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David Mc Neil…

18 Fév

Comment naissent les chansons ?

Les chansons naissent dans la frime
Et les dictionnaires de rimes
S’y ennuient*

.
J’avais plutôt dans la mémoire,

 Les chansons naissent dans la brume ,
dans une dominante bleue
Où le mauve fait ce qu’il peut,
la page blanche se noircit laissant parfois une éclaircie
Une lisière dans la marge Où passe comme un vent du large

Cette paraphrase de Jean-Piere Kernoa – dans Mauve– est venue en filigrane après avoir lu « Quatre mots, trois dessins et quelques chansons. »

Pour David Mc Neil, les sources sont multiples, que ce soit sur mesure – pour les amis ou collègues choisis-  ou en toute liberté poétique, il a tracé une route personnelle entre road movie hippie et chroniqueur amusé de la vie qui va. Sur les routes d’un Kerouac nonchalant ou dans les bleus méditerranéens, c’est le chemin d’un bluesman désinvolte, un flaneur au regard Doisneau, éternel amoureux des belles passantes celles de Brassens ou de Passy, de Zanzibar ou de Paname,

Qu’on soit Johnny Cash ou Coltrane
C’est toujours la même poussière qu’on traîne
Comme la petite fugueuse
Qui nous chantait Freight Train
Du temps qu’on était beaux

C’est aussi l’allégorie de la nostalgie d’Angie, ou les douzes mesures d’un blues, ce blues qui n’a pas grand chose à voir avec le R&B dont le R est celui de Roux et le B celui de comBaluzier… C’est un beau livre, grave et gracieux, élégant, qui raconte un peu de sa vie et beaucoup de ses chansons, et réciproquement. Intime sans être impudique, souvenirs d’un esthète, seul dans son coin, mais avec de bons compagnonnages, par exemple ceux-là,

 

Et dans « Ma guitare et moi, partenaire de création,  quelque chose qui a dû plaire à Jo Moustaki…

 

Cette balade musicale et biographique est une excellente synthèse de tout ce qui fait naître une chanson quand elle fleurit sous la plume d’un inventeur d’histoires loin  des fourches caudines de la dictature du code barre et du marketing.

Et pour quelques pages de plus  dans les romans et récits  de David Mc Neil,

  • Lettres à Mademoiselle Blumenfeld, L’Arpenteur, 1991; Gallimard, coll. « Folio » no 2474.
    Tous les bars de Zanzibar
    , Gallimard, 1994, coll. « Blanche » ; 1994, coll. « Folio » no 2827.
    Si je ne suis pas revenu dans trente ans, prévenez mon ambassade, Gallimard, 1996, coll. « Blanche ».
    La Dernière Phrase, Gallimard, coll. « Blanche », 1999.
    Quelques pas dans les pas d’un ange Gallimard, coll. « Blanche », 2003 ; coll. « Folio » no 4183.
    Tangage et roulis, Gallimard, coll. Blanche, 2006 – prix Le Vaudeville
    Angie ou les Douze mesures d’un blues, Gallimard, coll. « Blanche », 2007.
    28 boulevard des Capucines. Un soir à l’Olympia, Gallimard, coll. « Blanche », 2012.
    Quatre mots, trois dessins et quelques chansons, Gallimard, coll. « Blanche », 2013.
    Un vautour au pied du lit, Gallimard, coll. « Blanche », 2017.

Il y a aussi de belles pages dans des livres disques « jeune public » témoin avec ces lignes, là on peut se dire qu’il est urgent de retrouver son enfance,

Quand les chats étaient verts C’était il y a longtemps, quand les chats étaient verts du début du printemps à la fin de l’hiver. Mais sont venus des snobs qui, un jour sans raison, voulurent changer de robe comme on change de saison… Commença l’escalade de « tout gris » en « tigré », noir et blanc, marmelade, différents pedigrees. Mélangeant des peintures, mêlant l’or et l’argent, s’échangeant des teintures afin de plaire aux gens… Voici les chats qui prennent toutes les couleurs, toutes sauf le vert, dont l’espèce disparaît. On essaya d’en retrouver, en vain. Puis ce fut la guerre des couleurs, et l’exclusion. Mais comme le goût des gens est très souvent changeant, ils achetèrent les chiens d’un marchand dalmatien.

Retrouver l’enfance et  partir en voyage avec ce message «Si je ne suis pas revenu dans trente ans, prévenez mon ambassade. »  Le  temps de faire le tour de tous les bars, de se tricoter  quelques souvenirs, et revenir dans son village vivre le reste de son âge,  mais

Qu’on soit Mozart  ou Chopin
Ou qu’on soit John Coltra
Pussy Cats c’est toujours
Le même vieux blues qu’on traîne.

Hasta la vista… 

Norbert Gabriel

*Extrait de Mauve, JP Kernoa/Maxime Le Forestier

 

 Le site  de David Mc Neil  c’est là —>

 

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Peine perdue et Le lambeau…

2 Jan

Fabienne Desseux partage ses notes de lecture, après « les Indélébiles »  voici  le nouveau livre de Kent,  et en bonus, une chronique  sur le 7 janvier 2015, et le livre de Philippe Lançon…  Pour mémoire…

 

La peinture qui illustre la couverture du nouveau roman de Kent s’intitule « Danse macabre », elle est signée Bruno Lecuyer.

Elle colle parfaitement à son sujet et à la « Peine perdue » du personnage principal, Vincent. Musicien revenu de tout qui semble être arrivé nulle part, Vincent devient veuf en une fraction de seconde. Un deuil brutal qui le laisse sans émotion. Un séisme qui ne l’ébranle pas ; même par politesse. Car ce cynique a depuis trop longtemps endossé le costume d’une misanthropie de bon aloi. Une armure qui lui permet de traverser les années sans être atteint par la brusquerie de son métier, le temps qui passe et les bons sentiments qu’il tient, la bride courte.

Les jours passant, Vincent ne ressent toujours rien et l’armure devient encombrante. Alors comme tout chagrin semble définitivement perdu, il va se mettre en peine de comprendre pourquoi, en dansant sur le volcan de sa vie. Déroulant le fil qui l’a mené à cette distance, laquelle lui permet, croit-il, d’être maître de ses choix.

Kent romancier, c’est retrouver un héros qui fraye avec le monde de la musique. Forcément, c’est l’univers qu’il connait le mieux. Mais bizarrement le lecteur, toujours, trouve des points d’achoppements avec ses personnages. Parce que Kent, au fur et à mesure des années (c’est son sixième opus) nous parle, comme dans ses chansons, de sujets universels. Universel ne voulant pas dire bateau, attention… je vous entends ! On dirait Vincent !

Vincent qui nous ressemble si peu qu’il nous fait écho. Finalement. Même si l’on n’est pas compositeur même si l’on n’a jamais mis les pieds à New-York, on a – comme lui – une façon bien à nous de fuir nos vérités, d’éviter l’inéluctable danse macabre. Moi qui m’affiche ouvertement misanthrope, j’avoue que ce personnage pourrait volontiers partager ma table. On aurait à causer.

Alors même si vous allez me soupçonner de partialité envers mon idole exemplaire (et vous n’auriez qu’à moitié tort), je ne saurais trop vous conseiller d’aller faire un tour chez votre libraire préféré pour commander ce roman édité par Le Dilettante.

Ce ne sera pas peine perdue ! 
(Mon dieu que je suis drôle)
Alors, vous venez ?

Et pour quelques infos de plus le FB de Fabienne c’est là –> 

(Clic sur l’image et la  page s’ouvrira)

 

 

et surtout ,  —>

 

 

 

 

 

 

 

Le 7 janvier 2015, on a tous été Charlie. D’un coup d’un seul ! Moi, comme les autres, j’ai été blessée par cet attentat. On s’est accaparés la douleur des victimes, on a donné notre avis, on est sortis dans la rue, changé nos photos de couverture, de profil… Il nous fallait extérioriser à tout crin, pour ne pas sombrer. Alors on a tonitrué.
Philippe Lançon, lui, était présent ce 7 janvier à la conférence de rédaction de Charlie Hebdo. Le canard – un peu boiteux – que plus personne ne lisait, que beaucoup jugeaient, critiquaient et descendaient. Oui, descendaient.
Le journaliste, lui, a été blessé.
Cette phrase ne comporte que six mots. Six petits mots dont nous ne pouvons saisir l’ampleur.  Alors que nous, foule anonyme, étions en train de sortir de nous-mêmes, de nous rassembler, de parler encore et encore, Philippe Lançon se taisait. Une balle avait traversé sa mâchoire, le réduisant au silence. Ce jour-là, il fut extrait du monde, devenu un revenant.
L’homme qu’il était ne sera jamais plus. Celui à venir, alors encore inconnu. Dans son livre, « Le lambeau », Philippe Lançon nous parle à voix basse. Il nous chuchote son insupportable renaissance. Il nous dépeint les soignants, nous dessine les contours de sa douleur.
Dans ce récit, on ne croise que furtivement les fantômes des frères K. Mais on fréquente Baudelaire, Proust, Goya, Vélasquez, Bach, Coltrane… Tous accompagnent Philippe Lançon durant les opérations, les greffes, les piqûres qui endurcissent les veines, les réussites et les échecs. Durant ces mois passés loin du monde, ils resteront là auprès de lui. Plus que n’importe qui d’autre en ce monde.
Nous lecteurs, devons lire aujourd’hui les mots de Lançon sans faire de bruit. Invités au creux de sa
chambre d’hôpital, nous devons nous faire petits. Tout petits.
Ne plus tonitruer.
Parce qu’on ne savait rien.
On n’imaginait même pas ce que voulait dire « être Charlie ».
(Le lambeau – Philippe Lançon chez Gallimard)

 

Fabienne Desseux

Indélébiles » de Luz…

29 Déc

On m’a offert « Indélébiles » de Luz.

J’en avais très envie de ces Indélébiles. J’ai aperçu Luz l’autre jour à la télé. Je savais qu’il voulait nous parler des gens de Charlie, loin du 7 janvier. Nous parler de ses collègues.

Une fois entre mes mains, son livre pesait un peu lourd. Faut dire qu’il est tout dodu, ramassé sur lui-même. Mais il ne se donne pas un genre rabougri ou grognon, non ! Il est même d’emblée rassurant.

J’avais deux-trois mails à écrire ce matin. Je voulais poser la bande dessinée sur mon bureau, je l’ai finalement gardé sur mes genoux en finissant mes courriels. Elle n’arrêtait pas de me faire de l’œil. Je sentais qu’on s’agitait drôlement sous la couverture.

« Catharsis », autre ouvrage de Luz, m’avait fait un effet différent. Il était grand, anguleux. Il m’intimait. Je savais que j’allais me blesser sur ses arêtes.

« Indélébiles » m’a invité. En vérité on dirait que ce livre est rond. Ce qui est con pour une BD rectangulaire. Rond et chaud. Ce qui est encore plus con.

Alors j’ai cédé. Je l’ai ouvert. Juste pour lire cinq ou six pages. Pas davantage. Simplement pour voir ce qui se trame là-dedans. Sérieux, je n’arrivais presque plus à écrire mes mails tellement ça faisait du bruit dans ce rectangle rond. Je suis tombée sur Luz avec un décapsuleur Simpson, il a ouvert une bière. Je me suis retrouvée à suivre ce minot, ce provincial qui débarque à Paris avec ses premiers dessins sous le bras. Et on a croisé Cabu… Si, si, Cabu ! Il pétille, je peux vous le dire. Puis on a rencontré Tignous, Charb, l’équipe de la Grosse Bertha. A un moment, avec d’autres dessinateurs, on s’est retrouvés à la rédaction de Charlie Hebdo. On a aussi célébré l’anniversaire de Luz, il a 21 ans et Cabu a sorti une part de tarte aux pommes de son sac pour fêter l’événement. Je me marre bien.

J’ai refermé « Indélébiles ».

Chuis bête. Je ne suis pas avec Luz, je ne suis pas à Paname, je ne suis pas chez Charlie.

J’ai quand même entrouvert à nouveau le bouquin. Putain ça sent la clope à des kilomètres, ils fument trop ! Y’a des chiures de gomme qui tombent des pages. Des miettes de tarte aux pommes aussi. J’entends au loin les vannes foireuses de Charb. Le bruit des rotatives, du fax. Ça sent l’encre d’imprimerie jusque dans mon bureau.

Charlie n’est pas un mausolée. Ce canard n’est pas figé dans le 7 janvier 2015. Il bat, il palpite, il est drôle. Ses dessinateurs ont fait un boulot formidable. Parce que dessiner n’est pas un métier de rigolos. C’est un travail essentiel, difficile.

« Indélébiles » est posé à côté de moi. J’entends qu’on rigole sec à travers ses pages. Mais je sais qu’ils marnent, y’a des bouclages à finir.

Ce livre n’est pas une nostalgie. Il est une réalité, une chaleur, qu’on avait presque oubliées à cause de cette saloperie de 7 janvier. Charlie et ses dessinateurs sont indélébiles.

Allez, je vous laisse. Ils chahutent de plus en plus fort. Je crois qu’il faut que j’y retourne… Il reste un bout de tarte aux pommes à finir et des bouclages à terminer.

Indélébiles – Luz chez Futuropolis—> clic là bas, et ça s’ouvre.. 

 

 

 

Fabienne Desseux

Saravah 2018 aux Abbesses..

20 Sep

Il y avait pas mal de raisons pour ce rendez-vous… Réunion des amis présents depuis les origines et réunion des enfants de Saravah qui ont tous eu un jour ou l’autre, une pincée de ce pollen dans leur vie.

Le prétexte était la présentation in situ du livre de Benjamin Barouh, dont l’enfance se mélange intimement à la naissance de Saravah, le plus ancien label de chanson francophone en activité.

Bien évidemment l’ombre de Pierre Barouh a traversé cette soirée comme une présence presque palpable. Avec en filigrane, sa profession de foi essentielle  sur l’art des rencontres et la vertu des impondérables… Avec ces deux axes fondateurs, la vie est une aventure souvent miraculeuse..

Aujourd’hui, l’entrée de l’impasse des Abbesses qui mène au fond la cour vers le numéro 8 où était le studio est toujours une sorte de mur dazibao qui perpétue l’esprit de Saravah, consciemment ou pas.

Dominique Barouh est venue faire un passage dans la cour de tous les miracles, là où Brigitte Fontaine Jacques Higelin et Areski Belkacem ont eu les micros ouverts sans limite pour graver leurs rêves de chansons et de musiques.. Avec David Mac Neil, Aram Sédéfian, Jack Treese et quelques autres invités à concrétiser leurs albums.

Peut-on raconter une soirée Saravah ?  C’est une sorte de mix entre Hellzapoppin et les Marx Brother’s à l’opéra… Ou bien un happening où tout peut arriver.  Dans le café brasserie St Jean, qui a connu les années de naissance de Saravah, l’idée d’un spectacle est comme qui dirait aussi utopique qu’un concert de Mozart au PMU de Champigneules le jour du Grand Prix de l’Arc de Triomphe..  Un pari don quichottesque.

Néanmoins, c’est un moment privilégié de rencontres amicales, même avec des amis qu’on ne connait pas encore…  Et qu’on aimera pour la vie.

Voici en quelques images des moments de cette soirée. Le 8, où était le studio, la photo des « anciens », Benjamin Barouh et David Mac Neil aux signatures… En cliquant sur l’image, elle s’agrandit, c’est magique !

Des scènes prises au vol, avec plat du jour, et photos de « famille » ou presque ..

Trois instants volés des moments chanson, et pardon aux autres invités chanteurs, mais les conditions étaient assez acrobatiques et carrément impossibles, sauf à déranger 40 personnes…

Saravah Pierre, c’était très chouette de faire ce voyage aux origines de Saravah.  Pour le livre de Benjamin Barouh, c’est là: –>  clic sur le livre..

 

Et demain ou après demain, un moment avec David Mac Neil pour un de ses livres..

 

 

Norbert Gabriel

Brel, aux Marquises… Le voyage au bout de la vie…

10 Sep

Photo DR

Où le temps s’immobilise ? Pas vraiment… Dans sa quête d’une île au large des tristesses, c’est presque par hasard que Brel le marin arrive dans l’archipel des Marquises. Etape dans son tour du monde…

Son premier contact avec l’administration le ravit : il va à la Poste où l’attend son courrier,

  • J’ai beaucoup de courrier pour vous monsieur Brel.. . Avez-vous une pièce d’identité ?

Miracle, Jacques Brel vient d’accoster dans une île,  marin voyageur, que personne ne connait comme chanteur. Pas de télé, pas de radio autre que la radio des îles. Une parenthèse, presque un monde parallèle préservé des agitations du monde. Lequel monde ne se manifeste qu’avec l’arrivée de la goélette de livraison « épicière » et de quelques navigateurs plus ou moins solitaires.

Ici, Jacques Brel n’est plus le chanteur vedette, il est citoyen impliqué à fond dans la vie et le quotidien.

Pour bien comprendre le contexte, quand il décide de renoncer au voilier pour l’avion, ça implique qu’il faut construire une piste, et assurer l’intendance, se faire livrer le carburant, et quand on décolle, calculer combien de litres,  après avoir fait marcher la pompe à la main. Et ne pas se tromper dans les calculs de consommation pour ke retour , et souvent se poser sur une piste malaisée, un exploit chaque fois.

Dans ses missions, c’est toute l’aventure de St Ex et l’aéropostale que Jacques  et Madly vivent au jour le jour.

Tout le monde – ou presque- sait ce qu’il apporté dans ces îles, de l’utilitaire et du culturel; tous les détails sont dans le livre de Fred Hidalgo, nouvelle édition très augmentée de tous les témoignages qu’il est allé chercher sur le terrain. Exigeant et attentif à bien resituer les faits, il nous fait partager intimement cette fin du voyage, cette invitation au possible rêve et à une quête don quichottesque où les ailes des moulins vous envoient dans les étoiles.

Voyageurs immobiles et aventuriers de salon, offrez-vous quelques moments aux Marquises, ce livre est aussi fait pour vous.

Comment est la vie là-bas ? Voici une anecdote qui résume assez bien : Brel avait invité Henri Salvador, qui était très déprimé, Henri avait passé une journée à pêcher en mer avec un jeune homme qu’il a voulu dédommager, le jeune homme a refusé : «C’est pas pour l’argent, c’est pour l’amour. » On ne peut mieux résumer ce qui a été aussi la quête de Jacques Brel.

NB: Vous y trouverez aussi quelques mises au point très précises sur diverses vilénies que des bons « amis » ont véhiculées,  par exemple celle dont a été victime Antoine (Marc Robine avait fait le point) et qu’une biographie best-seller avait reprise sans vérification, rectifiée dans les rééditions, mais le mal était fait. Et il est assez déplorable que l’ami Perret s’en fasse le relais 35 ans après. Dommage.

 

Norbert Gabriel

Le Voyage au bout de la vie (en librairie le 12 septembre)

A l’occasion des 40 ans, le 9 octobre, de la disparition de Jacques Brel, l’Archipel publie l’enquête de Fred Hidalgo sur sa vie méconnue aux Marquises, qui éclaire son oeuvre… et la crédibilise encore plus. Parti sur ses traces jusqu’à Hiva Oa dès 2011, l’auteur a reconstitué ses dernières années en Polynésie grâce aux confidences et témoignages (recueillis jusqu’au printemps 2018) des anciens amis du Grand Jacques, devenus entre-temps les siens. Si son premier livre sur lui, L’aventure commence à l’aurore (2013), constituait déjà “le volet qui manquait” pour compléter son parcours fulgurant (Brel est mort à 49 ans), Le Voyage au bout de la vie pourrait bien être le livre définitif sur l’homme redevenu anonyme et incarnant pour de bon dans les îles ce Don Quichotte qu’il avait admirablement joué à la scène…

Vendredi 13 juillet Troisième jour des Rencontres Marc Robine 2018

16 Juil

                     

C’est dans la salle des mariages de la mairie, à Volvic, anciennement mon école primaire, que commence cette troisième journée, avec une rencontre-débat autour du livre d’Alain Borer : De quel amour blessée. Réflexion sur la langue française. Participent au débat Alain Borer,  romancier, écrivain-voyageur, André Velter, poète, Jacques Bertin, Jean-Yves Lenoir, écrivain, comédien,  Bernard Dumoulin, philosophe et le public. C’est André Velter qui ouvre le débat, par cette phrase de Camus :

On me pardonnera ce coup d’aile, je vais vous parler d’un ami.

Sans objectivité donc, mais avec sincérité.  André Velter, pour qui Alain Borer est la réincarnation de Rimbaud à 80% et d’Alphonse Allais à 20%, le seul qui est capable d’écrire sur la langue française avec autant de précision, en osant le scrupule et l’ironie. Astrophysicien de la langue et pataphysicien de la liberté. Il évoque leur amitié, leur complicité, les voyages en commun, le jour où, gravement malade, Alain Borer avait eu l’élégance suprême de faire rire ses amis. Alain Borer, très touché par les témoignages de son ami, s’adresse ensuite à Alain Vannaire, pour le remercier de son action en faveur de la chanson, soulignant l’importance de la chanson, le rythme et la rime, depuis les grecs, rappelant ces mots de Marc Robine :

La chanson est le miroir du peuple et de son histoire, nous rappelant la mise en danger de la langue française en chanson, savez-vous qu’il il y a pas moins de quatre millions de chansons en français ? Nous ne mesurons pas ce trésor de notre langue.

Puis Alain Borer nous parle longuement de son livre, exprimant les regrets, les soucis qu’il a réveillé en lui : La linguistique ne pense pas, la langue nous traverse comme l’eau entre nos mains, mais pas de l’eau gelée. Précisant le respect qu’il a pour toutes les langues, il en subsiste environ 2000 actuellement, et pour les professeurs qui les enseignent. Qu’est ce qui différencie les langues ? Ce sont des projets dans chaque gestes qui les constituent.

Et de noter la différence entre  toutes les langues qui prononcent tout ce qu’elles disent, et le français qui ne prononce que ce qu est écrit : La langue française ne peut pas être séparée de l’écriture, elle procède de l’écrit, et fait entendre sa grammaire.

Alors comment écrit on la phrase suivante : Le peu d’eau que j’ai bu(e) m’a désaltéré, avec ou sans e à bu ?  

Il fut question de l’esthétique de notre langue, beaucoup d’écrivains étrangers l’ont choisie, une langue à la palatalité universalisante, avec toutes les particularités des accents, d’une région à l’autre.

Illustrer, inventer, résister à l’anglobal, le globish, l’angolais qui nous colonisent en douceur, avec notre consentement inconscient.

Pour en savoir plus sur ce livre, je renvoie à l’article déjà fait sur ce même blog collectif:  c’est là –>

Le débat avec les autres interlocuteurs fut bref, Alain Borer étant très bavard, et justement motivé par la défense de son livre. Alors, il fut question de l’accent tonique, la langue française est elle accentuée ou non, les avis divergent,

Le philosophe, Bernard Dumoulin pense qu’Alain Borer a fait un travail philosophique , et le fameux e muet, qui, pour Jacques Bertin n’existe pas.

Pourtant, moi, je le sens bien dans cette phrase qui résume l’esprit du livre :

  Ariane ma sœur de quel amour blesséE

     Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laisséE…

                                                 Racine, Phèdre, 1677

Une dernière question fuse dans la salle : La langue française est-elle immortelle ?

Enfin,  je remercie chaleureusement Alain Borer, pour sa dédicace, sa petite fleur,  qui restera entre les pages de son livre et me rappellera la beauté des fleurs et  de ma langue maternelle, et ses baisers.

Après une courte pause, c’est Claire Elzière que nous avons le bonheur de retrouver pour certains, de découvrir sur scène pour d’autres, comme moi-même, en compagnie de ses musiciens, Dominique Cravic à la guitare,  des Primitifs du futur, dont Claire est la chanteuse attitrée, Christophe Lampidecchia à l’accordéon. C’est Sous le ciel de Paris qu’elle nous embarque pour un voyage musical, avec son joli timbre de voix qui accroche immédiatement, sans en faire trop, laissant couler les mélodies, avec une justesse et une diction impeccables, un charme naturel, en toute simplicité. Puis d’autres chansons de sa compilation  15 Faces de Paris, c’est ainsi qu’on se retrouve Sur les quais du vieux Paris, avec Un petit air de rien du tout, extrait de son album Mon cœur est un accordéon ou à Saint-Germain-des-prés.

Claire, entre deux chansons nous raconte ses voyages, le Japon où elle vient de passer tout le mois de juin, ses amitiés, les rencontres essentielles de sa vie, avec Pierre Barouh, Saravah  a produit plusieurs de ses albums, et elle chante en duo avec lui dans l’album Pierre Barouh Daltonien. ( 2006), Pierre Louki  dont elle a porté les textes depuis des années, et qui lui a confié des chansons inédites qu’elle a fait siennes,  deux albums qui rendent au mieux l’univers tendrement loufoque de ce comédien parolier et chanteur lui-même. Elle interprète plusieurs chansons de Louki,

La vie va si vite, Est-ce plus que l’adolescence ? Est-ce déjà maturité ? Suis-je retombée en enfance ? Ou ne l’ai-je jamais quittée ? Est-ce à la veillée qu’on invite Le soleil à peine levé ?

La main du masseur, Mes copains, Les sardines, Grand-Père :

Y avait comme un défaut
Dans la pendule de grand-père
Un tout petit défaut
Les aiguilles tournaient à l’envers
Plus grand-père vieillissait
Plus il retombait en enfance
On le trouvait plus jeune
Chaque fois qu’on allait en vacances…

Elle interprète aussi des chansons d’Allain Leprest dont elle a souvent fait les premières parties, et elle a réuni dans un album 14 de ces chansons, dont 10 inédites.  De la poésie brute dit-elle , faite de mots qui jouent ensemble, et parlent de la vie qui avance, de celle qui s’arrête, ou de l’amour et du passage du temps, avec tendresse ou rudesse, humour ou sensualité. Mon souhait est que ses chansons entrent dans les cœurs, que la poésie d’Allain soit connue par le plus de monde possible, que ses chansons vivent. Entre autres,  une magistrale interprétation de Quand auront fondu les banquises de Leprest, musique de Romain Didier. Ce voyage musical fait aussi escale chez Mouloudji : Si tu m’aimais, chez Nougaro, Rimes, chez Le bel Hubert, chanteur-garagiste Suisse, qui parle à l’oreille des Deux ch’vaux, comme dit Sarcloret , On revient à Pierre Barouh avec Le courage d’aimer, et à bicyclette. Et bien d’autres escales et surprises dans ce voyage musical, qui nous a transportés, à tel point que lorsque un spectateur demande à Martine Fargeix si elle a aimé, elle éclate en sanglots, trop chargée d’émotion. Claire Elzière, c’est vraiment mon coup de cœur « découverte-sur-scène » de ces rencontres.

Et on enchaîne presque aussitôt avec Jean-François Kahn, journaliste, écrivain, historien de formation, homme de radio, Avec tambour et trompette et Chantez le moi sur France Inter, entre autre, il nous parle de sa passion pour la chanson, et de la difficulté de programmer des chansons engagées à la radio, par exemple, quand il faisait le journal du matin sur France Inter, il avait insisté pour choisir la chanson qui suivait le journal, et passait du Louki, du Ferrat, du Leprest, Béranger, etc… Il a été viré au bout de six mois, pas assez consensuel.   

Et on enchaîne encore avec la lecture théâtralisée de Jean-Claude Drouot Jean Jaurès : Une voix, une parole, une conscience. Si beaucoup ne savent  pas ce qu’est devenu Jean-Claude Drouot, les plus âgés se souviennent de Thierry la fronde au début des années soixante. Mais il a su gérer son succès d’alors en faisant bien d’autres choses, pensionnaire de la comédie française, de 1999 à 2001, metteur en scène de nombreuses pièces de théâtre, écrivain, ses mémoires ont été publiées en 2015 sous le titre : Le cerisier du pirate. Comédien au théâtre, acteur au cinéma et pour la télévision, une carrière et  une vie bien remplies.

Décor simple sur fond noir,  un piano, une tribune, et un homme arrive, costume gris, redingote grise, montre à gousset dans la pochette du gilet, chapeau melon, il est Jaurès, l’homme qui a été assassiné parce qu’il prêchait la paix, la justice sociale, l’épanouissement de l’âme humaine, la liberté : Quel que soit l’être de chair et de sang qui vient à la vie, s’il a figure d’homme, il porte en lui le droit humain. Jean-Claude Drouot nous retrace le parcours de Jaurès, du brillant élève de l’école normale supérieure, son agrégation de philosophie, professeur à Albi, puis maître de conférence à la faculté des lettres de Toulouse, sa carrière politique, il devient le plus jeune député de France en 1885, ses premiers pas vers le socialisme, son soutien pour le peuple, pour les ouvriers, il est l’un des créateur de la SFIO, et sa carrière de journaliste, fondateur et directeur de l’Humanité, et aussi collaborateur de la dépêche, éditorialiste du Matin et de la Lanterne.

JC Drouot 5.JPGPar un choix de lettres, d’articles, Jean-Claude Drouot nous livre son approche personnelle de Jean Jaurès. Il n’avait pas d’ambitions, pas d’orgueil, pas de besoins, il était plus juste avec ses adversaires, en particulier le nationaliste Maurice Barrès, ennemi politique, mais il y avait un mutuel respect entre les deux hommes, qu’envers ses amis. Lui, Jaurès, issu d’un milieu paysan, devenu normalien, orateur de génie, un homme dont tous les partis politiques se réclament aujourd’hui, à tort ou à raison, une espèce de saint laïc, qui commençait ses discours lentement, d’un ton monocorde, mais la pensée venait, et c’était alors une voix de cuivre qui vibrait comme le tonnerre. Une voix jamais enregistrée. Il n’avait pas d’ambition littéraire, son combat, c’est le socialisme, le sens de l’avenir, il fonde une sorte de religion du socialisme. Il avait cette confiance en la marche du temps, cet espoir en l’humanité.  Jean-Claude Drouot nous lit une lettre très émouvante de Jaurès à son compagnon de Khâgnes Charles Salomon, pour se aller à des confidences intimes, suite au décès de son père le 11 juin 1882, se libérant ainsi des détails sordides qui ont suivi ce décès, la mort est bien cruelle, qui n’attend pas que l’on soit sous terre pour entamer sa pourriture.

Jean-Claude Drouot a aussi retransmis intégralement le discours de Jaurès, revenu dans son lycée d’Albi pour parler aux étudiants, Jaurès qui a insisté toute sa vie sur l’importance de savoir lire pour les écoliers, de faire lire les écoliers  pour les professeurs : Vous tenez dans vos mains l’âme et l’intelligence des enfants. Faites-en des citoyens libres, qu’ils aillent vers une démocratie libre, qu’ils aient une idée de l’homme qui va de la fierté à la tendresse, n’en faites pas des machines à compter.

La République est un acte de conscience, il faut concilier la liberté et la loi.

Et il affirme la haute espérance socialiste qui est la lumière de sa vie et qu’une paix durable, définitive est possible. Il faut vaincre le cercle infernal de la haine.

Un grand silence et une grande attention dans la salle pour ce message d’espoir que nous a laissé Jaurès, incarné par Jean-Claude Drouot. Espoir assassiné ? La lumière s’éteint soudain, deux coups de feu éclatent dans le noir,  l’homme droit sous son chapeau melon reste impassible : Ils ont tué Jaurès crie l’écho. Et le rideau tombe avec la chanson de Brel : Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

C’est un public grave, silencieux, et pensif qui est sorti de la salle. Et chapeau bas et respect pour Jean-Claude Drouot, le Jean Jaurès d’un soir.

 

Danièle Sala

Photos Martine Fargeix

 

NDLR:  Il y a eu pas mal d’albums hommages après la disparition de Leprest, certains faisant un peu redondance dans le pathos,  mais celui de Claire Elzière (et Dominique Cravic,  Grégory  Veux et sa quadrilla fidèle) , est un des plus réussis, à mon avis, car il est témoin d’un Leprest vivant  envers et contre tout..  On ne peut pas passer son temps à s’foutre à l’eau, aurait dit Mouloudji.. (NGabriel)

Trouver sa voix et faire son chemin, par Virginie Servaes…

15 Juin

 Les voix ont un étrange pouvoir sur les mots. Une seule intonation sur une syllabe et tout change . (Claire France)

Il fut un temps que les moins de 120 ans ne peuvent pas connaître, en ces temps-là, les chanteurs, les tribuns, les orateurs, les comédiens, les bateleurs, les trouvères, les aèdes, les camelots, les prêcheurs avaient peu d’accessoires pour porter les mots, et les idées, vers les oreilles à séduire, à conquérir, les clients à appâter, les électeurs à convaincre..

Herbert Pagani La voix

Et même si les cathédrales, les cirques, les arènes, les théâtres avaient des qualités acoustiques, il valait mieux avoir des cordes vocales bien tendues.

De tous temps la voix humaine a été le moyen de communication essentiel… Un moyen d’épanouissement aussi, à condition de bien savoir s’en servir. Nous n’avons pas tous la voix de Caruso ou de Céline Dion, et la chanson est un bon exemple pour illustrer comment trouver sa voix : Sinatra a installé le standard du crooner, Moustaki a proposé une voix plus intime qui a fait dire à Ferré: 

Tu murmures ce que que je crie.

Par nature l’enfant babille, parle, chante, par contrainte il est souvent invité à se taire. Et parfois il en oublie SA voix pour se formater à l’air ambiant. Etre conforme. Pris dans une toile d’araignée de conventions et de standards, un tissu qu’il faut détricoter, un complexe gordien à dénouer pour se libérer, et libérer sa voix.

Et optimiser des ressources enfouies inexplorées et inconscientes.

Le coaching vocal pointe ces problèmes et propose des solutions. Par un ensemble de savoirs acquis par l’expérience, psychologie, observation, écoute, avec aussi la scène et la chanson, Virginie Servaes a construit son expertise dans ce domaine de l’expression.

La solitude du chanteur de fond … Devant le micro face au public, c’est sa voix qui va donner le premier frisson,la première émotion, capter l’attention, et c’est valable pour toute personne qui doit prendre la parole, devant n’importe quel auditoire, devant des écoliers, dans une réunion familiale, dans une réunion en entreprise, que le public soit restreint ou élargi, amical ou réservé, il vaut mieux trouver sa voix pour être à l’aise d’abord, efficace ensuite. L’aventure vocale commence à l’école, avec les premières récitations, et elle se poursuit toute la vie. Dans tous les domaines. Le strict gestionnaire ayant passé sa vie dans l’austérité des bilans peut devenir un grand père conteur que ses petits-enfants vont découvrir sous un autre jour. C’est peut-être aussi l’ado plus ou moins paumé comprenant qu’il n’est pas forcément un laissé pour compte quand il écrit une chanson, et la chante en public.

 La voix est la musique de l’âme.  Barbara

Ce livre montre par de nombreux exemples diversifiés, clairs, accessibles à tous que ce travail pour trouver sa voix s’applique aussi bien à une recherche de développement personnel qu’à un projet professionnel. Livre dans son temps avec des « flash-codes » qui vous donnent des exercices pratiques …

En écho à la citation en ouverture de la chronique, cette parole indienne

En ce temps-là les mots étaient magie
Et l’esprit possédait des pouvoirs mystérieux.

Un mot prononcé au hasard pouvait
Avoir d’étranges conséquences.
Il devenait brusquement vivant
Et les désirs se réalisaient.

Il suffisait de les exprimer.
On ne peut pas donner d’explication. C’était comme ça.

Légende amérindienne (probablement Indiens des plaines Sioux ou Cheyennes)

Lili Cros Photo NGabriel)

 

 

Le site FB de Virginie Servaes , c’est là –>  Clic la voix de Lili.

Vous aurez remarqué que la chanson est très présente dans cette chronique, mais le livre s’adresse à tous les publics.

Norbert Gabriel

Graeme Allwright par lui-même…

13 Juin

S’il fallait résumer la vie de Graeme Allwright en quelques lignes, deux extraits de chansons pourraient faire l’affaire:

Un jour penchée à ta fenêtre
Il te dira qu’il veut renaître
Au monde que ta tendresse lui cache
Et sortant de son portefeuille
Un vieil horaire de train, il dit:
Je t’avais prévenue je suis étranger.

Comme un vrai gamin
J’veux changer de décor tous les matins
Voir des choses que je ne verrai plus demain
J’veux prendre la route comme un vrai gamin 

Il a raconté sa vie à Jacques Vassal, un parcours fait d’entrechats comme des évasions pour aller voir ailleurs, plus loin, découvrir des pays et leurs habitants, l’Inde et ses mysticismes, devenir apiculteur comédien et chanteur, troubadour vagabond portant ses chansons-chroniques, contes ou faits-divers , comme autant de miroirs de nos errements…

Sa vie, racontée sans complaisance, ses doutes, mais la vie de famille est-elle vraiment compatible avec cet étranger qui court comme un vrai gamin à la poursuite de ses rêves ?

Jacques Vassal a complété les chapitres avec les entretiens de Catherine Dasté et leur fils Christophe Allwright, Genny Detto, le guitariste des premières tournées, la famille, Joël Favreau, les amis, les partenaires, les « collègues » de la chanson.

Au final, c’est un personnage à la fois familier et insaisissable, on pourrait y percevoir le Petit Prince version protest-singer, un des héros ordinaires de Mark Twain, le frère de route de Kerouac, le vagabond céleste qui traverse l’époque pieds nus sur la terre sacrée… Le combattant de l’humanité fraternelle,  La flamme qui nous éclaire / Traverse les frontières / Partons, partons, amis, solidaires/ Marchons vers la lumière

Clic sur l’image pour agrandir.

Peut-être que chacun trouvera « son » Graeme Allwright, toutes les pistes sont là… Selon les souvenirs, c’est peut-être Petit garçon qui nous berce, ou Il faut que je m’en aille en chanson-cartoon, Le jour de clarté pour les jours de marche à l’étoile, La ligne Holworth, pour des faits qui résonnent avec une actualité confondante en 2018, et bien sûr les chansons de Leonard Cohen dont il est le traducteur officiel. Avec quelques commentaires sur cet art de la traduction qui respecte l’esprit de l’auteur.

Au fil des pages, l’envie de réécouter les chansons se fait souvent impérieuse, et on retrouve les étapes à La Réunion, Madagascar, les routes anglo saxonnes sur les traces de Cisco Houston, Woody Guthrie, Peter Paul and Mary.

Vous aurez aussi envie de voir le documentaire de Chantal Perrin, et parfaire votre anglais avec les chansons de Brassens traduites par Graeme Allwright… Bonne route avec Graeme Allwright,

Je suis parti changer d’étoile
Sur un navire, j’ai mis la voile
Pour n’être plus qu’un étranger
Ne sachant plus très bien où il allait…

L’important,  manouche gitan ou bohémien, touareg ou bédouin, zingaro, romani, ce n’est pas le bout de la route, c’est la route. Je suis un souvenir qui marche porté par l’écho des notes d’une guitare

Graeme Allwright par lui même, et par Jacques Vassal, préface de Jacques Perrin, au Cherche Midi. Mai 2018

Norbert Gabriel

 

 

Alain Borer « De quel amour blessée … » Réflexions sur la langue française.

9 Juin

                                        

  Ariane ma sœur de quel amour blesséE

     Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laisséE…

                                                 Racine, Phèdre, 1677

 

Ces deux vers contiennent tout l’esprit de ce livre, c’est la langue française qui est blessée, et qui est en train de mourir, une langue voyageuse qui s’est étoffée au cours des temps, qui s’est colorée selon les pays, «  50 millions de devisants et qui inventent, dont 85% en Afrique », nous avons échangé les mots comme dans une partie de tennis, mais la balle n’est plus renvoyée : «  Un pays se remet éventuellement d’une défaite militaire, il ne survit pas à l’extermination de sa culture. »

Alors, que faire face à l’ère virtuelle qui domine toutes les autres, à l’alignement collaborationniste de la société, «  le dépérissement de l’état français, alors même que la Communauté européenne, qui permet à une ville flamande d’interdire la langue française engage autoritairement un vaste programme de développement de l’anglobal, sans que personne n’y trouve à redire d’aucune manière. »

Pourtant l’anglais procède du français, comme le français procède du latin, mais les anglo-saxons préfèrent oublier ce qu’ils ont partagé, «  marché de dupes que ce marché devenu market dans lequel on disparaît tout en perdant, comme disait Roger Nimier, «  l’art de vivre qui est lié à cette langue française . »

L’anglobal,  c’est une autocolonisation douce qui se répand dans tous les domaines, jusqu’à l’oubli de soi, de ses racines. Le «  speak white « est dans l’air du temps ! « L’anglobal s’impose, urbi et orbi par tous les moyens. »

Dans les aéroports «  Control passeport », comme dans tous les espaces publics, le cinéma français quand il n’y a pas de langue française, palme d’or à The artist, film muet !

Le black-out, le casting, le dealer, dispatcher, ou play-back… On fête plus le mardi gras, mais Halloween.

Le naming du stade de Lille, le selfie,  le drive, le phishing, pure player, une moyenne de quatre cents mots anglais sur trente pages de Rock and folk, ou Mac World pour la presse informatique. Tout est en anglais sur nos ordinateurs, facebook, twitter, opening your mail-box, My space, skype, etc… les sciences, l’université livrée à l’anglobal,  les discours politiques, jusqu’aux noms des voitures et les prénoms, combien de Kezvin, Alison, Brayan, Cameron, Erwan, etc… Et la grosse, l’infernale machine des médias qui marche en plein dedans, Wonder woman, MacGyver, Grey’s anatomy, toutes les séries policières venues de l’Ouest, les podscasts et les replays, les lives, de plus en plus d’interviews en anglais, et les playlists qui contiennent plus de chansons anglo-saxonnes que de françaises.  Claude Allègre, alors ministre de l’éducation a déclaré officiellement en en 1998, à Toulouse : « l’anglais ne devrait plus être considéré en France comme une langue étrangère ».

Et l’abandon du latin dans les écoles : Abandonner l’enseignement obligatoire du latin et du grec, ce fut débrancher la mémoire de la langue. Or tout le monde sait ce qu’il advient d’une fleur quand on arrache ses racines : elle se fane.

Au siècle précédent, un magazine s’appelait Lire, un autre aujourd’hui ne peut que s’intituler Books, avec sa Newsletter, évidemment !

Nous assistons à un réchauffement linguistique : «  La langue française étant analytique et donc relativement froide, et l’anglais une langue plus chaude, elle tend à se réchauffer, c’est-à-dire à ressembler à l’anglobal, s’adaptant ainsi au nouvel espace européen, anglophone et libéral ; comme le réchauffement climatique, le réchauffement linguistique concerne tout le monde, il est à la fois insensible et douloureux, d’une douleur irrepérable et irréparable. »

Si nous ne réagissons pas, dans quelques dizaines d’années, tout le monde parlera l’anglobish, qui n’est pas la langue de Shakespeare, mais un anglais déformé, et on parlera le français dans quelques clubs privés de résistants, passant pour des ringards.

Mais il n’y a pas que ce problème, il y a la langue de Coluche, et la langue de Molière.

Bien sûr, on adore tous Coluche, une sorte de  saint français  moderne,  sa générosité et sa salopette d’Emmaüs. Mais sa langue française abîmée fera date : C’est l’histoir’ d’un mec-euh …  débarrasse systématiquement la langue de toute référence à l’écrit, pour hucher l’auditeur… Il rabaisse la claire diction en mal-diction. Il impose une oralité que n’a jamais vraiment connue la langue française détachée de la vérification à l’écrit. Coluche ou la fin du parlécrit.  On parlécrit la langue française, celle de Molière, Coluche détruit au contraire le parlécrit en débarrassant l’oral de l’écrit. Est-il besoin de mutiler ainsi la langue pour faire rire ?

Que peut faire le résistant en langue française devant ce carnage, la fin d’une langue, c’est la fin d’un pays. Quand on pense que le français rayonnait dans le monde entier il y a quelques siècles ! Aujourd’hui, c’est la soumission généralisée, devant le diktat anglophone européen, la débâcle : la ligne de résistance de la langue française se réduit sur l’échiquier des possibles. Quand les pièces maîtresses ont été prises et qu’il ne reste plus qu’une ultime rangée de pions, cela s’appelle une débâcle .

L’histoire de la France commence avec la langue française, (quoique renversée, mais dans sa logique même) : l’histoire de la France s’achève avec la langue française. Michelet ( introduction à l’histoire universelle 1834).

Comment ne pas être en colère, quand on pense que la langue française est celle de l’art de la conversation : Inséparable de la bonne chère, la conversation fait repas de langue, fonde la complicité des mets et des mots, et tout autant soutient, renouvelle, conditionne les autres arts.

Langue choisie pour sa beauté par Tchekhov dans les cinq cent vingt-huit récits qu’il écrivit, langue d’une finesse sans égale que, seule au monde à inventer cette troisième possibilité, la grammaire française, en distinguant intelligemment le sexe et le genre, la biologie et le culturel, conçoit entre l’homme et la femme une proximité dont la nuance fragile est de l’ordre du parfum, un ultrason esthétisé : qui ne tient que dans le « e » muet.

Langue de la galanterie : qui reste seule au monde à avoir inventé la galanterie, le libertinage, et le marivaudage… Jusqu’à cette suite des Fleurs du mal que Baudelaire intitule Galanterie.

Langue instrument idéal de la littérature : Clarté et froideur, ce sont deux raisons pour lesquelles l’austère Calvin avait rendu le français obligatoire dans les écoles de Genève.

Langue choisie pour ces mêmes raisons par Beckett, par Mukasonga pour dire l’indicible du génocide rwandais, c’est en français que s’expriment Haïlé Sélassié ou Norodom Sihanouk, c’est en français que Roosevelt déclare l’entrée des Etats-Unis dans la seconde guerre mondiale, l’Europe parle français à la conférence de Berlin, en 1885.

Langue si mélodique que Nietzsche l’a désignée comme une «  musique de chambre ». Cette langue comme une mélopée particulière, cette petite musique ou mélopée, on la perçoit chez une infinité d’anonymes locuteurs ou «  devisants » ( comme on disait dès le XVIe siècle), aussi bien que chez les meilleurs auteurs.

Langue universaliste qui siégeait à l’ONU à l’époque du général De Gaulle.

Et alors que s’avancent les cendres de Jean Moulin devant le Panthéon, le 19 décembre 1964, quand Malraux les appelle à reposer avec «  leur long cortège d’ombres défigurées ( éee) », qui n’entend que ce cortège est infini ?…

Je n’entrerai pas dans toutes les subtilités de la langue française qui sont détaillées dans ce livre, Le je est tu, les fredaines ( fautes d’orthographe ou de langue qui ne portent que sur la conversation), et, plus grave, les métaplasmes, qui sont des altérations morphologiques : Les fredaines sont des fautes d’évolution, les métaplasmes, d’involution. Les métaplasmes prolifèrent comme des tumeurs, où s’entend tu meurs.

Un livre d’une éblouissante érudition, plus que la description d’un désastre à venir, un chant d’amour à notre langue, qui se pose aussi en œuvre de salut public.

Il est une région du monde où le français, résistant, est préservé, défendu, avec ses fioritures locales, Yves Duteil a chanté cette langue :

C’est une langue belle avec des mots superbes
Qui porte son histoire à travers ses accents
Où l’on sent la musique et le parfum des herbes
Le fromage de chèvre et le pain de froment. .. 

 

Laissons, pour finir,  la parole à une auteure québécoise, parmi les innombrables auteurs dans cette langue. Cliquez sur l’image et vous aurez tout tout tout…

C’est Denise Bombardier qui prophétisait à la télévision en 1972 : Quand vous verrez disparaître votre mot amour, vous comprendrez peut-être qu’il sera trop tard.

Et pour conclure,  enfin et surtout, mais pas « last but not least », encore Denise Bombardier :

La langue française ne s’offre pas spontanément au désir du locuteur. Elle oblige à un apprivoisement qui exige effort, patience et volonté. « C’est une langue belle à qui sait la défendre », comme le chante Yves Duteil.
Et les Québécois sont parmi ses plus ardents défenseurs.

Danièle Sala

 

 

Crimson Glory, ou la Bouteille, l’écume et les siècles… de Jérémie Bossone.

16 Avr

Photo NGabriel

Jérémie Bossone est un auteur qui met de la musique-flamme sur ses mots quand il chante, et des couleurs qui peuvent rappeler Goya, Munch ou Van Gogh dans ses fresques littéraires aux personnages brechtiens. Des histoires à la Romain Gary-Emile Ajar, celles des desperados qui ont l’âme slave et toutes les folies qui vont avec. Celles et ceux qui ont nourri Crimson Glory.
Avec les désaxés magnifiques, Don Quichotte ou Cyrano, les bourlingueurs de Conrad, ou Stevenson, et d’Artagnan en chef de bande. Des guetteurs de miracles qui n’arrivent jamais, mais c’est pas une raison pour ne pas y croire. Dans la chasse au trésor, l’important, c’est la chasse plus que le trésor.

D’autres professent comme les irlandais que la réalité est une hallucination provoquée par le manque d’alcool … Dostoïeski et Bukowski ne sont pas loin dans ses quêtes métaphysiques bien arrosées de tous les alcools de la vie d’artiste borderline… Mais c’est pas dans les rails formatés qu’on peut trouver les chemins des rêves les plus échevelés… On rêve pas petit bras chez Bossone, on voyage dans des mondes en abolissant les barrières du temps… Comme dans son livre Crimson Glory, moitié roman, moitié autobiographie, moitié pédagogie de la vie saltimbanque. Ne chicanons pas sur le nombre des moitiés, quand on aime on ne compte pas.

Avec Crimson Glory, (ou la Bouteille, l’écume et les siècles..) le lecteur gourmand d’éclectisme va trouver de quoi se régaler de tous ses fantasmes littéraires, les histoires entrecroisées du pirate Sean Fountain, et son trésor, les aventures et mésaventures d’un chanteur maudit qui n’a même pas l’idée de mourir à 27 ans comme tout héros pop rock qui se respecte, et les chemins tortueux des sentiers de la gloire fuyante du showbizness. Et qui a eu comme projet, je cite,

 Moi je veux être grand, retrouver la taille cosmique de l’enfance, embrasser sa mythologie, boire à ses constellations. Etoiles, je monte vers vous ! Le panache au cœur, le sourire aux lèvres ! Je suis baroque! Ô camarades, je veux briller pour vous comme j’aimerais vous voir briller pour moi. Tous pour un et un pour tous ! Chaque être humain devrait brûler comme un soleil ! Je veux bien soumettre l’idée aux hommes mais je n’imposerai rien. Le mouvement doit venir de soi.

Il me semble entendre quelques approbations de Brel, Ferré, Higelin, et de sa « marraine » Anne Sylvestre… Ecrire pour ne pas mourir ?

 J’écris. Or ce qui prime en écriture, c’est la puissance ludique, c’est ce plaisir du jeu que nous procure l’agencement des images et des sonorités. Sans lui nulle catharsis, et les émotions retombent comme des baudruches dégonflées.

Et pour cela,

Dès que la musique fait son entrée dans l’arène, c’est vers elle que j’avance. J’oublie tout le reste : les enfants qui meurent de faim en Somalie, les enculés qui nous gouvernent aux quatre coins du monde,  la Camarde qui agite sa faux dans mon dos… J’oublie tout ça.

Et Sean Fountain dans tout ça ? Sean Fountain est un voyage, un mythomane de génie, la mythomanie est son oxygène…
« Je jongle avec ma vie. N’ayant rien appris d’autre, je n’ai aucun regret.»  C’est Sean qui a écrit ça, mais son art du jonglage n’est pas resté lettre morte, si vous voyez à qui je pense.  Et si vous ne voyez pas, allez toutes affaires cessantes Côté Cour, chez LamaO Editions, Crimson Glory est  disponible. (Sortie officielle le 27 Avril dans toutes les librairies de bon goût)

Clic sur la couv’ –>

Et en bonus,  les 50 premières commandes seront dédicacées par Jérémie !

 

 

 

 

Norbert Gabriel

Avertissement: c’est le genre de livre que j’ai ouvert 5 mn après l’avoir eu en main, grâce auquel j’ai raté deux correspondances, et pas lâché de la nuit…  Malgré les cris de mon chat abandonné sans croquettes…

 

DERNIERE HEURE..

couv crimson

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