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Jérémie Bossone Le Décembre italien…

27 Sep

Photo ©NGabriel

Voyez-vous, le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont une plume chargée des encres les plus colorées, et ceux qui creusent le même sillon, en artisans appliqués, et il y a Bossone, il trace sa route dans l’art de la scène et de la chanson, et ne se confine jamais dans l’ornière des habitudes vaguement sclérosantes.

Jérémie Bossone est un voltigeur des sentiments exacerbés ou romantiques, épiques ou tragiques, il ne fait pas de concessions à une image préconçue, prédéfinie sur le critère « mon public »…

Son public, c’est celui qui cherche la surprise, le choc passionnel, le bouleversement des émotions , et puis le pirate a bien le droit d’être amoureux, l’amoureux d’être triste, et l’artiste d’en faire une symphonie sentimentale polychromatique. Qui se réalise avec « Le Décembre italien » .

Décembre à l’orée de l’automne, avec un voyage en Italie sous des soleils et des ciels encore bleus, et des lunes de fiel… Amour qui trébuche à Florence, sombre à Venise ou dans la fontaine de Trévi, ou qui meurt à Naples, selon la légende, en arc-en-ciel de chants désespérés qui sont les plus beaux et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots*. Nuit d’hiver quand l’amour lui-même hurle à l’envers*, dans le silence de Pompéï et ses ombres millénaires ses statues de cendres et le feu des amours mortes*

Et allez donc savoir pourquoi, dans ce panorama qui pourrait être déprimant, on remet volontiers l’album sur la platine, quand la musique est bonne, et elle est très bonne,  tournez manèges, ad libitum,

Ne pas se taire
Rêver toujours
Pleurer parfois
Chanter encore
A la folie
Aux rêves
A la vie
Dément Songe ?

Norbert Gabriel

C’est en vente libre, ici :

Chèque 15,70  €  à l’ordre de LA PERSEPHONE, à envoyer à l’adresse suivante : WOLF WALK UNIT
61 avenue Paul Vaillant Couturier
93120 LA COURNEUVE

  • * Citations: Musset,  Bossone.

L’Albertmondialiste délocalise ..

26 Sep

Photo ©NGabriel

Les jeunes se foutent du passé et les vieux n’ont pas confiance en l’avenir, (surtout le leur) et entre les deux, les anciens enfants et futurs vioques achètent des trucs et des machins étonnants, comme des djeans avec des trous neufs. Selon Yvan Dautin, un fin observateur de la vie qui va, une des maximes selon la mode qui court est: « Je dépense donc je suis. » Mais qui faut-il suivre pour être ? Et être quoi ?

J’ai trouvé une réponse à ces questions qui me chatouillent, avec Albert. Le Grand Albert, l’immense Meslay, celui qui délocalise les absurdités du monde qui boite dans un wonderland d’humour picaresque fondé sur un bon sens que personne ne peut contester, ces quelques extraits vont le démontrer avec brio.

Ces lignes sont tirées d’un ouvrage qui vient de paraître, en vente libre, chez des vrais libraires de préférence. Morceaux choisis :

  • La retraite c’est très dangereux, les chiffres sont là : Selon un chiffre vrai, chiffre vrai, le taux de mortalité est beaucoup plus élevé chez les retraités que chez les actifs !
  • D’après les statistiques, l’on meurt de moins en moins chez soi et de plus en plus à l’hôpital ; donc, d’après les statistiques, si on supprime les hôpitaux, on augmente l’espérance de vie !

  • Je constate aussi que la mort est une chose importante, car, quand on réfléchit un peu, lon s’aperçoit qu’on est beaucoup plus longtemps mort que vivant. Si, bien sûr, mes calculs sont exacts…
  • Le réchauffement de la planète étant essentiellement dû à l’activité humaine, c’est-à-dire au travail, ce fléau, il faut encourager la paresse en étant conscient que notre magnifique planète ne sera sauvée que par les fainéants !
  • Et, s’il existe des Experts Internationaux extraterrestres, qui nous regardent – et qui peut-être se moquent – ils doivent penser que l’homme est un pyromane qui met le feu à la forêt, et qui, gros malin, pour ne pas se faire prendre, se cache dedans !
  • Humour du Bostwana : « Pour en finir une bonne fois avecle trafic d’ivoire, il suffirait simplement d’exterminer les éléphants ! » Personnellement, j’aime beaucoup l’humour noir.
  • Brève achetée pas cher à un comique aborigène, humour aborigène :
    « Il y a des végétariens qui trichent, ils mangent des plantes carnivores ! »
  • Vue par les vaincus, les Anglais, la Guerre de Cent Ans ne fut qu’une guerre éclair ratée.
  • Si, avec le réchauffement planétaire, la Terre se retrouve sous la mer, les poissons domineront un monde sans plage..
    Mais restons positifs !
    La Terre deviendra enfin une Mer de paix car le poisson est un animal pacifique !
    En effet, si, sur terre beaucoup d’animaux chassent, en mer, aucun, aucun aucun poisson ne pêche !

Les particularités typographiques ont été définies avec Jean-Paul Liégeois, les caractères gras indiquent les passages où le public s’esclaffe, car Albert Meslay est un homme de spectacle, qui poussait la conscience professionnelle à se grimer en cours de sketch à la radio, au temps où elle était radio sans images. Mais vous pouvez vous esclaffer où vous voulez, en lecteur libre refusant les ordres et autorités, avec l’humour de Meslay Albert, jongleur du syllogisme et de l’absurde irréfutable, tout est possible.
C’est paru récemment au Cherche Midi, 130 pages, préface de Guillaume Meurice, postface d’Albert Algoud, un recueil pour comprendre l’essentiel, du big bang à la fin du monde, dont on n’a jamais été si près.

Norbert Gabriel

Histoire d’une chanson, dans les plaines du Far West.

24 Sep
ou comment Montand était aussi en partie « auteur » dans la construction de son répertoire chanson.

Version initiale (Trouvée by internet, je ne garantis pas la totale authenticité..)

Tout le long du jour sur leurs beaux chevaux Ya oh !
Bingue bongue ! bingue bongue ! ils lancent des lassos
Ils font le tour dans le soleil chaud Ya oh !
Ils s’en vont toujours sans trêve ni repos
mais quand sont parqués les grands boeufs noirs
Ah comme il est bon de se revoir

Refrain :
Dans les plaines du Far-West quand viendra la nuit
Les cow-boys dans le bivouac sont réunis
Près du feu, sous le ciel de l’Arizona
C’est la fête aux accords d’un harmonica
Et leur chant, plein d’amour et de désir
Dans le vent porte au loin des souvenirs
Dans les plaines du Far-West quand vient la nuit
Les cow-boy dans le bivouac sont réunis
Ils sont de New-York ou de Chicago Ya oh !

Bingue bongue ! bingue bongue ! ou du Colorado
Ils faut les voir le jour du rodéo Ya oh !
Par les cornes saisir le plus fort taureau
Mais quand le jour tombe à l’horizon
Loin de la douceur d’une maison

Dans les plaines du Far-West quand vient la nuit
Les cow-boys dans le bivouac sont réunis
Près du feu, sous le ciel de l’Arizona
C’est la fête aux accords d’un harmonica
Et leur chant, plein d’amour et de désir
Dans le vent porte au loin des souvenirs
Dans les plaines du Far-West quand vient la nuit
Les cow-boys dans le bivouac sont réunis

Dans les plaines du Far-West quand vient la nuit
Les cow-boys dans le bivouac sont réunis
Près du feu, sous le ciel de l’Arizona
C’est la fête aux accords d’un harmonica
Mais bientôt sous la lune aux rayons blancs
Dos à dos et fermant les yeux d’enfants

Dans les plaines du Far-West quand vient la nuit
Les cow-boys dans le bivouac sont endormis

Et maintenant voici comment Montand l’a chantée, dans ses derniers shows essayez de suivre avec la version première..

 

et la version sobre 1959,

Et voici le premier enregistrement vers les années 46-47, très sensiblement différent de la version initiale c’est le moins qu’on puisse  dire..

Dans une petite discussion récente sur FaceBook, le sujet des interprètes dans la chanson a amené Montand au centre du débat, indirectement avec une vidéo dans laquelle une intro parlée intriguait les participants. Montand avait gardé cette chanson emblématique dans ses spectacles, en faisant une sorte de sketch en presqu’autodérision dans les années 80.

Mais il est peut-être bon de revenir sur la genèse de cette chanson qui montre le formidable instinct de Montand dans son approche et ses choix.

1940-41. Il est un débutant marseillais qui se cherche entre Trenet Chevalier et Fernandel, son premier nom de scène Trechenel est un condensé de son premier répertoire puisé dans celui de ces trois vedettes. Ça démarre très vite , mais il comprend immédiatement qu’il lui faut des chansons à lui. Dans ces années 40, et depuis son adolescence il est fasciné par le cinéma américain et les westerns, et il veut une chanson western. Son premier manager l’envoie rencontrer un auteur et un compositeur marseillais, qui n’ont pas grand chose à lui offrir, mais Montand sait leur raconter son univers western, l’un des deux Charles Humel est aveugle, et n’a jamais vu de western, et pourtant ils lui font cette chanson cartoon qui sera son premier succès. (Prix du disque 47)

YVES_Montand 1.jpgC’est aussi dans ce contexte que Montand casse tous les codes vestimentaires en vigueur, il avait au début une sorte de tenue très fantaisie, en rapport avec son répertoire, mais à cause d’une interpellation moqueuse d’un titi marseillais il change tout, plus de veste à carreaux,  ni cravate, il garde la chemise et le pantalon sombre, marron, en quelque sorte l’équivalent de la petite robe noire de Piaf, qu’il ne connait pas encore. En quelques mois, le débutant a compris comment il va se faire un répertoire, et trouvé la tenue de scène qu’il gardera pour les grandes années music-hall 45-60. Décisions personnelles sans aucun conseiller.

Edith Piaf lui fera passer quelques étapes avec la suggestion d’oublier le répertoire américain, et en facilitant le contact avec d’autres auteurs. Dont Prévert. Et la rencontre avec Prévert est aussi symptomatique de la vista de Montand en matière de chanson. Prévert va lui présenter une chanson qu’il pense faite pour lui « la chanson des cireurs de souliers » il avait demandé à Henri Crolla de faire une musique sur ce texte assez acrobatique, et Crolla a composé une musique jazzy tout aussi acrobatique, Montand découvre cette chanson avec enthousiasme, et bien que très impressionné par Prévert, il n’hésite pas à suggérer une modification de la fin de la chanson*, que Prévert accepte volontiers. Montand fera souvent des propositions, que les auteurs acceptent, car il a un sens inné de la chanson, et de son impact. Comme avec « Du soleil plein la tête » en modifiant l’ordre des strophes. Ou « Les feuilles mortes » .. Et parfois en suggérant quelque chose de totalement inattendu, Barbara dit sans musique, ou en demandant de faire une chanson du texte de Gébé  (Casse-tête…) Parfois, il a eu besoin de s’appuyer sur les conseils de Simone, de Bobby  Castella, ou de Crolla (qui a insisté avec succès pour « Mon pote le gitan ») mais globalement ses choix étaient justes.

 

Montand jongle.jpgMontand a poussé très loin le soin de mettre en scène ses chansons, certaines demandaient un travail de mise au point d’une exigence extrême, des heures de travail pour le coup de cymbale dans « Battling Joe » des heures de travail pour les mouvements de danse, ou une jonglerie….

Le débat avait été initié par une observation sur Johnny Hallyday, interprète, pour arriver à Montand, et en conclusion, une réflexion récente de Johnny qui resitue très bien ce qu’ils ont été l’un et l’autre, comprend qui peut,

 Une chanson est une bonne chanson quand on ne se force pas à la chanter. Je me suis beaucoup forcé. 

 

Norbert Gabriel

 

 * La chanson des cireurs des souliers  devient « Les cireurs de souliers de Broadway » et  la fin suggérée par Montand est très différente de l’originale. Cette chanson ayant été déposée dans la version Montand, on ne connait donc pas la fin avec la musique qui l’accompagnait, les archives de Crolla ayant disparu… C’est aussi une suggestion de Montand à Pierre Barouh qui a donné la version connue de « à bicyclette » ,  enregistrée sous le titre « La bicyclette »  en raison de l’antériorité de la chanson de Bourvil. Mais ceci est une autre histoire..

 

 

La lune ou J’m’appelle la lune…

23 Sep

Photo ©NGabriel

C’était en 2011 ou 2012, la découverte d’ une chanson de Léo Ferré que je ne connaissais pas. Annick Cisaruk interprétait « J’m’ appelle la lune » lors des Jours Ferré. La surprise passée, un peu vexé, je consulte mon intégrale Ferré, et rien. Léo Ferré ne l’a jamais enregistrée.
Deuxième étape : en 2014, Valérie Mischler est invitée aux Jours Ferré avec cette chanson un peu mystérieuse, les enregistrements sont rares, le premier semble être une version début des années 60 par Los Machucambos, une version que nous dirons exotique, trouvée en faisant un tour dans les archives Ferré.
Ensuite,  voici la québécoise Renée Claude en 1994. Vient alors l’idée de chercher l’histoire de cette chanson. Comment est-elle née, qui l’a chantée la première fois… Le point de départ de cette recherche étant le fait qu’elle est interprétée par des chanteuses-comédiennes, Renée Claude, Annick Cisaruk,
Valérie Mischler, qui ont l’exigence de connaître l’histoire des textes qu’elles vont chanter. *
Et autre surprise, lors des Jours Ferré, personne ne sait rien, ni les spécialistes confirmés, ni Marie Ferré. Rien dans les livres non plus. Un faisceau d’intuitions et quelques indices flous, des souvenirs de livres sur les années cabaret 50-60 esquissent Pauline Julien comme première interprète probable. Et aussi l’hypothèse que Renée Claude a été précédée par une « collègue »,  et la seule chanteuse possible est Pauline Julien qui était en France dans les années 54-57, et qui a commencé à chanter dans les cabarets, les mêmes où passait Ferré. **

De ricochet en ricochet, Anne Sylvestre renvoie à Jean-Paul Liégeois, qui admet l’hypothèse sous réserve de vérification. Arrive ensuite Céline Faucher dans la quête des sources. Et dans le second semestre 2015, Jean-Paul Liégeois trouve la preuve à l’INA, comme Céline Faucher la trouve aussi dans les archives de Pauline Julien, au Québec, c’est bien Pauline Julien qui a été la créatrice, au sens première interprète.
Reste la question, pour qui Ferré a-t-il écrit cette chanson très féminine ? Etait-ce pour Pauline Julien, plus comédienne que chanteuse à cette époque ? Ou bien est-elle arrivée à point pour s’approprier cette nouveauté ? La quête continue, mais Pauline reste l’hypothèse plausible, quand elle a commencé à chanter, les artistes se croisaient dans les cabarets, en constituant des familles d’idées, rive gauche/ rive droite.
Elle y interprète alors Léo Ferré, Boris Vian et Bertolt Brecht, mais J’m’appelle la lune
semble être la seule oeuvre originale de son tour de chant.
Pauline Julien revient au Québec comme chanteuse, et lorsque Léo Ferré a fait sa première tournée québécoise, en 1963, ses chansons étaient déjà familières, la porte était entr’ouverte, grâce à une chanson qu’il n’a jamais enregistrée. Il y a d’autres chansons de femmes que Ferré n’a pas enregistrées : « La fille des bois » sur un texte de Mac Orlan est difficilement chantable par un homme, interprétée par Pauline Julien et Catherine Sauvage en 61, c’est le seul texte de Mac Orlan mis en musique par Ferré. Idem pour  Les p’tits hôtels  texte de Dimey créé par Zizi Jeanmaire.
En 1940, Ferré a composé des chansons dont il n’y a pas de traces à ce jour, sur des poèmes attribués à Germaine Neumann , son pseudo lors d’un premier spectacle était Forlane si vous voyez quelque part ces titres : Jouez-moi du Bach, Un Chant d’amour, Près de toi, Prétexte, Souvenir, Le Vieux Cahier, Le Temps des valses, Je fais parfois un rêve fou , vous aurez découvert un petit trésor.

Dans le CD « La mauvaise graine » on trouve quelques chansons jamais enregistrées par Ferré, et dans le CD Maudits soient-ils, des chansons maquettes de studio, dont 5 poèmes de Verlaine et 5 de Rimbaud.
L’oeuvre de Léo Ferré est la plus importante, et de loin, de toute la chanson francophone, et les archives explorées par Mathieu Ferré promettent d’autres découvertes sur le plan enregistrements, pour les textes, tout est dans « Les chants de la fureur » 1622 pages, Edition La Mémoire et la Mer/Gallimard 2013.

• * (La lune a été chantée aussi par Nicolas Reggiani en 2004, par Les Faux Bijoux et par le groupe italien Têtes de bois …) et Josette Kalifa – avec David Venittucci à l’accordéon – sur son album de reprises de Ferré en 2002 ou 2003 .
https://greatsong.net/PAROLES-JOSETTE-KALIFA,LA-LUNE,102374878.html

• ** Dans les années 52-60, une autre chanteuse Aglaé a fait un bout de chemin en France, mais dans un registre différent, plus opérette, plus proche de Ricet-Barrier que de Ferré.

En 2018  Pascale Ferland a fait un film sur Pauline Julien, on y trouve un morceau de cette chanson, c’est là:

https://vimeo.com/398535592?fbclid=IwAR3mqohvGW7_z2NVTzbn…

 Norbert Gabriel

Ferré, un archipel, par Jacques Layani…

22 Sep

Edition Le Bord de l’Eau Septembre 2020

C’est bien un archipel de l’oeuvre de Ferré qui est proposé dans ce livre de 390 pages, dans lequel chaque île développe des plans séquences-documentaires fouillés, par thèmes, ou par périodes. Ses rencontres avec Dimey, Breton, Aragon, Luc Bérimont, Mac Orlan… Comment les œuvres communes se sont organisées, tout est précis, daté, raconté avec brio. L’auteur revendique un désordre foisonnant, en effet, c’est le genre de livre qu’on peut lire dans l’ordre, ou dans le désordre, et quand on connait son Ferré, c’est un complément indispensable qui répond à beaucoup de questions qu’on a pu se poser au fil du temps, des albums, de sa vie, comme un puzzle sur lequel on éclaircit quelques pièces restées dans des ombres floues.

Si on consulte la discographie, les rééditions diverses, et les circonstances liées à certaines compilations, vous aurez de quoi vous guider pour réorganiser votre discothèque, ou mieux comprendre ce qui sépare des rééditions opportunistes faites pas les labels, de rééditions mieux maîtrisées et plus cohérentes.

Dans une autre île, les critiques, articles, chroniques parues dans les journaux d’époque montrent que c’est le plus souvent le style original, novateur, qui dérangeait les journalistes plus ou moins spécialisés. Et finalement, Ferré a confirmé ce que dit Cocteau : «  Ce qu’on te reproche cultive-le, c’est toi. »

La genèse du parcours prolifique de Ferré commence dans les années 30, avec une page d’histoire de la chanson quand le môme Léo se nourrissait des émissions de musiques à la TSF, Gilles et Julien, Mistinguett, Jean Tranchant, Mireille, un vieux banjo de 1925, Cole Porter ou Peanut Vendor de Moises Simon, et aussi le piano du pauvre à côté d’une valse à Schubert

On voit aussi dans l’exploration des procédés d’écriture les interférences et références de ses auteurs favoris, quand Ferré adapte, triture, refond les textes pour en faire ses chansons… Et vient alors l’envie, ou le besoin, de réécouter tel album pour mieux s’en imprégner.

Dans une œuvre aussi importante que celle de Ferré, il reste toujours des archives inexplorées qui sont publiées régulièrement. Parmi celles-ci des « nouveautés » des concerts captés qui n’avaient jamais été publiés. Ferré en général n’aimait pas les albums-concerts « live » pour une raison majeure, il n’était plus le maître d’oeuvre, les arrangements pouvaient varier (un de ses soucis avec Castanier) il pouvait y avoir des variations improvisées dont il n’était pas l’auteur. Néanmoins ce sont des compléments utiles dont  il est fait inventaire exhaustif.

On notera aussi que Jacques Layani fait le point sur le monumental « Les chants de la fureur » en indiquant les textes qui manquent dans ce qui a été présenté comme une intégrale des écrits de Ferré.

Cet Archipel Ferré – plus de 30 îles ou îlots à visiter – est le complément indispensable à tout amateur de chanson en général, avec ses multiples informations sur les ressorts de la création de cet art populaire qui a ses lettres de noblesse.

Edition Le Bord de l’Eau Septembre 2020, Collection Le miroir aux chansons,  dirigée par Jean-Paul Liégeois et Salvador Juan.  22 €

NB L’ouvrage contient de nombreuses indications sur les prix des concerts ou des dépenses diverses, il faut signaler une erreur dans la conversion entre les francs de 1954 et l’euro. Le concert à l’Opéra Garnier de Monte Carlo avec 80 musiciens est indiqué avec un prix de places à 500 frs. La conversion indique 500 frs anciens = 5 frs soit moins d’un euro… En 1954 le SMIC horaire est de 126 frs, donc 500 frs = 4 h de SMIC, et en 2020, ce serait dans les 40 € ce qui est raisonnable pour un concert de cette importance.
Pour rappel , un concert de Ferré en 1990 au Dejazet était à 140 Frs, et avec un SMIC horaire à 30 Frs, on retrouve la même équivalence, dans les 40 €. Dans ces recherches d’équivalence des coûts le seul calcul fiable est de se référer au SMIC horaire.

Norbert Gabriel

HK , Petite terre …

17 Sep

En survolant le paysage humain français, on voit que depuis la Gaule la mosaïque s’est enrichie et diversifiée, et il n’est pas inutile de rappeler que le nom de la France, vient des « barbares francs » convertis à la religion locale… Ensuite l’Histoire cite à la barre, les Ostrogoths, les Wisigoths, les Vandales, les Sarrasins, les Vikings, et, entre la Gaule et la France, quatre siècles de civilisation gallo-romaine.. Et tout ça fait d’excellents français selon Maurice Chevalier, étranges étrangers* et selon Eluard :

C’est que ces étrangers, comme on les nomme encore,
Croyaient à la justice, ici-bas, et concrète.
Ils avaient dans leur sang le sang de leurs semblables.
Ces étrangers savaient quelle était leur patrie.

On peut trouver une synthèse musicale de cette histoire bigarrée avec le nouvel album d’HK, sortie annoncée pour le 18 Septembre, c’est vivant, tonique, une sorte de cri du cœur qui fait un bras d’honneur aux malheurs petits ou grands qui font l’ordinaire des actualités.

HK et ses ami.es nous reviennent avec un nouvel album :  Petite Terre . Toujours le même amour des mots qui s’envolent, des mélodies nomades et des rythmes dansants.
Un album world à la française aux accents chtis, occitans, créoles, bretons ou encore berbères. Un voyage musical qui commence au cœur de nos terroirs pour nous inviter aussitôt à nous ouvrir sur le monde et à le parcourir en chansons. Un album nous parlant de Nous aujourd’hui, et de ces lendemains joyeusement solidaires auxquels on rêve encore, obstinément. Un album comme une valse contagieuse, qui nous donnera envie de danser avec HK et sa bande de joyeux saltimbanques, pour de nouveaux beaux moments à vivre… ensemble.

On peut le dédier à Marie Curie, Henri Bergson, Emile Zola, Jankélévitch, Joseph Kessel, Ariane Mnouchkine, Romain Gary, Michel Platini, Moustaki , Charles Aznavour, Coluche, Henri Verneuil, Raymond Kopa, Isabelle Adjani, Serge Gainsbourg, Zidane, Jacques Offenbach, Serge Reggiani, Yves Montand, Pierre Barouh, Manouchian, Edith Piaf, Brassens, Mouloudji, Alexandre Trauner, Cavanna, Harry Baur (mort car supposé juif) , Juliette Noureddine, Guy Béart, Étienne Roda-Gil, Olivia Ruiz, Michel Piccoli, Kosma, Géminiani, Wolinski, Pierre Tchernia(ski) , Stablinski, Daniel Pennac, Django Reinhardt, Grappelli, Azzola, Modigliani, Michel Polac, Ariane Ascaride, Costa-Gavras, Cédric Klapisch , Michel Hazanavicius , Mathieu Kassovitz, Noémie Lvovsky , Céline Sciamma, Leos Carax , Robert Guédiguian , Jean Becker , Jean-Pierre Mocky , Anna Marly, Guy Béart, Marjane Satrapi…

Liste non limitative de français venus d’ailleurs pour différentes raisons, et j’ajoute quelqu’un de beaucoup moins connu (!) moitié rital par la mère moitié espingouin par le père (avec aux dernières nouvelles quelques traces de juifs vénitiens du 15 ème siècle) Norbert-Gilles Gabriel.

  • Etranges étrangers, Prévert, ( … déportés de France et de Navarre, Pour avoir défendu en souvenir de la vôtre, La liberté des autres.)

 

Le site c’est là–> 

Norbert Gabriel

Toudoux Lapinou…

15 Sep

Toudoux Lapinou raconte l’histoire de 2 doudous qui partent à l’aventure avec l’espoir de rencontrer des familles pour les adopter. A travers leurs péripéties, pleines d’humour et de poésie, il est question de courage, d’optimisme et d’amitié !

Grâce à vous, Toudoux Lapinou est un rêve qui deviendra bientôt réalité. Ce personnage attachant prendra vie dans un livre audio jeunesse et sur scène.

Né de la rencontre entre 2 auteures et 1 compositeur/comédien, le spectacle a déjà été joué dans les maternelles où enseignants, enfants et parents nous réclament un souvenir ou un support pour poursuivre l’aventure avec cette histoire.

Ce livre audio en police DYS sera destiné aux maternelles, premières lectures et enfants souffrant de troubles de l’apprentissage.

Pour le financement c’est  là,

Clic sur la bourse –>

 

Jen Iza et Ben, les enfants d’abord ..

28 Août

 

Nous sommes un certain nombre à avoir applaudi Jennifer Quillet dans ses multiples talents, aux côtés de Nathalie Miravette ou Pierre Margot, comme multi instrumentiste, ou partenaire de jeux de scène dans des compositions burlesques à rendre jaloux Buster Keaton ou Frégoli…

Et puis, éclipse, disparition des scènes, pourquoi ?

« Parce qu’un jour j’ai réalisé qu’une heure trente de très grand plaisir en scène me séparait deux jours de ma fille , et le bilan a été vite fait. » Et parfois il y a des tournées …

Dans son parcours, musicienne, enseignante, animatrice dans diverses structures éducatives et culturelles, il y avait tout pour la suite : « auteure de livres pour jeune public » Avec mademoiselle Daenerys, comme source d’inspiration et pilote d’essai …

Le résultat se concrétise par deux livres réunissant des jeux, des activités manuelles, et de la recherche aussi … Grâce aux voyages spatio temporels d’Iza et Ben : un bon moyen pour les parents de se mettre à jour pour ne pas paraître un peu bécassou devant leurs enfants. Même si on se considère comme un puits de science, il y a quelques exercices qui peuvent ramener à une pincée de modestie.. Et c’est aussi un bon moyen de s’exercer à une utilisation combinée des travaux à l’ancienne, et des moyens modernes du web si vous avez des lacunes en égyptologie ou voyages interplanétaires…

L’auteure Jennifer Quillet / Jen Killy décrit ce projet réalisé :

Une série de livres pour la jeunesse. Chaque histoire intègre l’enfant lecteur qui va aider les héros grâce à de nombreuses activités (bricolages, recettes, jeux, expériences) tel un livre d’activité scénarisé.
Mon but est d’amener l’enfant à participer à l’histoire via le jeu et les activités manuelles.
Activités et Goodies

Retrouvez tous les bricolages du livre sur le site, clic sur  : 

Vous pourrez les télécharger, les imprimer, et les partager à votre convenance, pour le plaisir de toutes et de tous.

NB : Ayant un peu dépassé l’âge qui est « la cible » je regrette de ne plus avoir de petits enfants en âge de partager avec eux ces aventures d’Iza et Ben , mais on ne guérit jamais de son enfance, et c’est une bonne maladie finalement.

Norbert Gabriel

Musique, héritage militant et solidarité avec les immigrés : concert et entretien du Cri du Peuple au Kabako

25 Août

 

Le Kabako, quésaco? C’est ainsi que fut renommé récemment un local départemental de Bordeaux à l’abandon, réquisitionné il y a quelques mois par des bénévoles du secteur associatif pour héberger des réfugiés mineurs s’étant retrouvés à la rue, car non pris en charge par les autorités en attendant que leur minorité soit officiellement reconnue. « Kabako » signifiant « surprise » en langue Bambara, parlée au Mali et en Afrique de l’Ouest, et par une partie des jeunes y ayant trouvé un foyer inespéré, temporairement au moins, comme un clin d’œil au sens de son nom, l’endroit résonnait jeudi dernier au rythme d’un concert surprise du Cri du Peuple. L’ensemble vocal bordelais qui depuis quinze ans anime, accompagne et soutient les luttes sociales en interprétant des chants des répertoires anarchiste, antifasciste et féministe français et européen nous avait déjà accordé un entretien l’an passé, à l’occasion du Festival contre le racisme et les stéréotypes à Cenon (33) [lire ici], pour raconter l’aventure humaine d’un collectif de personnes unies par des valeurs et des idées philosophico-politiques communes, l’envie d’extirper de l’oubli des chants de lutte appartenant au patrimoine populaire plus ou moins ancien et de les faire (re)vivre et connaitre, et la volonté de donner un sens à la perpétuation de cet héritage musical et culturel en se produisant bénévolement en soutien à des mouvements, rassemblements et actions pour défendre en chanson les causes qui les touchent et leur semblent justes.

Toute manifestation politique ou festivalière étant interdite depuis des mois, en raison de la pandémie, la période était appropriée pour que Le Cri du Peuple s’attèle enfin à l’enregistrement d’un album compilant certains des morceaux avec lesquels le groupe a enchanté et rempli d’une énergie, d’une chaleur et d’une lumière bienfaisantes le militantisme local au cours de ses quinze années d’existence. C’est donc heureux de la perspective de sortie de l’album qui se profile à l’horizon, que Le Cri du Peuple, dont plusieurs membres font partie des bénévoles s’occupant du Kabako, a décidé de s’y produire, en premier lieu pour partager un moment festif et musical avec les jeunes. Et quand on imagine ne serait-ce qu’un dixième des épreuves et des vécus parfois traumatiques que ces personnes ont traversé, à peine sorties de l’enfance, pour l’espoir d’une vie meilleure en Europe -ou d’une vie tout court-, c’est sans trop de peine qu’on envisage combien leur offrir un moment d’amusement, de musique et de poésie est aussi vital que l’entre-aide matérielle et le soutien juridique. Seule preuve en fut la réaction éclatante de joie de ce jeune public, dont a priori on aurait pu craindre qu’il ne soit pas très réceptif à des chants militants ne lui étant pas familiers. Et pourtant : l’entendre reprendre le refrain féministe « Non, c’est non! » en chœurs, battre le rythme sur des percutions de fortune ou en frappant des mains pour accompagner la chanson de révolte québécoise « Je suis fils », et le voir danser sur l’hymne anarchiste espagnol « A las barricadas » suffit amplement à saisir toute la dimension universelle -et simplement humaine en fait- du langage musical et de la force que les élans de chants de lutte et d’espoir peuvent intuitivement communiquer. Nous profitions de la soirée pour un nouvel entretien avec des membres du Cri du Peuple pour en parler.

 

– Bonsoir et merci de nous accorder cet entretien. On ne présente plus votre chorale qui s’est fait entendre depuis quinze ans en Gironde pour appuyer les mouvements, manifestations et luttes sociales en chansons, et ressuscite et fait vivre le patrimoine musical anarchiste francophone. Où en est l’aventure du Cri du Peuple aujourd’hui?

-Pat : Le terme de « chorale » en fait ne convient pas vraiment à notre ensemble. Déjà pour intégrer une chorale, on demande de savoir chanter, et même si nous savons chanter, ce n’est pas notre premier critère de recrutement de nouveaux membres. Il faut d’abord que les gens aient nos idées, sociales, libertaires, féministes, antifasciste, antiracistes, et puis que ce soient des gens avec qui ça fonctionne. On se rend compte que quand trop de nouveaux membres arrivent dans l’ensemble, on a des problèmes de fonctionnement. De ce fait nous privilégions l’appellation de groupe.

-Muriel : C’est difficile d’intégrer des gens. Il y a quand même un esprit et ce n’est pas facile d’apprendre les morceaux, d’autant qu’il n’y a pas tant de membres que ça qui sont musiciens. Les gens pensent qu’on monte un morceau en trois minutes et demi. Mais en réalité c’est très long, parfois laborieux, de structurer une chanson, l’harmoniser, décider comment on va la chanter. Si en plus il y a trop de nouveaux membres à former au fonctionnement dont nous avons l’habitude, ça complique tout, à moins que les gens connaissent déjà le groupe et nos chansons. Apprendre à s’écouter mutuellement, se caler, chanter avec les autres, ce n’est pas la même chose que chanter juste seul. Et je pense qu’il y a plein de choses dans l’ambiance et l’état d’esprit du groupe qui sont liées à la façon dont on travaille, donc il n’est pas question de changer de méthode. On ne travaille pas avec des partitions, des notes, le métronome.

-Julien : On travaille avec des bières!

-Muriel : Non, mais on tâtonne, on cherche, des fois quand un morceau est proposé, on va en écouter diverses interprétations pour se faire une idée. Il y a un gros travail de réappropriation et d’interprétation des morceaux.
Samia : Et puis surtout ce n’est pas une chorale où tu viens juste chanter. C’est un groupe, parce qu’on compte les unes sur les autres. On n’a pas de chef de chœur.

 

– Un album à sortir va venir ponctuer l’histoire du groupe. Comment et pourquoi avoir décidé d’enregistrer enfin ce répertoire que vous faites vivre depuis quinze ans en public ?

-Muriel : D’habitude lorsqu’on décide d’un set à chanter en public, on le répète beaucoup, et puis on chante. Ce printemps-ci, on n’a pas fait cela, car en vertu de la pandémie, tous les festivals et évènements ont été déprogrammés. Du coup on en a profité pour s’occuper de cet enregistrement, d’autant que notre copain ingénieur du son, Jean, était disponible, n’ayant aucun engagement à cause du confinement. On a d’abord fait une première réunion avec lui, car ce qu’on voulait, nous, ce n’était pas un son de studio carré et formaté. Il a fait plusieurs prises, en répétitions aussi, sur le vif parfois, et comme il connait le groupe pour nous avoir vus plusieurs fois, il savait nous dire lorsque la prise correspondait exactement à l’esprit du groupe, et à l’énergie de ce qu’on dégage en concert. On espère vraiment qu’à l’écoute du disque on retrouve cette énergie et cet esprit qui investit les chansons et y met de l’intention. Parfois Jean se cachait pour nous capter, et on oubliait se présence, ce qui fait qu’on se lâchait plus. Je pense que c’est dans ces moments peut-être qu’il a eu de meilleures prises.

-Julien : Certains morceaux quand même ne sont pas pris en live ; on a du les enregistrer instrument par instrument, et pupitre par pupitre.

– Muriel : On ne peut pas faire un disque qu’avec des prises live, parce que par moment fatalement l’accordéon par exemple couvre les voix. Techniquement je ne sais pas comment Jean va se débrouiller, mais j’aimerais bien qu’on retrouve vraiment quelque chose qui ressemble à ce que fait Le Cri du Peuple.   

 

– Comment avez-vous orienté le choix des chansons qui se retrouveront sur l’enregistrement?

-Muriel : L’idée était d’y mettre aussi des morceaux représentatifs de ce que nous faisons depuis le début. C’est pour ça qu’on est allé déterrer de vieux morceaux qu’on n’avait plus chantés depuis longtemps, et d’ailleurs que les nouvelles membres ne connaissaient absolument pas.  L’enregistrement nous a donné donc l’idée de réintégrer dans le nouveau set de vieilles chansons qu’on a mises dans l’enregistrement, car elles sont l’histoire du Cri du Peuple. Du coup une vieille copine qui était une ancienne membre du groupe a décidé de revenir aux répétitions. Donc en longueur on est à treize ou quatorze morceaux enregistrés. Et puis il y aura des invités sur l’album, car Christine, qui est la mémoire vivante du Cri du Peuple, a recontacté des musiciens qui à l’époque des premiers morceaux avaient joué avec nous, mais n’en disons pas plus pour le moment. On voulait que le disque reflète vraiment l’histoire du groupe, qui existe quand même depuis quinze ans, et pas seulement des derniers morceaux en date.

-Marina : Pour les « jeunes » membres, on a pris plaisir à découvrir ces anciens morceaux. J’ai adoré.

-Pat : Actuellement l’enregistrement est presque terminé. Ensuite, on devra certainement lancer une souscription ou une précommande pour trouver des sous pour payer le pressage.

– Muriel : Parce qu’on ne va pas demander non plus aux gens de faire ce boulot bénévolement pour nous. Ce sont des gens qui possèdent des compétences qu’on n’a pas pour faire ce travail, qui y passent du temps et y consacrent des efforts. Il est donc normal de les rémunérer.

 

– Parlons du concert de ce soir, qui a lieu sans avoir vraiment été annoncé à grand fracas : est-ce à dire que son but est moins d’attirer du public pour découvrir ou soutenir ce lieu que d’offrir un moment de partage et de joie aux jeunes qui y sont hébergés et aussi aux bénévoles qui s’y impliquent, et dont d’ailleurs plusieurs membres du groupe sont ?

– Samia : On est très contentes de chanter ce soir ici au Kabako, qui est un lieu de vie pour mineurs non accompagnés en recours, c’est-à-dire qui ont été déclarés non-mineurs par le département, et ont soumis un recours au juge des enfants pour obtenir que leur minorité soit reconnue. Il faut savoir que durant ce temps là, en attente de la décision, aucune instance, ni personne ne s’occupe d’eux : étant officiellement ni mineur ni majeur, ils se retrouvent donc à la rue. Ce lieu qui était ouvert a donc été occupé par des bénévoles afin qu’il accueille la trentaine de jeunes qui y est actuellement hébergée. L’idée du concert est née collectivement, puisque nous sommes quatre ou cinq membres du Cri du Peuple à venir régulièrement passer des journées et des nuits ici. On s’est dit que ce serait une bonne idée de chanter pour eux, devant eux, et leur offrir une petite soirée. J’ai édité les paroles des chansons, parce qu’on a pensé que ça pourrait aussi servir d’atelier lecture, car tout est prétexte à apprendre.

– Muriel : Et puis les mesures sanitaires relatives à la pandémie compliquent tout : on ne peut pas appeler les gens à venir soutenir massivement ou participer à un spectacle, ni même passer à une journée « portes ouvertes », comme ça s’organise dans les squats traditionnellement. Heureusement il n’y a eu aucun cas de personne infectée ici, car nul doute que ça pourrait servir de prétexte pour faire évacuer le lieu.

 

– Puisque vous y êtes bénévoles, pouvez-vous présenter le lieu, sa création et son fonctionnement ?

-Julien : Des bénévoles ont constitué un collectif indépendant, qui n’est pas affilié à une organisation particulière, même si certains sont membres d’associations ou de syndicats. Il y avait même les nouveaux élus à la mairie de Bordeaux, de la liste Bordeaux en Lutte, présent le jour l’investissement des lieux.

-Samia : Mais personne n’agit au nom de son association, groupe ou syndicat ; nous ne sommes qu’un collectif d’individus.

-Jules : Pour le moment les autorités restent tolérantes quant à l’occupation du lieu, qui est sécurisée et paisible. C’est bien que les jeunes aient cet endroit où vivre au lieu de passer l’été à la rue, autrement il aurait fallu rouvrir l’Athénée Libertaire pour y organiser des repas de l’accueil de jour, comme l’été dernier [lire  ici].

– Pat : Il y a quand même des rumeurs de risque d’expulsion, évidemment à cause des déclarations de la préfecture.

-Marina : Mais pour l’instant, il n’y a pas d’arrêté d’expulsion ni de procédure, car le bâtiment appartient au département.

-Sandrine : C’était celui de la MDSI, la Maison Départementale de la Solidarité et de l’Insertion, donc un lieu dédié qui finalement rempli une mission dans le même esprit, avec des espaces qui permettent de loger presque décemment les jeunes. Le problème est que des jeunes continuent d’arriver, car il y en a qui se retrouvent mis à la rue chaque jour sur décision du département qui leur refuse l’aide sociale à l’enfance. Pendant la période d’évaluation de leur dossier, qui dure d’un mois à un mois et demi, ils sont logés dans des hôtels, avec un éducateur qui passe les voir, mais sans prise en charge médicale, encore moins psychologique ou affective, alors que certains ont un vécu vraiment traumatique. On leur donne des tickets restaurant pour aller dans des fastfoods, où ils n’en peuvent plus de manger de la merde. Et puis on les jette à la rue soudainement si le dossier de reconnaissance de minorité est invalidé. Donc ici ils peuvent dormir, se reposer, cuisiner, participer à l’entretien et aux tâches ménagères ensemble, s’instruire et faire des activités. Pour la question alimentaire on bénéficie de deux sources de récupération : l’Amicale Laïque de Bacalan [NDLR quartier voisin], et la Banque Alimentaire, via l’association Les Enfants de Coluche et Alimentation Solidaire 33.

– Marina : D’ailleurs si tu peux faire passer un message, ils ont besoin d’argent, car ça coute cher d’acheter de la nourriture. Donc il y a un besoin d’aide financière pour pouvoir continuer de sortir de la nourriture de la Banque Alimentaire et la distribuer. On peut y contribuer ici : lire ici

 

– Que signifie le nom du lieu Kabako ?

-Samia : Il veut dire « surprise » en Bambara, qui est une langue du Mali et d’Afrique de l’Ouest. Il a été choisi par un jeune qui d’ailleurs n’est plus ici. Heureusement certains partent quand même avec une meilleure solution, ce qui libère la place pour d’autres. Un avocat a réussit a obtenir récemment un référé qui va dans le sens de ce qu’on réclame, à savoir que les jeunes soient pris en charge par le département jusqu’à la fin de leur dernier recours. Et on espère que ce lieu sera le dernier de ce genre à avoir besoin d’exister et que demain il n’y aura plus de mineur à la rue.

 

 

 

Miren Funke

Photos : Miren et CDP

 

Liens:  page fb du Cri du Peuple : https://www.facebook.com/lecridupeuplebordeaux

 

Page du Kabako : https://www.facebook.com/Kabakobordeaux

Soutien en ligne : ici

 

Page fb Alimentation Solidaire 33 : https://www.facebook.com/Alimentation-Solidaire-33-108403657489936/

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Histoire d’une sorcière comme les autres ..

18 Juil

 

Photo©NGabriel

Il y a un peu plus d’un an une version écourtée de cette chanson a été mise en ligne sur youtube, sans l’accord d’Anne Sylvestre, qui n’a jamais été consultée.  Elle avait donc demandé le retrait, ce qui fut fait un temps, mais c’est revenu en ligne, sans aucun accord ni demande. On peut trouver le procédé pour le moins cavalier, voire même carrément grossier.

Voici la strophe coupée, l’amputation des 6 derniers vers dénaturent le texte originel …

 

Ce n’est que moi  C’est elle ou moi
Celle qui aime Ou n’aime pas

Celle qui règne Ou qui se bat
C’est Joséphine Ou la Dupont
Fille de nacre Ou de coton

C’est mon coeur Ou bien le leur
Celle qui attend Sur le port

Celle des monuments Aux morts
Celle qui danse Et qui en meurt

Fille bitume Ou fille fleur
Et c’est ma mère Ou la vôtre

Une sorcière Comme les autres

S’il vous plaît Soyez comme je vous ai
Vous ai rêvé depuis longtemps

Libre et fort comme le vent Libre aussi
Regardez je suis ainsi
Apprenez-moi n’ayez pas peur

Pour moi je vous sais par coeur »

 

Et voici l’explication de texte qui donne toutes les informations. ( Sur une page Anne Sylvestre )

Puisque vous êtes nombreuses et nombreux à nous poser des questions sur l’origine et le sens des noms cités dans « Une Sorcière comme les autres », nous vous proposons une petite « explication de texte », fournie par Anne Sylvestre elle-même.

Chacun des couplets démarrant par: « ce n’est que moi / C’est elle ou moi » est construit sur un balancement, une opposition :

Celle qui parle / qui se tait
celle qui pleure / qui est gaie

Jeanne d’Arc / Margot (la Margot des comédies classiques, du vaudeville… « Vive le mélodrame où Margot a pleuré », écrit Alfred de Musset)

vague / ruisseau
la soeur / l’inconnue
jamais venue / venue trop tard
de rêve / de hasard
qui aime / n’aime pas
qui règne / qui se bat

(ou « se débat« . Anne Sylvestre n’a jamais pu trancher. Ce vers-ci varie donc régulièrement)

– Joséphine (de Beauharnais, impératrice) / la Dupont (la femme du peuple)

– de nacre (matière noble, précieuse) / de coton (matière ordinaire, simple)

– celle qui attend sur le port (femme de marin) / celle des monuments aux morts (mère ou veuve de soldat mort au combat)

– FILLE BITUME (devenue « fille d’asphalte » pour Pauline Julien , le terme « bitume » n’existant pas au Québec. Anne Sylvestre a par la suite adopté pour elle-même « asphalte« , dont elle préférait la sonorité. Asphalte ou bitume faisant référence aux filles faisant le trottoir)
– FILLE FLEUR (jeune fille en fleur, innocente, fleur bleue)

– ancêtre/enfant
– qui cède / se défend

– qui est dans son printemps / que personne n’attend
– la moche / la belle
– de brume / de plein ciel

– GABRIELLE (Gabrielle Russier : https://fr.wikipedia.org/wiki/Gabrielle_Russier , à qui est également consacrée la chanson « des fleurs pour Gabrielle » :

– EVA (dans la première version du texte, c’est Eva Forest, (Genoveva Forest i Tarrat) révolutionnaire espagnole, dont Anne Sylvestre venait de lire « Journal et Lettres de prison » : https://fr.wikipedia.org/wiki/Eva_Forest ;
par la suite, « Eva » a été remplacée par « AICHA« , Aïcha Dabalé, militante de Djibouti contre l’excision et la dictature dans son pays : https://www.rfi.fr/…/20140307-djibouti-exil-femmes-aisha-da… . Pour l’anecdote, le soir où Anne Sylvestre a chanté pour la première fois la chanson avec « Aïcha » au lieu de « Eva », Aïcha Dabalé était dans la salle)

Fille de brume Ou de plein ciel
Et c’est ma mère Ou la vôtre
Une sorcière Comme les autres
S’il vous plaît Faites-vous léger
Moi je ne peux plus bouger.

 

Norbert Gabriel

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