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Anatomie de la joie…

23 Avr


Au premier abord, on peut se dire que Fleur de Tolbiac en quête du gène de la joie, c’est aussi peu probable que Buster Keaton animant un séminaire sur le sourire. Et dans sa détermination de neuroscientifique résolue, elle a une semaine pour extraire -si on peut dire- de la sémillante Camille Corbillard le secret de la joie. L’entreprise s’avère …  inattendue, mademoiselle Corbillard, comme son nom ne l’indique pas, est une inoxydable disciple du bonheur. Elle virevolte en rires salvateurs dans toutes les circonstances et les pires adversités. Comme si elle avait été définitivement vaccinée contre les avanies de la vie. C’est une Betty Boop blonde boostée à la joie de vivre … Quand Fleur mélancolise au piano, avec les grands compositeurs romantiques, Camille s’envole avec Chopin mixé Claude François… mais disserte aussi avec finesse sur le bémol qui peut donner une couleur tristitude – osons le néologisme- à L’hymne à la joie. Comme elles osent les cocktails les plus bigarrés dans cette fantasia burlesque et musicale. Car si l’une des recherches de Fleur porte sur ce qui lie les émotions et la musique, démonstration à l’appui, c’est par un kaléïdoscope tout azimuth dans le répertoire avec un sens de l’à-propos, et de l’autodérision dignes des Victoires de l’Amusique  que Camille  explore le sujet. Et quand les impitoyables constats du réel sont insuffisants, c’est par le rêve que Camille fait chanter un personnage de son folklore d’enfance, mais pour ça, chut,  je dis rien, ne pas divulgâcher l’apparition nocturne enchantée. Tout l’arc en ciel de l’humour traverse la scène dans une farandole burlesque, rythmée comme un ragtime de la grande époque, incidemment je pense à Cab Calloway pour ce théâtre musical archi-tonique. Comment ça se termine ? Si je vous dis: « c’est normal » c’est peut-être que la fin du monde, c’est normal. Mais la fin du monde étant remise provisoirement à une date ultérieure, vous avez les lundis et mardis jusqu’au 8 Mai pour faire le point sur le gène de la joie. Et par les temps qui courent, c’est une quête salutaire.

Les infos ICI ——————————————>

 

Et pour quelques images de plus,

Norbert Gabriel

Anatomie de la joie,  de et avec : Anne Cadilhac et Sandrine Montcoudiol
Mise en scène : Yann de Monterno, assisté par Jérôme Gayzal
Collaboration artistique : Éric Verdin
et les costumes sont de ? Donald Cardwell ? Ou Chanel ? Ou Tati ? À vous de voir ..

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Hexagone printemps 2019

13 Avr

C’est sous le signe du printemps qu’on aborde le numéro 11 de notre mook préféré, sur la photo de couverture, l’ami Pierrot sourit du haut de ses 85 printemps, entouré des Ogres de Barback. Sur la deuxième de couverture, toujours aussi radieux, Lili Cros et Thierry Chazelle, vont m’accompagner tout au long de mes lectures, ainsi que le regret de ne pas pouvoir assister à leur triomphe, le 18 mai prochain, à l’Olympia.

Et l’édito de David Desreumaux est tout aussi printanier :

Un matin vous ouvrez la fenêtre / L’air vous semble soudain plus léger / C’est comme un frisson qui vous pénètre / Il y a quelque chose de changé / Tiens, tiens, tiens ! / Déjà les feuilles poussent / Tiens, tiens, tiens ! Ça sent le romarin / Dans le jardin les lilas se trémoussent / Et les petites pommes ont déjà des pépins…Tiens, tiens, tiens ! / C’est le printemps qui vient…David, qui nous présente les invités de ce numéro, est optimiste : La ritournelle reste de saison, toujours aussi verte et plaisante. Sautillante

Pour ceux qui préfèrent la valeur des chansons aux valeurs boursières. C’est pas sérieux ! Eric Mie et Pierick font le tour de l’actualité en nous dessinant des sourires, genre, l’Eugène Pottier des gilets jaunes chante : C’est le Rond Point final !

Photo David Desreumaux

Plus sérieux, Le Rencard de Roxane Joseph avec Bensé, poète virtuose et lettré, pour la sortie de son troisième album, volet d’une trilogie, après L’Album, le Printemps, c’est L’Odyssée : une épopée de grand style : Les dix titres de L’odyssée illuminent la trajectoire d’un homme, et avec lui de toute l’humanité. Ils s’articulent autour de trois thèmes fondamentaux qui donnent sens à la destinée de l’homme, magistralement déclinés : La connaissance, la transcendance et la jouissance.

Article illustré avec humour par Piérick.

Un petit tour à La Luciole de Méry-sur-Oise, Vu de l’extérieur par Didier Garcia, son directeur : La Luciole, qui peu à peu devient un véritable lieu de vie culturelle ( spectacle vivant, cinéma, expositions, studio de répétition, salle de danse, ouverture prochaine d’une Micro-Folie…). Un lieu de mixité sociale et générationnelle qui défend la chanson française, protéiforme, métissée, plurielle.

Image DR

Ne partez pas tout de suite en découvrant le sujet de l’article ! Nous prévient ensuite Patrick Engel, et il est question du suicide, un thème que je n’imaginais pas aussi présent dans les chansons, mais aussi dans la littérature, le cinéma, etc…  Alors, le suicide est-il l’affirmation d’une liberté ultime ?

Est-il l’expression d’un grand courage ou d’une immense lâcheté ? Est-il un choix ou un non choix ? Autant d’avis que de philosophes, écrivains, ou artistes divers, nous avons en particulier l’avis de quatre artistes, Léopoldine HH, est-ce un hasard ou une coïncidence, la plupart des écrivains qui l’accompagnent se sont suicidés ou un rapport avec le suicide : Oui, c’est une liberté pour certains, c’est la seule liberté de leur vie que de pouvoir choisir leur mort.et la seule chose qui peut sauver l’homme, c’est l’art.

Pour Claude Semal, lui qui chante : A quoi bon se suicider ? Il suffit d’attendre, lui, qui n’a eu comme expérience qu’une armoire à pharmacie vidée, pour une demi-amourette, c’est le suicide de ceux qu’on aime qui est est une insupportable douleur.

Bernard Joyet, quant à lui emprunte plutôt le chemin inverse, celui de la survie en toutes circonstances, même si l’absurdité de ce monde-toujours elle-le conforte dans ses incertitudes ; la seule certitude étant bien sûr que nous sommes mortel.

Et Bernard Joyet, relevant que l’on pourrait citer des centaines d’aphorismes, de dictons et de proverbes à ce sujet, préfère s’en remettre à Souchon :

La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie.

Pour Benoît Dorémus, qui a été confronté au suicide d’un camarade de collège, c’est un drame très impressionnant qui a marqué mon enfance…Il faut relativiser, face à l’absurdité de l’existence, et savoir rire de tout : Rire jaune, noir, bleu, tout ce qu’on veut, mais rire, rire et rire. Un rire vaut dix Xanax.

Photo David Desreumaux

Flavie Girbal inaugure la partie 1 de la collection de printemps : Antoine Sahler Stoïcisme bubble gum, entretient avec Antoine Sahler, un artiste discret aux multiples talents, indissociable complice de François Morel, pour qui accompagner, écrire pour les autres l’aide : ça m’aide et ça me nourrit d’avoir cinq choses à faire à la fois et qui vient de sortir son troisième album : Le furieux.
J’ai retenu sa façon d’appréhender la chanson qui le passionne avant tout : Je suis passionné par la chanson, par le fait d’écrire, d’en parler, d’en découvrir… Dire, ne pas donner de leçon, , ne pas être dans l’étalage autobiographique, dresser des tableaux du quotidien, des faits de société, en soulignant : C’est le creux, le hors champ, l’ellipse qui apportent de la profondeur et du sens.

Antoine Sahler sera en concert du 28 au 31 mai 2019 aux Déchargeurs à Paris.

Photo DR

On fait ensuite plus ample connaissance avec Karin Clercq, chanteuse-comédienne belge De retour enfin ( par Karine Daviet ), avec son quatrième album La boîte à Pandore. Karin Clercq qui se remet en question, riche de son expérience : J’ai progressé, j’ai donc pu mieux m’impliquer et choisir une équipe avec qui j’étais en concordance, tout en respectant son ADN pop-rock, et sans se prendre au sérieux : Il ne faut pas se prendre au sérieux dans ces métiers. Ce n’est pas grave, c’est du vent.

C’est ensuite un voyage fraternel et musical autour d’Hervé Lapalud : Kora corps , propos recueillis par Michel Gallas. Hervé Lapalud, un globe-facteur de chansons, tombé amoureux d’une kora celtique, à 16 cordes, une harpe-luth qui marie une tradition ouest-africaine à la modernité. Kora qui est à l’origine, avec la rencontre de Dramane Dembelé, de son nouveau projet, Korafoland : je croise Dramane Dembele, musicien burkinabè, joueur de flûte peule et de kora, et sa façon de jouer me met à la renverse. Un album et un spectacle à venir donc, pourquoi Korafoland ? Korafola, en bambara, signifie celui qui joue, qui fait parler la kora. L’enfancie est le pays imaginaire de l’enfance, et Korafoland…

Gérard Magnet nous propose Un Regard sur Bastien Lucas : Hymne à la légèreté.
Bastien Lucas, pour qui l’étude de l’harmonie a changé sa vie : Aujourd’hui, il réalise cet album plus symphonique que rock. Plus qu’un choc des cultures, un mariage raffiné entre pop et chanson française où les cordes habillent avec élégance des textes patiemment épurés. Merci Bastien de nous rendre le monde plus léger !

Et c’est Mad, spécialiste du Rosbif saignant, qui propose un Carré d’as autour de Bancal Chéri.
Bancal chéri, quatre garçons dans le vent, tous talentueux séparément, Nicolas Jules, Dimoné, Imbert Imbert et Roland Bourbon, et complètement foutraques ensembles, qui ont mis leur amitié au service de la musique, une amitié scellée autour du spectacle de Boby Lapointe et qui perdure avec Bancal chéri, c’est un album, mais c’est surtout sur scène que le quatuor s’éclate, comme le dit Mad, vous êtes un jeune groupe de vieux rockers.

Les ficelles du métier de Boule, ont pour sujet les résidences, petit conseil, entre autres : Ne garder que les textes simples et les musiques faciles, le spectacle se vendra mieux.

C’était mieux maintenant ? Jules nous dit que oui, à propos de Mano Negra : Personne n’a secoué la scène française avec autant de frénésie et de bestialité. Que cette putain de fièvre nous fasse encore suer sang et eau !

 

Le grand dossier est consacré aux Ogres de Barback, Sam, Fred, Alice et Mathilde Burguière, une fratrie musicale dynamique, et leur 25 ans d’existence : Juste une histoire familiale heureuse, sans prise de tête, qui dure et se renouvelle sans se trahir. Juste un appétit de la vie.

Photo DR

Leur histoire commence à Jouy-le-Moutier, dans le Val-d’Oise, une banlieue un peu dortoir mais très jeune et très vivante, dans un environnement familial musical et chaleureux : Chez nous, on appelait la maison la MJC, parce que dès qu’il se passait quelque chose, c’était à la maison. Apprentissage musical, conservatoire pour les uns, plus en autodidacte pour Fred, premiers groupes, premiers concerts, Sam sous perfusion de Renaud et Brassens, l’arrivée des Pink Floyd, peut-être bien à l’origine des guitares électriques dans le groupe, dit Alice. Et ça démarre très vite pour eux, avec la rencontre de Grégoire Simon, saxophoniste des Têtes Raides, il s’en suit une spirale incroyable qui fera vivre ce premier spectacle pendant trois ans. C’est ce que les Ogres ont appelé La tournée des bars. Et puis, il y a eu Pierre ( La tordue), et Néry : Néry nous a fait vraiment grandir. Vient le premier album qui a du succès, Rue du temps, et le cruel dilemme d’accepter d’être distribués par PIAS, ce qui les mettrait à l’abri du besoin, ou d’être indépendant. Ils ont choisi l’indépendance, et à force de talent et d’un travail acharné, et l’espérance d’un monde meilleur…Ils ont su forcer leur destin: ça c’est une de nos grandes fierté : que nous soyons huit à vivre de nos chansons depuis vingt ans. Rien que ça, ça me va, j’ai le sentiment d’avoir réussi ma vie, dit Fred.

Mais le désir de bouger, de réaliser un rêve de gosses, leurs racines arméniennes aussi, les lancent dans cette folle aventure du Latcho drom, faire le tour du monde et se produire sous un chapiteau, pour vivre à plein leur rêve nomade. Puis, avec Les Hurlements d’ Léo venus se joindre à eux, c’est la tournée européenne d’un spectacle conjoint : Un air, deux familles. Ouf ! Nous avions envie de nous recentrer sur Les Ogres de Barback et de respirer un peu.
Mais ça ne dure pas longtemps : Et les Ogres d’aiguiser leur appétit, de réinventer leur œuvre, de s’enrichir d’autres cultures, d’aller de gourmandise en gourmandise en suivant un rythme de croisière, alternant projets des Ogres et projets collectifs. Devenus parents, ils se prêtent au jeu des albums jeunes public, un, puis deux, puis trois… Et tout leur réussit ! Quant à leur engagement politique, il est humain, et se situe sur le terrain : Nous ne comptons plus le nombre de concerts de soutien que nous avons donnés pour des causes qui nous tenaient à cœur. Leur engagement dans les causes humanitaire est multiple et discret.

Cinq ans après Vous m’emmerdez, après l’orchestration de La tribu de Pierre Perret, en hommage à ses soixante ans de carrière, Les Ogres de Barback viennent de sortir leur neuvième album studio : Amours grises & colères rouges, mi chansons de révoltes, mais aussi la tolérance, le vivre ensemble, enfin chansons ogriennes, mi chansons d’amour grises : C’était aussi pour moi un challenge que d’essayer d’écrire ce type de chansons sans qu’elles soient trop à l’eau de rose, dit Fred.
Un parcours hors du commun pour cette famille musicienne que j’aime pour sa remise en question permanente et son ouverture d’esprit. Latcho drom à eux, pour notre plus grand plaisir et le leur.

Qu’en pense Jules, ( Jules, chanteur, écrit aussi dans Hexagone), dans son Regard extérieur ? Et l’on apprend que Jules est l’ami d’enfance de Sam, qu’ils ont fait, outre de la musique, les 400 coups ensemble, braqué deux fois une banque, une fois pour aller à la Cigale voir la Mano Negra, une fois pour acheter une basse, et Sam des pédales de guitare wok’n’woll, et c’est dix ans de tournée avec l’arrivée du frangin Fred, avant que chacun passe à autre chose, suivant d’autres chemins, mais toujours heureux de se retrouver.

Pour conclure avec Les Ogres, la chanson Contes, vents et marées, de leur album Avril et vous ( 1999).

Avant de passer à la partie deux de la collection de printemps, et même après, on peut s’attarder sur les nombreuses chroniques d’albums récemment parus ou à venir, et en faire une belle récolte printanière, Fauthentique de Tété, Antoine Sahler, Le furieux, Une tranchée de vie, Romain Lateltin, A la lisière, Clarika, Ma cantate à Barbara, Anne Peko, Fransesca Solleville, Les treize coups de minuit, Hélène Martin, Le désir, l’essentiel de nos vies, anthologie de 34 chansons sur des poèmes, Jehan, Divin Dimey, Christian Tarroux, Sans contours définis, Sanseverino, The Beber Project vol 1, hommage à François Béranger, Kent, Peine perdue, etc…Des affiches de festivals, comme Aubercail, du 22 au 25 mai, Festiv’en Marche, du 6 au 10 juin 2019… On peut aussi admirer les Photos de saisons ou photos de scène de David Desreumaux, ou de Chantal Bou-Hanna.

C’est un plaisir toujours renouvelé de flâner au fil des pages.

Et l’on arrive à Pierre Perret, sourire malicieux, index pointé en l’air, photo de David Desreumaux qui s’entretient avec lui : L’arme la plus difficile à manier lorsque tu écris est la dérision.

Photo DR

Pierre Perret parle de son œuvre, quelques 500 chansons, et quelques dizaines de livres, ( j’ai même un gros livre de cuisine de lui), et en particulier de son dernier album Humour liberté : Dans cet album, il n’y a que des chansons qui m’en ont fait baver ! Dit-il, et ce, malgré sa longue expérience du métier. Il faut être plus vigilant que jamais pour ne pas être redondant. Pierre Perret, toujours indigné, et ne mâchant pas ses mots, n’a pas écrit que des chansons sautillantes pour réveiller les auditeurs de France Inter, chansons qu’il ne renie pas, mais il a fait beaucoup plus, lutter contre le racisme, avec Lili, prendre la défense des émmigrés : Au lieu de murs de barbelés, bâtissez plutôt les ponts 
Qui sait un jour vous viendrez vous réfugier dans nos maisons 
Vous en faites pas les copains 
On vient pas manger votre pain 
On est capables d’en créer et même de le partager .

Il est celui qui a le plus écrit pour défendre les femmes, La femme grillagée, La p’tite kurde, Riz pilé, Elle attend son petit, il s’attaque à la pédophilie et le laxisme de l’église pour les curés violeurs : Pédophile, les attentats :

Aujourd’hui ma plume est alerte
Elle survole un nid de scorpions
Pour lesquels rien n’est pire certes
Que la liberté d’expression
Ces petits cancrelats débiles
Ont courageus’ment fait la preuve
Qu’égorger est aussi facile
Que d’filer une trempe à sa meuf .

C’est un infatigable défenseur de toutes les causes, à la plume alerte, qui sait parler de choses sérieuses avec humour, légèreté, gardant toujours le sens de la dérision : C’est le plus difficile à faire dit-il.

Allons maintenant à la rencontre de Nevché Les mots dits. C’est Karine Daviet qui nous y invite.

Photo N Gabriel

Frédéric Nevchehirlian savait déjà à cinq ans qu’il serait poète, mais comment en faire un métier ? C’est avec la découverte du film Slam qu’il comprend que le slam, c’est de la poésie, et qu’il fait du slam : Pour moi c’était de la poésie orale. Alors, tout va très vite pour lui, et le succès est au rendez-vous.
De son douloureux voyage à Kinshasa, en pleine guerre civile, qui lui rappelle l’histoire de sa famille, il écrit des textes plus personnels, et s’entoure de nouveaux musiciens, pour sortir, en 2009 son premier album sous son nom de Nevchehirlian : Monde nouveau monde ancien., puis Le soleil brille pour tout le monde en 2011, sur des textes de Prévert et Rétroviseur en 2014.
Puis le besoin de se retrouver, épuisé après dix années de concerts et projets, il écrit un long poème Décibel, et les treize chansons de Valdevaqueros, Valdevaqueros, qui évoque une plage de la province de Cadix, une envie d’afficher son côté espagnol maternel, pour équilibrer le côté arménien paternel. Cet album sorti en 2018, est à la fois une Odyssée électro-pop, avec des sons minimalistes, millimétrés et délicieusement hypnotiques, signés par les talentueux Simon Henner et Martin Mey, et une quête, un voyage intérieur.
L’engagement, chez Fred Nevché, n’est pas seulement dans les mots mais aussi dans la façon d’exercer son métier. En 2008, il fonde une coopérative, internexterne, défendant à la fois une vision collective de la musique et l’autonomie des artistes. L’avenir de la poésie pour Fred Nevché ? Nous entrons dans une sombre période où nous avons plus que jamais besoin d’imagination. La poésie est une nécéssité absolue, mais elle va devoir prendre les armes.

Une découverte, la fille au violoncelle, Katrin’ Waldteufel, alias Cello Woman Deux en une, par Philippe Kapp. Une encore pour qui la musique est une affaire de famille, entre autres musiciens de sa famille, son aïeul Emile Waldteufel fut en effet un grand compositeur de valse, fin dix-neuvième siècle. Elle et son violoncelle ne font qu’un, musicienne avant tout, elle s’oriente vers la chanson, en intégrant une fraternité-chanson, Les frères de la côte, Gilles Roucaute et Zed van Traumat pour la co-écriture des textes, Johan Mathaly et Bastien Lucas pour les arrangements, et Bastien Lucas est aussi son guitariste, compagnon de scène, pour un spectacle et le double album 2 en une.

Photo NGabriel

Nous arrivons à Jean-Michel Piton : A profusion, le cœur battant, propos recueillis par Nicolas Brûlebois.
Et il est question de poésie et de chansons. Mais si certains mettent la poésie en musique, lui la met en chansons, ce qui pose problème pour la sacem. Jean-Michel Piton a une connaissance approfondie des poètes qu’il aime, et ne choisit pas la facilité. Pour Dimey, par exemple, il dit : Il est quand même dommage de résumer ainsi un mec qui a préparé les grands séminaires, écrit sur Dieu- la mort d’un homme c’est un chemin de croix ! Pourquoi les gens ne vont-ils pas voir de plus près ? Lorsque je prends un poète, j’ai la prétention d’avoir une vision moins schématique de son œuvre. Et souvent, il y a des surprises.

Ce, tout en défendant aussi le côté drôle de Dimey. Cela fait trente ans que Piton chante les poètes, sans intention politique : Victor Hugo a monté haut la défense de l’humain, à travers les grandes causes. Mais dans ma démarche, je ne m’occupe pas de ça . Il est sur un plan plus humain que politique : J’ai toujours été proche des laissés-pour-compte de la société. J’ai une forme d’engagement pour ça. Les poèmes qu’il met en chansons collent à sa propre sensibilité, l’imagerie du clochard céleste, le côté romantique de Baudelaire, Maris stella, de Raoul Ponchon, façon rock : je viens du Maine-et-Loire, milieu catho, j’ai été enfant de choeur. Tu ne t’en défais pas comme ça. L’humanisme de Richepin a qui il a consacré un album : J’y ai trouvé un humanisme, parlant de la souffrance universelle, proche de mes préoccupations. Un choix minutieux très personnel, une poésie désacralisée qui touche en plein cœur, une interprétation magistrale, sur des musiques superbes, des violoncelles à l’esprit rock, Musiques et mots de l’âme porte bien son nom, et il annonce une suite qui s’avère tout aussi surprenante, plus punk, ou à la Bashung, avec de la guitare électrique.. Selon le poète, et l’humeur du moment.

Regard sur… Tiou Hybride et ébouriffé, par Michel Gallas.

On dit que ses chansons sont aussi ébouriffées que sa coupe de cheveux. Tiou, de son vrai nom Mathieu Andreau, après avoir beaucoup lu, écouté Brel, Loïc Lantoine et Sanseverino, écrit et compose des chansons : Sa présence charismatique, sa voix prenante, ses mélodies gimmick et ses textes percutants touchent le public. Chanteur à fleur de peau, le verbe haut, souvent drôle et inspiré, il conte ses humeurs, passant de l’humour noir à la tendresse, de la chanson au slam. Il sera le 7 juin 2019 à Saint-Denis-de-Pile ( 33  ), au Festival Musik à Pile.

Une découverte encore, c’est Safia Nolin : L’art mélancolique, par Dora Balagny.
Une femme drôle aux chansons tristes qui a la côte au Québec, et commence à être connue ailleurs depuis sa tournée de deux ans en France, en Suisse et à Berlin : J’ai deux albums à vendre dans le hall. Les chansons vont de déprimantes à très déprimantes nous dit-elle. Mélancolique, elle l’est et entend le rester : un artiste n’a pas besoin de changer de style pour exister. Safia Nolin a aussi la passion des reprises, Le temps de l’amour, de Françoise Hardy, en duo, avec Pomme, On brûlera, ou encore Ma préférence de Julien Clerc. Et elle réfléchit pour un second volume à paraître cet automne.

Photo DR

Elle, ne chante pas de chansons tristes ! Mais plutôt coquines, provocatrices, ou des reprises de chansons réalistes. c’est Marjolaine Piémont, vue par Flavie Girbal : Frou-frou.
Marjolaine n’est pas faite pour être assistante de direction, elle qui a toujours été sur le chemin de la création. Jusqu’à cette école de cinéma parisienne, Elle abandonne son boulot pour aller animer la Saint-Sylvestre chez Maxime, c’est le déclic, et elle se met à gagner sa vie en tant que chanteuse, d’abord dans les cabarets parisiens, un répertoire de chansons réalistes, comme celles de Yvette Guilbert : Nombre de ses chansons me bouleversent. Elle défend des textes forts, parfois interdits par la censure. Puis, d’interprète à auteur-interprète, Marjolaine Piémont trace son chemin, d’expérience en expérience, comédie musicale, premières parties, circuits indépendants, curieuse de tout, persévérante. Les chansons de Marjolaine, leurs convictions et leurs provocations doivent être entendues avec la finesse d’esprit et la grande sensibilité qui les accompagnent. Elles ne seraient pas audibles autrement.

Les rappels : Le Sémaphore, un rayonnement national. Propos recueillis par David Desreumaux.

Le Sémaphore est un lieu municipal, décidé par la mairie de Cébazat ( huit mille habitants) et inauguré en 1998. Salle polyvalente, théâtre, danse, école de musique, cirque, chansons, actions dans le milieu scolaire, etc…Qui a eu la chance d’être conventionnée, et Jacques Madebène, directeur du lieu, a tout fait pour étoffer la partie chansons, créant très vite le festival Sémaphore en chansons, consacré à la chanson francophone, et les rencontres Mathieu Côte, une vitrine des artistes professionnels ou en voie de professionnalisation, des découvertes, des suivis et des prix : Ces prix qui sont des résidences ou des concerts en incitent beaucoup à postuler.

C’est aussi David Desreumaux qui recueille les propos de Cholbiz.

Quels sont les chemins empruntés pour que Cyrille Cholbi , ancien étudiant en gestion, devienne manager et tourneur, un couteau suisse, dit David Desreumaux, pour les artistes ? Pas n’importe lesquels, ceux pour qui il a un coup de cœur, qu’il a envie d’accompagner, comme Jules Nectar, Nicolas Jules, ou Cédrick Boule. Un long parcours qui va de l’objection de conscience au militantisme pro-décroissance, de l’organisation des premiers concerts à la diffusion pour une compagnie théâtrale, du management d’artistes à la création de sa structure Cholbiz. Un parcours fait de rencontres, d’aventures, comme Lombric, de collaborations, de formations, : Formations d’Issoudun, ( à l’époque l’inirep), patronnées par Bertrand Ledoux, une bien belle promo, une année très enrichissante. Le sentier des Halles, Courir les rues, etc… Un métier passionnant mais qui demande rigueur et patience : il faut être organisé, précis, volontaire…tenace, et patient, inventif et à l’écoute : tenir les programmateurs au courant de l’évolution du projet, de son actualité, les inviter à des concerts à proximité ou à grande visibilité, appréhender leurs difficultés, leurs problématiques toujours singulières, être à force de propositions et d’arguments pour rassurer, convaincre, séduire.

Vus sur scène retours de concerts.

David Desreumaux revient sur On voudrait revivre, au Théâtre Antoine Vitez, le 1er décembre dernier. Un spectacle autour de Gérard Manset écrit et interprété par Léopoldine HH, et Maxime Kerzanet. Avec Chloé Brugnon à la mise en scène, Hugo Dragone à la création lumière, Mathieu Diemert à la création son et Jennifer Minard aux costumes et accessoires, le spectacle produit par la compagnie Sergent est une éblouissante pépite qui séduit tout autant amateurs de chanson que férus d’art théâtral.

Toujours au Théâtre Antoine Vitez, qui a confié carte blanche à la revue Hexagone pour la deuxième fois, la création de l’Arrache-coeur(s) le 26 janvier dernier, un spectacle pour saluer la mémoire de Boris Vian, disparu le 23 juin 1959, : Comme pour Bashung en 2017, Arrache-coeur(s) ne se voulait pas un hommage exclusif au grand Boris mais s’entendait plutôt comme une errance à travers les trois répertoires ( Daphné, Krüger, Vian ).

Photo Chantal Bou-Hanna

Le 22 février, à Ivry-sur-scène, au forum Léo Ferré, c’est Mona Heftre qui a enchanté un public nombreux, accompagnée au piano par Nathalie Fortin, hommage à Ferré, à Catherine Sauvage, elle chante aussi Pierre Mac Orlan ( La chanson de Margaret, La fille de Londres), ou encore Barbara : Charles Baudelaire, Pierre Seghers, Patrick Modiano, Gilles Vigneault, Charles Cros, Serge Rezvani seront ainsi convoqués dans ce tour de chant, servis chacun avec la même élégance, avec délicatesse, d’une voix profonde et chaleureuse célébrant la langue française et ses quartiers de noblesse.

Mad, lui, se fait écho des Hurlements d’Léo à La Cigale, le 26 janvier dernier. Et, dès le premier titre, le public de La Cigale passe en mode sauteurs et la température monte instantanément de plusieurs degrés. …. Ils sont rejoints par Les Ogres de Barback, qui, le temps de deux morceaux récréent l’osmose d’Un air, deux familles.

Nicolas Brûlebois quant à lui, nous parle de sa soirée ChardRy aux Chansonniers, un hôtel qui fut l’un des derniers Q.G. D’Allain Leprest, et parmi la faune musicale voisine, Leprest s’était lié, à cette même période, avec un chanteur-musicien pas encore trentenaire : Richard Bauduin alis ChardRy ( aussi surnommé l’homme à la guitare bleue). Dix ans après la disparition de Leprest, il est venu lancer son EP de cinq titres au Chansonniers : Les textes offerts à ChardRy ne sont pas du Leprest pur jus : plus légers que de de coutume, sans être creux…Il lui reste assez de matière pour publier trois autres EP thématiques : après les femmes, le prochain devrait évoquer les voyages-témoin le splendide Angkor, chanté en avant-première ce soir là.

De beaux spectacles qui, je l’espère, vont arriver jusqu’à nous. Pour plus de retours de concerts : hexagone.me

Photo DR

Perrine Marlière raconte Pauline Julien Le volcan.

Faire le portrait de Pauline Julien est un exercice complexe, tant elle a suscité tout au long de sa vie les passions les plus extrêmes. Ne voir en elle que l’artiste serait la trahir : La fougueuse Pauline Julien est une femme aux multiples visages qui a toujours refusé qu’on lui colle une étiquette. Pauline Julien, c’est une œuvre dense, une vingtaine d’albums, la scène : Elle s’impose par sa présence, sa voix, son énergie, c’est aussi un engagement politique pour l’indépendance du Québec, ce qui l’a menée en prison avec son compagnon Gérald et quatre-cent-cinquante autres personnes, et l’engagement féministe. Elle a chanté les auteurs les plus progressistes, nous dit Céline Faucher, qui a largement contribué à la faire connaître, notamment avec ses deux spectacles : Autour de Pauline Julien et Qui a peur de Pauline Julien ? Et pour Steve Normandin, l’accordéoniste chanteur-voyageur québecois : Pauline Julien était capable de mettre le feu aux poudres. Sur le fond, chanter c’était de la provocation.

Pour ceux qui ne connaissent pas bien Pauline Julien, à lire ces six pages de Perrine Morlière, illustrées par un portrait très réussi de Flavie Girbal.

Et nous arrivons à La petite histoire de la chanson par Norbert Gabriel : Célimène Gaudieux.
Qui connaissait cette Célimène avant que Norbert nous en parle ? Même pas moi, qui suis passée plusieurs fois de Saint-Paul de la Réunion, aux Trois bassins et à La Saline-les-bains, sans savoir qu’elle en était la muse, une autodidacte qui fut une des premières ancêtres de l’esprit rap, et le symbole de la poésie et de la culture populaire de la Réunion. Célimène tenait une auberge sur les hauts de Saint-Paul : Elle offrait des liqueurs, l’coup de sec, le frangorin, le jus de canne, le lait de noix de coco. A celui qui avait faim, elle servait un carry, un rougail, du vin. Et c’est alors que pinçant sa guitare, elle chantait toutes les chansons qui lui passaient par la tête, en français ou en créole.. .Un sacré phénomène, Célimène ! Louis Simonin tirait une fierté particulière des 5 vers que Célimène lui adressa pour le remercier d’un échantillon de lave volcanique dont il lui avait fait cadeau :

Je te remercie mon cher voisin
De la roche que tu m’as envoyée
Je vais bien la conserver
On ne jette pas tous les matins
D’aussi jolies pierres dans mon jardin. …

Sa peau fut jadis sa douleur, sa peau qui n’a pas connu que fleurs, chante Jim Fortuné au sujet de celle qui se disait « infortunée créole » et rimait « à tort et à travers ». Comme une chanteuse de blues quelque part en Louisiane.

Article illustré d’un portrait de Célimène Gaudieux de Piérick.

Quelques nouveautés EPM pour le printemps, Jehan Divin Dimey et Christian Tarroux Sans contours définis. Un rappel encore : L’air du temps festival de chansons à Lignères-en-Berry, du 29 mai au 1er juin.

Et… La cerise sur le gâteau, ou plutôt le Rosbif saignant : Flash-back à l’anglaise, par Mad.

Mad le rockeur confronté au Caïd-de-Clichy-connu comme le loup blanc en tant que farouche défenseur de la cause chanson française et ce caïd menace Mad : Et si tu t’avises d’me ram’ner de la daube, genre «  So good, j’ai trop kiffé », je t’enfonce dans ce qui te sert de fondement les œuvres complètes de Flaubert et de Ferré ! Pas facile la chro de Mad, surtout quand le Redac-en-chef lui suggère : De qui n’as-tu pas encore dit du mal ?

Ah ! Une question encore : Avez-vous déjà écouté ma musique ? C’est fhom.fr qui la pose. Aimez-vous ? Moi, oui.

Et l’on referme ce beau numéro de printemps 2019 avec Clio qui annonce la sortie de son deuxième album le 13 septembre 2019. Et deux titres sont d’ores et déjà disponibles : T’as vu et Amoureuse.

Voilà, ce ne sont là que quelques notes de lecture, parmi les 170 pages de ce numéro de printemps d’Hexagone. Et comme d’habitude, pour les ( rares) lecteurs de ces notes, surtout ceux non encore abonnés, je ne saurais que vous encourager à le faire très vite pour tout savoir sur la scène vivante, et la chanson.

Clic  ici —>

Danièle Sala

Jérémie Bossone à l’Arthé Café…

2 Avr

Photos Martine Barbecot Fargeix

C’est dans le cadre du sixième festival Ernest Montpied, un festival qui grandit au fil des ans, au cœur des Combrailles, et qui se déroule cette année du 29 mars au 21 avril, avec des rencontres, des concerts, du théâtre, des balades, des expos, spectacles enfants, cinéma, chansons françaises, poésie, entrées en libre participation, gratuit pour les enfants, que Jérémie Bossone et son frère Benjamin sont venus ce dimanche soir à l’Arthé Café.

C’est Didier Moguelet, secrétaire, chargé de la communication et des évenements du SIET Brayauds et Combrailles qui vient nous présenter ce festival, suivi de Maï Usclade qui nous présente les frères Bossone. C’est au Carrefour de la chanson à Clermont-Ferrand, que Maï a rencontré Jérémie Bossone, en 2011, tout comme Martine Fargeix qui était chargée des photos. Et, inévitablement, toutes deux ont eu un premier coup de cœur pour cet HVNI de la chanson, humain volant ( et voguant) non identifiable… Je préfère à Ovni, car Jérémie est loin d’être un objet !

Maï nous rappelle le parcours de Jérémie, sa notoriété croissante, les nombreux prix reçus pour ses albums, et le premier prix littéraire 2019 pour son roman Crimson Glory.

Jérémie Bossone lance un sonore Bonsoir avant d’avertir les très nombreux spectateurs présents : Y’a du monde ! J’espère que vous serez aussi nombreux à l’arrivée, on va voir les résistants ! …Mais quand même, c’est la quatrième fois que je viens à l’Arthé Café, et j’aimerais bien revenir encore... Alors on s’accroche !

C’est avec Pirate qu’il envoie la couleur, accompagné de sa guitare électrique, de son harmonica, et de son frère Benjamin au clavier  :

Au bal des connards
Je plante un drapeau noir
Que nul ne s’en étonne
Quand les pourris s’éclatent
Il faut s’ fair pirate
Pour rester honnête homme.

Pirate, un cri de révolte contre les grands de ce monde, extrait de son tout récent album Les mélancolies pirates, qui n’est pas vraiment un album, Bossone ne fait jamais rien comme tout le monde ! Mais plutôt un rap-opéra métissé, sauvage, irrévérencieux, poétique et rebelle, la rencontre d’un enfant aventurier, lui, et d’un capitaine sans bateau, Kapuche : Ce disque est un baromètre. Il mesure le degré d’extension des cœurs et des esprits, nos aptitudes à l’aventure. Je l’ai commis comme on commet un crime, comme on donne un coup de sabre, comme on éclate d’un grand rire.

J’avoue, des fois j’explose…

Et il vise juste, en plein cœur, brandissant sa guitare comme un sabre de pirate, avec un jeu de scène époustouflant, un visage expressif, un sourire de gamin qui se crispe parfois, tantôt tendre, romantique, quand il chante l’enfance, nous racontant que, lorsqu’il fait des reprises, il ne choisit pas les chansons qu’il aime vraiment, celles-là, il les garde pour lui, reprendre une chanson, c’est inventer la magie, avec une exception pour Mon enfance de Barbara, qui lui colle à la peau :

Il ne faut jamais revenir
aux temps cachés des souvenirs
du temps béni de son enfance.
Car parmi tous les souvenirs
ceux de l’enfance sont les pires,
ceux de l’enfance nous déchirent. 

Et son interprétation est bouleversante de vérité. Alors, une dernière partie de Playmobil ? les yeux fermés, tout à l’intérieur :

Dernier défi lancé bien haut
Dernier challenge, avant qu’on s’ range
Dernier vol émerveillé au
Pays des ang’, ensuite on s’ range.

Dernier fuck off aux imbéciles
Avant que tous ces cons nous mangent
Dernièr’ partie de Playmobil
Après j’ les range, après j’ me range…

Il se range…Derrière Kapuche, provocateur, aventurier, conquistador, traversant les tempêtes de la vie, ne capitulant jamais dans sa quête de vainqueur :

Il faut vivre en vainqueurs jusqu’à ce qu’on les brise
En serrant sur nos cœurs tout c’que les cons méprisent
On aime jamais trop ce qu’on con dit « futile »…
Et puis c’est bien plus beau lorsque c’est inutile !
Il faut vivre en brûlant de splendeur et de rage
S’abreuver de ciels bleus, d’amitiés, de voyages
Avoir le désespoir qui chante tel Cyrano !
Voilà ce que j’ai chaque jour sur mon radeau !

Il alterne ainsi les chansons, J’aime ce qui est différent dit-il, en évoquant le beau sourire de Patricia, ou son amour pour Scarlet : Oui, mais en attendant, ce soir

Il reste collé près du bar
Où Scarlett le frôl’ de ses doigts
En espérant qu’il l’emmèn’ra
Ce soir peut-être…

Et une chanson du dimanche : La tombe :

Cette tombe était la sienne
En ce jour, oui, mais demain,
Cette tombe ell’ sera mienne
C’est la ronde des humains.

Ou encore, à ne pas mettre dans toutes les oreilles prévient-il : Spirale, le tourbillon de la vie quotidienne d’un artiste, et la déception amoureuse :

On chante, on s’aime
On s’plante, on saigne
On respir’ mal
Dans les spirales…

Prenant sa guitare folk pour nous chanter une chanson inédite qui raconte l’histoire de l’exode cherokee, La piste des larmes, pendant l’hiver de 1838-1839 où 4000 indiens ont trouvé la mort, Une fleur qui s’est élevée sur leur douleur, la toute blanche cherokee rose, sur les terres que vos larmes arrosent, elle fleurit comme un blason. Ou encore un lied  : Cuckoo.

Mais il faut qu’il bouge, et même si la scène est petite, il le fait bien, chansons théâtralisées, on comprend pourquoi il a eu aussi le prix du meilleur acteur au cours Florent en 2004 .

Mais ce n’est plus lui, c’est l’autre lui, Kapuche qui prend le relais, Kapuche qui vient du hip-hop, du rap, qui a des valeurs humanistes, Kapuche qui lui a ouvert les chemins de l’aventure, qui lui a appris l’amitié, Allez viens Kapuche, dit Jérémie Bossone, en référence à Jeff de Brel, debout Kapuche, pour l’aventure la poésie, tous sur un radeau pourri.
C’est Kapuche qui est Loin devant :

« Vous êtes mille » ? Bah je suis loin devant
Vous avancez la plume au cul
La mienne ell’ s’abreuve à mon sang
Vous avez la gueul’ des vaincus

Moi je suis loin devant
Vos mots sont pris dans l’ starting-block
Moi j’ai d’jà mis la rime en cloque
Il est quelle heur’ ? Victoire o’clock !
Ouais je suis loin devant !

Et de prévenir le public, un peu trop sage à son goût : Personne n’a foutu le camp ? Y’a pire qui vous attend ! Et c’est le rapeur-pirate Kapuche qui se lance dans l’aventure des Mélancolies pirates, et là, faut pas avoir le mal de mer, ça tangue, ça tempête, ça souffle, fini le temps de nos vies sages, ça gronde, putain, c’est ça la vie… Et l’aventure, c’est être un pirate qui frappe, qui rappe / Qui tient bon le cap, et t’es cap ou t’es pas cap, mac !

C’est fini, nous annonce t-il tout à coup…Mais pas pour longtemps, les rappels se font pressants, et c’est La Mélancollectivité générale !

Tous les jours sont des tueurs
Ils étouff’ nos lueurs
Reste un parfum de fleur
Et tous ensemble à jamais

Nous sommes
Pris
Dans
La
Mélancolie

Et puis, il arrive toujours un moment où l’on a plus rien à dire :
Putain, quand on a rien à dire
« Ce n’est pas à coups de silence
Que l’on se bâtit son empire »
Tels sont les mots de ma conscience

Ell’ parle, et moi j’ai rien à dire.

Rien à dire ? Pas facile de dire sur ce phénomène inclassable, indéfinissable, tellement pluriel, mais pour moi incontournable, parce qu’il me bouleverse, m’émerveille, me surprend, et que j’ai une folle envie de le suivre, alors, on continue l’aventure, à l’abordage moussaillons !

Merci à Maï et Marc pour cette soirée d’exception, pour tout ce qu’ils apportent aux amoureux de la chanson, pour leur exigence de qualité, et leur gentillesse. Merci aux organisateurs du Festival Ernest Montpied, une manifestation, humaine et culturelle, de qualité et merci à Martine Fargeix, pour ses photos, et sa disponibilité.

http://www.tourisme-combrailles.fr/festival-ernest-montpied-saint-hilaire-la-croix.html

Danièle Sala

 

Pour le livre Crimson Glory →

 

 

 

 

Pour l’album —>

 

Lise Martin, Personna…

28 Mar

Photo NGabrieL 2016

Il est rare, et c’est une première, qu’une chronique soit consacrée à un spectacle annoncé avant de l’avoir vu. Toute règle ayant ses exceptions… Lise Martin publie  un nouvel album, « Personna » et pour ceux qui ont eu le bonheur de la croiser dans des formations et participations diverses , cette soirée à venir est un rendez-vous obligatoire… Et puis, ayant eu le privilège d’une écoute en avant première, il me semble que la semaine va être longue, car c’est jeudi 4 Avril que Le Zèbre de Belleville fêtera la sortie de cet album.

Lise Martin c’est une voix aux échos de violoncelle, des musiques fines colorées folk , des textes sans affèterie, forts et limpides, des chansons qui racontent des histoires à voyager et à rêver à danser avec les elfes, les fées, les lutins ou les aimables sorcières, dans des champs de jonquilles, c’est la saison. Un peu de lyrisme ne nuit pas…

Photo David Desreumaux

Quand le numéro 0 du mook Hexagone l’a mise en couverture, c’était en harmonie avec une certaine idée de la classe et de la presse chanson dans son meilleur.

En clin d’oeil, et dédicace, ces quelques vers

Ne pas se taire
Rêver toujours
Pleurer parfois
Chanter encore
à la folie
à la vie
à l’amour
Dément songe ?

 

Le pitch de « Persona » :  Ce mot latin désignait le masque de l’acteur du théâtre antique au travers duquel (per) passe le son (sona). Dans les chansons de cet album, Lise interroge la partie visible et audible du rôle que chacun joue pour trouver sa place dans ce monde, explorant les fêlures, les espoirs, les engagements et les joies de différents moments de la vie.
Pour ce concert de sortie d’album, jeudi 4 Avril, Lise sera accompagnée par Daniel Mizrahi aux guitares, et Martina Rodriguez au violoncelle.

Les infos ici → clic sur le Zèbre -de Belleville- bien sûr. 

Pour acheter les places de concert, c’est là aussi –>

 

 

 

Norbert Gabriel

« Au Coeur de l’Arbre », spectacle musical d’Agnès et Joseph Doherty : à la rencontre du monde merveilleux des arbres en chansons

24 Mar

Quelques heures à peine du printemps, quelques heures et un souffle de vent, ce vent qui engouffre sous les ailes des oiseaux ses faux-airs de déjà vu et sa vraie musique de reviviscence, en effleure les carapaces des insectes et écarte en chantant les feuillages des arbres leur offrant un accueillant abri, ce 20 mars était bien une date propice aux premières représentations du nouveau spectacle musical d’Agnès et Joseph Doherty, « Au Cœur de l’Arbre », dans l’Espace Culturel du Bois Fleuri à Lormont, près de Bordeaux.

Le couple d’artistes franco-irlandais, dont le conte musical « Finn McCool et Légendes d’Eire » raconte et propage déjà auprès des publics jeunes et adultes la poésie d’un regard désireux de faire connaître la féerie du folklore celte et de partager le merveilleux extrasensoriel qui lie les humains à la nature, a imaginé, mûri et travaillé depuis des mois la création de ce nouveau spectacle consacré aux arbres, adaptable à la scène, comme à des balades à pied ou à vélo à travers des parcs arborés, au grès des diverses espèces végétales rencontrées en chemin.

S’il invoque bien-sûr, en récits et en chansons -et comment pourrait-il en être autrement ?- légendes celtes et mythologie nordique (chanson « Yggdrasil »), « Au Cœur de l’Arbre » n’en oublie pas pour autant de se référer aux épopées et mythes des civilisations mésopotamienne (Gilgamesh), grecque (Phaéton) et amérindienne ou encore à la littérature contemporaine (Jean Giono, L’Homme qui Plantait des Arbres). Il tisse avec intelligence un canevas harmonieux qui réunit de multiples apports culturels et cultuels autour d’un fil conducteur pédagogique et engagé. Éveiller la sensibilité à la vie du monde sylvestre, initier à la connaissance des espèces et de leurs vertus, expliquer le fonctionnement des arbres en société avec leurs semblables et leurs rôles au sein de l’écosystème, raviver à nos mémoires des histoires antiques, éclairer les combats militants des défenseurs des arbres, et subséquemment mettre en évidence la nécessité de sauvegarder et préserver la nature dans sa diversité : « Au Cœur de l’Arbre » plonge ses racines dans de nombreux terreaux culturels et mélange savoureusement les résines, pour semer ses petites graines dans nos cœurs et y faire croître le respect et l’amour de ces êtres d’écorce et de sève qu’on n’envisagera jamais plus de la même façon.

Que l’on sorte du spectacle étonné, instruit, éclairé, bouleversé, ou conforté et grandi dans ses sentiments, et sans doute un peu de tout cela à la fois, on en sort différent, le cœur enrichi jusque par l’éclairage final obscurcissant progressivement la scène, et suggérant le message qui en reste : de la lueur qui meurt sur les planches à la lumière qui prolifère en nous. On en sort également les oreilles ravies par les timbres de la multitude d’instruments dont jouent Joseph et Agnès Doherty, qui nous rappellent à quel point et de tous temps les arbres ont servi la musique, lui ont servi de source en inspirant des mélodies aux hommes par les vibrations sonores se produisant autour d’eux, et lui ont servi d’outil pour s’exprimer. Et si l’ébène de la clarinette-basse, le cèdre de la flûte, l’épicéa, l’érable, le palissandre et les autres essences des mandoline et guitare, contre-basse, violons, banjo et xylophone ne proviennent pas des mêmes arbres, tous nous semblent pourtant désormais faits du même bois que les rêves.

 

Miren Funke

photos : Miren

Merci à Véro Cameleyre

Liens clic sur l’arbre —->

Et aussi,

https://www.facebook.com/joseph.doherty.54

https://www.facebook.com/agnes.doherty.73

 

 

NDLR, vous pouvez aussi compléter votre connaissance du sujet avec ce livre remarquable,

 

 

Les Innocents 6 ½ …

20 Mar

Depuis quelques jours, y’a comme un souffle retrouvé qui nous rend plus léger.

Vous ne sentez pas comme l’air est plus doux ? Cet espoir ténu qui aide à mieux respirer. Ces odeurs qui nous font avancer, le pas plus décidé. L’envie de croire que la vie peut être moins moche.

Depuis le 15 mars c’est le printemps.

Ah ben si. Je vous assure que le printemps, c’est bien le 15 mars. C’est officiel depuis que Les Innocents ont choisi cette date pour la sortie de leur nouvel album : 6 ½.  Je ne vais pas me la jouer critique ; références musicales pointues à l’appui… j’y connais rien. Non. En revanche je peux vous dire qu’en mettant le CD en route, ma platine a retrouvé le sourire. Et moi aussi. Mon jardin rabougri a retrouvé des couleurs fragiles, la fenêtre de mon bureau s’est ouverte en grand dans un air piquant et le poids sur mes épaules s’est fait un peu moins lourd.

Photo DR

En deux tours de piste, les mélodies ont imprégné l’espace. Déjà familières, je sais qu’elles serviront de baume pour les jours de froidure. Puis la voix de « Jipé » Nataf a toujours eu cette faculté d’adoucir la vie. Vous avez déjà essayé de réécouter un ancien morceau des Innocents après des mois d’oubli incompréhensibles ? Ça marche à tous les coups ! La commissure des lèvres reprend une phase ascendante quel que soit le propos du texte. Un apaisement qui fait redresser les carcasses fatiguées.

L’alchimie avec Jean-Christophe Urbain nous offre une nouvelle fois une galette qui fait un bien fou. Qui devrait être remboursée pas la Sécu, même ! Parce qu’au-delà des mélodies lumineuses, les paroles nous ressemblent. Nous, largués dans une époque où le printemps n’est pas souvent au beau fixe, on écoute avec bonheur des textes qui sont loin d’être naïfs.

Depuis le 15 mars, la saison est caressante et intelligente. Elle nous câline sans nous épargner, nous prépare aux hivers prochains sans nous leurrer. Avec bienveillance et lucidité.

Alors précipitez-vous sur 6 ½.  

Par les temps qui courent, il est rare de retrouver une innocence addictive qui n’est pas dupe. C’est tout le talent de ces Innocents.

Et franchement, ils m’avaient manqué !

Fabienne Desseux

Leur site c’est là —>

 

 

Lady Do et Monsieur Papa … aux Trois Baudets.

17 Mar

Photos ©NGabriel 2019

C’est très chouette, dit ma petite voisine une jolie brunette de 4 ou 5 ans, avec un grand sourire, et ça résume bien l’idée générale. Pour commencer un aperçu de l’ambiance visuelle, on est dans le haut de gamme, jeux de lumières, ombres chinoises, un ravissement pour les yeux,  un  ballet d’images qui dansent avec Lady Do et Monsieur Papa, (Dorothée Daniel et Frédéric Feugas) malicieux et tendres partenaires dans cette fantasia de mots et de musiques à réjouir toutes les oreilles à tous les âges.  Si vous n’avez pas d’enfant de 3 à 6/7  ans, empruntez en un ou deux (et n’oubliez pas de les rendre ensuite) et en route vers les Trois Baudets, pour les SAMEDI 23 et 30 MARS – 15H00 et 45 mn de pur plaisir.  On se prend à rêver que toutes les scènes de chanson proposent des spectacles aussi aboutis, ce sont de véritables comédies musicales. C’est élégant, tonique, avec une touche d’impertinence, des mots habillés de toutes les couleurs musicales, petits ou gros, ils font une farandole pour dire, in fine, que

  L’amour rend beau, l’amour rend bête, l’amour remplume ma silhouette !  

A défaut de vous donner un aperçu musical  de ce spectacle aux Trois Baudets, voici quelques extraits de 2015, 

 

et la galerie diaporama ci-dessous vous fera rêver au moins pour 30 secondes, c’est toujours ça de pris, clic sur la première photo et ça défile …  C’était hier, samedi 16 Mars, et c’était très bien.

 

Dorothée Daniel a été présentée  en 2008 dans le N° 20 de la revue Le doigt dans l’oeil, (voir ICI  , page 7)  la chronique se termine par : Cet album porte plutôt l’idée que le prochain amour est au coin du chemin, malgré tout.  Prêt à y croire… Il n’y a pas de hasard ..

 

Norbert  Gabriel

Bonjour Chanson…

15 Mar

Etat du Maryland

Il y a quelques  jours, plusieurs artistes de la scène vivante chanson francophone ont fait part de leur bonheur d’être programmés aux Etats Unis, grâce à  « Bonjour Chanson ».  C’est une bonne raison pour inviter Charles Spira à présenter cette belle histoire.
(Le Blog du Doigt dans l’Oeil)

 

 

Bonjour Chanson”, une série de programmes radio qui fait la promotion de la chanson de langue française auprès des Anglophones, vient de fêter son dixième anniversaire.  Les épisodes sont enregistrés à Baltimore aux Etats-Unis. Je vous invite à échantillonner quelques épisodes avant de décrire le parcours qui a mené à leur création.

Voici le  lien , clic sur la tour –>

Quand j’étais un petit garçon à Anvers en Belgique, j’assistais chaque samedi après-midi, avec ma mère et ma sœur à la matinée du music-hall « Ancienne Belgique ». Il y avait un orchestre, des acrobates, des jongleurs, des musiciens, des danseuses, mais chaque semaine, après l’entracte, il y avait un chanteur Francophone de premier  ordre. Edith Piaf, Charles Aznavour, Charles Trenet, Jacques Brel, Georges Brassens, Juliette Gréco, Jacqueline François, Gilbert Bécaud, Maurice Chevalier, je pourrais continuer longtemps à les énumérer. Je les ai tous vus sur cette scène et de près. Existe-t-il une plus belle introduction à la chanson française ?

Un merveilleux souvenir est d’avoir eu le contact des yeux avec Edith Piaf, qui voyait un petit garçon qui l’écoutait attentivement.  Le soupçon d’un sourire attendri se dessinait sur son visage.

Mais j’ai grandi :  l’Athénée (Lycée en France),  l’Université, études supérieures au Canada,  carrière professionnelle, séjour de 14 ans en Angleterre, mariage, enfants, activités professionnelles et en 1982 domicile permanent aux Etats-Unis. Pendant toutes ces années les souvenirs de « La Chanson » étaient en hibernation.   

Fin 2007, j’avais acheté une nouvelle voiture  avec un poste radio Satellite Sirius/XM. Parmi plus de 100 canaux de programmation j’avais bientôt découvert le canal « Sur la Route »  de Montréal, qui diffusait des chansons francophones 24 heures par jour. Les heureux souvenirs de mon enfance sont revenus instantanément.  Mais également une déception : les chansons étaient enchainées l’une après l’autre sans contexte, sans commentaire. En plus, soyons polis, beaucoup étaient médiocres ou pire.  Je me suis dit. «Je peux faire mieux

J’ai créé un script et engagé une compagnie qui a installé un studio temporaire dans le sous-sol de ma maison.  Bientôt j’avais une maquette que j’ai envoyée à un grand nombre de radios. Une station, KUT à Austin au Texas a répondu : « Je peux écouter cela.  Faites une Série et je la diffuserai. » C’était la naissance de « Bonjour Chanson ».

Dans les épisodes de « Bonjour Chanson » nous présentons les artistes incontournables d’hier à côté  de ceux qui remplissent les salles de spectacles aujourd’hui. Nous ne répétons jamais des chansons.

KUT a diffusé l’émission pendant plusieurs années, ainsi que WFYI à Indianapolis.  A présent deux stations canadiennes, CJUM-FM à Winnipeg, Manitoba et CFRC à Kingston, Ontario diffusent « Bonjour Chanson ».  En plus, nombreux sont ceux qui écoutent sur le site de PRX (The Public Radio Exchange, https://exchange.prx.org/) ou sur la page Facebook « French Language Popular Music for English Speakers ».

Vous voulez en savoir plus, ou vous avez des questions ?  

Contactez-moi ici –>

 

 

 

 

 

Charles Spira

 

Calamity John , la suite…

3 Mar

Deuxième salve..

Avant de revenir dans la salle, faisons un passage sur la scène, car nos amis les artistes méritent aussi (et surtout) qu’on s’intéresse à leur cas, car si on s’aventure dans des salles de spectacle, c’est d’abord pour eux, sauf quelques rares exceptions de spectateurs égarés dans un lieu où ils ne soupçonnaient pas qu’on y chantât…
Parce que l’activité primordiale est le verre et la fourchette, voir chapitre précédent.
C’est là ————————————->

Ordoncques, qui aime bien chatouille bien, c’est parti pour quelques grincheries de saison… Quoi que, les saisons y en a plus, ou alors il y a toujours une raison de gronchonner. Commençons par le début, le début théorique du spectacle. Le public est bien installé, noir dans la salle, un temps variable s’écoule -très lentement- et quelqu’un apparaît sur scène car il y a un peu de lumière. Là, au milieu, il y a un … micro ??? Ça alors !! Et s’il était branché ? On sait jamais, va falloir le mettre à la bonne hauteur, c’est pas facile, un salopard a serré ce truc, mais, gnnnniii, ayé il est réglable, faut le mettre à la bonne hauteur, la bouche par exemple, c’est mieux, on le tapote un peu, pour voir, des fois ça marche tout de suite… Et si l’artiste a une guitare, il faut farfouiller par terre pour trouver un fil qui, miracle, se branche sur la guitare. Devant ce prodige inespéré, l’artiste se dit in petto, et si j’en poussais une ?? Mais avant, juste pour savoir, au cas où, il pousse son cri à la cantonnade : « Est-ce que vous êtes là ?  » C’est fou, non ? C’est pas comme s’il y avait eu des affiches à son nom, avec la date, l’adresse du lieu et l’heure, tout ça… Dans ce cas là, moi qui trouve toujours la réplique qui tue un jour après, me vient une réponse à la Bigard :

  • Bin non connard je suis chez le maraîcher du coin et j’achète des salsifis de Pierre-Bénite… (bio, les salsifis ..)

Toutefois, il y a des spectateurs moins malengroins qui répondent poliment :  « OUIIIIIIII » ce serait marrant qu’ils gueulent « NON » sur l’air des lampions… (ou une variante de « la pêche aux moules » en lambada gaélique) Et enfin, ça va commencer. J’ai déjà le sentiment d’avoir perdu 3 heures, en quelques minutes… Après c’est selon, parfois ça se passe bien … Mais pas toujours, il arrive, par quelque satanique inspiration que nous soit balancé entre deux chansons, « est-ce que vous êtes chauds ? » Ou mieux, « est-ce que vous êtes toujours là ? » Y a comme un doute de l’artiste sur sa prestation, c’est clair !

C’est à ce moment que je lorgne sur l’itinéraire d’évasion pour partir le plus vite possible, ce qui se passe bien, ayant pris la précaution de me placer plutôt dans le fond, ou sur les côtés… C’est plus discret.

Qu’on ne vienne pas objecter que la technique a des impératifs et gna gna gna… Pour mémoire, lors du Marathon de la chanson, 42 artistes en scène pour 8 mn chacun, soit 336 mn en 3 sets, même pas 8 mn de dépassement, sans un temps mort, chaque artiste arrivait en scène, prêt à chanter en 5 secondes, le temps d’atteindre le micro. Si vous cherchez des conseils dans ce domaine, demandez à Xavier Lacouture. Ou à Lili Cros et Thierry Chazelle… ou Pierre Margot… Enfin tous ceux qui font un spectacle dans lequel on est capté dans les 3 secondes après le noir de la salle, et qui se termine après un enchantement qui a semblé très court.

Et puis, et puis, parfois il y a des reprises qui plongent l’auditeur dans des abysses de perplexitude, on découvre, on se dit qu’il doit y avoir une intention secrète, un message codé, quelque chose de subliminal … Et puis non, c’est juste un re-création alacon, dans laquelle on a émasculé la mélodie originale pour mettre sa couleur musicale, ce qui revient le plus souvent à remplacer un Van Gogh par un graffiti d’écolier avec 3 couleurs de gouache… Sans oublier les paroles mal comprises, mais chantées très fort ad libitum. Quelques beaux assassinats, gravés sur disque par dessus le marché, font douter sérieusement du bien fondé de la chose et de la prétendue admiration pour le malheureux « hommagé » endommagé. Souvenir douloureux , en scène, d’une « Etrangère » dont la version tenait plus d’un pastiche raté que d’un hommage. Ou « Ma môme » quand un mot changé transforme la chanson tendre en grasse gaudriole gauloise de fin de banquet dipsomane. Sans oublier, « Ma mie de grâce ne mettons / pas sous la gorge à Cupidon/ sa propre flèche» qui devient « Maman de grâce … »  Lapsus freudien ? La liste est longue, et tellement déprimante que je vous l’épargne, je ne suis pas si salopiot finalement.

N’allez pas penser que ma vie de spectateur est un enfer quotidien, ce serait même plutôt le contraire, n’empêche que parfois, ça gave grave. Et ça donne des idées de…  non rien.

 

NB : pour les étrangers au pays lyonnais, Pierre-Bénite est une ville au bord du Rhône, tout près de Lyon, zone maraîchère importante jusqu’aux années 70. Et accessoirement communiste de la naissance du communisme à l’an 2000 (en gros). Outre les salsifis (bios), qu’on y trouve, c’est là qu’est née la cerise Burlat.

NB 2 : je pars presque toujours dès la fin du spectacle, mais pas toujours pour les raisons ci-dessus. Qu’on ne se méprenne pas.

Calamity John

Agnès Bihl en première partie d’Yves Jamait à Bordeaux : entretien avec l’artiste

1 Mar

 

Samedi 19 janvier, c’est Agnès Bihl qui se chargeait d’assurer la première partie du concert d’Yves Jamait (voir ICI) au Théâtre Femina à Bordeaux. Un public acquis à la cause des chansons à texte, sensibles, intelligentes et drôles, ne pouvait qu’être comblé par la présence de cette artiste sur la même scène que le chanteur, même pour un moment malheureusement trop bref, impératif temporel imparti aux premières parties oblige. En quelques chansons ivres de paroles où poésie, réalisme, humour et malice s’enchevêtrent, Agnès Bihl devait attiser pourtant une chaleur humaine bienfaisante et quelques vérités politiques prononcées avec une ironie mordante aux accents subversifs. Si le pari était pour elle de roder des chansons d’un nouveau spectacle qu’elle a fini de créer, l’artiste réussit à hausser immédiatement la température de la salle. Courte, mais intense en émotions et pimentée de fous rires, cette première partie saluée par les applaudissements du public laissait sur les joues et au cœur quelques larmes, de ces larmes qui sont de celles qui s’empressent de rire pour refuser de pleurer, de se résigner et d’abdiquer, de celles qui irriguent l’humanité et l’élèvent au dessus du désespoir dans lequel chaque jour risque de nous immerger plus. S’il m’était encore besoin de prendre conscience de la valeur de ces larmes, le souvenir de celles qui affleuraient aux visages des ouvriers de l’usine Ford de Blanquefort lors du concert de soutien à leur cause auquel participait entre autres Didier Super me reste assez en mémoire pour reconnaître que celles extirpés par la verve d’Agnès Bihl sont de même nature à taire les angoisses et la détresse pour regonfler le moral et l’emplir de sourires et d’énergie. Profitons de l’aparté pour annoncer que samedi 02 mars aura lieu à Bordeaux un autre concert de soutien aux salariés de Ford avec entre autres Cali, Balbino Medelin, Les Hurlements de Léo et Faïza Kaddour [voir ICI], en espérant qu’Agnès Bihl ne me tiendra pas rigueur de cette parenthèse, elle qui livra une version remise à jour de son pamphlet anti-macronien écrit sur l’air de «Manu» de Renaud, que l’on peut écouter sur son site, et qui est de ces créations aux vertus bien moins superficielles, et tellement plus généreuses et magiques qu’il n’y paraît au premier abord. C’est aussi de cela qu’il fut question lors de l’entretien que nous accordait l’artiste dans l’après-midi pour parler de ses révoltes, de ses élans du cœur et des histoires humaines et artistiques qui ont accompagné son parcours.

– Agnès bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Ce soir le public d’Yves Jamait, avec qui tu as enregistré un duo et qui s’approche de ton univers tout comme Anne Sylvestre l’a fait, est ému de savourer en première partie un moment avec toi. S’agit-il d’une tournée commune ?

C’est juste le concert de ce soir. Ça nous arrive très souvent de jouer ensemble ; on a fait un duo ensemble ; très souvent on se retrouve sur les mêmes scènes. Mais pas là. Comme Yves me l’a très gentillement proposé, cette première partie me permet de roder de nouvelles chansons, puisque je viens d’écrire un tout nouveau spectacle et de quoi faire un tout nouveau disque. La tournée avec Anne était différente : c’était un spectacle qu’on avait monté, Anne et moi, « Carré de Dames » avec des chansons de chacune et nos deux pianistes respectives, Nathalie Miravette et Dorothée Daniel. Donc il n’était pas question qu’aucune de nous quatre puisse être remplacée.

– La complicité entre ta pianiste et toi dure de longue date. Qu’est-ce qui vous a réuni et vous maintient ensemble ?

Photo NGabriel

C’est elle qui compose la plupart de mes chansons en effet. D’ailleurs elle vient de m’envoyer un texto cette semaine me disant que ça faisait dix ans -oh ! c’est joli!- qu’elle me supportait, enfin qu’on était ensemble et qu’il fallait qu’on le fête. C’est une aventure humaine, mais c’est souvent le cas dans ce métier. On s’apprécie artistiquement, puis on devient amis. Et dix ans à composer ensemble et à monter sur scène et partager des moments très intenses avec l’adrénaline et la puissance émotionnelle qu’il peut y avoir, ça crée des liens indéfectibles. « Les années de campagne comptent double » comme disait mon grand-père, et vivre tout ça ensemble ne laisse pas indifférent.

Photo Martine Gatineau

– Tu as évolué dans la Chanson aux côtés de plusieurs artistes entourant Allain Leprest, et avec lesquels tu partages un sens de la Chanson et des liens humains. As-tu, comme on s’en fait l’idée, le sentiment d’appartenir à un petit monde, une famille d’artistes ?

Ça a été une génération. Loïc et moi, on a débuté ensemble. Quand on avait une vingtaine d’années, on se retrouvait à la maison, chez moi et on écrivait ensemble, chacun de son côté. Ça nous filait une certaine émulation. Il y avait Allain Leprest qui en effet chapeautait tout ça : les ateliers d’Allain avaient lieu à partir d’une heure du matin chez lui, avec Loïc, moi, Florent Vintrigner, qui d’ailleurs s’est embarqué dans une magnifique aventure avec son groupe La Green Box [voir ICI ], Yannick Le Nagard, Wladimir Anselme et Stéphane Cadé. On se retrouvait beaucoup au Limonaire, qui était un des fiefs d’Allain et un des deux cabaret de Paris, avec Le Café Ailleurs, à l’époque où on pouvait débuter en faisant de la Chanson. Avec Yves c’est tout à fait différent : je l’ai connu comme artiste avant de le connaître humainement. J’étais fan de ce qu’il faisait ; donc quand il m’a contactée pour venir chanter des chansons de Jehan Jonas au festival «Alors…Chante ! » de Montauban (édition 2009), j’ai dit « oui » et c’est là que je l’ai rencontré pour la première fois. J’ai été très contente de voir que derrière l’artiste que j’idéalisais, il y avait un homme qui était tout aussi bien. Quant à Anne, je l’avais rencontrée bien avant, au Limonaire, lors d’une soirée de chant partagée, où elle était venue écouter les autres. Et à la fin, je l’avais interpellée en lui demandant si je pouvais lui chanter trois chansons a cappella, et elle a eu le coup de cœur. Une semaine après elle m’a appelé pour que je fasse sa première partie à l’Auditorium de St Germain, et on est devenues copines. Mais elle le raconte beaucoup mieux que moi, de façon bien plus drôle.

– A ce propos, on déplore la disparition des émissions radiophoniques consacrées à la Chanson, notamment sur France Inter, qui laisse le sentiment d’un désengagement total des médias du soutien à la Chanson. Cela vous nuit-il gravement ?

Y a plus rien. Il n’y a plus de suivi. On ne le vit pas bien. Le public est là bien sur ; mais encore faut-il qu’il soit au courant que je suis là aussi.

– Tu as choisi de mettre en ligne sur ton site une version toute personnelle utilisant la musique de la chanson « Manu » de Renaud pour y porter un texte adressé à notre président, qui donne une saveur ironique à la colère que beaucoup de citoyens partagent à son égard, à l’égard de la politique qu’il mène, et du cynisme et de l’outrecuidance avec lesquels elle est menée. C’est sans conteste un rire salvateur qu’il provoque, comme tous ces moments festifs dont il est important de nourrir les luttes pour ne pas se laisser submerger par la morosité, le désespoir ou l’aigreur, et se ressourcer en bonne humeur. Quelle idée d’avoir choisi de l’exprimer ainsi ?

Je l’avais mise en ligne une première fois au mois de juin, avec une première version. Je n’avais pas attendu la crise des gilets jaunes ; j’étais déjà en crise bien avant ! Je ne peux pas le blairer. Bon, je n’ai jamais eu un chef d’état que je pouvais blairer ; le fait est que je n’ai pas connu ça. Mais voir la violence policière qu’il y a, c’est aberrant, hallucinant, et alors vraiment sans complexe. Donc j’avais sorti cette première version au mois de juin, et ça se décline : tant qu’il sera là et qu’il fera des conneries, il y aura des chansons à faire. Ce n’est évidemment pas le seul moyen pour dénoncer ; ça fait partie d’une multitude de moyens pour ne pas se laisser chier sur la gueule en permanence, parce qu’on n’en est même plus à employer des mots polis. Mais la vraie vulgarité, c’est le mépris qu’il témoigne aux gens. C’est ça la vulgarité : tu peux employer le subjonctif passé et être quelqu’un d’éminemment vulgaire. Dire à une femme âgée dont la pension a été drastiquement restreinte qu’il faut faire des efforts, c’est vulgaire. C’est une honte. Alors je porte un regard complètement approbateur sur le mouvement social. Après je ne suis pas une femme politique ; je suis quelqu’un comme tout le monde. Donc j’ai une analyse des tripes, quand je lis les journaux, quand j’entends des déclarations du gouvernement, quand je vois un type qui fait campagne pour supprimer le glyphosate, et qui, une fois au pouvoir, ne le supprime pas, parce que c’est très bien, que la responsable du gouvernement chargée de l’écologie a travaillé chez Nestlé et qu’elle prônait le lait de palme dans les biberons des enfants, et ainsi de suite, je ne suis pas complètement con ; je vois qu’on se fout de notre gueule. Un mouvement populaire qui juste arrête de vouloir se laisser faire et rappelle que nous sommes en priori en démocratie, qu’il a son mot à dire, et que nos dirigeants doivent nous rendre des comptes, c’est important. Ces gens là n’existeraient pas si on ne votait pas pour eux : leur salaire, leur voiture, leur logement sont payés par nous, et l’argent qu’ils détournent est le notre. Je ne peux qu’être sympathisante d’une colère populaire qui est totalement justifiée, non pas parce qu’elle est populaire, mais parce qu’elle est légitime. Je suis quelqu’un d’éminemment non-violent et je ne justifie aucune violence ; en revanche je dénonce la violence indicible dont use et abuse le gouvernement contre les gens. Je trouve que la violence dont fait preuve Macron quand il dit à un horticulteur de traverser la rue pour aller bosser dans un bar, et celle de forces de l’ordre qui visent au flashball des gens à hauteur de visage et éborgnent ou défigurent des citoyens sont pires que celle d’un type qui tape à poings nus sur un bouclier de CRS. Il me semble qu’il y a déjà plus de 180 personnes mutilées dans les manifestations. Et ils osent dire que ce sont les gilets jaunes qui sont violents ? Ce que tu dis me fait très plaisir, car c’est vraiment la raison d’être de cette chanson : c’est d’abord de rigoler, parce que l’humour fait du bien et comme disait Boris Vian, l’humour est la politesse du désespoir et c’est un adage qui me cause beaucoup ; et puis ça me fait du bien quand je poste une chanson comme ça de voir que je ne suis pas la seule à le penser, à en avoir ras le bol, à me sentir méprisée. Des gens m’écrivent pour me dire combien ça leur fait du bien d’entendre chanter la même chose qu’ils pensent ; ça fait du bien à tout le monde de ne pas se sentir seul. Et ça fait du bien de mettre ça en musique, car il y a quelque chose de festif dans la musique, et on n’est pas là pour faire la gueule, mais pour se donner de l’énergie. Je me nourris de ce qu’on me dit, de ce que j’écoute, de ce que je vis. Et si à mon niveau je peux faire la même chose, c’est super.

– Yves Jamait, avant qui tu joues ce soir, a consacré plusieurs chansons au thème du respect des femmes, que tu portes aussi de façon récurrente à travers tes textes, dont « Celles », extraite de son dernier album, qui exprime avec une sensibilité singulière un regard masculin et tire en quelque sorte le féminisme hors du champs militant politique pour rappeler qu’il est un humanisme concernant autant les hommes que les femmes. Comment as-tu accueilli cette chanson ?

J’adore cette chanson. Je la trouve particulièrement pertinente et juste. Le terme « féminisme » a été galvaudé et c’est très dommage, parce que en fait le féminisme est un humanisme. Il n’exclut absolument pas les hommes. Le féminisme est au contraire l’envie de vivre ensemble sur cette planète en bonne intelligence et en respect mutuel. Un mec s’éclatera beaucoup moins dans un pays où la femme est opprimée que dans un pays où elle est libre. Un homme sur deux est une femme ; c’est aussi simple que ça. On perd beaucoup d’acquis, des acquis sociaux, mais aussi beaucoup d’acquis en terme de liberté. Au mieux, rien n’a changé : les filles se font tripoter dans le métro et insulter comme il y a trente ans. En plus certaines causes qui étaient quand même entendues lorsque j’étais adolescente sont sérieusement mise en danger, comme le droit l’avortement. Les plannings familiaux se ferment faute de budget ; les hôpitaux sont mis à sac par des ultra-cathos, et en plus on voit les flics qui les entourent pour les protéger. Mais cette violence là, on n’en parle pas ; en revanche un gilet jaune qui brûle trois pneus, c’est vraiment très méchant. On a presque l’impression que c’est comme si la prise de la Bastille n’avait jamais eu lieu, parce que les citoyens n’avaient pas déposé une demande en préfecture avant… Peut-être bientôt va-t-on déclarer la république illégale parce que les citoyens n’ont rien demandé aux autorités d’alors pour la décréter ? Est-ce qu’une femme qui va avorter a réellement envie d’entendre chanter des psaumes ou de voir des photos de fœtus étalées sous ses yeux dans un hôpital public payé par nos impôts ? La France est un des pays les plus mal classés en terme de violences faites aux femmes. Donc le féminisme est une nécessité, une urgence, et c’est en ça que la chanson d’Yves est magique, car il replace le féminisme dans son vrai sens quand il dit «c’est la mère, la sœur, la femme ou la fille d’un homme comme moi», le féminisme concerne autant les hommes que les femmes. Encore cette année à Noël, dans les magasins de jouets, il y avait une allée pour filles, une pour garçons. Il y a eu une étude révélatrice menée dans une école maternelle d’un quartier assez mixte de Paris, c’est à dire où toutes les catégories socio-culturelles sont présentes, où on faisait semblant de tourner une pub pour un yaourt et les enfants devaient le goûter et en dire du bien ; or on avait foutu de la moutarde dans le yaourt et c’était dégueulasse, et 100% des petits garçons ont exprimé leur dégoût, alors que 100% des petites filles l’ont quand même mangé en se pliant au devoir de faire comme si c’était bon. Être conditionnée pour répondre à ce qu’on attend de toi, et il y a forcément dans le tas des gamines qui n’ont pas été élevées par des parents spécialement machistes, c’est le lot des filles. Je me suis donc interrogée sur ça, ce qu’on peut inculquer malgré nous de différent dans l’éducation des filles et des garçons, sans avoir conscience de le faire. Bien sûr l’homme et la femme sont différents, dans la complémentarité. Mais il n’y a pas de différence de statut humain. Il ne s’agit pas de nier les différences ; au contraire c’est ce qui fait la diversité et la beauté du monde. Il faut écouter la chanson d’Anne Sylvestre qui s’appelle « Xavier », sur un petit garçon qui aime jouer à la poupée. C’est une chanson qui a trente ans, mais comme toujours Anne a été visionnaire et a abordé certains sujets bien avant tout le monde. Je me suis peut-être mal exprimée, mais quand je dis qu’il y a des différences, ça ne veut pas dire qu’un garçon ne peut pas jouer à la poupée et une fille au pompier. C’est que je réfute l’uniformité du monde et de la vie. Être asexuée et hygiéniquement correcte ne m’intéresse pas du tout ; les gens aseptisés et sans goût ne m’intéressent pas. J’aime les gens sexués, quel que soit leur sexe d’origine et leur manière d’être sexué. Je n’ai rien à foutre de la sexualité des gens ; par contre j’aime les gens qui ont de la saveur.

– On parlait des artistes de ta génération avec qui s’est formée une sorte de famille. Par delà l’Atlantique, il y a une autre artiste avec l’expression de laquelle ton écriture est souvent mise en parallèle, tant l’empathie, le réalisme et l’humour avec lequel vous abordez l’une comme l’autre les sujets se ressemblent : Lynda Lemay. Y avait-il dans le titre de ta chanson « Le plus belle c’est ma mère », une référence à son morceau: « Le plus fort c’est mon père » ?

Dans le titre, bien sur. D’ailleurs je lui en avais parlé quand j’ai choisi le titre, et elle m’avait dit que ça lui plaisait, car justement c’était complémentaire. Après le traitement n’est pas du tout le même, parce que la chanson n’a rien à voir, mais il y a effectivement un clin d’œil dans le titre. C’est Charles Aznavour qui nous présentées. Je connaissais évidemment ce qu’elle faisait. Je ne suis pas vraiment sûre qu’elle m’ait inspirée, enfin en terme d’inspiration, il y a d’autres exemples plus présents à mon esprit comme Mano Solo et Allain Lesprest. Si Lynda m’a inspirée, et peut-être, c’est de l’ordre de l’inconscient. Mais tout ce qui nous nourrit nous inspire : un livre, une chanson…

– Même Macron peut inspirer ; n’en as-tu pas apporté la preuve ?

Mais oui ! Même la merde peut être inspirante ! De toute manière l’indignation, c’est sain. Ça n’engage que moi, mais je le pense. La faculté de s’indigner et l’esprit critique sont précisément ce qui nous différencie de l’animal ou du militaire. La bête et le militaire n’ont pas cette capacité, l’un perce qu’elle écoute son instinct, l’autre parce qu’il écoute les ordres. Et encore, ce n’est pas toujours vrai pour l’animal. Déjà aucun animal n’est homophobe, et l’homosexualité existe chez bon nombre d’espèces, partout dans la nature. L’humain est la seule espèce qui exclut un individu de sa meute à cause de ses préférences sexuelles. On ne va pas se faire violence et marcher sur notre conscience pour admettre des choses avec lesquelles on n’est pas d’accord.

 

 

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Miren Funke

photos : Carolyn C

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