Concert de soutien aux salariés de l’usine Ford de Blanquefort (33) : entretien avec HK et les Saltimbanks, Buscavida et Jérôme

24 Mai

 

Samedi 21 avril une affiche conséquente réunissait plusieurs artistes de renommée nationale ou locale pour un concert de soutien aux salariés du site de Ford à Blanquefort (33), au terme d’une journée de débats et de conférences : Bernard Lavilliers, Didier Super, HK et les Saltimbanks, les groupes Buscavida, Delio, Herein et l’humoriste Bun Hay Mean étaient venus exprimer en musique et poésie leur solidarité aux quelques 900 travailleurs dont les emplois sont menacés depuis dix ans par la fermeture programmée de leur usine, et qui depuis luttent sans relâche pour survivre, du moins ne pas se laisser mourir sans affirmer leur dignité, leur conscience, leur révolte, face à ces logiques économiques dépourvues de rationalité et encore plus d’égard pour les vies que leur fonctionnement broie. Si l’assiduité à la résistance de ces travailleurs et l’implication de la figure emblématique de Philippe Poutou ont permis de médiatiser cette cause, en ralliant le soutien de la population locale, mais aussi de nombreuses personnalités des milieux artistique, intellectuel ou politique, rien n’est gagné. Loin de là. Très loin de là. Le drame économique et humain, parmi tant d’autres, à l’instar de tant d’autres qui se jouent partout, interroge sur la viabilité à terme pour les citoyens du monde entier de l’ultralibéralisme économique, et de sa logique d’instrumentalisation et de marchandisation de nos vies: ne seraient-elles rien d’autre que des opportunités dont quelques dirigeants économiques peuvent ou pas tirer profit ? Le risque de voir l’espoir s’amenuiser, le courage s’épuiser, les convictions d’éroder guète à la porte de nos cœurs. Et pourtant à entendre ce soir là ces femmes et ces hommes debout dans le public reprendre en chœur  Je voudrais travailler encore, travailler encore  pour accompagner Bernard Lavilliers dans son interprétations des « Mains d’or », des frissons m’ont parcouru le corps, comme des larmes suintaient de mes yeux. Quelque chose de digne, de fort, de beau envahissait la salle de spectacle. Quelque chose comme la poésie du pot de terre sans doute… Les larmes d’émotion mutaient en larmes de rire sous les assauts de l’humour provocateur de Didier Super, dont la drôlerie et la générosité offraient quelques moments bénéfiquement hilarants de lâcher prise sur la gravité, avant qu’il ne cède la place aux artistes suivant qui tous mirent du cœur et de la sincérité, Buscavida incitant le public à se déchainer en pogo avec ses chansons acoustiques du grand large intercontinental, HK et les Saltimbanks conviant l’esprit de Jean Ferrat à se joindre à nous avec sa reprise de « En groupe, en ligue, en procession » et terminant son concert -comment aurait-il pu en être autrement ?- par son hymne « On lâche rien » durant lequel les salariés de Ford montèrent sur scène pour chanter à l’unisson avec le groupe. Apothéose vitaminée, avant que le groupe Herein ne clôture la soirée. La soirée fut festive certes. Mais elle fut surtout un de ces témoignages de chaleur humaine et de conscience solidaire qui stoppent et font reculer la gangrène d’une morosité ambiante gagnant parfois trop facilement du terrain, un de ces témoignages qui nous rappellent que la chanson n’est pas que jolis verbes emperlés sur de belles notes, à l’utilité purement émotionnelle, mais aussi un réservoir où puiser de la magie, de l’ardeur, de la combativité, autant que de l’amour et de la tolérance, pour continuer à pleurer et sourire, mais aussi à avancer dans l’univers, éclairer l’obscurité et  rallumer des étoiles . C’est pourquoi nous avons choisi, en préambule des entretiens que Kaddour d’HK et les Saltimbanks et Ludo de Buscavida nous accordaient dans l‘après-midi, de donner la parole à Jérôme, travailleur de Ford impliqué dans la lutte et l’organisation du concert, pour un point sur la situation.

 

 

 

– Jérôme bonjour et merci de nous accorder un peu de temps. Peux-tu nous expliquer un peu l’historique de votre lutte ?

– Fin 2008, Ford a annoncé que l’entreprise ne s’investirait plus sur notre site, tout en tenant plusieurs discours contradictoires, à savoir qu’ils prétendaient aussi ne pas s’en désengager. Nous avons même eu peur à l’époque d’être mis en chômage technique durant dix semaines pour ne plus retrouver notre outil de travail à notre retour. Personne n’étant dans l’usine durant ce temps, l’entreprise avait les mains libres pour faire disparaitre les machines. Nous avons optimisé notre temps pour faire entendre notre cause, et le 20 décembre 2008 nous avons organisé une manifestation à Bordeaux. Le jour même le quotidien régional Sud-Ouest annonçait qu’il y aurait un repreneur. En réalité HZ était un repreneur bidon qui a siphonné les fonds durant plusieurs années, jusqu’au retour de Ford. Il y a eu des périodes difficiles, jalonnées de mobilisations des salariés, qui ont fini par faire que les pouvoirs publics se sont mobilisés à leur tour : Christine Lagarde avait pris le dossier sous la main, et il y a eu des tractations entre Ford et l’état, dont on ne connait pas tous les tenants et les aboutissants, mais qui ont conduit Ford à revenir et reprendre le site en main. En fait Ford était impliqué dans HZ, à qui ils avaient sous-traité la fermeture de l’usine, qui aurait eu lieu si nous ne nous étions pas mobilisés. Cette boite bidon n’a apporté strictement aucune activité au site, qui a vécu à l’époque sur les productions à finir pour Ford.

– Où en êtes-vous concrètement aujourd’hui ?

– Aujourd’hui, Ford tient exactement le même discours qu’à l’époque, sauf que nous n’avons plus de production : on arrive sur des fins de productions, et tout ce qui était produit ici va se faire ailleurs. Ford avait d’ailleurs prévu de s’approvisionner ailleurs, puisque l’entreprise a monté un stock de boites aux Etats Unis. Tout a été planifié pour fermer notre usine ; Ford a même produit un document indiquant toutes les erreurs à ne pas refaire, dont sous-traiter la fermeture à un repreneur peu sérieux, pour pouvoir fermer le site. Pourtant à l’époque tous les politiques s’étaient satisfaits de cette reprise par HZ ; la CGT était la seule voix à discordante. A l’heure actuelle, nous déplorons un silence radio de l’état, ainsi que de Ford, quant à l’avenir de l’usine, ce qui n’empêche pas le média régional Sud-Ouest de se permettre d’affirmer qu’il y aurait deux repreneurs potentiels. Nous avons réclamé un droit de réponse à ces affirmations, car même le cabinet du ministre de l’économie ne dispose d’aucune information allant dans ce sens, et nous dit que Ford Europe ne répond rien. Sud-Ouest détiendrait-il des informations que personne d’autre n’a ? En attendant, ce média livre des théories en pâture aux salariés, et à l’opinion publique, peut-être pour rassurer la population et l’inciter à croire que ça ne va pas si mal que ça : d’un côté nous essayons d’alerter la population sur le sort du site, et de l’autre côté ce média arrive à la désinformer et saper la mobilisation. Ce qui fait qu’autant les gens extérieurs à Ford sont conscientisés vis-à-vis de notre sort, autant des salariés mêmes du site ne se mobilisent pas, ne croyant pas vraiment à la fermeture programmée de leur usine. On constate un objectif évident de diviser les populations concernés par la désinformation, qui va de pair avec l’objectif de la direction de l’usine de diviser les salariés entre eux, en différentes catégories. Certains disent qu’ils se mobiliseront si jamais ça ferme vraiment. Mais c’est maintenant qu’il faut anticiper : lorsque le couperet sera tombé, il sera trop tard. Personne ne sera sauvé. Et puis ne serait-ce que par acquis de conscience, il faut penser aussi aux générations suivantes. Ici il y a toute sorte de métiers : des ingénieurs, des ouvriers, des administratifs, donc 900 emplois directs, sans parler de tous les emplois indirects que la fermeture de l’usine va toucher. Dès qu’on ferme un lieu de travail comme ça, ça a un impact économique sur tout le monde. Et que vont faire nos enfants à l’avenir ?

– Que répondez-vous à ceux qui insinuent que l’entreprise ne dispose pas de suffisamment de commande pour maintenir une activité locale et que votre un site serait non rentable ?

– Nous produisons en fait des produits qui arrivent en fin de vie, et normalement, deux ans avant que ces produits soient épuisés, il y a un plan qui décide des prochaines productions. Ford a cessé de transmettre au site des plans de futures productions. Il s’agissait de laisser mourir l’usine simplement, et probablement en espérant que certains salariés se dégouteraient et démissionneraient d’eux-mêmes. Quant aux politiques locaux, qui avaient tous un discours allant dans le même sens que l’intersyndicale au moment des mobilisations, ils changent leurs fusils d’épaule, en essayant de nous faire avaler qu’un nouveau repreneur est la meilleure solution pour le site, même s’il ne sauve que la moitié des emplois. La moitié des emplois, ce n’est pas viable pour un site tel que celui là. Un expert économique a démontré que la seule solution viable est que Ford amène des productions localement. Et l’entreprise a des parts de marchés, puisqu’elle comptabilise aujourd’hui 7 à 8 milliards de bénéfices, et a un carnet industriel hyper fourni, qui n’a même jamais été autant fourni. Donc il y aurait plein de possibilités pour sauver cette usine. C’est bien de volonté politique et économique qu’il est question.         

– Parlons du concert et de l’initiative de cette journée de débats. Concrètement que vous apportent ces élans de solidarités ?

– Ce concert a fait du bien : il y avait de la population, des retraités, des gens désireux de montrer leur soutien, sans parler des artistes sensibilisés à notre cause qui sont tous venus jouer gratuitement. Il faut le dire : nous avions un peu le moral dans les chaussettes, et ces témoignages de solidarité nous ont regonflés. Ça montre aussi que nous avons des soutiens de tous niveaux : local et national, populaire et intellectuel ou artistique. Des sociologues sont venus, dont Serge Halimi, Monique et Michel Pinçon-Charlot, des dessinateurs, des syndicalistes et des politiques. D’autres comme Guillaume Meurice n’ont pas pu venir, mais ont envoyé des vidéos de soutien. Je ne me souviens pas avoir vu un tel panel de solidarités sur d’autres luttes. Tout cela permet de médiatiser la lutte aussi.

– HK bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Comment s’est décidée votre participation à ce concert et qu’est-ce qui dans cette lutte précise te touche le plus, de la dimension politique ou de la dimension purement humaine de cet élan de solidarité populaire?

– Par un SMS de Philippe Poutou qui m’a demandé si on pourrait venir pour une manifestation de soutien à la lutte. Le temps de voir si les copains étaient disponibles, j’ai répondu qu’on serait là. J’étais un peu au courant de la lutte, parce qu’on se connait tous dans ce milieu. Tout le monde connait le personnage emblématique de Philippe ; donc ça fait pas mal de temps qu’on entend parler de cette lutte. Les salariés sont en prise et ne veulent pas se laisser faire, comme pas mal de gens. J’étais venu à une manifestation il y a quelques mois avec les copains de Solidaire ; et c’est quasiment ce jour là qu’on a acté la chose, entre deux slogans. Personnellement je suis le fil naturel d’un parcours entre musique et engagement, qui fait fréquenter tels endroits et côtoyer telles personnes qui mènent telle lutte. Du coup j’existe un peu dans ce paysage comme étant un des artistes engagés, comme faisant partie de la famille d’une certaine manière. Ce n’est même pas une histoire de se dire que ça tient à cœur ou pas : c’est très naturel d’être contacté par un copain ou une association. Je suis un altermondialiste dans l’âme, et, certes c’est une idée qui est beaucoup reprise aujourd’hui, mais ça fait un moment que nous sommes plusieurs à porter cette idée de convergence des luttes, qui me parle. Et ce qui me parle le plus aujourd’hui c’est cet engagement qui fleurit de partout, avec des gens qui à moment donné se disent « il faut que je fasse quelque chose, moi », de gens qui à un moment ou un autre veulent agir et se lier à une histoire qui se passe à côté de chez eux. C’est l‘idée que créer, c’est résister, et résister, c’est créer. Je crois beaucoup à ça, et je constate qu’il se passe des choses.

– Es-tu venu au militantisme par la Chanson, peut-être par l’influence d’artistes comme Jean Ferrat, dont vous reprenez « En groupe, en ligue, en procession », ou est-ce plutôt par conscience politique personnelle que tu as souhaité engager ta musique pour transmettre des messages ?

– J’ai été nourri à Bob Marley. Donc il y avait quand même la fibre militante dans les chansons que j’écoutais. II avait même presque un côté intransigeant : c’était un vrai révolutionnaire dans l’âme. C’est sûr que j’ai été beaucoup nourri de sa musique. Mais il chantait « War », et il chantait « One Love » : il y avait ces deux côtés là, derrière cette forme de combat, un amour de la poésie, un amour de la musique, et un amour tout court.

– A chacun de vos concerts, comme aux concerts d’autres artistes aux textes engagés, le public est au rendez-vous, et on constate, si on peut dire, qu’il y a un public pour cette Chanson invitant à la réflexion et l’engagement social, qui paradoxalement n’est pas ou très peu programmée dans les médias radiophoniques et télévisuels, à croire qu’on ne juge pas le public apte à écouter autre chose que de l’anecdotique et du léger. Selon toi, les médias conventionnels se coupent-ils des citoyens ?

– C’est un monde parallèle. C’est le constat que je fais au final. Les gens que tu entends à la radio suivent le chemin le plus normal qu’on te propose quand tu commences la musique. Et c’est d’ailleurs le chemin qu’on m’a proposé au début. Et à un moment donné, j’ai fait des choix, mais de manière très inconsciente. Je n’ai pas choisi de ne pas aller à la radio. Au début j’y allais, parce qu’on m’invitait. Mais j’y suis allé tel que je suis, et je n’ai même pas pensé qu’il fallait que je dise des choses qu’on avait envie d’entendre. J’y allais même peut-être avec d’une certaine manière beaucoup de naïveté, en pensant que ce que je disais pouvait être entendu et entendable. Ça n’a pas semblé leur parler. Ce qui est produit ne me parle pas du tout musicalement et poétiquement ; et sans doute ce que je produis ne leur parle pas non plus. Ce sont deux mondes. Pendant un moment j’ai essayé de naviguer entre les deux, mais au bout d’un moment, tu es tellement bien là où les gens t’aiment, où tu les aimes, où on se reconnait. Effectivement les gens qu’on va entendre à la radio sont compatibles avec la philosophie du temps de cerveau disponible, car ils vont finalement dire des choses pas trop dérangeantes, et ne pas véhiculer des idées qu’on n’a pas envie de faire entendre ou qui risquent de faire réfléchir les gens, des empêcheurs de faire tourner ce monde de profit et de tunes en rond en fait. Les programmateurs sont dans leur monde. Et peut-être que dans leur monde, ils ont raison. Mais leur monde aujourd’hui ne m’intéresse plus. Ces gens de radio dont on parle ne m’intéressent plus aujourd’hui. Je peux parler comme ça, parce que, comme tu dis, les gens viennent à nos concerts, on a notre petite carrière, notre public -même si je n’aime pas ce mot là, parce que les gens ne m’appartiennent pas : c’est plutôt une sorte de communauté de valeurs, de communauté artistique qui s’est fondée- . Je fais des choses et je n’ai pas besoin de ces gens pour vivre de ma musique. Pas au sens financier du terme, mais au sens où vivre de sa musique, c’est trouver des gens qui sont prêts à t’inviter à chanter, à venir t’écouter, à qui ça parle. Je n’ai pas d’aigreur ; je suis heureux là où je suis. Aujourd’hui, après coup, je me dis que je suis à ma place, et cette place n’a pas de prix, car elle est faite de liberté, d’engagement, d’épanouissement, où je me sens utile en faisant ma petite part et en suivant ma passion. C’est extraordinaire ! J’estime faire partie des privilégiés de cette terre, même si ce n’est pas un privilège financier, parce qu’on ne roule pas sur l’or. Mais c’est un privilège de liberté, bien sûr parce qu’on l’a voulu, qu’on a su se la créer, mais aussi parce que c’est une chance, et j’en suis conscient. Alors c’est sûr que quand on commence la musique, on pense qu’on a besoin de ces soutiens médiatiques, parce que ça va beaucoup plus vite et ça permet de toucher beaucoup plus de monde ; c’est ce qu’on appelle les médias de masse. Mais on n’a pas besoin d’eux en réalité. Et quand on chante ce que je chante, d’une certaine manière, c’est presque de bonne guerre : si j’étais patron d’un grand média, je n’aurais probablement pas envie qu’un mec qui chante des choses en totale contradiction avec ce que je suis vienne chanter sur les ondes. Ils sont dans leur cohérence. Pourtant au début on était considérés comme compatibles par certains médias, et nous-mêmes étions dans cette démarche de recherche de médias sur lesquels on pourrait s’exprimer : on a d’ailleurs fait pas mal d’émissions sur France Inter. Mais toutes les émissions alternatives ont disparu, et les unes après les autres. Ce n’est pas un hasard. Il y a eu un mouvement général qui consistait à cadenasser les médias. Les médias de masse sont tous tenus par les grands industriels, qui évoluent évidemment tous dans les cercles du pouvoir politique ; la télévision publique est aux ordres peut-être même directs du pouvoir en place. Donc il n’y a plus de contre-pouvoir au sein des grands médias.

– Parallèlement cela laisse le champ libre au développement de médias alternatifs ou locaux, qui accroissent leur audience. Est-on en train de vivre une conscientisation à la fois du public et d’une partie des acteurs du milieu médiatique peut-être moins soumise au fonctionnement de son système?

– D’une certaine manière, ils nous poussent à accélérer nos processus alternatifs. Et tant mieux. On peut prendre l’exemple très précis de « La bas si j’y suis » qui était sur France Inter, et qui a développé sa propre expression via internet. Et pour nous c’est pareil : si les labels ne veulent pas te produire, tu montes ta structure, ton propre label, et ça marche. On est en train chacun et chacune de leur enlever le peu de pouvoir qu’ils pensaient avoir sur nous, par la force des choses, juste parce qu’on veut et on va continuer à faire. A un moment donné ils vont bien se rendre compte qu’ils perdent du terrain : le nombre de vente des grands médias de presse écrite chute ; ils sont tous en crise. Pourquoi ? Parce qu’à un moment ils ont pensé qu’ils étaient l’alfa et l’oméga, et qu’ils faisaient la pluie et le beau temps. Je me souviens d’une époque où 30 à 40% de gens regardaient TF1, et ce n’est déjà plus le cas. Déjà de plus en plus de gens se libèrent de la télé, et parmi ceux qui la regardent encore, c’est très diffus. Et dans la musique c’est pareil : les multinationales ont pensé qu’il suffisait de produire des artistes qui ne savent pas chanter, mais présentent bien, en leur faisant interpréter des chansons nulles, et que ça allait marcher. Et ça marche souvent. Mais de plus en plus les gens comprennent qu’on se fout vraiment d’eux et que ça va trop loin.

– Ludo bonjour et merci de nous accorder du temps. Buscavida privilégie, nous en avions parlé lors de notre premier entretien [https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2016/06/21/buscavida-un-petit-bout-du-monde-si-loin-et-en-meme-temps-si-proche-entretien-avec-le-chanteur-ludo/] , l’engagement auprès de luttes locales et la proximité. Comment avez-vous décidé de soutenir les salariés de Ford ?

– On n’était pas loin, et on est proches de Philippe Poutou depuis pas mal d’années, donc on était au courant de la lutte de Ford. Le groupe s’inscrit d’une manière plus générale dans un esprit de convergence des luttes, et celle là en fait partie, même si, d’une certaine manière, ce n’est pas qu’il soit trop tard, mais c’est loin d’être gagné. Soutenir cette cause rejoint un rejet du capitalisme triomphant qui nous anime tous. On essaye également d’être à la base d’un mouvement avec les cheminots pour organiser des évènements, c’est-à-dire qu’on voudrait qu’il y ait beaucoup de petits évènements plutôt qu’un seul gros, et régulièrement pendant les mois à venir. On voudrait organiser des concerts de petite taille, avec à chaque fois deux groupes maximum. Le principe est de maintenir une régularité, en se coordonnant avec les autres artistes désireux d’organiser des concerts de soutien. Ford fait partie d’un tout, et quand on nous a proposé le concert, on était partants. On ne savait pas ce qu’allait être le reste de l’affiche d’ailleurs.

 

– Au quotidien, comment prenez-vous part au militantisme avec votre musique ?

– Notre action consiste à distribuer des journaux de presse alternative pendant nos concerts, et à jouer dans des lieux de rencontre, où on croise et échange avec des gens en lutte. A la base, on préfère avoir des actions assez concrètes, auprès de luttes locales. On joue assez régulièrement pour un centre d’aide aux demandeurs d’asile, le CADA. Nous y jouons le 6 juin prochain. Il faut savoir que ces réfugiés peuvent restés pendant plus d’un an et demi dans une espèce de cité où il ne se passe absolument rien, et où la cohabitation entre les membres de diverses communautés d’origine n’est pas toujours simple. Très peu d’artistes vont y jouer. Et Buscavida, avec sa musique acoustique pas très virulente crée un lien entre les gens, y compris en amenant son public sur place. Nous sommes investit dans le développement rural de la culture alternative, qui en grande ville est étouffée. On ne fera pas trébucher le capitalisme d’un jour à l’autre, mais tous ces projets alternatifs qui naissent et se développent en créant un lien entre les gens nous intéressent. Pour nous, ce n’est pas très compliqué : on joue, on rencontre des gens, on échange, on leur donne nos informations, on prend les leurs et on les distribue au concert suivant. Il s’agit de mettre les gens en contact le plus possible ; on essaye d’être un mini-média à notre façon.

– Parlons de l’actualité musicale du groupe : la sortie d’un EP est-elle prévue ?

– Comme toujours. On en sort un par an, un 4 titres. C’est un conseil que m’a donné un vieux de la vieille, et c’est mieux, vu qu’il est hors de question qu’on ait une maison de disque ou un label, à moins d’être très vigilants sur notre choix. Il faut qu’on puisse dire et faire absolument tout ce qu’on veut, et ce n’est pas simple, en terme d’être distribué correctement et rétribué en fonction de marges honnêtes. En s’enregistrant nous-mêmes et se distribuant nous-mêmes, en choisissant des lieux où jouer que nous connaissons bien et à pas plus de 150km de distance par jour, on parvient à gérer ça. Partir jouer à de longues distances, je l’ai fait longtemps, et ça me fatigue maintenant. Faire plus d’heures de route que de concert, ça n’est vraiment pas épanouissant. Ce qui m’intéresse c’est de jouer et de rencontrer des gens ; et à 50km, tu peux rencontrer toujours un nouveau public et prendre le temps d’échanger : tout le temps qu’on ne passe pas sur la route, on peut le passer à discuter avec les associations et les personnes, à tisser des liens. On est parmi les derniers dinosaures du rock alternatif des années 80. Pour ce qui concerne le prochain disque, j’ai commencé à l’écrire à Buenos Aires, et je le finirais à Cuba cet été. En fait j’ai commencé à écrire sur un cahier… la première moitié du cahier faisait un peu Bernard Lavilliers, et l’autre moitié beaucoup Bernard Menez !  Donc les trois quart du bouquin sont vraiment de la comédie pure, et j’ai du mal à mettre ça en chanson, parce que je suis ridicule. C’est un témoignage autobiographique de ce continent où tout va à toute vitesse, où tout est mélangé, où tu peux discuter un jour avec des marxistes qui ont connu la dictature, et juste à côté avec des ultra-capitalistes, où la notion de Dieu est archi-présente, mais chez des gens très ouverts qui se revendiquent du Christ autant que chez des pires salauds. On a des amis partout, et prochainement on va passer quelques temps à Cuba. Ce n’est pas tellement simple de se renouveler ; et le voyage apporte énormément, ne serait-ce que par la rencontre de gens différents. Donc l’album va sortir et être distribué par nous-mêmes, à l’ancienne, car c’est finalement le seul système au sein duquel on peut continuer à survivre en étant un petit groupe.

 

Miren Funke

photos : Wildo Del Pango (mentionnées Graphistoleurs), Miren (4 ; 5 ; 6 ; 9 ; 10 ; 11 ; 12 ; 13 ; 14)

Remerciements à Jérôme et ses amis et collègues pour leur accueil, et à Wildo pour les photos

Liens utiles : https://www.facebook.com/Soutien-aux-FORD-Blanquefort-2181089425460795/

https://www.cgt-ford.com/

HK et les Saltimbanks : http://www.saltimbanks.fr/

https://www.facebook.com/hksaltimbanks/

Buscavida : https://www.facebook.com/Buscavida-572263182785786/

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