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Vendredi 13 juillet Troisième jour des Rencontres Marc Robine 2018

16 Juil

                     

C’est dans la salle des mariages de la mairie, à Volvic, anciennement mon école primaire, que commence cette troisième journée, avec une rencontre-débat autour du livre d’Alain Borer : De quel amour blessée. Réflexion sur la langue française. Participent au débat Alain Borer,  romancier, écrivain-voyageur, André Velter, poète, Jacques Bertin, Jean-Yves Lenoir, écrivain, comédien,  Bernard Dumoulin, philosophe et le public. C’est André Velter qui ouvre le débat, par cette phrase de Camus :

On me pardonnera ce coup d’aile, je vais vous parler d’un ami.

Sans objectivité donc, mais avec sincérité.  André Velter, pour qui Alain Borer est la réincarnation de Rimbaud à 80% et d’Alphonse Allais à 20%, le seul qui est capable d’écrire sur la langue française avec autant de précision, en osant le scrupule et l’ironie. Astrophysicien de la langue et pataphysicien de la liberté. Il évoque leur amitié, leur complicité, les voyages en commun, le jour où, gravement malade, Alain Borer avait eu l’élégance suprême de faire rire ses amis. Alain Borer, très touché par les témoignages de son ami, s’adresse ensuite à Alain Vannaire, pour le remercier de son action en faveur de la chanson, soulignant l’importance de la chanson, le rythme et la rime, depuis les grecs, rappelant ces mots de Marc Robine :

La chanson est le miroir du peuple et de son histoire, nous rappelant la mise en danger de la langue française en chanson, savez-vous qu’il il y a pas moins de quatre millions de chansons en français ? Nous ne mesurons pas ce trésor de notre langue.

Puis Alain Borer nous parle longuement de son livre, exprimant les regrets, les soucis qu’il a réveillé en lui : La linguistique ne pense pas, la langue nous traverse comme l’eau entre nos mains, mais pas de l’eau gelée. Précisant le respect qu’il a pour toutes les langues, il en subsiste environ 2000 actuellement, et pour les professeurs qui les enseignent. Qu’est ce qui différencie les langues ? Ce sont des projets dans chaque gestes qui les constituent.

Et de noter la différence entre  toutes les langues qui prononcent tout ce qu’elles disent, et le français qui ne prononce que ce qu est écrit : La langue française ne peut pas être séparée de l’écriture, elle procède de l’écrit, et fait entendre sa grammaire.

Alors comment écrit on la phrase suivante : Le peu d’eau que j’ai bu(e) m’a désaltéré, avec ou sans e à bu ?  

Il fut question de l’esthétique de notre langue, beaucoup d’écrivains étrangers l’ont choisie, une langue à la palatalité universalisante, avec toutes les particularités des accents, d’une région à l’autre.

Illustrer, inventer, résister à l’anglobal, le globish, l’angolais qui nous colonisent en douceur, avec notre consentement inconscient.

Pour en savoir plus sur ce livre, je renvoie à l’article déjà fait sur ce même blog collectif:  c’est là –>

Le débat avec les autres interlocuteurs fut bref, Alain Borer étant très bavard, et justement motivé par la défense de son livre. Alors, il fut question de l’accent tonique, la langue française est elle accentuée ou non, les avis divergent,

Le philosophe, Bernard Dumoulin pense qu’Alain Borer a fait un travail philosophique , et le fameux e muet, qui, pour Jacques Bertin n’existe pas.

Pourtant, moi, je le sens bien dans cette phrase qui résume l’esprit du livre :

  Ariane ma sœur de quel amour blesséE

     Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laisséE…

                                                 Racine, Phèdre, 1677

Une dernière question fuse dans la salle : La langue française est-elle immortelle ?

Enfin,  je remercie chaleureusement Alain Borer, pour sa dédicace, sa petite fleur,  qui restera entre les pages de son livre et me rappellera la beauté des fleurs et  de ma langue maternelle, et ses baisers.

Après une courte pause, c’est Claire Elzière que nous avons le bonheur de retrouver pour certains, de découvrir sur scène pour d’autres, comme moi-même, en compagnie de ses musiciens, Dominique Cravic à la guitare,  des Primitifs du futur, dont Claire est la chanteuse attitrée, Christophe Lampidecchia à l’accordéon. C’est Sous le ciel de Paris qu’elle nous embarque pour un voyage musical, avec son joli timbre de voix qui accroche immédiatement, sans en faire trop, laissant couler les mélodies, avec une justesse et une diction impeccables, un charme naturel, en toute simplicité. Puis d’autres chansons de sa compilation  15 Faces de Paris, c’est ainsi qu’on se retrouve Sur les quais du vieux Paris, avec Un petit air de rien du tout, extrait de son album Mon cœur est un accordéon ou à Saint-Germain-des-prés.

Claire, entre deux chansons nous raconte ses voyages, le Japon où elle vient de passer tout le mois de juin, ses amitiés, les rencontres essentielles de sa vie, avec Pierre Barouh, Saravah  a produit plusieurs de ses albums, et elle chante en duo avec lui dans l’album Pierre Barouh Daltonien. ( 2006), Pierre Louki  dont elle a porté les textes depuis des années, et qui lui a confié des chansons inédites qu’elle a fait siennes,  deux albums qui rendent au mieux l’univers tendrement loufoque de ce comédien parolier et chanteur lui-même. Elle interprète plusieurs chansons de Louki,

La vie va si vite, Est-ce plus que l’adolescence ? Est-ce déjà maturité ? Suis-je retombée en enfance ? Ou ne l’ai-je jamais quittée ? Est-ce à la veillée qu’on invite Le soleil à peine levé ?

La main du masseur, Mes copains, Les sardines, Grand-Père :

Y avait comme un défaut
Dans la pendule de grand-père
Un tout petit défaut
Les aiguilles tournaient à l’envers
Plus grand-père vieillissait
Plus il retombait en enfance
On le trouvait plus jeune
Chaque fois qu’on allait en vacances…

Elle interprète aussi des chansons d’Allain Leprest dont elle a souvent fait les premières parties, et elle a réuni dans un album 14 de ces chansons, dont 10 inédites.  De la poésie brute dit-elle , faite de mots qui jouent ensemble, et parlent de la vie qui avance, de celle qui s’arrête, ou de l’amour et du passage du temps, avec tendresse ou rudesse, humour ou sensualité. Mon souhait est que ses chansons entrent dans les cœurs, que la poésie d’Allain soit connue par le plus de monde possible, que ses chansons vivent. Entre autres,  une magistrale interprétation de Quand auront fondu les banquises de Leprest, musique de Romain Didier. Ce voyage musical fait aussi escale chez Mouloudji : Si tu m’aimais, chez Nougaro, Rimes, chez Le bel Hubert, chanteur-garagiste Suisse, qui parle à l’oreille des Deux ch’vaux, comme dit Sarcloret , On revient à Pierre Barouh avec Le courage d’aimer, et à bicyclette. Et bien d’autres escales et surprises dans ce voyage musical, qui nous a transportés, à tel point que lorsque un spectateur demande à Martine Fargeix si elle a aimé, elle éclate en sanglots, trop chargée d’émotion. Claire Elzière, c’est vraiment mon coup de cœur « découverte-sur-scène » de ces rencontres.

Et on enchaîne presque aussitôt avec Jean-François Kahn, journaliste, écrivain, historien de formation, homme de radio, Avec tambour et trompette et Chantez le moi sur France Inter, entre autre, il nous parle de sa passion pour la chanson, et de la difficulté de programmer des chansons engagées à la radio, par exemple, quand il faisait le journal du matin sur France Inter, il avait insisté pour choisir la chanson qui suivait le journal, et passait du Louki, du Ferrat, du Leprest, Béranger, etc… Il a été viré au bout de six mois, pas assez consensuel.   

Et on enchaîne encore avec la lecture théâtralisée de Jean-Claude Drouot Jean Jaurès : Une voix, une parole, une conscience. Si beaucoup ne savent  pas ce qu’est devenu Jean-Claude Drouot, les plus âgés se souviennent de Thierry la fronde au début des années soixante. Mais il a su gérer son succès d’alors en faisant bien d’autres choses, pensionnaire de la comédie française, de 1999 à 2001, metteur en scène de nombreuses pièces de théâtre, écrivain, ses mémoires ont été publiées en 2015 sous le titre : Le cerisier du pirate. Comédien au théâtre, acteur au cinéma et pour la télévision, une carrière et  une vie bien remplies.

Décor simple sur fond noir,  un piano, une tribune, et un homme arrive, costume gris, redingote grise, montre à gousset dans la pochette du gilet, chapeau melon, il est Jaurès, l’homme qui a été assassiné parce qu’il prêchait la paix, la justice sociale, l’épanouissement de l’âme humaine, la liberté : Quel que soit l’être de chair et de sang qui vient à la vie, s’il a figure d’homme, il porte en lui le droit humain. Jean-Claude Drouot nous retrace le parcours de Jaurès, du brillant élève de l’école normale supérieure, son agrégation de philosophie, professeur à Albi, puis maître de conférence à la faculté des lettres de Toulouse, sa carrière politique, il devient le plus jeune député de France en 1885, ses premiers pas vers le socialisme, son soutien pour le peuple, pour les ouvriers, il est l’un des créateur de la SFIO, et sa carrière de journaliste, fondateur et directeur de l’Humanité, et aussi collaborateur de la dépêche, éditorialiste du Matin et de la Lanterne.

JC Drouot 5.JPGPar un choix de lettres, d’articles, Jean-Claude Drouot nous livre son approche personnelle de Jean Jaurès. Il n’avait pas d’ambitions, pas d’orgueil, pas de besoins, il était plus juste avec ses adversaires, en particulier le nationaliste Maurice Barrès, ennemi politique, mais il y avait un mutuel respect entre les deux hommes, qu’envers ses amis. Lui, Jaurès, issu d’un milieu paysan, devenu normalien, orateur de génie, un homme dont tous les partis politiques se réclament aujourd’hui, à tort ou à raison, une espèce de saint laïc, qui commençait ses discours lentement, d’un ton monocorde, mais la pensée venait, et c’était alors une voix de cuivre qui vibrait comme le tonnerre. Une voix jamais enregistrée. Il n’avait pas d’ambition littéraire, son combat, c’est le socialisme, le sens de l’avenir, il fonde une sorte de religion du socialisme. Il avait cette confiance en la marche du temps, cet espoir en l’humanité.  Jean-Claude Drouot nous lit une lettre très émouvante de Jaurès à son compagnon de Khâgnes Charles Salomon, pour se aller à des confidences intimes, suite au décès de son père le 11 juin 1882, se libérant ainsi des détails sordides qui ont suivi ce décès, la mort est bien cruelle, qui n’attend pas que l’on soit sous terre pour entamer sa pourriture.

Jean-Claude Drouot a aussi retransmis intégralement le discours de Jaurès, revenu dans son lycée d’Albi pour parler aux étudiants, Jaurès qui a insisté toute sa vie sur l’importance de savoir lire pour les écoliers, de faire lire les écoliers  pour les professeurs : Vous tenez dans vos mains l’âme et l’intelligence des enfants. Faites-en des citoyens libres, qu’ils aillent vers une démocratie libre, qu’ils aient une idée de l’homme qui va de la fierté à la tendresse, n’en faites pas des machines à compter.

La République est un acte de conscience, il faut concilier la liberté et la loi.

Et il affirme la haute espérance socialiste qui est la lumière de sa vie et qu’une paix durable, définitive est possible. Il faut vaincre le cercle infernal de la haine.

Un grand silence et une grande attention dans la salle pour ce message d’espoir que nous a laissé Jaurès, incarné par Jean-Claude Drouot. Espoir assassiné ? La lumière s’éteint soudain, deux coups de feu éclatent dans le noir,  l’homme droit sous son chapeau melon reste impassible : Ils ont tué Jaurès crie l’écho. Et le rideau tombe avec la chanson de Brel : Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

C’est un public grave, silencieux, et pensif qui est sorti de la salle. Et chapeau bas et respect pour Jean-Claude Drouot, le Jean Jaurès d’un soir.

 

Danièle Sala

Photos Martine Fargeix

 

NDLR:  Il y a eu pas mal d’albums hommages après la disparition de Leprest, certains faisant un peu redondance dans le pathos,  mais celui de Claire Elzière (et Dominique Cravic,  Grégory  Veux et sa quadrilla fidèle) , est un des plus réussis, à mon avis, car il est témoin d’un Leprest vivant  envers et contre tout..  On ne peut pas passer son temps à s’foutre à l’eau, aurait dit Mouloudji.. (NGabriel)

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Trouver sa voix et faire son chemin, par Virginie Servaes…

15 Juin

 Les voix ont un étrange pouvoir sur les mots. Une seule intonation sur une syllabe et tout change . (Claire France)

Il fut un temps que les moins de 120 ans ne peuvent pas connaître, en ces temps-là, les chanteurs, les tribuns, les orateurs, les comédiens, les bateleurs, les trouvères, les aèdes, les camelots, les prêcheurs avaient peu d’accessoires pour porter les mots, et les idées, vers les oreilles à séduire, à conquérir, les clients à appâter, les électeurs à convaincre..

Herbert Pagani La voix

Et même si les cathédrales, les cirques, les arènes, les théâtres avaient des qualités acoustiques, il valait mieux avoir des cordes vocales bien tendues.

De tous temps la voix humaine a été le moyen de communication essentiel… Un moyen d’épanouissement aussi, à condition de bien savoir s’en servir. Nous n’avons pas tous la voix de Caruso ou de Céline Dion, et la chanson est un bon exemple pour illustrer comment trouver sa voix : Sinatra a installé le standard du crooner, Moustaki a proposé une voix plus intime qui a fait dire à Ferré: 

Tu murmures ce que que je crie.

Par nature l’enfant babille, parle, chante, par contrainte il est souvent invité à se taire. Et parfois il en oublie SA voix pour se formater à l’air ambiant. Etre conforme. Pris dans une toile d’araignée de conventions et de standards, un tissu qu’il faut détricoter, un complexe gordien à dénouer pour se libérer, et libérer sa voix.

Et optimiser des ressources enfouies inexplorées et inconscientes.

Le coaching vocal pointe ces problèmes et propose des solutions. Par un ensemble de savoirs acquis par l’expérience, psychologie, observation, écoute, avec aussi la scène et la chanson, Virginie Servaes a construit son expertise dans ce domaine de l’expression.

La solitude du chanteur de fond … Devant le micro face au public, c’est sa voix qui va donner le premier frisson,la première émotion, capter l’attention, et c’est valable pour toute personne qui doit prendre la parole, devant n’importe quel auditoire, devant des écoliers, dans une réunion familiale, dans une réunion en entreprise, que le public soit restreint ou élargi, amical ou réservé, il vaut mieux trouver sa voix pour être à l’aise d’abord, efficace ensuite. L’aventure vocale commence à l’école, avec les premières récitations, et elle se poursuit toute la vie. Dans tous les domaines. Le strict gestionnaire ayant passé sa vie dans l’austérité des bilans peut devenir un grand père conteur que ses petits-enfants vont découvrir sous un autre jour. C’est peut-être aussi l’ado plus ou moins paumé comprenant qu’il n’est pas forcément un laissé pour compte quand il écrit une chanson, et la chante en public.

 La voix est la musique de l’âme.  Barbara

Ce livre montre par de nombreux exemples diversifiés, clairs, accessibles à tous que ce travail pour trouver sa voix s’applique aussi bien à une recherche de développement personnel qu’à un projet professionnel. Livre dans son temps avec des « flash-codes » qui vous donnent des exercices pratiques …

En écho à la citation en ouverture de la chronique, cette parole indienne

En ce temps-là les mots étaient magie
Et l’esprit possédait des pouvoirs mystérieux.

Un mot prononcé au hasard pouvait
Avoir d’étranges conséquences.
Il devenait brusquement vivant
Et les désirs se réalisaient.

Il suffisait de les exprimer.
On ne peut pas donner d’explication. C’était comme ça.

Légende amérindienne (probablement Indiens des plaines Sioux ou Cheyennes)

Lili Cros Photo NGabriel)

 

 

Le site FB de Virginie Servaes , c’est là –>  Clic la voix de Lili.

Vous aurez remarqué que la chanson est très présente dans cette chronique, mais le livre s’adresse à tous les publics.

Norbert Gabriel

Graeme Allwright par lui-même…

13 Juin

S’il fallait résumer la vie de Graeme Allwright en quelques lignes, deux extraits de chansons pourraient faire l’affaire:

Un jour penchée à ta fenêtre
Il te dira qu’il veut renaître
Au monde que ta tendresse lui cache
Et sortant de son portefeuille
Un vieil horaire de train, il dit:
Je t’avais prévenue je suis étranger.

Comme un vrai gamin
J’veux changer de décor tous les matins
Voir des choses que je ne verrai plus demain
J’veux prendre la route comme un vrai gamin 

Il a raconté sa vie à Jacques Vassal, un parcours fait d’entrechats comme des évasions pour aller voir ailleurs, plus loin, découvrir des pays et leurs habitants, l’Inde et ses mysticismes, devenir apiculteur comédien et chanteur, troubadour vagabond portant ses chansons-chroniques, contes ou faits-divers , comme autant de miroirs de nos errements…

Sa vie, racontée sans complaisance, ses doutes, mais la vie de famille est-elle vraiment compatible avec cet étranger qui court comme un vrai gamin à la poursuite de ses rêves ?

Jacques Vassal a complété les chapitres avec les entretiens de Catherine Dasté et leur fils Christophe Allwright, Genny Detto, le guitariste des premières tournées, la famille, Joël Favreau, les amis, les partenaires, les « collègues » de la chanson.

Au final, c’est un personnage à la fois familier et insaisissable, on pourrait y percevoir le Petit Prince version protest-singer, un des héros ordinaires de Mark Twain, le frère de route de Kerouac, le vagabond céleste qui traverse l’époque pieds nus sur la terre sacrée… Le combattant de l’humanité fraternelle,  La flamme qui nous éclaire / Traverse les frontières / Partons, partons, amis, solidaires/ Marchons vers la lumière

Clic sur l’image pour agrandir.

Peut-être que chacun trouvera « son » Graeme Allwright, toutes les pistes sont là… Selon les souvenirs, c’est peut-être Petit garçon qui nous berce, ou Il faut que je m’en aille en chanson-cartoon, Le jour de clarté pour les jours de marche à l’étoile, La ligne Holworth, pour des faits qui résonnent avec une actualité confondante en 2018, et bien sûr les chansons de Leonard Cohen dont il est le traducteur officiel. Avec quelques commentaires sur cet art de la traduction qui respecte l’esprit de l’auteur.

Au fil des pages, l’envie de réécouter les chansons se fait souvent impérieuse, et on retrouve les étapes à La Réunion, Madagascar, les routes anglo saxonnes sur les traces de Cisco Houston, Woody Guthrie, Peter Paul and Mary.

Vous aurez aussi envie de voir le documentaire de Chantal Perrin, et parfaire votre anglais avec les chansons de Brassens traduites par Graeme Allwright… Bonne route avec Graeme Allwright,

Je suis parti changer d’étoile
Sur un navire, j’ai mis la voile
Pour n’être plus qu’un étranger
Ne sachant plus très bien où il allait…

L’important,  manouche gitan ou bohémien, touareg ou bédouin, zingaro, romani, ce n’est pas le bout de la route, c’est la route. Je suis un souvenir qui marche porté par l’écho des notes d’une guitare

Graeme Allwright par lui même, et par Jacques Vassal, préface de Jacques Perrin, au Cherche Midi. Mai 2018

Norbert Gabriel

 

 

Alain Borer « De quel amour blessée … » Réflexions sur la langue française.

9 Juin

                                        

  Ariane ma sœur de quel amour blesséE

     Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laisséE…

                                                 Racine, Phèdre, 1677

 

Ces deux vers contiennent tout l’esprit de ce livre, c’est la langue française qui est blessée, et qui est en train de mourir, une langue voyageuse qui s’est étoffée au cours des temps, qui s’est colorée selon les pays, «  50 millions de devisants et qui inventent, dont 85% en Afrique », nous avons échangé les mots comme dans une partie de tennis, mais la balle n’est plus renvoyée : «  Un pays se remet éventuellement d’une défaite militaire, il ne survit pas à l’extermination de sa culture. »

Alors, que faire face à l’ère virtuelle qui domine toutes les autres, à l’alignement collaborationniste de la société, «  le dépérissement de l’état français, alors même que la Communauté européenne, qui permet à une ville flamande d’interdire la langue française engage autoritairement un vaste programme de développement de l’anglobal, sans que personne n’y trouve à redire d’aucune manière. »

Pourtant l’anglais procède du français, comme le français procède du latin, mais les anglo-saxons préfèrent oublier ce qu’ils ont partagé, «  marché de dupes que ce marché devenu market dans lequel on disparaît tout en perdant, comme disait Roger Nimier, «  l’art de vivre qui est lié à cette langue française . »

L’anglobal,  c’est une autocolonisation douce qui se répand dans tous les domaines, jusqu’à l’oubli de soi, de ses racines. Le «  speak white « est dans l’air du temps ! « L’anglobal s’impose, urbi et orbi par tous les moyens. »

Dans les aéroports «  Control passeport », comme dans tous les espaces publics, le cinéma français quand il n’y a pas de langue française, palme d’or à The artist, film muet !

Le black-out, le casting, le dealer, dispatcher, ou play-back… On fête plus le mardi gras, mais Halloween.

Le naming du stade de Lille, le selfie,  le drive, le phishing, pure player, une moyenne de quatre cents mots anglais sur trente pages de Rock and folk, ou Mac World pour la presse informatique. Tout est en anglais sur nos ordinateurs, facebook, twitter, opening your mail-box, My space, skype, etc… les sciences, l’université livrée à l’anglobal,  les discours politiques, jusqu’aux noms des voitures et les prénoms, combien de Kezvin, Alison, Brayan, Cameron, Erwan, etc… Et la grosse, l’infernale machine des médias qui marche en plein dedans, Wonder woman, MacGyver, Grey’s anatomy, toutes les séries policières venues de l’Ouest, les podscasts et les replays, les lives, de plus en plus d’interviews en anglais, et les playlists qui contiennent plus de chansons anglo-saxonnes que de françaises.  Claude Allègre, alors ministre de l’éducation a déclaré officiellement en en 1998, à Toulouse : « l’anglais ne devrait plus être considéré en France comme une langue étrangère ».

Et l’abandon du latin dans les écoles : Abandonner l’enseignement obligatoire du latin et du grec, ce fut débrancher la mémoire de la langue. Or tout le monde sait ce qu’il advient d’une fleur quand on arrache ses racines : elle se fane.

Au siècle précédent, un magazine s’appelait Lire, un autre aujourd’hui ne peut que s’intituler Books, avec sa Newsletter, évidemment !

Nous assistons à un réchauffement linguistique : «  La langue française étant analytique et donc relativement froide, et l’anglais une langue plus chaude, elle tend à se réchauffer, c’est-à-dire à ressembler à l’anglobal, s’adaptant ainsi au nouvel espace européen, anglophone et libéral ; comme le réchauffement climatique, le réchauffement linguistique concerne tout le monde, il est à la fois insensible et douloureux, d’une douleur irrepérable et irréparable. »

Si nous ne réagissons pas, dans quelques dizaines d’années, tout le monde parlera l’anglobish, qui n’est pas la langue de Shakespeare, mais un anglais déformé, et on parlera le français dans quelques clubs privés de résistants, passant pour des ringards.

Mais il n’y a pas que ce problème, il y a la langue de Coluche, et la langue de Molière.

Bien sûr, on adore tous Coluche, une sorte de  saint français  moderne,  sa générosité et sa salopette d’Emmaüs. Mais sa langue française abîmée fera date : C’est l’histoir’ d’un mec-euh …  débarrasse systématiquement la langue de toute référence à l’écrit, pour hucher l’auditeur… Il rabaisse la claire diction en mal-diction. Il impose une oralité que n’a jamais vraiment connue la langue française détachée de la vérification à l’écrit. Coluche ou la fin du parlécrit.  On parlécrit la langue française, celle de Molière, Coluche détruit au contraire le parlécrit en débarrassant l’oral de l’écrit. Est-il besoin de mutiler ainsi la langue pour faire rire ?

Que peut faire le résistant en langue française devant ce carnage, la fin d’une langue, c’est la fin d’un pays. Quand on pense que le français rayonnait dans le monde entier il y a quelques siècles ! Aujourd’hui, c’est la soumission généralisée, devant le diktat anglophone européen, la débâcle : la ligne de résistance de la langue française se réduit sur l’échiquier des possibles. Quand les pièces maîtresses ont été prises et qu’il ne reste plus qu’une ultime rangée de pions, cela s’appelle une débâcle .

L’histoire de la France commence avec la langue française, (quoique renversée, mais dans sa logique même) : l’histoire de la France s’achève avec la langue française. Michelet ( introduction à l’histoire universelle 1834).

Comment ne pas être en colère, quand on pense que la langue française est celle de l’art de la conversation : Inséparable de la bonne chère, la conversation fait repas de langue, fonde la complicité des mets et des mots, et tout autant soutient, renouvelle, conditionne les autres arts.

Langue choisie pour sa beauté par Tchekhov dans les cinq cent vingt-huit récits qu’il écrivit, langue d’une finesse sans égale que, seule au monde à inventer cette troisième possibilité, la grammaire française, en distinguant intelligemment le sexe et le genre, la biologie et le culturel, conçoit entre l’homme et la femme une proximité dont la nuance fragile est de l’ordre du parfum, un ultrason esthétisé : qui ne tient que dans le « e » muet.

Langue de la galanterie : qui reste seule au monde à avoir inventé la galanterie, le libertinage, et le marivaudage… Jusqu’à cette suite des Fleurs du mal que Baudelaire intitule Galanterie.

Langue instrument idéal de la littérature : Clarté et froideur, ce sont deux raisons pour lesquelles l’austère Calvin avait rendu le français obligatoire dans les écoles de Genève.

Langue choisie pour ces mêmes raisons par Beckett, par Mukasonga pour dire l’indicible du génocide rwandais, c’est en français que s’expriment Haïlé Sélassié ou Norodom Sihanouk, c’est en français que Roosevelt déclare l’entrée des Etats-Unis dans la seconde guerre mondiale, l’Europe parle français à la conférence de Berlin, en 1885.

Langue si mélodique que Nietzsche l’a désignée comme une «  musique de chambre ». Cette langue comme une mélopée particulière, cette petite musique ou mélopée, on la perçoit chez une infinité d’anonymes locuteurs ou «  devisants » ( comme on disait dès le XVIe siècle), aussi bien que chez les meilleurs auteurs.

Langue universaliste qui siégeait à l’ONU à l’époque du général De Gaulle.

Et alors que s’avancent les cendres de Jean Moulin devant le Panthéon, le 19 décembre 1964, quand Malraux les appelle à reposer avec «  leur long cortège d’ombres défigurées ( éee) », qui n’entend que ce cortège est infini ?…

Je n’entrerai pas dans toutes les subtilités de la langue française qui sont détaillées dans ce livre, Le je est tu, les fredaines ( fautes d’orthographe ou de langue qui ne portent que sur la conversation), et, plus grave, les métaplasmes, qui sont des altérations morphologiques : Les fredaines sont des fautes d’évolution, les métaplasmes, d’involution. Les métaplasmes prolifèrent comme des tumeurs, où s’entend tu meurs.

Un livre d’une éblouissante érudition, plus que la description d’un désastre à venir, un chant d’amour à notre langue, qui se pose aussi en œuvre de salut public.

Il est une région du monde où le français, résistant, est préservé, défendu, avec ses fioritures locales, Yves Duteil a chanté cette langue :

C’est une langue belle avec des mots superbes
Qui porte son histoire à travers ses accents
Où l’on sent la musique et le parfum des herbes
Le fromage de chèvre et le pain de froment. .. 

 

Laissons, pour finir,  la parole à une auteure québécoise, parmi les innombrables auteurs dans cette langue. Cliquez sur l’image et vous aurez tout tout tout…

C’est Denise Bombardier qui prophétisait à la télévision en 1972 : Quand vous verrez disparaître votre mot amour, vous comprendrez peut-être qu’il sera trop tard.

Et pour conclure,  enfin et surtout, mais pas « last but not least », encore Denise Bombardier :

La langue française ne s’offre pas spontanément au désir du locuteur. Elle oblige à un apprivoisement qui exige effort, patience et volonté. « C’est une langue belle à qui sait la défendre », comme le chante Yves Duteil.
Et les Québécois sont parmi ses plus ardents défenseurs.

Danièle Sala

 

 

Crimson Glory, ou la Bouteille, l’écume et les siècles… de Jérémie Bossone.

16 Avr

Photo NGabriel

Jérémie Bossone est un auteur qui met de la musique-flamme sur ses mots quand il chante, et des couleurs qui peuvent rappeler Goya, Munch ou Van Gogh dans ses fresques littéraires aux personnages brechtiens. Des histoires à la Romain Gary-Emile Ajar, celles des desperados qui ont l’âme slave et toutes les folies qui vont avec. Celles et ceux qui ont nourri Crimson Glory.
Avec les désaxés magnifiques, Don Quichotte ou Cyrano, les bourlingueurs de Conrad, ou Stevenson, et d’Artagnan en chef de bande. Des guetteurs de miracles qui n’arrivent jamais, mais c’est pas une raison pour ne pas y croire. Dans la chasse au trésor, l’important, c’est la chasse plus que le trésor.

D’autres professent comme les irlandais que la réalité est une hallucination provoquée par le manque d’alcool … Dostoïeski et Bukowski ne sont pas loin dans ses quêtes métaphysiques bien arrosées de tous les alcools de la vie d’artiste borderline… Mais c’est pas dans les rails formatés qu’on peut trouver les chemins des rêves les plus échevelés… On rêve pas petit bras chez Bossone, on voyage dans des mondes en abolissant les barrières du temps… Comme dans son livre Crimson Glory, moitié roman, moitié autobiographie, moitié pédagogie de la vie saltimbanque. Ne chicanons pas sur le nombre des moitiés, quand on aime on ne compte pas.

Avec Crimson Glory, (ou la Bouteille, l’écume et les siècles..) le lecteur gourmand d’éclectisme va trouver de quoi se régaler de tous ses fantasmes littéraires, les histoires entrecroisées du pirate Sean Fountain, et son trésor, les aventures et mésaventures d’un chanteur maudit qui n’a même pas l’idée de mourir à 27 ans comme tout héros pop rock qui se respecte, et les chemins tortueux des sentiers de la gloire fuyante du showbizness. Et qui a eu comme projet, je cite,

 Moi je veux être grand, retrouver la taille cosmique de l’enfance, embrasser sa mythologie, boire à ses constellations. Etoiles, je monte vers vous ! Le panache au cœur, le sourire aux lèvres ! Je suis baroque! Ô camarades, je veux briller pour vous comme j’aimerais vous voir briller pour moi. Tous pour un et un pour tous ! Chaque être humain devrait brûler comme un soleil ! Je veux bien soumettre l’idée aux hommes mais je n’imposerai rien. Le mouvement doit venir de soi.

Il me semble entendre quelques approbations de Brel, Ferré, Higelin, et de sa « marraine » Anne Sylvestre… Ecrire pour ne pas mourir ?

 J’écris. Or ce qui prime en écriture, c’est la puissance ludique, c’est ce plaisir du jeu que nous procure l’agencement des images et des sonorités. Sans lui nulle catharsis, et les émotions retombent comme des baudruches dégonflées.

Et pour cela,

Dès que la musique fait son entrée dans l’arène, c’est vers elle que j’avance. J’oublie tout le reste : les enfants qui meurent de faim en Somalie, les enculés qui nous gouvernent aux quatre coins du monde,  la Camarde qui agite sa faux dans mon dos… J’oublie tout ça.

Et Sean Fountain dans tout ça ? Sean Fountain est un voyage, un mythomane de génie, la mythomanie est son oxygène…
« Je jongle avec ma vie. N’ayant rien appris d’autre, je n’ai aucun regret.»  C’est Sean qui a écrit ça, mais son art du jonglage n’est pas resté lettre morte, si vous voyez à qui je pense.  Et si vous ne voyez pas, allez toutes affaires cessantes Côté Cour, chez LamaO Editions, Crimson Glory est  disponible. (Sortie officielle le 27 Avril dans toutes les librairies de bon goût)

Clic sur la couv’ –>

Et en bonus,  les 50 premières commandes seront dédicacées par Jérémie !

 

 

 

 

Norbert Gabriel

Avertissement: c’est le genre de livre que j’ai ouvert 5 mn après l’avoir eu en main, grâce auquel j’ai raté deux correspondances, et pas lâché de la nuit…  Malgré les cris de mon chat abandonné sans croquettes…

Hexagone printemps 2018

4 Avr

 Pour tous ceux qui aiment la scène vivante, les meilleurs artisans de la chanson, les réflexions, les points de vue, les échanges et actions diverses autour de la chanson, les lieux qui l’accompagne et la font vivre, toute l’actualité, sorties d’albums, spectacles vus ou à voir, avec sérieux, un zeste d’humour,  des photos sublimes, et même des dessins, un beau livre, avec une couverture épaisse qui peut trôner dans nos bibliothèques, Hexagone le mook est incontournable. Et nous en sommes au numéro 7, Printemps 2018, et ce numéro marque une ouverture vers d’autres arts, comme l’annonce David Desreumaux dans son édito, avec la rencontre de Serge Rezvani, peintre, romancier, poète… Et auteur de chansons , entre autres, le tourbillon, chanté par Jeanne Moreau, dans le film de Truffaut Jules et Jim.  Il se dit amateur au sens noble du terme, mais a quand même obtenu deux fois le Grand Prix de l’académie Charles Cros ! Et la chanson tient une place importante dans sa vie :

Certaines chansons pendant la guerre m’ont marqué, et si je les entends ou si je les rechante c’est un peu comme la madeleine de Proust : tout d’un coup tout revient de manière extraordinaire, et je pense qu’il y a peu de choses aussi aussi fortes qu’une musique, une chanson qui a marqué un certain moment de votre vie.

Parenthèse d’humour en ouverture, celle là, je l’aime bien :  La victoire de la Musique dans la catégorie «  artiste féminine » n’a pas été décernée à Orelsan.

Un  rencard avec Loïc Lantoine, par Roxane Joseph, un artiste hors cadre qui sait saisir les opportunités et avancer avec aisance dans ce monde très codé de la musique.Loïc Lantoine qui a remporté avec le Toubifri, Very Big Experimental Toubifri Orchestra,double album et concerts dans toute la France, le Grand prix scène de l’Académie Charles Cros.

Photo Vincent Josse

On s’intéresse ensuite au patrimoine en danger, avec Clémentine Deroudille, qui pose la question : Quand verrons nous un musée de la chanson ouvrir en France qui permettrait de recenser, restaurer, conserver et présenter ces trésors inestimables. Objets, manuscrits, affiches, photos, costumes, lettres, appartenant ou ayant appartenus à nos chers artistes, et qui sont dispersés un peu partout.  On a vu, avec le succès des exposition Brassens, ou Barbara, qu’il y avait un public pour ça.

Chanson & Poésie, Quand la littérature prend l’air, regards croisés d’écrivains et poètes sur les rapports entre poésie et chansons, conçus par David Desreumaux et Patrick Engel.

Poètes, pas poètes, le débat est aussi vieux que l’histoire de l’expression humaine, nous dit par exemple Olivier Chaudenson, directeur de la Maison de la poésie. Ne pas nier les différences, certes, mais ne pas les hiérarchiser non plus…Rappelons toutefois que les plus grands poètes ont écrit des chansons : Prévert, Aragon, Mac Orlan… Nous rappelle Philippe Delerm.

Stéphane Hirschi, professeur de littérature française moderne à l’université de Valenciennes, qui a inventé une discipline universitaire, la cantologie, raconte cette longue histoire depuis la rencontre de la poésie et de la chanson, Sous la bannière du lyrisme, poésie et chanson se rencontrent six siècles avant JC. En grèce, Pindare et Sapho expriment leurs sentiments en vers : rythme et mélodie… Jusqu’à nos jours, pour conclure : Oser faire fredonner des règles qu’on bouscule, qu’on déplace, qu’on met en perspectives nouvelles, ne serait-ce pas cela, la rime profonde entre poésie et chanson ?

D’ailleurs demande Matthias Vincenot, poète :Un poète sait-il forcément écrire des chansons ? En précisant qu’il ne faut pas confondre la poésie avec la poétique.

Et En quoi l’écriture d’une chanson peut-elle différer de toute autre écriture ? Demande le parolier Jean Fauque.  

Et c’est avec Olivier Chaudenson, qu’on revient pour mieux connaître la Maison de la poésie, devenue un lieu singulier, ouvert à tous les genres littéraires, avec beaucoup de musique et beaucoup d’images. Un lieu de création, une maison en mouvement, qui tend à rattacher la littérature au spectacle vivant, sans étiquetage, avec comme première urgence de reconnecter la poésie, la littérature, à un public plus large : ça me semble très naturel de dire que la littérature est un art vivant.

Et puis, les différentes formes d’écriture ne s’opposent pas. Elles se complètent, s’apportent l’une à l’autre, et aujourd’hui se rencontrent sur scène, précise Marie Modiano, qui se définit quand à elle comme une musicienne qui écrit de la poésie et des romans…Ou bien le contraire, qui sait ?

Quel que soit le procédé artistique, il existe par le fait même qu’il s’offre au monde. La chanson existe ainsi en ce qu’elle entre dans le domaine public. Ajoute Barrio Populo.

Et pour Sophie Nauleau, Docteur en littérature française, et directrice du Printemps des poètes, on ne peut plus dire que la chanson est un art mineur, quand on voit tous les plus grands poètes qui sont  chantés.

La chanson, c’est aussi l’affaire de Miss Knife, chanteuse de cabaret, à ne pas confondre avec son double, Olivier Py,  poète, romancier, directeur de l’Odéon, puis du festival d’Avignon. Deux carrières totalement séparées. Miss Knife est une chanteuse et fait du music-hall depuis 25 ans : chanter des chansons, ça répond mieux aux questions que des livres sérieux.

C’est avec Marie-Thérèse Orain que nous avons ensuite rendez-vous, pour la partie un de la collection de printemps, propos recueillis par Flavie Gerbal.

Une vie bien remplie pour cette comédienne pleine d’énergie, qui, à force de belles rencontres, notamment avec Patachou, a réalisé son rêve, après avoir traversé toutes les vagues musicales possibles et inimaginables, depuis ses débuts en 1962, se consacrer uniquement à la chanson et à la scène, et c’est au forum Léo Ferré, à Ivry que son CD Intacte a été enregistré en 2015. Textes choisis pour leur qualité, plutôt que sur la notoriété de l’auteur, on trouve sur ce CD, Anne Sylvestre, Léo Ferré, Jacques Debronckart, Claude Lemesle, Gribouille, Pierre Tisserand, Anne Sylvestre.

Une invitation de Malorie D’Emmanuele à écouter Un Camp, EP de 4 titres de Makja,( maquis, en corse) un regard sur cet artiste qui a décidé de créer, seul, un projet musical. Création d’un espace d’échange aussi bien humain qu’artistique. Il se définit comme un artisan des mots, aux influences électro ou symphoniques, je découvre, et j’écoute : Car née de doutes / Ma musique est fille de sentiers / Dans cette vie de virages / Inconstante est la mise en pieds…

Karine Daviet, elle, nous raconte le parcours de Gael Faure, de son Ardèche d’enfance à Paris, en passant par La Nouvelle star, sans en tomber dans les pièges, il a pris son temps, avec une force tranquille : prendre son temps est le plus sûr des chemins. Et son idée c’est de montrer que l’authentique peut revenir à la mode sans forcément être ringard.Son deuxième album, Regain, sorti en janvier 2018, raconte ce voyage intérieur.

Chic & Choc, c’est Gervaise, vue par Flavie Girbal, Gervaise l’ultraféminine, pourfendeuse de clichés à tout crin, qui vient de remporter le prix du public et le prix Catalyse Georges Moustaki.

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Photo DDesreumaux

Et, surprise ! C’est Mad, l’affreux jojo du Rosbif saignant qui nous propose un Sanseverino servi chaud en le présentant comme un Bluesman facétieux : Connu et reconnu comme chanteur populaire et musicien hors pair, Stéphane Sanseverino se la joue Bateleur Joe avec son huitième album Montreuil/Memphis. Surtout ne pas lui mettre d’étiquette, comme celle de jazz manouche qui lui colle à la peau depuis des années, alors qu’il n’a fait que deux albums sur huit de ce genre, lui aime le changement, se marrer, mais pas que : Faut qu’ils s’y fassent, je ne suis pas juste un amuseur public.

Une fiche pratique, très drôle bien qu’étant réaliste sur les ficelles du métier, Les premières parties, par Boule. Un petit exemple : Avant de partir, PENSEZ à VIDER les FRIGOS des loges en guise de DEDOMMAGEMENT, ainsi que les corbeilles de confiseries et autres barres chocolatées. VOS enfants seront contents.

Toujours beaucoup d’albums récents chroniqués, Un florilège d’Anne Sylvestre 60 ans de chansons en 3 CD-45 titres, Juliette : J’aime pas la chanson, Frédéric Bobin :  Les larmes d’or, Les hurlements de Léo : Luna de papel, Môrice Benin : L’inespéré entre les lignes, Jules Nectar : Nos rêves, Pigalle : Ballade en mélancolie, Les Escrocs : Super-héros, Dominique A : Toute latitude, un CD-DVD de Michèle Bernard : Scène & canapé, pour ne citer que ceux que j’ai écoutés, et des dizaines d’autres à découvrir. Qui dit que la chanson française se porte mal ?

Et est-ce-que C‘était mieux maintenant ? Pour Jules qui se la joue nostalgique du quatrième album des Satellites intitulé 4, c’était bien avant, aussi … 25 ans déjà, et il se referait bien un concert avec eux dans son jardin.

Un grand dossier de 17 pages est consacré à Zaza Fournier, entretien avec David Desreumaux, Née  d’une mère hollandaise et d’un père marseillais, elle regrette Paris d’où elle est partie à l’âge de 10 ans, pour vivre une adolescence morose dans un petit village de l’Oise, où ses refuges sont la littérature et la musique, puis c’est la révélation, avec un 20/20 pour un passage du Cid récité au lycée, elle prend au sérieux son désir de théâtre, et s’inscrit au Cours Florent, puis vient à la chanson par amour, faut dire qu’elle s’était entraînée, à 12 ans, enfermée dans sa chambre, à chanter tout Piaf avec pour seul micro sa brosse à cheveux ! C’est un garçon qui m’a fait chanter pour de vrai la première fois. C’est par amour. Ce garçon, c’est Jack Lahana, aujourd’hui son compagnon, et réalisateur de ses deux premiers albums. La chanson par la scène précise t-elle : Avec la scène, j’ai l’impression d’être en état de recherche permanent.

A la question qui vient comme ça, au cours de l’entretien : Si tu te demandes si tu seras encore chanteuse à 60 ans , elle a une jolie réponse : Tu sais, c’est comme les gosses qui courent au bord de la falaise et qui n’ont pas peur. Tout à coup tu grandis, tu vieillis, et tu as le vertige.

Le regard extérieur sur Zaza Fournier, c’est Arièle Butaux, musicienne, écrivain, femme de radio.

Elle aime tout de Zaza Arièle : J’aime chez Zaza La précision du trait, la miniature parfaite, la mélodie qui va te rester dans la tête comme une bonne vieille chanson italienne. Ses chansons sont en technicolor : ça claque, ça porte, ça secoue !

Et l’on continue avec Zaza Fournier et son nouveau spectacle : Le déluge. Un spectacle théâtre / chansons qui raconte le déluge intime qui bouscule et fait surgir le sauvage qui sommeille en chacun de nous, est il possible d’être libre et ensemble à la fois ? Le déluge pose cette question : peut on être à la fois libre et ensemble, profondément soi-même et avec les autres ?

Trois filles sur scène, avec Diane Villanueva aux percussions et Juliette Serrad au violoncelle, pour un spectacle qui devrait marquer les esprits.

Pour clore le chapitre Zaza Fournier, paroles et musique de La jeune fille aux fleurs, que l’on peut aussi écouter sur Youtube, ou encore mieux sur son album Le départ : Si tu as le cœur blessé / Offre moi des fleurs séchées / Des lys ou du mimosa / Si tu rêve encoe de moi / Si tu t’en vas sans regrets / Quelques brins de serpolet…

logo_Moustaki_rond-3Retour en image sur le huitième Prix Georges Moustaki, avec de superbes photos de Chantal Bou- Hanna et Frédéric Petit, les finalistes, Gatica, prix du jury, Gervaise, prix du public, Mehdi Krüger prix de la selection FestiScib, For The Hacker, lauréat de la sélection FrancoFans.

Et c’est avec Jacques Bertin que je prends un malin plaisir à décrypter ses réponses aux questions de Nicolas Brulebois. Entretien qui a lieu entre Mouffetard et Contrescarpe : quartier de pauvres, d’aventuriers et d’artistes.

Parmi ses projets, un qui lui tient à cœur, la maison de l’histoire de la chanson, un beau projet qui est aujourd’hui en bonne voie, puisqu’il semble que le ministère de la Culture ait la volonté de s’impliquer, et un projet d’album humoristique qui pourrait s’intituler : Chansons à la con, étonnant, non ? Il parle aussi de son dernier album, plus varié que les précédents, avec moins de musiciens, pour raisons économiques. Il y a un poème de Valery Larbaud que j’aime beaucoup,  Voeux d’un poète :

Lorsque je serai mort depuis plusieurs années,
Et que dans le brouillard les cabs se heurteront,
Comme aujourd’hui (les choses n’étant pas changées)
Puissé-je être une main fraîche sur quelque front !
Sur le front de quelqu’un qui chantonne en voiture
Au long de Brompton Road, Marylebone ou Holborn,
Et regarde en songeant à la littérature
Les hauts monuments noirs dans l’air épais et jaune.
Oui, puissé-je être la pensée obscure et douce
Qu’on porte avec secret dans le bruit des cités,
Le repos d’un instant dans le vent qui nous pousse,
Enfants perdus parmi la foire aux vanités ;
Et qu’on mette à mes débuts dans l’éternité,
L’ornement simple, à la Toussaint, d’un peu de mousse. 

(Valery Larbaud, Les Poésies d’A.O. Barnabooth, 1913).

 

Une autre chanson : La vague évoque le sort des migrants, que la France a du mal à gérer.

On en sait plus sur sa façon d’écrire ses chansons, et de les travailler avec sa guitare, son passé de chroniqueur à Politis, et les polémiques suscitées par certaines chroniques, son respect pour les anarchistes, qui sont dit il, respectueux et bien élevés : je les trouve humainement corrects, honnêtes, contrairement aux trotsk’s , mao, ou stals, pour qui il ne serait qu’un petit bourgeois, un salopard.

Parmi les découvertes de printemps, à noter chez EPM Musique, deux albums majeurs, Ziaco : Né en voyage et Les cyclamens de Pierre Margot qui sera en concert au Lavoir Moderne Parisien, les 1er et 2 juin.

Coffees & Cigarettes et leur Hop’n’roll fantasy n’échappent pas au regard de David Desreumaux, Renaud Druel affirme ne pas être capable d’écrire autrement qu’au travers d’images

Claire Pommet, alias Pomme, elle, est une belle promesse, selon Dora Balagny.

Elle a déjà des kilomètres de concerts au compteur, depuis ses débuts musicaux en famille, son coup de cœur pour l’autoharpe : J’aime l’esthétique de l’autoharpe, sa sonorité un peu elfique, ses classes vocales de dix ans dans une chorale, jusqu’à ses premières parties de Benjamin Biolay, Yael Naim ou La Grande Sophie, et son premier album sorti en octobre dernier. Elle sera en concert au Printemps de Bourges le 28 avril, et à La Cigale le 20 juin.

Et ce sont des Embruns de chansons nous viennent de Ronan, sous le regard de Michel Gallas. Ronan, qui, ayant fait l’expérience de plusieurs groupes, Toultoutim, avec Jules Nectar, et un album en 2011, comme accordéoniste des NotaiRes et des Maristo pour trois albums, en tant qu’ACI pour le quintette Les Vents Malins, dont il sortira un EP,  crée ensuite un répertoire plus plus intimiste et personnel : il chante des histoires de la vie et de rêves enfouis dans un vocabulaire imagé et singulier, et nous transporte dans une poésie réaliste où les mots s’entrechoquent et se percutent. Volutes, son album autoproduit sorti en 2017 est chroniqué p. 64 d’Hexagone n° 4 .

Et toi tu fais quoi ? C’est le titre du premier album de Joëlle Saint-Pierre dont Flavie Girbal nous fait le portrait. Elle nous vient du Québec, c’est fou ce qu’on aime la chanson francophone là-bas ! Mais dit-elle : Je me sens extrêmement moins chanteuse que musicienne. Et comme elle ne peut pas trimbaler son marimba partout, c’est son vibraphone qui l’accompagne dans ses tournées. Le vibraphone convoque le nord magnétique et les grands espaces enneigés.

Encore une belle découverte,  Phanee de Pool, la slapeuse à part, qui a rendu son arme et sa carte de policière fin 2017, pour se consacrer à la chanson, avec une immense envie de croquer la vie : Je suis une gourmande, j’ai envie de jouer partout, dans des lieux insolites…comme un poulailler… Et déjà reconnue, elle a remporté le prix du public et quatre dates de concerts au concours de La médaille d’or de Saignelégier.

Un petit tour à Lyon où il y a des lieux sans lesquels la chanson ne serait pas ce qu’elle est, et A thou Bout d’Chant est de ceux là. Avec Karine Daviet comme guide. Marc David et Frédérique Gagnol ont fait de ce lieu une place forte de la chanson, et Lucas et Matthias ont repris cette salle en 2015,  avec des choix qui reflètent la diversité musicale de la chanson française et de la modernité.

Et une visite guidée de La Manufacture Chanson, société coopérative d’artistes au service de la chanson. avec David Desreumaux, et son gérant Stéphane Riva. Un lieu, des professionnels qui accompagnent, forment, conseillent, sont le lien avec de nombreux partenaires, festivals, actions artistiques auprès de différents publics et différents lieux, leur objectif : permettre aux artistes de transmettre et de partager leur passion de la chanson.

Photo DR.

Et si nous allions rendre visite à Serge Rezvani, en plein cœur de Pigalle où il vit avec sa compagne depuis quinze ans, l’actrice Marie-José Nat ?  C’est David Desreumaux et Flavie Girbal qui nous y invitent. Peintre, graveur, écrivain ( plus de 40 romans, 15 pièces de théâtre, et deux recueils de poésie), et auteur-compositeur-interprète de chansons, auteur de la célèbre chanson du film Jules et Jim chantée par Jeanne Moreau : Le tourbillon de la vie. Alors, touche-à-tout ? Non, dit-il : Tout me touche, ne pas se répéter, faire toujours la même chose, même si ça va à l’encontre du marché : je suis curieux de ce que je ne sais pas, je dis souvent que j’ai plusieurs arcs à ma flèche, je dirais que c’est toujours la recherche de ce que je ne sais pas en moi et en nous tous, parce qu’on finit toujours par être des portes-parole.

Pour finir en râlant, le Rosbif saignant de Mad, qui raconte les péripéties de son concert, avec Monique, sortie conseillée par Hexagone : On m’y reprendra à suivre Monique dans ses sorties conseillées par Hexagone. Pour voir des voleurs de poule de cet acabit, ce sera sans moi ! Je n’en dirai pas plus, sinon que les voleurs de poule sont Sanseverino et ses musiciens ! Voir l’article de Mad p 48.

Voilà un petit aperçu de tout ce que vous pourrez découvrir en long et en large dans ce numéro de printemps d’Hexagone , sans oublier deux festivals importants dans les semaines à venir, Festiv’en marche du 17 au 21 mai à Mouhet ( 36), avec Rémo Gary, Melissmel, Bernard Joyet, Boule, Eric Mie, Lucie Manusset, Zoé Malouvet, Les frères Scopitone. Et L’air du temps aux Bains-Douches de Lignère-en-Berry, avec Sandra Nkaké, Anne Sylvestre, Sanseverino, Loïc Lantoine, Magyd Cherfi, Frédéric Fromet, Babx.

Bel été en musique et en chansons, d’écoutes en lectures, de bars en bistrots, de scènes en scènes, de festival en festival !

Pour savoir ce qu’il en est du super mook Hexagone et l’avoir chez vous, demandez à Flavie,

et elle vous répondra, c’est une fille bien élevée –>

 

 

 

 

Pour la web radio Hexagone, c’est là ->

 

 

 

Danièle Sala

 

 

 

Saravah 1967-77 C’est où l’horizon ?

13 Mar

 

On pourrait dire que nous avons tous en nous quelque chose de Saravah quand on se passionne pour la scène vivante du spectacle et de la chanson. Quand elle est un court-métrage de 3 ou 4 mn qui raconte le monde ouvert à la fenêtre, quand elle raconte la vie, les rencontres d’un funambule de l’utopie, baladin éternel sur tous les chemins buissonniers qui n’ont jamais été concernés par la dictature du code barre… Quand on a le goût des choses penchées, la quête permanente de la beauté fragile des musiques portées par les vents oiseleurs de la Vendée à Rio de Janeiro, de Montmartre à Shibuya (Tokyo) … Quand on fait sa vie comme une rivière qui atteint toujours son océan en méandres nonchalants pour mieux goûter l’instant présent et les charmes du hasard.

Il y a des années où on a envie de ne rien faire… Parce qu’on a envie d’être totalement disponible à l’imprévu, à l’inconnu, à la découverte, parce qu’on a envie de répondre à la question « C’est où l’horizon ? » sans être trop téléguidé par une boussole autoritaire… Et parce qu’on a peut-être envie de découvrir plusieurs horizons de couleurs et de goûts différents.

A travers ce préambule nourri du pollen Saravah il y a quelques pistes sur le voyage de la mémoire que vient de faire Benjamin Barouh dans l’histoire du plus ancien label de chanson français en activité ; les dix années de funambulisme permanent qui ont construit la légende de cette utopie réalisée. Si on ne connait pas bien Saravah, ce livre est la base indispensable pour comprendre comment ce miracle a pu exister… Fluctuat toujours, mergitur jamais. Si on connait bien Saravah, on va y trouver de quoi affiner et compléter les portraits des différents acteurs connus ou moins connus qui ont construit ce label.

avec Claude Lelouch, 10 Mars 2018 photoNGabriel

Benjamin Barouh est un excellent conteur d’un part, et d’autre part dans son travail de collecteur, il a rencontré et mis en perspective, tous les témoins, chacun apportant un éclairage personnel, et argumenté sur ces dix ans de genèse… Tout est nuancé par l’ensemble, sans parti pris tranché et réducteur. Regards intimes ou distanciés, critiques ou amoureux, subjectifs ou objectifs, s’il y avait des zones d’ombre – avec le temps, parfois tout s’en va de travers- elles se révèlent, comme sur un vieux négatif photo qu’on n’aurait pas exploité à fond, et le tableau se complète, s’enrichit.

Emouvant, et drôle, parfois une phrase situe bien les rapports à la chanson, ainsi le point de vue sur les yé-yés est explicite quand Dominique Barouh voyait dans l’idole des jeunes une sorte de lombric… Passionnant quand David Mc Neil raconte que John Mc Neil a parcouru l’Ecosse pendant 20 ans pour collecter toutes les mélodies écossaises, qu’il jouait à la guitare sur 3 accords, et qui ont façonné la musique américaine au début du XX ème siècle.

Il y a tous les acteurs de Saravah des Abbesses, et aussi l’autre point de rencontre, les lundis de la Mouff », Mouffetard futur lieu de résidence parisienne de la famille Barouh. Il y a tout pour comprendre Saravah , ce qui l’a constitué, ce qui continue et se prolonge aujourd’hui.

10 ans de saravahC’est une grande fresque bigarrée, une leçon de créativité tout azimut, un bréviaire de liberté, qu’on pourrait sous-titrer : «Mode d’emploi de la réalisation d’une utopie à l’usage des jeunes générations qui ne savent pas qu’il y a d’autres chemins que les autoroutes formatées au code barre.»

Ou en bref, «  Histoire d’un caravansérail musico-cosmopolite »,  une soirée Saravah c’est une rencontre avec des musiciens, des chanteurs, des cinéastes, des graphistes, des comédiens, des auteurs de toutes origines cherchant à communiquer avec tous… et dans la boutique Saravah, il y avait aussi les confitures aux prunes de mamie (Sarah, la maman de Pierre) …

Dans les grands témoins rencontrés, Francis Lai, Claude Lelouch, Dominique Barouh, Areski Belkacem, David Mc Neil, Raphael Caussimon, Aram Sédéfian, Jean Querlier, Christian Gence, Jacqueline Cauet, Gilles Sallé, Claudine Cormerais, Jean Michel Humeau, Gérard Delassus, Philippe Beaupoil, Christophe Rambault de Barathon, et Fernand Boruso, dont on a le point de vue pour la première fois sur les fluctuations financières de Saravah.

Ces quelques lignes et anecdotes ne résument pas cet excellent livre de 300 pages, (Editions Le Mot et le reste) qui sera en librairie le 15 Mars, mais qu’on trouve néanmoins depuis hier lundi chez les grands distributeurs parisiens, Gibert entre autres… C’est juste pour donner envie…

C’est le complément indispensable aux Rivières souterraines, pour les plus anciens, et avec la compilation 50 ans de Saravah, c’est l’entrée en Saravah pour les plus jeunes. Avec la mémoire du vent…

Pour qu’un souvenir ami

garde dans son tamis

Le bleu de nos nostalgies

Pour que la mémoire du vent

Retienne nos chansons, amis recommençons..

Norbert Gabriel

Saravah, c’est là —>

 

 

 

 Le mot et le reste c’est là→>

Généalogie du blues…

15 Fév

On s’était dit rendez-vous dans un an… Parce qu’avec tous les bons tuyaux de Doc Caloweb quand il parle du blues, ce fut la quasi immersion totale dans la pile impressionnante de livres et  d’albums que les bonnes échoppes parisiennes ou provinciales proposent aux amateurs insatiables… En terme de poids, ça va bien chercher dans les 50 kgs, mais au final, c’est avec un pocket Folio qu’on peut avoir un très complet panorama de cette musique dans tous ses aspects, autant musicaux que socio-culturels.

Cette brève généalogie du blues arrive pour faire une mise au point suite aux babillages inconséquents d’un radioteur approximatif qui a expliqué sommairement sur une radio nationale, je cite : «  le blues vient du godspel... » Ce qui relativise beaucoup l’expertise de ce musicien, qui n’en est pas à son coup d’essai dans le genre bourdes historico-musicales.

D’ abord écoutons ce qui est « gospel ou godspel» dans le sens le plus couramment employé :

Des chants d’église, le plus souvent interprétés par des gens bien propres sur eux, sur des thèmes religieux et plutôt joyeux véhiculant des idées positives. (On ira tous au paradis…)

Mais le blues…  Il est né dans les champs de coton, il est né du déracinement des esclaves et des chants de travail et de douleurs, et c’est dans la rue, après la guerre de Sécession, que des chanteurs noirs ont gueulé leurs désillusions face à une société qui ne les considérait que comme du bétail humain, et l’émancipation-ségrégation n’a pas changé grand chose à leur position dans la société américaine… Et même aujourd’hui …

Le blues c’est plutôt ça:  The blues is a feeling... Rien à ajouter.. (Le texte en fin de chronique montre qu’il y a des variations avec la version chantée ici, mais dans l’ensemble, c’est fidèle)

ou ça,

Well, you woke up this morning
Got yourself a gun
Your mama always said you’d be the chosen one

She said, you’re one in a million, you’ve got to burn to shine
But you were born under a bad sign with a blue moon in your eyes

And you woke up this morning
All that love had gone
Your papa never told you about right and wrong

But you’re looking good, baby
I believe you’re feeling fine (shame about it)
Born under a bad sign with a blue moon in your eyes

(Né sous un mauvais signe avec une lune bleue dans vos yeux.)

The lonesome man with is a guitar… Le mec avec sa guitare comme confidente partenaire. Dieu et ses églises n’ont pas grand chose à y faire, sinon pour se faire engueuler…

La généalogie du blues est assez bien définie par BB King qui est probablement l’ auteur de cette définition

Le blues, c’est les racines, le jazz c’est l’arbre et les branches, le reste, le rock, la soul, le rythm’n’blues … c’est les pommes...

Dans la famille des musiques noires, après les chants de travail*, vint le negro spiritual, inspiré par l’Ancien Testament, et presque au même moment le blues, le chant païen et voyou, avec des instruments de pauvres, le banjo, la guitare bricolée, l’harmonica. Ensuite, avec le rag time, il y eût des musiciens savants virtuoses du piano,  dans les bordels de la New Orleans ou les bars louches de New York, les cabarets chitterlings**.

Le gospel, c’était plutôt le Nouveau Testament qui était chanté, dans des temples ou des églises en habit du dimanche et avec les grandes orgues… Le blues n’est jamais entré dans les églises, ou alors par la porte de service et bien camouflé … C’est le cantique de la mouscaille et des déshérités, et par les temps qui courent, il reste une des valeurs de base, et pas seulement en Louisiane au 19 ème siècle.

Dans les nombreux livres sur le blues, l’un d’entre eux domine son sujet en explorant tout ce qui a construit le peuple afro américain, autant sur le plan culturel et musical que sur le plan sociétal, « Le peuple du blues » de LeRoi Jones, et c’est en folio.

Il faut ajouter aussi l’excellent livre d’Alan Lomax, “Le Pays où naquit le blues” (éditions Les Fondeurs De Briques, 2012 + 3 rééditions depuis), paru en 1993 pour la version originale “The Land where the blues began” traduit en français  par Jacques Vassal. Il représente une somme de réflexions, expériences et témoignages sur le sujet, vraiment essentielle.

et on finit avec le texte de Lightin Hopkins

The blues that is a feeling

That makes you feel very bad.

The blues will give ya a sickness,

where there was a pain you thought you ne’er had.

Now this is where the blues go

it jump on you early in the morning

and it worries ya until you go to sleep

Then after you go to sleep

you begin dreamin them ol bad dreams.

And it’s given ya nothing but them midnight creeps.

thats just like if you leave your husband

and just merely carrying on.

And then when you get back there he got another woman

laying up in your happy home

You have to be careful about the way you plead

Cause the world done got weaker just more wiser

than these lonesome sunshiney days(I think)

if you tell your husband you done quit him

and you mean that from your heart cause if ya didnt love him

ya didnt have no right to start,

and thats what boils him over

and he holler at ya and ya wonder why

Baby if ya knew ya didn’t love me

Darlin then why did ya tell me so

Yeas if you knew that you didn’t love me

darlin why did you tell me so

You know I didnt have to be there dealin with you

I could be dealin with a come many more

Baby ya know that I love you.

Only for myself

Baby ya know that I love you.

Only darlin, for myself.

You know I would look like a fool standing on a corner

Oh dark woman loving you for someone else.

And that’s the truth.

I said love me or leave me little woman.

Either one you wanna do

Loord, love me or leave me.

Either one you wanna do.

Just like your loving someone else, you know someday

bad luck will catch up with you.

I said love me or leave me baby.

Either one you wanna do.

Loove me or leave me

either one you wanna do, lord help you.

You know just like po lightnin someone somewhere

gonna treat you the same way too

Cry one more time.

*Un chant de travail est une chanson chantée le plus souvent à cappella par des hommes ou des femmes de la campagne, des ouvriers ou des marins partageant une tâche fastidieuse (comme la culture du coton et des cannes à sucre par les esclaves). Ce peut être un chant spécifique à une action qu’il dynamise et régule (comme l’òran-luaidh gaélique) ou un chant d’agrément puisé dans le répertoire local et adapté dans son rythme et ses connotations aux circonstances. Au long de la journée, les divers chants allègent la monotonie du travail et chassent l’ennui que chacun peut ressentir isolément. Souvent, les rythmes sont choisis pour aider les ouvriers à synchroniser leurs mouvements dans un travail d’équipe (par exemple : ramer, scier, écraser les grains dans un mortier avec des pilons, marcher au pas). Un film qui en donne un exemple est : Blanche-Neige et les Sept Nains, de Walt Disney Picture. Ce sont les nains qui chantent tout en travaillant dans la mine.
**Chitterlings  « seau de tripes, boyaux de porc » … Les plus pauvres faisaient des sortes d’andouilles avec des tripes qu’ils allaient chercher à l’abattoir avec un seau, c’était en quelque sorte l’archétype du bas de gamme vulgaire. (Garvin Bushell and New York Jazz in 1920)

Doc Caloweb a été présenté ICI.

Norbert Gabriel

 

 

 

 

« Datacenter » : Léonel Houssam

29 Jan

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J’ai failli poser cette chronique quelques jours avant noël… ça m’aurait amusé. (Je sais m’amuser seul). J’imaginais le livre sous le sapin. Et puis le temps est passé, l’idée avec… Début janvier, un post de Léonel Houssam (très présent sur les « réseaux » dits « sociaux », sous le nom d’Andy Vérol il y a longtemps, ou encore d’Eliot Edouardson actuellement) m’a fait sourire :

« Au regard des ventes en novembre et décembre, je constate que mes livres ne sont pas des cadeaux de Noël à faire. »

DATACENTER_couv

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Lu cet été (étrange moment qu’inonde le soleil quand se prélassent le calme, le repos et la tranquillité pour qui peut se les payer) : le livre DATACENTER, publié en 2017.

Les photographies de Yentel Sanstitre accompagnent ce récit, roman, dialogue, monologue…? Essai…? Je ne sais pas trop. « Récit fictionnel », précise Houssam.

Littérature… ? Assurément. Au sens où il y a un travail sur la langue, les sons, le rythme, un style travaillé depuis longtemps. La forme rencontre la matière.

Un mot ? Une expression ? Un hashtag ? Oui : « extinction ».
#avantextinction (hashtag utilisé par Houssam) : tout ce qui précède, le monde d’avant l’extinction, le nôtre. Comment on y va. Avec méthode.

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Les jambes croisées, les fesses et le dos calés. La chaise longue était blanche, je crois. Plongée magnifique sur les Pyrénées, immenses, qui barrent la vue et laissent tantôt apparaître le soleil, tantôt la lune, et s’établir le silence. DATACENTER et ses nuances de gris asphalte, de violences quotidiennes et systémiques, inéluctables car liées à l’espèce dominante, établit un contraste saisissant avec l’écrin tranquille qu’envahissent habituellement mes heures d’été. Je m’installe, donc, je reprends la lecture, et je prends des coups. 

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©Yentel Sanstitre

Le récit n’est pas très long : c’est la bastonnade. Je lis lentement, je ne peux excéder quelques pages avant de retourner à une autre occupation, de retrouver le soleil, les sourires, l’inconscience (toute relative) des enfants réunis dans la maisonnée. On joue au ping-pong dans le garage, à la lumière des néons et je songe aux lignes qui viennent de traverser ma cervelle de part en part, laissant blessures, douleurs, cicatrices, éclaboussures.

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Les mots chantés par Serge Reggiani (écrits par Lemesle et Candy), dans « Couleur de colère » me reviennent en mémoire :

Moi l’intrus, l’anonyme
Le cocu, la victime
Je n’veux plus tendre l’autre joue.
Bouge, ma pauvre vie laissée pour compte si longtemps
Et si c’est éphémère, ne te prive pas d’air pour autant.
Rouge, le ciel est rouge et nous promet de beaux printemps
L’avenir est couleur de colère !
De colère ! {x3}

Lire DATACENTER de Houssam, c’est lire ce qu’on aurait préféré ne pas entendre. Tant que ça parle des autres tout va bien, mais le plus souvent, ça vient titiller sans indulgence nos hypocrisies, notre confort et c’est beaucoup moins plaisant… S’il n’est qu’une leçon à retenir : non, je ne vaux pas mieux que le voisin que je pointe du doigt.

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Léonel Houssam

Le récit distribue les torgnoles, la tête du voisin en prend suffisamment, pas besoin de s’en occuper. « Vous prendrez un sucre ? ». Euh, non, mais j’aimerais bien souffler un peu.

Des gifles qui se succèdent, un combat perdu d’avance : comme si le personnage (qu’on croirait narrateur) se trouvait seul un soir, une nuit, dans une salle de boxe et tapait, jusqu’à le détruire, le sac de frappe. « Frappe le sac, ne le pousse pas ». Le sac de frappe, le sac de sable. Quand on ne peut rien, on frappe le sac. Que faire d’autre…? Changer le monde…? D’autres ont essayé. Écrire…? Oui, écrire : les mots sont là et chaque mot vient heurter le lecteur, chaque ligne balance une beigne (au mieux… en attendant pire…). Houssam a trouvé une forme efficace. Le style on le lui connaît depuis longtemps, que l’on lise ses bouquins, ses extraits ou ses statuts (j’ai commencé à suivre le bonhomme sur Myspace, c’est dire si nous datons… — on en a laissé des traces dans le datacenter…).

Il y a les posts et il y a le livre. Pour passer de l’un à l’autre, il fallait trouver la forme, et piquer plus encore vers la littérature.

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©Yentel Sanstitre

Voilà concentrée dans ces pages l’expression du personnage principal, un dingue…? Un dingue qui dérange…? Une expression qui dérange…? La fuite n’est plus envisageable. Personne n’est épargné, car les dingues (dingues ou non) délivrent une boue parfois incompréhensible, parfois grinçante, brutale, crûment physiologique – et disent aussi des vérités qui touchent… en plein dans le mille. L’état détruit, le pouvoir détruit, le pouvoir privé détruit, l’argent détruit, l’humain détruit, l’humain est un animal, l’humain détruit l’animal, le végétal, les liens, l’humain reste passif, la planète tousse et souffre et s’apprête à l’expulser. Houssam raconte « l’extinction », concentre ce qu’il y a à dire de « l’avant extinction », va plus loin qu’on oserait, dépasse largement les limites qu’on aurait posées (par conviction ou par lâcheté), et c’est le style qui promet la cohésion du texte, l’assemblage des différentes parties du « discours », de ce « récit fictionnel » qui remue la non-radicalité, l’hypocrisie, plonge dans le politiquement-très-incorrect.

Désolé, je lis mes mails via mon smartphone. Je suis toujours sur le qui-vive. On est connecté ou on ne l’est pas. Il faut. Je disais donc que nous sommes généralement contre la violence sauf « exceptions ». Toujours. La saveur de la paix, de la tranquillité. Chacun veut être peinard chez lui, ne pas avoir à subir ceux des quartiers pauvres qui sont tellement indisciplinés, pouilleux, méchants, mal élevés. On ne veut pas des jeunes qui font trop la fête, trop de réseaux, trop de choses sexuelles pas nettes. On ne veut pas de l’esprit acariâtre des passagers de transports en commun, des chauffeurs dans les bouchons. On ne veut pas trop des anglais, des arabes, des corses, des marseillais, des ch’tis, des parigots, des portugais ou des sénégalais (…) du merdeux à dreadlocks qui joue du djembé, du mec qui sort de prison, de l’oncle qui est de droite, du cousin socialiste, du chef de service qui aime bien faire des commentaires sur la taille des poitrines de ses salariées. On n’aime personne. On n’aime rien. (…) Je suis meilleur ? Non, j’ai dit « on », je suis dans le « on ».

DATACENTER, Léonel Houssam, extrait.

C’est juste avant l’extinction…
Le regard sans compassion porté par Houssam sur notre monde.

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DATACENTER
, Léonel Houssam, aux éditions du Pont de l’Europe.

120 pages de Léonel Houssam + 14 de photos de Yentel Sanstitre.

yentel_sanstitre


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Un site, des textes :
https://leonel-houssam.blogspot.fr/

Un profil, des statuts :
https://www.facebook.com/leonelhoussam3/

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Hum Toks / E.5131 / Eric SABA

Plume &Pinceau, le retour…

29 Juil

L’an dernier, mauvaise nouvelle, l’éditeur est en cessation d’activité, et la collection est interrompue. Cet été, bonne nouvelle, Plume&Pinceau revient, avec les rééditions des premiers ouvrages,  dont Brassens , et l’annonce de Barbara bientôt. (Octobre 2017)

 

En attendant la mise en ligne d’un site, ils sont disponibles chez le peintre, qui envoie cette carte postale,

J’ai (enfin)  reçu mes exemplaires de la nouvelle édition  du Brassens !

Je mettrai très prochainement en ligne un site permettant de les acheter.
A suivre sur cette page.
En attendant n’hésitez pas à m’envoyer un MP.
Bien amicalement

Jean-Marc Héran

 

Mise à jour Novembre 2017, le site est en ligne.

La page, c’est ici que ça se passe pour les avoir, clic sur le Héran…

 

NB: privilégiez l’achat chez l’auteur ou en librairie, de préférence aux soldeurs, qui peuvent jouer sur le fait que la première édition est épuisée, et surévaluer le prix..  Les ventes chez les soldeurs ne rapportent pas un maravédis aux auteurs, qui doivent bien payer les pinceaux et les tubes de peinture… Et aussi leur loyer…

On a toujours un cadeau à faire, ou à se faire quand on s’aime bien. Et même si…

C’est vous qui voyez…

 

Norbert Gabriel

 

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