. Mais c’était magnifique. On entend chaque voix, avec sa vie derrière. Il y a quelque chose de très touchant chez les amateurs, parce que justement ils ne sont pas professionnels et sont donc hyper émus en chantant. Ne pas être dans la maitrise libère autre chose. Chaque personne a choisi sa chanson. Par exemple Emmanuel Commenges a choisi en fonction de la chorale d’enfants qu’il faisait travailler. Lors de la restitution à Ambarès, comme chacun avait chanté deux chansons, la soirée a été vécue comme quelque chose d’extraordinaire. Pour certains ça faisait très longtemps qu’ils n’avaient pas vécu une soirée pareille, avec une sortie tard, un catering. Une des personnes de la chorale des seniors que j’ai croisée deux semaines après avait gardé son bracelet de la soirée en souvenir. J’ai aussi croisé des gens d’une autre chorale dans le tramway qui sont venus me dire combien cette soirée-là a été un moment génial pour eux, car ils se sont tous retrouvés et mélangés pour chanter. Avec Cécile on a dû pas mal improviser, car on savait que tel groupe chantait telle chanson, et il fallait organiser un spectacle qui ne dure pas trop longtemps, avec des changements de plateau sur quasiment toutes les chansons. Mais il n’y avait quasiment pas eu de répétition pour les gens. Agnès Doherty a joué de la contrebasse sur tous les morceaux ; Emmanuel Commenges du saxophone ou de la clarinette. Et on s’est donc retrouvés à six ou sept musiciens à faire un orchestre pour des gens avec qui on n’avait jamais joué.  

 

– Avez-vous reçu de la part des personnes malades participants aux chorales des retours quant aux bienfaits émotionnels et psychologiques, peut-être à une certaine transcendance, que cette expérience leur a permis d’avoir, dans une optique de guérison?  

– Cécile : Pas directement. Mais ce qui est sûr, c’est que lors du concert à Ambarès, les participants sont restés jusqu’au bout et ont gardé les bracelets durant des jours. Pour eux ça a été vécu comme un moment très privilégié, de rencontres avec d’autres et en tant que chanteurs, et non plus en tant qu’handicapés ou malades. Certaines chansons ont une patte particulière, car elles ont été écrites dans ce cadre spécifique. Les chansons écrites avec des gens non atteints par des pathologies ou handicaps n’ont pas la même couleur. Elles sont plus réfléchies, pensées, construites. Au début les patients avaient peut-être du mal à prendre la parole, et puis comme nous déconnions beaucoup et qu’on ne censurait rien et acceptait tout, au bout d’un moment, des choses se sont libérées. Et puis certains patients qui avaient, de leur vie professionnelle d’avant, des compétences, des qualités, un savoir-faire, ont vu revenir ces choses, par exemple un rapport à l’écriture, des mots savants, des expressions magnifiques.

– Julie : Les prises d’enregistrement dépendaient de chaque chœur. Il fallait s’adapter à l’épreuve des prises de son ; lorsqu’on a enregistré la chorale avec  des patientes de l’hôpital Bergonié soignées pour des cancers du sein, j’ai dû stopper à un moment, car évidemment le professionnel n’était pas satisfait, car on n’a pas vraiment ce qu’il faut, mais les gens n’en pouvaient plus de fatigue. Alors on n’a pas vraiment eu de retour sur les bienfaits que leur a apporté la participation au disque. On n’a pas assez de recul pour cela, et je pense que certains n’ont pas encore réalisé. Ceux qui ont reçu l’album le trouvent très beau. Mais l’essentiel des retours a eu lieu chorale par chorale. C’est difficile de s’emparer de l’ensemble d’un projet quand on a chanté qu’une chanson sur trente. Il reste que ça a créé du lien entre les chorales et entre les gens forcément. Certains ont gagné dans leur estime, car ils disent être très fiers d’avoir réussi à participer à un tel projet, alors qu’ils en étaient angoissés parfois et ont mené un combat douloureux et épuisant.

 

– Cécile, tu mentionnes l’exemple de certains patients qui ont vu ressurgir des compétences de leur vie d’avant hospitalisation. Est-ce que cette aventure a pu être aussi pour d’autres l’occasion d’envisager une vie d’après, au sens où elle a pu éveiller une passion, ouvrir une perspective, faire prendre conscience d’un talent ou d’une sensibilité artistique avec lesquels se projeter dans l’avenir et qui les a valorisés?

– Cécile : Exactement. J’ai vu arriver un jour dans un atelier une institutrice avec qui j’avais travaillé deux ou trois ans auparavant. Elle avait fait un burn out. Et ça peut arriver à n’importe qui, à n’importe quel moment. Pour les adolescents l’expérience a été chouette aussi, car souvent ils s’ennuient dans l’unité ; les soignants n’ont pas forcément le temps de les occuper avec des choses passionnantes. Ils avaient une grande force de proposition pour l’écriture. On peut parler aussi des gens originaires de pays et de cultures étrangères, qui ont pu mettre des mots étrangers dans les chansons, et nous raconter un peu de leur culture. Dans l’unité mère-enfant, une soignante a souhaité écrire une petite comptine qui servirait au début d’atelier, et ils la rechantaient à chaque début d’atelier, un peu comme un rituel. Dans certaines unités où on a travaillé, c’était un des objectifs de permettre à leurs patients de trouver une ouverture pour des projets futurs. C’était des unités qui préparent les gens à la sortie et la reprise d’une vie normale active. On a eu des ateliers avec des musiciens, et pour le coup certains patients envisageaient d’apprendre ou reprendre un instrument de musique. Il y a eu aussi un atelier de danses africaines qui travaille depuis longtemps à Perrens ; on a donc pu échanger avec ses animateurs là-dessus ; un atelier de photographie aussi. Pour anecdote, un autre atelier avait proposé pour une boum aux patients de se choisir chacun une chanson qui passerait lors de l’évènement, et nous avons été scotchés par une dame qui d’ordinaire ne bougeait pas et nous a fait une chorégraphie de dingue, très précise, qu’elle avait du apprendre par cœur, sur une chanson de Mylène Farmer, qu’elle avait choisie : la chanson l’a subitement ramenée dans un temps d’avant, une vie d’avant où elle dansait. Et une fois la chanson finie, terminé : elle s’est rassise et il n’y avait plus personne. Faire chanter et danser les gens, c’est plus que du plaisir : ça relève du soin. Mais il faut que les soignants réinvestissent cela, déjà qu’ils aient le temps de venir, car souvent ils y sont favorables, mais manquent de temps et de disponibilité. Maintenant ce qui va faire vivre le disque, c’est qu’on puisse faire des restitutions et inviter les gens à se rendre compte de ce que ça peut être de faire chanter ensemble un même répertoire des gens qui ne se connaissent pas.        

 

– Un mot sur le « lexicabulaire » explicatif qui clôture le livre-disque de manière originale, humoristique et aussi en permettant de transmettre un peu de ce que vous avez vécu et la manière dont vous l’avez perçu?

– Cécile : Comme on a un regard sur la psychiatrie, on a toujours discuté de ce qu’on faisait ensemble, car parfois c’est assez dur et riche émotionnellement à vivre. Donc on débriefe un peu ensuite et on se dit beaucoup de choses sur la relation entre la chanson et le soin. On voulait aussi raconter à travers ce livre-disque ce que nous avions vécu humainement, ce que ça nous a fait. Et on a proposé à des gens intervenus en milieu hospitalier ou en marge d’écrire des choses. Donc il y a des textes aussi de comédiens qui racontent leur expérience. Et comme on voulait aussi que des sigles et des réalités de l’hôpital psychiatrique soient expliqués, on a fait ce « lexicabulaire » avec plein de petits articles dans lesquels on raconte et on explique des choses, parfois en disant des conneries. C’était une partie de création plus rigolote.

– Julie : On a mis un « lexicabulaire » rempli de conneries à la fin, pour la touche d’humour, auquel les gens ont participé. Ajoutons que beaucoup de partenaires ont aidé ce projet à voir le jour, et nous les en remercions. Monter des dossiers de subvention a été très difficile, dans la mesure où chaque organisme dédié ne peut subventionner que des projets entièrement consacrés à son propos. Et comme notre projet s’adresse à tous les publics, ça compliquait les choses ; mais l’IDAAC, ainsi que d’autres nous ont bien soutenus. Malheureusement maintenant les appels à projets impliquent de rentrer dans les clous, ce qui n’est pas du tout le cas de celui-ci. Ce ne serait que moi, je donnerais le livre-disque à tout le monde. Mais ce n’est pas mon disque ; beaucoup de gens y ont œuvré et ça a nécessité du travail et de l’investissement.

 

 

Miren Funke

crédits photos: M.Legrand Rolbac Funke
Pôle culture CH Charles Perrens/ DRAC/ IDDAC/ Fondation John Bost/ CNV/Bordeaux Métropole/Nouvelle Aquitaine

Liens :

Pour commander le livre –> Association Le Dire Autrement : https://ledireautrement.fr/

https://www.facebook.com/Association-Le-Dire-Autrement-MAATA-779811905707706/

Julie Lagarrigue : https://leveloquipleure.fr/

Cécile Delacherie : https://www.facebook.com/cecile.delacherie

 

 

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