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Retour sur le tracé d’Ecart, un groupe qui laisse son incursion poétique singulière dans l’aventure du Slam francophone

19 Juil

L’histoire de la chanson est ainsi faite, d’artistes et d’œuvres qui vivent la chance de rencontrer leur public immédiatement, et durablement ou pas, et aussi d’autres, dont l’actualité ayant été peu ou mal perçue des oreilles de leurs contemporains, restent pour un temps éclipsés jusqu’à ce que la trace qu’ils ont inscrite réapparaisse et que son importance soit estimée à sa juste valeur. Il est aussi des publics qui ne peuvent pas croiser la trajectoire d’un artiste au moment opportun, et des médias qui passent à côté d’une merveille méritant une attention particulière, sans daigner y jeter un regard. Nous n’étions pas de ceux là il y a trois ans, lorsque le groupe Ecart, formé par le poète slameur Eric Cartier, le guitariste Christophe Isselee, tout comme lui ancien membre du groupe Vibrion, qui fut parmi les pionniers du Slam en France, et la batteur-percussionniste et clarinettiste Alexis Kowalczewski, fit escale à Bordeaux pour nous faire découvrir la richesse d’un univers qui s’inventait et que les trois artistes nous esquissaient avec passion lors d’un entretien qu’ils nous avaient accordé alors. Malheureusement une usurpation (maladroite ou malveillante ?) dans l’entourage professionnel du groupe -prétendument chargée de servir d’intermédiaire- nous ayant signifié qu’il était préférable pour le groupe que l’entretien ne soit pas publié sur le moment, mais gardé sous le coude provisoirement jusqu’à son aval (qui ne vint jamais), nous avions consenti alors à répondre favorablement à la requête que nous pensions à tort émaner des membres du groupe. Hélas à la lumière de récentes infirmations, il apparait évident qu’il est parfois des professionnels du milieu artistique suffisamment prétentieux pour s’octroyer un pouvoir et s’investir d’une mission que les artistes ne leur ont pas confiés, de même qu’il est des chroniqueurs trop naïfs –mea culpa- pour suspecter le mensonge là où il n’a aucune raison logique d’exister. Je regrette amèrement l’excès de confiance et de crédulité dont je fis preuve à ces heures, et d’autant plus amèrement qu’Ecart a aujourd’hui cessé d’arpenter les scènes et qu’il ne nous est plus pour le moment possible d’écouter croitre, bruire et prendre ampleur le vaste champ dont les semences alors jetées par le groupe prophétisaient la fertilité, et de l’entendre orchestrer ce qu’il avait à nous dire, ses musiciens participant actuellement à d’autres projets artistiques. Aussi, s’il est permis aux mots de servir parfois à rétablir un peu de justice, même tardivement, les miens s’autoriseront-ils un retour sur un passé pas si lointain et qui me semble pourtant déjà être de ces moments de créativité appelés à intégrer le patrimoine de la Chanson et y jouer un rôle dont la postérité mesurera la singularité, l’ingéniosité et la clairvoyance innovatrice, pour tenter d’éclairer un peu l’amorce d’épopée de ce groupe qui a su orienter le Slam vers une certaine transcendance et transporter des paroles justes, un sens moderne du jeu de mot (« G 8 ans » qui nous interpelle sur le sort imposé aux enfants du Tiers-Monde par la politique économique mondiale) et la magie de la langue française dans un vaisseau musical où se métissaient des influences nourricières, d’un élan de Blues  tellurique (« De là ») aux parfums orientaux (« Le citron frappé ») et parfois envouté d’une entêtante tourne hypnotique évoquant l’obsédant « Sinnerman » de Nina Simone (« Choukran »). M.Funke

 

« S’assèche et se craquèle

La croute terrestre

Qui ne connait plus que des pluies de plombs

Déformées par le fracas de la poudre aux yeux

Pleurs des enfants » (« Capital »)

L‘Ep « Tracé » qui annonçait la préparation d’un album à venir en 2017, distille, au gré des variations d’un climat sonore savamment détaillé, des textes, déclamés et chantés par la présence d’une voix grave et douce, qui nous invitent à l’appréhension d’un monde irrigué de sources culturelles hétérogènes et ouvrent de larges espaces à visiter. Il fonde une énergie propre à happer nos sens, au propos non dénué d’engagement, et implante des émotions pénétrantes, « des sédiments pour nos sentiments » (« Le citron Frappé ») qui après nous avoir captivés, nous rendent à nous-mêmes un peu différents : graves et légers, embrumés et extralucides à la fois, comme revenus à la pleine conscience après une hypnose, avec le sentiment d’avoir vécu un voyage authentique, « cet ailleurs qui devient un nouvel ici » (« De là »). Voyage que le public présent lors des représentations du groupe à l’affiche de multiples festivals jusqu’en fin 2017 ne pouvait que goûter et savourer avec plus de précision et de vivacité encore, Ecart et son univers investissant pleinement les scènes sur lesquelles il eut l’art de l’animer, avant de cesser ses activités -momentanément, espérons le- après la mise en ligne sur la page du groupe de l’extrait «L’échappée Bulle».  « Quoi qu’il arrive, qu’on y pense ou pas,  on ne fait que passer » précisaient les dernières paroles de la chanson « Passer au pas » qui clôture l’EP: rien n’est moins sûr pour ce groupe qui œuvrait à ouvrir un couloir d’air dont la fécondité pourrait s’avérer bien moins anodine que certains le crurent, et faire référence à l’avenir. Et quand bien même, Ecart n’aurait-il fait que passer pour « juste faire pousser des poignées de bonheur » (« Choukran »), il eut au moins l’intelligence de saisir la nécessité de le faire. Alors merci d’être passé.

Et puisqu’Il n’y a plus que les images rares et belles qui rassemblent (« De là »), des images telles qu’Ecart sut en imaginer, nous nous permettrons, par principe, de publier ce jour l’entretien que les membres du groupe nous avaient accordé lors de leur passage à Bordeaux en 2016 pour nous raconter un peu Ecart, sa genèse, son travail et sa vision.

 

– Bonjour messieurs et merci de nous accorder cet entretien. Ecart est une formation qui vient d’éclore, et pourtant chacun de vous a déjà un activisme de longue date dans la musique. Comment vous êtes vous connus ?

– Eric : Moi et Christophe nous connaissons depuis très longtemps, avec Alexis depuis un peu moins, mais on a toujours fait de la musique ensemble depuis notre rencontre. Nous avions fondé avec Christophe et deux autres amis, Fréderic Nevchéhirlian et Stéphane Paulin, puis Julien Lefèvre qui nous avait rejoints plus tard le groupe Vibrion. Le groupe s’est arrêté de fonctionner à un moment, car Fred avait l’envie et l’opportunité aussi de développer un projet solo ; moi aussi d’une certaine manière. Vibrion n’a pas clashé ; c’était une séparation un peu naturelle.

– Christophe : Certaines histoires connaissent des moments où les uns ne peuvent pas répondre aux besoins des autres, et vice versa. Donc les séparations se font naturellement, sans heurt, sans blessure, et chacun trouve sa voie personnelle à poursuivre. Un projet collectif est aussi formé d’individualités, qui ont besoin de s’exprimer ailleurs parfois. Ceci dit on continue de se voir ; l’an dernier nous avons joué avec Fred, et c’était plaisant de se retrouver sur scène ensemble. Mais Eric a une plume, et il fallait qu’il soit aussi reconnu pour ça. D’où la nécessité de faire vivre cet autre projet.

– Eric : Ce qui est positif, c’est que nous nous retrouvons dans une dynamique où chaque projet des uns et des autres sert quelque part les autres projets, dans un échange et un partage permanents. C’est en ça que ça me fait bizarre de dire que Vibrion est fini. Parce que malgré tout il reste une entité Vibrion qui existe encore, et impulse chacun de nous dans ce qu’on fait à la suite du groupe.

– Christophe : Cette expérience nous a confortés dans l’idée que l’écriture telle qu’on la connait dans le Slam ou la poésie déclamée avait une vraie place à prendre dans le paysage musical ; ça a permis d’assoir une conviction qui était la notre, de voir que ça pouvait fonctionner et qu’il y a un public désireux d’entendre ça. Il faut dire qu’à échelle régionale, autour de Marseille, Vibrion a été un des groupes, si ce n’est le groupe, précurseurs du genre, qui mettait en avant une poésie déclamée, très fournie, parfois alambiquée, à haut débit, inspirée du « spoken word » avec une proposition musicale autour du texte.

– Eric : Pour revenir à notre rencontre, il se trouve que je vis à présent à Lautrec dans le Tarn où est organisé un petit festival nommé « FestivAout ». En 2012 ce festival m’a programmé en me donnant carte blanche pour organiser le concert selon mes envies. J’ai donc appelé mes deux amis pour leur proposer de jouer en formation. Cela nous a beaucoup plu et nous avons décidé d’essayer de développer cette histoire. 

– Alexis : Eric s’occupait de l’atelier d’écriture du Café Slam de « Alors Chante ! » à Montauban, il y a 7 ou 8 ans. J’ai été voir une des scènes ouvertes, où il se produisait, et je lui ai demandé si ça ne le gênait pas que je vienne faire un peu de musique pour accompagner ses mots. Il était un peu sur la réserve, car normalement pour les puristes le Slam se fait sans musique. Des intégristes, il y en a partout ! Mais j’y suis allé quand même. Puis deux mois après, Eric m’a rappelé pour me proposer un trio avec un autre musicien. C’est à cette occasion qu’il m’avait donné un disque de Vibrion que j’ai adoré : j’ai découvert un univers qui me paraissait être une évidence. J’ai rencontré le groupe lors d’un concert quelques temps plus tard, où il m’a invité à jouer en leur compagnie sur scène. J’étais tellement fier et heureux de pouvoir jouer avec eux ! On a refait quelques collaborations, jusqu’au jour de ce festival à Lautrec où nous avons monté la formation Ecart. On s’est enfermés deux-trois jours pour mettre les choses au point. Auparavant j’avais beaucoup travaillé à la batterie sur le disque de Vibrion pour pouvoir être opérationnel sur ce genre de chose instable, car autant je connais bien la clarinette, autant j’ai appris la batterie de manière autodidacte, ce qui fait que je dois redoubler d’effort. Le concert s’est vraiment bien passé, simplement, avec une énergie incroyable. Pour moi, ce jour là, on a fait un tour de magie. Je n’en revenais pas ; j’étais comme un enfant émerveillé. La suite n’est pas toujours facile, mais il faut continuer, créer des opportunités, des événements, arriver à poursuivre cette aventure, même si c’est parfois compliqué, car nous avons chacun nos vies respectives, avec des projets qui prennent du temps. Et nous sommes aujourd’hui réunis pour aller au-delà d’un projet qui était amateur, malgré le professionnalisme qu’on pouvait y mettre. Il s’agit de passer à une étape supérieure en gardant l’âme.

– A contrario de nombreux groupe de Slam, vous développez autour des textes une création musicale inspirée et audiblement nourrie d’un métissage d’influences assez riche. Qu’est-ce que cette démarche non conformiste ou « non puriste » vous permet d’exprimer de plus?

– Christophe : Ça fait écho à une discussion qu’on a eue juste avant. Déjà il y a des terrains communs : beaucoup de musiques que nous affectionnons particulièrement, tous les trois. C’est pourquoi on trouve ce mélange là qui peut évoquer les grands espaces, la quiétude, quelque chose qui permet l’introspection et en même temps l’évasion. C’est d’ailleurs ce que permettent généralement les musiques dites métissées.

– Eric : Je n’ai pas pour ma part à proprement parler de formation musicale. Mais on se nourrit allègrement de nos expériences de vie, de nos rencontres musicales ; nous n’avons pas peur de nous laisser guider par nos influences. Il y a vraiment ce tronc commun qui fait que quand nous sommes tous les trois ensemble nous avons une vision élargie de ce que peut être la musique, et on aime aller vers tous ces chemins qu’on n’a pas forcément emprunté auparavant, mais qu’on prend plaisir à découvrir.

– Christophe : J’ai fait un petit passage en école de Jazz, qui n’a pas duré très longtemps, mais suffisamment pour me faire comprendre qu’on peut enrichir les choses tout en les réduisant harmoniquement. Par exemple on peut accumuler 4 ou 5 accords pour composer une chanson de rock ; mais on peut aussi fournir quelque chose de plus riche en terme de ressenti, en enlevant des informations harmoniques. Mais nous avons surtout appris de la formation de la vie, des rencontres, du contact de musiciens d’autres cultures. J’ai eu la chance de croiser des musiciens algériens, guinéens, et de pouvoir toucher du bout des doigts la musique d’Afrique.

– Eric : On a pas mal voyagé là bas. On est allés quelques jours à Kinshasa, en Egypte, au Bénin.

– Christophe : En revanche l’apprentissage de ces musiques-là ne s’est pas fait en milieu classique au sens scolaire. Il y a des musiques qui ne s’apprennent pas dans des structures. Et puis pour ma part, Vibrion a été une vraie école : j’y ai découvert l’art subtil d’accompagner les mots. Même si je ne suis pas devenu spécialiste du genre, mon jeu s’est développé autour de ça. J’affectionne particulièrement le fait d’être derrière, de « faire le tapis » sur lequel glisse le texte.

– Alexis : Mes propos vont rejoindre ceux de Christophe ; j’adore aussi faire ça, prolonger la résonance de l’âme des mots avec le son. Mais ce ne sont pas que les mots qui importent ; c’est aussi celui qui les dit, son corps, sa présence, son expression vivante. Il s’agit de jouer avec les sons des mots. Dans l’absolu effectivement, la musique n’a pas besoin de mots et les mots n’ont pas besoin de musique.

– Parlons des thématiques que vos chansons où si les réflexions introspective et émotionnelle  occupent un large espace, on distingue aussi un propos clairement engagé contre les injustices de l’humanité, et ceci se formulant toujours avec un souci palpable d’une esthétique de la sonorité des mots et des phrases. Comment les abordez-vous ?

– Eric : C’est un spectre assez vaste. Je parle du monde qui nous entoure. C’est-à-dire que les mots me viennent directement de ce qui m’entoure ; je suis inspiré par ce qui se passe autour de moi, dans un cercle plus ou moins large. Il n’y a pas dans mon écriture de thème particulier de prédilection. Mais je me qualifierais comme quelqu’un de plutôt humain, donc sensible à l’injustice, touché par ce que je trouve injuste ou complexe.

– Christophe : C’est aussi la conscience de l’autre. Evidemment nous vivons dans un monde compliqué, dans une société qui prône l’individualité, mais tu ne peux pas faire abstraction de l’autre.

– Eric : Et puis quand j’ai commencé à écrire, le but du jeu était de faire de la musique avec les mots, sans forcément vouloir donner un sens. Au départ je me suis vraiment mis à l’écriture en rencontrant la discipline du Slam ; faire sonner les mots était primordial. Et je me suis très vite rendu compte que le sens nous sautait dessus de lui-même. Je n’ai jamais eu avant de démarche littéraire à proprement parler ; c’est la chanson qui m’a donné le gout des mots. Et en français. J’ai toujours considéré comme une erreur de croire que cette langue ne peut pas sonner musicalement. Il suffit d’écouter pour s’en rendre compte. De toute façon je ne maitrise pas assez l’anglais pour écrire dans cette langue. Ceci dit je suis très touché par des chansons anglophones dont je ne comprends pas tout le sens, mais de la même façon dont je peux être touché par des chansons en Arabe, en Belge ou en Allemand. Hier soir on a joué à la Fac d’Albi, et une personne a déclamé un poème en allemand. Et c’était très beau. Pourtant on est souvent tenté de trouver cette langue gutturale et dure ; mais malgré tout il y avait une vraie musicalité, très touchante. C’est ce qui m’émeut en premier lieu. Et puis le fait d’écrire permet d’évacuer pas mal de choses ; c’est presque une thérapie. Du moins ça rentre dans un processus thérapeutique.

– Alexis : Dans le groupe, si je m’occupe des percussions et je joue de la clarinette basse c’est que je suis amoureux du son, plus que de la musique elle-même. La musique va plus loin que l’association de mots, de gens, de sonorités. J’aime ne pas être dans les conventions. J’adore être en milieu naturel, plus dans le minéral que dans le végétal ; mais j’aime quand même le végétal. Je me nourris de la percussion d’un chant d’oiseau par exemple. On n’a rien inventé. Si on a un tant soit peu d’acuité, même sans être musicien, tout est là et existe déjà. Tu vas aller à la poubelle, ramasser des objets, plastiquement beaux, qui sonnent évidemment, et c’est intéressant de voir ce qu’on peut en faire. Et je joue de tout ça. Bien sur j’aimerais pouvoir jouer de tous les instruments, explorer toutes les sonorités. Mais ce n’est pas possible, parce que je suis juste un occidental. Ni un Africain, ni un Russe, ni autre. Bien sur dans le groupe, on joue chacun de nos instruments respectifs, Christophe de la guitare et de l’oud, et moi des batteries et de la clarinette ; mais Christophe et Eric aussi font de la percussion. Tout ça glisse et se tuile. Il y a une énergie qui se passe entre nous, qui n’est pas écrite sur la disposition de la scène, mais que les gens découvrent en concert.

– Chacun des membres vit dans une localité différente. Comment se déroule le travail de composition ?

– Christophe : Pour ce qui concerne les compositions, il y a une base qui est faite par Eric, qui travaille de son côté à l’écriture. Ensuite selon les disponibilités de chacun, on s’organise pour se retrouver durant des périodes de plusieurs jours ou semaines. On fait un peu moins d’improvisation, car les choses sont fixées. Bien sur il y a toujours une part d’improvisation sur scène, qui émerge de ce qui est fixé aujourd’hui, qui va toucher une autre façon d’interpréter un titre ou de jouer des choses qui n’étaient pas prévues, ou de ne pas jouer du tout d’ailleurs, en décidant à la dernière minute qu’un titre va être interprété a cappella. Il n’y a pas de démarche délibérée de faire une impro ; ça se fait selon les sentiments du moment. Le concept du groupe n’est pas une forme de free jazz, ni une lecture musicale. Il y a un texte à respecter quand même, car les mots ont beaucoup d’importance. Et ce que nous souhaitons aussi c’est installer une transe, et ça, c’est une discipline. Il s’agit de prendre en compte les placements dans l’espace, avec le débit au devant –le parleur comme on dit dans certains pays- qui transmet la parole, et derrière le « tapis » musical en diverses strates pour que la parole puisse y glisser au mieux et aller là où elle doit aller. Avec Alexis, on tient un peu la maison à deux : ce n’est pas une formation classique ; il n’y a pas de bassiste, pas de pianiste. C’est un beau challenge pour nous et ça va très bien avec la poésie déclamée. Si on donne trop d’informations, c’est compliqué et les gens peuvent ne pas s’y retrouver. Donc nous jouons sur scène ce qui est sur le disque, bien sûr pas à la note près, car il y a des arrangements et on se fait plaisir à remanier des choses.

– La tournée actuelle a-t-elle pour but essentiellement la présentation de l’EP ?

– Eric : La présentation de l’EP a déjà un peu été faite. Pour les dates où nous allons jouer, nous sommes plus dans l’idée d’un travail de développement de notre histoire, et d’essayer de la cadrer dans une forme qui va être quelque chose qu’on va pouvoir « monnayer » autrement, même si ce verbe n’est pas très adapté à notre philosophie.

– Christophe : Réaliser un EP est une étape importante. La démarche permet d’inscrire concrètement une rencontre, et, pour nous, de renforcer la conviction que notre projet existe. Et puis c’est aussi un passage obligé, au sens où pour pouvoir convaincre les gens que ton projet vaut le coup, il faut déjà avoir un support, un enregistrement à laisser.

– Eric : C’est une manière de passer un cap, du plaisir qu’on a à faire les choses ensemble vers plus de plaisir. Il s’agit de prendre une image de là où on en est, une sorte de bilan, et une fois que c’est fait, de pouvoir continuer de construire autour de ça et après ça. Petit à petit on pose des pierres autour de la base. On va enchainer par une résidence, la création d’un vrai spectacle, et la finalisation d’un album qui est en fait en cours. Quelque part l’EP est le début du travail de l’album, et il permet aussi de ne pas rester enfermé sur soi, de recevoir des avis extérieurs, et de pouvoir se rendre compte de l’accueil du public, quand des gens présents au concert viennent acheter le CD à la fin.

– Alexis : Quoi qu’on en dise, on est dans l’ère du tout numérique. Et d’une part, les productions veulent un disque physique, d’autre part c’est un témoignage qui reste. Il y a des groupes que j’ai adorés il y a 20 ans et qui n’existent plus dont je possède un disque chez moi. C’est une trace qui reste.

– Christophe : Oui, c’est une trace, une archive, et puis aussi une source de financement pour bien d’autres choses concernant le développement du projet. On est loin d’en tirer un revenu, mais ça apporte un peu de moyens non négligeable pour  par exemple presser d’autres disques, continuer de communiquer sur le groupe en faisant des affiches, ou simplement régler un plein de carburant pour se rendre à un lieu de concert. C’est également un objet physique comme tu dis qui peut être sujet  de discussion, et donc source d’échanges, avec les gens qui viennent l’acheter à la fin des concerts. Les gens préfèrent toujours garder un souvenir du moment passé qu’aller acheter le disque plus tard à la FNAC. C’est direct du producteur au consommateur et immédiatement réinvesti. Pour la suite, on a une résidence prévue en octobre 2016, l’idée étant de pouvoir réaliser une sortie d’album début 2017. L’album va reprendre certains titres de l’EP ; puis d’autres titres, dont deux sont en cours de finalisation, vont s’ajouter. Les compositions tenaient déjà la route, mais on a voulu se faire plaisir et aller plus en profondeur dans l’écriture des morceaux. Et comme le projet est très ouvert, il n’est pas exclu qu’il accueille des invités, soit durant une résidence, soit sur quelques dates.

Ecart est avant tout une histoire d’amis. Mais les histoires d’amis, c’est une chose. Après quand on veut inscrire un projet professionnellement, qu’on veut le développer, qu’on est convaincus que cette histoire a sa place dans le milieu artistique comme on l’entend communément, on est obligés de s’astreindre à certaines contraintes, qui peuvent être pénibles car elle ne relèvent pas du métier d’artiste, et y mettre les moyens  pour faire entendre notre musique. Tout reste à faire, et le champ des possibles est bien grand.

Miren Funke

Photos : source page fb du groupe

Lien : https://ecarttrace.wixsite.com/ecart

page facebook du groupe https://www.facebook.com/ecartofficiel/

Membres : Eric cartier : https://www.facebook.com/eric.cartier.1426

Christophe Isselee : https://www.facebook.com/christophe.isselee

Alexis Kowalczewski : https://www.facebook.com/alexis.kowalczewski?fref=pb&hc_location=friends_tab

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Rencontres Marc Robine, vendredi 12 juillet 2019

15 Juil

            

 

Journée québécoise ce vendredi à Châtel-Guyon, en partenariat avec Auvergne Québec. Après les présentations en présence d’Edith Matthieu, présidente d’Auvergne Québec francophonie, vice présidente de la fédération France Québec, de Dominique Rousseau, président de France Québec, et Laurence Bérubé, une jeune québécoise, venue exercer un job d’été à Issoire, dans le cadre des intermunicipalités, programme jeunesse, programme destiné aux jeunes qui souhaitent venir travailler et mieux connaître le pays d’en face. France Québec, qui vient de fêter ses cinquante ans d’existence, d’échanges, d’amitié, c’est 3500 adhérents en France, 1500 au Québec, de nombreux jumelages.  Et si nous sommes là aujourd’hui, c’est parce que nous aimons le Québec, et les artistes québécois qui portent haut les couleurs de la francophonie. 

 

Photo MartineFargeix

Et c’est Claud Michaud qui arrive sur scène, avec sa guitare. Il nous raconte, qu’enfant, le sixième d’une famille de onze enfants, à la table familiale, son père disait aux enfants : Cessez de boire, de manger, de parler… Faites silence… C’est pour vous faire penser au bonheur, pour qu’il reste avec nous. On dit qu’il faut du courage pour être heureux disait Félix Leclerc. 

Et Claud Michaud nous parle de son admiration pour Félix Leclerc, homme de de mots, de parole, homme de radio, de théâtre, scénariste, metteur en scène, acteur, engagé pour la souveraineté du Québec, et pour la langue française : Il a allumé une petite flamme qui brille encore. Un géant qui a bâti. Et ses chansons sont plus actuelles que jamais. Et comment ne pas penser à lui, quand on entend la voix profonde tout en nuances de Claud Michaud ! Il incarne Félix Leclerc, avec sobriété et conviction,  ceux qui ont eu la chance de voir Félix Leclerc sur scène n’en revenaient pas. Et ce sont les plus belles chansons de Félix Leclerc que l’on écoute, avec enchantement, Bozo, Le train du Nord, nous rappelant cet accident ferroviaire au lac Mégantic, le déraillement  d’un convoi de 72 wagons citernes, contenant des millions de litres de pétrole brut, provocant un incendie, et tuant 47 personnes. La valse à Joseph, En attendant l’enfant, Les 100 000 façons de tuer un homme, Notre sentier, La drave, et il nous raconte ce qu’est la drave, fin mai, en forêt, on descend des billes de bois posées sur la glace épaisse, avec des bottes en caoutchouc percées, pour que l’eau s’écoule, un pic de métal dans une main, pour casser la glace, de la dynamite dans l’autre, et au cœur du courage. La fierté d’affronter la vie dure, de défier la mort, avec l’impression de s’amuser comme des enfants. :  Ça commence au fond du lac Brûlé,

Photo Martine Fargeix


Alentour du huit ou dix de mai.
La mort à longues manches,
Vêtue d’écume blanche,
Fait rouler le billot
Pour que tombe Sylvio.
Elle lui lance des perles,
Des morceaux d’arc-en-ciel
Pour lui crever les yeux
Et le briser en deux.
Sylvio danse et se déhanche
Comme les dimanches, les soirs de chance,

Remous qui hurlent, planchers qui roulent,
Parfums qui saoûlent, reste debout….

Une chanson que Claud Michaud chante en polonais, étant allé chanter Leclerc en Pologne, avec l’orchestre symphonique de Varsovie, il avait envie de leur faire ce cadeau, mais au début, en polonais ! Il finit en français : Moi, mes souliers, puis L’alouette en colère , et c’est Steve Normandin qui l’accompagne au piano pour la chanson testament de Félix Leclerc : Le tour de l’île. L’île d’Orléans, qui est comme un vaisseau qui traverse le temps…Le p’tit bonheur, que tout le monde reprend en choeur, une ovation debout, des rappels, et Claude Michaud nous chante L’hymne au printemps, une chanson de Maurice Fanon, L’écharpe, et une d’Henri Tachan : Pas vieillir, pas mourir. Un moment fort, où l’on a ressenti la présence de Félix Leclerc et apprécié tout le talent de Claud Michaud. 

Après avoir consacré des années à l’oeuvre de Félix Leclerc, et autres grands poètes, il revisite la chanson poétique au féminin , un vrai défi pour sa voix de basse,  avec son nouvel album, Comme si j’avais des elles,  Marie-Paule Belle, Danielle Messia, Pauline Julien, Michèle Bernard, Françoise Sagan, Marcelline Desbordes-Valmore, Mouffe… Le site de Claud Michaud :–> 

 

 

 

Photo MartineFargeix

On revient à 20 h 30, pour les concerts de Marion Cousineau, en première partie, et Paule-Andrée Cassidy.

La soirée commence par une chanson de Lawrence Lepage, reprise par Marc Robine : Le braconnier

Et Marion Cousineau arrive sur scène, avec sa guitare basse, pieds nus, pour son concert : Moi qui n’ai pas d’ailes : Même pas peur nous dit-elle, avec son doux sourire en coin, sourire de gamine, comme un paravent à ses fêlures, à sa fragilité, et elle nous embarque dans son univers, entre chansons et poésie, entre la basse et le piano, entre sourires et mélancolie, entre la France et le Québec, où elle a passé 8 ans de sa vie, après la Bretagne où elle est née, et la région parisienne où elle a passé une thèse de doctorat au département d’études cognitives de l’ENS à Paris. C’est au Québec où elle était venue pour approfondir ses recherches, qu’elle découvre et affine ses talents d’écriture, de musicienne, de conteuse, de tous les arts de la scène vivante, et du talent, elle en a , ses textes sont taillés au burin des émotions, et sa touche musicale très personnelle.

Photo Martine Fargeix

C’est un voyage au cœur de l’humain auquel on est conviés, tout en douceur, en subtilité, des portraits de femmes : Angèle, chanson née d’une rencontre dans un bar, La moitié de la beauté du monde s’est envolée en une seconde, quand on lui a pris son homme, Moi qui n’ai pas d’ailes, Vas y doucement, Comme une petite fille… Cap au Nord, etc… Et son interprétation de Sarment d’Allain Leprest, en rappel a mis toute la salle au bord des larmes, des larmes d’émotion. Et c’est sur ces mots qu’elle nous quitte: Si on laisse une trace, que ce soit celle d’un baiser. Je pars. Sûr qu’elle a laissé une trace,  un énorme coup de cœur pour moi qui la découvrais sur scène ce vendredi soir, et pour tous ceux à qui j’ai parlé à la fin de la soirée. 

 

On a pas le temps de se remettre de nos émotions, que c’est la pétillante Paule-Andrée Cassidy qui fait son entrée , en robe noire très sexy, qui souligne sa féminité à fleur de peau,  accompagnée de son pianiste, accordéoniste Steve Normandin. 

Paule-Andrée Cassidy, interprète hors normes, mais aussi compositrice, auteure, actrice, et metteur en scène auprès de jeunes artistes, promène dans le monde depuis 20 ans les chansons de Boby Lapointe, Léonard Cohen, Gilles Vigneault, Horacio Ferrer, Michel Rivard, Daniel Boucher, Brassens, Barbara, Reggie Brassard,  Sophie Anctil et d’autres auteurs-compositeurs de tous les pays… Et maintenant les siennes, de sa voix chaude et sensuelle. 

Elle a 7 albums à son actif et a obtenu de nombreux prix, dont le Grand prix de l’académie Charles Cros, et elle est la première québécoise à remporter le prix Jacques Douai, en 2015, conjointement avec Marie-Thérèse Orain. 

 Inclassable, elle peut être tango, quand elle chante en espagnol Garganta con arena, rock avec Perspective Nevski, ou chanteuse à texte avec Aragon , Gilles Vigneault, chansons à danser : Va danser de Gaston Couté, ou Libre-échange : Puisque nous sommes bénis deux fois par le désir et l’affection / Autant en profiter pour danser / Un tango panaméricain podorythmie, bandonéon / Levres de dulce de leche... chansons à s’émouvoir : Perlimpinpin de Barbara, Une branche à la fenêtre de Gilles Vigneault ,  qu’elle chante avec Steve Normandin . 

Jamais les fleurs du temps d’aimer
N’ont poussé dans un coeur fermé
La nuit, le jour, l’été, l’hiver
Il faut dormir le coeur ouvert…

Chansons à frissonner d’horreur avec La malédiction de l’ascension, mais Paule-Andrée chante cette chanson avec tant de jubilation qu’on arrive à  avoir une sympathie perverse pour cette Lottie aux yeux verts. 

 Inclassable, diverse, mais toujours au plus près de la sensibilité de l’auteur du texte. Et elle nous a offert la primeur de deux chansons qu’elle vient d’écrire, avec des compositions de Vincent Gagnon.

Evoluant sur la scène avec grâce et légèreté, déployant ses bras comme des ailes d’hirondelle, Paule-Andrée Cassidy, nous a charmés, enchantés.

Photos Martine Fargeix

 

Puis une finale-surprise en beauté pour clore cette soirée québécoise, les 4 artistes, Claud Michaud, Marion Cousineau, Paule-Andrée Cassidy, et Steve Normandin se sont rassemblés sur la scène pour chanter ensemble : Les gens de mon pays, de Gilles Vigneault : 

Je vous entends demain parler de liberté…

 

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Photo Martine Fargeix

Après une longue ovation debout du public, on a pu retrouver les artistes et leurs albums, dans le hall du théâtre. 

 Samedi 13, Oeuvres croisées : Le braconnier de Dieu, Brassens et Fallet, et du théâtre Petits crimes conjugaux, à Saint-Ours-les-Roches, à suivre…

 

Danièle Sala

    Rencontres Marc Robine, mercredi 10 juillet

12 Juil

                         

Après une balade volvicoise De pierre et d’eau, organisée par le Pays d’art et d’histoire, le musée Marcel Sahut, installé dans le domaine de Bosredon, si vous voulez en savoir plus sur ce musée,
clic sur le portail –>

c’est la maison de l’artisanat, Sculpteurs, graveurs, émailleurs, créateurs de bijoux montrent aux visiteurs un savoir-faire ancestral grâce à cette pierre de lave de Volvic. 

Les chantiers des tailleurs et sculpteurs de pierre, Dès le 13eme siècle, la Pierre de Volvic fut extraite en galerie au cœur de la coulée de lave du volcan de la Nugère. Pierre qui a servie à construire, entre autres, la cathédrale de Clermont-Ferrand. 

 La première source des eaux de Volvic, les travaux du sculpteur volvicois, Mr Legay Chevalier, qui découvrit le premier le trésor de la vallée du goulet, mais ne put faire aboutir son projet faute de moyens, furent repris par le docteur Moity, maire de Volvic,  de 1925 à 1929, les travaux de forage, d’aménagement, de distribution par canalisation furent terminés, et en 1933, 30 communes de la plaine de la Limagne furent alimentées par cette source. 

Puis la maison de la pierre, les vieilles maisons, beaucoup avec des treilles qui grimpent sur les murs, et des bancs devant les portes , les nombreuses fontaines sculptées . Balade découverte pour certains, balade souvenirs pour moi. 

cuarteto Afunalhue photos DR

Et nous nous retrouvons à 17 h, au Centre Culturel La Source, le concert Afunalhue, qui signifie rencontre des âmes, au Chili : Quatre voix, et une dizaine d’instruments pour interpréter les grands poètes du Chili, d’Argentine, et d’autres pays d’Amérique latine : Emile Sanchis, chant, guitare, direction artistique, François Dumas, chant, tiple, bombo, Marusia Rebolledo, chant, flûte traversière, quena ou kena, zampona, et Simon Sanchis, chant, guitare, tiple, accordéon. Les paroles sont dites en français, et les chansons en espagnol, espagnol influencé dans ces pays d’Amérique latine, par les différentes civilisations, précolombiennes, incas, mayas, aztèques, qui ont laissé une forte empreinte dans la culture et la langue. Et  pour pouvoir apprécier toutes ces chansons, porteuses de sens, de partage et d’amitié, une petite explication entre chacune d’entre elles.

Chansons hommages aux poètes : Le cuarteto Afunalhue est né en 2007, de la volonté de poursuivre les expériences musicales diverses de chacun d’entre-nous, dans une démarche commune. …. Nous souhaitons servir, avec humilité mais conviction, cet héritage artistique dans lequel nous nous reconnaissons, que nous voulons faire connaître et partager, jusqu’à en prolonger l’expression par des compositions personnelles mettant en musique les textes des grands poètes, Gabriela Mistral, Pablo Neruda, ou d’autres, moins connus.

Nous avons pu écouter Kena, une danse traditionnelle du Pérou, Exiliada del sur, L’exilée du sud, ( Violeta Para / Patricio Manns) : 

J’ai perdu un œil à Los Lagos dans un moment d’inattention
L’autre est resté à Parral dans les vins d’une taverne
Je me souviens de tous les désastres que mon âme d’enfant a vus
Misères et tromperies s’entrelacent dans mes pensées.
Entre les eaux et le vent je me perds dans le lointain.

La guitarrera que toca ( Patricio Manns), La Vida viene cantando,  Parteaguas, Las Lavanderas( Emile Sanchis), et bien d’autres.

Pour en savoir plus sur ce groupe, voir des photos, lire les paroles de chansons, il existe aussi un album, c’est là —>

Et la conscience dit enfin :
Chante l’homme dans sa douleur,
Dans sa misère dans sa sueur,
Et dans sa raison d’exister.
Violeta Para, Cantores que reflexionan

Photo Martine Fargeix

 

On enchaîne à 20 h 30, avec le concert de Baptiste W. Hamon, prix Marc Robine 2019 : C’est le premier prix que je reçois, j’en suis très fier ! avec la participation de Frédéric Bobin, premier prix Marc Robine. Et nous restons dans l’ambiance folk, avec tout d’abord une chanson de Marc Robine : Alerte, d’après le poème du pasteur Martin Niemöller, écrit à Dachau : 

Quand ils sont venus chercher les communistes, Je n’ai rien dit ; Je n’étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, Je n’ai rien dit ; Je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs, Je n’ai rien dit ; Je n’étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques, Je n’ai rien dit ; Je n’étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher, Et il ne restait plus personne pour protester.

Baptiste W. Hamon, on le dit le plus américain des chanteurs français, a d’abord chanté en anglais, dans le cadre de son projet Paris in Texas, il renoue avec ses racines françaises, en mélangeant ses influences folk et country. Découvert en 2014, avec sa chanson Les bords de l’Yonne, il publie trois  EP : Quitter l’enfance, Ballade d’Allan Seeger, et en 2015, Nouvel été, puis deux albums : L’insouciance, en 2016, et Soleil, soleil bleu, en 2019. Baptiste W. Hamon conjugue maintenant avec bonheur musique américaine et langue française. d’une voix grave et sonore qui tranche avec son air juvénile. Il chante des chansons de son dernier album Soleil, soleil bleu, enregistré aux Etats-Unis, pour chercher un peu d’inspiration, dit-il : En anglais : Coming Home, le plus ouvertement sous l’influence du vieux Sud américain, Annabelle, de Gillian Welch, Bloody Mary, une adaptation de Black Captain de Bonnie Prince Billy, Il rend hommage Townes Van Zandt : Van Zandt reste la figure qui m’a donné envie de chanter, comme s’il me murmurait à l’oreille. et des chansons de ses autres albums aussi, Joséphine, de son album L’insouciance : 

Moi j’aime une fille son nom, c’est Joséphine
Je prends sa main, on danse dans le noir
Moi j’aime une fille son nom, c’est Joséphine
Elle porte en elle les griffes du désespoir
Elle aime Wagner, elle bouquine Tropotkine
Elle cache des rimes, tout au fond de mon lit
Elle cache des larmes tout au fond d’un fou rire
Moi j’aime une fille qui a déjà songé au pire….

 Je brûle :

Pour toi tu sais, tu ne sais pas peut être
Je te l’dis alors
Pour toi souvent je suis comme dans un grand brasier
À la simple évocation de ton nom, de tes yeux
Je brule je brule peut être que je suis amoureux
Amoureux je ne sais pas je ne sais plus
De toutes façons je ne te le dirais pas
Pour ne pas t’effrayer pour ne pas m’effrayer aussi
Mais je brule je danse pour toi
Je ne me lasse plus d’être moi

Je brule je brule
Je brule de mille feux
Je brule de mille feux.

Ou encore, sur un tragique événement, les attentats de Novembre, et un un ami à lui qui s’en est sorti : Le visage des anges : 

Souvenir des brumes de novembre 
Le temps se tasse et grandi le silence 
J’ai chaud j’ai froid faut il ce soir que je flanche 
J’ai vu de près le visage des anges

Photo Martine Fargeix

Des chansons en duo avec Frédéric Bobin : Blowing in the wind de Bob Dylan, plus connue en France l’adaptation de Hugues Aufray : La réponse est dans le vent, ou encore une chanson cajun de Danielle Messia, que Marc Robine a aussi chantée : Le paradis des musiciens. 

Après les applaudissements chaleureux, et les rappels, Baptiste W. Hamon nous chante une chanson en hommage à Anne Vanderlove : Ballade en novembre, avec beaucoup d’émotion. 

Encore une belle soirée de ces rencontres. Hier, c’était la journée contes, et là, je file à Châtel-Guyon pour la journée québécoise, à suivre…

       

Le site Afunalhue –> 

Danièle Sala

 Rencontres Marc Robine, mardi 9 juillet 2019

11 Juil

   

 

 C’est à Volvic que débute ce septième jour des Rencontres, au Centre culturel La Source, avec une lecture théâtralisée : L’insoumise, de Robert Poudérou, pièce jouée pour la première fois en France, par la Compagnie du valet de cœur, avec Agnès Courmont, Marie-Françoise Savary, Hervé Moreul, et Jean-Yves Lenoir, lecture accompagnée au basson par Pierre-Alain Bégou, et au violoncelle par Gilles Chaldeyrou, musique qui souligne les moments sombres de cette histoire. 

C’est la vie de Flora Tristan qui se déroule, Flora Tristan, militante engagée pour les droits des femmes et des ouvriers, qui a participé aux premiers pas de l’internationalisme, a eu une vie compliquée, elle note dans son livre, Pérégrinations d’une paria :  Mon enfance heureuse s’acheva, à quatre ans et demi, à la mort de mon père. 

Son père n’ayant pas régularisé son mariage, elle était fille illégitime, et les difficultés financières, et sa mère l’ont poussée à épouser son employeur, Antoine Chazal, graveur, chez qui elle était coloriste, à 17 ans, un homme jaloux, violent et médiocre, qui va jusqu’à lui proposer de se prostituer pour amener de l’argent au foyer. Fille rejetée, mère  battue et humiliée, elle quitte le domicile conjugal, avec ses deux enfants, Antoine Chazal la harcèle alors, et va jusqu’à lui tirer une balle dans le dos qui lui perfore un poumon. Le procès se déroule, et malgré le zèle du jeune avocat qui défend Antoine Chazal, Flora Tristan garde la tête haute pour se défendre, et son mari est condamné à vingt ans de prison. 

Son voyage au Pérou pour essayer de se faire reconnaître par sa famille paternelle est un échec, elle écrit alors plusieurs livre, et entame un tour de France en 1843 pour rencontrer les ouvriers pour éveiller les consciences et les pousser à se rassembler :

Ouvriers, ouvrières, comptez-vous, pris un à un, vous n’êtes rien sinon qu’un grain de poussière broyé sous la grande roue. Mais rassemblez-vous. Unissez-vous. Vous êtes 5 millions, 5 millions c’est une force. «  

Flora Tristan s’est battue pour le droit au divorce et l’égalité sociale avec les hommes, elle est considérée comme une des premières féministes, elle a eu à se battre pour elle même, et a mis sa propre expérience au service des autres : Vous ne serez jamais des hommes libres tant que les femmes ne seront pas libres.

 

Photo Martine Fargeix

Nous arrivons à la fabuleuse soirée carte blanche à Frédéric Bobin : Fred Folk, toujours au Centre culturel La Source. Il n’y a que des guitares folk sur la scène, une contrebasse. C’est seul avec sa guitare que Frédéric attaque avec la chanson éponyme de son dernier album : Les larmes d’or, puis L’auto-radio de mon père. Frédéric, après les remerciements à On connaît la chanson,  nous annonce une soirée unique, éphémère, avec ses trois invités, autour du folk, visiblement ravis de partager cette soirée avec un public ami , il nous dit son attachement à l’Auvergne, et aux Rencontres Marc Robine : On me demande souvent quelles sont mes influences musicales, elles sont à la fois françaises, Brassens, Ferré, Barbara, Félix Leclerc… Et elles viennent aussi des pionniers du folk, Pete Seeger et Woody Guthrie, Bob Dylan, Léonard Cohen, etc…

Photo Martine Fargeix

Et c’est sa vie en Super 8 , Jimmy. Puis Frédéric Bobin nous présente son premier invité Mikael Cointepas, que l’on sait contrebassiste, et que l’on découvre chanteur, il met en musique des poèmes anglophones, comme  celui d’Emily Dickinson, poétesse américaine : 

Le courage ne se crie pas toujours. Parfois il est la petite voix qui te chuchote à la fin de la journée, j’essaierai encore demain… 

Après quelques chansons de Frédéric Bobin, Le soir tombe, Musiques Musique blessée, Jimmy, une référence à Times they are a changing de Dylan dans La pyramide, c’est Pierre Delorme, deuxième invité de Frédéric Bobin, qui entre en scène : Pierre, c’est à toi, dit simplement Frédéric Bobin. Pour présenter Pierre Delorme, qui ne fait pas la une des gazettes, je crois, non je pense, que c’est son ami Floréal Melgar qui en parle le mieux : 

Photo Martine Fargeix

Diction parfaite, paroles à tout instant compréhensibles, et tout ce qu’on attend de l’attention et du respect qu’un artiste porte à son public. Et quand la beauté des textes et des mélodies s’y ajoute, que demander de plus ? 

Pierre Delorme,  9 albums à son actif,  des textes subtils, des chansons poétiques, humaines, avec des mots simples, qui touchent en plein cœur, des mélodies taillées sur mesure, c’est toute une vie consacrée à la chanson, à la musique, une voix profonde, le geste sobre.
D’ailleurs, j’ai appris par lui qu’on pouvait tomber amoureux d’une musique, d’une chanson, voire d’une rivière, Un jour, j’ai entendu une émission à la radio, dans laquelle Georges Brassens expliquait qu’il pouvait rester pendant des jours amoureux d’une musique. J’ai donc compris qu’on avait le droit d’être amoureux d’une chanson, sans être ridicule, puisque Georges Brassens lui-même n’avait pas peur d’affirmer qu’il l’était parfois. Donc, je peux affirmer moi-même que je suis amoureuse des chansons de Pierre Delorme, même si je ne sais pas trop expliquer pourquoi, et j’ai été si heureuse qu’il interprète ses chansons ce mardi soir, merci à Frédéric Bobin de l’avoir invité à sa carte blanche ! 

Pierre Delorme a chanté ses propres chansons, Si l’amour existe, et une nouvelle qui pourrait s’intituler :  Je suis comme tout le monde, et  There but for Fortune, de Phil Ochs (chanson popularisée par Joan Baez) avec Frédéric Bobin, ou encore Léonard Cohen , adapté par Graeme Allwright :   Demain sera bien, et deux chansons de Townes Van Zandt :  avec Vincent Dupuis, le troisième invité de Frédéric Bobin,  à l’harmonica, Si je t’appelais, et Marie.

Frédéric a interprété  la chanson qui lui a fait découvrir Pierre Delorme : Je lisais dans ma chambre,  puis Le dernier voyage de Sindbad… 

Après une pause bavardage et boissons, les recettes du bar allant à l’école de musique de Volvic, une deuxième partie de Fred Folk, les chansons se suivent, les guitares claquent, et tout s’enchaîne dans une folle ambiance, Frédéric Bobin et Pierre Delorme chantent ensemble La Manic de Georges Dor, un travailleur sur le barrage de la rivière Manicouagan, s’ennuie, et écrit à son amie : 

Si tu savais comme on s’ennuie
A la Manic
Tu m’écrirais bien plus souvent
A la Manicouagan…  La fille du nord, La complainte du Partisan, Blowing in the wind,, en alternance avec d’autres chansons de Frédéric, La maison de mon grand-père, Joe de Georgie,   Y’a plus de travail dans ton champ de coton / On te fait GI, que tu le veuilles ou non / On te sort de ton trou quand le drapeau rugit / Ou bien tu mendies et tu mets les bouts… Singapour, Où je vais de Tom Paxton , chant de vagabond, chantée aussi par Johnny Cash, entre autres,  Frédéric nous raconte l’histoire de ses chansons, et c’est à la demande d’Alain Vannaire, qu’il a chanté une chanson de Marc Robine, qui fait écho à sa chanson Singapour, Les aciéries : 

Tout au nord du quartier ouest
Abritées par de hauts murs gris
Il y a les aciéries
Ou plutôt ce qu’il en reste
Car on ne voit plus de fumée
Au-dessus des cheminées
Plus de rumeurs de machines
Dans les couloirs de l’usine

{Refrain:}
Et les seuls bruits que j’entends
Ce sont les longues plaintes du vent
Qui se cogne dans le soir
Contre les murs sans mémoire . ..

Fred Folk et Cie.                Photo Martine Fargeix

 Standing ovation pour ces quatre artistes, et plusieurs rappels. Pierre Delorme a chanté At home , chanson de son album ça ira bien comme ça, et tous les quatre descendent vers le public, on termine par Le premier homme de Frédéric Bobin : 

J’adorais le veau d’or, tous les chemins faciles / Les retours aux aurores avec des filles faciles / Je suivais les cadors, les idoles de la ville / Et leur voix de stentor, leurs sirènes futiles / Et puis, tu es venue dans mon capharnaüm / T’as mis mon cœur à nu, je me sens comme le premier homme…

Superbe soirée folk dont on se souviendra longtemps, sous le regard de papier de Marc Robine, qui peut être fier de sa descendance musicale. 

 Je vous parlerai demain de la journée d’hier, la balade volvicoise, ville d’eau et de pierre, le concert Afunalhue, chansons d’Amérique latine, et concert de Baptiste W.Hamon, prix Marc Robine 2019. 

Danièle Sala

 

Rencontres Marc Robine, dimanche 7 juillet 2019

9 Juil

arbre marsat

Photo D Sala

 

Comme il est agréable de se retrouver sous le grand tilleul du jardin boisé de la mairie de Marsat, pour un apéritif musical, suivi d’un repas chantant animé par Michel Conte, Michel qui n’en rate pas une, Jacques Vigneron, maire de Marsat, nous explique la déambulation de l’après-midi, entre autres, les maisons vigneronnes, l’église Notre-Dame de l’assomption, site clunisien, nous rappelant que trois deux rois  de France sont venus à Marsat, François 1er, et Louis XI, venu demander à la vierge noire de le protéger. Marsat, un village surprenant : « À en regarder ses maisons à toitures plates et son clocher couvert de tuiles creuses, Marsat ressemble à un petit bourg d’Ombrie ou de Toscane ». ( Me François Morel)… Ici, la tour du château de Marsat :

On a vu l’habitat vigneron, il y en a un peu partout en Auvergne, qui a été et est toujours une région viticole, des maisons à escaliers, avec la cave au rez-de-chaussée, et une treille qui grimpe sur les murs.

 Des chansons, on en a eu, des très bien, des moins bien, mais bravo à tous ceux qui ont osé ! Françoise, Les ponts de Paris, un bel hommage à Anne Vanderlove qui vient de nous quitter, Ballade en novembre, par Fabrice Péronnaud,  et Fabrice nous a rappelé que Marc Robine, quelques semaines avant sa mort, avait tenu à terminer de peaufiner l’album de country-folk d’Anne  Vanderlove : Femme de légende, arrangements, direction artistique et musicale de Marc Robine. On a aussi entendu Yves Duteil,  La puce et le pianiste, Edith Piaf, Chanson triste, et Michel Conte de rajouter : Si tu fais pleurer le tilleul, on a l’infusion tout de suite. 

Agnès Mollon

Brassens, La marche nuptiale, Fabrice nous dit Le Gorille de Brassens, à sa façon, très personnelle, on a mesuré la popularité de Jean-Jacques Goldman, quand tout le monde a repris en choeur Je te donne, ou Envole moi, par  Marie-Christine, du comité des fêtes de Marsat, et commentaire de Michel Conte : Pour les enfoirés, c’est pas gagné ! Et la chanson Envole moi de Goldman détournée par Agnès Mollon, conseillère municipale d’Europe écologie à Riom : Empoisonne- moi, et Quitte moi pendant la coupe du monde. On a tous chanté Jean Ferrat, C’est beau la vie,  Emile Sanchis et Michel Conte, nous ont chanté une chanson mexicaine, je ne sais plus qui : Yves Jamait, Même sans toi... René et Françoise ont chanté Joe Dassin, Salut les amoureux, Gérard Brun Le p’tit bonheur de Félix Leclerc, etc…

Toutes ces chansons autour d’un bon repas, et tout bon repas amène aux pauses. ( Michel Conte).

Puis le rassemblement pour le départ de la déambulation  avec la troupe Art’Terre d’Auvergne, quinze acteurs, musiciens et chanteurs, Kameloot :  le roi Arthur et ses chevaliers arrivent : Oyez, oyez braves gens, notre roi nous a convié à venir aujourd’hui dans la bonne ville de Marsat. 

Et les intermèdes se succèdent, au fil de la promenade, la dispute du roi Arthur avec son gendre qui ne parle que de tortures, de pendaisons, d’écartèlement, alors que lui rêve d’une Bretagne où il n’y aurait plus de peine de mort. Des combats de chevaliers, place des frères Peyrol, le rapport d’un étrange combat par deux chevaliers à un moine, qui, finalement n’inscrira rien sur son livre, car l’histoire était scabreuse.

Nous nous retrouvons au cloître de l’église, pour un spectacle de lecture et musique, à partir du recueil de Jean-Yves Lenoir : Le ciel est le maître du théâtre, vingt contes, tous inspirés d’événements de la vie, de ces quatre ou cinq dernières années. Ce sont les petites musulmanes enveloppées dans leur khimar ou leur hijab aux couleurs pastels. Ce sont les Roms, qui traversent le village et sont censés voler des poules et des bottes d’osier : derrière eux virevoltent les deux petites Romanichelles, Mia et Liance. C’est la petite Syrienne à la robe rouge de la Ghouta, qui fait la une des journeaux occidentaux et des réseaux sociaux. Ce sont les lycéennes de Kandahar défigurées par l’acide sulfurique. C’est ce nuage étrange et maléfique, au nom venu d’Islande, qui assemble pêle-mêle les lettres : Eyjafjallajökull…

lenoir-jean-yves

Photo DR

Jean-Yves Lenoir, comédien, metteur en scène, écrivain, enseignant la diction et l’art dramatique, dirige la compagnie de théâtre Le Valet de cœur à Clermont-Ferrand, il raconte avec conviction, et une parfaite maîtrise ces faits de société, petits drames du quotidien, des textes accompagnés en musique par deux jeunes musiciens du conservatoire de Clermont-Ferrand, Matthias Egger au violon, et Guillaume Faure au hautbois, et à la flûte, Jean-Yves Lenoir s’excusant pour l’absence de Justine Chapuis, souffrante :

J’ai imaginé ce spectacle évidemment à partir des contes mais aussi afin de mettre en avant ces trois jeunes musiciens qui n’ont pas encore l’habitude de rencontrer le public. Ils le méritent vraiment.  Contemporaines, ou plus classiques, les musiques donnent le ton, la couleur aux mots, les musiques ont été choisies conjointement par l’auteur des textes et les musiciens.

A 19 h, la fête continue, musique, chansons, impros, suivies d’un apéritif et d’un dîner amical.

Et demain, c’était hier, la journée des Volcaniques à Saint-Bonnet-Près-Riom, en partenariat avec les Brayauds, dans et autour de la grange où ont débuté les premiers festivals de On connait la chanson.

 

Danèle Sala

Rencontres Marc Robine, samedi 6 juillet 2019

8 Juil

                        

Une quatrième journée qui commence par un Musicapéro, en partenariat avec la médiathèque de Riom, avec Emile Sanchis, ses textes, sa musique : il en parle et il la joue,  une musique et des chansons aux accents latino-américains.

Photo Martine Fargeix

 Emile Sanchis que nous retrouvons à 14 h, au Musée Régional d’Auvergne, avec les participants à ses ateliers, il explique les instruments de musique pour ceux qui n’ont pas participé aux ateliers, et nous fait un récital de chansons latino-américaines, accompagné de sa guitare, il chante Neruda, , des chansons de la Cordillère, nous racontant entre chaque chanson, la chronologie d’arrivée des populations,  au départ, il n’y avait rien, puis sont arrivés les indiens, les aztèques, les mayas, etc… Et les espagnols qui ont amené la guitare, certaines chansons sont reprises par le public, comme Cucurrucucu paloma, une chanson de Thomas Mendez, ( 1954 ) qui est devenue très populaire, de nombreux interprètes l’ont reprise et elle a servi de bande originale à plusieurs films, ou Gracias à la vida, de Violetta Parra,. 

Après une petite balade urbaine dans Riom, ville d’art,  musée ouvert, chargé d’histoire, nous revenons au Musée Régional d’Auvergne, pour un spectacle poétique : Elle et lui, avec Nicole Bouille, comédienne, et Jean-Paul Dupuy, plasticien, improvisation, tandis que Nicole Bouille déroule une histoire en chansons : un homme, un peintre, tente de se défaire du souvenir d’un amour passé, et au fil des textes de cette histoire à rebours, des instants les plus sombres de la séparation à ceux, plus lumineux, de la rencontre, Jean-Paul Dupuy improvise musicalement entre les textes, et dessine ou peint les étapes de cette histoire sur trois tableaux. Nous avons ainsi pu entendre, Colloque sentimental, Paul Verlaine, la mort des amants, Baudelaire, Qu’en avez-vous fait ? Et Ne fuis pas encore de Marceline Desbordes-Valmore, Déjeuner du matin, Prévert. Les feuilles mortes, Prévert et Kosma, Desnos, Andrée Chedid, Rimbaud, etc… Pour finir avec Paul Eluard, Nous deux, Et un sourire. 

Un beau spectacle, bien synchronisé,   La démarche artistique de Jean-Paul Dupuy, peinture, photographie, arts graphique : Mon travail est un aller-retour permanent entre arts plastiques et écriture; une image pouvant donner naissance à un texte et inversement. Nicole Bouille est comédienne et fondatrice de l’association Laine et soi, à Sauxillanges, le festival Laine et soi 2019 aura lieu du 26 au 28 juillet : https://festivaldelalaine.wordpress.com/ Et pour une yourte pour le festival, c’est là : https://www.ulule.com/yourte-festivallaine/

Beaucoup de poésie dans ces Rencontres, sous différentes formes, poésie chantée, poésie dite, accompagnée de musique, et tous les spectacles de poésie ont eu un nombreux public, ce qui est réjouissant pour ceux, comme moi, qui aiment la poésie, de préférence orale. 

C’est donc avec un récital de poèmes que nous continuons cette journée : Chaque instant ouvre un prélude,  et c’est Fabrice Péronnaud qui nous invite dans la maison des poètes, dans la salle d’un hôtel particulier du 18 ème siècle, à Riom, inscrit aux monuments historique, et que des particuliers ont racheté au trésor public, ils  restaurent peu à peu, et on consacré une grande salle au spectacle vivant. Laurence et Alexis Burlacot, les maîtres de ces lieux, nous ont accueillis très chaleureusement, merci à eux. 

Fabrice a le don de raconter la poésie, il l’a vit, il la respire, et sait la partager, que ce soit ses propres poèmes, ou ceux de Verlaine, Apollinaire, René-Guy Cadou, Aragon, Guillevic, Valéry Larbaud, et même Brassens, Brel ou Bobin, en vers classiques en vers libres, ou en prose, il sait nous captiver, nous retenir. Dans un ordre chronologique, il nous dit la vie, de l’enfance à la mort, un poème, une vie. De la chanson de Gaspard Hauser de Verlaine , jusqu’à : « A mon dernier repas » de Brel. Un très beau moment.

La Chanson de Gaspard Hauser

Je suis venu, calme orphelin, 
Riche de mes seuls yeux tranquilles, 
Vers les hommes des grandes villes : 
Ils ne m’ont pas trouvé malin. 

À vingt ans un trouble nouveau 
Sous le nom d’amoureuses flammes 
M’a fait trouver belles les femmes : 
Elles ne m’ont pas trouvé beau. 

Bien que sans patrie et sans roi 
Et très brave ne l’étant guère, 
J’ai voulu mourir à la guerre : 
La mort n’a pas voulu de moi. 

Suis-je né trop tôt ou trop tard ? 
Qu’est-ce que je fais en ce monde ? 
Ô vous tous, ma peine est profonde : 

 Et le soir, nous allons au cinéma Arcadia, toujours à Riom, pour assister à une BD-Concert : O’Boys BD de Steve Cuzor, Une histoire défile ,  celle, dans les années 30, dans une Amérique ségrégationniste, de deux jeunes, désoeuvrés, Huck et William, que le destin lie d’une amitié indéfectible, l’un est blanc, l’autre noir,  ensemble, ils vont faire l’apprentissage de la vie, au fil d’un fabuleux périple, quand Charley William, guitariste de génie, se perd dans Memphis, berceau du blues, Huck et Susy entament une course folle, pour le retrouver, semblant l’entendre partout.  Histoire illustrée musicalement et en chansons par Olivier Gotti, et sa guitare Lap steel, très en vogue dans ces années là, aux Etats-Unis,  une guitare à manche creux que l’on pose sur ses genoux, et c’est l’univers de Tennessee qui accompagne la BD, en musique et en chansons, le blues, qui remplace les dialogues et  fait résonner l’émotion de l’oeuvre, par un alliage artistique parfait. Pas besoin des dialogues, on peut comprendre l’histoire par les dessins, et on est dans l’ambiance. Une belle expérience, qui appelle une récidive, beaucoup l’espèrent. 

Et  hier, une journée festive, chantante, patrimoniale, et théâtrale à Marsat, à suivre…

 

Danièle Sala

   Rencontres Marc Robine vendredi 5 juillet 2019

7 Juil

 La biodiversité de l’échelle planétaire à la région Auvergne, par Christian Amblard, directeur de recherche honoraire au CNRS, c’est avec cette conférence que débute ce troisième jour des Rencontres, à la salle de conférences d’Arcadia, à Riom.

 La biodiversité concerne l’ensemble des êtres vivants, et l’interaction entre eux et dans leur milieu, c’est la vie dans ce qu’elle a de divers, la seule assurance vie de l’humanité, et il est important de protéger cette biodiversité par l’écosystème, définissant un complexe d’organismes et de facteurs physiques ( définition du CNRS ),  écosystème gravement mis en danger, notamment dans la forêt tropicale, dans quelques décennies, les forêts tropicales auront été en grande partie détruites. Par contre, ça se passe plutôt bien en Auvergne, avec une très grande richesse des espèces et des milieux, on a 80% des espèces de libellules française par exemple. Une forte responsabilité envers les espèces en déclin, beaucoup d’espèces qui disparaissent au niveau national sont encore présentes ici, comme le milan royal, le grand murin, le campagnol amphibie, etc… Le déclin de la biodiversité est beaucoup plus modéré en Auvergne que dans de nombreuses autres régions, continuons à nous battre pour la vie, et celle de nos enfants. 

 

Photos DR

On revient à l’espace Couriat à 18 h, pour une lecture musicale, avec Cécile Coulon,  d’abord romancière, et poétesse, prix Apollinaire, qui est le Goncourt de la poésie, pour son recueil Les ronces. Elle a toujours écrit des poèmes, mais n’osait pas les publier, en fait, ses poèmes sont des histoires, des portraits, des scènes de vie, qui parlent d’enfance, du quotidien, des gens, des paysans, des 

  Tout en les connaissant très bien, j’ai complètement ignoré les questions de métriques. Mes poèmes sont des histoires griffonnées. 

C’est un air accordéon qui arrive sur scène, avec Yannick Chambre, puis la fine silhouette noire de la comédienne Marie Bunel : De quoi va t-on parler ce soir… Des frites, des enfants, des volcans, des naissances à venir, vous penserez que ça parle des autres, mais en fait, ça parle de vous. C’est étrange : Si quelqu’un qui n’est pas du voyage voyait ce que je vois maintenant, dans le wagon maigre d’un train sans première classe, cette personne se demanderait sûrement est-ce qu’ils sont morts ? ……………. C’est étrange : J’ai la sensation de veiller sur un troupeau d’inconnus, nous allons tous descendre à la même station, et nous ne saurons rien des uns des autres, mais nous aurons partagé le même sommeil dans le même wagon. 

Là, ce n’est pas du sommeil que nous avons partagé, Je ne veux pas faire une poésie qui va bien sonner, mais qui va bien te sonner 

Nous sonner, nous interpeller, nous surprendre, nous émouvoir, nous raconter les gens, nous, les scènes du quotidien, nous égratigner, comme les ronces, nous enchanter.  Elle arrive, quitte ses chaussures, ses chaussettes, et tiens, justement, il est question de chaussettes, savez-vous que les chaussettes sont une histoire d’amour ? Elle questionne aussi : Qu’est-ce qu’un baiser ? Une braise chaude qui tombe sur le tapis, et par chance, nous avons marché dessus , ou nous fait sourire : Poème publicitaire : Je nage dans le bonheur, mais parfois j’ai pied, parle d’amour : Je suis couchée dans tes bras, comme un chat sur un rayon de soleil, et a une belle philosophie : Si tu veux t’en sortir, non de Dieu, fais ce que tu veux de ta vie, et cesse de poser des questions. J’adhère ! Un moment fort qui fait sortir  la poésie de ses poussiéreuses chapelles, et la partage avec bonheur.  Merci à Cécile Coulon, en toute harmonie et complicité avec Marie Bunel, et Yannick Chambre qui a flâné en musique entre les mots.  Et il est réjouissant de voir une salle pleine venir applaudir la poésie. Je veux écrire pour toi, ne pas apprendre à vivre, mais vivre, le temps ne se rattrape pas, il se protège, bonsoir. 

Photo Martine Fargeix

Et enfin, à 20 h 45, c’est Erwan Pinard qui arrive avec sa guitare,  un grand gaillard à la barbe hirsute, et il attaque en douceur, caressant sa guitare durant un long moment : J’ai entendu sur France Info que quand il y avait trop de chaleur, il fallait limiter les mouvements... Puis : Je suis Erwan Pinard, c’est mon vrai nom, sinon, on pourrait me prendre pour un autre, et si je fais des concerts, c’est pour me venger !  

Provocateur, mais provocateur d’émotions, on le dit punk, rock’n’roll ou crooner, il est surtout atypique, insolite, il caricature la société avec humour, lui y compris, professeur de musique à Villeurbanne, mais l’inspiration a du mal à venir dans la salle des profs. 

Il fouille dans les bas-fonds de la nature humaine,  il parle surtout d’amour, du manque d’amour, dans les supermarchés où tout se vend, mais pas l’amour : Est-ce l’enfance qui s’en va / Quand les marchands s’en viennent ?  les ruptures amoureuses, J’élabore : T’en fais pas / je reviendrai encore  / Prendre de tes nouvelles / Afin de m’assurer que tu ne vas pas bien / Je t’écrirai encore / Des  je t’aime, en vers et en vain / Mais comment écrit-on je t’aime déjà ? 

Photo Martine Fargeix

Il fait le pitre, gesticule, se donne à fond, hurle sa colère, sa détresse, à presque en avaler son micro, mais l’on peut déceler derrière cette provocation une immense tendresse, c’est un sentimental qui brouille les pistes, un poète et un excellent guitariste. 

Erwan Pinard sera à Chailley, dans le Var, le 9 juillet prochain, à Gramby, au Québec, les 22 et 23 août, il prépare un nouvel album, et il peut être programmé dans le Puy-de-Dôme, de préférence pendant les vacances scolaires, il a désormais son gîte assuré ! Vous l’aurez compris, j’espère, Pinard, c’est un bon cru ! 

Danièle Sala

 Rencontres Marc Robine. Jeudi 4 juillet 2019

5 Juil

                              

Des ateliers d’apprentissage de chansons du répertoire traditionnel d’Amérique latine, avec Emile Sanchis, et découverte des instruments, flûte indienne ( kena), flûte de Pan (sikus), percussions ( bombo), guitares ( charango, cuatro) et pratique de ces instruments. C’était au musée Régional d’Auvergne le matin, et l’après-midi. 

Repas festif pour ceux qui le souhaitaient dans un bistrot de Pays, à Ménétrol : En attendant Louise.

Et à 18 h, à l’Espace Rencontres du Couriat, en collaboration avec le Centre social du Couriat, l’école de musique de Riom, et On connait la chanson, un plateau découverte, deux filles de l’école de musique nous ont fait découvrir leurs chansons Oh les filles… Oh les filles ! 

Photo DR

La première,  Kay Mariposa, née au pied des volcans d’Auvergne, juriste de profession, pratique le piano et le chant depuis son plus jeune âge. Inscrite en section guitare à l’école de musique, elle s’intéresse rapidement à l’écriture et à la composition, des influences country et folk naissent de ses premières chansons. ( en anglais). Elle a chanté ses propres chansons, accompagnée de sa guitare et de Thomas Corriger au piano :imaginez un western, le Far West, les cow-boys, Lucky Luke, les chevaux... nous a t-elle dit… Et elle a interprété Jolene de Dolly Parton. 

La deuxième fille, Via Olivia, après s’être présentée,  un peu dépaysée en venant de sa banlieue parisienne, elle s’est retrouvée comme chez-elle dans ce quartier populaire de Riom, et elle nous a chanté quelques titres de son premier album : Histoires d’O, sorti il y a quelques mois, et deux nouvelles chansons : Génération bonobo, et Al dente, accompagnée de Bruno Kruch au piano. Ses chansons parlent d’amour, d’enfance, avec humour, Y’a belle lurette qu’il est parti, je me console avec mes chats... Mais les hommes ne sont fréquentables qu’au Musée de l’homme, une reprise d’une chanson d’Yves Montand : La chansonnette, que tout le monde a reprise en choeur, Merci au passage à Via Olivia, que je vais revoir ce soir, et me procurer son album, on en reparlera.

Photo Martine Fargeix

Et à 20 h 45, c’est Lily Luca qui arrive sur la scène de l’Espace Rencontres du Couriat, il fait chaud ! Lili, short noir, et haut dentelle, cheveux longs, lèvres rouge-baiser, joue les vamps en arrivant, seule avec sa guitare : Je vais faire durer l’intro jusqu’à ce qu’on ait le son… Et le son arrive quand elle attaque Tais toi,  parce que les mots ça fait trop peur. Et elle enchaîne, dans une parfaite construction de son spectacle, comment créer une ambiance, être bien avec son public, chanson engagée ? Autobiographique ? Chanson qui fait du bien,  reprise, ou bien ma meilleure chanson ? Elle fait tout ça, avec une maîtrise parfaite, un humour féroce, un charme fou, racontant au passage son ambiance familiale avec Brassens, Brel, Boby Lapointe, ses premières chansons en anglais à Glasgow,  son exil en Ecosse : Coeur curieux cherche imprévu, ses études musicales à Lyon, puis ses premiers bars,  elle nous chante les chansons de son album : Le charme impénétrable des artistes torturés, se livrant, pour la chanson éponyme de l’album, à un époustouflant exercice de séduction, sur les genoux d’un spectateur qui n’en revenait pas ! Loufoque, femme fatale : La stratégie du foulard en coton,  chagrin d’amour, l’absence d’un être cher : T’es où ? Je suis loin d’être lassée, continue de passer…Elle aborde tous les thèmes, avec lucidité, l’an 2000, où l’on aura trouvé toutes les solutions, la différence, qu’on fiche la paix au petit garçon qui dit : Laissez-moi peigner mon poney, la tristesse : Je pleux, mais pleuvons à deux, c’est mieux, ou encore Tu peux pas, me laisser là, inachevée, la condition féminine : J’suis open, la sexualité : La petite goutte d’amour, sans quoi on ne serait pas là, elle enchante, elle séduit, elle surprend et parfois elle nous met le cœur au bord des larmes. Chaque mot est à sa place. Il y a quelque chose de très fort et qui vient nous cueillir d’un coup a dit d’elle Anne Sylvestre. Une artiste à voir absolument sur scène. 

Et son prochain album est en préparation,
voyez là : clic sur la bourse–>

 

 

Et je vais de ce pas voir et écouter Cécile Coulon, lecture musicale, à 18 h, et à 20 h 45, Erwan Pinard. Je vous raconterai tout ça demain…

 

Danièle Sala

Rencontres Marc Robine, mercredi 3 juillet 2019

4 Juil

                                  

Les Rencontres Marc Robine ont commencé ce matin, avec un atelier, en collaboration avec la médiathèque de Riom, J’écris une chanson avec Lily Luca,  après-midi, atelier encore, avec Emile Sanchis :   Du côté de la Cordillère, musiques d’Amérique latine.  Pour les enfants de 9-12 ans, plus doués pour apprendre que les adultes présents, mais ce fut un grand plaisir partagé d’apprendre des  chansons du répertoire traditionnel, de découvrir les instruments de musique, et même de s’en servir, triangle, calebasse, bombo, cajon, flûtes andines, cloche à vache, diverses percussions,  ont été distribués à chacun, ainsi que les rôles à jouer, scène de pluie avec oiseau, ou mer avec bateau, mouette, et bruit des vagues. Et nous avons chanté des chants traditionnels, qui racontent les enfants paysans dans les champs de manioc, ou le vase d’argile où étaient conservés  les corps. Un beau moment qui donne envie d’aller plus loin.

Au Centre de loisirs de Saint-Laure, les enfants ont appris et chanté des chansons d’Aldebert, avec Agnès Mollon. 

Et à 20 h 30, la salle Dumoulin était pleine pour accueillir Frédéric Bobin et Sansévérino. 

Michel Conte rappelle les programmations des jours suivants, présente les artistes, et tout d’abord Frédéric Bobin, qui sera le fil rouge de ces Rencontres, toujours fidèle à l’Auvergne, enfin, Michel Conte remercie le public d’avoir préféré la chanson au match de foot. 

Frédéric Bobin, avec ses deux guitares, est accompagné par Hélène Piris au violoncelle, et l’on sent d’emblée la belle complicité qui les unit : Le soir tombe, et je n’ai pas changé le monde… Frédéric chante les chansons de son dernier album, Les larmes d’or, fort du succès ô combien mérité de cet album, il enchaîne les chansons, avec assurance, d’une voix chaleureuse, racontant l’histoire de ses chansons entre deux interprétations , chansons intimes, douce nostalgie de l’enfance et l’adolescence, il nous conte sa vie En super 8,  La maison de mon grand-père, ses amours intermittents, il dit aussi des choses graves sur le monde qui ne tourne pas rond, mais avec délicatesse, revenir aux choses essentielles, consommer moins pour vivre mieux, Oh ! Revenir de guerre / Revenir de tout / Quand on a vu la mer / Voler l’or du Pérou / On cherche un autre Eldorado / Une goutte d’eau… Il chante aussi quelques incontournables de ses précédents albums, Tatiana sur le périph, ou Singapour

Très applaudi par un public fidèle, avec qui il aime partager, c’est plus important pour lui que de passer à la télé : Si mes chansons font écho chez d’autres personnes, si elles apportent un peu de bonheur, alors j’ai le sentiment d’avoir été un peu utile et d’avoir bien fait mon métier. Paris gagné Frédéric ! 

On l’aurait bien gardé encore un peu, mais, on aperçoit déjà dans les coulisses, le panama sur la tête, Sansévérino, changement de décor, et de guitares, Sansévérino se présente, en toute simplicité, salue le public et : Je vais vous chanter des chansons de François Béranger, son dernier concert, il l’a fait avec moi. Puis regardant les gens dans la salle : Oui, je vois qu’il y en a pas mal qui ont connu les années 70… Il nous parle de sa  découverte de Béranger, puis de la rencontre, et de leur amitié. Seul en scène avec ses  guitares, deux belles  Martin et une Dobro peut-être d’avant la guerre, (merci Norbert), il met en lumière l’esprit blues et l’esprit folk,  de Béranger : Il a aimé le jazz-rock, les musiques d’Amérique latine, puis les musiques irlandaises et le tango, et il attaque par Tranches de vie, le public reprend le refrain en choeur : J’en suis encore à m’demander / Après tant et tant d’années / A quoi ça sert de vivre et tout / A quoi ça sert en bref d’être né…

Puis Y’a qu’la foi qui sauve, avec mimes du joint partagé jusqu’à la dernière miette, sur le coin des lèvres, et les 14 chansons choisies pour son album The BeBer Project Vol 1, hommage à François Béranger, volume 1, car d’autres volumes sont prévus.

Ceux qui ont connu les années 70, comme moi, se souviennent, enfin, les rebelles, ceux qui ont fait 68, en groupe, en ligue, en procession, se souviennent de François Béranger, de ses chansons libres, contestataires, et qui sont toujours d’actualité, n’ayant rien perdus de leur colère.  C’est l’esprit de Pete Seeger et Woody Guthrie et leurs protest-songs percutants, c’est l’esprit de Dylan et ses chroniques des temps présents, il y a tout ça dans Béranger recréé par Sansévérino.   Mais, si vous n’avez pas connu François Béranger, Woody Guthrie ou Pete Seeger,  ni Bob Dylan jeune, allez écouter Sarclo et Sansévérino, c’est aussi bien. ( Suite ici..)
Je ne saurais dire mieux, et c’est ce que j’ai ressenti hier soir, tout au long du concert. 

PS : Pour la petite histoire, et ce qui a peut-être aidé Sansévérino à cacher son émotion, sa sensibilité, sa sincérité à chanter son ami Béranger, et qui sait si ce n’est pas une réincarnation, la mouche, qui l’a accompagné durant tout son concert, tournant autour de lui, se posant parfois sur le micro, la mouche qu’il a finalement acceptée, avec humour, la mouche qui a fait diversion et provoqué des fous rires dans le public… La mouche mélomane, qui sera peut-être une prochaine chanson de Sansévérino, il l’a déjà envisagé…

A suivre, cet après-midi, à 18 h, à l’Espace Couriat, à Riom, Oh les filles ! Plateau découvertes, avec Kay Mariposa et Via Olivia, et à 20 h 45, concert de Lily Luca. 

Danièle Sala

 

Et pour quelques images de plus,
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Photos Martine Fargeix

 

Place Hubert-Mounier…

4 Juil

Le 2 mai 2016, Hubert Mounier a pris la tangente. Il a brutalement claqué la porte de notre chic planète. Une sortie de scène d’une absolue tristesse. 

Ce jour-là, celui qui fut aussi le chanteur de « L’Affaire Louis’ Trio » a joué un sale tour à ceux qui l’aimaient ; ses proches,  son public, ses fans.

Des fans qu’il a laissés comme deux ronds de flan, faut bien l’avouer… Alors pour palier le manque de cet artiste aux mélodies subtiles, pour continuer à faire vivre sa passion du dessin et de la musique, une page s’est créée quelques jours après sa mort sur un célèbre réseau social. Une page administrée sous l’œil vigilant de son épouse, Gaëlle. Pour ne pas faire n’importe quoi en mémoire de cet artiste que les maisons de disques ne considéraient plus à sa juste valeur. Pas assez bankable, on imagine… 

Sur cette page, on trouve des admirateurs, des musiciens, des proches. Mais comme les partages et les commentaires ne suffisaient plus pour garder sa voix haute et claire, un concert fut annoncé en juillet 2018. Passer du virtuel au réel, reprendre pied dans la vie. Le set s’est déroulé à Lyon, bien évidemment. Saluer l’œuvre du gone et de « L’Affaire Louis’ Trio » ne pouvait se faire que dans la cité des Gaules. Sur scène, il y avait Benjamin Biolay dont il fut le mentor. Notamment entouré de Kent, d’Obispo mais aussi de Vincent Mounier. Le frère, le musicien. Celui qui était le troisième de « L’affaire ». Le deuxième, François Lebleu, ayant une trop vilaine excuse pour ne pas en être. Lui aussi avait mis les voiles… Bien trop tôt, en 2008. Ça commence à en faire, de la peine, pour le Trio.

Ce soir-là, l’intégralité de l’album Mobilis in mobile, quatrième opus du groupe, a été interprétée. L’émotion fit bon ménage avec les sourires et la chaleur humaine. Même cruellement absent, Hubert continuait de fédérer autour de lui. Depuis, l’envie de l’entendre encore et encore ne fait que croître. Du coup, la Chic planète se remet maintenant à tourner. Elle a pour axe Les Chics types et Stan Mathis, deux groupes lyonnais. Quelle surprise, encore des gones ! Leur idée : sortir un album-hommage. Des reprises de son répertoire qui font partie de la mémoire musicale. Intitulé Place Hubert-Mounier, le projet rassemble autour d’eux : Carmen Maria Vega, Kent, Le Voyage de Noz, Frédéric Bobin, Joe Bel, They Call Me Rico, Buridane, Billie, Nicolas K, Khaban, Nicolas Bravin, Denis Rivet. Un album qui sera aussi graphique. Plusieurs sculpteurs, peintres ou graffeurs étant associés au projet afin de fabriquer un costume lumineux à un disque bien éloigné des compilations mercantiles et opportunes qui envahissent le catalogue des Majors. Un CD fraternel, franc, libre et désintéressé. A l’antipode de ces hommages insincères qui fleurissent si souvent sur la terre encore fraîche des tombes rémunératrices d’artistes résumés à des produits.   

Les jours ont passé depuis la pose de la première pierre de cette Place. De likes en concert, d’idées en réalisation, un clip est actuellement en tournage. Un Chic planète collégial, capté ces jours-ci sous le soleil de la Croix-Rousse dans le 4ème arrondissement de Lyon.

Place Hubert-Mounier sortira à l’automne 2019. Une douzaine de titres – et sans doute quelques bonus – du Capitaine. Enfin, le 5 novembre, une vingtaine d’artistes se retrouvera sur la scène du Club Transbo à Villeurbanne. 

Pour qu’Hubert Mounier continue d’alléger nos vies. Et nous fasse encore danser, avec lui, sur une Chic planète.

 

Fabienne Desseux

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