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Jean Guidoni à l’Européen 2023

24 Jan

1-Montage réduit Guido 2023 européen 3833x3631 3833x3631Jean Guidoni est un drôle de type, souvent associé à un univers noir, mais c’est aussi un type drôle, quand il évoque le Cecil Hotel* connu pour être particulièrement sulfureux – genre château de Barbe Bleue avec ses anges noirs – il nous fait un sketch sur sa biographie de baroudeur aventurier ayant connu Che Guevarra enfant et accompagné toutes les révolutions depuis 1917, ce qui donne l’impression très nette qu’il a été copié par un stépha… non rien ! Jean Guidoni est un voltigeur des sentiments exacerbés, pas de bluettes à l’eau de rose mais des chroniques à l’eau de vie, au jus d’alambic de contrebande qui décape sévère, mais dans ce maelström vertigineux, il évolue avec une grâce de funambule, sans filet, et on en ressort ébloui. C’est tout le paradoxe Guidoni, en d’autres temps un poète a écrit:

Les chants désespérés sont les chants le plus beaux
Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots.

On retrouve en lui ce Prévert caustique, à l’ironie acidulée, et, envers et contre tout, vivant, obstinément vivant. Alors il chante, son hymne à la vie …

1-Allons chante réduit Guidoni 3357x3102

https://www.youtube.com/watch?v=LpPPMghBvk8&t=3s

Pour en savoir plus je vous renvoie à cette excellente interview, tout y est
https://lagrandeparade.com/l-entree-des-artistes/lyrique/5145-%C2%AB-avec-des-si%20%C2%BB-de-jean-guidoni%20-douze-chansons-d%E2%80%99%C3%A9l%C3%A9gance-et-de-raffinement.html

*Le Cecil Hotel Los Angeles, c’est là .. https://fr.wikipedia.org/wiki/Cecil_Hotel_(Los_Angeles)

Le site de Jean Guidoni, c’est là —>  http://www.jeanguidoni.com/

Norbert Gabriel

Dans ce spectacle Jean Guidoni est accompagné par Isabelle Vuarnesson et Julien Lallier.

Et pour quelques photos de plus ,

1-Guido Montage 2 NB NB 2023 5120x3643 5120x3643-001

Photos ©NGabriel2023

L’ignorance comme exemple dans un Côté Club calamiteux…

5 Jan

C’était le 3 Janvier …  France Inter …

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Romain Didier et les Ogres de Barback, représentés pas Fred Burguière, plusieurs décennies de carrières d’une diversité et une richesse rares, ont été reçus par deux animateurs dont on a vite perçu qu’ils ne connaissaient de leur sujet qu’une fiche sommaire, bien moins complète que ce qui est écrit sur la page de l’ émission et qu’ils semblent avoir lue d’un œil à demi fermé. On commence avec, je cite « Les Orgues de Barback » plusieurs fois de suite, Ogres de Barback qui ne semblent exister à leurs yeux que par Pitt Ocha … En intro, Laurent Goumarre rappelle que Côté Club est le RDV de la scène française… Il faudrait lui faire un topo sur les nombreuses tournées de ce groupe qui fait du spectacle vivant depuis 28 ans en ayant équipé un chapiteau pour se produire en toute autonomie dans des villes n’ayant pas de salle adaptée… Cerise pourrie sur le gâteau raté, la question finale de « l’experte es chanson » Est-ce que vous vivez de votre musique ?  Bin non madame, c’est pour ça que toute la famille s’est installée dans un château en Ardèche, (la famille, c’est au minimum les 5 frères et sœurs et leurs enfants) où ils produisent leurs albums avec leur label Irfan le Label et à ce jour c’est 22 albums et DVD… Peut-être pensez-vous qu’ils envoient les enfants glaner les châtaignes pour survivre ?

De même qu’elle va découvrir un de ces jours qu’ils ont fait des scènes avec Francesca Solleville, Anne Sylvestre, et que Pierre Perret a aussi fait quelques jolies choses avec eux…

N’épiloguons pas trop sur la façon dont Romain Didier a été traité, mais vu de ce côté de la TSF, c’était à peu de choses près les questions d’une classe de CM2 qui fait un devoir imposé et qui se contente du minimum syndical. 

romain-didier-integrale-Le 4 Décembre dernier Romain Didier était au Café de la Danse, il semble que ça ait échappé à France Inter … C’était pour la sortie d’un coffret regroupant tous ses enregistrements , (https://www.epmmusique.fr/fr/cd-chanson-francaise/3116-romain-didier-integrale-.html) chez EPM, COFFRET 16 CD – 364 TITRES / LUXUEUX LIVRET 64 PAGES AVEC LES TEXTES DES CHANSONS.

La simple visite de politesse sur les pages des invités aurait pu faire une émission digne d’une radio qui a eu José Artur à ces heures de nuit, et Foulquier, Poulanges, Meyer, LeVaillant des vrais pros d’un autre temps ..

Et pour les Ogres de Barback, 20 ans de tournées avec ce chapiteau, des spécialistes de la scène française auraient dû en entendre parler ?

Pour la 1ère fois, à partir du printemps 2023, les Ogres emmènent Pitt Ocha en tournée, sous leur propre chapiteau, pour célébrer ses 20 ans ! Toutes les infos et les dates sur https://www.lesogres.com Retrouvez le nouveau Pitt Ocha, « Pitt Ocha et le Vélo à Propulsion Phonique », sur les plateformes : https://bfan.link/pitt-ocha-et-le-vel... Sortie le 21 octobre 2022 – Irfan [le label] Avec : Aldebert, Juliette, la famille Lacaille [Oriane, René et Marco], CharlÉlie Couture, Francis Cabrel, Eskelina, Maria Mazzotta, R.Wan, Ariane Ascaride, Thomas VDB, Orquesta Silbando, Ma Petite, Les ogrillons…

Leur site  :  https://lesogres.com/

et pour Romain Didier,

https://romain-didier.fr/

Norbert Gabriel

Carnaval sauvage, de Nicolas Jules …

29 Déc

carnaval sauvage CCDCarnaval : « temps de réjouissances profanes depuis l’Épiphanie jusqu’au mercredi des Cendres. »
Sauvage : « qui vit en liberté ».
Un beau bordel, au carré donc.
Enfin, en moins géométrique.

Bref : le nouvel album de Nicolas Jules.

Renversant, bouleversant, authentiquement carnavalesque. Dès la première chanson, on saisit : le défilé grotesque, les créatures grimaçantes, la mécanique macabre ne sont pas des artifices rituels mais le monde au quotidien. Pas très beau à voir alors on y met du fard : on habille en désirables les chaînes, les poids, les barreaux, les frontières, les interdits. Et on s’extasie devant le reflet des choses alors qu’on n’a simplement plus la force de les regarder en face (Les étoiles dans le lac).

Nicolas Jules shoote dans les certitudes, pour ne surtout pas en proposer de nouvelles. Qui l’aime le suive, en haut du précipice, au bord du gouffre sans garde-fou… périlleux certes, mais au moins on respire. On est à l’air libre. «Je n’ai pas de murs» chante-t-il dans Bicyclette.

No limit : l’une se retrouve « en deux morceaux/ [quand] elle attend quelqu’un qui ne vient pas ». L’autre est un écosystème entier, avec sa faune et sa flore et plus encore. On entre dans la tête de quelqu’un sans frapper pour ne plus en sortir, ou dans son corps, à moins que ce ne soit ce dernier qui nous absorbe.  (Ornithologie).

No limit : on passe du pied du pageot à l’exoplanète en passant par «les Indes mentales», à la vitesse d’une fusée, d’un coup de foudre ou d’une bicyclette, qu’importe : le Temps, l’Espace sont si surfaits.

No limit : on tend l’oreille vers un rythme sourd ; un violon torride s’amuse à nous enlacer et nous dénouer tout à la fois. Ce se parle, ça s’écoute, ça se répond, ça se mélange, ça se retrouve…

No limit, jusque sur la pochette où les tigres du Bengale oscillent entre le chaton et le masque sorcier. Où le dessin a des faux airs d’expérience photographique, quand le noir et la lumière se disputent des contours pour un résultat vaguement flou et perçant.

« Y a des gars qui bossent à bien aligner les tulipes/ moi je bosse au désordre/ nous formons une belle équipe ». (Jardin secret/ Jardin public).

Bien évidemment, ceci n’est pas une conclusion.

Mélanie Plumail

Les femmes à la cuisine …

23 Déc

1-Nawel réduit AAA 3030x3033Avec Les femmes à la cuisine, c’est un opéra picaresque dans la lignée de Brecht et Kurt Weil, que l’extravagant Yanoswski a offert à Nawel DombrowskyIci, la cuisine n’est pas seulement le lieu où les femmes font la soupe ou les coquillettes au beurre, on y élabore des cocktails à base de nitroglycérine, parce qu’elles en ont ras le bigoudi de cette société bancroche, où il serait bon de remettre un peu d’équité dans le bastringue. Et que l’idée générale est d’avoir des arguments qui ont plus de persuasion qu’un discours policé devant un employé de banque robot, je résume… La vidéo sise plus bas vous éclairera sur les recettes élaborées.

Mais ce n’est pas que ça, c’est aussi le blues de la mère de famille, le blues de l’amoureuse qui fonce avec détermination dans les coinstots les plus bizarres, comme dit Vian, parce que la vie ça passe vite. Dans cette farandole d’émotions, de portraits sensibles, de coups de rage, de mémoire des républicains espagnols avec La bataille de l’Ebre, « … bien que républicains ils rêvent d’un royaume dont l’unique frontière serait la liberté. » c’est aussi le chant et les larmes de beaucoup de femmes dans le monde, ici et maintenant. On pense aussi à Bernard Dimey avec son Frédo, un cousin assez proche de Bébert la brute. Et aussi à ses copines du quartier, des mauvaises filles, dit le bourgeois, ça se discute.
Mais ceci est une autre histoire … A suivre  sur la scène de préférence.

Nawel Dombrowsky, Nolwenn Tanet et Hélène Avice ont nourri ce spectacle, de leurs racines qui puisent dans le meilleur de la chanson réaliste, du jazz, du théâtre, de la danse… (Spectacle filmé et enregistré au Forum Léo Ferré,  disponible début Mars en CD et DVD chez EPM)  En cherchant un peu sur youtube, vous trouverez pas mal de belles choses, Nawel, sa vie son oeuvre, ne me remerciez c’est Noël !

Un aperçu de leurs talents ? Voilà,

 https://www.youtube.com/watch?v=mV-czNTX-Mo

Pour les femmes à la cuisine, c’est là!

Et pour quelques images de plus,

1-Nawell et musiciennes montage 5108x3565

Norbert Gabriel

Festival Musiclarue 2022 : entretien avec le groupe Sans Additif

10 Nov

sans additif itw

 

Ce n’était pas la première fois que mes pas s’arrêtent à un concert des Sans Additif dans les rues de Luxey. Le groupe girondin est en effet un des habituels du festival, et depuis une vingtaine d’années revient régulièrement animer les soirées de Musicalarue, poursuivant son chemin, loin des expositions médiatiques, en complicité avec un public fidèle, qui s’agrandit, génération après génération. Qu’on flâne quand les rues du village ou galope d’une scène à l’autre, arrêter ses pas soudain, au son de quelques instruments acoustiques et à la vue d’un attroupement de gens, semblant indiquer qu’ici, il se passe quelque chose de sympathique, s’y attarder et se poser pour rester écouter des artistes jusqu’au bout de leur concert, c’est pour ainsi dire toujours un retour à l’essence de ce qui nous fait aimer la Chanson et les chansons : la générosité de la musique. C’est souvent ce que permettent les concerts d’artistes de rue : retrouver un lien à la Chanson très simple et authentique, léger et à la fois intense et dense, et par le partage qu’on en vit avec celles et ceux qu’il fédère, un lien humain honnête aux autres. C’est toute la magie que l’accessibilité du beau implante dans nos cœurs et sème dans notre quotidien. Les bien nommés Sans Additif, et bien que le choix du nom provienne d’un jeu de mots relatif aux prénoms des deux fondateurs – Nico (clarinette, accordéon, chant) et Laurent (guitare, chant), d’où « Sans Additif, Nico Laurent »- sont, en ce sens, avec leur poésie, leur fantaisie et leur humour, de ceux qui redonnent vie à la vertu initiale de l’expression musicale, et rendent justice au métier de chansonnier. Le duo devenu trio, avec l’arrivé de Franck à la basse et au ukulélé-basse, joua plusieurs soirs de suite les titres de son dernier et troisième album « Noces de Plastoc », ainsi que quelques des chansons du patrimoine populaire francophone, interprétées de concert et en chœur avec le public, dans ce genre d’ambiance chaleureuse et interactive qui donne le sentiment d’un public de copains venus voir jouer leurs copains. Avec une âme de saltimbanques qui ne se prennent pas au sérieux et rigolent bien, les trois musiciens néanmoins inventifs, chevronnés et passionnés, ont accepté de nous accorder un entretien pour parler de leur groupe.

 

– Bonjour et merci de nous accorder un entretien. Comment est né l’aventure de votre groupe ?

 – Nico : On s’est rencontrés en septembre 2000. Laurent avait un groupe de Rock qui s’appelait Ici Même, et moi, je jouais dans un groupe de chanson française nommé le Quintet à Claques. Chacun de ces groupes faisait peut-être cinq ou six concerts par an, pas forcément payés.  On a réfléchi ensemble à une solution pour pouvoir en faire plus, devenir professionnels et vivre de la musique. On a créé le duo comme ça. Au début on pensait plutôt faire des chansons pour les enfants.

– Laurent : On cherchait des voies pour pouvoir se « vendre » entre guillemets. Moi j’avais travaillé dix ans dans des écoles primaires à faire des animations pour les petits, donc c’était un réseau que je connaissais et je savais qu’il y avait de la demande pour ça : transporter de la chanson française dans les écoles. On a fait quelque fois des médiations, des ateliers d’écriture avec des écoles.

 

– La transmission de votre passion aux générations du futur est-elle une dimension importante du sens de votre activité, à défaut de parler d’activisme ?

– Frank : C’est intéressant d’expliquer aux enfants les différentes phases du métier d’artiste, entre écrire une chanson, monter sur scène, régler sa sono, vendre sa création. C’est très complet pour les enfants. Ces deux là ont cette proximité pédagogique, comme tout le monde a enseigné, entrainé des chorales ; ça permet de faire des débordements sur ce genre d’interventions en milieu scolaire. Ce n’est pas ce qu’on fait le plus bien sûr, mais les mairies, les médiathèques, les écoles, sont très demandeuses d’avoir ce type de médiations.

– Nico : Ce sont des leviers. Il faut savoir le faire. L’idée n’était pas de faire des chansons pour enfants, mais d’amener les chansons aux enfants. On a fait aussi une petite tournée des maisons de retraite dans les Landes, organisée par Musicalarue.

– Laurent : Moi je suis intervenu dans des prisons durant six ou sept ans ; ce sont des choses qu’on connait aussi.

– Nico : Et puis, en 2001 on a été embauchés au Parc du Bournat en Dordogne, qui est un village de reconstitution années 1900 pour jouer de vieilles chansons françaises. On jouait tous les jours de midi à 18h, avec une heure de pause. On a appris le métier comme ça, en faisant cela durant quatre ans. C’était super, artistiquement et financièrement, mais on en a eu un peu marre de ne jouer que des reprises, et de faire essentiellement des animations. Donc en 2005, on s’est mis à écrire nos propres chansons. Et là, ça n’a pas manqué : on a cessé de faire des concerts! Oui, parce que les gens nous connaissaient en animation, et ce qu’ils voulaient, c’était ça : des reprises de succès populaires.

– Laurent : On s’est cherchés pendant deux-trois ans.

– Nico : Et voilà, on a fini par trouver notre formule : on mixe, on fait deux ou trois reprises si on en a envie, et on joue nos chansons.

– Laurent : On essaye de faire en sorte que nos compositions soient dans le même esprit que les reprises, car le but du jeu c’était de continuer à chanter avec les gens, d’avoir beaucoup d’interaction avec le public. C’est ce qui est compliqué avec des chansons que les gens ne connaissent pas. On a quand même réussi à faire en sorte que les gens puissent chanter des refrains ou faire les chœurs, et à fédérer autour de nos compositions.

 

sans additifs– Le fait d’avoir une expérience d’artiste de rue vous a-t-il permis une aisance dans le rapport au public?

– Nico : Seul Franck en a une, mais ta question marche aussi avec l’animation effectivement. C’est la proximité avec les gens, faire en fonction des gens. La scène, avec une distance imposée entre le public et les artistes, ce n’est pas du tout le même métier : tout est rodé, avec le son, l’éclairage ; tu fais tout le temps la même chose. Là, quand on joue devant Le Cercle [NDLR  le bar de Luxey], on ne sait jamais à l’avance quel morceau on va jouer ensuite.

– Laurent : Lorsqu’on joue sur de grandes scènes, on a une liste planifiée de chansons. Là, quand on joue en rue, on improvise en fonction de ce qu’on ressent, de l’idée qu’on a, de ce qu’on voit face à nous, ce qu’on peut planter ou pas avec les gens, selon l’humeur.

 

– Comment Frank a-t-il rejoint le duo?

– Nico : En 2017, donc après quinze ans de vie commune, le couple s’est un peu lassé. Donc on a été obligés de mettre un peu de piquant ; c’est comme cela dans toutes les histoires d’amour. On s’était mariés en 2012, c’est-à-dire avant que le mariage homo soit légal, avec un vrai maire, à Créon. On avait fait un mariage un peu à la Le Luron et Coluche, tu vois. Les Astiaous [fanfare Louis Astiaous, habituels de Musicalarue] sont venus faire la cérémonie. Et donc en 2017, on a décidé de mettre un peu de piquant en intégrant Franck, la blonde d’Aquitaine, à la basse. Il est vrai que pour développer le groupe, on nous avait plutôt conseillé de prendre une jeune femme chanteuse.

– Franck : Là, t’as une petite grosse à la basse!

– Nico : Voilà… L’idée était de devenir un trio, mais on se connaissait depuis vingt ans, on ne pouvait pas prendre n’importe qui.

– Laurent : C’était pour amener autre chose. Avec la basse de Franck, on va un peu plus dans des sonorités graves. Ça change la dynamique, l’amplitude du son, on a tout revisité.

– Franck : Il est vrai qu’avec Laurent et Nico, nous nous connaissons depuis plus de vingt ans, et j’avais toujours eu de l’admiration pour leur spontanéité et l’énergie artistiques. Alors quand ils m’ont demandé, j’étais content.

– Nico : Un rêve s’est réalisé!

– Franck : Même dans nos amitiés, c’est comme si on avait rajouté une couche en plus, et je trouve cela assez touchant.

– Nico : Qu’est-ce qu’il nous arrive?

 

– Musicalarue est un rendez-vous que vous perpétuez depuis près de vingt ans. Quel rapport avec-vous avec ce festival ?

– Laurent : Il y a un fil conducteur important pour nous, c’est Musicalarue. On revient depuis vingt ans ici. L’association nous a toujours soutenus, même permis d’avoir des dates sur d’autres projets dans le Sud-Ouest, par contact. C’est aussi tous ces soutiens-là, ces réseaux qui font qu’on a tenu, car c’est rare, des groupes qui tiennent plus de vingt ans.

– Nico : Même Simon et Garfunkel, ils n’ont pas tenu aussi longtemps! Même les Innocents. Ou Java. Ils se sont tous déformés, avant de se reformer un jour.

 

– A part vous, il me semble qu’il n’y a que les Stranglers qui aient tenu si longtemps…

– Nico : On a tous aussi d’autres projets pour vivre, ce qui fait qu’on n’est  pas tenus d’accepter toutes les animations proposées ni contraints de faire des trucs un peu plus chiants. Laurent a une autre formule, et nous, on joue souvent avec le chanteur-humoriste Wally, qui est venu à Musicalarue également. C’est une histoire très forte ; les gens de Musicalarue sont devenus de vrais amis. Nous avons joué pour le mariage de la fille de François Garin, le président. Il y a des liens humains qui se sont tissés. Et puis ce sont des rencontres : par exemple Sans Additif ne serait pas Sans Additif si on n’avait pas rencontrés les Astiaous. Ils nous ont d’ailleurs invités pour leurs 47 ans.

– Franck : Et puis avec le public de Musicalarue, j’ai l’impression que bientôt, les jeunes vont connaitre les chansons que leurs parents ont apprises.

– Nico : Oui, on a des chansons assez familiales comme « Eh papa » qu’on avait écrites il y a une vingtaine d’années autour de notre premier public, parce qu’on a des gosses aussi, et c’est bluffant de voir maintenant les enfants de cette génération venir chanter les mêmes chansons que leurs parents.

 

– Dans quelques années, se peut-il de vous voir faire un concert ici à la Hugues Aufray devant quatre générations de mêmes familles ?

 – Nico : Ce serait terrible! Hier j’ai vu Nadau, 75 ans. Il avait une voix impressionnante. Et c’était pas du tout ringard ; ça sonnait super bien, la cornemuse, la vielle, le son. Impressionnant. Moi qui voulais arrêter ce soir….

 

– Mais non, il y a les Vieilles Charrues après. N’avez-vous pas prévu d’y jouer?

– Nico : Mais les Vieilles Charrues, c’est loin. Et puis c’est surfait… Je rigole. C’est un des rares festivals qui doit faire partie des réseaux avec Poupet, Albi et d’autres, qui ne sont pas encore rachetés, qui sont gérés par des associations qui résistent encore. Pas comme Garorock ou d’autres qui utilisent le bénévolat, captent des subventions, et cassent le marché en plus, en exigeant des exclusivités aux artistes qui s’y produisent, contre gros cachet sur lequel les autres ne peuvent pas surenchérir, qui rendent les choses très difficiles pour des festivals comme Musicalarue. C’est pour ça que les prix des têtes d’affiche ont doublé en cinq ans, à cause de ces pratiques. Donc les festivals à budget plus modeste ne peuvent pas s’aligner. Les tourneurs augmentent les tarifs à souhait, les assureurs aussi et la plupart des festivals et lieux de spectacles ne rentrent plus dans leurs frais et voient leur existence menacée. Cela va avoir des conséquences catastrophiques.

– Laurent : Alors que nous… On ne signe pas d’exclusivité, on n’est pas assurés, on joue partout. Et on est mieux payés que l’an dernier en plus ici!

– Franck : C’est cela aussi l’engagement de Musicalarue, un des rares qui promeut les artistes émergents, jeunes, moins jeunes, peu importe, mais il y a un réel effort de soutien aux artistes fait.

 

sans additifs album– Nous voilà rendus au sujet politique, puisque le propos politique n’est pas absent de vos chansons, mais que vous l’abordez toujours avec un angle humoristique. Le recours à la dérision est-il pour vous un outil de pertinence ou plutôt de bonne humeur?  

– Laurent : L’humour n’est pas forcément dans nos chansons. C’est plus dans la communication qu’on a avec les gens. Il y a un clown, là.

– Nico : Et après tu peux faire passer un engagement en ayant de l’ironie et du second degré dans l’écriture. On a une chanson qu’on voulait appeler « Serrer la ceinture » sur la politique de Macron, puisqu’on explique toujours aux pauvres que c’est à eux de se serrer la ceinture.     

– Laurent : Après l’idée c’est quand même de rester dans le positif et l’optimisme. On ne va pas faire des chansons engagées plaintives ou même revendicatives et donneuses de leçon.  « La voisine » par exemple est une chanson qui fonctionne super bien, parce que le refrain, qu’on chante avec le public, démystifie le drame. Les trois quart du temps, on écrit à quatre mais avec Nico. On va se poser au bord de l’eau et on passe quelques jours à écrire.

– Nico : Et à boire du rhum. On parle toujours des méfaits de l’alcool ; jamais des avantages. Ça désinhibe, ça aide à écrire et trouver des rimes.

 

– Vous mentionniez plus tôt des expériences à la rencontre de publics différents : enfants d’écoles, anciens en maison de retraite, détenus en prisons. Qu’est-ce que cette diversification vous amène en termes d’ouverture d’esprit?

– Laurent : Normalement tout ce que tu fais t’enrichit! Et nous, on ne joue pas qu’avec Sans Add, et je pense que c’est ça qui fait notre force ; on va se ressourcer ailleurs.

– Nico : C’est ça, le secret. On ne peut pas faire que de la scène ou que du conservatoire, comme certains musiciens le font, et qui fait qu’après ils n’ont plus grand-chose à raconter.

– Laurent : Quand tu vas en prison, tu rencontres des gens que tu n’aurais jamais rencontrés autrement, qui parlent parfois de leur musique à eux ou leur rapport à la musique, d’ailleurs. Je me rappelle des discussions sur Johnny Hallyday. Moi, en bon bobo, je me fichais un peu de Johnny, mais pour les gars c’était très important ce que ses chansons leur apportaient : ils t’expliquent que ça les sauve, et donc effectivement tu es obligé de regarder cela. Et ce sont eux qui ont raison ; ils ont compris plein de choses que nous, en intellectuel sans recul, n’avons pas forcément comprises sur la chanson. Pour eux, la musique, ce n’est pas que des paroles et des notes ; c’est le sentiment d’être compris. C’est ce qu’ils te disent : ils écoutent Johnny, parce que lui, il comprend les prisonniers. 

 

Miren Funke

Photos : Carolyn Caro, Miren

 Pour  les suivre —>

https://sansadditif.com/

https://www.facebook.com/sansadditif/

 

 

Paroles de Brassens, et de musique …

25 Oct

Georges_BrassensPour mettre des paroles sur une musique -et pour trouver déjà une musique- il faut quand même une espèce de don, même si on écrit des conneries, et Dieu sait si on ne s’en prive pas, il faut le don de mettre les trois syllabes qu’il faut sur les trois notes qu’il faut. Je ne peux pas l’expliquer mieux que ça. C’est tout un art. …

 … les trois syllabes qu’il faut sur les trois notes qu’il faut.

Brassens définissait avec précision comment étaient finalisées ses chansons, avec les 3 notes qu’il faut … Doit-on penser que ceux qui font des re-créations en changeant la mélodie trouvent que leurs notes sont meilleures que celles de Brassens ? Quelques chansons revisitées posent une autre question, si on écoute leur nouvelle « mélodie » sans les paroles, on n’a aucune chance de reconnaître une chanson de Brassens.
Dernier point, Brassens a dit qu’on pouvait faire ce qu’on voulait avec ses musiques, c’est-à-dire les jouer dans des styles différents, pas de les changer, il en fait démonstration avec « La Marseillaise » mais sans changer la mélodie, la chanter en rock, en tango ou en paso doble, pourquoi pas ? Mais avec les notes d’origine… Les musiciens de jazz qui ont adopté des musiques de Brassens partent toujours de la mélodie originelle qu’on reconnaît dans les premières mesures. Ferré aussi a beaucoup souffert de ces néo compositeurs qui mettent « leur musique » sur les sacro-saintes paroles qu’on respecte, sauf quand on ne comprend pas vraiment ce qu’on chante, tel un certain qui ne voit pas la différence entre :

on couche toujours avec DES morts
et ce qu’il braille ad libitum
 on couche toujours avec LES morts. 

On a aussi entendu

 Maman de grâce, ne mettons pas
Sous la gorge à Cupidon Sa propre flèche …

Confondre Ma mie et maman, lapsus freudien ?

Les exemples ne manquent pas, mais demain est un autre jour …

Pour plus de Brassens par lui même,clic sur le chat
,
brassens chat

Norbert Gabriel

Sophie Le Cam Vedette

15 Oct


Sophie Le Cam (18) réduit web 4241x2486Mademoiselle a décidé de faire « vedette » c’est donc en créant son personnage qu’elle va faire carrière … Un personnage qui est une sorte de cocktail, aux saveurs contrastées, quelques gouttes de Renaud par ci par là, un trait de Liza Minelli en french cartoon, quelques échos de François Béranger dans ses tranches de vie foutraque, elle pourrait faire aussi Frida Oum Papah façon Annie Cordy sous ecsta, mais avec cagoule, c’est une farandole de filles qui pourraient débouler d’Hellzapoppin un samedi soir de bamboche . Pour les moins de 80 ans, ce film est une fantaisie burlesque dans le milieu du spectacle aux USA, dialogues français de Pierre Dac. ( Note culturelle incidente ) Que dire de plus ? Qu’il y a un financement participatif auquel vous êtes aimablement convié par moi-même et par les amis du spectacle vivant …

Pour « La Louze » il est clair que c’est un rôle de composition, comprend qui peut … And now Ladies and gentlemen, comme vous êtes des « gens gentils » passez la monnaie, c’est ici , clic  sur la bourse,

bourse-cuir-annapurnaLes gens gentils c’est ici,

https://www.youtube.com/watch?v=AHodoNOkB20

Et pour quelques  images de plus ,

MONTAGE SLCAM réduit web 4940x3842

Norbert  Gabriel

KENT AU CAFÉ DE LA DANSE, 7 octobre 2022

11 Oct
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Il est des rendez-vous qui ne se manquent pas. Malgré le temps qui passe, les kilomètres qui s’interposent. Un concert de Kent, ce sont d’abord des retrouvailles dans le public.
Avec les amis, les fidèles, les anciens musiciens, producteurs, ceux qui font partie de l’histoire, ceux qui ont fait l’histoire de Kent, cette espèce de famille de cœur qu’il se trimballe et se coltine depuis des décennies.
Il y a la joie de se revoir, mêlée à l’envie (le besoin ?) de lui dire « on est là ». Puisqu’au final, il n’y a pas de raison qu’on le lâche. Le nouvel album était déjà une belle promesse à lui seul d’un moment agréable à passer ensemble.
Le spectacle lui a donné du relief et des éclairages inattendus et le moment agréable s’est transformé en moment inoubliable.
Comment fait-il pour continuer à nous surprendre ? Existe-t-il un mythe de Kent comme celui de la pierre philosophale ? À quoi tient cette alchimie ?
Un début de réponse : il respecte ses aspirations et fait les choses avec sincérité. Alors parfois, il peut arriver qu’on ne soit plus totalement en phase. Faut l’accepter.
Mais quand il ressort un album, qu’il refait une tournée, il le fait pour de bonnes raisons et il n’y a rien d’artificiel, de virtuel, de distanciel. C’est généreux, entier, irradiant.
Ce soir-là, il y a eu pour démarrer une première partie bienveillante et complice où Frédéric Bobin et Kent se sont partagés ou échangé leurs chansons et leurs guitares (attention, mise en scène !)
C’était efficace, sans prétention, cohérent avec les deux bons hommes.
Puis vînt l’entracte pour digérer ces hors d’oeuvres. On attendait gentiment la suite, loin d’être déçus par l’entrée en matière et loin d’être rassasiés.
Jusqu’à ce que le trio infernal monte sur scène. Comment décrire la puissance pénétrante de cet enchaînement de chansons ? La modernité de l’improbable formation et des arrangements ? Le charisme, la complémentarité, la magie des imprévus ?
Comment un déhanché, un sourire peuvent sublimer les incidents de corde cassée ou de trou de mémoire ?
Un tourbillon de points d’interrogation dont l’ivresse nous poursuit, nous accompagne et nous hante bien après le baisser de rideau.
Sur scène, Kent est entouré de deux personnalités que tout semble opposer. Marc Haussmann aux claviers, ses sons venus d’ailleurs, ses doigts qui virevoltent, ses chorégraphies minimalistes.
Alice Animal aux voix et guitares électriques. Son exubérance, sa grâce, son magnétisme.
Et Kent au milieu pour l’équilibre, la touche de couleurs mouvantes, le cabotinage consenti qui fait des étincelles. L’homme a rajeuni dans son costume solaire. Les chansons aussi. Même celles dont je m’étais lassée au fil des tournées ont retrouvé la fraîcheur et l’attrait de la découverte grâce à ce nouvel angle de vue.
Mélange des genres et des époques, la set list est hétéroclite. Y a pas à dire, le répertoire tient la route ! La plume toujours affûtée.
En apparence, le dialogue a repris, au bout de quelques années, comme s’il avait été interrompu la veille.
Mais en réalité, le vocabulaire et le vécu se sont enrichis.
On se reconnecte, toujours plus sensibles et réceptifs à l’énergie et l’émotion communicatives.
Programmateurs, ne soyez pas frileux. C’est une valeur sûre. Et par les temps qui courent, on a tous besoin de cette chaleur.
Quelques images sonores, ci dessous,
Valérie Bour

Melkoni Project fait le Zèbre ..

3 Oct
Louise Perret Zèbre trio AAA 5472x3648Photo ©NGabriel2022

La musique en boite, c’est bien, le spectacle vivant, c’est mieux … Evidemment, pour Django, c’est raté pour le spectacle vivant, quoi que … il y a des enregistrements des années 35/36 où on entend cette formidable joie de vivre et d’être ensemble, avec Grappelli, Jean Sablon, ou Eddie South, ou Freddy Taylor, avec l’humour et le plaisir de jouer pour des amis choisis.. Eh bien, c’est ce que j’ai vécu, avec quelques autres spectateurs ravis, au Zèbre de Belleville, avec Louise Perret, Gwen Cahue et Raphaël Tristan, Melkoni Project pour la sortie parisienne de leur premier album. Dans la pure tradition du jazz, c’est un trio où chacun a un espace pour s’exprimer, solos de guitare ou de violon sous les regards complices de la chanteuse, regards qui se croisent souvent, attentifs, amicaux.. Gwen Cahue a fait chanter une superbe guitare du luthier Matthieu Richard une « manouche » cordes nylon au son d’une richesse inouïe, de beaux instants « défis rieurs » avec le violon de Raphaël Tristan pour donner à la talentueuse Louise Perret le décor musical parfait entre virtuosité (Indifférence) et sensibilité (la tendresse) Elle est de ces chanteuses dont la grâce infinie sublime les re-créations Et c’est tout l’arc en ciel des émotions qui explose dans un final jubilatoire avec « Fleur bleue » ..

Pour compléter, quelques mots de Bertrand Dicale sur l’album, pas mieux à dire :  

Dicale

Vous avez rendez-vous sur les routes de France, suivez la piste, sotto le stelle del jazz ... https://www.facebook.com/melkoni.project/

Norbert Gabriel

Photo ©NGabriel2022

Entretien avec La Fiancée du Pirate, entre romantisme épique et sauvegarde d’une mémoire populaire

14 Août

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Jeudi 5 aout, au terme des trois semaines d’évènements « Un été au Grand Parc »,  organisés par la salle des fêtes du quartier Grand Parc à Bordeaux, qui se clôturait le lendemain avec un concert du groupe Les Innocents, La Fiancée du Pirate venait embarquer le public pour une traversée des océans et un voyage dans l’Histoire et les histoires. Fondée en 2007 par Nadia Joly, qui était alors chef de chœur de la formation Le Cri du Peuple [ici] -deux aventures musicales et philosophico-politiques aux histoires entrelacées-, La Fiancée du Pirate, nous raconte depuis près de quinze ans un rêve, celui de (re)découvrir, connaitre, vivre et partager l’univers des chansons de marins, dont elle propose une perspective fantasmée et poétique, avec des compositions originales, mais aussi rattachée à la réalité, souvent crue et effroyable, des vies de forçats des mers, avec des reprises d’anciens chants de marins et de poèmes d’auteurs mis en musique (« Chanson de Pirates » de Victor Hugo). Entre romantisme épique et transmission d’un patrimoine, d’une culture populaire, de l’âme d’un corps de métier, dont la mémoire se perd, La Fiancée du Pirate nous ouvre le hublot de l’évasion vers un monde où imaginaire et authenticité enflent tour à tour les voiles des navires, parfois en dérive, parfois conquérants, remplissent nos verres de rhum ou de larmes, nous foudroient d’éclairs et nous font tanguer dans le vent des tempêtes océaniques, nous miroitent un peu de notre propre vérité au tranchant d’une lame de sabre, et nous racontent les peines, les peurs, les combats, la misère, mais aussi la dignité de matelots, de pirates sans rois ni lois, de filles de bar du port, le sort d’esclaves du commerce triangulaire, les soifs de marins, ivres d’un rêve héroïque et brutal (Heredia) que sa musique sait rendre merveilleux et extraordinaires, et en même temps plus intimes à nos consciences et nos cœurs. Le groupe qui, à l’instar des héros de la chanson « Libertalia » extraite de son premier album « De Terre Neuve à Libertalia », part à l’ouvrage fabriquer du bonheur  sur de nombreuses scènes d’été en Aquitaine dans les semaines qui viennent (le 20 aout Au Passage dans le Lot et Garonne chez Sylvain Reverte [ici], et le 25 au Théâtre Le Levain à Bègles) s’apprête à sortir son second album. C’était l’occasion d’un entretien avec la femme, à la gouaille authentique, qui chante des chansons d’hommes, Nadia.    

 

– Nadia, bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Comment a démarré cette aventure musicale?

– La Fiancée du Pirate est née en 2007, sur les bords de la Garonne, vers les chantiers navals Tramasset. J’avais envie de monter un répertoire de chansons que je chante seule, en lead, des chansons qui racontent l’histoire, pas forcément des marins au départ, mais d’une corporation, d’un métier dont le vécu est exprimé dans les chansons et où les gens chantaient surtout pour s’aider au labeur. Je me suis dit que les chants de marins, ce serait la classe. J’ai commencé à travailler un répertoire à partir de magasines d’ouvrages, notamment le Chasse Marée qui collecte régulièrement de vieilles chansons de marins. Je m’en suis beaucoup inspirée ; j’ai repris des chansons qui existaient déjà, et des textes que j’ai mis en musiques. On a commencé à travailler avec un guitariste qui a arrangé la sauce, puis avec une violoniste, Marie-Claude Meurisse. Puis le groupe a évolué, avec plusieurs changements de musiciens. Un premier album est sorti en 2013 : « De Terre Neuve à Libertalia ». Les chansons de l’album racontent beaucoup le travail sur les bateaux, bien sur, mais aussi le travail en fonction des destinations et des pêches que font les marins, et en particulier ce répertoire là s’est consacré à embarquer sur les bateaux qui partaient pour Terre Neuve, pêcher la morue en énorme quantité. Les marins vivaient huit mois sur les bateaux, et vivaient un enfer. On les appelait d’ailleurs les « forçats de la mer ». Leur histoire, leur univers m’a passionnée, et j’ai été prise par cette ambiance.

 

– Ce métier ne t’a-t-il pas donné envie d’être, plus que chanté, exercé et vécu?

– Suite à cela, je suis partie en Bretagne passer un brevet de Capitaine 200, c’est-à-dire un diplôme de marin, pour voir un peu ce qui se faisait sur les bateaux, car je n’avais jamais mis un pied sur un bateau avant. Je suis donc devenue matelot pendant quatre ans : j’ai travaillé dans la pêche, l’ostréiculture, comme guide touristique aussi sur les bateaux. Et suite à cette expérience, j’ai écrit quelques chansons de ma composition. Et donc le second album est achevé et devrait sortir dans un petit mois.

 

– Comportera-t-il donc uniquement des compositions originales ?

– Il y a des compositions originales, mais aussi quelques reprises, car c’est une volonté de faire des reprises. Mon répertoire part d’un désir d’hommage aux marins, donc les reprises y ont leur place.

 

– Y a-t-il dans cette démarche une volonté d’entretenir et transmettre, un patrimoine chansonnier qui se perdait, un peu à la manière dont le Cri Du Peuple, dont tu as fait partie et qui reprend trois de tes chansons sur son album « La Voix contre son Maitre », extirpe de l’oubli de vieux chants de révolte et de lutte pour les faire revivre ?

– C’est ça, exactement. C’est un patrimoine qui se perd, parce qu’on n’est plus au temps de la navigation à voiles. Beaucoup de chansons étaient en lien avec les manœuvres des matelots lorsqu’ils hissaient les voiles par exemple. Maintenant que tout est motorisé, il y a beaucoup moins de manœuvres et de labeur ; la vie est simplifiée quand même. Et tant mieux pour les bonhommes. Mais du coup, on ne chante plus du tout sur les bateaux, et on ne fabrique plus de chansons. Du moins plus pour les mêmes objectifs : aujourd’hui on ne chante plus que pour le plaisir, et non pour s’aider à garder le cap et supporter les souffrances. Parce que ce n’était pas seulement chanter pour s’aider à la tâche, mais chanter plutôt que dépérir. Et ça, ça a été de tout temps. Chanter plutôt que d’être dans la nostalgie de la femme qu’on a quittée, des parents qu’on a quittés, car certains embauchaient comme matelot dès l’âge de huit ans.

 

– Est-ce selon toi une forme de Blues ?

– C’est ça ! C’est une habitude intrinsèque aux humains de se rassembler grâce à la chanson, et endurer une vie dure.

 

– Est-ce que la dimension sociale, même s’il peut être anachronique de parler de revendications politiques, qui peut s’exprimer dans ce répertoire racontant des conditions de vie précaires, prolétaires, est importante aussi pour toi, en vertu de tes convictions philosophico-politiques?

– C’est effectivement quelque chose qui m’anime depuis longtemps, de chanter des chansons de masse, des chansons de lutte, des chansons de revendications. Comme avec le Cri du Peuple. Quand j’ai monté la Fiancée di Pirate, j’étais encore dans le Cri du Peuple. Mais j’ai déménagé près de St Macaire et ne pouvait donc plus aller aux répétitions. Et puis j’avais animé des chorales durant douze ans comme chef de chœur, ce qui est une expérience très enrichissante, mais c’était fatiguant aussi. J’apprécie de simplement exécuter, sans avoir à tout organiser. Dans cet univers précis, avec La Fiancée du Pirate, il n’y a pas clairement de revendication politique ou sociale dans les textes. Mais de façon sous-jacente, si, car ce sont des chansons qui portaient toutes les souffrances des gars sur les bateaux, les violences subies de la part des hiérarchies, les douleurs subies physiquement, les souffrances morales et affectives en termes d’éloignement de leurs proches, de rapports rudes entre eux. Les conditions de vie étaient tellement inhumaines qu’il y avait beaucoup d’alcoolisme aussi, la seule façon de supporter tout cela. Fournir l’alcool aux hommes était pour les armateurs et les capitaines le moyen de leur faire accepter ces vies.

 

 – Parmi vos reprises, avez-vous des chants très anciens ?

– Le plus veux qu’on chante est un chant du XIXème siècle, « Le Grand Coureur », qui est une chanson traditionnelle bretonne. C’est marrant cette question, car en ce moment, je suis en quête justement de chansons beaucoup plus anciennes, pour essayer de retrouver une autre écriture et un autre contexte. Plus on s’éloigne temporellement, plus ces chansons ont disparu sans laisser de trace, puisqu’elles étaient forcément de tradition orale et n’ont pas toujours été notées.

 

– Et n’y a-t-il pas de compilation des chansons de la piraterie ?

– Il n’y a pas beaucoup de chansons de pirates. Peu ont été écrites et sont restées dans la mémoire. Mais certainement que sur les bateaux de pirates, on chantait des chansons de marins. Les pirates ne se considéraient pas forcément comme dissociés du reste du milieu marin. Ils y étaient associés, même s’ils étaient isolés, autogérés et prenaient en charge leur propre équipage. Je ne pense pas qu’il y ait eu de chant spécifique à la piraterie. Mais un auteur et interprète contemporain, Michel Tonnerre, a écrit de superbes chansons sur les pirates. Aujourd’hui il y a un fantasme romantique de la piraterie, mais je pense que si on l’avait vécue à l’époque, on en reviendrait, car ce n’était pas tout rose. On a pioché chez les auteurs contemporains. Outre Victor Hugo, Michel Tonnerre est un artiste chez qui ont a pioché des choses, et qui a cette sensibilité à l’univers de pirates, à l’univers libertaire aussi.   

 

– Du coup ce texte de Victor Hugo n’est-il pas le plus ancien que vous chantez ?

– Oui, « Chanson de Pirates » est un texte faisant partie des Orientales. On ne la joue plus. Mais pour le coup, c’est un des textes les plus anciens de notre répertoire. Il parle des pirates qui allaient chercher des nones et les amenaient comme esclaves dans les pays musulmans. C’était ça, la piraterie, aussi : certes c’était des gars qui vivaient en autogestion, non soumis aux rois, mais c’était encore un univers patriarcal, sexiste et très violent envers les femmes. Il y a eu quelques rares femmes qu’on a vu atterrir dans ce milieu. Mais il fallait qu’elles se costument.

 

– Ce soir vous allez reprendre une chanson des Pogues « The wake of the Medusa ». Vous intéressez-vous aussi aux répertoires marins étrangers ?

– Nous ne les avons pas encore explorés, mais oui. J’imagine que dans le répertoire canadien, québécois, il dot y avoir des pépites. Pour l’instant on a découvert tellement de belles chansons des ports français, et aussi relatives aux époques et à leurs réalités. On chantait à un moment une chanson sur l’esclavagisme, « Esclaves » [reprise par le cri du Peuple sur son album récemment sorti]. On essaye de mêler cela aussi à la situation politique de l’époque, des diverses époques d’ailleurs. Alors nous avons effectivement intégré sur le prochain album une reprise des Pogues, qui est une très belle chanson. Parce qu’avec ce prochain album, on voulait aussi se diriger vers un côté un peu plus Rock. Comme nous avons désormais un contrebassiste, Jérôme, on avait envie d’un côté un peu plus Rock’n’Roll, un peu moins chialant. Moi, si je m’embarque, je peux faire des chansons à pleurer toute ma vie. J’adore cela. Mais il faut aussi se renouveler et proposer autre chose, pour continuer à tourner et avoir une autre énergie, surtout qu’en Gironde, on a quand déjà fait le tour de pas mal de lieux. Donc on a choisi des chansons un peu plus guillerettes comme « The wake of the Medusa » ou « La Carmeline », puisque a contrario, mes chansons ne sont pas très joyeuses. On a trouvé ainsi un équilibre.

 

– Et puis, étant donné que, comme d’autres musiciens qui ont par ailleurs des convictions et un engagement politiques, vous jouez sur des lieux de lutte, la dimension festive est importante aussi pour dynamiser ces moments et leur transmettre une énergie combative. A ce propos, comment reliez-vous peut-être l’Histoire maritime dont vous parler avec l’actualité des réfugiés qui s’embarquent pour la traversée des mers, et de l’enfer aussi, dans l’espoir d’une vie meilleure ou juste la fuite d’une vie impossible ?

– Alors on n’a plus joué depuis longtemps pour les réfugiés ; on n’a pas été sollicités pour cela, mais il est vrai qu’on ne s’est pas proposés non plus. Ce que vivent les réfugiés dépasse notre idée de la mer et la fantasmagorie du romantisme qu’on peut mettre là dedans. Je me demande si le fait qu’on n’ait pas été jouer pour des migrants n’est pas du à cela aussi. L’idée qu’on parle de la mer dans toutes nos chansons peut poser problème par rapport à leurs traumatismes et leurs propres souffrances. Je pense que ça n’aurait peut-être pas été recevable, pas décent. Présentement il y a une situation dramatique, et dans ce cadre là, ce n’était pas à nous d’aller parler de la flotte avec des chansons qui évoquent certes une réalité dure, mais qui sonneraient mal à propos dans un contexte de soutien aux migrants.

 

– D’où vient le choix du nom de ton groupe ? Du film ?

– Non. Ce n’est pas en rapport avec le film, mais avec une chanson de l’Opéra de Quat’Sous de Kurt Weill et Bertolt Brecht, « La Fiancée du Pirate », et qui a aussi été chantée par Juliette Gréco. Je l’avais entendu la première fois de manière isolée de l’opéra, et Gréco, accompagnée d’une symphonie, avec sa voix âcre, cassée, parle la chanson plus qu’elle ne la chante. C’est très beau, mais j’ai eu envie d’en faire une reprise, et re-arrangeant la musique. C’est devenu notre chanson-phare, et par conséquent le nom du groupe. Et puis vu que je suis une femme qui chante des chansons de marins, et que ça ne se fait pas, puisqu’on ne peut être la mémoire des hommes, n’ayant pas vécu ce qui se passe sur les bateaux -même actuellement dans les festivals de chants de marin, il y a peu de femmes-, je me suis dit, voilà un nom qui colle : la fiancée du pirate va ouvrir sa gueule.

 

– Même parmi les femmes de marins, travailleuses en lien avec la mer, comme les ouvrières des conserveries de sardines, on ne reprenait pas ces chansons ? Ou peut-être avaient-elles leur propre répertoire ?

– Pour prendre l’exemple de la révolte des Penn Sardin des usines de Douarnenez en 1924, elles avaient leurs chansons, « Saluez Riches Heureux » par exemple. Mais les femmes de marins n’ont pas forcément écrit leurs chansons. Ce sont plutôt des auteurs masculins qui ont écrit sur elles. Les femmes n’ont pas trop écrit à l’époque pour parler de leurs conditions de femmes ; d’ailleurs elles étaient peut-être mieux entre elles lorsque les hommes partaient. Il y avait déjà de gros problèmes d’alcoolisme sur les bateaux, mais lorsque les hommes rentraient au port, ils continuaient de boire. Douarnenez avait de fait une organisation très matriarcale, puisque c’était les femmes qui organisaient et géraient la vie, et la chaine économique partait d’elles, puisque si elles ne vendaient pas les produits de la pêche, les hommes n’avaient pas de travail. C’est pour cela qu’elles avaient tous les pouvoirs d’enclencher une grève et la faire aboutir. Mais avaient-elles le temps, le pouvoir ou l’envie d’écrire sur elles-mêmes en pensant que c’était important de préserver cette mémoire ? Pas sûr.

 

– Sans doute rêvaient-elles d’un autre avenir pour leurs enfants que de pratiquer le même métier et perpétuer la même façon de vivre ?

– Ça, c’est dit souvent dans les chansons : je préfère que tu te casses les deux jambes plutôt que de faire comme ton père. Ce sont des auteurs hommes qui écrivaient cela, mais doit correspondre à un sentiment réel.

 

– Qui constitue la formation actuelle ?

– La formation actuelle a quatre mois. Jérôme, le contrebassiste a été le dernier à intégrer le groupe. Quentin, le guitariste est là depuis deux ans, et Bubu au violon depuis dix ans. Avant il y a eu Tot, des Rageous Gratoons à la guitare, Fabien des Turbo Billy, Marie-Claude Meurisse. Et puis on avait notre Chinois [ici] qui a fait le son de notre premier album et nous a suivi sur toutes les dates, notre capitaine, avec sa casquette et son caban. Ce groupe est une superbe aventure, car c’est de l’authentique. Déjà car on porte des textes authentiques, et puis parce que chaque personnage qui a fait parti de ce groupe avait un lien avec la mer ; chacun avait une gueule, des attitudes, des comportements de vieux loup de mer, une histoire avec la mer. Chaque membre du groupe, même si certains l’ont quitté, y avait sa place énergétiquement. Tant que c’est comme ça, on continue !

 

Avec mon remerciement à Isa pour l’occasion

 

Liens : https://www.larouteproductions.com/nos-artistes/la-fiancee-du-pirate/

https://www.facebook.com/La-Fianc%C3%A9e-du-Pirate-1406450882983712/

 

Miren Funke

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