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Jérémie Bossone Le Décembre italien…

27 Sep

Photo ©NGabriel

Voyez-vous, le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont une plume chargée des encres les plus colorées, et ceux qui creusent le même sillon, en artisans appliqués, et il y a Bossone, il trace sa route dans l’art de la scène et de la chanson, et ne se confine jamais dans l’ornière des habitudes vaguement sclérosantes.

Jérémie Bossone est un voltigeur des sentiments exacerbés ou romantiques, épiques ou tragiques, il ne fait pas de concessions à une image préconçue, prédéfinie sur le critère « mon public »…

Son public, c’est celui qui cherche la surprise, le choc passionnel, le bouleversement des émotions , et puis le pirate a bien le droit d’être amoureux, l’amoureux d’être triste, et l’artiste d’en faire une symphonie sentimentale polychromatique. Qui se réalise avec « Le Décembre italien » .

Décembre à l’orée de l’automne, avec un voyage en Italie sous des soleils et des ciels encore bleus, et des lunes de fiel… Amour qui trébuche à Florence, sombre à Venise ou dans la fontaine de Trévi, ou qui meurt à Naples, selon la légende, en arc-en-ciel de chants désespérés qui sont les plus beaux et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots*. Nuit d’hiver quand l’amour lui-même hurle à l’envers*, dans le silence de Pompéï et ses ombres millénaires ses statues de cendres et le feu des amours mortes*

Et allez donc savoir pourquoi, dans ce panorama qui pourrait être déprimant, on remet volontiers l’album sur la platine, quand la musique est bonne, et elle est très bonne,  tournez manèges, ad libitum,

Ne pas se taire
Rêver toujours
Pleurer parfois
Chanter encore
A la folie
Aux rêves
A la vie
Dément Songe ?

Norbert Gabriel

C’est en vente libre, ici :

Chèque 15,70  €  à l’ordre de LA PERSEPHONE, à envoyer à l’adresse suivante : WOLF WALK UNIT
61 avenue Paul Vaillant Couturier
93120 LA COURNEUVE

  • * Citations: Musset,  Bossone.

Histoire d’une chanson, dans les plaines du Far West.

24 Sep
ou comment Montand était aussi en partie « auteur » dans la construction de son répertoire chanson.

Version initiale (Trouvée by internet, je ne garantis pas la totale authenticité..)

Tout le long du jour sur leurs beaux chevaux Ya oh !
Bingue bongue ! bingue bongue ! ils lancent des lassos
Ils font le tour dans le soleil chaud Ya oh !
Ils s’en vont toujours sans trêve ni repos
mais quand sont parqués les grands boeufs noirs
Ah comme il est bon de se revoir

Refrain :
Dans les plaines du Far-West quand viendra la nuit
Les cow-boys dans le bivouac sont réunis
Près du feu, sous le ciel de l’Arizona
C’est la fête aux accords d’un harmonica
Et leur chant, plein d’amour et de désir
Dans le vent porte au loin des souvenirs
Dans les plaines du Far-West quand vient la nuit
Les cow-boy dans le bivouac sont réunis
Ils sont de New-York ou de Chicago Ya oh !

Bingue bongue ! bingue bongue ! ou du Colorado
Ils faut les voir le jour du rodéo Ya oh !
Par les cornes saisir le plus fort taureau
Mais quand le jour tombe à l’horizon
Loin de la douceur d’une maison

Dans les plaines du Far-West quand vient la nuit
Les cow-boys dans le bivouac sont réunis
Près du feu, sous le ciel de l’Arizona
C’est la fête aux accords d’un harmonica
Et leur chant, plein d’amour et de désir
Dans le vent porte au loin des souvenirs
Dans les plaines du Far-West quand vient la nuit
Les cow-boys dans le bivouac sont réunis

Dans les plaines du Far-West quand vient la nuit
Les cow-boys dans le bivouac sont réunis
Près du feu, sous le ciel de l’Arizona
C’est la fête aux accords d’un harmonica
Mais bientôt sous la lune aux rayons blancs
Dos à dos et fermant les yeux d’enfants

Dans les plaines du Far-West quand vient la nuit
Les cow-boys dans le bivouac sont endormis

Et maintenant voici comment Montand l’a chantée, dans ses derniers shows essayez de suivre avec la version première..

 

et la version sobre 1959,

Et voici le premier enregistrement vers les années 46-47, très sensiblement différent de la version initiale c’est le moins qu’on puisse  dire..

Dans une petite discussion récente sur FaceBook, le sujet des interprètes dans la chanson a amené Montand au centre du débat, indirectement avec une vidéo dans laquelle une intro parlée intriguait les participants. Montand avait gardé cette chanson emblématique dans ses spectacles, en faisant une sorte de sketch en presqu’autodérision dans les années 80.

Mais il est peut-être bon de revenir sur la genèse de cette chanson qui montre le formidable instinct de Montand dans son approche et ses choix.

1940-41. Il est un débutant marseillais qui se cherche entre Trenet Chevalier et Fernandel, son premier nom de scène Trechenel est un condensé de son premier répertoire puisé dans celui de ces trois vedettes. Ça démarre très vite , mais il comprend immédiatement qu’il lui faut des chansons à lui. Dans ces années 40, et depuis son adolescence il est fasciné par le cinéma américain et les westerns, et il veut une chanson western. Son premier manager l’envoie rencontrer un auteur et un compositeur marseillais, qui n’ont pas grand chose à lui offrir, mais Montand sait leur raconter son univers western, l’un des deux Charles Humel est aveugle, et n’a jamais vu de western, et pourtant ils lui font cette chanson cartoon qui sera son premier succès. (Prix du disque 47)

YVES_Montand 1.jpgC’est aussi dans ce contexte que Montand casse tous les codes vestimentaires en vigueur, il avait au début une sorte de tenue très fantaisie, en rapport avec son répertoire, mais à cause d’une interpellation moqueuse d’un titi marseillais il change tout, plus de veste à carreaux,  ni cravate, il garde la chemise et le pantalon sombre, marron, en quelque sorte l’équivalent de la petite robe noire de Piaf, qu’il ne connait pas encore. En quelques mois, le débutant a compris comment il va se faire un répertoire, et trouvé la tenue de scène qu’il gardera pour les grandes années music-hall 45-60. Décisions personnelles sans aucun conseiller.

Edith Piaf lui fera passer quelques étapes avec la suggestion d’oublier le répertoire américain, et en facilitant le contact avec d’autres auteurs. Dont Prévert. Et la rencontre avec Prévert est aussi symptomatique de la vista de Montand en matière de chanson. Prévert va lui présenter une chanson qu’il pense faite pour lui « la chanson des cireurs de souliers » il avait demandé à Henri Crolla de faire une musique sur ce texte assez acrobatique, et Crolla a composé une musique jazzy tout aussi acrobatique, Montand découvre cette chanson avec enthousiasme, et bien que très impressionné par Prévert, il n’hésite pas à suggérer une modification de la fin de la chanson*, que Prévert accepte volontiers. Montand fera souvent des propositions, que les auteurs acceptent, car il a un sens inné de la chanson, et de son impact. Comme avec « Du soleil plein la tête » en modifiant l’ordre des strophes. Ou « Les feuilles mortes » .. Et parfois en suggérant quelque chose de totalement inattendu, Barbara dit sans musique, ou en demandant de faire une chanson du texte de Gébé  (Casse-tête…) Parfois, il a eu besoin de s’appuyer sur les conseils de Simone, de Bobby  Castella, ou de Crolla (qui a insisté avec succès pour « Mon pote le gitan ») mais globalement ses choix étaient justes.

 

Montand jongle.jpgMontand a poussé très loin le soin de mettre en scène ses chansons, certaines demandaient un travail de mise au point d’une exigence extrême, des heures de travail pour le coup de cymbale dans « Battling Joe » des heures de travail pour les mouvements de danse, ou une jonglerie….

Le débat avait été initié par une observation sur Johnny Hallyday, interprète, pour arriver à Montand, et en conclusion, une réflexion récente de Johnny qui resitue très bien ce qu’ils ont été l’un et l’autre, comprend qui peut,

 Une chanson est une bonne chanson quand on ne se force pas à la chanter. Je me suis beaucoup forcé. 

 

Norbert Gabriel

 

 * La chanson des cireurs des souliers  devient « Les cireurs de souliers de Broadway » et  la fin suggérée par Montand est très différente de l’originale. Cette chanson ayant été déposée dans la version Montand, on ne connait donc pas la fin avec la musique qui l’accompagnait, les archives de Crolla ayant disparu… C’est aussi une suggestion de Montand à Pierre Barouh qui a donné la version connue de « à bicyclette » ,  enregistrée sous le titre « La bicyclette »  en raison de l’antériorité de la chanson de Bourvil. Mais ceci est une autre histoire..

 

 

La lune ou J’m’appelle la lune…

23 Sep

Photo ©NGabriel

C’était en 2011 ou 2012, la découverte d’ une chanson de Léo Ferré que je ne connaissais pas. Annick Cisaruk interprétait « J’m’ appelle la lune » lors des Jours Ferré. La surprise passée, un peu vexé, je consulte mon intégrale Ferré, et rien. Léo Ferré ne l’a jamais enregistrée.
Deuxième étape : en 2014, Valérie Mischler est invitée aux Jours Ferré avec cette chanson un peu mystérieuse, les enregistrements sont rares, le premier semble être une version début des années 60 par Los Machucambos, une version que nous dirons exotique, trouvée en faisant un tour dans les archives Ferré.
Ensuite,  voici la québécoise Renée Claude en 1994. Vient alors l’idée de chercher l’histoire de cette chanson. Comment est-elle née, qui l’a chantée la première fois… Le point de départ de cette recherche étant le fait qu’elle est interprétée par des chanteuses-comédiennes, Renée Claude, Annick Cisaruk,
Valérie Mischler, qui ont l’exigence de connaître l’histoire des textes qu’elles vont chanter. *
Et autre surprise, lors des Jours Ferré, personne ne sait rien, ni les spécialistes confirmés, ni Marie Ferré. Rien dans les livres non plus. Un faisceau d’intuitions et quelques indices flous, des souvenirs de livres sur les années cabaret 50-60 esquissent Pauline Julien comme première interprète probable. Et aussi l’hypothèse que Renée Claude a été précédée par une « collègue »,  et la seule chanteuse possible est Pauline Julien qui était en France dans les années 54-57, et qui a commencé à chanter dans les cabarets, les mêmes où passait Ferré. **

De ricochet en ricochet, Anne Sylvestre renvoie à Jean-Paul Liégeois, qui admet l’hypothèse sous réserve de vérification. Arrive ensuite Céline Faucher dans la quête des sources. Et dans le second semestre 2015, Jean-Paul Liégeois trouve la preuve à l’INA, comme Céline Faucher la trouve aussi dans les archives de Pauline Julien, au Québec, c’est bien Pauline Julien qui a été la créatrice, au sens première interprète.
Reste la question, pour qui Ferré a-t-il écrit cette chanson très féminine ? Etait-ce pour Pauline Julien, plus comédienne que chanteuse à cette époque ? Ou bien est-elle arrivée à point pour s’approprier cette nouveauté ? La quête continue, mais Pauline reste l’hypothèse plausible, quand elle a commencé à chanter, les artistes se croisaient dans les cabarets, en constituant des familles d’idées, rive gauche/ rive droite.
Elle y interprète alors Léo Ferré, Boris Vian et Bertolt Brecht, mais J’m’appelle la lune
semble être la seule oeuvre originale de son tour de chant.
Pauline Julien revient au Québec comme chanteuse, et lorsque Léo Ferré a fait sa première tournée québécoise, en 1963, ses chansons étaient déjà familières, la porte était entr’ouverte, grâce à une chanson qu’il n’a jamais enregistrée. Il y a d’autres chansons de femmes que Ferré n’a pas enregistrées : « La fille des bois » sur un texte de Mac Orlan est difficilement chantable par un homme, interprétée par Pauline Julien et Catherine Sauvage en 61, c’est le seul texte de Mac Orlan mis en musique par Ferré. Idem pour  Les p’tits hôtels  texte de Dimey créé par Zizi Jeanmaire.
En 1940, Ferré a composé des chansons dont il n’y a pas de traces à ce jour, sur des poèmes attribués à Germaine Neumann , son pseudo lors d’un premier spectacle était Forlane si vous voyez quelque part ces titres : Jouez-moi du Bach, Un Chant d’amour, Près de toi, Prétexte, Souvenir, Le Vieux Cahier, Le Temps des valses, Je fais parfois un rêve fou , vous aurez découvert un petit trésor.

Dans le CD « La mauvaise graine » on trouve quelques chansons jamais enregistrées par Ferré, et dans le CD Maudits soient-ils, des chansons maquettes de studio, dont 5 poèmes de Verlaine et 5 de Rimbaud.
L’oeuvre de Léo Ferré est la plus importante, et de loin, de toute la chanson francophone, et les archives explorées par Mathieu Ferré promettent d’autres découvertes sur le plan enregistrements, pour les textes, tout est dans « Les chants de la fureur » 1622 pages, Edition La Mémoire et la Mer/Gallimard 2013.

• * (La lune a été chantée aussi par Nicolas Reggiani en 2004, par Les Faux Bijoux et par le groupe italien Têtes de bois …) et Josette Kalifa – avec David Venittucci à l’accordéon – sur son album de reprises de Ferré en 2002 ou 2003 .
https://greatsong.net/PAROLES-JOSETTE-KALIFA,LA-LUNE,102374878.html

• ** Dans les années 52-60, une autre chanteuse Aglaé a fait un bout de chemin en France, mais dans un registre différent, plus opérette, plus proche de Ricet-Barrier que de Ferré.

En 2018  Pascale Ferland a fait un film sur Pauline Julien, on y trouve un morceau de cette chanson, c’est là:

https://vimeo.com/398535592?fbclid=IwAR3mqohvGW7_z2NVTzbn…

 Norbert Gabriel

Ferré, un archipel, par Jacques Layani…

22 Sep

Edition Le Bord de l’Eau Septembre 2020

C’est bien un archipel de l’oeuvre de Ferré qui est proposé dans ce livre de 390 pages, dans lequel chaque île développe des plans séquences-documentaires fouillés, par thèmes, ou par périodes. Ses rencontres avec Dimey, Breton, Aragon, Luc Bérimont, Mac Orlan… Comment les œuvres communes se sont organisées, tout est précis, daté, raconté avec brio. L’auteur revendique un désordre foisonnant, en effet, c’est le genre de livre qu’on peut lire dans l’ordre, ou dans le désordre, et quand on connait son Ferré, c’est un complément indispensable qui répond à beaucoup de questions qu’on a pu se poser au fil du temps, des albums, de sa vie, comme un puzzle sur lequel on éclaircit quelques pièces restées dans des ombres floues.

Si on consulte la discographie, les rééditions diverses, et les circonstances liées à certaines compilations, vous aurez de quoi vous guider pour réorganiser votre discothèque, ou mieux comprendre ce qui sépare des rééditions opportunistes faites pas les labels, de rééditions mieux maîtrisées et plus cohérentes.

Dans une autre île, les critiques, articles, chroniques parues dans les journaux d’époque montrent que c’est le plus souvent le style original, novateur, qui dérangeait les journalistes plus ou moins spécialisés. Et finalement, Ferré a confirmé ce que dit Cocteau : «  Ce qu’on te reproche cultive-le, c’est toi. »

La genèse du parcours prolifique de Ferré commence dans les années 30, avec une page d’histoire de la chanson quand le môme Léo se nourrissait des émissions de musiques à la TSF, Gilles et Julien, Mistinguett, Jean Tranchant, Mireille, un vieux banjo de 1925, Cole Porter ou Peanut Vendor de Moises Simon, et aussi le piano du pauvre à côté d’une valse à Schubert

On voit aussi dans l’exploration des procédés d’écriture les interférences et références de ses auteurs favoris, quand Ferré adapte, triture, refond les textes pour en faire ses chansons… Et vient alors l’envie, ou le besoin, de réécouter tel album pour mieux s’en imprégner.

Dans une œuvre aussi importante que celle de Ferré, il reste toujours des archives inexplorées qui sont publiées régulièrement. Parmi celles-ci des « nouveautés » des concerts captés qui n’avaient jamais été publiés. Ferré en général n’aimait pas les albums-concerts « live » pour une raison majeure, il n’était plus le maître d’oeuvre, les arrangements pouvaient varier (un de ses soucis avec Castanier) il pouvait y avoir des variations improvisées dont il n’était pas l’auteur. Néanmoins ce sont des compléments utiles dont  il est fait inventaire exhaustif.

On notera aussi que Jacques Layani fait le point sur le monumental « Les chants de la fureur » en indiquant les textes qui manquent dans ce qui a été présenté comme une intégrale des écrits de Ferré.

Cet Archipel Ferré – plus de 30 îles ou îlots à visiter – est le complément indispensable à tout amateur de chanson en général, avec ses multiples informations sur les ressorts de la création de cet art populaire qui a ses lettres de noblesse.

Edition Le Bord de l’Eau Septembre 2020, Collection Le miroir aux chansons,  dirigée par Jean-Paul Liégeois et Salvador Juan.  22 €

NB L’ouvrage contient de nombreuses indications sur les prix des concerts ou des dépenses diverses, il faut signaler une erreur dans la conversion entre les francs de 1954 et l’euro. Le concert à l’Opéra Garnier de Monte Carlo avec 80 musiciens est indiqué avec un prix de places à 500 frs. La conversion indique 500 frs anciens = 5 frs soit moins d’un euro… En 1954 le SMIC horaire est de 126 frs, donc 500 frs = 4 h de SMIC, et en 2020, ce serait dans les 40 € ce qui est raisonnable pour un concert de cette importance.
Pour rappel , un concert de Ferré en 1990 au Dejazet était à 140 Frs, et avec un SMIC horaire à 30 Frs, on retrouve la même équivalence, dans les 40 €. Dans ces recherches d’équivalence des coûts le seul calcul fiable est de se référer au SMIC horaire.

Norbert Gabriel

HK , Petite terre …

17 Sep

En survolant le paysage humain français, on voit que depuis la Gaule la mosaïque s’est enrichie et diversifiée, et il n’est pas inutile de rappeler que le nom de la France, vient des « barbares francs » convertis à la religion locale… Ensuite l’Histoire cite à la barre, les Ostrogoths, les Wisigoths, les Vandales, les Sarrasins, les Vikings, et, entre la Gaule et la France, quatre siècles de civilisation gallo-romaine.. Et tout ça fait d’excellents français selon Maurice Chevalier, étranges étrangers* et selon Eluard :

C’est que ces étrangers, comme on les nomme encore,
Croyaient à la justice, ici-bas, et concrète.
Ils avaient dans leur sang le sang de leurs semblables.
Ces étrangers savaient quelle était leur patrie.

On peut trouver une synthèse musicale de cette histoire bigarrée avec le nouvel album d’HK, sortie annoncée pour le 18 Septembre, c’est vivant, tonique, une sorte de cri du cœur qui fait un bras d’honneur aux malheurs petits ou grands qui font l’ordinaire des actualités.

HK et ses ami.es nous reviennent avec un nouvel album :  Petite Terre . Toujours le même amour des mots qui s’envolent, des mélodies nomades et des rythmes dansants.
Un album world à la française aux accents chtis, occitans, créoles, bretons ou encore berbères. Un voyage musical qui commence au cœur de nos terroirs pour nous inviter aussitôt à nous ouvrir sur le monde et à le parcourir en chansons. Un album nous parlant de Nous aujourd’hui, et de ces lendemains joyeusement solidaires auxquels on rêve encore, obstinément. Un album comme une valse contagieuse, qui nous donnera envie de danser avec HK et sa bande de joyeux saltimbanques, pour de nouveaux beaux moments à vivre… ensemble.

On peut le dédier à Marie Curie, Henri Bergson, Emile Zola, Jankélévitch, Joseph Kessel, Ariane Mnouchkine, Romain Gary, Michel Platini, Moustaki , Charles Aznavour, Coluche, Henri Verneuil, Raymond Kopa, Isabelle Adjani, Serge Gainsbourg, Zidane, Jacques Offenbach, Serge Reggiani, Yves Montand, Pierre Barouh, Manouchian, Edith Piaf, Brassens, Mouloudji, Alexandre Trauner, Cavanna, Harry Baur (mort car supposé juif) , Juliette Noureddine, Guy Béart, Étienne Roda-Gil, Olivia Ruiz, Michel Piccoli, Kosma, Géminiani, Wolinski, Pierre Tchernia(ski) , Stablinski, Daniel Pennac, Django Reinhardt, Grappelli, Azzola, Modigliani, Michel Polac, Ariane Ascaride, Costa-Gavras, Cédric Klapisch , Michel Hazanavicius , Mathieu Kassovitz, Noémie Lvovsky , Céline Sciamma, Leos Carax , Robert Guédiguian , Jean Becker , Jean-Pierre Mocky , Anna Marly, Guy Béart, Marjane Satrapi…

Liste non limitative de français venus d’ailleurs pour différentes raisons, et j’ajoute quelqu’un de beaucoup moins connu (!) moitié rital par la mère moitié espingouin par le père (avec aux dernières nouvelles quelques traces de juifs vénitiens du 15 ème siècle) Norbert-Gilles Gabriel.

  • Etranges étrangers, Prévert, ( … déportés de France et de Navarre, Pour avoir défendu en souvenir de la vôtre, La liberté des autres.)

 

Le site c’est là–> 

Norbert Gabriel

Musique, héritage militant et solidarité avec les immigrés : concert et entretien du Cri du Peuple au Kabako

25 Août

 

Le Kabako, quésaco? C’est ainsi que fut renommé récemment un local départemental de Bordeaux à l’abandon, réquisitionné il y a quelques mois par des bénévoles du secteur associatif pour héberger des réfugiés mineurs s’étant retrouvés à la rue, car non pris en charge par les autorités en attendant que leur minorité soit officiellement reconnue. « Kabako » signifiant « surprise » en langue Bambara, parlée au Mali et en Afrique de l’Ouest, et par une partie des jeunes y ayant trouvé un foyer inespéré, temporairement au moins, comme un clin d’œil au sens de son nom, l’endroit résonnait jeudi dernier au rythme d’un concert surprise du Cri du Peuple. L’ensemble vocal bordelais qui depuis quinze ans anime, accompagne et soutient les luttes sociales en interprétant des chants des répertoires anarchiste, antifasciste et féministe français et européen nous avait déjà accordé un entretien l’an passé, à l’occasion du Festival contre le racisme et les stéréotypes à Cenon (33) [lire ici], pour raconter l’aventure humaine d’un collectif de personnes unies par des valeurs et des idées philosophico-politiques communes, l’envie d’extirper de l’oubli des chants de lutte appartenant au patrimoine populaire plus ou moins ancien et de les faire (re)vivre et connaitre, et la volonté de donner un sens à la perpétuation de cet héritage musical et culturel en se produisant bénévolement en soutien à des mouvements, rassemblements et actions pour défendre en chanson les causes qui les touchent et leur semblent justes.

Toute manifestation politique ou festivalière étant interdite depuis des mois, en raison de la pandémie, la période était appropriée pour que Le Cri du Peuple s’attèle enfin à l’enregistrement d’un album compilant certains des morceaux avec lesquels le groupe a enchanté et rempli d’une énergie, d’une chaleur et d’une lumière bienfaisantes le militantisme local au cours de ses quinze années d’existence. C’est donc heureux de la perspective de sortie de l’album qui se profile à l’horizon, que Le Cri du Peuple, dont plusieurs membres font partie des bénévoles s’occupant du Kabako, a décidé de s’y produire, en premier lieu pour partager un moment festif et musical avec les jeunes. Et quand on imagine ne serait-ce qu’un dixième des épreuves et des vécus parfois traumatiques que ces personnes ont traversé, à peine sorties de l’enfance, pour l’espoir d’une vie meilleure en Europe -ou d’une vie tout court-, c’est sans trop de peine qu’on envisage combien leur offrir un moment d’amusement, de musique et de poésie est aussi vital que l’entre-aide matérielle et le soutien juridique. Seule preuve en fut la réaction éclatante de joie de ce jeune public, dont a priori on aurait pu craindre qu’il ne soit pas très réceptif à des chants militants ne lui étant pas familiers. Et pourtant : l’entendre reprendre le refrain féministe « Non, c’est non! » en chœurs, battre le rythme sur des percutions de fortune ou en frappant des mains pour accompagner la chanson de révolte québécoise « Je suis fils », et le voir danser sur l’hymne anarchiste espagnol « A las barricadas » suffit amplement à saisir toute la dimension universelle -et simplement humaine en fait- du langage musical et de la force que les élans de chants de lutte et d’espoir peuvent intuitivement communiquer. Nous profitions de la soirée pour un nouvel entretien avec des membres du Cri du Peuple pour en parler.

 

– Bonsoir et merci de nous accorder cet entretien. On ne présente plus votre chorale qui s’est fait entendre depuis quinze ans en Gironde pour appuyer les mouvements, manifestations et luttes sociales en chansons, et ressuscite et fait vivre le patrimoine musical anarchiste francophone. Où en est l’aventure du Cri du Peuple aujourd’hui?

-Pat : Le terme de « chorale » en fait ne convient pas vraiment à notre ensemble. Déjà pour intégrer une chorale, on demande de savoir chanter, et même si nous savons chanter, ce n’est pas notre premier critère de recrutement de nouveaux membres. Il faut d’abord que les gens aient nos idées, sociales, libertaires, féministes, antifasciste, antiracistes, et puis que ce soient des gens avec qui ça fonctionne. On se rend compte que quand trop de nouveaux membres arrivent dans l’ensemble, on a des problèmes de fonctionnement. De ce fait nous privilégions l’appellation de groupe.

-Muriel : C’est difficile d’intégrer des gens. Il y a quand même un esprit et ce n’est pas facile d’apprendre les morceaux, d’autant qu’il n’y a pas tant de membres que ça qui sont musiciens. Les gens pensent qu’on monte un morceau en trois minutes et demi. Mais en réalité c’est très long, parfois laborieux, de structurer une chanson, l’harmoniser, décider comment on va la chanter. Si en plus il y a trop de nouveaux membres à former au fonctionnement dont nous avons l’habitude, ça complique tout, à moins que les gens connaissent déjà le groupe et nos chansons. Apprendre à s’écouter mutuellement, se caler, chanter avec les autres, ce n’est pas la même chose que chanter juste seul. Et je pense qu’il y a plein de choses dans l’ambiance et l’état d’esprit du groupe qui sont liées à la façon dont on travaille, donc il n’est pas question de changer de méthode. On ne travaille pas avec des partitions, des notes, le métronome.

-Julien : On travaille avec des bières!

-Muriel : Non, mais on tâtonne, on cherche, des fois quand un morceau est proposé, on va en écouter diverses interprétations pour se faire une idée. Il y a un gros travail de réappropriation et d’interprétation des morceaux.
Samia : Et puis surtout ce n’est pas une chorale où tu viens juste chanter. C’est un groupe, parce qu’on compte les unes sur les autres. On n’a pas de chef de chœur.

 

– Un album à sortir va venir ponctuer l’histoire du groupe. Comment et pourquoi avoir décidé d’enregistrer enfin ce répertoire que vous faites vivre depuis quinze ans en public ?

-Muriel : D’habitude lorsqu’on décide d’un set à chanter en public, on le répète beaucoup, et puis on chante. Ce printemps-ci, on n’a pas fait cela, car en vertu de la pandémie, tous les festivals et évènements ont été déprogrammés. Du coup on en a profité pour s’occuper de cet enregistrement, d’autant que notre copain ingénieur du son, Jean, était disponible, n’ayant aucun engagement à cause du confinement. On a d’abord fait une première réunion avec lui, car ce qu’on voulait, nous, ce n’était pas un son de studio carré et formaté. Il a fait plusieurs prises, en répétitions aussi, sur le vif parfois, et comme il connait le groupe pour nous avoir vus plusieurs fois, il savait nous dire lorsque la prise correspondait exactement à l’esprit du groupe, et à l’énergie de ce qu’on dégage en concert. On espère vraiment qu’à l’écoute du disque on retrouve cette énergie et cet esprit qui investit les chansons et y met de l’intention. Parfois Jean se cachait pour nous capter, et on oubliait se présence, ce qui fait qu’on se lâchait plus. Je pense que c’est dans ces moments peut-être qu’il a eu de meilleures prises.

-Julien : Certains morceaux quand même ne sont pas pris en live ; on a du les enregistrer instrument par instrument, et pupitre par pupitre.

– Muriel : On ne peut pas faire un disque qu’avec des prises live, parce que par moment fatalement l’accordéon par exemple couvre les voix. Techniquement je ne sais pas comment Jean va se débrouiller, mais j’aimerais bien qu’on retrouve vraiment quelque chose qui ressemble à ce que fait Le Cri du Peuple.   

 

– Comment avez-vous orienté le choix des chansons qui se retrouveront sur l’enregistrement?

-Muriel : L’idée était d’y mettre aussi des morceaux représentatifs de ce que nous faisons depuis le début. C’est pour ça qu’on est allé déterrer de vieux morceaux qu’on n’avait plus chantés depuis longtemps, et d’ailleurs que les nouvelles membres ne connaissaient absolument pas.  L’enregistrement nous a donné donc l’idée de réintégrer dans le nouveau set de vieilles chansons qu’on a mises dans l’enregistrement, car elles sont l’histoire du Cri du Peuple. Du coup une vieille copine qui était une ancienne membre du groupe a décidé de revenir aux répétitions. Donc en longueur on est à treize ou quatorze morceaux enregistrés. Et puis il y aura des invités sur l’album, car Christine, qui est la mémoire vivante du Cri du Peuple, a recontacté des musiciens qui à l’époque des premiers morceaux avaient joué avec nous, mais n’en disons pas plus pour le moment. On voulait que le disque reflète vraiment l’histoire du groupe, qui existe quand même depuis quinze ans, et pas seulement des derniers morceaux en date.

-Marina : Pour les « jeunes » membres, on a pris plaisir à découvrir ces anciens morceaux. J’ai adoré.

-Pat : Actuellement l’enregistrement est presque terminé. Ensuite, on devra certainement lancer une souscription ou une précommande pour trouver des sous pour payer le pressage.

– Muriel : Parce qu’on ne va pas demander non plus aux gens de faire ce boulot bénévolement pour nous. Ce sont des gens qui possèdent des compétences qu’on n’a pas pour faire ce travail, qui y passent du temps et y consacrent des efforts. Il est donc normal de les rémunérer.

 

– Parlons du concert de ce soir, qui a lieu sans avoir vraiment été annoncé à grand fracas : est-ce à dire que son but est moins d’attirer du public pour découvrir ou soutenir ce lieu que d’offrir un moment de partage et de joie aux jeunes qui y sont hébergés et aussi aux bénévoles qui s’y impliquent, et dont d’ailleurs plusieurs membres du groupe sont ?

– Samia : On est très contentes de chanter ce soir ici au Kabako, qui est un lieu de vie pour mineurs non accompagnés en recours, c’est-à-dire qui ont été déclarés non-mineurs par le département, et ont soumis un recours au juge des enfants pour obtenir que leur minorité soit reconnue. Il faut savoir que durant ce temps là, en attente de la décision, aucune instance, ni personne ne s’occupe d’eux : étant officiellement ni mineur ni majeur, ils se retrouvent donc à la rue. Ce lieu qui était ouvert a donc été occupé par des bénévoles afin qu’il accueille la trentaine de jeunes qui y est actuellement hébergée. L’idée du concert est née collectivement, puisque nous sommes quatre ou cinq membres du Cri du Peuple à venir régulièrement passer des journées et des nuits ici. On s’est dit que ce serait une bonne idée de chanter pour eux, devant eux, et leur offrir une petite soirée. J’ai édité les paroles des chansons, parce qu’on a pensé que ça pourrait aussi servir d’atelier lecture, car tout est prétexte à apprendre.

– Muriel : Et puis les mesures sanitaires relatives à la pandémie compliquent tout : on ne peut pas appeler les gens à venir soutenir massivement ou participer à un spectacle, ni même passer à une journée « portes ouvertes », comme ça s’organise dans les squats traditionnellement. Heureusement il n’y a eu aucun cas de personne infectée ici, car nul doute que ça pourrait servir de prétexte pour faire évacuer le lieu.

 

– Puisque vous y êtes bénévoles, pouvez-vous présenter le lieu, sa création et son fonctionnement ?

-Julien : Des bénévoles ont constitué un collectif indépendant, qui n’est pas affilié à une organisation particulière, même si certains sont membres d’associations ou de syndicats. Il y avait même les nouveaux élus à la mairie de Bordeaux, de la liste Bordeaux en Lutte, présent le jour l’investissement des lieux.

-Samia : Mais personne n’agit au nom de son association, groupe ou syndicat ; nous ne sommes qu’un collectif d’individus.

-Jules : Pour le moment les autorités restent tolérantes quant à l’occupation du lieu, qui est sécurisée et paisible. C’est bien que les jeunes aient cet endroit où vivre au lieu de passer l’été à la rue, autrement il aurait fallu rouvrir l’Athénée Libertaire pour y organiser des repas de l’accueil de jour, comme l’été dernier [lire  ici].

– Pat : Il y a quand même des rumeurs de risque d’expulsion, évidemment à cause des déclarations de la préfecture.

-Marina : Mais pour l’instant, il n’y a pas d’arrêté d’expulsion ni de procédure, car le bâtiment appartient au département.

-Sandrine : C’était celui de la MDSI, la Maison Départementale de la Solidarité et de l’Insertion, donc un lieu dédié qui finalement rempli une mission dans le même esprit, avec des espaces qui permettent de loger presque décemment les jeunes. Le problème est que des jeunes continuent d’arriver, car il y en a qui se retrouvent mis à la rue chaque jour sur décision du département qui leur refuse l’aide sociale à l’enfance. Pendant la période d’évaluation de leur dossier, qui dure d’un mois à un mois et demi, ils sont logés dans des hôtels, avec un éducateur qui passe les voir, mais sans prise en charge médicale, encore moins psychologique ou affective, alors que certains ont un vécu vraiment traumatique. On leur donne des tickets restaurant pour aller dans des fastfoods, où ils n’en peuvent plus de manger de la merde. Et puis on les jette à la rue soudainement si le dossier de reconnaissance de minorité est invalidé. Donc ici ils peuvent dormir, se reposer, cuisiner, participer à l’entretien et aux tâches ménagères ensemble, s’instruire et faire des activités. Pour la question alimentaire on bénéficie de deux sources de récupération : l’Amicale Laïque de Bacalan [NDLR quartier voisin], et la Banque Alimentaire, via l’association Les Enfants de Coluche et Alimentation Solidaire 33.

– Marina : D’ailleurs si tu peux faire passer un message, ils ont besoin d’argent, car ça coute cher d’acheter de la nourriture. Donc il y a un besoin d’aide financière pour pouvoir continuer de sortir de la nourriture de la Banque Alimentaire et la distribuer. On peut y contribuer ici : lire ici

 

– Que signifie le nom du lieu Kabako ?

-Samia : Il veut dire « surprise » en Bambara, qui est une langue du Mali et d’Afrique de l’Ouest. Il a été choisi par un jeune qui d’ailleurs n’est plus ici. Heureusement certains partent quand même avec une meilleure solution, ce qui libère la place pour d’autres. Un avocat a réussit a obtenir récemment un référé qui va dans le sens de ce qu’on réclame, à savoir que les jeunes soient pris en charge par le département jusqu’à la fin de leur dernier recours. Et on espère que ce lieu sera le dernier de ce genre à avoir besoin d’exister et que demain il n’y aura plus de mineur à la rue.

 

 

 

Miren Funke

Photos : Miren et CDP

 

Liens:  page fb du Cri du Peuple : https://www.facebook.com/lecridupeuplebordeaux

 

Page du Kabako : https://www.facebook.com/Kabakobordeaux

Soutien en ligne : ici

 

Page fb Alimentation Solidaire 33 : https://www.facebook.com/Alimentation-Solidaire-33-108403657489936/

Cagnotte :  —-> clic sur la bourse   

 

Histoire d’une sorcière comme les autres ..

18 Juil

 

Photo©NGabriel

Il y a un peu plus d’un an une version écourtée de cette chanson a été mise en ligne sur youtube, sans l’accord d’Anne Sylvestre, qui n’a jamais été consultée.  Elle avait donc demandé le retrait, ce qui fut fait un temps, mais c’est revenu en ligne, sans aucun accord ni demande. On peut trouver le procédé pour le moins cavalier, voire même carrément grossier.

Voici la strophe coupée, l’amputation des 6 derniers vers dénaturent le texte originel …

 

Ce n’est que moi  C’est elle ou moi
Celle qui aime Ou n’aime pas

Celle qui règne Ou qui se bat
C’est Joséphine Ou la Dupont
Fille de nacre Ou de coton

C’est mon coeur Ou bien le leur
Celle qui attend Sur le port

Celle des monuments Aux morts
Celle qui danse Et qui en meurt

Fille bitume Ou fille fleur
Et c’est ma mère Ou la vôtre

Une sorcière Comme les autres

S’il vous plaît Soyez comme je vous ai
Vous ai rêvé depuis longtemps

Libre et fort comme le vent Libre aussi
Regardez je suis ainsi
Apprenez-moi n’ayez pas peur

Pour moi je vous sais par coeur »

 

Et voici l’explication de texte qui donne toutes les informations. ( Sur une page Anne Sylvestre )

Puisque vous êtes nombreuses et nombreux à nous poser des questions sur l’origine et le sens des noms cités dans « Une Sorcière comme les autres », nous vous proposons une petite « explication de texte », fournie par Anne Sylvestre elle-même.

Chacun des couplets démarrant par: « ce n’est que moi / C’est elle ou moi » est construit sur un balancement, une opposition :

Celle qui parle / qui se tait
celle qui pleure / qui est gaie

Jeanne d’Arc / Margot (la Margot des comédies classiques, du vaudeville… « Vive le mélodrame où Margot a pleuré », écrit Alfred de Musset)

vague / ruisseau
la soeur / l’inconnue
jamais venue / venue trop tard
de rêve / de hasard
qui aime / n’aime pas
qui règne / qui se bat

(ou « se débat« . Anne Sylvestre n’a jamais pu trancher. Ce vers-ci varie donc régulièrement)

– Joséphine (de Beauharnais, impératrice) / la Dupont (la femme du peuple)

– de nacre (matière noble, précieuse) / de coton (matière ordinaire, simple)

– celle qui attend sur le port (femme de marin) / celle des monuments aux morts (mère ou veuve de soldat mort au combat)

– FILLE BITUME (devenue « fille d’asphalte » pour Pauline Julien , le terme « bitume » n’existant pas au Québec. Anne Sylvestre a par la suite adopté pour elle-même « asphalte« , dont elle préférait la sonorité. Asphalte ou bitume faisant référence aux filles faisant le trottoir)
– FILLE FLEUR (jeune fille en fleur, innocente, fleur bleue)

– ancêtre/enfant
– qui cède / se défend

– qui est dans son printemps / que personne n’attend
– la moche / la belle
– de brume / de plein ciel

– GABRIELLE (Gabrielle Russier : https://fr.wikipedia.org/wiki/Gabrielle_Russier , à qui est également consacrée la chanson « des fleurs pour Gabrielle » :

– EVA (dans la première version du texte, c’est Eva Forest, (Genoveva Forest i Tarrat) révolutionnaire espagnole, dont Anne Sylvestre venait de lire « Journal et Lettres de prison » : https://fr.wikipedia.org/wiki/Eva_Forest ;
par la suite, « Eva » a été remplacée par « AICHA« , Aïcha Dabalé, militante de Djibouti contre l’excision et la dictature dans son pays : https://www.rfi.fr/…/20140307-djibouti-exil-femmes-aisha-da… . Pour l’anecdote, le soir où Anne Sylvestre a chanté pour la première fois la chanson avec « Aïcha » au lieu de « Eva », Aïcha Dabalé était dans la salle)

Fille de brume Ou de plein ciel
Et c’est ma mère Ou la vôtre
Une sorcière Comme les autres
S’il vous plaît Faites-vous léger
Moi je ne peux plus bouger.

 

Norbert Gabriel

Sortie de « Louves » de Doclaine : entretien avec l’artiste

1 Juil

 

Après un parcours s’aventurant durant plus de deux décennies sous différents horizons, au gré d’expériences éclectiques, qui, dans le Rock ou la Chanson, l’amenèrent à exercer ses talents de musicien accompagnant d’autres artistes tel le chanteur iranien Aissi Manzari, ou d’auteur, compositeur, arrangeur et même interprète anglophone et francophone au sein de formations comme le duo folk qu’il créa avec Julie Biereye, le groupe White Crocodile, ou le projet La Bête Lumineuse, initié il y a quelques années sans vraiment aboutir à un enregistrement d’album, mais qui laisse quelques chansons délicieusement drôles, émouvantes et efficaces, Nicolas Deguilhem, alias Doclaine, sort un premier Ep qui le voit assumer son univers à titre plus personnel : « Louves ».

Pratiquant également la musique ancienne et les musiques improvisées au chant, enseignant l’exercice de l’écriture de texte aux plus jeunes, en parallèle de ses activités -ou de son activisme?- de musicien multi-instrumentiste, compositeur et arrangeur, cet explorateur insatiable, généreusement partageur, et débordant d’idées qui semblent se bousculer dans son esprit bondissant d’un azimut à l’autre, et galopant avec un instinct d’éclaireur, devait fatalement finir par se sentir entravé dans son expression et sa quête personnelles par la création et le jeu collectifs, qui même s’ils enrichissent à la faveur des échanges, obligent toujours à des concessions bridant l’individualité. Il n’aura fallu pour le persuader de sauter le pas que la conviction et l’enthousiasme de son ami Joseph Doherty [Lire ici] qui, s’impliquant auprès de lui dans la prise de son et la direction artistique, l’engagea à la réalisation de ce sept titres, sur lequel il joue d’ailleurs des violons, et dont l’enregistrement fut complété avec le concours de Milos Asian Terran à son Kitchen Studio [Lire ici]. Un travail d’équipe qui fait de l’Ep une histoire de musique, de recherche et de passion, mais aussi de liens amicaux forts. Et s’il naquit aussi sous le signe de l’éclectisme, en termes de lieux, de moments et de moyens d’enregistrement, le disque impose néanmoins avec  un naturel éloquent une cohérence philosophique et poétique, où s’ébauche et se dépeint une chanson folk qui, sans se surcharger opulemment des multiples références et influences dont se nourrit Doclaine, laisse deviner la richesse d’un paysage, que l’artiste qualifie volontiers de « folklore imaginaire », d’une poésie vagabonde et subtile où la douceur de sa voix nous attire et nous entraine. Il y a peu Doclaine nous accordait un entretien pour nous raconter la naissance de cette nouvelle aventure.

 

– Nicolas bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Tu as une longue expérience de musicien au service des autres, et également d’acteur et initiateur de projets artistiques collectifs. Peux-tu nous raconter la naissance de cet EP, qui te voit enfin t’affirmer individuellement?

– Pour la petite histoire, les balbutiements du projet La Bête Lumineuse datent de 2010. J’avais joué en duo avec une amie, Julie Biereye, et j’avais fait beaucoup de sessions studio pour plein de gens. J’avais alors enregistré trois-quatre chansons dans un studio, mais même pas dans le but de faire un disque. Et puis j’ai travaillé jusqu’en 2013 pour le groupe White Crocodile, donc c’était resté en suspens. J’ai tenté de lancer ce groupe qui s’appelait La Bête Lumineuse, comme le titre de la chanson, car je venais de cette dynamique de groupe que j’avais connu pendant quinze ans. Mais le disque n’est pas sorti. Il a fallu que Joe Doherty me convainque que je pouvais travailler seul. Même si je préfère mille fois jouer avec des musiciens, en studio j’ai pu trouver mes repères de production tout seul, ou à deux en tous cas. J’ai trouvé ma zone d’artisanat de pré production et de production. Après la musique se fait avec des gens. L’histoire de l’EP part donc d’une impulsion avec Joe. Il m’a enregistré dans les Pyrénées pour les batteries et les deux premiers titres de l’EP. Ce sont d’ailleurs les titres qui sonnent le mieux. J’ai fini le reste chez moi, et avec Milos []. C’est un peu ma méthode « bordélique » : du work in progress « à la one again ».

 

– Le résultat arbore pourtant une cohérence et une unité philosophique assez inattendue pour une réalisation aussi disparate en termes de lieux et de méthodes d’enregistrements. En es-tu toi-même surpris?

– Quand on écoute avec des oreilles de technicien, on peut trouver des lacunes. Mais quand on écoute avec des oreilles de littéraire ou juste de mélomane, pour moi, il y a une unité de thème et de tout. Une chanson comme « Louise » a été prise chez moi, en prise de voix et d’harmonium sur le tapis dans mon salon. Donc l’ensemble est vraiment un mélange de cuisine artisanale avec de forts liens amicaux, entre le travail de Joe dans les Pyrénées, un travail dans le Kitchen Studio de Milos, et un travail à la maison. C’est une réalisation d’intimité.

 

– Sens-tu l’identité de ton propos musical se précisez plus et se définir mieux que lors de tes précédents projets où la composition collective pouvait agir comme une entrave à l’expression de ton individualité?

– Exactement ! Tu soulèves le point qui pour moi est le passage de quinze ans de musique en groupe à la composition individuelle. La dynamique de groupe doit être au service de ta chanson, qui n’est pas non plus de la musique progressive, même si j’essaye de faire de la Chanson musicalement assez riche. Ma tentative de faire ce disque en groupe il y a cinq ans n’a pas aboutie, parce que ça revenait à de l’interaction de musiques, alors que la musique devait être au service du texte. Aujourd’hui j’arrive à élaguer et cloisonner les projets. J’ai un autre projet de banjo un peu délirant où je vais au bout de délires improvisateurs et travaille beaucoup sur la production. Pour l’instant je bosse avec Pierre-Yves Marani, professeur au CIAM et travaillant à Ubik Mastering, qui fait du très bon boulot et est très à l’écoute. A Bordeaux il n’y a que lui et Alexis Bardinet de Globe Audio pour le mastering. J’enregistre et je mixe, mais le travail de mastering ensuite, c’est de l’orfèvrerie. Comme j’ai plein d’idées compositionnelles qui vont loin et que je réalise pas trop mal, après il faut quelqu’un qui aide de manière plus spécialiste. Quand on a un morceau avec plus de dynamiques au niveau sonore, c’est beaucoup plus complexe à mettre dans la boite qu’une prise guitare-voix. J’avais découvert cette science, mais sans être derrière les manettes, en jouant et regardant les ingénieurs faire ; ça n’a rien à voir quand on met vraiment les mains dedans. Par contre dans ce projet de  chanson, et je l’ai vu quand je me suis retrouvé seul en studio, ou juste à poil avec le banjo ou le ukulélé, il faut que la chanson tienne toute seule. Cet EP, je l’ai joué lors d’une date en janvier en première partie d’un groupe qui s’appelle Facteur Chevaux [Lire ici], un duo de guitares avec une prise de voix comme Moriarty, à l’ancienne, qui fait de la Folk avec beaucoup d’harmonies. Et j’aime ça : être seul dans des salles de cinquante ou cent places, et aller au cœur de l’artisanat des chansons.

 

– Aller au coeur et épurer est-il un souci primordial qui guide ton travail actuel, un peu à la manière de la philosophie Blues du « less is more » ?

– Il y a tout un travail d’élagage des idées musicales et des influences pour servir un texte. J’aime la liberté vocale d’improvisation, mais si c’est gratuit, qu’est-ce que ça vient faire dans la chanson? Ce n’est pas que la chanson doit être pauvre vocalement ; mais il faut laisser des choses de côté parfois, ou les garder pour la scène. Ce n’est pas parce que tu es bon musicien ou que tu as plein d’idées que tu peux faire une bonne chanson. Parfois il y a un diktat du texte dans la chanson qui nous tyrannise un peu. Si j’ai fait cet EP avec Joe, ce n’est pas par hasard : pour moi, Joe est vraiment le type qui a un parcours classique, qui connait le jazz, les musiques improvisées, mais qui n’a accompagné que de la chanson depuis quinze ans. Il est vraiment à l’articulation de tout. Traditionnellement en chanson française, on subit la prédominance du texte. Chez Bertrand Belin par exemple, il y a une voix, une approche du texte très intéressante, mais aussi beaucoup de musique, et une façon de faire de la musique en format chanson qui est différente. J’essaye de ne pas ratiboiser complètement mes idées musicales lorsque je fais une chanson, mais je pense que ce sont quand même toujours le texte et la voix qui doivent être l’idée directrice. Je suis très content d’avoir joué « Louise » seul au banjo, car ça m’a permis d’aller dans les moindres consonnes du texte, la moindre inflexion. Un ami m’a dit qu’on entend par moment un sourire intimiste dans la voix ou d’autres subtilités qu’on ne peut entendre que lorsque l’orchestration n’est pas étouffante. A ce propos, des choses me bouleversent chez Anne Sylvestre par exemple. Un truc qu’on oublie souvent, c’est que si on a de la musicalité et un truc dans la voix, on peut chanter le bottin. Les anglo-saxons ont avec leur culture de la production, que nous avons moins en France, transformé de simples chansons en « Frankenstein » de production. C’est intéressant, mais ça a des limites.  J’ai besoin pour faire une chanson que quelque chose m’accroche, un riff, un pont, un refrain. Les musiciens aiment bien ma chanson « Lisbonne », parce qu’elle a un rythme compliqué. Mais en fait le rythme m’a donné une accroche qui passe très bien, même en étant originale. J’aime que mes chansons tiennent toute seule, juste avec un banjo ou une guitare, mais qu’ensuite je puisse leur donner aussi une étoffe plus épaisse, parfois même juste avec un kick et un boucleur. Dominique A a su faire ça et tenir des gens. J’essaye de ne pas perdre de vue que « ma » chanson, c’est du guitare-voix, comme Atahualpa Yupanqui, même si je joue du xylophone, de la batterie, de l’harmonium. Mais je me perds depuis dix ans là dedans. Quand j’ai accompagné le chanteur iranien Aissi Manzari dans sa langue, c’était du format chanson ; quand j’ai accompagné Julie en Anglais, c’était aussi de la chanson. Et parfois on peut se permettre plus de choses dans d’autres langues. Le guitare-piano-voix est le cœur de tout, même si j’ai écouté bien d’autres choses, mais je ne pense pas qu’il faille toujours mettre toutes ses influences.

 

– Et qui sont les artistes qui t’’influencent justement ?

– J’ai été biberonné à Pete Seeger et à la Folk américaine, Tom Waits, Benat Achiary et à Dick Annegarn dans la Chanson Française surtout. Mes artistes de chevet sont Atahulpa Yupanqui autant que Pete Seeger ou Edith Piaf, Leonard Cohen ou Georges Brassens, André Minvielle et Dick Annergarn. Et aussi la nouvelle scène et surtout les femmes : j’écoute énormément de femmes dans la chanson, comme Camille, Emily Loizeau.

 

– Comment définirais-tu ton propre univers musical ?

– De nos jours les musiques ne sont plus trop cross-over. Sur scène quand je joue la chanson québécoise de La Bête Lumineuse, les gens adorent, car ça met une respiration. Sans dire que je fais le bouffon de service avec ça, mon set n’est pas encore très homogène, car c’est encore un peu le « folklore imaginaire » ; il y a aussi une chanson sur le Japon, une sur un berger pyrénéen. Tout ça donne un côté chanson « voyageuse », et il ne faut pas que je perde les gens avec ça, entre le côté expérimental esthétisant et le côté chanson intimiste. On a beau parfois faire l’artiste beaux-arteux, on se rend compte qu’il y a un énorme écart entre nos recherches de laborantin et l’aspiration et la réponse du public. Parfois une chanson toute simple sans prétention va fonctionner de manière très efficace en concert, car c’est une chanson « à partager » et le public ne s’y trompe pas et y réagit. Donc les disques c’est bien ; on peut aller au bout d’idées comme un chercheur. Mais ce qui compte c’est ce qui se passe avec le public. Le tout est de trouver quelque chose qui te donne envie d’aller au bout de ta chanson, pour toi-même, et pour les gens qui l’écoutent. La mélodie, le timbre de voix et la structure du morceau doivent suffire. Après on habille autour ou pas. C’est pour ça que je me permets de petites incartades ou délires à côté. Je veux pouvoir mettre mon côté improvisateur quelque part pour qu’il ne vienne pas envahir mes chansons en Français.

 

– Est-ce à dire que tu ressens le besoin de cloisonner tes différents projets pour ne pas que l’éclectisme de tes gouts, envies et idées dénature le particularisme de chacun d’eux ?

– En quelque sorte. Là je me suis amusé un peu avec ma fille à faire une reprise détournée de « The rythm of the night » de Corona, mais en réécrivant les paroles pour les soignants et en l’intitulant « Rythm of the kgnights », « knights » étant les « chevaliers » en Anglais, et en l’accompagnant d’un délire vidéo réalisé avec un pote à partir d’un blason de chevalier avec un masque symbolisant les soignants [Lire ici]. C’est plus sympa et rigolo qu’une énième vidéo live, et c’est une pause avant de me remettre à mes chansons. Mais il faut que j’aille au bout de ce délire aussi ; de toute façon être artiste, c’est aller jusqu’au bout du délire. J’ai commencé à écrire un ouvrage qui ne voit pas le jour, mais m’a permis de poser toute ma logorrhée inventive lacanienne, et donc d’en épurée les textes de mes chansons. C’est ce processus de compartimentage que j’ai mis en œuvre, parce que j’ai trop de bordel d’idées, ce qui peut être un handicap. Donc pour élaguer, je compartimente ce que je veux exprimer dans différentes disciplines. Le bordel peut être une richesse, mais s’il est maitrisé. Il faut savoir cloisonner les pratiques et les projets pour ne pas tout vouloir mettre dans un seul, ce qui est souvent la tentation quand on arrive d’un parcours de musicien dans la chanson : on à tendance à vouloir mettre tout ce qu’on a fait et sait faire dedans. Il ne s’agit pas de ramener la chanson à une pauvreté, mais à une forme d’humilité. J’ai commencé comme ça, avec trois accords en écoutant Pete Seeger et Leonard Cohen. Mais quand tu es boulimique protéiforme et un peu branque qui va dans tous les sens comme moi, c’est dur de se refréner. Sans oser me comparer à lui, Jacques Higelin y allait. De nos jours les genres sont tellement cloisonnés qu’on ne se permet plus ça. Il y a un côté immédiat et direct que je rencontre quand je travaille avec des gamins ; parfois je peux écrire avec eux une chanson par semaine pour les faire travailler au Conservatoire. C’est tellement immédiat et ludique que je m’éclate, et parfois leurs chansons sont mieux que les miennes. Julie Lagarrigue [ici, et ici] a aussi cette pratique très humaine et pédagogique, à travers son travail d’art-thérapeute, qui nourrit son écriture. Pour l’anecdote l’an dernier Anne Sylvestre est venue dans une école, située sous le pont d’Aquitaine, et l’instituteur avait écrit un texte que j’ai juste un peu raboté pour qu’il rentre dans une métrique musicale, et j’ai composé un arrangement pour quatuor à cordes. Alors bien sûr j’ai plusieurs secteurs de compétence, mais j’adore faire ça, sans rien m’interdire, car il faut que je me surprenne moi-même : garder une certaine adresse dans la simplicité et l’humilité. Bertrand Belin arrive à faire des choses très impressionnistes qui touchent, comme avec la chanson « Le beau geste ». Je suis un peu à la lisière entre une recherche esthétique de musicien et une expressivité simple, immédiate. Ce que je fais au Conservatoire est un compromis, car ça m’assure une moitié de mon salaire ; mais je n’y cultive pas des choux non plus : il y a un lien entre ce travail et ce que je fais en tant qu’artiste, une cohésion, comme Julie qui a trouvé son équilibre, et qui en plus est une artiste beaucoup plus structurée qui assume tout le travail de communication et d’organisation depuis pas mal de temps.

 

– Tu sembles sur scène naturellement guidé par un instinct du spectacle et du partage qui accroche le public. Le vis-tu ainsi ?

– Il me manque encore quelques concerts au compteur pour arriver à bien diluer tout ça dans un répertoire. A force le mélange entre le musicien, le chanteur et le conteur, un peu cabotin, se fait naturellement. Je pense qu’il faut déjà avoir de bonnes chansons pour faire un spectacle de chansons. La mise en scène et le cabotinage ne servent à rien si on n’a pas de chansons qui restent en tête. Dans le répertoire de Julie Lagarrigue [ici] par exemple, il y a des chansons à chanter, des chansons à raconter, des chansons à partager, et elle fait ça très bien ; j’ai trouvé ça génial. Maintenant j’ai trouvé ma façon de faire et d’assumer, et il faut que je me départisse du souci de musicien technicien pour laisser parler mon côté jovial et généreux et un côté plus direct et populaire qui fasse la fusion avec le troubadour en recherche musicale. Mais il faut faire plus de dates pour cela, et là où le bas blesse pour moi, c’est sur le démarchage et la communication qui permettrait de trouver des dates. C’est vraiment un boulot pour lequel il faut que je me fasse aider. Maintenant on nous demande de tout faire et mine de rien, c’était quand même pas mal quand on avait un petit label qui aidait pour les questions logistiques. Je rêve un petit peu, mais j’aimerais bien contacter des gens comme Dany Lapointe, la petite-fille de Bobby Lapointe, qui travaille avec des gens plus installés et fait un travail très intéressant.

 

– As-tu des projets prochains de dates ?

– Pour l’immédiat la mairie m’a appelé pour jouer dans la rue pendant le confinement, puis sur un balcon à Bordeaux Maritime. C’est une démarche de la municipalité qui appelle des artistes pour jouer publiquement, à condition que le temps le permette et que les gens ne descendent pas s’entasser dans la rue, sinon le régisseur arrête tout de suite, à cause des closes de sécurité. J’étais content en janvier, car j’ai eu le repérage pour le Prix Moustaki. Mais je n’ai encore rien mis en place au niveau de la communication et promotion, car il est vrai que je n’avais pas anticipé vraiment les frais que ça implique, ni la période de confinement qui verrait la fermeture des disquaires comme Total Heaven qui voulait distribuer l’EP.

 

– Dernière question pour satisfaire à notre curiosité : d’où vient ton nom d’artiste Doclaine ?

– Tout simplement, mon père était médecin et j’ai grandi dans les Pyrénées, donc il y a un clin d’œil au métier de mon père et à la laine de mouton : « doc » et « laine ». Et ensuite c’est simplement l’anagramme de mon nom, Nicolas Deguilhem : Guilhem Doclaine. Après avoir fondé La Bête Lumineuse, qui fait un peu nom québécois, ou titre de film porno québécois, je me suis dit que c’était con de ne pas assumer mon nom, mais qui sonne un peu troubadour du XVème siècle. Je me suis alors amusé à réaliser plusieurs anagrammes de mon nom, et suis tombé sur celui là, qui présente en plus l’avantage de sonner un peu anglo-saxon, mais pas trop. Il peut aussi sonner irlandais, et c’est ça qui est bien, car ça reflète les univers qui composent le mien, entre la Folk anglophone et la chanson française. Sans faire du maniérisme de communication, il faut aussi que ton nom, ton image, ton accoutrement soient en cohérence avec ta musique et ton identité personnelle. Et je suis enfin en cohérence. Ou en co-errance, mais avec qui ?

 

Miren Funke

 

Photos : source Doclaine (Doclaine), Carolyn C (Bertrand Belin, Joseph Doherty 6), Miren (Joseph Doherty 1, Julie Lagarrigue).

 

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Hip hip hip !

27 Juin

Hip hip hip, ils sont arrivés, le dernier spectacle, et le dernier album de Lili Cros et Thierry Chazelle.
Après l’énorme succès de Peau neuve, ce n’était sans doute pas facile , ils ont relevé le défi, avec brio.
Et l’album m’a profondément touchée. Une étape de plus dans leur carrière en duo. Plus près des gens,
plus confidentiel, plus intime, comme si on retrouvait des amis complices, qui nous ont fait rire, et
pleurer aussi, mais qui ont envie d’aller plus loin,et nous dire autre chose.
Des choses plus graves, comme ce questionnement sur l’indifférence face à la maltraitance d’enfants (
texte de Lili Cros) :

Oh oh oh nous on a rien vu
Oh oh oh Si on avait su
Qu’est-ce qu’on aurait pu faire ?
Des gens qui n’ont pas le temps ( texte de Thierry Chazelle) :
Oh non, ne me dit pas
que tu n’as pas le temps
Le temps c’est évident
on en a tous autant.

Ou cette chanson bouleversante sur « nos frères » de Lampedusa ( texte de Lili Cros, musique de Bastien
Lucas) :

Comme bien d’autres hommes aux abois
Je me demande
Si Lampedusa voudra de moi.

Bien sûr, on ne réalise pas toujours ses rêves d’enfants comme le dit Thierry Chazelle :

J’m’appelle comme toi, j’ai 50 ans
Je sais qu’on est comme les autres
En tout cas pas si différents
Mais on est pas des cosmonautes
Et on vit pas sous l’océan.

Mais il y a toujours une lumière au bout du tunnel, un coup de pied au désespoir, un appel à la joie de
vivre, malgré tout :


Rien n’aura changé le chagrin sera là
Là, mais comme endormi, bercé entre ses bras
Tu invitera des amis à diner,
Ensemble vous fêterez…
Le retour de la joie !

C’est ainsi qu’ils sont, Lili et Thierry, ils se racontent en toute sincérité, et ils racontent le monde avec
lucidité, et toujours une énergie positive. D’ailleurs, c’est ensemble qu’ils ont écrit cette chanson :

C’était le vent, le vent des petits riens
Le vent léger qui caressait nos mains
Je veux lui donner ton nom
Pour qu’on se dise enfin
Pour qu’on se dise en somme
C’est ainsi que nous sommes…
Si Lili se fait des films, le héro est toujours Thierry !
Et quelle belle déclaration d’amour de Lili :
On a traversé les océans
Grimpé sur le dos des montagnes
Suivi les fleuves, les goélands
On est revenus en Bretagne
On a fini par les poser
Nos valises cabossées…
Ma maison c’est là
Au creux de ton épaule
Ma maison c’est là
Ma maison c’est toi…

Un album qui coule de source, avec la voix limpide de Lili Cros, parfois teintée de blues, quand  » L’ombre
de Verlaine / Plane sur les pigeons dans  » Le jardin des mélancolies ».
Et ce n’est pas par hasard que Le Havre sur le port revient dans cet album, pour nous rappeler que ni
Thierry ni Lili n’oublient d’où ils viennent.
Enfin, j’ai été agréablement surprise par la couleur musicale de l’album, outre la basse acoustique de
Lili Cros, et la guitare folk de Thierry Chazelle, divers instruments joués par Florent Marchet et François
Poggio, donnent, avec la batterie de Raphaël Chassin, un côté très pop :

Dans la famille tombés du ciel
Dans la famille tape dans tes mains
Dans la famille votez-pour moi
Je suis pop Je suis pop
Populaire oh yeah…

Il me tarde de voir Hip hip hip sur scène, sachant le sens de la mise en scène et du spectacle de ce
duo, qui sait par ailleurs s’entourer des meilleurs conseillers.
Et pour finir, oui, c’est attendu, mais je ne peux résister : Bravo à toute l’équipe qui a oeuvré à cet album.
Pour eux tous Hip hip hip hourra !

 

 

Danièle Sala

 

NB:  Le dernier spectacle chanson vu cette année,  c’est ici, c’était  dans la série des mercredis, série interrompue vous savez pourquoi, virus etc

 

Chope des Puces 14 Juin ..

15 Juin

… Et entre 17 h et 17 h 10, le ciel s’est ouvert sur une pluie d’étoiles et de notes…
Et pour paraphraser Paganini,  ainsi jouent les anges dans le ciel, et après Steven Reinhardt.

Je raconterai l’histoire de cette phrase de Paganini, mais revenons au début de l’après midi. Dans ce rendez-vous dominical à La Chope des Puces, autour de Steven Reinhardt et Alban Chapelle, il y avait par ordre d’entrée en scène les guitares de Marcel Campion, Tony Landauer, Benji Nini Winterstein , ça se passe en plusieurs sets, avec Opus 4 et c’est vers 17 h que Steven Reinhardt, Benji Nini Winterstein et Alban Chapelle nous ont laissés dans une sidération éblouie, avec une magnifique  improvisation de Steven Reinhardt. Le charme avait bien commencé avec Marcel Campion, et ces sons  souples et onctueux, toujours nourris du swing de ces princes de la guitare, ces musiciens  qui savent faire l’amour à tous les instruments, et c’est bien ce qu’on entend et partage dans ces rendez-vous 122 rue des Rosiers à St Ouen. Une invitation à partager de l’amour, ça ne se refuse pas. C’est vous qui voyez …

Les habitués, Marcel Campion, Steven Reinhardt, Roxane Semadeni et Opus 4 avec Liouba Kortchinskaia  Photos©NGabriel2020

 

Les invités du jour, Tony Landauer et Benji Nini Winterstein, avec Alban Chapelle Photos©NGabriel2020

Comme je ne suis pas sûr de pouvoir bien transcrire ce qui s’est passé, ce sont des moments à vivre, pas à raconter, j’appelle Paganini à la barre, ou au micro.
Voici donc l’anecdote sur Paganini, telle que me l’a racontée mon grand père Giovanni, l’ébéniste de Pierre-Bénite – commune rouge vif comme son nom ne l’indique pas- en des temps quasi préhistoriques.

Au début des années 1800, les grands dignitaires ecclésiastiques de Gênes (ou de Milan) organisent une grande audition de tous les musiciens de la ville pour honorer la visite du Pape ou du roi, avec une bourse prestigieuse à la clé.. Et un poste envié, genre musicien officiel de la ville. Tous les musiciens les plus réputés sont là, interprètent leur morceau de bravoure, et attendent le verdict;  il reste une espèce de loqueteux qui demande à être auditionné, tout le monde s’esclaffe, mais histoire de rire, on le laisse jouer. Il commence, casse une corde, continue, casse une deuxième corde, puis la troisième devant une salle écroulée de rires et de lazzis, et enfin, sur la chanterelle, il fait un numéro qui laisse tout le monde stupéfait. Et ébloui. A la fin, il quitte sa défroque pouilleuse, et déclare :

Cosi suona gli angeli in cielo e dopo Niccolò Paganini 

 Ainsi jouent les anges dans le ciel, et après Niccolò Paganini .

Je ne sais pas si l’histoire est vraie, mais si on é véro, é ben trovato…  Et voici qui  valide une partie de l’histoire : « Un soir, après avoir ôté deux cordes à mon violon (la 2e et la 3e), j’improvisais une sonate intitulée Scena amorosa, supposant que la 1 ère corde était l’homme (Adonis) et la chanterelle, la femme (Vénus). Telle est l’origine de l’habitude que je pris de jouer sur une corde ; car après les éloges qu’on me donna sur cette sonate, on me demanda si je pouvais jouer sur une seule corde ; ma réponse fut « certo » ! »

Niccolò Paganini (Gênes, 27 octobre 1782 – Nice, 27 mai 1840 ), est un violoniste, guitariste et compositeur génois.

Une étude sur ses mains et ses doigts a révélé qu’il avait la maladie de Marfan, maladie génétique affectant le squelette et conférant une grande souplesse des articulations , cette souplesse facilitant des extensions impossibles aux autres musiciens..

Et quand on voit les doigts de Robert Johnson, et ses performances il est possible qu’il ait aussi été affecté par cette maladie génétique

Last but not least, La Chope des Puces remet le couvert musical et restaurant dimanche prochain, suivez le guide !

Clic sur le panneau –>

Photos©NGabriel2020

Norbert Gabriel

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