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Nilda hommages à Bobino

24 Juin

Photo©NGabriel2010

Pour mémoire, compilation d’une  partie des hommages collectés par divers « amis de Nilda Fernandez »  dans le groupe FB du  même nom le samedi 15 Juin à Bobino.  Merci aux différents contributeurs

Rien n’est plus vivant qu’un souvenir (Lorca) … C’est peut-être vrai, certains souvenirs sont des cicatrices qui ne se ferment jamais. Elles saignent toujours un peu, rouge flamenco, rouge cerise, rouge coquelicot … C’est la vie qui continue envers et contre tout, même contre la mort qui ne peut rien contre la flamme fragile et tenace de nos sentiments mélangés.

 

Hommages des absents   et  Nikos Aliagas  ‘(Ces deux vidéos ne sont plus accessibles)

 

https://www.facebook.com/sandra.natchitz/videos/2591016657607814/

Gracias a la vida Patrizia Poli

https://www.facebook.com/franck.farmer/videos/10219607741852654/

Daniel Barba Moreno

https://www.facebook.com/josette.charaixtraore/videos/10217989361758150/

Nina Morato

https://www.facebook.com/sandra.natchitz/videos/2591015434274603/

William Baldé

https://www.facebook.com/vero.grenouiller/videos/2362028300507366/

Rose Romanès

https://www.facebook.com/josette.charaixtraore/videos/10217982930317368/

chanson finale

https://www.facebook.com/isabelle.genart.10/videos/685514511872825/

Chanson finale  Isabelle Genart

 

Adieu
Je m’effacerai
À la croisée des chemins
Pour prendre celui
De mon âme
Réveillant souvenirs
J’arriverai au petit verger
De ma chanson blanche
Et je me mettrai à trembler comme
L’étoile du matin.

Federico Garcia-Lorca

C’était beau cet hommage à Nilda Fernandez a Bobino, délicat de la part de sa famille d’y inviter son public. Je m’attendais à des reprises de ses chansons. Et non: ce sont ses ami(e)s qui sont venus lui parler, nous parler de lui aussi. C’était profond et léger, comme lui. On connaît encore mieux un être humain une fois qu’on connaît ses amis. merci !  ( Nathalie Lillo )

Les noms des contributeurs sont dans les vidéos, merci à Danièle Sala pour le poème de Lorca.

 

NGabriel

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SuziKa Christine Laville et Boby L.

23 Juin

 

Ah l’amour … L’éternel problème des Roméo et leurs Juliette, et quand c’est SuziKa avec Marcel, on évolue dans un monde presque parallèle..

Et c’est pour ça que
Je dis que l’amour,
Même sans amour
C’est quand même l’amour !
Comprend qui peut ou comprend qui veut
!

Mais que je vous présente Suzika, voilà :

Entre naïveté et malice SusiKa alias Christine Laville passe à la moulinette façon Jean-Christophe Averty* les chansons de Boby Lapointe pour en faire une broderie textuelle pleine de tendresse, de drôlerie, mais pas seulement… On réduit souvent Boby Lapointe à ses chansons farcies de calembours, de contrepèteries, d’allitérations et de paronomases, avec une virtuosité des mots tourbillonnante. Et c’est la clownesque SuziKa qui rappelle que tout n’est pas de l’anodin badin ; sous la fantaisie burlesque des mots qui galopent et tapent du talon comme une danseuse de flamenco boostée à l’eau de vie de chorizo, il y a des sous textes plus acidulés .. Rire, oui, de tout, mais sans perdre de vue la vie rugueuse, la vie quoi !

A son usine on a mis’une intérimaire
Pour lui laisser tout le loisir d’enterrer mère

Boby Lapointe, acrobate jongleur virtuose du vocabulaire est beaucoup plus que l’amuseur de la chansonnette qu’on décrit parfois comme archétype de la chanson pour enfants, la maman des poissons qui est bien gentille avec ses petits poissons qui font pipi dans leurs chaussettes, c’est rigolo, mais lui quand il l’aime, c’est avec du citron .. Comprend qui peut comprend qui veut ..

De plus il est l’inventeur du système Bibi … Encore une de ses facéties à la Bibi Fricotin ?? Que non pas, il s’agit de codification de l’information voir ci dessous,

Le système bibi-binaire, ou système Bibi, est un mode de représentation graphique et phonétique des chiffres hexadécimaux, et donc aussi des chiffres binaires. Il a été inventé par le chanteur Boby Lapointe.
Brevet d’invention no 1.569.028, Procédé de codification de l’information, Robert Jean Lapointe, demandé le 28 mars 1968, délivré le 21 avril 1969.

Alors, vous rigolez moins maintenant … La réécoute des chansons de Boby L. après cette information peut réserver des surprises.. Qu’y a -t-il vraiment dans ces lignes ?

Ta Katie t’a quitté Tic tac tic tac Ta Katie t’a quitté Tic tac tic tac T’es cocu, qu’attends-tu ? Cuite-toi, t’es cocu T’as qu’à, t’as qu’à t’cuiter Et quitter ton quartier Ta Katie t’a quitté Ta tactique était toc Ta tactique était toc Ta Katie t’a quitté Ote ta toque et troque Ton tricot tout crotté Et ta croûte au couteau Qu’on t’a tant attaqué Contre un tacot coté Quatre écus tout compté Et quitte ton quartier ...

Il y aurait du bibinaire à bibine biberonnée ad libitum que ça ne m’étonnerait pas plus que ça. Et quand on voit le final en forme de claque de « L’ange », on se demande si on a bien compris Boby.

Su’ l’trottoir, j’ai rencontré
Un ange descendu des cieux
Su’ l’trottoir, j’ai rencontré
Un bel ange aux yeux bleus

Al Coda
Soudain passe un Monsieur bien
Bien vêtu mais gueul’ minable
L’ange a murmuré « Tu viens » ?
-Combien ?- Cinq cent balles
Diable.

Mais n’allez pas répéter ça à la gentille SuziKa, ça pourrait la chiffonner, et ce serait dommage… Spectacle vu au Petit Théâtre du Bonheur, compatible avec tout salon accueillant, petite salle intime, où Suzika peut vous chuchoter à l’oreille en confidence, son hommage clownesque à ce tailleur de chansons pour dames, Boby Lapointe (Mise en jeu: Marylène Rouiller )

Et pour quelques photos de plus,

 

Photos©NGabriel2019

* – formule heureuse due à JP Liégeois-

Pour plus d’infos sur SuziKa, Christine Laville,
demandez au Sapajou, il vous dira tout –>

 

 

 

 

Norbert Gabriel

Abrial, un géant…

21 Juin
Pour ma fête de la musique,  ce sera un concert privé avec quelques grands qui méritent un beau coup de soleil…   Avec Patrick Abrial et  ce  Requiem de 1975.
Rappel d’un  fabuleux moment de  chanson qui renvoie les simili Presley à la maternelle du rock .. (De l’album Condamné Amour de 1975)

 

Abrial et Jye ..

Quand un ACI de caractère « fait de la reprise »  on ne peut plus dire « reprise » mais récréation, revitalisation, réinvention et hommage majeur. En voici trois exemples

 

 

 

 

 

Patrick Abrial c’est surtout un ACI de haut vol qui a réalisé un album de géant… En quelque sorte la rencontre entre Brel et Jimi Hendricx, qui trinquent aux alcools forts de la vie aux couleurs Van Gogh. Ecoutez cet extrait de l’album récent « L’arnaque »

 

Et pour les amoureux de toutes les guitares, voici

Et  L’arnaque… 

 

Last but not least l’album réunit 16 merveilles indispensables aux amants de la chanson de caractère. Ce sera mon album coup de cœur pour cette fête de la musique.

Chez Abrial, c’est là,

photo Patrick Hugon

 

Norbert Gabriel

 

Dernière heure:

Ils seront à 18h30 sur le bateau El Alamein dimanche 23 ..   Qu’on se le dise ! 

 

NB  Merci à Martine Rigaud qui est à l’origine de ce « retour »  dans ma liste plaisir  …

 

 

Soyez Joyet, ça peut pas faire de mal …

19 Juin

Dimanche 23 Juin 18 H

Bernard Joyet
.
Je vous le dis tout net, et sans barguigner davantage, un moment avec Bernard Joyet est la meilleure médication contre les chafouineries de la vie, et par ces temps de déliquescence langagière, c’est une succulente session de beau langage que l’Académie s’honore de soutenir…. Et en plus les mots sont parfumés de musique, d’aucuns disent que c’est de la chanson, c’est pas faux, voire de la CFQ, c’est vrai, mais c’est surtout une fabuleuse lampée  du jubilation partagée.  Et c’est toujours renouvelé .  En attendant un prochain Zénith ( on me dit qu’il y est déjà au zénith…)  aux places hors de prix, profitons de sa présence, et embarquez sur le Marcounet,  ivresse garantie de mots gouleyants comme un St Emilion de bonne naissance, ou un Gevrey Chambertin …
De plus, heureux parisiens, la sémillante Lily Luca ouvrira la fête…
C’est une offre qu’on ne peut refuser !
Retrouvons nous dans le cadre cosy du Marcounet, ce beau bateau amarré rive droite en plein cœur de Paris,
  
  dimanche 23 juin, à 18h
entre le Pont Marie et le pont Louis Philippe,  (juste au métro Pont Marie). 
Ouverture des portes à 17h30.
Participation au chapeau en libre responsabilisation.
Pensez à vous munir de quoi remercier les artistes.

Réservation obligatoire à l’adresse mail lesdimanchanteurs@gmail.com,

dans la limite des places disponibles.

Le Marcounet, c’est là, sympa dedans sympa dehors …

N Gabriel

Chanson métèque …

17 Juin

Au lendemain de la merveilleuse soirée de Lili Cros et Thierry Chazelle à l’Olympia, tombe l’annonce: Nilda Fernandez est mort.  C’est comme un oxymore auquel on ne croit pas…
Et cette image à la fin du spectacle m’a semblé un symbole fort de cette journée…

Photo©NGabriel

Cette chanson métèque était inspirée par un  chat d’Alexandrie, depuis il est  parti en voyage, il paraît que les chats ont 7 vies, et en Egypte, le chat est un dieu… Mais peut-être qu’en Andalousie ou à Barcelone, il y a d’autres chats aux  mille vies..  Eternels…  Dans nos coeurs.

Je suis un  souvenir qui marche

Voyageur qui cherche  les pays imaginaires par delà l’horizon

J’ai l’âme tatouée d’un chemin destiné à n’arriver jamais

Je suis de ces oiseaux migrateurs

Jongleurs musiciens saltimbanques

Qui effacent les frontières au gré du vent

Guetteurs d’arc-en-ciel et de chemins d’étoiles

Ils inventent des musiques métissées de toutes les douleurs

Des chants de cœur battant

De cicatrices ouvertes

Et de ritournelles dansantes  bulles légères de champagne

Eclats de rêves et de vie   étincelles de bonheur

d’instants éparpillés gaiement le long du parcours

L’important,  manouche gitan ou bohémien

Touareg ou bédouin, zingaro, romani

Ce n’est pas le bout de la route,

C’est la route

Je suis un souvenir qui marche

porté par l’écho des notes d’une guitare

 

Ce chemin de nuage que le vent effiloche

     Ce violon qui raconte dix mille ans de voyage

               Cette guitare blues fragile au bord du grand fleuve

                                      Ou rouge flamenco dans les rues de Séville

 

                                      Ce chant éternel venu du fond des âges

                                                  Des baladins nomades  des tziganes

                                                              Des métèques flamboyants de soleils égyptiens

                                                                         Des oiseaux de passage au regard étoilé

 

C’est la vie qui danse et renaît chaque matin

 

Et pourtant dans le monde, d’autres voix nous répondent...
Salut les amis.

Photos©NGabriel

Norbert Gabriel

 Patchwork de traces  multiples, Garcia-Lorca, Elan Noir, Django Reinhardt, Nina Simone, Nazim Hikmet, Jean Ferrat, Aragon et Ferré, Moustaki.

 

Adieu
Je m’effacerai
À la croisée des chemins
Pour prendre celui
De mon âme
Réveillant souvenirs
J’arriverai au petit verger
De ma chanson blanche
Et je me mettrai à trembler comme
L’étoile du matin.

Federico Garcia-Lorca
(transmis par Danièle Sala)

Béranger, Dylan, Sansévérino et Sarclo…

15 Juin

C’était le dernier jeudi de Sarclo de la saison, dans cette formule, Sarclo sings Dylan, et ensuite Sansévérino dans son hommage à Béranger, The Beber project  Vol 1… Sarco sings Dylan, c’était ici,  en solo,  mais hier il y avait un sideman de très haut vol, qui s’est bien chauffé les doigts avant son grand numéro d’interprète qu’il porte au sommet dans le genre : revisiter les chansons de François Béranger. Seul en scène avec ses guitares, deux belles  Martin et une Dobro peut-être d’avant la guerre, pas de Sécession mais presque, Sansévérino est au service du texte avec justesse, truculence, tendresse, ironie, et  autodérision incisive… François Béranger dans ses chroniques chantées, on pourrait dire que c’est l’ancêtre du RAP contestataire, la qualité du texte et les musiques en plus. Les musiques  sont magnifiées par les guitares de Sansévérino, ces guitares qui sonnent comme des tocsins, et il passe avec un égal talent de l’esprit Django à l’esprit du blues. A la manière des bluesmen de légende quand la musique brode une sorte de contrepoint subtilement narquois sur des paroles souvent acidulées, ou amères. C’est l’esprit de Pete Seeger et Woody Guthrie et leurs protest-songs percutants, c’est l’esprit de Dylan et ses chroniques des temps présents, il y a tout ça dans Béranger récréé par Sansévérino. D’emblée il nous embarque à plein  cœur dans un Paris lumières de 7 ou 8 mn, qui passe comme les films de Jean Vigo, René Clair, Jean Renoir, Marcel Carné, dialogués par Prévert ou Jeanson. Et c’est une suite de « Tranches de vie » d’un humanisme picaresque et exacerbé. Times are changing disait Dylan, mais dans notre monde en marche, les relations n’ont pas vraiment changé quand en groupe en ligue en procession, les flics pour c’qui est d’la monnaie / Ils la rendent avec intérêts /Le crâne le ventre et les roustons /Enfin quoi vive la nation/ … Comprend qui veut.

Sansévérino rappelle avec à propos que François Béranger était un visionnaire, suffit de voir les actualités du jour pour vérifier. Que dire de plus ? Que ce spectacle seul en scène, (comme Sarclo sings Dylan) peut être accueilli dans un préau d’école ou dans un Olympia, ou sur une tribune improvisée sur la place du village, la force des mots et la puissance de leurs guitares suffit à convaincre n’importe quel spectateur ayant une once de conscience citoyenne et le goût du travail bien fait.

Vous n’avez pas connu François Béranger, Woody Guthrie ou Pete Seeger,  ni Bob Dylan jeune, allez écouter Sarclo et Sansévérino, c’est aussi bien. 

Et pour les heureux villégiateurs du côté d’Avignon en Juillet, la Pension Thénardier se délocalise, il y aura Manu Galure, Garance Bauhain, Stef B et son body de rêve, PetiDej et ses chansons de Gilbert Bécaud, et Sarclo sings Dylan.

Pour la vie chez la Pension Thénardier, voyez ICI –>

 

Et pour quelques images de plus …

Photos©NGabriel2019

 

Norbert Gabriel

Entretien avec HK (Saltimbanks) pour sa pièce de théâtre musicale « Le coeur à l’outrage », à l’occasion du Festival contre le racisme et les stéréotypes

14 Juin

 

Samedi 11 mai, HK (Kaddour Hadadi) , accompagné de complices de son groupe Les Saltimbanks pour une orchestration acoustique, venait présenter, dans le cadre du Festival contre le racisme et les stéréotypes organisé par Solidaire 33 à Cenon près de Bordeaux, la pièce de théâtre musicale « Le cœur à l’outrage » tiré de son roman du même nom. Un second degré de lutte contre les stéréotypes pour l’artiste qu’on a plutôt coutume d’entendre chanter en concert et qui pour l’évènement privilégia ce conte mis en scène et en musique, qui intercale des chansons entre sa narration et les dialogues imaginés entre les personnages de Mohamed et Elsa, incarnés par les comédiens Saïd Zarouri (membre des Saltimbanks) et Mathilde Dupuch. Mohamed et Elsa vivent une histoire d’amour, sont une histoire d’amour, témoins, acteurs et passeurs à la fois du trouble des sentiments, de la confusion d’une époque, d’une société et d’une humanité, et des questionnements éthiques qui s’imposent à elle et à nous dans l’effroi et la sidération de la période contemporaine des évènements de Tunis, des attentats islamistes qui frappèrent Paris entre autres en 2015, mais également des drames liés à la traversée migratoire de la Méditerranée. Les mots ont un sens ; réciproquement le sens possède des mots par lesquels il s’exprime et nous interpelle. Et si c’est d’un vocabulaire accessible et intelligible que HK choisi de faire naitre la poésie, c’est bien pour revendiquer une œuvre s’inscrivant dans la tradition de l’art populaire. Un parti pris comme une philosophie obstinée à bousculer, atteindre et émouvoir le plus grand nombre de cœurs et d’esprits possible, et y semer les graines de la tolérance, de la vigilance des consciences, et de la raison, qui laisse trop souvent sa lucidité être troublée, annihilée même, par l’inconstance des émotions que les pouvoirs politique et médiatique suscitent et manipulent. Entrelacée d’interrogations sociétales et d’enjeux humanistes, l’histoire de Mohamed et Elsa reflète un hommage aux poètes -au premier rang desquels Louis Aragon- qui ont éclairé le chemin où avancent nos pas, tire l’alarme, et engage à leur suite un hymne à l’impossible dont est capable le cœur humain, nous laissant heureux et épris de cette certitude qu’il proclame : « qui croit en l’impossible est destiné à l’incroyable ». Mais c’est encore HK lui-même qui en parlait le mieux au cours d’un entretien accordé avant la représentation.

 

-HK bonjour et merci de nous accorder cet entretien. La pièce que tu viens présenter « Du cœur à l’outrage » est tirée de ton roman éponyme. Peux-tu nous raconter comment l’envie de l’écrire t’es venue ?

C’est le dernier roman que j’ai écrit suite aux attentats du treize novembre. C’est une histoire qui se passe entre 2011 et 2015. On suit un couple de jeunes, entre Paris et Tunis ; donc ça se passe entre la révolution tunisienne et les attentats, avec un gros focus sur l’année 2015, qui est une année qui fait mal avec les attentats de Tunis au mois de mars, le drame au large de Lampedusa au mois d’avril et les attentats du Bataclan à Paris. On suit l’histoire de ces deux personnages qui ont décidé à leur façon de ne pas être spectateurs de leur époque, mais qui en sont acteurs, et se retrouvent toujours d’une manière ou d’une autre au milieu de ces évènements. Il y a une histoire dans l’Histoire, qui est leur histoire d’amour à eux et sert de porte d’entrée sur l’Histoire de cette époque qui est la notre et le questionnement qui se pose à eux comme il se pose à nous en tant que société autour de l’engagement, des formes de l’engagement et de ce qu’il y a derrière. On parle de cette idée de « vivre ensemble ». Je n’aime pas trop ce mot, car comme je le dis souvent on peut vivre ensemble, c’est-à-dire côté à côté, parfois même dos à dos, en se tolérant vaguement et se mettre des cloisons. Mais je parle de cette idée de danser ensemble, d’avoir envie de l’autre tel qu’il est, et de vouloir faire corps avec, et danser sur un pied d’égalité aussi. Il y a donc cet écueil terroriste, l’écueil xénophobe, l’histoire d’Elsa et Mohamed, et ce que dit Elsa dans un de ses propos, que terrorisme et xénophobie vont de pair : quand l’un progresse, l’autre prospère.

 

-Cette image de « danser ensemble » évoque irrépressiblement le clip et la chanson que tu as crée « Ce soir nous irons au bal ». Était-elle animée des mêmes sentiments que ton livre ?

Oui. Elle a été écrite très simplement. Je n’essaye jamais d’écrire en réaction. J’aime bien ce slogan qui venait des surréalistes de mai 68 selon lequel l’action ne doit pas être une réaction, mais une création. Lorsqu’il se passe quelque chose, je n’ai pas l’habitude d’être en réaction et de profiter du buzz. Ce n’est pas ma façon d’être ni celle d’écrire. « Ce soir nous irons au bal » est un texte par lequel je voulais donner ma vision des choses, car il y avait les attentats, et puis la réponse politique d’état d’urgence qui a suivi, cette logique d’enfermement, avec la machine médiatico-politique qui s’emballait comme elle sait si bien le faire en France. Je voulais apporter ma « part de vérité » à moi. J’ai commencé à écrire un texte qui était comme une tribune, et puis je me suis dit que ce que je savais faire c’est écrire des chansons et de la poésie ; donc j’ai écrit cette poésie. Le soir des attentats, nous jouions en région parisienne, dans le 93, et le lendemain nous avions un concert prévu en région parisienne aussi qui a été annulé. J’ai fait parti de ceux avec des copains désobéissants qui ont lancé un appel à se recueillir Place de la République pour dire : « se retrouver, c’est ça l’urgence ». Le dire aujourd’hui, ça parait normal. Mais ce matin là du quatorze novembre, cela nous a valu des critiques et des insultes nous reprochant d’être malades d’appeler les gens à sortir alors que les terroristes n’étaient pas encore arrêtés. C’est là qu’on se rend compte de la folie qui s’empare des esprits, y compris d’amis militants qui n’ont poliment pas répondu à cet appel. Nous, on sentait l’arnaque, en tous cas la mauvaise réponse apportée par les pouvoirs politique et médiatique, et cette logique d’état d’urgence qui commençait à s’installer d’abord pour trois jours, puis trois mois, puis pour durer de façon permanente. On sentait venir ça ; et de fait trois-quatre ans après, on constate bien que c’est ce qui s’est passé. On s’est retrouvés le matin du quatorze novembre à quelques copains à se dire qu’on était en train de se faire avoir sur tous les plans, d’abord par le terrorisme, ensuite par les discours xénophobes qui commençaient à pulluler, et puis par la réponse politique et la peur qui commençait à régner sur la ville, comme c’est dit dans la pièce. On voulait dire qu’il ne fallait surtout pas s’enfermer et partir en vrille devant BFM TV, mais au contraire se réunir, se recueillir, et occuper l’espace public pour ne pas le laisser à la terreur. Le soir même nous étions peut-être deux cent, pas plus, pour répondre à ce mot d’ordre, et ce moment était pour nous symbolique. Alors le lendemain, il y a eu un grand rassemblement, dont on a été un peu les précurseurs ; j’ai alors reçu des messages de gens qui me disaient qu’effectivement nous avions raisons et qu’il ne fallait pas se laisser dominer par la peur. Mais la pression était très forte pour dissuader les gens de sortir ; on nous rendait coupables d’irresponsabilité, car ça obligeait les policiers à veiller à notre sécurité alors qu’ils devaient se mobiliser à la traque des terroristes. Bien sûr dans ces moments là tout le monde a peur ; c’est quelque chose de normal et de logique. L’idée n’était pas de dire qu’on n’avait pas peur. Mais on n’est pas obligés de laisser la peur nous dominer et de la laisser prendre le pas sur tout le reste. On peut se nourrir d’autre chose que la peur, de tout ce qui fait que nous sommes des êtres humains avec des valeurs, des convictions, des idéaux. On voulait partager un moment et affirmer avec force des valeurs. Mais c’était comme si à ce moment là précis, on ne devait penser que par la peur, et qu’elle devait guider la moindre de nos initiatives. Donc on ne devait plus penser. D’une certaine manière, on était presque coupables d’essayer de remettre un peu de raison dans cet emballement là, de vouloir affirmer ensemble ce qu’on veut, ce qu’on cherche et ce en quoi on croit. Donc le lendemain j’ai écrit ce qui ne devait être qu’un poème à la base et qui a donné cette chanson, pour réaffirmer cette idée qu’on allait continuer à sortir et danser ensemble et ne pas laisser ni les terroristes ni les xénophobes gagner et nous faire tomber dans leurs pièges.

 

-Et peux-tu nous raconter l’histoire de la réalisation du clip ?

Quelques jours plus tard une réalisatrice sourde qui s’appelle Sandrine Herman m’a envoyé un message pour m’expliquer comme la communauté sourde avait en quelque sorte subit une double peine, car dans l’emballement, la quasi-totalité des informations n’avait pas été traduite en langage pour non-entendant, et donc eux ne savaient pas ce qui se passait et quelles étaient les consignes ou les appels. Elle me racontait comme eux ont vécu un double traumatisme et me dit son envie de réaliser une création ensemble pour répondre à cela. Donc je lui ai envoyé mon poème, et lui proposant de le mettre moi en musique et elle en images. Et voilà comment sont nés la chanson et le clip. C’est vrai qu’il y a tout un univers et un propos et tellement de choses à dire autour de cette chanson, sur nous en tant qu’individus, en tant que société aussi. J’avais donc envie de raconter tout ça et j’ai écrit ce roman Du cœur à l’outrage, qui a été bien reçu. Et très vite on s’est dit qu’on pourrait mettre ce truc là en scène. C’est vrai que mon écriture est proche de l’oral, et on a fait pas mal de lectures musicales pour la promotion du bouquin dans différents lieux pendant près d’un an. On a vu que ça parlait aux gens, et qu’on y prenait du plaisir, parce que nous sommes entre l’engagement, l’art et la musique, l’univers des mots qui parlent et qui chantent. On a pensé que si on en avait l’opportunité, on le mettrait en scène et l’opportunité s’est présentée, et à fait naitre ce spectacle qu’on tourne en ce moment. Voilà pour la genèse de la pièce.

 

-Lors du premier entretien que tu nous avais accordé, tu nous parlais de Saïd, dont la présence dans Les Saltimbanks dote le groupe de la spécificité d’avoir un comédien en son sein, qui t’avait embarqué dans une aventure théâtrale, puis que tu avais convié à intégrer le groupe pour participer à ton aventure musicale ensuite. Vos deux chemins sont-ils entrelacés et destinés à s’inviter réciproquement ?

C’est ça ! On a bouclé la boucle. Enfin il y aura d’autres aventures communes, mais nous avons là une pièce de théâtre musicale qu’on a vraiment construit à deux et mis en scène ensemble. Et les copains et copines sont venus pour nous accompagner sur scène.

 

-Comment ta participation au festival s’est décidée ?

Il y a quand même une histoire particulière avec ce festival. Ce sont les gens de Solidaire 33 : nous avons une longue histoire commune ; on se retrouve régulièrement pour faire des choses ensemble. On a une vraie convergence de valeurs sur pas mal de choses et ça date de « On lâche rien » avec Sud Solidaire qui nous ouvre son cortège en 2009. On les avait appelés en disant qu’on avait envie d’une manifestation-concert avec un camion. Et depuis on a fait pas mal de choses ensemble. Il y a une équipe particulièrement bien motivée, qui déploie les initiatives et les idées. Donc ils m’ont appelé à la base pour me proposer de jouer en concert lors de ce festival. Je n’avais pas encore repris la tournée des concerts ; en revanche ça me tentait bien de venir jouer cette pièce dans le cadre du festival, parce que justement il y a cette idée dans la pièce de lutter contre les stéréotypes, et aussi dans la démarche : nous, on sait qu’on est légitimes à se trouver sur une scène de théâtre ; on n’a pas besoin de s’en persuader. Mais l’idée de venir non pour un concert comme l’habitude, mais pour une pièce collait avec le thème. On fait de l’art populaire, et dans cet art populaire il y a la musique, mais il y a aussi la poésie, le théâtre, et tant d’autres disciplines artistiques. Les mots, la manière de les dire, de les faire jouer entre eux, pour raconter des histoires de notre époque, qui sont des histoires populaires, des histoires d’engagement, des histoires volontaires, pour nous c’est la même chose. J’adore le théâtre et c’est vrai que souvent on peut avoir tendance à penser que ce n’est pas pour nous, mais pour les autres. Mais surtout pas ! La grande école de la poésie et du théâtre populaire existe de tous temps, et j’aime l’idée de m’inscrire là dedans.

 

-Parles-tu du théâtre « qui n’est pas pour nous » au sens élitiste d’un art accessible à peu?

Oui, dans un sens élitiste. On fait de l’art populaire qui est un art exigeant dans les histoires qu’il raconte, qui ont du sens et son liées à notre époque, contrairement à une forme d’art un peu plus institutionnel ou dans les clous d’un monde déconnecté de notre réalité, et qui peut être d’une futilité affolante. Le propre que je défends et qui nous caractérise dans ce que je fais, c’est parler des histoires de notre temps. On peut être né à Roubaix dans un quartier populaire, et enfant de l’immigration, et considérer être modestement et de façon très lointaine peut-être dans la lignée de gens comme Louis Aragon, Victor Hugo, Jacques Prévert ou tant d’autres, qui ont une autre histoire, un autre parcours, mais qui portaient l’art des mots qui parlent à tous. Faire de la poésie avec des mots que personne n’utilise et ne comprend n’est pas mon idée. J’aime l’idée de créer de belles images, originales, surprenantes, parlantes, qui portent, mais avec des mots simples. Une belle idée est une idée qui peut être exprimée de la façon la plus simple, que tout le monde va pouvoir s’approprier et à laquelle tout le monde va pouvoir s’identifier. Quand tu écoutes Brel, tu vas entendre des mots et même des constructions de phrases parfois qui sont extrêmement simples et qui fabriquent de si belles images! La vision de l’art populaire pour moi, c’est essayer de se hisser ensemble ; pas de partir loin tout seul. Il ne s’agit pas de performance, mais d’histoires racontées, partagées, et ressenties. Embarquer ensemble : c’est ça. Et ce qu’on oublie souvent de dire c’est que l’art populaire peut être exigeant ; ce n’est pas un art « au rabais ». Et l’art élitiste n’est pas une forme d’art au dessus du populaire, mais juste un art qui va parler à peu de gens, car peu de gens auront les codes pour comprendre et faire parti d’un petit cercle où on va se gausser d’avoir pu comprendre ce qu’a voulu dire un génial auteur.

 

-Tu expliquais précédemment les réactions d’incompréhension auxquelles tu t’es heurté juste après les attentats. Penses-tu que le fait qu’aujourd’hui les gens ont sans doute plus de recul permet à ton message de mieux passer, en tout cas d’être entendu sans provoquer de réactions irréfléchies ?

Oui, c’est sûr qu’il y a aujourd’hui un peu plus de place pour la compréhension et la nuance, et l’analyse de la manière dont les attentats ont été utilisés par nos responsables politiques. Quand tu vois la manifestation à Paris pour Charlie Hebdo, avec tous les dictateurs de la planète main dans la main, il est évident qu’on a là une utilisation perverse et cynique d’un drame. Je me souviens de Manuel Valls qui en profitait pour diffuser son idéologie raciste et guerrière, en martelant qu’on était en « guerre ». Ce climat là ne fait pas honneur à la classe politique française. Et comment ne pas céder à la pression médiatique nous matraquant l’idée que l’autre est la potentielle source de tous nos maux, qu’il faut épier ses voisins, mettre des gamins de dix ans en garde à vue, parce qu’ils ont tenus certains propos déplacés ? C’était une défaite de notre société. Le corps enseignant est là pour éduquer et élever nos gamins, enseigner et faire réfléchir. J’espère qu’avec le temps, lorsqu’on reviendra sur les évènements de cette période, on sera capables de reconnaitre à quel point on s’est égarés. Il est clair qu’à ce moment là en 2015, on prêchait en plein désert et les gens n’étaient pas disposés à écouter ce qu’on avait à leur dire. Si on met le climat français de l’époque en parallèle avec la réponse d’Angela Merkel -qui n’est pas une affreuse gauchiste-, suite aux attentats de Berlin, qui disait ne pas vouloir que son pays devienne un état policier et désirer que le peuple affronte cela ensemble, on comprend qu’on a du boulot à faire. Personnellement, c’est à ce moment là que j’ai jeté ma télé, et depuis je vis beaucoup mieux. Le climat anxiogène draine toujours un peu la même logique de faire peur au citoyen pour qu’il s’en remette à un sauveur suprême. Ca ne s’est pas arrangé au niveau de la classe politique ; il suffit de voir les évènements du 1er mai et cette histoire de soi-disant attaque d’un hôpital, et la caution officielle des bavures policières. Quand on est élu du peuple, on est là pour protéger tous les citoyens et pas n’importe quelle corporation de façon indéfectible et aveugle. C’est nous, citoyens, qui armons les policiers pour qu’ils nous défendent, pas pour qu’ils nous tirent dessus ou nous matraquent et se sentent autorisés à tous les excès possibles et imaginables, parce que dans tous les cas ils seront couverts par leur hiérarchie, leur ministre, leur président. On va où comme ça ? Si à un moment donné, on ne se réveille pas, on va à la dictature. Nous essayons de jouer ce rôle de sonneurs d’alerte, mais on se sent parfois seuls, en tous cas marginalisés et tricards. On œuvre pour le bien commun, mais en se battant contre les institutions, contre nos dirigeants, qui ne se rendent pas compte à quel point ils sont en train de faire basculer toute notre société vers quelque chose de grave, si on n’y prend pas garde. Ce n’est jamais consciemment qu’une société bascule d’une démocratie à un régime pré-fasciste ou ultra-sécuritaire. J’essaye de faire attention aux mots que j’utilise, car nous n’y sommes pas encore. Mais de jour en jour, d’évènement en évènement, de mobilisation en répression, de privation de liberté en privation de liberté, de collusion entre intérêts privés et dirigeants publiques, on file un mauvais coton. Il y a des jours où on perçoit de petites lueurs de changement, et d’autre où c’est plus compliqué.

 

-L’art populaire tel que tu le défends, c’est-à-dire alternatif, ne se heurte-t-il pas cependant à un paradoxe qui est de vouloir s’adresser au plus grand nombre et en même temps de ne pouvoir l’atteindre faute de soutien médiatique ?

Notre problème, en tant qu’artiste dans cette époque, est que l’art populaire qu’on veut faire vivre est un art qui se développe dans l’ombre. Nous vivons une époque de médias de masse, guidés par des logiques de collusion, de rentabilité économique, de perte de sens, du « temps de cerveau disponible ». C’est logique que de tels gens n’invitent pas des personnes comme moi. Donc le problème, c’est qu’on fait de l’art populaire, mais qui n’est pas de façon évidente accessible, ce qui est bien un paradoxe. Malheureusement pour beaucoup de gens l’accès à la culture se fait via les grands médias qui leur disent quoi écouter, quoi regarder et quoi lire. De fait ce que l’on fait demande plus de temps à être connu que le disque d’un artiste qu’on impose sur TF1 ou Skyrock. Des gens nous découvrent encore, après quinze ans de carrière. On est des artisans au sens propre du terme, et notre art populaire est un artisanat artistique en fait. Je suis fils de marchand de fruits et légumes, et je faisais le marché avec le paternel à côté de chez moi quand j’étais petit : et j’ai l’impression aujourd’hui de faire à ma façon avec ma musique, mes bouquins et mes pièces de théâtre, un peu la même chose. J’ai été au tout début de ma carrière invité dans des grands médias ; à cette époque là, il y avait encore sur des médias radiophoniques nationaux quelques émissions comme « La bas si j’y suis » ou « Sous les étoiles exactement » sur France Inter qui donnaient la parole aux artistes alternatifs. J’ai vu deux mondes se séparer peu à peu. On s’est construit une notoriété ; on a monté nos associations et petit à petit, ça a été un vrai choix assumé d’opter pour un fonctionnement alternatif, car c’est ce que l’on est, sachant qu’on risquait de toucher moins de gens, de mettre plus de temps et de percevoir moins d’argent, mais qu’au moins on serait libres. On peut construire des choses solides dans l’alternatif, mais ça prend plus de temps. Ceci dit on a notre histoire à nous que nous avons construite et j’ai beaucoup de sérénité et de tranquillité aujourd’hui pour en parler, car nous avons réussit. Mais il n’y a plus de pont aujourd’hui entre le monde alternatif et celui des médias de masse. Notre pari -ou notre souhait- en tous cas aujourd’hui est que ce monde alternatif va finir par s’agglomérer et constituer une communauté ou un projet de société autonome, et que dans cette sphère là se retrouveront des artistes alternatifs, des journalistes alternatifs, des modes de consommation alternatifs, des repères et des moyens de distribution alternatifs. Jusqu’à maintenant nos albums ont été distribués à la FNAC ou autre. Maintenant on cherche par exemple à trouver une solution alternative au commerce du disque pour la question de la distribution des albums, et qui fonctionne. Notre dernier album live a été financé via une contribution sur Ulule ; ce n’est pas une plateforme très alternative, donc on va en changer. Mais ce système de prévente de disque peut commencer déjà à esquisser une forme de lien de vente directe. On tâtonne, on essaye et je reste persuadé que d’ici cinq ou dix ans les artistes alternatifs auront trouvé un circuit de distribution alternatif et que les gens qui font parti de cet univers là sauront où, quand et comment se procurer de façon très simple leurs disques, et même participer à leur production. Ça va être une communauté alternative où on se nourri les uns les autres, et ça commence déjà à se concrétiser. Heureusement il y a des gens qui sont un peu obstiné et ne se laissent pas dicter leur pensée. Parce que cela, c’est la logique Macron, d’affirmer que le monde moderne c’est lui, et qu’il est la seule alternative au racisme et à la xénophobie, ce qui est un foutage de gueule total quand tu vois le nombre de lois liberticides votées et la répression des manifestations en cours. Nous ne sommes pas prévus dans le grand scénario. Mais de notre côté plein de choses se développent ; le tout est d’avoir conscience que ça prend du temps. Si on n’arrive pas agglomérer cette communauté, les artistes alternatifs n’émergeront pas. Nous n’émergeons et n’existons que parce qu’il y a des gens prêts à écouter et renvoyer quelque chose, et s’engager par leurs pratiques au quotidien, dans ce qu’ils vivent, ce qu’ils mangent, ce qu’ils écoutent, ce qu’ils lisent.

 

 

Miren Funke

Photos : Miren Funke

Liens : http://www.saltimbanks.fr/

https://www.facebook.com/hksaltimbanks/

https://www.bluelineproductions.info/spectacles/hk-le-coeur-a-loutrage

 

Camille et Sarclo, les beaux jeudis …

7 Juin

Photos© NGabriel 2019

Il arrive parfois d’être confronté à un dilemme à trois têtes, sorte de paradoxe aussi saugrenu que les trois mousquetaires qui étaient quatre … C’était hier, Belleville ? Ivry ?? Montreuil ??? Impossible de rater le retour – après une sérieuse alerte de voix en danger- de Camille Hardouin l’ex Demoiselle Inconnue, qui avait eu l’excellente idée d’avoir une première partie de haut vol, avec Dylan chanté par Sarclo… Ce fut donc Montreuil. Ce fut exceptionnel.

Mais reprenons plus factuellement : c’était le dernier des jeudis de Sarclo, une série consacrée à « Sarclo sings Dylan » soirées avec un/e invité/e qui passe en seconde partie. Sarclo a revisité les chansons de Dylan, les a traduites selon son approche qu’on peut dire plus « Kerouac-Bukowski » que Delanoé, sans être désobligeant envers qui que ce soit. Une bonne heure en tête à tête, la voix et la guitare, ou les guitares pour mettre la juste note sur le texte. C’est un très bon et très fin guitariste, prise de son impeccable, dans une salle qui permet aussi de chanter sans micro, exemple, avec la 12 cordes qui sonne cathédrale … On sait aussi le supplément d’âme apporté quand c’est la vieille compagne de Napoléon Washington qu’il prend dans ses bras …

Une hors d’âge qui a peut-être connu Robert Johnson, peut-être, et même si c’est pas vrai, on a envie d’y croire …

Le dernier jeudi ? Pas tout-à-fait, la semaine prochaine, dans un plateau partagé avec Sansévérino, Sarclo fera 30 mn de Dylan, et bonne nouvelle, il y a un CD disponible, uniquement ACDC, (au cul du camion, ou du comptoir) pour un prix ridicule compte tenu de la qualité de l’objet.

Info du taulier, le genre de proposition qu’on peut difficilement refuser : jeudi prochain le 13, j’en fais une demi heure en duo avec Sanseverino. ça décoiffe sérieux…  et le 29 on fait un pot de départ pour Avignon, y aura Manu Galure, Garance Bauhain, Stef B et son body de rêve, PetiDej et ses chansons de Gilbert Bécaud, et mes zigues et mes traductions de Dylan.

Info utile : chez Thénardier, on commence à l’heure, si on a réservé, et qu’on ait des arias, ayons la politesse de prévenir, c’est l’esprit suisse, ponctuel et poli, et en arrivant un peu en avance, on a le temps de faire une pause comptoir, apéro grignotage maison…

Et voici Camille Hardouin, dans un contexte qui magnifie le moment, la salle est sous tension émotionnelle majeure, subjuguée, et totalement séduite, avec entre autres deux chansons « de reprise » recrées, réinventées, entrelacées de lignes personnelles, dans un hommage sublimé en danse amoureuse quand elle invite Bashung dans sa nuit de rêves mensongeurs…

Mademoiselle de Scudéry en son temps a imaginé un pays dans lequel on pourrait trouver tous les chemins de la vie amoureuse, qu’on pourrait dire assez décomplexée sous les mots policés des Précieuses, expertes d’une langue française brillant de mille éclats. Camille Hardouin est aujourd’hui la messagère du kaléidoscope des sentiments, de toutes les amours d’une heure ou pour la vie, comme un prisme qui capte un rayon de lumière et le diffracte en arc-en-ciel. On y trouve toutes les couleurs, elles se mélangent et s’enrichissent, se fondent et composent une nouvelle carte du Tendre, celle des filles d’aujourd’hui. (C’était il y a 2 ans , rien à retrancher)

C’était son dernier concert, les jours qui viennent seront consacrés à son prochain album. Et pour finir en musique, choix subjectif … (Extraits de « Mille bouches »)

 

 

 Les infos utiles
pour aller chez Pension Thénardier, c’est là –>

 

 

 

Norbert Gabriel

Nilda Fernández et Lorca

3 Juin
C’était il y a un peu plus d’un an, au Cirque Romanès…

.

Je suis un souvenir qui marche

Et j’ai l’âme tatouée d’un chemin destiné à n’arriver jamais.

Ces vers tirés d’un poème de Federico Garcia Lorca illustrent bien ce qui anime Nilda Fernández, un voyage sans fin dans les mondes humains et dans leurs histoires intimes, celles qui ne sont pas en vitrine, mais plutôt à l’intérieur quand on a poussé la porte d’entrée.

Aujourd’hui c’est plus la peine /De garder les yeux grands ouverts
Il vaut mieux que tu apprennes
A regarder sous tes paupières
..*

Sous la paix des étoiles
La terre n’est à personne
Je retourne au silence
Je reprends le chemin
Pour dire la ressemblance
De tous les êtres humains.*

Au cours de cette soirée dans le cirque Romanès, la première partie nous a emmenés avec ses propres chansons vers l’univers de Lorca, dont on va voir qu’il est présent en filigrane sans doute depuis Madrid Madrid..

La seconde partie est entièrement Lorca, dans une mise en scène qui fait revivre les ombres et les lumières du poète foudroyé, assassiné et entré dans l’éternité des baladins aux soleils flamboyants.

C’est l’Andalousie un peu sauvage de Séville et l’Andalousie sensuelle et mystérieuse de Grenade, un tableau bigarré de l’Espagne multiple, la Castillane sévère, l’Andalouse extravertie, ou la tolérante tolédane d’avant Isabelle la Catholique… Chacun peut y réinventer son Espagne, même si on ne comprend pas les mots, on en perçoit le sens … Grâce aux musiques composées par Nilda Fernández…  Et Federico Garcia Lorca renait comme un phénix dans toute sa splendeur.

Un spectacle de Nilda Fernández, c’est toujours une fête une folie joueuse et joyeuse, un chant majeur qui défie les fusils… Quelque chose comme

Un chant éternel venu du fond des âges,
Des baladins nomades  des tziganes
Des métèques flamboyants de soleils égyptiens
Des oiseaux de passage au regard étoilé
C’est la vie qui danse et renaît chaque matin. **

Photos N Gabriel 2018

Je suis de ces oiseaux migrateurs
Jongleurs musiciens saltimbanques
Qui inventent des musiques métissées de toutes les douleurs
Des chants de cœur battant
De cicatrices ouvertes
De ritournelles dansantes  bulles légères de champagne
Eclats de rêves et de vie   étincelles de bonheur
d’instants éparpillés gaiement le long du parcours… **

Il y avait les enfants de Délia et Alexandre Romanès, les musiciens, le guitariste andalou Dani Barba Moreno et l’argentin Andrés Izurieta (guitare, charango) et même un chat de passage…

En conclusion, et en salut, quelques mots en harmonie avec l’art de Nilda Fernández,

Une chanson, c’est populaire. Il faut toucher l’émotion pure et on ne l’atteint jamais par la force ni la démonstration, mais par l’abandon de soi, la confiance, l’approfondissement, en se laissant envahir, en cherchant à l’intérieur. (Jacques Higelin)

Norbert Gabriel

* Extraits Innu nikamu, et On t’a appris
**  Extraits Chanson métèque  Gilles Julian

La boutique de Nilda, c’est là –>

 

Et pour quelques images de plus,

 

Entretien avec la chorale anarchiste Le Cri du Peuple à l’occasion du Festival contre le racisme et les stéréotypes

31 Mai

 

Samedi 11 mai avait lieu à l’espace Le Rocher de Palmer de Cenon, près de Bordeaux, le Festival contre le racisme et les stéréotypes, organisé à l’initiative de Solidaire 33. La journée proposant au public conférences, ateliers et débats sur le thème, ainsi que la pièce musicale d’HK « Du cœur à l’outrage » et plusieurs concerts, s’annonçait être un de ces évènements bénéfiques et dynamisants qui rassemblent les gens, voient se rejoindre les copains, se produire des rencontres, se nouer des liens, et enrichissent de poésie les cœurs venus se ressourcer à la chaleur humaine et au partage des valeurs généreuses et altruistes. De valeurs et de poésie, il en fut précisément question durant la représentation de la chorale anarchiste Le Cri du Peuple, ensemble vocal bordelais qui depuis plusieurs années donne vigoureusement de la voix et porte la force des convictions en musique, à l’occasion de moments militants et en soutien à des causes précises, comme ce fut le cas le mois précédent, durant l’initiative évènementielle «Bienvenue» consacrée au thème de l’accueil des réfugiés. De mémoire aussi, la particularité du Cri du Peuple étant de chanter un répertoire constitué de chants de lutte anarchistes, qui, s’il comporte des morceaux récents connus de tous les libertaires au moins, a pris le parti d’extirper de l’oubli et de l’anonymat des chansons égarées ou ignorées du patrimoine musical anarchiste français, et de leur redonner vie et écho. A les entendre résonner à nouveau, c’est plus que le saisissement d’un mouvement de cœur au souvenir de ces anciens rêves et de ces colères justes qui animaient l’idéalisme des âmes insurgées qu’on savoure ; c’est aussi une œuvre de salubrité et de sauvegarde culturelle qui enchante la survivance d’un esprit et les combats qui l’incarnent. Une œuvre en préliminaire de laquelle Le Cri du Peuple avait choisi exceptionnellement d’interpréter en duo avec HK, la chanson « Ta récompense » de son groupe HK et les Saltimbanks. Quelques instants après la fin du concert plusieurs membres de la formation acceptaient de nous raconter leur aventure.

 

-Bonjour et merci de nous accorder un entretien après votre concert. Comment est née l’idée de cette chorale ?

-Christine : Il y avait un groupe de chants de luttes qui avait été fondé par Nadia de la Fiancée du Pirate à Langoiran avec des copines à elle. Nadia était une amie et comme j’habitais Bordeaux, je l’ai pas mal tannée pour qu’elle fasse ça à Bordeaux. Je ne sais pas si ça l’a influencée, mais il se trouve qu’elle a décidé de transporter ce groupe à Bordeaux, ce qui faisait loin pour les copines de Langoiran, donc on a fait appel à des copains et des copines. Du coup le groupe a débuté au local « Rastacouère » à Bordeaux en 2003-2004, notamment avec moi et Muriel. Tu as là le canal historique.

-Muriel : Il y avait au début pas mal de chansons en langues étrangères, « Pinelli », l’histoire de cet anarchiste défenestré en Italie dans les années 1970, une autre chanson d’Amérique latine, une chanson catalane, « L’Estaca », beaucoup de chansons antimilitaristes aussi. Et puis on a fait un set spécial en Espagnol pour la commémoration de la révolution espagnole en 2006. En fait au départ c’était un groupe de chansons historiques militantes qui reprenait les classiques.

-Christine : Le principe du Cri du Peuple, c’est qu’il reste une partie des gens qui étaient là au départ, nous trois en fait , plus Anne-Laure qui est revenue il y a 2 ou 3 ans , et qui faisait partie du groupe de Langoiran . Il y a toujours eu des gens qui passaient et qui repartaient, le plus souvent, car c’était des gens jeunes, des étudiant.es, qui repartaient s’installer ailleurs ensuite. Et puis parfois certain.es sont parti.es, car il.les trouvaient notre discours trop radical. Par exemple la dernière chanson que nous avons chantée ce soir sur « Le vote » est typiquement le genre de chansons clivantes, qui a pu faire que certain.es ne se sentaient pas de la chanter, étant en désaccord. Clairement Le Cri du Peuple est une chorale anarchiste ; mais il y a des gens dedans qui ne sont pas anarchistes, et on a le droit de ne pas l’être, et de ne pas toujours en accord avec les paroles. On n’est pas obligé d’être anarchiste pour chanter dans notre chorale, mais il y a des principes anarchistes non négociables que nous défendons ; si on n’y adhère pas, on peut aller dans une autre chorale, mais on n’est pas obligé d’être anarchiste pour chanter avec nous, si ça ne gène pas d’assumer les paroles des chansons.

Muriel : Mais le choix du répertoire que l’on chante est de mettre en avant cette mémoire là, qui n’est pas beaucoup chantée. On peut entendre « Bella ciao » ou « l’Internationale » partout ; mais nous avons choisi de déterrer des chants qu’on n’entend nulle part ailleurs, car nous sommes spécifiquement anarchistes. On n’est pas une chorale de rebellitude mainstream.

 

-Aujourd’hui vous avez pu interpréter un titre d’HK et Les Saltimbanks en duo avec HK. Avez souvent l’occasion de partager des moments artistiques comme celui -là ?

-Muriel : C’est le truc sympa qu’on a réussi à faire avec d’autres chorales ou artistes. On avait fait un concert avec La Chorale à Deux Balles. Et c’est marrant, car on essaye de trouver des chants en commun et de monter un truc un peu spécial pour la soirée.

-Christine : Quand La Collectore avait fait le présentation de son dernier album sur scène à Barbey, on était monté chanter avec eux. Le mois dernier on a chanté avec El Comunero qui interprète un set de chants de la Révolution Espagnole .

-Muriel : On a chanté pour le festival Bienvenue. Donc il y a toujours ce côté où on essaye de partager des moments, comme on a fait cet après-midi avec HK, même si c’était un peu improvisé.

 

-L’évènement Bienvenue, qui a réuni au mois d’avril des moments artistiques et festifs ainsi que des débats et conférences autour du thème de l’accueil des réfugiés en France et en Europe, tout comme ce Festival contre le racisme et les stéréotypes qui se tient aujourd’hui, n’est pas la seule occasion militante où vous vous êtes produits. Est-ce primordial pour vous de chanter pour soutenir ?

-Muriel : L’autre particularité c’est que nous ne chantons pas n’importe où quand même. Ce n’est pas parce que les gens ne voudraient pas qu’on y chante. Mais nous ne souhaitons pas aller chanter dans un bar super commercial par exemple qui voudrait nous faire venir parce que c’est trop fun de s’encanailler avec des anarchistes. On choisit les endroits où on chante et on aime bien chanter en soutien à des causes. On ne va pas aller dans un lieu beauf ou sexiste ; ça fait partie de nos principes d’affirmer qu’on ne va pas nous utiliser n’importe où. Et depuis le début on avait également l’idée de chanter dans les manifestations, ou des moments de lutte comme des piquets de grèves ou des blocages, parce que ça donne la pêche de pouvoir manifester en chanson. Quand tu bloques un dépôt et que tu dois attendre toute la nuit, c’est cool de chanter et se redonner de la vigueur. Lorsqu’on a chanté l’autre jour sous La Tente à Son sur les quais pour Bienvenue, c’était vraiment un soutien à un moment de lutte et aux réfugié.es . On a pas mal chanté en soutien aux réfugié.es , car la situation à Bordeaux est quand même grave et ils ont vraiment besoin d’aide, d’argent aussi, donc faire passer le chapeau pour eux en fin de concert n’est pas inutile. Et pour nous, ça donne du sens à ce qu’on chante : ce n’est pas que du folklore.

-Christine : Et l’idée c’est aussi de faire des sous pour les caisses de soutien. On ne va pas cautionner n’importe quoi, ce qui ne veut pas dire que parfois on ne s’est pas peut-être fourvoyé. On essaye effectivement d’avoir aussi un discours féministe en même temps qu’anarchiste, parce que ça ne va pas toujours de pair ; il faut le savoir.

 

-Au sujet de la cause féministe justement, Le Cri du Peuple a été pendant longtemps une chorale quasi-entièrement féminine, ce qui pouvait laisser croire qu’elle était strictement réservée aux filles. Aujourd’hui deux garçons participaient. L’introduction de garçons dans la chorale est-elle due à l’abandon d’un principe d’exclusivité féminine?

-Christine : Non. Il y en a quatre actuellement. Pendant très longtemps la chorale a été mixte ; c’était moitié-moitié. Il y a 2 ans, tous les gars étaient partis.

-Muriel : Il y a des moments de creux dans l’existence de la chorale ; on la maintient, mais elle a parfois été un peu en veilleuse, car il n’y avait plus trop de monde. Mais cette chorale existe, et repart chaque fois.

-Christine : On n’accepte pas non plus n’importe qui.

 

-Quels sont vos critères d’acceptation ? Chanter juste ?

-Muriel : Non ! Le seul critère que l’on n’impose pas, c’est de chanter juste, et c’est parfois dommage.

-Christine : Il y a souvent des gens qui pensent chanter faux, et qui en fait avec la pratique s’aperçoivent qu’ils peuvent chanter juste.

-Pat : Pour revenir à la présence de garçons, on n’a jamais décrété qu’on était une chorale purement féminine, donc on est content.e d’avoir des camarades garçons avec nous. Par contre tu as peut-être remarqué que sur certaines chansons comme « Toutes des putes » ou « Non, c’est non », ils se mettent en retrait.

-Julien : Quand je suis arrivé j’étais persuadé que la chorale était non-mixte, car je les avais vues chanter quelques fois. Et c’est Marina qui m’en a parlé et assuré que ce n’était pas le cas. J’étais plutôt timide au début, mais ça s’est bien passé : j’ai trouvé de suite ma place et rencontré une bienveillance énorme.

-Pat : Tu vois dans les critères, il y a ça : la bienveillance. Parfois on refuse des gens, car on est suffisamment nombreu.ses et bien rodé.es comme ça, mais ce n’est pas discriminatoire.

-Christine : Personnellement j’ai beaucoup insisté pour qu’il y ait plus de garçon. Et puis les camarades qui viennent, nous les connaissons ; on sait que ce n’est pas n’importe qui. On ne recrute pas vraiment ; ça marche un peu par cooptation. Les nouveaux , par exemple , sont des camarades de Boris ou Julien .

-Muriel : Ce sont quand même des gens qu’on côtoie, et dont on sait que pour eux ce n’est pas juste un truc artistique funky, et que ce sont des gens à qui ces chansons parlent.

-Christine : On ne souhaite pas non plus se retrouver avec des mecs qui vont nous expliquer la vie. Par exemple si on décide de faire un morceau, nous les femmes, sur le féminisme, sans que les garçons chantent, nos camarades le respectent ; il n’est pas question de discuter le bout de gras avec un relou qui va nous expliquer qu’il est aussi féministe que nous et vouloir s’imposer.

-Julien : Et puis on est 15 au total dans la chorale, donc il ne faut pas qu’il y ait trop de décalage non plus entre les idées de chacun, si on veut que l’alchimie du groupe continue de fonctionner. Là on sait qu’on pense à peu près tous la même chose d’un point de vue militant.

 

-Votre répertoire a évolué depuis les débuts, où on entendait bien plus de chants internationaux lors des représentations, qui ont laissé la place à des morceaux issus du patrimoine anarchiste français, souvent méconnus, que vous avez sortis de l’oubli. Est-ce par soucis linguistique ou par désir de faire revivre les chants d’un répertoire en voie de disparition?

-Muriel : Dans l’évolution, on a de plus en plus laissé tomber des chants en langue étrangère, par soucis que les gens du public comprennent ce qu’on chante. Sur un concert comme celui de cet après-midi, si les gens ne parlent pas l’Espagnol ou l’Anglais, c’est compliqué. Du coup on a resserré petit à petit le répertoire autour des chants de lutte en Français, y compris « Homophobia » qui est une chanson du groupe punk britannique Chumbawamba, dont on a traduit les couplets en conservant uniquement le refrain en Anglais, car ça aurait été dommage que les gens ne comprennent pas ce que raconte le texte.

-Christine : D’ailleurs les gens sont désormais plus concentrés et plus en phase avec le set qu’avant.

 

-Muriel, tout à l’heure durant le set, tu as présenté Le Cri du Peuple comme un « passeur de mémoire », mais vous avez également intégré dans le set des morceaux récents issus de la scène punk alternative comme « Homophobia » justement ou « No pasaran » du groupe Les Cadavres. Est-ce à dire que vous considérez ces titres aussi comme appartenant au patrimoine de la chanson militante ?

-Muriel : C’est très compliqué, parce qu’à un moment, les anciennes du groupe, on en a eu marre de chanter toujours la même chose. Tu ne peux pas faire ça pendant des années. Donc on a voulu un peu renouveler, et on s’est dit qu’effectivement il y a des chants de lutte plus récents, qui ont de la gueule, qui veulent dire des choses, et c’est aussi finalement notre patrimoine. Je pense que la culture punk, c’est du patrimoine ; ça a un sens dans le milieu anarchiste, parce que le Punk a beaucoup collé à l’actualité et aux idées anarchistes.

-Christine : Et puis ce morceau des Cadavres a une histoire : on a fait un projet il y a trois ans qui s’appelait « Le Cri du Punk » avec un double set qui reprenait des morceaux du Cri du Peuple, et des morceaux punks, amplifié, avec des musiciens de plusieurs groupes bordelais ; nous étions une vingtaine sur scène.

 

-D’ailleurs vous chantez notamment un morceau typiquement issu du patrimoine bordelais, « Mon voisin vient de loin », créé par LaReplik [https://www.facebook.com/la.replik.pirates/] et repris plus d’une fois. Est-ce un clin d’œil affectif à la culture locale ou y a-t-il d’autres critères qui entrent en compte pour le choix des morceaux ?

-Christine : Nadia qui était dans la chorale avait été batteuse de LaReplik. On l’a repris et on l’a fait écouter une fois à Ludo [NDLR Ludo Tranier, chanteur de LaReplik et de Buscavida  (Voir ICI )

-Muriel : On aime ces trucs là aussi ! Et pour revenir au choix des chansons, parfois c’est conflictuel ; très souvent sur dix propositions nous en rejetons neuf.

-Christine : C’est compliqué : Parfois le thème n’est pas percutant ; parfois c’est souvent la forme qui va poser problème.

-Muriel : Oui : le premier critère rédhibitoire, c’est qu’il faut que ce soit réalisable en chorale. Il y a des chansons inchantables une fois qu’on leur a retiré les instruments. Si ça risque de ne rien rendre, ce n’est pas la peine. Et une fois que c’est recevable, car on peut en faire quelque chose en chorale, on s’engueule. C’est dur, car parfois certain.es peuvent en avoir un sentiment d’injustice.

-Christine : C’est toujours une blessure d’ego, lorsque tu proposes des chansons que tu aimes à un collectif et que c’est systématiquement ou souvent rejeté. Mais c’est très dur de choisir un morceau pour Le Cri du Peuple qui soit pertinent.

-Marina : Par exemple aujourd’hui, on a chanté « Le vote », mais on ne l’a pas tou.tes chanté. Y a des chansons que tout le monde ne se sent pas de chanter. On peut chanter une chanson à plusieurs, sans qu’elle fasse forcément consensus et les personnes qui n’ont pas envie de la chanter peuvent s’en abstenir.

-Muriel : Je ne suis pas entièrement d’accord, car je pense que la chorale ne ressemblerait à rien, si chaque fois, il y avait deux ou trois personnes qui s’abstenaient de chanter.

-Christine : L’anti-électoralisme est un sujet très clivant, car dans Le Cri du Peuple, il y a des gens qui ne sont pas anarchistes et qui votent. Du coup il.les ne chantent pas cette chanson, mais ça fait plusieurs années qu’on la fait, et même si elle est un peu nase –on est d’accord, elle vaut que dalle artistiquement-, ça fait des années qu’on se fait un peu plaisir à la chanter en quittant la scène. Donc qu’il y ait des gens qui ne la chantent pas, ce n’est pas grave. Par contre sur le set constitué, il faut quand même qu’il y ait consensus.

-Marina : Personnellement il y a des chansons que je n’apprécie pas beaucoup, mais qui par contre ne sont pas en désaccord avec mes valeurs et ne vont pas à l’encontre de ce que je suis ; par conséquent je les chante quand même.

-Muriel : Pour prendre l’exemple de « La rengaine », lorsqu’on a découvert cette chanson, on l’a kiffé dans la seconde et on s’est dit qu’il fallait en faire quelque chose, tellement c’est beau. On a été quelques une à faire nos autoritaires pour l’imposer alors qu’on avait décidé de ne pas modifier le set. On s’est fait grave engueuler ! Mais on avait envie d’embarquer tout le monde dans notre coup de cœur. Et ça valait le coup. Quand c’est compliqué et que ça bloque vraiment, on ne va pas se prendre la tête et on laisse tomber, car la priorité est quand même de se faire plaisir ensemble. S’il y a trop de conflit, ça veut dire qu’il ne faut pas prendre la chanson, car ça ne marchera pas.

-Boris : Justement dans cette chanson nous avons modifié un propos qui gênait certain.es.

-Muriel : Oui parce que cette chanson a été écrite avec dans le refrain une référence qui parle de « la chambre à gaz des banquiers ». Alors on s’est dit qu’en 2019, on ne pouvait pas chanter ça. La Shoah, c’est quelque chose de particulier qu’on ne peut pas instrumentaliser. Alors on a changé pour « la guillotine des banquiers ».

 

-Concernant les chansons comme « Je vote » que vous chantez sur l’air de « Se Canto » avec des paroles qui n’ont aucun rapport avec l’original, qui écrit les textes ?

-Muriel : C’est un texte que je tiens du milieu militant nantais, car je suis originaire de Nantes. Et lorsque je suis arrivée à Bordeaux, je chantais ça dans les fins de soirées, avec d’autres chants bretons ; c’était un peu le « off ».

 

à suivre entretien avec HK…

 

 

Miren Funke

photos : Miren, Kafar 33 (photo de Ludo de Buascavida)

Lien : https://www.facebook.com/lecridupeuplebordeaux/

Lien du festival https://www.facebook.com/events/556377694836345/

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