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Crimson Glory, ou la Bouteille, l’écume et les siècles… de Jérémie Bossone.

16 Avr

Photo NGabriel

Jérémie Bossone est un auteur qui met de la musique-flamme sur ses mots quand il chante, et des couleurs qui peuvent rappeler Goya, Munch ou Van Gogh dans ses fresques littéraires aux personnages brechtiens. Des histoires à la Romain Gary-Emile Ajar, celles des desperados qui ont l’âme slave et toutes les folies qui vont avec. Celles et ceux qui ont nourri Crimson Glory.
Avec les désaxés magnifiques, Don Quichotte ou Cyrano, les bourlingueurs de Conrad, ou Stevenson, et d’Artagnan en chef de bande. Des guetteurs de miracles qui n’arrivent jamais, mais c’est pas une raison pour ne pas y croire. Dans la chasse au trésor, l’important, c’est la chasse plus que le trésor.

D’autres professent comme les irlandais que la réalité est une hallucination provoquée par le manque d’alcool … Dostoïeski et Bukowski ne sont pas loin dans ses quêtes métaphysiques bien arrosées de tous les alcools de la vie d’artiste borderline… Mais c’est pas dans les rails formatés qu’on peut trouver les chemins des rêves les plus échevelés… On rêve pas petit bras chez Bossone, on voyage dans des mondes en abolissant les barrières du temps… Comme dans son livre Crimson Glory, moitié roman, moitié autobiographie, moitié pédagogie de la vie saltimbanque. Ne chicanons pas sur le nombre des moitiés, quand on aime on ne compte pas.

Avec Crimson Glory, (ou la Bouteille, l’écume et les siècles..) le lecteur gourmand d’éclectisme va trouver de quoi se régaler de tous ses fantasmes littéraires, les histoires entrecroisées du pirate Sean Fountain, et son trésor, les aventures et mésaventures d’un chanteur maudit qui n’a même pas l’idée de mourir à 27 ans comme tout héros pop rock qui se respecte, et les chemins tortueux des sentiers de la gloire fuyante du showbizness. Et qui a eu comme projet, je cite,

 Moi je veux être grand, retrouver la taille cosmique de l’enfance, embrasser sa mythologie, boire à ses constellations. Etoiles, je monte vers vous ! Le panache au cœur, le sourire aux lèvres ! Je suis baroque! Ô camarades, je veux briller pour vous comme j’aimerais vous voir briller pour moi. Tous pour un et un pour tous ! Chaque être humain devrait brûler comme un soleil ! Je veux bien soumettre l’idée aux hommes mais je n’imposerai rien. Le mouvement doit venir de soi.

Il me semble entendre quelques approbations de Brel, Ferré, Higelin, et de sa « marraine » Anne Sylvestre… Ecrire pour ne pas mourir ?

 J’écris. Or ce qui prime en écriture, c’est la puissance ludique, c’est ce plaisir du jeu que nous procure l’agencement des images et des sonorités. Sans lui nulle catharsis, et les émotions retombent comme des baudruches dégonflées.

Et pour cela,

Dès que la musique fait son entrée dans l’arène, c’est vers elle que j’avance. J’oublie tout le reste : les enfants qui meurent de faim en Somalie, les enculés qui nous gouvernent aux quatre coins du monde,  la Camarde qui agite sa faux dans mon dos… J’oublie tout ça.

Et Sean Fountain dans tout ça ? Sean Fountain est un voyage, un mythomane de génie, la mythomanie est son oxygène…
« Je jongle avec ma vie. N’ayant rien appris d’autre, je n’ai aucun regret.»  C’est Sean qui a écrit ça, mais son art du jonglage n’est pas resté lettre morte, si vous voyez à qui je pense.  Et si vous ne voyez pas, allez toutes affaires cessantes Côté Cour, chez LamaO Editions, Crimson Glory est  disponible. (Sortie officielle le 27 Avril dans toutes les librairies de bon goût)

Clic sur la couv’ –>

Et en bonus,  les 50 premières commandes seront dédicacées par Jérémie !

 

 

 

 

Norbert Gabriel

Avertissement: c’est le genre de livre que j’ai ouvert 5 mn après l’avoir eu en main, grâce auquel j’ai raté deux correspondances, et pas lâché de la nuit…  Malgré les cris de mon chat abandonné sans croquettes…

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Hexagone printemps 2018

4 Avr

 Pour tous ceux qui aiment la scène vivante, les meilleurs artisans de la chanson, les réflexions, les points de vue, les échanges et actions diverses autour de la chanson, les lieux qui l’accompagne et la font vivre, toute l’actualité, sorties d’albums, spectacles vus ou à voir, avec sérieux, un zeste d’humour,  des photos sublimes, et même des dessins, un beau livre, avec une couverture épaisse qui peut trôner dans nos bibliothèques, Hexagone le mook est incontournable. Et nous en sommes au numéro 7, Printemps 2018, et ce numéro marque une ouverture vers d’autres arts, comme l’annonce David Desreumaux dans son édito, avec la rencontre de Serge Rezvani, peintre, romancier, poète… Et auteur de chansons , entre autres, le tourbillon, chanté par Jeanne Moreau, dans le film de Truffaut Jules et Jim.  Il se dit amateur au sens noble du terme, mais a quand même obtenu deux fois le Grand Prix de l’académie Charles Cros ! Et la chanson tient une place importante dans sa vie :

Certaines chansons pendant la guerre m’ont marqué, et si je les entends ou si je les rechante c’est un peu comme la madeleine de Proust : tout d’un coup tout revient de manière extraordinaire, et je pense qu’il y a peu de choses aussi aussi fortes qu’une musique, une chanson qui a marqué un certain moment de votre vie.

Parenthèse d’humour en ouverture, celle là, je l’aime bien :  La victoire de la Musique dans la catégorie «  artiste féminine » n’a pas été décernée à Orelsan.

Un  rencard avec Loïc Lantoine, par Roxane Joseph, un artiste hors cadre qui sait saisir les opportunités et avancer avec aisance dans ce monde très codé de la musique.Loïc Lantoine qui a remporté avec le Toubifri, Very Big Experimental Toubifri Orchestra,double album et concerts dans toute la France, le Grand prix scène de l’Académie Charles Cros.

Photo Vincent Josse

On s’intéresse ensuite au patrimoine en danger, avec Clémentine Deroudille, qui pose la question : Quand verrons nous un musée de la chanson ouvrir en France qui permettrait de recenser, restaurer, conserver et présenter ces trésors inestimables. Objets, manuscrits, affiches, photos, costumes, lettres, appartenant ou ayant appartenus à nos chers artistes, et qui sont dispersés un peu partout.  On a vu, avec le succès des exposition Brassens, ou Barbara, qu’il y avait un public pour ça.

Chanson & Poésie, Quand la littérature prend l’air, regards croisés d’écrivains et poètes sur les rapports entre poésie et chansons, conçus par David Desreumaux et Patrick Engel.

Poètes, pas poètes, le débat est aussi vieux que l’histoire de l’expression humaine, nous dit par exemple Olivier Chaudenson, directeur de la Maison de la poésie. Ne pas nier les différences, certes, mais ne pas les hiérarchiser non plus…Rappelons toutefois que les plus grands poètes ont écrit des chansons : Prévert, Aragon, Mac Orlan… Nous rappelle Philippe Delerm.

Stéphane Hirschi, professeur de littérature française moderne à l’université de Valenciennes, qui a inventé une discipline universitaire, la cantologie, raconte cette longue histoire depuis la rencontre de la poésie et de la chanson, Sous la bannière du lyrisme, poésie et chanson se rencontrent six siècles avant JC. En grèce, Pindare et Sapho expriment leurs sentiments en vers : rythme et mélodie… Jusqu’à nos jours, pour conclure : Oser faire fredonner des règles qu’on bouscule, qu’on déplace, qu’on met en perspectives nouvelles, ne serait-ce pas cela, la rime profonde entre poésie et chanson ?

D’ailleurs demande Matthias Vincenot, poète :Un poète sait-il forcément écrire des chansons ? En précisant qu’il ne faut pas confondre la poésie avec la poétique.

Et En quoi l’écriture d’une chanson peut-elle différer de toute autre écriture ? Demande le parolier Jean Fauque.  

Et c’est avec Olivier Chaudenson, qu’on revient pour mieux connaître la Maison de la poésie, devenue un lieu singulier, ouvert à tous les genres littéraires, avec beaucoup de musique et beaucoup d’images. Un lieu de création, une maison en mouvement, qui tend à rattacher la littérature au spectacle vivant, sans étiquetage, avec comme première urgence de reconnecter la poésie, la littérature, à un public plus large : ça me semble très naturel de dire que la littérature est un art vivant.

Et puis, les différentes formes d’écriture ne s’opposent pas. Elles se complètent, s’apportent l’une à l’autre, et aujourd’hui se rencontrent sur scène, précise Marie Modiano, qui se définit quand à elle comme une musicienne qui écrit de la poésie et des romans…Ou bien le contraire, qui sait ?

Quel que soit le procédé artistique, il existe par le fait même qu’il s’offre au monde. La chanson existe ainsi en ce qu’elle entre dans le domaine public. Ajoute Barrio Populo.

Et pour Sophie Nauleau, Docteur en littérature française, et directrice du Printemps des poètes, on ne peut plus dire que la chanson est un art mineur, quand on voit tous les plus grands poètes qui sont  chantés.

La chanson, c’est aussi l’affaire de Miss Knife, chanteuse de cabaret, à ne pas confondre avec son double, Olivier Py,  poète, romancier, directeur de l’Odéon, puis du festival d’Avignon. Deux carrières totalement séparées. Miss Knife est une chanteuse et fait du music-hall depuis 25 ans : chanter des chansons, ça répond mieux aux questions que des livres sérieux.

C’est avec Marie-Thérèse Orain que nous avons ensuite rendez-vous, pour la partie un de la collection de printemps, propos recueillis par Flavie Gerbal.

Une vie bien remplie pour cette comédienne pleine d’énergie, qui, à force de belles rencontres, notamment avec Patachou, a réalisé son rêve, après avoir traversé toutes les vagues musicales possibles et inimaginables, depuis ses débuts en 1962, se consacrer uniquement à la chanson et à la scène, et c’est au forum Léo Ferré, à Ivry que son CD Intacte a été enregistré en 2015. Textes choisis pour leur qualité, plutôt que sur la notoriété de l’auteur, on trouve sur ce CD, Anne Sylvestre, Léo Ferré, Jacques Debronckart, Claude Lemesle, Gribouille, Pierre Tisserand, Anne Sylvestre.

Une invitation de Malorie D’Emmanuele à écouter Un Camp, EP de 4 titres de Makja,( maquis, en corse) un regard sur cet artiste qui a décidé de créer, seul, un projet musical. Création d’un espace d’échange aussi bien humain qu’artistique. Il se définit comme un artisan des mots, aux influences électro ou symphoniques, je découvre, et j’écoute : Car née de doutes / Ma musique est fille de sentiers / Dans cette vie de virages / Inconstante est la mise en pieds…

Karine Daviet, elle, nous raconte le parcours de Gael Faure, de son Ardèche d’enfance à Paris, en passant par La Nouvelle star, sans en tomber dans les pièges, il a pris son temps, avec une force tranquille : prendre son temps est le plus sûr des chemins. Et son idée c’est de montrer que l’authentique peut revenir à la mode sans forcément être ringard.Son deuxième album, Regain, sorti en janvier 2018, raconte ce voyage intérieur.

Chic & Choc, c’est Gervaise, vue par Flavie Girbal, Gervaise l’ultraféminine, pourfendeuse de clichés à tout crin, qui vient de remporter le prix du public et le prix Catalyse Georges Moustaki.

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Photo DDesreumaux

Et, surprise ! C’est Mad, l’affreux jojo du Rosbif saignant qui nous propose un Sanseverino servi chaud en le présentant comme un Bluesman facétieux : Connu et reconnu comme chanteur populaire et musicien hors pair, Stéphane Sanseverino se la joue Bateleur Joe avec son huitième album Montreuil/Memphis. Surtout ne pas lui mettre d’étiquette, comme celle de jazz manouche qui lui colle à la peau depuis des années, alors qu’il n’a fait que deux albums sur huit de ce genre, lui aime le changement, se marrer, mais pas que : Faut qu’ils s’y fassent, je ne suis pas juste un amuseur public.

Une fiche pratique, très drôle bien qu’étant réaliste sur les ficelles du métier, Les premières parties, par Boule. Un petit exemple : Avant de partir, PENSEZ à VIDER les FRIGOS des loges en guise de DEDOMMAGEMENT, ainsi que les corbeilles de confiseries et autres barres chocolatées. VOS enfants seront contents.

Toujours beaucoup d’albums récents chroniqués, Un florilège d’Anne Sylvestre 60 ans de chansons en 3 CD-45 titres, Juliette : J’aime pas la chanson, Frédéric Bobin :  Les larmes d’or, Les hurlements de Léo : Luna de papel, Môrice Benin : L’inespéré entre les lignes, Jules Nectar : Nos rêves, Pigalle : Ballade en mélancolie, Les Escrocs : Super-héros, Dominique A : Toute latitude, un CD-DVD de Michèle Bernard : Scène & canapé, pour ne citer que ceux que j’ai écoutés, et des dizaines d’autres à découvrir. Qui dit que la chanson française se porte mal ?

Et est-ce-que C‘était mieux maintenant ? Pour Jules qui se la joue nostalgique du quatrième album des Satellites intitulé 4, c’était bien avant, aussi … 25 ans déjà, et il se referait bien un concert avec eux dans son jardin.

Un grand dossier de 17 pages est consacré à Zaza Fournier, entretien avec David Desreumaux, Née  d’une mère hollandaise et d’un père marseillais, elle regrette Paris d’où elle est partie à l’âge de 10 ans, pour vivre une adolescence morose dans un petit village de l’Oise, où ses refuges sont la littérature et la musique, puis c’est la révélation, avec un 20/20 pour un passage du Cid récité au lycée, elle prend au sérieux son désir de théâtre, et s’inscrit au Cours Florent, puis vient à la chanson par amour, faut dire qu’elle s’était entraînée, à 12 ans, enfermée dans sa chambre, à chanter tout Piaf avec pour seul micro sa brosse à cheveux ! C’est un garçon qui m’a fait chanter pour de vrai la première fois. C’est par amour. Ce garçon, c’est Jack Lahana, aujourd’hui son compagnon, et réalisateur de ses deux premiers albums. La chanson par la scène précise t-elle : Avec la scène, j’ai l’impression d’être en état de recherche permanent.

A la question qui vient comme ça, au cours de l’entretien : Si tu te demandes si tu seras encore chanteuse à 60 ans , elle a une jolie réponse : Tu sais, c’est comme les gosses qui courent au bord de la falaise et qui n’ont pas peur. Tout à coup tu grandis, tu vieillis, et tu as le vertige.

Le regard extérieur sur Zaza Fournier, c’est Arièle Butaux, musicienne, écrivain, femme de radio.

Elle aime tout de Zaza Arièle : J’aime chez Zaza La précision du trait, la miniature parfaite, la mélodie qui va te rester dans la tête comme une bonne vieille chanson italienne. Ses chansons sont en technicolor : ça claque, ça porte, ça secoue !

Et l’on continue avec Zaza Fournier et son nouveau spectacle : Le déluge. Un spectacle théâtre / chansons qui raconte le déluge intime qui bouscule et fait surgir le sauvage qui sommeille en chacun de nous, est il possible d’être libre et ensemble à la fois ? Le déluge pose cette question : peut on être à la fois libre et ensemble, profondément soi-même et avec les autres ?

Trois filles sur scène, avec Diane Villanueva aux percussions et Juliette Serrad au violoncelle, pour un spectacle qui devrait marquer les esprits.

Pour clore le chapitre Zaza Fournier, paroles et musique de La jeune fille aux fleurs, que l’on peut aussi écouter sur Youtube, ou encore mieux sur son album Le départ : Si tu as le cœur blessé / Offre moi des fleurs séchées / Des lys ou du mimosa / Si tu rêve encoe de moi / Si tu t’en vas sans regrets / Quelques brins de serpolet…

logo_Moustaki_rond-3Retour en image sur le huitième Prix Georges Moustaki, avec de superbes photos de Chantal Bou- Hanna et Frédéric Petit, les finalistes, Gatica, prix du jury, Gervaise, prix du public, Mehdi Krüger prix de la selection FestiScib, For The Hacker, lauréat de la sélection FrancoFans.

Et c’est avec Jacques Bertin que je prends un malin plaisir à décrypter ses réponses aux questions de Nicolas Brulebois. Entretien qui a lieu entre Mouffetard et Contrescarpe : quartier de pauvres, d’aventuriers et d’artistes.

Parmi ses projets, un qui lui tient à cœur, la maison de l’histoire de la chanson, un beau projet qui est aujourd’hui en bonne voie, puisqu’il semble que le ministère de la Culture ait la volonté de s’impliquer, et un projet d’album humoristique qui pourrait s’intituler : Chansons à la con, étonnant, non ? Il parle aussi de son dernier album, plus varié que les précédents, avec moins de musiciens, pour raisons économiques. Il y a un poème de Valery Larbaud que j’aime beaucoup,  Voeux d’un poète :

Lorsque je serai mort depuis plusieurs années,
Et que dans le brouillard les cabs se heurteront,
Comme aujourd’hui (les choses n’étant pas changées)
Puissé-je être une main fraîche sur quelque front !
Sur le front de quelqu’un qui chantonne en voiture
Au long de Brompton Road, Marylebone ou Holborn,
Et regarde en songeant à la littérature
Les hauts monuments noirs dans l’air épais et jaune.
Oui, puissé-je être la pensée obscure et douce
Qu’on porte avec secret dans le bruit des cités,
Le repos d’un instant dans le vent qui nous pousse,
Enfants perdus parmi la foire aux vanités ;
Et qu’on mette à mes débuts dans l’éternité,
L’ornement simple, à la Toussaint, d’un peu de mousse. 

(Valery Larbaud, Les Poésies d’A.O. Barnabooth, 1913).

 

Une autre chanson : La vague évoque le sort des migrants, que la France a du mal à gérer.

On en sait plus sur sa façon d’écrire ses chansons, et de les travailler avec sa guitare, son passé de chroniqueur à Politis, et les polémiques suscitées par certaines chroniques, son respect pour les anarchistes, qui sont dit il, respectueux et bien élevés : je les trouve humainement corrects, honnêtes, contrairement aux trotsk’s , mao, ou stals, pour qui il ne serait qu’un petit bourgeois, un salopard.

Parmi les découvertes de printemps, à noter chez EPM Musique, deux albums majeurs, Ziaco : Né en voyage et Les cyclamens de Pierre Margot qui sera en concert au Lavoir Moderne Parisien, les 1er et 2 juin.

Coffees & Cigarettes et leur Hop’n’roll fantasy n’échappent pas au regard de David Desreumaux, Renaud Druel affirme ne pas être capable d’écrire autrement qu’au travers d’images

Claire Pommet, alias Pomme, elle, est une belle promesse, selon Dora Balagny.

Elle a déjà des kilomètres de concerts au compteur, depuis ses débuts musicaux en famille, son coup de cœur pour l’autoharpe : J’aime l’esthétique de l’autoharpe, sa sonorité un peu elfique, ses classes vocales de dix ans dans une chorale, jusqu’à ses premières parties de Benjamin Biolay, Yael Naim ou La Grande Sophie, et son premier album sorti en octobre dernier. Elle sera en concert au Printemps de Bourges le 28 avril, et à La Cigale le 20 juin.

Et ce sont des Embruns de chansons nous viennent de Ronan, sous le regard de Michel Gallas. Ronan, qui, ayant fait l’expérience de plusieurs groupes, Toultoutim, avec Jules Nectar, et un album en 2011, comme accordéoniste des NotaiRes et des Maristo pour trois albums, en tant qu’ACI pour le quintette Les Vents Malins, dont il sortira un EP,  crée ensuite un répertoire plus plus intimiste et personnel : il chante des histoires de la vie et de rêves enfouis dans un vocabulaire imagé et singulier, et nous transporte dans une poésie réaliste où les mots s’entrechoquent et se percutent. Volutes, son album autoproduit sorti en 2017 est chroniqué p. 64 d’Hexagone n° 4 .

Et toi tu fais quoi ? C’est le titre du premier album de Joëlle Saint-Pierre dont Flavie Girbal nous fait le portrait. Elle nous vient du Québec, c’est fou ce qu’on aime la chanson francophone là-bas ! Mais dit-elle : Je me sens extrêmement moins chanteuse que musicienne. Et comme elle ne peut pas trimbaler son marimba partout, c’est son vibraphone qui l’accompagne dans ses tournées. Le vibraphone convoque le nord magnétique et les grands espaces enneigés.

Encore une belle découverte,  Phanee de Pool, la slapeuse à part, qui a rendu son arme et sa carte de policière fin 2017, pour se consacrer à la chanson, avec une immense envie de croquer la vie : Je suis une gourmande, j’ai envie de jouer partout, dans des lieux insolites…comme un poulailler… Et déjà reconnue, elle a remporté le prix du public et quatre dates de concerts au concours de La médaille d’or de Saignelégier.

Un petit tour à Lyon où il y a des lieux sans lesquels la chanson ne serait pas ce qu’elle est, et A thou Bout d’Chant est de ceux là. Avec Karine Daviet comme guide. Marc David et Frédérique Gagnol ont fait de ce lieu une place forte de la chanson, et Lucas et Matthias ont repris cette salle en 2015,  avec des choix qui reflètent la diversité musicale de la chanson française et de la modernité.

Et une visite guidée de La Manufacture Chanson, société coopérative d’artistes au service de la chanson. avec David Desreumaux, et son gérant Stéphane Riva. Un lieu, des professionnels qui accompagnent, forment, conseillent, sont le lien avec de nombreux partenaires, festivals, actions artistiques auprès de différents publics et différents lieux, leur objectif : permettre aux artistes de transmettre et de partager leur passion de la chanson.

Photo DR.

Et si nous allions rendre visite à Serge Rezvani, en plein cœur de Pigalle où il vit avec sa compagne depuis quinze ans, l’actrice Marie-José Nat ?  C’est David Desreumaux et Flavie Girbal qui nous y invitent. Peintre, graveur, écrivain ( plus de 40 romans, 15 pièces de théâtre, et deux recueils de poésie), et auteur-compositeur-interprète de chansons, auteur de la célèbre chanson du film Jules et Jim chantée par Jeanne Moreau : Le tourbillon de la vie. Alors, touche-à-tout ? Non, dit-il : Tout me touche, ne pas se répéter, faire toujours la même chose, même si ça va à l’encontre du marché : je suis curieux de ce que je ne sais pas, je dis souvent que j’ai plusieurs arcs à ma flèche, je dirais que c’est toujours la recherche de ce que je ne sais pas en moi et en nous tous, parce qu’on finit toujours par être des portes-parole.

Pour finir en râlant, le Rosbif saignant de Mad, qui raconte les péripéties de son concert, avec Monique, sortie conseillée par Hexagone : On m’y reprendra à suivre Monique dans ses sorties conseillées par Hexagone. Pour voir des voleurs de poule de cet acabit, ce sera sans moi ! Je n’en dirai pas plus, sinon que les voleurs de poule sont Sanseverino et ses musiciens ! Voir l’article de Mad p 48.

Voilà un petit aperçu de tout ce que vous pourrez découvrir en long et en large dans ce numéro de printemps d’Hexagone , sans oublier deux festivals importants dans les semaines à venir, Festiv’en marche du 17 au 21 mai à Mouhet ( 36), avec Rémo Gary, Melissmel, Bernard Joyet, Boule, Eric Mie, Lucie Manusset, Zoé Malouvet, Les frères Scopitone. Et L’air du temps aux Bains-Douches de Lignère-en-Berry, avec Sandra Nkaké, Anne Sylvestre, Sanseverino, Loïc Lantoine, Magyd Cherfi, Frédéric Fromet, Babx.

Bel été en musique et en chansons, d’écoutes en lectures, de bars en bistrots, de scènes en scènes, de festival en festival !

Pour savoir ce qu’il en est du super mook Hexagone et l’avoir chez vous, demandez à Flavie,

et elle vous répondra, c’est une fille bien élevée –>

 

 

 

 

Pour la web radio Hexagone, c’est là ->

 

 

 

Danièle Sala

 

 

 

Saravah 1967-77 C’est où l’horizon ?

13 Mar

 

On pourrait dire que nous avons tous en nous quelque chose de Saravah quand on se passionne pour la scène vivante du spectacle et de la chanson. Quand elle est un court-métrage de 3 ou 4 mn qui raconte le monde ouvert à la fenêtre, quand elle raconte la vie, les rencontres d’un funambule de l’utopie, baladin éternel sur tous les chemins buissonniers qui n’ont jamais été concernés par la dictature du code barre… Quand on a le goût des choses penchées, la quête permanente de la beauté fragile des musiques portées par les vents oiseleurs de la Vendée à Rio de Janeiro, de Montmartre à Shibuya (Tokyo) … Quand on fait sa vie comme une rivière qui atteint toujours son océan en méandres nonchalants pour mieux goûter l’instant présent et les charmes du hasard.

Il y a des années où on a envie de ne rien faire… Parce qu’on a envie d’être totalement disponible à l’imprévu, à l’inconnu, à la découverte, parce qu’on a envie de répondre à la question « C’est où l’horizon ? » sans être trop téléguidé par une boussole autoritaire… Et parce qu’on a peut-être envie de découvrir plusieurs horizons de couleurs et de goûts différents.

A travers ce préambule nourri du pollen Saravah il y a quelques pistes sur le voyage de la mémoire que vient de faire Benjamin Barouh dans l’histoire du plus ancien label de chanson français en activité ; les dix années de funambulisme permanent qui ont construit la légende de cette utopie réalisée. Si on ne connait pas bien Saravah, ce livre est la base indispensable pour comprendre comment ce miracle a pu exister… Fluctuat toujours, mergitur jamais. Si on connait bien Saravah, on va y trouver de quoi affiner et compléter les portraits des différents acteurs connus ou moins connus qui ont construit ce label.

avec Claude Lelouch, 10 Mars 2018 photoNGabriel

Benjamin Barouh est un excellent conteur d’un part, et d’autre part dans son travail de collecteur, il a rencontré et mis en perspective, tous les témoins, chacun apportant un éclairage personnel, et argumenté sur ces dix ans de genèse… Tout est nuancé par l’ensemble, sans parti pris tranché et réducteur. Regards intimes ou distanciés, critiques ou amoureux, subjectifs ou objectifs, s’il y avait des zones d’ombre – avec le temps, parfois tout s’en va de travers- elles se révèlent, comme sur un vieux négatif photo qu’on n’aurait pas exploité à fond, et le tableau se complète, s’enrichit.

Emouvant, et drôle, parfois une phrase situe bien les rapports à la chanson, ainsi le point de vue sur les yé-yés est explicite quand Dominique Barouh voyait dans l’idole des jeunes une sorte de lombric… Passionnant quand David Mc Neil raconte que John Mc Neil a parcouru l’Ecosse pendant 20 ans pour collecter toutes les mélodies écossaises, qu’il jouait à la guitare sur 3 accords, et qui ont façonné la musique américaine au début du XX ème siècle.

Il y a tous les acteurs de Saravah des Abbesses, et aussi l’autre point de rencontre, les lundis de la Mouff », Mouffetard futur lieu de résidence parisienne de la famille Barouh. Il y a tout pour comprendre Saravah , ce qui l’a constitué, ce qui continue et se prolonge aujourd’hui.

10 ans de saravahC’est une grande fresque bigarrée, une leçon de créativité tout azimut, un bréviaire de liberté, qu’on pourrait sous-titrer : «Mode d’emploi de la réalisation d’une utopie à l’usage des jeunes générations qui ne savent pas qu’il y a d’autres chemins que les autoroutes formatées au code barre.»

Ou en bref, «  Histoire d’un caravansérail musico-cosmopolite »,  une soirée Saravah c’est une rencontre avec des musiciens, des chanteurs, des cinéastes, des graphistes, des comédiens, des auteurs de toutes origines cherchant à communiquer avec tous… et dans la boutique Saravah, il y avait aussi les confitures aux prunes de mamie (Sarah, la maman de Pierre) …

Dans les grands témoins rencontrés, Francis Lai, Claude Lelouch, Dominique Barouh, Areski Belkacem, David Mc Neil, Raphael Caussimon, Aram Sédéfian, Jean Querlier, Christian Gence, Jacqueline Cauet, Gilles Sallé, Claudine Cormerais, Jean Michel Humeau, Gérard Delassus, Philippe Beaupoil, Christophe Rambault de Barathon, et Fernand Boruso, dont on a le point de vue pour la première fois sur les fluctuations financières de Saravah.

Ces quelques lignes et anecdotes ne résument pas cet excellent livre de 300 pages, (Editions Le Mot et le reste) qui sera en librairie le 15 Mars, mais qu’on trouve néanmoins depuis hier lundi chez les grands distributeurs parisiens, Gibert entre autres… C’est juste pour donner envie…

C’est le complément indispensable aux Rivières souterraines, pour les plus anciens, et avec la compilation 50 ans de Saravah, c’est l’entrée en Saravah pour les plus jeunes. Avec la mémoire du vent…

Pour qu’un souvenir ami

garde dans son tamis

Le bleu de nos nostalgies

Pour que la mémoire du vent

Retienne nos chansons, amis recommençons..

Norbert Gabriel

Saravah, c’est là —>

 

 

 

 Le mot et le reste c’est là→>

Généalogie du blues…

15 Fév

On s’était dit rendez-vous dans un an… Parce qu’avec tous les bons tuyaux de Doc Caloweb quand il parle du blues, ce fut la quasi immersion totale dans la pile impressionnante de livres et  d’albums que les bonnes échoppes parisiennes ou provinciales proposent aux amateurs insatiables… En terme de poids, ça va bien chercher dans les 50 kgs, mais au final, c’est avec un pocket Folio qu’on peut avoir un très complet panorama de cette musique dans tous ses aspects, autant musicaux que socio-culturels.

Cette brève généalogie du blues arrive pour faire une mise au point suite aux babillages inconséquents d’un radioteur approximatif qui a expliqué sommairement sur une radio nationale, je cite : «  le blues vient du godspel... » Ce qui relativise beaucoup l’expertise de ce musicien, qui n’en est pas à son coup d’essai dans le genre bourdes historico-musicales.

D’ abord écoutons ce qui est « gospel ou godspel» dans le sens le plus couramment employé :

Des chants d’église, le plus souvent interprétés par des gens bien propres sur eux, sur des thèmes religieux et plutôt joyeux véhiculant des idées positives. (On ira tous au paradis…)

Mais le blues…  Il est né dans les champs de coton, il est né du déracinement des esclaves et des chants de travail et de douleurs, et c’est dans la rue, après la guerre de Sécession, que des chanteurs noirs ont gueulé leurs désillusions face à une société qui ne les considérait que comme du bétail humain, et l’émancipation-ségrégation n’a pas changé grand chose à leur position dans la société américaine… Et même aujourd’hui …

Le blues c’est plutôt ça:  The blues is a feeling... Rien à ajouter.. (Le texte en fin de chronique montre qu’il y a des variations avec la version chantée ici, mais dans l’ensemble, c’est fidèle)

ou ça,

Well, you woke up this morning
Got yourself a gun
Your mama always said you’d be the chosen one

She said, you’re one in a million, you’ve got to burn to shine
But you were born under a bad sign with a blue moon in your eyes

And you woke up this morning
All that love had gone
Your papa never told you about right and wrong

But you’re looking good, baby
I believe you’re feeling fine (shame about it)
Born under a bad sign with a blue moon in your eyes

(Né sous un mauvais signe avec une lune bleue dans vos yeux.)

The lonesome man with is a guitar… Le mec avec sa guitare comme confidente partenaire. Dieu et ses églises n’ont pas grand chose à y faire, sinon pour se faire engueuler…

La généalogie du blues est assez bien définie par BB King qui est probablement l’ auteur de cette définition

Le blues, c’est les racines, le jazz c’est l’arbre et les branches, le reste, le rock, la soul, le rythm’n’blues … c’est les pommes...

Dans la famille des musiques noires, après les chants de travail*, vint le negro spiritual, inspiré par l’Ancien Testament, et presque au même moment le blues, le chant païen et voyou, avec des instruments de pauvres, le banjo, la guitare bricolée, l’harmonica. Ensuite, avec le rag time, il y eût des musiciens savants virtuoses du piano,  dans les bordels de la New Orleans ou les bars louches de New York, les cabarets chitterlings**.

Le gospel, c’était plutôt le Nouveau Testament qui était chanté, dans des temples ou des églises en habit du dimanche et avec les grandes orgues… Le blues n’est jamais entré dans les églises, ou alors par la porte de service et bien camouflé … C’est le cantique de la mouscaille et des déshérités, et par les temps qui courent, il reste une des valeurs de base, et pas seulement en Louisiane au 19 ème siècle.

Dans les nombreux livres sur le blues, l’un d’entre eux domine son sujet en explorant tout ce qui a construit le peuple afro américain, autant sur le plan culturel et musical que sur le plan sociétal, « Le peuple du blues » de LeRoi Jones, et c’est en folio.

Il faut ajouter aussi l’excellent livre d’Alan Lomax, “Le Pays où naquit le blues” (éditions Les Fondeurs De Briques, 2012 + 3 rééditions depuis), paru en 1993 pour la version originale “The Land where the blues began” traduit en français  par Jacques Vassal. Il représente une somme de réflexions, expériences et témoignages sur le sujet, vraiment essentielle.

et on finit avec le texte de Lightin Hopkins

The blues that is a feeling

That makes you feel very bad.

The blues will give ya a sickness,

where there was a pain you thought you ne’er had.

Now this is where the blues go

it jump on you early in the morning

and it worries ya until you go to sleep

Then after you go to sleep

you begin dreamin them ol bad dreams.

And it’s given ya nothing but them midnight creeps.

thats just like if you leave your husband

and just merely carrying on.

And then when you get back there he got another woman

laying up in your happy home

You have to be careful about the way you plead

Cause the world done got weaker just more wiser

than these lonesome sunshiney days(I think)

if you tell your husband you done quit him

and you mean that from your heart cause if ya didnt love him

ya didnt have no right to start,

and thats what boils him over

and he holler at ya and ya wonder why

Baby if ya knew ya didn’t love me

Darlin then why did ya tell me so

Yeas if you knew that you didn’t love me

darlin why did you tell me so

You know I didnt have to be there dealin with you

I could be dealin with a come many more

Baby ya know that I love you.

Only for myself

Baby ya know that I love you.

Only darlin, for myself.

You know I would look like a fool standing on a corner

Oh dark woman loving you for someone else.

And that’s the truth.

I said love me or leave me little woman.

Either one you wanna do

Loord, love me or leave me.

Either one you wanna do.

Just like your loving someone else, you know someday

bad luck will catch up with you.

I said love me or leave me baby.

Either one you wanna do.

Loove me or leave me

either one you wanna do, lord help you.

You know just like po lightnin someone somewhere

gonna treat you the same way too

Cry one more time.

*Un chant de travail est une chanson chantée le plus souvent à cappella par des hommes ou des femmes de la campagne, des ouvriers ou des marins partageant une tâche fastidieuse (comme la culture du coton et des cannes à sucre par les esclaves). Ce peut être un chant spécifique à une action qu’il dynamise et régule (comme l’òran-luaidh gaélique) ou un chant d’agrément puisé dans le répertoire local et adapté dans son rythme et ses connotations aux circonstances. Au long de la journée, les divers chants allègent la monotonie du travail et chassent l’ennui que chacun peut ressentir isolément. Souvent, les rythmes sont choisis pour aider les ouvriers à synchroniser leurs mouvements dans un travail d’équipe (par exemple : ramer, scier, écraser les grains dans un mortier avec des pilons, marcher au pas). Un film qui en donne un exemple est : Blanche-Neige et les Sept Nains, de Walt Disney Picture. Ce sont les nains qui chantent tout en travaillant dans la mine.
**Chitterlings  « seau de tripes, boyaux de porc » … Les plus pauvres faisaient des sortes d’andouilles avec des tripes qu’ils allaient chercher à l’abattoir avec un seau, c’était en quelque sorte l’archétype du bas de gamme vulgaire. (Garvin Bushell and New York Jazz in 1920)

Doc Caloweb a été présenté ICI.

Norbert Gabriel

 

 

 

 

« Datacenter » : Léonel Houssam

29 Jan

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J’ai failli poser cette chronique quelques jours avant noël… ça m’aurait amusé. (Je sais m’amuser seul). J’imaginais le livre sous le sapin. Et puis le temps est passé, l’idée avec… Début janvier, un post de Léonel Houssam (très présent sur les « réseaux » dits « sociaux », sous le nom d’Andy Vérol il y a longtemps, ou encore d’Eliot Edouardson actuellement) m’a fait sourire :

« Au regard des ventes en novembre et décembre, je constate que mes livres ne sont pas des cadeaux de Noël à faire. »

DATACENTER_couv

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Lu cet été (étrange moment qu’inonde le soleil quand se prélassent le calme, le repos et la tranquillité pour qui peut se les payer) : le livre DATACENTER, publié en 2017.

Les photographies de Yentel Sanstitre accompagnent ce récit, roman, dialogue, monologue…? Essai…? Je ne sais pas trop. « Récit fictionnel », précise Houssam.

Littérature… ? Assurément. Au sens où il y a un travail sur la langue, les sons, le rythme, un style travaillé depuis longtemps. La forme rencontre la matière.

Un mot ? Une expression ? Un hashtag ? Oui : « extinction ».
#avantextinction (hashtag utilisé par Houssam) : tout ce qui précède, le monde d’avant l’extinction, le nôtre. Comment on y va. Avec méthode.

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Les jambes croisées, les fesses et le dos calés. La chaise longue était blanche, je crois. Plongée magnifique sur les Pyrénées, immenses, qui barrent la vue et laissent tantôt apparaître le soleil, tantôt la lune, et s’établir le silence. DATACENTER et ses nuances de gris asphalte, de violences quotidiennes et systémiques, inéluctables car liées à l’espèce dominante, établit un contraste saisissant avec l’écrin tranquille qu’envahissent habituellement mes heures d’été. Je m’installe, donc, je reprends la lecture, et je prends des coups. 

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©Yentel Sanstitre

Le récit n’est pas très long : c’est la bastonnade. Je lis lentement, je ne peux excéder quelques pages avant de retourner à une autre occupation, de retrouver le soleil, les sourires, l’inconscience (toute relative) des enfants réunis dans la maisonnée. On joue au ping-pong dans le garage, à la lumière des néons et je songe aux lignes qui viennent de traverser ma cervelle de part en part, laissant blessures, douleurs, cicatrices, éclaboussures.

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Les mots chantés par Serge Reggiani (écrits par Lemesle et Candy), dans « Couleur de colère » me reviennent en mémoire :

Moi l’intrus, l’anonyme
Le cocu, la victime
Je n’veux plus tendre l’autre joue.
Bouge, ma pauvre vie laissée pour compte si longtemps
Et si c’est éphémère, ne te prive pas d’air pour autant.
Rouge, le ciel est rouge et nous promet de beaux printemps
L’avenir est couleur de colère !
De colère ! {x3}

Lire DATACENTER de Houssam, c’est lire ce qu’on aurait préféré ne pas entendre. Tant que ça parle des autres tout va bien, mais le plus souvent, ça vient titiller sans indulgence nos hypocrisies, notre confort et c’est beaucoup moins plaisant… S’il n’est qu’une leçon à retenir : non, je ne vaux pas mieux que le voisin que je pointe du doigt.

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Léonel Houssam

Le récit distribue les torgnoles, la tête du voisin en prend suffisamment, pas besoin de s’en occuper. « Vous prendrez un sucre ? ». Euh, non, mais j’aimerais bien souffler un peu.

Des gifles qui se succèdent, un combat perdu d’avance : comme si le personnage (qu’on croirait narrateur) se trouvait seul un soir, une nuit, dans une salle de boxe et tapait, jusqu’à le détruire, le sac de frappe. « Frappe le sac, ne le pousse pas ». Le sac de frappe, le sac de sable. Quand on ne peut rien, on frappe le sac. Que faire d’autre…? Changer le monde…? D’autres ont essayé. Écrire…? Oui, écrire : les mots sont là et chaque mot vient heurter le lecteur, chaque ligne balance une beigne (au mieux… en attendant pire…). Houssam a trouvé une forme efficace. Le style on le lui connaît depuis longtemps, que l’on lise ses bouquins, ses extraits ou ses statuts (j’ai commencé à suivre le bonhomme sur Myspace, c’est dire si nous datons… — on en a laissé des traces dans le datacenter…).

Il y a les posts et il y a le livre. Pour passer de l’un à l’autre, il fallait trouver la forme, et piquer plus encore vers la littérature.

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©Yentel Sanstitre

Voilà concentrée dans ces pages l’expression du personnage principal, un dingue…? Un dingue qui dérange…? Une expression qui dérange…? La fuite n’est plus envisageable. Personne n’est épargné, car les dingues (dingues ou non) délivrent une boue parfois incompréhensible, parfois grinçante, brutale, crûment physiologique – et disent aussi des vérités qui touchent… en plein dans le mille. L’état détruit, le pouvoir détruit, le pouvoir privé détruit, l’argent détruit, l’humain détruit, l’humain est un animal, l’humain détruit l’animal, le végétal, les liens, l’humain reste passif, la planète tousse et souffre et s’apprête à l’expulser. Houssam raconte « l’extinction », concentre ce qu’il y a à dire de « l’avant extinction », va plus loin qu’on oserait, dépasse largement les limites qu’on aurait posées (par conviction ou par lâcheté), et c’est le style qui promet la cohésion du texte, l’assemblage des différentes parties du « discours », de ce « récit fictionnel » qui remue la non-radicalité, l’hypocrisie, plonge dans le politiquement-très-incorrect.

Désolé, je lis mes mails via mon smartphone. Je suis toujours sur le qui-vive. On est connecté ou on ne l’est pas. Il faut. Je disais donc que nous sommes généralement contre la violence sauf « exceptions ». Toujours. La saveur de la paix, de la tranquillité. Chacun veut être peinard chez lui, ne pas avoir à subir ceux des quartiers pauvres qui sont tellement indisciplinés, pouilleux, méchants, mal élevés. On ne veut pas des jeunes qui font trop la fête, trop de réseaux, trop de choses sexuelles pas nettes. On ne veut pas de l’esprit acariâtre des passagers de transports en commun, des chauffeurs dans les bouchons. On ne veut pas trop des anglais, des arabes, des corses, des marseillais, des ch’tis, des parigots, des portugais ou des sénégalais (…) du merdeux à dreadlocks qui joue du djembé, du mec qui sort de prison, de l’oncle qui est de droite, du cousin socialiste, du chef de service qui aime bien faire des commentaires sur la taille des poitrines de ses salariées. On n’aime personne. On n’aime rien. (…) Je suis meilleur ? Non, j’ai dit « on », je suis dans le « on ».

DATACENTER, Léonel Houssam, extrait.

C’est juste avant l’extinction…
Le regard sans compassion porté par Houssam sur notre monde.

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DATACENTER
, Léonel Houssam, aux éditions du Pont de l’Europe.

120 pages de Léonel Houssam + 14 de photos de Yentel Sanstitre.

yentel_sanstitre


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Un site, des textes :
https://leonel-houssam.blogspot.fr/

Un profil, des statuts :
https://www.facebook.com/leonelhoussam3/

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Hum Toks / E.5131 / Eric SABA

Plume &Pinceau, le retour…

29 Juil

L’an dernier, mauvaise nouvelle, l’éditeur est en cessation d’activité, et la collection est interrompue. Cet été, bonne nouvelle, Plume&Pinceau revient, avec les rééditions des premiers ouvrages,  dont Brassens , et l’annonce de Barbara bientôt. (Octobre 2017)

 

En attendant la mise en ligne d’un site, ils sont disponibles chez le peintre, qui envoie cette carte postale,

J’ai (enfin)  reçu mes exemplaires de la nouvelle édition  du Brassens !

Je mettrai très prochainement en ligne un site permettant de les acheter.
A suivre sur cette page.
En attendant n’hésitez pas à m’envoyer un MP.
Bien amicalement

Jean-Marc Héran

 

Mise à jour Novembre 2017, le site est en ligne.

La page, c’est ici que ça se passe pour les avoir, clic sur le Héran…

 

NB: privilégiez l’achat chez l’auteur ou en librairie, de préférence aux soldeurs, qui peuvent jouer sur le fait que la première édition est épuisée, et surévaluer le prix..  Les ventes chez les soldeurs ne rapportent pas un maravédis aux auteurs, qui doivent bien payer les pinceaux et les tubes de peinture… Et aussi leur loyer…

On a toujours un cadeau à faire, ou à se faire quand on s’aime bien. Et même si…

C’est vous qui voyez…

 

Norbert Gabriel

 

Poésie et chanson, stop aux a priori!

25 Mai

Le premier bonheur du jour, ce 24 mai, ce fut la livraison d’un très élégant livre sur la chanson, et ce qui la relie à « la bande originale de nos vies »*. Ou à la poésie, et à tout ce qui sublime une émotion par la grâce de quelques mots, ou quelques notes.

Refuser de voir le rapport entre poésie et chanson, ce serait mettre la tête dans le sable pour ne pas voir la mer. Rapport certes, puisqu’il est question à chaque fois de texte et de musique.**

Matthias Vincenot pose en en centaine de pages la petite encyclopédie qui va donner aux amoureux de la chanson de quoi discuter, sans disputer, du bien fondé de la chanson « à texte » de la ritournelle anodine, de la comptine naïve, de la chanson rebelle, de tous ces moments qui font naître la tendresse, ou la rage de vivre, ou un certain regard bienveillant sur la vie, même quand elle est rugueuse, difficile.

Dans ces cent pages fluides et remarquablement documentées, on vérifie que ces deux cousines ont toujours été en synesthésie et en harmonie Aragon se lit, s’écoute, se dit, se chante. La poésie comme la chanson témoignent de leur époque, aussi bien Joe Dassin qu’Anne Sylvestre, dans des airs du temps qui font une rhapsodie bariolée, acidulée, enragée, c’est le chant des hommes dans toutes ses nuances.

La chanson art populaire par essence, c’est une évidence. Et il est bon de rappeler, comme le fait Matthias Vincenot ce qu’a dit Gainsbourg :  C’est un art mineur… qui encule les arts majeurs… Le poète est un provocateur, au bon sens du terme, celui qui provoque des réflexions, (Sardou itou!) et la chanson est le vecteur privilégié dans la mémoire du vent et le pollen qui voyage librement à travers toutes les frontières pour chanter Le temps des cerises, Ô bella ciao, ou Le métèque

Dans ce panorama élargi, de Barouh à Moustaki, Emilie Marsh à MélisSmell, Anne Sylvestre à Jean Vasca, vous trouverez de quoi discuter dans les diners en ville avec bon sens, sans polémique stérile, simplement parce que vous aimez la chanson, et la poésie.

Rencontres et croisements ne valent pas confusion, et c’est tout l’objet de cet ouvrage de se placer à l’écart du simplisme et des jugements de valeur pour analyser, de façon brève mais en profondeur, les rapports entre ces deux cousines.**

Et saluons dans ces cent pages pour remettre les pendules à l’heure, aucune ligne, aucun mot aigre-doux sur qui que ce soit… C’est rare, voire rarissime.

Pour tout cela et plus encore, thank you Matthias !

Contre le chant majeur, la balle que peut-elle

Sauf contre le chanteur que peuvent les fusils

La terre ne reprend que cette chair mortelle

Mais non la poésie…

(Aragon / Hélène Martin)

Dans toutes les bonnes librairies qui connaissent, comme de bien entendu, la bonne adresse des Editions Fortuna, c’est là, clic sur la couv’ et la page s’ouvrira.

Norbert Gabriel

*Eric Guilleton

** Matthias Vincenot dans « Poésie et chanson »

Prévert et Izis

23 Avr

Avant d’être consacré « poète » avec Paroles, Prévert était plutôt un homme lié aux images du cinéma, scénariste à succès, mais polyvalent, il est l’auteur des textes du Groupe Octobre, les activistes du théâtre à l’usine. Il a été aussi auteur de chansons, presque par hasard, grâce au hasard des rencontres, sa «contrebande » réunissait à peu près des représentants de tous les arts.

Jacques Prévert et l’image

Sa bibliographie comprend des albums à quatre mains co-signés avec des amis peintres Picasso, Chagall, Calder, Miro, Ernst et photographes Izis, Brassaï et tout le monde connait ses ballades avec l’ami Doisneau.

En Avril 2017, le Cherche Midi et Jean-Paul Liégeois ont réédités deux albums, dont un introuvable jamais réédité depuis 1951, Grand bal du printemps.

Izis Bidermanas né en Lituanie, immigré à Paris en 1930, résistant en Limousin de 1941 à 1944, est une des figures de la « photo humaniste » aux côtés de Brassaï, Edouard Boubat, Robert Doisneau, Willy Ronis. Il a co-signé trois ouvrages avec Jacques Prévert : Grand bal du Printemps, Charmes de Londres, Le Cirque d’Izis.

Grand Bal du Printemps est une célébration de Paris, chantée en duo par un poète, Prévert, et un photographe, Izis. Un chant d’amour pour une ville. Jacques Prévert a toujours aimé et chanté Paris : il a été et demeure « le poète de Paris ». Cet ouvrage, de 154 pages, enrichi de 62 photos d’Izis sur Paris, en constitue la meilleure preuve. Paris est tout petit / c’est là sa vraie grandeur . Le Paris de Prévert est celui des quartiers populaires, des musiques de rue, des fêtes et de la misère, des enfants en liberté et des « étranges étrangers ». Le Paris de Prévert est une ville humaine, une ville au quotidien, avec ses grands malheurs et ses petits bonheurs. Les photographies d’Izis donnent des visages à cette humanité.

Charmes de Londres, autre promenade dans Londres, plus près  de l’East End, de Leytonstone, ou de White Chapel que des ors de Buckingham Palace, chacun son folklore, même format que Grand bal du printemps, 105 pages, avec l’essentiel des biographies des auteurs. (dans les deux ouvrages)

Quand il est dit « à quatre mains » ce n’est pas une figure de style, les deux auteurs ont construit ensemble ce qui est un récit lyrique en photos et textes, pas une simple illustration avec des photos plus ou moins en situation. Le mot appelle l’image, ou bien c’est l’image qui appelle les mots..

Pour cet album, rien à ajouter à ce qu’a écrit Charlie Chaplin, en 1952, dans une lettre à Izis, il saluait la qualité du rêve et d’aventure, puis ajoutait en 1954:

La combinaison photographie-poème crée une émotion au delà de toute parole.

Il n’y a pas de meilleure conclusion.

Last but not least, cette double page de Charmes de Londres, qui ira droit au cœur de Valérie B. la rédac-chèvre initiatrice de la revue Le Doigt dans l’oeil, qui a raté Picasso dans sa quête des chèvres d’artistes… Et qui était venue à Paris pour une sorte de thèse sur Prévert avant de mal tourner vers la chanson… mais à cause de ce Jacques… (private joke)

Et puisqu’il est question d’images, de Prévert et de livres, voir éventuellement Prévert n’est pas un poète…  Clic sur le collage, 

 

Norbert Gabriel

Soulableta…

15 Avr

Soulableta…  c’est un nom qui chante, comme les albums vinyles qu’on trouve dans cette boutique qui vient d’ouvrir hier 47 rue Marcadet, Paris 18 ème…  Tout n’est pas tout-à-fait fini, mais, après avoir poussé la porte, fait un rapide tout d’horizon des rayons, bien fournis dans tous les genres musicaux, une ou deux trouvailles assez rares, (en excellent état) et comme on est dans une période très Prévert, voici cet album Zette chante Prévert – 12 chansons mis en musique par Sébastien Maroto – 1975 -disque Jacques Canetti 48.8620, une sorte d’introuvable… Ou qu’on trouve à des prix 5 à 7 fois supérieurs au prix cadeau dont je fus l’heureux bénéficiaire, la chance du débutant, étant le premier client…  Avec d’ailleurs une deuxième chance, que voici,


Après ces petits-grands plaisirs personnels, apprenez qu’il y a des revues, Rock & Folk et leurs comparses, des livres sur la musique, des tourne-disques vintage, tout pour le bonheur des amateurs de son plus affiné que les MP 3 ou 4…

La boutique aux trésors est à quelques encablures du métro Marcadet-Poissonniers, du bus 56, ou 31, même arrêt… Et on peut téléphoner  au maître des lieux, 06 50 78 55 14..

C’est le cadeau de Pâques amis lecteurs qui passez par là, alors heureux ?

Norbert Gabriel

Le cas Erwan Larher, auteur (2)

9 Avr

Dimanche soir, 20H, page 13 du roman Entre toutes les femmes, de Erwan Larher, que j’embrasse avec toute la chaleur dont je suis capable :

« Au début ils n’y croyaient pas. Ils ricanaient ouvertement. Sur les écrans s’étalait le sentiment de supériorité que leur donnaient des décennies de domination ; les articles relayaient leur scepticisme goguenard. Bien que tout juste battu (…), le président de la République sortant n’en était pas moins braillard. (…) les Montagnards, l’autre parti politique du paysage, étaient tout aussi belliqueux. Parce qu’en définitive, ils défendent le même monde. Un monde qu’Arsène Nimale a commencé de chambouler.

Alors ils ont peur.

Montagnards et Feuillants (parti du président sortant) sont tenants d’une politique intérieure sécuritaire et répressive (« Quand une branche est pourrie, on la coupe »), défenseurs d’un capitalisme libéral plus ou moins ultra (« Vous avez mieux à proposer ? ») et partisans d’un État étique. Les dirigeants des deux partis se piquent de pragmatisme et ont géré en alternance le pays pendant de décennies sans que personne vît la différence – de toute façon, la Confédération européenne leur dictait les politiques budgétaires, monétaires et économiques.

Et voilà que, sorti de nulle part, porté par un immense enthousiasme populaire, avec des mots d’ordre aussi ingénus que « redevenir heureux », « prendre le temps » ou « valoriser l’humain », Arsène Nimale (…) les a balayés et a conquis l’Élysée. Ils n’ont rien vu venir, malgré les sondages, malgré l’évidence (…). »

Entre toutes les femmes, Erwan Larher, janvier 2015, Éditions Plon.

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Erwan Larher, « Lire à Limoges », avril 2017. Avec Aurélie Janssens, sur France Bleu Limousin.

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C’est l’histoire de n°2 (Autogenèse) et n°4 (Entre toutes les femmes). Pour découvrir les aventures d’Arsène Nimale, de La Voix, de Cybèle, celle qui, entre toutes les femmes, évolue entre deux mondes (celui des élites qui décident, tandis qu’Elle habite Freak Zone…), il faut se procurer les livres, dans toutes les bonnes librairies, et surtout indépendantes. On peut aussi lire l’un sans lire l’autre, même si, oui, « n°4 » s’appuie sur « n°2 » (Autogenèse, Michalon Éditions, 2012) et propose une anticipation : Que deviendra notre monde, après les politiques successives, si semblables des deux principaux partis ? Qu’amènerait un vent nouveau ? Et où en serions-nous des années plus tard ? Quelle place pour les anciens dominants ? Comment réagiraient-ils face à ce vent nouveau ?

De n°2 à n°4, le « Elle » à la place de « Il ». Ainsi, le lecteur plonge dans un univers qu’il connaît déjà.

C’est une œuvre clivante, car politique… Si bien que n’y résistant plus, à la centième page plus trois, j’envoyai un mail à Erwan : « Tu pouvais pas me le dire d’attaquer Autogénèse, rapido… ? (et plus vite que ça, encore !) ».

Dans la chronique intitulée « Le cas Lahrer -1- », j’écrivais qu’Erwan, avec ses romans n°1 et n°3 (Qu’avez-vous fait de moi ? et Mâle en milieu hostile) était d’emblée accepté/invité (comme il voudra) au sein de la tribu des « Salut les parano(e)s ! ». Ce roman, le n°2, ne vient pas décevoir les attentes du club des « lecteurs avertis en valent x2 ». Le n°4 itou.

« Le seul et triste plaisir du paranoïaque est de vérifier, un jour, qu’il avait malheureusement raison… » E.5131

En attendant d’être pleinement réalisées dans le réel, voici réalisées dans cette œuvre (roman, anticipation, sf ?) toutes les craintes d’une partie de la population (dont nous sommes) : les parano-e-s chers et chères au Medef-Cnpf-Cac40, les manifestant-e-s public-privé…

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Erwan Larher, « Lire à Limoges », avril 2017.

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Oui, il y a une histoire, mais aussi une vision… mais aussi la proposition d’une société autre. C’est en creux… pendant que tu goûtes l’histoire, les situations, l’humour caché sous chaque ligne, tu t’interroges : ça ressemble rudement à ce que l’orientation actuelle nous propose. On vivra ça dans combien de temps ? 5, 10, 15 ans ?

Alors, se pose la question de ce qu’il est – encore – possible de faire pour éviter ça…

Et si je me pose la question, c’est que le livre est efficace : il rejoint en cela le formidable film-interview de Thomas Lacoste… J’avais intitulé la chronique : « faire de la politique autrement ». Oui, c’est ce que fait Erwan. Bravo, mon pote !

Il s’agit d’échapper à la parabole de la grenouille qui se laisse ébouillanter. Je m’explique :

Une grenouille jetée dans l’eau bouillante, réagit et saute hors de la casserole. Une grenouille qui prend son bain dans une eau tiède se laissera prendre au piège de la température qui monte peu à peu et finit par l’ébouillanter, sans qu’elle ait « pensé » à réagir.

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Pour réussir ce tour de force, Erwan choisit un personnage neuf et c’est au travers de son regard neuf que le lecteur prend connaissance de ce monde dans lequel le narrateur le plonge. Ce monde, il vit déjà dedans et souvent ne réagit pas… La projection à 15 ans et le choix d’un personnage amnésique permet de fabriquer le choc, la prise de conscience… une réaction ? Le lecteur sautera-t-il hors de la casserole qui l’ébouillante ?

C’est aussi le terrain de jeu d’un narrateur qui, comme dans n°1 et n°3, s’amuse avec les possibilités qu’offre le roman : apparitions, disparitions, ellipses, humour, jeux de mots, etc.

C’est aussi une réflexion sur le souvenir, le passé, l’existence « poulet sans tête », le rapport aux autres, le réel, le fantasmé, la vérité de ce qui est vécu, de ce qui est tout court…

On t’expliquera ce que représentent les différents partis politiques, sur quoi ils se fondent, quel système favorise la loi du plus fort, à quoi sert « l’apparente alternance »… Oh, j’en dis trop, là, je crois…

Tu sauras à quoi servent les musées dans les C.U.

Léger, le Erwan, léger…

Légère cette vision du monde… tu crois ça ?

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Je songe aux deux journées passées chez l’auteur : à détruire, défaire, cogner, en vue de rénovation, la soirée à boire et jouer, la nuit à boire et refaire le monde.

Et cet instant de grâce : alors qu’Erwan donne son point de vue enivrant sur l’argent, son existence, son empreinte abusive, Thomas (un autre Thomas) qui s’étrangle, me regarde, le regarde et s’exclame : « Tu ne peux pas dire ça, Erwan ! ». Si, il peut le dire… J’adore. « Tu ne peux pas penser ça, Erwan ». Aussi… Oh, si. Et il l’a écrit.

Ce soir-là, ce que je ne savais pas c’est qu’Erwan avait déjà écrit/proposé un programme politique : dans Autogenèse !

« Tu pouvais pas me le dire d’attaquer Autogénèse, rapido… ? (et plus vite que ça, encore!) ».

Conte pour enfant ? Récit apologue et réaliste, d’anticipation ?

« Et voilà que, sorti de nulle part, porté par un immense enthousiasme populaire, avec des mots d’ordre aussi ingénus que « redevenir heureux », « prendre le temps » ou « valoriser l’humain », Arsène Nimale (…) les a balayés et a conquis l’Élysée. Ils n’ont rien vu venir, malgré les sondages, malgré l’évidence (…). »

Entre toutes les femmes, Erwan Larher, janvier 2015, Éditions Plon.

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Autogenèse
, Erwan Larher, 2012  :
http://www.erwanlarher.com/?page_id=30

Entre toutes les femmes, Erwan Larher, 2015 :
http://www.erwanlarher.com/?page_id=15

Chroniques romans n°1 et 3 de Erwan :
https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2013/07/02/le-cas-erwan-larher-auteur/

Chronique romans n°5 de Erwan :
https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2016/05/08/marguerite-naime-pas-ses-fesses/

Le site d’Erwan Larher : http://www.erwanlarher.com/

Le Logis du Musicien : https://www.facebook.com/logisdumusicien/

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Hum Toks / E.5131 / Eric SABA (texte, photos)

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Erwan Larher, « Lire à Limoges », avril 2017.

 

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