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Sortie de l’album « 30m² » de Barthab : entretien avec l’artiste

18 Oct

 

« La pièce maitresse » est le titre d’une composition de Xavier Barthaburu (Barthab) [Lire ici], qui m’ouvrit à son écoute une perspective inédite pour moi dans l’univers du chanteur. Cet instrumental d’une quatorzaine de minutes, aux faux airs de ritournelle qui, d’élans successifs ou conjoints d’instruments à cordes, à vent et de cuivres, amplifie, étoffe, radoucie et amenuise, puis redéveloppe et enfle à nouveau un thème, avait de quoi surprendre de la part d’un auteur-interprète, parolier à textes denses et fleuris, artiste militant de surcroît, et qui, quoique n’en étant pas moins musicien, m’avait accoutumée à des chansons où les mots portent un propos qui a du sens. Non pas que l’écriture purement musicale n’en ait pas. Mais l’exercice m’étonnait, détonnait de l’idée que j’avais de Barthab, et cependant confirmait une intuition muée en certitude : le garçon était de ces inclassables trop souvent classés à tort dans une case. Comme en concordance avec le morceaux ainsi nommé, voici donc la pièce maitresse de l’itinéraire d’une artiste qui nous enchante, nous amuse, et fait écho en musique aux colères et aux idéaux humanistes qui sont les nôtres ; à moins que ce ne soit la pièce manquante d’un cheminement parsemé de chansons, parfois crées il y a fort longtemps, et qui ne furent jamais jusqu’ici sorties sur un enregistrement, bien qu’elles s’animent depuis des années au grès des concerts, interprétées ou revisitées selon l’humeur et le gout des différentes formations qui accompagnent le chanteur, que ce soit l’Affaire Barthab ou Transat [Lire ici]. L’album tant attendu, qui grave enfin ces chansons, dont précisément « La pièce maitresse », clôturant le disque, vient donc de sortir le 04 octobre physiquement (disponible également en digital), au terme d’un travail minutieux, mené avec tant d’ardeur, aussi tant de passion,  et guidé par le souci de ramener ces morceaux au plus proche de leur version d’origine et de leurs premiers chromatismes sonores. Et Barthab nous en fait voir de toutes les couleurs avec ce disque, qui loin de constituer une simple compilation hétéroclite de douze titres, présente et revendique une réelle cohérence d’ensemble, dans laquelle se relient les unes aux autres des chansons à caractère intimiste et sensuel, plus qu’à propos sociétal, comme c’était le cas du précédent enregistrement. Clôture d’une période, aboutissement d’un travail de création aussi prolifique que dispersé, l’achèvement de ce disque indique peut-être aussi le franchissement d’une étape nécessaire qui libère l’artiste d’un chapitre de son œuvre pour lui permettre d’écrire la page suivante. Et pour nous, la lecture en est savoureuse. Alors que l’album était sur le point d’être terminé, Barthab avait précédemment accepté de nous accorder un entretien pour nous en parler.

 

– Xavier bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Cet album consacre l’enregistrement de titres que tu as créés pour certains il y a longtemps. As-tu remanié les versions de certaines chansons, que nous avons l’habitude d’écouter avec des arrangements différents comme « De toutes les couleurs » ?

C’est la toute première version que j’en avais faite. Ce disque, je l’ai fait à l’envers un peu. Je voulais tout sortir d’un coup, tel que c’est là. Les autres versions ont été enregistrées avant ça, mais ce sont les toutes premières versions auxquelles je suis revenu avec cet enregistrement. C’est la base, avant que je les revisite avec le groupe Transat ou l’Affaire Barthab. Cette chanson précisément était jouée en Swing avec Transat et plutôt en une espèce de Rock steady avec L’Affaire Barthab. J’ai simplement fait les choses à l’envers, parce que je n’ai pas pu produire ce disque avant. Mais dorénavant, je sortirai mes compositions, puis les jouerai avec différentes orchestrations selon le groupe. C’est pour cela qu’on retrouve le Punk sur cet enregistrement, parce que je viens de là, et que je voulais au moins en mettre un au milieu, même si c’est un album très Chanson. Je suis passé par tellement d’endroits pour essayer de trouver quelque chose qui touche un plus grand public, et au bout du compte, je reviens à ce que j’avais fait au début. J’ai essayé avec cet enregistrement de me rapprocher de tout ce que j’ai fait au départ en fait.

 

– Cela signifie-t-il que tu joueras dorénavant ces titres ainsi sur scène ?

En revanche sur scène, tu retrouveras très rarement la même chose que sur le disque. Sinon, le live n’a pas vraiment d’intérêt, si c’est pour reproduire ce que tu peux écouter sur le disque. Forcément en fonction d’avec qui tu joues, tu orchestres les chansons différemment. J’aime bien éclater mes morceaux avec d’autres personnes, parce qu’elles apportent des idées, leur savoir-faire. C’est aussi pour ça qu’il fallait absolument que je sorte ce disque ; c’était un poids. Il fallait que je passe ce cap pour dire que dorénavant je fais mes disques chez moi, et après je les travaille avec des gens sur scène. Même si évidemment on est quatorze ou quinze sur l’enregistrement ; je ne sous-entends pas que j’y joue seul bien sur. Alors évidemment ça ne plaît pas aux professionnels de la profession, car pour eux il faudrait avoir un seul spectacle, être reconnaissable, casable, étiquetable. L’argument des professionnels est de dire que les gens ne vont pas comprendre. Personnellement je suis musicien ; j’aime les musiques. Je sors donc ce que je veux et si les gens sont perdus, tant pis.

 

– N’est-ce pas prendre les auditeurs pour des abrutis que tenir cet argument d’obligation de rentrer dans une case?

Exactement ! Mais dans le business, on parle et raisonne comme ça.

 

– L’enregistrement fournit pour beaucoup de chansons une version étoffée en cordes qui donne un sens plus ample et dense. Était-ce une de tes priorités ?

Oui, Galen de Transat m’a refait un violoncelle. Je travaille donc plus avec mon violoncelle qu’avant, où je faisais souvent les enregistrements avec ma trompette et mes cuivres, parce que dans Les Pellos ou LaReplik on sortait de là. Sur les deux titres rock, la voix a été volontairement sous-mixé pour qu’elle soit moins en avant et plus incorporée au son, même si la différence de traitement peut choquer par rapport aux autres titres.

 

– Où a-t-il été enregistré ?

Je l’ai enregistré à quatorze endroits différents ! C’est un assemblage de bout d’un peu partout. Le gros a été fait à la gare de Lamothe-Landeron, où l’association « Sans Crier Gare » [https://www.facebook.com/sanscrier.gare/] a acheté l’ancienne gare et y fait de la programmation, à raison d’un spectacle de théâtre ou de musique par mois. Il y a d’ailleurs deux trains audibles au loin sur l’enregistrement qui sont passés au moment de la prise et qu’on a gardés. Une batterie a été prise au studio de Louis Mazzoni à Albi. Les voix, les basses et les mandolines sont faites chez moi à la maison ; le soubassophone a été enregistré au Chat qui pêche ; les pianos chez Raph et au studio Berduquet. Ça vient un peu de partout ; c’est à dire que les remerciements et les lieux sur le disque vont prendre quinze lignes ! J’y ai passé un temps fou, mais j’ai appris plein de choses.

 

– Et alors qu’en est-il de ce morceaux «La pièce maîtresse », instrumental de quatorze minutes, dont la présence peut surprendre sur un disque de chanson « à texte » ?

On en parle ? J’avais envie de faire ça ! Je joue de tous les instruments sur ce morceau, sauf l’accordéon. J’ai fait ça à la maison ; j’ai posé des guitares et ça durait. Je cumulais les instruments, et au final ça a fini à treize ou quatorze minutes. Je le voyais comme un générique de fin. Je n’avais jamais fait ça avant : depuis que je fais du Barthab, il faut rester dans le format Chanson. Or je suis quand même un musicien à la base, et je me disais qu’un morceau sans paroles, avec que de la musique, et qui pourrait évoquer un film serait intéressant. Je me rends compte que la Chanson pure avec que du texte m’ennuie. Il en est de même pour tous mes collègues qui sont aussi des instrumentistes. On n’a pas du tout envie d’assassiner les gens en spectacle en leur assenant que du texte. C’est pourquoi avec L’Affaire Barthab, on se laisse des vrais moments de chorus, de solo, sans chanteur : ça fait du bien à tout le monde. Du coup ce morceau est né ; j’avais ça à dire. Je l’ai appelé « La pièce maîtresse », parce qu’il parle de plein de relations amoureuses, des amants, des maîtresses, et puis aussi parce que c’est la pièce maîtresse, le gros morceau de la fin du disque. Je me suis longtemps imaginé tous ces titres clipés, et celui-ci m’évoquait vraiment un générique de fin de film. Le problème de réaliser des clips, c’est qu’outre la question budgétaire, quand tu montes des images sur de la musique, tu obliges d’une certaine façon les gens à n’imaginer rien d’autre que ce que tu leur montres. Une chanson permet de s’imaginer des situations auxquelles l’auteur n’a peut-être jamais pensé, de s’approprier les propos en les rapportant à un vécu propre ou des émotions personnelles. Il faut être bon en clip pour ne pas mettre de cadre limitant les possibilités d’interprétation. Pour revenir au morceau, certes il rallonge l’album, mais je voulais absolument le mettre ; il avait une logique : c’est la fin de quelque chose. A la fin de toutes ces petites histoires qui bouleversent le cœur et la tête, je m’imaginais le gars tracer dans la montagne du -Pays Basque bien évidemment-, avec juste la nature et les animaux autour, et du silence. 

 

– C’est aussi la fin de l’histoire de ce répertoire qui constitue le disque et que tu as joué depuis des années avant de l’enregistrer enfin : est-ce une étape nécessaire peut-être aussi de clore cette histoire pour pouvoir passer à autre chose et créer de nouvelles compositions ?

Exactement ! Ce disque est une période de ma vie qui ne marche qu’avec ces douze morceaux. Les professionnels voulaient me faire sortir des EP, des titres uniques, mais pour moi il n’était pas concevable de sortir le contenu de ce disque au compte-goutte. J’ai donc économisé pour pouvoir enfin le réaliser. Et ça y est : je suis reparti dans l’écriture. C’est bien, parce que ne pas poser ces chansons sur un disque m’a freiné. Bien sûr j’ai écrit entre-temps, mais c’était des choses que je mettais de côté, sans vraiment parvenir à avancer. J’ai encore des trucs à poser que je joue sur scène et qui ne sont pas présents sur le disque, mais ce sont des thèmes plus politiques, moins intimistes. Le côté militant n’est quasiment pas présent sur le disque, à part avec les chansons « Ça se saurait » qui est une chanson de société et « A vous », qui est une chanson de vie en commun. Je trouvais que ces chansons avaient une cohérence avec le reste du disque, après toutes ces histoires de couple, de relations, cette évidence défendue « si c’était simple, ça se saurait » me semblait aller dans la logique. Ce disque est une phase de ma vie, un virage et ce qui va arriver derrière sera beaucoup plus sociétal. J’aime bien les chansons de relation où on peut insérer du sociétal, car la notion de vivre-ensemble y a une grande importance.

 

– A ce titre, pourquoi ne pas avoir enregistré également la chanson « Ce que les autres veulent vivre à deux », qui personnellement m’évoquait souvent une amie commune, M., chanteuse du groupe Orchestre Poétique d’Avant-guerre [Lire ici], comme elle peut évoquer toutes ces personnes dont l’amour de l’humanité est tel qu’il semble complètement libéré des dimensions d’exclusivités ou de possessivités ?

Celle là, on la joue en Transat et elle sera sur le prochain disque. Je n’ai pas réussi à l’intégrer musicalement à ce disque ci, car l’arrangement ne collait pas avec l’ambiance. Je la considère comme une chanson de société ; il est pour moi logique qu’elle s’inscrive sur un même album que « Vendeur de canon », et d’autres titres qui parlent de gens qui ne vivent pas comme les autres. Cette chanson rejoint un peu le thème de « La mauvaise réputation » de Brassens : elle fait une punchline sur les codes de la vie en couple. Alors qu’« En guerre » est une chanson sur un couple à trois, au sein duquel finalement deux subissent. « Ce que les gens veulent vivre à deux » attaque plutôt une morale. Certains arrivent à vivre à trois, quatre ou plus. On n’est pas obligé de la prendre comme une histoire de couple, mais plus de société. Et c’est effectivement un sujet dont on a parlé tellement de fois, M. et moi, en voyage, en tournée. En effet même si personnellement je n’y arrive pas, j’aurais envie qu’on tende vers ce genre d’amour. Dans cette chanson je soulève aussi le sujet de la vision machiste qui consiste à se choquer de ce qu’une femme veuille vivre l’amour comme elle l’entend, alors qu’on considère cela normal de la part d’un homme. Ce n’est pas parce qu’une femme embrasse plein de gars qu’elle a une conduite immorale : elle a le droit d’aimer plein de gens. J’ai volontairement pris une femme comme personnage principal, car c’est bien plus compliqué de vivre des amours multiples quand on est une femme. Tout est plus compliqué quand on est une femme dans ce monde. J’aime bien parler de la place des femmes, et non pas à la place des femmes. « L’Amoureuse » et « Sois un homme » sont aussi des chansons qui parlent de la place des femmes ; en général quand il arrive que des copines me fassent part de leur sentiments, de leur ressenti, de la façon dont elles vivent les choses en disant qu’elles aimeraient bien qu’on les comprenne, ça suscite des idées en moi et des réflexions qui partent de là : mes chansons partent de là. Le cas est différent pour « L’Amoureuse » : une copine m’a demandé de lui écrire une chanson à chanter, donc je me suis un peu mis à sa place, mais en écrivant une espèce d’entre-deux, c’est à dire entre ce qu’elle pensait et ce que moi je pensais d’elle. De toute manière je ne peux jamais vraiment écrire à la place de quelqu’un entièrement : il  y a forcément mon spectre qui apparaît.

 

– T’arrive-t-il de réécrire tes textes ?

Oui. Je possède pleins de bouts de refrain, autour desquels j’ai essayé de faire du remplissage. Quand ça n’est pas à mon gout, je mets mes bouts de texte de côté, en me disant qu’un jour peut-être, le texte viendra. Tout le monde fait ça. Parfois ça n’aboutit pas sur le moment, car ce n’est pas le bon moment et surtout tu ne vois pas de quoi tu parles, enfin tu vois l’idée, mais tu ne sais pas en parler, car tu n’as pas vraiment vécu la chose. Je me suis mit à la lecture de Virginie Despentes avec ses œuvres Vernon Subutex et King Kong Théorie ; j’adore sa façon d’écrire, car en plus elle parle beaucoup de Rock et possède beaucoup de références que je connais, comme La Souris Déglinguée, des endroits marginaux où on a pu traîner dans les milieux punk, trans, parce qu’on aime bien boire et qu’on aime les gens pas « normaux » ou considérés comme tels. En fait, cette auteure possède des punchline, des idées à dire, et brode des histoires et invente des personnages autour de ces idées pour nous les dire. Ma compagne m’a fait remarquer qu’en fait tous les auteurs font ça. La Chanson, c’est pareil : j’ai en ce moment plein d’idées, de sujets à aborder, mais je ne sais pas trop comment les amener, sans affirmer les choses en mode frontal. Les romanciers font ça et c’est ce qui fait qu’ils sont de bons auteurs : ils t’amènent vers une idée en t’y faisant arriver d’ailleurs. On peut bien sûr faire de la chanson frontale : Les Béruriers Noirs le font et ça marche ; Renaud contextualise tout. J’ai eu Le Larron [Lire ici] comme encadrant à Voix du Sud, et lui est très bon dans cette façon de trouver un angle d’attaque original pour aborder un thème. Valerian Renault [Lire  ici] également ; il déchire et écrit vraiment très bien, et pourtant peu de gens le connaissent. Je ne comprends pas qu’il ne soit pas plus soutenu et mis en avant. Je ne serai sans doute jamais très connu, non plus. Mais je m’en branle ; je voudrais juste pouvoir faire mon travail normalement et payer les gens avec qui je bosse correctement, et garder ma liberté d’expression. En tous cas il y a toujours des gens en fin de spectacle qui viennent nous dire « merci », et je les en remercie d’autant plus que comme on galère, on a absolument besoin de ce retour. 

 

Miren Funke

Photos : Carolyn C, Jérôme Victoire, Miren (Barthab à la Fête de l’Huma, Cadaujac, 33)

 

 

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Ecoute sur spotify : clic ici –>

 

 

 

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Sophie Le Cam, veuillez croire …

16 Oct

Avec Michel D.

D’entrée, la photo de Michel Drucker situe ce qui nous attend, la demoiselle est une admiratrice de la chanson dans ce qu’elle a de meilleur, et c’est en Frégoli de la scène musicale que Sophie Le Cam offre un florilège très inspiré de quelques personnages emblématiques de notre folklore, c’est Zazie (celle du métro et de Queneau) Coluche, Michel Dutronc (!) Gavroche-Renaud, ou Philibert, le môme parigot gouailleur. Sophie Le Cam est un personnage polymorphe de Jean Yanne dans ses meilleurs jours et dans un décor signé Reiser, elle est un peu tout ça, sans économiser les effets, changements de costumes, menés comme dans une revue de Broadway, des boys musiciens très impliqués dans les tableaux, c’est un cartoon de dérision burlesque et jubilatoire… Des chansons habillées – ou déshabillées – selon le ton et le sujet.

Et puis… et puis, elle nous retourne en virtuose, avec la grâce d’une danseuse de badmington pour des miracles de sensibilité et d’émotion à fleur de peau, c’est Charlot le voyou au cœur tendre qui oublie son air de gentil clown pour effeuiller son cœur et ses sentiments. Le cartoon devient film humaniste, chef d’oeuvre de délicatesse, chapeau l’artiste !

On peut aussi ajouter que ce show ne se refuse rien, un intermède voit la motarde faire un tour de salle et de scène sur un deux roues accordé au son Harley, piloté par un fier acolyte, musicien émérite. Ajoutons deux danseurs invités, un partenaire pour un échange badmintonien, Sophie Le Cam ne se refuse rien pour nous offrir le meilleur.

Et ce spectacle avec toutes ses options est adaptable pour des salles format LMP ou Olympia, programmateurs, à vos agendas.

C’était la fête de sortie d’album, Veuillez croire et  veuillez me croire, les promesses ont été tenues, Romain et Jeanne* étaient de passage, et bonne copine Sophie fait la promo de Jeanne Rochette pour ses scènes à venir… C’était juste après leur duo «  à quoi sert une chanson si elle est désarmée… »

Ce soir la chanson était armée et bien armée, l’amour en avant scène, si on peut dire…

Et pour en savoir plus clic ici –>

 

 

NB : L’album Veuillez croire… met en avant le côté déluré impertinent de cette Betty Boop extravertie, c’est bien, mais le spectacle est plus riche et plus nuancé, mais l’album se termine avec Lulu, et on se dit qu’on devrait peut-être mieux regarder les Lulus de la rue .. . Comprend qui veut.

NB 2 : Oui, le badmington est dansant …

NB 3 : Sophie Le Cam a ajouté la chanson à son art de comédienne, entre la comédia dell ‘arte et le happening bien maîtrisé, et si on ne voit pas le temps passer, on a engrangé un kaléidoscope d’images virevoltantes. Avis aux amateurs avertis de badmington, vous êtes invités sur la scène pour votre minute de gloire. C’est une offre qu’on ne peut pas refuser…

*Romain Lemire (et sa Harley de poche) et Jeanne Rochette.

 

Et pour quelques photos de plus, bien  éclairées par Marie Ducatez

Photos©NGabriel2019  Lumières Marie Ducatez (Pour agrandir, clic sur l’image)

 

Norbert Gabriel

 

Concert de soutien Ford Blanquefort Même pas Mort! rencontre avec le groupe de théâtre

14 Oct

Samedi 21 septembre

Samedi 21 septembre, la salle de spectacle Le Krakatoa à Mérignac, près de Bordeaux, organisait conjointement avec le collectif Ford Blanquefort, Même pas mort!, une soirée en soutien aux salariés de l’usine Ford, dont la fermeture programmée de longue date a finalement été actée par une décision de justice refusant de se prononcer contre et autorisant les licenciements au terme d’une lutte de dix ans, durant lesquels le combat syndical et salarial avait réussi à empêcher la liquidation du site par le constructeur américain. Dix ans de batailles, de conflits, de petites victoires et de sursis, arrachés, épisode après épisode, dans une lutte volontaire, digne, exemplaire, pour conserver les emplois, dix ans d’un militantisme sans relâche, dix ans sous l’épée de Damoclès à craindre le moment où le couperet finirait par tomber et à espérer quand même qu’on ne se bat pas en vain, à mener des grèves, épuiser les recours juridiques, négocier avec les dirigeants de l’entreprise, en appeler à l’intervention des pouvoirs publics, s’entourer de soutiens associatifs, humains et artistiques pour médiatiser la cause, et se ressourcer lors de témoignages festifs de solidarité à l’occasion de concerts et d’évènements. Non pas que les militants aient été de doux rêveurs utopistes inconscients de la féroce réalité que de toute évidence leur imposerait fatalement un employeur ayant pourtant bénéficié de multiples aides de l’état français pour renoncer à la fermeture de cette usine de boite de vitesse (50 millions de subventions publiques), que par ailleurs aucun impératif économique n’exigeait, l’usine n’étant pas déficitaire, bien au contraire (7,6 milliards de profits en 2017). Mais c’est un sens de la dignité et le refus de la résignation qui tenaient les camarades debout dans l’adversité contre le non-sens, et le cynisme de principes économiques selon lesquels la vie des femmes et des hommes, ayant usé leur santé à produire, n’a pas plus de valeur que l’usage que le patronat peut en faire selon son gré. Et lorsque les lettres de licenciements commencent à arriver, qu’elles sont là, entre vos mains, ces dix ans sont finis. L’usine, le travail qu’on sait accomplir, les compétences professionnelles, l’expérience, les collègues, les camarades, la sécurité d’un salaire, qui bien que n’étant pas mirobolant permettait de vivre et de nourrir ses enfants, la fierté de l’ouvrier peut-être, les emplois annexes des sous-traitants, l’existence des commerces et de la vie sociale et économique d’une commune dépendant de l’existence de ces emplois, le sens de la solidarité, se lever le matin pour faire quelque chose, se battre pour quelque chose : tout est fini. Alors à ce concert, pour l’organisation duquel de nombreux acteurs joignirent leurs forces, des artistes venus témoigner leur soutien, au personnel du Krakatoa, dont certains travailleurs vinrent donner un coup de main bénévolement, en passant bien sur par le public arrivé nombreux -la salle était quasiment complète-, une atmosphère particulière s’installait : un mélange paradoxal d’envie de réjouissance et de festivité, de rires et de chants, et d’une amère tristesse au gout de profond désarroi. Nombreux laissèrent couler leur chagrin, leur dégout, leur effondrement le long du visage. Ce fut une soirée chaleureuse certes, musicalement et comiquement riche. Mais le cœur ayant pourtant besoin de faire la fête ne parvenait pas à y aspirer pleinement, comme dans ces moments funèbres où l’instinct de vie aurait précisément besoin de se hurler plus fort que d’habitude, mais se contraint d’une retenue, comme si la joie sans frein y revêtait un caractère indécent, dont elle ne devrait pourtant jamais avoir à se parer, tant nul ne sait sans doute mieux que ces femmes et ces hommes debout combien elle est vitale à l’existence.

Avant que les différents artistes et humoristes animent la soirée, un groupe de théâtre, au sein duquel nous retrouvons plusieurs membres de la chorale anarchiste Le Cri Du Peuple [ LIRE ICI ] deux salariés militants de l’usine Ford, Gilles et Jérôme [qui nous avaient accordé un entretien l’an passé  LIRE ICI ], et d’autres camarades, amorçait le spectacle par une lecture théâtrale et chansonnière d’extraits du livre Ford Blanquefort, Même pas mort! C’est à l’initiative d’Isa, de la compagnie de théâtre bordelaise Les Petits Tréteaux, que fut mise en scène cette œuvre collective de plusieurs auteurs, sociologues, humoristes, chanteurs et dessinateurs, dont les droits sont réservés à l’Association de défense des emplois Ford. Une lecture émouvante par les convictions qui s’y expriment bien sûr, mais aussi parce qu’elle porte la parole de vies qui n’ont rien d’anonyme, qui sont celles de nos proches, nos amis, nos copains, en inscrivant la démarche de ses auteurs dans le sillage de celle des intellectuels et des artistes solidaires de la cause ouvrière, et que ce ne sont pas des comédiens professionnels qui l’interprètent. La metteuse en scène, Isa, elle-même artiste – et non moins militante du milieu associatif active auprès de nombreuses causes (entre autres l’élan de solidarité envers les personnes jetées à la rue après l’expulsion de plusieurs squats à Bordeaux les mois précédents), dont les engagements, à l’instar de ceux de ses compagnes et compagnons, s’ancrent dans un sens de concordance et de solidarité des différentes luttes-, amènent ces amateurs, pour certains novices dans l’exercice théâtral, à un degré d’exigence qualitative remarquable, preuve que l’excellence artistique n’est pas l’exclusivité d’un élitisme professionnel. Après la représentation, des membres de la troupe nous retrouvaient en fin de soirée pour parler de toute la noblesse d’un art populaire qui a du sens et du sens qu’ils lui donnent à travers cette pièce.

 

– Bonjour et merci de nous accorder cet entretien après la soirée qu’on vient de passer. Pouvez-vous nous raconter comment est née l’idée de la pièce que vous avez jouée ce soir?

– Marina : Isabelle de l’association Les Petits Tréteaux nous a proposé de faire une lecture d’extraits du livre Ford Blanquefort Même pas morts !, et l’a peu à peu mise en scène.

– Julien : Au départ il ne s’agissait que d’une lecture simple et on s’est un peu tous regardés en chiens de faïence, avec nos textes à lire. Et puis on a commencé à se dire qu’avec une guitare, et puis un cajun, on pourrait arranger les choses en incorporant des morceaux de musique entre les textes, et puis Isabelle a proposé d’intercaler carrément des chansons de lutte.

– Marina : Isabelle a donc composé une mise en scène à partir de ça, et nous avons eu la chance d’avoir Nadia (du groupe La Fiancée du Pirate) pour nous diriger de manière à ne pas chanter trop faux.

 

– Alors ce livre, comment est-il né, dans quel but et par quelles collaborations ?

– Béatrice : En fait la CGT de Ford tenait un canard qui s’appelait « Bonne Nouvelle » dans lequel ils remettaient à leur sauce des dessins humoristiques piqués dans la presse de gauche. Au moment de l’annonce de la fermeture de l’usine, ils ont donc fait appel à certains dessinateurs auteurs de ces dessins, et d’autres qui ont participé exprès pour alimenter le canard. Il y a eu jusqu’à quatre vingt dessins dont de Plantu, de Urbs, Large, etc… Ensuite on a compilé les dessins a fait appel à des auteurs pour réaliser ce livre avec des textes autour : on a contacté Chalandon, Morel, rencontré au salon du livre d’autres auteurs à qui ont demandé au culot s’ils voudraient participer à ce livre. Tous les textes ont été donnés comme ça. Libertalia  est une maison d’édition libertaire qui nous a donné carte blanche et a édité le bouquin, en considérant ça comme un « tract de luxe », l’idée étant de diffuser la lutte et la faire connaitre, sans prendre en considération des histoires de rentabilité ni autre. D’ailleurs les droits d’auteurs de l’ouvrage sont réservés à l’association de défense des emplois Ford. Et puis Isa a lu le bouquin et eu l’idée de la pièce.

– Marina : Donc les textes ont été écrits par des auteurs, des humoristes, des chanteurs, des universitaires. Il y a les Pinçon-Charlot, Sorj Chalandon, Serge Halimi, François Morel, Philippe Blanchet, Guillaume Meurice, Juliette, Didier Super entre autres. C’est un très beau livre avec de superbes textes et des textes qui peuvent parler aux gens, car ils sont extraits de ce que peut vivre quelqu’un qui perd son job. Par exemple il y a un texte qu’on n’a pas lu, mais qui parle d’une paire de chaussures payées au gamin du couple, qui s’use au bout de deux ans et qui ne pourra pas être remplacée, car le père  va être licencié. Ça a l’air tout con, mais c’est précisément le quotidien que plein de gens vivent et qui parle à tous. On peut se mettre à leur place et ça peut peut-être inciter les autres à s’identifier et réfléchir au fait qu’aujourd’hui, ce sont les Ford qui perdent leurs emplois, mais demain ? Il faut que les gens prennent conscience que ça ne va pas s’arranger et que ça va continuer comme ça, parce qu’on est dans un monde où la seule chose qui compte, c’est le pognon. Et comme le disait si bien Sandrine avec les textes de Didier Super, ça coute bien moins cher de fabriquer en Chine ou au Maroc, et que de plus en plus de gens se retrouveront en galère. Et la galère, ça vient vite. Même si tu touches des indemnités, en deux ans, ça part très vite, et quand tu es trop âgé pour te requalifier dans un autre travail que celui que tu sais faire et qui est très spécialisé, car tu as fait toute ta carrière dans la même entreprise – la moyenne d’âge des ouvriers de Ford est de 52 ans -, ou que tu es un salarié qui s’est mis en avant dans les luttes syndicales comme Jérôme, Gilles ou Philippe, tu es mal parti pour retrouver du travail ailleurs. Je suis sure que ce soir il y avait aussi dans le public des gens pas spécialement concernés par la lutte des Ford, qui sont venus pour voir des artistes, et j’espère que chez ces personnes les textes qu’on a dit pourront allumer une petite lumière. Ce qui me touche dans le texte de Marco lu ce soir, c’est quand il dit qu’il ne comprend pas comment ça se fait qu’il est le seul à se révolter et se mettre en avant. C’est ça : tu ne peux pas laisser une personne ou un groupe de personnes te tirer de l’avant et toujours se battre pour toi ; c’est aussi à toi de t’engager. Si on veut se battre et gagner, il faut qu’on soit tous ensemble. Sinon ceux qui tirent les autres pendant deux ans, cinq ans, dix ans, fatiguent, se découragent et laissent tomber. Et puis ils ont tenu dix ans dans le « ça va se faire », et maintenant que les lettres de licenciement sont là, ils sont dans le « c’est fait ». Ils ont tenu dix ans en lutte et demain, il faudra se réveiller sans lutte. J’ai un énorme chagrin pour ces camarades.

– Isa : La réalité est que ce monde du travail est mort. C’est Ford qui s’arrête, mais c’est plein de choses qui s’arrêtent. On est sur la fin d’un système. Le capitalisme nous a amenés dans le mur, et il va falloir qu’on pense à autre chose. Aux Etats Unis, Ford a délocalisé dans des endroits où les salaires leur coutaient moitié moins cher ; Detroit vit sur des ruines. Et Ford n’a pas arrêté de vendre des bagnoles ; ils continuent à en vendre et à faire de la publicité, et il n’y a jamais eu autant de bagnoles.

– Marina : Et il n’y a pas que les gars ; il y a aussi leurs parents, leurs enfants. Ces mecs là ne portent pas que le poids d’avoir perdu leur travail, mais aussi de ne plus être une source de ressources pour leurs enfants, pour leur femme. Comme dans toute entreprise touchée par ça, tu vas avoir une vague de gens qui vont se suicider.

 

– Les textes dits par chacun de vous sont tirés du livre, mais comment s’est décidée leur sélection ?

– Victoria : On a tous eu la liberté de choisir les textes qu’on voulait sélectionner. Lorsqu’on était plusieurs positionnés sur un même texte, on a constitué des binômes.

– Marina : On a du en couper certains, parce qu’il y avait des textes longs et si je n’avais pas coupé le mien, j’aurais pu tenir la scène pendant une demi heure toute seule, mais on a gardé l’essentiel et j’ai essayé de montrer la progression du personnage dans mon choix de passages.

– Victoria : On a pu aussi récupérer des slogans, parce que dans ce bouquin, il n’y a pas que des textes écrits ; il y a aussi des dessins et des slogans.

 

– Qui a déterminé la participation de chacun des membres à votre groupe ?

– Isa : Le bouquin m’a vachement plu et l’idée d’en faire une lecture théâtralisée s’est imposée. J’ai donc donné rendez-vous aux copains des Petits Tréteaux pour ceux qui étaient disponibles, Victoria, Sarah, Nadia, et après on a pensé à proposer de participer à des gens qu’on connait et qui ont suivi la lutte des Ford, donc Marina, Sandrine et Julien qui font partie de la chorale Le cri Du Peuple, et puis Jérôme et Gilles de Ford, et un copain à moi, Patrick, du quartier, qui joue de la guitare, et Béa du collectif Salle des Fêtes aussi. L’idée était de réunir des gens qui ont des affinités, mais aussi des gens qui étaient là d’avant et qui peuvent un peu porter le groupe, parce qu’on fait de l’éducation populaire, donc s’il y a des gens qui ont déjà fait un peu de théâtre, ils arrivent à porter les autres. Il fallait qu’il y ait un lien affinitaire autour de la lutte des Ford. De toute façon, les pièces qu’on monte dans le quartier se font toujours autour de petites rencontres, parce qu’il y a quelque chose d’affinitaire, parce qu’on a envie de raconter une histoire avant. Dans la troupe tout le monde est militant.

 

– La solidarité des luttes est précisément une dimension qui ressort de vos engagements à tous, puisque que nombreux d’entre vous sont syndiqués ou adhérents ou sympathisants libertaires, se sont impliqués assidument cet été dans l’élan de solidarité envers les personnes expulsées de squats à Bordeaux, parmi lesquelles on compte une majorité de demandeurs d’asile, militent et participent à d’autres combats sociaux. L’envie de faire vivre le propos de ce livre s’inscrit-elle dans la volonté d’exprimer le lien intrinsèque qui existe entre tous ces engagements, en trame de fond une conscience de classe populaire?

– Isa : C’est pour cela que ce soir il y a eu cette prise de parole : ce n’est pas parce que je voulais monter sur scène, mais parce que les copains en sortant de scène ont plus de mal à prendre la parole, car ils sont encore dans l’émotion de la pièce, et il fallait dire tous les liens qu’il y a entre les Gilets Jaunes, les victimes de violences policières, Georges Abdallah, les migrants, la lutte des Ford, toutes ces causes là. Cette lutte des salariés de Ford est quand même exemplaire, car il y a très peu de lutte qui ont été menées comme celle là en France à ce jour, ces vingt dernières années : c’est une lutte qui a duré plus de dix ans à batailler pour sauver leurs emplois, et c’est exceptionnel. C’est pour ça qu’on a tenu à la fin à rendre hommage à Gilles et Jérôme, les deux ouvriers qui font parti de la troupe. Parce que ces licenciements font des dégâts collatéraux aussi. Nous sommes ici tous des précaires, des chômeurs, des travailleurs pauvres, certes français, blancs, et cet été nous sommes nombreux à avoir participé à la solidarité avec les migrants, mais mine de rien, il ne faut pas oublier d’où on vient, et que si nous, nous ne sommes pas en forme, on ne pourra pas aider les autres. Et c’est vrai qu’il y a des vagues de personnes qui sont encore plus pauvres que nous qui arrivent. Mais nous sommes, nous aussi, victimes de ce capitalisme. C’est pour ça qu’on a écrit cette dédicace à dire en fin de représentation pour Gilles et Jérôme ; c’était une surprise, car si on leur avait dit avant, ils n’auraient pas voulu être mis en avant. C’est très émotionnel peut-être, mais c’était leur rendre hommage, parce que ces mecs là, ils vont se retrouver au chômage. On en est tous à batailler pour trouver du travail à mille deux cent euros par mois ; ce n’est pas pour pleurnicher, mais on est sur des réalités de vie identiques. Et puis nous sommes tous issus de l’immigration, par des parents polonais, espagnols ou autres. Je suis touchée par cette composante qu’il y avait sur la scène ce soir, de tous ces gens qui sont sur ces diverses luttes dont je parlais. Je ne fais du théâtre que pour ça.

 

– L’affiche de ce concert de soutien était conséquente ce soir, avec plusieurs artistes ayant répondu à l’appel, et encore d’autres qui se sont ajoutés par la suite. On le déplorait tout à l’heure, les temps laissent l’impression de ne plus avoir de prise de position d’artistes célèbres à large audience populaire, comme le fut Jean Ferrat, même s’il y a toujours des artistes alternatifs engagés politiquement, et nous les connaissons, mais qui ne sont pas de ceux qui diffusés par les médias radiophonique et télévisuel. Néanmoins malgré les circonstances peu joyeuses de l’annonce des licenciements, voir ce soir ces artistes désireux de soutenir les copains de Ford et en tous cas se sentant concernés, remontait le moral. Avez-vous échangé avec eux ?

– Marina : Je n’ai pas eu trop de contacts avec eux, à part avec Cali, avec qui il y a eu négociation. Julien peut te le raconter !

– Julien : Quand on est arrivés en fait le régisseur s’est moqué de nous et ne nous a pas pris au sérieux. Nous sommes des amateurs, tu comprends… C’était pendant les balances, et donc la batterie et le matériel avaient déjà été installés et Isa me dit que ça va être compliqué d’installer notre décor, puisqu’il ne restait que deux mètres disponibles sur la scène. On avait les tables, le guéridon, le cajun à mettre ; enfin c’est une pièce de théâtre avant tout. J’ai donc expliqué au régisseur qu’il y avait parmi nous des ouvriers de Ford, que la soirée était pour eux, que sans eux, elle ne se serait pas faite, et qu’il fallait donc nous faire de la place pour jouer. Et on a poussé le matériel pour faire de la place.

– Isa : Je pense qu’ils ont été un peu pris dans la panique d’urgence de dernière minute, parce que plusieurs groupes se sont rajoutés à l’affiche au dernier moment. Et forcément, on arrive, on est des amateurs et ils ne se sont pas rendu compte de la dimension du théâtre.

– Julien : Donc on devait jouer à 19h30, mais à cette heure là, personne n’était encore entré dans la salle ; les gens faisaient la queue dehors. On ne pouvait quand même pas jouer devant personne ! Et le régisseur n’était pas d’accord qu’on retarde l’horaire, avec l’argument que le timing était serré et qu’il ne pouvait quand même pas couper Cali. « Cali ! Tu te rends comptes ? Je ne peux pas lui demander de jouer moins longtemps» me dit-il. Et Cali qui était juste derrière moi avait tout entendu et est intervenu auprès de l’ingénieur pour lui dire qu’on commencerait dans un quart d’heure, quand les gens seraient entrés, peu importe si lui devait raccourcir son concert. C’est vrai que je trouvais ça très méprisant de nous dire de jouer devant personne, juste parce qu’on est des amateurs. Oui, nous sommes des amateurs, mais avant tout c’était une soirée militante en soutien des Ford, pas une soirée artistique du Krakatoa, même si c’est super tous ces artistes venus en soutien.

 

– Dans le public, de nombreuses personnes autour de moi, pour ne pas dire toutes, étaient captivées par votre lecture, et en même temps pleuraient beaucoup et chantaient avec vous lors de l’interprétation de chants de lutte. Avez-vous ressenti sur scène le retour du public ou recueilli des réactions de spectateurs ensuite ?

– Marina : La pièce avait déjà été jouée au Grand Parc, mais ce soir c’était un peu une vraie première fois très émouvante. On voyait les gens en face dans le public pleurer ; il y avait des travailleurs de Ford. Pour moi c’était vraiment une belle aventure humaine. Beaucoup de gens sont venus nous dire combien ils étaient touchés et c’est agréable qu’un texte soit ainsi accueilli, d’autant que ces textes sont vraiment très beaux.

– Victoria : Il y a eu beaucoup de retours d’anonymes. Chaque fois qu’on sortait dehors de la salle, des gens nous interpellaient pour nous remercier, car eux-mêmes ou des membres de leur famille étaient concernés directement. D’ailleurs c’était très difficile d’avoir du répondant face à ces personnes. Tu as les larmes aux yeux et tu restes sur l’émotion.

– Isa : Quand on joue au théâtre, pour moi, que ce soit des amateurs ou des professionnels, c’est pareil : ils doivent être bien en condition et il faut être bien sur scène. Et pour ce faire il faut être bien préparé. Je ne fais pas de différence entre amateurs et professionnels. Je fais de l’éducation populaire, je le dis et le revendique : je pourrais faire jouer un éléphant. Enfin je plaisante bien sur ; c’est complètement con! Je disais ça en référence à un danseur de renom qu’on avait fait venir au Grand Parc et qui aurait fait danser n’importe qui, y compris un éléphant. Le travail de théâtre est draconien, et quand le groupe est sur scène, il y est seul. Et si le groupe sort de scène déçu ou pas bien, c’est hyper traumatisant. Bien sûr il y a des choses dans la vie bien plus violentes. Mais le théâtre est fait pour transcender le quotidien, comme la musique ou la danse, ou n’importe quel support artistique ou culturel. Là dans le groupe, ils ont tous des vies à côté : c’est leur moment de plaisir, fait sur leur temps libre. Donc il faut que ça marche et qu’ils soient bien. C’est quelque chose que je sais organiser, parce que j’ai appris à être animatrice, à faire de la coordination de projets, et je connais donc quelques techniques. Et c’est du travail ; il faut une rigueur et tenir un rythme. Ce soir les gens étaient beaucoup à l’écoute, parce que je pense que vous les avez embarqués dans l’histoire.

– Marina : Et c’est vrai qu’Isa nous a donné super confiance. C’est un joyeux bordel organisé.   

– Nadia : Puis comme on s’entend bien, on a vraiment envie de continuer et de faire d’autres dates avec cette pièce. Et puis la culture est un bon biais pour aborder le militantisme, pas de manière trop militante justement.

 

 

Miren Funke

Photos : artistes divers : Carolyn Caro ; groupe de Théâtre : Miren

 

Liens : facebook de la compagnie Les Petits Tréteaux : clic sur le rideau –>

 

 

 

 

 

Editions Libertalia : c’est là ->

 

 

 

 

 

Jérémie Bossone au FLF …

13 Oct

Clic pour agrandir .. Photo ©NGabriel

On ne sort jamais indemne d’une rencontre avec Bossone, c’est comme avec les incandescents puncheurs genre Janis Joplin, Debronckart, Vissotski, qui vous arrivent comme un direct au coeur et au corps, parfois on ne comprend pas les mots, mais on en perçoit bien le sens, et l’essence. Ça carbure aux alcools forts de la vie, ça s’envole vers ces pays de l’étrange et du rêve / Vers l’horizon perdu par delà les sommets, / Vers le bleu paradis, c’est la lointaine grève / Où votre espoir banal n’abordera jamais.*

Bossone, c’est Cyrano et Don Quichotte, c’est Long John Silver et Martin Eden, c’est Gavroche et Kapuche, les voltigeurs de la flibuste de tous les temps, Crazy Horse et Géronimo. Le Wolf Walk, c’est la nef des derniers vivants dans un monde où tout le monde est couché. Et ces Magellan pirates sont le dernier espoir du monde, mais personne ne les entend .  C’est le lot du prophète et du poète, ils voient plus haut que l’horizon, et à travers les murs, c’est dire s’ils sont incompris dans leur temps. Le pirate pousse le dernier cri du monde, et nos oreilles enfantines en recueillent la mélancolie. Ou le cri de guerre.

Quand Bossone convie Kapuche à prendre la barre et donner le cap, on embarque . Faites votre voyage, il y a 3 pistes,

  • le spectacle des Bossone , Jérémie et Benjamin, ça fluctuat sans mergitur,
  • voyez ici → clic sur l’image –>
  • l’album « Les Mélancolies Pirates » ci-dessous
  • et le roman du Crimson Glory, c’est là →
  • Et pour quelques photos de plus …

Avec en bonus extra, ces photos de David Desreumaux, même lieu même heure,
clic pour agrandir

* Avec la participation des « Oiseaux de passage » de Jean Richepin.

 

Norbert Gabriel

A demi mot

10 Oct

Ils nous parlaient de leur projet, à demi mot, ils en rêvaient depuis longtemps. D’atelier d’écriture, en expérience de groupe sur les scènes auvergnates, Monique Monier et Michel Lagarde ont une longue complicité , et c’est avec les encouragements chaleureux d’Emile Sanchis qu’ils se sont lancés. Emile Sanchis, car sans lui, rien n’aurait été possible ! Tour à tour compositeur, arrangeur, musicien, il a su créer l’alchimie et mettre en valeur nos chansons. 

Emile Sanchis, de talentueux musiciens, un excellent enregistrement à la Capitainerie de Joze, par Arnaud Lauras, une magnifique présentation de l’album, avec les photos de Geneviève Rampal, et l’infographie de Pauline Jouhet, le petit coup de main de Michel Boutet,  qui a composé la musique et aidé à écrire la chanson  Dans les clous, la participation de Michel Pavy, Je suis, Frédéric Bobin qui a prêté sa chanson Tant qu’il y aura des hommes, et même la participation d’Aragon, avec la superbe interprétation de Monique Monier du poème : Quai de Béthume, : L’île. Cet album est parfaitement réussi, grâce à un travail collectif… Et au talent de tous.

Alors Merci à la vie pour toutes ces belles rencontres.

Photo DR

  C’est à demi mot que Monique et Michel nous racontent la vie, leur vie, celle des autres, de jolis moments, et des choses plus graves, mais avec légèreté, poésie, et l’espoir têtu au bout du chemin, comme pour ces laissés-pour-compte de Lampedusa :

Mais le jour se lève, et Lampedusa
Se dessine au loin sous le ciel blafard
La dernière étape, il accostera
Oublié la peur, et reste l’espoir…

( Monique Monier : chant, Emile Sanchis : guitare, François Dumas : tiple. )

C’est la vie , Des bouts de rien, rêves éveillés,( Monique Monier : chant, Emile Sanchis : guitare, tiple, Fabienne Jarrige : violon.) 

la vie, la vie qui va à petits pas, la vie qui va cahin-caha Toujours où on ne l’attend pas.  ( Michel Lagarde : chant, Emile Sanchis : guitare, choeurs, Simon Sanchis : tiple, Marusia Rebello : flûte traversière, Nicolas Donès : clarinette, Monique Monier : choeurs.), la vie, avec ses drames quotidiens, portrait de Maryline, qui vit dans sa voiture : ( Monique Monier : chant, Emile Sanchis : guitare, choeurs, Simon Sanchis : tiple, Marusia Rebolledo : flûte traversière, Nicolas Donès : clarinette.)

 Que faisais-tu dans cette auto
Sur le parking de la fleuriste ?
Avec ton chien pour tenir chaud
Il fallait bien que tu existes… 

Ou de cette petite fille de Dongossori, petite fourmi qui pile le mil à longueur de journée : ( Michel Lagarde : chant, Emile Sanchis : guitare, clarinette, kalimba, percussions, choeurs, Fabienne Jarrige : violon, Monique Monier : choeurs.) 

Fillette de Dongossori
Mais quand tu danses
Les Dieux sourient
Fillette de Dongossori.

Portraits du monde d’aujourd’hui, et d’autres, plus près du monde paysan, comme ce portrait du charron : ( Marusia Rebelledo : flûte traversière, Juliette Thierry : cor, Michel Lagarde : choeurs.)

Sa main habile à faire les roues
Sûr qu’il en connait un rayon
Et la mesure tracée au bleu
Et l’oeil pour caler le timon
Charroyez, charroyons
Crie le brave charron.

Des gens, des lieux : 

A la librairie du quartier
J’emprunte toutes les semaines
Des vaisseaux de mots qui me prennent
Me font voyager sans bouger…

 La nostalgie des jours anciens, la petite amie du bal de la Saint-Jean que l’on n’oublie pas : (  Le bal de la Saint-Jean, Michel Lagarde : chant, Emile Sanchis : guitare, Christine Madebène : accordéon.) : 

Le temps a tourné bien des pages
Je n’ai pas oublié pourtant
Ces quelques mots laissés en marge
Du carnet de bal à Saint Jean…

La vie qui va, les souvenirs d’une enfance sage : 

J’ai toujours été dans les clous
J’ai respecté la ligne blanche
J’ai jamais joué les cass’cous
Avec mes habits du dimanche...

Mais parfois on a envie de faire une entaille au destin, de tout foutre en l’air :

Dynamiter mes vieux barrages
Et briser les tables des lois
Brûler la nuit ouvrir la cage

Danser autour du feu de joie… ( Dans les clous, Michel Lagarde : chant, Emile Sanchis : Guitare, choeurs, Simon Sanchis : tiple, André Faye : Harmonica, Monique Monier : choeurs.), avec la participation à l’écriture, et la composition de Michel Boutet.  

La vie qui va, avec son lot de faits-divers, et de sains coups de colère :

Les Tchernobyl, Fukushima
Rien à redire
Nagasaki, Hiroshima
Rien à redire
Des OGM dans nos gâteaux
Rien à redire
Du torero ou du taureau
Rien à redire…

A noter aussi la très belle chanson de Michel Pavy : Je suis

Je suis la vague ornée d’écume
Qui danse au front de l’océan,
Le voilier qui sort de la brume
Et qui s’échappe du néant
L’oiseau que l’on disait trop sage
Mais qui d’un coup d’aile pourtant
Rejoint les oiseaux de passage
Pour voler jusqu’à l’orient.

( Monique Monier : chant, Emile Sanchis : guitare, cuatro, bombo, Christine Madebène : accordéon.) . 

Et quelle belle conclusion pour ces moments de vie, de regards sur le monde, tant qu’il y aura des hommes, il y aura toujours des drames, des guerres et des larmes. 

Mais pour un seul poète
Qui vole vers l’azur
Mais pour un seul prophète
Qui fait trembler les murs
Et pour un géranium
Qui pousse dans les charniers
Tant qu’il y aura des hommes

On pourra espérer. Chanson de Frédéric Bobin, interprétée par Monique Monier et Michel Lagarde, avec Emile Sanchis à la guitare et au bombo, Nicolas Donès à la clarinette, Fabienne Jarrige au violon, et Juliette Thierry au cor.

Emile Sanchis

Chaque chanson a sa propre couleur musicale, folk, mâtiné de latino-américain, on reconnaît bien la patte d’Emile Sanchis nourri de cette culture, Emile Sanchis, qui avec son cuarteto  Afunalhue, né en 2007 affirme sa volonté de poursuivre les expériences musicales diverses de chacun d’entre nous dans une démarche commune pour servir au mieux les auteurs modernes latino-américains. La voix cristalline de Monique Monier, la voix claire et profonde de Michel Lagarde, les choeurs, l’alchimie des musiques taillées sur mesure, tout fait  que ce travail collectif est parfaitement abouti, pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Ecoutez-le, vous en serez convaincus, moi je le suis.

On peut se procurer le CD, en envoyant un message privé sur les pages facebook de Monique Monier Civiale, et de Michel Lagarde :

https://fr-fr.facebook.com/public/Monique-Monier-Civiale

https://fr-fr.facebook.com/michel.lagarde.7

et un site en construction : https://ademimot.jimdofree.com

 

Danièle Sala

Franginades et plus avec Joyet …

7 Oct

Vous aimez la chanson qui raconte, celle qui jongle avec des mots choisis, riches et savoureux, rabelaisiens ou voltairiens, avec le ton hugolien et la verve de Figaro, l’impertinence de Triboulet, ou celle de Scapin le démiurge narquois, alors vous aimerez cette proposition de  Franginades  de Bernard Joyet  dont voici le programme.

(Clic sur l’image et c’est agrandi ! )

Et comme vous êtes des activistes du spectacle vivant et de la chanson rebelle aux modes de ces musiques urbaines souvent pas urbaines et sans musique, vous pouvez le prouver , le mode d’emploi est ci dessous, le mécénat est à votre portée, donc le double album attend votre commande.

 

 

Mais il arrive qu’une bonne nouvelle soit accompagnée d’une autre bonne nouvelle, ce qui n’est dans l’ordinaire des jours depuis  quelques temps, Bernard Joyet publie sous forme de livres, dans des recueils à la typographie raffinée –>

et le deuxième est annoncé,  voici, avec une offre spéciale.

 

 

 

Et pour plus d’infos, si nécessaire, chez monsieur Joyet, c’est là: Toquez à l’huis, et ça s’ouvrira,

 

Et pour quelques images du dimanche 6 Octobre au Forum Léo Ferré..

 

 

Norbert Gabriel

Thomas Fersen. C’est tout ce qu’il me reste…

5 Oct

C’est tout ce qu’il me reste (éditions Bucéphale)

Deuxième album auto-produit au compteur pour Thomas Fersen.
Deuxième album où il fait ce qui lui chante, à savoir des vertes et des bien mûres (Les vieilles).
Il y est tour à tour gigolo sporadiquement scrupuleux (Le vrai problème), harcelé par une qui n’en veut qu’à son slip (Tout ce qu’il me reste), tombeur juvénile plus ou moins crédible (Mes parents sont pas là). Mauvais sorts, rêveries de flemmard (Envie de rien faire), envoûtement ou plongée dans des mythologies anciennes et modernes, il croise des singes à l’appétit altruiste (Mange mes poux), un séduisant dragon du Jura (La mare), des Walking Dead accros à la Française des Jeux (Les zombies du cimetière) ou un alter-ego gorille (King-Kong). Dans leur baratin les personnages se dévoilent : ils ont, « comme la mare qui est double/ et qui a deux côtés/ comme tout ce qui cache/ sous sa lisse surface/ un monde tourmenté ». Comme Thomas Fersen aussi d’ailleurs qui, tel Peau d’âne et planqué sous une pelure de lagomorphe, est toujours le prince du conte loufoque ou fantastique, et glisse dans son gâteau un bijou de 10:30 mn.

L’écriture est précise, le choix des mots jubilatoire et la rime implacable (on fond pour les rimes en -ip de la chanson éponyme). La gouaille un brin paillarde se mêle à l’inspiration folklorique. Aux cordes, Pierre Sangra gratte là où ça démange, du banjo ou de la guitare tandis qu’Alejandro Barcelona joue sur la variation des humeurs à l’accordéon. Le synthé et sa touche électro-rock dans des ambiances comptines renforce le contraste entre le suranné et le contemporain.

Un mot enfin sur les illustrations de l’album, tout en contrastes également. Laurent Seroussi propose un  raffinement macabre, la mort en rose ou de petites mises en scène à échelle inversée. On referme le livret sur un portait en pied du chanteur en tenue de nuit vieux siècle, qui n’est autre que son habit de scène. Beaux rêves ou cauchemars coquins en perspective.

Justine Keiss

 

Nelly Decamp, 24 h de la vie d’une guitariste..

3 Oct

En préambule à cette soirée avec Nelly Decamp, ces quelques lignes de Prévert sur la guitare. (celle d’Henri Crolla, mais c’est valable aussi pour celle de Nelly Decamp)

« La guitare n’est pas un instrument de musique comme la harpe à queue, le piano domestique ou le lamentorium ou la fraise du dentiste. La guitare simplement appelle la musique quand la musique appelle la guitare. Crolla n’est pas un instrumentiste, il a besoin de la musique et l’appelle avec sa guitare, il l’appelle si ingénument, si simplement, si tendrement, qu’elle vient. Et elle fait la belle, la tendre, l’insolite, la sauvage, la lointaine, la désarmante, la déchirante.  Crolla l’aide à faire ce qu’elle veut. »

La journée de la guitariste Nelly Decamp chante entre journal de bord et journal intime, ballade musicale pour guitares en liberté dans les chants et musiques du monde, c’est Frank Zappa qui a croisé Narciso Yepes, Asturias et la Romance de Zorro, Le ciel de Paris et celui de Rio. On découvre, ou redécouvre la richesse des mélodies populaires, bijoux parfaitement ciselés par la guitare de Nelly Decamp. (… Ou les guitares, elles sont deux …)

Le bouquet de louanges étant parfois subjectif, ( et le dithyrambe parfois suspect ) voici un portrait vidéo, « Nelly Decamp, guitare composition » où tout est dit, avec illustrations musicales sur l’approche de l’instrument, le son et une des plus belles interprétations d’Asturias . Ce portrait est aussi une déclaration d’amour à la musique qui permet « d’aller à l’extrême de l’intime sans être choquant »…

 

Tout cela, vous pouvez l’entendre les mardis à 19 h15 dans la petite salle du théâtre Darius Milhaud, en acoustique, en toute intimité pourrait-on dire…

Pour réserver c’est là –>  clic sur le rideau.

 

 

 

Et pour quelques images de plus …

 

La vie de Nelly montage 5045x3149

Photos ©NGabriel

Les sales gosses … (à Greta T.)

30 Sep

Il paraît que tout finit par des chansons, parfois ça commence aussi par des chansons, comme celle-ci en préambule,

 

Après cette interpellation qui a bien 30 ans, voici quelques « gosses » remarquables, qui de 1600 à nos jours ont eu l’impertinence d’une précocité agaçante. Si on peut considérer que ce gamin de Mozart était une marionnette instrumentalisée, on ne peut pas en dire autant de Maria-Gaetana Agnesi dont voici un bref parcours biographique.

Maria-Gaetana Agnesi est née le 16 mai 1718 à Milan. Sa famille noble et riche s’est enrichie dans l’industrie de la soie ; elle perd sa mère, Anna à l’âge de 13 ans . Son père, Pietro, aura deux autres mariages et de nombreux enfants, il va mettre en avant le talent de deux de ses filles.

Maria-Gaetana parle le français, appris de sa nourrice, à l’âge de cinq ans. Son père lui donne des précepteurs. Le 18 août 1727 – à neuf ans – elle présente de mémoire un discours d’une heure, en latin, sur le sujet du droit des femmes à l’éducation, devant une assemblée qu’on a réunie pour l’entendre ; le texte est publié la même année. À onze ans, elle sait assez de grec pour traduire de cette langue au latin. Vers la même époque elle se met aux Éléments d’Euclide.

En décembre 1730, on la trouve atteinte d’un mal attribué au manque d’exercice ; on lui conseille la danse et l’équitation. « Comme elle était, tant par son âge que par son caractère, pleine de feu et entreprenante », elle se jette dans les activités, mais devient alors la proie de crises quotidiennes de convulsions. C’est à cette période qu’elle perd sa mère. Elle se rétablit en obéissant à l’injonction de se modérer.

À treize ans, outre l’italien et le français, elle a appris le latin, le grec, l’hébreu, l’espagnol, l’allemand ; ses talents de polyglotte lui valent l’admiration. Elle a quatorze ans quand son père décide de tenir salon. Elle en est l’attraction avec sa sœur Maria-Teresa et présente régulièrement des exposés sur les sujets philosophiques les plus complexes. C’est à cette époque qu’elle devient une newtonienne convaincue.

En 1738 (elle a vingt ans), son père réunit un auditoire de nobles, ministres, sénateurs et lettrés pour l’entendre traiter de questions diverses de philosophie et d’histoire naturelle. Le recueil de 190 propositions qui en résulte est publié la même année.

L’année suivante, Frédéric-Christian, fils d’Auguste III de Pologne, en visite à Milan, se fait inviter, au grand plaisir de Pietro Agnesi, pour entendre Maria-Gaetana et sa sœur claveciniste (qui a composé plusieurs opéras)

Les Institutions analytiques, ouvrage majeur qui trouve son ébauche dans sa 16 ème année, est un succès européen, notamment en France et en Allemagne où l’accueil est excellent

Nomination à l’université de Bologne, 5 octobre 1750En Italie, en 1749, elle a 30 ans, le pape Benoît XIV lui écrit qu’il voit ce que son œuvre peut apporter à la reconnaissance de l’Italie et de l’Académie de Bologne, où elle avait été reçue en 1748. Le pape a lu quelques-uns de ses chapitres sur l’algèbre élémentaire, et la nomme immédiatement lectrice honoraire à l’université de Bologne (qui fait alors partie des États pontificaux). Il demande aussi au sénat de cette ville qu’on lui confère une chaire de mathématiques et, sa nomination faite, il l’en informe le 26 septembre 1750, soulignant que ce sont ses seuls mérites qui lui donnent droit à cette chaire. Son nom demeurera durant quarante-cinq ans dans les registres de l’université. (Source Wiki , à lire en intégral)

En annexe, voir la biographie de Benoit XIV, le pape des lumières. –> ( ICI )

In illo tempore, il y avait des papes progressistes, soulignons-le, car ce n’est pas la majorité du genre. En ces temps , il y eût probablement des vieux crabes confits dans leurs certitudes obsolètes pour ironiser tels des Bruc’Trump’OnfFinkiel dont la vision d’avenir semble limitée à leur date de péremption. Après eux le déluge, dans la ligne des pontifiants menteurs qui ont assuré que les nuages irradiés ne passaient pas les Alpes, ou la ligne Maginot.

Bref état de quelques uns ces sales gosses précoces 17 ans maxi lors de leur révélation au public.

  • Etienne de La Boétie, « Discours de la servitude volontaire » écrit entre 16 et 18 ans, vers 1547
  • Arhur Rimbaud 17 ans pour « Le bateau ivre » en 1871

  • Roberto Benzi musicien émérite à 7 ans et chef d’orchestre symphonique à 11 ans, en 1948

  • Bobby Fischer champion des USA au jeu d’échecs à 14 ans, années 57-58

  • Minou Drouet, en 1954-56, cible des  ricaneurs elle réussit l’examen Sacem à 8 ans

  • Françoise Sagan, 17 ans lors de l’écriture de « Bonjour tristesse »
  • Alma Deutscher pianiste et violoniste, À sept ans elle compose son premier opéra, à neuf ans un concerto pour violon et son deuxième opéra à 10 ans.

Il y eût probablement d’autres Maria-Gaetana Agnesi, inconnues, mises sous l’éteignoir, par les différents patriarcats, pour le moment, merci à Greta de sonner un tocsin nécessaire à un avenir pour les humains… On a déjà un monde où le silence des oiseaux disparus laisse une place excessive aux volailles des poulaillers d’acajou , ou de béton, qui ne voient pas plus loin que le bout de leur bec.  Sans oublier la disparition massive des abeilles… Le cours du miel va exploser , merci Bayer-Monsanto… 

Pour les arbres et la forêt, Ronsard se faisait du souci, la preuve, texto d’époque. Extrait du poème lyrique composé de six quatrains, évoquant une relation entre Ronsard et la nature représentée ici par la forêt de Gastine qui a réellement existé.

Escoute, Bucheron , arreste un peu le bras
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas,
Ne vois-tu pas le sang lequel dégoute à force
Des Nymphes qui vivoyent dessous la dure escorce ?
(…)
Forest, haute maison des oiseaux bocagers,
Plus le Cerf solitaire et les Chevreuls légers
Ne paistront sous ton ombre, et ta verte crinière
Plus du Soleil d’Esté ne rompra la lumière… (…)

Et finissons en chanson, avec Les enfants terribles, ça s’impose …

Thats all folks !

Norbert Gabriel

Nicolas Jules, les Falaises

29 Sep

Depuis plusieurs semaines sur FB on pose la question : « Et pour vous, c’est quoi les Falaises » . On y répond, par petites capsules vidéo fantasques.

Photo  ©Lara Herbinia

Alors c’est quoi, les Falaises?

Les Falaises, c’est le 7 ème album de Nicolas Jules. Une 7 ème marche dans l’escalier de son œuvre en cours, qu’il ne monte ni ne descend d’ailleurs. Ça pourrait sembler casse-gueule mais c’est bien là sa meilleure façon de marcher : pas droit, pas au pas, à l’instinct. Comme il l’explique à François Alquier alias Mandor dans un entretien, « Dans la vie et en tant qu’artiste, je réagis beaucoup en réaction… et beaucoup en réaction contre ». Les Falaises est ainsi le contre-pied du précédent Crève-Silence, album léché et travaillé. Les Falaises, c’est du taillé à même la roche, au cœur du roc(k) ; c’est du brut, du râpeux auquel on s’accroche et on s’écorche : « Je n’écris bien que ce qui fait mal» (Ratures). Les Falaises c’est de la sueur – moite, froide, érotique ou puante. Les Falaises, c’est du live, du vivant, de la tripe qui fume « comme après un crash d’avion » (Les Innocents) .

C’est du punk plein de chien : pas de passé, pas de futur, seul de l’infiniment présent. Car Nicolas Jules bouscule les cadres et les formats y compris ceux du temps et passe d’une chanson façon coup du lapin de 59 secondes (Magicien) à une litanie hypnotique de 11:50 mn (Ratures). Le rythme est donc donné dans la musique et l’écriture. Grâce à ces enjambements qu’il maîtrise à merveille, il semble trébucher à chaque fin de vers pour se rattraper au suivant et recommencer l’acrobatie. Ou alors de petites mécaniques répétitives se déglinguent comme sous l’effet du « putain de vent qui déviait [s]es petits missiles » (Missiles) et le manège désenchanté s’enraye : une Amélie Poulain grimaçante auréolée d’un néon approximatif règne sur une foule braillarde qui étouffe le vacarme intime. Ou bien encore pour finir l’album, la distorsion des guitares devient obsédante et nous entraîne vers ce qu’on imagine être les falaises, justement, pour contempler l’abîme ou se prendre un mur… en haut, en bas, c’est selon.

Les-falaises_couv4-1Les Falaises c’est du héros solitaire et paradoxal, un éternel « étranger » (La lumière et le bruit) : « Près de toi je me sentais seul » (Missiles). C’est un type en cavale : « je dessine sur ta peau des plans secrets d’évasion » (Gang) et qui voyage léger : Le Crayon, La Photo qu’il abandonne d’ailleurs, le Briquet Bic pour seul bagage.

Seul aux pluri-manettes, il est « un groupe de rock tout seul dans [s]a chambre d’hôtel » (Le Crayon), mais il se rend aussi à ceux qui savent le cerner : Roland Bourbon à la batterie et au marimba, Nicolas Moro à la mandoline, Pascal Thollet à la guitare et Yvan Herceg à la basse et au mixage. Quant à la pochette énigmatique, elle est signée Thibaut Derien, l’illustration rêvée de l’art de la chute. Les Falaises, ça sort ces jours-ci et c’est un point de vue à ne pas manquer.

Justine Keiss

 

Fête à Leïla, photo NG

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