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La source des saints de Synge mis en scène par Michel Cerda

17 Jan

au Théâtre de Gennevilliers

Michel Cerda, metteur en scène et directeur d’acteurs a choisi de monter une pièce de l’auteur irlandais John Millington Synge (Les noces du rétameur, Cavaliers vers la mer, L’Ombre de la vallée…). Synge se rend en 1898 dans les îles d’Aran, au large d’une Irlande où les mythes et légendes animent les habitants particulièrement croyants. Synge cherche à vivre auprès de « gens simples et passionnés comme son coeur ».

Une atmosphère mystérieuse, opaque et profonde. L’on ne distingue pas grand chose dans le noir mais on dresse l’oreille. Nos sens sont à l’affût : que va t-il arriver ? Qui rentre et qui sort dans ces ténèbres ? Le plateau est alors plongé dans un clair obscur déstabilisant pour le spectateur curieux de voir les deux acteurs apparus sur scène.

Un couple d’aveugle crasseux tâtonnent avec un bâton et semblent perdus au milieu de nulle part. Le vide les entoure, ils ne peuvent pas voir mais écoutent attentivement, dressant l’oreille et baragouinant dans une langue étrange aux nombreuses onomatopées.

Un vrai saint du bon dieu !

Un saint leur propose de guérir leur cécité en leur redonnant la vue grâce à l’eau de cette fameuse source. Michel Cerda présente ce personnage comme un vaudou ayant plusieurs tours dans son sac mais surtout un charlatan. Soudainement, les deux aveugles retrouvent la vue et se découvrent l’un et l’autre pour la première fois. Le choc est brutal. « L’amour est aveugle », dit on, mais cela n’empêche pas ces deux amoureux de rester soudés quand les habitants du village voisin se rebellent contre eux. Leur cécité les rassemble. Au final, retrouver la vue a été plus une source de problèmes qu’un bonheur. Et Synge met en lumière ce bon sens populaire qui habite ces deux malheureux : « Mon père, aussi saint que vous soyez,rien n’est plus sain que la raison ! » nous rappelle Martin Byrne en courant fou de joie.

        « Le sens est au bout de l’énigme chez Synge » Noëlle Renaude

Michel Cerda s’est accaparé avec finesse cette langue traduite par Noëlle Renaude : «rien ne s’énonce comme il faut chez Synge ». Il y a une lenteur qui se dégage de ces corps, une difficulté à dire les mots et à marcher. Le corps s’incarne dans la langue de Synge. Anne Alvaro, dans le rôle de Molly Bryne, nous coupe le souffle par sa capacité à incarner cette femme aveugle. Tout y est : les déplacements sont très précis, l’écoute sensible et le travail réalisé sur la voix et les sons est captivant. Yann Boudaud, Martin Byrne, a le talent de cette langue. Il nous emmène avec lui dans l’imaginaire loufoque de son personnage enfantin et paresseux.

 

Mathias Youb

Avec Anne Alvaro, Yann Boudaud, Chloé Chevalier, Christophe Vandevelde, Arthur Verret et la participation de Silvia Circu.

25 Janvier au 2 Février 2017  mar, mer et jeu à 19h30, ven à 20h30, sam à 18h et dim à 16h   durée 2H10
Pour réserver clic sur le rideau –>
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On voudrait revivre …

16 Jan
Préambule : Gérard Manset s’est appliqué à réaliser des albums « intimes » c’est à dire en écouter plutôt en solo et avec un casque pour être en totale harmonie avec son univers poético musical. Une quête permanente de la perfection qui ne tolère aucun des aléas du direct. D’où son choix de ne pas paraître en scène.

 

Photos ©NGabriel2019 Théâtre de l’Opprimé

Entrez dans le rêve et le studio de Gérard Manset, avec Léop’ et Max.. c’est un voyage musical intime, une réussite exceptionnelle sur le fond et la forme avec deux partenaires alliant la grâce et le talent, l’humour et la sensibilité, la fantaisie poétique et le regard affûté sur la vie et le monde .

On voudrait revivre nous ouvre d’emblée la porte de cette visite au cœur de la création musicale selon Manset. Maxime Kerzanet comédien musicien a conçu ce spectacle avec  Léopoldine Hummel, ils sont en scène en totale complicité amoureuse avec les chansons qui font une fresque entre ombre et lumière, comme un long plan séquence sans interruption d’applaudissements qui casseraient le charme. Ce charme inouï, il scintille dans toutes les plages de cette radioscopie musicale, vocalement les deux partenaires sont parfaits, irrésistibles, on y entend aussi bien des chants d’oiseaux que des interventions diverses de biquettes, de chiens et chats ou de créatures fantasmagoriques (Léopoldine dans tous ses états…) dans une sorte de rhapsodie Manset qui séduit aussi bien les anciens qui ont connu le siècle  des  années 68 que leurs enfants qui découvrent la richesse et la diversité de l’oeuvre.

C’est un spectacle qui se nourrit du meilleur du théâtre avec ces deux comédiens talentueux, et du meilleur de la chanson. Ceux qui ont suivi l’actu dans ce domaine, ont pu le vérifier entre autres avec le Prix Moustaki et le Prix Saravah qui ont salué le talent de Léopoldine et ses musiciens ces 3 dernières années. Et comme au théâtre, ils ne sont pas tout-à-fait seuls dans l’élaboration, donc voici l’équipe qui a réalisé « On voudrait revivre »

Compagnie Claire Sergent
A partir des chansons de Gérard Manset
Mise en scène : Chloé Brugnon

Avec : Léopoldine Hummel, Maxime Kerzanet

Création lumière : Hugo Dragone
Création son : Mathieu Diemert
Costumes et accessoires : Jennifer Minard

 

Il y a encore 4 soirs le 16 (presque plein) et le 18 le 19 et le 20 ..

Au théâtre de l’Opprimé, clic sur le tableau  pour infos –>

 

Pourquoi ce tableau? vous le saurez si vous ne ratez pas les 3 premières minutes..

 

 

 

 

Norbert Gabriel

KANATA-Episode I La Controverse mis en scène par Robert Lepage

14 Jan

    avec la troupe d’Ariane Mnouchkine au Théâtre du Soleil

Robert Lepage dérange dans ce monde du spectacle vivant où tout le monde se connaît et qui peut anéantir une représentation en un clin d’oeil. C’est ce qui est arrivé en juin 2018 alors que Lepage allait monter sur la scène du Théâtre du Nouveau Monde à Montréal en compagnie de sa troupe « Ex Machina » pour donné « Slav » (esclave), une création autour de chants afro-américains.

Une vive polémique jeta sa création en pâture aux médias et aux anti-racistes dénonçant un manque de mixité ethnique et une appropriation culturelle. « Ex Machina » contre-attaque en expliquant qu’« il faut que les gens aient le droit d’utiliser les histoires des autres pour parler des leurs ». Rebelotte en juillet, les répétitions de son dernier spectacle : « Kanata », co-écrit avec Ariane Mnouchkine, sont annulées sous la pression de minorités autochtones.

Les deux artistes tiennent bon et modifient le titre du spectacle : Kanata, Episode 1 La Controverse qui sera donné en France dans le cadre du festival d’Automne à Paris.

Un théâtre au carrefour des civilisations

 

Ce qui unit Mnouchkine à Lepage est leur goût pour le théâtre international et plus particulièrement celui d’Orient. Mnouchkine, lors de ses nombreux voyages en Inde, découvre la technique du Theru koothu du théâtre tamoul, genre théâtral de basse caste indienne qui emprunte ses origines aux grands mythes hindouistes. Mais aussi, le théâtre japonais que l’on retrouve dans Kanata  : le mouvement des corps, les costumes traditionnels et les codes de jeux sont empruntés au théâtre Nô, un drame lyrique. Toutes ces influences donnent de la matière à ces deux artistes qui questionnent, à travers leurs spectacles hétéroclites, notre rapport à l’autre dans l’histoire des civilisations. Le spectacle est le résultat d’un apport de diverses cultures qui, dès la mondialisation, ont commencé à s’affronter. Nous ressentons une certaine colère dans cette mise en scène réaliste : la recherche du profit économique aux dépens de civilisations implantées depuis des millénaires et la déforestation en Amazonie. A l’heure du tout numérique et de l’instantané, la préservation d’habitats culturels traditionnels n’intéresse plus comparé aux grandes surfaces complices du néo-libéralisme.

          « On se fait raconter des histoires de toutes sortes de façon aujourd’hui »

Lepage va puiser d’autres manières de faire pour enrichir son théâtre. « Kanata » est une création très influencée par le cinéma. On a l’impression d’assister à une série théâtrale mêlant la vidéo et le jeu des acteurs sur scène. L’apport de l’image filmée rend le spectateur actif, concerné par ce qui se passe sur le plateau et sur l’image projetée. Lepage s’est attelé à défaire l’imaginaire collectif à propos des premiers autochtones d’Amérique du Nord. L’art rassemble mais peut aussi diviser. On passe d’un tableau figé à la mise en mouvement des corps au sein d’un décor kaléidoscopique.

Une énergie restauratrice

L’ensemble du spectacle est rythmé par les fondus enchaînés très précis du décor et des comédiens entrants et sortants. On ne s’ennuie pas un seul instant. C’est un spectacle d’une immense qualité où tous les comédiens sont amenés à jouer dans plusieurs univers : de la forêt d’Amazonie aux bureaux d’un poste de police ou aux bas-fonds d’une rue de Vancouver gangrénée par la misère.

La misère du monde, fameux ouvrage collectif dirigé par le sociologue Pierre Bourdieu, aborde cette question de souffrance des hommes au sein d’une société éclatée. L’« american dream » oui mais le revers de la carte postale est moins attrayant. Ces êtres en perte d’identité déambulent sans savoir où aller, perdus dans cette mégapole devenue malsaine. Des scènes très poétiques, comme en suspens dans le temps viennent ponctuer le spectacle et apporter des nuances très intéressantes.

 

Photos Michèle Laurent

La troupe d’Ariane Mnouchkine est très hétéroclite. Ce sont plus de vingt-deux nationalités qui travaillent ensemble à l’élaboration de spectacles. « Les cultures n’appartiennent à personne » rétorque Mnouchkine à ses détracteurs. Lepage et la patronne du Théâtre du Soleil ont montré que le théâtre était le moyen de ne pas se ressembler et de chercher à être avec l’autre par le jeu.

 

Mathias Youb

 

La méthode Sisik…

7 Jan

Je suis souvent à contretemps. Je loupe des coches.

Par exemple, j’avais raté La méthode Sisik, arrivé pourtant en librairie il y a plus d’un an. Mais il est toujours temps de parler d’un livre, s’il est bon et surtout un tant soit peu réjouissant. Là, c’est franchement le cas.

L’auteur, Laurent Graff, nous propose trois nouvelles autour du temps. Du temps et des hommes. Des robots aussi. D’un futur éloigné… déjà si proche de la réalité qu’on peut le toucher du doigt. Et puisque qu’on y est – pour ne pas faire simple – les trois textes n’apparaissent pas dans l’ordre chronologique naturel. Cela ne nuit pas aux récits ; bien au contraire. Le temps tourne, boucle, s’allonge ou se rétrécit. Il nous enferme ou nous libère. Le bouquin de Graff, aussi.

Grégoire Sisik est un retraité qui va bloquer les aiguilles du Temps. Avec méthode il va stopper la course de l’horloge et décider de vivre, chaque vingt-quatre heures, une journée unique et reproductible. Un temps défini qui le verra vieillir sans pouvoir le rattraper. Intéressant non ?  C’est sans doute à cause de lui que dans la première nouvelle, un homme va se trouver condamné à l’atemporalité pour cause de meurtre par méditation. Intriguant non ? Et c’est bien la démarche de Grégoire qui permettra à un groupe d’humains, dans la dernière nouvelle, de voyager durant 69 ans avant d’atterrir sur la lointaine planète Céline-231 b sans avoir pris une seule ride. Excitant non ?

Contrairement à ce que vous pensez, je ne dévoile pas grand-chose du livre de Laurent Graff. De tous temps, le Temps nous a fascinés. Figé ou filant, il est notre pire ennemi. Avec Graff, nous apprenons simplement à nous mesurer à lui.  Pour vous donner deux-trois pistes supplémentaires, sachez que l’auteur nous parle de capteurs de pensée, de la Citroën DS, de l’année 2149, de Lino Ventura, de promenade, de robot narrateur deuxième génération ou même de Xavier Dupont-de-Ligonnès.

Enfin, et histoire de vous appâter définitivement, voici les toutes premières lignes de La méthode Sisik :

 J’ai tué ma femme et mes trois enfants. A plusieurs reprises, en tout sept fois.

Laurent Graff

Après ces mots, je n’ai jamais pu décrocher !

Non vraiment, il n’est jamais trop tard pour un bon livre.

 

La méthode Sisik de Laurent Graff aux éditions Le Dilettante

 

 

 

Fabienne Desseux

 

Anne Peko, Ma cantate à Barbara 2019…

6 Jan

Jusqu’au 10 Février

Dans 4 semaines ce spectacle fêtera une année de présence au Théâtre des Variétés. Programmation intermittente qui donne 12 semaines parisiennes depuis depuis le 19 Octobre les vendredi samedi dimanche. .

C’est déjà un signe fort de la satisfaction du public qui est présent avec bonheur et qui doit faire savoir urbi et orbi que cette Cantate à Barbara sonne très juste, qu’Anne Péko sait faire vivre Barbara das toutes les facettes de son art et de sa fantaisie .

« Cette Cantate à Barbara est une véritable intégrale en spectacle. Anne Peko fait vivre toutes les facettes de Barbara, femme plurielle, l’amoureuse, la malicieuse, la mystérieuse, la délurée, ce qu’on oublie souvent à cause de l’étiquette estampillée « chanteuse de minuit-dame brune hiératique ». Barbara a aussi été l’auteur de « Madame » un texte qui aurait ravi Bernard Dimey au sommet de sa verve truculente pour peindre une de ces maisons accueillantes aux messieurs en goguette. Anne Peko nous emmène dans les sentiers sinueux de ce parcours qui évite la ligne droite et les clichés convenus… suite ici → clic sur la photo,

Mais avant il faut signaler que le spectacle vivant sait évoluer et s’enrichir.. Selon les soirs les musiciens sont différents et c’est la possibilité de voir la richesse des mélodies de Barbara . Avec le piano de Pierre-Michel Sivadier, le violon et la mandoline de Sylvain Rabourdin ou Jean-Lou Descamps dessinent des décors musicaux d’une finesse rare… Des dentelles élégantes… Des enluminures sur mesure…

Un spectacle hommage s’appuie souvent sur des corrélations intimes – hasards ou coïncidences- qui créent des liens particuliers et c’est ce que raconte Anne Peko en fin de soirée… Ce que Prévert aurait résumé par « Il n’y a pas de hasard, il y a des rendez-vous. »

Vous pouvez le vérifier ici –>clic sur la photo,

L’échéance du 6 janvier vient de s’esquiver au profit des prolongations jusqu’au 10 Février.. Si vous avez raté, est-ce possible ? vous avez la chance de bénéficier de ces prolongations.. On n’est jamais à l’abri d’une bonne nouvelle … et par les temps qui courent … Comprend qui veut.

 

Pour réserver, c’est là –> 

Un aperçu du spectacle ? Voilà ,clic sur le projecteur, Le site d’Anne Peko , suivez la flèche

 

 

 

et pour quelques photos de plus…

photos NGabriel

Norbert Gabriel

Festival Musicalarue 2018 : entretien avec Les Lacets Des Fées

5 Jan

 

 

Voilà quelques années que Les Lacets des Fées promènent sur les scènes leur musique qui arrache à divers registres et univers une part de leur essence et beaucoup de leur couleurs respectives pour fondre une fusion sonore énergique et entraînante, et écrire des sentiers de traverse à la croisée des grandes routes. Mais si le fruit de cette alchimie musicale nous parle un langage dynamique et festif, le propos qu’il porte, loin d’être superficiel et léger, ausculte méticuleusement les maux de sociétés, sonde en profondeur les maux relationnels, avec un goût assidu et constant du mot juste, des mots justes. Car a contrario d’artistes qui masquent parfois dernière un débit de paroles intensif une vacuité de pensée, la formation girondine glisse et fait groover une densité textuelle où la qualité littéraire sert légitimement l’expression d’idées souvent graves et témoigne d’une réflexion perspicace. Quatre années après la sortie de leur album « Labyrinthe », le groupe, qui s’apprête à se concentrer sur un nouvel enregistrement était venu cet été offrir aux publics de Luxey un merveilleux moment musical chaleureux et enivrant. Dans l’après-midi il nous accordait un entretien.

– Bonjour messieurs et merci de nous accorder un moment avant votre représentation de ce soir. Cela fait déjà quelques années et deux albums que votre formation répand ses notes sur les scènes. Comment a été fondé et a grandi votre groupe ?

-Max : C’est né d’une envie commune entre Jérôme et moi quand nous étions au collège, de faire de la musique. On a rassemblé un peu les copains, dans le Médoc. On a monté cette formation, qui a connu plusieurs formules ; pas mal de monde est passé par là, même si on a toujours été sept.

-Jérôme : Maintenant ça fait trois ans que la formation est telle qu’aujourd’hui. Nous sommes désormais sur Bordeaux, avec des membres venant de plusieurs coins de la Gironde, donc on ne peut plus dire que le groupe est médocain. Évidemment notre musique a évolué avec les divers apports de chacun : étant au départ un groupe de chanson-rock francophone, nous avons incorporé plus de claviers électro et travaillons plus la mélodie qu’avant : il y a cinq ou six claviers sur scène, et on y passe tous plus ou moins, puisqu’il y a pas mal de changements d’instruments selon les morceaux.

-Vous êtes de ces groupes inclassables, ne rentrant pas dans une case particulière et issus de beaucoup de cases à la fois qui a su créer « sa » propre Chanson. Comment compose-t-on avec toutes ces influences ?

-Jérôme : Effectivement nous ne nous arrêtons pas à une étiquette musicale. On n’arrive jamais à trop définir ce qu’on fait finalement ; c’est un peu compliqué. Il y a beaucoup de rythmiques des Musiques du Monde aussi. Et on s’imprègne de plein de choses qu’on voit et entend, notamment dans des festivals comme celui-ci, où on est déjà venus en 2012, qui offrent un éclectisme musical très riche. A l’époque on était venus durant les quatre jours sur des scènes différentes. Une belle expérience.

-Max : On ne se met pas de frontières ; on est assez libres et avec beaucoup d’influences, déjà de part la diversité des instruments qu’on utilise et de part les goûts propres à chacun des musiciens. Tout le monde participe assez régulièrement à la construction des morceaux. Donc le plus dur est d’arriver à faire coaguler toutes les idées pour sortir quelque chose qui nous parle à tous et ou chacun se sent bien. Mais c’est un travail d’équipe très intéressant : on cherche notre formule ensemble. Et plus encore depuis cette dernière année où on compose pas forcément à partir d’une grille d’accord que j’amène avec le texte, mais vraiment tous ensemble de manière groupée. Il peut nous arriver aussi que ce soit un binôme de deux musiciens qui propose une base qu’on travaille ensemble, et le morceaux d’après encore deux autres différents. Il est vrai qu’on nous demande souvent ce qu’on fait comme style : si pendant un moment on essayait d’apporter une réponse, maintenant on s’en fout un peu. On essaye de faire quelque chose de cohérent qui ne parte pas dans tous les sens. On cherche l’énergie qui nous correspond.

-Votre son évolue aussi en fonction du fait que vous ne remplacez pas forcément les instruments des musiciens qui quittent le groupe : vous laissez-vous en quelque sorte guider par les accidents de la vie du groupe pour lâcher prise et laisser le hasard prendre une part dans l’évolution de votre musique ?

-Max : Il y a toujours un côté surprise effectivement souvent avec l’arrivée d’un nouvel instrument. Et le son évolue, par exemple lorsqu’un instrument prépondérant dans le groupe durant trois ou quatre ans comme une trompette disparaît. Forcément ça s’entend directement ! On ne cherche effectivement pas à remplacer ; on n’a jamais eu besoin spécialement de tel ou tel instrument. C’est un peu la dimension humaine qui décide aussi, suivant comme on s’entend avec un musicien.

Jérôme : On est tous des copains au départ et on préfère travailler avec des musiciens, c’est à dire que plutôt que de chercher une nouvelle trompette, on a cherché un nouveau musicien et un nouveau copain.

 

-Qu’est-ce qui vous plaît dans le fait de porter sur une apparente légèreté rythmique et mélodique souvent des textes graves et d’une profondeur réelle?

-Max : J’aime bien effectivement parler de choses pas très drôles, sur une musique entraînante, et puis aussi essayer de garder une qualité littéraire en allant sur des sujets plus légers. Le but n’est pas de se lamenter. Ça m’intéresse de parler de choses complexe, ou dont on ne parle pas souvent, de placer des petites piques. La musique permet ça aussi. Quand tu ne le fais pas tout le temps dans la vie courante, pouvoir le dire ou le faire en musique est intéressant aussi. C’est sans doute pour ça que je choisis souvent ces thématiques là. Elle peut servir de prétexte à faire passer des idées. Des messages, ce serait un bien grand mot ; je n’ai pas cette prétention là. Mais c’est comme la musique : toujours un peu en évolution et en recherche. Pour les influences je m’intéresse un peu à tout : pas tant la variété, mais la Chanson Française, le Hip-Hop et le Rap ou autre ; j’essaye d’absorber tout ce qui me parle, au niveau littéraire et musical. J’écoute plus de musiques que je ne lis de livres, mais c’est aussi une inspiration pour les mots, les expressions et faire bouillonner le cerveau.

-En parlant de bon mot, comment vous est venu le nom du groupe ?

-Jérôme : C’est une vieille histoire… On avait seize ans. On était sur la plage à Hourtin et on s’était dit qu’on allait jouer de la musique dans l’après-midi. On s’est fait un petit brainstorming avec quelques mots qui sortaient pour trouver un nom de groupe. Dionysos chantait « Tes lacets sont des fées » à l’époque ; ce n’est pas forcément venu de là, mais ça a pu nous orienter.

-Max : Ça nous a plu et puis comme on était jeunes, on était un peu aussi dans cette période de chanson française un peu farfelue aussi plein de choses un peu farfelues, en Ska aussi. On voulait un truc rentre-dedans : soit c’était Les Chemises Décousues, soit Les Lacets des Fées. On est partis sur ça et ça a accroché à chaque fois l’attention des gens. C’est un délire de potes.

 

-Votre précédent album date de quatre ans, mais vos concerts présentent toujours de nouvelles compositions : qu’en est-il de l’actualité du groupe et d’un éventuel prochain disque ?

-Jérôme : On tourne beaucoup l’été en fait, donc il y a ce festival et plusieurs dates dans les Landes, les Pyrénées et la Gironde. Notre dernier album « Labyrinthe » est sorti il y a quatre ans, et depuis beaucoup de nouveaux morceaux ont été composés. Donc nous allons probablement enregistrer le prochain album durant l’hiver. Il y a des morceaux qui vivent longtemps aussi. On a un texte qui date d’il y a dix ans et n’est pas encore enregistré sur aucun album, enfin tel qu’on le joue aujourd’hui. Il existait, mais avec une autre rythmique et des couplets un peu différents.

-Max : Le morceau n’est pas du tout le même ; l’ambiance est totalement différente. Ça, c’est quand tu as un refrain, que tu n’arrives pas à écrire le couplet et que tu vas piocher ailleurs. C’est toujours intéressant : quand ton premier album n’a pas marché, tu peux ressortir tes textes !

-Jérôme : A l’époque c’était un morceau funk, et maintenant on ne fera pas de Funk avec Les Lacets des Fées, plutôt du reggae, et si ça se trouve dans trois ans on aura une autre formation et il ne nous plaira plus comme ça, et on le jouera autrement. Ça évolue toujours toujours avec les personnes. Quoi qu’il en soit, on va se concentrer sur le prochain enregistrement dans l’immédiat, et essayer de l’auto-produire avec notre association, éventuellement en faisant appel à un financement participatif.   

Miren Funke

photos : Carolyn C, Océane Agoutborde, Philippe Gassies

Liens pour la visite clic  sur l’image —>

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Peine perdue et Le lambeau…

2 Jan

Fabienne Desseux partage ses notes de lecture, après « les Indélébiles »  voici  le nouveau livre de Kent,  et en bonus, une chronique  sur le 7 janvier 2015, et le livre de Philippe Lançon…  Pour mémoire…

 

La peinture qui illustre la couverture du nouveau roman de Kent s’intitule « Danse macabre », elle est signée Bruno Lecuyer.

Elle colle parfaitement à son sujet et à la « Peine perdue » du personnage principal, Vincent. Musicien revenu de tout qui semble être arrivé nulle part, Vincent devient veuf en une fraction de seconde. Un deuil brutal qui le laisse sans émotion. Un séisme qui ne l’ébranle pas ; même par politesse. Car ce cynique a depuis trop longtemps endossé le costume d’une misanthropie de bon aloi. Une armure qui lui permet de traverser les années sans être atteint par la brusquerie de son métier, le temps qui passe et les bons sentiments qu’il tient, la bride courte.

Les jours passant, Vincent ne ressent toujours rien et l’armure devient encombrante. Alors comme tout chagrin semble définitivement perdu, il va se mettre en peine de comprendre pourquoi, en dansant sur le volcan de sa vie. Déroulant le fil qui l’a mené à cette distance, laquelle lui permet, croit-il, d’être maître de ses choix.

Kent romancier, c’est retrouver un héros qui fraye avec le monde de la musique. Forcément, c’est l’univers qu’il connait le mieux. Mais bizarrement le lecteur, toujours, trouve des points d’achoppements avec ses personnages. Parce que Kent, au fur et à mesure des années (c’est son sixième opus) nous parle, comme dans ses chansons, de sujets universels. Universel ne voulant pas dire bateau, attention… je vous entends ! On dirait Vincent !

Vincent qui nous ressemble si peu qu’il nous fait écho. Finalement. Même si l’on n’est pas compositeur même si l’on n’a jamais mis les pieds à New-York, on a – comme lui – une façon bien à nous de fuir nos vérités, d’éviter l’inéluctable danse macabre. Moi qui m’affiche ouvertement misanthrope, j’avoue que ce personnage pourrait volontiers partager ma table. On aurait à causer.

Alors même si vous allez me soupçonner de partialité envers mon idole exemplaire (et vous n’auriez qu’à moitié tort), je ne saurais trop vous conseiller d’aller faire un tour chez votre libraire préféré pour commander ce roman édité par Le Dilettante.

Ce ne sera pas peine perdue ! 
(Mon dieu que je suis drôle)
Alors, vous venez ?

Et pour quelques infos de plus le FB de Fabienne c’est là –> 

(Clic sur l’image et la  page s’ouvrira)

 

 

et surtout ,  —>

 

 

 

 

 

 

 

Le 7 janvier 2015, on a tous été Charlie. D’un coup d’un seul ! Moi, comme les autres, j’ai été blessée par cet attentat. On s’est accaparés la douleur des victimes, on a donné notre avis, on est sortis dans la rue, changé nos photos de couverture, de profil… Il nous fallait extérioriser à tout crin, pour ne pas sombrer. Alors on a tonitrué.
Philippe Lançon, lui, était présent ce 7 janvier à la conférence de rédaction de Charlie Hebdo. Le canard – un peu boiteux – que plus personne ne lisait, que beaucoup jugeaient, critiquaient et descendaient. Oui, descendaient.
Le journaliste, lui, a été blessé.
Cette phrase ne comporte que six mots. Six petits mots dont nous ne pouvons saisir l’ampleur.  Alors que nous, foule anonyme, étions en train de sortir de nous-mêmes, de nous rassembler, de parler encore et encore, Philippe Lançon se taisait. Une balle avait traversé sa mâchoire, le réduisant au silence. Ce jour-là, il fut extrait du monde, devenu un revenant.
L’homme qu’il était ne sera jamais plus. Celui à venir, alors encore inconnu. Dans son livre, « Le lambeau », Philippe Lançon nous parle à voix basse. Il nous chuchote son insupportable renaissance. Il nous dépeint les soignants, nous dessine les contours de sa douleur.
Dans ce récit, on ne croise que furtivement les fantômes des frères K. Mais on fréquente Baudelaire, Proust, Goya, Vélasquez, Bach, Coltrane… Tous accompagnent Philippe Lançon durant les opérations, les greffes, les piqûres qui endurcissent les veines, les réussites et les échecs. Durant ces mois passés loin du monde, ils resteront là auprès de lui. Plus que n’importe qui d’autre en ce monde.
Nous lecteurs, devons lire aujourd’hui les mots de Lançon sans faire de bruit. Invités au creux de sa
chambre d’hôpital, nous devons nous faire petits. Tout petits.
Ne plus tonitruer.
Parce qu’on ne savait rien.
On n’imaginait même pas ce que voulait dire « être Charlie ».
(Le lambeau – Philippe Lançon chez Gallimard)

 

Fabienne Desseux

Indélébiles » de Luz…

29 Déc

On m’a offert « Indélébiles » de Luz.

J’en avais très envie de ces Indélébiles. J’ai aperçu Luz l’autre jour à la télé. Je savais qu’il voulait nous parler des gens de Charlie, loin du 7 janvier. Nous parler de ses collègues.

Une fois entre mes mains, son livre pesait un peu lourd. Faut dire qu’il est tout dodu, ramassé sur lui-même. Mais il ne se donne pas un genre rabougri ou grognon, non ! Il est même d’emblée rassurant.

J’avais deux-trois mails à écrire ce matin. Je voulais poser la bande dessinée sur mon bureau, je l’ai finalement gardé sur mes genoux en finissant mes courriels. Elle n’arrêtait pas de me faire de l’œil. Je sentais qu’on s’agitait drôlement sous la couverture.

« Catharsis », autre ouvrage de Luz, m’avait fait un effet différent. Il était grand, anguleux. Il m’intimait. Je savais que j’allais me blesser sur ses arêtes.

« Indélébiles » m’a invité. En vérité on dirait que ce livre est rond. Ce qui est con pour une BD rectangulaire. Rond et chaud. Ce qui est encore plus con.

Alors j’ai cédé. Je l’ai ouvert. Juste pour lire cinq ou six pages. Pas davantage. Simplement pour voir ce qui se trame là-dedans. Sérieux, je n’arrivais presque plus à écrire mes mails tellement ça faisait du bruit dans ce rectangle rond. Je suis tombée sur Luz avec un décapsuleur Simpson, il a ouvert une bière. Je me suis retrouvée à suivre ce minot, ce provincial qui débarque à Paris avec ses premiers dessins sous le bras. Et on a croisé Cabu… Si, si, Cabu ! Il pétille, je peux vous le dire. Puis on a rencontré Tignous, Charb, l’équipe de la Grosse Bertha. A un moment, avec d’autres dessinateurs, on s’est retrouvés à la rédaction de Charlie Hebdo. On a aussi célébré l’anniversaire de Luz, il a 21 ans et Cabu a sorti une part de tarte aux pommes de son sac pour fêter l’événement. Je me marre bien.

J’ai refermé « Indélébiles ».

Chuis bête. Je ne suis pas avec Luz, je ne suis pas à Paname, je ne suis pas chez Charlie.

J’ai quand même entrouvert à nouveau le bouquin. Putain ça sent la clope à des kilomètres, ils fument trop ! Y’a des chiures de gomme qui tombent des pages. Des miettes de tarte aux pommes aussi. J’entends au loin les vannes foireuses de Charb. Le bruit des rotatives, du fax. Ça sent l’encre d’imprimerie jusque dans mon bureau.

Charlie n’est pas un mausolée. Ce canard n’est pas figé dans le 7 janvier 2015. Il bat, il palpite, il est drôle. Ses dessinateurs ont fait un boulot formidable. Parce que dessiner n’est pas un métier de rigolos. C’est un travail essentiel, difficile.

« Indélébiles » est posé à côté de moi. J’entends qu’on rigole sec à travers ses pages. Mais je sais qu’ils marnent, y’a des bouclages à finir.

Ce livre n’est pas une nostalgie. Il est une réalité, une chaleur, qu’on avait presque oubliées à cause de cette saloperie de 7 janvier. Charlie et ses dessinateurs sont indélébiles.

Allez, je vous laisse. Ils chahutent de plus en plus fort. Je crois qu’il faut que j’y retourne… Il reste un bout de tarte aux pommes à finir et des bouclages à terminer.

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Fabienne Desseux

L’Ascenseur, lieu d’accueil de personnes, de vie et d’activités culturelles et artistiques en Gironde

28 Déc

 

Dimanche 23 décembre, l’Ascenseur, un squat récemment établi à Talence (33) dans un domaine immobilier vacant appartenant à l’Université de Bordeaux pour y héberger des familles sans domicile -cent vingt femmes, enfants et hommes- organisait à l’occasion des fêtes de fin d’année, une Kermesse de Noël, premier événement festif d’une série que les occupants des lieux, parmi lesquels se trouvent nombre d’adeptes des diverses disciplines artistiques, souhaitent prolifique et inventive, et résolument orientée vers l’expression artistique et l’accueil d’artistes désireux de soutenir la cause du logement pour tous. L’installation des familles terminée, après nettoyage et remise en état des locaux, c’est une vraie vie de quartier qui se structure dans la convivialité, malgré un avenir incertain, suspendu à une décision de justice et l’éventualité d’une expulsion, même si le domaine universitaire n’utilisait plus depuis plusieurs mois ces bâtiments, devenus trop vétustes pour servir aux cours. Outre les logements réservés à l’habitation, L’Ascenseur remet en état progressivement des bâtiments aptes à servir de salle de répétition pour des groupes de musique et de danse, de salles de concert et de lieux de vie collective, pour des spectacles où seront conviés également voisins du squat et toute personne désireuse de participer. Soutenus par plusieurs associations, dont Médecin du Monde, L’Association de Solidarité des Travailleurs Immigrés (ASTI), le Réseau Éducation Sans Frontière (RESF) ou encore la CIMADE, des bénévoles et habitants du quartier, ainsi que le curée de l’église, les résidents de L’ascenseur, à l’instar des membres de l’association La Ruche qui accueille des mineurs étrangers isolés, misent sur la transparence et la communication, via entre autres la multiplication d’événements artistiques pour expliquer la légitimité et l’utilité de leur démarche, et espérer convaincre les autorités de l’intérêt de les laisser occuper ces lieux et œuvrer légalement à une cause primordiale, qui capte l’attention et suscite le soutien de l’opinion publique. Pour ce jour, la fête, bien que consacrée aux enfants et aux familles, avec une distribution de jouets et cadeaux, l’organisation d’activités sportives, ludiques et artistiques, un repas collectif suivi d’une soirée musicale, accueillit un plus grand nombre de personnes que prévu, voisins, bénévoles et citoyens ayant répondu à l’invitation. S’il est permis de parler de succès d’estime populaire, elle en fut un exemple, et c’est avec conviction que l’Ascenseur prépare pour le 12 janvier 2019 un concert de soutien qui aura lieu à la Maison des Activités Culturelles du campus de Bordeaux III (facultés de lettres) et IV (facultés de droit) à Talence, et pour lequel appel est lancé aux artistes désireux d’apporter leur soutien. Une caisse solidaire a également été mise en ligne ici, afin d’aider le lieu, vous trouverez l’adresse plus bas.

En ces jours où une année nouvelle s’annonce, sans doute malheureusement avec toujours de plus en plus de personnes sans abris et d’enfants et adultes souffrant de conditions de vie indécentes et indignes d’un pays tel que le notre, alors que la loi ELAN votée récemment a supprimé le délai légal de deux mois avant expulsion applicable au bénéfice de la « trêve hivernale », et rendu tout squat expulsable dans l’immédiateté d’une décision administrative, c’est un peu d’espoir qu’on voit renaître dans chaque initiative citoyenne en résistance contre le cynisme des législations et l’indifférence, voire la cruauté, avec laquelle elles sont appliquées parfois. Et tout ça en musique bien-sûr! Et n’est-ce donc pas à cela que sert l’art? Donner naissance à l’espoir? Initiative citoyenne, celle-ci en est, et c’est pourquoi nous avons voulu lui donné la parole. Dans l’après-midi, Félix, un des organisateurs ainsi que Tom, un voisin du lieu venu le soutenir ont accepter de nous en expliquer un peu le sens.

– Bonjour et merci de nous accorder un moment. Vous et les familles hébergées ici occupez les lieux depuis peu, et c’est déjà un premier événement festif qui se programme aujourd’hui, dans la convivialité générale et avec la participations de voisins et citoyens venus vous témoigner un soutien. Comment êtes-vous arrivés dans ces lieux et comment parvenez-vous à maintenir un esprit si convivial?

– Félix : Comme toutes les maisons qui s ‘ouvrent : on passe devant, et si ça a l’air vide, on s’informe sur la personne à qui appartiennent les lieux. En l’occurrence ici il s’agit de locaux apparentant à l’Université de Bordeaux, et qui, si nous sommes bien informés, sont vacants depuis septembre 2018. Ceci explique pourquoi les locaux sont relativement salubres et que l’eau et l’électricité y sont encore. Durant une semaine, nous nous sommes occupés des lieux, en essayant de faire les choses correctement avec le soutien d’associations, et très rapidement des familles ont pu y être accueillies. Les associations et les copains étant au courant de l’ouverture de ce nouveau lieux d’accueil, on nous a envoyé les gens, en centralisant un peu les demandes d’hébergement. La cohabitation se passe très bien, entre les différentes nationalités d’origine des résidents, comme en témoigne la fête de ce dimanche. On a fait en sorte d’éviter d’être submergés, car c’est souvent ce problème qui est à l’origine de tensions au sein des lieux d’accueil. Même si parfois certaines nationalités ne s’acceptent pas trop entre elles, en faisant en sorte qu’il y ait suffisamment d’espace pour chacun et aussi des espaces collectifs où coopérer, tout le monde arrive à vivre ensemble. On est tous dans la même « merde », donc le mieux est de se serrer les coudes plutôt que se disperser.

– Lors de notre première rencontre, il était question d’organiser une vie artistique ici, en permettant à des groupes d’utiliser les lieux pour répéter et se produire. Qu’en est-il ?

– Félix : C’est toujours d’actualité. Évidemment depuis l’ouverture du lieu, on s’est concentrés sur l’accueil. Maintenant les lieux sont pleins ; donc l’accueil des arrivants est terminé. Aujourd’hui nous avons réussi à créer le premier événement avec cette kermesse de fin d’année pour les familles. Il a été mis en place par Once Upon A Time et Out Crew, qui sont des associations intervenant bénévolement pour faire des animations. C’est un peu le Noël des enfants, et on a utilisé les bâtiments D3 et D5 qui ne sont pas habités pour qu’ils y organisent la fête. On s’est juste occupés de la logistique et de nettoyer les salles, et les associations ont organisé les animations. Il y a des jouets et peluches qui proviennent de dons, des activités sportives, artistiques et ludiques. S’en suivra un repas et une soirée avec des concerts un peu improvisés, car on n’a pas vraiment eu le temps de faire répéter des groupes, et puis la convivialité est de mise aujourd’hui. Mais notre volonté pour l’avenir est de permettre à qui le souhaite de venir répéter, produire ce qu’il veut et se produire aussi. Le bâtiment D3 a par exemple servit depuis deux semaines à un groupe de danse, qui fera très bientôt une représentation.

– Où en êtes-vous vis à vis de la décision de justice concernant une éventuelle expulsion ?

– Félix : On n’a toujours pas de nouvelle. Pas de nouvelle, bonne nouvelle, même si nous craignons évidemment l’expulsion, d’autant que notre cas est passé devant la justice en procédure accélérée, ce qui peut indiquer que l’administration publique n’a pas l’intention de laisser perdurer l’occupation de ces bâtiments, qui ne logent pourtant plus ses activités. Nous avons donc conscience d’être expulsables à tout moment, au pire demain, au mieux jamais. Évidemment les avocats et associations ne lâchent pas et on tente de voir ce qu’on peut faire au niveau juridique, avec un recours devant le conseil d’état, qui est une procédure ayant déjà fonctionné à Toulouse en 2016 pour un lieu de vie comparable à celui-ci. L’incertitude est le lot de tout squat, mais ça ne nous empêche pas de faire des choses, car si on reste suspendus à nos craintes, on ne fait plus rien.

– Tom, tu es de passage en tant que voisin aujourd’hui. Quel regard portent globalement les habitants du quartier sur l’ouverture de ce squat ?

– Tom : En fait j’ai un peu une double-casquette, car je suis militant auprès de cette cause, mais également voisin ; je suis donc venu en tant que voisin d’abord. De toute façon, il n’y a eu que de bon retours dans le voisinage pour le moment ; les gens ne se plaignent pas de la présence de familles ici. J’en avais un peu peur, car il y a trois ou quatre ans, la mairie de Talence avait ouvert un accueil, et les mouvements d’extrême-droite avaient beaucoup posté de tracts mensongers dans les boites à lettre du quartier, et certains individus étaient intervenus dans des réunions publiques de façon assez brutale, en tentant de monter la population contre le fait que la mairie ouvre un lieu d’hébergement pour des personnes à la rue. Mais pour le moment ici, tout se passe dans la bonne entente.

– Félix, quelles sont les associations principalement qui vous apportent leur soutien et quels événements prochains pouvons-nous annoncer ?

– Félix : Médecins du Monde en premier lieu ; c’est souvent cette association qui nous envoie les familles. Et puis Réseau d’Éducation Sans Frontières, l’Association de Solidarité des Travailleurs Immigrés, Droit au Logement, la CIMADE. Je vais profiter de l’occasion pour faire un peu le « spoiler », mais ça peut être intéressant que des gens soient dès maintenant au courant : nous sommes en train de rédiger une lettre ouverte au Président de l’Université qui possède les locaux, accompagnée d’une pétition, pour expliquer notre démarche et la situation des gens qui viennent ici et qui sera co-signée par plusieurs associations et collectifs, dont des associations étudiantes. Nous, ce que nous souhaitons, c’est vraiment discuter avec les pouvoirs publics. Non pas pour créer un partenariat ; on sait ce que donnent les partenariats avec les pouvoirs publics hélas. Mais au moins pour expliquer ce qu’on fait et leur demander de nous laisser tranquilles, puisqu’ils n’ont pas besoin des locaux. Il était même question de les revendre à Bouygues, mais c’est une pratique systématique désormais que de revendre le parc immobilier appartenant au domaine public à des sociétés privées. Il faut quand même savoir que sur Bordeaux, on compte dans les trente mille logements vides (chiffre du D.A.L), alors qu’une enquête de 2016 recensait trois mille et soixante cinq personnes sans domicile ou en situation immobilière très précaire. Il y aurait donc avec un peu de bonne volonté de quoi largement loger tout le monde. Mais chacun à ses priorités : certains préfèrent que tout le monde ait droit à un toit et nous en sommes ; d’autres préfèrent faire du profit financier. J’en profite pour informer qu’une caisse de soutien en ligne a également été lancé pour nous aider financièrement, et le 12 janvier nous organiseront à la Maison des Activités Culturelles du campus de Talence (Bordeaux III et IV) une soirée festive musicale. La participation d’artistes n’étant pas close, profitons en pour lancer un appel à cette fin.

 

Miren Funke

 

 

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DES HOMMES EN DEVENIR …

26 Déc

                 

  Mis en scène par Emmanuel Meirieu au Théâtre de Châtillon


Les mots pour dire leur douleur, nous raconter leurs vies éclatées, brisées. Six hommes dont un chanteur viennent chacun exposer leur vécu sur scène derrière un micro. Faire entendre ce qu’ils ont à dire devient une nécessité, parler pour survivre ou pour enfouir davantage une plaie à vif. La douleur exprimée passe par la réminiscence de souvenirs lointains. Des hommes forts, virils, oui mais des humains avant tout. Emmanuel Meirieu s’intéresse à ce qui réside au fond des entrailles de ces hommes pour en faire jaillir toute la sensibilité. Ces paroles viscérales sont prononcées avec une nécessité impressionnante. Le talent des quatre acteurs se révèle dans leurs métamorphoses successives, incarnant différents hommes avec brio. L’acte de parole est la première phase de reconstruction de ces êtres à vif : communiquer ses émotions au public, droit dans les yeux ne peut que nous faire ressentir une certaine empathie. La sensibilité de ces hommes qui se livrent corps et âmes, souvent sans retenue, déconstruit les clichés de l’homme « fort » que nos sociétés entretiennent.

Le rendez-vous des âmes perdues

Ces fameuses réunions de « story telling », imaginées par l’écrivain américain George Dawes Green, ont attiré beaucoup de personnes dès leur création à la fin des années 1990. Partager des instants de vie qui les ont meurtris ou tout simplement marqués pour se libérer et ne pas rester seul face à leur situation. L’humain est replacé au centre. Les corps marqués et imprégnés racontent l’histoire souvent mieux que les mots. Le plateau est plongé dans un clair-obscur inquiétant avec une musique renforçant cette atmosphère déroutante aussi bien pour les personnages que pour le spectateur. La vidéo retransmise en simultané du visage des hommes avec un effet transparent permet d’être à leurs côtés, concernés par toutes leurs histoires.

Mathias Youb

Le théâtre de Chatillon, c’est là –>

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