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Sortie de « Louves » de Doclaine : entretien avec l’artiste

1 Juil

 

Après un parcours s’aventurant durant plus de deux décennies sous différents horizons, au gré d’expériences éclectiques, qui, dans le Rock ou la Chanson, l’amenèrent à exercer ses talents de musicien accompagnant d’autres artistes tel le chanteur iranien Aissi Manzari, ou d’auteur, compositeur, arrangeur et même interprète anglophone et francophone au sein de formations comme le duo folk qu’il créa avec Julie Biereye, le groupe White Crocodile, ou le projet La Bête Lumineuse, initié il y a quelques années sans vraiment aboutir à un enregistrement d’album, mais qui laisse quelques chansons délicieusement drôles, émouvantes et efficaces, Nicolas Deguilhem, alias Doclaine, sort un premier Ep qui le voit assumer son univers à titre plus personnel : « Louves ».

Pratiquant également la musique ancienne et les musiques improvisées au chant, enseignant l’exercice de l’écriture de texte aux plus jeunes, en parallèle de ses activités -ou de son activisme?- de musicien multi-instrumentiste, compositeur et arrangeur, cet explorateur insatiable, généreusement partageur, et débordant d’idées qui semblent se bousculer dans son esprit bondissant d’un azimut à l’autre, et galopant avec un instinct d’éclaireur, devait fatalement finir par se sentir entravé dans son expression et sa quête personnelles par la création et le jeu collectifs, qui même s’ils enrichissent à la faveur des échanges, obligent toujours à des concessions bridant l’individualité. Il n’aura fallu pour le persuader de sauter le pas que la conviction et l’enthousiasme de son ami Joseph Doherty [Lire ici] qui, s’impliquant auprès de lui dans la prise de son et la direction artistique, l’engagea à la réalisation de ce sept titres, sur lequel il joue d’ailleurs des violons, et dont l’enregistrement fut complété avec le concours de Milos Asian Terran à son Kitchen Studio [Lire ici]. Un travail d’équipe qui fait de l’Ep une histoire de musique, de recherche et de passion, mais aussi de liens amicaux forts. Et s’il naquit aussi sous le signe de l’éclectisme, en termes de lieux, de moments et de moyens d’enregistrement, le disque impose néanmoins avec  un naturel éloquent une cohérence philosophique et poétique, où s’ébauche et se dépeint une chanson folk qui, sans se surcharger opulemment des multiples références et influences dont se nourrit Doclaine, laisse deviner la richesse d’un paysage, que l’artiste qualifie volontiers de « folklore imaginaire », d’une poésie vagabonde et subtile où la douceur de sa voix nous attire et nous entraine. Il y a peu Doclaine nous accordait un entretien pour nous raconter la naissance de cette nouvelle aventure.

 

– Nicolas bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Tu as une longue expérience de musicien au service des autres, et également d’acteur et initiateur de projets artistiques collectifs. Peux-tu nous raconter la naissance de cet EP, qui te voit enfin t’affirmer individuellement?

– Pour la petite histoire, les balbutiements du projet La Bête Lumineuse datent de 2010. J’avais joué en duo avec une amie, Julie Biereye, et j’avais fait beaucoup de sessions studio pour plein de gens. J’avais alors enregistré trois-quatre chansons dans un studio, mais même pas dans le but de faire un disque. Et puis j’ai travaillé jusqu’en 2013 pour le groupe White Crocodile, donc c’était resté en suspens. J’ai tenté de lancer ce groupe qui s’appelait La Bête Lumineuse, comme le titre de la chanson, car je venais de cette dynamique de groupe que j’avais connu pendant quinze ans. Mais le disque n’est pas sorti. Il a fallu que Joe Doherty me convainque que je pouvais travailler seul. Même si je préfère mille fois jouer avec des musiciens, en studio j’ai pu trouver mes repères de production tout seul, ou à deux en tous cas. J’ai trouvé ma zone d’artisanat de pré production et de production. Après la musique se fait avec des gens. L’histoire de l’EP part donc d’une impulsion avec Joe. Il m’a enregistré dans les Pyrénées pour les batteries et les deux premiers titres de l’EP. Ce sont d’ailleurs les titres qui sonnent le mieux. J’ai fini le reste chez moi, et avec Milos []. C’est un peu ma méthode « bordélique » : du work in progress « à la one again ».

 

– Le résultat arbore pourtant une cohérence et une unité philosophique assez inattendue pour une réalisation aussi disparate en termes de lieux et de méthodes d’enregistrements. En es-tu toi-même surpris?

– Quand on écoute avec des oreilles de technicien, on peut trouver des lacunes. Mais quand on écoute avec des oreilles de littéraire ou juste de mélomane, pour moi, il y a une unité de thème et de tout. Une chanson comme « Louise » a été prise chez moi, en prise de voix et d’harmonium sur le tapis dans mon salon. Donc l’ensemble est vraiment un mélange de cuisine artisanale avec de forts liens amicaux, entre le travail de Joe dans les Pyrénées, un travail dans le Kitchen Studio de Milos, et un travail à la maison. C’est une réalisation d’intimité.

 

– Sens-tu l’identité de ton propos musical se précisez plus et se définir mieux que lors de tes précédents projets où la composition collective pouvait agir comme une entrave à l’expression de ton individualité?

– Exactement ! Tu soulèves le point qui pour moi est le passage de quinze ans de musique en groupe à la composition individuelle. La dynamique de groupe doit être au service de ta chanson, qui n’est pas non plus de la musique progressive, même si j’essaye de faire de la Chanson musicalement assez riche. Ma tentative de faire ce disque en groupe il y a cinq ans n’a pas aboutie, parce que ça revenait à de l’interaction de musiques, alors que la musique devait être au service du texte. Aujourd’hui j’arrive à élaguer et cloisonner les projets. J’ai un autre projet de banjo un peu délirant où je vais au bout de délires improvisateurs et travaille beaucoup sur la production. Pour l’instant je bosse avec Pierre-Yves Marani, professeur au CIAM et travaillant à Ubik Mastering, qui fait du très bon boulot et est très à l’écoute. A Bordeaux il n’y a que lui et Alexis Bardinet de Globe Audio pour le mastering. J’enregistre et je mixe, mais le travail de mastering ensuite, c’est de l’orfèvrerie. Comme j’ai plein d’idées compositionnelles qui vont loin et que je réalise pas trop mal, après il faut quelqu’un qui aide de manière plus spécialiste. Quand on a un morceau avec plus de dynamiques au niveau sonore, c’est beaucoup plus complexe à mettre dans la boite qu’une prise guitare-voix. J’avais découvert cette science, mais sans être derrière les manettes, en jouant et regardant les ingénieurs faire ; ça n’a rien à voir quand on met vraiment les mains dedans. Par contre dans ce projet de  chanson, et je l’ai vu quand je me suis retrouvé seul en studio, ou juste à poil avec le banjo ou le ukulélé, il faut que la chanson tienne toute seule. Cet EP, je l’ai joué lors d’une date en janvier en première partie d’un groupe qui s’appelle Facteur Chevaux [Lire ici], un duo de guitares avec une prise de voix comme Moriarty, à l’ancienne, qui fait de la Folk avec beaucoup d’harmonies. Et j’aime ça : être seul dans des salles de cinquante ou cent places, et aller au cœur de l’artisanat des chansons.

 

– Aller au coeur et épurer est-il un souci primordial qui guide ton travail actuel, un peu à la manière de la philosophie Blues du « less is more » ?

– Il y a tout un travail d’élagage des idées musicales et des influences pour servir un texte. J’aime la liberté vocale d’improvisation, mais si c’est gratuit, qu’est-ce que ça vient faire dans la chanson? Ce n’est pas que la chanson doit être pauvre vocalement ; mais il faut laisser des choses de côté parfois, ou les garder pour la scène. Ce n’est pas parce que tu es bon musicien ou que tu as plein d’idées que tu peux faire une bonne chanson. Parfois il y a un diktat du texte dans la chanson qui nous tyrannise un peu. Si j’ai fait cet EP avec Joe, ce n’est pas par hasard : pour moi, Joe est vraiment le type qui a un parcours classique, qui connait le jazz, les musiques improvisées, mais qui n’a accompagné que de la chanson depuis quinze ans. Il est vraiment à l’articulation de tout. Traditionnellement en chanson française, on subit la prédominance du texte. Chez Bertrand Belin par exemple, il y a une voix, une approche du texte très intéressante, mais aussi beaucoup de musique, et une façon de faire de la musique en format chanson qui est différente. J’essaye de ne pas ratiboiser complètement mes idées musicales lorsque je fais une chanson, mais je pense que ce sont quand même toujours le texte et la voix qui doivent être l’idée directrice. Je suis très content d’avoir joué « Louise » seul au banjo, car ça m’a permis d’aller dans les moindres consonnes du texte, la moindre inflexion. Un ami m’a dit qu’on entend par moment un sourire intimiste dans la voix ou d’autres subtilités qu’on ne peut entendre que lorsque l’orchestration n’est pas étouffante. A ce propos, des choses me bouleversent chez Anne Sylvestre par exemple. Un truc qu’on oublie souvent, c’est que si on a de la musicalité et un truc dans la voix, on peut chanter le bottin. Les anglo-saxons ont avec leur culture de la production, que nous avons moins en France, transformé de simples chansons en « Frankenstein » de production. C’est intéressant, mais ça a des limites.  J’ai besoin pour faire une chanson que quelque chose m’accroche, un riff, un pont, un refrain. Les musiciens aiment bien ma chanson « Lisbonne », parce qu’elle a un rythme compliqué. Mais en fait le rythme m’a donné une accroche qui passe très bien, même en étant originale. J’aime que mes chansons tiennent toute seule, juste avec un banjo ou une guitare, mais qu’ensuite je puisse leur donner aussi une étoffe plus épaisse, parfois même juste avec un kick et un boucleur. Dominique A a su faire ça et tenir des gens. J’essaye de ne pas perdre de vue que « ma » chanson, c’est du guitare-voix, comme Atahualpa Yupanqui, même si je joue du xylophone, de la batterie, de l’harmonium. Mais je me perds depuis dix ans là dedans. Quand j’ai accompagné le chanteur iranien Aissi Manzari dans sa langue, c’était du format chanson ; quand j’ai accompagné Julie en Anglais, c’était aussi de la chanson. Et parfois on peut se permettre plus de choses dans d’autres langues. Le guitare-piano-voix est le cœur de tout, même si j’ai écouté bien d’autres choses, mais je ne pense pas qu’il faille toujours mettre toutes ses influences.

 

– Et qui sont les artistes qui t’’influencent justement ?

– J’ai été biberonné à Pete Seeger et à la Folk américaine, Tom Waits, Benat Achiary et à Dick Annegarn dans la Chanson Française surtout. Mes artistes de chevet sont Atahulpa Yupanqui autant que Pete Seeger ou Edith Piaf, Leonard Cohen ou Georges Brassens, André Minvielle et Dick Annergarn. Et aussi la nouvelle scène et surtout les femmes : j’écoute énormément de femmes dans la chanson, comme Camille, Emily Loizeau.

 

– Comment définirais-tu ton propre univers musical ?

– De nos jours les musiques ne sont plus trop cross-over. Sur scène quand je joue la chanson québécoise de La Bête Lumineuse, les gens adorent, car ça met une respiration. Sans dire que je fais le bouffon de service avec ça, mon set n’est pas encore très homogène, car c’est encore un peu le « folklore imaginaire » ; il y a aussi une chanson sur le Japon, une sur un berger pyrénéen. Tout ça donne un côté chanson « voyageuse », et il ne faut pas que je perde les gens avec ça, entre le côté expérimental esthétisant et le côté chanson intimiste. On a beau parfois faire l’artiste beaux-arteux, on se rend compte qu’il y a un énorme écart entre nos recherches de laborantin et l’aspiration et la réponse du public. Parfois une chanson toute simple sans prétention va fonctionner de manière très efficace en concert, car c’est une chanson « à partager » et le public ne s’y trompe pas et y réagit. Donc les disques c’est bien ; on peut aller au bout d’idées comme un chercheur. Mais ce qui compte c’est ce qui se passe avec le public. Le tout est de trouver quelque chose qui te donne envie d’aller au bout de ta chanson, pour toi-même, et pour les gens qui l’écoutent. La mélodie, le timbre de voix et la structure du morceau doivent suffire. Après on habille autour ou pas. C’est pour ça que je me permets de petites incartades ou délires à côté. Je veux pouvoir mettre mon côté improvisateur quelque part pour qu’il ne vienne pas envahir mes chansons en Français.

 

– Est-ce à dire que tu ressens le besoin de cloisonner tes différents projets pour ne pas que l’éclectisme de tes gouts, envies et idées dénature le particularisme de chacun d’eux ?

– En quelque sorte. Là je me suis amusé un peu avec ma fille à faire une reprise détournée de « The rythm of the night » de Corona, mais en réécrivant les paroles pour les soignants et en l’intitulant « Rythm of the kgnights », « knights » étant les « chevaliers » en Anglais, et en l’accompagnant d’un délire vidéo réalisé avec un pote à partir d’un blason de chevalier avec un masque symbolisant les soignants [Lire ici]. C’est plus sympa et rigolo qu’une énième vidéo live, et c’est une pause avant de me remettre à mes chansons. Mais il faut que j’aille au bout de ce délire aussi ; de toute façon être artiste, c’est aller jusqu’au bout du délire. J’ai commencé à écrire un ouvrage qui ne voit pas le jour, mais m’a permis de poser toute ma logorrhée inventive lacanienne, et donc d’en épurée les textes de mes chansons. C’est ce processus de compartimentage que j’ai mis en œuvre, parce que j’ai trop de bordel d’idées, ce qui peut être un handicap. Donc pour élaguer, je compartimente ce que je veux exprimer dans différentes disciplines. Le bordel peut être une richesse, mais s’il est maitrisé. Il faut savoir cloisonner les pratiques et les projets pour ne pas tout vouloir mettre dans un seul, ce qui est souvent la tentation quand on arrive d’un parcours de musicien dans la chanson : on à tendance à vouloir mettre tout ce qu’on a fait et sait faire dedans. Il ne s’agit pas de ramener la chanson à une pauvreté, mais à une forme d’humilité. J’ai commencé comme ça, avec trois accords en écoutant Pete Seeger et Leonard Cohen. Mais quand tu es boulimique protéiforme et un peu branque qui va dans tous les sens comme moi, c’est dur de se refréner. Sans oser me comparer à lui, Jacques Higelin y allait. De nos jours les genres sont tellement cloisonnés qu’on ne se permet plus ça. Il y a un côté immédiat et direct que je rencontre quand je travaille avec des gamins ; parfois je peux écrire avec eux une chanson par semaine pour les faire travailler au Conservatoire. C’est tellement immédiat et ludique que je m’éclate, et parfois leurs chansons sont mieux que les miennes. Julie Lagarrigue [ici, et ici] a aussi cette pratique très humaine et pédagogique, à travers son travail d’art-thérapeute, qui nourrit son écriture. Pour l’anecdote l’an dernier Anne Sylvestre est venue dans une école, située sous le pont d’Aquitaine, et l’instituteur avait écrit un texte que j’ai juste un peu raboté pour qu’il rentre dans une métrique musicale, et j’ai composé un arrangement pour quatuor à cordes. Alors bien sûr j’ai plusieurs secteurs de compétence, mais j’adore faire ça, sans rien m’interdire, car il faut que je me surprenne moi-même : garder une certaine adresse dans la simplicité et l’humilité. Bertrand Belin arrive à faire des choses très impressionnistes qui touchent, comme avec la chanson « Le beau geste ». Je suis un peu à la lisière entre une recherche esthétique de musicien et une expressivité simple, immédiate. Ce que je fais au Conservatoire est un compromis, car ça m’assure une moitié de mon salaire ; mais je n’y cultive pas des choux non plus : il y a un lien entre ce travail et ce que je fais en tant qu’artiste, une cohésion, comme Julie qui a trouvé son équilibre, et qui en plus est une artiste beaucoup plus structurée qui assume tout le travail de communication et d’organisation depuis pas mal de temps.

 

– Tu sembles sur scène naturellement guidé par un instinct du spectacle et du partage qui accroche le public. Le vis-tu ainsi ?

– Il me manque encore quelques concerts au compteur pour arriver à bien diluer tout ça dans un répertoire. A force le mélange entre le musicien, le chanteur et le conteur, un peu cabotin, se fait naturellement. Je pense qu’il faut déjà avoir de bonnes chansons pour faire un spectacle de chansons. La mise en scène et le cabotinage ne servent à rien si on n’a pas de chansons qui restent en tête. Dans le répertoire de Julie Lagarrigue [ici] par exemple, il y a des chansons à chanter, des chansons à raconter, des chansons à partager, et elle fait ça très bien ; j’ai trouvé ça génial. Maintenant j’ai trouvé ma façon de faire et d’assumer, et il faut que je me départisse du souci de musicien technicien pour laisser parler mon côté jovial et généreux et un côté plus direct et populaire qui fasse la fusion avec le troubadour en recherche musicale. Mais il faut faire plus de dates pour cela, et là où le bas blesse pour moi, c’est sur le démarchage et la communication qui permettrait de trouver des dates. C’est vraiment un boulot pour lequel il faut que je me fasse aider. Maintenant on nous demande de tout faire et mine de rien, c’était quand même pas mal quand on avait un petit label qui aidait pour les questions logistiques. Je rêve un petit peu, mais j’aimerais bien contacter des gens comme Dany Lapointe, la petite-fille de Bobby Lapointe, qui travaille avec des gens plus installés et fait un travail très intéressant.

 

– As-tu des projets prochains de dates ?

– Pour l’immédiat la mairie m’a appelé pour jouer dans la rue pendant le confinement, puis sur un balcon à Bordeaux Maritime. C’est une démarche de la municipalité qui appelle des artistes pour jouer publiquement, à condition que le temps le permette et que les gens ne descendent pas s’entasser dans la rue, sinon le régisseur arrête tout de suite, à cause des closes de sécurité. J’étais content en janvier, car j’ai eu le repérage pour le Prix Moustaki. Mais je n’ai encore rien mis en place au niveau de la communication et promotion, car il est vrai que je n’avais pas anticipé vraiment les frais que ça implique, ni la période de confinement qui verrait la fermeture des disquaires comme Total Heaven qui voulait distribuer l’EP.

 

– Dernière question pour satisfaire à notre curiosité : d’où vient ton nom d’artiste Doclaine ?

– Tout simplement, mon père était médecin et j’ai grandi dans les Pyrénées, donc il y a un clin d’œil au métier de mon père et à la laine de mouton : « doc » et « laine ». Et ensuite c’est simplement l’anagramme de mon nom, Nicolas Deguilhem : Guilhem Doclaine. Après avoir fondé La Bête Lumineuse, qui fait un peu nom québécois, ou titre de film porno québécois, je me suis dit que c’était con de ne pas assumer mon nom, mais qui sonne un peu troubadour du XVème siècle. Je me suis alors amusé à réaliser plusieurs anagrammes de mon nom, et suis tombé sur celui là, qui présente en plus l’avantage de sonner un peu anglo-saxon, mais pas trop. Il peut aussi sonner irlandais, et c’est ça qui est bien, car ça reflète les univers qui composent le mien, entre la Folk anglophone et la chanson française. Sans faire du maniérisme de communication, il faut aussi que ton nom, ton image, ton accoutrement soient en cohérence avec ta musique et ton identité personnelle. Et je suis enfin en cohérence. Ou en co-errance, mais avec qui ?

 

Miren Funke

 

Photos : source Doclaine (Doclaine), Carolyn C (Bertrand Belin, Joseph Doherty 6), Miren (Joseph Doherty 1, Julie Lagarrigue).

 

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Pentimento « La commode aux tiroirs »

30 Juin

Ou comment refaire une histoire selon sa subjectivité ..

– Choisir un livre, comment ? Il y a les conseils avisés de ceux qui savent, critiques officiels de la bonne école littéraire, les recommandations d’amis, ou les injonctions publicitaires … Pourquoi pas ? Et puis il y a la méthode de l’imbécile de base, moi, qui voit une couverture plus ou moins attirante, qui ouvre à la première page du texte, et qui lit les premières lignes, et qui part en voyage avec ce livre… Trainer dans les librairies j’ai commencé à 13/14 ans, pour un achat prévu, et des découvertes sur les bases ci-dessus.

– Découvrir un roman, en connaissant l’histoire de la famille de l’auteur, peut infléchir la lecture et transformer -dans l’esprit du lecteur- ce roman en récit issu de témoignages. Et parfois, dans ce cas précis, la subjectivité du lecteur, induite par son histoire familiale personnelle, transforme ce qui est un roman né de silences, en roman-récit lu comme un témoignage des personnages réels. Des personnages qui n’ont jamais rien dit de la tragédie de l’exil.

Ma subjectivité de lecteur a été parasitée par ma propre histoire familiale d’émigration italienne et espagnole, mais sans rapport avec la guerre d’Espagne, c’était quelques années avant. Et si du côté italien , la mémoire a été bien partagée et transmise (par mon grand père né en 1896, j’ai le sentiment d’avoir connu Garibladi, le héros de sa jeunesse) du côté espagnol, avec beaucoup de non-dit sur une naissance illégitime, les silences ont généré des légendes dont l’origine est encore indéfinie aujourd’hui.

  • Et en lisant la mémoire réinventée des abuelas d’Olivia Ruiz, j’entends en filigrane ce que me racontait Giovanni l’italien, et j’essaie d’imaginer ce que n’ont pas dit mes grands parents espagnols. Avec cet entrelacs de mémoires réinventées , dans la lecture de ce roman, j’entends les voix de Rita, de Giovanni et Innocencia Lerma-Gabriel comme des tranches de vie, alors que la fiction a mis en scène ces tranches de vie.
    En écho, j’entends quelques autres voix, « Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende . » ou aussi « Je suis un mensonge qui dit la réalité. » Le livre d’Olivia Ruiz est un roman qui dit la vérité. Magistralement.
  • Ce roman est né de silences, dit Olivia Ruiz, peut-on ajouter, en clin d’oeil que parfois le silence est d’or ?

 

Norbert Gabriel

Hip hip hip !

27 Juin

Hip hip hip, ils sont arrivés, le dernier spectacle, et le dernier album de Lili Cros et Thierry Chazelle.
Après l’énorme succès de Peau neuve, ce n’était sans doute pas facile , ils ont relevé le défi, avec brio.
Et l’album m’a profondément touchée. Une étape de plus dans leur carrière en duo. Plus près des gens,
plus confidentiel, plus intime, comme si on retrouvait des amis complices, qui nous ont fait rire, et
pleurer aussi, mais qui ont envie d’aller plus loin,et nous dire autre chose.
Des choses plus graves, comme ce questionnement sur l’indifférence face à la maltraitance d’enfants (
texte de Lili Cros) :

Oh oh oh nous on a rien vu
Oh oh oh Si on avait su
Qu’est-ce qu’on aurait pu faire ?
Des gens qui n’ont pas le temps ( texte de Thierry Chazelle) :
Oh non, ne me dit pas
que tu n’as pas le temps
Le temps c’est évident
on en a tous autant.

Ou cette chanson bouleversante sur « nos frères » de Lampedusa ( texte de Lili Cros, musique de Bastien
Lucas) :

Comme bien d’autres hommes aux abois
Je me demande
Si Lampedusa voudra de moi.

Bien sûr, on ne réalise pas toujours ses rêves d’enfants comme le dit Thierry Chazelle :

J’m’appelle comme toi, j’ai 50 ans
Je sais qu’on est comme les autres
En tout cas pas si différents
Mais on est pas des cosmonautes
Et on vit pas sous l’océan.

Mais il y a toujours une lumière au bout du tunnel, un coup de pied au désespoir, un appel à la joie de
vivre, malgré tout :


Rien n’aura changé le chagrin sera là
Là, mais comme endormi, bercé entre ses bras
Tu invitera des amis à diner,
Ensemble vous fêterez…
Le retour de la joie !

C’est ainsi qu’ils sont, Lili et Thierry, ils se racontent en toute sincérité, et ils racontent le monde avec
lucidité, et toujours une énergie positive. D’ailleurs, c’est ensemble qu’ils ont écrit cette chanson :

C’était le vent, le vent des petits riens
Le vent léger qui caressait nos mains
Je veux lui donner ton nom
Pour qu’on se dise enfin
Pour qu’on se dise en somme
C’est ainsi que nous sommes…
Si Lili se fait des films, le héro est toujours Thierry !
Et quelle belle déclaration d’amour de Lili :
On a traversé les océans
Grimpé sur le dos des montagnes
Suivi les fleuves, les goélands
On est revenus en Bretagne
On a fini par les poser
Nos valises cabossées…
Ma maison c’est là
Au creux de ton épaule
Ma maison c’est là
Ma maison c’est toi…

Un album qui coule de source, avec la voix limpide de Lili Cros, parfois teintée de blues, quand  » L’ombre
de Verlaine / Plane sur les pigeons dans  » Le jardin des mélancolies ».
Et ce n’est pas par hasard que Le Havre sur le port revient dans cet album, pour nous rappeler que ni
Thierry ni Lili n’oublient d’où ils viennent.
Enfin, j’ai été agréablement surprise par la couleur musicale de l’album, outre la basse acoustique de
Lili Cros, et la guitare folk de Thierry Chazelle, divers instruments joués par Florent Marchet et François
Poggio, donnent, avec la batterie de Raphaël Chassin, un côté très pop :

Dans la famille tombés du ciel
Dans la famille tape dans tes mains
Dans la famille votez-pour moi
Je suis pop Je suis pop
Populaire oh yeah…

Il me tarde de voir Hip hip hip sur scène, sachant le sens de la mise en scène et du spectacle de ce
duo, qui sait par ailleurs s’entourer des meilleurs conseillers.
Et pour finir, oui, c’est attendu, mais je ne peux résister : Bravo à toute l’équipe qui a oeuvré à cet album.
Pour eux tous Hip hip hip hourra !

 

 

Danièle Sala

 

NB:  Le dernier spectacle chanson vu cette année,  c’est ici, c’était  dans la série des mercredis, série interrompue vous savez pourquoi, virus etc

 

Jazz à la Chope des Puces

26 Juin

Après quelques dimanches de fiestas musicales dans une liesse générale, il devient compliqué pour le plumitif admiratif de renouveler le florilège de son vocabulaire enthousiaste et éviter le risque du radotage et des redites. Les épisodes précédents ont largement puisé dans les superlatifs, bien mérités, voici donc, une

Tentative de description objective d’un dimanche après-midi de Juin, à La Chope des Puces 

Plantons le décor : les obligations actuelles ont imposé des concerts en extérieur, et le passage entre les deux bâtiments offre de très bonnes conditions pour l’acoustique, et pour le confort des spectateurs- éventuellement-consommateurs, Qui peuvent danser, bouger, aller et venir au gré de leur envie,

Un dimanche à la Chope des Puces, ça commence à 12 h 30, ouverture de la restauration, puis vers 14h se succèdent les musiciens de jazz dit « manouche » le groupe Opus 4 et ses chansons internationales, en plusieurs sets successifs, en alternance, avec divers invités musicaux ou danseurs, claquettes et plus selon la participation du public. Musicalement, c’est une suite de re-création/ récréations, de surprises et réinventions dans une ambiance rieuse et l’excellence de la musique. Pour laquelle, « on paye sa place au prix de son plaisir » … ou plus précisément selon l’usage, on remplit le chapeau.

Si vous voulez en savoir plus, voyez ICI.

ou clic sur la photo,

Samedi 27 et Dimanche 28 Juin
Ce week-end la Chope Des Puces en plein air
concert de 12 h30 à …. tard …
Il fera beau, et il y aura:
Steven Reinhardt, Benji Nini Winterstein,  Alban Chapelle,
Opus 4 , Serge Camps, Frank Anastasio , Pierre,  Louiba…

 

Venez  pour déjeuner ou pour boire un verre. Rire et danser si vous voulez.

Norbert Gabriel

Chope des Puces 14 Juin ..

15 Juin

… Et entre 17 h et 17 h 10, le ciel s’est ouvert sur une pluie d’étoiles et de notes…
Et pour paraphraser Paganini,  ainsi jouent les anges dans le ciel, et après Steven Reinhardt.

Je raconterai l’histoire de cette phrase de Paganini, mais revenons au début de l’après midi. Dans ce rendez-vous dominical à La Chope des Puces, autour de Steven Reinhardt et Alban Chapelle, il y avait par ordre d’entrée en scène les guitares de Marcel Campion, Tony Landauer, Benji Nini Winterstein , ça se passe en plusieurs sets, avec Opus 4 et c’est vers 17 h que Steven Reinhardt, Benji Nini Winterstein et Alban Chapelle nous ont laissés dans une sidération éblouie, avec une magnifique  improvisation de Steven Reinhardt. Le charme avait bien commencé avec Marcel Campion, et ces sons  souples et onctueux, toujours nourris du swing de ces princes de la guitare, ces musiciens  qui savent faire l’amour à tous les instruments, et c’est bien ce qu’on entend et partage dans ces rendez-vous 122 rue des Rosiers à St Ouen. Une invitation à partager de l’amour, ça ne se refuse pas. C’est vous qui voyez …

Les habitués, Marcel Campion, Steven Reinhardt, Miss Claquettes, et Opus 4 avec Liouba Kortchinskaia  Photos©NGabriel2020

 

Les invités du jour, Tony Landauer et Benji Nini Winterstein, avec Alban Chapelle Photos©NGabriel2020

Comme je ne suis pas sûr de pouvoir bien transcrire ce qui s’est passé, ce sont des moments à vivre, pas à raconter, j’appelle Paganini à la barre, ou au micro.
Voici donc l’anecdote sur Paganini, telle que me l’a racontée mon grand père Giovanni, l’ébéniste de Pierre-Bénite – commune rouge vif comme son nom ne l’indique pas- en des temps quasi préhistoriques.

Au début des années 1800, les grands dignitaires ecclésiastiques de Gênes (ou de Milan) organisent une grande audition de tous les musiciens de la ville pour honorer la visite du Pape ou du roi, avec une bourse prestigieuse à la clé.. Et un poste envié, genre musicien officiel de la ville. Tous les musiciens les plus réputés sont là, interprètent leur morceau de bravoure, et attendent le verdict;  il reste une espèce de loqueteux qui demande à être auditionné, tout le monde s’esclaffe, mais histoire de rire, on le laisse jouer. Il commence, casse une corde, continue, casse une deuxième corde, puis la troisième devant une salle écroulée de rires et de lazzis, et enfin, sur la chanterelle, il fait un numéro qui laisse tout le monde stupéfait. Et ébloui. A la fin, il quitte sa défroque pouilleuse, et déclare :

Cosi suona gli angeli in cielo e dopo Niccolò Paganini 

 Ainsi jouent les anges dans le ciel, et après Niccolò Paganini .

Je ne sais pas si l’histoire est vraie, mais si on é véro, é ben trovato…  Et voici qui  valide une partie de l’histoire : « Un soir, après avoir ôté deux cordes à mon violon (la 2e et la 3e), j’improvisais une sonate intitulée Scena amorosa, supposant que la 1 ère corde était l’homme (Adonis) et la chanterelle, la femme (Vénus). Telle est l’origine de l’habitude que je pris de jouer sur une corde ; car après les éloges qu’on me donna sur cette sonate, on me demanda si je pouvais jouer sur une seule corde ; ma réponse fut « certo » ! »

Niccolò Paganini (Gênes, 27 octobre 1782 – Nice, 27 mai 1840 ), est un violoniste, guitariste et compositeur génois.

Une étude sur ses mains et ses doigts a révélé qu’il avait la maladie de Marfan, maladie génétique affectant le squelette et conférant une grande souplesse des articulations , cette souplesse facilitant des extensions impossibles aux autres musiciens..

Et quand on voit les doigts de Robert Johnson, et ses performances il est possible qu’il ait aussi été affecté par cette maladie génétique

Last but not least, La Chope des Puces remet le couvert musical et restaurant dimanche prochain, suivez le guide !

Clic sur le panneau –>

Photos©NGabriel2020

Norbert Gabriel

La Chope des Puces prochaine tournée…

12 Juin

Premier jour …  Nadia, Les frères Krief, Maxime Bousquet.

Prima la musica ! Comme disait Verdi à Nina Simone .. ou à Duke Ellington qui a répondu, je cite : « It don’t mean a thing , if it ain’t got that swing. » Ouap dou ouap ! Et l’esprit de Django est dans la Chope …

C’est ce jazz tonique qui fait swinguer l’âme qu’on retrouve à St Ouen, à la Chope des Puces. On peut entendre pour la 100 ème fois un standard comme « Minor Swing » il y a toujours quelques chose de différent, l’air du printemps, la chaleur de l’été, la douceur de l’automne, quelque chose d’impalpable qui régénère recrée, rénove.
Parfois, c’est le public qui ajoute une touche pittoresque dans le tableau, en apportant à la musique une couleur particulière. Et chaque dimanche est une surprise possible …. Retour en quelques scènes lors des 3 premiers week-ends …

Premier jour , la réouverture …

Lola en fête

Deuxième tournée

Elise à la marelle, Lola et la danseuse masquée, Zuly #RaisingZuly, et danse avec les ours par Nina et Lola.

 

Troisième tournée, après le concert …

 

Quatrième tournée, le guinche du samedi,

Julia et Redoine, amoureux de la danse, de la vie, de la musique, amoureux….

 

Quatrième tournée, dimanche avec Jean Harlow, Gatsby, Hemingway … ?

et  pour  dimanche 14  Juin , voilà le programme :


– 
à partir de 12h30 en terrasse avec OPUS 4 et Mademoiselle Liouba Kortchinskaia puis Steven Reinhardt et Benji Nini Winterstein aux guitares, Alban Chapelle au saxophone
Venez déjeuner ou goûter, ou boire un verre en musique, c’est à deux pas de la Porte de Clignancourt, le bus 85 vous dépose presque devant.

LA CHOPE DES PUCES chez Sylvie Lacombe , 122 rue des Rosiers, 93400 Saint-Ouen

 

Norbert Gabriel

Olivia Ruiz, La commode aux tiroirs de couleurs…

11 Juin


Ce récit-roman est en quelque sorte la revanche posthume d’une petite fille espagnole, Rita Monpean Carreras qui voulait devenir Joséphine Blanc, française de nom et de souche, face à l’accueil réservé à ces réfugiés espagnols de merde puants et sales … Mais quelques décennies plus tard, Olivia Blanc à l’état civil, choisit d’être Olivia Ruiz, en mémoire de ces femmes, ses grand’mères, venues d’Espagne en des temps tragiques. Mémoires réinventées, et par ces mémoires croisées familiales, Olivia Ruiz construit la «mamiethologie » qui a fait d’elle l’héritière de ces femmes debout.

Le talent d’écriture, c’est savoir exprimer des sentiments ou des situations complexes en quelques mots, comme ici « … en cent cinquante kilomètres, nous avions grandi de plusieurs années. » Est-ce Rita qui parle ou Olivia qui résume, l’important est de faire ressentir ce que vivent les déracinés, les exilés, qui doivent se reconstruire dans un pays étranger.

Dans ce roman-récit, l’auteure nous emmène dans une fresque kaléïdoscope  maitrisant la réalité des histoires familiales, et les récits imagés, en vraie conteuse-chroniqueuse d’un siècle d’histoire, chaque tiroir de la commode a nourri le récit, dit « roman » l’argument étant l’héritage d’une commode à tiroirs qui sont autant de chapitres de «choses vues» selon Hugo, mais vécues dans la famille. Ouvrir ces tiroirs, c’est maintenir les souvenirs en vie, dit Rita… Et Olivia ajoute, avec une tendresse malicieuse, « … une commode bien rangée et bien remplie, ça rend l’imagination des enfants incroyablement fertile. »

Epilogue : quand vous aurez terminé ce livre, vous ne pourrez plus jamais rester indifférents face aux déracinés-migrants-réfugiés, quels qu’il soient, où qu’ils soient, d’où qu’ils viennent … Enfin, j’espère …

Bande son possible:

et peut-être que vous y croiserez Rita …

 

Norbert Gabriel

La Chope des Puces , 3 ème et 4 ème tournées ..

5 Juin

Communiqué

Samedi 6 juin
On sera là de 12 h30 à …..
Vous pourrez déjeuner à table sous les néfliers , sous des tonnelles dans l’impasse
Les règles seront respectées : masques , visières , gel sans contact …..
On vous attend nombreux avec
Mrs Steven Reinhardt, Lior Krief à la guitare, et Mr Alban Chapelle au saxophone ,

Dimanche 7

Le groupe OPUS 4 viendra les rejoindre avec chant , guitare et contrebasse
Et notre Zazou Ezeckiel Krief sera là
Vive la vie et à ce week-end.

Mr Christophe Astolfi professeur de l’école De La Chope Des Puces sera avec nous pour vous faire profiter de son savoir

Dans les prochains week-ends l’homme de Forbach Mr Benji Nini Winterstein va nous rejoindre

Toute l’équipe de LA CHOPE DES PUCES SERA LÀ AVEC DES SURPRISES.

 

Quelques photos des premières tournées ?  Voilà !

 

Mais non, ça continue !

 

Norbert Gabriel

Chope des Puces (2)

1 Juin

Photos©NGabriel 2020

C’est un de ces moments dont un acadien aurait pu dire:   » C’est un jour où la vie a mis sa robe blanche… »  Celle des bals joyeux dans un printemps éternel.  Ce deuxième dimanche à La Chope des Puces, avec la belle équipe qui a inauguré le retour de la musique vivante ( Voir ICI)  aurait plu Sarane Ferret, qui disait, au sujet du swing mitraillette,  il y a  bien des années:   » C’est bien toutes ces notes mais on n’a pas le temps de voir le paysage. »  Il aurait été ravi, parce qu’ici, les paysages, on les voit, c’est sensible, coloré, riche et généreux, et jamais dans la démonstration de virtuosité extrême mais gratuite … Dans ce petit espace en plein air, la sonorisation est impeccable, et  dans leurs envolées on part …
Là-bas …

Là-bas c’est le pays de l’étrange et du rêve
C’est l’horizon perdu par delà les sommets
C’est le bleu paradis c’est la lointaine grève
Où votre espoir banal n’abordera jamais. *

Il y a cette fraternité spontanée, naturelle, ici la musique abolit les différences, quelles qu’elles soient, c’est comme si on était tous des amis d’une enfance commune, bien que l’état civil constate quelques décennies d’écart, on ne peut pas expliquer, c’est comme ça … 

Peut-être faut-il approcher les fils du vent, les oiseaux de passage, et esquisser quelques pas dans leurs traces…

Peut-être …
Sur un air de chanson métèque ?

Je suis un  souvenir qui marche
Voyageur qui cherche  les pays imaginaires par delà l’horizon
J’ai l’âme tatouée d’un chemin destiné à n’arriver jamais
Je suis de ces oiseaux migrateurs
Jongleurs musiciens saltimbanques
Qui effacent les frontières au gré du vent
Guetteurs d’arc-en-ciel et de chemins d’étoiles
Ils inventent des musiques métissées de toutes les douleurs
Des chants de cœur battant
De cicatrices ouvertes
Et de ritournelles dansantes  bulles légères de champagne
Eclats de rêves et de vie   étincelles de bonheur
d’instants éparpillés gaiement le long du parcours

L’important,  manouche gitan ou bohémien
Touareg ou bédouin, zingaro, romani
Ce n’est pas le bout de la route,
C’est la route
Je suis un souvenir qui marche
porté par l’écho des notes d’une guitare

Ce chemin de nuage que le vent effiloche
Ce violon qui raconte dix mille ans de voyage
Cette guitare blues fragile au bord du grand fleuve
Ou rouge flamenco dans les rues de Séville

Ce chant éternel venu du fond des âges
Des baladins nomades  des tziganes
Des métèques flamboyants de soleils égyptiens
Des oiseaux de passage au regard étoilé

C’est la vie qui danse et renaît chaque matin

 Et pour quelques photos de plus,

Photos©NGabriel 2020

Photos©NGabriel 2020

Norbert Gabriel

  • * Extrait des « Oiseaux de passage »  de Jean Richepin

Et patchwork de traces  multiples, Garcia-Lorca, Elan Noir, Django Reinhardt, Nina Simone, Nazim Hikmet, Jean Ferrat, Aragon et Ferré.
Cette chanson métèque était inspirée, et dédicacée à Jo …  Le chat d’Alexandrie est parti en voyage, il paraît que les chats ont 7 vies, et en Egypte, le chat est un dieu… En un sens Moustaki est éternel. Au moins dans nos coeurs.

Pour le premier jour, c’est là !

ou là en cliquant sur l’image,

Yves Duteil (3)  Le copyright, Internet, l’avenir du spectacle 

28 Mai
Dutei dejazet final AAA

Au théâtre Dejazet en dec 2007, photo NGabriel

Dernier volet les deux précédents sont consultables ICI   et  ICI

 

On assiste aussi à  une attaque en règle tendant à imposer le système du copyright américain c’est plus commode à gérer que le droit d’auteur, mais totalement injuste, par exemple le créateur de Superman est mort dans la misère, il n’était pas propriétaire des droits du personnage qu’il avait créé. Le vrai propriétaire était le propriétaire  du support, c’est ce qu’on est en train d’essayer d’induire avec les diffuseurs, les fournisseurs d’accès qui deviennent les maîtres du jeu…  On peut dire les choses de façon plus libre : de plus en plus, les créateurs  ne sont pas considérés comme de véritables partenaires au moment du partage, les créateurs ne sont pas invités au repas. On les considère plus comme des trouble-fête que des partenaires, alors qu’ils sont à l’origine de la chaîne de la création. Ils sont au début, pas à la fin.  

Le copyright c’est un peu comme les galéristes des peintres du passé, les toiles leur appartiennent en totalité, l’artiste n’a plus rien, c’est la galerie qui détient tous les droits, tous les pouvoirs, qui donne  l’autorisation de reproduction. Le créateur est dépossédé de ses droits. Dans le système US, et ce sont ceux-là qui sont les plus rigides sur le téléchargement sauvage, là, on envoie des armées d’avocats pour défendre ce qui doit tomber dans l’escarcelle du diffuseur, du propriétaire du support. Les artistes ne se sont jamais organisés par rapport à ça. Quand ils ont essayé de le faire, ils ont été récupérés par des gens qui savaient le faire bien mieux qu’eux. Notre métier est dominé par des gens qui ont la maîtrise du financier, du juridique, et les artistes ont toujours été très timides pour la défense de leur droits et n’ont jamais réussi à s’unir contrairement au cinéma, qui a créé le CNC, mais le CNC c’est un organisme de cinéaste. En dehors de la Sacem, qui est combattue comme jamais, les autres organismes sont ceux des organisateurs de spectacles, des diffuseurs, jamais les créateurs.  

Les intérêts des artistes sont différents de ceux des producteurs, des diffuseurs, des éditeurs, et de toute cette nébuleuse de métiers qui gère la musique. Or, le paradoxe c’est que la musique est partout, dans les ascenseurs, dans les gares, dans les aéroports, les boutiques, sur Internet, les Ipod,  les MP 3 ou 4 , elle est universelle et elle n’a jamais été autant méprisée pour elle-même et aussi écartée du circuit de ses  propres revenus qu’aujourd‘hui. C’est pour ça que je dis que c’est pas seulement Internet… Les exigences des artistes et créateurs sont toujours considérées comme injustifiées, alors que les arguments des adversaires  ceux qui profitent de cette manne sans la redistribuer sont toujours justifiés. 

Les artistes n’ont  pas assez conscience de leur rôle culturel, notre métier a des aspects variés, ça va de celui qui écrit tout seul un  texte qu’il va mettre sur les notes de sa guitare, jusqu’aux dizaines de camions qui transportent le matériel pour monter une super-production avec des équipes de centaines de techniciens, c’est le même métier, mais il ne peut être régi par les mêmes règles. 

Et pourtant, notre métier a ces  aspects complémentaires et différents. Il n’y a jamais eu autant de talents sur le terrain. 

Mais le talent n’est pas forcément dans la vitrine, plus les médias  se sont diversifiés plus la vitrine s’est rétrécie. En nombre d’artiste diffusés compte tenu de la taille des médias, on a un nombre infiniment plus petit d’artiste différents diffusés  

Et on a aujourd’hui un nombre encore plus restreint de titres diffusés alors que ces médias se sont diversifiés et que le talent sur le terrain est devenu incroyablement foisonnant. 

Il se passe qu’il y a un décalage de plus en plus grand entre la vitrine et la réalité de la création, et si on va sur internet, c’est la même chose, quand on clique sur le nom d’un artiste, c’est qu’on le connaît déjà, c’est pas donné à tout le monde de savoir que Jean Dupont existe qu’il a  fait un disque… voilà… on ne peut pas cliquer sur un nom qu’on ne connaît pas mais on va cliquer sur le nom de l’organisme qui les diffuse, c’est à dire les grands sites officiels, qui ont une première page, une deuxième, une dixième, une soixante douzième… mais qui a le temps d’aller voir la 72 ème page ? Donc on est rendu à la même problématique que les radios qui diffusent un nombre restreint d’artistes, comment faire pour connaître la diversité de la création si on ne peut avoir accès aux filières qui vont vous y mener ? 

Il y  a des chemins de hasard des rencontres, on reçoit des dizaines d’emails qui annoncent des show-case, mais on ne peut pas passer son temps à suivre des  liens pour entendre un bout de chanson. On reste sur la problématique de la promotion,  de laprésence dans toute sa diversité. 

On voit bien qu’il n y a pas que le problème d’Internet, il y a celui de la télévision, de la radio, de la production… Qui aujourd’hui va produire un artiste dont il ne sait pas s’il y  aura un débouché, un relais… ? 

 

Le « live nation » 

 

C’est inquiétant, le tout est de savoir par quelle vision ça va être sous tendu, si l’efficacité est plus grande tant mieux, mais si c’est ce qu’on a vu dans les maisons de disque, de moins  en moins dirigées par des artistiques et de plus en plus par des comptables-commerciaux qui exigent  des résultats rapides (le retour sur investissement) ce qui va à l’encontre de notre métier, de la nécessaire maturation des artistes, de l’évolution de la création, là on a du souci à se faire… On va développer en plus grand ce qui a tué les maisons de disques, qui vont de restructurations en restructurations, d’échecs en échecs, si le public ne trouve pas son compte il déserte, la mévente des CD c’est pas seulement Internet, c’est le manque de profusion dans ce qu’on nous propose… Quand on  se promène dans une librairie, il y a un foisonnement de livres incroyable, il existe encore des réseaux de libraires amoureux de la littérature, et grâce à la loi Lang, ils ont pu résister, et tenir, le prix unique du livre a sauvé la librairie du désastre que subit le disque actuellement. Donc il y a là une leçon, quand on ne voit pas venir les problèmes ils vous détruisent, on est en train de détruire la machine, et je crains que le spectacle ne suive, ce qui s’est passé avec les maisons de disques, est en train de se produire avec le spectacle, simplement parce que les maisons de disques sont en train de racheter les sociétés  productrices de spectacles, et ils ne vont pas sauver le disque avec le spectacle, mais saborder le spectacle en même temps que le disque. C’est ce qui arrive… les spectacles sont chers, avec des plateaux lourds et on use les artistes avant qu’ils ne soient mûrs pour faire une carrière… et tout le monde est sur la carreau, les communes qui perdent de l’argent, les artistes usés en une année, le public qui n’a plus assez d’argent pour payer des spectacles chers, qui ne plus y aller, la profusion et l’éparpillement, et le 360 ça fait partie d’une politique d’exploitation globale à outrance de filons sans la passion, sans la patience, sans le savoir-faire,  le savoir faire éclore une carrière d’artistes qui assuraient leur longévité 

 Aujourd’hui, on assiste à une transformation de nos métiers en une exploitation rapide et une vision à court terme 

Il est urgent d’avoir de notre métier une vision de développement durable, de biodiversité des espèces, en l’occurrence de la biodiversité des talents, qui consisterait à réfléchir à  des carrières durables, mettre un artiste  en confiance développer ce lien affectif avec le public, et permettre aux uns et autres de s’apprivoiser, de s’aimer, et d’entrer dans le coeur du public et pas seulement dans le hit parade 

C’est pas la tendance, tout va vers le contraire, le métier sait mieux que les artistes manipuler le juridique et l’administratif, on se rend compte que la loi sur les quotas, aussi imparfaite soit-elle a sauvé la production française, on est entrain de refaire la même erreur en considérant que la loi création et internet est liberticide, je fais  le comparatif parce que la chanson française existe encore grâce aux quotas, tout simplement 

La loi création et internet toute imparfaite qu’elle soit, est notre sauvegarde, c’est le premier pas vers la reconnaissance de la propriété intellectuelle, le respect des artistes, la possibilité pour les artistes d’avoir un métier qui ait une véritable économie de production 

Avec toutes ses lacunes, ses faiblesses,  elle a le mérite de nous offrir ce premier pas, elle est combattue comme loi liberticide sous prétexte de la liberté des internautes… mais on ne parle pas de la liberté des créateurs d’être maîtres de leur création. 

Et la propriété intellectuelle devient moins importante que la liberté de ceux qui pillent ce qui ne leur appartient pas.  

L’Europe se laisse souvent convaincre sur des arguments scabreux , par exemple, la commission a demandé que tout le monde se mette au niveau des plus bas, des moins-disants, c’est celui qui a le moins de choses à défendre, donc si on défend le patrimoine de la chanson française très riche, si on le met sur le même plan que la Tchécoslovaquie, ou un pays qui n’a pas un volume  de patrimoine à défendre, on ira acheter les oeuvres françaises au rabais  là où c’est le moins cher, et les artistes verront leurs droits encore bafoués. Il y a un déséquilibre flagrant. On ne peut pas simplifier à l’extrême, avec les mêmes conséquences désastreuses 

Les pays d’Europe abordent les problèmes comme celui de la taille des filets de pêche, avec des décisions prises à Bruxelles, au lieu de voir ce qu’il en est à Douarnenez, on ne  peut pas tout harmoniser au plus bas. 

Paroles.net 

Les droits encore une fois, les gens partagent ce qui ne leur appartient pas, même si c’est gratuit la consultation, il y a de la pub, et qui n’est pas répartie avec ceux qui sont les produits d’appels. 

De la même manière il y  a les images prise dans des concerts avec des tél ; on se retrouve diffusés dans des conditions désastreuses de qualités sonores ou visuelles, quel intérêt ? 

On dépense beaucoup d’énergie et d’argent pour faire des spectacles avec des conditions les meilleures, de beaux éclairages, avec du matériel très sophistiqué avec au bout du compte ne pas maîtriser que quelqu’un prenne son téléphone pour faire une captation avec un micro de tél portable…  

C’est devenu tellement dans les mœurs qu’on ne peut plus maîtriser ni son image ni le son, 

 Il y  a toute une pédagogie à faire sur ce thème … Le MP3 a une réelle utilité, mais il ne faut pas en faire le standard bas de gamme de l’écoute, ce n’est pas normal qu’on soit représentés dans les médias par des moyens médiocres, gérés par des gens qui n’ont aucune notion de ce qui est représentatif ou non de ce qu’on fait. C’est fait avec une bonne foi déconcertante,  

 

Il faut arriver à trouver des réponses  à tout ça… Quand on récrimine, on est pris pour un mauvais coucheur, l’artiste à un moment n’a plus voix au chapitre, il ne maîtrise pas le côté juridique, on a besoin  d’un comité d’éthique dans nos métiers, et peut-être que cette loi Internet va permettre à ce un comité d’éthique d’exister.  La France est un précurseur avec la Sacem, qu’elle le reste avec cette loi Internet et création. La Sacem est un exemple que tous les pays ont repris pour la répartition des droits.  

Les artistes deviennent des empêcheurs de chanter en rond, c’est simplement «  pas juste ».  

Ils créent une matière dont tout le monde se repait, et se glorifie, et eux ne font pas de bénéfices colossaux, d’ailleurs c’est plus souvent ceux qui les entourent qui les bordent, les endorment, les enrobent d’un entourage juridique très complexe, très élaboré qui  garantit à leur entourage des revenus confortables, ça c’est quand même assez extraordinaire 

Les concerts gratuits, sont  gratuits pour le public, sont souvent gratuits pour les artistes, mais ils ont parrainés par des radios, des télés, des opérateurs téléphoniques, mais il faut réserver ses places, par tél à numéros surtaxés et le bénéfice des coups de tél, il va où ? je crois savoir…   

Comme la fausse bonne idée  de la licence globale, ou des abonnements musicaux comment se fait la répartition des œuvres téléchargée ? elles se font sur des statistiques ce qui veut dire qu’un certain nombre d’artiste sont écartés de ces redistributions, et ce sont ceux qui en auraient le plus besoin. Je vois avec quelle précision quand on met un album dans les circuits de vente Amazon,  I-Tunes, tous ces sites légaux, la technique qui trace ces chargements est très élaborée c’est la preuve flagrante qu’on sait le faire, et très bien. 

 Donc il suffit dune varie volonté politique de le faire, elle existe mais elle se heure à une epur électorale d’aller trop loin, et d’indisposer les internautes électeurs… mais protéger la création, c’est protéger les créateurs, l’essentiel de notre profession est encerclée par de très lourds dispositifs financiers industriels qui ne veulent pas être encombrés de l’humanité des artistes, qui sont la partie imprévue, mais il faut les maitriser ; les empêcher de nuire , les contrôler, pourtant ce sont eux les générateurs de l’ensemble 

Ils sont dépossédés, c’est la poule aux œufs d’or, mais on peut la tuer, considérant qu’il y aura derrière d’autres poules aux oeufs d’or… mais je ne crois pas que les choses soient si simples, on a vu mourir des veines de création, de cette façon  

Nous on s’est toujours battus pour notre liberté, on l’a payée le prix fort, mais c’est ce qui nous permet d’être encore là, d’être toujours vivant parce qu’on a préservé cette liberté, ce qui me permet d’être heureux dans ce que je fais, d’avoir du plaisir à monter sur scène c’est un privilège cette liberté … en même temps, j’ai peur pour les générations actuelles..  

Notre métier a encore de belles heures parce que c’est un beau métier, c’est un métier magique, avec le lien avec le public,  écrire une chanson c’est partir d’une matière inexistante et forger quelque chose de concret qui distribue de l’émotion, et tout ça, le support de la magie, c’est aussi de la technique, et le support de la création, c’est aussi de la bienveillance, or cette bienveillance à l’égard des artistes, je trouve qu’elle a les dents bien longues ; et les griffes bien acérées, et beaucoup d’artistes ne survivront   pas ..  

Et je reçois  des dizaines de disques d’artistes qui ne survivront pas parce qu’il ne trouveront pas le sillon qui leur permettrait de poursuivre…parce qu’il n’y a plus de détecteurs de talents à l’écoute pour flairer quelque chose de nouveau.. aujourd’hui on est dans le format beaucoup plus que dans l’information, il y a un déficit d’information,  sur les nouvelles chansons ; on n’est pas dans une logique de développement durable dans notre métier, comme il y a une prise de conscience de l’essoufflement de la nature, des phénomènes climatiques violents, inquiétants, dans notre métier c’est la même chose, il y a une perte de biodiversité, et pas de prise de conscience de la profession, on est sur le même navire et s’il coule on coulera tous.. La chanson est un bien précieux, culturellement parlant, j’ai connu le Québec grâce à la chanson, elle doit rester l’expression du visage d’une époque et de liberté de ses créateurs. Aujourd’hui, la tendance est trop à l’appauvrissement 

 

(voir la lettre à mon métier, dans le livre les choses qu’on ne dit pas)  

Propos recueillis par Norbert Gabriel

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