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Fabienne Desseux est « Virée! »

26 Avr

virée couv db 25-04-2019 14-03-39.JPGÇa peut arriver à tout le monde… Dans les salons où babillent les pontifes énarquisants, on dit « disponible en recherche d’emploi » dans le peuple plus radical et synthétique, on dit plutôt « chomdu »…

Donc il peut arriver , un jour ou l’autre que vous découvriez cette situation dont on sort rarement indemne. Dans cette hypothèse proposons une stratégie selon le principe biens connu de Végèce, (in Epitoma Rei Militaris) , Si vis pacem para bellum... En gros, visse les boulons avant de partir au boulot. (traduction libre) ..

Et pour ce faire, procurez-vous vite fait le bréviaire des néo chomistes, « Virée ! » de Fabienne Desseux, 227 épisodes en 19 mois d’un journal sur le blog qu’elle a ouvert sur un réseau bien connu.

Au fil des jours, on découvre les arcanes du parcours d’obstacles qu’est une « recherche d’emploi » quand il est vain de traverser la rue, comme n’importe quel pékin aventurier naïf. Et on se passionne pour les expériences de cette battante qui n’abdique jamais, qui témoigne au jour le jour avec un humour teinté d’acide, une autodérision salutaire, cruellement lucide et avec un style dru que n’aurait pas désavoué Audiard dans ses élans lyrico-rageurs…

Tout est parfaitement documenté sur les palinodies et aberrations des différentes officines qui prétendent remettre l’égaré du boulot dans le droit chemin du salariat bien encadré. Mais le cadre en question devient de plus en plus incertain. Si en plus on est une femme, on cumule le jackpot des malus qui vous entr’ouvrent le placard des « incasables en quête d’un job illusoire ».

Même si la marcheuse de fond a remplacé l’escarpin mondain par la chaussure de marathon, c’est jamais gagné. A lire ce protest song de la chômeuse de province, -pourtant c’est beau, Nevers- on se marre beaucoup, comme dans un film de Mocky, le rire est parfois grinçant, le topo pas rigolo, mais on se dit qu’on aura des munitions quand un jupitre quelconque de la start up nation évoquera les chômeurs qui se payent des vacances aux Bahamas avec leurs indemnités.. On n’est pas dans la situation fillonesque d’un élu désavoué dont les revenus ne réduisent pas drastiquement le caviar quotidien. Et si dans l’entourage, quelque hurluberlu pontifie qu’on trouve toujours du travail quand on veut vraiment, dites lui de revenir quand il aura lu « Virée ! »

Paru en Avril 2019, en poche, 7 € pour 411 pages dans « Histoire et documents  Editions De Borée» c’est un indispensable dans la bibliothèque sociale du XXI ème siècle …

Et je le redis, c’est un régal à lire. Envers et contre tout.

That’s all folks !

Norbert Gabriel

 

Vous pouvez aussi retrouver  Fabienne dans le Huffpost –>

 

 

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L’écrivain Pierre Barrault est barré !

8 Avr

Photo DR

Elle est facile celle-là vous me direz. Eh bien non, figurez-vous ! Parce que lire « L’aide à l’emploi » n’est pas si simple. Sauf si vous êtes… barré. Dans ce cas, ça coule de source.

Pierre Barrault cherche un emploi. Ou non. Pas aisé de le définir. Ce qui est certain, c’est qu’il a trop lu Ionesco et trop regardé les Monty Python. Pour cette raison, Barrault – ou plutôt son héros Artalbur – ouvre des portes depuis chez lui qui le mènent ailleurs. Ou pas. Grimpe dans des bus qui le transportent où il faut. Ou pas. Au restaurant, chez son médecin, dans un magasin. Artalbur se fait écraser. Souvent. Parce qu’il a l’intestin trop long ; enfin je crois. Il rencontre aussi énormément son conseiller d’aide à l’emploi qui ne l’aide pas beaucoup. Un conseiller qui lui téléphone chaque matin. Qui lui propose un poste dans une société, laquelle vend des démons en bois à trois yeux. Mais pour se faire engager, il faut impérativement se faire greffer un troisième œil.  C’est un peu contraignant. Son conseiller lui dit de toquer à plein de portes, d’essayer, même s’il n’a pas le profil, au cas où, on ne sait jamais… Mais même s’il se prend les pieds dans son intestin, Artalbur ne veut pas bosser à tout prix. Il ne veut pas bosser en vérité. Des hommes avec des mallettes en cuir critiquent notre chômeur ne-sachant-pas-chômer avant que la bise soit venue. Parce que les hommes avec des mallettes en cuir sont des gens sérieux, eux.

Artalbur dort, mange, fait couler des bains et du café. Il cherche une sortie, une issue dans le labyrinthe de la recherche d’emploi. Dans une société menteuse, violente, absurde. Car, dans le monde d’Artalbur, on peut être radié si on refuse l’installation de lapins rouges dans son salon. Le conseiller conseille tout et n’importe quoi, mais pense qu’ils vont s’en sortir. Tous les deux. Comment ? Aucune idée. Car dans l’univers fantasque et cruel d’Artalbur, les humains sont des baudruches, des déchets qui font semblant d’être libres. Tous vivent sous le règne de Cron où (à force de ne pas traverser assez de rues) on vous pose des bracelets électroniques. Car ne pas travailler offre la liberté. Cela déstabilise Cron et le système. Et ceci est une vraie folie.

Alors ne croyez pas que j’ai pu vous résumer « L’aide à l’emploi » du barré Barrault…
Si vous ouvrez ses pages, soit vous jetterez le bouquin au loin, au bout de 60 lignes. Soit vous serez absorbé par l’écriture folle et hallucinée de cet auteur. Vous vous laisserez porter par les courants contraires d’une écriture désaxée. Le sourire aux lèvres et l’angoisse au fond du ventre. A l’écart de toute logique.

Mais voilà. S’il y avait une logique dans la recherche d’emploi, ça se saurait !          

« L’aide à l’emploi ». Pierre Barrault. Editions Louise Bottu
Le site des éditions, clic sur la couv’ —>

Fabienne Desseux

 

Jérémie Bossone à l’Arthé Café…

2 Avr

Photos Martine Barbecot Fargeix

C’est dans le cadre du sixième festival Ernest Montpied, un festival qui grandit au fil des ans, au cœur des Combrailles, et qui se déroule cette année du 29 mars au 21 avril, avec des rencontres, des concerts, du théâtre, des balades, des expos, spectacles enfants, cinéma, chansons françaises, poésie, entrées en libre participation, gratuit pour les enfants, que Jérémie Bossone et son frère Benjamin sont venus ce dimanche soir à l’Arthé Café.

C’est Didier Moguelet, secrétaire, chargé de la communication et des évenements du SIET Brayauds et Combrailles qui vient nous présenter ce festival, suivi de Maï Usclade qui nous présente les frères Bossone. C’est au Carrefour de la chanson à Clermont-Ferrand, que Maï a rencontré Jérémie Bossone, en 2011, tout comme Martine Fargeix qui était chargée des photos. Et, inévitablement, toutes deux ont eu un premier coup de cœur pour cet HVNI de la chanson, humain volant ( et voguant) non identifiable… Je préfère à Ovni, car Jérémie est loin d’être un objet !

Maï nous rappelle le parcours de Jérémie, sa notoriété croissante, les nombreux prix reçus pour ses albums, et le premier prix littéraire 2019 pour son roman Crimson Glory.

Jérémie Bossone lance un sonore Bonsoir avant d’avertir les très nombreux spectateurs présents : Y’a du monde ! J’espère que vous serez aussi nombreux à l’arrivée, on va voir les résistants ! …Mais quand même, c’est la quatrième fois que je viens à l’Arthé Café, et j’aimerais bien revenir encore... Alors on s’accroche !

C’est avec Pirate qu’il envoie la couleur, accompagné de sa guitare électrique, de son harmonica, et de son frère Benjamin au clavier  :

Au bal des connards
Je plante un drapeau noir
Que nul ne s’en étonne
Quand les pourris s’éclatent
Il faut s’ fair pirate
Pour rester honnête homme.

Pirate, un cri de révolte contre les grands de ce monde, extrait de son tout récent album Les mélancolies pirates, qui n’est pas vraiment un album, Bossone ne fait jamais rien comme tout le monde ! Mais plutôt un rap-opéra métissé, sauvage, irrévérencieux, poétique et rebelle, la rencontre d’un enfant aventurier, lui, et d’un capitaine sans bateau, Kapuche : Ce disque est un baromètre. Il mesure le degré d’extension des cœurs et des esprits, nos aptitudes à l’aventure. Je l’ai commis comme on commet un crime, comme on donne un coup de sabre, comme on éclate d’un grand rire.

J’avoue, des fois j’explose…

Et il vise juste, en plein cœur, brandissant sa guitare comme un sabre de pirate, avec un jeu de scène époustouflant, un visage expressif, un sourire de gamin qui se crispe parfois, tantôt tendre, romantique, quand il chante l’enfance, nous racontant que, lorsqu’il fait des reprises, il ne choisit pas les chansons qu’il aime vraiment, celles-là, il les garde pour lui, reprendre une chanson, c’est inventer la magie, avec une exception pour Mon enfance de Barbara, qui lui colle à la peau :

Il ne faut jamais revenir
aux temps cachés des souvenirs
du temps béni de son enfance.
Car parmi tous les souvenirs
ceux de l’enfance sont les pires,
ceux de l’enfance nous déchirent. 

Et son interprétation est bouleversante de vérité. Alors, une dernière partie de Playmobil ? les yeux fermés, tout à l’intérieur :

Dernier défi lancé bien haut
Dernier challenge, avant qu’on s’ range
Dernier vol émerveillé au
Pays des ang’, ensuite on s’ range.

Dernier fuck off aux imbéciles
Avant que tous ces cons nous mangent
Dernièr’ partie de Playmobil
Après j’ les range, après j’ me range…

Il se range…Derrière Kapuche, provocateur, aventurier, conquistador, traversant les tempêtes de la vie, ne capitulant jamais dans sa quête de vainqueur :

Il faut vivre en vainqueurs jusqu’à ce qu’on les brise
En serrant sur nos cœurs tout c’que les cons méprisent
On aime jamais trop ce qu’on con dit « futile »…
Et puis c’est bien plus beau lorsque c’est inutile !
Il faut vivre en brûlant de splendeur et de rage
S’abreuver de ciels bleus, d’amitiés, de voyages
Avoir le désespoir qui chante tel Cyrano !
Voilà ce que j’ai chaque jour sur mon radeau !

Il alterne ainsi les chansons, J’aime ce qui est différent dit-il, en évoquant le beau sourire de Patricia, ou son amour pour Scarlet : Oui, mais en attendant, ce soir

Il reste collé près du bar
Où Scarlett le frôl’ de ses doigts
En espérant qu’il l’emmèn’ra
Ce soir peut-être…

Et une chanson du dimanche : La tombe :

Cette tombe était la sienne
En ce jour, oui, mais demain,
Cette tombe ell’ sera mienne
C’est la ronde des humains.

Ou encore, à ne pas mettre dans toutes les oreilles prévient-il : Spirale, le tourbillon de la vie quotidienne d’un artiste, et la déception amoureuse :

On chante, on s’aime
On s’plante, on saigne
On respir’ mal
Dans les spirales…

Prenant sa guitare folk pour nous chanter une chanson inédite qui raconte l’histoire de l’exode cherokee, La piste des larmes, pendant l’hiver de 1838-1839 où 4000 indiens ont trouvé la mort, Une fleur qui s’est élevée sur leur douleur, la toute blanche cherokee rose, sur les terres que vos larmes arrosent, elle fleurit comme un blason. Ou encore un lied  : Cuckoo.

Mais il faut qu’il bouge, et même si la scène est petite, il le fait bien, chansons théâtralisées, on comprend pourquoi il a eu aussi le prix du meilleur acteur au cours Florent en 2004 .

Mais ce n’est plus lui, c’est l’autre lui, Kapuche qui prend le relais, Kapuche qui vient du hip-hop, du rap, qui a des valeurs humanistes, Kapuche qui lui a ouvert les chemins de l’aventure, qui lui a appris l’amitié, Allez viens Kapuche, dit Jérémie Bossone, en référence à Jeff de Brel, debout Kapuche, pour l’aventure la poésie, tous sur un radeau pourri.
C’est Kapuche qui est Loin devant :

« Vous êtes mille » ? Bah je suis loin devant
Vous avancez la plume au cul
La mienne ell’ s’abreuve à mon sang
Vous avez la gueul’ des vaincus

Moi je suis loin devant
Vos mots sont pris dans l’ starting-block
Moi j’ai d’jà mis la rime en cloque
Il est quelle heur’ ? Victoire o’clock !
Ouais je suis loin devant !

Et de prévenir le public, un peu trop sage à son goût : Personne n’a foutu le camp ? Y’a pire qui vous attend ! Et c’est le rapeur-pirate Kapuche qui se lance dans l’aventure des Mélancolies pirates, et là, faut pas avoir le mal de mer, ça tangue, ça tempête, ça souffle, fini le temps de nos vies sages, ça gronde, putain, c’est ça la vie… Et l’aventure, c’est être un pirate qui frappe, qui rappe / Qui tient bon le cap, et t’es cap ou t’es pas cap, mac !

C’est fini, nous annonce t-il tout à coup…Mais pas pour longtemps, les rappels se font pressants, et c’est La Mélancollectivité générale !

Tous les jours sont des tueurs
Ils étouff’ nos lueurs
Reste un parfum de fleur
Et tous ensemble à jamais

Nous sommes
Pris
Dans
La
Mélancolie

Et puis, il arrive toujours un moment où l’on a plus rien à dire :
Putain, quand on a rien à dire
« Ce n’est pas à coups de silence
Que l’on se bâtit son empire »
Tels sont les mots de ma conscience

Ell’ parle, et moi j’ai rien à dire.

Rien à dire ? Pas facile de dire sur ce phénomène inclassable, indéfinissable, tellement pluriel, mais pour moi incontournable, parce qu’il me bouleverse, m’émerveille, me surprend, et que j’ai une folle envie de le suivre, alors, on continue l’aventure, à l’abordage moussaillons !

Merci à Maï et Marc pour cette soirée d’exception, pour tout ce qu’ils apportent aux amoureux de la chanson, pour leur exigence de qualité, et leur gentillesse. Merci aux organisateurs du Festival Ernest Montpied, une manifestation, humaine et culturelle, de qualité et merci à Martine Fargeix, pour ses photos, et sa disponibilité.

http://www.tourisme-combrailles.fr/festival-ernest-montpied-saint-hilaire-la-croix.html

Danièle Sala

 

Pour le livre Crimson Glory →

 

 

 

 

Pour l’album —>

 

Comme sur des roulettes, polar grinçant …

12 Mar

En fait de roulette, il faut bien intégrer que la roulette peut être celle du patin, celle du dentiste, et elle peut aussi être russe. Donc, le personnage-héroïne nous fait un état des lieux dans lequel la roulette est une sorte d’arme fatale employée par une psychopathe déterminée à tester « in vivo » les mille et une recettes de l’assassinat dans le cadre restreint de la conjugalité… Même si parfois il apparaît qu’elle pourrait bien élargir le champ des bénéficiaires. Une des questions utiles aux proches de l’auteure : qu’y a-t-il vraiment de l’auteur dans le personnage ? Et réciproquement d’ailleurs.

Pour faire le pitch de cette histoire un peu chtarbée quand même, disons qu’il s’agit de la révolte d’une femme quasi objet, ou considérée comme telle par presque tout le monde. Et si elle n’a pas la possibilité matérielle de vous mettre un crochet du gauche ou un uppercut du droit, elle a les neurones qui turbinent superwoman version serial killeuse. Il est donc conseillé de ne pas trop lui piétiner les roulettes, surtout avec de bonnes intentions dégoulinantes de compassion ostensible. Meilleure façon de rejoindre le panel des cibles à éliminer.

S’agissant d’un polar, que dalle pour évoquer le dénouement, sera-t-elle une veuve joyeuse ayant atteint son but ?? Une Landru femelle ou une Marie Besnard multirécidiviste ?? Ou la digne héritière d ‘une tradition familiale ? Je ne dirai rien, faudra y aller voir vous même.

Prototype en cours de construction…

On comprend vite que les roulettes sont celles d’un fauteuil de 200 kgs, de ceux qu’on qualifie pudiquement d’assistant mécanique pour personnes à mobilité réduite, on comprend aussi très vite que cette Terminator myopathe autotractée est une préfiguration extrême de ce que peut arriver à tout le monde, simplement parce qu’un jour ou l’autre, plus ou moins proche, on arrive à son insu de son plein gré, à l’état d’humain au ralenti… Sur le plan moteur ou cérébral.. Et si dans ce cas on n’a plus toutes ses jambes mais toute sa tête, on va vite trouver insupportable les a priori condescendants qui renvoient à un infantilisme humiliant.

C’est le vécu de presque tous les héros presque semblables au personnage de ce polar, et en essayant d’imaginer que des braves gens commencent à me parler comme à un enfant de 3 ans pas très dégourdi parce que j’ai l’âge d’être leur grand-père, donc ramolli du bulbe, ça me fout la rage et l’envie de commander une canne fusil, au cas où … Déjà que ça m’énerve ces jeunes personnes de 20 ans qui se lèvent dans le bus ou le métro pour me laisser leur place, c’est insupportable de voir aussi les  »grandes personnes » de la profession rejoindre la cohorte des sachants qui savent eux, ce qui est bien pour les autres qui ne sont pas comme eux… J’me comprends…

Ce bréviaire de l’assassinat dans le cadre de la conjugalité bien tempérée est en vente libre (oui quand même…) et c’est là :

  clic sur la plume –>

 

et là, pour ebook:

ebookMais sans garantie de bonne fin des propositions assassineuses…

Last but not least, si vous croisez Béluga, ne lui dites pas qu’il est un gentil minou, c’est comme la Machiavel  des myopathes, il a le tempérament susceptible avec les compliments guimauve.

Signé Old Timer Norbert Gabriel

David Mc Neil…

18 Fév

Comment naissent les chansons ?

Les chansons naissent dans la frime
Et les dictionnaires de rimes
S’y ennuient*

.
J’avais plutôt dans la mémoire,

 Les chansons naissent dans la brume ,
dans une dominante bleue
Où le mauve fait ce qu’il peut,
la page blanche se noircit laissant parfois une éclaircie
Une lisière dans la marge Où passe comme un vent du large

Cette paraphrase de Jean-Piere Kernoa – dans Mauve– est venue en filigrane après avoir lu « Quatre mots, trois dessins et quelques chansons. »

Pour David Mc Neil, les sources sont multiples, que ce soit sur mesure – pour les amis ou collègues choisis-  ou en toute liberté poétique, il a tracé une route personnelle entre road movie hippie et chroniqueur amusé de la vie qui va. Sur les routes d’un Kerouac nonchalant ou dans les bleus méditerranéens, c’est le chemin d’un bluesman désinvolte, un flaneur au regard Doisneau, éternel amoureux des belles passantes celles de Brassens ou de Passy, de Zanzibar ou de Paname,

Qu’on soit Johnny Cash ou Coltrane
C’est toujours la même poussière qu’on traîne
Comme la petite fugueuse
Qui nous chantait Freight Train
Du temps qu’on était beaux

C’est aussi l’allégorie de la nostalgie d’Angie, ou les douzes mesures d’un blues, ce blues qui n’a pas grand chose à voir avec le R&B dont le R est celui de Roux et le B celui de comBaluzier… C’est un beau livre, grave et gracieux, élégant, qui raconte un peu de sa vie et beaucoup de ses chansons, et réciproquement. Intime sans être impudique, souvenirs d’un esthète, seul dans son coin, mais avec de bons compagnonnages, par exemple ceux-là,

 

Et dans « Ma guitare et moi, partenaire de création,  quelque chose qui a dû plaire à Jo Moustaki…

 

Cette balade musicale et biographique est une excellente synthèse de tout ce qui fait naître une chanson quand elle fleurit sous la plume d’un inventeur d’histoires loin  des fourches caudines de la dictature du code barre et du marketing.

Et pour quelques pages de plus  dans les romans et récits  de David Mc Neil,

  • Lettres à Mademoiselle Blumenfeld, L’Arpenteur, 1991; Gallimard, coll. « Folio » no 2474.
    Tous les bars de Zanzibar
    , Gallimard, 1994, coll. « Blanche » ; 1994, coll. « Folio » no 2827.
    Si je ne suis pas revenu dans trente ans, prévenez mon ambassade, Gallimard, 1996, coll. « Blanche ».
    La Dernière Phrase, Gallimard, coll. « Blanche », 1999.
    Quelques pas dans les pas d’un ange Gallimard, coll. « Blanche », 2003 ; coll. « Folio » no 4183.
    Tangage et roulis, Gallimard, coll. Blanche, 2006 – prix Le Vaudeville
    Angie ou les Douze mesures d’un blues, Gallimard, coll. « Blanche », 2007.
    28 boulevard des Capucines. Un soir à l’Olympia, Gallimard, coll. « Blanche », 2012.
    Quatre mots, trois dessins et quelques chansons, Gallimard, coll. « Blanche », 2013.
    Un vautour au pied du lit, Gallimard, coll. « Blanche », 2017.

Il y a aussi de belles pages dans des livres disques « jeune public » témoin avec ces lignes, là on peut se dire qu’il est urgent de retrouver son enfance,

Quand les chats étaient verts C’était il y a longtemps, quand les chats étaient verts du début du printemps à la fin de l’hiver. Mais sont venus des snobs qui, un jour sans raison, voulurent changer de robe comme on change de saison… Commença l’escalade de « tout gris » en « tigré », noir et blanc, marmelade, différents pedigrees. Mélangeant des peintures, mêlant l’or et l’argent, s’échangeant des teintures afin de plaire aux gens… Voici les chats qui prennent toutes les couleurs, toutes sauf le vert, dont l’espèce disparaît. On essaya d’en retrouver, en vain. Puis ce fut la guerre des couleurs, et l’exclusion. Mais comme le goût des gens est très souvent changeant, ils achetèrent les chiens d’un marchand dalmatien.

Retrouver l’enfance et  partir en voyage avec ce message «Si je ne suis pas revenu dans trente ans, prévenez mon ambassade. »  Le  temps de faire le tour de tous les bars, de se tricoter  quelques souvenirs, et revenir dans son village vivre le reste de son âge,  mais

Qu’on soit Mozart  ou Chopin
Ou qu’on soit John Coltra
Pussy Cats c’est toujours
Le même vieux blues qu’on traîne.

Hasta la vista… 

Norbert Gabriel

*Extrait de Mauve, JP Kernoa/Maxime Le Forestier

 

 Le site  de David Mc Neil  c’est là —>

 

Peine perdue et Le lambeau…

2 Jan

Fabienne Desseux partage ses notes de lecture, après « les Indélébiles »  voici  le nouveau livre de Kent,  et en bonus, une chronique  sur le 7 janvier 2015, et le livre de Philippe Lançon…  Pour mémoire…

 

La peinture qui illustre la couverture du nouveau roman de Kent s’intitule « Danse macabre », elle est signée Bruno Lecuyer.

Elle colle parfaitement à son sujet et à la « Peine perdue » du personnage principal, Vincent. Musicien revenu de tout qui semble être arrivé nulle part, Vincent devient veuf en une fraction de seconde. Un deuil brutal qui le laisse sans émotion. Un séisme qui ne l’ébranle pas ; même par politesse. Car ce cynique a depuis trop longtemps endossé le costume d’une misanthropie de bon aloi. Une armure qui lui permet de traverser les années sans être atteint par la brusquerie de son métier, le temps qui passe et les bons sentiments qu’il tient, la bride courte.

Les jours passant, Vincent ne ressent toujours rien et l’armure devient encombrante. Alors comme tout chagrin semble définitivement perdu, il va se mettre en peine de comprendre pourquoi, en dansant sur le volcan de sa vie. Déroulant le fil qui l’a mené à cette distance, laquelle lui permet, croit-il, d’être maître de ses choix.

Kent romancier, c’est retrouver un héros qui fraye avec le monde de la musique. Forcément, c’est l’univers qu’il connait le mieux. Mais bizarrement le lecteur, toujours, trouve des points d’achoppements avec ses personnages. Parce que Kent, au fur et à mesure des années (c’est son sixième opus) nous parle, comme dans ses chansons, de sujets universels. Universel ne voulant pas dire bateau, attention… je vous entends ! On dirait Vincent !

Vincent qui nous ressemble si peu qu’il nous fait écho. Finalement. Même si l’on n’est pas compositeur même si l’on n’a jamais mis les pieds à New-York, on a – comme lui – une façon bien à nous de fuir nos vérités, d’éviter l’inéluctable danse macabre. Moi qui m’affiche ouvertement misanthrope, j’avoue que ce personnage pourrait volontiers partager ma table. On aurait à causer.

Alors même si vous allez me soupçonner de partialité envers mon idole exemplaire (et vous n’auriez qu’à moitié tort), je ne saurais trop vous conseiller d’aller faire un tour chez votre libraire préféré pour commander ce roman édité par Le Dilettante.

Ce ne sera pas peine perdue ! 
(Mon dieu que je suis drôle)
Alors, vous venez ?

Et pour quelques infos de plus le FB de Fabienne c’est là –> 

(Clic sur l’image et la  page s’ouvrira)

 

 

et surtout ,  —>

 

 

 

 

 

 

 

Le 7 janvier 2015, on a tous été Charlie. D’un coup d’un seul ! Moi, comme les autres, j’ai été blessée par cet attentat. On s’est accaparés la douleur des victimes, on a donné notre avis, on est sortis dans la rue, changé nos photos de couverture, de profil… Il nous fallait extérioriser à tout crin, pour ne pas sombrer. Alors on a tonitrué.
Philippe Lançon, lui, était présent ce 7 janvier à la conférence de rédaction de Charlie Hebdo. Le canard – un peu boiteux – que plus personne ne lisait, que beaucoup jugeaient, critiquaient et descendaient. Oui, descendaient.
Le journaliste, lui, a été blessé.
Cette phrase ne comporte que six mots. Six petits mots dont nous ne pouvons saisir l’ampleur.  Alors que nous, foule anonyme, étions en train de sortir de nous-mêmes, de nous rassembler, de parler encore et encore, Philippe Lançon se taisait. Une balle avait traversé sa mâchoire, le réduisant au silence. Ce jour-là, il fut extrait du monde, devenu un revenant.
L’homme qu’il était ne sera jamais plus. Celui à venir, alors encore inconnu. Dans son livre, « Le lambeau », Philippe Lançon nous parle à voix basse. Il nous chuchote son insupportable renaissance. Il nous dépeint les soignants, nous dessine les contours de sa douleur.
Dans ce récit, on ne croise que furtivement les fantômes des frères K. Mais on fréquente Baudelaire, Proust, Goya, Vélasquez, Bach, Coltrane… Tous accompagnent Philippe Lançon durant les opérations, les greffes, les piqûres qui endurcissent les veines, les réussites et les échecs. Durant ces mois passés loin du monde, ils resteront là auprès de lui. Plus que n’importe qui d’autre en ce monde.
Nous lecteurs, devons lire aujourd’hui les mots de Lançon sans faire de bruit. Invités au creux de sa
chambre d’hôpital, nous devons nous faire petits. Tout petits.
Ne plus tonitruer.
Parce qu’on ne savait rien.
On n’imaginait même pas ce que voulait dire « être Charlie ».
(Le lambeau – Philippe Lançon chez Gallimard)

 

Fabienne Desseux

Indélébiles » de Luz…

29 Déc

On m’a offert « Indélébiles » de Luz.

J’en avais très envie de ces Indélébiles. J’ai aperçu Luz l’autre jour à la télé. Je savais qu’il voulait nous parler des gens de Charlie, loin du 7 janvier. Nous parler de ses collègues.

Une fois entre mes mains, son livre pesait un peu lourd. Faut dire qu’il est tout dodu, ramassé sur lui-même. Mais il ne se donne pas un genre rabougri ou grognon, non ! Il est même d’emblée rassurant.

J’avais deux-trois mails à écrire ce matin. Je voulais poser la bande dessinée sur mon bureau, je l’ai finalement gardé sur mes genoux en finissant mes courriels. Elle n’arrêtait pas de me faire de l’œil. Je sentais qu’on s’agitait drôlement sous la couverture.

« Catharsis », autre ouvrage de Luz, m’avait fait un effet différent. Il était grand, anguleux. Il m’intimait. Je savais que j’allais me blesser sur ses arêtes.

« Indélébiles » m’a invité. En vérité on dirait que ce livre est rond. Ce qui est con pour une BD rectangulaire. Rond et chaud. Ce qui est encore plus con.

Alors j’ai cédé. Je l’ai ouvert. Juste pour lire cinq ou six pages. Pas davantage. Simplement pour voir ce qui se trame là-dedans. Sérieux, je n’arrivais presque plus à écrire mes mails tellement ça faisait du bruit dans ce rectangle rond. Je suis tombée sur Luz avec un décapsuleur Simpson, il a ouvert une bière. Je me suis retrouvée à suivre ce minot, ce provincial qui débarque à Paris avec ses premiers dessins sous le bras. Et on a croisé Cabu… Si, si, Cabu ! Il pétille, je peux vous le dire. Puis on a rencontré Tignous, Charb, l’équipe de la Grosse Bertha. A un moment, avec d’autres dessinateurs, on s’est retrouvés à la rédaction de Charlie Hebdo. On a aussi célébré l’anniversaire de Luz, il a 21 ans et Cabu a sorti une part de tarte aux pommes de son sac pour fêter l’événement. Je me marre bien.

J’ai refermé « Indélébiles ».

Chuis bête. Je ne suis pas avec Luz, je ne suis pas à Paname, je ne suis pas chez Charlie.

J’ai quand même entrouvert à nouveau le bouquin. Putain ça sent la clope à des kilomètres, ils fument trop ! Y’a des chiures de gomme qui tombent des pages. Des miettes de tarte aux pommes aussi. J’entends au loin les vannes foireuses de Charb. Le bruit des rotatives, du fax. Ça sent l’encre d’imprimerie jusque dans mon bureau.

Charlie n’est pas un mausolée. Ce canard n’est pas figé dans le 7 janvier 2015. Il bat, il palpite, il est drôle. Ses dessinateurs ont fait un boulot formidable. Parce que dessiner n’est pas un métier de rigolos. C’est un travail essentiel, difficile.

« Indélébiles » est posé à côté de moi. J’entends qu’on rigole sec à travers ses pages. Mais je sais qu’ils marnent, y’a des bouclages à finir.

Ce livre n’est pas une nostalgie. Il est une réalité, une chaleur, qu’on avait presque oubliées à cause de cette saloperie de 7 janvier. Charlie et ses dessinateurs sont indélébiles.

Allez, je vous laisse. Ils chahutent de plus en plus fort. Je crois qu’il faut que j’y retourne… Il reste un bout de tarte aux pommes à finir et des bouclages à terminer.

Indélébiles – Luz chez Futuropolis—> clic là bas, et ça s’ouvre.. 

 

 

 

Fabienne Desseux

Saravah 2018 aux Abbesses..

20 Sep

Il y avait pas mal de raisons pour ce rendez-vous… Réunion des amis présents depuis les origines et réunion des enfants de Saravah qui ont tous eu un jour ou l’autre, une pincée de ce pollen dans leur vie.

Le prétexte était la présentation in situ du livre de Benjamin Barouh, dont l’enfance se mélange intimement à la naissance de Saravah, le plus ancien label de chanson francophone en activité.

Bien évidemment l’ombre de Pierre Barouh a traversé cette soirée comme une présence presque palpable. Avec en filigrane, sa profession de foi essentielle  sur l’art des rencontres et la vertu des impondérables… Avec ces deux axes fondateurs, la vie est une aventure souvent miraculeuse..

Aujourd’hui, l’entrée de l’impasse des Abbesses qui mène au fond la cour vers le numéro 8 où était le studio est toujours une sorte de mur dazibao qui perpétue l’esprit de Saravah, consciemment ou pas.

Dominique Barouh est venue faire un passage dans la cour de tous les miracles, là où Brigitte Fontaine Jacques Higelin et Areski Belkacem ont eu les micros ouverts sans limite pour graver leurs rêves de chansons et de musiques.. Avec David Mac Neil, Aram Sédéfian, Jack Treese et quelques autres invités à concrétiser leurs albums.

Peut-on raconter une soirée Saravah ?  C’est une sorte de mix entre Hellzapoppin et les Marx Brother’s à l’opéra… Ou bien un happening où tout peut arriver.  Dans le café brasserie St Jean, qui a connu les années de naissance de Saravah, l’idée d’un spectacle est comme qui dirait aussi utopique qu’un concert de Mozart au PMU de Champigneules le jour du Grand Prix de l’Arc de Triomphe..  Un pari don quichottesque.

Néanmoins, c’est un moment privilégié de rencontres amicales, même avec des amis qu’on ne connait pas encore…  Et qu’on aimera pour la vie.

Voici en quelques images des moments de cette soirée. Le 8, où était le studio, la photo des « anciens », Benjamin Barouh et David Mac Neil aux signatures… En cliquant sur l’image, elle s’agrandit, c’est magique !

Des scènes prises au vol, avec plat du jour, et photos de « famille » ou presque ..

Trois instants volés des moments chanson, et pardon aux autres invités chanteurs, mais les conditions étaient assez acrobatiques et carrément impossibles, sauf à déranger 40 personnes…

Saravah Pierre, c’était très chouette de faire ce voyage aux origines de Saravah.  Pour le livre de Benjamin Barouh, c’est là: –>  clic sur le livre..

 

Et demain ou après demain, un moment avec David Mac Neil pour un de ses livres..

 

 

Norbert Gabriel

Brel, aux Marquises… Le voyage au bout de la vie…

10 Sep

Photo DR

Où le temps s’immobilise ? Pas vraiment… Dans sa quête d’une île au large des tristesses, c’est presque par hasard que Brel le marin arrive dans l’archipel des Marquises. Etape dans son tour du monde…

Son premier contact avec l’administration le ravit : il va à la Poste où l’attend son courrier,

  • J’ai beaucoup de courrier pour vous monsieur Brel.. . Avez-vous une pièce d’identité ?

Miracle, Jacques Brel vient d’accoster dans une île,  marin voyageur, que personne ne connait comme chanteur. Pas de télé, pas de radio autre que la radio des îles. Une parenthèse, presque un monde parallèle préservé des agitations du monde. Lequel monde ne se manifeste qu’avec l’arrivée de la goélette de livraison « épicière » et de quelques navigateurs plus ou moins solitaires.

Ici, Jacques Brel n’est plus le chanteur vedette, il est citoyen impliqué à fond dans la vie et le quotidien.

Pour bien comprendre le contexte, quand il décide de renoncer au voilier pour l’avion, ça implique qu’il faut construire une piste, et assurer l’intendance, se faire livrer le carburant, et quand on décolle, calculer combien de litres,  après avoir fait marcher la pompe à la main. Et ne pas se tromper dans les calculs de consommation pour ke retour , et souvent se poser sur une piste malaisée, un exploit chaque fois.

Dans ses missions, c’est toute l’aventure de St Ex et l’aéropostale que Jacques  et Madly vivent au jour le jour.

Tout le monde – ou presque- sait ce qu’il apporté dans ces îles, de l’utilitaire et du culturel; tous les détails sont dans le livre de Fred Hidalgo, nouvelle édition très augmentée de tous les témoignages qu’il est allé chercher sur le terrain. Exigeant et attentif à bien resituer les faits, il nous fait partager intimement cette fin du voyage, cette invitation au possible rêve et à une quête don quichottesque où les ailes des moulins vous envoient dans les étoiles.

Voyageurs immobiles et aventuriers de salon, offrez-vous quelques moments aux Marquises, ce livre est aussi fait pour vous.

Comment est la vie là-bas ? Voici une anecdote qui résume assez bien : Brel avait invité Henri Salvador, qui était très déprimé, Henri avait passé une journée à pêcher en mer avec un jeune homme qu’il a voulu dédommager, le jeune homme a refusé : «C’est pas pour l’argent, c’est pour l’amour. » On ne peut mieux résumer ce qui a été aussi la quête de Jacques Brel.

NB: Vous y trouverez aussi quelques mises au point très précises sur diverses vilénies que des bons « amis » ont véhiculées,  par exemple celle dont a été victime Antoine (Marc Robine avait fait le point) et qu’une biographie best-seller avait reprise sans vérification, rectifiée dans les rééditions, mais le mal était fait. Et il est assez déplorable que l’ami Perret s’en fasse le relais 35 ans après. Dommage.

 

Norbert Gabriel

Le Voyage au bout de la vie (en librairie le 12 septembre)

A l’occasion des 40 ans, le 9 octobre, de la disparition de Jacques Brel, l’Archipel publie l’enquête de Fred Hidalgo sur sa vie méconnue aux Marquises, qui éclaire son oeuvre… et la crédibilise encore plus. Parti sur ses traces jusqu’à Hiva Oa dès 2011, l’auteur a reconstitué ses dernières années en Polynésie grâce aux confidences et témoignages (recueillis jusqu’au printemps 2018) des anciens amis du Grand Jacques, devenus entre-temps les siens. Si son premier livre sur lui, L’aventure commence à l’aurore (2013), constituait déjà “le volet qui manquait” pour compléter son parcours fulgurant (Brel est mort à 49 ans), Le Voyage au bout de la vie pourrait bien être le livre définitif sur l’homme redevenu anonyme et incarnant pour de bon dans les îles ce Don Quichotte qu’il avait admirablement joué à la scène…

Vendredi 13 juillet Troisième jour des Rencontres Marc Robine 2018

16 Juil

                     

C’est dans la salle des mariages de la mairie, à Volvic, anciennement mon école primaire, que commence cette troisième journée, avec une rencontre-débat autour du livre d’Alain Borer : De quel amour blessée. Réflexion sur la langue française. Participent au débat Alain Borer,  romancier, écrivain-voyageur, André Velter, poète, Jacques Bertin, Jean-Yves Lenoir, écrivain, comédien,  Bernard Dumoulin, philosophe et le public. C’est André Velter qui ouvre le débat, par cette phrase de Camus :

On me pardonnera ce coup d’aile, je vais vous parler d’un ami.

Sans objectivité donc, mais avec sincérité.  André Velter, pour qui Alain Borer est la réincarnation de Rimbaud à 80% et d’Alphonse Allais à 20%, le seul qui est capable d’écrire sur la langue française avec autant de précision, en osant le scrupule et l’ironie. Astrophysicien de la langue et pataphysicien de la liberté. Il évoque leur amitié, leur complicité, les voyages en commun, le jour où, gravement malade, Alain Borer avait eu l’élégance suprême de faire rire ses amis. Alain Borer, très touché par les témoignages de son ami, s’adresse ensuite à Alain Vannaire, pour le remercier de son action en faveur de la chanson, soulignant l’importance de la chanson, le rythme et la rime, depuis les grecs, rappelant ces mots de Marc Robine :

La chanson est le miroir du peuple et de son histoire, nous rappelant la mise en danger de la langue française en chanson, savez-vous qu’il il y a pas moins de quatre millions de chansons en français ? Nous ne mesurons pas ce trésor de notre langue.

Puis Alain Borer nous parle longuement de son livre, exprimant les regrets, les soucis qu’il a réveillé en lui : La linguistique ne pense pas, la langue nous traverse comme l’eau entre nos mains, mais pas de l’eau gelée. Précisant le respect qu’il a pour toutes les langues, il en subsiste environ 2000 actuellement, et pour les professeurs qui les enseignent. Qu’est ce qui différencie les langues ? Ce sont des projets dans chaque gestes qui les constituent.

Et de noter la différence entre  toutes les langues qui prononcent tout ce qu’elles disent, et le français qui ne prononce que ce qu est écrit : La langue française ne peut pas être séparée de l’écriture, elle procède de l’écrit, et fait entendre sa grammaire.

Alors comment écrit on la phrase suivante : Le peu d’eau que j’ai bu(e) m’a désaltéré, avec ou sans e à bu ?  

Il fut question de l’esthétique de notre langue, beaucoup d’écrivains étrangers l’ont choisie, une langue à la palatalité universalisante, avec toutes les particularités des accents, d’une région à l’autre.

Illustrer, inventer, résister à l’anglobal, le globish, l’angolais qui nous colonisent en douceur, avec notre consentement inconscient.

Pour en savoir plus sur ce livre, je renvoie à l’article déjà fait sur ce même blog collectif:  c’est là –>

Le débat avec les autres interlocuteurs fut bref, Alain Borer étant très bavard, et justement motivé par la défense de son livre. Alors, il fut question de l’accent tonique, la langue française est elle accentuée ou non, les avis divergent,

Le philosophe, Bernard Dumoulin pense qu’Alain Borer a fait un travail philosophique , et le fameux e muet, qui, pour Jacques Bertin n’existe pas.

Pourtant, moi, je le sens bien dans cette phrase qui résume l’esprit du livre :

  Ariane ma sœur de quel amour blesséE

     Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laisséE…

                                                 Racine, Phèdre, 1677

Une dernière question fuse dans la salle : La langue française est-elle immortelle ?

Enfin,  je remercie chaleureusement Alain Borer, pour sa dédicace, sa petite fleur,  qui restera entre les pages de son livre et me rappellera la beauté des fleurs et  de ma langue maternelle, et ses baisers.

Après une courte pause, c’est Claire Elzière que nous avons le bonheur de retrouver pour certains, de découvrir sur scène pour d’autres, comme moi-même, en compagnie de ses musiciens, Dominique Cravic à la guitare,  des Primitifs du futur, dont Claire est la chanteuse attitrée, Christophe Lampidecchia à l’accordéon. C’est Sous le ciel de Paris qu’elle nous embarque pour un voyage musical, avec son joli timbre de voix qui accroche immédiatement, sans en faire trop, laissant couler les mélodies, avec une justesse et une diction impeccables, un charme naturel, en toute simplicité. Puis d’autres chansons de sa compilation  15 Faces de Paris, c’est ainsi qu’on se retrouve Sur les quais du vieux Paris, avec Un petit air de rien du tout, extrait de son album Mon cœur est un accordéon ou à Saint-Germain-des-prés.

Claire, entre deux chansons nous raconte ses voyages, le Japon où elle vient de passer tout le mois de juin, ses amitiés, les rencontres essentielles de sa vie, avec Pierre Barouh, Saravah  a produit plusieurs de ses albums, et elle chante en duo avec lui dans l’album Pierre Barouh Daltonien. ( 2006), Pierre Louki  dont elle a porté les textes depuis des années, et qui lui a confié des chansons inédites qu’elle a fait siennes,  deux albums qui rendent au mieux l’univers tendrement loufoque de ce comédien parolier et chanteur lui-même. Elle interprète plusieurs chansons de Louki,

La vie va si vite, Est-ce plus que l’adolescence ? Est-ce déjà maturité ? Suis-je retombée en enfance ? Ou ne l’ai-je jamais quittée ? Est-ce à la veillée qu’on invite Le soleil à peine levé ?

La main du masseur, Mes copains, Les sardines, Grand-Père :

Y avait comme un défaut
Dans la pendule de grand-père
Un tout petit défaut
Les aiguilles tournaient à l’envers
Plus grand-père vieillissait
Plus il retombait en enfance
On le trouvait plus jeune
Chaque fois qu’on allait en vacances…

Elle interprète aussi des chansons d’Allain Leprest dont elle a souvent fait les premières parties, et elle a réuni dans un album 14 de ces chansons, dont 10 inédites.  De la poésie brute dit-elle , faite de mots qui jouent ensemble, et parlent de la vie qui avance, de celle qui s’arrête, ou de l’amour et du passage du temps, avec tendresse ou rudesse, humour ou sensualité. Mon souhait est que ses chansons entrent dans les cœurs, que la poésie d’Allain soit connue par le plus de monde possible, que ses chansons vivent. Entre autres,  une magistrale interprétation de Quand auront fondu les banquises de Leprest, musique de Romain Didier. Ce voyage musical fait aussi escale chez Mouloudji : Si tu m’aimais, chez Nougaro, Rimes, chez Le bel Hubert, chanteur-garagiste Suisse, qui parle à l’oreille des Deux ch’vaux, comme dit Sarcloret , On revient à Pierre Barouh avec Le courage d’aimer, et à bicyclette. Et bien d’autres escales et surprises dans ce voyage musical, qui nous a transportés, à tel point que lorsque un spectateur demande à Martine Fargeix si elle a aimé, elle éclate en sanglots, trop chargée d’émotion. Claire Elzière, c’est vraiment mon coup de cœur « découverte-sur-scène » de ces rencontres.

Et on enchaîne presque aussitôt avec Jean-François Kahn, journaliste, écrivain, historien de formation, homme de radio, Avec tambour et trompette et Chantez le moi sur France Inter, entre autre, il nous parle de sa passion pour la chanson, et de la difficulté de programmer des chansons engagées à la radio, par exemple, quand il faisait le journal du matin sur France Inter, il avait insisté pour choisir la chanson qui suivait le journal, et passait du Louki, du Ferrat, du Leprest, Béranger, etc… Il a été viré au bout de six mois, pas assez consensuel.   

Et on enchaîne encore avec la lecture théâtralisée de Jean-Claude Drouot Jean Jaurès : Une voix, une parole, une conscience. Si beaucoup ne savent  pas ce qu’est devenu Jean-Claude Drouot, les plus âgés se souviennent de Thierry la fronde au début des années soixante. Mais il a su gérer son succès d’alors en faisant bien d’autres choses, pensionnaire de la comédie française, de 1999 à 2001, metteur en scène de nombreuses pièces de théâtre, écrivain, ses mémoires ont été publiées en 2015 sous le titre : Le cerisier du pirate. Comédien au théâtre, acteur au cinéma et pour la télévision, une carrière et  une vie bien remplies.

Décor simple sur fond noir,  un piano, une tribune, et un homme arrive, costume gris, redingote grise, montre à gousset dans la pochette du gilet, chapeau melon, il est Jaurès, l’homme qui a été assassiné parce qu’il prêchait la paix, la justice sociale, l’épanouissement de l’âme humaine, la liberté : Quel que soit l’être de chair et de sang qui vient à la vie, s’il a figure d’homme, il porte en lui le droit humain. Jean-Claude Drouot nous retrace le parcours de Jaurès, du brillant élève de l’école normale supérieure, son agrégation de philosophie, professeur à Albi, puis maître de conférence à la faculté des lettres de Toulouse, sa carrière politique, il devient le plus jeune député de France en 1885, ses premiers pas vers le socialisme, son soutien pour le peuple, pour les ouvriers, il est l’un des créateur de la SFIO, et sa carrière de journaliste, fondateur et directeur de l’Humanité, et aussi collaborateur de la dépêche, éditorialiste du Matin et de la Lanterne.

JC Drouot 5.JPGPar un choix de lettres, d’articles, Jean-Claude Drouot nous livre son approche personnelle de Jean Jaurès. Il n’avait pas d’ambitions, pas d’orgueil, pas de besoins, il était plus juste avec ses adversaires, en particulier le nationaliste Maurice Barrès, ennemi politique, mais il y avait un mutuel respect entre les deux hommes, qu’envers ses amis. Lui, Jaurès, issu d’un milieu paysan, devenu normalien, orateur de génie, un homme dont tous les partis politiques se réclament aujourd’hui, à tort ou à raison, une espèce de saint laïc, qui commençait ses discours lentement, d’un ton monocorde, mais la pensée venait, et c’était alors une voix de cuivre qui vibrait comme le tonnerre. Une voix jamais enregistrée. Il n’avait pas d’ambition littéraire, son combat, c’est le socialisme, le sens de l’avenir, il fonde une sorte de religion du socialisme. Il avait cette confiance en la marche du temps, cet espoir en l’humanité.  Jean-Claude Drouot nous lit une lettre très émouvante de Jaurès à son compagnon de Khâgnes Charles Salomon, pour se aller à des confidences intimes, suite au décès de son père le 11 juin 1882, se libérant ainsi des détails sordides qui ont suivi ce décès, la mort est bien cruelle, qui n’attend pas que l’on soit sous terre pour entamer sa pourriture.

Jean-Claude Drouot a aussi retransmis intégralement le discours de Jaurès, revenu dans son lycée d’Albi pour parler aux étudiants, Jaurès qui a insisté toute sa vie sur l’importance de savoir lire pour les écoliers, de faire lire les écoliers  pour les professeurs : Vous tenez dans vos mains l’âme et l’intelligence des enfants. Faites-en des citoyens libres, qu’ils aillent vers une démocratie libre, qu’ils aient une idée de l’homme qui va de la fierté à la tendresse, n’en faites pas des machines à compter.

La République est un acte de conscience, il faut concilier la liberté et la loi.

Et il affirme la haute espérance socialiste qui est la lumière de sa vie et qu’une paix durable, définitive est possible. Il faut vaincre le cercle infernal de la haine.

Un grand silence et une grande attention dans la salle pour ce message d’espoir que nous a laissé Jaurès, incarné par Jean-Claude Drouot. Espoir assassiné ? La lumière s’éteint soudain, deux coups de feu éclatent dans le noir,  l’homme droit sous son chapeau melon reste impassible : Ils ont tué Jaurès crie l’écho. Et le rideau tombe avec la chanson de Brel : Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

C’est un public grave, silencieux, et pensif qui est sorti de la salle. Et chapeau bas et respect pour Jean-Claude Drouot, le Jean Jaurès d’un soir.

 

Danièle Sala

Photos Martine Fargeix

 

NDLR:  Il y a eu pas mal d’albums hommages après la disparition de Leprest, certains faisant un peu redondance dans le pathos,  mais celui de Claire Elzière (et Dominique Cravic,  Grégory  Veux et sa quadrilla fidèle) , est un des plus réussis, à mon avis, car il est témoin d’un Leprest vivant  envers et contre tout..  On ne peut pas passer son temps à s’foutre à l’eau, aurait dit Mouloudji.. (NGabriel)

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