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Melkoni Project fait le Zèbre ..

3 Oct
Louise Perret Zèbre trio AAA 5472x3648Photo ©NGabriel2022

La musique en boite, c’est bien, le spectacle vivant, c’est mieux … Evidemment, pour Django, c’est raté pour le spectacle vivant, quoi que … il y a des enregistrements des années 35/36 où on entend cette formidable joie de vivre et d’être ensemble, avec Grappelli, Jean Sablon, ou Eddie South, ou Freddy Taylor, avec l’humour et le plaisir de jouer pour des amis choisis.. Eh bien, c’est ce que j’ai vécu, avec quelques autres spectateurs ravis, au Zèbre de Belleville, avec Louise Perret, Gwen Cahue et Raphaël Tristan, Melkoni Project pour la sortie parisienne de leur premier album. Dans la pure tradition du jazz, c’est un trio où chacun a un espace pour s’exprimer, solos de guitare ou de violon sous les regards complices de la chanteuse, regards qui se croisent souvent, attentifs, amicaux.. Gwen Cahue a fait chanter une superbe guitare du luthier Matthieu Richard une « manouche » cordes nylon au son d’une richesse inouïe, de beaux instants « défis rieurs » avec le violon de Raphaël Tristan pour donner à la talentueuse Louise Perret le décor musical parfait entre virtuosité (Indifférence) et sensibilité (la tendresse) Elle est de ces chanteuses dont la grâce infinie sublime les re-créations Et c’est tout l’arc en ciel des émotions qui explose dans un final jubilatoire avec « Fleur bleue » ..

Pour compléter, quelques mots de Bertrand Dicale sur l’album, pas mieux à dire :  

Dicale

Vous avez rendez-vous sur les routes de France, suivez la piste, sotto le stelle del jazz ... https://www.facebook.com/melkoni.project/

Norbert Gabriel

Photo ©NGabriel2022

Festival Musicalarue 2022 : entretien avec SoCalled

29 Août

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Capture d’écran 2022-08-11 222218Ce retour au festival Musicalarue de Luxey, après deux ans de vie évènementielle en suspens pour nous fut-il l’occasion de vérifier comme l’esprit des lieux, des organisateurs, bénévoles et festivaliers reste fidèle à ce qu’il a toujours été? Définitivement : oui. Toujours intacte y est le plaisir retrouver cette atmosphère si singulière qui fait de Musicalarue un festival à part, un rare rendez-vous parvenu à garder une philosophie artisanale et une ambiance familiale en prenant une envergure industrielle, où proximité, curiosité, générosité restent de mise. Toujours volontaire y est la politique de soutien à la diversité des expressions artistiques, avec une programmation éclectique, brassant les genres musicaux, croisant de publics variés, et invitant des artistes de renommée internationale et à large public (Bernard Lavilliers, Fatoumata Diawara, Ibrahim Maalouf, Amadou et Mariam, Angèle, Fatal Bazooka, Gaetan Roussel, entre autres), autant que des artistes alternatifs (Les Têtes Raides, Les Ogres de Barback, Les Hurlements d’Léo, Les Fatals Picards, Tagada Jones, Gauvin Sers, SoCalled,…) et des artistes de rue ou groupes émergents (Les Sans Additifs, Les sans Soucis, Les Bidons de l’An Fer [Lire ici], revenus sur scène avec Tagada Jones, entre autres, Öpsa Deheli).

Capture d’écran 2022-08-05 164439C’est dans cette effervescence bon enfant de découvertes ou retrouvailles culturelles et artistiques, de concerts qui se succèdent, s’enchainent, et parfois hélas se télescopent aussi, laissant des spectateurs à un choix cornélien, mais jamais ennuyés, que Musicalarue nous fournit l’opportunité de vivre un des rares concerts du canadien SoCalled (Josh Dolgin) en France. L’artiste pluridisciplinaire aux multiples terrains de jeux (musicien multi-instrumentiste, dessinateur, photographe, marionnettiste, prestidigitateur, journaliste, cinéaste, auteur de comédies musicales et producteur), inventeur d’un Klezmer-Hip Hop, composite d’inspirations issues des traditions yiddish et hassidique, de musiques modernes urbaines et de créativité personnelle, profitait, lui, d’une date à Musicalarue pour rencontrer à nouveau le public français, avant de s’envoler pour le nord de l’Allemagne, où la suite de sa comédie « Season » devait être jouée à Hambourg. C’est seul sur scène, avec un synthétiseur à assistance informatique et un accordéon que l’homme était venu interpréter quelques chansons, et entre autres les titres « The good old days » et « You are never alone » (« Jewish Cowboy ») tirés de l’album « Ghettoblaster » dont la percée l’avait fait connaitre en France en 2007, et une reprise très personnelle et qui rencontra un accueil amoureux de « Dance me to the end of love » de Leonard Cohen. A dire vrai, il me fut impossible de discerner, au sein du public venu l’écouter, qui était auditeur inconditionnel et assidu de SoCalled, et qui était festivalier non initié, mais curieux et avide de découverte, tant le concert fut un moment principalement de danse, de transe même, de ceux qui entrent en vous, remuent vos tripes, synchronisent votre corps avec un rythme et envoutent votre cœur avec un groove irrésistible -et personne n’y résista-, et de ceux qui se partagent et se vivent ensemble comme s’ils étaient une ultime fête. Quelques instants après, l’artiste montréalais, qui a, par ses dix albums et ses  fructueuses et savoureuses collaborations -on ne citera que la violoniste Sophie Solomon ou le clarinettiste, emblématique klezmorim new-yorkais, David Karkauer (Klezmatiks, Klezmer Madness), tant la liste en est longue-, plus qu’extirpé de l’oubli un patrimoine discographique négligé, continué la tradition klezmer en lui ouvrant une voie où son swing et ses mélodies se combinent aux rythmes, aux sonorités et au phrasé du Hip Hop et de la Funk, et créé, d’un même élan, un univers singulier, véritable agrégat spirituel, émotionnel et musical d’influences variées, acceptait de nous accorder un entretien pour en parler.

– SoCalled, bonsoir et merci de nous accorder cet entretien. Ce soir à votre concert, les gens étaient en transe, emporté par la musique. Comment avez-vous ressenti l’accueil du public?

C’était vraiment fou ! Ça fait du bien d’être là. Je n’ai pas fait beaucoup de dates en France, quatre ou cinq, mais c’est bien tombé, juste avant une comédie musicale que je joue à Hambourg la semaine prochaine.

– Vous avez, à l’occasion d’une chanson, mentionné la guerre en Ukraine, pays de vos origines et que vous connaissez. Comment la dramatique actualité de cette région vous affecte-t-elle?

Mon grand père vient d’une ville qui s’appelle Dniepropetrovsk. Il n’a pas beaucoup parlé de cela. De son temps, c’était la Russie, la Pologne, l’Ukraine : les frontières et nationalités changeaient tout le temps. J’ai visité cette ville et organisé une croisière de la culture Yiddish avec mes parents sur la rivière Dniepr, alors je connais pas mal de monde là bas. Et beaucoup de choses dans la musique locale, les chansons, les poèmes, viennent de la culture Yiddish ; je suis très intéressé par cette Histoire. Quand je vois maintenant ce qu’il s’y passe, les bombardements, la guerre, c’est horrible. On ne peut pas faire grand-chose ; ce n’est pas entre nos mains. Mais on espère que quelque chose peut arrêter ce maniaque à Moscou.

 

Capture d’écran 2022-08-11 221731– Vous avez consacré un spectacle de marionnettes aux Contes d’Odessa d’Isaac Babel, qui retranscrivent un Odessa assez pittoresque, des brigands juifs des quartiers anciens de la ville du début du XXème siècle. Pouvez-vous en parler?

– Tu connais les Contes d’Odessa d’Isaac Babel ? J’ai visité Odessa, quelques temps après cette croisière sur le Dniepr, plusieurs fois. Même aujourd’hui, c’est une ville magique. C’est comme Vienne ou Budapest. C’est une ville très intéressante et il y a aussi un côté perdu là bas, un peu oublié. Les Contes d’Odessa sont fous. Un théâtre Yiddish à Montréal m’avait demandé de faire quelque chose pour lui, et je me suis demandé ce que je pourrais faire dans une langue que vraiment pas beaucoup de personnes parlent, le Yiddish. Il fallait faire une histoire en Yiddish pour une bonne raison, parce que ça racontait histoire vraiment Yiddish. J’ai pensé aux Contes d’Odessa d’Isaac Babel qui sont écrits en Russe, mais sont vécus en Yiddish, celui de la vie des gangsters juifs. J’ai donc monté un spectacle pour ce théâtre, avec de la musique originale, mais les histoires de ce monde perdu. J’ai regroupé un orchestre composé d’immigrants ukrainiens, roumains, bulgares, russes, de Montréal. 30894878417C’était très intéressant pour moi de travailler avec ces musiciens, vraiment une grande chance pour moi de collaborer avec cette grande formation d’une quarantaine de personnes sur scène! Et maintenant je suis en train de finir une autre pièce musicale pour la semaine prochaine à Hambourg, où j’ai déjà fait trois comédies musicales avec des marionnettes, qui s’appelle « Seasons » -les « Saisons »-. J’avais fait une première « Saison », puis on avait beaucoup aimé et m’avaient demandé une autre création. J’avais donc fait une « Saison 2 », puis je me suis dit qu’il fallait faire comme Vivaldi : écrire quatre saisons. Donc après cette interview, je vais finir d’écrire cela!

 

– Isaac Babel, même s’il maitrisait et écrivait parfaitement le Russe, a, d’une certaine manière, inventé sa propre langue personnelle, hétéroclite, comportant des mots ou expressions issues du Yiddish, de l’Ukrainien, de l’Allemand, du Français aussi, et c’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles ses Œuvres Complètes n’ont été traduites dans notre langue que tardivement, bien après Les Contes d’Odessa et Cavalerie Rouge, tant il est complexe de le traduire en transcrivant l’ambiance que donne ce particularisme linguistique. Peut-on y voir un parallèle avec votre démarche de musicien, créateur d’un univers composite, nourri de beaucoup de sources culturelles, et très singulier à la fois?  

– Si tu veux. Oui, peut-être qu’il était un peu « sampler », échantillonneur avec les mots. C’est très poétique ; je n’avais jamais pensé à ça, car il a écrit dans un Russe très impeccable. Mais oui, effectivement, tous les artistes prennent d’un peu partout, pour faire leur art. Même Picasso a dit  que « l’artiste est un réceptacle d’émotions qui viennent de partout ». Il n’y a rien de nouveau ; tout a déjà été fait avant. 

 

– Concevez-vous votre manière de pratiquer la musique comme la perpétuation et la continuation d’un héritage ou comme l’imagination d’un monde reconstitué, peut-être un peu rêvé ou fantasmé, un peu à l’instar de celui qu’on entend dans la musique de Goran Bregovic?

– Je fais parti d’une longue histoire, dans un état constant d’évolution. L’Histoire juive est très ancienne, des milliers d’années. Mais ça continue à cause des chansons, des prières, des langues, des récits partagés. Je ne suis pas religieux, mais j’aime la culture, et j’aime avoir ma propre culture. Et cette culture qui était un peu perdue, et tuée, je suis tombé dessus un peu par hasard, en cherchant des anciens disques. J’ai découvert des anciens disques, et ai compris que j’avais quelque chose de mon patrimoine qui vaut la peine d’être partagé, repris, et mérite de vivre. J’ai beaucoup aimé le Hip-Hop au début. Mais il vient de la culture afro-américaine, donc je me sentais toujours un peu inconfortable de prendre une autre culture et de parler dans une autre culture. Et lorsque j’ai trouvé quelque chose qui parle de mon histoire, de l’histoire de mes parents et grands-parents, c’était plus légitime et honnête pour moi d’y participer.

 

Capture d’écran 2022-08-11 223332– Vous être un artiste pluridisciplinaire, et d’ailleurs ce soir, vous vous êtes permis d’offrir au public un tour de magie entre deux chansons. Les différents arts que vous pratiquez s’influencent-ils les uns les autres?

– Je ne suis pas maitre d’une discipline unique. Je suis pas mauvais ; j’ai beaucoup bossé sur quelques trucs. Je pratique le piano, mais il y a des pianistes bien meilleurs que moi, des producteurs meilleurs que moi, des rappeurs meilleurs que moi, des magiciens, des photographes, des fabricants de marionnettes meilleurs que moi. Mais je m’en fous : j’aime participer, essayer, pratiquer, développer des techniques, des répertoires, faire encore et encore. Et même si je ne suis pas maitre de quoi que ce soit, j’aime m’y intéresser, et je ne m’ennuie jamais ainsi. Quand une discipline m’ennuie, je peux me consacrer à une autre pour être toujours inspiré. Et donc tous les arts s’inspirent les uns les autres. Mais tous les arts sont très reliés à la base : la philosophie de la magie, avec le sens du temps, de la direction, est une chose que tu peux appliquer à la musique, à la photographie, au film, pour raconter des histoires. C’est la manière dont ton esprit fonctionne, le « story telling ».

 

– Lorsqu’on est un artiste qui invente une forme de cosmopolitisme artistique et aime se nourrir de cultures différentes, l’époque peut sembler inquiétante, avec sa tendance un peu générale aux replis identitaires, qui gagne votre pays comme bon nombre d’états européens, et la France aussi, et menace une façon de vivre ensemble dans le respect, et contre l’ignorance de l’autre. Cela vous rend-t-il pessimiste?

– Mais Montréal me donne espoir pour le monde. Comment être ensemble, comment partager, comment apprendre à vivre ensemble, faire l’amour ensemble, écouter les différents sons des uns et des autres. Tu parles de la France, c’est un peu différent. Mais Montréal est très différent du reste du Québec. Le Québec est un monde un peu petit, étriqué, une sorte de focus pas mal raciste, nationaliste, protectionniste avec la langue française. Pour un anglophone comme moi, c’est triste de voir ce qui se passe au Québec. Il y a un régime horrible qui s’appelle le CAQ [DLR : Certificat d’Acceptation du Québec]. Je vis au Québec, mais en tant que Juif, en tant qu’Anglophone, je ne me suis jamais senti québécois : je serais toujours « l’autre ». Mais avant c’était moins compliqué. Le gouvernement du Québec utilise une clause spéciale pour éviter les lois du Canada qui protègent les minorités linguistiques, et finalement il instrumentalise une clause légale pour faire n’importe quoi. Et comme le Québec est notre nation, le gouvernement fédéral canadien ne peut pas nous protéger contre ça. C’est frustrant pour les Montréalais, qui voient qu’on peut tous vivre ensemble et que c’est bien. On peut avoir plusieurs langues différentes et protéger aussi une langue comme le Français, qui se sent légitimement en danger, puisqu’il est entouré d’états et de peuples anglophones. On peut comprendre qu’il ait besoin d’être protégé, mais il n’a pas besoin de tomber dans le fascisme, le nationalisme et le racisme, comme c’est le cas aujourd’hui. Cela effraye les gens et les fait fuir ailleurs. Les anglophones ont peur et ne veulent pas vivre dans un pays où ils sont privés de leur langue et ne peuvent pas éduquer leurs enfants dans leur langue, où les Juifs ou n’importe quelle personne d’une autre confession religieuse ne peuvent pas travailler dans le secteur public et porter une kipa ou d’autres symboles religieux, dits « ostentatoires », alors qu’on peut y porter une croix chrétienne, car c’est le patrimoine et l’Histoire du Québec. Il y a des croix et des églises sur chaque montagne à Montréal, et ça ne gène personne. Donc beaucoup quittent le pays pour l’Ontario ou d’autres états. Et cette politique attire le même public populiste qui aime les gens comme Trump ou Orban. Donc pour ce gouvernement il faut chercher des votes hors de Montréal, parce que Montréal, mentalement, c’est une île, dans le Québec.

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Miren Funke

Photos : Carolyn Caro, Miren Funke

Liens : site de Socalled : https://www.socalledmusic.com/

Je souhaite dédier cet article à un ami qui nous a construit avec sa culture et les livres qu’il nous mettait entre les mains, Jean-François Orgogozo, lorsque nous étions jeunes étudiants. Lui qui m’avait fait connaitre Babel avec Cavalerie Rouge et m’en parlait souvent jusqu’à me donner le gout de lire toutes ses œuvres, il manque à ce monde. Merci « Jeff » pour ce que tu y as semé…

Et merci encore une fois à toute l’équipe de Musicalarue.

Romain Didier et Cie au Château de la Roche

21 Août

le chateau de la Roche par D Garcia

Chacun ses châteaux de la Loire, ici c’est sur le vieux Liger gaulois encore sauvage que le château de la Roche surveillait les bateliers à l’entrée des goulets sinueux entre St Priest la Roche et Roanne. Ce 12 Août 2022, le niveau du fleuve est presque au plus bas, et le château retrouve son statut de sentinelle perchée au dessus des rochers..

C’est le dernier concert de Quartiers d’Eté, un final première classe avec Romain Didier et Thierry Garcia précédés par une première partie; quatre artistes de la région ont travaillé en amont, avec Evelyne 1-1-première partie chateau Roche 5022x3626Gallet il a quelques mois, et Romain Didier ces derniers jours pour peaufiner leur art. Chloé Serme-Morin, Lucile en boucle, Apolline Beauchet *  et Maxence Melot  ont interprété chacun deux chansons, une originale et une du répertoire, accompagnés par le pianiste Christophe Duplan. Leur première chanson en choeur, pour ouvrir la soirée fut une déclaration, « Que je t’aime… » chacun peut imaginer la dédicace qui lui plaît. Ensuite, ce fut un enchaînement fluide avec des chansons en hommage à Barbara, (Chloé, « Gottingen », Apolline « Mon enfance ») à Pierre Perret « Lily » par Maxence, et à  Michel Legrand par Lucile « Les moulins de mon coeur »… et sa chanson  « Si tu en as envie » a été chantée  en choeur final.
* Apolinne c’est aussi Opaline

Au soleil couchant Romain Didier et Thierry Garcia entraient en scène.

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Un concert de Romain Didier est toujours une surprise, une alchimie subtile entre les chemins musicaux d’hier matin, ceux d’aujourd’hui, d’autres ont 40 ans, et tout résonne en harmonie avec le temps présent. Romain Didier est un des plus riches auteurs de chansons qui racontent, d’histoires qui nous ressemblent et nous rassemblent, de contes tendres et poético burlesques, de chroniques acidulées, avec en filigrane un humour ciselé façon Prévert ou Groucho Marx que j’entends fredonner « Dans ma rue » avec peut-être une pointe de jalousie…

1-Romain Didier Réduitt 3935x2443 3935x2443 C’est une fresque humaniste et rêveuse, nostalgique et réaliste, qui chante les mille et deux tableaux du grand show quotidien de la vie. Un tableau a souvent deux faces, recto verso, comme dans ma rue, une rue tranquille à première vue, question de scénario, l’un chante, l’autre pleure. Les gens gentils sont souvent des salauds En manque de scénario ? Et les deux sont le plus souvent entremêlés.

Ce sont les chroniques de la vie balagan, foutoir foutraque, mais on n’a que celle-là, et malgré tout, en voyageant dans les chansons de Romain Didier, il me semble qu’elle pourrait être supportable.

Dans cet éclectisme foisonnant, Presley a fait une sorte de visite par procuration, avec ce rock au piano style Art Tatum , ou Bud Powell, un rock que les filles de 7 à presque 107 ans ont salué de cris enthousiastes comme il se doit, les gorges de la Loire étaient bien déployées . Dans le piano tout noir de Romain Didier, il y a des musiques de toutes les couleurs, des arc-en-cieux, des feux d’artifice, du piano Chopin, du piano Gershwin, le rag-time et la rhapsodie de la vie

1-Romain Didier et Thierry Garcia 3947x1504 montage réduit 2 3947x1504 3828x1466

En 2022, la forme nouvelle, c’est un duo avec Thierry Garcia et ses guitares, qui se marient intimement avec le piano, pour une redécouverte des chansons d’hier, un son neuf, grâce à une complicité  résultant d’un long compagnonnage musical et amical, que vous pouvez entendre dans les liens ci dessous, en attendant le 4 Décembre, au Café de la Danse, concert dans lequel un percussionniste sera présent.

Son nouvel album « Souviens-moi » pourrait être une synthèse de quelques décennies de création, en illustrant cette phrase de Philippe Forest : «Que toute chanson soit autobiographique c’est certain.  Simplement c’est l’autobiographie de celui qui écoute. »

Bref CV musical …

Dans un piano tout noir

https://www.youtube.com/watch?v=GrgunPM-CYc

Chanteur de rock

https://www.youtube.com/watch?v=h0KHgmQOaKM

Le funambule est mort

https://www.youtube.com/watch?v=WBxqUYNXosQ

Pianiste de bar 

https://www.youtube.com/watch?v=kumCG8wYe4A&t=30s vers 21′

Les libellules

https://www.youtube.com/watch?v=ADnE1Pzo6Dc

et les dernières en piano guitare (et batterie) Concert annoncé pour le 5 décembre 2022 au Café de la Danse

Je me souviens

https://www.youtube.com/watch?v=ysciNfWPiR0

La femme qui sommeille

https://www.youtube.com/watch?v=2dD-WY9xHpw

Merci d’être venu

https://www.youtube.com/watch?v=mPwDXe2omk8

Une aberration

https://www.youtube.com/watch?v=H4ktKYckTyE

C’était sous les étoiles des gorges de la Loire le 12 Août 2022…

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Pour mémoire, Dans ce piano tout noir il y a quelques années, https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2016/11/30/romain-didier-dans-ce-piano-tout-noir-le-5-decembre/

Norbert Gabriel

Crédits photo: N Gabriel sauf la première « Le château de la Roche »  par Dominique Garcia

Merci à  Pierre-Antoine Bernet maître d’oeuvre de ces Quartiers d’Eté au Château de la Roche.

NB: les Quartiers d’Eté c’est ici  —> https://www.copler.fr/les-quartiers-dete/

Concerts   sur les berges, petit théâtre de verdure , avec buvette et assiette apéro…

Entretien avec Animal Triste lors du festival Jalles House Rock (St Médard en Jalles, Gironde) pour la tournée du second album « Night of the Loving Dead »

7 Août

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Le mois dernier, Animal Triste, venait expulser sur la scène du festival Jalles House Rock de St Médard en Jalles, près de Bordeaux, son Rock fiévreux, ténébreux et envoutant, surgit des entrailles d’immenses espaces nocturnes américains, balayés de vents violents, que le groupe irrigue aux quelques sources de références communes liant les sept rouennais. Sources qui enflent et font déferler des compositions originales, comme un torrent sauvage secouant les tripes de l’auditeur envahi par l’esprit de fantômes qui aimantent autant qu’ils inquiètent, comme peuvent inquiéter, en même temps qu’elle nous intriguent et nous fascinent, ces part d’ombre et de sauvagerie de nous-mêmes qu’on ignore, parfois devine ou sent, mais ne contrôle jamais. Animal Triste s’est fondé avant tout sur une histoire d’amitié entre musiciens évoluant dans diverses formations : au chant et à la guitare, Yannick et Sébastien (alias Helmut et Raoul Tellier, respectivement chanteur et guitaristes de La Maison Tellier), à la batterie et à la guitare Mathieu et Fabien (de Radio Sofa), à la troisième guitare David (Darko) et à la basse Cédric (du groupe Dallas). Mais, ce sont aussi des inspirations et influences communes (Nick Cave and The Bad Seeds, Black Rebel Motorcycle Club, dont le leader Peter Hayes interprète en duo avec le groupe le titre « Tell me how bad I am » sur le dernier album, The Doors, Sixteen Horsepower), et surtout le désir de revenir ensemble déterrer les racines d’une passion musicale, dont les premiers cris bestiaux et magnétiques les firent vibrer, les caresser, et y nouer d’autres, pour créer et jouer le Rock qu’ils aimaient écouter, qui ont fédéré ces amis autour de ce projet, dont un premier album éponyme, terriblement habité, enjôla fin 2020 l’oreille d’un public et aspira son âme, et le second, « Night of the Loving Dead » est sorti cette année. Mathieu et Cédric, batteur et bassiste du groupe, acceptaient de répondre à quelques questions pour nous parler de cette passion commune originelle qui leur fait forger à leur tour un Rock original et brûlant qui, du caverneux à l’horizon universel croit, s’intensifie et s’amplifie.

Capture d’écran 2022-08-05 164109– Bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Vous êtes cet été sur les routes pour présenter votre nouvel album ?

– Mathieu : Oui, complètement. On fait une petite tournée dès que les dates le permettent ; on sera à Angers le 2 juillet et à Rock en Seine le 26 aout, à Rouen le 04 septembre, et puis d’autres dates suivront.

– Cédric : On n’avait pas prévu qu’il y aurait un confinement, mais on avait prévu d’enregistrer l’album, et puisqu’en raison de l’actualité de la pandémie, tout le monde était disponible, on en a profité pour prendre deux semaines en studio non stop. Ça a été un moment suspendu, et c’était un album joyeux à faire.

 

– On entend dans votre jeu et sur les enregistrements, outre une belle cohésion entre toutes vos individualités, quelque chose de très vivifiant et authentique, comme un sens de l’urgence. S’agit-il de prises « live » ?

– Mathieu : On a un fonctionnement très instinctif en fait. On fait des ossatures de morceaux dès le début, qu’on avance, mais pas trop. L’idée, c’est d’arriver en studio avec une possibilité libre, que tout puisse se passer. On a ce sentiment, de quand on est en répétition et qu’on crée un morceau, qu’il est ensuite fantastique de pouvoir rejouer. Je pense que la première intention est souvent la bonne. L’urgence, oui, complètement. On s’appelle « Animal Triste », faut que ce soit un peu instinctif quand même. Le Rock, c’est quand même ça. Bien sûr je comprends les choses un peu cérébrales, mais nous, on avait besoin de retrouver de l’instinct.

Capture d’écran 2022-08-05 164409– Est-ce de ce besoin qu’est né Animal Triste, de vivre en groupe, ce que peut-être vous ne viviez pas dans vos formations respectives, les uns et les autres ?

– Mathieu : C’est né d’un besoin d’écouter la musique qu’on n’entendait plus. Et surtout de ne pas tomber dans le « c’était mieux avant ». On ne voulait pas tomber là dedans, parce que ce n’est pas vrai ; plein de trucs se passent. Mais on ne le voit plus de la même manière. Notre démarche était de nous demander ce qu’on a envie d’écouter, et de se dire : on n’a qu’à le faire!

– Cédric : C’était un bon prétexte aussi pour se retrouver entre amis.

– Mathieu : Oui, c’est un casting idéal : tu joues avec tes meilleurs potes. Il se trouve que je suis avec les meilleurs humains que je préfère dans ma vie, on se fait confiance, et c’est aussi simple que ça. Pour revenir à ta question, les textes sont de Yannick. C’est son jardin à lui, et on s’est rendu compte à la relecture du second album qu’il avait retranscrit complètement l’ambiance de l’enregistrement. Il parle de nous, et à la fois il y a des passerelles entre tous les morceaux. Quand on a enregistré l’album, il était avec nous dans un corps de ferme, puis partait s’isoler pour écrire, revenait pour tester sur la musique qu’on avait avancée, puis retourner écrire. On a bossé comme ça ; c’était beaucoup nos compositions qui lui inspiraient ses textes. Pour lui c’est aussi un exercice rigolo de chanter sur des musiques qui ne sont ni de Sébastien, ni de lui. La première fois qu’il a chanté sur des compositions de Fabien -c’est ainsi qu’Animal Triste est né-, il a trouvé ça simple et naturel, très évident de trouver sa ligne de chant. Nous, on avait l’idée de l’utiliser dans des tonalités graves, car c’est un immense chanteur, et c’est intéressant d’aller le chercher dans des performances où il ne va peut-être pas forcément. Et c’est aussi ce que lui voulait ; on a souvent évoqué avec lui Jim Morrison. C’était un grand chanteur, mais imprévisible et incontrôlable, capable de hurler autant que de faire le crooner, et c’est ça qui faisait tout le sel du chanteur des Doors. Et l’idée était de retrouver ce truc là, savoir si on est capable de se mettre en danger. Et moi je suis content d’avoir retrouvé le sel de la musique que j’avais un peu perdu.

– Cédric : C’est un projet qui est cent pour cent libre, sans aucune contrainte en fait. Le seul truc, c’est qu’il faut qu’on soit raccord entre nous.

– Mathieu : Notre label ne nous met aucune contrainte effectivement, sauf celle de faire des disques! C’est génial. Nous sommes libres de nos choix et respectés là dedans. Je ne veux pas faire d’amalgame, mais les gros labels ont trop cru que c’était eux qui avaient le pouvoir. Ce sont toujours les artistes qui ont eu le pouvoir, et si ceux-ci se sont laissé malmener par des labels, c’est juste parce qu’ils n’ont pas eu de c*** et ont accepté ça. Combien de fois me suis-je battu avec des directeurs artistiques qui disent connerie sur connerie sur la façon d’écrire une chanson? Avec Animal Triste, personne ne nous fera mettre un genou à terre. C’est impossible. Et notre label l’a bien compris et accepté, et ça, c’est génial.

Capture d’écran 2022-08-05 164308– Et le fait de jouer chacun dans vos formations respectives sur d’autres terrains de jeux a-t-il été un atout en termes de savoir-faire et d’aisance, ou plutôt un handicap, pour vous coordonner intuitivement ?

– Cédric : En fait c’est plus une histoire d’amitié. On se connait depuis longtemps, donc on sait très bien le terrain dans lequel chacun évolue. Mais on était sûr qu’on allait s’entendre. Évidemment que l’on joue dans des formations qui ne sont pas forcément similaires ; mais on savait très bien que chacun donnerait ce qu’il faut pour que le projet nous corresponde. C’est le projet dans lequel je joue qui artistiquement me plait le plus, comme si j’avais attendu des années avant d’arriver à faire cette musique là, avec les gens que je préfère. Ça demandait plus d’expérience, un peu de maturité, et ce côté du plaisir un peu neuf à se retrouver entre copains. C’est comme un groupe de bœuf de fête de la musique, comme quand on était jeunes, mais avec un peu plus de métier.

– Mathieu : Je vois ce que tu veux dire par rapport au fait d’avoir des influences différentes. Même sans se le dire vraiment, on a dessiné le cadre d’Animal Triste assez vite. C’est-à-dire que, tous, on écoute Black Rebel, les Doors, Nick Cave, et pleins d’autres. Y en a qui vont avoir des influences spécifiques, par exemple Cédric écoute du Rap et du Hard Core, moi, j’écoute du Metal, Yannick écoute des choses plus particulières. Mais les artistes que je viens de te citer nous réunissent tous.

– Cédric : On a une longue histoire d’amitié commune. Pour tout te dire Mathieu a été un peu mon mentor.

– Mathieu : C’est un très bon batteur ; il m’a remplacé au sein de Radio Sofa.

– Cédric : En tous cas, c’est un peu mon mentor : je m’inspirais beaucoup de lui pour tout ce qui est jeu de batterie. En jouant avec lui, je savais très bien qu’on ne mettrait pas deux batteries dans le groupe, et donc il me fallait un autre rôle pour pouvoir jouer avec mes potes, et ça a été un prétexte ou une occasion pour apprendre à jouer d’autre chose, la basse en l’occurrence.

– Mathieu : C’est important ce que dit Cédric, car, quand on a monté le groupe tout au départ, c’était Fabien, Yannick et moi, vraiment sur le thème de faire quelques chansons pour s’amuser. On se disait qu’on devrait jouer ces chansons en vrai, mais on n’avait pas de bassiste, et du coup, Cédric a proposer de se mettre à la basse, et c’est comme ça que tout est arrivé, parce que c’est lui qui nous a dit : « les gars, faut qu’on aille dans un local de répétition, on ne va pas laisser ça comme ça ».

 

– Animal Triste est-il aussi le lieu où vous vous autorisez à aborder des thématiques pas forcément pertinentes pour vos autres groupes ?

– Matthieu : Sur les textes, ce n’est pas facile à dire, mais si, évidemment. Surtout on avait envie de retrouver ce folklore qui nous appartient, plus américain qu’anglo-saxon, de désert la nuit, de grands espaces, avec une dimension un peu shamanique, des fantômes d’Indiens, des choses comme ça. Il y avait ça sur le premier album musicalement, et sur le deuxième, je pense que Yannick l’a exploré dans ses textes. On était intéressé par le vaudouisme et des choses comme ça, et il a cherché là dedans.

 

Capture d’écran 2022-08-05 164148– Y aurait-il eu pour lui un peu une envie d’explorer avec la langue anglaise un univers qui a pas mal inspiré ses textes français pour La Maison Tellier ?

– Mathieu : Complètement ! La question du Français ne s’est pas posé une seule seconde pour nous. D’abord parce que Yannick a un très bon  niveau d’Anglais ; il est agrégé d’Anglais. Et je reviens aux Doors, mais Morrison est très vite intervenu dans notre culture. Yannick a appris à chanter sur « Morrison Hotel ». Donc pour retrouver des choses qui nous ont fait vibrer, la langue anglaise nous a semblé être le meilleur médium pour y arriver. Alors, là, je pense que pour le coup, et ça fait le lien avec une question précédente, c’est presque pour Yannick que ce doit être le plus intéressant. Parce que La Maison Tellier, c’est quand même très feutré, et Animal Triste l’amène vers autre chose. Il a un côté performer dans le groupe, une dimension cathartique qu’il ne met pas en avant avec La Maison Tellier. De la même manière qu’harmoniquement, La Maison Tellier a toujours travaillé dans la subtilité, alors que nous avons consacré plus au travail de la puissance et l’atmosphère, en tout cas sur le premier album. Pour le deuxième, on y a mis plus de subtilité, donc effectivement peut-être que nos formations respectives se nourrissent mutuellement. On peut faire des passerelles partout ; de toute façon la nourriture intellectuelle rejaillit toujours.

– Cédric : Quand tu fais de la musique, c’est toujours un peu de toi que tu y mets, donc tu ne peux pas vraiment cloisonner. Ça reste des démarches sincères, donc on y met, tous, de nous-mêmes. Le Yannick d’Animal Triste et celui de la Maison Tellier, ce n’est pas Docteur Jekyll et Mister Hyde ; c’est deux facettes du même Yannick. C’est celui qui aime autant Jean-Louis Murat que Nick Cave. C’est juste un autre terrain de jeu.

 

– Pouvez-vous parler de cette reprise de « Dancing in the dark » de Bruce Springsteen et de votre rencontre avec Peter Hayes du Black Rebel Motorcycle Club ?

– Mathieu : Tu vois, ce sont des choix, dont parfois on ne sait même plus trop pourquoi on les a fait. Je pense qu’on est arrivé à la cantonade, en répèt’, on a du se dire que ce serait cool de faire une reprise de Sprinsgteen. C’était aussi simple que ça, parce que d’abord c’est un superbe morceau, et qu’ensuite il était plus facile à dépoussiérer que d’autres, les arrangements étaient vraiment surannés. Le morceau est génial, mais les synthétiseurs sont vraiment datés années 80. Donc c’était facile d’aller ailleurs avec ça. Tu remplaces les synthés par des guitares, et de suite ça donne une autre couleur, mais toujours avec cette trame harmonique qui reste très belle. Le texte est superbe, parce que c’est Springsteen et qu’il sait écrire, et d’un point de vue de performance vocale, c’est intéressant pour Yannick d’aller se frotter à une voix comme celle de Springsteen. Pour nous, à la batterie et la basse, c’était assez rigolo d’aller enlever ce son « heighties ». Quant à Peter Hayes, on est très fiers de jouer avec lui à Rock en Seine… Bon, pas sur la même scène, pas exactement en même temps, mais on s’en fout : on est sur la même affiche! C’est une grande fierté pour nous d’avoir Peter Hayes de Black Rebel invité sur notre album. En fait on cherchait des featuring pour le deuxième album, et on avait une liste de cinq noms, dont le sien en premier, de gens qu’on aurait aimé inviter. J’ai tenté le coup, même si on m’en avait dissuadé, en disant que jamais il n’accepterait de faire un featuring. Son manager m’a demandé si on était connus, j’ai répondu : « pas encore », mais le premier album avait quand même eu une bonne presse, et il a transmis la demande à l’artiste, qui m’a répondu directement en mail en demandant de quoi on avait besoin, et nous a envoyé ses pistes. C’était excellent, on n’a parlé que de musique, jamais de tune. Et je bosse encore sur un autre projet, un groupe qui s’appelle City of Exile, aujourd’hui avec lui. C’est une très belle rencontre, mais on a hâte de le voir en vrai, car pour le moment tout s’est fait par correspondance.

 

Capture d’écran 2022-08-05 164243– Il y a une scène abondante et prolifique dans votre ville normande. Comment y vivez-vous?

– Mathieu : La scène rouennaise est très puissante. Nous sommes un petit peu plus vieux que les gosses de la scène actuelle, et c’est fou de voir le tour que ça a pris en dix ans. C’est parce qu’il y a un très bon accompagnement par les structures.

– Cédric : C’est stimulant d’avoir un environnement créatif. Ça motive.

– Mathieu : Et puis à Rouen, déjà à l’époque où Cédric jouait dans Dallas, et moi dans Radio Sofa, et La Maison Tellier existait déjà, on ne se tirait pas la bourre. Il n’y a jamais eu d’esprit de rivalité ; tout fonctionnait déjà dans l’entraide et de manière très détendue. C’est une chouette ville à plein d’égards. Il y a beaucoup d’endroits où jouer quand on débute : des bars à Rock, des salles de concerts.

 

– Le support matériel, en termes de lieux pour jouer contribue énormément au foisonnement des scènes locales, comme ça a été le cas à Bordeaux, dans la fin des années 70-début 80, avec tous ces groupes qui ont suivi l’impulsion de Strychnine entre autres, de ce qu’on a nommé le « Bordeaux Rock ». Y avez-vous des références?

– Mathieu : Bordeaux pour nous à l’époque, c’était incontournable. Il y avait Noir Désir bien sûr, mais aussi tout une scène Rock.  Et puis Strychnine et les autres, juste avant. On avait un pote, Akim Amara, qui venait de Bordeaux et avait joué avec tous ces gens, et s’est retrouvé à Rouen, car, disait-il, c’est là que maintenant la scène se passe.

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Miren Funke

Photos : Carolyn Caro

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Tournée « Parenthèse 2 » d’Yves Jamait : trois magiciens sur scène et entretien avec le chanteur

15 Juil

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Capture d’écran 2022-07-11 164353C’est en mai dernier que la tournée « Parenthèse 2 » d’Yves Jamait, qui donnera encore plusieurs dates en France cet été, investissait le Théâtre Cravey de La Teste de Buch (33) pour convier le public girondin à un spectacle de chansons l’arrachant à l’ordinaire, et le transportant loin, très loin, de la morosité dans laquelle la période pandémique et le vide événementiel qui l’accompagnait nous avaient plongés. Evidemment, lorsqu’on a déjà vu le chanteur plusieurs fois en concert, on y retourne toujours confiants dans la certitude d’être captés par une mise en scène humoristique et tendre, qui nous fera traverser des pays émotionnels, au bout desquels on quittera le lieu en y laissant autant de larmes que de fous rires et de fantômes, mais remplis de souvenirs drôles et émouvants et enrichis du sentiment d’avoir vécu quelque chose. Et on y revient toujours avides d’entendre ce que l’homme va nous chanter et ce que le moment va nous apprendre. La tournée « Parenthèse 2 » n’échappe pas à cette règle, et même la confirme et la transcende. Proposant des versions revisitées de chansons des précédents albums, et interprétées en formation réduite à un délicieux trio composé d’Yves Jamait au chant et à la guitare, Didier Grebot aux percussions et Samuel Garcia à l’accordéon, l’accordina, et aux claviers, elle pouvait annoncer une ambiance plus intimiste -et elle le fut-, sans toutefois prévenir du savoureux et surprenant comique décalé, et même un peu déjanté, du spectacle qu’allait nous offrir le jeu complice des trois hommes. Trois magiciens en fait. De ceux qui vous font pénétrer dans la profondeur émouvante d’un amour, d’une nostalgie ou d’un drame, ou dans l’intensité saisissante ou glaçante d’une colère, d’une amertume ou d’un effroi, vous y happent, et, sans pour autant les sortir de vous, vous en extirpent, sitôt la chanson finie, avec des jeux de personnages infiniment drôles et les situations hilarantes qu’ils provoquent entre eux, et au spectacle desquels la salle se remplit spontanément d’éclats de rires irréfrénables. De ceux qui vous kidnappent à vous-mêmes, et emmènent, pour quelques heures, vos vies loin de vos vies. De ceux qui sont toujours en mouvement et émetteurs d’énergie, même lorsque la frénésie décélère et l’action s’apaise pour une pause délicate, avec la lecture d’un poème de Lamartine -n’est-ce donc pas ce qu’on appelle la « présence » ?-. De ceux qui, le temps d’une soirée, vous font être quelqu’un d’autre que vous-mêmes, puis vous rendent à vous-mêmes, enrichis de ce supplément d’identité.

Quelques heures auparavant, Yves Jamait nous accordait un entretien pour parler de ces nouveaux visages instrumentaux offerts à des chansons, dont certaines sont connues par cœur du public, mais d’autres beaucoup moins, et toutes profitent de cette nouvelle incarnation musicale pour se faire entendre autrement, et de ce que cette tournée souhaite raconter aux gens.

 

Capture d’écran 2022-07-11 161046– Yves, bonjour et merci de nous accorder cet entretien. La tournée « Parenthèse 2», qui fait écho à une première tournée « Parenthèse », reprenant aussi des chansons de ton répertoire entre deux tournée de présentation d’album, vient proposer au public les chansons réarrangées, telles qu’elles ont été travaillées sur le disque, sorti il y a peu, à moins que ce ne soit l’inverse, puisque le disque fut enregistré dans l’intervalle entre le début des dates, interrompues et reportées par la pandémie, et la reprise de la tournée. Dans quel ordre cela s’est-il agencé ?

En fait, l’album a été fait, parce qu’on a pensé qu’on ne jouerait peut-être pas le spectacle. C’est-à-dire qu’on a commencé à jouer ce spectacle en septembre 2020 ;  on l’a joué huit fois. Et fin octobre, il y a eu la deuxième vague d’épidémie, et on a du tout arrêter. On pensait pouvoir reprendre en début 2021, mais ça n’a pas été le cas, et comme nous avions travaillé les arrangements, on a décidé de les enregistrer, en se disant que probablement la tournée « Parenthèse 2 » n’existerait pas plus que ça. Donc on ne défend aucun album avec cette tournée ; c’est plutôt l’album qui défend le spectacle. Ce ne sont donc que de vieilles chansons, à part un poème de Lamartine que je lis sur scène. Je n’ai pas mis de nouvelle chanson sur ce disque, puisqu’elles seront sur mon prochain album. Mais ce soir, je vais en chanter trois nouvelles. Quand on a fait le spectacle en septembre, on avait soixante-quinze dates devant nous ; on a repris en juin derrière. Donc quasiment toutes les dates ont été repoussées. Lorsqu’on finira la tournée, on aura finalement fait cent-trente-cinq ou cent-quarante dates. Donc pour une tournée qui devait être juste une parenthèse, c’est un vrai bouquin qu’on a écrit.

 

Capture d’écran 2022-07-11 163948– Ces nouvelles versions sont-elles nées d’un désir de proposer des interprétations acoustiques, peut-être épurées, ou simplement autres de tes anciennes chansons ?

– Non. C’est pour cela que j’ai voulu qu’on enlève le terme « acoustique » derrière. Parce que tous les artistes, quand il n’y a plus les moyens ou que ça a moins bien marché, font une tournée acoustique. Ce n’est pas mon cas. Ce n’est pas pour m’en vanter que je dis cela, mais c’est juste que, comme je le raconte sur scène -je sketche avec, mais c’est vrai- il y a tout un tas de petites salles, le réseau « Chanson » en fait, qui ne pouvait pas accueillir de spectacle trop important en terme d’équipe. Et moi j’aime bien tourner tout le temps. Partir en tournée et s’arrêter un an, je n’ai jamais fait ça. Donc toutes les occasions sont bonnes. Alors c’était pas mal de faire une petite formule de musiciens, qui ne prend pas de technicien, pas d’éclairagiste. On est juste tous les trois avec notre régisseur, et on fait avec les techniciens du coin. On avait déjà fait une première tournée « Parenthèse », sans même notre régisseur. On avait fait soixante dates en cinq mois, et on avait du en refuser une cinquantaine, parce qu’on n’avait que cinq mois. Là on va jusqu’à fin juillet ; on finira à Barjac. Ca permet de jouer devant des publics restreints. On a pu faire une salle de quarante-huit places ; on a fait le Bijou à Toulouse qui en tient quatre-vingt. Je peux, sur ces salles là, réduire mon cachet, pour que ce soit économiquement viable, et on joue plusieurs soirs.

Capture d’écran 2022-07-11 161341Il y a deux choses. La première est qu’on voulait faire essentiellement acoustique, même s’il y a un clavier numérique, mais c’était jouer en acoustique. Mais pour ne pas donner cette sensation qu’on fait de l’acoustique par manque de moyens, j’ai voulu faire cette seconde « Parenthèse » avec des arrangements non acoustiques quand même. J’avais envie de travailler avec des machines sur mon prochain album. Ça a permis de faire des essais. Et comme on n’a pas d’album à défendre, on peut revisiter absolument tous les albums. Pour la première « Parenthèse » j’avais choisi trois chansons par album. Le principe de cette tournée est différent, mais il faut que les gens découvrent cela sur scène. C’est très sketché, quand même. Nous avions déjà imaginés des choses lors de la première tournée et très vite, mes amis ont des personnages qui se sont dessinés d’eux-mêmes. Et je joue là-dessus. Je dis que j’ai du licencier les trois quart de mon personnel, et que j’ai gardé les moins chers. Et eux deux sont complètement ahuris, à côté de leurs pompes. Ils jouent comme des bêtes, mais leurs personnages sont décalés. C’est l’idée qui trame le spectacle, ce qui fait que bien que je fasse des chansons qui parfois sont tristes, les gens partent en se fendant la gueule. On arrive à faire passer les gens d’une émotion à l’autre sans ménagement et sans transition, et c’est plutôt agréable à faire. 

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– Certaines de ces nouvelles interprétations de tes chansons sont très fidèles et proches des versions originelles, comme c’est le cas pour « Ridicules » ; d’autres leurs ont offerts des arrangements très différents. Y a-t-il des titres, qui, après avoir été revisités ainsi, et peut-être avec l’évolution qu’ils ont pu connaitre au fil des ans et de leur vécu scénique, te laissent quelques regrets quant à leur enregistrement initial, au sens où s’ils étaient à enregistrer aujourd’hui, tu ne les jouerais pas du tout de la façon dont ils ont été joués sur les enregistrements de l’époque ?

– Mais « Ridicules » avait déjà de l’acoustique avec des machines dessus. Alors pour te répondre, oui, et en même temps ce serait le piège. Quoi qu’il en soit, tu ne peux pas enregistrer comme sur scène, parce que tu es dans une ambiance sur scène, et il y a forcément quelque chose d’autre qui se passe, mais si tu le mets sur le disque, ça ne va pas rendre forcément pareil. C’est quand même très important de penser différemment en studio. Il y a eu des choses en studio que peut-être je ferais différemment aujourd’hui. Mais je ne ferais pas nécessairement comme sur scène. Il est sur qu’il y a parfois des chansons qu’on amène complètement ailleurs sur scène ; mais pour cela il y a des enregistrements live. La première chanson avec laquelle on ouvre le spectacle par exemple, « J’me casse », est une chanson qui était passée un peu à côté, que personne n’écoutait vraiment, et « Parenthèse » permet cela : aller retrouver des chansons peu jouées et qui avaient disparues des spectacles. Sur le prochain album, il y aura douze ou treize titres, et comptant qu’on joue pour un concert dans les vingt ou vingt cinq chansons, ça fait qu’il ne reste de la place que pour une dizaine d’anciennes chansons dans le spectacle. Donc déjà il y a les titres incontournables que le public attend comme « Dimanche », ou « Y en qui », ou « Jean-Louis » à jouer, ensuite des chansons qui te font plaisir à dépoussiérer. Et puis je me fais toujours un petit déroulé avec trois ou quatre chansons en rab, pour remplacer, si je ne sens pas un titre, suivant l’état d’esprit. Je ne fais jamais rien de très fixe.

 

Capture d’écran 2022-07-11 164032– A un moment donné, le rythme du spectacle s’apaise et s’interrompt pour une pause littéraire avec la lecture d’un poème de Lamartine. Pourquoi cette envie de l’intégrer dans ton spectacle ?

C’est une chose que je voulais faire depuis longtemps, glisser un peu de lecture poétique dans mes spectacles. Je pense le faire avec Victor Hugo aussi. Et là je profite d’un moment calme du spectacle pour ce poème de Lamartine. Faire cela devant un public debout, c’est pas la peine. Dès que les gens sont debout, ils ne sont plus du tout disciplinés. Le responsable de la salle de Socheim nous a dit que quand j’arrive sur scène, il y a une tenue, tout de suite un visuel. Et ça fait très plaisir à entendre, parce que je fais ça depuis le début, et personne ne m’en parle jamais. Que ce soit un directeur de salle qui me le dise fait plaisir. Et devant un public de huit cent à mille personnes. Parce que bien qu’à la base la tournée « Parenthèse » ait été prévue pour des salles de maximum trois cent personnes, en raison des annulations dues au covid, on a accepté des salles plus spacieuses et des publics plus nombreux.

Capture d’écran 2022-07-11 164009– Tu es un des rares artistes de chanson française « à texte » comme on a coutume de nommer la chanson à paroles sensées, profondes, littéraires ou engagées, qui propose toujours un spectacle avec mise en scène, dans un pays où, peut-être à tort, on considère traditionnellement que la chanson sérieuse se suffit à elle-même et ne nécessite pas d’être accompagnée d’un spectacle. Pourquoi en portes-tu autant le souci ?

– Moi, je ne veux pas faire des concerts ; je veux faire des spectacles. Y a des gens qui font juste un récital et qui enchainent des chansons et le font très bien. Ce n’est pas une affaire de jugement ; c’est que moi, j’ai envie de faire des spectacles. Les gens sont parfois surpris que mes spectacles soient en places assisses, mais si je fais un concert devant des gens debout, je ne peux pas faire trois pas sans qu’un mec se mette à brailler. Là je peux travailler sur des moments très calmes et faire entendre les mots, ce qui n’empêche pas que des fois les salles se lèvent. Mais je veux amener les gens au spectacle, et un spectacle autre que juste un son et lumières ; je ne veux pas faire un concert, juste pour chanter des chansons. Beaucoup de spectacles de chanteurs actuels se réduisent à du son et lumière, et des codes d’ambianceurs. Je ne veux pas faire l’ambianceur, ça ne m’intéresse pas. Je m’y prête un peu quand on fait des festivals et qu’on est en extérieur, vu qu’on ne joue que des trucs qui bougent un peu, sinon les gens perdent patience. Ça m’amuse quand on le fait spontanément, parce qu’on est ensemble, mais personnellement mon premier gout n’est pas n’est d’être là pour ambiancer. C’est moi qui dirige le spectacle, pas les gens qui me dirigent. Maintenant il faut absolument que tout soit interactif. Non. Il y a un moment, où je vous demande de vous poser et regarder et écouter : c’est moi qui vais proposer. Je ne fais pas l’ambianceur à la demande du public, en mettant des Ears pour protéger mes oreilles et être dans ma bulle. Parce que c’est ça, aussi. Ceux qui jouent devant cinq mille personnes ont des Ears, parce que sinon, ils risquent d’avoir mal à leurs petites oreilles. C’est marrant, parce qu’il y a des gens qui jouent du Rock’n’Roll, avec des Ears aussi confort que s’ils étaient dans leur salle à manger. Moi, je fais de la Chanson française, mais c’est comme si je faisais du Rock’n’Roll. J’ai des vrais retours et ça envoie en direct.

 

Capture d’écran 2022-07-11 164102– Selon toi, est-ce un préjugé inutile, et peut-être parfois préjudiciable à l’expression artistique et à la satisfaction du public, qui, pour le dire un peu caricaturalement, oppose faire des chansons « à texte » et faire le clown, et considère les spectacles avec mise en scène voués à s’accorder avec des chansons futiles et légères et ne pas convenir aux chansons qu’on prend au sérieux ?

– La « Hhhannnhhhhhon ‘rançèèèse », comme dirait Loïc Lantoine ? Oui, il y a un côté gardien du temple. Tiens, on va finir chez les gardiens du temps d’ailleurs, puisqu’on finit la tournée à Barjac. Si tu sors du piano-voix, certains étouffent. Moi, j’aime bien le juste milieu de tout ça : on n’est pas obligés de chanter des âneries pour faire du spectacle, ou alors ce serait à croire que lorsque des gens chantent des âneries, on leur fait du spectacle autour pour ne pas que ça se voit. Mais moi, je veux le beurre, l’argent du beurre, et le cul de la crémière. Le spectacle n’empêche pas les gens de rentrer dans la chanson. Mais il y a quand même l’idée d’emmener avec un spectacle. Tu sais, ma mère m’amenait à l’Opéra quand j’étais gamin, et c’est un truc qui m’a marqué, et qui m’a d’ailleurs tout de suite donné envie de faire du théâtre. Tu rentrais à l’Opéra, t’étais déjà au spectacle. D’abord parce que les gens s’habillaient pour le coup. C’était une convention plutôt sympa. Il y avait pas mal d’entractes, dans des salles avec d’immenses lustres partout ; il y avait un vrai décorum. Tu rentres là dedans, et tu as vraiment la sensation de te payer une sortie. Mais comme les gens ne sortaient pas à l’Opéra, ni même au restaurant tout le temps, c’était la sortie exceptionnelle. Quand les gens rentrent dans un théâtre, ils se sont déjà mis en condition pour être spectateurs. C’est pour cela que je fais du spectacle. Il m’est arrivé de faire des Zénith bien sur, ça permet de faire les choses à d’autres dimensions, mais en tant que spectateur, je trouve ces ambiances déplorables, tu es déjà fouillé à l’entrée comme si tu allais passer une frontière, on ne te respecte pas, on te traite comme du bétail. Au théâtre, tu n’es jamais traité ainsi. Mais les gens ont tellement l’habitude d’être des consommateurs ; ils vont aux spectacles comme des consommateurs, donc du moment qu’ils ont payés pour un concert, ils restent jusqu’au bout, même s’ils sont pris pour des idiots. Il ne faut pas accepter ça. C’est pour ça que je continue de tenir le plus possible à ce que les gens soient accueillis dans des lieux chaleureux, bien installés, dans des conditions décentes, et à faire attention au prix aussi. On est tombés une fois dans un lieu qui avait mis les places en vente à 65 euros, il y avait 60 personnes! On faisait un carton avec notre tournée, et là on arrive devant 60 personnes! J’ai arrêté le spectacle pour remercier les gens d’avoir payé si cher pour venir nous voir, et je leur ai fait la bise à tous. J’ai chambré le mec tout le long du spectacle. Il s’est dit que Jamait, ça remplissait, donc qu’il allait faire de la tune. C’est comme les artistes qui se plaignent que le public n’est pas bon ou au contraire se réjouissent qu’il le soit. Mais ce n’est pas au public d’être bon ; le public a payé. C’est à l’artiste de le convaincre. Moi, quand je pense « public », je pense au mec qui est mécano toute la journée, ou la nana qui est caissière ou dans un bureau, et qui à la fin de la semaine se fait une petite sortie avec un spectacle. Le minimum, c’est de faire le boulot bien. Moi, quand j’amène ma voiture au garagiste, il me fait bien le boulot. Donc c’est pareil : je veux que les personnes sortent du spectacle avec une plénitude, et que je puisse être content d’avoir rendu un bon boulot. C’est la petite formule habituelle, mais quand des gens te disent que tu devrais être remboursé par la Sécu, tu te dis que tu as au moins agit sur leur moral.

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Lien du site : http://www.jamait.fr/

Miren Funke

Photos : Carolyn C

Entretien avec Emma Nugraha, compositrice de « Ronde comme la lune! », premier volume d’un triptyque enchanteur de naissances, en financement participatif jusqu’au 21 juin

8 Juin

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C’est par le lancement d’un projet musical consacré au thème de la naissance et de la maternité, sous forme de triptyque, dont le premier volet « Ronde comme la lune » bénéficie actuellement d’un financement participatif en cours jusqu’au 21 juin (ici), que nous retrouvons Emma (Emane), activiste de la scène artistique et festivalière girondine, qui a œuvré durant plusieurs années à diverses initiatives, dont l’association festivalière Les Z’Arpètes, le festival Art’Opia [ici], ou la résurrection de l’ancienne et culte Foire aux instruments de musique d’occasion de Cestas [ici]. La jeune femme, qui s’est investie de tout son cœur et son savoir-faire, acquis sur le terrain, en tant qu’organisatrice pour l’émulsion de l’expression artistique, pluridisciplinaire, dans des projets à l’esprit artisanal et alternatif, soucieux d’une éthique écologiste et solidaire, et en tant que travailleuse animatrice socioculturelle, révèle, avec ce projet d’ampleur, sa propre créativité artistique, et endosse elle-même le rôle d’auteure-compositrice-interprète pour porter un propos et partager le sens d’une poésie avec laquelle elle vit. Car bien plus qu’une création musicale émouvante sur le thème de l’enfantement et la maternité s’adressant aux sensibilités et sentimentalités parentales, c’est bien vers une dimension magicienne, et extrasensorielle, où la musicothérapie exprime sa puissance, faite d’intuitivité, et ancrée dans les sources de traditions à redécouvrir et comprendre,  que le projet est animé par le goût de nous guider. Emma nous accordait il y a peu un entretien pour en parler.

Capture d’écran 2022-06-07 161716– Emma, bonjour et merci de nous accorder un peu de temps. Peux-tu nous parler de ce projet qui est consacré à la thématique de l’enfantement et de ce que tu souhaitais exprimer avec?

« Ronde comme la lune » pour lequel le financement participatif est en cours sera le premier album d’un triptyque, celui qui accompagne la grossesse. Il sera suivi de celui qui accompagne la naissance, puis celui qui accompagne les premiers mois. Il comportera douze titres, dont trois voyages sonores méditatifs, correspondant à chaque trimestre de la grossesse. La première pour apprendre à faire de la place dans sa vie pour le nouvel être à accueillir ; la deuxième pour la rencontre avec l’âme de son bébé ; la troisième pour vraiment se plonger dans le moment de la naissance. L’idée est de réapprendre à prendre le temps de prendre le temps, comme dit une phrase d’une chanson de l’album. La maternité est une des périodes pendant lesquelles on est le plus susceptible d’évoluer et d’engager des déconstructions de nos modes de vie modernes, où les rapports et liens humains sont trop souvent sacrifiés à d’autres impératifs. On voit bien que notre système actuel ne fonctionne pas, et qu’il faut que des gens fassent des choix différents pour cesser de reproduire la même chose. Je pense être en train d’éclore comme femme-artiste, et ce dont je suis sûre c’est que tous mes prochains albums seront autour de thématiques très fortes concernant la vie et la mort, qui est aussi une thématique pour laquelle j’ai très envie de chanter, car je considère qu’il y a tellement plus beau à faire que la manière dont nos traditions entourent ce passage. La journaliste québécoise Karine Champagne disait qu’il faut changer le vocabulaire lié à la mort et s’autoriser de parler de « transition », et pas de personnes qui meurent, mais qui « transitionnent ». Et moi, ça me parle vraiment. Et je me demande à quel point si on change de vocabulaire, on n’arriverait pas à changer notre contact avec cette thématique très taboue, triste, noire, ici en Occident.

 

– Qui, semble-t-il, l’est devenue avec la christianisation de l’Europe, et la disparition des paganismes autochtones qui cultivaient un animisme et un lien naturel au monde des esprits. Non?

Oui. Qui a été mis au buchée avec les sorcières. Peut-être qu’à force de changer des petites choses on peut se réapproprier des sphères de notre vie. La science évolue sans cesse, et aujourd’hui nous savons des choses que nous ignorions il y a dix ans encore. Donc ce n’est pas parce que la science n’a pas approuvé une chose qu’elle n’existe pas. « Ronde comme la lune » est aussi une référence intime pour moi, puisque la lune, c’est ma maman. Depuis le décès de ma mère, lorsque j’avais onze ans, je l’ai mise dans la lune, et je peux ainsi m’adresser à elle en parlant à la lune. Je n’avais pas fait le rapprochement auparavant, mais en appelant l’album ainsi, j’ai réalisé que j’avais tissé tous ces parallèles entre la grossesse et la lune. C’est un album catharsis, aux vues de mon histoire, je pense. J’ai envie d’ouvrir des fenêtres sur ce qui est possible et qu’on ne voit pas forcément, et qu’on se l’autorise.

 

– Quelles influences musicales irriguent tes compositions ?

Les influences musicales sont un peu variées, polyphoniques, ce que j’aime beaucoup, car ça permet de rentrer dans un monde onirique et aquatique. C’est un voyage à écouter, pas une succession de chansons proposant chacune son petit univers. Je n’ai pas peur d’utiliser les mots de « sortilège » et « magie » et de raccrocher mon album, en tous cas l’esprit qui l’anime, à une dimension magique. La parole également peut avoir un pouvoir magique, ou maléfique, selon la façon dont on s’en sert. L’album s’accompagnera d’un journal de grossesse, et d’un oracle de cartes de guidance tournées autour de la naissance, qui peut aussi s’entendre comme un évènement interprété comme une naissance, par exemple une ouverture au monde, un changement de profession, de vie, de lieu.

– Emma, tu avais un peu disparu de la scène locale dans la vie de laquelle tu t’étais beaucoup impliquée il y a quelques années. Ce projet est-il aussi un retour vers l’expression artistique et les liens d’un passé dense pour toi?

Ce projet autour de la naissance est l’occasion en effet de renouer avec toutes mes relations musicales, les réseaux desquels je me suis pas mal éloignée, du fait que je me sois expatriée dans une autre commune déjà, en passant extra-muros de Bordeaux, et puis du fait de la maternité qui a coupé pas mal de liens avec des amis. On se sent seule quand on vient d’avoir un enfant. Ce n’est pas toujours très visible, mais la période du post-partum est une épreuve très pénible et épuisante physiquement et nerveusement, et la perte ou l’éloignement des fréquentations sociales isole encore plus les parents. Nous, par exemple, au début, avec notre fils Léon, on sortait encore pas mal en festivals. Aujourd’hui avec deux enfants en bas âge, c’est beaucoup plus compliqué à organiser. Ne serait-ce que ça, ça coupe une partie des liens relatifs à certaines activités qu’on avait avant. Les gens, eux, n’ont pas forcément envie de venir plonger dans le quotidien d’une maman. Je crois que ce dont on a besoin est de faire comprendre à tout le monde qu’il nous faut re-fonctionner en village.

– Est-ce de cette réflexion qu’est née l’envie de mettre en œuvre ce projet artistique?

En quelque sorte, mon album se positionne comme un outil au service du nouveau paradigme des naissances.  Dans une vie de village, il y aura toujours des anciens qui sont contents de voir arriver un bébé, des petits enfants émerveillés qui viendront le câliner. Mais quand tu vis seule en HLM, dans la vie moderne, tout le monde travaille autour de toi, et t’as onze semaines de congés parental, et tout le monde te dit d’en « profiter ». Mais « profiter » de quoi ? On ne dort plus, on a des cernes, même plus le temps de se doucher et consacrer du temps à soi-même. Bien sûr que la maternité est géniale à vivre. Mais il y a aussi tout cela à traverser.  Lorsque la naissance, à laquelle on a réfléchie, c’est-à-dire qu’on a réfléchie à la matérialiser avec des choses qu’on avait envie de vivre, pendant laquelle on s’est connectée à son bébé, se passe bien, et aussi potentiellement du coup évite la surmédicalisation, on comprend combien bien souvent, lorsqu’on n’est pas préparée à la vivre ainsi, tout se base sur la peur du moment à venir plutôt que sur l’amour de la situation d’accueillir un enfant dans ce monde. Un accouchement aujourd’hui a 80% de chances de suivre le schéma classique où la femme perd les eaux, va à la maternité d’hôpital où elle se retrouve en salle manquant de place, on déclenche vite l’accouchement ou alors la fait attendre en reportant au lendemain. Je conseille le film documentaire de Nina Narre « Faut pas pousser » là-dessus qui explique toutes ces violences systémiques autour de la naissance, et qui ne sont pas dues aux personnes bien sûr, mais au système. Au collège de gynécologie des sages-femmes par exemple, on ne forme pas les personnes à accompagner une naissance physiologique, sans césarienne, sans déclenchement, sans médicalisation, où le rôle de la sage-femme est juste d’être le soutien, la compagnie, l’épaule et l’appui, dans la douceur et le respecte de la bulle de la mère. Imagine qu’en hôpital, on ne toque même pas à la porte de ta chambre pour entrer, alors que tu es en train d’accoucher, de vivre un moment intime qui est la prolongation de l’acte d’amour. Personnellement j’ai vécu les deux manières d’accoucher, médicalisée et déclenchée avec Léon, et un accouchement naturel à la maison pour Naissance, pardon pour ma fille.

– Lapsus révélateur que tu l’appelle « Naissance »?

Oui ! C’est rigolo. Et oui, car j’ai vécu ça comme ma propre naissance à moi. Je n’avais jamais été aussi fière de raconter à tout le monde ce que j’avais réussit, et lire la surprise dans les yeux des gens. Donc je milite par cet album pour que les femmes osent se lancer. Déjà lutter contre la surmédicalisation, aujourd’hui c’est un choix militant, écologique, humanitaire, social aussi. Essayer de vivre les naissances sans tout ce « confort » qui en réalité génère plus de violences et de stress que de bien-être. Y a plein de manières de changer le monde. Mais changer les naissances aura un impact sur l’humanité toute entière. C’est sur l’accueil des humains qui s’occuperont du monde de demain qu’il faut jeter un œil et réfléchir à ce qu’on veut pour eux.

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– Tu parles beaucoup de maternité et de femmes, mais elles ne sont pas les seules concernées par la parentalité et la naissance d’un enfant. Quelle place ont les hommes dans cette œuvre?

J’avais envie que cet album soit le plus inclusif possible et j’ai, du coup, eu beaucoup de mal à poser le mot « papa », parce que je souhaite ne pas être discriminative. L’album s’adresse autant à un couple parental hétérosexuel qu’à deux mamans, une maman seule ; et je souhaite qu’une femme seule, par exemple, puisse écouter l’album sans que ce soit chaque fois un coup de poignard au cœur ou quelque chose qui ne colle pas à son histoire et ne lui parle pas. Donc il n’y a pas le mot « papa ». Je parle de « guides », et le guide peut être le papa, la sage-femme, un guide spirituel, pourquoi pas. Sur le disque c’est Jérémie Malodj’, le musicien de Maloya, qui fait la voix du guide. On s’était rencontrés un jour où je réalisais un atelier, et son groupe et lui donnaient un concert en suivant, on avait sympathisé. Et on s’est rendus compte que nous avions beaucoup de points et d’idées en commun vis-à-vis de la parentalité, et de la naissance de nos enfants respectifs. J’ai donc naturellement eu l’idée de faire appel à lui.

– Y aura-t-il d’autres invités?

Il y en a plein d’autres : entre autres, Zenzolin, ma copine Lisa Abdallah qui joue dans le trio vocal féminin Adamé, deux autres amies qui vont poser leurs voix, et le chœur Les Gardiennes de la Terre que j’ai eu le bonheur de diriger durant quelques semaines, qui clôturera l’album par la reprise d’un chant camerounais, « Bele Mama », qui est du domaine public. On le chante comme un appel à la sororité et au soutien entre femmes, et pas que. Pour moi ça a été important de me sentir reliée à tout un tas de femmes qui ont donné la vie, qui la donneront plus tard, à cette communauté féminine que j’ai eu autour de moi pour la naissance de mon second enfant, et qui a changé des choses. Il y a aussi Margot Delpech, formée à la communication quantique, qui m’a beaucoup accompagnée durant la préparation de ce projet, et ça m’a poussée à me confronter à l’intérieur de moi-même. Par exemple, pour moi, qui ai la fibre écologique, sortir un album n’était pas une chose très cohérente. Il a vraiment fallu que ce soit pour parler des naissances, et du coup le projet est conçu et élaboré de manière écologique de A à Z. Atteindre la somme nécessaire avec la cagnotte permettra de lancer vraiment la concrétisation du projet et d’aboutir cette démarche. C’est un album, qui, je pense, parlera aux mères et futures mères, mais aussi à tous les artisans de lumière, les sages-femmes, ou autres accompagnateurs d’une naissance.   

– La communication quantique se rapporte-t-elle aux recherches sur la communication prénatale et le processus cognitif d’acquisition prénatal?

Ces dernières années j’ai découvert pas mal de moyens de communiquer, notamment la communication quantique. C’est une méthode de communication fondée par Agathe Bourasset, qui consiste à se mettre à l’écoute de la personne ou du phénomène qu’on choisit, et laisser les informations venir en tête, comme une inspiration. C’est l’information juste et utile dont on a besoin maintenant, à ce moment précis où on pose la question dont on veut la réponse. C’est un mode intuitif d’accès la connaissance. J’ai découvert cela grâce à une amie qui s’y est formée, donc. Et évidemment on peut la pratiquer pour se connecter à l’enfant qui est dans son ventre, ou même après sa naissance, pour savoir intuitivement, des informations à communiquer. Plus on s’ouvre aux résolutions de problème un peu spirituelles, plus  les portes qui s’ouvrent et les chemins qui se présentent sont variés. Je rattache ça à toute cette dimension spirituelle et un peu magique dans laquelle je vis et grandit et qui me fonde et me passionne, et m’est utile dans mon quotidien. Je mêle tout ça à mes mots et ma musique, à mes expériences. Il faut savoir qu’au moment de l’accouchement, la femme passe par des états de conscience modifiés, ce qui explique qu’il y a des moments où elle n’est plus vraiment là consciemment. L’obstétricien Michel Odent dit que si une femme mord la sage-femme durant l’accouchement par exemple, c’est très bon signe : c’est qu’elle est en train de débrancher le néocortex et laisse parler sa nature sauvage, et lâche prise. Pour le coup sur le disque il y aura une chanson à base de communication quantique faite avec des bébés. Que tout est fréquence signifie qu’on a un pouvoir d’action sur tout quand on arrive à entrer en communication avec la fréquence.

 

Miren Funke

 

Liens : financement Ulule :https://fr.ulule.com/naissances-vol1/

Facebook : https://www.facebook.com/emane.naissances

Mise au point ..

27 Mai

mise au point imageLe Doigt (sur le clavier) dans l’Oeil (de l’écran) est né revue bimestrielle en 2006, avec comme philosophie:

«Partager des enthousiasmes liés au spectacle vivant à dominante musicale. »

Revue web créée en toute indépendance et liberté. (Pour plus de détails : https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/about/ )

Depuis quelques années, c’est un Blog Collectif, comme une coopérative animée par quelques personnes libres de leurs sujets et du traitement de fond. Avec des chroniques théâtre, livres, actions humanitaires quand des artistes divers sont concernés.
Chaque participant, (coopté par les anciens) , publie ce qu’il veut  comme il veut en restant dans l’esprit d’origine.

Nous n’avons jamais cherché sous aucune forme une quelconque reconnaissance, et s’il y a eu, cette reconnaissance est venue de la part d’artistes divers, Gilbert Laffaille, Nilda Fernandez, Moustaki, Pierre Barouh, Kent pour ne citer que les premiers ..

Dans une région du sud ouest, quelques personnes dans l’entourage d’un collectif de soutien humanitaire auquel participent de nombreux artistes de la région, quelques personnes se sont « exprimées » en public ou en privé, sur l’inintérêt d’un média mineur, l’inopportunité, ou la médiocrité de chroniques liées à différentes actions, en omettant parfois d’informer les principaux intéressés, à savoir les artistes interviewés..

Autour de la CIPG* dont nous avons relayé les actions sous la signature de Miren Funke, des dérives malhonnêtes venant d’une ou deux personnes ont créé une situation désagréable ; quoi qu’il en soit les chroniques en question restent en ligne, chacun pouvant juger sur pièces. Le soutien aux artistes reste notre ligne de conduite; pour les associations qui polémiquent, c’est un autre sujet, qui ne nous concerne pas. Et compte tenu du mépris témoigné à notre travail et notre soutien et des propos diffamants émis et répétés pour justifier une manipulation préjudiciable dont nous avions fait l’objet, nous ne soutiendrons plus désormais ni la CIPG ni le collectif Bienvenue.

La seule chose qui a un peu d’importance pour notre part, est le point de vue des artistes invités.. Depuis les débuts en 2006, aucun artiste rencontré n’a eu une quelconque contestation sur le fond et la forme des chroniques publiées, leurs retours sont plutôt satisfaisants et les remerciements fréquents… Pour finir, certains ont le goût de la calomnie, voire de la diffamation, c’est leur problème. Ce sera tout

Norbert Gabriel rédacteur en chef adjoint

* CIPG Coordination des Intermittents et Précaires de la Gironde

Entretien avec La Maison Tellier, en tournée de l’album « Atlas » lors du concert à Cenon (33)

27 Mai

LMT6

Samedi 09 avril, La Maison Tellier venait au Rocher de Palmer de Cenon (33) présenter les chansons de son nouvel album « Atlas », et, naturellement réveiller aussi des souvenirs avec des titres passés qui nous restent tous au cœur (« Amazone », « Sur un volcan », « Badouin »), parmi lesquels le groupe avait glissé une reprise de la chanson « L’amour et la violence » de Sébastien Telllier. La formation qui se présente avec un nouveau batteur, Jeff Tellier, retrouvait un public chaleureusement enjoué, et très attentif, avec les chansons de ce nouvel album qui signe, après l’escapade Rock tinté de synthétiseurs « Primitifs Modernes », un retour aux inspirations et à l’esprit musical originels qui ont fait la singularité de l’identité de La Maison Tellier, au croisement d’une chanson folk francophone moderne et des musiques américaines insufflés des grands vents farwestiens qui balayent les routes et les étendues sauvages et font respirer les harmonies venues d’un ailleurs pour poursuivre vers un autre ailleurs. Les grands espaces s’entendent d’ailleurs surgir et remplir le monde sur cet album, à travers la prise et le traitement du son, et rutiler dans le souffle des cuivres de Léopold Tellier. Des paysages y défilent, des moments de vie s’y écrivent, des souvenirs s’y relisent, et des cieux y remuent d’orages et de pensées contemplatives et introspectives au dessus des montagnes où s’éparpillent les étincelles d’un crépuscule. La traversée d’« Atlas » se déroule comme un voyage imaginaire où les questionnements philosophiques et les références littéraires desquelles Helmut Tellier nourrit son écriture viennent par alternance conscientiser ou évader l’auditeur. Mais c’est encore Helmut lui-même et son faux frère, le guitariste Raoul Tellier, qui parlent le mieux de ce qui a mûrit, enfanté et rempli ce douze titres qui s’achève par la chanson autobiographique « Les douze travaux d’Heltmut », en répondant aux douze questions, et plus, parce qu’affinités, du Doigt dans l’œil…

LMT2– Bonjour tous les deux et merci de nous accorder cet entretien. Après quelques dates en public à présenter les chansons d’« Atlas », comment sentez-vous l’accueil que le public fait à l’album?

– Raoul : C’est notre troisième date. Donc on l’a joué, mais pas beaucoup. Après le titre « Atlas » avait été joué l’an dernier pendant la tournée « 1881 ». Il semblait un peu saisir les gens. Les deux dates qu’on vient de faire se sont très bien passées. Je ne saurais pas te dire si c’est un effet post-crise sanitaire qui fait que les gens sont contents d’aller à des concerts, quels qu’ils soient, ou si ce sont les titres d’  « Atlas » qui les attirent. Ce n’est pas facile à déterminer.

– En quoi consistait cette tournée à deux « 1881 »?

– Raoul : Quand on a commencé La Maison Tellier, on était que tous les deux. Et très vite, après plusieurs concerts, on état déjà cinq. Avant la crise sanitaire, notre rythme normal était de sortir un album, puis faire une tournée, prendre le temps d’avoir une vie et pendant ce temps de pause, réfléchir à l’album suivant, qui sort peut-être trois ans plus tard. Et donc durant ce laps de temps y a un gros trou où on ne tourne pas, on n’enregistre pas. Donc on s’est dit que plutôt que de faire comme d’habitude, pourquoi ne pas remplir ce trou temporel par une tournée, qui est en réalité une tournée de La Maison Tellier, mais différente. Le principe de cette tournée était donc de revenir à nos sources, mais aussi notre rencontre, la création. C’est la thématique du spectacle, autour du répertoire de La Maison Tellier joué en duo. Ca nous permettait d’aller dans des endroits où on ne pouvait pas venir avec le groupe entier, soit parce que c’est trop petit, soit parce que ce n’est pas la ligne éditoriale de l’endroit, comme certains petits théâtres ou centres culturels qui programment de la musique, mais pas du Rock, ou des lieux atypiques. Par exemple on a joué dans une église avec cette tournée. Au départ c’était notre envie, et puis la crise sanitaire est arrivée, et ça tombait très bien, parce que du coup même si on ne l’avait pas prévu, notre format passait très bien là où les autres spectacles ont été annulés à cause des questions de jauges. Nous avons quasiment pu faire tout ce qui était prévu en termes de dates, malgré la crise sanitaire, les restrictions de jauges, le pass sanitaire, le port du masque obligatoire, et compagnie, dans des petits lieux devant un public assis qui ne vient pas voir un concert, mais un spectacle. Nous avons donc beaucoup moins souffert de la crise que nos collègues, et pu faire toutes les dates, saufs celles que nous faisons maintenant qui étaient prévues il y a deux ans et ont été reportées. Au-delà de ça, c’est une tournée qui a largement nourri l’écriture d’« Atlas », car on l’a écrit en parallèle de l’album, et même si ce n’était pas du tout une démarche consciente, on s’est rendus compte que l’un et l’autre se nourrissaient mutuellement. Nous voulions que la chanson « Atlas » soit la seule nouvelle chanson jouée dans la tournée « 1881 », et que ce soit une espèce de fil rouge dans tout le spectacle, comme si on nous voyait en train de l’écrire. Dans ce spectacle où nous sommes tous les deux, il y a une voix off qui, de temps en temps, intervient pour lire des textes ou nous interpeller sur la question sous-jacente de tout le spectacle, qui est :qu’est-ce que la création d’une chanson? Donc en symétrique, on parle de notre rencontre, notre relation, ce qu’est pour nous la Maison Tellier, et le sens de l’écriture d’une chanson. C’est ce qui nous a donné envie de revenir à ce qu’on aimait faire, l’essence du projet, un délire de grands espaces, d’Americana, de musiques qui respirent. Alors que « Primitifs Modernes » respirait moins.

– Ceci explique-t-il un retour au son, aux couleurs et aux ambiances qui esquissaient l’identité de La Maison Tellier dès le début, après l’album plus rock qu’était « Primitifs Modernes » ?

– Helmut : Le précédent était rock, accès sur les guitares électriques et les synthétiseurs. Avec « Atlas » on est revenus à ce qu’on a toujours su faire, mais avec un nouveau batteur. Je pense qu’il amène une dynamique différente, et c’est peut-être ce qui donne cette impression d’être plus rock dans l’esprit.

– Raoul : Le couple basse-batterie est plus vivant.

-Helmut : Pour autant on est revenus à nos premières amours, voix-guitare acoustique. L’idée était de retourner vers le grand Ouest.

LMT8– Comment avez-vous travaillé le son pour rendre ces impressions de grands espaces qui respirent sur le disque?

– Raoul : Ça, ça vient aussi du fait que déjà, on avait envie de ça, et ensuite de la façon dont on a enregistré, sur la scène de la Sirène de La Rochelle. De fait quand tu es dans un grand espace, si le gars qui t’enregistre fait bien son travail, ça s’entend. On n’a pas besoin de simuler le spacieux. Nous n’avons pas accès à des studios avec de grands volumes habituellement. Pour le coup le covid a permis cela, puisque beaucoup de salles de concert comme La Sirène se retrouvant vides et sans activité, on a pu profiter de la situation pour s’y poser durant trois semaines et faire de ce grand volume notre pièce de musique. Sans la crise sanitaire il est certain que nous n’aurions pas pu avoir accès, pour des raisons budgétaires, à des studios qui offrent les mêmes volumes, et enregistrer le disque ainsi. Cette sensation de grands espaces n’est pas qu’une sensation : nous étions vraiment dans un grand espace.

– Pour vous faire une confidence, exerçant le métier alimentaire de conductrice routière, les longues heures de conduite dans une solitude paradoxalement  peuplée de paysages qui défilent étant un moment privilégié pour s’imprégner de tout ce que la musique et les chansons peuvent exprimer et faire ressentir, cet album m’a véritablement envahie, tant il est lui-même peuplé de chansons « pour faire la route ».

– Helmut : C’est super, ça fait plaisir !

– Raoul : Ah, cool! Pendant un moment, c’est comme ça qu’on testait nos différents mix, en faisant des trajets en voiture : je mettais les différentes versions, et je voyais ce qui se passait durant le trajet, ce qu’on ressentait.

 

LMT9– Ceci dit, la vision cinématographique de concevoir les chansons comme des routes qui se déroulent avec des paysages qui défilent, en action, est une dimension récurrente à travers votre discographie. La vivez-vous comme intentionnellement constitutive de l’univers proposé ?

Raoul : Oui, j’aime bien cette idée là, un truc un peu impressionniste. Quand tu voyages, alors en voiture c’est peut-être plus prégnant qu’en train, car en train, ça va plus vite, tu chopes des petites touches d’endroits. J’ai des souvenirs de trajets lorsque j’étais gamin et qu’on partait en vacances, de Normandie à la Côte d’Azur ou à la montagne dans les Alpes, on traversait la France de par en par. Il y a plein d’endroits que j’ai l’impression de connaitre depuis tout gamin, alors qu’en fait je n’y ai pas passé plus de cinq minutes en temps cumulé. Sur l’A6, quand on descend la Bourgogne, je connais tous les paysages qui sont à cent mètres de l’autoroute, mais je n’ai aucune idée de ce que qu’est vraiment de passer une heure dans ces endroits. Ce sont des impressions. Et j’aime cette idée là. J’ai un peu ce rapport là avec certaines pièces de musique classique que je vais écouter, mais sans avoir une écoute poussée, comme je peux avoir avec le Rock ou la Folk, parce que là je suis dans mon élément avec plein de codes qui me parlent. En revanche de certaines symphonies ou certains opéras, je ne vais capter que des bribes, et j’ai beau les écouter plusieurs fois de suite, je vais rester sur ma première impression.  Quand tu traverses la France, il y a des coins où tu te dis que tu aimerais habiter et d’autres pas, mais ça n’est lié à aucune vérité tangible ; c’est juste lié à une impression, parce qu’une colline te fait de l’œil, ou que tu ne vois des usines, alors que si tu fais cinq kilomètres à droite, t’es en pleine nature. Voilà pour moi. Helmut ?

– Helmut : J’avais même oublié la question… La musique pour rouler, oui. C’est un bon endroit pour écouter de la musique ; il y a une espèce de transe, un truc un peu lancinant dans les routes qui défilent, qui met dans un état semi-méditatif, et qui est propice aux idées créatives en plus. Et l’aspect cinématographique me va très bien.

– Pour cet album, avez-vous eu la volonté de donner plus de place aux autres musiciens ?

– Helmut : Ce n’est pas tant comme ça qu’on bosse. Chacun propose et prend sa place. Et au septième album, j’ai l’impression que les choses se font plus naturellement. Léopold voit l’esprit du groupe ; on ne lui a jamais dit de faire ci ou ça ; on sait qu’on peut lui laisser carte blanche, avec quelques indications si besoin. Là en l’occurrence, s’il y a eu quelques indications, c’était plutôt du côté d la Soul et de groupes de Soul moderne comme Black Pumas, éventuellement Calexico sur certaines envolées de trompette, et si on remonte ce fil, on arrive à Ennio Morricone. C’est plutôt comme ça qu’on bosse : plutôt que de donner en amont des directives, on écoute si on est contents de ce que chacun propose.

– La chanson « Atlas » aborde une écriture introspective et à la fois qu’on pourrait entendre comme métaphorique par la personnification d’un élément de la nature, une montagne, qui parle. Comment t’a-t-elle été inspirée ?

– Helmut : C’est un trip, qui se fait un peu par hasard. Peut-être que les dessins animés de Myazaki Totora, les arbres, les pierres ont une vie m’ont influencé. Ce sont des personnages qui vont se réveiller. Ca a peut-être infusé.

– Raoul : C’est marrant que tu en parles, car m’évoquait le petit bout dans Fantasia, qui est la nuit sur un mont, et y a une montagne terrifiante qui prend forme. Certains passages me font penser à cette montagne qui prend vie.

– Helmut : De toute façon quand tu écris des chansons, tu te mets dans la peau d’autres gens. Donc c’est rigolo aussi de se mettre dans la peau d’une montagne. Mais vraiment je ne me suis pas dit que j’allais faire ça et le faire comme ça ; ça vient comme ça vient. C’est le point de vue d’un élément qui a une durée de vie bien plus longue que 80 ou 90 ans, comme tout être humain, et voit ce torrent d’humains qui se déverse depuis la nuit des temps et continue. C’est toujours vertigineux quand tu commences à penser à ça.

– Y a-t-il peut-être des références aussi au paganisme des cultures amérindiennes ?

– Helmut : Pas conscientes, infusées sans doute. Mais ça me va très bien ; entre les cowboys et les indiens, j’ai toujours préféré les indiens. Je n’ai pas creusé ces choses, mais bien sur que je suis sensible aux animismes. Je trouve plutôt cool que les Indiens aient eu comme divinité une montagne plutôt qu’un dieu avec une barbiche perché sur un nuage. Ca me semble plus cohérent. Si tu as besoin de croire et de craindre une force supérieure, autant que ce soit la nature, plutôt qu’une invention du cerveau humain. Et elle se rappelle bien à nous quand même.

– Raoul : Il y a un truc plus tangible.

LMT5– En quelle langue est écrite la chanson « Nili Pona » ?

– Helmut : C’est un instrumental de Raoul, dont on avait envie de faire quelque chose et qui ne se mariait pas forcément bien avec du Français. Cette musique m’évoquait des chants polynésiens, des choses qu’on chante quand on dit « au revoir » à un équipage qui part pêcher. Donc on a choisit d’écrire dans une langue imaginaire qui s’appelle le Toki Pona, qui est une langue inventée par la linguiste Sonja Lang. Elle a créé une langue simplissime composée de concepts concrets et ne comportant pas de négation. Il n’y a pas de négativité ; le concept même de négation n’existe pas dans cette langue. Le pari de cette linguiste était de se dire que si on parle dans une langue dans laquelle la négativité n’existe pas, les mauvais sentiments ou les choses négatives qui peuvent t’habiter dans l’échange avec l’autre disparaissent. Il se trouve que les sonorités de cette langue étaient proches des sonorités polynésiennes. On a donc écrit ce texte très simple, très contemplatif. Tu peux trouver des dictionnaires de Toki Pona pour traduire la chanson ; ça demande un petit exercice du cerveau. Cet album est une manière de créer un folklore qui nous appartient, et d’inviter les gens sur notre continent à nous. Donc tu vois sur la pochette, on a des masques de guerre, un territoire limité et des langues qu’on s’est appropriées. On a voulu que l’album soit ludique, que tu ne puisses pas l’épuiser en une fois et que tu aies envie d’y revenir, et d’y redécouvrir des choses.

– C’est l’effet qu’il provoque. Il est de ces albums qui parviennent à présenter une certaine homogénéité dans l’âme, mais sans être linéaires et en se composant de titres qui ont chacun leur singularité, mais s’assemblent et s’imbriquent pour créer un petit monde. Est-ce ainsi que le vous le ressentez ?

– Helmut : Linéaire, on n’a jamais su faire ça de toute façon. Pourquoi ne pas créer un son qui appartienne à un album et soit très définissable ? Mais il faut qu’il y ait de bonnes chansons derrière aussi.

– Raoul : Nos albums les plus linéaires seraient peut-être « Avalanche » et « Primitifs Modernes », et encore, je ne suis même pas sûr qu’ils le soient. De fait les albums que j’aime bien ne sont pas des albums très linéaires, à quelques rares exceptions, où il y a une qualité de composition indéniable.

– Le titre « Facile a dire » peut faire écho à des banalités un peu poreuses et dénuées de profondeur qu’on entend beaucoup se répéter avec la mode des spiritualités du développement personnel et de la réinterprétation -ou modification de la perception- de la réalité. Qu’est-ce qui vous l’a inspiré ?

– Helmut : C’est parti d’un libre de Clément Rosset qui s’appelle Le Réel : Traité de l’idiotie. C’est un philosophe du réel. C’est-à-dire qu’il s’est battu toute sa vie pour dire aux gens d’arrêter de croire qu’il y avait quelque chose derrière la réalité. C’est quelque chose que j’entends souvent, ce truc de quelqu’un que tu vas trouver complètement con et dont on te dit « non, mais en fait il est sympa à l’intérieur ». Est-ce qu’on est ce qu’on fait ? Est-ce qu’on est ce que des gens pensent de nous ? C’est parti de ça. Mais ça reste une chanson légère. Ce n’est pas non plus un essai de philosophie. Je n’ai rien contre les spiritualités ; il n’y a jamais de mal à ce que des gens essayent de s’améliorer, peu importe le chemin choisit. C’est toujours bon à prendre pour les autres, même s’il y a des dérives et des gourous.

– Raoul : Le problème n’est pas que des gens cherchent à s’améliorer, mais que d’autres cherchent à faire du profit sur les gens qui cherchent à s’améliorer. Et il y a quand même une dimension prosélyte aussi. Ce n’est pas le contenu, le problème, c’est l’humain.

– Helmut : Après, le souci de l’utilisation de ces spiritualités aussi pour imposer des règles aux autres est humain ; c’est humain de vouloir expliquer aux autres comment ils doivent penser. Dans « développement personnel », il y a « personnel ». Donc si chacun fait ça dans son coin, y a pas de soucis.

– De qui parle la chanson « Un beau salaud » ?

– Helmut : Ben, c’est sur un coach de développement personnel… [fous rires]. Non. Il y a plein de choses. Il y a le réplique, une de mes répliques préférées du cinéma, de Jean-Pierre Bacri à Philippe Khorsand dans le film Mes meilleurs copains, où le second est un espèce de metteur en scène qui se prend la tête et n’a aucune idée de ce que les autres traversent et se montre méprisant avec ses potes, et Bacri finit par lui demander si ses « ailes de géant » ne l’empêchent pas de marcher, en référence au poème de Baudelaire. Il y avait Donald Trump. Il y avait cette petite voix intérieure qui parfois te dit « mais quand même, tu n’aurais pas du faire ça ». Tu mets tout ça dans un mixer, et ça fait cette chanson.

– La chanson « Copie carbone » utilise-t-elle un clin d’œil à la parole de la Genèse « Dieu créa l’homme à son image » pour dénoncer l’uniformisation et le calque des vies humaines se ressemblant comme de pâles copies d’un même rêve peut-être ?

– Raoul : Ah ! Intéressant !

– Helmut : Oui, c’était un peu ça. La standardisation. Mais c’est parti de s « cc » et « cci » qu’on a dans les envois et réceptions de mails. « Cc », à l’origine signifiait « copie carbone », mais lorsque ça avait du sens de parler de copie carbone, c’est à dire faites à la machine. Maintenant ça n’a plus de sens, puisque c’est numérique. Cette notion de reproduction, réplique, identité me fascinait. Et après, tu cherches des rimes en « one » qui ne soient pas des gros mots, ni des redits, parce qu’on a déjà fait ça dans « Amazone ». C’est un peu notre chanson « Souchon méchant », on va dire. Elle n’était pas dans les candidates les plus légitimes pour être sur l’album. Mais en fait c’est la chanson qui nous a permis de travailler avec Jeff à la batterie ; c’est la première sur laquelle il a proposé des drums, et une chose en a amené une autre.

– Depuis combien de temps joue-t-il avec vous en remplacement de votre batteur d’origine ?

– Raoul : Deux concerts !

– Helmut : Non. On joue tous les deux avec lui dans notre autre projet, Animal Triste ; il est musicien rouennais depuis toujours. On se connait depuis longtemps.

– Qui entend-t-on dans l’extrait utilisé pour la chanson « Trois degrés de séparation » ?

– Helmut : C’est G. Bush père en campagne électorale en 1998, avec la phrase « read my lips » devenue le symbole du mec qui ment les yeux dans les yeux, en disant « regardez-moi bien ». On a les mêmes en France, mais c’est toujours moins flamboyant. Et ça ne rime pas avec « apocalypse ».

Miren Funke

Photos : Carolyn C

LMT7

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Sortie de l’album live de Zoé sur le Pavé : entretien avec Pablo, chanteur et guitariste

28 Avr

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Troisième production sonore du groupe Zoé sur le Pavé, l’album live éponyme vient de sortir. Coutumier de la musique de rues où il a rencontré son public, le groupe a su le fidéliser au fil des scènes depuis une décennie, avec son énergie cinétique scénique, son instinct généreux et partageur, et sa Chanson française populaire et festive, colorée de musiques folkloriques du Monde, sud-américaines et balkaniques entre autres, ensauvagée de références et d’esprit Rock alternatif, et dynamisée de Swing, qui s’ancre dans la terreau où ont fleuri des groupes comme La Rue Ketanou, tout en plongeant quelques racines à des sources exotiques, pour en irriguer les veines de sa musique. Ces veines qui enflent dans les tempes, vibrent au raz des tympans et palpitent au cœur, pour nous entrainer loin, au coin de ces rues qui ont la magie de nous amener bien ailleurs qu’au bout d’un chemin. Groupe de scène irrésistible, Zoé sur le Pavé, après un premier album et un Ep, se devait, et devait sans doute au public, cet enregistrement live qui grave l’histoire de dix ans de chansons et le fait entendre dans l’expression la plus fidèle à son âme : face au public. Le chanteur et guitariste Pablo acceptait de nous accorder un entretien pour en parler.

– Pablo, bonjour et merci de cet entretien. Peux-tu nous raconter l’origine de la formation de Zoé sur le Pavé, dont cet album vient graver et récapituler un peu l’histoire ?

– Pablo : Le groupe est né d’une rencontre entre moi et le premier accordéoniste, Michel, en Argentine. On est rentrés en France quelques mois plus tard, et on a pris une collocation. On a commencé à faire de la musique ensemble. Et un an plus tard on était en train de jouer dans les rues de Bordeaux. Une petite fille, avec sa maman, est apparue devant nous, et elle était complètement à fond à danser avec son énergie ; ses pleurs au moment de partir nous ont touchés. Elle nous a fait le spectacle en entier! Elle s’appelait Zoé, et comme nous cherchions un nom de groupe, on s’est dit que c’était un beau clin d’œil, pour représenter cette palette d’émotions qu’on met dans notre musique, et « sur le pavé », parce qu’on jouait pas mal dans les rues. Voilà les touts débuts du groupe. Nous avons composé la chanson « Zoé sur le pavé » quelques temps après, pour raconter l’histoire de cette petite fille, en imaginant qu’elle grandirait ensuite et deviendrait une femme différente ; et c’est en même temps l’histoire du groupe et de cette rencontre que cela raconte. Nous avons joué à deux pendant peut-être six moi-un an, et puis Jo, aux percussions et à la batterie nous a rejoints assez vite. Le groupe a vécu plusieurs changements de musiciens. Ludo à la basse et Julien au saxophone sont restés. Après le départ de Michel, il y a eu un autre accordéoniste, puis Florent désormais, qui joue aussi d’autres instruments, la guitare électrique et l’harmonica entre autres.

– L’album, très fourni, offre plus de quinze morceaux de votre répertoire  à écouter, représentatifs de votre éventail de palette sonore et aussi des différentes années vécues par le groupe. L’enregistrement se compose d’extraits de plusieurs concerts regroupés ensemble et pourtant d’un point de vue sonore donne à entendre une hégémonie. Est-ce l’expression d’une cohérence conservée intacte au fil des scènes ?

– Pablo : Le disque est un montage. On a sélectionné les extraits de quatre live pour confectionner l’album. On souhaitait cela pour faire suite à notre premier album de 2015, enregistré avec l’ancienne équipe de Zoé, et un EP, « Pura Vida », en 2017 avec la nouvelle équipe, et offrir un disque live, car nous sommes un groupe de scène et de rues avant tout. C’est Laurent, que tu connais, qui a réalisé, mixé et mastérisé l’enregistrement. Si tu veux, ce projet auparavant était un groupe, dont chaque membre avait un métier à côté, et on se retrouvait les weekends et en vacances pour partir jouer. Lorsque nous avons rencontré Laurent, il y a trois ans, puisqu’il s’occupait de Barthab [ici] et du groupe Transat [ici], nous avons compris que la manière de procéder de Laurent correspondait à notre vision des choses. Comme ce projet avait un certain passif, au niveau des concerts avec le public, on s’est dit qu’un album live serait représentatif de notre musique. On a quand même réussit à faire des dates et des concerts malgré la période de pandémie, et à enregistrer le son. Il y a deux interludes qui ne sont pas vraiment des chansons. L’album retrace vraiment l’histoire de Zoé : il y a des chansons qui ont été créées dès le début comme « Nos traditions » et « Zoé sur le Pavé », des titres qui n’avaient jamais été enregistrés et des compositions plus récentes. Ce disque retrace l’histoire de nos dix ans de chanson. Et c’est aussi pour pouvoir quelque part tourner la page de ce qui a été fait, et en écrire une nouvelle. On recommence à composer et arranger ensemble et ça fait évoluer les chansons. C’est un peu graver un bout d’histoire pour nous, pour passer à autre chose, à écrire ensemble. Et c’est intéressant, parce qu’on a tous des influences musicales différentes : on a un batteur qui est assez Metal, un saxophoniste qui adore le Jazz, un bassiste un peu rockeux, et notre accordéoniste est multi-influences et assez Chanson, comme moi. Au début de la pandémie, on n’a pas pensé profiter de la pause absolument pour se mettre en studio et composer ; on a même plutôt bien réussit à continuer de jouer. Mais fatalement chacun a vécu des choses personnelles particulières durant cette période et on a eu des choses à dire et composer ensemble. On a quand même du faire une quarantaine de dates sur deux ans. Pour ce qui est des compositions, on fait eu peu à la manière de La Rue Ketanou : on les créé, on les joue, et après on les enregistre. Ca parait normal de procéder ainsi, parce que c’est en jouant le morceaux qu’on voit comment il évolue et vit en public. Maintenant il faudrait aussi qu’on fasse un peu plus de com vidéo, car on n’a pas sorti beaucoup de clips. On voudrait faire un clip live par exemple pour mettre un  peu de matière à disposition sur internet. Et puis même si on est un groupe de scène, il faut quand même donner un peu de matière aux organisateurs et programmateurs pour chercher des dates. On peut le comprendre ; nous aussi on fait un peu pareil finalement lorsqu’on choisi un festival, on va voir des vidéos pour voir un peu comment les choses s’y passent.

– On entend des influences folkloriques latino-américaines, est-européennes et « jazzy » aussi dans votre musique. Est-ce que la fusion et le mélange des musiques populaires est une dimension revendiquée ?

– Pablo : Oui, on  a ramené ça de nos voyages. Je suis allé deux fois en Amérique latine. C’est un continent qui me tient à cœur et me touche vraiment ; j’ai des racines espagnoles, et c’est vrai que là bas il y a aussi cette culture. Les paysages me touchent. Donc il y a effectivement cette influence dans notre musique. Mais Zoé sur le Pavé compose des musiques inspirées de voyages en général ; c’est une source d’inspiration pour créer. Et ça transpire dans notre musique. Et là, ça commence à manquer, les voyages, depuis cette période à restés confinés et enfermés. Mais maintenant on va essayer de s’exporter ; nous avons des propositions pour partir jouer en Allemagne, et puis on aimerait bien aller au Canada. L’idée de jouer hors France nous plait, même si ce n’est pas évident lorsqu’on chante des paroles en Français. Si on peut voyager avec ce projet, qui est aussi une occasion pour partager des moments et se balader, ce sera superbe. Après, Zoé reste de la Chanson Française créative, j’ai envie de dire, c’est-à-dire une base de texte en Français et de musiques d’ici, mais influencées et inspirées parfois de Musiques du Monde, de musique sud-américaines, mais aussi de folklore traditionnel des Balkans, et aussi par des musiques plus modernes, le Rock, le Swing, la guitare électrique qui amène un coté Mano Negra. Ca navigue pas mal, mais ça reste de la Chanson,  entre acoustique et Rock : le batteur prend le cajon ; on espère qu’un jour notre bassiste nous fera un peu de contrebasse…

– Ludo : ↕Ça ne va pas rentrer dans le camion!

-Votre musique évoque irrésistiblement des groupes qui ont séduit le public avec une Chanson populaire festive, comme La Rue Ketanou. Vous sentez-vous de la même famille d’esprit ?

– Pablo : Tout à fait. Ce sont des groupes qui me parlent. D’ailleurs on s’est toujours un peu suivis ; on a réussit à jouer avec eux récemment et on espère pouvoir recommencer. La Rue Ketanou, mais aussi des groupes comme les Hurlements d’Léo ou Les Ogres de Barbak, ces groupes de Chanson, inspirés de l’esprit Rock, naviguent dans notre style. C’est un coup de cœur. Après on nous fait souvent la remarque que notre style manque un peu d’originalité, dans ce registre là, mais c’est la Chanson que nous aimons, et notre originalité est dans ce que nous  mettons sur scène : on rend la scène très vivante, et on fait du travail scénique ça avec des amis, donc dans une démarche qu’on pourrait qualifier d’un peu théâtralogique. Faire vivre la scène, mais encore plus que ce que pourrait faire un groupe de Chanson est un des ponts importants dans nos spectacles.

– Le fait d’avoir démarré et de continuer en jouant dans les rues est souvent commun aux artistes chez qui ont sent une générosité et un sens du partage très intuitifs. Est-ce que selon toi cela apporte quelque chose de plus particulier, dans la capacité à improviser et interagir avec le public ou savoir l’attraper ?

– Pablo : Tout à fait. Le fait d’avoir joué beaucoup dans la rue et de faire des musiques de rue a un côté théâtre ambulant ouvert : il se passe toujours quelque chose, et tu peux rebondir dessus et créer à chaque instant de nouvelles choses dans l’interaction avec le public, et t’inspirer des passants. Il y a un entrainement énorme à faire, et ça apporte des choses que la scène n’apporte pas : savoir jouer avec l’imprévu, la découverte. C’est un livre ouvert et c’est à nous d’écrire les chapitres. Malheureusement on n’a pas pu trop en faire ces dernières années, et ça manque. C’est beaucoup plus compliqué maintenant, mais c’est aussi la société qui veut ça ; il faut des autorisations. On a eu des copains qui se sont fait embarquer leurs instruments par la police. Évidemment pendant les confinements, t’imagines qu’ils étaient à bloc contre les musiciens de rue. Mais on garde ça en nous et le but serait d’en refaire dès qu’on pourra. Ce serait bien de se placer aussi des festivals de théâtre de rue, rejoindre des villes comme Sarlat, Aurillac.

 

– Est-ce le programme des prochains mois ?

– Pablo : L’hiver prochain on retourne donc au studio avec Laurent, pour enregistrer des choses et surement inviter des amis à nous. Pourquoi pas le groupe Les Yeux de la Tête, que j’invite les gens à découvrir d’ailleurs, si on aime notre style, la Chanson festive aux accents du Monde. C’est vrai qu’on a eu de la chance de rencontrer Laurent, car on a la même vision des choses, quant aux soucis de proximité, de contrôle  de A à Z par l’autoproduction. Laurent a fait beaucoup de travail ; il a vraiment eu plusieurs rôles en même temps pour le groupe, et c’est en grande partie grâce à lui qu’on a pu développer la chose ainsi. Et puis il a un réseau de contacts, de gens assez « simples » dans le bon sens du terme, pas forcément de gros festivals, mais toujours de belles rencontres humaines avec de beaux moments à partager, en marge du système commercial industriel, un peu atypiques. Musicalarue à Luxey, par exemple, c’est mon festival préféré depuis dix huit ans. On a du y aller une dizaine de fois. On y a joué. Il est sur qu’après deux ans de covid tous les festivals ont besoin de peut-être plus de programmer des têtes d’affiche pour refaire venir le public et amortir aussi financièrement la période de temps mort, mais Musicalarue conserve son esprit et sa manière originale de fonctionner. Et le lieu a une vie hors festival aussi, où ils font des résidences et des petits concerts. Dans l’immédiat, on va continuer à faire des dates et jouer un maximum.

 

Miren Funke

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Financement participatif du projet collectif « Intérieur Queer » de Valérie Bour, quatre jours restants…

25 Avr

Interieur queer

Valérie Bour, partie de France Inter pour vivre l’aventure de la création à laquelle elle a pris goût il y a quelques années désormais, avec la mise en œuvre de spectacles pour la jeunesse et l’écriture de textes ou chansons, souvent orientés vers la défense d’un engagement à caractère social, humain ou écologique, a lancé il y a peu un financement participatif pour un projet inédit destiné à mettre en lumière la cause LGBT+ : « Intérieur Queer ». Le recueil de nouvelles, préfacé par Jil Caplan, rassemblera des textes d’auteurs, anonymes ou plus connus, mais qui ont en commun d’être concernés et alliés de la cause LGBT+, et dont les fictions racontent et imaginent aussi les épreuves bravées, les souffrances endurées, les moments de solitude ou de désespoir traversés sans doute, pour avoir fait le choix d’assumer ses gouts amoureux, et simplement son choix de vivre selon ce qu’on ressent de sa nature ou son identité profonde et intime. C’est sous le signe de la polychromie émotionnelle, colorée de tendresse, de douleurs, d’humour aussi, et de beaucoup d’amour de la vie qu’ « Intérieur Queer » se donne pour mission de conscientiser nos concitoyens sur l’injustice faite, à certains d’entre nous, que leur soit interdit ou rendu impossible de vivre et aimer comme ils l’entendent, et d’ouvrir les voix et la voie de la tolérance, du respect, et aussi du sens du devoir de secours aux victimes de persécutions et violences. Le financement initial du projet est atteint, mais tous les bénéfices dégagés par les souscriptions supplémentaires étant cédés à des associations de protection et soutien, il est urgent (4 jours restant) d’y contribuer pour participer à ce bel élan, là :

https://fr.ulule.com/interieur-queer/

Et Valérie Bour a accepté de nous en parler ,

– Valérie bonjour et merci de cet entretien. De quelle initiative est né ton projet ?

Ça fait quelques années maintenant que j’écris des histoires, des chansons et des spectacles jeunesse. J’avais envie d’un nouveau défi : écrire à quatre mains pour un autre public. J’ai tout de suite pensé à brancher Isabelle Serve sur ce projet. Elle est auteure, journaliste et correctrice. Lorsqu’elle a accepté, le thème s’est imposé parce qu’elle est très investie dans la cause lgbtq+. Elle a fondé une association, God save the queer, à Dieppe, et agit vraiment sur le terrain. Par le biais de cette structure, elle fait de la prévention dans les écoles, elle organise des animations et festivals queer et aide ceux qui en ont besoin, psychologiquement et aussi plus concrètement. Bref, je trouve ses actions admirables et j’avais envie de les soutenir, à mon niveau, avec mes moyens, l’écriture, le divertissement. On s’est entourées de plumes qui chatouillent, qui piquent, qui caressent, qui grattent car chaque approche est différente. C’est ce qui fait la richesse de ce recueil de fictions qui ne laissent pas indifférent.

– Quel propos ou message particulier voulais-tu exprimer relatif à cette cause ?

Pour moi, les messages sont clairs mais je me rends compte depuis quelques semaines que la démarche n’est pas évidente pour tout le monde. Il s’agit de faire tomber les murs, de montrer que les histoires d’amour sont universelles, que les tabous méritent de disparaître. Je suis un peu utopique mais j’ai envie de croire que la solidarité et la tolérance auront raison des préjugés et de la violence dont souffrent toujours trop de gens. C’est paradoxal peut-être de pointer du doigt une communauté pour son droit à l’indifférence ! Mais c’est comme les restos du cœur, ça ne devrait même plus exister aujourd’hui !Personne ne devrait pouvoir accepter l’idée que des jeunes, ou des moins jeunes, se fassent tabasser, se retrouvent à la rue, se fassent insulter, harceler, rejeter parce qu’ils assument simplement ce qu’ils sont au plus profond d’eux-mêmes.

– Soutenir cette cause passe pour toi non seulement par y apporter un éclairage, mais également lui céder les droits. Où ira le bénéfice financier dégagé ?

Avec le collectif de créateurs, qu’ils soient auteurs, compositeur, graffeur, graphiste, ou Jil Caplan qui signe la préface, on cède nos droits pour que les bénéfices soient reversés à des associations de luttes contre les discriminations comme SOS homophobie ou le Refuge. Désormais, on a atteint la somme nécessaire pour imprimer le livre. Ça veut dire que toutes les commandes à venir vont pouvoir générer un don. L’aventure ne fait que commencer!

Lien du financement : https://fr.ulule.com/interieur-queer/

Miren Funke

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