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82 723 nuances de Summertime …

5 Fév

Naissance d’un des plus grands succès en musique .. Quand Porgy and Bess opéra adapté du roman Porgy de DuBose Heyward est présenté à Broadway, personne n’imagine que c’est une berceuse qui va devenir un des plus grands succès du jazz dans le monde entier. Un regroupement de collectionneurs d’enregistrements de Summertime (The Summertime Connection) affirme avoir recensé, au 31 juillet 2020, 98 400 interprétations publiques dont 82 723 auraient été enregistrées (dont 70 820 seraient dans leur collection).

Dans le livret de l’opéra, Summertime est une berceuse, on va entendre que toutes les versions ne l’ont pas entendue comme ça … Surtout Janis … Et au fil des années, les versions roots des débuts deviennent de plus en plus sages, en voici quelques unes,, dans la tradition du jazz, car il y a eu des interprétations dans tous les genres musicaux.

 Gershwin

 

Paul Robeson

 

Bechet avec intro guitare

Acker Bilk

 Billie 1936

 

Billie

 Louis et  Ella

Sarah Vaughan

 

Norah Jones solo piano

 Willie Nelson duo piano guitare

 Nina Simone

 

Chris Barber Big Band en concert avec Ray Nance /Alex Bradford violons

 REM

 Tchavolo Schmitt

 Version très particulière,  Fabien Marsaud avec la soprano Élise Oudin-Gilles

 

Janis Joplin

Summertime Auteurs-compositeurs Ira Gershwin :DuBose Heyward, George Gershwin, texte et traduction.

Summertime

Heure d’été,

And the livin’ is easy

Et la vie est facile

Fish are jumpin’

Les poissons sautent

And the cotton is high

Et le coton est haut

 

Oh, your daddy’s rich

Oh, ton papa est riche

And your mom is good lookin’

Et ta maman est belle

So hush little baby

Alors, chut, petit bébé

Don’t you cry

Ne pleures pas

One of these mornings

Un de ces matins

You’re going to rise up singing

Tu vas te lever en chantant

Then you’ll spread your wings

Ensuite, tu déploieras tes ailes

And you’ll take to the sky

Et tu les prendras au ciel

But till that morning

Mais jusqu’à ce matin

There’s a’nothing can harm you

Il y a un rien qui peut te nuire

With daddy and mamma standing by

Quand papa et maman sont à tes côtés

One of these mornings

Un de ces matins

You’re going to rise up singing

Tu vas te lever en chantant

Then you’ll spread your wings

Ensuite, tu déploieras tes ailes

And you’ll take to the sky

Et tu les prendras au ciel

But till that morning

Mais jusqu’à ce matin

There’s a’nothing can harm you

Il y a un rien qui peut te nuire

With daddy and mamma standing by

Quand papa et maman sont à tes côtés

 

Porgy and Bess est un opéra composé par George Gershwin sur un livret d’Ira Gershwin et de DuBose Heyward, adaptation de la pièce de théâtre Porgy de Dorothy  et DuBose Heyward (créée à Broadway en 1927), elle-même adaptée du court roman Porgy de DuBose Heyward (publié en 1925). Ces trois œuvres traitent de la vie des Afro-Américains dans le quartier fictif de Catfish Row à Charleston, en Caroline du Sud, au cours des années 1920.

La première version de l’opéra, d’une durée de 4 h (en comptant les deux entractes) fut jouée de façon privée en concert au Carnegie Hall à l’automne 1935. La première eut lieu au Colonial Theatre de Boston le 30 septembre 1935, comme un essai pour Broadway où le début de Porgy and Bess a été donné à l’Alvin Theatre de New York, le 10 octobre 1935. Mais il a fallu attendre les années 1980 pour qu’il soit reconnu aux États-Unis comme un véritable opéra au XXI e siècle, c’est un classique du répertoire lyrique américain.

Summertime est la chanson la plus connue de cet opéra : elle a été reprise par de nombreux artistes, principalement en jazz vocal et instrumental.

Musicalement, Porgy and Bess réussit une synthèse innovante entre les techniques orchestrales européennes, le jazz américain et la musique populaire. Porgy and Bess

Porgy and Bess raconte l’histoire de Porgy, un mendiant noir estropié vivant dans les taudis de Charleston, en Caroline du Sud, qui tente de sauver Bess des griffes de Crown, son concubin, et de Sportin’Life, un dealer qui voudrait la prostituer.

Porgy and Bess, réalisé en 1959 par Otto Preminger, est le dernier film produit par Samuel Goldwyn. Sidney Poitier (Porgy) et Dorothy Dandridge (Bess) sont doublés par des chanteurs d’opéra. Sammy Davis Jr. joue le rôle de Sportin’Life.

Depuis 1974, on ne peut plus voir ce film : cette année-là, les ayants droit de George Gershwin ont fait interdire sa diffusion, considérant qu’il trahissait l’œuvre d’origine en en faisant une comédie musicale plus qu’un opéra.

En 1993, Trevor Nunn réalise une adaptation pour la télévision.

And the show must go on,  le spectacle continue ..

 

Norbert Gabriel

L’art est essentiel #la culture est essentielle # les artistes sont essentiels

29 Oct

En préambule à cette réflexion de Camille Solal, on peut mettre en exergue :


« Aujourd’hui j’ai envie de partager ma pensée et de prendre position. Sur quel sujet me direz-vous ?

C’est une réflexion de fond en réaction à des annonces gouvernementales qui, depuis le mois de mars maintenant, ont mis systématiquement les artistes dans la case “non essentielle.”

En effet pendant les confinements, les commerces “essentiels” restent ouverts. Et tout ce qui n’est pas “essentiel” ferme.

C’est-à-dire, selon ces mesures, les théâtres, les cinémas, les salles de concert, toutes les manifestations culturelles.

Qu’est-ce que cela signifie profondément ? Et bien cela signifie profondément pour ceux qui prennent ces mesures que les artistes ne sont donc pas essentiels à la vie.

Donc que la vie peut être vécue sans art et sans culture. Et même pire, que la vie menée par les artistes et les personnels de la culture n’ont aucun sens, dans le sens justement que ce n’est pas “essentiel”.

J’ai évidemment un réel problème avec cette vision ; peut-être que c’est une maladresse de communication ?

Peut-être qu’on aurait pu dire “nous savons que la culture et l’art sont absolument essentiels et fondamentaux à la vie telle que nous la chérissons, mais puisqu’il faut bien faire des choix et des arbitrages nous allons limiter à la vie du corps physique c’est-à-dire la nourriture et le papier toilette. “

C’eût été une communication plus respectueuse et pour le coup qui aurait fait plus de sens.
Surtout qu’il n’y a pas si longtemps, presque 15 jours maintenant, un professeur de la république a été décapité et que l’argument principal qui a été brandi pour lui ou contre lui était le droit à l’art et à la culture. Donc il faut se mettre en cohérence et ne pas utiliser l’art et la culture seulement quand ça « arrange » n’est-ce pas ? Car enfin nous sommes tous des êtres éminemment spirituels, la vie seule du corps physique ne suffit pas, cela s’appelle la survie.

Or la survie est normalement conditionnée à quelques heures, quelques jours voire quelques semaines lorsqu’on est à l’hôpital et qu’on se bat contre la mort, lorsqu’on est pris dans une avalanche, lorsqu’on est tombé dans un ravin etc. Dès que le stimulus de danger de mort est passé alors la vie reprend son cours ; y compris chez des malades très graves atteints de cancers longue durée, ils cherchent à « profiter » de la vie et pas juste à « survivre ». Car survivre pour survivre n’a aucun sens.

Et l’essence même, l’essentiel de la vie c’est la recherche ou plus exactement la définition du sens. Je vous invite sur le sujet à lire ou à relire « La logothérapie » de Viktor Frankl . C’est un psychiatre autrichien qui a survécu aux camps de concentration et d’extermination et qui a pu analyser son vécu sous le prisme du détenu qu’il était mais aussi du psychiatre en exercice. Il a donc pu analyser ses réactions et celles de ses co-détenus ainsi que celles des gardes. Il a pu constater que les détenus qui survivaient étaient ceux qui parvenaient à trouver ou plus exactement a décider un sens à leur vie; ils n’étaient pas juste dans la survie physique car la mort pouvait frapper à chaque seconde, à chaque minute, à chaque heure sans aucun préavis, sans aucun sens et le corps était un champ de ruines. Il explique que les codétenus se retrouvaient comme ils le pouvaient pour raconter des histoires le soir, essayer de mettre de l’humour et se remonter le moral avec des chansons et préféraient même parfois rater la soupe plutôt que ces moments alors qu’ils étaient littéralement affamés . N’est-ce pas bouleversant de lire cela ? Que peut-on en déduire sur l’essentiel? Quelles sont les premières choses que nous souhaitons faire lorsque nous avons échappé à la mort, lorsque nous sortons de l’hôpital où que nous nous savons « condamnés » ? Probablement Voir des amis? , écouter de la musique?, danser? , aller au théâtre?, voir un film?, dessiner? etc. ?c’est-à-dire ce qui est fondamentalement essentiel à la vie en tant que telle et non à la survie.

En tant qu’artiste moi-même, en tant qu’art-thérapeute et en tant que coach je suis meurtrie dans ma chair par cette confusion des mots, par ces décrets que nous sommes « non essentiels » et je trouvais fondamental de m’exprimer aujourd’hui sur ce sujet.

Moi-même j’ai laissé passer tous ces mois en acceptant les différentes mesures et en acceptant cette communication tout en la vivant affreusement mal, en culpabilité, en me disant que oui je devais me mettre de côté, sacrifier ce qui faisait le sens de mon existence même pour l’effort commun.

Jusqu’à aujourd’hui où, en sondant profondément le sens des choses, en ayant pris le recul nécessaire, je trouve absolument vital, absolument essentiel de dire que les artistes, les personnes qui font le monde de la culture, de l’art, de la musique, tous les acteurs techniques qui rendent cela possible, qui mettent en scène, en lumière, qui créent des costumes, des décors, tout ce qui contribue à la vitalité, à la nourriture spirituelle est donc essentiel et vital à nos êtres et que ces personnes et ces métiers sont donc des acteurs majeurs de la qualité et du sens de la vie tout court.

Donc Véritablement, fondamentalement, éternellement essentiels.

Aujourd’hui encore la France est attaquée . Et certains veulent nous faire passer du côté obscur, et éteindre la lumière. Éteindre la joie. Éteindre la sublimation, éteindre le sublime. Annihiler la pensée au nom de la croyance. Donc aujourd’hui plus que jamais nous, artistes, personnes de l’art et de la culture, sommes essentiels.

Ce n’est pas une question d’argent, ce n’est pas une question de salaire tous les mois, il s’agit du sens même de la vie de millions de personnes.

Merci de respecter cela.

 Camille Solal

Clic sur l’image et allez voir –>

ONCLE VANIA DE TCHEKHOV

6 Fév

MIS EN SCENE PAR STEPHANE BRAUNSCHWEIG A L’ODEON   

Après avoir monté La Cerisaie en 1992, La Mouette en 2001, Les Trois Soeurs en 2007, l’actuel directeur de l’Odéon Théâtre de l’Europe, Stéphane Braunschweig, renoue avec le théâtre d’Anton Tchekhov en montant Oncle Vania, scènes de la vie à la campagne. Cette pièce s’est jouée pour la première fois au Théâtre d’art de Moscou en 1899.

Stéphane Braunschweig a choisi de travailler avec des comédiens du Théâtre des Nations de Moscou pour se rapprocher encore plus de l’essence et de la langue du théâtre tchekhovien.

La force de Tchekhov réside dans sa capacité à introduire du tragique dans une forme de vie contemporaine, semblable à la nôtre, d’où son côté visionnaire. Héritier du XIXe siècle et à l’orée du XXe siècle, ce théâtre se situe au carrefour de l’Ancien et du Nouveau.Tous les personnages nous apparaissent comme des âmes en peines perdues, se lamentant sur leur situation, bloquées dans un présent trop lourd à supporter. Stéphane Braunschweig a choisi de moderniser les décors en ancrant son action sur une terrasse avec piscine et transats. Tout autour d’eux, une forêt représentée sur une toile qui contraste avec la terrasse en bois. Tout est solitude et désenchantement mêlée d’humour noir : une scène tragique peut être traversée d’un trait comique,
– Elena Andréievna : Quand même il fait beau aujourd’hui… Pas trop chaud...
– Voïnitski : Un temps à se pendre avec plaisir

« Je comprends mieux comment la perte des idéaux peut être une chance pour regarder la réalité en face » Stephane Braunschweig

Oncle Vania est une pièce abordant la question écologique : le personnage d’Astrov revient systématiquement à la question environnementale et du dérèglement climatique. L’homme est mis face à ses responsabilités. L’atmosphère lourde et suffocante dans laquelle évoluent ces personnages fait écho aux paroles d’Astrov à la fin de la pièce quand il regarde la carte de l’Afrique : « Et je parie, dans cette Afrique, là, maintenant, c’est une de ces fournaises- l’horreur ! ». Un dernier avertissement avant qu’il ne soit trop tard…

Avec : Anatoli Béliy,
Elisaveta Boyarskaya  en alternance avec Yulia Peresild,
Nina Gouliaéva  en alternance avec Irina Gordina,
Dmitri Jouravlev,
Nadejda Loumpova,
Evguéni Mironov,
Yulia Peresild,
Ludmila Trochina,
Victor Verjbitski
Mathias Youb

TOUT LE MONDE NE PEUT PAS ETRE ORPHELIN

1 Fév

Jean Christophe Meurisse nous offre un spectacle virtuose à l’humour noir et merveilleusement interprété par des acteurs au jeu subtil.

Photos©ph.lebruman

Familles je vous hais...
écrivait André Gide dans le roman Les Nourritures terrestres publié en 1897. Le public fait irruption au beau milieu du réveillon de Noël d’une famille lambda. La mère sert le chapon, on rigole, on commente, le public s’installe dans cette ambiance festive à l’atmosphère chaleureuse. On mange, on trinque, on parle, comme le ferait n’importe quelle famille le soir de Noël. Puis la dinde se met à voler, la fille se pend aux guirlandes du sapin, les parents font des blagues graveleuses. Ce qui ressemblait à une idylle festive s’est transformé en terrain de guerre où tous les coups sont permis. 

C’est au cœur de la famille que Jean-Christophe Meurisse a puisé toute la matière qu’il exploite sur le plateau. Tout est exagéré pour que naissent des situations encore plus loufoques, accentuant le drame. On oscille entre des moments quotidiens où la famille est rassemblée au calme et des scène électriques, comme si les masques tombaient. Le salon , lieu qui rassemble la famille, sera aussi ce qui la fera éclater dans tous les sens du terme… Tous les acteurs interprètent à merveille des personnages que l’on retrouve forcément dans notre entourage, positionnant le public devant un miroir. Le spectacle est une descente aux enfers, une dégradation des rapports familiaux. 

    « 91% des Français affirment que la présence quotidienne de leur famille est essentielle. Je me sens bien souvent un égaré des 9% restants. » Jean-Christophe Meurisse

Quand la guerre est déclarée, les membres de cette famille n’y vont pas de main morte. Les parents s’en prennent aux enfants qui leur rendent la monnaie de leur pièce. Le conflit inter-générationnel apparaît évident dans cette fresque sombre des relations familiales. Le rire et les larmes viennent exorciser, ou plutôt dépoussiérer l’image que l’on se fait de la famille nucléaire, noyau central de nos sociétés.  Le metteur en scène et ses comédiens ont construit un spectacle d’une justesse intense, basé sur des improvisations qui nous font rentrer directement dans la réalité des relations familiales. Un spectacle comique brillant !

Ce spectacle a eu lieu au Théâtre de la MC 93 du 9 au 18 janvier. Avec Lorella Cravotta, Charlotte Laemmel, Vincent Lécuyer, Hector Manuel, Olivier Saladin, Judith Siboni, Alexandre Steiger. Production Chiens de Navarre.

 

 Mathias Youb

Troubles, par les filles de Gaïa

11 Jan

Nous sommes faits de l’étoffe de nos rêves, et et notre petite vie est entourée de sommeil. ( Shakespeare.)

Ce fut une soirée hors du commun, en raison des circonstances , nous sommes entrés de plain-pied, dans la quête d’un rêve d’un paradis de lumière qui dérive vers le cauchemar d’un enfer de ténèbres et de frustrations. Avec 3 comédiennes qui ont donné le meilleur pour deux spectateurs.

Revenons sur le contexte et les circonstances, ce soir là, séance est prévue à 18h30 dans une ville où la circulation est totalement bloquée, et c’est à pied en doublant les bus et taxis que j’arrive au Théâtre du Nord Ouest. Celà précisé, c’est étrange de se trouver dans une salle à deux, chacun à un bout du rang, mais c’est extraordinaire de ressentir ce moment comme s’il n’était donné que pour nous, individuellement. Un ressenti peut-être difficile à transmettre, un moment unique de théâtre en ce qui me concerne. Alors, la pièce : Patricia Piazza, auteur et comédienne, s’est inspirée de Diderot, Shakespeare, Bram Stoker, Sheridan Le Fanu pour montrer comment Bertha, jeune fille cherchant un refuge paisible trouve une prison et le désespoir.

Et Dieu dans tout ça ? Une sombre entité qui donne un enfer terrestre pour un paradis hypothétique, une chimère floue promise par des larmes et des frustrations. C’est aussi un kaléïdoscope de troubles et de chaines, que ce dieu de chagrin donne aux femmes enfermées , le cadeau empoisonné par excellence. S’il est amour, ce dieu, c’est envers lui-même, le constat est cruel, réalistement cruel.

Photo DäK

Quels rêves peuvent offrir une échappatoire? Une apparition quasi surnaturelle suggère implicitement:  Vivez heureux aujourd’hui, demain il sera trop tard.  *

C’est grâce à une scénographie fascinante de jeux de lumières et d’ombres que les personnages apparaissent, disparaissent en déplacements quasi suspendus, le lieu, le Théâtre du Nord Ouest se prêtant particulièrement bien à un décor qui peut être un château moyen âgeux presque abandonné, ou un goulag enterré dans des pays où on trouve des volontaires pour maçonner leurs servitudes choisies, dans des cellules ou des oubliettes… Troubles ? Oui, on est troublé par tout ce qu’envoient les trois comédiennes, Patricia Piazza, Clara Beauvois, Charlotte Jouslin, avec Charlotte Piazza assistante à la mise en scène. Merci aux filles de Gaïa, qui ont magnifiquement joué pour un tout petit public, et c’est le 17 janvier à 18 h 30 qu’il faut remplir la salle pour la dernière représentation, et je compte bien y être pour partager ces troubles avec le plus de monde possible.

  • Higelin Ballade de chez Tao.

Pour tout savoir sur la troupe,
c’est là
clic sur le rideau –>

 

 

Pour réserver, c’est  ICI.

 

Et pour quelques photos de plus ,

Un clic sur la photo, et magie, elle grandit!

Norbert Gabriel

UNE CHAMBRE EN INDE Ariane Mnouchkhine et la troupe du Théâtre du Soleil

22 Déc

 

UN SPECTACLE COUP DE POING AU THEATRE DU SOLEIL

   

 Venir au Théâtre du Soleil, c’est toute une expérience. Après avoir cheminé à travers le bois de Vincennes, contourné l’enclos des chevaux de la Cartoucherie, le théâtre apparaît au loin avec ses lumières et son public grouillant, impatient. C’est la patronne qui nous accueille avec sa troupe, déjà costumée. Fière de déchirer les tickets et de nous accueillir, Ariane Mnouchkine place d’emblée le spectateur dans la machine d’un théâtre en perpétuelle construction. Des curieux se pressent discrètement pour admirer, derrière une toile avec de petites ouvertures, les loges des comédiens qui se préparent. 

Imaginée en Inde, cette création chorale ancre son action dans la chambre de Cornélia, metteuse en scène venue en Inde avec sa troupe pour écrire un nouveau spectacle. Elle n’arrive pas à trouver l’inspiration, elle cherche, ses comédiens lui font des propositions, même quand une idée lui vient, cela ne va pas… Cette insatisfaction permanente qui rythme le spectacle, confronte le public aux enjeux de la création d’un spectacle vivant. Trouver un sujet, une idée , une forme qui se tienne ? C’est à partir des difficultés et contraintes que le spectacle se crée sous nos yeux émerveillés par cette mise en scène magique. De la chambre, lieu intime privé, surgissent de nombreux personnages tout droit sortie d’un conte : des dieux indiens, un nageur, des djihadistes, des hommes torses nus avec des torches enflammées. Entre rêves, réalité et cauchemars, la scène du théâtre se transforme à chaque fois grâce à l’énergie époustouflante, à la présence et au talent de ces comédiens originaires du monde entier !

En ce moment cette chambre me paraît située au centre même du monde

                            Virginia Woolf, Les Vagues,  1931

La magie et les rêves entraînent aussi les cauchemars, une réalité qui concerne tous les spectateurs. Ariane Mnouchkine utilise les attentats du 13 novembre 2015 comme toile de fond. 

Ces sujets dits « sérieux », « graves », politiquement incorrects sur une scène de théâtre, défient ce que les terroristes auraient voulu imposer à notre pays. La force créatrice d’Ariane Mnouchkine et sa troupe met K.O toutes les idées arriérées qui sclérosent et rendent malheureux les humains. 

 Des personnages tels que des djihadistes détenant des femmes portant une burqa afghane jouant une scène de cinéma dans le désert de l’état islamique, un combat entre forces kurdes et américaines.

 De nombreuses scènes parodient et suscitent le rire. Les difficultés qu’éprouve la metteuse en scène, en panne d’inspiration, font échos à ces funestes évènements : comment continuer à créer après toute cette barbarie, l’art peut-il encore avoir un rôle à jouer dans notre monde ?

       Oui on peut rire du terrorisme sur scène, il le faut même. (Ariane Mnouchkine)

 

Ariane Mnouchkine est une vraie virtuose de la scène. Elle utilise de petits détails qui, assemblés les uns aux autres, créent un spectacle d’une justesse inouïe. La scénographie est calculée au millimètre près, la beauté des déplacements des comédiens donne vie à cette chambre hantée par des personnages qui ne demandent qu’à faire irruption devant le public. La musique ponctue ces apparitions quasi fantomatiques. Des dieux indiens en costume traditionnels viennent exécuter une danse virtuose. De nombreuses influences nourrissent les créations de Mnouchkine, femme de théâtre amoureuse de l’Inde et des traditions théâtrales internationales , mais surtout asiatiques: le nô, le kabuki (théâtre sacré hérité de danses religieuses).

La culture et la passion de créer l’emportent à tous les coups. C’est un spectacle d’une qualité immense, quel courage ! Un chef d’oeuvre.

 

Mathias Youb

Le dernier concert d’Anna Prucnal …

1 Déc
Lors de la première publication de cette chronique, on pouvait penser que c’était le presque dernier concert d’Anna Prucnal.
Ce fut sa dernière scène en région parisienne.

 

Anna Prucnal au Forum Léo Ferré décembre 2010

Martial Paoli, Anna Prucnal, Jean Mailland, Photos©NGabriel

C’était peut-être sa dernière représentation… Anna Prucnal comédienne et chanteuse hors du commun est venue faire ses adieux à la scène chanson au Forum Léo Ferré, enfin peut-être… Ce sont peut-être les derniers adieux, ou les avant derniers.. Allez savoir avec cette diva exigeante et fantasque qui a toujours mis son art au coeur de sa vie. Exigeante et fidèle, depuis pas mal d’années tous ses spectacles sont élaborés en collaboration fusionnelle avec Jean Mailland.

Pourquoi les adieux ? Peut-être parce qu’elle a tout fait, peut-être parce que sa voix n’a plus les éclats d’hier, mais grâce à une technique parfaite, une hyper sensibilité et un sens du texte très affiné, elle porte les mots avec une intensité émotionnelle exemplaire. C’est un moment de spectacle rare, et une leçon de spectacle exceptionnelle. On redécouvre avec la voix retenue les textes de révolte et de rage qui prennent une dimension nouvelle avec ces nouvelles interprétations.

Dans les 2 ou 3 premières chansons, on sentait qu’elle souffrait de cette retenue, mais très vite la comédienne prend ses marques, s’affranchit de la contrainte, c’est bouleversant, intense, ça touche en plein coeur, et dans cette petite salle chaleureuse, il y a une intimité , une proximité qui nous a laissés en totale communion avec Anna Prucnal, Jean Mailland, et l’excellent pianiste Martial Paoli

En quelques chiffres, Anna Prucnal, c’est 22 albums de chansons, 26 films , 15 téléfilms, 38 pièces de théâtre et 40 ans d’amour avec Jean Mailland …

Et si ces adieux étaient vraiment les derniers, mais sait-on jamais ? il y a un livre « Moi qui suis née à Varsovie » et quelques albums d’anthologie, où on croise Brecht, Vissotski, ces poètes flamboyants qui ont trouvé avec Anna Prucnal leur meilleure interprète , celle qui ne joue pas, mais qui incarne dans toutes les fibres de son être les sentiments exacerbés de ces oiseaux insoumis… Pourquoi elle vient trop tôt la fin du bal Pourquoi c’est les oiseaux jamais les balles qu’on arrête en plein vol.. A qui la faute ?

 

Il écrivait comme on se sauve d’un piège
faute au soleil faute aux tourments
mais comme il prenait pour papier la neige
ses idées fondaient au printemps
et quand la neige recouvrait sa page
faute aux frimas faute à l’hiver
au lieu d’écrire il essayait courage
d’attraper les flocons en l’air
mais aujourd’hui il est trop tard
il n’aura pas pris le départ
et son souvenir ne sera
que la chanson d’avant la lutte
et l’évadé qui n’aura pas atteint son but

(Vladimir Vissotski: « Le vol arrêté »)

C’était le 18 décembre 2010 , au Forum Léo Ferré à Ivry

 

Quelques chansons qui lui ressemblent ? Voilà…

 

 

 

Et pour  quelques photos de plus 

(Clic pour agrandir)

Photos©NGabriel

Norbert Gabriel

 

UNE DES DERNIERES SOIREES DE CARNAVAL MIS EN SCENE PAR CLEMENT HERVIEU- LEGER DE LA COMEDIE FRANÇAISE

25 Nov

C’est le sociétaire de la comédie-Française Clément Hervieu -Léger, virtuose de la mise en scène, qui s’empare d’Une des dernières soirées de Carnaval , pièce de l’illustre Goldoni publiée en 1762, au Théâtre des Bouffes du Nord.

Photo DR

Après avoir monté des pièces du répertoire classique comme : Le Petit Maître Corrigé de Marivaux(2016-2018-Comédie Française) ou encore Le Misanthrope de Molière en 2007, il s’attaque à l’italien Goldoni. 

Une fois assis, le public ne peut s’empêcher de discuter. On attend que la pièce commence. Sauf que le spectacle a déjà commencé : des comédiens assis en fond de scène, derrière des sortes de tables de maquillages nous regardent. Le maître des lieux fait son entrée. On dresse la table, quelque chose se prépare : c’est la fin de la saison théâtrale à Venise, ça se fête ! Mais le départ d’un personnage viendra perturber l’équilibre des rapports de cette micro-société bourgeoise. En effet, Une des dernières soirées de Carnaval est une des dernières pièces qu’écrira Goldoni avant son départ pour Paris. L’auteur vénitien veut en finir avec les archétypes hérités de la Comédia Dell’arte. Il prend le large pour tenter sa chance auprès du public français.

Les couples arrivent, défilent, on discute et on rit dans ce salon cossu de la fin du XVIII ème siècle. 

Clément Hervieu-Léger a restitué à merveille la force du théâtre de Goldoni car on entend le texte porté par d’excellents comédiens. Ces nobles ont un « parlé large », ils échangent haut et fort dans des costumes somptueux. D’ailleurs, certaines scènes de groupe, quand les convives sont attablés, nous font penser à ces peintures représentant des instants de vie ou d’échanges amoureux : des postures, une main qui tombent , un homme adossé à un fauteuil, tout cela dans un luxe raffiné à l’italienne. Tous ces caractères particuliers sont tiraillés par leurs amours.

« La nature elle même a jeté les passions dans nos cœurs
et la raison ne peut rien contre l’amour »

La joie d’être ensemble, réunis pour cette dernière soirée, entraîne les spectateurs dans ce joyeux carnaval. On a l’envie de se joindre aux comédiens sur scène ! Tout est d’une extrême subtilité : les costumes, le jeu des acteurs, le choix des décors… Ce théâtre qui réunit va au delà de l’entre-soi aristocratique et des petits milieux clos. Il met en valeur toutes les couches de la société en montrant ce qu’elles ont de plus ridicule. 

Photo DR

Les musiciens, les valets et serviteurs dansent, rient et chantent avec leur maître. Du dilemme amoureux larmoyant à la plaisanterie graveleuse, cette pièce nous saisit du début à la fin, une réussite…

 

Aperçu de la pièce dans une autre mise en scène.

 

Mathias Youb

Concert de soutien Ford Blanquefort Même pas Mort! rencontre avec le groupe de théâtre

14 Oct

Samedi 21 septembre

Samedi 21 septembre, la salle de spectacle Le Krakatoa à Mérignac, près de Bordeaux, organisait conjointement avec le collectif Ford Blanquefort, Même pas mort!, une soirée en soutien aux salariés de l’usine Ford, dont la fermeture programmée de longue date a finalement été actée par une décision de justice refusant de se prononcer contre et autorisant les licenciements au terme d’une lutte de dix ans, durant lesquels le combat syndical et salarial avait réussi à empêcher la liquidation du site par le constructeur américain. Dix ans de batailles, de conflits, de petites victoires et de sursis, arrachés, épisode après épisode, dans une lutte volontaire, digne, exemplaire, pour conserver les emplois, dix ans d’un militantisme sans relâche, dix ans sous l’épée de Damoclès à craindre le moment où le couperet finirait par tomber et à espérer quand même qu’on ne se bat pas en vain, à mener des grèves, épuiser les recours juridiques, négocier avec les dirigeants de l’entreprise, en appeler à l’intervention des pouvoirs publics, s’entourer de soutiens associatifs, humains et artistiques pour médiatiser la cause, et se ressourcer lors de témoignages festifs de solidarité à l’occasion de concerts et d’évènements. Non pas que les militants aient été de doux rêveurs utopistes inconscients de la féroce réalité que de toute évidence leur imposerait fatalement un employeur ayant pourtant bénéficié de multiples aides de l’état français pour renoncer à la fermeture de cette usine de boite de vitesse (50 millions de subventions publiques), que par ailleurs aucun impératif économique n’exigeait, l’usine n’étant pas déficitaire, bien au contraire (7,6 milliards de profits en 2017). Mais c’est un sens de la dignité et le refus de la résignation qui tenaient les camarades debout dans l’adversité contre le non-sens, et le cynisme de principes économiques selon lesquels la vie des femmes et des hommes, ayant usé leur santé à produire, n’a pas plus de valeur que l’usage que le patronat peut en faire selon son gré. Et lorsque les lettres de licenciements commencent à arriver, qu’elles sont là, entre vos mains, ces dix ans sont finis. L’usine, le travail qu’on sait accomplir, les compétences professionnelles, l’expérience, les collègues, les camarades, la sécurité d’un salaire, qui bien que n’étant pas mirobolant permettait de vivre et de nourrir ses enfants, la fierté de l’ouvrier peut-être, les emplois annexes des sous-traitants, l’existence des commerces et de la vie sociale et économique d’une commune dépendant de l’existence de ces emplois, le sens de la solidarité, se lever le matin pour faire quelque chose, se battre pour quelque chose : tout est fini. Alors à ce concert, pour l’organisation duquel de nombreux acteurs joignirent leurs forces, des artistes venus témoigner leur soutien, au personnel du Krakatoa, dont certains travailleurs vinrent donner un coup de main bénévolement, en passant bien sur par le public arrivé nombreux -la salle était quasiment complète-, une atmosphère particulière s’installait : un mélange paradoxal d’envie de réjouissance et de festivité, de rires et de chants, et d’une amère tristesse au gout de profond désarroi. Nombreux laissèrent couler leur chagrin, leur dégout, leur effondrement le long du visage. Ce fut une soirée chaleureuse certes, musicalement et comiquement riche. Mais le cœur ayant pourtant besoin de faire la fête ne parvenait pas à y aspirer pleinement, comme dans ces moments funèbres où l’instinct de vie aurait précisément besoin de se hurler plus fort que d’habitude, mais se contraint d’une retenue, comme si la joie sans frein y revêtait un caractère indécent, dont elle ne devrait pourtant jamais avoir à se parer, tant nul ne sait sans doute mieux que ces femmes et ces hommes debout combien elle est vitale à l’existence.

Avant que les différents artistes et humoristes animent la soirée, un groupe de théâtre, au sein duquel nous retrouvons plusieurs membres de la chorale anarchiste Le Cri Du Peuple [ LIRE ICI ] deux salariés militants de l’usine Ford, Gilles et Jérôme [qui nous avaient accordé un entretien l’an passé  LIRE ICI ], et d’autres camarades, amorçait le spectacle par une lecture théâtrale et chansonnière d’extraits du livre Ford Blanquefort, Même pas mort! C’est à l’initiative d’Isa, de la compagnie de théâtre bordelaise Les Petits Tréteaux, que fut mise en scène cette œuvre collective de plusieurs auteurs, sociologues, humoristes, chanteurs et dessinateurs, dont les droits sont réservés à l’Association de défense des emplois Ford. Une lecture émouvante par les convictions qui s’y expriment bien sûr, mais aussi parce qu’elle porte la parole de vies qui n’ont rien d’anonyme, qui sont celles de nos proches, nos amis, nos copains, en inscrivant la démarche de ses auteurs dans le sillage de celle des intellectuels et des artistes solidaires de la cause ouvrière, et que ce ne sont pas des comédiens professionnels qui l’interprètent. La metteuse en scène, Isa, elle-même artiste – et non moins militante du milieu associatif active auprès de nombreuses causes (entre autres l’élan de solidarité envers les personnes jetées à la rue après l’expulsion de plusieurs squats à Bordeaux les mois précédents), dont les engagements, à l’instar de ceux de ses compagnes et compagnons, s’ancrent dans un sens de concordance et de solidarité des différentes luttes-, amènent ces amateurs, pour certains novices dans l’exercice théâtral, à un degré d’exigence qualitative remarquable, preuve que l’excellence artistique n’est pas l’exclusivité d’un élitisme professionnel. Après la représentation, des membres de la troupe nous retrouvaient en fin de soirée pour parler de toute la noblesse d’un art populaire qui a du sens et du sens qu’ils lui donnent à travers cette pièce.

 

– Bonjour et merci de nous accorder cet entretien après la soirée qu’on vient de passer. Pouvez-vous nous raconter comment est née l’idée de la pièce que vous avez jouée ce soir?

– Marina : Isabelle de l’association Les Petits Tréteaux nous a proposé de faire une lecture d’extraits du livre Ford Blanquefort Même pas morts !, et l’a peu à peu mise en scène.

– Julien : Au départ il ne s’agissait que d’une lecture simple et on s’est un peu tous regardés en chiens de faïence, avec nos textes à lire. Et puis on a commencé à se dire qu’avec une guitare, et puis un cajun, on pourrait arranger les choses en incorporant des morceaux de musique entre les textes, et puis Isabelle a proposé d’intercaler carrément des chansons de lutte.

– Marina : Isabelle a donc composé une mise en scène à partir de ça, et nous avons eu la chance d’avoir Nadia (du groupe La Fiancée du Pirate) pour nous diriger de manière à ne pas chanter trop faux.

 

– Alors ce livre, comment est-il né, dans quel but et par quelles collaborations ?

– Béatrice : En fait la CGT de Ford tenait un canard qui s’appelait « Bonne Nouvelle » dans lequel ils remettaient à leur sauce des dessins humoristiques piqués dans la presse de gauche. Au moment de l’annonce de la fermeture de l’usine, ils ont donc fait appel à certains dessinateurs auteurs de ces dessins, et d’autres qui ont participé exprès pour alimenter le canard. Il y a eu jusqu’à quatre vingt dessins dont de Plantu, de Urbs, Large, etc… Ensuite on a compilé les dessins a fait appel à des auteurs pour réaliser ce livre avec des textes autour : on a contacté Chalandon, Morel, rencontré au salon du livre d’autres auteurs à qui ont demandé au culot s’ils voudraient participer à ce livre. Tous les textes ont été donnés comme ça. Libertalia  est une maison d’édition libertaire qui nous a donné carte blanche et a édité le bouquin, en considérant ça comme un « tract de luxe », l’idée étant de diffuser la lutte et la faire connaitre, sans prendre en considération des histoires de rentabilité ni autre. D’ailleurs les droits d’auteurs de l’ouvrage sont réservés à l’association de défense des emplois Ford. Et puis Isa a lu le bouquin et eu l’idée de la pièce.

– Marina : Donc les textes ont été écrits par des auteurs, des humoristes, des chanteurs, des universitaires. Il y a les Pinçon-Charlot, Sorj Chalandon, Serge Halimi, François Morel, Philippe Blanchet, Guillaume Meurice, Juliette, Didier Super entre autres. C’est un très beau livre avec de superbes textes et des textes qui peuvent parler aux gens, car ils sont extraits de ce que peut vivre quelqu’un qui perd son job. Par exemple il y a un texte qu’on n’a pas lu, mais qui parle d’une paire de chaussures payées au gamin du couple, qui s’use au bout de deux ans et qui ne pourra pas être remplacée, car le père  va être licencié. Ça a l’air tout con, mais c’est précisément le quotidien que plein de gens vivent et qui parle à tous. On peut se mettre à leur place et ça peut peut-être inciter les autres à s’identifier et réfléchir au fait qu’aujourd’hui, ce sont les Ford qui perdent leurs emplois, mais demain ? Il faut que les gens prennent conscience que ça ne va pas s’arranger et que ça va continuer comme ça, parce qu’on est dans un monde où la seule chose qui compte, c’est le pognon. Et comme le disait si bien Sandrine avec les textes de Didier Super, ça coute bien moins cher de fabriquer en Chine ou au Maroc, et que de plus en plus de gens se retrouveront en galère. Et la galère, ça vient vite. Même si tu touches des indemnités, en deux ans, ça part très vite, et quand tu es trop âgé pour te requalifier dans un autre travail que celui que tu sais faire et qui est très spécialisé, car tu as fait toute ta carrière dans la même entreprise – la moyenne d’âge des ouvriers de Ford est de 52 ans -, ou que tu es un salarié qui s’est mis en avant dans les luttes syndicales comme Jérôme, Gilles ou Philippe, tu es mal parti pour retrouver du travail ailleurs. Je suis sure que ce soir il y avait aussi dans le public des gens pas spécialement concernés par la lutte des Ford, qui sont venus pour voir des artistes, et j’espère que chez ces personnes les textes qu’on a dit pourront allumer une petite lumière. Ce qui me touche dans le texte de Marco lu ce soir, c’est quand il dit qu’il ne comprend pas comment ça se fait qu’il est le seul à se révolter et se mettre en avant. C’est ça : tu ne peux pas laisser une personne ou un groupe de personnes te tirer de l’avant et toujours se battre pour toi ; c’est aussi à toi de t’engager. Si on veut se battre et gagner, il faut qu’on soit tous ensemble. Sinon ceux qui tirent les autres pendant deux ans, cinq ans, dix ans, fatiguent, se découragent et laissent tomber. Et puis ils ont tenu dix ans dans le « ça va se faire », et maintenant que les lettres de licenciement sont là, ils sont dans le « c’est fait ». Ils ont tenu dix ans en lutte et demain, il faudra se réveiller sans lutte. J’ai un énorme chagrin pour ces camarades.

– Isa : La réalité est que ce monde du travail est mort. C’est Ford qui s’arrête, mais c’est plein de choses qui s’arrêtent. On est sur la fin d’un système. Le capitalisme nous a amenés dans le mur, et il va falloir qu’on pense à autre chose. Aux Etats Unis, Ford a délocalisé dans des endroits où les salaires leur coutaient moitié moins cher ; Detroit vit sur des ruines. Et Ford n’a pas arrêté de vendre des bagnoles ; ils continuent à en vendre et à faire de la publicité, et il n’y a jamais eu autant de bagnoles.

– Marina : Et il n’y a pas que les gars ; il y a aussi leurs parents, leurs enfants. Ces mecs là ne portent pas que le poids d’avoir perdu leur travail, mais aussi de ne plus être une source de ressources pour leurs enfants, pour leur femme. Comme dans toute entreprise touchée par ça, tu vas avoir une vague de gens qui vont se suicider.

 

– Les textes dits par chacun de vous sont tirés du livre, mais comment s’est décidée leur sélection ?

– Victoria : On a tous eu la liberté de choisir les textes qu’on voulait sélectionner. Lorsqu’on était plusieurs positionnés sur un même texte, on a constitué des binômes.

– Marina : On a du en couper certains, parce qu’il y avait des textes longs et si je n’avais pas coupé le mien, j’aurais pu tenir la scène pendant une demi heure toute seule, mais on a gardé l’essentiel et j’ai essayé de montrer la progression du personnage dans mon choix de passages.

– Victoria : On a pu aussi récupérer des slogans, parce que dans ce bouquin, il n’y a pas que des textes écrits ; il y a aussi des dessins et des slogans.

 

– Qui a déterminé la participation de chacun des membres à votre groupe ?

– Isa : Le bouquin m’a vachement plu et l’idée d’en faire une lecture théâtralisée s’est imposée. J’ai donc donné rendez-vous aux copains des Petits Tréteaux pour ceux qui étaient disponibles, Victoria, Sarah, Nadia, et après on a pensé à proposer de participer à des gens qu’on connait et qui ont suivi la lutte des Ford, donc Marina, Sandrine et Julien qui font partie de la chorale Le cri Du Peuple, et puis Jérôme et Gilles de Ford, et un copain à moi, Patrick, du quartier, qui joue de la guitare, et Béa du collectif Salle des Fêtes aussi. L’idée était de réunir des gens qui ont des affinités, mais aussi des gens qui étaient là d’avant et qui peuvent un peu porter le groupe, parce qu’on fait de l’éducation populaire, donc s’il y a des gens qui ont déjà fait un peu de théâtre, ils arrivent à porter les autres. Il fallait qu’il y ait un lien affinitaire autour de la lutte des Ford. De toute façon, les pièces qu’on monte dans le quartier se font toujours autour de petites rencontres, parce qu’il y a quelque chose d’affinitaire, parce qu’on a envie de raconter une histoire avant. Dans la troupe tout le monde est militant.

 

– La solidarité des luttes est précisément une dimension qui ressort de vos engagements à tous, puisque que nombreux d’entre vous sont syndiqués ou adhérents ou sympathisants libertaires, se sont impliqués assidument cet été dans l’élan de solidarité envers les personnes expulsées de squats à Bordeaux, parmi lesquelles on compte une majorité de demandeurs d’asile, militent et participent à d’autres combats sociaux. L’envie de faire vivre le propos de ce livre s’inscrit-elle dans la volonté d’exprimer le lien intrinsèque qui existe entre tous ces engagements, en trame de fond une conscience de classe populaire?

– Isa : C’est pour cela que ce soir il y a eu cette prise de parole : ce n’est pas parce que je voulais monter sur scène, mais parce que les copains en sortant de scène ont plus de mal à prendre la parole, car ils sont encore dans l’émotion de la pièce, et il fallait dire tous les liens qu’il y a entre les Gilets Jaunes, les victimes de violences policières, Georges Abdallah, les migrants, la lutte des Ford, toutes ces causes là. Cette lutte des salariés de Ford est quand même exemplaire, car il y a très peu de lutte qui ont été menées comme celle là en France à ce jour, ces vingt dernières années : c’est une lutte qui a duré plus de dix ans à batailler pour sauver leurs emplois, et c’est exceptionnel. C’est pour ça qu’on a tenu à la fin à rendre hommage à Gilles et Jérôme, les deux ouvriers qui font parti de la troupe. Parce que ces licenciements font des dégâts collatéraux aussi. Nous sommes ici tous des précaires, des chômeurs, des travailleurs pauvres, certes français, blancs, et cet été nous sommes nombreux à avoir participé à la solidarité avec les migrants, mais mine de rien, il ne faut pas oublier d’où on vient, et que si nous, nous ne sommes pas en forme, on ne pourra pas aider les autres. Et c’est vrai qu’il y a des vagues de personnes qui sont encore plus pauvres que nous qui arrivent. Mais nous sommes, nous aussi, victimes de ce capitalisme. C’est pour ça qu’on a écrit cette dédicace à dire en fin de représentation pour Gilles et Jérôme ; c’était une surprise, car si on leur avait dit avant, ils n’auraient pas voulu être mis en avant. C’est très émotionnel peut-être, mais c’était leur rendre hommage, parce que ces mecs là, ils vont se retrouver au chômage. On en est tous à batailler pour trouver du travail à mille deux cent euros par mois ; ce n’est pas pour pleurnicher, mais on est sur des réalités de vie identiques. Et puis nous sommes tous issus de l’immigration, par des parents polonais, espagnols ou autres. Je suis touchée par cette composante qu’il y avait sur la scène ce soir, de tous ces gens qui sont sur ces diverses luttes dont je parlais. Je ne fais du théâtre que pour ça.

 

– L’affiche de ce concert de soutien était conséquente ce soir, avec plusieurs artistes ayant répondu à l’appel, et encore d’autres qui se sont ajoutés par la suite. On le déplorait tout à l’heure, les temps laissent l’impression de ne plus avoir de prise de position d’artistes célèbres à large audience populaire, comme le fut Jean Ferrat, même s’il y a toujours des artistes alternatifs engagés politiquement, et nous les connaissons, mais qui ne sont pas de ceux qui diffusés par les médias radiophonique et télévisuel. Néanmoins malgré les circonstances peu joyeuses de l’annonce des licenciements, voir ce soir ces artistes désireux de soutenir les copains de Ford et en tous cas se sentant concernés, remontait le moral. Avez-vous échangé avec eux ?

– Marina : Je n’ai pas eu trop de contacts avec eux, à part avec Cali, avec qui il y a eu négociation. Julien peut te le raconter !

– Julien : Quand on est arrivés en fait le régisseur s’est moqué de nous et ne nous a pas pris au sérieux. Nous sommes des amateurs, tu comprends… C’était pendant les balances, et donc la batterie et le matériel avaient déjà été installés et Isa me dit que ça va être compliqué d’installer notre décor, puisqu’il ne restait que deux mètres disponibles sur la scène. On avait les tables, le guéridon, le cajun à mettre ; enfin c’est une pièce de théâtre avant tout. J’ai donc expliqué au régisseur qu’il y avait parmi nous des ouvriers de Ford, que la soirée était pour eux, que sans eux, elle ne se serait pas faite, et qu’il fallait donc nous faire de la place pour jouer. Et on a poussé le matériel pour faire de la place.

– Isa : Je pense qu’ils ont été un peu pris dans la panique d’urgence de dernière minute, parce que plusieurs groupes se sont rajoutés à l’affiche au dernier moment. Et forcément, on arrive, on est des amateurs et ils ne se sont pas rendu compte de la dimension du théâtre.

– Julien : Donc on devait jouer à 19h30, mais à cette heure là, personne n’était encore entré dans la salle ; les gens faisaient la queue dehors. On ne pouvait quand même pas jouer devant personne ! Et le régisseur n’était pas d’accord qu’on retarde l’horaire, avec l’argument que le timing était serré et qu’il ne pouvait quand même pas couper Cali. « Cali ! Tu te rends comptes ? Je ne peux pas lui demander de jouer moins longtemps» me dit-il. Et Cali qui était juste derrière moi avait tout entendu et est intervenu auprès de l’ingénieur pour lui dire qu’on commencerait dans un quart d’heure, quand les gens seraient entrés, peu importe si lui devait raccourcir son concert. C’est vrai que je trouvais ça très méprisant de nous dire de jouer devant personne, juste parce qu’on est des amateurs. Oui, nous sommes des amateurs, mais avant tout c’était une soirée militante en soutien des Ford, pas une soirée artistique du Krakatoa, même si c’est super tous ces artistes venus en soutien.

 

– Dans le public, de nombreuses personnes autour de moi, pour ne pas dire toutes, étaient captivées par votre lecture, et en même temps pleuraient beaucoup et chantaient avec vous lors de l’interprétation de chants de lutte. Avez-vous ressenti sur scène le retour du public ou recueilli des réactions de spectateurs ensuite ?

– Marina : La pièce avait déjà été jouée au Grand Parc, mais ce soir c’était un peu une vraie première fois très émouvante. On voyait les gens en face dans le public pleurer ; il y avait des travailleurs de Ford. Pour moi c’était vraiment une belle aventure humaine. Beaucoup de gens sont venus nous dire combien ils étaient touchés et c’est agréable qu’un texte soit ainsi accueilli, d’autant que ces textes sont vraiment très beaux.

– Victoria : Il y a eu beaucoup de retours d’anonymes. Chaque fois qu’on sortait dehors de la salle, des gens nous interpellaient pour nous remercier, car eux-mêmes ou des membres de leur famille étaient concernés directement. D’ailleurs c’était très difficile d’avoir du répondant face à ces personnes. Tu as les larmes aux yeux et tu restes sur l’émotion.

– Isa : Quand on joue au théâtre, pour moi, que ce soit des amateurs ou des professionnels, c’est pareil : ils doivent être bien en condition et il faut être bien sur scène. Et pour ce faire il faut être bien préparé. Je ne fais pas de différence entre amateurs et professionnels. Je fais de l’éducation populaire, je le dis et le revendique : je pourrais faire jouer un éléphant. Enfin je plaisante bien sur ; c’est complètement con! Je disais ça en référence à un danseur de renom qu’on avait fait venir au Grand Parc et qui aurait fait danser n’importe qui, y compris un éléphant. Le travail de théâtre est draconien, et quand le groupe est sur scène, il y est seul. Et si le groupe sort de scène déçu ou pas bien, c’est hyper traumatisant. Bien sûr il y a des choses dans la vie bien plus violentes. Mais le théâtre est fait pour transcender le quotidien, comme la musique ou la danse, ou n’importe quel support artistique ou culturel. Là dans le groupe, ils ont tous des vies à côté : c’est leur moment de plaisir, fait sur leur temps libre. Donc il faut que ça marche et qu’ils soient bien. C’est quelque chose que je sais organiser, parce que j’ai appris à être animatrice, à faire de la coordination de projets, et je connais donc quelques techniques. Et c’est du travail ; il faut une rigueur et tenir un rythme. Ce soir les gens étaient beaucoup à l’écoute, parce que je pense que vous les avez embarqués dans l’histoire.

– Marina : Et c’est vrai qu’Isa nous a donné super confiance. C’est un joyeux bordel organisé.   

– Nadia : Puis comme on s’entend bien, on a vraiment envie de continuer et de faire d’autres dates avec cette pièce. Et puis la culture est un bon biais pour aborder le militantisme, pas de manière trop militante justement.

 

 

Miren Funke

Photos : artistes divers : Carolyn Caro ; groupe de Théâtre : Miren

 

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Lettre de Madame de Sévigné à Madame de Grignan, Cyrano 2019

15 Juil

Ma chère fille,

Je dois vous conter par le menu la plus mirifique aventure  qu’il m’a été donné de vivre ce dernier mardi 9 Juillet. Par  le truchement  d’une machine fantastique que messire Emmett Brown – un homme étonnant – mit à mon service, grâces soient rendues à ce savant de génie, je fus transportée dans le futur, vers un lieu où dans nos enfances parisiennes, s’alanguissait une agreste campagne bordée de saules,  dont il ne reste que le nom dans une rue, là, vous disais-je, s’élève un petit théâtre charmant, Le Funambule.  Et on y donnait une pièce qui vous aurait fort réjouie. Il y est question de ce poète spadassin, fine plume et fine lame, maître escrimeur expert, incorruptible et austère d’apparence mais flamboyant du verbe, je le nomme,  Savinien de Cyrano de Bergerac. Vous savez mon admiration pour cet illuminé à qui Molière emprunta toute une scène dont il fit un succès.  Mais revenons à mon voyage au Funambule pour ce Cyrano 2019.

Photo Fabienne Rappeneau.

J’eus la stupéfiante surprise de découvrir sur la scène trois femmes  pour ce Cyrano, Edmond Rostand aurait été étonné d’apprendre que sa pièce à 50 personnages renait avec trois comédiennes que je dirai frégoliennes dans leur virtuosité à changer de rôle, de costume, de personnage dans une virevolte magistrale organisée par Sébastien Ossart. C’est un carrousel, une farandole une tragi-comédie entre Racine et Molière. Racine pour le kaléidoscope des sentiments, Molière pour les situations drôlatiques. Et tout cela dans un petit théâtre de poche où nous avons frémi d’émotion, tremblé d’inquiétude, ri des avanies subies par Monsieur de Guiche,  vibré aux envolées lyriques de Cyrano,  et goûté les petits gâteaux de Ragueneau, sensiblement différents des tartelettes amandines ou des darioles, et pleuré un peu aussi, à la fin… Vous lirez dans d’autres gazettes, peut-être dans le Mercure François ou la Gazette de Monsieur Renaudot,  les louanges unanimes qui saluent la belle imagination de monsieur Ossart et le talent de ses trois comédiennes.  J’en suis encore toute émerveillée et ma plume , le croirez-vous? peine à trouver les mots, ce qui, vous en conviendrez,  est peu habituel dans mes babils épistolaires.  J’emprunte à monsieur Ossart quelques vers bien troussés pour conclure:

Après tout comme dit notre superbe héros
Peu me chaut le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse
Et si demain par chance, moi, feu Cyrano
Je dois céder mon trône à quelque friponnesse
J’avouerai sans honte du fond de mon tombeau
Cyrano mon ami, te voilà bien servi.

Photo  Fabienne Rappeneau.

Post Scriptum: dans le siècle 21 on a perdu l’usage de la lettre qui délabyrinthe les impressions, foin du parchemin aux encres colorées, la mode qui court recommande le bref, le concis, l’expurgé des fleurs bigarrées de la rhétorique buissonnière dont étaient friandes les précieuses. Nous ferons donc simple, citation:

A ceux qui gravissent les montagnes, deux choix s’offrent à eux
– raconter leur périple ou,
– raconter la beauté de la montagne.
Nous sommes de ceux qui voulons raconter la beauté de la montagne.

En puisant dans plusieurs formes de théâtre, baroque,  Nô, khatakali, le metteur en scène et les comédiennes exaltent la grâce et la puissance de ce poète de 21 ans, esthète indomptable . Au panache immaculé.


Avec mesdemoiselles Iana Serena de Freitas, Lucie Delpierre, Nataly Florez en alternance avec Marjorie de Larquier.

Photo  Fabienne Rappeneau. T

Dates et heures ici –> clic sur le rideau.

Ppc Norbert Gabriel

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