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Chicago Paris Cabaret Connexion…

16 Août

La « Chicago Paris Cabaret Connexion » a pour vocation d’augmenter la visibilité de l’art de la chanson de proximité et d’attirer de nouveaux publics, de Paris à Chicago, et même au-delà. Le cabaret est l’art du partage d’histoires avec la chanson comme support, un lieu où se crée un dialogue entre le public et l’artiste, enrichi par leurs différences et leurs ressemblances.

Septembre 2019 : Après le grand succès de notre conférence à Chicago du 28 octobre au 4 novembre 2018, nous organisons une troisième edition en France. Cette année en septembre 2019, les français accueillent les américains sur trois sites : Montpellier et Sète, du 12 au 15 septembre et du 16 au 22 septembre à Paris.

Chanteurs, musiciens, gérants de salles et programmateurs, journalistes et historiens, passionnés de chanson de cabaret : réunissons-nous pour faire avancer l’art du cabaret et, bien sûr, au berceau du cabaret, Paris.

Participez à un échange international. Qu’est-ce que le cabaret ? Pourquoi est-ce pertinent / En quoi/ Dans quelle mesure est-il encore pertinent aujourd’hui? Comment pouvons-nous amener de nouveaux pratiquants et de nouveaux publics à cette forme d’art? Comment développons-nous notre métier / Comment développer nos activités ?

 

Pour le spectacle voici un aperçu,

 

Pour Paris, voici les rendez-vous :

MONDAY, SEPTEMBER 16, 20h à 23h
Le Lapin Agile accueille la Cabaret Connexion pour une conférence musicale en deux parties, « Cole Porter à Paris » et « Paris qui chante Paris »
22, rue des Saules, Montmartre
PorterParis (17K)Premier partie : Cole Porter à Paris présenté par David Edelfelt et Elizabeth Doyle, avec contributions par Ava Logan, Jacques Protat, et Jean-Jacques Delaunay
Deuxième partie : Paris qui chante présenté par Jean-Claude Orfali, Cassita, Françoise Miran, avec Angelina Réaux, Christine Steyer, Maryline Rollet, Mylène Launay. Entrée 15 euros.


TUESDAY, SEPTEMBER 17, 20h30 à minuitClaudiaCafeU (54K)
Une visite à la jam-session vocale avec trio au Café Universel, 267 Rue Saint-Jacques, 75005 Paris, France.

WEDNESDAY, SEPTEMBER 18,
BBBerlin (48K)Forum Léo Ferré, Ivry-sur-Seine  18h30 restauration, 20h spectacle
« Blues, Burlesque et Berlin :  nous prenons des risques »  Kyle Hustedt, Barbara Smith et Anne Burnell (de Chicago), Angelina Réaux (de Californie), Paul L Martin (de Londres), Mark Burnell et Elizabeth Doyle au piano.   Entrée 15 euros.

THURSDAY, SEPTEMBER 19, 20h
Salle Olympe de Gouges, 15, rue Merlin Paris 75011  (sous les jardins de la Roquette)
CHANT DU MONDE reçoit La Cabaret Connexion
Mis en scène par Chris Pagès fait voyager la bonne parole par la chanson internationale. Présentation du spectacle créé avec les artistes ayant participé à son atelier

 

Les chanteurs et chanteuses : Ava Logan, Barbara Smith, Carmen Bodino, Christine Steyer, Hollis Bolton, Jeni Schellenberg, Jeanie Carroll, Déborah Good, Henri Bertrand, Diane-Aurore Le Goff, Mylène Launay, Mark Burnell, Carrie Hedges, David Edelfelt, Carol Weston. Et dix acteurs/danseurs
Entrée libre. Soutenu par la mairie du 11 ème de Paris. mairieOnze (33K)
Renseignements : 06 08 98 92 84

p

FRIDAY, SEPTEMBER 20, du 18h au 20h30
Lieu : Montmartre
Table Ronde sur l’Objet-Cabaret
Diner et discussion (entrée gratuite). Suivi par une visite du Cabaret au Lapin Agile (Entrée 20 euros pour nos inscrits).

 

SATURDAY, SEPTEMBER 21, du 20h au 22h30
CPCx2018Ensemble (74K)Studio Raspail, 216 Boulevard Raspail, 75014 Paris, France
Concert de clôture sur le thème de « Hello and Goodbye »
Parmi les américains : Angelina Réaux, Anne and Mark Burnell, April Martinez, Beth Halevy, Claudia Hommel, Elizabeth Doyle, Jeanie Carroll, Louise Gale, Lydia Stux, Mary Joyce, Sue Benjamin Berke. Parmi les français, Clotilde Rullaud, Jean-Claude Orfali, Marie-Thérèse Orain, Mylène Launay.
Entrée 15 euros. 01 43 20 37 72

SUNDAY, SEPTEMBER 22, du 11h au 14h
Le bal Mouffetard, animé par Christian Bassoul (à l’accordéon) et Mylène Launay, en face de l’église Saint-Medard, rue Mouffetard. Suivi d’une réunion de synthèse au resto dans le quartier.

 

 

Tout le programme est là,
Clic sur le lapin agile–> 

 

Thats all folks !

 

N Gabriel

 

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Francos Télé, les chants de la désastritude*…

1 Août

Lundi soir … mi Juillet

Tiens, je vois Francofolies sur France 2, dans le réflexe de l’âne qui se gratte, je clique France 2, avec dix minutes de retard, j’ai raté le début, et là, je vois une créature qui répète djadja en boucle, et agite son fessier généreux vers la foule qui braille… Me serais-je fourvoyé sur une chaine putassière qui réduit la chanson à des paroles d’une indigence abyssale avec une « artiste » qui met son talent dans ses fesses ? De plus, si j’étais vraiment malengroin, je dirais que ce talent est loin d’être proportionnel au volume du popotin, ce qui est assez déplacé, j’en conviens, mais est-il bien placé de représenter le plus grand festival de chanson francophone par ce genre d’artiste dont l’argument se tient dans le décolleté ou dans le mini short ?

Je viens d’un temps largement révolu où une voix, une musique dans la TSF (la version quasi paléolitique du Iphone) me mettait en transe, sans rien savoir de l’artiste, et noter ensuite le nom en phonétique pour aller chez un disquaire, un de ces métiers de l’ancien monde, chez un homme de l’art à qui on n’avait pas besoin de préciser que Michèle Bernard est une fille, et que Sylvestre s’écrit avec un « Y » (expérience vécue personnellement) … Je me vois mal faire la même chose avec ce que j’ai vu et entendu de Aya Nakamura, la description pourrait laisser croire que je m’étais égaré sur une chaine qui fait de la chanson comme on fait de la prostitution soft ..

Et pour m’achever totalement, les plans de coupe sur le public montrent une foule de jeunes femmes avec les mains levées et un smartphone au bout … On s’est donc déplacé au concert, acheté un billet pour faire des vidéos pourries au son inaudible, à part les hurlements des voisines en épectase avancée… Est-ce bien raisonnable ?

Après ça, c’est dans les 70 mn d’extraits de concerts surboostés, comme un diner dans lequel tous les plats seraient surchargés de mayonnaise, avec en dessert un gros gâteau dégoulinant de crème au beurre… ça gave, ça écoeure, ça sature, c’est gros-gras-indigeste … On est très très loin des envolées poético-oniriques d’Higelin, et des fêtes à … qui étaient des vraies rencontres, des partages et des découvertes, ou des quasi vieillards chenus et des gisquettes de 25 ans chantaient en choeur Mon amant de St Jean, aujourd’hui pour l’essentiel du public St JA, quand on cite Jean-Louis, c’est pas à Foulquier qu’ils pensent mais à Aubert … Et ce, sur l’esplanade rebaptisée Jean-Louis Foulquier…

Pour ceux qui ont oublié les grandes heures, une Fête à … c’était inviter autour d’une tête d’affiche des artistes amis plus ou moins connus mais choisis sur des critères d’affinités, pas de marketing.

Exemple, je dis n’importe quoi, Anne Sylvestre on lui offre pour sa fête, Michèle Bernard, Agnès Bihl, Christian Camerlinck, Paule-Andrée Cassidy, Céline Faucher, Yves Jamait, Bernard Joyet, Gérard Morel, Marie-Thérèse Orain, Francesca Solleville … oui, je dis n’importe quoi, mais par ordre alphabétique… Quoi que … ça a existé ce genre de fête à Anne Sysvestre, la preuve, au Quesnoy en Chanteurs

 

J’ai laissé la télé en fond sonore, en bouquinant, j’avais l’impression d’entendre un genre de FuNrj radio, le seul moment où ça m’a attiré l’oreille, c’est quand Bruel est revenu, c’était la fin. Si ce montage d’extraits est censé représenter la chanson d’aujourd’hui, je ne suis plus du tout en phase avec ces Francofolies… Pour faire court, deux  chansons par invité, et à chaque fois la transe du public plein régime, on peut survivre à ces 90 mn d’agitations survoltées ?

Alors qu’il y avait plein de spectacles novateurs, créatifs, à La Coursive, c’est là que les « anciens » celles et ceux qui ont connu les Francos dans les années 85-2004, s’y retrouvent, c’est consternant ce que la télé a montré.

Et cerise sur le gâteau gâté, la télé fait de la pub mensongère en annonçant Bertrand Belin et Aubert, qui ne sont présent pas dans cette émission.

En 2019, les têtes d’affiche des Francofolies de La Rochelle sont Zazie, Soprano, The Blaze, Chris, Angèle, Aya Nakamura, Bertrand Belin ainsi que Jean-Louis Aubert.

On disait naguère que les Directeurs Artistiques avaient été remplacés par des directeurs de marketing, experts dans la promo des yaourts, ça semble se confirmer avec ce genre d’émission qui fait le choix délibéré de promouvoir le produit de grande consommation, au détriment de l’artisanat haute couture, et le MacDo ketpchup à la place de l’épicerie fine… Pour les découvertes, vous êtes priés de vous égarer à La Coursive totalement ignorée dans ce best of du fats foods … j’ai bien dit « fat » autant dans le sens anglais que français … Ou bien aller dans tous les festivals ignorés par la presse généraliste, c’est là qu’on trouve des pépites.

* désastritude : sentiment mélangé de désespérance et de solitude face à un désastre plus ou moins annoncé et en cours de vérification.. Exemple vécu : un ours blanc sur un fragment de banquise qui dérive inexorablement vers l’Equateur. Je me sens ours blanc en perdition.

North Bear Gabriel

 

Et puisque tout devrait finir par des chansons, un peu de ces choses qui (me) font du bien …

Au bal des ombres et du mystère
Laissez la chanson vous guider
dans des vallées imaginaires
dont vous n’avez jamais rêvé.

Retour sur le tracé d’Ecart, un groupe qui laisse son incursion poétique singulière dans l’aventure du Slam francophone

19 Juil

L’histoire de la chanson est ainsi faite, d’artistes et d’œuvres qui vivent la chance de rencontrer leur public immédiatement, et durablement ou pas, et aussi d’autres, dont l’actualité ayant été peu ou mal perçue des oreilles de leurs contemporains, restent pour un temps éclipsés jusqu’à ce que la trace qu’ils ont inscrite réapparaisse et que son importance soit estimée à sa juste valeur. Il est aussi des publics qui ne peuvent pas croiser la trajectoire d’un artiste au moment opportun, et des médias qui passent à côté d’une merveille méritant une attention particulière, sans daigner y jeter un regard. Nous n’étions pas de ceux là il y a trois ans, lorsque le groupe Ecart, formé par le poète slameur Eric Cartier, le guitariste Christophe Isselee, tout comme lui ancien membre du groupe Vibrion, qui fut parmi les pionniers du Slam en France, et la batteur-percussionniste et clarinettiste Alexis Kowalczewski, fit escale à Bordeaux pour nous faire découvrir la richesse d’un univers qui s’inventait et que les trois artistes nous esquissaient avec passion lors d’un entretien qu’ils nous avaient accordé alors. Malheureusement une usurpation (maladroite ou malveillante ?) dans l’entourage professionnel du groupe -prétendument chargée de servir d’intermédiaire- nous ayant signifié qu’il était préférable pour le groupe que l’entretien ne soit pas publié sur le moment, mais gardé sous le coude provisoirement jusqu’à son aval (qui ne vint jamais), nous avions consenti alors à répondre favorablement à la requête que nous pensions à tort émaner des membres du groupe. Hélas à la lumière de récentes infirmations, il apparait évident qu’il est parfois des professionnels du milieu artistique suffisamment prétentieux pour s’octroyer un pouvoir et s’investir d’une mission que les artistes ne leur ont pas confiés, de même qu’il est des chroniqueurs trop naïfs –mea culpa- pour suspecter le mensonge là où il n’a aucune raison logique d’exister. Je regrette amèrement l’excès de confiance et de crédulité dont je fis preuve à ces heures, et d’autant plus amèrement qu’Ecart a aujourd’hui cessé d’arpenter les scènes et qu’il ne nous est plus pour le moment possible d’écouter croitre, bruire et prendre ampleur le vaste champ dont les semences alors jetées par le groupe prophétisaient la fertilité, et de l’entendre orchestrer ce qu’il avait à nous dire, ses musiciens participant actuellement à d’autres projets artistiques. Aussi, s’il est permis aux mots de servir parfois à rétablir un peu de justice, même tardivement, les miens s’autoriseront-ils un retour sur un passé pas si lointain et qui me semble pourtant déjà être de ces moments de créativité appelés à intégrer le patrimoine de la Chanson et y jouer un rôle dont la postérité mesurera la singularité, l’ingéniosité et la clairvoyance innovatrice, pour tenter d’éclairer un peu l’amorce d’épopée de ce groupe qui a su orienter le Slam vers une certaine transcendance et transporter des paroles justes, un sens moderne du jeu de mot (« G 8 ans » qui nous interpelle sur le sort imposé aux enfants du Tiers-Monde par la politique économique mondiale) et la magie de la langue française dans un vaisseau musical où se métissaient des influences nourricières, d’un élan de Blues  tellurique (« De là ») aux parfums orientaux (« Le citron frappé ») et parfois envouté d’une entêtante tourne hypnotique évoquant l’obsédant « Sinnerman » de Nina Simone (« Choukran »). M.Funke

 

« S’assèche et se craquèle

La croute terrestre

Qui ne connait plus que des pluies de plombs

Déformées par le fracas de la poudre aux yeux

Pleurs des enfants » (« Capital »)

L‘Ep « Tracé » qui annonçait la préparation d’un album à venir en 2017, distille, au gré des variations d’un climat sonore savamment détaillé, des textes, déclamés et chantés par la présence d’une voix grave et douce, qui nous invitent à l’appréhension d’un monde irrigué de sources culturelles hétérogènes et ouvrent de larges espaces à visiter. Il fonde une énergie propre à happer nos sens, au propos non dénué d’engagement, et implante des émotions pénétrantes, « des sédiments pour nos sentiments » (« Le citron Frappé ») qui après nous avoir captivés, nous rendent à nous-mêmes un peu différents : graves et légers, embrumés et extralucides à la fois, comme revenus à la pleine conscience après une hypnose, avec le sentiment d’avoir vécu un voyage authentique, « cet ailleurs qui devient un nouvel ici » (« De là »). Voyage que le public présent lors des représentations du groupe à l’affiche de multiples festivals jusqu’en fin 2017 ne pouvait que goûter et savourer avec plus de précision et de vivacité encore, Ecart et son univers investissant pleinement les scènes sur lesquelles il eut l’art de l’animer, avant de cesser ses activités -momentanément, espérons le- après la mise en ligne sur la page du groupe de l’extrait «L’échappée Bulle».  « Quoi qu’il arrive, qu’on y pense ou pas,  on ne fait que passer » précisaient les dernières paroles de la chanson « Passer au pas » qui clôture l’EP: rien n’est moins sûr pour ce groupe qui œuvrait à ouvrir un couloir d’air dont la fécondité pourrait s’avérer bien moins anodine que certains le crurent, et faire référence à l’avenir. Et quand bien même, Ecart n’aurait-il fait que passer pour « juste faire pousser des poignées de bonheur » (« Choukran »), il eut au moins l’intelligence de saisir la nécessité de le faire. Alors merci d’être passé.

Et puisqu’Il n’y a plus que les images rares et belles qui rassemblent (« De là »), des images telles qu’Ecart sut en imaginer, nous nous permettrons, par principe, de publier ce jour l’entretien que les membres du groupe nous avaient accordé lors de leur passage à Bordeaux en 2016 pour nous raconter un peu Ecart, sa genèse, son travail et sa vision.

 

– Bonjour messieurs et merci de nous accorder cet entretien. Ecart est une formation qui vient d’éclore, et pourtant chacun de vous a déjà un activisme de longue date dans la musique. Comment vous êtes vous connus ?

– Eric : Moi et Christophe nous connaissons depuis très longtemps, avec Alexis depuis un peu moins, mais on a toujours fait de la musique ensemble depuis notre rencontre. Nous avions fondé avec Christophe et deux autres amis, Fréderic Nevchéhirlian et Stéphane Paulin, puis Julien Lefèvre qui nous avait rejoints plus tard le groupe Vibrion. Le groupe s’est arrêté de fonctionner à un moment, car Fred avait l’envie et l’opportunité aussi de développer un projet solo ; moi aussi d’une certaine manière. Vibrion n’a pas clashé ; c’était une séparation un peu naturelle.

– Christophe : Certaines histoires connaissent des moments où les uns ne peuvent pas répondre aux besoins des autres, et vice versa. Donc les séparations se font naturellement, sans heurt, sans blessure, et chacun trouve sa voie personnelle à poursuivre. Un projet collectif est aussi formé d’individualités, qui ont besoin de s’exprimer ailleurs parfois. Ceci dit on continue de se voir ; l’an dernier nous avons joué avec Fred, et c’était plaisant de se retrouver sur scène ensemble. Mais Eric a une plume, et il fallait qu’il soit aussi reconnu pour ça. D’où la nécessité de faire vivre cet autre projet.

– Eric : Ce qui est positif, c’est que nous nous retrouvons dans une dynamique où chaque projet des uns et des autres sert quelque part les autres projets, dans un échange et un partage permanents. C’est en ça que ça me fait bizarre de dire que Vibrion est fini. Parce que malgré tout il reste une entité Vibrion qui existe encore, et impulse chacun de nous dans ce qu’on fait à la suite du groupe.

– Christophe : Cette expérience nous a confortés dans l’idée que l’écriture telle qu’on la connait dans le Slam ou la poésie déclamée avait une vraie place à prendre dans le paysage musical ; ça a permis d’assoir une conviction qui était la notre, de voir que ça pouvait fonctionner et qu’il y a un public désireux d’entendre ça. Il faut dire qu’à échelle régionale, autour de Marseille, Vibrion a été un des groupes, si ce n’est le groupe, précurseurs du genre, qui mettait en avant une poésie déclamée, très fournie, parfois alambiquée, à haut débit, inspirée du « spoken word » avec une proposition musicale autour du texte.

– Eric : Pour revenir à notre rencontre, il se trouve que je vis à présent à Lautrec dans le Tarn où est organisé un petit festival nommé « FestivAout ». En 2012 ce festival m’a programmé en me donnant carte blanche pour organiser le concert selon mes envies. J’ai donc appelé mes deux amis pour leur proposer de jouer en formation. Cela nous a beaucoup plu et nous avons décidé d’essayer de développer cette histoire. 

– Alexis : Eric s’occupait de l’atelier d’écriture du Café Slam de « Alors Chante ! » à Montauban, il y a 7 ou 8 ans. J’ai été voir une des scènes ouvertes, où il se produisait, et je lui ai demandé si ça ne le gênait pas que je vienne faire un peu de musique pour accompagner ses mots. Il était un peu sur la réserve, car normalement pour les puristes le Slam se fait sans musique. Des intégristes, il y en a partout ! Mais j’y suis allé quand même. Puis deux mois après, Eric m’a rappelé pour me proposer un trio avec un autre musicien. C’est à cette occasion qu’il m’avait donné un disque de Vibrion que j’ai adoré : j’ai découvert un univers qui me paraissait être une évidence. J’ai rencontré le groupe lors d’un concert quelques temps plus tard, où il m’a invité à jouer en leur compagnie sur scène. J’étais tellement fier et heureux de pouvoir jouer avec eux ! On a refait quelques collaborations, jusqu’au jour de ce festival à Lautrec où nous avons monté la formation Ecart. On s’est enfermés deux-trois jours pour mettre les choses au point. Auparavant j’avais beaucoup travaillé à la batterie sur le disque de Vibrion pour pouvoir être opérationnel sur ce genre de chose instable, car autant je connais bien la clarinette, autant j’ai appris la batterie de manière autodidacte, ce qui fait que je dois redoubler d’effort. Le concert s’est vraiment bien passé, simplement, avec une énergie incroyable. Pour moi, ce jour là, on a fait un tour de magie. Je n’en revenais pas ; j’étais comme un enfant émerveillé. La suite n’est pas toujours facile, mais il faut continuer, créer des opportunités, des événements, arriver à poursuivre cette aventure, même si c’est parfois compliqué, car nous avons chacun nos vies respectives, avec des projets qui prennent du temps. Et nous sommes aujourd’hui réunis pour aller au-delà d’un projet qui était amateur, malgré le professionnalisme qu’on pouvait y mettre. Il s’agit de passer à une étape supérieure en gardant l’âme.

– A contrario de nombreux groupe de Slam, vous développez autour des textes une création musicale inspirée et audiblement nourrie d’un métissage d’influences assez riche. Qu’est-ce que cette démarche non conformiste ou « non puriste » vous permet d’exprimer de plus?

– Christophe : Ça fait écho à une discussion qu’on a eue juste avant. Déjà il y a des terrains communs : beaucoup de musiques que nous affectionnons particulièrement, tous les trois. C’est pourquoi on trouve ce mélange là qui peut évoquer les grands espaces, la quiétude, quelque chose qui permet l’introspection et en même temps l’évasion. C’est d’ailleurs ce que permettent généralement les musiques dites métissées.

– Eric : Je n’ai pas pour ma part à proprement parler de formation musicale. Mais on se nourrit allègrement de nos expériences de vie, de nos rencontres musicales ; nous n’avons pas peur de nous laisser guider par nos influences. Il y a vraiment ce tronc commun qui fait que quand nous sommes tous les trois ensemble nous avons une vision élargie de ce que peut être la musique, et on aime aller vers tous ces chemins qu’on n’a pas forcément emprunté auparavant, mais qu’on prend plaisir à découvrir.

– Christophe : J’ai fait un petit passage en école de Jazz, qui n’a pas duré très longtemps, mais suffisamment pour me faire comprendre qu’on peut enrichir les choses tout en les réduisant harmoniquement. Par exemple on peut accumuler 4 ou 5 accords pour composer une chanson de rock ; mais on peut aussi fournir quelque chose de plus riche en terme de ressenti, en enlevant des informations harmoniques. Mais nous avons surtout appris de la formation de la vie, des rencontres, du contact de musiciens d’autres cultures. J’ai eu la chance de croiser des musiciens algériens, guinéens, et de pouvoir toucher du bout des doigts la musique d’Afrique.

– Eric : On a pas mal voyagé là bas. On est allés quelques jours à Kinshasa, en Egypte, au Bénin.

– Christophe : En revanche l’apprentissage de ces musiques-là ne s’est pas fait en milieu classique au sens scolaire. Il y a des musiques qui ne s’apprennent pas dans des structures. Et puis pour ma part, Vibrion a été une vraie école : j’y ai découvert l’art subtil d’accompagner les mots. Même si je ne suis pas devenu spécialiste du genre, mon jeu s’est développé autour de ça. J’affectionne particulièrement le fait d’être derrière, de « faire le tapis » sur lequel glisse le texte.

– Alexis : Mes propos vont rejoindre ceux de Christophe ; j’adore aussi faire ça, prolonger la résonance de l’âme des mots avec le son. Mais ce ne sont pas que les mots qui importent ; c’est aussi celui qui les dit, son corps, sa présence, son expression vivante. Il s’agit de jouer avec les sons des mots. Dans l’absolu effectivement, la musique n’a pas besoin de mots et les mots n’ont pas besoin de musique.

– Parlons des thématiques que vos chansons où si les réflexions introspective et émotionnelle  occupent un large espace, on distingue aussi un propos clairement engagé contre les injustices de l’humanité, et ceci se formulant toujours avec un souci palpable d’une esthétique de la sonorité des mots et des phrases. Comment les abordez-vous ?

– Eric : C’est un spectre assez vaste. Je parle du monde qui nous entoure. C’est-à-dire que les mots me viennent directement de ce qui m’entoure ; je suis inspiré par ce qui se passe autour de moi, dans un cercle plus ou moins large. Il n’y a pas dans mon écriture de thème particulier de prédilection. Mais je me qualifierais comme quelqu’un de plutôt humain, donc sensible à l’injustice, touché par ce que je trouve injuste ou complexe.

– Christophe : C’est aussi la conscience de l’autre. Evidemment nous vivons dans un monde compliqué, dans une société qui prône l’individualité, mais tu ne peux pas faire abstraction de l’autre.

– Eric : Et puis quand j’ai commencé à écrire, le but du jeu était de faire de la musique avec les mots, sans forcément vouloir donner un sens. Au départ je me suis vraiment mis à l’écriture en rencontrant la discipline du Slam ; faire sonner les mots était primordial. Et je me suis très vite rendu compte que le sens nous sautait dessus de lui-même. Je n’ai jamais eu avant de démarche littéraire à proprement parler ; c’est la chanson qui m’a donné le gout des mots. Et en français. J’ai toujours considéré comme une erreur de croire que cette langue ne peut pas sonner musicalement. Il suffit d’écouter pour s’en rendre compte. De toute façon je ne maitrise pas assez l’anglais pour écrire dans cette langue. Ceci dit je suis très touché par des chansons anglophones dont je ne comprends pas tout le sens, mais de la même façon dont je peux être touché par des chansons en Arabe, en Belge ou en Allemand. Hier soir on a joué à la Fac d’Albi, et une personne a déclamé un poème en allemand. Et c’était très beau. Pourtant on est souvent tenté de trouver cette langue gutturale et dure ; mais malgré tout il y avait une vraie musicalité, très touchante. C’est ce qui m’émeut en premier lieu. Et puis le fait d’écrire permet d’évacuer pas mal de choses ; c’est presque une thérapie. Du moins ça rentre dans un processus thérapeutique.

– Alexis : Dans le groupe, si je m’occupe des percussions et je joue de la clarinette basse c’est que je suis amoureux du son, plus que de la musique elle-même. La musique va plus loin que l’association de mots, de gens, de sonorités. J’aime ne pas être dans les conventions. J’adore être en milieu naturel, plus dans le minéral que dans le végétal ; mais j’aime quand même le végétal. Je me nourris de la percussion d’un chant d’oiseau par exemple. On n’a rien inventé. Si on a un tant soit peu d’acuité, même sans être musicien, tout est là et existe déjà. Tu vas aller à la poubelle, ramasser des objets, plastiquement beaux, qui sonnent évidemment, et c’est intéressant de voir ce qu’on peut en faire. Et je joue de tout ça. Bien sur j’aimerais pouvoir jouer de tous les instruments, explorer toutes les sonorités. Mais ce n’est pas possible, parce que je suis juste un occidental. Ni un Africain, ni un Russe, ni autre. Bien sur dans le groupe, on joue chacun de nos instruments respectifs, Christophe de la guitare et de l’oud, et moi des batteries et de la clarinette ; mais Christophe et Eric aussi font de la percussion. Tout ça glisse et se tuile. Il y a une énergie qui se passe entre nous, qui n’est pas écrite sur la disposition de la scène, mais que les gens découvrent en concert.

– Chacun des membres vit dans une localité différente. Comment se déroule le travail de composition ?

– Christophe : Pour ce qui concerne les compositions, il y a une base qui est faite par Eric, qui travaille de son côté à l’écriture. Ensuite selon les disponibilités de chacun, on s’organise pour se retrouver durant des périodes de plusieurs jours ou semaines. On fait un peu moins d’improvisation, car les choses sont fixées. Bien sur il y a toujours une part d’improvisation sur scène, qui émerge de ce qui est fixé aujourd’hui, qui va toucher une autre façon d’interpréter un titre ou de jouer des choses qui n’étaient pas prévues, ou de ne pas jouer du tout d’ailleurs, en décidant à la dernière minute qu’un titre va être interprété a cappella. Il n’y a pas de démarche délibérée de faire une impro ; ça se fait selon les sentiments du moment. Le concept du groupe n’est pas une forme de free jazz, ni une lecture musicale. Il y a un texte à respecter quand même, car les mots ont beaucoup d’importance. Et ce que nous souhaitons aussi c’est installer une transe, et ça, c’est une discipline. Il s’agit de prendre en compte les placements dans l’espace, avec le débit au devant –le parleur comme on dit dans certains pays- qui transmet la parole, et derrière le « tapis » musical en diverses strates pour que la parole puisse y glisser au mieux et aller là où elle doit aller. Avec Alexis, on tient un peu la maison à deux : ce n’est pas une formation classique ; il n’y a pas de bassiste, pas de pianiste. C’est un beau challenge pour nous et ça va très bien avec la poésie déclamée. Si on donne trop d’informations, c’est compliqué et les gens peuvent ne pas s’y retrouver. Donc nous jouons sur scène ce qui est sur le disque, bien sûr pas à la note près, car il y a des arrangements et on se fait plaisir à remanier des choses.

– La tournée actuelle a-t-elle pour but essentiellement la présentation de l’EP ?

– Eric : La présentation de l’EP a déjà un peu été faite. Pour les dates où nous allons jouer, nous sommes plus dans l’idée d’un travail de développement de notre histoire, et d’essayer de la cadrer dans une forme qui va être quelque chose qu’on va pouvoir « monnayer » autrement, même si ce verbe n’est pas très adapté à notre philosophie.

– Christophe : Réaliser un EP est une étape importante. La démarche permet d’inscrire concrètement une rencontre, et, pour nous, de renforcer la conviction que notre projet existe. Et puis c’est aussi un passage obligé, au sens où pour pouvoir convaincre les gens que ton projet vaut le coup, il faut déjà avoir un support, un enregistrement à laisser.

– Eric : C’est une manière de passer un cap, du plaisir qu’on a à faire les choses ensemble vers plus de plaisir. Il s’agit de prendre une image de là où on en est, une sorte de bilan, et une fois que c’est fait, de pouvoir continuer de construire autour de ça et après ça. Petit à petit on pose des pierres autour de la base. On va enchainer par une résidence, la création d’un vrai spectacle, et la finalisation d’un album qui est en fait en cours. Quelque part l’EP est le début du travail de l’album, et il permet aussi de ne pas rester enfermé sur soi, de recevoir des avis extérieurs, et de pouvoir se rendre compte de l’accueil du public, quand des gens présents au concert viennent acheter le CD à la fin.

– Alexis : Quoi qu’on en dise, on est dans l’ère du tout numérique. Et d’une part, les productions veulent un disque physique, d’autre part c’est un témoignage qui reste. Il y a des groupes que j’ai adorés il y a 20 ans et qui n’existent plus dont je possède un disque chez moi. C’est une trace qui reste.

– Christophe : Oui, c’est une trace, une archive, et puis aussi une source de financement pour bien d’autres choses concernant le développement du projet. On est loin d’en tirer un revenu, mais ça apporte un peu de moyens non négligeable pour  par exemple presser d’autres disques, continuer de communiquer sur le groupe en faisant des affiches, ou simplement régler un plein de carburant pour se rendre à un lieu de concert. C’est également un objet physique comme tu dis qui peut être sujet  de discussion, et donc source d’échanges, avec les gens qui viennent l’acheter à la fin des concerts. Les gens préfèrent toujours garder un souvenir du moment passé qu’aller acheter le disque plus tard à la FNAC. C’est direct du producteur au consommateur et immédiatement réinvesti. Pour la suite, on a une résidence prévue en octobre 2016, l’idée étant de pouvoir réaliser une sortie d’album début 2017. L’album va reprendre certains titres de l’EP ; puis d’autres titres, dont deux sont en cours de finalisation, vont s’ajouter. Les compositions tenaient déjà la route, mais on a voulu se faire plaisir et aller plus en profondeur dans l’écriture des morceaux. Et comme le projet est très ouvert, il n’est pas exclu qu’il accueille des invités, soit durant une résidence, soit sur quelques dates.

Ecart est avant tout une histoire d’amis. Mais les histoires d’amis, c’est une chose. Après quand on veut inscrire un projet professionnellement, qu’on veut le développer, qu’on est convaincus que cette histoire a sa place dans le milieu artistique comme on l’entend communément, on est obligés de s’astreindre à certaines contraintes, qui peuvent être pénibles car elle ne relèvent pas du métier d’artiste, et y mettre les moyens  pour faire entendre notre musique. Tout reste à faire, et le champ des possibles est bien grand.

Miren Funke

Photos : source page fb du groupe

Lien : https://ecarttrace.wixsite.com/ecart

page facebook du groupe https://www.facebook.com/ecartofficiel/

Membres : Eric cartier : https://www.facebook.com/eric.cartier.1426

Christophe Isselee : https://www.facebook.com/christophe.isselee

Alexis Kowalczewski : https://www.facebook.com/alexis.kowalczewski?fref=pb&hc_location=friends_tab

La vie en rose, histoire d’une chanson…

17 Juil

Avant-propos : 11 octobre 1963, Edith Piaf tire le rideau. Depuis, une palanquée de livres tout neufs viennent raconter des bouts de sa vie. Plus les émissions de télé, dont certaines nous font le coup de la môme née sur le trottoir de Belleville, 20 ans après la découverte de sa naissance à l’hôpital Tenon. Il y a aussi un spécialiste qui nous apprend qu’Edith convaincu Montand à adopter la chemise et le pantalon noirs… Alors que Montand a raconté pas mal de fois comment il a choisi cette tenue marron foncé, à Marseille, avant de venir à Paris, où il tombe la veste, Piaf n’y est pour rien, il ne la connait pas encore. Dans tout ce fatras plus ou moins arrangé au gré de la fantaisie des auteurs, il y a un point qu’on pourrait souligner, les chansons naissent souvent dans la solitude de l’artiste, mais c’est parfois une naissance dans une sorte de breanstorming, La vie en rose en est un bon exemple.

La vie en rose, (Edith Piaf/Louiguy)

Comment nait une chanson ? Parfois dans une création collective, dont tous les participants ne sont pas crédités.

Pour « La vie en rose » autour d’Edith Piaf qui en est l’initiatrice et l’auteur à 80%, il faudrait signaler Robert Chauvigny, Marianne Michel, Henri Contet, peut-être Marguerite Monnot, et bien sûr Louiguy.

Il y a plusieurs versions qui racontent l’histoire de cette chanson, en recoupant, et reprenant la chronologie, des faits se dégagent, en 3 temps :

1- Piaf a eu une idée de mélodie, qu’elle a travaillée avec son chef d’orchestre, Robert Chauvigny, sur une ébauche de texte.

2 – Quelques temps après Marianne Michel lui demande de lui écrire une chanson. Piaf esquisse quelques phrases, en disant « la musique était écrite » et dans les mots qu’elle a griffonnés , il y a « Quand je vois les choses en rose » Marianne Michel lui suggère: « … la vie en rose »

3 – Ensuite Henri Contet lui fait remarquer que pour première phrase, ce n’est pas la bonne forme, il faut introduire la cause pour que la suite soit cohérente… La cause ? Quand il me prend dans ses bras… L’effet ? Je vois la vie en rose… Edith Piaf revoit donc son texte : « Quand il me prend dans ses bras … »

La chanson est finie, mais Edith n’étant pas agréée Sacem comme compositeur, il faut trouver quelqu’un pour signer la musique. Marguerite Monnot sollicitée en premier refuse cette niaiserie, un autre compositeur se défile, plusieurs peut-être, et c’est finalement Louiguy qui accepte contraint et forcé. A ce moment, il est un des compositeurs «mineurs» de Piaf. Ça infirme quelque peu la version qu’il donnera après la mort de Piaf, en précisant qu’ils avaient ébauché cette chanson quelques mois avant la date officielle de la rencontre avec Marianne Michel, et il indique une date: le baptême de sa fille. Mais dans ce cas, Piaf qui était réglo, lui aurait proposé la signature en premier, avant Marguerite Monnot… La version tardive de Louiguy semble s’être un peu arrangée avec les années… Il n’a jamais démenti la version d’Edith de son vivant.

Et dans le «monstre» qui a servi à travailler la mélodie, ça commençait par :

«Mais ce qu’on ne savait pas /  c’est que monsieur Dumas/ était un hypocrite… »  On est loin de la vie en rose..

En conclusion : « Il y a sans doute 3 parts de vérité. Celle de Louiguy : la musique et quelques paroles ont pu être ébauchés le jour du baptême de sa fille. Celle de Piaf : Marianne Michel l’aurait incitée à finir le texte. Celle de Contet : lors d’un premier jet, aucune chanson n’est jamais parfaite, et les retouches sont souvent une oeuvre collective. Pour le reste, aucune des trois parts de vérité n’enlève à Piaf la paternité ou la maternité de « La vie en rose », créée par Marianne Michel, puis reprise par son auteur. » Extrait de « Piaf » par Pierre Duclos et Georges Martin, LE livre de référence*.

Depuis sa création, environ 500 artistes l’ont enregistrée pour plus de 1950 versions de « La vie en rose » . Pour une niaiserie, c’est pas mal … Toutefois, Edith était plus ou moins d’accord avec Marguerite, puisqu’elle n’a pas créé la chanson. Elle l’a gravée plusieurs mois après Marianne Michel. Ensuite, Louis Armstrong, en 1950, puis Marlène Dietrich, Diane Dufresne, Montand, Ute Lemper, Iggy Pop, Grace Jones, Emilie Simon et quelques autres ,

voir et écouter  ICI —->

 

 

 

 

 

*Dans les livres sur Edith Piaf, il y a de tout, mais pour les passionnés de chanson, et uniquement de chanson, le meilleur c’est « Piaf »  de Pierre Duclos et Georges Martin, et il est disponible en format poche.On y trouve l’inventaire précis de toute la vie musicale d’Edith Piaf, y compris les chansons jamais enregistrées, les séances studio, et les nombreuses chansons dont elle a été ACI.

 

Norbert Gabriel

Rencontres Marc Robine, vendredi 12 juillet 2019

15 Juil

            

 

Journée québécoise ce vendredi à Châtel-Guyon, en partenariat avec Auvergne Québec. Après les présentations en présence d’Edith Matthieu, présidente d’Auvergne Québec francophonie, vice présidente de la fédération France Québec, de Dominique Rousseau, président de France Québec, et Laurence Bérubé, une jeune québécoise, venue exercer un job d’été à Issoire, dans le cadre des intermunicipalités, programme jeunesse, programme destiné aux jeunes qui souhaitent venir travailler et mieux connaître le pays d’en face. France Québec, qui vient de fêter ses cinquante ans d’existence, d’échanges, d’amitié, c’est 3500 adhérents en France, 1500 au Québec, de nombreux jumelages.  Et si nous sommes là aujourd’hui, c’est parce que nous aimons le Québec, et les artistes québécois qui portent haut les couleurs de la francophonie. 

 

Photo MartineFargeix

Et c’est Claud Michaud qui arrive sur scène, avec sa guitare. Il nous raconte, qu’enfant, le sixième d’une famille de onze enfants, à la table familiale, son père disait aux enfants : Cessez de boire, de manger, de parler… Faites silence… C’est pour vous faire penser au bonheur, pour qu’il reste avec nous. On dit qu’il faut du courage pour être heureux disait Félix Leclerc. 

Et Claud Michaud nous parle de son admiration pour Félix Leclerc, homme de de mots, de parole, homme de radio, de théâtre, scénariste, metteur en scène, acteur, engagé pour la souveraineté du Québec, et pour la langue française : Il a allumé une petite flamme qui brille encore. Un géant qui a bâti. Et ses chansons sont plus actuelles que jamais. Et comment ne pas penser à lui, quand on entend la voix profonde tout en nuances de Claud Michaud ! Il incarne Félix Leclerc, avec sobriété et conviction,  ceux qui ont eu la chance de voir Félix Leclerc sur scène n’en revenaient pas. Et ce sont les plus belles chansons de Félix Leclerc que l’on écoute, avec enchantement, Bozo, Le train du Nord, nous rappelant cet accident ferroviaire au lac Mégantic, le déraillement  d’un convoi de 72 wagons citernes, contenant des millions de litres de pétrole brut, provocant un incendie, et tuant 47 personnes. La valse à Joseph, En attendant l’enfant, Les 100 000 façons de tuer un homme, Notre sentier, La drave, et il nous raconte ce qu’est la drave, fin mai, en forêt, on descend des billes de bois posées sur la glace épaisse, avec des bottes en caoutchouc percées, pour que l’eau s’écoule, un pic de métal dans une main, pour casser la glace, de la dynamite dans l’autre, et au cœur du courage. La fierté d’affronter la vie dure, de défier la mort, avec l’impression de s’amuser comme des enfants. :  Ça commence au fond du lac Brûlé,

Photo Martine Fargeix


Alentour du huit ou dix de mai.
La mort à longues manches,
Vêtue d’écume blanche,
Fait rouler le billot
Pour que tombe Sylvio.
Elle lui lance des perles,
Des morceaux d’arc-en-ciel
Pour lui crever les yeux
Et le briser en deux.
Sylvio danse et se déhanche
Comme les dimanches, les soirs de chance,

Remous qui hurlent, planchers qui roulent,
Parfums qui saoûlent, reste debout….

Une chanson que Claud Michaud chante en polonais, étant allé chanter Leclerc en Pologne, avec l’orchestre symphonique de Varsovie, il avait envie de leur faire ce cadeau, mais au début, en polonais ! Il finit en français : Moi, mes souliers, puis L’alouette en colère , et c’est Steve Normandin qui l’accompagne au piano pour la chanson testament de Félix Leclerc : Le tour de l’île. L’île d’Orléans, qui est comme un vaisseau qui traverse le temps…Le p’tit bonheur, que tout le monde reprend en choeur, une ovation debout, des rappels, et Claude Michaud nous chante L’hymne au printemps, une chanson de Maurice Fanon, L’écharpe, et une d’Henri Tachan : Pas vieillir, pas mourir. Un moment fort, où l’on a ressenti la présence de Félix Leclerc et apprécié tout le talent de Claud Michaud. 

Après avoir consacré des années à l’oeuvre de Félix Leclerc, et autres grands poètes, il revisite la chanson poétique au féminin , un vrai défi pour sa voix de basse,  avec son nouvel album, Comme si j’avais des elles,  Marie-Paule Belle, Danielle Messia, Pauline Julien, Michèle Bernard, Françoise Sagan, Marcelline Desbordes-Valmore, Mouffe… Le site de Claud Michaud :–> 

 

 

 

Photo MartineFargeix

On revient à 20 h 30, pour les concerts de Marion Cousineau, en première partie, et Paule-Andrée Cassidy.

La soirée commence par une chanson de Lawrence Lepage, reprise par Marc Robine : Le braconnier

Et Marion Cousineau arrive sur scène, avec sa guitare basse, pieds nus, pour son concert : Moi qui n’ai pas d’ailes : Même pas peur nous dit-elle, avec son doux sourire en coin, sourire de gamine, comme un paravent à ses fêlures, à sa fragilité, et elle nous embarque dans son univers, entre chansons et poésie, entre la basse et le piano, entre sourires et mélancolie, entre la France et le Québec, où elle a passé 8 ans de sa vie, après la Bretagne où elle est née, et la région parisienne où elle a passé une thèse de doctorat au département d’études cognitives de l’ENS à Paris. C’est au Québec où elle était venue pour approfondir ses recherches, qu’elle découvre et affine ses talents d’écriture, de musicienne, de conteuse, de tous les arts de la scène vivante, et du talent, elle en a , ses textes sont taillés au burin des émotions, et sa touche musicale très personnelle.

Photo Martine Fargeix

C’est un voyage au cœur de l’humain auquel on est conviés, tout en douceur, en subtilité, des portraits de femmes : Angèle, chanson née d’une rencontre dans un bar, La moitié de la beauté du monde s’est envolée en une seconde, quand on lui a pris son homme, Moi qui n’ai pas d’ailes, Vas y doucement, Comme une petite fille… Cap au Nord, etc… Et son interprétation de Sarment d’Allain Leprest, en rappel a mis toute la salle au bord des larmes, des larmes d’émotion. Et c’est sur ces mots qu’elle nous quitte: Si on laisse une trace, que ce soit celle d’un baiser. Je pars. Sûr qu’elle a laissé une trace,  un énorme coup de cœur pour moi qui la découvrais sur scène ce vendredi soir, et pour tous ceux à qui j’ai parlé à la fin de la soirée. 

 

On a pas le temps de se remettre de nos émotions, que c’est la pétillante Paule-Andrée Cassidy qui fait son entrée , en robe noire très sexy, qui souligne sa féminité à fleur de peau,  accompagnée de son pianiste, accordéoniste Steve Normandin. 

Paule-Andrée Cassidy, interprète hors normes, mais aussi compositrice, auteure, actrice, et metteur en scène auprès de jeunes artistes, promène dans le monde depuis 20 ans les chansons de Boby Lapointe, Léonard Cohen, Gilles Vigneault, Horacio Ferrer, Michel Rivard, Daniel Boucher, Brassens, Barbara, Reggie Brassard,  Sophie Anctil et d’autres auteurs-compositeurs de tous les pays… Et maintenant les siennes, de sa voix chaude et sensuelle. 

Elle a 7 albums à son actif et a obtenu de nombreux prix, dont le Grand prix de l’académie Charles Cros, et elle est la première québécoise à remporter le prix Jacques Douai, en 2015, conjointement avec Marie-Thérèse Orain. 

 Inclassable, elle peut être tango, quand elle chante en espagnol Garganta con arena, rock avec Perspective Nevski, ou chanteuse à texte avec Aragon , Gilles Vigneault, chansons à danser : Va danser de Gaston Couté, ou Libre-échange : Puisque nous sommes bénis deux fois par le désir et l’affection / Autant en profiter pour danser / Un tango panaméricain podorythmie, bandonéon / Levres de dulce de leche... chansons à s’émouvoir : Perlimpinpin de Barbara, Une branche à la fenêtre de Gilles Vigneault ,  qu’elle chante avec Steve Normandin . 

Jamais les fleurs du temps d’aimer
N’ont poussé dans un coeur fermé
La nuit, le jour, l’été, l’hiver
Il faut dormir le coeur ouvert…

Chansons à frissonner d’horreur avec La malédiction de l’ascension, mais Paule-Andrée chante cette chanson avec tant de jubilation qu’on arrive à  avoir une sympathie perverse pour cette Lottie aux yeux verts. 

 Inclassable, diverse, mais toujours au plus près de la sensibilité de l’auteur du texte. Et elle nous a offert la primeur de deux chansons qu’elle vient d’écrire, avec des compositions de Vincent Gagnon.

Evoluant sur la scène avec grâce et légèreté, déployant ses bras comme des ailes d’hirondelle, Paule-Andrée Cassidy, nous a charmés, enchantés.

Photos Martine Fargeix

 

Puis une finale-surprise en beauté pour clore cette soirée québécoise, les 4 artistes, Claud Michaud, Marion Cousineau, Paule-Andrée Cassidy, et Steve Normandin se sont rassemblés sur la scène pour chanter ensemble : Les gens de mon pays, de Gilles Vigneault : 

Je vous entends demain parler de liberté…

 

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Photo Martine Fargeix

Après une longue ovation debout du public, on a pu retrouver les artistes et leurs albums, dans le hall du théâtre. 

 Samedi 13, Oeuvres croisées : Le braconnier de Dieu, Brassens et Fallet, et du théâtre Petits crimes conjugaux, à Saint-Ours-les-Roches, à suivre…

 

Danièle Sala

    Rencontres Marc Robine, mercredi 10 juillet

12 Juil

                         

Après une balade volvicoise De pierre et d’eau, organisée par le Pays d’art et d’histoire, le musée Marcel Sahut, installé dans le domaine de Bosredon, si vous voulez en savoir plus sur ce musée,
clic sur le portail –>

c’est la maison de l’artisanat, Sculpteurs, graveurs, émailleurs, créateurs de bijoux montrent aux visiteurs un savoir-faire ancestral grâce à cette pierre de lave de Volvic. 

Les chantiers des tailleurs et sculpteurs de pierre, Dès le 13eme siècle, la Pierre de Volvic fut extraite en galerie au cœur de la coulée de lave du volcan de la Nugère. Pierre qui a servie à construire, entre autres, la cathédrale de Clermont-Ferrand. 

 La première source des eaux de Volvic, les travaux du sculpteur volvicois, Mr Legay Chevalier, qui découvrit le premier le trésor de la vallée du goulet, mais ne put faire aboutir son projet faute de moyens, furent repris par le docteur Moity, maire de Volvic,  de 1925 à 1929, les travaux de forage, d’aménagement, de distribution par canalisation furent terminés, et en 1933, 30 communes de la plaine de la Limagne furent alimentées par cette source. 

Puis la maison de la pierre, les vieilles maisons, beaucoup avec des treilles qui grimpent sur les murs, et des bancs devant les portes , les nombreuses fontaines sculptées . Balade découverte pour certains, balade souvenirs pour moi. 

cuarteto Afunalhue photos DR

Et nous nous retrouvons à 17 h, au Centre Culturel La Source, le concert Afunalhue, qui signifie rencontre des âmes, au Chili : Quatre voix, et une dizaine d’instruments pour interpréter les grands poètes du Chili, d’Argentine, et d’autres pays d’Amérique latine : Emile Sanchis, chant, guitare, direction artistique, François Dumas, chant, tiple, bombo, Marusia Rebolledo, chant, flûte traversière, quena ou kena, zampona, et Simon Sanchis, chant, guitare, tiple, accordéon. Les paroles sont dites en français, et les chansons en espagnol, espagnol influencé dans ces pays d’Amérique latine, par les différentes civilisations, précolombiennes, incas, mayas, aztèques, qui ont laissé une forte empreinte dans la culture et la langue. Et  pour pouvoir apprécier toutes ces chansons, porteuses de sens, de partage et d’amitié, une petite explication entre chacune d’entre elles.

Chansons hommages aux poètes : Le cuarteto Afunalhue est né en 2007, de la volonté de poursuivre les expériences musicales diverses de chacun d’entre-nous, dans une démarche commune. …. Nous souhaitons servir, avec humilité mais conviction, cet héritage artistique dans lequel nous nous reconnaissons, que nous voulons faire connaître et partager, jusqu’à en prolonger l’expression par des compositions personnelles mettant en musique les textes des grands poètes, Gabriela Mistral, Pablo Neruda, ou d’autres, moins connus.

Nous avons pu écouter Kena, une danse traditionnelle du Pérou, Exiliada del sur, L’exilée du sud, ( Violeta Para / Patricio Manns) : 

J’ai perdu un œil à Los Lagos dans un moment d’inattention
L’autre est resté à Parral dans les vins d’une taverne
Je me souviens de tous les désastres que mon âme d’enfant a vus
Misères et tromperies s’entrelacent dans mes pensées.
Entre les eaux et le vent je me perds dans le lointain.

La guitarrera que toca ( Patricio Manns), La Vida viene cantando,  Parteaguas, Las Lavanderas( Emile Sanchis), et bien d’autres.

Pour en savoir plus sur ce groupe, voir des photos, lire les paroles de chansons, il existe aussi un album, c’est là —>

Et la conscience dit enfin :
Chante l’homme dans sa douleur,
Dans sa misère dans sa sueur,
Et dans sa raison d’exister.
Violeta Para, Cantores que reflexionan

Photo Martine Fargeix

 

On enchaîne à 20 h 30, avec le concert de Baptiste W. Hamon, prix Marc Robine 2019 : C’est le premier prix que je reçois, j’en suis très fier ! avec la participation de Frédéric Bobin, premier prix Marc Robine. Et nous restons dans l’ambiance folk, avec tout d’abord une chanson de Marc Robine : Alerte, d’après le poème du pasteur Martin Niemöller, écrit à Dachau : 

Quand ils sont venus chercher les communistes, Je n’ai rien dit ; Je n’étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, Je n’ai rien dit ; Je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs, Je n’ai rien dit ; Je n’étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques, Je n’ai rien dit ; Je n’étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher, Et il ne restait plus personne pour protester.

Baptiste W. Hamon, on le dit le plus américain des chanteurs français, a d’abord chanté en anglais, dans le cadre de son projet Paris in Texas, il renoue avec ses racines françaises, en mélangeant ses influences folk et country. Découvert en 2014, avec sa chanson Les bords de l’Yonne, il publie trois  EP : Quitter l’enfance, Ballade d’Allan Seeger, et en 2015, Nouvel été, puis deux albums : L’insouciance, en 2016, et Soleil, soleil bleu, en 2019. Baptiste W. Hamon conjugue maintenant avec bonheur musique américaine et langue française. d’une voix grave et sonore qui tranche avec son air juvénile. Il chante des chansons de son dernier album Soleil, soleil bleu, enregistré aux Etats-Unis, pour chercher un peu d’inspiration, dit-il : En anglais : Coming Home, le plus ouvertement sous l’influence du vieux Sud américain, Annabelle, de Gillian Welch, Bloody Mary, une adaptation de Black Captain de Bonnie Prince Billy, Il rend hommage Townes Van Zandt : Van Zandt reste la figure qui m’a donné envie de chanter, comme s’il me murmurait à l’oreille. et des chansons de ses autres albums aussi, Joséphine, de son album L’insouciance : 

Moi j’aime une fille son nom, c’est Joséphine
Je prends sa main, on danse dans le noir
Moi j’aime une fille son nom, c’est Joséphine
Elle porte en elle les griffes du désespoir
Elle aime Wagner, elle bouquine Tropotkine
Elle cache des rimes, tout au fond de mon lit
Elle cache des larmes tout au fond d’un fou rire
Moi j’aime une fille qui a déjà songé au pire….

 Je brûle :

Pour toi tu sais, tu ne sais pas peut être
Je te l’dis alors
Pour toi souvent je suis comme dans un grand brasier
À la simple évocation de ton nom, de tes yeux
Je brule je brule peut être que je suis amoureux
Amoureux je ne sais pas je ne sais plus
De toutes façons je ne te le dirais pas
Pour ne pas t’effrayer pour ne pas m’effrayer aussi
Mais je brule je danse pour toi
Je ne me lasse plus d’être moi

Je brule je brule
Je brule de mille feux
Je brule de mille feux.

Ou encore, sur un tragique événement, les attentats de Novembre, et un un ami à lui qui s’en est sorti : Le visage des anges : 

Souvenir des brumes de novembre 
Le temps se tasse et grandi le silence 
J’ai chaud j’ai froid faut il ce soir que je flanche 
J’ai vu de près le visage des anges

Photo Martine Fargeix

Des chansons en duo avec Frédéric Bobin : Blowing in the wind de Bob Dylan, plus connue en France l’adaptation de Hugues Aufray : La réponse est dans le vent, ou encore une chanson cajun de Danielle Messia, que Marc Robine a aussi chantée : Le paradis des musiciens. 

Après les applaudissements chaleureux, et les rappels, Baptiste W. Hamon nous chante une chanson en hommage à Anne Vanderlove : Ballade en novembre, avec beaucoup d’émotion. 

Encore une belle soirée de ces rencontres. Hier, c’était la journée contes, et là, je file à Châtel-Guyon pour la journée québécoise, à suivre…

       

Le site Afunalhue –> 

Danièle Sala

 Rencontres Marc Robine, mardi 9 juillet 2019

11 Juil

   

 

 C’est à Volvic que débute ce septième jour des Rencontres, au Centre culturel La Source, avec une lecture théâtralisée : L’insoumise, de Robert Poudérou, pièce jouée pour la première fois en France, par la Compagnie du valet de cœur, avec Agnès Courmont, Marie-Françoise Savary, Hervé Moreul, et Jean-Yves Lenoir, lecture accompagnée au basson par Pierre-Alain Bégou, et au violoncelle par Gilles Chaldeyrou, musique qui souligne les moments sombres de cette histoire. 

C’est la vie de Flora Tristan qui se déroule, Flora Tristan, militante engagée pour les droits des femmes et des ouvriers, qui a participé aux premiers pas de l’internationalisme, a eu une vie compliquée, elle note dans son livre, Pérégrinations d’une paria :  Mon enfance heureuse s’acheva, à quatre ans et demi, à la mort de mon père. 

Son père n’ayant pas régularisé son mariage, elle était fille illégitime, et les difficultés financières, et sa mère l’ont poussée à épouser son employeur, Antoine Chazal, graveur, chez qui elle était coloriste, à 17 ans, un homme jaloux, violent et médiocre, qui va jusqu’à lui proposer de se prostituer pour amener de l’argent au foyer. Fille rejetée, mère  battue et humiliée, elle quitte le domicile conjugal, avec ses deux enfants, Antoine Chazal la harcèle alors, et va jusqu’à lui tirer une balle dans le dos qui lui perfore un poumon. Le procès se déroule, et malgré le zèle du jeune avocat qui défend Antoine Chazal, Flora Tristan garde la tête haute pour se défendre, et son mari est condamné à vingt ans de prison. 

Son voyage au Pérou pour essayer de se faire reconnaître par sa famille paternelle est un échec, elle écrit alors plusieurs livre, et entame un tour de France en 1843 pour rencontrer les ouvriers pour éveiller les consciences et les pousser à se rassembler :

Ouvriers, ouvrières, comptez-vous, pris un à un, vous n’êtes rien sinon qu’un grain de poussière broyé sous la grande roue. Mais rassemblez-vous. Unissez-vous. Vous êtes 5 millions, 5 millions c’est une force. «  

Flora Tristan s’est battue pour le droit au divorce et l’égalité sociale avec les hommes, elle est considérée comme une des premières féministes, elle a eu à se battre pour elle même, et a mis sa propre expérience au service des autres : Vous ne serez jamais des hommes libres tant que les femmes ne seront pas libres.

 

Photo Martine Fargeix

Nous arrivons à la fabuleuse soirée carte blanche à Frédéric Bobin : Fred Folk, toujours au Centre culturel La Source. Il n’y a que des guitares folk sur la scène, une contrebasse. C’est seul avec sa guitare que Frédéric attaque avec la chanson éponyme de son dernier album : Les larmes d’or, puis L’auto-radio de mon père. Frédéric, après les remerciements à On connaît la chanson,  nous annonce une soirée unique, éphémère, avec ses trois invités, autour du folk, visiblement ravis de partager cette soirée avec un public ami , il nous dit son attachement à l’Auvergne, et aux Rencontres Marc Robine : On me demande souvent quelles sont mes influences musicales, elles sont à la fois françaises, Brassens, Ferré, Barbara, Félix Leclerc… Et elles viennent aussi des pionniers du folk, Pete Seeger et Woody Guthrie, Bob Dylan, Léonard Cohen, etc…

Photo Martine Fargeix

Et c’est sa vie en Super 8 , Jimmy. Puis Frédéric Bobin nous présente son premier invité Mikael Cointepas, que l’on sait contrebassiste, et que l’on découvre chanteur, il met en musique des poèmes anglophones, comme  celui d’Emily Dickinson, poétesse américaine : 

Le courage ne se crie pas toujours. Parfois il est la petite voix qui te chuchote à la fin de la journée, j’essaierai encore demain… 

Après quelques chansons de Frédéric Bobin, Le soir tombe, Musiques Musique blessée, Jimmy, une référence à Times they are a changing de Dylan dans La pyramide, c’est Pierre Delorme, deuxième invité de Frédéric Bobin, qui entre en scène : Pierre, c’est à toi, dit simplement Frédéric Bobin. Pour présenter Pierre Delorme, qui ne fait pas la une des gazettes, je crois, non je pense, que c’est son ami Floréal Melgar qui en parle le mieux : 

Photo Martine Fargeix

Diction parfaite, paroles à tout instant compréhensibles, et tout ce qu’on attend de l’attention et du respect qu’un artiste porte à son public. Et quand la beauté des textes et des mélodies s’y ajoute, que demander de plus ? 

Pierre Delorme,  9 albums à son actif,  des textes subtils, des chansons poétiques, humaines, avec des mots simples, qui touchent en plein cœur, des mélodies taillées sur mesure, c’est toute une vie consacrée à la chanson, à la musique, une voix profonde, le geste sobre.
D’ailleurs, j’ai appris par lui qu’on pouvait tomber amoureux d’une musique, d’une chanson, voire d’une rivière, Un jour, j’ai entendu une émission à la radio, dans laquelle Georges Brassens expliquait qu’il pouvait rester pendant des jours amoureux d’une musique. J’ai donc compris qu’on avait le droit d’être amoureux d’une chanson, sans être ridicule, puisque Georges Brassens lui-même n’avait pas peur d’affirmer qu’il l’était parfois. Donc, je peux affirmer moi-même que je suis amoureuse des chansons de Pierre Delorme, même si je ne sais pas trop expliquer pourquoi, et j’ai été si heureuse qu’il interprète ses chansons ce mardi soir, merci à Frédéric Bobin de l’avoir invité à sa carte blanche ! 

Pierre Delorme a chanté ses propres chansons, Si l’amour existe, et une nouvelle qui pourrait s’intituler :  Je suis comme tout le monde, et  There but for Fortune, de Phil Ochs (chanson popularisée par Joan Baez) avec Frédéric Bobin, ou encore Léonard Cohen , adapté par Graeme Allwright :   Demain sera bien, et deux chansons de Townes Van Zandt :  avec Vincent Dupuis, le troisième invité de Frédéric Bobin,  à l’harmonica, Si je t’appelais, et Marie.

Frédéric a interprété  la chanson qui lui a fait découvrir Pierre Delorme : Je lisais dans ma chambre,  puis Le dernier voyage de Sindbad… 

Après une pause bavardage et boissons, les recettes du bar allant à l’école de musique de Volvic, une deuxième partie de Fred Folk, les chansons se suivent, les guitares claquent, et tout s’enchaîne dans une folle ambiance, Frédéric Bobin et Pierre Delorme chantent ensemble La Manic de Georges Dor, un travailleur sur le barrage de la rivière Manicouagan, s’ennuie, et écrit à son amie : 

Si tu savais comme on s’ennuie
A la Manic
Tu m’écrirais bien plus souvent
A la Manicouagan…  La fille du nord, La complainte du Partisan, Blowing in the wind,, en alternance avec d’autres chansons de Frédéric, La maison de mon grand-père, Joe de Georgie,   Y’a plus de travail dans ton champ de coton / On te fait GI, que tu le veuilles ou non / On te sort de ton trou quand le drapeau rugit / Ou bien tu mendies et tu mets les bouts… Singapour, Où je vais de Tom Paxton , chant de vagabond, chantée aussi par Johnny Cash, entre autres,  Frédéric nous raconte l’histoire de ses chansons, et c’est à la demande d’Alain Vannaire, qu’il a chanté une chanson de Marc Robine, qui fait écho à sa chanson Singapour, Les aciéries : 

Tout au nord du quartier ouest
Abritées par de hauts murs gris
Il y a les aciéries
Ou plutôt ce qu’il en reste
Car on ne voit plus de fumée
Au-dessus des cheminées
Plus de rumeurs de machines
Dans les couloirs de l’usine

{Refrain:}
Et les seuls bruits que j’entends
Ce sont les longues plaintes du vent
Qui se cogne dans le soir
Contre les murs sans mémoire . ..

Fred Folk et Cie.                Photo Martine Fargeix

 Standing ovation pour ces quatre artistes, et plusieurs rappels. Pierre Delorme a chanté At home , chanson de son album ça ira bien comme ça, et tous les quatre descendent vers le public, on termine par Le premier homme de Frédéric Bobin : 

J’adorais le veau d’or, tous les chemins faciles / Les retours aux aurores avec des filles faciles / Je suivais les cadors, les idoles de la ville / Et leur voix de stentor, leurs sirènes futiles / Et puis, tu es venue dans mon capharnaüm / T’as mis mon cœur à nu, je me sens comme le premier homme…

Superbe soirée folk dont on se souviendra longtemps, sous le regard de papier de Marc Robine, qui peut être fier de sa descendance musicale. 

 Je vous parlerai demain de la journée d’hier, la balade volvicoise, ville d’eau et de pierre, le concert Afunalhue, chansons d’Amérique latine, et concert de Baptiste W.Hamon, prix Marc Robine 2019. 

Danièle Sala

 

Rencontres Marc Robine, lundi 8 juillet 2019

10 Juil

Cette sixième journée, Journée Les Volcaniques, en partenariat avec les Brayauds, à Saint-Bonnet-près-Riom. Les Brayauds sont une association, loi 1901, crée en 1980,  Dans la vaste sphère du patrimoine rural, elle privilégie d’emblée les domaines de l’expression que sont la musique, le chant, la danse. Recherche, formation, et expression sont les trois axes majeurs de son action.  Et pour en savoir plus sur Les Volcaniques, c’est là : clic sur l’image –>

Cette journée commence par une conférence chantée, avec illustration musicale : De l’oralité à la chanson écrite, en France, jusqu’à l’invention de l’imprimerie au XV ème siècle, puis les nouvelles techniques de la  révolution industrielle de la fin du XIX ème siècle, avec Sébastien Guerrier, voix, guitare, François Fabre, accordéon, Didier Décombat et Eric Desgruillers.

Sébastien Guerrier Photos DR

Ils nous expliquent, à leur façon, les origines de la chanson orale, en France, ces chansons qui sont passées de bouche à oreille, empreintes de toutes les vies, ciment social de la petite histoire, celle des gens du peuple, chansons à bercer, à travailler, à danser, chansons à vivre, tout simplement, plus couramment appelées chansons folkloriques, il est bien difficile de dire quelle sont les plus anciennes,  parmi elles, il y eut La chanson de geste, La chanson de Roland étant la plus connue, fin XI ème. Chansons de troubadours ou de trouvères, célébrant l’amour courtois, les métiers, la nature, l’histoire, puis, à partir du IX ème siècle, on voit apparaître des créations non religieuses, satires anti-cléricales et irrévérencieuses, les troubadours chantaient en latin, ou dans les différents dialectes du pays. La différence avec les chansons écrites, c’est que la chanson de tradition orale, celle du peuple était méprisée par les gens qui savaient écrire.  

Puis au XIV, XV ème siècle, Charles d’Orléans ramène une œuvre considérable de sa captivité en Angleterre,  héritier de la tradition courtoise des troubadours et des trouvères. Et c’est les débuts de la chanson écrite.  Pierre-Jean de Béranger, chansonnier prolifique, auteur-compositeur, écrivain, poète, et homme politique, eut un énorme succès au XIX siècle, il attaque les magistrats, les jésuites, la Restauration, il était la voix du peuple, ce qui lui vaut de perdre son emploi, et d’être emprisonné, à deux reprises, il écrit de la prison, voici la fin d’une de ses chanson ,14 juillet : 

O liberté, ma voix, qu’on veut proscrire,
Redit ta gloire aux murs de ce séjour.
À mes barreaux l’aurore vient sourire :
Un beau soleil fête encore ce grand jour. 

La conférence est illustrée par des chansons, et des musiques, avec les instruments d’époque, la cistre, la mandoline, la  harpe, la flûte, accordéon.

Momitcheta Photo Martine Fargeix

Après un apéritif, et un repas de pays, le cuisinier m’a même donné la recette de la fameuse brandade brayaude, nous retournons dans la grange, pour le concert de Momitcheta, qui signifie jeunes filles en bulgare, cinq femmes chalonnaises, Eva Arnaud, Fanny Chamboredon, Sidonie Dubosc, Ruth Jorry et Rachel Jorry, qui reprennent des chants bulgares anciens, a cappella, un tout jeune groupe, c’est Eva Arnaud qui en est à l’origine, en 2018 : 

Eva Arnaud Photo Studio 3

Dans le cadre de mes études pour devenir professeur de chant à Lyon, je devais monter un projet dans un autre univers musical que ceux que je pratiquais. Les musiques amplifiées, le lyrique, le jazz… je connaissais déjà. Je me suis tournée vers la musique traditionnelle et Milena Jeliazkova, une chanteuse bulgare. Elle a entonné un air et j’ai eu des frissons partout immédiatement, explique la jeune femme. Et elle transmet la passions à ses quatre complices.

Elles interprètent ces polyphonies de leurs voix harmonieuses, avec beaucoup de sensibilité et de sensualité, l’émotion passe, même si on ne comprend pas les paroles, ces chants bulgares sont transmis de génération en génération depuis des siècles, ce sont histoires de femmes,  les premiers émois amoureux, la perte d’un enfant, le ménage, la lessive, qu’elles miment avec une parfaite maîtrise, histoires de femmes bulgares, histoires de femmes de partout…

Et à 23 h, c’est le bal, animé par trois groupes des Brayauds, Tournesol, Là Vielha et Phonème. 

Et, il me tarde de vous parler de la fabuleuse journée d’hier, avec L’insoumise, lecture théâtralisée accompagnée d’un basson et d’un violoncelle, sur le destin de Flora Tristan, une militante de la cause des femmes et des ouvriers, un peu oubliée. Et la soirée Fred Folk, carte blanche à Frédéric Bobin, à suivre…

 

Danièle Sala

Rencontres Marc Robine, dimanche 7 juillet 2019

9 Juil

arbre marsat

Photo D Sala

 

Comme il est agréable de se retrouver sous le grand tilleul du jardin boisé de la mairie de Marsat, pour un apéritif musical, suivi d’un repas chantant animé par Michel Conte, Michel qui n’en rate pas une, Jacques Vigneron, maire de Marsat, nous explique la déambulation de l’après-midi, entre autres, les maisons vigneronnes, l’église Notre-Dame de l’assomption, site clunisien, nous rappelant que trois deux rois  de France sont venus à Marsat, François 1er, et Louis XI, venu demander à la vierge noire de le protéger. Marsat, un village surprenant : « À en regarder ses maisons à toitures plates et son clocher couvert de tuiles creuses, Marsat ressemble à un petit bourg d’Ombrie ou de Toscane ». ( Me François Morel)… Ici, la tour du château de Marsat :

On a vu l’habitat vigneron, il y en a un peu partout en Auvergne, qui a été et est toujours une région viticole, des maisons à escaliers, avec la cave au rez-de-chaussée, et une treille qui grimpe sur les murs.

 Des chansons, on en a eu, des très bien, des moins bien, mais bravo à tous ceux qui ont osé ! Françoise, Les ponts de Paris, un bel hommage à Anne Vanderlove qui vient de nous quitter, Ballade en novembre, par Fabrice Péronnaud,  et Fabrice nous a rappelé que Marc Robine, quelques semaines avant sa mort, avait tenu à terminer de peaufiner l’album de country-folk d’Anne  Vanderlove : Femme de légende, arrangements, direction artistique et musicale de Marc Robine. On a aussi entendu Yves Duteil,  La puce et le pianiste, Edith Piaf, Chanson triste, et Michel Conte de rajouter : Si tu fais pleurer le tilleul, on a l’infusion tout de suite. 

Agnès Mollon

Brassens, La marche nuptiale, Fabrice nous dit Le Gorille de Brassens, à sa façon, très personnelle, on a mesuré la popularité de Jean-Jacques Goldman, quand tout le monde a repris en choeur Je te donne, ou Envole moi, par  Marie-Christine, du comité des fêtes de Marsat, et commentaire de Michel Conte : Pour les enfoirés, c’est pas gagné ! Et la chanson Envole moi de Goldman détournée par Agnès Mollon, conseillère municipale d’Europe écologie à Riom : Empoisonne- moi, et Quitte moi pendant la coupe du monde. On a tous chanté Jean Ferrat, C’est beau la vie,  Emile Sanchis et Michel Conte, nous ont chanté une chanson mexicaine, je ne sais plus qui : Yves Jamait, Même sans toi... René et Françoise ont chanté Joe Dassin, Salut les amoureux, Gérard Brun Le p’tit bonheur de Félix Leclerc, etc…

Toutes ces chansons autour d’un bon repas, et tout bon repas amène aux pauses. ( Michel Conte).

Puis le rassemblement pour le départ de la déambulation  avec la troupe Art’Terre d’Auvergne, quinze acteurs, musiciens et chanteurs, Kameloot :  le roi Arthur et ses chevaliers arrivent : Oyez, oyez braves gens, notre roi nous a convié à venir aujourd’hui dans la bonne ville de Marsat. 

Et les intermèdes se succèdent, au fil de la promenade, la dispute du roi Arthur avec son gendre qui ne parle que de tortures, de pendaisons, d’écartèlement, alors que lui rêve d’une Bretagne où il n’y aurait plus de peine de mort. Des combats de chevaliers, place des frères Peyrol, le rapport d’un étrange combat par deux chevaliers à un moine, qui, finalement n’inscrira rien sur son livre, car l’histoire était scabreuse.

Nous nous retrouvons au cloître de l’église, pour un spectacle de lecture et musique, à partir du recueil de Jean-Yves Lenoir : Le ciel est le maître du théâtre, vingt contes, tous inspirés d’événements de la vie, de ces quatre ou cinq dernières années. Ce sont les petites musulmanes enveloppées dans leur khimar ou leur hijab aux couleurs pastels. Ce sont les Roms, qui traversent le village et sont censés voler des poules et des bottes d’osier : derrière eux virevoltent les deux petites Romanichelles, Mia et Liance. C’est la petite Syrienne à la robe rouge de la Ghouta, qui fait la une des journeaux occidentaux et des réseaux sociaux. Ce sont les lycéennes de Kandahar défigurées par l’acide sulfurique. C’est ce nuage étrange et maléfique, au nom venu d’Islande, qui assemble pêle-mêle les lettres : Eyjafjallajökull…

lenoir-jean-yves

Photo DR

Jean-Yves Lenoir, comédien, metteur en scène, écrivain, enseignant la diction et l’art dramatique, dirige la compagnie de théâtre Le Valet de cœur à Clermont-Ferrand, il raconte avec conviction, et une parfaite maîtrise ces faits de société, petits drames du quotidien, des textes accompagnés en musique par deux jeunes musiciens du conservatoire de Clermont-Ferrand, Matthias Egger au violon, et Guillaume Faure au hautbois, et à la flûte, Jean-Yves Lenoir s’excusant pour l’absence de Justine Chapuis, souffrante :

J’ai imaginé ce spectacle évidemment à partir des contes mais aussi afin de mettre en avant ces trois jeunes musiciens qui n’ont pas encore l’habitude de rencontrer le public. Ils le méritent vraiment.  Contemporaines, ou plus classiques, les musiques donnent le ton, la couleur aux mots, les musiques ont été choisies conjointement par l’auteur des textes et les musiciens.

A 19 h, la fête continue, musique, chansons, impros, suivies d’un apéritif et d’un dîner amical.

Et demain, c’était hier, la journée des Volcaniques à Saint-Bonnet-Près-Riom, en partenariat avec les Brayauds, dans et autour de la grange où ont débuté les premiers festivals de On connait la chanson.

 

Danèle Sala

Festival Musicalarue 2018 : rencontre avec The Very Big Small Orchestra

9 Juil

Finissons en tradition cette série des entretiens réalisés lors du dernier festival Musicalarue, avec la continuité dans le changement (pour reprendre ironiquement un slogan usité) que nous proposent chaque année Denis Barthe et ses complices, revenant à Luxey tour à tour avec une formation différente chaque fois ou presque, ces compagnons de route et de Rock additionnant les projets musicaux et les expériences vivifiantes, et nous ayant accordé un entretien en 2016 pour le groupe The Hyènes [https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2015/10/14/musicalarue-un-festival-pas-comme-les-autres-entretiens-avec-the-hyenes-gerard-baste-et-ses-complices-xanax-et-dr-vince-flavia-coelho-pierre-lapointe-billy-ze-kick-et-datcha-mandala/], qui vient d’accueillir Luc Robène (guitariste du groupe Strychnine) en son sein et dont le prochain album est en cours de financement participatif via la plateforme Ulule ici ,
Clic sur la photo –>

(vite : plus que quatre jours pour participer!)

et en 2017 avec Mountain Men [https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2017/08/21/musicalarue-rencontre-avec-the-mountain-men/]. En 2018, c’est avec The Very Big Small Orchestra que le batteur de Noir Désir remontait sur scène aux côtés de Vincent Bosler (The Hyènes), de l’harmoniciste Kiki Graciet venu joué lors du concert des Hyènes, du violoniste Don Rivaldo Tutti Corto et de leurs acolytes, le groupe présentant la particularité d’une géométrie variable en formule réduite à un trio (guitare, violon, harmonica) ou plus ample et garnie au gré des compagnons venus partager la scène (batterie, accordéon, basse, parfois saxophone et steel drums) . Si les premiers instincts suivis conduisirent cette aventure à orchestrer à une sauce toute personnelle et avec un éclectisme revendiqué des reprises de standards de Rock et de Metal, avec le troisième album « Gagarine » sorti l’an passé, le groupe propose des compositions originales en Français, en Anglais et même en Basque (« Hitzek »), adjointes de reprises et de titres de la bande originale du court-métrage « Fishing in the Moolight » de Christian Monnier, qui prolifèrent dans l’ambiance d’un univers westernien aux sonorités folk-rock et blues.

– Bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Denis, voilà plusieurs éditions de Musicalarue qui nous offrent le plaisir de te retrouver, et cette année encore avec un autre projet que les deux années précédentes. Peux-tu nous en parler ?

– Denis : C’est une ancienne nouvelle formation, qui ne s’est jamais vraiment formée ni déformée.

– Vincent : On a un album qui sort en septembre, donc on est un peu plus sur le coup avec ce groupe cette année, mais le groupe a un peu toujours exister sans vraiment exister : c’est un peu comme The Hyènes au départ.

– Denis : Au départ ils n’étaient que deux : Kiki à l’harmonica et Vincent au chant et à la guitare. Après Hervé est arrivé au violon. Enfin je ne me souviens plus la chronologie exacte. Mais un soir ils jouaient à Biscarosse, et m’ont appelé pour venir écouter et jouer un ou deux morceaux à la percussion avec eux. Finalement je suis resté tout le concert. Et comme je le disais à Mel [Melissmell présente lors de l’entretien], jusqu’au troisième album, il n’y avait pas une seule répétition au compteur.

– Comment faisiez-vous donc?

– Vincent : Comment faisait-on avant ? Je ne sais pas ; je me demande comment on fait maintenant ! On est obligé de répéter.

– Denis : On deviendrait presque sérieux ! C’est inquiétant.

– Vincent : Blague à part, on faisait énormément de reprises, donc on n’avait pas besoin de les répéter vraiment. Tout le monde connaissait les morceaux ; c’était vite monté à notre sauce. Maintenant on a plus de compositions, donc on est forcément obligés d’avoir un minimum de rigueur. Mais on revendique ce côté récréatif.

– Denis : Le côté bordélique, c’est quand même un truc intéressant. J’ai du mal avec tout ce qui est structuré et prévu à l’avance ; c’est souvent naze. Je pars de cette phrase de Coluche : « c’est au pied du mur qu’on voit le mieux le mur ». J’ai tendance à penser qu’on a des bonnes idées dans l’urgence. C’est au moment où il faut y aller qu’il faut y aller. Quand tu te dis que tu as un an pour faire un album –et je n’aime pas les longues périodes de studio, ni eux non plus- ça ne va pas. On se cale sur quelque chose de rapide et il faut que ça sorte là. Si ça ne sort pas, c’est qu’on est mauvais, ou que ce n’est pas le moment, ou qu’on n’a rien à se dire.

– Vincent : Si tu as un an pour faire un album, en général tu attends trois cent cinquante jours et tu fais tout dans les quinze derniers ; on y va à l’arrache.

– Denis : Plusieurs projets se sont fait comme ça, parce que tu avais le feu aux baskets. Ou alors tu refuses, tu rentres chez toi et tu attends qu’un truc génial te tombe du ciel. C’est un truc que je dis tout le temps aux gamins, et pour les vieux cons comme nous, c’est valable aussi : on a plein de portes, et il faut les pousser et les ouvrir pour voir ce qu’il y a derrière. Au pire, qu’est-ce qu’on prend ? Un râteau ? La belle affaire ! Au pire tu sais que c’était « non » ; mais il vaut mieux y aller que de rester avec des « peut-être ».

– Que vous apporte de jouer dans toutes ces formations différentes qui comptent tout de même pas mal de membres en commun ?

– Denis : Pas mal d’emmerdes de calendrier ! Avant j’étais contre le clonage, maintenant je suis pour.

– Vincent : Je pense qu’on aime bien travailler ensemble. Ca fait plusieurs années qu’on se connait ; c’est un peu la même mafia, et on aime bien faire venir les potes les uns chez les autres et se confronter à de nouvelles expériences, tout en ayant un truc qui est qu’on n’a que des groupes qui sont des side-project. Il y en a de plus sérieux que d’autres évidemment, mais tout reste quand même assez léger et c’est en fonction des périodes qu’on va plus vers un projet que vers l’autre. Ça maintient un certain équilibre : on sait que cette formation là va tourner pendant un moment donné, donc qu’on est libérés des obligations militaires envers les autres pendant un certain temps.

– Denis : Et s’il n’y avait pas tout ça, on se reposerait sur nos lauriers. Là on est toujours curieux, quoi que quand il y a un truc comme le BD Concert ou comme The Hyènes, on est sur le grand écart. The Very Big a un accordéon, un violon, un harmonica, donc forcément ça change nos manières de jouer ensemble, ça change l’approche de la composition, et ça nous oblige à être curieux, alors qu’en tant que grands fainéants, on ne le serait peut-être pas tout le temps. On pourrait très bien ne faire qu’un album à tourner ensemble. Quand tu deviens Bruce Springsteen, c’est bien. J’aime bien les gens qui tracent le même sillon en essayant toujours de le faire le mieux possible. Springsteen pour moi c’est l’exemple du mec qui toute sa vie a tracé le même sillon en essayant de le creuser le plus profond et le mieux possible, chose que sur la fin de leur carrière n’arrivent pas à faire les ACDC.

 

– Quelle dimension vous apporte la richesse sonore de ces instruments acoustiques que sont le violon, l’accordéon et l’harmonica ?

– Vincent : C’est un groupe plus cinématographique. On a fait des BO pour des courts métrages, rien de très sérieux. Mais la façon d’aborder la musique est assez cinématographique. L’harmonica évoque plein de choses, l’accordéon aussi : on y est de suite. C’est comme ça que je vois la chose.

– Denis : On est sur une musique en profondeur de champs. Quand on a réfléchi au BD Concert, l’harmonica était évident, le violon aussi. Alors que deux grosses guitares saturées ne m’auraient pas parues évidentes. A l’époque on ne bossait pas avec Pascal, mais s’il avait été dans le coin, on lui aurait proposé un truc. C’est un peu à la carte aussi : lorsqu’on a un projet qui nait, on en discute et on se propose les uns les autres d’y participer ou pas. Tant que tu prends du plaisir et que tu as l’impression de bien le faire, que tu rentres chez toi avec le sentiment que tu as bien joué, que ça s’est bien passé et que les gens y ont pris du plaisir, tu es content. On a la chance d’avoir un public qui nous donne l’impression de jouer devant des potes. Même si ce sont des gens qu’on rencontre pour la première fois, on a l’impression de les connaitre depuis quinze ans. Et ici à Luxey, c’est encore plus comme ça.

– Vos compositions se structurent-elles collectivement avec ces instruments ?

– Denis : Il y a quand même souvent une idée de base, mais parfois le morceau au final ne ressemble plus du tout à l’idée qu’on s’en faisait au départ. Et parfois il y a une idée qui conduit le processus et qui est bonne du début à la fin, et on ne fait que jouer autour. Je peux me tromper, mais je crois qu’il n’y a jamais eu de frustration de certains ayant le sentiment que leur idée avait été dénaturée ou quoi que ce soit de ce genre.

– Vincent : C’est aussi souvent un groupe à géométrie variable, car on peut jouer à trois en Very Small Orchestra, à plus en « Very Moyen Small » avec la contrebasse ou en Very Big Small tous ensemble. Les trois du Very Small, nous sommes tous de Bayonne, donc on se voit forcément plus souvent et on a jeté les bases du truc, et ensuite, comme nous sommes un groupe très « à l’arrache » mais aussi un groupe « 2.0 », on s’envoie les choses par mail. Au final on en discute plus qu’on répète, et une fois qu’on arrive à la répétition, on a déjà discuté de la chose.

– Avez-vous, en tant que musiciens historiques de la scène rock française, et plus particulièrement aquitaine, participé à l’étude de Luc Robène et Solveig Serre sur l’histoire de la scène punk française, « Punk Is Not Dead » [https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2018/06/21/punk-is-not-dead-une-histoire-de-la-scene-punk-en-france-entretien-avec-luc-robene/] ou contribué aux colloques organisés dans son cadre?

– Denis : Luc m’a appelé il y a trois ou quatre ans ; on était à la Philarmonique pour les quarante ans du Punk. Le colloque s’est ouvert avec le directeur de la Philarmonique qui a cité Gogol Premier. On a passé deux jours à parler du Punk et le soir, il y avait concert. On a joué avec tous les vieux copains : La Souris Déglinguée, Les Sales Majestés, Oberkampf, et tous ces gens. Et le second coup, j’avais invité Olivier [Olivier Mathios, The Hyènes] à venir, car ça manquait cruellement de bassiste. On devrait le refaire le treize octobre à Paris.

– Vincent : Il y a un bon vivier de trucs punks au Pays Basque. Quelque chose devrait s’y tenir.

– Denis : C’est agréable de voir que ces gens sont toujours vivants, debout et ont toujours envie de mettre le bordel. J’ai pris beaucoup de plaisir à jouer avec Arno Futur ; ça a bardé ! C’est un mec bien ; ce sont des gens qui sont restés positifs. On a souvent essayé de donner une image négative du Punk, mais ces gens là ne se sont pas battus que contre des moulins, parce que ces moulins tournent encore vachement bien et nous en mettent plein la gueule. Il ne faut pas oublier que le « No future », la phrase d’après était « no future for you ».

 

– N’est-il d’ailleurs aujourd’hui, avec toutes les initiatives et les tentatives de mode de vie et de consommation alternatives qui se développent, pas plutôt question de quel futur plutôt que de « no future » ?

– Denis : Tous les jours, on t’éteint une petite liberté. Tous les jours tu te lèves et il y a quelque chose d’autre que tu ne peux plus faire, parce que ça dérange, que c’est inconvenant. La devise sur le fronton des mairies commence par « liberté ». Et c’est la liberté qui en prend plein la gueule tous les jours.

– Vincent : C’est libéralisme, égalitisme, fraternitisme.

 

– Est-ce que Melissmell  (entretien ICI)    ici présente va venir jouer avec vous ce soir ?

– Denis : Si on avait su, on aurait fait un truc ! J’ai appris hier par texto qu’elle serait là.

– Melissmell : Est-ce que vous savez faire quelque chose en mi majeur ? 

– Vincent : De toute façon, on ne joue qu’en mi majeur ! On n’a rien chronométré ; on ne sait même pas combien de temps va durer le concert.

– Melissmell : Un jour prochain…

 

Miren Funke

Photos : Carolyn C, Océane Agoutborde, Pascal Laplassotte

Liens: The Very Big Small Orchestra : http://theverysmallorchestra.fr/

https://www.facebook.com/The-Very-Small-Orchestra-officiel-162661297099046/

Lien Ulule pour la souscription au prochain album de The Hyènes : https://fr.ulule.com/album-the-hyenes/?fbclid=IwAR3-5xMY4sGaymQcPQ6QUs6rp2HyOK3joGKMgjYjjubvmFT2nQp3iW-saMo

Site : https://www.label-athome.com/thehyenes.html

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