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Anatomie de la joie…

23 Avr


Au premier abord, on peut se dire que Fleur de Tolbiac en quête du gène de la joie, c’est aussi peu probable que Buster Keaton animant un séminaire sur le sourire. Et dans sa détermination de neuroscientifique résolue, elle a une semaine pour extraire -si on peut dire- de la sémillante Camille Corbillard le secret de la joie. L’entreprise s’avère …  inattendue, mademoiselle Corbillard, comme son nom ne l’indique pas, est une inoxydable disciple du bonheur. Elle virevolte en rires salvateurs dans toutes les circonstances et les pires adversités. Comme si elle avait été définitivement vaccinée contre les avanies de la vie. C’est une Betty Boop blonde boostée à la joie de vivre … Quand Fleur mélancolise au piano, avec les grands compositeurs romantiques, Camille s’envole avec Chopin mixé Claude François… mais disserte aussi avec finesse sur le bémol qui peut donner une couleur tristitude – osons le néologisme- à L’hymne à la joie. Comme elles osent les cocktails les plus bigarrés dans cette fantasia burlesque et musicale. Car si l’une des recherches de Fleur porte sur ce qui lie les émotions et la musique, démonstration à l’appui, c’est par un kaléïdoscope tout azimuth dans le répertoire avec un sens de l’à-propos, et de l’autodérision dignes des Victoires de l’Amusique  que Camille  explore le sujet. Et quand les impitoyables constats du réel sont insuffisants, c’est par le rêve que Camille fait chanter un personnage de son folklore d’enfance, mais pour ça, chut,  je dis rien, ne pas divulgâcher l’apparition nocturne enchantée. Tout l’arc en ciel de l’humour traverse la scène dans une farandole burlesque, rythmée comme un ragtime de la grande époque, incidemment je pense à Cab Calloway pour ce théâtre musical archi-tonique. Comment ça se termine ? Si je vous dis: « c’est normal » c’est peut-être que la fin du monde, c’est normal. Mais la fin du monde étant remise provisoirement à une date ultérieure, vous avez les lundis et mardis jusqu’au 8 Mai pour faire le point sur le gène de la joie. Et par les temps qui courent, c’est une quête salutaire.

Les infos ICI ——————————————>

 

Et pour quelques images de plus,

Norbert Gabriel

Anatomie de la joie,  de et avec : Anne Cadilhac et Sandrine Montcoudiol
Mise en scène : Yann de Monterno, assisté par Jérôme Gayzal
Collaboration artistique : Éric Verdin
et les costumes sont de ? Donald Cardwell ? Ou Chanel ? Ou Tati ? À vous de voir ..

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Jérémie Bossone à l’Arthé Café…

2 Avr

Photos Martine Barbecot Fargeix

C’est dans le cadre du sixième festival Ernest Montpied, un festival qui grandit au fil des ans, au cœur des Combrailles, et qui se déroule cette année du 29 mars au 21 avril, avec des rencontres, des concerts, du théâtre, des balades, des expos, spectacles enfants, cinéma, chansons françaises, poésie, entrées en libre participation, gratuit pour les enfants, que Jérémie Bossone et son frère Benjamin sont venus ce dimanche soir à l’Arthé Café.

C’est Didier Moguelet, secrétaire, chargé de la communication et des évenements du SIET Brayauds et Combrailles qui vient nous présenter ce festival, suivi de Maï Usclade qui nous présente les frères Bossone. C’est au Carrefour de la chanson à Clermont-Ferrand, que Maï a rencontré Jérémie Bossone, en 2011, tout comme Martine Fargeix qui était chargée des photos. Et, inévitablement, toutes deux ont eu un premier coup de cœur pour cet HVNI de la chanson, humain volant ( et voguant) non identifiable… Je préfère à Ovni, car Jérémie est loin d’être un objet !

Maï nous rappelle le parcours de Jérémie, sa notoriété croissante, les nombreux prix reçus pour ses albums, et le premier prix littéraire 2019 pour son roman Crimson Glory.

Jérémie Bossone lance un sonore Bonsoir avant d’avertir les très nombreux spectateurs présents : Y’a du monde ! J’espère que vous serez aussi nombreux à l’arrivée, on va voir les résistants ! …Mais quand même, c’est la quatrième fois que je viens à l’Arthé Café, et j’aimerais bien revenir encore... Alors on s’accroche !

C’est avec Pirate qu’il envoie la couleur, accompagné de sa guitare électrique, de son harmonica, et de son frère Benjamin au clavier  :

Au bal des connards
Je plante un drapeau noir
Que nul ne s’en étonne
Quand les pourris s’éclatent
Il faut s’ fair pirate
Pour rester honnête homme.

Pirate, un cri de révolte contre les grands de ce monde, extrait de son tout récent album Les mélancolies pirates, qui n’est pas vraiment un album, Bossone ne fait jamais rien comme tout le monde ! Mais plutôt un rap-opéra métissé, sauvage, irrévérencieux, poétique et rebelle, la rencontre d’un enfant aventurier, lui, et d’un capitaine sans bateau, Kapuche : Ce disque est un baromètre. Il mesure le degré d’extension des cœurs et des esprits, nos aptitudes à l’aventure. Je l’ai commis comme on commet un crime, comme on donne un coup de sabre, comme on éclate d’un grand rire.

J’avoue, des fois j’explose…

Et il vise juste, en plein cœur, brandissant sa guitare comme un sabre de pirate, avec un jeu de scène époustouflant, un visage expressif, un sourire de gamin qui se crispe parfois, tantôt tendre, romantique, quand il chante l’enfance, nous racontant que, lorsqu’il fait des reprises, il ne choisit pas les chansons qu’il aime vraiment, celles-là, il les garde pour lui, reprendre une chanson, c’est inventer la magie, avec une exception pour Mon enfance de Barbara, qui lui colle à la peau :

Il ne faut jamais revenir
aux temps cachés des souvenirs
du temps béni de son enfance.
Car parmi tous les souvenirs
ceux de l’enfance sont les pires,
ceux de l’enfance nous déchirent. 

Et son interprétation est bouleversante de vérité. Alors, une dernière partie de Playmobil ? les yeux fermés, tout à l’intérieur :

Dernier défi lancé bien haut
Dernier challenge, avant qu’on s’ range
Dernier vol émerveillé au
Pays des ang’, ensuite on s’ range.

Dernier fuck off aux imbéciles
Avant que tous ces cons nous mangent
Dernièr’ partie de Playmobil
Après j’ les range, après j’ me range…

Il se range…Derrière Kapuche, provocateur, aventurier, conquistador, traversant les tempêtes de la vie, ne capitulant jamais dans sa quête de vainqueur :

Il faut vivre en vainqueurs jusqu’à ce qu’on les brise
En serrant sur nos cœurs tout c’que les cons méprisent
On aime jamais trop ce qu’on con dit « futile »…
Et puis c’est bien plus beau lorsque c’est inutile !
Il faut vivre en brûlant de splendeur et de rage
S’abreuver de ciels bleus, d’amitiés, de voyages
Avoir le désespoir qui chante tel Cyrano !
Voilà ce que j’ai chaque jour sur mon radeau !

Il alterne ainsi les chansons, J’aime ce qui est différent dit-il, en évoquant le beau sourire de Patricia, ou son amour pour Scarlet : Oui, mais en attendant, ce soir

Il reste collé près du bar
Où Scarlett le frôl’ de ses doigts
En espérant qu’il l’emmèn’ra
Ce soir peut-être…

Et une chanson du dimanche : La tombe :

Cette tombe était la sienne
En ce jour, oui, mais demain,
Cette tombe ell’ sera mienne
C’est la ronde des humains.

Ou encore, à ne pas mettre dans toutes les oreilles prévient-il : Spirale, le tourbillon de la vie quotidienne d’un artiste, et la déception amoureuse :

On chante, on s’aime
On s’plante, on saigne
On respir’ mal
Dans les spirales…

Prenant sa guitare folk pour nous chanter une chanson inédite qui raconte l’histoire de l’exode cherokee, La piste des larmes, pendant l’hiver de 1838-1839 où 4000 indiens ont trouvé la mort, Une fleur qui s’est élevée sur leur douleur, la toute blanche cherokee rose, sur les terres que vos larmes arrosent, elle fleurit comme un blason. Ou encore un lied  : Cuckoo.

Mais il faut qu’il bouge, et même si la scène est petite, il le fait bien, chansons théâtralisées, on comprend pourquoi il a eu aussi le prix du meilleur acteur au cours Florent en 2004 .

Mais ce n’est plus lui, c’est l’autre lui, Kapuche qui prend le relais, Kapuche qui vient du hip-hop, du rap, qui a des valeurs humanistes, Kapuche qui lui a ouvert les chemins de l’aventure, qui lui a appris l’amitié, Allez viens Kapuche, dit Jérémie Bossone, en référence à Jeff de Brel, debout Kapuche, pour l’aventure la poésie, tous sur un radeau pourri.
C’est Kapuche qui est Loin devant :

« Vous êtes mille » ? Bah je suis loin devant
Vous avancez la plume au cul
La mienne ell’ s’abreuve à mon sang
Vous avez la gueul’ des vaincus

Moi je suis loin devant
Vos mots sont pris dans l’ starting-block
Moi j’ai d’jà mis la rime en cloque
Il est quelle heur’ ? Victoire o’clock !
Ouais je suis loin devant !

Et de prévenir le public, un peu trop sage à son goût : Personne n’a foutu le camp ? Y’a pire qui vous attend ! Et c’est le rapeur-pirate Kapuche qui se lance dans l’aventure des Mélancolies pirates, et là, faut pas avoir le mal de mer, ça tangue, ça tempête, ça souffle, fini le temps de nos vies sages, ça gronde, putain, c’est ça la vie… Et l’aventure, c’est être un pirate qui frappe, qui rappe / Qui tient bon le cap, et t’es cap ou t’es pas cap, mac !

C’est fini, nous annonce t-il tout à coup…Mais pas pour longtemps, les rappels se font pressants, et c’est La Mélancollectivité générale !

Tous les jours sont des tueurs
Ils étouff’ nos lueurs
Reste un parfum de fleur
Et tous ensemble à jamais

Nous sommes
Pris
Dans
La
Mélancolie

Et puis, il arrive toujours un moment où l’on a plus rien à dire :
Putain, quand on a rien à dire
« Ce n’est pas à coups de silence
Que l’on se bâtit son empire »
Tels sont les mots de ma conscience

Ell’ parle, et moi j’ai rien à dire.

Rien à dire ? Pas facile de dire sur ce phénomène inclassable, indéfinissable, tellement pluriel, mais pour moi incontournable, parce qu’il me bouleverse, m’émerveille, me surprend, et que j’ai une folle envie de le suivre, alors, on continue l’aventure, à l’abordage moussaillons !

Merci à Maï et Marc pour cette soirée d’exception, pour tout ce qu’ils apportent aux amoureux de la chanson, pour leur exigence de qualité, et leur gentillesse. Merci aux organisateurs du Festival Ernest Montpied, une manifestation, humaine et culturelle, de qualité et merci à Martine Fargeix, pour ses photos, et sa disponibilité.

http://www.tourisme-combrailles.fr/festival-ernest-montpied-saint-hilaire-la-croix.html

Danièle Sala

 

Pour le livre Crimson Glory →

 

 

 

 

Pour l’album —>

 

Lise Martin, Personna…

28 Mar

Photo NGabrieL 2016

Il est rare, et c’est une première, qu’une chronique soit consacrée à un spectacle annoncé avant de l’avoir vu. Toute règle ayant ses exceptions… Lise Martin publie  un nouvel album, « Personna » et pour ceux qui ont eu le bonheur de la croiser dans des formations et participations diverses , cette soirée à venir est un rendez-vous obligatoire… Et puis, ayant eu le privilège d’une écoute en avant première, il me semble que la semaine va être longue, car c’est jeudi 4 Avril que Le Zèbre de Belleville fêtera la sortie de cet album.

Lise Martin c’est une voix aux échos de violoncelle, des musiques fines colorées folk , des textes sans affèterie, forts et limpides, des chansons qui racontent des histoires à voyager et à rêver à danser avec les elfes, les fées, les lutins ou les aimables sorcières, dans des champs de jonquilles, c’est la saison. Un peu de lyrisme ne nuit pas…

Photo David Desreumaux

Quand le numéro 0 du mook Hexagone l’a mise en couverture, c’était en harmonie avec une certaine idée de la classe et de la presse chanson dans son meilleur.

En clin d’oeil, et dédicace, ces quelques vers

Ne pas se taire
Rêver toujours
Pleurer parfois
Chanter encore
à la folie
à la vie
à l’amour
Dément songe ?

 

Le pitch de « Persona » :  Ce mot latin désignait le masque de l’acteur du théâtre antique au travers duquel (per) passe le son (sona). Dans les chansons de cet album, Lise interroge la partie visible et audible du rôle que chacun joue pour trouver sa place dans ce monde, explorant les fêlures, les espoirs, les engagements et les joies de différents moments de la vie.
Pour ce concert de sortie d’album, jeudi 4 Avril, Lise sera accompagnée par Daniel Mizrahi aux guitares, et Martina Rodriguez au violoncelle.

Les infos ici → clic sur le Zèbre -de Belleville- bien sûr. 

Pour acheter les places de concert, c’est là aussi –>

 

 

 

Norbert Gabriel

Les Innocents 6 ½ …

20 Mar

Depuis quelques jours, y’a comme un souffle retrouvé qui nous rend plus léger.

Vous ne sentez pas comme l’air est plus doux ? Cet espoir ténu qui aide à mieux respirer. Ces odeurs qui nous font avancer, le pas plus décidé. L’envie de croire que la vie peut être moins moche.

Depuis le 15 mars c’est le printemps.

Ah ben si. Je vous assure que le printemps, c’est bien le 15 mars. C’est officiel depuis que Les Innocents ont choisi cette date pour la sortie de leur nouvel album : 6 ½.  Je ne vais pas me la jouer critique ; références musicales pointues à l’appui… j’y connais rien. Non. En revanche je peux vous dire qu’en mettant le CD en route, ma platine a retrouvé le sourire. Et moi aussi. Mon jardin rabougri a retrouvé des couleurs fragiles, la fenêtre de mon bureau s’est ouverte en grand dans un air piquant et le poids sur mes épaules s’est fait un peu moins lourd.

Photo DR

En deux tours de piste, les mélodies ont imprégné l’espace. Déjà familières, je sais qu’elles serviront de baume pour les jours de froidure. Puis la voix de « Jipé » Nataf a toujours eu cette faculté d’adoucir la vie. Vous avez déjà essayé de réécouter un ancien morceau des Innocents après des mois d’oubli incompréhensibles ? Ça marche à tous les coups ! La commissure des lèvres reprend une phase ascendante quel que soit le propos du texte. Un apaisement qui fait redresser les carcasses fatiguées.

L’alchimie avec Jean-Christophe Urbain nous offre une nouvelle fois une galette qui fait un bien fou. Qui devrait être remboursée pas la Sécu, même ! Parce qu’au-delà des mélodies lumineuses, les paroles nous ressemblent. Nous, largués dans une époque où le printemps n’est pas souvent au beau fixe, on écoute avec bonheur des textes qui sont loin d’être naïfs.

Depuis le 15 mars, la saison est caressante et intelligente. Elle nous câline sans nous épargner, nous prépare aux hivers prochains sans nous leurrer. Avec bienveillance et lucidité.

Alors précipitez-vous sur 6 ½.  

Par les temps qui courent, il est rare de retrouver une innocence addictive qui n’est pas dupe. C’est tout le talent de ces Innocents.

Et franchement, ils m’avaient manqué !

Fabienne Desseux

Leur site c’est là —>

 

 

Lady Do et Monsieur Papa … aux Trois Baudets.

17 Mar

Photos ©NGabriel 2019

C’est très chouette, dit ma petite voisine une jolie brunette de 4 ou 5 ans, avec un grand sourire, et ça résume bien l’idée générale. Pour commencer un aperçu de l’ambiance visuelle, on est dans le haut de gamme, jeux de lumières, ombres chinoises, un ravissement pour les yeux,  un  ballet d’images qui dansent avec Lady Do et Monsieur Papa, (Dorothée Daniel et Frédéric Feugas) malicieux et tendres partenaires dans cette fantasia de mots et de musiques à réjouir toutes les oreilles à tous les âges.  Si vous n’avez pas d’enfant de 3 à 6/7  ans, empruntez en un ou deux (et n’oubliez pas de les rendre ensuite) et en route vers les Trois Baudets, pour les SAMEDI 23 et 30 MARS – 15H00 et 45 mn de pur plaisir.  On se prend à rêver que toutes les scènes de chanson proposent des spectacles aussi aboutis, ce sont de véritables comédies musicales. C’est élégant, tonique, avec une touche d’impertinence, des mots habillés de toutes les couleurs musicales, petits ou gros, ils font une farandole pour dire, in fine, que

  L’amour rend beau, l’amour rend bête, l’amour remplume ma silhouette !  

A défaut de vous donner un aperçu musical  de ce spectacle aux Trois Baudets, voici quelques extraits de 2015, 

 

et la galerie diaporama ci-dessous vous fera rêver au moins pour 30 secondes, c’est toujours ça de pris, clic sur la première photo et ça défile …  C’était hier, samedi 16 Mars, et c’était très bien.

 

Dorothée Daniel a été présentée  en 2008 dans le N° 20 de la revue Le doigt dans l’oeil, (voir ICI  , page 7)  la chronique se termine par : Cet album porte plutôt l’idée que le prochain amour est au coin du chemin, malgré tout.  Prêt à y croire… Il n’y a pas de hasard ..

 

Norbert  Gabriel

David Mc Neil…

18 Fév

Comment naissent les chansons ?

Les chansons naissent dans la frime
Et les dictionnaires de rimes
S’y ennuient*

.
J’avais plutôt dans la mémoire,

 Les chansons naissent dans la brume ,
dans une dominante bleue
Où le mauve fait ce qu’il peut,
la page blanche se noircit laissant parfois une éclaircie
Une lisière dans la marge Où passe comme un vent du large

Cette paraphrase de Jean-Piere Kernoa – dans Mauve– est venue en filigrane après avoir lu « Quatre mots, trois dessins et quelques chansons. »

Pour David Mc Neil, les sources sont multiples, que ce soit sur mesure – pour les amis ou collègues choisis-  ou en toute liberté poétique, il a tracé une route personnelle entre road movie hippie et chroniqueur amusé de la vie qui va. Sur les routes d’un Kerouac nonchalant ou dans les bleus méditerranéens, c’est le chemin d’un bluesman désinvolte, un flaneur au regard Doisneau, éternel amoureux des belles passantes celles de Brassens ou de Passy, de Zanzibar ou de Paname,

Qu’on soit Johnny Cash ou Coltrane
C’est toujours la même poussière qu’on traîne
Comme la petite fugueuse
Qui nous chantait Freight Train
Du temps qu’on était beaux

C’est aussi l’allégorie de la nostalgie d’Angie, ou les douzes mesures d’un blues, ce blues qui n’a pas grand chose à voir avec le R&B dont le R est celui de Roux et le B celui de comBaluzier… C’est un beau livre, grave et gracieux, élégant, qui raconte un peu de sa vie et beaucoup de ses chansons, et réciproquement. Intime sans être impudique, souvenirs d’un esthète, seul dans son coin, mais avec de bons compagnonnages, par exemple ceux-là,

 

Et dans « Ma guitare et moi, partenaire de création,  quelque chose qui a dû plaire à Jo Moustaki…

 

Cette balade musicale et biographique est une excellente synthèse de tout ce qui fait naître une chanson quand elle fleurit sous la plume d’un inventeur d’histoires loin  des fourches caudines de la dictature du code barre et du marketing.

Et pour quelques pages de plus  dans les romans et récits  de David Mc Neil,

  • Lettres à Mademoiselle Blumenfeld, L’Arpenteur, 1991; Gallimard, coll. « Folio » no 2474.
    Tous les bars de Zanzibar
    , Gallimard, 1994, coll. « Blanche » ; 1994, coll. « Folio » no 2827.
    Si je ne suis pas revenu dans trente ans, prévenez mon ambassade, Gallimard, 1996, coll. « Blanche ».
    La Dernière Phrase, Gallimard, coll. « Blanche », 1999.
    Quelques pas dans les pas d’un ange Gallimard, coll. « Blanche », 2003 ; coll. « Folio » no 4183.
    Tangage et roulis, Gallimard, coll. Blanche, 2006 – prix Le Vaudeville
    Angie ou les Douze mesures d’un blues, Gallimard, coll. « Blanche », 2007.
    28 boulevard des Capucines. Un soir à l’Olympia, Gallimard, coll. « Blanche », 2012.
    Quatre mots, trois dessins et quelques chansons, Gallimard, coll. « Blanche », 2013.
    Un vautour au pied du lit, Gallimard, coll. « Blanche », 2017.

Il y a aussi de belles pages dans des livres disques « jeune public » témoin avec ces lignes, là on peut se dire qu’il est urgent de retrouver son enfance,

Quand les chats étaient verts C’était il y a longtemps, quand les chats étaient verts du début du printemps à la fin de l’hiver. Mais sont venus des snobs qui, un jour sans raison, voulurent changer de robe comme on change de saison… Commença l’escalade de « tout gris » en « tigré », noir et blanc, marmelade, différents pedigrees. Mélangeant des peintures, mêlant l’or et l’argent, s’échangeant des teintures afin de plaire aux gens… Voici les chats qui prennent toutes les couleurs, toutes sauf le vert, dont l’espèce disparaît. On essaya d’en retrouver, en vain. Puis ce fut la guerre des couleurs, et l’exclusion. Mais comme le goût des gens est très souvent changeant, ils achetèrent les chiens d’un marchand dalmatien.

Retrouver l’enfance et  partir en voyage avec ce message «Si je ne suis pas revenu dans trente ans, prévenez mon ambassade. »  Le  temps de faire le tour de tous les bars, de se tricoter  quelques souvenirs, et revenir dans son village vivre le reste de son âge,  mais

Qu’on soit Mozart  ou Chopin
Ou qu’on soit John Coltra
Pussy Cats c’est toujours
Le même vieux blues qu’on traîne.

Hasta la vista… 

Norbert Gabriel

*Extrait de Mauve, JP Kernoa/Maxime Le Forestier

 

 Le site  de David Mc Neil  c’est là —>

 

Yves Jamait en concert au Théâtre Femina de Bordeaux : entretien avec l’artiste

13 Fév

Samedi 19 janvier Yves Jamait retrouvait son public bordelais au Théâtre Femina, qui l’a déjà accueilli précédemment, pour porter à sa rencontre les chansons de son dernier album « Mon Totem ». L’artiste, amenant à un public fort enthousiaste un cadeau supplémentaire dans ses bagages avec la présence d’Agnès Bihl [entretien à suivre] pour assurer sa première partie, enjoua comme à son habitude, d’une mise en scène drôle et tendre le spectacle qui allait consacrer un peu plus de deux heures à nous faire découvrir ses nouvelles chansons et nous happer dans la douleur et la fièvre, l’ivresse et l’amusement, la joie et le chagrin, l’amour et l’humour des émotions qui les ont fait naître et qu’elles véhiculent et transmettent. Il fut question d’hommage, de deuil, de combativité, d’amitié, de dérision, de volonté de vie, d’enfance, de féminité, de temps qui passe et de souvenirs qui restent : des thèmes cruciaux qu’on a plaisir à retrouver dans les chansons de l’homme qui pose un regard souvent lucide et perspicace, pigmenté d’une poésie très humaine sur le négatif comme sur le positif des expériences de vie. Car c’est aussi une philosophie qui se dégage de la chanson éponyme de l’album : tout garder de la vie, le bon comme le mauvais, le nuisible comme l’agréable, car au final tout construit et constitue ce que nous sommes devenus en le transcendant et en l’aimant. C’est sans doute pourquoi Yves Jamait ne priva pas le public de l’interprétation de beaux souvenirs parmi lesquels « Jean-Louis », « Dimanche », « C’est l’heure », « C’est pas la peine », « Des mains de femmes » ou encore « De verre en vers » qui amorça le concert. Sans doute pas assez, mais c’est un spectacle de huit heures qu’il aurait fallu pour tous les entendre, quoi que ça n’aurait pas été pour déplaire au public, à plusieurs reprises entièrement debout, et dont la réactivité emplissait le Théâtre d’une humanité toute chaleureuse, jusqu’à la reprise en chœur du refrain de « J’en veux encore » qui s’éternisa un moment en fin de concert. Si Yves Jamait chante « j’ai souvent tutoyé la lune, dans mes errances de fortune » (« Mon totem »), ce soir là, comme souvent, c’est le public qui tutoyait Yves Jamait, rappelant que se rendre à un concert du chanteur, c’est un peu toujours comme aller écouter un copain, un copain certes un peu (voire beaucoup) plus magicien que les autres, mais un copain : proximité humaine et familiarité débordèrent de la scène pour se répandre entre les gens, les toucher au cœur et créé un biotope émotionnel au sein duquel chacun se sent un peu lié à tous, et tous liés à et par l’artiste, d’autant que le trio de musiciens qui l’accompagnait déjà lors de la tournée précédente, Samuel Garcia (accordéon, orgue, piano), Jérôme Broyer (guitares, basse) et Mario Cimenti (batterie, percussions, basse) semble soudé d’une intelligence toute intuitive et « frèrer » de cette même sensibilité. Soirée très chaleureuse et étoilée, au cours de laquelle l’artiste ralluma quelques « jardins extra-ordinaires qui poussent dans la boue » (Le temps emporte tout »), de ces jardins qui offrent un moment de répit pour se ressourcer à de belles émotions dans un Bordeaux encore embrumé de parfums de colère digne et légitime et d’odeurs des lacrymogènes projetés plus tôt dans l’après-midi sur les manifestants du mouvement social, auxquels Yves Jamait comme Agnès Bihl exprimèrent leur soutien et leur sympathie. Le temps emporte-t-il donc vraiment tout ? Pas sûr ; pas tout de suite en tous cas… Quelques heures auparavant Yves Jamait le peintre acceptait d’interrompre la réalisation d’un tableau pour nous accorder un entretien pour parler des chansons d’Yves Jamait le chanteur.

 

– Yves bonjour et merci de nous recevoir. Les arrangements de ce dernier album ont été réalisés par les trois musiciens qui t’accompagnaient lors de la tournée précédente, au cours de laquelle l’accord autant artistique qu’humain entre eux et avec toi était très perceptible, Samuel, Jérôme et Mario. Comment s’est organisée cette réalisation ensemble ?

C’est exactement la même équipe, d’autant que ceux sont eux qui ont arrangé l’album. L’album d’avant avait été arrangé par Samuel et les deux gars de Tryo, Manu et Danielito. Et comme il y a eu une belle dynamique durant la tournée avec ce groupe de musiciens, j’ai proposé aux trois d’arranger les chansons de ce nouvel album. Je leur avait demandé un truc un peu difficile, parce que ce n’est pas évident d’arranger à plusieurs. Ils m’ont demandé ce que je voulais. J’ai dit : « étonnez-moi ! ». Et ils m’ont bien étonné. Donc c’est d’autant plus légitime qu’ils soient encore là sur cette tournée ci.

 

– Prenant en considération que sur l’enregistrement studio, chacun a recours à une quantité impressionnante d’instruments, comment vont-ils adapter ces arrangements sur scène,  sans en perdre trop d’éléments sonores qui font la richesse des chansons ?

C’est Samuel qui se débrouille avec les deux autres, comme c’est lui le directeur artistique, enfin directeur musical. Alors on a utilisé un petit peu de machines ; c’est la première année. C’est pour des sons un peu exceptionnels, de petites séquences. Il n’y aura pas de saxophone sur scène cette année. Mais ça reste anecdotique ; les morceaux sont similaires à ce qu’ils sont sur l’album.

 

– Sur le plan instrumental, l’album se parfume de saveurs sonores exotiques, avec des rythmes entraînants et des influences provenant des traditions musicales d’autres continents. Est-ce l’initiative des musiciens d’avoir amené les chansons vers ces pistes là ?

Je mets une intention. J’enregistre ma guitare et ma voix au clic ; je mets des chœurs si j’en ai envie, de sorte à leur montrer où je veux aller et mettre mon intention. Ensuite ils avaient absolument carte blanche sur tout. Et dans plusieurs cas ce sont eux qui ont amené les chansons là où elles sont ; néanmoins en général les chansons suggéraient déjà à la base d’être amenées dans cette direction. Mais de toute façon, je fais tout le temps le même album. Je me sens comme quelqu’un qui peint et ressasse ses fondamentaux. C’est sûr que ce que j’ai fait quand j’avais 40 ans n’est pas la même chose que ce que je fais à 57. Mais je pense remuer les mêmes émotions. Le temps qui passe est un sujet sur lequel je suis en boucle, et je me sens de plus en plus concerné par lui.

 

– Peux-tu nous expliquer le choix du titre de l’album « Mon Totem » ?

En général je prends toujours le titre d’une chanson pour nommer l’album, parce qu’une chanson me le suggère. Et ça a été encore le cas. Ce qui englobe l’album est mon totem : le totem, c’est l’espèce de figure symbolique qu’on prend pour représenter sa vie, sa famille, ses douleurs, sa tribu. Ça m’a permis de rassembler tous ces thèmes autour du totem. Quant à la chanson « Mon totem », on est plus dans la conceptualisation à l’amor fati de Nietzsche, qui disait qu’il faut aimé la vie telle qu’elle est au point de vouloir la revivre éternellement, le bien comme le mal. Et dans la chanson, c’est ce que je dis : s’il fallait revivre tout ce que j’ai vécu, même des choses pas super, pour en arriver à faire ce que j’aime aujourd’hui, je le referais sans problème. Effectivement, pour revenir aux arrangements des musiciens, pour ce qui concerne cette chanson, je ne m’attendais pas du tout à ce qu’ils l’amènent là : je l’avais fait presque assez reggae, et ce sont eux qui l’ont amenée vers ce côté rockabilly, et comme c’était très drôle et original, ça m’a séduit.

 

– L’hommage aux femmes n’est pas un thème inédit dans ta discographie, où de nombreuses chansons témoignent de la reconnaissance et de la considération qu’un « homme comme toi » leur porte. On le retrouve sur cette album avec la chanson « Celles » qui, sans brandir de féminisme politique, exprime une forme de féminisme dans son essence d’humanisme. Est-ce un de ces fondamentaux dont tu parlais qu’il te tient à coeur de réaffirmer ?

Je ne le vois absolument pas comme du féminisme. Je suis né dans une famille mono-parentale ; il n’y avait que ma mère. C’est ma marraine qui m’a élevé et ma mère était aussi soutenue par ma grand-mère, qui était elle aussi seule, du fait que mon grand-père soit mort : j’ai été élevé par des femmes, entouré par des femmes ; quelque soit mon âge, mes plus gros soutiens dans ma vie ont été des femmes. C’est aussi bête que ça ; je ne cherche pas à faire dans le féminisme. Ce n’est pas un militantisme chez moi ; ça me paraît tellement évident. Enfin ça l’est de fait, puisque ça va à l’encontre de ce patriarcat tellement con -et tellement faux, parce que dans la réalité tout le monde, même le plus gros costaud, s’appuie sur sa maman ou sur une femme-. Ça ne devrait même pas se discuter. Le problème c’est un problème religieux et le problème de mecs persuadés qu’avoir de grosses couilles et une grosse bite leur permet d’être dominateurs. Ce n’est même pas évident que chez les animaux, ce soit la même chose. Je voulais parler des femmes, de ce qu’elles représentent pour moi, et pas forcément le cliché de la douceur. Ma mère était quelqu’un qui se prenait en main ; c’était pas la « mama gâteau », ou la « mama juive » ou je ne sais pas quoi. Elle nous a élevés pour qu’on parte, pas pour qu’on reste. Il faut ressasser tout ça, parce qu’à entendre ce qu’on entend encore en 2018, ça paraît tellement bête, ce patriarcat. J’aime beaucoup le mot de féminitude : je sens que j’ai de la féminitude aussi. Je ne sais pas en quel pourcentage, mais je me sens féminin aussi.

 

– Tu as paradoxalement choisi de mettre en musique sur ce même album un texte de Bernad Joyet, « Je ne vous dirais pas », qui à l’heure de l’agitation autour de la dénonciation de comportements séducteurs abusifs et harceleurs, sonne comme une réponse délicate et astucieuse, à certains de ces excès et effets pervers. Pourquoi vouloir enregistrer côte à côte ces deux chansons qui expriment chacune un propos très différent quand aux rapports entre hommes et femmes?

C’était drôle justement. Ça me permettait d’éviter de dire que je caresse les femmes dans le sens du poil pour être bien vu. Je voulais aussi dire qu’aborder une femme sans passer pour le gros pervers est un peu compliqué aujourd’hui. Je me sens moins concerné maintenant, parce que je suis avec quelqu’un que j’aime et n’ai pas besoin d’aller draguer. Mais j’ai probablement une ancienne façon d’aborder les femmes qui pourrait peut-être être considérée comme agressive ou perverse. C’est toujours un peu délicat, et je trouvais rigolo la façon dont Joyet l’avait amené. En fait il m’avait passé cette chanson un an auparavant. Mais tant que je n’avais pas écrit « Celles », je ne lui avais pas prise. Une fois que j’ai eu écrit « Celles », je me suis dit que « Je ne vous dirais pas » ferait un peu le contre-poids. D’ailleurs j’avais failli retirer « Celles » avant, en pensant que la chanson n’était peut-être pas bonne, car elle était moins bien écrite. Et puis la maison de disque m’a dit : « mais ça va pas ??? ». Donc j’ai retouché l’écriture. J’aimais bien le refrain, mais je trouvais qu’il allait un peu dans la facilité et justement quand on écrit là dessus, c’est très difficile de ne pas avoir l’impression de racoler. Du coup « Je ne vous dirais pas » fait le contre-poids d’un éventuel racolage perceptible. Et puis l’écriture, c’est Joyet, et Joyet, c’est toujours bien. Alors c’est sur que c’est totalement en rapport avec l’actualité et qu’il s’agit de dire « bon, je reste un mec, et il m’arrive de me retourner sur une femme et pas forcément pour regarder le dos de la tête ». On a aussi une sexualité dans un cadre sociétal, avec une judéo-chrétienté qui reste très ancrée chez chacun de nous, même quand on n’a pas eu d’éducation religieuse qui fait qu’on a encore des réflexes. Alors peut-être qu’un jour on arrivera à une sorte de perfection dans les rapports… en attendant les gens ne se parlent plus dans la rue ; ils vont sur meetic.com. Je suis content de ne pas avoir fait partie de cette génération là. Effectivement en allant accoster une nana, je risquais de lui dire un truc qui peut-être n’allait pas lui plaire, en plus j’étais un peu « grossier » à la Coluche ; c’était l’époque où le second degré n’était pas vu comme aujourd’hui. Mais j’ai fait des rencontres comme ça et je n’ai pas eu la sensation de forcer qui que ce soit. C’est très compliqué. Aujourd’hui si je dois aborder quelqu’un, j’attendrais qu’on m’aborde.

 

– En parlant d’évolution des mœurs, as-tu voulu dénoncer par la chanson « Les mêmes » l’uniformisation des modes de vie qui se répand sur toutes les cultures ?

Dénoncer, non. Qui serais-je pour me permettre de dénoncer ? Simplement je fais des constats, et d’abord je fais des chansons. Je ne ferait jamais passer le fait de dénoncer avant celui de faire une chanson. Si un bon sujet ne fait pas une belle chanson, je ne garde pas. Ceci dit tous les sujets peuvent être bons : là, il y a des canards [désignant mon sac à main orné de dessins de canards], si je peux garantir de faire une bonne chanson sur les canards, je la ferais sans hésiter. J’ai peu voyagé quand j’étais gamin ; je ne suis pas un voyageur à la base. Mais avec mon boulot je voyage un peu plus ; j’ai eu l’occasion de sortir un peu plus souvent du territoire. Je me souviens d’un truc qui m’avait choqué en arrivant à Moscou en Russie, j’ai reconnu le logo d’IKEA, qui était écrit en cyrillique, mais on le reconnaissait parfaitement. IKEA m’a fait lire le cyrillique, dis donc ! C’est surprenant de voir partout à peu près les mêmes choses ; maintenant il faut être perspicace pour voir les différences qu’il y a entre les peuples, extérieurement parlant. J’avais un pote qui se marrait dans les années 80 en disant que ce qu’il voudrait ce serait pouvoir bouffer au McDo sur la Place Rouge… Mais quel intérêt ? Quand on voyage on prend dans la gueule la victoire du néo-libéralisme. A voir des boutiques Zara au Portugal, j’ai l’impression d’être dans la rue de la Liberté à Dijon ! Ce sont les mêmes choses partout. A l’époque où je regardais encore un peu la télé, arrivé dans des hôtels, je reconnaissais la Star Ac ou n’importe quel programme de télé-réalité en Pologne ou partout ailleurs. Tu vois des abrutis et sans parler la langue, tu sais qu’ils sont abrutis. Les modes vestimentaires sont les mêmes partout. Il y a une forme d’uniformisation, accompagnée en général d’un discours télévisuel sur l’acceptation des différences. Mais la différence, elle commence là. C’est peut-être bien ; certains pays peut-être se démocratisent. Mais quand on voit ce qu’on fait de notre démocratie, je ne sais pas si c’est si bien que ça. C’est juste ça : un constat. Je ne me sens pas porte-parole ou comme un type qui va faire découvrir une vérité à qui que ce soit. En général on ne fait jamais que conforter les gens dans une émotion ou un sentiment.

 

– Mais n’y a-t-il pas selon toi de chanson capable de réveiller une conscience ou de changer la façon de penser de quelqu’un ?

Je ne crois pas une seconde. Et je suis en plus quelqu’un qui a été très touché par la Chanson, et pour qui les chansons ont été primordiales dans la vie. J’ai longtemps pensé que Maxime Le Forestier m’avait ouvert les yeux. Mais en fait mes yeux ne demandaient qu’à être ouverts. J’ai croisé ce chanteur, mais ça aurait pu être un autre ou de la lecture. Je crois, et c’est ce que disait Jacques Brel, qu’on naît de gauche ou de droite. Je pense fondamentalement qu’il y a quelque chose comme ça, même si c’est moins manichéen que ça, parce qu’on est beaucoup plus complexes. Mais on naît avec des sensibilités. C’est ça être soi : savoir ce qui nous plaît vraiment, à quoi on est vraiment sensible. Je pense que c’est une sorte de carte mère qu’on a déjà en nous ; enfin je le ressens ainsi. Après il y a des choses qu’on peut aimer et dont on ne le saura jamais, parce qu’on ne les aura pas rencontrées. Peut-être que j’adorerais le contact d’une baleine, mais comment le saurais-je ? Il y a des gens qui découvrent très tard ce qu’ils aiment et leurs inclinaisons. Et c’est ce qui pousse à vivre. Je suis au début de l’aube de l’aurore de la soixantaine, et je continue de vivre pour ça. D’ailleurs je me suis dit l’an dernier qu’il restait plein de choses que j’aurais voulu faire, et j’ai lu 25 bouquins ; j’ai fini mon dernier Dostoïevski, et après j’attaque Proust et je veux lire des choses que je n’ai jamais lues. Je me fais plaisir dans la découverte et j’ai la sensation de découvrir plus de choses que quand j’avais vingt ans, où je découvrais les champignons hallucinogènes, l’herbe et les joies d’autres choses. Aujourd’hui ma vie intérieure est beaucoup plus riche ; je passe plus de temps en introspection que j’en passais jadis.

 

– Peux-tu nous parler de la chanson « Pas les mots », ode à l’amitié adressée à ton manager et compagnon de route Didier Grebot ?

C’est né assez bêtement : j’avais un début de bout de chanson d’amitié, deux-trois vers qui traînaient. Et je pensais à lui : ça fait quinze ans qu’on est ensemble et c’est vrai qu’on ne se dit pas grand chose en général. Didier ne sort pas ; nous n’avons pas le même sens de la sortie, on ne fait pas de bringue ensemble. On en se dit pas forcément les choses. Par contre on sait que c’est là ; c’est évident. Quand il vient me voir pour me dire « dis donc, là t’as été un peu potache », je suis tout à fait d’accord : on le sait tous les deux. Cette chanson est une occasion de rendre hommage à une personne qui me suit depuis le début et sans qui, même avec tout le talent qu’on m’accorde -et je n’aime pas ce mot là, qui pour moi ne veut rien dire- je ne serais pas là. Je me repose beaucoup sur lui.

 

– Le thème du deuil est malheureusement aussi présent sur cet album comme sur le précédent où la chanson « J’ai appris » rendait un hommage vibrant à Jean-Louis Foulquier. A qui est dédiée la chanson « Qu’est-ce qui t’a pris » ?

A David qui a été mon régisseur pendant longtemps et que j’appelais mon « régifrère », qui était le monsieur qui me servait à boire sur scène, qui avait de grandes dreadlocks, et qui était un mec aussi sur qui je pouvais me reposer, s’est suicidé fin décembre 2015. C’était bouleversant. Ça faisait deux ans qu’il ne travaillait plus avec nous ; il avait même arrêté le métier. Et on était tous à se demander « qu’est-ce qu’on a fait ? Qu’est-ce qu’on n’a pas fait ? Qu’est-ce qu’on aurait du faire ? ». J’ai écrit cette chanson quasiment le jour de son enterrement. Et ça a fait du baume au cœur à sa maman que j’ai écrit une chanson comme ça, donc je suis en tous cas content de ça. Et ça permettait de parler du suicide, sans jugement, et de nos sentiments. Il avait deux filles comme moi, à peu près de l’âge de mes grandes, donc il laissait deux gamines et je pensais aux miennes et à tout ça.

 

– Dernière question avec un petit retour en arrière sur une chanson de l’album « Amor Fati » qui revêt un caractère sinon prémonitoire, du moins très actuel, suite à l’initiative récente du député du Vaucluse Julien Aubert qui a encore ramené sur le devant de la scène cette lubie d’imposer la condition d’un prénom de « culture française » en condition à l’obtention de la naturalisation pour les citoyens issus de l’immigration, sous prétexte de facilité leur intégration dans l’identité culturelle nationale : la chanson « Les prénoms » qui exprimait de la sympathie tant pour les prénoms traditionnels français que pour les prénoms d’origine étrangère, en rappelant que la réalité de la France dans laquelle nous vivons a été construite par des gens de diverses origines. L’avais-tu écrite à l’époque aussi pour moquer le dérisoire ce genre de fausse problématique ?

On est rarement en prémonition hélas : on n’invente rien. Moi qui lis beaucoup d’auteurs du XIX ème, je m’aperçois que les thèmes, les revendications et les critiques étaient déjà les mêmes. Donc « Les prénoms », « Y en qui », « Le maillon » sont des chansons qui malheureusement pourront se rechanter dans vingt ou trente ans, même si leur musiques risquent d’être ringardisées. On pourrait de façon facile dire que ces gens sont des abrutis. Je ne sais pas dans quelle France sont nés ces gens là, probablement une France d’après-guerre bien française où on est entre Français. Moi aussi, je suis né dans une France assez raciste ; je l’étais moi-même sans le savoir. La première fois que j’ai été à Paris et que j’ai vu tant de Noirs, j’étais stupéfait. A Dijon, on en avait de temps en temps un ou deux dans la classe, qui courait vite… enfin on était tous avec ce genre de clichés répandus. On va dire pour ne pas être méchant avec ce monsieur là, qui doit être encore dans ces idées, qu’il va falloir qu’il en sorte, parce que de toute façon la France n’est pas celle qu’il a connue et ne sera plus jamais celle-là, et puis que les temps changent. Ma fille aînée était dans une école publique qui se trouvait être à côté d’un quartier de religieux intégristes, donc à son anniversaire, les copains présents s’appelaient Marie-Victoire et Pierre-Alexandre ; et ma seconde était dans un autre bahut, où ses copains s’appelaient Mouloud et Rita. Et je préfère que ce soit Mouloud et Rita, parce que la réalité, la vraie vie, elle est là. Ma toute petite est dans une classe où les prénoms sont très colorés, et c’est excellent. Mais dans ma chanson je parle aussi de cette vieille France ; je ne crache pas dessus. Je dis juste que j’aimais bien Marcel, Roger et Jeanine autant que j’aime Mouloud et Karim. J’avais envie de rendre hommage à la France de nos parents, et en même temps de dire qu’il y avait aussi des Italiens, des Espagnols, des Africains, qui ont été traités mal, qui étaient ouvriers. Plus ça se mélangera, mieux ce sera. Je pense que le mieux est dans le mélange. Après tout dépend comment ça se fait et comment c’est accompagné politiquement.

 

Miren Funke

photos : Carolyn C

nous remercions Didier pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Avec Daniel Fernandez et Didier Grebot, Jazz aux Puces ©NGabriel

 

Visite du  site –>

Sarclo sings Dylan…

6 Fév
Ceci n’est pas une publicité

Avec l’ami Sarclo, on a toujours la garantie de bonnes engueulades, hors scène, et de bonnes chansons en scène…
Ce sera donc la seconde proposition à retenir pour cette info relayée avec plaisir… Si ça se trouve il va ronchonner d’être dans les pages de ce blog collectif sans avoir été averti, ce sera donc peut-être une autre chicaya privée. Mais l’aventure, c’est l’aventure..


Et puis un homme à qui Napoléon Washington a donné sa vieille guitare ne peut être foncièrement mauvais … 

(N Gabriel)

A vous de voir son communiqué ci-dessous.

 

Pour l’adresse de la boutique c’est là –>   

Douce France… Histoire compliquée d’une chanson simple…

5 Fév

 

Grâce à cette chanson, Trenet a eu le privilège d’être poursuivi par la milice et les allemands pour résistance larvée, puis 3 ans après par les comités d’épuration pour collaboration suspecte. Une aberration comme celle qui verra « Les ricains » de Sardou,  vilipendé aussi bien par les gaullistes que par ceux qui en ont fait une sorte d’hommage aux nazis, parce que les premières mesures d’intro étaient un chant de l’armée allemande, avec bruit de bottes… Ce qui montre que la « chansonnette » peut déclencher des batailles d’Hernani aussi fulminantes qu’un discours extrémiste.

 

En bref, sur Trenet et la période 40-45, son comportement a été plutôt exemplaire, il a été fidèle à ses principes de fou chantant, à savoir créer gentiment des situations quasi burlesques qui déroutent toutes les autorités de tutelle cherchant à l’embarquer dans des aventures douteuses. (Toutes les sources précises dans le livre de Richard Cannavo, Hidalgo Editeur, 1989)

 

Douce France, dépôt de la chanson en1943 , et voici quelques versions diverses:


Charles Trenet

Trenet 1966

 

Carte de séjour

 

Michel Legrand Orchestra  avec Stéphane Grappelli

 

Fiona Monbet (Souvenir de la soirée du 26 novembre 2015 avec Fiona Monbet et Laurent Courtois )

 

Jazz live Bluedrag Project

 

L’Orchestre Paris Tour Eiffel – Accordéon jazzy

 

Piano Bar – Gautier Depambour

Pour mémoire?

Il revient à ma mémoire
Des souvenirs familiers
Je revois ma blouse noire
Lorsque j’étais écolier
Sur le chemin de l’école
Je chantais à pleine voix
Des romances sans paroles
Vieilles chansons d’autrefois

Douce France
Cher pays de mon enfance
Bercée de tendre insouciance
Je t’ai gardée dans mon cœur!
Mon village au clocher aux maisons sages
Où les enfants de mon âge
Ont partagé mon bonheur
Oui je t’aime
Et je te donne ce poème
Oui je t’aime
Dans la joie ou la douleur
Douce France
Cher pays de mon enfance
Bercée de tendre insouciance
Je t’ai gardée dans mon cœur

Oui je t’aime
Et je te donne ce poème
Oui je t’aime
Dans la joie ou la douleur
Douce France
Cher pays de mon enfance
Bercée de tendre insouciance
Je t’ai gardée dans mon cœur
Je t’ai gardée dans mon cœur…

 

Autre chanson assez résistante, La poule zazoue…  en 1943, mais ceci est une autre histoire …

 

Norbert Gabriel

Les mélancolies pirates…

3 Fév

 

Ceci n’est pas une chronique d’album, quoi que …

Photo NGabriel

Ils sont venus, ils sont tous là, ils sont d’accord, ce Bossone, il en a dans sa guitare ! Qui pourrait être celle de Woody Guthrie, ou de La Boétie, ou d’Albert Londres:  « Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus que de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie . »

Il me semble les entendre dans leur bistrot de nuages, Béranger, Ferré, Higelin, Hugo et Gavroche, Mandrin et Villon, plus quelques autres de même réputation, les spadassins du verbe, les escrimeurs du vers, les desperados  du quatrain, les voir se régaler des envolées somptueuses de cet imprécateur lyrique dans cette rhapsodie sauvage et rebelle. (Parfois rap/sodie…)

Jérémie Bossone, c’est en quelque sorte le dernier des Mohicans, version coureur des mers, ou peut-être  un de ces guerriers séminoles qui ne se sont jamais rendus, n’ont jamais abdiqué devant les tuniques bleues, seuls les poissons morts vont avec le courant, le capitaine d’une flottille, avec le Crimson Glory, le Wolf Walk et quelques autres voiliers voltigeurs de la flibuste. Pas question de caresser dans le sens du poil les émasculés de la vie qui ne rêvent qu’en terme de placement et économie, le rêve en tête de gondole ? Non merci ! Mais au bout du poing levé, oui !

Avoir le désespoir qui chante, tel Cyrano ou Don Quichotte, que les ailes des moulins ont projeté dans les étoiles, sur un radeau céleste,

Mais… chanter,
Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, – ou faire un vers !
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
À tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste d’ailleurs, se dire : mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d’en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d’être le lierre parasite,
Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !

Le temps est à l’orage, ça fluctuat et pas dans le bon sens, on n’en sortira probablement pas vivants, mais en attendant la fin du monde, c’est le drapeau noir qu’il faut lever. Les autres n’ayant pas tellement réussi. Marcher n’est rien, c’est voler qui compte. Survivre vers le haut (…) Le pirate pousse le dernier cri du monde, et nos oreilles enfantines en recueillent la mélancolie.

Les mélancolies pirates de Jérémie Bossone, c’est le bréviaire des derniers vivants qui ne capituleront jamais, si vous êtes de cette tribu, prenez le cap vers les îles sous le vent de la colère, avec l’équipage de captain Kapuche, à l’abordage, à la vie, à l’amour !

C’est ici que ça se passe, clic sur le drapeau →

L’équipage: Benjamin Bossone, Sébastien Max Petit, Brice Willis Guillon, Laeticia Defendini, Pap et Mam’, Violaine de Shawn et son Quatuor, et une ribambelle de potos de tout acabit… 

 

Norbert Gabriel
Brève sur la flibuste : démocratie et sécurité sociale ?  Dans les équipages pirates le capitaine était élu et l’équipage pouvait voter son remplacement. Le capitaine devait être un chef et un combattant : dans une attaque, tous s’attendent à ce qu’il se batte aux côtés de ses hommes et non pas qu’il donne des ordres à distance. Les gains étaient divisés en parts égales, et si les officiers recevaient un nombre plus élevé de parts, c’est qu’ils prenaient plus de risques ou possédaient des compétences particulières. Les équipages naviguaient souvent sans salaire, leurs captures s’accumulant au cours des mois avant d’être réparties. Ils avaient, pendant quelque temps, mis au point un système garantissant une compensation en argent, or, pour les blessures invalidantes reçues pendant une bataille.
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