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Entretien avec Julie Lagarrigue et Cécile Delacherie pour la sortie du livre-disque « Chansons à 2 accords », une aventure musicale et humaine exceptionnelle

21 Déc

 

 

C’est à peine il y a quelques mois qu’est sorti le livre-disque « Chansons à 2 accords », aboutissement d’un travail méticuleux et colossal, non pas pour signer la fin d’une aventure extraordinaire, mais pour en graver le souvenir sur un support matériel, support ayant vocation à faire connaitre et partager le sens d’une expérience musicale et humaine, et permettre à d’autres de s’en approprier les chansons, l’objet comportant en plus de l’enregistrement de trente morceaux interprétés par des chorales diverses, les partitions et les paroles de ceux-ci écrites lors d’ateliers en milieux hospitaliers, ainsi que des textes émouvants rédigés par des participants au projet.

Vingt-trois chorales, quatorze chefs de chœur et quinze musiciens, parmi lesquels Agnès Doherty [Lire ici], Anthony Martin et Emmanuel Commenges [Lire ici], et surtout quatre cent vingt chanteurs, enfants et seniors, personnes en situation de handicap ou luttant contre une maladie physique ou psychiatrique, détenus et travailleurs sociaux, patients et soignants, amateurs et professionnels se sont fédérés autour de Julie Lagarrigue [Lire ici] et Cécile Delacherie [Lire ici], pour chacun porter sa pierre à l’édifice collectif, enfanté du travail mené depuis de longues années par les deux artistes lors d’atelier de création de chansons en milieux hospitaliers, et dont l’investissement a par ailleurs permis l’ouverture cette année de la Maison des Arts et Art-thérapeutes d’Aquitaine [MAATA] au sein du plus grand Ehpad de France, à Terre Nègre au centre ville de Bordeaux, née de cette même dynamique, tout comme l’association que ces mêmes artistes ont fondée avec d’autres, Le Dire Autrement, qui produit le livre-disque. Sous des aspects de travail de fourmis, c’est bien pourtant une œuvre à l’ampleur tentaculaire qui témoigne et exprime comme est profonde la foi en la dimension thérapeutique de l’art qui anime ces artistes, qu’on retrouve à l’élaboration et la réalisation de ce projet hors norme, et à propos duquel il faut saluer aussi le travail accompli pour l’enregistrement par des personnes fragilisées pour qui il a quand même constitué une pression éprouvante. L’objet final est là, disponible dans plusieurs librairies locales et directement auprès de l’association, ici : https://www.helloasso.com/associations/le-dire-autrement/paiements/livre-disque-augmente-30-petites-choses-chansons-a-2-accords

Julie Lagarrigue et Cécile Delacherie acceptaient il y a peu de nous accorder un entretien pour parler de cette œuvre collective, retraçant une aventure enrichissante émotionnellement et humainement sans nul doute, et peut-être aussi transcendante, voire thaumaturge, pour de nombreuses personnes, mais offrant également aux autres des chansons accessibles à partager et interpréter. Une œuvre amenée à vivre désormais sur scène et être portée devant le public, dès que la reprise de la vie évènementielle le permettra en France.

 

– Bonjour et merci de nous accorder un peu de temps. Remontons à l’origine de cette aventure : pouvez-vous nous en raconter l’histoire qui a abouti à la réalisation du disque ?

– Cécile : En 2014 Julie m’a demandé de venir avec elle à un atelier d’écriture de chanson à Perrens [hôpital psychiatrique de Bordeaux]. Il y avait beaucoup de monde ; et venait qui voulait, patients et soignants, à qui on avait juste demandé de ne pas mettre de blouse, afin de ne pas distinguer les uns des autres. Anthony Martin nous accompagnait à la guitare. Et on a continué d’année en année, en proposant aux différentes unités d’aller y faire chanter les gens. Le principe en est simple : on écrit les paroles avec les gens, dans un cadre temporel fixé à une heure, et au bout de l’heure, on chante la chanson en l’état avec la musique que Julie a posée dessus, et on l’enregistre.

– Julie : Les unités dans lesquelles nous intervenons sont des unités fermées ou ouvertes, réservées aux mères avec enfant, ou aux adolescents. On voit vraiment tous les publics différents qui se trouvent là. Et pendant une heure, on se met à l’écriture d’une chanson avec les gens. Le fait qu’on s’impose la contrainte de réaliser la chanson en une heure permet d’avoir un résultat intéressant. Car pour écrire rapidement une chanson à plusieurs, il faut réussir à trouver un consensus dans lequel tout le monde se retrouve. On lance donc l’atelier d’écriture et dès qu’on dispose de deux ou trois phrases, assez vite je me mets de côté avec la guitare pour trouver un air facile à retenir qu’on peut directement poser dessus. C’est pour ça que c’est « chanson à deux accords ». Certaines ont été réadaptées bien sur, mais à la base, elles sont toutes composées avec des accords ouverts à la guitare. On a un classeur où sont compilées ces chansons, et lorsqu’on arrive dans une unité, on les distribue pour chanter ensemble ces chansons.

 

– L’idée de l’enregistrement d’un disque vous travaillait-elle dès l’origine des projets d’ateliers ou a-t-elle émergé et mûri au fil du temps ?

– Cécile : On s’est très vite retrouvés avec une quarantaine de chansons, dont certaines vraiment très belles. Et on trouvait dommage l’idée qu’elles ne laissent pas de trace. Il fallait en faire quelque chose. Dans le même temps Frédéric Serrano, qui s’occupe entre autre de la chorale de la maison d’arrêt de Gradignan  a voulu chanter une de nos chansons. C’est à partir de là qu’a muri l’idée de réaliser un objet avec les enregistrements, les textes et les partitions, afin que les chansons puissent être chantées par d’autres. Tout le monde a trouvé l’idée de ce livre augmenté superbe. Le travail de collecte des textes et de réécriture de partition a été un boulot très laborieux, et on a contacté des chorales amateures, semi-pro, et professionnelles pour interpréter les chansons. Le concert de restitution a été un superbe moment de partage avec les participants des différentes chorales. Et puis le confinement est arrivé là-dessus et nous a mis un gros coup de booster pour travailler, peaufiner, et finaliser l’objet. Nous avons reçu le bouquin fin aout, mais pas pu faire vivre les chansons sur scène malheureusement pour le moment. Mais ce livre-disque existe et nous en sommes très contents. Il est évident qu’il existe pour que les gens puissent en chanter les chansons ; donc dès que le confinement sera fini, on reprendra notre bâton de pèlerin pour porter les chansons vers le public.

 

– Il ne s’agit pas uniquement d’un simple enregistrement d’un concentré du travail accompli. Le livre-disque constitue un objet élaboré, avec une esthétique photographique soignée, les textes et les partitions des chansons, un « lexicabulaire » humoristique, des textes. Réaliser un objet original ayant pour vocation de faire connaitre et partager l’expérience humaine, artistique et sociale que vous avez vécue, mais aussi de servir de support de travail à ceux désireux d’en interpréter les chansons était-il un impératif pour vous?

– Julie : Je voulais que le disque soit un bel objet, et non pas une compilation de restitutions qu’on écoute une fois, parce qu’on l’a achetée, puis qu’on range. Mon idée était que ce soit un objet qui puisse servir de méthode musicale, dont des professeurs, des animateurs, puissent se servir pour faire chanter. Je voulais faire quelque chose qui ressemble au Diapason un peu. Comme ce sont des chansons faciles à retenir et aussi à jouer, l’idée d’un manuel accessible à tous s’est imposée avec celle d’un bel objet. Ces chansons ont été écrites confinées, et l’idée est de les faire vivre en dehors de l’hôpital. Il y a de très belles photographies, un beau travail de graphiste.   

-Cécile : On n’a pas écrit des chansons pour enfants. Mais il est vrai que comme elles sont simples, même si certaines ont des arrangements quand même un peu plus sophistiqués que d’autres, des enfants comme des adultes peuvent se les approprier. Anthony a en plus arrangé des compositions de manière très variée. C’est très accessible, même quand on n’a pas un haut niveau de guitare.

 

– Pourquoi avoir fait appel à des chorales extérieures à l’aventure originelle pour enregistrer les titres? Était-ce irréalisable avec les gens ayant participé aux ateliers?

– Julie : A Perrens il n’y a pas de chorale, et donc on trouvait dommage que ces chansons, ne se chantent pas, car elles sont très belles. Il est très compliqué malheureusement de monter une chorale dans l’hôpital, dans la mesure où les gens y rentrent et en sortent parfois très rapidement. On ne sait jamais d’une session à l’autre qui on va revoir ou pas. C’est une espèce d’essence prise sur le vif de ces paroles, et aussi de ces publics là, les publics particuliers du milieu psychiatrique, mais qui sont aussi des gens comme toi et moi. Il y a un sacré tabou dans ce pays, où on véhicule le cliché que les gens en milieu psychiatrique sont des fous. Alors qu’en fait en psychiatrie, on croise des gens en dépression, en burn out, qui ont perdu un proche, enfin des gens comme toi et moi, et qui souvent ne restent pas longtemps, ce qui fait que souvent on les voit lors d’un atelier, et la semaine suivante, ils ne sont plus là. Donc au résultat, ça fait des archives de chansons, écrite par des tonnes de gens différents. On a décidé de porter ce projet avec l’association Le Dire Autrement. C’est vite devenu un projet énorme, et comme les finances manquaient, on a proposé à chaque chef de chœur qu’on connait dans la région, et qu’on sait être un peu sensible au côté social, de chanter une chanson avec sa propre chorale, et d’enregistrer avec nous ensuite. Anthony Martin a arrangé les chansons, certaines pour orchestre, d’autres en musiques actuelles, d’autres complètement a capella. On s’est retrouvé avec une quinzaine de chefs de chœurs, et des chorales de tous styles : j’avais des ateliers en maison de retraite, des instituteurs avec les enfants de leur école primaire, des professeurs avec leurs collégiens, des chorales de prison, de malades en post-cure psychiatrique, des chorales d’amateurs comme Yakafaucon [Lire ici], des chorales professionnelles, toutes à des niveaux complètement différents. Anthony a fait beaucoup de guitares lui-même ; mais il y a aussi d’autres musiciens qui ont participé, comme Agnès Doherty ou Emmanuel Commenges.

 

– Comment avez-vous décidé la sélection des chansons pour l’enregistrement?

-Julie : On  a sélectionné trente chansons. On a fait une représentation à mi-parcours pour le festival Hors Jeu/En Jeu d’Ambarès (33), et des écoles de Dordogne sont venues, ce qui fait que le projet a débordé des frontières de la Gironde. D’autres restitutions étaient prévues pour que les chorales se rencontrent, mais avec le confinement tout a été mis en suspens. Anthony a aussi passé des heures à s’occuper des enregistrements, des prises, des mix. On lui avait donné pour consigne que ce soit beau, et c’est un travail compliqué avec des chorales d’amateurs et des gens fragilisés. Alors on n’a pas pu tout garder. C’est un peu un entre-deux entre une participation d’amateurs et un travail professionnel quand même. Il y a aussi là des textes d’auteur, Hubert Chaperon par exemple, Fred Serrano qui travaille avec les gens incarcérés à la prison de Gradignan, qui possède la seule chorale mixte de France. Le fait que l’association Le Dire Autrement soit producteur de l’œuvre nous a permis d’avoir les mains assez libres quand même. Sept cent exemplaires ont été édités pour le moment et ça part assez vite.

 

– Tu parles de l’association le Dire Autrement, que vous avez fondée et animez. Son histoire est intimement liée à un engagement qui vous tient à cœur et s’est concrétisé cette année avec l’inauguration de la MAATA. Pouvez-vous en parler ?

– Julie : La MAATA a ouvert ses portes juste avant le confinement. Même si les choses tournent un peu au ralenti, en vertu des circonstances actuelles, on y propose régulièrement à tous des ateliers et des stages avec des artistes et des art-thérapeutes, des séances d’art-thérapie individuelles ou en groupe, des ateliers d’art adapté, de différentes disciplines, où des personnes en difficulté peuvent côtoyer n’importe qui a envie de s’y inscrire. L’idée était d’avoir  un endroit où les publics se rejoignent. Durant le confinement, comme beaucoup d’art-thérapeutes restaient sans activité, on a lancé l’initiative d’écrire chacun un courrier et d’entretenir par écrit un lien positif avec les gens dans les Ehpads. Nous avons reçu énormément de réponses et l’initiative a été reprise un peu partout en France.

 

– Quel sentiment gardez-vous de cette représentation scénique externe qui a eu lieu à Ambarès?

– Julie : On a quand même des participants qui sont bien touchés. Quand on a chanté à Ambarès, les gens avaient la chair de poule. On avait deux leads avec la chorale derrière, qui tremblaient de chanter devant les gens. Mais c’était magnifique. On entend chaque voix, avec sa vie derrière. Il y a quelque chose de très touchant chez les amateurs, parce que justement ils ne sont pas professionnels et sont donc hyper émus en chantant. Ne pas être dans la maitrise libère autre chose. Chaque personne a choisi sa chanson. Par exemple Emmanuel Commenges a choisi en fonction de la chorale d’enfants qu’il faisait travailler. Lors de la restitution à Ambarès, comme chacun avait chanté deux chansons, la soirée a été vécue comme quelque chose d’extraordinaire. Pour certains ça faisait très longtemps qu’ils n’avaient pas vécu une soirée pareille, avec une sortie tard, un catering. Une des personnes de la chorale des seniors que j’ai croisée deux semaines après avait gardé son bracelet de la soirée en souvenir. J’ai aussi croisé des gens d’une autre chorale dans le tramway qui sont venus me dire combien cette soirée-là a été un moment génial pour eux, car ils se sont tous retrouvés et mélangés pour chanter. Avec Cécile on a dû pas mal improviser, car on savait que tel groupe chantait telle chanson, et il fallait organiser un spectacle qui ne dure pas trop longtemps, avec des changements de plateau sur quasiment toutes les chansons. Mais il n’y avait quasiment pas eu de répétition pour les gens. Agnès Doherty a joué de la contrebasse sur tous les morceaux ; Emmanuel Commenges du saxophone ou de la clarinette. Et on s’est donc retrouvés à six ou sept musiciens à faire un orchestre pour des gens avec qui on n’avait jamais joué.  

 

– Avez-vous reçu de la part des personnes malades participants aux chorales des retours quant aux bienfaits émotionnels et psychologiques, peut-être à une certaine transcendance, que cette expérience leur a permis d’avoir, dans une optique de guérison?  

– Cécile : Pas directement. Mais ce qui est sûr, c’est que lors du concert à Ambarès, les participants sont restés jusqu’au bout et ont gardé les bracelets durant des jours. Pour eux ça a été vécu comme un moment très privilégié, de rencontres avec d’autres et en tant que chanteurs, et non plus en tant qu’handicapés ou malades. Certaines chansons ont une patte particulière, car elles ont été écrites dans ce cadre spécifique. Les chansons écrites avec des gens non atteints par des pathologies ou handicaps n’ont pas la même couleur. Elles sont plus réfléchies, pensées, construites. Au début les patients avaient peut-être du mal à prendre la parole, et puis comme nous déconnions beaucoup et qu’on ne censurait rien et acceptait tout, au bout d’un moment, des choses se sont libérées. Et puis certains patients qui avaient, de leur vie professionnelle d’avant, des compétences, des qualités, un savoir-faire, ont vu revenir ces choses, par exemple un rapport à l’écriture, des mots savants, des expressions magnifiques.

– Julie : Les prises d’enregistrement dépendaient de chaque chœur. Il fallait s’adapter à l’épreuve des prises de son ; lorsqu’on a enregistré la chorale avec  des patientes de l’hôpital Bergonié soignées pour des cancers du sein, j’ai dû stopper à un moment, car évidemment le professionnel n’était pas satisfait, car on n’a pas vraiment ce qu’il faut, mais les gens n’en pouvaient plus de fatigue. Alors on n’a pas vraiment eu de retour sur les bienfaits que leur a apporté la participation au disque. On n’a pas assez de recul pour cela, et je pense que certains n’ont pas encore réalisé. Ceux qui ont reçu l’album le trouvent très beau. Mais l’essentiel des retours a eu lieu chorale par chorale. C’est difficile de s’emparer de l’ensemble d’un projet quand on a chanté qu’une chanson sur trente. Il reste que ça a créé du lien entre les chorales et entre les gens forcément. Certains ont gagné dans leur estime, car ils disent être très fiers d’avoir réussi à participer à un tel projet, alors qu’ils en étaient angoissés parfois et ont mené un combat douloureux et épuisant.

 

– Cécile, tu mentionnes l’exemple de certains patients qui ont vu ressurgir des compétences de leur vie d’avant hospitalisation. Est-ce que cette aventure a pu être aussi pour d’autres l’occasion d’envisager une vie d’après, au sens où elle a pu éveiller une passion, ouvrir une perspective, faire prendre conscience d’un talent ou d’une sensibilité artistique avec lesquels se projeter dans l’avenir et qui les a valorisés?

– Cécile : Exactement. J’ai vu arriver un jour dans un atelier une institutrice avec qui j’avais travaillé deux ou trois ans auparavant. Elle avait fait un burn out. Et ça peut arriver à n’importe qui, à n’importe quel moment. Pour les adolescents l’expérience a été chouette aussi, car souvent ils s’ennuient dans l’unité ; les soignants n’ont pas forcément le temps de les occuper avec des choses passionnantes. Ils avaient une grande force de proposition pour l’écriture. On peut parler aussi des gens originaires de pays et de cultures étrangères, qui ont pu mettre des mots étrangers dans les chansons, et nous raconter un peu de leur culture. Dans l’unité mère-enfant, une soignante a souhaité écrire une petite comptine qui servirait au début d’atelier, et ils la rechantaient à chaque début d’atelier, un peu comme un rituel. Dans certaines unités où on a travaillé, c’était un des objectifs de permettre à leurs patients de trouver une ouverture pour des projets futurs. C’était des unités qui préparent les gens à la sortie et la reprise d’une vie normale active. On a eu des ateliers avec des musiciens, et pour le coup certains patients envisageaient d’apprendre ou reprendre un instrument de musique. Il y a eu aussi un atelier de danses africaines qui travaille depuis longtemps à Perrens ; on a donc pu échanger avec ses animateurs là-dessus ; un atelier de photographie aussi. Pour anecdote, un autre atelier avait proposé pour une boum aux patients de se choisir chacun une chanson qui passerait lors de l’évènement, et nous avons été scotchés par une dame qui d’ordinaire ne bougeait pas et nous a fait une chorégraphie de dingue, très précise, qu’elle avait du apprendre par cœur, sur une chanson de Mylène Farmer, qu’elle avait choisie : la chanson l’a subitement ramenée dans un temps d’avant, une vie d’avant où elle dansait. Et une fois la chanson finie, terminé : elle s’est rassise et il n’y avait plus personne. Faire chanter et danser les gens, c’est plus que du plaisir : ça relève du soin. Mais il faut que les soignants réinvestissent cela, déjà qu’ils aient le temps de venir, car souvent ils y sont favorables, mais manquent de temps et de disponibilité. Maintenant ce qui va faire vivre le disque, c’est qu’on puisse faire des restitutions et inviter les gens à se rendre compte de ce que ça peut être de faire chanter ensemble un même répertoire des gens qui ne se connaissent pas.        

 

– Un mot sur le « lexicabulaire » explicatif qui clôture le livre-disque de manière originale, humoristique et aussi en permettant de transmettre un peu de ce que vous avez vécu et la manière dont vous l’avez perçu?

– Cécile : Comme on a un regard sur la psychiatrie, on a toujours discuté de ce qu’on faisait ensemble, car parfois c’est assez dur et riche émotionnellement à vivre. Donc on débriefe un peu ensuite et on se dit beaucoup de choses sur la relation entre la chanson et le soin. On voulait aussi raconter à travers ce livre-disque ce que nous avions vécu humainement, ce que ça nous a fait. Et on a proposé à des gens intervenus en milieu hospitalier ou en marge d’écrire des choses. Donc il y a des textes aussi de comédiens qui racontent leur expérience. Et comme on voulait aussi que des sigles et des réalités de l’hôpital psychiatrique soient expliqués, on a fait ce « lexicabulaire » avec plein de petits articles dans lesquels on raconte et on explique des choses, parfois en disant des conneries. C’était une partie de création plus rigolote.

– Julie : On a mis un « lexicabulaire » rempli de conneries à la fin, pour la touche d’humour, auquel les gens ont participé. Ajoutons que beaucoup de partenaires ont aidé ce projet à voir le jour, et nous les en remercions. Monter des dossiers de subvention a été très difficile, dans la mesure où chaque organisme dédié ne peut subventionner que des projets entièrement consacrés à son propos. Et comme notre projet s’adresse à tous les publics, ça compliquait les choses ; mais l’IDAAC, ainsi que d’autres nous ont bien soutenus. Malheureusement maintenant les appels à projets impliquent de rentrer dans les clous, ce qui n’est pas du tout le cas de celui-ci. Ce ne serait que moi, je donnerais le livre-disque à tout le monde. Mais ce n’est pas mon disque ; beaucoup de gens y ont œuvré et ça a nécessité du travail et de l’investissement.

 

 

Miren Funke

crédits photos: M.Legrand Rolbac Funke
Pôle culture CH Charles Perrens/ DRAC/ IDDAC/ Fondation John Bost/ CNV/Bordeaux Métropole/Nouvelle Aquitaine

Liens :

Pour commander le livre –> Association Le Dire Autrement : https://ledireautrement.fr/

https://www.facebook.com/Association-Le-Dire-Autrement-MAATA-779811905707706/

Julie Lagarrigue : https://leveloquipleure.fr/

Cécile Delacherie : https://www.facebook.com/cecile.delacherie

 

 

Leonor Bolcatto et les allumeuses d’étoiles

6 Déc

Photo d’archives DR

Samedi de gala avec un vrai spectacle de chansons en direct, impeccablement réalisé et retransmis depuis le bateau El Alamein.. Et à des heures normales, de 20 h à 21h 46. Serait-ce un miracle ou une transgression narguant les contraintes covidiennes ? Que non pas, simplement une très bonne idée, le spectacle se passe sur une vraie scène, en l’occurrence celle du Bateau El Alamein, avec  l’équipe de l’asso Ima Rose . C’est filmé et vous l’avez chez vous dans votre écran. Ce samedi Léonor Bolcatto était invitée à présenter son album « Les allumeuses d’étoiles » et ce fut un excellent moment qui sera bientôt disponible sur les youtube et autres sites du même tonneau. Je vous dirai simplement que mademoiselle Bolcatto a été épatante, très bien accompagnée par un très bon guitariste, Fabien Rybakowski et qu’elle avait convié à la fête des copines dont vous, amis lecteurs amateurs de chanson, devez connaître le talent, Garance, Lizzie Lily Luca et AnneliSe Roche.

A noter que la vaisselle a été faite avec brio et narquoiserie par les 4 filles de scène…

Mais  il semble que ce lien va vous emmener direct sur le bateau avec Léonor et sa quadrilla,

clic sur l’image  —>

Captation : Thomas Guerigen
Prise de son : Hervé le Bars
Paroles et musique : Leonor Bolcatto sauf pour
La Vaisselle chanson d’Anne Sylvestre,
Je déborde chanson d’AnneliSe Roche et Leonor Bolcatto
La llorona : chanson traditionnelle mexicaine

Captation live faite sur le Bateau El Alamein
Production: Les Salons d’Ima Rose

Le site de Léonor, c’est là, son album est en vente libre:   https://www.leonorbolcatto.com/

Pour Les Salons d’Ima Rose voir ici –>

Norbert Gabriel

NB: Ne pas oublier de passer ici :—->

Anne Sylvestre… une grande balade …

4 Déc

anne s couv 1

Une grande balade musicale de 63 ans en quelques échos …

Ce qu’ils disaient,

Jean Monteaux dans « Poésie et chansons »

Philippe Delerm dans le coffret Anne Sylvestre, 60 ans de chanson ! Déjà ? chez EPM

Anne n’a pas vraiment fait des vagues.
Mais elle en a fait une, une seule, immense et continue,
qui me prend dans son ampleur, sa douceur, sa violence.

 

Ce qu’ils ont dit en 2020

Aldebert:   C’est un pilier qui s’écroule, pas seulement pour la musique pour enfants, mais pour la chanson française. Elle avait une grâce naturelle, une classe dans le discours, c’est quelqu’un de gracieux qui s’en va .

Daniel Schneidermann:  Anne Sylvestre était une adorable mauvaise tête. Un chuchotement poivré de grands rires intempestifs, une grand-mère toute en confiture de ronces, avec de la paille dans les sabots, et des chansons parfois trop longues pour la radio, comme son nez, qu’elle a toujours refusé de refaire, et na !

 

Anne Sylvestre en 3 chansons ?

  • Ecrire pour ne pas mourir
  • Une sorcière comme les autres
  • Lazare et Cécile

– en 6 chansons (à vous de voir sur youtube)

  • Roméo et Judith
  • La reine du créneau
  • Ça va m’faire drôle

Et une des dernières,

En épitaphe,

Vous ne saurez jamais que votre âme voyage
Comme au fond de mon cœur un doux cœur adopté ;
Et que rien, ni le temps, d’autres amours, ni l’âge,
N’empêcheront jamais que vous ayez été.
Que la beauté du monde a pris votre visage,
Vit de votre douceur, luit de votre clarté,
Et que ce lac pensif au fond du paysage
Me redit seulement votre sérénité.
Vous ne saurez jamais que j’emporte votre âme
Comme une lampe d’or qui m’éclaire en marchant ;
Qu’un peu de votre voix a passé dans mon chant.
Doux flambeau, vos rayons, doux brasier, votre flamme,
M’instruisent des sentiers que vous avez suivis,
Et vous vivez un peu puisque je vous survis.

Marguerite Yourcenar.

Madame, nous nous sommes croisés quelquefois, effleurés, avec ce « vous » malicieux, un peu désuet, et avec en clin d’oeil ces 3 agates rendues 70 ans après, par procuration.*.

Vous saurez peut-être qu’un peu de votre voix murmurera en filigrane Comme une lampe d’or qui m’éclaire en marchant, votre flamme, vos rayons m’instruisent des sentiers que vous avez suivis, et vous vivrez toujours. La terre ne reprend que cette chair mortelle Mais non la poésie !**

Il se fit dans Paris un silence de neige
Un réveil de Novembre à neuf heures battant
Quand Anne est partie rejoindre le cortège‎
Des balladins chantants
Il ne faut pas pleurer dans ce siècle où nous sommes
Cela ne sert à rien !‎
Anne attendez un peu, j’arrive à vos côtés
Du jour qui fut si beau déjà le soir frissonne
Et d’autres vont chanter !‎ **

Merci à Hélène Martin, MargueriteYourcenar (et Christian Camerlynck)
et à Daniel Pantchenko

  • Voir  « Coquelicot »

  • ** Hélène Martin « Ainsi Prague » … adaptation de circonstance.

  • Un vieux pommier ne fait pas de vieilles pommes
    Anne Sylvestre

  • Photo©NGabriel2013

Norbert Gabriel

Mésaventures photographiques…

22 Nov
Préambule et avatars, fable graphique sans paroles,
les mésaventures de La Joconde
.

Il fut un temps qui semble bien révolu, où les reporters d’images, les photographes avaient une certaine exigence qualitative dans leurs productions. Et montraient des photos qui étaient des œuvres d’art.

Aujourd’hui, les néo Atget-Brassaï-Capa-Doisneau inondent les réseaux sociaux de selfies en gros plan, hideux en général, même Garbo n’aurait pas survécu à un selfie gros nez en contre plongée parfois, la narine en majesté n’est pas ce qui se fait de plus glamour dans le genre.

C’est comme le cinéma, les grands écrans disparaissent de plus en plus devant les petits écrans où l’Everest ressemble à une taupinière, et dans les machin-phones, le monde est en carte postale 9×15… mais pourquoi ces vitupérations de vieux schnoque malengroin ?

Alors voilà la raison de cette humeur chafouine : ayant entrevu sur une page dédiée, une photo attribuée à Doisneau, deux choses m’ont surpris : une qualité de tirage très peu Doisneau, qui était un excellent tireur, et une date manifestement fausse . Une rapide recherche a montré que cette photo avait été revue dans un logiciel aux effets discutables ; en faisant une comparaison avec la gastronomie, c’est comme si on lavait les huitres avec de l’eau javellisée, est-ce bien raisonnable ? Un artiste à la palette pinterest a donc pensé qu’il était urgent de retravailler une photo de Doisneau pour « l’améliorer »… et, circonstance aggravante, de la montrer.

Les dommages causés par internet en matière de photo, c’est la diffusion et la compression d’images « allégées » avec une perte de qualité plus ou moins dommageable. Une photo numérique originale pesant 2 ou 3 Mo (voir plus) ne peut pas être fidèle quand elle est réduite à moins de 100 ko. Idem pour un tirage argentique 30×40 revu et numérisé en 100 ko.

©Robert Capa, photo originelle en N&B, malencontreusement colorisée par un gougnafier inconscient.

De plus, quand c’est publié sur facebook, il y a la compression si on utilise et réutilise une photo à partir d’un autre groupe FB on perd en qualité à chaque fois. Pour arriver à des photos sans aucun piqué, parfois floues, charbonneuses, et il y a des jours où on tombe avec stupéfaction sur une photo de Robert Capa dont la moitié inférieure a été colorisée en rose immonde, y compris un chien et des chaises qui n’avaient rien demandé. La voici, –> ce genre d’horreur est souvent publié sur pinterest, qui parait compiler les pires assassinats de photos mythiques. Il semble que la philosophie de ce logiciel est de mettre à disposition des « amateurs » de quoi bidouiller et mutiler des photos d’archives.

Les méfaits du numérique à la portée du premier hurluberlu venu permettent de douter des bienfaits du progrès.

Pour ce qui est de la compression, voilà ce que ça donne, avec une photo de Doisneau compressée -à droite-   et la même presque normale.( Clic pour agrandir)

 

Et ne parlons pas des recadrages intempestifs qui sont des charcutages hasardeux, parce qu’il faut caser la photo dans une page, donc on retaille selon l’humeur. Et on dénature souvent l’intention de l’auteur.

Oublié l’heureux temps quand un photographe amateur mais exigeant, passait une heure ou deux, plus parfois pour peaufiner un tirage 24×30 sur un beau papier, en débouchant les ombres, en faisant monter les blancs, le ciel et les nuages, en nuançant le rendu avec papier brillant ou semi-mat, ou un Agfa aux tons chauds… Tout n’est pas négatif (!) dans les temps modernes de la photographie numérique, la couleur est à la portée de 2/3 clics , encore faut-il être un peu sobre dans les fantaisies colorées et photoshopages échevelés.

Sur un plan général, avec la profusion de « captations » lors de spectacles, c’est la fantasia de photos mal cadrées, surexposées, floues, autant d’attentats envers l’artiste en scène qui voit devant lui des gens qui le regardent à travers un écran timbre poste alors qu’ils ont le cinémascope live devant eux. J’en ai vus aussi qui passent une partie de la soirée à envoyer aux copains leurs œuvres d’art, pendant que the show go on … Ou qui font leur courrier en attendant que ça se passe … Un sommet de la grossièreté fut ce moment inoubliable où deux couples au pied du micro, avec deux personnes dos à la scène, ont passé leur temps à bavasser et téléphoner à je ne sais qui … Mais foin de ces récriminations oiseuses, en attendant des jours meilleurs, voici deux points de vue qui me semblent essentiels dans l’approche de la photographie, en général et aussi pour les photos de spectacles ,

«  Suggérer c’est créer, décrire c’est détruire. » (Robert Doisneau)

et en écho,
« Une bonne photo c’est quand on aime plus le sujet que ses propres photographies. » (Jean-Marie  Périer.)
Et pour illustrer ce que dit Jean-Marie Périer, la première photo de scène qui m’a fait comprendre ce que j’avais envie de voir, une photo d’artiste montrant ce qui  reste dans l’esprit du public après le spectacle.

 

Annick Roux… les belles rencontres du hasard, il y a quelques années en 2007, je suis allé par erreur à La Reine Blanche ayant vu une info sur une soirée avec plusieurs artistes… Par erreur, c’était une soirée privée, mais on m’a laissé entrer. Et parmi les artistes invités, Annick Roux, que je ne connaissais pas, et qui m’a ébloui, avec entre autres son interprétation du « Général à vendre » qui se termine par le regard émerveillé et rêveur de l’enfant. Au retour, j’avais quelques photos, dont celle-là, qui a été une révélation, et elle correspond parfaitement à ce que dit Jean-Marie Périer sur les photos d’artistes. Merci Annick.

Norbert Gabriel

Vernon Subutex – Luz Despentes 

14 Nov

En guise de préambule, évacuons les débats stériles qui aiment faire bruisser les réseaux où l’on a que ça à foutre : L’association Virginie Despentes/Luz. « Carpe et lapin » pour certains pisse-froid. Parce que Despentes a ouvert sa gueule après les attentats de Charlie et que ce n’était pas bienvenu. Oui. Sans doute. Mais je pars d’un principe : si Luz bosse avec elle, il en sait bien plus sur la dame que les pisse-froid, que vous, toi ou moi. Il est légitime à juger. Next.

Ceci étant dit, on va pouvoir parler de ce qui est véritablement intéressant : leur « Vernon Subutex ». Pour qui a lu Despentes, on sait que son écriture explose à la gueule. Sa façon de raconter cisaille, secoue mais est d’une proximité folle. Pour moi, elle a été une claque. Une baffe que j’ai prise justement avec Subutex avant de détricoter le reste de ses œuvres. Ensuite, Luz. L’indélébile Luz. Son dessin qui, lui, vous enveloppe sans rien vous épargner, vous cajole avec brutalité. Deux méthodes de narrations aux mêmes conséquences : si vous y êtes sensible, elles vous chopent, vous embarquent. Pas la peine de lutter. Vous êtes cuits.

Alors ici, le risque était que ces deux talents se court-circuitent. Que les monstres se neutralisent. Trop de trop aurait pu éteindre les flammes. Après la très oubliable série de Canal Plus, l’attente était immense de voir Vernon reprendre vie dignement.

Pour cette BD, les effets ne se sont pas annihilés. Bien au contraire. Je ne vous raconterai pas l’histoire de Subutex. Si vous avez lu les trois volumes de Despentes, inutile de rabâcher. Si vous ne connaissez rien à cette histoire, la plongée n’en sera que meilleure. Je rappellerais seulement que Vernon – obscur disquaire lumineux – voit sa vie s’effilocher en même temps que son époque. Sans un rond en poche, avec pour seul trésor la musique, il se retrouve à la rue. Son entourage, pourtant oublié, va partir à sa recherche.

L’intrigue a l’air un peu mince, résumée de cette manière. Trois romans pour ça ? Deux bandes dessinées de 300 pages chacune pour cette nouvelle version ?

Pourtant.

Dès la couverture de la BD, Vernon envoie du bois. Il flamboie. Marchant dans un crépuscule incendiaire, il nous emmène sans nous laisser le choix. Il ne sait pas où il va. Il chute mais ce n’est pas une perdition. Autour, les fils arrachés de sa vie vont bientôt se retisser. En attendant, on va échouer avec lui de canapé en morceau de trottoir. De précarité en déchéance. On devient ce mec si attachant qui crashe sa vie avec le panache de ceux qui font semblant de ne rien voir. Mais en même temps on est La Hyène, détective hors-norme qui peut détruire ou sauver sur un claquement de doigts. Aussi, ce beauf de droite si frustré par sa vie étriquée. Cette hardeuse ou ces clodos si beaux. Cette gamine voilée et rigoriste, ce père inquiet. On va danser, picoler, rouler les restes de mégots, baiser, vivre et mourir. Gagner et perdre. Ou le contraire. Etre homme, femme, trans, jeune ou vieux. Parce que si Vernon est le fil, la pelote est partout. Nous sommes cette génération de désillusions qui se désagrège. On a rien et tout à voir avec eux. On s’accroche pour donner du sens. Pas Vernon qui, lui, a lâché et finalement a sans doute raison.

Le trait de Luz est un volcan. Eruptif. Fouillis fouillé, rien n’est superflu. Rien n’est le fait du hasard. Du noir à la couleur, il donne le tempo vibrant de ces vies déglinguées. Les croquis débordent du livre. Il donne une épaisseur impressionnante à la dématérialisation de la vie de Vernon. Les mots de Despentes tapent juste. Ne sont pas empêchés par la luxuriance de Luz. Les deux s’harmonisent. Et puis il y a la musique… Elle est dans chaque page. Elle ne fait pas de la figuration. Un personnage à part entière. On regrette même qu’un QR code ne soit pas intégré au bouquin pour entendre la BO de ce film dessiné.

Au final, le défaut majeur de cette BD est de n’être que le Tome I. On arrive au bout du pavé et déjà on en redemande !

Heureusement, La Hyène nous rassure comme elle rassure un Vernon fracassé et pas encore de retour dans la vie : « Ne t’en fais pas. Détends-toi… Tu es fêlé, ça arrive à plein de gens… tu vas revenir »

Oui, reviens Vernon. On t’attend.

« Vernon Subutex » Luz – Despentes / Volume 1 / Editions Albin Michel 

 

Fabienne Desseux

 

 

 

L’aigle noir, histoire d’une chanson très discutée…

11 Nov

Il y a des chansons dont on perçoit dès le début qu’il y a une histoire particulière dans leur genèse, on dit parfois que les chansons sont les autobiographies de ceux qui les écoutent. * Selon l’âge et la période, des hypothèses diverses surgissent, et deviennent des sortes de légendes urbaines. Pour ma part, j’ai été intrigué par cet étrange chanson-rêve, sans avoir une piste quelconque.

Ce que disait Barbara :

Alors qu’elle finalise un nouvel album en 1970, Barbara se rend compte qu’il lui manque un titre. Elle raconte avoir retrouvé dans le tiroir d’une commode un texte écrit quelques années plus tôt, à la suite d’un rêve dans lequel elle aurait vu un aigle descendre sur elle. Elle se met au piano et compose une musique sur ce texte en s’inspirant d’une sonate de Beethoven.. (Le texte de Barbara reprend quelques mots de la prophétie de l’aigle d’Ézéchiel, Bible Segond (Ezéchiel 17.1-24)

De son vivant, Barbara se dérobait à chaque fois, prétextant que cela ne concernait qu’elle : « Ce ne sont pas les paroles qui sont importantes… », disait-elle.

Et elle a dit de cette chanson qu’elle l’avait rêvée, « un rêve plus beau que la chanson elle-même .. »

Et puis, à la suite de la publication de ses mémoires en 1998, une interprétation bien plus sombre de L’Aigle noir fut supposée … interprétation dont on va voir qu’elle ne tient pas compte de ce qu’a dit Barbara de sa chanson.

Démonstration par Thierry Desseux***,

L’aigle noir n’a rien à voir avec son père. C’est une invention de psychologues de comptoir qui perdure… non seulement ils n’ont pas lu les paroles mais ils n’ont pas un centimètre d’argument pour appuyer cette théorie ! Barbara elle-même n’a jamais donné la moindre explication sur le fond et encore moins accréditée cette pure idiotie. « L’Aigle noir » (sorti en 1970) évoque plus sûrement sa folle histoire d’amour avec le peintre Luc Simon (de 1962 à 1964). Les paroles sont bien trop consentantes, lumineuses et exaltées pour raconter cet enfer qu’elle a vécu enfant. C’est d’amour dont il s’agit.

NB: « Je raconte parfois aux amis – mais seulement aux amis – cette histoire confidentielle de « L’Aigle noir », Quand Barbara quitta Luc, elle écrivit « un beau jour ou était-ce une nuit… » Et l’Aigle noir demeure le secret de leur amour et leur amour de secret. (Luc Poindron)

Et sur le plan musical, Thierry Desseux précise :

cette chanson est montée comme Marienbad (lyrique, une envolée, presque dansante) et non comme Mon enfance ou Nantes (sombre, grave et intérieure)… CQFD

En réponse à une question sur les mémoires inachevées :

elle révèle en effet l’inceste dont elle fut l’objet par son père (dans son autobiographie inachevée). Mais sans référence aucune avec la chanson. Barbara a rarement expliqué ses titres. Le récit de « Nantes » en revanche crève les yeux. Mais cette version autour de l’Aigle noir est une aberration : « emmène-moi… retournons au pays d’autrefois… pour cueillir des étoiles… allumer le soleil… et faire des merveilles. » Quelle victime de viol écrirait cela ?

Suite à une question sur le rêve d’une enfance avant l’inceste,

… elle a souvent parlé d’un rêve oui, c’est exact. Mais rien de plus. Et c’est une chanson d’amour. D’ailleurs elle ne la chantait pas avec douleur (comme ses autres titres dramatiques)… mais avec grandiloquence et éclat !  (Thierry Desseux)

Dernier élément de compréhension :

Franchement ! Jamais Barbara n’aurait dédicacé sa chanson à Laurence sa nièce, si cela avait été l’histoire de l’inceste de Barbara. ( Nèsnès )

Suivons aussi Pierre Dac dans son conseil, Ecouter les autres c’est encore la meilleure façon d’entendre ce qu’ils disent. Voici donc le texte intégral, à vous de lire,

Un beau jour ou peut-être une nuit
Près d’un lac je m’étais endormie
Quand soudain, semblant crever le ciel
Et venant de nulle part,
Surgit un aigle noir.

Lentement, les ailes déployées,
Lentement, je le vis tournoyer
Près de moi, dans un bruissement d’ailes,
Comme tombé du ciel
L’oiseau vint se poser.

Il avait les yeux couleur rubis
Et des plumes couleur de la nuit
À son front, brillant de mille feux,
L’oiseau roi couronné
Portait un diamant bleu.

De son bec, il a touché ma joue
Dans ma main, il a glissé son cou
C’est alors que je l’ai reconnu
Surgissant du passé
Il m’était revenu.

Dis l’oiseau, ô dis, emmène-moi
Retournons au pays d’autrefois
Comme avant, dans mes rêves d’enfant,
Pour cueillir en tremblant
Des étoiles, des étoiles.

Comme avant, dans mes rêves d’enfant,
Comme avant, sur un nuage blanc,
Comme avant, allumer le soleil,
Être faiseur de pluie
Et faire des merveilles.

L’aigle noir dans un bruissement d’ailes
Prit son vol pour regagner le ciel

(Quatre plumes, couleur de la nuit,
Une larme, ou peut-être un rubis
J’avais froid, il ne me restait rien
L’oiseau m’avait laissée
Seule avec mon chagrin)**

Un beau jour, ou était-ce une nuit
Près d’un lac je m’étais endormie
Quand soudain, semblant crever le ciel,
Et venant de nulle part
Surgit un aigle noir.

Et voici la chanson dans laquelle 6 vers ont été supprimés

* « Que toute chanson soit autobiographique c’est certain. Simplement, il s’agit de l’autobiographie de celui qui l’écoute ».
La chanson est non pas l’enfance de l’art mais bien plutôt son adolescence.   Philippe Forest

**On apprit bien plus tard qu’elle s’était même autocensurée et n’avait jamais chanté intégralement toutes les paroles de l’Aigle noir, tel que couché sur le papier. « J’avais froid, il ne me restait rien, l’oiseau m’avait laissée seule avec mon chagrin. »

***Thierry Desseux : Romancier, parolier, interprète. Chroniqueur radio. Auteur d’Affaires Criminelles. Ancien journaliste

L’intégrale des chansons
Clic sur l’image –>

  Norbert Gabriel

Avec l’aide précieuse de Thierry Desseux

Et Catherine Laugier pour le tableau ci-dessous.

Le peintre Luc Simon a réalisé beaucoup de tableaux avec des oiseaux, et il avait dans son atelier un aigle noir empaillé, de plus, ce tableau est assez éloquent sur « un aigle noir venant de nulle part …

Histoire d’une chanson, Sultans of swing…

9 Nov

Once Upon a Time… Il était une fois en des temps anciens, on écoutait la musique à la radio au lieu de la regarder sur youtube, des musiciens qui eurent l’idée saugrenue d’ignorer la mode qui dansait entre disco et punkitude, pour jouer ce qui leur plaisait, attitude rebellissime à rebours de toutes les lois du commerce et du marketing… Et il se trouva quelques millions d’hérétiques pour les suivre dans leurs lubies d’artistes en marge.

Mark Knopfler , David Knopfler John Illsley et Pick Withers

Moi qu’étais déjà un quasi schnock aficcionado dans la bande des disciples de Django émules de Crolla, de Bix Beiderbecke ou de Sidney, Louis et Mahalia, Keith Jarrett et Nina Simone, Michel Haumont et Elisabeth Caumont, c’est peu dire que ça m’a réjoui.
Séduit, totalement, et intrigué par le son des guitares de Dire Straits, surtout le soliste Mark Knopfler, mystère

Mark Knopfler (Photo Paul A.Hebert/Invision/AP)

expliqué des années plus tard en voyant les vidéos, il joue sur une guitare Gibson Les Paul Special rouge ou une Stratocaster rouge, * mais avec les doigts au lieu d’un médiator, jeu moitié classique moitié picking.** Dans un autre style, c’est aussi une vidéo qui m’a révélé le mystérieux son des guitares du Buena Vista Social Club cubain, leurs guitares ont 8 cordes, mais ce ne sont pas des basses ajoutées, le Sol par exemple est « doublé » par une corde plus haute. Un peu comme les 12 cordes « Les quatre chœurs les plus graves sont composés de la corde habituelle doublée d’une corde à l’octave supérieure ; les deux chœurs les plus aigus comportent des cordes à l’unisson »

L’intérêt de doubler les cordes est d’obtenir une richesse de son impossible à rendre avec un accordage standard.

Revenons à Dire Straits (« to be in dire straits », qui signifie « être dans une situation désespérée, dans la dèche ) et à Sultans of  swing.

Avec son phrasé très dylanesque et son jeu de guitare particulier, le morceau, à l’image du groupe à ses débuts, ne semble guère influencé par les modes du moment (entre disco des seventies et émergence du mouvement punk). Sultans of Swing est joué par une formation de groupe rock des plus classiques : deux guitares, une basse, et une batterie. La formation originelle du groupe comprenait Mark Knopfler au chant et à la lead guitar, David Knopfler à la guitare rythmique, John Illsley à la basse, et Pick Withers à la batterie.

L’histoire racontée par cette chanson est celle de différents membres d’un groupe de jazz prolétaire qui veulent juste jouer leur musique dans un petit club de Londres, et qui se moquent bien de leur popularité. Un des joueurs (Guitar George) est en réalité le musicien George Young, frère des guitaristes Angus Young et Malcolm Young. The Sultans of Swing était le groupe dans lequel il jouait.

La version studio du morceau comprend deux solos de guitare, le second, plus long, a été acclamé par les critiques, et est considéré comme l’un des plus grands solos de guitare de l’histoire du rock de par sa complexité, sa diversité, ses différentes versions, ainsi que sa particularité à n’être pratiquement jouable qu’aux doigts. Knopfler improvisa et rallongea ce solo à de nombreuses reprises au fil des concerts. Les versions les plus marquantes sont celles de l’album Alchemy (1984) et celle du concert en hommage à Nelson Mandela (1988), jouée en compagnie d’Eric Clapton qui ajouta sa petite touche personnelle au solo. Leur best-of sorti en 1998, Sultans of Swing: The Very Best of Dire Straits et la compilation de 2005 (Private Investigations – The Best of Mark Knopfler & Dire Straits) reprennent ce titre.

Premier enregistrement en 1977, plus de 5 mn, mais très vite en scène c’est une fiesta musicale de plus de 10 mn qui finit par cumuler plus de 300 millions de vues.

Première version, 1978

Avec Clapton (Hommage à Mandela)

Pour le jeu main droite,

*Pour les amateurs , voici la liste des guitares « rock » de Knopfler,
Clic sur la guitare —>

** Il semble qu’une partie de son style vient du fait qu’il a gardé une guitare de droitier alors qu’il est gaucher, donc sa main « forte » est sur le manche. (Précision de Goun Patrick  Largounez)

Et en résumé,  les guitares principales de Mark Knopfler

  1. Fin années 70, débuts de Dire Straits : Stratocasters et Telecasters Fender
  2. Années 80, Dire Straits au firmament : Stratocasters et Telecasters Schecter, et Les Paul
  3. Fin années 80, début années 90 : Pensa-Suhr MKI
  4. Seconde moitié années 90, débuts en solo : Les Paul 58, puis retour de la Fender originale
  5. Années 2000 : Stratocaster Fender modèle signature, Les Paul 58, et Pensa
  6. Seconde moitié années 2010 : Stratocaster signature, Les Paul signature, et Pensa

Last but not least, le texte de la chanson,

You get a shiver in the dark
Tu frissonnes dans l’obscurité
It’s raining in the park but meantime
Il pleut dans le parc mais entre-temps
South of the river you stop and you hold everything
Au sud de la rivière tu t’arrêtes et toute chose est mise en suspens
A band is blowing Dixie double four time
Un groupe souffle du Jazz Dixieland en 4/4
You feel all right when you hear that music ring
Tu te sens bien dès que tu entends ce morceau de musique

You step inside but you don’t see too many faces
Tu pénètres à l’intérieur mais tu ne vois pas beaucoup de visages
Coming in out of the rain to hear the jazz go down
Venir à l’intérieur à l’abri de la pluie pour entendre le jazz
Too much competition too many other places
Trop de concurrence trop d’autres lieux
But not too many horns can make that sound
Mais peu de trompettes peuvent produire un tel son
Way on downsouth, way on downsouth London town
Sur la route du sud, sur la route du sud de la ville de Londres

You check out Guitar George he knows all the chords
Tu observes George à la guitare, il connaît tous les accords
Mind he’s strictly rhythm he doesn’t want to make it cry or sing
Note qu’il ne se préoccupe que de la rythmique, il ne cherche pas à faire chanter ou pleurer sa gratte
And an old guitar is all he can afford
Et une vieille guitare est tout ce qu’il peut s’offrir
When he gets up under the lights to play his thing
Quand il apparaît dans la lumière pour jouer son morceau

And Harry doesn’t mind if he doesn’t make the scene
Et Harry se moque de ne pas faire de scène
He’s got a daytime job he’s doing alright
Il a un boulot de jour il s’en sort pas mal
He can play honky tonk just like anything
Il sait jouer le Honky Tonk de même que n’importe quoi d’autre
Saving it up for Friday night
Il réserve ça pour la nuit du vendredi
With the Sultans with the Sultans of Swing
Avec les Sultans, avec les Sultans du Swing

And a crowd of young boys they’re fooling around in the corner
Et un groupe de gamins font les imbéciles dans un coin
Drunk and dressed in their best brown baggies and their platform soles
Soûls et habillés de leur plus beau pantalon bouffant marron et de chaussures compensées
They don’t give a damn about any trumpet playing band
Ils ne prêtent aucune attention au moindre groupe jouant de la trompette
It ain’t what they call rock and roll
Ce n’est pas ce qu’ils appellent du rock and roll
And the Sultans played Creole
Et les Sultans jouèrent du Créole

And then the man he steps right up to the microphone
Et ensuite il y a cet homme qui s’approche du microphone
And says at last just as the time bell rings
Et il dit à la fin alors que la cloche retentit
‘Thank you goodnight now it’s time to go home’
‘Merci bonne nuit maintenant il est temps de rentrer’

And he makes it fast with one more thing
Et il ajoute rapidement un petit détail supplémentaire
‘We are the Sultans of Swing’
‘Nous sommes les Sultans du Swing’

Norbert Gabriel

QUELQUE CHOSE DE VOUS…

5 Nov

QUELQUE CHOSE DE VOUS… Les podcasts de Virginie

PODCAST : moyen technologique qui permet de diffuser sur internet des fichiers audio ou vidéo. Au Canada francophone, c’est le terme baladodiffusion qui a été retenu. Les médias utilisent très souvent le terme podcast pour désigner cette technologie.

Saviez-vous que la grand mère de Nicoletta avait hébergé Django et sa famille en Savoie pendant la guerre ? Et que Marie Reinhardt a été tuée par un milicien en 44, avec un oncle de Nicoletta ? C’est ce qu’on peut apprendre dans la première partie de l’entretien avec Nicoletta, parcours biographique et artistique que Virginie Servaes propose dans cette série de podcasts tout-à-fait dans l’esprit des radioscopies de naguère.
En ces temps où la pensée se réduit souvent à un tweet de moins de 200 signes, il est agréable d’être invité dans un entretien où l’artiste peut se raconter en toute liberté, pas de formatage, pas de contrainte, c’est la parole sans filtre qui nous est offerte. C’est aussi une autobiographie, un journal intime ou presque, et c’est passionnant.

Parce qu’au delà de la vie d’artiste de Nicoletta, il y a un panorama élargi des coulisses de la production, des relations entre artistes, et des conflits générés par l’ambition de la création et les critères du marketing des cadres issus des écoles de commerce. Et des bonheurs de vivre en musique envers et contre tout.

On découvrira aussi que sans travail, le talent n’est qu’une sale manie* ,  au cas où on penserait que chanter sur une scène est aussi simple qu’en pousser une à la fin d’un repas de famille, et éviter la question imbécile :  et à part ça qu’est-ce que vous faites ?

Ce qu’on peut écouter c’est là
clic sur la TSF –>

 Tantôt connus ou étrangers à vos mémoires, ils ont tous en commun la passion de l’art au sens multiple et noble du terme . Virginie Servaes

Ecouter les autres, c’est encore la meilleure façon d’entendre ce quils disent.  Pierre Dac.

Ici le site
clic sur l’image –>

Norbert Gabriel

NB La citation exacte de Brassens est : « Mais sans technique, un don n’est rien qu’une sale manie « .. Merci au vigilant Pierre Delorme.

La mélancolie des incurables, Thierry Desseux

3 Nov

Dans l’art particulier d’assassiner ses semblables, on trouve aussi bien des esthètes du crime que des stakhanovistes résolus à entrer dans le Guinness Book et en tête de liste. Le héros de Thierry Desseux joue dans les deux catégories. En fait, il exerce son talent sans aucun a-priori, pourvu que le bilan soit positif … Positif, tout est relatif, le point de vue est discuté par les élus qui ornent son tableau de chasse. On pourrait sous titrer ce livre:  Les mille et une recettes qui permettent de trucider quelqu’un pour l’amour de l’art , ou pour son propre plaisir.  mais c’est quand même un peu ambigü, certains esprits faibles pourraient prendre ça au pied de la lettre, et par les temps qui courent …
Ce qui   rappelle une réflexion d’Irwin Molyneux*:  à force d’écrire des choses horribles, les choses horribles finissent par arriver.

Et des choses horribles, Thierry Desseux nous en fait un panorama élargi qui renvoie Barbe Bleue Gilles de Rais et le docteur Petiot en classe de CM1 face à ce bac + 15 de l’homicide tout azimut.

Dans cet inventaire débridé de toutes les horreurs possibles, avec interludes que le bon marquis de Sade aurait savourés avec gourmandise, il arrive néanmoins qu’on se prenne un coup de sympathie pour le nettoyeur qui escamote un Gil the badger de nos périmètres de vie. Je ne suis pas sûr que le héros soit motivé par des considérations visant à assainir le monde de ses scories, mais parfois, il joint l’utile à son agréable..

Je passerai sur les turpitudes sexuelles et autres dépravations dont l’auteur nourrit les pauses entre deux exécutions. On se laisse embarquer dans cette farandole sauvage menée par une sorte de métis d’Hannibal Lecter et Jack l’Eventreur grâce à l’écriture épurée et rythmée façon Céline .. ( Louis-Ferdinand, pas Céline Dion,) Ce qui pourrait être insupportable de violence cynique passe au second plan dans la musique des mots et des phrases, courtes, incisives, imagées, suggestives, et sur ce plan, je vous laisse goûter ces quelques mots : « Lélian fut dessiné en mode ithyphallique lors d’une séance de pose aux Beaux Arts. » C’est quand même plus classe dans les diners en ville de parler de « mode ithyphallique » que de bandaison chronique … Enfin il me semble … Last but not least, ce tueur sans état d’âme ne tue jamais par intérêt, un esthète vous dis-je … et dans notre époque mercantile, c’est méritoire.

La mélancolie des incurables, éditions Maïa collection Regards Noirs, c’est par là, allez-y voir, ça vaut la visite

* Irwin Molyneux Drôle de drame (Michel Simon)

Norbert Gabriel

Dans l’intimité  de CHRISTOPHE,  Son univers musical et ses collections…

3 Nov

Pour info, aux amateurs … 

Photo©NGabriel

Le chanteur et auteur-compositeur CHRISTOPHE,  de son nom Daniel BEVILACQUA, nous a quitté  brutalement, le 16 avril 2020, en pleine pandémie  de Covid-19, nous laissant orphelin, de lui et de son  univers musical. L’exposition et la vente de près de  200 lots constituent un évènement rare. Les estimations vont de 50 à 100 000 euros, pour celui ou  celle qui aimerait acheter le studio musique dans  son ensemble. 

C’était un homme réservé, qui toute sa vie a  préservé son intimité, son espace de création et ses  passions.  

Il est parti en laissant tel quel, son environnement  de création musicale composé des appareils et instruments de musique qui constituait son « studio »,  avec ses claviers, micros d’enregistrement, ses gui tares et sa table de mixage. 

Ses collections également, de Pin-up, de radios  américaines, de vinyles /bakélite 78 tours, ses  disques de blues des années 50 qu’il écoutait sur les  Juke-box de collection (5 sont présentés à la vente,  estimation entre 4 000 et 8 000 euros) dont il avait  choisi de s’entourer. 

Christophe est l’un des découvreurs et le plus grand  collectionneurs de ses machines quand elles ar rivent en France dans les années 60/70. Il aimait  écouter ses 78 tours de blues dans une qualité de  son très pure.  

Il confiera que pour lui il se dégageait, une émotion  inspirante et qu’il n’y a pas un jour ou il n’écoutait  pas un morceau de blues sur un de ses Juke-Box. 

« Ce sont aussi des luminaires aussi beaux à  l’extérieur qu’à l’intérieur ».  

Accompagnant cet ensemble, une partie des livres de sa bibliothèque, sa table et ses accessoires de poker,  sa collection de shaker, sa vierge noire, tout un univers qui habillait ses nuits de création musicale. 

Enfin sont présentés, quelques trophées, disques d’or (Aline, Motors en 1979 ) et quelques-unes de ses  tenues de scène qu’il affectionnait particulièrement : vestes, marinières, blousons, bottes qu’il faisait réaliser sur mesure avec revers assorti à ses vestes, ses fameuses lunettes bleues qu’il ne quittait jamais, les  nombreuses photographies de sa fille Lucie Bevilacqua, des accessoires, et ses boules de pétanques avec  lesquelles il partageait avec ses amis la passion du jeu dans les jardins du Luxembourg, à Paris. 

Une intimité rare, que sa femme et sa fille ont souhaité mettre à la disposition du grand public et de ses fans,  un hommage au musicien, disperser le matériel pour immortaliser l’immatériel, son univers musical.

 

Vente LIVE samedi 7 novembre à 14h30 sur

http://www.drouotonline.com 

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