Archive | Théâtre RSS feed for this section

Graines de Sons ….

18 Sep

L’association Graines de Sons a été créée en 1999 pour développer la pratique de l’éveil musical, du piano et du chant. Les cours réguliers de l’association se sont étoffés progressivement et l’association accueille actuellement un nombre plus important d’adhérents. En 2006 l’association met l’accent sur les liens entre le corps et la voix, le corps et les pratiques artistiques. Elle propose alors des ateliers d’eutonie et commence à explorer une pédagogie où la pratique corporelle est très présente. En 2010 l’association a pu poser ses bagages dans une nouvelle salle aménagée pour ses activités au 28 rue Eugène Sue à Paris dans le 18e arrondissement. L’association propose et développe depuis des cours réguliers ainsi que de nombreux stages autour de la voix, stages de chant, journées de danse et chant, stages sur l’anatomie de la voix, stages sur le thème du conte musical et de la voix.

En avril 2015, l’Association est déclarée Organisme de Formation Professionnelle par la Préfecture de la Région Ile de France.
Graines de Sons propose dorénavant des formations professionnelles dans le domaine du Conte musical, de l’Eveil musical, de l’Anatomie vocale et de la formation vocale ainsi qu’une formation professionnelle « Acquérir des outils pour la création d’un spectacle vivant : Voix, présence scénique, univers sonore»  ouverte aux personnes qui souhaitent être accompagnées dans leur processus de création de spectacle vivant. Cette formation est conventionnée par l’AFDAS.   
Les formateurs sont tous des professionnels de grande expérience, travaillant dans des domaines divers (chant, musique, danse, théâtre) avec des parcours artistiques et pédagogiques reconnus. Graines de Sons est désormais référencé dans le DATADOCK, la base de données des organismes de formations de qualité répondant aux exigences dictées par la loi. 
Cette année,  en dehors des stages ponctuels, l’association propose des cours de chant, de piano,  de guitare, d’éveil musical et corporel,   de batterie,des ateliers d’eutonie, de feldenkreis,  et des spectacles.

Lieu des cours : 28 rue Eugène Sue 75018 Paris
06 19 30 88 76 contact@grainesdesons.fr

Site  clic ici  —->

 

 

 

Publicités

Tendresse à quai, embarquement immédiat…

30 Août

Lecteur pressé, voici le pitch pour vous mettre en appétence et vous inciter à courir toutes affaires cessantes au Studio Hébertot,

Sur un quai de gare un monsieur âgé et portant beau s’intéresse à une jeune femme silencieuse qui va peut-être prendre le même train que lui. Le monsieur est peut-être le personnage d’un roman dont il est l’auteur, la jeune femme est peut-être un souvenir phantasmé, peut-être, peut-être pas.

Voilà. Je conçois que, vu comme ça, vous puissiez être dubitatif, voire carrément sceptique. Mais… mais si vous ajoutez au détail, comme on dit au Québec, le talent d’écriture du formidable Henri Courseaux, sa présence scénique exubérante, tonitruante, émouvante, une sorte de mix entre Sganarelle, Cyrano, Alceste, et Figaro, l’affaire prend une tout autre dimension. C’est un duo à plusieurs personnages : qui est vraiment Colette Clairon? Madeleine Godot ? Solange Brémont ?

Quand un personnage frappe à ma porte, il se passe en moi quelque chose d’indéfinissable… comme si je me remettais à exister. (Léon Brémont)

Qui est vraiment Léon Brémont (1942-2018) ? Une sorte d’Alceste gentiment narquois quand il brocarde de quelques chatouilles acidulées les bonnes gazettes de la culture ? Non, pas de nom, je ne dirais rien… Et Marie Frémont ? Dans l’entrelacs des personnages elle virevolte dans le kaléidoscope des sentiments mis en perspective par le subtil observateur des choses de la vie qu’est Courseaux-Brémont . Avec un regard affûté sur ce monde contemporain parfois réduit à l’oeil baissé sur l’écran d’un smartphone … Et le rêve, dans tout ça ? La vie la vraie vie ?? Et la tendresse ? La poésie et la littérature… Est-ce indiscret de vous dire qu’on y voit Mallarmé en filigrane (qui n’a pas commenté, mais qui doit quand même se poser des questions sur cet énergumène qui pourfend l’adjectif d’une plume acérée comme un fleuret…) D’ailleurs sur ce plan, l’ai-je bien compris ce réquisitoire?
L’adjectif c’est la mal bouffe de la littérature. * N’en ai-je point usé et abusé dans l’éloge enthousiaste ?? Peut-être, quoi qu’il en soit ce n’est pas du brouet insipide mais des crèmes qui sont servies,  dirait Roxane en sortant de la soirée. Des crèmes savoureuses, épicées, longues en bouche, succulentes, quoi que dise Brémont sur l’adjectif. Brémont ou … Vous le saurez au théâtre Hébertot. Quand une histoire commence – virgule – c’est après cette virgule que tout peut arriver. Et ça arrive.

La mise en scène est de Stéphane Cottin. Les costumes de … voyez l’affiche…

La salle était comble et comblée, et avec cette rentrée théâtrale, on se sent un peu plus vivant pour l’année à venir, malgré tout.

Pour les infos dates réservations , clic sur le rideau —->

 

NB 1 Sganarelle est un nom récurrent dans l’œuvre de Molière, dont l’origine viendrait du verbe italien sgannare, qui signifie « dessiller » ou, pour mieux définir, « amener à voir ce qu’on ignore ou ce qu’on veut ignorer. »

NB 2 Madame de Sévigné vient d’épistoler par mail en contestant formellement la position de Léon Brémond en matière d’adjectif, mais ceci est une autre histoire.

Et pour quelques images de plus…

 

Norbert Gabriel

Femme et création…

13 Août

En préambule à une petite série annonçant un spectacle qui saluera Pauline Julien, femme de combat et de révoltes contre les petits pouvoirs de tous ordres qui oppriment les humains, ce texte de Carole Thibaut, d’une précision et d’une lucidité exemplaires…  (NGabriel)

Sceneweb

Publié dans Scèneweb

 

Les femmes se font baiser” : le texte coup de poing de Carole Thibaut au Festival d’Avignon .

Pendant tout le festival d’Avignon 2018, à midi, dans les jardins de la médiathèque Ceccano, David Bobée a donné rendez-vous aux festivaliers pour son feuilleton théâtral Mesdames, Messieurs et le reste du monde, en treize épisodes. David Bobée a proposé d’y mettre à plat les contresens, les tabous et les idées reçues sur un concept désormais utile pour repenser le droit à la non-discrimination, à la non-assignation, celui du genre. Parmi les moments forts de ce rendez-vous qui va marquer l’histoire du Festival d’Avignon, il y a ce texte de Carole Thibaut, directrice du centre dramatique national de Montluçon, le Théâtre des Îlets lu lors de la fausse cérémonie des Molières, c’était le 13 juillet. Un texte dont voici l’intégralité. 

 

Photo © Cécile Dureux

A la demande de quelques un.e.s, voici le texte que j’ai lu au jardin Ceccano le 13 juillet, à l’invitation de David Bobée pour le feuilleton « Madame, Monsieur et le reste du monde. » (…)

La  suite ici —->  Clic sur la photo.

 

 

Lire, faites lire, c’est de première nécessité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Autrice, metteuse en scène, comédienne, Carole Thibaut dirige depuis janvier 2016 le théâtre des Îlets – centre dramatique national de Montluçon

Le misanthrope vs politique

26 Juil
Cette chronique de spectacle date de la création, elle remonte à la une aujourd’hui suite à une détestable affaire qui montre que le théâtre vivant n’est pas à l’abri de crétins malfaisants et méprisables, et bien sûr anonymes.  Voici ce qui s’est passé à Avignon en ce Juillet 2018.

Il est assez rare que j’exprime une colère ou un dégout mais là, je suis incapable de les retenir : l’ensemble des 200 affiches du Misanthrope posées en cet Avignon 2018 ont été sciemment découpées, arrachées. Au ciseau. Il n’en reste qu’une rue de la Carreterie. L’observation des dégâts ne laisse aucun doute quant au caractère malveillant de la chose.
Nous ne pouvons évidemment désigner personne. La malveillance et la lâcheté des auteurs sont à vomir. Je n’entrerai ni en suspicion ni en délation, cela jouerait le jeu de ces personnes.
En revanche, si vous voulez bien partager ce message, il devrait finir par les atteindre.
Qu’ils sachent que leur petite guerre ne nous a pas empêchés de vivre à nouveau un vrai succès cette année en Avignon.
Je n’éprouve à leur égard que du mépris.
Merci à tous !

Pierre Margot

 

24 Mars 2016, au Vingtième Théâtre.    D’abord présentation de la troupe,

Nastassja Girard, Emmanuel Lemire, Julie Cavanna, Pierre Margot, Benoit Du Pac, Denis Laustriat, Edgar Givry, Annick Roux.

Le misanthrope salut final AAAA 24-03-2016 23-18-58 2641x1318

Et un grand salut à Claire Guyot artiste polytalentueuse, qui a mené ce projet à bonne fin, conçu et mis en scène. Bravo.

En quelques mots c’est une version totalement bluffante de ce classique de Molière. Qui a été revisité régulièrement depuis 1666, théâtre, cinéma, télévision… Les spécialistes ont de quoi expertiser à l’infini. Mais cette version a la qualité rare de faire entrer un public de 2016 de plein pied dans le propos de Molière, en lui donnant à voir des personnages d’aujourd’hui. Que ce public connaisse ou pas ou peu Molière n’a pas d’importance . Pour ceux qui ont en filigrane le Molière des classiques Larousse, Le misanthrope Duo canapé AAAA 24-03-2016 22-48-39 2536x2412les vers et les costumes du 17 ème siècle, ça remet bien les situations en place dans le contemporain. Au 17 ème siècle, Alceste et Célimène parlent d’amour en alexandrins, dans un décor qui n’est pas l’ordinaire de nos appartements, ce qui peut suggérer une certaine distance, alors que vu comme ça dans ce canapé, les mêmes alexandrins sonnent beaucoup plus concrets.

C’est ici et maintenant que les fulminations de cet Indigné majuscule qu’est Alceste prennent toute leur dimension … Au bout de quelques minutes, on a oublié complètement la forme alexandrine du texte pour entrer dans le sens et son actualité. C’est confondant de réalisme. Grâce à tous les comédiens qui donnent à leurs personnages le ton juste en parfaite adéquation avec notre temps. En un sens, c’est désespérant de constater que les mêmes archétypes humains se sont reproduits quasi à l’identique depuis Louis XIV. Et que cet atrabilaire d’Alceste a toutes les raisons d’être misanthrope pratiquant. C’est le frangin de Cyrano, Alceste, il ne transige pas avec les principes, et il y a un écho de monsieur de Bergerac,

Je voudrois, m’en coûtât-il grand’chose

Pour la beauté du fait avoir perdu ma cause.

Et il a le malheur de tomber amoureux de la jolie et coquette Célimène, mais bon, je ne vais pas vous raconter l’histoire, ses émois amoureux, ses virevoltes, ses contre-temps … On voit dans Philinte, Arsinoé, les marquis, Oronte, Eliante, tout le folklore politique qui fait le bonheur de nos gazettes et des réseaux sociaux, autant dans les colonnes du Monde que  les pages de VoiciGala. On voit les conseillers-communicants de l’ombre, les virtuoses de la langue de bois, les habitués des compromissions et les courtisaneries qui font la trame de la vie politique.

Ce que je pourrais dire en conclusion, c’est que cette version est impeccable pour tous publics, c’est un théâtre populaire dans toute la noblesse du terme, qui rejoint les Vilar ou Jean Dasté dans son choix de mettre la vie en scène, dans le réel, sans ésotérisme abstrait, Claire Guyot et sa troupe exaltent les sentiments mélangés, la sensualité des amours turbulents, les travers et les affaires diverses de personnages parfois détestables pour qui on ne peut s’empêcher d’avoir un peu de tendresse.. Humains malgré tout.

 Jusqu’au 8 mai, c’est du jeudi au dimanche, renseignements et horaires ici.         Cliquez sur l’affiche. =====>affiche Mis

Au Vingtième Théâtre, à Ménilmontant.

Et pour avoir un aperçu de ce qui se passe sur scène, quelques photos de la représentation du 24 Mars, ce qui devrait vous donner envie de réserver sans délai.

Le misanthrope montage 2 AA 25-03-2016 18-03-59 5120x4096.jpg

 

Norbert Gabriel

Croustilleux La Fontaine….

16 Juin

Entre le portrait de la rapiate fourmi et celui du corbeau qui se prenait pour Pavarotti, notre bon fabuliste a trempé sa plume dans des encres colorées et épicées pour mettre en scène des saynettes qui préfigurent le loup obsédé sexuel de Tex Avery lâché dans un couvent de Betty Boop en cornette.

Ces pages plus ou moins classées X sont mises en spectacle et interprétées par Jean-François Novelli dans une mise en scène de mademoiselle Noureddine, plus connue sous le nom de Juliette.

La langue de La Fontaine dans ces contes pas trop moraux s’amuse beaucoup en disant sans dire mais tout le monde comprend bien de quoi il est question, en bref et en cru, on baise à cornettes rabattues, les prêtres et abbés tombent la soutane comme un Rocco Siffredi dans ses meilleurs jours..

Mais c’est en termes élégants que ces choses là sont dites.

Le pianiste orne les circonvolutions langagières de notes jazzy ou citations musicales subtiles, l’ensemble sonne moderne d’autant que Jean-François Novelli persille les phrases de La Fontaine de références actuelles, il reste néanmoins que les cul-bénits et punaises de sacristie risquent de faire la grimace en découvrant les fantaisies du clergé et des nonnes dans certaines circonstances, n’en disons pas plus … Des oreilles chastes et innocentes pourraient nous entendre.

Contes grivois, érotiques et donc interdits cela va de soi l’imprimatur fut mesuré mais les livres édités…

Et on pourra y vérifier qu’en cherchant son veau , on a des surprises,

Laissons donc la parole à Jean-François  Novelli pour bien comprendre comment donner de l’esprit aux filles qui en seraient mal pourvues.. Chose impensable de nos jours…  Pour entendre clic sur la page ci dessus.

La suite tous les mercredis et jeudis aux Déchargeurs, clic sur le rideau et marchez gaillardement vers la bonne parole de Jean de La Fontaine.  Tirez  le rideau et il s’ouvrira   –>

 

 

 

Et pour quelques photos de plus ..

Photos NGabriel2018

 

 

Norbert Gabriel

KING KONG THEORIE, théâtre de choc…

26 Mai

Photo DR

Il est rarissime, voire exceptionnel qu’un spectacle pas encore vu soit présenté dans ce blog mais parfois, l’actualité nécessite un relais utile…  Relatif à des faits bien partagés dans le monde entier, les lignes qui suivent vous éclaireront sur l’affaire.

Plaire aux hommes est un art compliqué, qui demande qu’on gomme tout ce qui relève de la puissance. Pendant ce temps, les hommes, en tout cas ceux de mon âge et plus, n’ont pas de corps. Pas d’âge, pas de corpulence. N’importe quel connard rougi à l’alcool, chauve à gros bide et look pourri, pourra se permettre des réflexions sur le physique des filles, des réflexions désagréables s’il ne les trouve pas assez pimpantes, ou des remarques dégueulasses s’il est mécontent de ne pas pouvoir les sauter. Ce sont les avantages de son sexe. La chaudasserie la plus pathétique, les hommes veulent nous la refiler comme sympathique et pulsionnelle. Mais c’est rare d’être Bukowski, la plupart du temps, c’est juste des tocards lambda. Comme si moi, parce que j’ai un vagin, je me croyais bonne comme Greta Garbo. Etre complexée, voilà qui est féminin. Effacée. Bien écouter. Ne pas trop briller intellectuellement. Juste assez cultivée pour comprendre ce qu’un bellâtre a à raconter.

– KING KONG THEORIE : Un des textes les plus féministes arrive sur scène à l’Atelier le 25 mai. Des mots qui cognent, une mise en scène musclée de Vanessa Larré avec le trio de choc Anne AZOULAY, Valérie de DIETRICH et Marie DENARNAUD.

 

Et ça se passe ici:  clic sur le rideau rouge –>

 

 

 

 

Norbert Gabriel

Une brise à la Comédie-Française…

20 Déc


C’est avec beaucoup d’appréhension que j’ai assisté à la première mise en scène de Robert Carsen pour le théâtre. Le metteur en scène quitte momentanément l’opéra pour s’emparer de La Tempête, une des dernières comédies écrites par Shakespeare en 1610.

Par une stratégie politique, le roi de Naples Alonso s’allie avec Antonio, frère du duc de Milan pour éliminer ce dernier en l’envoyant avec sa fille Miranda sur une île perdue au beau milieu de l’océan. Le plateau de la salle Richelieu s’est alors transformé en un îlot coupé du monde aux allures de chambres d’hôpital d’un blanc immaculé. A la Comédie-Française, on s’attendait à une mise en scène classique sans artifices sonores et filmiques mais comme rien n’est immuable, le théâtre a décidé de s’attarder dans la mise en scène de pièces classiques à la façon contemporaine: «Pourquoi pas, si c’est de bonne qualité ?» me direz-vous.  

Les nombreuses interruptions du jeu des acteurs par la vidéo cassent le lien que tissent avec nous les comédiens, ce qui provoque de profonds moments de flottement. Mais d’un autre côté, la mer projetée sur la toile de fond crée un point de fuite pour notre regard, ce qui nous dépayse. De très bonnes idées sont proposées par Carsen: quand Ariel, interprété magnifiquement par Christophe Montenez, surgit au milieu du plateau par des trappes, une avalanche de déchets tombés de nulle part, le jeu poétiques des ombres qui en disent plus que les individus… Les déplacements des comédiens sont très bien orchestrés par rapport au décor: petit à petit, nous comprenons que le public est à la place de la mer quand Ariel se promène sur les sièges du premier rang, comme s’il marchait sur des galets émergés de l’eau.

Si vous vouliez voir des acteurs qui vous transcendent, passez votre chemin spectateurs! En général, quand on s’ennuie dès les premières minutes d’une pièce, c’est que cela ne s’annonce pas glorieux. En effet, la pièce a du mal à démarrer, le personnage de Prospero (Michel Vuillermoz) ne nous captive pas et sa fille Miranda (Georgia Scalliet) est à côté du jeu tout comme le fils du rois de Naples (Loïc Corbery)… Heureusement qu’il y a la mise en scène pour retenir l’attention du public, sinon la durée de la pièce aurait paru plus longue qu’elle ne l’était (2H40 avec entracte). Je ne regrette pas d’être venu, détrompez-vous, car j’ai vu jouer un très grand comédien sur scène: Hervé Pierre dans le rôle du bouffon crasseux Trinculo. Une voix rieuse et aiguë, un vrai petit comique barbouillé de saleté ressemblant au personnage de Ben Gun interprété par le magistral Charles «Chic» Sale dans L’Île au Trésor de Berry Cooper. Dès qu’il faisait son entrée sur scène, l’attention du public se remobilisait, une bouffée d’air frais dans un spectacle tombé à l’eau.

 

Mathias Youb

FESTEN de Cyril Teste à l’Odéon

17 Déc

 Cyril Teste, artiste associé pour la saison 2017-2018 à l’Odéon théâtre de L’Europe s’empare de l’adaptation théâtrale de Bo Hr. Hansen du film Festen de Thomas Vinterberg qui remporta la caméra d’or au festival de Cannes en 1998. Le metteur en scène se sert de la performance filmique pour réaliser un spectacle foisonnant alliant théâtre et cinéma.

Une grande maison de campagne au décor cossu, un anniversaire en famille et des couloirs aux secrets brûlants qui n’attendent plus qu’à nous être dévoilés. Tel est le cadre de cette pièce qui met au centre de l’action une famille et ses problèmes. Chaque famille a ses secrets qu’elle tente de garder enfouis au fond d’elle. Dans cette mise en scène, Cyril Teste endosse le rôle du scientifique, un peu à la manière d’un Gide qui veut voir du haut de ses décors comment ses personnages vont se comporter tout au long de la pièce. Le spectateur n’est pas laissé de côté non plus, il est invité à venir sur scène pour partager ce dîner qui s’annonce mouvementé.


Tout au long du spectacle, un cameraman filme ce qu’il se passe sur scène pour le retransmettre sur ce grand écran accroché au dessus du plateau. Nous avons deux lectures possibles de ce drame familial qui s’offrent à nous: d’une part, une caméra qui filme des détails que nous ne percevons pas à l’oeil nu et d’autre part un plateau de théâtre avec une vue d’ensemble. En ne nous confortant pas dans une attitude passive de simple «voyeur», car il est question d’assister aux scène de la vie familiale», Cyril Teste mobilise notre attention en affûtant nos sens. Des odeurs de plantes, une peinture mystérieuse, une musique étrange préparent le spectateur à être réceptif aux événements qui vont suivre.

Cyril Teste expérimente une nouvelle forme de théâtre qui permet de remettre en question ce qui est à voir: la caméra et le plateau nous offrent deux vérités différentes. Les rapports entre ces personnages diffèrent quand ils sortent de la chambre pour aller dans le salon retrouver les autres convives. Le spectacle place l’humain au centre  pour voir comment il se comporte quand il est dans une situation de crise, à savoir: Christian a été violé par son père quand il était petit et veut dévoiler la vérité au grand jour. En effet, la lumière de la pièce est très blanche, une lumière qui rend compte du moindre détail sur le plateau. En jouant avec ces variations, Cyril Teste crée une multitude d’oxymores qui connotent une réalité plus grave: une famille bien habillée dans un décor magnifique et propre fait opposition aux secrets que cachent cette famille, une réalité plus crue dissimulée derrière ces décors d’apparats. Un mot: ne vous fiez pas aux apparences!

Festen de Thomas Vinterberg et Mogens Rukov, adaptation théâtrale Bo Hr. Hansen
Mise en scène Cyril Teste, avec Estelle André, Vincent Berger, Hervé Blanc, Sandy Boizard ou Marion Pellissier, Sophie Cattani, Bénédicte Guilbert, Mathias Labelle, Danièle Léon, Xavier Maly, Lou Martin-Fernet, Ludovic Molière, Catherine Morlot, Anthony Paliotti, Pierre Timaitre, Gérald Weingand et la participation de Laureline Le Bris-Cep.

Mathias Youb

Pour plus d’infos, clic sur le rideau –>

Le Tartuffe de Molière mis en scène par Michel Fau au Théâtre de la Porte Saint Martin

3 Déc

 

Michel Fau s’entoure des plus grands pour nous concocter un tartuffe magnifiquement interprété: Michel Bouquet, ancien professeur au Conservatoire national supérieur de Paris et acteur de talent nous captive par sa prestance. Il interprète le rôle d’Orgon, père de Marianne, qui veut la marier à tout prix avec Tartuffe, un faux dévot qui prêche la bonne conduite religieuse en faisant tout le contraire de ce qu’il dit: manger du poulet sans impunité dans l’église, se flageller jusqu’à la chair pour témoigner de sa passion pour la religion et autres hypocrisies que Molière dénonce en 1664 quand il donne pour la première fois sa comédie au Palais Royal devant le roi.

Peindre d’après nature, telle est l’idée principale des pièces écrites par Molière avant qu’elles ne soient censurées à de nombreuses reprises par le clergé. A la suite de la première représentation du Tartuffe ou l’hypocrite, le roi, influencé par l’archevêque de Paris, interdit de jouer la pièce en public et un curé exige le bûcher. Mais Molière ne se laisse pas faire et trouve le moyen de jouer sa pièce en la modifiant pour que la cabale ne la censure pas à nouveau: c’est en 1669, quand l’influence religieuse connaît une période d’instabilité, que Molière donne son Tartuffe au Palais-Royal et remporte un très vif succès !

 

Nous reconnaissons le ton grivois de Molière derrière ces longues tirades en alexandrins que prononce avec brio Michel Fau, déguisé en un tartuffe impie qui se joue de tout le monde et surtout de la religion. Les comédiens évoluent dans un décor baroque vertigineux représentant l’enceinte d’une chapelle ornée de dorures, de croix et autres symboles religieux. Des figures d’apôtres sur une palissade en bois s’ouvrant en deux viennent renforcer cette satire de la religion.

 

Le comique et le ridicule sont les moteurs de cette pièce car l’attitude des comédiens rend compte des caractères de l’époque: perruques ridicules, maquillages blancs et fausses courbettes, robes à dentelles et bâtons de gentilhomme. Les costumes sont signés par Christian Lacroix qui restitue toute la richesse de cette noblesse d’apparat. Tout est bien pensé et le texte est dit de façon très claire, cela change des spectacles que l’on voit en ce moment où les acteurs parlent dans leur barbe… Nous sommes captivés par le personnage de Dorine, interprété par Christine Murillo, ancienne de la Comédie Française. On est dans un spectacle de qualité, je vous le dis ! De plus, Aurélien Gabrielli qui interprète le rôle de Valère, un jeune prétendant avec une voix de crécelle, nous fait mourir de rire.

Saluons également le talent de Nicole Calfan qui interprète à merveille le rôle d’Elmire, femme prude et maligne qui saura berner Tartuffe en dernier ressort.

Quelle énergie et de talent déployés dans ce Tartuffe d’une rare qualité. Nous rendons hommage à l’immense talent d’un de nos meilleurs comédiens et acteurs français: Michel Bouquet qui commence à être très âgé et fatigué mais qui a accouché d’un Orgon parfait ! Il nous captive car avec lui, le jeu n’est jamais faux, toujours dans l’exactitude et ça se ressent!


Avec: Michel Bouquet, Michel Fau, Nicole Calfan, Juliette Carré, Christine Murillo, Justine Bachelet, Georges Bécot, Bruno Blairet, Dimitri Viau, Aurélien Gabrielli, Alexandre Ruby
Costumes Christian Lacroix. Assistant mise en scène Damien Lefèvre.
Décors Emmanuel Charles. Lumières Joël Fabing. Maquillage / coiffures Pascale Fau

Mathias Youb

Pour les infos, dates horaires, clic sur l’affiche–>

BELLA FIGURA de Yasmina Reza au Théâtre du Rond Point

26 Nov

Photos DR.

Autour de moi, on ne parle que d’elle: «Tu as aimé sa pièce ?» C’est la grande mode du Reza today!

Grande effervescence de la part des amateurs de spectacles contemporains typiquement parigots quand Madame Reza écrit un roman ou met en scène une de ses œuvres. Cette femme très discrète ne met pas les pieds dans les médias, d’ailleurs, elle n’en a pas besoin car son talent d’écrivaine l’illumine: récompensée par le prix Renaudot pour son roman Babylone en 2016. Quand on l’écoute, il y a toujours ce petit ton dans sa voix qui nous dit: «Non mais, laissez moi tranquille avec vos questions...» Je me rends alors, curieux et avide de découvrir la patte de cette femmes de lettres mystérieuse, au théâtre du Rond Point pour assister à sa pièce: Bella Figura.

 

Cette pièce n’a pas d’histoire précise: Andréane et Boris se retrouvent en amoureux sur le parking d’un restaurant, seul hic, monsieur s’est fait conseiller le restaurant par sa femme…Tel est le point de départ de cette pièce riche sur le plan implicite, car le matériau qu’utilise Yasmina Reza se base sur les non-dits. En effet, ce qui est intéressant dans l’oeuvre de Reza c’est qu’elle peint un tableau de notre société en remettant en cause cette chirurgie du sociale que les codes nous imposent:

On attend des gens qu’ils soient disponibles, beaux, souriants, toujours optimistes…  Or ici, les émotions à priori positives des protagonistes connotent quelque chose de plus enfoui: les gens pessimistes sont plus susceptibles de faire rire que d’agacer au final. Par exemple, la vieille mère d’Eric qui se plaint tout le temps et qui radote est le personnage qui nous fait le plus rire dans la pièce.

Tous ces personnages ont un point en commun: la solitude de leur quotidien.Nous ressentons une nonchalance chez ces personnages. Reza les confronte un à un dans une sorte de huis clos, qui n’en est pas un, car les décors changent sans arrêt.Au passage, je ne comprends pas l’utilisation de cette toile de fond sur laquelle sont projetées des images d’ombres représentant la forêt, inutile ! Pour ce qui est des décors: simples, intérieur style déco de catalogue de bobo qui achètent du Monoprix gourmet, j’adore! Je pense que Reza prend un certain plaisir à se moquer de cette bourgeoisie qui se plaint de tout et de rien: tu me quittes, je te quitte, il faut aimer la vie, ne perdons pas de temps, carpe diem nous rappelle le personnage de la vieille mère un peu sénile. L’est-elle réellement? Bien sur que non, ce sont autant d’outils donnés au spectateur pour qu’il puisse s’interroger sur la vérité de ces personnages. Quant au titre, faire preuve de «bonne figure» signifie que nous jouons tous un rôle en société mais que nous devons, malgré nos émotions qui prennent le pas sur nous, nous efforcer de sourire et de rire: montrer le contraire de ce que l’on ressent. C’est- à- dire avoir la force mentale de refouler ses émotions.

Pour ce qui est des acteurs: Emmanuelle Devos est parfaite dans le rôle de la garce qui mène son copain par le bout du nez. Tout est dans la démarche, talons rouge vifs, cheveux ébouriffés, robe sobre mais au dessus des genoux. Louis-Do De Lencquesaing, copain dévoué toujours derrière elle, est très juste dans sa façon de jouer, rien qui ne sonne faux! J’aime le personnage d’Eric, jeune juriste brillant et attachant, joué par Micha Lescot qui l’interprète merveilleusement bien.

La pièce alterne entre humour et tragédie, on ne s’ennuie pas une seconde car tout est bien articulé !

Pour le Théâtre du Rond Point, c’est là, clic sur le rideau,

 
 
 
Mathias Youb
%d blogueurs aiment cette page :