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Jean Guidoni, Légendes urbaines…

21 Nov

La Cigale reçoit Jean Guidoni,

Il y a quelques mois, lors de la première à L’Européen, la salle a été éblouie par ce spectacle, quelques mois après, le 20 Novembre à La Cigale, on peut dire que le grand cru s’est bonifié, mais rien à ajouter sur le fond à ce qui suit….

 

 Lors de la sortie de l’album, ce fut un triomphe, en voici les échos.

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Photo©NGabriel Européen 2017

Résurrection ! Depuis quelques années avec la nouvelle équipe Tacet, Jean Guidoni s’est consacré à des spectacles et albums essentiellement comme interprète. Période sans doute transitoire pour faire revivre à plein régime en 2017 ce jeune homme qui marchait dans les villes comme un conquérant insatiable bien résolu à tout dévorer et à flamber sa vie comme un feu d’ artifice. Une apparition explosive qui avait laissé pantois celles et ceux qui ont eu le privilège de le découvrir ces années-là (pour moi, 1982 à Firminy) Et certains des premiers spectateurs qui étaient au Théâtre en Rond au début des années 80, étaient là, le 4 Avril, dans ce théâtre devenu Européen. Et nous avons retrouvé ce Jean Guidoni éblouissant, une voix impeccable qui sonne comme un violoncelle, grave et bien posée sur ses Légendes urbaines, ses propres textes, associés aux musiques de Didier Pascalis, sur des arrangements de Thierry Garcia. Une équipe talentueuse et solide, dans laquelle Jean Guidoni trouve un épanouissement artistique total, et peut-être plus. L’artiste est souvent un solitaire, mais s’il n’est pas bien accompagné, dans tous les sens du terme, le chemin peut devenir très malaisé.

Légendes urbaines, avec quelques ajouts « du répertoire » donne un spectacle d’une densité émotionnelle particulière. Oublions une des légendes qui a fait de Guidoni un chanteur uniquement sombre et torturé aux ambiances tragiques, c’est beaucoup plus que ça, c’est un concerto des sentiments souvent exacerbés, – J’ai peur-* c’est un regard sans concession sur les tréfonds de l’âme humaine, un miroir souvent impitoyable – Je pourris camarade– mais c’est aussi une auto dérision jouissive, et acidulée, ça pique un peu, mais on pirouette quand même, sur le manège enragé. Putain de vie, je t’aime malgré tout… A la façon de Prévert, dont il m’a semblé deviner l’ombre complice dans un coin de la scène. A la façon de Daumier, dans ses portraits au vitriol, à la façon de Van Gogh aussi, dans les contrastes bigarrés de la vie rugueuse, bariolée, maquillée ou sauvage.

C’est un Guidoni qui semble avoir largué une bonne partie des « encombrants » qui plombent la marche en avant, aujourd’hui la marche est fluide, funambule qui valse sur la scène, lucide ascendant narquois parfois, grave sans lourdeur, et danser à contretemps dans ce monde de fous, sur le bien et le mal… les deux pieds dans la boue, et sans aucun témoin

Que dire de plus ? C’est un nouveau printemps Guidoni, et un album à mille feux, en fin de compte, ça valait le coup d’avoir la patience du diable pour revenir vers nous. Salut l’artiste.

*J’ai peur (Allain Leprest)

Suivez Guidoni, c’est ici, clic sur la photo…

Car si l’Européen a très vite affiché complet, la Cigale est programmée à l’automne, et soyez prudent, j’imagine que le public de l’Européen remettra ça et emmènera celles et ceux à qui ils veulent du bien.. Et n’hésitez pas à découvrir aussi la mutine Dorothy… (MP)

Et pour quelques images de plus…

Photos NGabriel Européen 2017

Norbert Gabriel

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The Stranglers revient en France pour plusieurs dates à partir du 22 novembre : entretien avec le bassiste et chanteur JJ Burnel

19 Nov

La date du 22 novembre sonnera l’amorce d’une série de concerts que donneront les Stranglers en France, dans le cadre de leur tournée internationale, avant de s’envoler pour la Nouvelle Zélande et l’Australie.

Fondé il y a 43 ans, aux prémices de la scène punk britannique, bouillonnante d’horizons à explorer et de conventions à briser, ce groupe de Rock atypique, tant par l’inventivité de son jeu, la liberté de ses choix artistiques et l’originalité de sa trajectoire que par la franchise de ses écarts, l’est aussi devenu par sa longévité exemplaire. Certes la scène rock internationale ne manque pas de groupes chevronnés, formés, déformés, puis reformés. Mais à la différence de tous, les Stranglers, bien qu’ayant vécu des départs et renouvellements de membres -le chanteur et guitariste Hugh Cornwell, fut remplacé en 1990 par John Ellis (guitare) et Paul Roberts (chant), puis par Baz Warne en 2000-, a tracé sa route dans la continuité sans cesser d’exister. Ayant traversé, à l’instar de bien d’autres, des périodes prolifiques et glorieuses, et d’autres moins, le groupe renoue avec l’alchimie créatrice, depuis l’arrivée de Baz Warne, qui ramène la formation à une configuration de quatuor, suite aux départs successifs de Ellis et Roberts (2006), et marque en même temps le retour au chant du bassiste Jean-Jacques (« JJ ») Burnel, ce dernier recommençant à  partager l’interprétation vocale, comme durant les premières années du groupe. Du premier album, « Rattus Norvegicus » (1977) au dernier en date « Giants » sorti en 2012, l’histoire du groupe, jalonnée de 17 enregistrements studio et 15 lives, ne peut se résumer à ceci, tant elle est vaste, compliquée et fertile, et constitue une influence non négligeable pour bien des groupes, par la particularité d’un jeu où l’accord de quatre instruments jouant chacun un solo sonnait comme une harmonie inédite et une expérimentation ambitieuse. JJ Burnel lui-même, par sa pratique singulière, sans doute pionnière, arracha la basse de la fonction ingrate de base rythmique laissant la vedette aux autres instruments, à laquelle elle était jusque là cantonnée, pour lui donner un rôle de tout premier plan, inspirant en cela des générations de bassistes. Cette année le quatuor scénique du groupe en réalité quinticéphale (le batteur originel Jet Black, qui pour raisons de santé a dû définitivement passer le relais à Jim Mc Caulay, restant présent pour veiller à l’existence du groupe), a choisi de partir en tournée sans avoir encore sorti d’album. Celui-ci, en cours d’enregistrement, s’annonce avec de nouveaux morceaux qui par conséquent auront vécu, transpiré, évolué et muri sur scène au préalable.

Musicien iconique, auteur-compositeur et interprète talentueux, producteur avisé et engagé (Taxi Girl, Dani, The Sirens, Schindler, Polyphonic Size,The Reverge, Mona Mur et Magic de Spell entre autres), européanophile de longue, impliqué également dans le parcours de la Chanson Française (collaborations avec Jacques Dutronc et Dani), instruit d’une expérience de vie au service de la musique, dont le prestige n’a entamé ni son humilité ni son sens de l’humour, JJ Burnel nous accordait un entretien il y a quelques jours.

 

 

– Bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Votre tournée internationale est entamée depuis le mois de mars. Après plus de 40 ans d’existence, avez-vous aujourd’hui le sentiment que le public  qui vient vous voir soit un public réduit à un noyau dur de fans « traditionnels » et fidèles ou plutôt un public qui s’élargit, y compris avec des jeunes générations ?

Je ne peux pas parler pour la France, mais ailleurs, depuis quelques années maintenant, il y a un renouveau avec beaucoup plus de jeunes qui viennent nous voir. Il y a bien entendu un public assez fidèle depuis des années, mais il y a un renouvellement aussi ; c’est évident. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être les jeunes ont-ils accès à la vieille musique via internet. En tous cas, en Grande Bretagne, nous sommes perçus assez différemment. Cela dit c’est un peu partout dans le monde comme ça. Je crois que depuis les 3 derniers albums, il y a eu un renouveau d’intérêt pour ce qu’on fait. J’ai parlé avec des jeunes en Angleterre en leur demandant comment ils avaient connu les Stranglers, et ils m’ont répondu que c’était par les 3 derniers albums, et puis en voyant sur l’internet les anciens extraits. A une époque on avait une très mauvaise réputation, pour différentes raisons. Mais maintenant cela est considéré comme une marque de bravoure, des lettres de noblesse. Ils disent : « Maintenant beaucoup de groupes de musiciens sont un peu aseptisés et stériles. Et vu que vous avez été des fouteurs de merde, c’est plus attractif ». Tout est bien propre, correct et calibré par le marketing. La musique fait partie de la variété de nouveau, et vu qu’on a été un peu marginal -bien sur on a vendu beaucoup de disques, mais on n’a pas toujours suivi la bonne voie, si je peux dire- ils s’intéressent à nous. Ça correspond aussi à une envie d’authenticité ; et ça, beaucoup de jeunes me l’ont dit. On est crédibles, à une époque où beaucoup d’artistes sont fabriqués, notamment par les émissions de télé. Et live. On est très bons en live.

 

– Vous êtes partis en tournée sans avoir sorti de nouvel album depuis « Giants » en 2012. Comment avez-vous décidé des chansons que vous alliez jouer, entre les classiques incontournables du groupe, les anciens inédits et les nouveaux morceaux ?

Il y a un peu de tout. On a l’embarras du choix, comme on dit en France, après 17 albums studio. On essaye de changer tous les soirs de morceaux. Mais c’est vrai qu’il y a des classiques. Enfin, je ne sais pas ce qui est classique en France et ce qui ne l’est pas, mais j’en ai une petite idée quand même. On répète beaucoup plus qu’on ne joue, comme ça on peut changer les chansons, si on ressent quelque chose, une réaction du public. Et c’est important pour nous aussi, pour garder de l’intérêt. Le danger, c’est de s’ennuyer, de faire l’acte de jouer sans âme. Si je commence à ressentir ça envers un morceau, je laisse tomber.  Donc il y a des vieux morceaux que nous n’avons jamais joués sur scène, d’autres que nous n’avons pas joués depuis très longtemps, parfois des morceaux connus qui n’ont pas été joués depuis 10 ou 15 ans, parce qu’on s’en était lassés. Je ne voudrais vraiment pas qu’on devienne une sorte de karaoké des Stranglers, ou un numéro de cabaret. Ce ne serait pas très honnête.

 

– Dans quel état d’esprit aborde-t-on, après une longévité pareille, des chansons créées par celui qu’on était 30 ou 40 ans plus tôt ? Est-ce une redécouverte de soi ?

C’est une redécouverte, oui. Parfois tu te dis d’un morceau : « Merde ! Pourquoi m’en suis-je lassé ? ». Mais si tu le fais trop souvent, tu peux le faire avec les yeux fermés. Si tu baises la même personne pendant des années et des années, tu t’en lasses quand même. Tu comprends ce que je veux dire…

 

– Le groupe est assez éclectique pour ce qui concerne la diversité des sujets qu’il a traités au long de son histoire. Et puisqu’un nouvel album studio semble se profiler, pouvez-vous nous parler des thématiques qu’aborderont les nouvelles chansons ?

On est en train de préparer un nouveau disque. On n’a pas enregistré depuis 5 ans ; donc il était temps. Et puis on a accumulé pas mal d’idées et de matière, donc on commence à enregistrer et écouter ça. On travaille sur 8 morceaux en ce moment. J’aimerais bien pouvoir dire qu’on aura peut-être une vingtaine de morceaux, et après je ferais le tri. Pour le moment en thématique, il y a la bêtise qui nous entoure : il y a des choses sur Trump. Il y en a aussi sur le fait de vieillir, sur les gens qui nous ont quittés. Il y a tant de choses qui bougent dans le monde ; ce ne sont pas les sujets qui manquent. On a toujours été comme ça de toute façon ; on n’a pas souvent fait des chansons d’amour, malheureusement. Mais parfois il y a des thèmes plus introspectifs.

 

– Partir en tournée avant un enregistrement et non l’inverse, cela permet-il de « roder » en quelque sorte les chansons et leur donner une existence scénique avant de les enregistrer ?

 Absolument ! C’est d’ailleurs la meilleure façon de procéder, parce que l’atmosphère dans un studio est un peu stérile. Donc parfois c’est bien de les roder et peaufiner. En plus j’ai eu l’expérience d’enregistrer des morceaux qui n’étaient pas trop rodés, et à force de les jouer, tu trouves différentes façons de t’exprimer, et ça change énormément. Donc je préfère que ce soit rodé. De toute façon, si on fait un nouveau morceau sur scène qui n’est pas encore sorti, le lendemain, c’est sur l’internet. Mais je préfère que le public ait une meilleure version de ce que je travaille.   

 

– Vous est-il arrivé par le passé de regretter un enregistrement studio prématuré en voyant l’évolution d’une chanson après un an de tournée ?

Oui, bien sûr, j’ai eu ce regret. J’imagine que tout le monde a connu ça. Par exemple il y a « 15 Steps », un morceau que, j’espère, on va jouer en France, dont je pense qu’on le joue maintenant beaucoup mieux que sur le disque.

 

– Depuis « Giants », vous produisez vos disques avec votre propre label et de façon indépendante. Qu’est-ce que cette autonomie logistique vous apporte ? La liberté de ne pas être soumis à des certaines contraintes, impératifs ou pressions commerciales?

Parfois on a fait des choses avec notre propre label. En ce moment on est en train de débattre entre nous à ce sujet, parce qu’on a eu 5 propositions de labels de majors et indépendants aussi, et on se demande si ça en vaut la peine ou si on préfère le faire nous même. Maintenant tout a changé : il y a très peu de disquaires ; la plupart des musiques se téléchargent. Tout le modèle du business musical a changé. Donc c’est peut-être l’occasion de faire tout nous-mêmes, à part la distribution. Mais la distribution peut se faire électroniquement. Ce n’est pas vraiment un grand souci pour moi, mais c’est sûr qu’il va falloir y penser. La pression des impératifs commerciaux, on l’a toujours évitée. On a eu beaucoup de chance. Il y a eu des pressions commerciales, c’est vrai. Mais on a fait l’opposé à chaque fois. Et on a eu de la chance d’être laissé tranquilles par les maisons de disque. Les seules fois où elles ont essayé de nous emmerder, c’était fin de contrat entre nous.  Les américains ont essayé, EMI en particulier. Et ça ne nous plaisait pas. On a eu la chance de ne pas pouvoir être casés artistiquement, et ça nous a donné beaucoup de liberté. Personne ne nous disait quoi écrire, même si c’était des sujets que les gens ne voulaient pas qu’on aborde. D’ailleurs on avait forcé la maison de disque à sortir un morceau qui est devenu un hit total, « Golden Brown », qu’elle ne voulait pas sortir au début, parce qu’elle pensait qu’on ne pouvait pas danser dessus, que ce n’était pas « punky » -et en plus il y avait du clavecin dessus- : on a insisté et elle a été obligée d’accepter, et ça a été un succès mondial. Et après ça, la maison de disque a demandé : « Est-ce qu’on pourrait en avoir un autre comme ça ? ». Du coup, on leur a filé un morceau de 6 ou 7 minutes n Français.

 

– En plus de 40 ans d’existence vous avez vécu le départ de membres, et l’intégration de nouveaux musiciens : est-ce que ça a été des étapes déstabilisantes à vivre et qui ont pu, à un moment donné, menacer d’altérer l’identité du groupe ou au contraire des moteurs pour la créativité ?

Ça a été déstabilisant quand Hugh est parti. J’ai tourné en rond pendant quelques années. Et puis ça s’est remis en place lorsqu’on est redevenu un quatuor. Il y a de la dynamique dans la vie ! A un moment j’étais très bas ; j’avais un peu perdu la foi dans les Stranglers. J’imagine que tout le monde a des moments comme ça. L’important est de tirer du positif de toutes ces situations. Donc ça a été déstabilisant parfois, et puis à d’autres moments ça a été rafraichissant. Baz, avec qui je m’entends super bien et avec qui j’écris, est avec nous depuis 17 ans maintenant. On a connu des changements de membres et on a aussi ajouté du personnel à une époque : on avait même une section de cuivres. J’aime bien essayer différentes choses. Parfois ça marche et parfois ça ne marche pas. Il y a une super alchimie qui se créé. D’ailleurs Baz et moi, on vit ensemble pendant 10 jours, juste lui et moi : on compose toute la nuit ou tout le jour, on enregistre, on a des idées, on discute et on boit des bières ensemble au pub. Il y a plein de sujets sur lesquels on peut parler, donc c’est cool.

 

– Jet ne joue plus avec vous sur scène, mais il semble toujours présent d’une certaine façon pour le groupe. Quel est son rôle désormais vis-à-vis du groupe ? Donne-t-il son avis sur les créations par exemple ?

Jet est beaucoup plus âgé que nous : il a 79 ans. Et batteur à 79 ans, ce n’est pas évident dans un groupe assez dynamique. Il a essayé de jouer avec nous il y a 4 ans, un ou deux morceaux, et après il était sous oxygène. Il apporte toujours son grain, son opinion, mais il ne joue plus. Jet a été complètement rock’n’roll, sans plus expliquer… Mais il donne son avis sur les compositions ; absolument ! C’est l’éminence grise, si tu veux. Et le meilleur, c’est qu’il soutient Jim qui est avec nous depuis 4 ans : il lui a donné des conseils sur certaines façons de jouer, parce que Jet avait sa propre façon de jouer.

 

– Vous-même avez inventé une manière de jouer de la basse très personnelle qui est devenue un modèle pour des générations de bassistes. D’où est venu ce jeu qui a su donner un rôle de premier plan à cet instrument jusque là souvent cantonné à celui un peu ingrat de base rythmique ?

Apparemment. Je n’ai pas pris de leçon ; je jouais de la guitare classique avant. J’ai grandit en Angleterre dans les années 60, et je voyais plein de choses dans les pubs, Fleetwood Mac devant 30 personnes, avant qu’ils sortent leur premier disque… J’ai eu cette chance d’être là au bon moment. Au début je ne suivais pas de règle. Dans la création, il ne devrait pas y avoir de règle. Donc j’ai créé ma propre façon de faire les choses, et apparemment ça a inspiré beaucoup de gens. La basse était un peu dans l’ombre à l’époque. Et je crois que j’ai sorti cet instrument de l’ombre. C’est un instrument très sexy : je l’ai rendu sexy ! En tous cas, j’aimerais bien le croire.

 

– Vous avez aussi réalisé des projets personnels, que ce soit en tant que compositeur, interprète ou producteur. Vous auriez pu être tenté comme d’autres de partir vers une carrière solo : est-ce que vous vous épanouissez plus à jouer en formation avec d’autres ?

Pour le moment je suis cent pour cent concentré sur les Stranglers. J’ai fait beaucoup de productions dans le passé, et j’ai fait des projets solo, mais pour le moment je suis complètement concentré sur le groupe.

 

– Vous avez souvent par le passé soutenu des groupes ou artistes en aidant à leur permettre de s’exprimer. Il y a des invités sur cette dernière tournée aussi comme Therapy. Est-ce toujours une démarche importante pour vous de soutenir les autres?

Oui, mais ça dépend à quel niveau je suis dans le bain. Parfois j’ai eu le plaisir de découvrir des choses. Il arrive qu’on choisisse des groupes pour faire nos premières parties, mais parfois c’est une surprise complète. J’aime bien être surpris ; si je fais toujours la même démarche, c’est ennuyeux. Parfois c’est le lieu du concert qui décide du groupe, et Baz et moi écoutons, et il y a de belles surprises parfois, et parfois moins. Mais je ne peux pas dire que je suis déçu, parce que je n’attends rien.  Une ou deux fois, il est arrivé que je sois suffisamment bien surpris pour offrir un eu d’aide, un parrainage.

 

– Dernière question puisque la tournée va aborder la France le 22 novembre : le groupe, et vous-mêmes aussi de part vos origines, avez-vous un lien affectif particulier avec notre pays et une histoire avec le public français ?

Oui, absolument. Je suis le plus anglais des Français et le plus français des Anglais ! Je suis né à Londres, de parents normands. Donc j’ai fait toute ma scolarité en Angleterre. Mais maintenant depuis trois ans je vis en France. Je voulais vivre ici, alors j’ai décidé de venir en France, payer mes impôts français, et voilà.

 

 

Lien, clic sur l’affiche ci dessus,

Dates :

22/11 : Annemasse

23/11 : Lyon

25/11 : Paris

27/11 : Le Havre

28/11 : Brest

29/11 : Nantes

30/11 : Tours

02/12 : Bordeaux

03/12 : Blaye

 

Nous remercions Alice Duboé de la salle le Krakatoa à Mérignac pour son aide.

 

Miren Funke

Les 3 jours Pierre Barouh

18 Nov
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Photo NGabriel

Pierre Barouh a toujours été un voyageur baladin dans les musiques, la vie et les rencontres, dont il a fait un art majeur. Orpailleur éternel dans les spectacles du monde, le monde des saltimbanques qui ré-inventent chaque jour leur art de vivre et de jouer.  Dans chaque ruche, il y a une abeille éveilleuse, et dans les légendes d’Anatolie, elle est la mémoire d’un dieu disparu,  elle est celle qui annonce chaque nouveau printemps, et le temps revenu de la pollinisation.

 

Les Editions Saravah fondées en 1966 par  Pierre Barouh, auteur et compositeur,  est l’un des plus anciens labels indépendants de musique. Elles partagent avec le Théâtre El Duende une histoire, une utopie, un univers fait de mots, de musique, de coups de cœurs, et de rêves.
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Jeudi 14 Décembre    Carte blanche à Maïa Barouh

Photo©NGabriel

Pierre Barouh a toujours préféré les répétitions aux représentations. Hors des sentiers battus, de la musique bien propre, bien produite n’est-ce pas plus excitant quand les choses ne sont pas totalement abouties ? Quand c’est “en chemin” ?

C’est avec cette intime conviction que sa fille, Maïa Barouh , chanteuse et musicienne, nous convie à un concert inédit et improvisé où se rencontreront sur scène ses nouveaux projets musicaux et ceux de ses invités la rappeuse Elea Braaz, Baba Markus le beat-boxer et Emma Broughton au chant et à la guitare.

Vendredi 15 décembre 

Concert Hommage à Pierre Barouh

Photo©NGabriel

En Novembre 2016 sur la scène du Trianon, Pierre Barouh célébrait les 50 ans des Éditions Saravah en bonne compagnie. Un an plus tard, comment ne pas céder à l’évidence de se réunir à nouveau autour de l’héritage poétique de Pierre pour un concert où seront conviés Claire Elzière, Eric Guilleton, Margaux Guilleton, Marion Rampal, la Compagnie El Duende, Pierre-François Blanchard, Ana Carla Maza, Dominique Cravic, Philippe Baden-Powell et Maïa Barouh.

Samedi 16 décembre  In Tempo Rubato

Spectacle musical de la Compagnie El Duende . Une rencontre entre le théâtre et la musique pour 7 comédiens et 5 musiciens.
Le fantastique de cette histoire, c’est la rencontre entre les chansons de Pierre Barouh, les mélodies d’Anita Vallejo et la fantaisie colorée des comédiens du Duende.
Voici l’histoire d’une rue musicale qui aurait échappé au Tempo.
Le voyage proposé s’amorce par une citation fellinienne :
Où va la musique lorsqu’elle s’arrête ?… et se prolonge, fleuve au parcours imprévisible où les chansons sont autant d’affluents, jusqu’à l’océan des rêves les plus secrets. (P. Barouh)
En première partie, projection du film documentaire d’Amie Barouh “ Melinda ” (58’).
Trois soirées exceptionnelles de musique et de théâtre dédiées à Pierre Barouh avec la participation de plus 30 artistes.
14, 15, 16 DÉCEMBRE 20h30 23, RUE Hoche  IVRY-SUR-SEINE
Réservations : 01 46 71 52 29
 
Pour tout savoir, c’est là,  clic ——>

 

 

 

 

Norbert Gabriel

Rencontre avec Cyril Mokaiesh à Bordeaux au Théâtre l’Inox

15 Nov

 

Le 07 octobre dernier le Théâtre l’Inox accueillait à Bordeaux Cyril Mokaiesh pour un concert. Évidemment essentiellement acoustique, l’endroit demeurant localement un des rares lieux de résistance de la Chanson, où celle-ci soit invitée à s’exprimer sur une scène intime, sans autre arme que la poésie du dénuement et la sincérité du coeur. C’est un véritable militantisme de soutien de la Chanson francophone et de ses interprètes qui anime l’association Bordeaux Chanson, organisant des spectacles à l’Inox entre autres depuis maintenant plus d’une décennie. Aussi n’était-ce pas un contre-sens qu’un militant de la cause de la culture et de l’art tel Cyril Mokaiesh, en première partie de qui jouait la chanteuse Eskelina, vienne en remplir la sale d’un moment de partage et de beauté. Parti sur les routes pour amener à la rencontre du public son dernier album « Clôture », dont le premier extrait « La Loi du Marché », en duo avec Bernard Lavilliers, a sans doute plus arpenté les rues de nos villes, « en groupe, en ligue, en procession », avec les manifestants du mouvement social que les ondes radiophoniques -à croire que sa dimension fédératrice et populaire échappe bien moins aux citoyens qu’aux médias-, l’artiste conviait ce soir là un public bordelais tout ouïe à s’inventer une temporalité chaleureuse, humaine et poétique. Quelques heures auparavant il acceptait de nous accorder un entretien pour parler de son travail, et de bien d’autres choses encore.

 

– Bonjour Cyril et merci de nous accorder cet entretien. L’Inox où tu joues ce soir est un des rares et derniers lieux de spectacle à Bordeaux où on peut écouter des concerts de Chanson Française. Constates-tu, en tant qu’interprète, sur le plan national aussi, une raréfaction des lieux où la Chanson est invitée à s’exprimer ?

C’est vrai que j’ai l’impression – et tout cas ce n’est pas la première fois que je me fais la réflexion- qu’à Bordeaux il y a une scène musicale qui est extrêmement large et importante. Et les salles sont habitées de plein de gens. Je suis venu à la Barbey Scholl au mois d’avril ; il y avait eu une belle exposition, avec un article dans Sud Ouest. Alors je ne sais pas à quel point ça peut avoir un impact. Mais je me rends compte effectivement que la Chanson Française -et c’est ce que je fais, même si sur scène il y a une part de Rock et d’énergie, je me considère vraiment comme un chanteur de Chanson- est peut-être une frange de la musique à relancer à Bordeaux ; mais Bordeaux n’est pas la seule ville où se représenter est un peu confidentiel. Je m’aperçois que la Chanson aujourd’hui fait acte de résistance. Je m’entends : ce sont des mots forts pour dire quelque chose de simple. Mais peut-être aujourd’hui les radios n’ont pas forcément envie de passer ce style de musique. Les messages peuvent être considérés parfois comme un peu trop politisés et peuvent gêner certains, voire même parfois avoir un contre-intérêt pour un programmateur de radio, qui n’a pas d’intérêt à ce qu’on entende ce genre de message à l’antenne. Il y a, à mon avis, une somme de choses petites et plus graves qui font qu’aujourd’hui les artistes et les producteurs de spectacle, les gens qui organisent ce genre de concert, doivent se serrer les coudes et le font. Du coup, ça donne quelque chose d’assez inédit à chaque fois : une rencontre très proche avec les gens, un moment d’échange aussi avec les organisateurs avec qui ont vient passer un après-midi, notamment à évoquer ce genre de sujet. On réfléchi ensemble à comment pouvoir palier ce manque, parce que je suis sûr que les gens ne manquent pas d’enthousiasme : il y a un public pour ça. La jeunesse n’est pas forcément tournée vers la Chanson, ou en tous cas l’image de la Chanson ; je ne sais pas si c’est l’image ou la Chanson elle-même qui est à remettre en cause. Mais il y a des choses à imaginer, et puis naturellement ça reviendra. Je ne pense pas qu’on puisse se passer de Chanson Française ; je ne pense pas qu’on puisse se passer de sens, d’engagement, de poésie. Aujourd’hui c’est un petit peu mis de côté, mais il y a encore de l’espoir.

 

– Tu évoques justement les choix de programmation des radios, et à ce propos, ton titre « La loi du Marché » a souffert d’un manque de diffusion radiophonique au niveau national, exception faite de France Inter. Les radios n’ont-elles pas souhaité l’exposer ?

Il n’y en a pas beaucoup. Je ne saurais même pas dire s’il y en a d’autres que France Inter à l’échelle nationale ; je pense que ça a été la seule. Il y a peut-être eu une ou deux émissions qui l’ont joué ponctuellement, mais pas de manière automatique. Je pense qu’en revanche dans les régions, il y a des radios locales, qui, elles, fonctionnent au coup de cœur et se moquent de savoir si c’est un message qui est audible pour les gens ou pas. Je ne pensais pas que cette chanson serait  aussi « clivante » entre guillemets. Je pensais plutôt qu’elle était fédératrice d’une pensée que les gens peuvent avoir  au fond d’eux. Pas mal de gens viennent me voir à la fin des concerts et me disent que je dis tout haut ce que les gens pensent tout bas. C’est plutôt un grand compliment. On se passe très bien des radios aussi quand on est artiste. On fait des concerts. Si j’avais fait ce métier en me disant que je voulais être programmé partout sur les radios, ça aurait été un peu mince comme ambition. L’ambition est peut-être beaucoup plus grande et se joue dans la durée. Il faut laisser le temps au temps et faire confiance à ce qu’on fait. Il ne faut pas perdre confiance sous prétexte qu’il y a dix programmateurs qui décident du sort des artistes. Peut-être qu’un jour ces dix programmateurs là vont partir, et que nous, on sera toujours là.

 

– Proposer de chanter ce titre en duo avec toi à Bernard Lavilliers était-il ta volonté première ou avais-tu envisagé d’autres interprètes pour partager ta chanson ?

Ça a été mon premier choix, bien sûr. C’est un artiste que j’admire beaucoup, que j’ai découvert il y a quelques années, puis redécouvert il n’y a pas très longtemps. Il y avait une partie de son œuvre que je ne connaissais pas. Je trouve qu’avec les années, il devient un personnage dont l’engagement et la révolte sont de plus en plus sages dans le bon sens du terme. On parle d’un grand de la Chanson Française. Heureusement il y a des pères qui nous inspirent et des personnages qui nous donnent envie de continuer. Bernard Lavilliers, c’est quelqu’un qui m’a dit du bien de mon travail, et c’est la plus belle reconnaissance qu’on puisse m’offrir, et le plus bel encouragement surtout, parce qu’aujourd’hui, on a plus besoin d’être encouragé que félicité. Cette rencontre est un joli signe du destin.

 

– Tu parlais plus tôt de la nécessité pour les artistes et organisateurs de concerts de Chanson Française de se serrer les coudes et d’être inventifs. Il est de plus en plus courant que des interprètes partagent un co-plateau pour une soirée, voire une tournée. Y a-t-il des artistes avec qui tu en envisagerais ?

Il faut réfléchir. Ce sont des questions auxquelles je ne peux pas répondre dans la seconde, car mille noms vont me passer par la tête. Bien sur il y a des collaborations et des idées possibles, et je pense qu’aujourd’hui il faut que ça passe par là : des gens qui tendent la main, des ainés qui n’oublient pas leurs fils ; il faut qu’on écoute ce qui se fait ailleurs et qu’on se reconnaisse des alliés.

 

– Parlons de ton album : pourquoi avoir choisi de le nommer pareillement que la chanson sur laquelle il se termine, « Clôture »?

Il y avait cette chanson qui teinte vraiment l’album. C’est la dernière du disque. Et c’est en faisant la photo pour la pochette du disque, avec cette main comme ça sur ma bouche, que je me suis dis que cet album disait des choses, luttait aussi contre un ordre établi qui essaye de nous faire croire que l’avenir n’est pas autrement que le présent qu’on est en train de nous offrir, qu’on ne peut pas envisager un horizon différent, que c’est comme ça et ça ne sera plus autrement. Donc à travers cet album je crois que je rentre en résistance, et qu’il n’est pas toujours bien vu par tout le monde de dire la vérité.

 

– Ton écriture se démarque souvent de celle d’autres artistes engagés, en ce qu’elle entrelace perpétuellement des propos relatifs à ta vie privée, à ton intimité, et du militantisme politique ou social. Est-ce une nécessité chez toi de ne pas cloisonner les deux ?

– J’aime bien les deux : j’aime parler de l’époque avec ferveur et amour même, et puis parler d’amour. Ce n’est pas une forme d’exhibition ou de mise à nue. J’aime bien les artistes qui livrent des choses d’eux-mêmes pour qu’on comprenne leur regard sur le monde. Du coup j’essaye de faire partie de cette tradition de chanteurs là, qui s’engagent personnellement et d’une manière plus globale.

 

– La chanson « Ici en France » résonne comme un appel à la jeunesse, à une prise de conscience, face au danger ou à la tentation de l’extrémisme, des extrémismes d’ailleurs. Quel en est le message exact ?

Cette chanson parle surtout de la montée du front national. C’est une chanson qui voulait évoquer toutes ces peurs qui nous animent, à nous quarantenaires et trentenaires, vivant en France et en Occident et étant abasourdis par tant de causes qu’on ne maitrise pas, quant aux attentats, et du coup à la montée des extrêmes. Cette chanson était surtout un appel à la raison en période d’élection présidentielle : dire que je comprends cette colère et ce sentiment de vouloir créer une forme de révolution, mais qu’il ne faut pas se tromper de révolution ni de révolte. Il y a un bon nombre de gens qui ont plutôt une pensée de gauche et qui ces dernières années ont succombé au jeu du front national, par dépit, et sans doute par envie de mettre un grand coup de pied dans n’importe quoi, en disant : « perdu pour perdu, vous allez voir ce qu’on est capables de faire dans ce pays ».  C’était une chanson pour éviter un carnage qui heureusement n’a pas eu lieu, mais dont la menace est quand même grandissante.

 

– On te sent par ailleurs préoccupé par  la dégradation des conditions d’éducation et d’accès à la culture et à l’art, due aux choix de politiques budgétaires de notre pays. N’y a-t-il pas un lien direct entre l‘un et l’autre ?

Oui, il y a un  lien. C’est sûr que le manque d’éducation, le manque de culture amènent à des pensées qui peuvent aller jusqu’à la barbarie. Si le front national a pris une telle place dans le pays, c’est bien que la question a été mal débattue, mal expliquée, qu’il n’y a pas assez d’éducation et de formation pour qu’on puisse élever notre pensée et la tourner vers d’autres idéaux. Les attentats sont liés à ça. Je ne voudrais pas me lancer dans la philosophie, qui n’est pas mon métier. Mais j’entends des philosophes comme Alain Badiou qui dit qu’aujourd’hui l’économie et la violence des attentats sont extrêmement liées. C’est-à-dire que si on met  des gens sur le côté, à qui on dit qu’ils ne servent à rien, et que s’ils n’étaient pas là, ce serait mieux, parce qu’ils ne comptent pour rien, évidemment dans ce monde ultra médiatisé où tout le monde veut être un peu le héros de sa vie, il y a une brèche ouverte pour ce genre d’idéologie qui consiste à faire croire qu’on va être un héros, passer à la télé, avoir tout un tas de privilèges, des armes, des femmes, des voitures… Tout ça participe à cette pensée mondialisée qui est qu’aujourd’hui le bonheur passe par la consommation, la possession et des choses pas très spirituelles, qui dans l’extrême peuvent mener à des tragédies.   

 

– Ne récolte-t-on pas aussi les fruits amers de décennies de promotion par les médias d’une forme de sous-culture qui n’incite pas vraiment à l’ouverture d’esprit, le désir de savoir et la curiosité envers les autres ?

Tout ça est compliqué. Je suis complètement d’accord. La télévision, pour commencer, je ne la regarde pas. La radio, je l’écoute peu. J’aime bien lire les journaux, mais on sait bien aussi que les journaux sont dirigés par des gens qui ont des intérêts. Donc il faut aller chercher l’information là où on peut aller la chercher, et se concentrer sur les belles œuvres qui existent, les belles associations, les gens qui consacrent leur vie pour que la culture se fasse, d’une manière peut-être plus confidentielle et intime, mais qui existe. Et je pense que si l’espoir doit revenir quelque part, il faut lutter là où on peut lutter et encourager ce qu’on peut encourager. Et là aujourd’hui, on est à l’Inox, dans un théâtre au milieu des beaux quartiers de Bordeaux, et il y a des choses qui se font dans la confidentialité la plus totale -on va être 50 ce soir-, mais peut-être que ça donnera des envies et ça apportera des jolies pensées ou de la poésie et que les gens vont ressortir en se disant qu’ils vont passer une meilleure semaine.

 

– L’Inox se prête particulièrement aux représentations acoustiques. Comment vas-tu interpréter ton répertoire ce soir ?

En acoustique, effectivement. On est tous les deux avec Valentin Montu, qui m’accompagne à la basse d’habitude, quand on joue en groupe.

 

– Tu peux souvent employer un ton désabusé et ironique, dans tes chansons, qui semble parfois frôler la frontière avec le pessimisme, voire le cynisme. Pourtant ces chansons parlent d’espoir et d’amour. Est-ce un équilibre fragile et délicat à maintenir ?

Ce n’est pas facile, mais c’est mon travail. C’est aussi mon humeur au moment où j’écris la chanson. C’est aussi parfois la provocation ; je ne suis pas quelqu’un qui pratique l’humour en chanson, mais parfois le côté un peu désabusé et ironique, l’autodérision. Je me moque tellement du monde dans lequel on vit que si je ne me moquais pas de moi-même, il y aurait un problème quelque part. En revanche, le pessimisme, non. Ce n’est pas parce qu’on parle de sujets douloureux qu’on est pessimiste. J’essaye d’être lucide. Si le constat peut être amer, ce n’est pas pour autant qu’il est pessimiste. Le pessimisme serait de ne pas en parler ou de détourner la tête, ou d’en parler mal et de dire des contre-vérités. Si on essaye de dire les choses avec sa sensibilité, mais avec une forme de recherche de vérité, c’est plutôt un combat qui fait avancer les choses.

 

Te sens-tu incompris, un peu à l’instar de la chanteuse Melissmell, qui nous expliquait récemment comme ses chansons sont aussi, souvent à tort, décryptées comme une vision pessimiste et sombre par un partie de la presse ?

Oui, mais qui le dit ? Les quelques journalistes pour qui le monde aujourd’hui a besoin d’entendre des chansons qui sont très anecdotiques. C’est vrai que l’époque a un côté anecdotique qui fait du bien à certains aussi ; s’il n’y avait que des gens comme moi ou Melissmell, peut-être que les gens se feraient chier, et je les comprendrais. Il faut qu’il y ait un éclectisme évident. Maintenant c’est vrai qu’aujourd’hui, l’heure n’est pas tellement à la chanson réaliste et poétique. C’est dur d’embrasser la Chanson Française aujourd’hui. Mais il y a des gens : on est là tous les deux, et il y a d’autres gens. Néanmoins ça force un peu à l’humilité, car il est sûr que les plateaux télé ne nous appellent pas tous les matins, même si ça peut arriver. Et il arrive de faire des concerts dans les jardins des gens, ou avec des salles à moitié pleines. Et il arrive aussi de très bonnes surprises avec des gens qui nous attendent avec impatience. On est revenus peut-être à une époque où faire carrière, faire son trou, ça ne se fait pas en deux ans, quoi qu’on nous raconte.

 

– La chanson « Blanc Cassé » sur ton disque sonne à mes oreilles comme un pendant au titre « Sur un Trapèze » d’Alain Bashung. Comporte-t-elle un clin d’œil volontaire à ce titre présent sur son dernier album « Bleu Pétrole » ?

Je ne crois pas. C’est marrant, parce qu’elle dit complètement l’inverse. Il n’y avait pas de clin d’œil à Bashung. J’aime bien les clins d’œil, ou le fait de citer ouvertement quelqu’un ; mais là, je ne crois pas. Peut-être musicalement y a-t-il quelque chose ? Elle fait parti des chansons très autobiographiques ou personnelles de ce disque.

 

– J’aimerais revenir sur une de tes anciennes chansons, « Le cèdre du Liban », qui figure sur ton deuxième album « L’Amour qui s’invente ». Elle raconte une histoire et exprime des sentiments très intimes, en utilisant l’image de cet arbre mythique du pays où tu as des origines. La métaphore est très belle. Peux-tu nous raconter l’histoire de sa création ?

C’est une des premières chansons que j’ai écrites, alors que je devais avoir 18 ou 19 ans, et je l’avais dans un coin, dans un tiroir ; je ne l’avais jamais ressortie. Je la chantais à des amis, et c’est une chanson qui avait beaucoup ému mon père, à un moment où je lui avais un peu demandé conseil, pour savoir si je faisais bien d’essayer de faire carrière dans la chanson. Je suis sûr que tous les artistes ont des chansons comme ça, qu’on traine et qu’on met un peu de temps à vouloir enregistrer et proposer au public. Et puis ça a été pour mon album en 2014 ; je voulais terminer cet album par une chanson de mise à nu, qui évoque mes origines. Le Liban, c’est un endroit où je vais régulièrement me ressourcer. Il y a un moment dans sa vie où on a un peu envie de rendre hommage à une partie de sa famille, je crois.

 

– Ton précédent disque « Naufragés » avait choisi de rendre hommage à des auteurs de la Chanson Française souvent méconnus du grand public et injustement négligés par la postérité. Cela te tenait-il tant à cœur et pourquoi ?

Beaucoup. Ce sont des auteurs, comme Allain Leprest, Jacques Debronckart, Philippe Léotard, dont avec Giovanni Mirabassi, le pianiste du disque, on a pris un malin plaisir à aller chercher des perles un peu échouées. C’était une manière de rendre hommage à la chanson poétique, réaliste, engagée, qui sue le sang et le vin rouge. La poésie, c’est quoi ? C’est « le sang des mots » me disait un ami. Ce sont des gens qui ont vécu à fleur de peau, à fleur de mots, et qui ont été aussi, je pense, un peu méprisés, parce qu’ils étaient à contre-courant. Donc il y avait une partie du public qui les adorait, qui en était fan -et heureusement qu’ils ont eu cet amour là-, mais je pense qu’ils ont été un peu victimes du fait qu’on les laisse dans l’ombre, parce qu’ils ouvraient leur gueule et était « fatigants ». Mais en même temps, qu’est-ce que c’est beau ! Et ça me fait plaisir, même si les médias n’en ont pas beaucoup parlé de leur vivant, d’entendre qu’on dit du bien de mon disque, parce qu’on dit, du coup, du bien de ces auteurs que j’aime tant, et que j’ai eu plaisir à chanter sur scène. Ca a été une vraie source d’inspiration pour l’album qui a suivi. Je leur dois « Clôture », mon dernier album : d’avoir baigné dans leurs textes pendant un à deux ans, on n’en ressort pas pareil.

 

– D’un point d’ouïe un peu plus personnel, ton timbre et les intonations de ta voix m’évoquent souvent Nicolas Peyrac. Fait-il partie des chanteurs que tu as écoutés et qui ont pu t’inspirer ?

On me parle souvent de Nicolas Peyrac ; tu n’es pas la première. Je ne connais pas hyper bien le répertoire de Nicolas Peyrac ; j’en connais quelques unes que tout le monde connait, et que j’aime beaucoup aussi. Parfois le timbre de voix nous rappelle quelqu’un. Je suis sensible aux voix des gens. Mais malheureusement je n’ai pas grand-chose à dire là-dessus, car ce n’est pas un répertoire que je connais sur le bout des doigts.

 

 

Liens : site http://www.cyrilmokaiesh.com/

Facebook : https://www.facebook.com/CyrilMokaiesh/

 

Nous remercions les membres de l’association Bordeaux Chanson pour leur accueil chaleureux, ainsi que le photographe Alain Nouaux pour ses photos.

Site de Bordeaux Chanson http://www.bordeaux-chanson.org/index.php/Presentation

Photos : Alain Nouaux (2 ; 3 ; 4 ; 5), Miren Funke (1)

 

Miren Funke

La Roulette Rustre en ballades en Novembre

8 Nov

Romain, Emilie, Florent, Camille, Chris… Photos NGabriel2017

 

Pour démarrer les 16 èmes Ballades en Novembre, la Roulette Rustre a ouvert la scène avec plus de deux heures de folie joyeuse, dans un carrousel éblouissant de mots et de musiques d’une richesse et d’une créativité rares. Ça vous embarque dans une sarabande extravertie, un opéra balagan* , une tarentelle hyper vitaminée qu’un Arlequin rocker aurait métissée avec une rhapsodie de la rue quand la rue se met à chanter le temps des cerises ou le temps des noyaux… On y croise des tableaux à la Prévert, dans une mise en scène dynamique façon  Tex Avery dans ses meilleurs jours, on entre dans une forêt magique et sa chorale fantastique, avec les miaulements complices ou un peu sarcastiques du violon, les feulements ou les caresses des cuivres sensuels, les éclats de lumière des guitares, le grondement bonhomme du soubassophone, et la batterie en cœur battant la chamade ou la charge. Et dans ce cocktail de vie les voix se marient, les instruments s’échangent, autour de Flo Rustre, tout le monde chante, duos, trios, quatuor ou quintuor, du mélancolique au cri rageur, du poétique au rire taquin, ouvre ton cœur et ta fenêtre, gratte la peinture des conventions, et sors des carapaces castratrices.

Ils sont comme ces oiseaux de passage dont l’air qu’ils respirent ferait brûler nos poumons, mais c’est la flamme de la vie. Et elle crée de la lumière, des espoirs peut-être chimériques, mais on ne sait pas tant qu’on n’a pas essayé l’utopie, un chemin inexploré ?

Ils vont, par l’étendue ample, rois de l’espace.
Là-bas, ils trouveront de l’amour, du nouveau.
Là-bas, un bon soleil chauffera leur carcasse
Et fera se gonfler leur cœur et leur cerveau.

Là-bas, c’est le pays de l’étrange et du rêve,
C’est l’horizon perdu par delà les sommets,
C’est le bleu paradis, c’est la lointaine grève..

Ces vers d’Antoine Pol leur vont bien, mais les baladins de la Roulette Rustre, c’est ici et maintenant qu’ils nous offrent le pays de l’étrange et du rêve, comme des enfants terriblement résolus à partager les élixirs et les potions à faire danser le monde. Qui en a bien besoin. Poètes tendres et enragés, cracheurs de feu et de sourires, on ne sort pas indemne d’une soirée avec La Roulette Rustre, on tire toujours le bon numéro, celui qui vous fait le cœur battant et le corps léger… Amoureux de tout, même du train qu’on va rater…

Ah oui ? Ça a duré plus de deux heures ? Il n’y a plus de train pour le retour ? M’en fous, je vais bien trouver un banc pour regarder le ciel nuageux et sombre, et même s’il pleut un peu, j’ai assez d’étoiles dans les yeux pour voir des constellations par milliers.

Mais… Mais les fées veillent, l’une d’elle m’embarque dans son carrosse, il reste 6 mn pour le dernier train, et j’ai 3 mn pour regarder mon ciel étoilé devant la gare… La vie est belle comme un concert de la Roulette Rustre.

Vous n’y étiez pas ? Pas grave, leurs albums vous font vivre tout ça, sans les images, mais en voici quelques unes, c’est déjà ça…


Et éventuellement vous pouvez faire une prolongation avec cette chronique bilan de ma première rencontre avec la Roulette, dix ans presque, je n’en retire pas une virgule, dans l’annonce de l’album anniversaire,

Clic sur la Roulette, tous les liens utiles y sont ——>

Merci aux participants à leur insu, de leur plein gré,

  • Marceline Loridan-Ivens pour « La vie balagan » en hébreu, balagan, c’est « désordre, bordélique » mais sa vie a été un beau désordre malgré tout,

  • et Antoine Pol pour ses oiseaux de passage. (Extrait de la version intégrale)

Norbert Gabriel

Féminine(s). A l’Arthé Café

7 Nov

Avec Céline Faucher et Christine Laville, une grande ballade en chansons féminines, dans le bel Arthé Café…

Je range des jupons 
des années fanées 
au fond d’une armoire 
Minuit a sonné les choses ont changé 
j’m’en fais pus accroire 
et c’est l’ménage à fond 
j’me ramasse en boule 
comme quand j’étais p’tite… 

C’est par cette chanson de Diane Dufresne et Marie Bernard, Cendrillon coton, que Christine Laville et Céline Faucher attaquent leur tour de chant, chansons exclusivement féminines. Elles sont là, devant nous, à portée d’oreilles, à portée de vue, à portée d’émotions, comme si elles chantaient pour chacun d’entre nous, dans ce lieu chaleureux où tout se passe comme dans les veillées d’autrefois, entre voisins, entre amis. Deux filles rayonnantes, dont on sent tout de suite la complicité et le bonheur de chanter ensemble.

Christine Laville, comédienne de profession, mais aussi metteuse en scène, musicienne, et chanteuse, et Céline Faucher, chanteuse québécoise qui fait perdurer la mémoire des gens de son pays, en recréant leurs chansons, à sa manière, avec sa propre sensibilité, une voix exceptionnelle, et toutes les nuances du vécu, humour, colère, passion, gaieté, nostalgie, tendresse, à en oublier les interprètes premiers.   Il n’y a rien d’aussi beau que d’être l’interprète des autres, disait Barbara, et quand on écoute ces deux filles, on ne peut qu’approuver.

Céline a débuté au Québec, en 1992, finaliste d’un concours radio parrainé par Robert Charlebois, mais c’est en 2005 qu’elle s’est vraiment fait connaître en France, avec la création de son tour de chant : A la rencontre de Pauline Julien. Elle a aujourd’hui plusieurs spectacles en alternance, dont Féminine(s), avec Christine Laville. Toutes les deux ont mêlé leur répertoire et se complètent à merveille dans ce spectacle où les femmes, dans tous leurs états, sont à l’honneur, mise en scène impeccable, et accompagnement sur mesure de Stephane Plouvin à l’accordéon. Stéphane, on t’aime ! ( Ceux qui étaient là ce dimanche soir comprendront!).

Les chansons s’enchaînent en deux parties, faisant un ensemble cohérent, où les femmes sont mises en scène, pour un long récit de leurs peines, de leurs joies, petites histoires de la vraie vie. J’ai tout essayé, parler, chanter…Et chanter, créer,c’est une façon de vivre : Créer, c’est amorcer un mouvement au lieu d’attendre que la vie nous pousse à trouver des solutions, comme le dit Marie-Claire Séguin, auteur de cette chanson.

La vie, parfois Une drôle de vie, comme celle de Véronique Sanson, mais Comment faire, quand on a pas envie de rencontrer l’homme de sa vie ? Belle surprise et interprétation magistrale de cette chanson de Lili Cros.

Souvenirs d’enfance avec Les confitures d’Evelyne Gallet :

Jolie mémé en haut d’ l’armoire
Que reste-t-il du temps béni
Où tu jouais de la passoire
Dans le parfum sucré des fruits ?
S’il est vrai qu’ la vie éternelle
Existe autant que tu le crois
T’as plus qu’à cueillir des airelles
Pour quand nous reviendrons chez toi.

J’te l’ai pas dit ( Manon Vincent) : Entre le quotidien et la vie / Entre le cœur et les idées / J’y ai pensé, mais j’te l’ai pas dit / Le temps est long quand t’es pas là…

Mais Je me fous du prix Goncourt 
Je me fous des prix tout court 
Les championnats, les grands chelems 
Je t’aime… 

(Michèle Bernard)

Et oui, féminines, mais on aime quand même les hommes ! Nous dit en confidence Céline Faucher.

Et de renchérir avec Vive l’amour de Catherine Ringer.

 

 

On trouve parmi ces portraits de femmes, celle qui connaît la langue de l’eau, avec la fable écologique d’Anne Sylvestre : Le lac Saint-Sébastien :

Tiens, 
Se dit le lac Saint-Sébastien 
Je vais rêver à ces humains 
Ils seront encore là, j’espère, 
Quand mes eaux redeviendront claires 
Et que se poseront les huards 
Pourvu qu’ils n’aient pas de retard 

Et que près de moi cette humaine 
Ait traversé l’hiver sans peine 
Qu’elle vienne avec les oiseaux 
Me parler la langue de l’eau.

 

Le quotidien des femmes, qui n’est pas toujours drôle, comme la vie des ouvrières dans la factrie de coton, qui nous vient de Clémence Desrochers et Jacques Fortier :

Comme on dit dans la fleur de l’âge
J’suis entrée à factrie d’coton
Vu qu’les machines font trop d’tapage
J’suis pas causeuse de profession
La seule chose qu’j’peux vous apprendre
C’est d’enfiler le bas d’coton
Sur un séchoir en forme de jambe
En partant d’la cuisse au talon…

Ou la nostalgie de ces dames aux cheveux blancs :

Quand elles ne seront plus   Au jardin des lilas Les dames aux cheveux blancs

Quand elles ne seront plus Marguerites et pivoines  Alors je pleurerai

Et mes larmes auront La douceur des baisers Qu’enfant elles me donnèrent

La douceur des baisers Car elles ne voudraient pas Le chagrin que j’aurai

Et je danserai pour elles Et je danserai pour elles

Et je chanterai quand même…

(Paroles et musique de Sylvie Tremblay).

C’est un siècle d’engagements, de Jaurès à l’art d’être grand-mère, en passant par le Front populaire, la guerre, le maquis, mai 68, qu’elles nous racontent ensuite la vie de Vanina, et à travers elle, de toute une génération de femmes :

Vanina s’en va
Vanina s’en va, c’est pas grave
L’a bien vécu, va
Son grand siècle de bout en bout
De guerre en paix, de droite à gauche à rien du tout.
( Véronique Pestel).

Et quoi de plus normal, dans une vie de femme, oui, c’est vrai :

C’est l’habitude qui nous manque
On ne sait pas jeter des cris
Hurler contre ce qui nous flanque
La tête au murs certaines nuits
On ne sait pas claquer les portes
Fermer ses oreilles et ses yeux
Jeter au diable et qu’il emporte
Tout ce qui nous déchire en deux.

Mais : Rien qu’une fois faire des vagues et que ça tangue
Et que l’on parle la même langue
Et qu’on chavire une fois pour de bon
Qu’on aille vraiment toucher le fond
Qu’on puisse leur répondre enfin
Ce n’était rien… ( Anne Sylvestre).

Oui, faire des vagues et que ça tangue : Je veux encore rouler des hanches,
Je veux me saouler de printemps,
Je veux m’en payer, des nuits blanches,
A cœur qui bat, à cœur battant.
Avant que sonne l’heure blême
Et jusqu’à mon souffle dernier,
Je veux encore dire « je t’aime »
Et vouloir mourir d’aimer.

Mais hélas : Elle est revenue, elle est là,
La solitude, la solitude…( Barbara).
Quoi, ce n’est pas une petite Peine d’amour minable qui va nous faire pleurer ! D’ailleurs, c’est l’occasion d’une saynète très drôle de nos deux filles qui interprètent délicieusement cette chanson de Denise Boucher, écrivaine et poète québécoise, et Jacques Marchand. Seulement, il n’y a pas que ça ! C’est ce foutu régime qui fait flipper les femmes !

J’aurais bien dû me satisfaire
De mes succès au lit
Mais j’avais lu dans Marie-Pierre
Perdez vos calories
Maintenant ma minceur étonne
Je n’plais qu’aux couturiers
Ils m’habillent
Mais y a plus personne
Pour me déshabiller

Où` sont mes bourrelets d’antan
Mes doubles mentons séduisants
J’ai tout perdu avec ce régime
Mes grammes superflus et mes amants

( Marie-Paule Belle).

Eh oui, on y arrive ! La Ménopause : Je vis, je vis, je vis ma ménopause, c’est la nature, c’est naturel et c’est normal,je vois la vie en rose, car j’attends l’os, oui j’attends l’os, j’attends l’ostéoporose…( Clémence Desrochers / Marc Larochelle). Et nos filles, dans l’attente des rêves qui ressemblent aux nôtres, courent après demain, et s’en vont en guerre, sans ennemis. ( Tu cours après demain, Manon Vincent. Ma fille s’en va t-en guerre. (Manon Vincent / Sylvie Bourdeau / François Richard).

Pourtant, c’est Maintenant ou jamais, qu’il faut s’aimer. ( Michèle Bernard). Et si vous avez parfois l’ Insomnie blues, comme Pauline Julien :

Prendre des grandes respirations / Ouvrir un œil, jamais le bon / Descendre nourrir les poissons / Et Dieu que le temps me semble long. Mais : Si on se retrouvait frangines 
On n’aurait pas perdu son temps 
Unissant nos voix, j’imagine 
Qu’on en dirait vingt fois autant 
Et qu’on ferait changer les choses 
Et je suppose, aussi, les gens 

Et qu’on ferait changer les choses 
Allez ! On ose 
Il est grand temps !

( Anne Sylvestre, Frangines).

paulinejulienOn ose penser à un monde meilleur :

Croyez-vous qu’il soit possible d’inventer un monde
Où les hommes s’aiment entre eux
Croyez-vous qu’il soit possible d’inventer un monde
Où les hommes soient heureux
Croyez-vous qu’il soit possible d’inventer un monde
Un monde amoureux
Croyez-vous qu’il soit possible d’inventer un monde
Où il n’y aurait plus d’étranger ? 

(L’Etranger, Pauline Julien).

Mais il arrive qu’on soit découragées par ce monde qui va de travers, et l’on se dit :

Quand j’n’aurai plus le temps
De trouver tout l’temps du courage
Quand j’aurai mis vingt ans
A voir que tout était mirage
Je tire ma révérence
Ma révérence.
( Véronique Sanson).

 

Autant de chansons qui font rire, réfléchir ou pleurer, de grands textes portés par deux interprètes talentueuses, avec sobriété, élégance, générosité, et par le souffle inspiré de l’accordéoniste. Et c’est tout le public, après deux rappels, qui chante avec Christine et Céline :

Ce soir j’ai l’âme à la tendresse Tendre tendre, douce douce Ce soir j’ai l’âme à la tendresse Tendre tendre, douce douce Tresser avec vous ce lien et cette délicatesse Vous mes amis d’hier et d’aujourd’hui Cette amitié dans la continuité Un mot un regard un silence un sourire une lettre… ( L’âme à la tendresse, Pauline Julien).

Et comme d’habitude dans ce lieu convivial où Maï et Marc savent nous régaler des plus belles chansons, des artistes qu’on aime, et des meilleures soupes, la soirée s’est prolongée par un repas très animé, Marc s’est mis au saxophone, révélant son talent de musicien, et Stéphane à l’accordéon, pour une improvisation musicale, et l’on a chanté encore, certains même ont dansé ! Une soirée très chaleureuse sous le signe des femmes, mais avec des hommes de bonne compagnie ! Et l’on s’est quitté avec une bonne nouvelle. Céline Faucher revient l’année prochaine pour une nouvelle rencontre avec Pauline Julien, à l’occasion des 20 ans de sa disparition.


Danièle Sala

Chez Maï et Marc, l’Arthé Café, c’est là —> clic et entrez,
 

LA VIE EN VRAC, album et concerts.

29 Oct
Ce spectacle, devenu album, a été salué par un grand concert de louanges unanimes, et voilà que les Victoires de la Musique arrivent  dans la chorale des applaudissements.
Nominé dans la présélection des Albums « Révélation » des VICTOIRES DE LA MUSIQUE

Voix Annick CISARUK, Composition et accordéon David VENITUCCI, Textes de YANOWSKI.

Concerts en NOVEMBRE 

Les lundis 6, 13, 20, 27 novembre 2017 à 20H30

AU CONNETABLE 55 rue des Archives 75003 Paris

PRESSE – Réservation indispensable : Agence PARI 06 08 50 26 41

Album sorti le 15 sept – EPM Musique distribué par Universal

La qualité émotionnelle de la chanteuse place Annick Cisaruk au rang de tragédienne de la chanson. Son art épuré et sa palette vocale de colorature au service d’une incroyable intelligence du texte allie la profondeur à l’humour. Sa musique est une conscience déchirée redoublée par l’écho de l’accordéoniste qui l’accompagne.

David Venitucci est un accordéoniste virtuose reconnu par ses pairs et par la critique musicale comme l’un des compositeurs phares de l’instrument.

Images intégrées 3  Images intégrées 2

Au Connétable, l’entrée est gratuite, et à la sortie on paye sa place au prix de son plaisir, et là, ça peut vous coûter cher si vous êtes honnête…  Autant être averti…

Pour mémoire, une des premières représentations, le Doigt dans l’Oeil y était, clic sur le film,

Norbert Gabriel

 

Le carnaval des pinocchios…

26 Oct
Toute ressemblance avec la scène politique, quelle qu’elle soit, n’est absolument pas fortuite.  C’était le 4 Mars 2017 en première publication, mais comme rien ne change…  
 (ou Le bal des tartuffes…)

pinocchio-et-jiminyDans mes enfances lyonnaises et pierre-bénitaines, l’école publique, le catéchisme, les sains principes de mon grand père Giovanni communiste courant Peppone et anar, (devenu Jean à son arrivée en France), me dessinaient une France aussi belle que la vie dans un film de Disney…

On met du temps à guérir de son enfance, quand on en guérit…

C’était aussi le temps de Guignol et du carnaval avec les grosses têtes. Si vous ne connaissez pas, voilà un aperçu de la chose –>

La grosse tête de carnaval fait un bon tiers de la silhouette. On en avait une à la maison, un Fernandel cowboy avec un Stetson, et pour situer les proportions, quand j’avais 6 ans, elle faisait à peu près ma taille, et une fois dedans j’avais juste les pieds qui dépassaient.

Mais revenons à nos pinocchios. Ceux de 2017. Ayant biberonné mon éducation au son des grands principes  Aimez-vous les uns les autres et Liberté-Egalité Fraternité, je découvre effaré, en 2017, que ce pays qui aurait inventé les Droits de l’Homme, devient une sorte de village rétréci dans un égoïsme rance. Ici, une édile maire d’une ville calaisienne interdit de donner des repas à des réfugiés, là, à Paris, on parsème des blocs de pierre pour empêcher les « campeurs » qui dorment par terre de se tenir chaud les nuits d’hiver… Un type qui a volé du riz et des pâtes, rien d’autre, les moins chers, est condamné à 2 mois ferme… Ailleurs, un SDF qui vole un sandwich est condamné  le jour suivant, mais quelques uns qui ont détourné des centaines de milliers d’euros, crient à l’assassinat quand la justice ose prétendre faire son travail avec diligence… Et diffèrent  leurs convocations judiciaires selon leur bon vouloir. Et là, j’entends clairement un môme de 7 ou 8 ans, 89 rue Voltaire à Pierre-Bénite, dire haut et fort, C’EST PAS JUSTE !

Me voilà donc retombé dans les enfances rêveuses et enthousiastes quand je croyais aux lendemains qui chanteraient des jours meilleurs. Le temps a passé, et j’y crois de moins en moins… Les édiles bafouent allègrement les plus simples principes de solidarité humaine, les candidats, certains candidats, bafouent sans complexe les règles les plus élémentaires de la morale, la simple morale, comme on disait dans nos milieux prolétaires,  ça se fait pas...  par exemple, si tu envisageais de te chicorer avec un camarade parce qu’il a triché aux billes, tu lui demandais de quitter ses lunettes avant de lui mettre un bourre-pif… On a ses valeurs morales… Vous voyez les décalages avec les mœurs actuelles…

Les réfugiés qui fuient les bombes (celle que NOUS vendons à leurs bourreaux) sont rebaptisés migrants, genre: des intrus qui viennent voler la place de nos SDF… ces moins que rien il y a peu, devenus soudain le centre de toutes les pensées de certains nouveaux tartuffes bons samaritains.

Quand la montée des océans va menacer les populations qui vivent juste au dessus du niveau des mers, on va se barricader dans des bastions alpins ? Et si l’Aquitaine est inondée, l’Auvergne va-t-elle se fortifier pour empêcher les invasions de bordelais ?

D’ailleurs, c’est en Mars que ça se passe, à Clermont Ferrand, mais c’est pareil ailleurs, des familles à la rue

...hébergées par le 115 jusqu’à début février et par grand froid, c’est-à-dire à partir de – 5°. Et à la rue depuis le 18 février, avec des enfants, alors que la loi prévoit leur prise en charge par l’Etat.

Pour finir en chanson, j’en ai une, toute nouvelle, et ça peut se passer ici et maintenant, devant chez vous ou devant chez moi, avec enfants ou pas, c’est toujours la même histoire, on regarde ailleurs ? Ou pas ? Et pendant ce temps, le carnaval des pinocchios continue son festival télévisuel, avec des grandes questions existentielles, quel menteur professionnel aura la queue du Mickey? *

Alors quoi ? Y EN A MARRE !

Norbert Gabriel

*La queue du  Mickey, pour les moins de 50 ans qui se seraient égarés par hasard sur ce blog, ça n’a rien d’une cochonceté, c’était dans les manèges de chevaux de bois, un truc pour gagner un tour gratuit, une peluche suspendue au dessus des enfants et celui qui attrapait la queue -détachable- gagnait un tour… Même dans nos innocences enfantines, on voyait assez vite que le Mickey était habilement manipulé par le maître du manège pour que le hasard, ou le talent des chasseurs de queue ne soit pas pas le seul critère… Et  il y eut quand même des gentils forains pour que la petite fille un peu timide et maladroite voie la queue du Mickey tomber opportunément dans ses mains… Voilà pourquoi il me reste une tendresse pour ces compagnons d’enfance, les héros des vogues lyonnaises, et Guignol, Madelon, Gnafron, Toinon, les révoltés de la débine, debout malgré tout.

6 Avril, merci à Sabine Henneton pour ces belles affiches tout-à-fait en situation.

affiches pinocchio

Initiatives Chansons, faire-part de naissance…

19 Oct

 

Notre association a été créée en septembre 2017 par 3 passionnés de la chanson : Gilles Tcherniak (ancien président du Forum Léo Ferré), Jean Paul Liégeois (éditeur), Gilles Coron (ancien trésorier du Forum Léo Ferré)

L’association est à but non lucratif et à gestion désintéressée.
Elle a pour objet :La promotion de la chanson d’expression française, de son répertoire, du spectacle vivant, de la création artistique.

Elle se propose d’organiser des manifestations artistiques et culturelles, en rapport avec l’objet de l’association

Le coup d’envoi de la première initiative de notre association est donné !

 À nos chansons  !

Le tremplin de la chanson

 

Ce concours est destiné aux interprètes, auteurs-compositeurs-interprètes.

Le jury du concours sera attentif à la qualité de l’interprétation.
Chaque candidat-e devra interpréter 3 chansons dont une chanson du parrain ou de la marraine.

Pour les artistes souhaitant concourir, il suffit d’écrire à:

initiatives.chansons@gmail.com

 Deux belles informations pour ce premier  tremplin !

La marraine de cette 1ère édition est Anne Sylvestre.

La présidente et le président du jury sont Shirley et Dino.

Ils seront entourés de professionnels de la chanson et du spectacleAprès une première sélection par un comité d’écoute, la demi-finale et la finale auront lieu dans la deuxième quinzaine de mars 2018 (dates à préciser)

Deuxième initiative de notre association

Lancement prochain des soirées « auditions publiques ».
Elles se dérouleront tous les 2 mois au Forum Léo Ferré.

Nous vous donnerons rapidement des informations complémentaires sur ces soirées.

Troisième initiative

Création d’une émission de radio sur la chanson avec enregistrement public. Une émission qui parlera de la chanson, des artistes et des métiers de la chanson. 

Nous sommes actuellement à la recherche d’une station d’accueil.

Pour cette première année, notre jeune association a besoin de votre aide car nous ne pourrons pas compter sur d’éventuelles subventions !

Comment nous aider ?

  • En faisant connaître autour de vous nos activités.

  • En adhérant à notre association. La cotisation est de 10€      (valable    du 1er septembre 2017 au 31 août 2018)

Si cela vous est possible, vous pouvez compléter votre adhésion par un don. Toute somme versée fera l’objet d’un reçu ouvrant droit à déduction fiscale.
Paiement en ligne de l’adhésion :

https://www.apayer.fr/INITIATIVESCHANSONS

Pour l’adhésion, il vous faut également transmettre par mail le bulletin d’adhésion joint à cet envoi.

Nous vous remercions par avance pour l’intérêt porté à notre association et pour votre soutien.

Le bureau de l’association

Gilles Tcherniak, président

Jean-Paul Liégeois, secrétaire général

Gilles Coron, trésorier

Hexagone d’automne, n° 5

14 Oct

 

Numéro dédié à Barbara Weldens

 

Reçu et lu Hexagone d’automne, 5 sur 5 , un numéro riche des fruits de l’été, et la cueillette est bonne. Et quel plaisir d’être accompagnée, page par page, par la photo de Lili Cros et Thierry Chazelle, en rabat de couverture qui sert de marque-page ! Un rabat qui nous rappelle l’immense succès de leur nouvel album et nouveau spectacle Peau neuve, reprise du spectacle et presse unanime. Ayant vu leur spectacle aux rencontres Marc Robine de Blanzat en juillet dernier, je confirme, «  ça fait du bien ! » .

Mais on ne peut hélas se souvenir de ce 14 juillet 2017, sans penser à la première partie du spectacle, et à l’époustouflante prestation de Barbara Weldens, qui est morte électrocutée au pied de la scène 5 jours plus tard, dans l’église de Gourdon, dans le lot, d’ailleurs ce numéro d’Hexagone lui est dédié.

Edito de David Desreumaux qui rappelle la juste récompense reçue cet été à Barjac, pour l’ensemble de l’action d’Hexagone au service de la chanson, le prix Jacques Douai, partagé avec Entre deux caisses, que l’on peut retrouver dans le n° de printemps, et l’évolution d’Hexagone, après le site internet, la chaîne Youtube, la Blackroom, nous pouvons maintenant écouter la webradio hexagonale, qui illustre musicalement toutes les rencontres d’artistes.

Avec ce n° 5, on se refait tous les festivals d’été, et si on les a ratés, on saura tout en mots et en images, avec 16 pages sur Barjac, entretien avec Jean-Claude Barens, directeur artistique du festival, qui ne craint pas les prises de risques, malgré un public exigeant : «  Après bien sûr qu’il y a des réactions mettant en question tel ou tel choix, mais on peut l’entendre. Je trouve que Mehdi Krüger est l’exemple même de cette situation parce que ce n’est pas quelqu’un qui a une formation chanson, mais il en fait quelque chose de très beau et de très puissant. ».

Pour en savoir plus sur Mehdi Krüger, qui se définit comme Arabtrait, voir le n° 3 d’Hexagone, page 48 à 51 : « Je crois en la poésie de combat, manifeste romantique ou couplet de rap, elle est l’arme des faibles, fragile et insaisissable à la fois... »

Puis 5 pages sur Concèze, Festival Découvrir, où la poésie se marie avec la chanson, un festival qui «  nourrit, hors des supermarchés, et sans jamais la nommer, une forme de militance pour le mot ouvragé. Qu’il en soit ainsi pour longtemps encore. »

Deux pages sur Festiv’Allier à Langogne, où Camille Hardouin a rendu un émouvant hommage à Barbara Weldens qui aurait dû être là.

Et, on trouve en page arrière de couverture le programme du Festival de Marne du 04 au 21 octobre 2017. « Où la musique embrasse les mots. ».

Nous avons dans ce numéro un tour d’horizon des spectacles, passés ces derniers mois, présents et à venir, des albums récents, pas moins de 80 albums chroniqués, et il y en a pour tous les goûts.

Et des coups de projecteur sur certains artistes, comme Lior Shoov que je découvre avec bonheur : «  Frimousse mutine, regard bleu transparent, cheveux en bataille, ukulélé en bandoulière. Lior parcourt le monde en musique. Voguant au rythme de ses pas, l’humanité la hante, les humains l’arriment à ses ports d’attache. »

Babx et son irrésistible « Ascensions », un des joyaux de cet album est la bouleversante trilogie d’Omaya, trilogie inspirée de l’histoire d’Omaya Al-Jbara, une femme irakienne qui a résisté à Daesh, et a mené tout son village dans la résistance, « avec le sourire et une tendresse incroyable. »

Jeanne Rochette nous raconte ses nourritures littéraires et musicales, sa façon de travailler, ses années québécoises,  : « J’aime brouiller les pistes tout en poursuivant mon chemin. »

Victoria Lud, encore une découverte, avec son clip Eldorado, et qui vient d’enregistrer un premier EP de 6 titres : Mon cœur.

Véronique Pestel, « Singulière et discrète a fait paraître en début d’année un nouvel album : Faire autrement qui marque ses Vingt-cinq ans de compagnonnage avec le producteur Jean-Claude Barens. » Elle nous parle de son besoin de véhicule littéraire, de Brassens, de son rapport particulier avec la poésie d’Aragon, que l’on retrouve dans son dernier album, ainsi que des références à Camille Claudel, sur un texte de Philippe Noireaut, ou encore Colette : « J’ai besoin de ce véhicule littéraire : il est protecteur. »

On fait aussi plus ample connaissance avec Liz Van Deuq, sous la plume de Flavie Girbal, Liz qui nous confie : Je suis une musicienne classique ratée mais contente de l’être, car je dispose ainsi d’un tas d’outils.

Regard sur Glad Volatil, et son album : Les invisibles chroniqué dans le n° 3 d’Hexagone. Il fut Guillaume Allardi, début 2015, celui qui a réécrit la musique d’une chanson de Leprest : La colère, puis chante ses propres chansons avec son groupe Metamek,  tour à tour poète, philosophe, ou acteur, il se perd, et revient en solo deux ans plus tard sous le nom de Glad Volatil.

Photo © David Desreumaux

On retrouve, comme dans les numéros précédents, les dossiers, dont 24 pages consacrées à Askehoug. 10 albums à l’actif de ce rockeur poétique, énigmatique, «  Un hurluberlu apprivoisé » qui se revendique une proximité physique et morale avec Jean Rochefort.

Il nous parle de ses guitares et d’une contrebasse, fabriquées maison, parce qu’il n’avait pas les moyens de s’en acheter : «  Je crois que je suis quelqu’un de  manuel à la base. », ses parents bourgeois, sa grand-mère Marguerite, sa jeunesse bourguignonne, ses influences  qui vont de Prévert à Bashung, en passant par les surréalistes et la Divine comédie,  Bashung que l’on retrouve parmis ses albums  de chevet, aux côtés de Ferré, Lou Reed,  AC/DC, et  quelques autres. Askehoug, pour qui : « La musique est une chose physique, et non intellectuelle ; un truc de rockeur. », pour qui la chanson «  doit donner la sensation de n’être qu’un geste : élégante, rapide, inspirée, couillue, avec une légère tension entre la musique et le texte, qu’elle pose une question d’ordre stylistique... ».

Le regard extérieur de son bassiste Michel-Ange Mérino, regard amical et professionnel qui se termine par ces mots : « Il a le travail comme thérapie, un vrai goût pour l’oeuvre, le goût du façonnage, du risque aussi, et surtout l’envie de transformer en beau, ou en sale. C’est selon…Sans peur…Sans cesse… Askehoug, c’est tout cela, et bien plus…Comme il le dirait. »

Et les paroles,  de  Ma Poésie :

Ma poésie est toute petite 
Elle ne se marie ni ne s’édite 
Ma poésie ne se chante pas, j’évite 

Ma poésie est bien fragile 
Toute la journée elle distille 
Son caractère difficile 

Ma poésie est toute petite
Et les choses, elles ne me facilite 

Quand on l’énerve, elle dégaine 
Met en colère, elle lamine 
Puis elle remonte dans ses collines 

C’est dans le bain qu’elle me visite 
Habile, elle se love dans ma tête 
Sûr qu’elle ne sera pas inscrite 

Quand je m’essuie, elle est partie 
Ma poésie est toute petite
Et prend la fuite 

Quand une fille passe par là 
Elle sait se faire toute belle 
Mais si un détail ne lui plaît pas 
Elle peut des heures rester sans voix 

Ma poésie est toute petite 
Elle discute avec la folie 
Et ça, parfois, moi, je l’oublie 

Ma poésie est toute petite

Elle nage entre peinture et musique 
Parfois elle tripe sur des cantiques 
N’a peur ni des fantômes, ni des critiques 

Y en a qui cherchent le soleil 
Moi je dis qu’elle n’a pas son pareil 
Pour m’éclairer dans l’obscurité 

Ma poésie me fait du bien 
Quand elle écarte ses grandes mains 
Elle me fait aussi rigoler 
Quand il lui manque un ou deux pieds.  .

Paroles  illustrées par un dessin de Piérick.

En partie deux, c’est  tout d’abord Amélie-les-crayons qui se dévoile, répondant aux questions de Michel Gallas. «  Je suis la fille de Bourvil » dit elle, et c’est en travaillant l’interprétation des Crayons de Bourvil, lors d’un stage de théâtre, qu’elle a décidé d’accoler son prénom à cette chanson. «  Bourvil parle de choses graves et profondes, vues sous un angle drôle ou léger, avec des mots tellement simples. ».

Elle raconte ses 15 années de carrière, parle de son nouveau spectacle, et des thèmes abordés dans son quatrième album studio, Mille Ponts, ( chroniqué dans le n° 4 ). Un album à son image, lucide mais optimiste, sur un ton un peu plus grave que les chansons des albums précédents, mais en retenue.

Amélie, très attachée au travail d’équipe : «  Un des fondements, c’est l’humain, l’amour que l’on peut avoir entre nous. On s’aime tous vraiment, ça transpire sur scène. »

Nous arrivons à Gérald Genty, ses chansons courtes mais bonnes, et son Hipopopopo…tame, qui attire des vieilles dames dans ses spectacles, pour acheter l’affiche…Parce qu’elles collectionnent tout ce qui a trait aux hippopotames ! Et elles réclament la chanson, qui n’existe pas.

Regard sur Alcaz : Deux voix, deux guitares. Alcaz qui a peaufiné son sixième opus : Portés par les vents, sorti le 30 septembre dernier, au théâtre de l’oeuvre de Marseille : « Cet album, dans la continuité des précédents, distillera des ondes positives, un vent de liberté, le plaisir d’être et l’envie de se laisser porter. ».

Alcaz suivi de Fransesca Solleville , son regard bleu qui nous transperce, ses convictions, ses emmerdes, la difficulté de vivre de son métier et toujours sa formidable envie de chanter : «  Les sujets changent ; mais la motivation profonde, l’indignation, ne varie pas. ». Elle parle aussi de son dernier album, qu’elle a eu grand plaisir à enregistrer : Dolce vita, avec une chanson de Jérémie Bossone : La page blanche.

Francesca Solleville

Pour ce qui est de l’engagement en chanson, elle y a consacré sa vie, voilà ce qu’elle répond à Dominique A qui dit ne pas aimer la chanson engagée :  C’est idiot ! Pour avoir des convertis, il faut avoir des convaincus ; ils ne le font pas tout seuls. C’est grâce à ce qu’ils lisent, écoutent, voient à la TV, qu’ils prennent leurs idées et choisissent leur camp. Il faut toujours choisir un camp. Notre génération s’est tout tapé : la guerre, la décolonisation…On s’est battu. Maintenant les choses se passent plus loin. Ce n’est plus le fils de l’épicière qui risque sa vie à tel endroit. Mais on peut éclairer ! Je parlais de ces jeunes au premier rang : parfois, tu vois quelque chose qui s’allume dans leur regard. Rien que pour ça… ».

Carmen Maria Vega, elle, s’est engagée dans la recherche de ses racines, découvrant une vérité décevante, mais dit elle : «  J’ai décidé que mon histoire n’était pas une tare mais une force. ». Elle raconte son histoire dans son dernier album Santa Maria, tout au long des douze titres. «  C’est un album de résilience et de témoignage. L’identité, ce n’est pas que les origines, c’est aussi ce que l’on construit : la famille, les amis, la sexualité, le travail…Tout ça mis bout à bout permet de découvrir qui on est. Ça prend une vie. ». Et la sienne de vie est bien remplie, chanteuse, danseuse, comédienne, scénographe, metteur en scène : «  Je me bats tous les jours pour surprendre les gens et me surprendre. »

Claude Fèvre, quant à elle, partage son regard sur Gilles & Auguste, Insolites à deux.

Duo qui vient de la rencontre d’un technicien en électronique violoncelliste amateur et un bibliothécaire défroqué « poète depuis toujours, devenu comédien au prix d’un parcours qui tient de l’épopée. ».

Un article plus long à l’occasion de leur concert au Bijou à Toulouse, et de la sortie de leur album : Sinon toi leur est consacré sur le blog de Claude  chantercestlancerdesballes.fr / gilles-auguste-ont-jete-boussole, en résumé : « C’est beau, tendre et joyeux ! ».

Et à propos d’engagement en chanson, le chassé-croisé de Patrick Engel, avec Pascal Bouaziz, Rémo Gary, Victoria Delarozière. Trois artistes aux parcours différents, mais aux convictions nourries d’une authenticité sans faille,  précise en préambule Patrick Engel.

On a vu ce que Fransesca Solleville en pensait, mais il y a différentes formes d’engagement : «  Chanter une petite chanson d’amour, si c’est une chose de qualité, c’est un engagement. » ( Serge Reggiani).

Rémo Gary

Pour Rémo Gary, dont on connaît l’engagement dans la vie : « On m’a dit que j’étais un chanteur engageant, je ne sais pas si c’est vrai, mais je préfère être engageant qu’engagé. ».

Pour Pascal Bouaziz : « Je n’ai jamais eu que des doutes et j’essaye petitement de les partager le plus possible autour de moi. ».

Victoria Delarozière, elle, pense que: « Chanter, c’est parler, c’est ouvrir sa gueule. Et c’est bien. ».

Un débat intéressant, qui fait la différence entre l’engagement en chanson et l’engagement dans la vie, les deux pouvant parfois se rejoindre.

Que dire encore de ce numéro bien fourni ? Ah oui, la visite du Train théâtre, par David Desreumaux, David qui signe bien d’autres articles de ce numéro d’automne, et de si belles photos !

Le Train théâtre, scène régionale de Portes-lès-Valence, qui dispose d’une salle de quatre cent quarante-cinq places, et qui assure la diffusion, la création et la médiation de la chanson et des arts de la piste depuis de nombreuses années. Un engagement qui va bien au-delà de la Drôme : «  Le Train théâtre et Luc Sotiras sont également très présents dans le réseau professionnel national et francophone, membres et cofondateurs notamment de la Fédération des festivals de chanson francophone. ».

Enfin, n’oublions pas cette rencontre avec René Pagès, un passionné de la chanson francophone qui anime deux émissions hebdomadaires, sur R d’autan, radio associative du Tarn, Bella Ciao, depuis 20 ans, et Se(pt) de cœur. Emissions que je suis en différé, recevant chaque fin de journée le lien, un partage de passions, une véritable bibliothèque radiophonique, et des goûts sûrs, enfin à mon avis. Mais si je cite Julos Beaucarne, Pierre Barouh, Leprest, Brel, Barbara Weldens, entre autres, je sais que mon avis est partagé par tous les lecteurs de ce mook.

Et ce n’est pas fini !

David Desreumaux nous propose un portrait de Jacques Canetti, à l’occasion du 70 ème anniversaire des Trois Baudets, rencontre avec sa fille Françoise, qui gère aujourd’hui les Productions Jacques Canetti.

On suit le parcours de «  cet acteur essentiel et incontournable du spectacle vivant et de la chanson du XX ème siècle. » depuis sa naissance en Bulgarie, en 1009, son enfance, ses frères, sa mère veuve à 28 ans, sa grand-mère  voyageuse, ses études musicales, son immense culture et son oreille absolue, son attirance pour les inconnus, sa passion de découvrir et faire connaître de jeunes artistes, comme Félix Leclerc, moqué de tous au Canada, dans les années 50 qu’il amène en France : «  C’est mon père qui a eu l’audace de l’enregistrer dans un studio à Montréal et de le faire venir en France pour y faire ses débuts. ».

Jacques Canetti qui a ouvert le théâtre des Trois Baudets en 1947, a toujours su recevoir « ce qui est nouveau avec une liberté totale. ». Et c’est là que Françoise, petite fille, a pu voir débuter Brassens, Brel, Boris Vian, Gainsbourg et bien d’autres. «  Les artistes savaient que Canetti n’était pas un homme de cour ! Et qu’auprès de lui, ils auraient un avis sincère. ».

A écouter Jacques Canetti Mes 50 ans de chanson, coffret de 4 CD sorti en 2015.

On termine avec la « fucking chronique » de Mad, et son été meurtrier. En effet, lui qui avait l’intention d’échapper à la mafia hexagonale, «  à la férule du Ceausescu de Clichy qui allait encore lui réclamer sa fucking chronique, avec son corps et mes cris. », a été rattrapé par Mick de Toulouse, et il a dû faire sa part et celle de Mick , distribuer jusqu’au dernier numéro d’Hexagone dans tout le Sud.  ! Une chronique savoureuse qui montre que si les mooksquetaires font un sacré boulot, ils savent aussi ne pas se prendre au sérieux.

Voilà, moi aussi j’ai fait ma part, ma part de lectrice, avec écoutes à l’appui et avec plaisir !

Si ces quelques notes de lecture vous donnent envie d’en savoir beaucoup plus, abonnez-vous, lisez, écoutez, et allez voir, sortez, choisissez  albums et livres dans ce super  marché bien achalandé ! Faites vivre et prospérer cette belle équipe au service de la chanson, et les artistes qui nous enchantent.

Danièle Sala

Photo Barbara Weldens: Martine Fargeix, autres photos archives NGabriel.

 

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