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L’art est essentiel #la culture est essentielle # les artistes sont essentiels

29 Oct

En préambule à cette réflexion de Camille Solal, on peut mettre en exergue :


« Aujourd’hui j’ai envie de partager ma pensée et de prendre position. Sur quel sujet me direz-vous ?

C’est une réflexion de fond en réaction à des annonces gouvernementales qui, depuis le mois de mars maintenant, ont mis systématiquement les artistes dans la case “non essentielle.”

En effet pendant les confinements, les commerces “essentiels” restent ouverts. Et tout ce qui n’est pas “essentiel” ferme.

C’est-à-dire, selon ces mesures, les théâtres, les cinémas, les salles de concert, toutes les manifestations culturelles.

Qu’est-ce que cela signifie profondément ? Et bien cela signifie profondément pour ceux qui prennent ces mesures que les artistes ne sont donc pas essentiels à la vie.

Donc que la vie peut être vécue sans art et sans culture. Et même pire, que la vie menée par les artistes et les personnels de la culture n’ont aucun sens, dans le sens justement que ce n’est pas “essentiel”.

J’ai évidemment un réel problème avec cette vision ; peut-être que c’est une maladresse de communication ?

Peut-être qu’on aurait pu dire “nous savons que la culture et l’art sont absolument essentiels et fondamentaux à la vie telle que nous la chérissons, mais puisqu’il faut bien faire des choix et des arbitrages nous allons limiter à la vie du corps physique c’est-à-dire la nourriture et le papier toilette. “

C’eût été une communication plus respectueuse et pour le coup qui aurait fait plus de sens.
Surtout qu’il n’y a pas si longtemps, presque 15 jours maintenant, un professeur de la république a été décapité et que l’argument principal qui a été brandi pour lui ou contre lui était le droit à l’art et à la culture. Donc il faut se mettre en cohérence et ne pas utiliser l’art et la culture seulement quand ça « arrange » n’est-ce pas ? Car enfin nous sommes tous des êtres éminemment spirituels, la vie seule du corps physique ne suffit pas, cela s’appelle la survie.

Or la survie est normalement conditionnée à quelques heures, quelques jours voire quelques semaines lorsqu’on est à l’hôpital et qu’on se bat contre la mort, lorsqu’on est pris dans une avalanche, lorsqu’on est tombé dans un ravin etc. Dès que le stimulus de danger de mort est passé alors la vie reprend son cours ; y compris chez des malades très graves atteints de cancers longue durée, ils cherchent à « profiter » de la vie et pas juste à « survivre ». Car survivre pour survivre n’a aucun sens.

Et l’essence même, l’essentiel de la vie c’est la recherche ou plus exactement la définition du sens. Je vous invite sur le sujet à lire ou à relire « La logothérapie » de Viktor Frankl . C’est un psychiatre autrichien qui a survécu aux camps de concentration et d’extermination et qui a pu analyser son vécu sous le prisme du détenu qu’il était mais aussi du psychiatre en exercice. Il a donc pu analyser ses réactions et celles de ses co-détenus ainsi que celles des gardes. Il a pu constater que les détenus qui survivaient étaient ceux qui parvenaient à trouver ou plus exactement a décider un sens à leur vie; ils n’étaient pas juste dans la survie physique car la mort pouvait frapper à chaque seconde, à chaque minute, à chaque heure sans aucun préavis, sans aucun sens et le corps était un champ de ruines. Il explique que les codétenus se retrouvaient comme ils le pouvaient pour raconter des histoires le soir, essayer de mettre de l’humour et se remonter le moral avec des chansons et préféraient même parfois rater la soupe plutôt que ces moments alors qu’ils étaient littéralement affamés . N’est-ce pas bouleversant de lire cela ? Que peut-on en déduire sur l’essentiel? Quelles sont les premières choses que nous souhaitons faire lorsque nous avons échappé à la mort, lorsque nous sortons de l’hôpital où que nous nous savons « condamnés » ? Probablement Voir des amis? , écouter de la musique?, danser? , aller au théâtre?, voir un film?, dessiner? etc. ?c’est-à-dire ce qui est fondamentalement essentiel à la vie en tant que telle et non à la survie.

En tant qu’artiste moi-même, en tant qu’art-thérapeute et en tant que coach je suis meurtrie dans ma chair par cette confusion des mots, par ces décrets que nous sommes « non essentiels » et je trouvais fondamental de m’exprimer aujourd’hui sur ce sujet.

Moi-même j’ai laissé passer tous ces mois en acceptant les différentes mesures et en acceptant cette communication tout en la vivant affreusement mal, en culpabilité, en me disant que oui je devais me mettre de côté, sacrifier ce qui faisait le sens de mon existence même pour l’effort commun.

Jusqu’à aujourd’hui où, en sondant profondément le sens des choses, en ayant pris le recul nécessaire, je trouve absolument vital, absolument essentiel de dire que les artistes, les personnes qui font le monde de la culture, de l’art, de la musique, tous les acteurs techniques qui rendent cela possible, qui mettent en scène, en lumière, qui créent des costumes, des décors, tout ce qui contribue à la vitalité, à la nourriture spirituelle est donc essentiel et vital à nos êtres et que ces personnes et ces métiers sont donc des acteurs majeurs de la qualité et du sens de la vie tout court.

Donc Véritablement, fondamentalement, éternellement essentiels.

Aujourd’hui encore la France est attaquée . Et certains veulent nous faire passer du côté obscur, et éteindre la lumière. Éteindre la joie. Éteindre la sublimation, éteindre le sublime. Annihiler la pensée au nom de la croyance. Donc aujourd’hui plus que jamais nous, artistes, personnes de l’art et de la culture, sommes essentiels.

Ce n’est pas une question d’argent, ce n’est pas une question de salaire tous les mois, il s’agit du sens même de la vie de millions de personnes.

Merci de respecter cela.

 Camille Solal

Clic sur l’image et allez voir –>

Histoire lamentable de photo de presse …

26 Jan

En préambule une chanson toujours de circonstance

Les crayons de couleurs (Adaptation de la chanson de Bobby Bare « What color is a man « en 1966.

Voici une photo en deux versions l’une est l’originale signée » Associated Press, mais c’est l’autre « cropped out  »  (recadrée)  qui a été diffusée « . Etonnant ?

Associated Press est une agence de presse mondiale et généraliste dont le siège est aux États-Unis. Créée en 1846, c’est l’une des plus anciennes coopératives au monde.

Cette photo a été malencontreusement « cropped out « * recadrée dans sa partie gauche, lors du sommet à Davos 2020 … L’agence a plaidé « une erreur de jugement » ce qui confirme donc que des personnes dans cette agence tripatouillent les photos de leurs reporters sur des critères de « jugement » personnel très particulier … Est-ce que ce monde est sérieux ?

Pour mémoire sur la déontologie de la presse, salut à Willy Ronis, en 1955, il a retiré toutes ses photos de son agence de diffusion, en raison des pratiques habituelles de la presse qui achète des photos, puis les recadre avec des légendes nouvelles, ce qui conduit souvent à montrer le contraire de ce que voulait l’auteur … Avec des revenus amputés, Ronis et  Marie-Anne, sa femme partirent vivre en Provence dans un village presqu’en ruines, où il avait fait le « Nu provençal » en 1949. Ronis reviendra sur le marché  de la photo en 1972 quand un accord sera signé pour le respect du  droit des photographes à être maîtres des légendes sur leurs photos, et si possible du respect des cadrages … Si possible, parce que sur ce plan, tout n’a pas été parfait … Comme des photos de Doisneau en format carré (le 6×6 Rollei) recadrées en format rectangulaire dans les mises en page.

Autre chanson en rapport avec cette actualité,

 

Comme pour Aufray et ses crayons cette chanson a toujours été dans les spectacles de Béart.

Et voici une des dernières versions des Crayons de couleurs,

 

Si tout finit par des chansons, ça se finit pas toujours très bien ...

Dédié à l’Ougandaise Vanessa Nakate.

 

Norbert Gabriel

Mise au point ?

*We regret publishing a photo this morning that cropped out Ugandan climate activist Vanessa Nakate, the only person of color in the photo. As a news organization, we care deeply about accurately representing the world that we cover. We train our journalists to be sensitive to issues of inclusion and omission. We have spoken internally with our journalists and we will learn from this error in judgment.  (Associated Press)

Jean Guidoni Novembre 2019

26 Sep

 

 

Jean Guidoni sera bientôt de retour à l’Européen, l’ex-Théâtre en rond qui l’a vu triompher à ses débuts. Ses débuts, pour moi, ce fut l’irruption au sens propre dans l’écran d’un personnage hors normes dans ces années 80, et en 1982 ou 83, à Firminy, une soirée éblouissante, fascinante, au point d’être chaque fois à contre temps pour essayer d’avoir une photo significative… Le temps a passé, mais, c’est toujours une redécouverte. En attendant le 26 Novembre, à l’Européen, (réservez, c’est prudent) spectacle autour de son album  sorti en 2017 «Légendes urbaines» avec, également, d’anciennes et nouvelles créations, voici un petit album « ombres et lumières ».

 

A l’Européen, la Cigale, l’Alhambra ou Ivry..

 

 

 

 

 

Pour  réserver, clic sur le rideau c’est là –>

 

 

 

 

 

 Norbert Gabriel

 

 

 

 

Photo fake news et Mai 68..

21 Mai

C’est de saison, en Mai fais ce qu’il te plait, et il me plait de faire un petit détour lié aux photos et leur interprétation.

Paris Match a immortalisé en photo une rencontre qui est devenue un symbole de Mai 68, l’insolence de la jeunesse face au pouvoir de la vieille génération,  avec en filigrane CRS/SS…  Mais c’est une autre photo qui est au centre du débat, celle de Georges Melet.

Photo de Georges Melet

Quand on décrypte l’image et son contexte, il s’avère que le personnage de gauche n’est pas un CRS, c’est un jeune policier  de 24 ans , il a un an de plus que Daniel Cohn-Bendit, et  autant cette photo que les autres qui ont fixé ce moment  – il y avait plusieurs photographes- il n’y a aucune tension, plutôt une certaine convivialité le policier semble plutôt avoir un vague sourire.

Mais selon le traitement, couleur ou NB?  et l’angle de prise de vue,  on peut aussi infléchir la perception de l’image: dans cette autre photo, le policier semble bien plus grand, et l’angle ne montre plus son expression.  A partir de ça, chacun y voit ce qu’il préjuge. Il faudrait savoir aussi si les cadrages sont ceux choisis par le photographe, ou s’ils ont été revus par les maquettistes pour des raisons diverses. La même photo dans Libé ou Le Figaro peut donner lieu à des approches très différentes. Surtout si un commentaire a été ajouté pour illustrer l’angle de l’article. Au détriment parfois de ce que voulait l’auteur de la photo.

La célèbre photo de Cohn-Bendit faisant face à un CRS est devenue “LA” photo de Mai 68 attribuée à Gilles Caron dans la mythologie professionnelle.  Mais c’est faux…

Tous les détails ici, c’est très précis:  http://clioweb.canalblog.com/archives/2016/01/21/33239047.html

Ce n’est qu’un  début, continuons le débat ! 

Norbert Gabriel

« Datacenter » : Léonel Houssam

29 Jan

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J’ai failli poser cette chronique quelques jours avant noël… ça m’aurait amusé. (Je sais m’amuser seul). J’imaginais le livre sous le sapin. Et puis le temps est passé, l’idée avec… Début janvier, un post de Léonel Houssam (très présent sur les « réseaux » dits « sociaux », sous le nom d’Andy Vérol il y a longtemps, ou encore d’Eliot Edouardson actuellement) m’a fait sourire :

« Au regard des ventes en novembre et décembre, je constate que mes livres ne sont pas des cadeaux de Noël à faire. »

DATACENTER_couv

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Lu cet été (étrange moment qu’inonde le soleil quand se prélassent le calme, le repos et la tranquillité pour qui peut se les payer) : le livre DATACENTER, publié en 2017.

Les photographies de Yentel Sanstitre accompagnent ce récit, roman, dialogue, monologue…? Essai…? Je ne sais pas trop. « Récit fictionnel », précise Houssam.

Littérature… ? Assurément. Au sens où il y a un travail sur la langue, les sons, le rythme, un style travaillé depuis longtemps. La forme rencontre la matière.

Un mot ? Une expression ? Un hashtag ? Oui : « extinction ».
#avantextinction (hashtag utilisé par Houssam) : tout ce qui précède, le monde d’avant l’extinction, le nôtre. Comment on y va. Avec méthode.

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Les jambes croisées, les fesses et le dos calés. La chaise longue était blanche, je crois. Plongée magnifique sur les Pyrénées, immenses, qui barrent la vue et laissent tantôt apparaître le soleil, tantôt la lune, et s’établir le silence. DATACENTER et ses nuances de gris asphalte, de violences quotidiennes et systémiques, inéluctables car liées à l’espèce dominante, établit un contraste saisissant avec l’écrin tranquille qu’envahissent habituellement mes heures d’été. Je m’installe, donc, je reprends la lecture, et je prends des coups. 

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©Yentel Sanstitre

Le récit n’est pas très long : c’est la bastonnade. Je lis lentement, je ne peux excéder quelques pages avant de retourner à une autre occupation, de retrouver le soleil, les sourires, l’inconscience (toute relative) des enfants réunis dans la maisonnée. On joue au ping-pong dans le garage, à la lumière des néons et je songe aux lignes qui viennent de traverser ma cervelle de part en part, laissant blessures, douleurs, cicatrices, éclaboussures.

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Les mots chantés par Serge Reggiani (écrits par Lemesle et Candy), dans « Couleur de colère » me reviennent en mémoire :

Moi l’intrus, l’anonyme
Le cocu, la victime
Je n’veux plus tendre l’autre joue.
Bouge, ma pauvre vie laissée pour compte si longtemps
Et si c’est éphémère, ne te prive pas d’air pour autant.
Rouge, le ciel est rouge et nous promet de beaux printemps
L’avenir est couleur de colère !
De colère ! {x3}

Lire DATACENTER de Houssam, c’est lire ce qu’on aurait préféré ne pas entendre. Tant que ça parle des autres tout va bien, mais le plus souvent, ça vient titiller sans indulgence nos hypocrisies, notre confort et c’est beaucoup moins plaisant… S’il n’est qu’une leçon à retenir : non, je ne vaux pas mieux que le voisin que je pointe du doigt.

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Léonel Houssam

Le récit distribue les torgnoles, la tête du voisin en prend suffisamment, pas besoin de s’en occuper. « Vous prendrez un sucre ? ». Euh, non, mais j’aimerais bien souffler un peu.

Des gifles qui se succèdent, un combat perdu d’avance : comme si le personnage (qu’on croirait narrateur) se trouvait seul un soir, une nuit, dans une salle de boxe et tapait, jusqu’à le détruire, le sac de frappe. « Frappe le sac, ne le pousse pas ». Le sac de frappe, le sac de sable. Quand on ne peut rien, on frappe le sac. Que faire d’autre…? Changer le monde…? D’autres ont essayé. Écrire…? Oui, écrire : les mots sont là et chaque mot vient heurter le lecteur, chaque ligne balance une beigne (au mieux… en attendant pire…). Houssam a trouvé une forme efficace. Le style on le lui connaît depuis longtemps, que l’on lise ses bouquins, ses extraits ou ses statuts (j’ai commencé à suivre le bonhomme sur Myspace, c’est dire si nous datons… — on en a laissé des traces dans le datacenter…).

Il y a les posts et il y a le livre. Pour passer de l’un à l’autre, il fallait trouver la forme, et piquer plus encore vers la littérature.

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©Yentel Sanstitre

Voilà concentrée dans ces pages l’expression du personnage principal, un dingue…? Un dingue qui dérange…? Une expression qui dérange…? La fuite n’est plus envisageable. Personne n’est épargné, car les dingues (dingues ou non) délivrent une boue parfois incompréhensible, parfois grinçante, brutale, crûment physiologique – et disent aussi des vérités qui touchent… en plein dans le mille. L’état détruit, le pouvoir détruit, le pouvoir privé détruit, l’argent détruit, l’humain détruit, l’humain est un animal, l’humain détruit l’animal, le végétal, les liens, l’humain reste passif, la planète tousse et souffre et s’apprête à l’expulser. Houssam raconte « l’extinction », concentre ce qu’il y a à dire de « l’avant extinction », va plus loin qu’on oserait, dépasse largement les limites qu’on aurait posées (par conviction ou par lâcheté), et c’est le style qui promet la cohésion du texte, l’assemblage des différentes parties du « discours », de ce « récit fictionnel » qui remue la non-radicalité, l’hypocrisie, plonge dans le politiquement-très-incorrect.

Désolé, je lis mes mails via mon smartphone. Je suis toujours sur le qui-vive. On est connecté ou on ne l’est pas. Il faut. Je disais donc que nous sommes généralement contre la violence sauf « exceptions ». Toujours. La saveur de la paix, de la tranquillité. Chacun veut être peinard chez lui, ne pas avoir à subir ceux des quartiers pauvres qui sont tellement indisciplinés, pouilleux, méchants, mal élevés. On ne veut pas des jeunes qui font trop la fête, trop de réseaux, trop de choses sexuelles pas nettes. On ne veut pas de l’esprit acariâtre des passagers de transports en commun, des chauffeurs dans les bouchons. On ne veut pas trop des anglais, des arabes, des corses, des marseillais, des ch’tis, des parigots, des portugais ou des sénégalais (…) du merdeux à dreadlocks qui joue du djembé, du mec qui sort de prison, de l’oncle qui est de droite, du cousin socialiste, du chef de service qui aime bien faire des commentaires sur la taille des poitrines de ses salariées. On n’aime personne. On n’aime rien. (…) Je suis meilleur ? Non, j’ai dit « on », je suis dans le « on ».

DATACENTER, Léonel Houssam, extrait.

C’est juste avant l’extinction…
Le regard sans compassion porté par Houssam sur notre monde.

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DATACENTER
, Léonel Houssam, aux éditions du Pont de l’Europe.

120 pages de Léonel Houssam + 14 de photos de Yentel Sanstitre.

yentel_sanstitre


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Un site, des textes :
https://leonel-houssam.blogspot.fr/

Un profil, des statuts :
https://www.facebook.com/leonelhoussam3/

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Hum Toks / E.5131 / Eric SABA

Un certain regard…

6 Nov

 

Photo DR

S’il est une image pour illustrer ce qu’est un regard, (et ce qu’il transmet?)  c’est bien celle-là… Lauren Bacall… Mais pourquoi cette question ? Voilà, au hasard d’une ballade dans la Galerie des Fresques de la gare de Lyon, j’ai été suivi du regard par quelques personnages photographiés par Brian Sokol,

Quand on passe devant cette photographie, où les personnages sont en dimension réelle, les regards de la jeune femme et de l’enfant assis suivent le passant … C’est gratifiant, comme si ces portraits exposés me parlaient personnellement, comme s’ils s’intéressaient aux bipèdes humanoïdes qui traversent leur périmètre de vie photographique . Juste retour des choses. Brian Sokol les a vus, il nous les présente, et eux aussi nous regardent… Virtuellement. Dans ces regards, il y a tout l’espoir d’une fraternité humaine possible. Je me fiche bien que cette jeune femme semble baillonnée par son foulard, ses yeux me parlent.

Voilà pourquoi je tiens pour essentiel dans la communication par l’image, pour un spectacle, que la photo de l’artiste me regarde droit dans les yeux, et pas à côté, surtout si à côté de moi il n’y a personne … Et ci-dessous j’ai vraiment la sensation que Pierre Margot ne joue que pour moi.

Si le regard est le reflet de l’âme, à vous de voir ce que dit une photo qui ne vous regarde pas, ou qui regarde de travers, ou qui regarde ailleurs…

Comprend qui veut comprend qui peut, c’est pas Boby qui dira le contraire…

Et pour conclure, une photo que j’aime entre toutes, merci à Martine Gatineau,

 

Pour en savoir plus sur Brian Sokol,

c’est là, clic sur le kodak  —>

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Norbert Gabriel

Rencontres Marc Robine 2017, 5 ème soirée.

16 Juil


–  Viens t’asseoir, il y a des places à côté de nous, à moins que tu préfères t’asseoir sur les genoux d’Alain Vannaire ? dit Martine à ce gosse en chemise blanche et lunettes rondes, cheveux blonds très courts, assis sur l’escalier.  Non non, j’ai une place réservée, je vais y aller... .  Et il  se lève en disant :  Et maintenant, applaudissez Manu Galure !  Fou rire, on ne l’avait pas reconnu !

Il se met au piano et attaque par une chanson de son troisième album en solitaire, après ses débuts dans le groupe : Les Ptits T’hommes.  Que de la pluie :  Maman :

 Et quand je suis pas sage maman / Fait bouillir de l’eau / Et trempe mes pieds dedans … Et quand je pleure une rivière / On me laisse tout seul / Et quand je pleure toute la mer / On me laisse tout seul / Tout seul avec mon grand frère.  Douloureuse nostalgie de l’enfance, qu’il conjure en faisant valser son piano :

Tourner en rond sans cavalière

C’est une danse singulière

Alors j’échoue à la buvette

Et je me prends une musette

Chaland perdu je me Garonne

Et je noie mes rimes gasconnes

Ma chanson vide comme un tube

Il faudrait que tu me Danube.

Valse moi, valse moi

Il manque un pied à mon poème

Je voudrais que tu me Bohème…

( Paroles de Bernard Joyet).

Et il enchaîne , Trois petits cochons, ( pas pour les enfants), Ramène moi à la maison, Que de la pluie :

La pluie tombe à grosses gouttes

Tous les chats que la nuit dégoûte

Se retrouvent chez moi

Les oiseaux n’ont plus pied

Et je suis dépité

Je déteste les chats

Mais tandis que ça mouille

On entend les grenouilles

Qui nagent de bonheur

Et sont tout en sueur

Ce n’est que de la pluie, que de la pluie 

Qui nous tombe dessus…

En faisant le pitre entre deux chansons,  anecdotes et calembours, (à propos, si quelqu’un sait pourquoi il n’y a pas de voie Q à la gare de Bercy, à Paris,  dites le lui, ça l’inquiète vraiment) façon Higelin , à qui il fait forcément penser.

La fantaisie, l’humour, la poésie, le surréalisme, l’énergie, un répertoire aussi varié qu’improbable, qui va de ses propres compositions à Guillaume d’Aquitaine, le premier troubadour, dont il chante une chanson traduite de l’occitan du 11ème siècle, ou une chanson de Marie Dubas, il a  aussi du Boby Lapointe et un gène de grain de folie de Charles Trenet en lui. Trenet, qu’il a chanté dans le spectacle : Les enfants s’ennuient le dimanche.

Auteur, compositeur, interprète, il a aussi collaboré avec Juliette qui a signé la direction artistique de Vacarme, album coup de cœur de l’académie Charles Cros, avec Sarlo, musique de la chanson L’amour à 12 ans, avec Nicolas Bacchus, et Agnès Bihl, pour qui il a composé la musique de La manif. et il a  fait la première partie d’Higelin en tournée en 2012.

Enfin, c’est un garçon épatant au talent fou.

Troubadour des temps modernes, à l’équinoxe d’automne, le 22 septembre prochain, il va démarrer son tour de France à pied et en chansons, durant deux ans, et à raison de 20 km par jour,  dans tous les lieux où il pourra chanter, y compris chez l’habitant, la carte de France de son parcours est sur son site, avec un formulaire à remplir, si vous souhaitez l’accueillir. Un détail important, il aime le vin rouge.

Pour voir son tour de France, clic sur la carte,

france-terroir

Encore un long entracte, pour préparer la scène pour le deuxième concert, et on comprend pourquoi, quand on découvre le nombre d’instruments de musiques qui envahissent tout l’espace : Ukulélé basse
Banjo
Congas
Tumba
Bongos
Petites percussions
Piano
Orgue
Accordéon
Flûte à bec
Clarinette
Trompette
Sampleur 

Et plus……( message des Escrocs, merci!)  et aussi harmonica.

Les Escrocs, que l’on n’avait pas vus sur scène depuis 10 ans, arrivent, avec leur nouveau spectacle, toujours aussi drôles, impertinents, avec des chansons bien ancrées dans le quotidien, dénonçant avec humour la haine de l’étranger :

 

Tu les aimes pas,
Les autres marionnettes,
Celles en djellaba
Et turban sur la tête.
Elles font des prières,
Toi, t’en as pas besoin,
T’as du bon camembert
Et t’as du bon vin.
Pendant que tu cavales,
Amassant de l’oseille,
Elles n’ont pour capital

Qu’un rayon de soleil. ( Loukoum et camembert)

D’autres, plus tendres et poétiques, ou nostalgiques,

où est le temps des troubadours dans des costumes de velours l’âme légère et bucolique allant de comtés en duchés porter poèmes et musiques contre la table et le coucher.

grivoises, parfois féroces, sur des musiques aux multiples influences, qui vont du jazz à la salsa, en passant par le reggae, le rap, ou un air de biguine, multi-instrumentistes, ils aiment jouer sur tous les tons.

Entre deux chansons, ils nous racontent ce que chacun a fait durant ces 10 ans, Eric Toulis a fait un bout de chemin seul, avec succès, et trois albums : Soyons bref, Soyons classe, Centrale vapeur .

Hervé Koury, alias professeur Koury, a travaillé avec d’autres chanteurs, Adamo en temps que musicien, Bénabar, a enregistré un CD, et Didier Morel, alias docteur Morel a été approfondir sa science des percussion en Amérique du sud.

Et puis, comme le dit si joliment Eric Toulis : On avait gagné le jackpot avec Les assedic, ça nous a permis de bien vivre pendant 10 ans :

Assedic
Je t’écrirai de temps en temps
Toi tu m’enverras mon virement
Directement
Tout là-bas, dans mon île
ASSEDIC
Enfin ma place au soleil
À moi les ciels vermeils
Et les beaux voyages…
M’en priver ce serait dommage
ASSEDIC  

Et ils reviennent sur scène casqués, avec leurs bidons de Solexine pour chanter Mobylette :

Ben nous on roule en mobylette,
Et y’a pas de honte à ça,
Le scooter prend la vedette,
Oui mais nous on aime pas ça, (Couché!)
Pour promener les demoiselles,
Rien ne vaut la Gabrielle,

(Le charme divin, de ce bel engin,
Qui fume et qui pète,
Jolie promenade, dans les pétarades,
Et le bruit des mobylettes,

avec les choeurs féminins du public : Solexine xine, xine…. Et les choeurs masculins: Zoom Vroom Vroom, Sole Sole Solexine » .

La soirée de clôture de ces treizièmes rencontres, sous le signe de la jeunesse, de la féminité, de la diversité, après les remerciements aux nombreux bénévoles de l’association On connait la chanson, aux techniciens, au public, se termine par un poème d’un spectateur venu d’Espagne, lu par Fabrice Peronnaud , beaucoup de spectateurs venus de loin pour cette soirée de clôture, d’Espagne, de Belgique,  et même d’autres artistes venus en spectateurs, comme Yvan Dautin, puis,  la chanson de Danielle Messia interprétée par Marc Robine : Le Paradis des musiciens :

Quand j’ vas mourir, moi
J’ veux aller dans l’ paradis des musiciens
Là où tout l’ monde, ça s’ met ensemble
Là où ça chante de belles chansons
Là où tout l’ monde, ça s’ met ensemble
Et ça joue toute la nuit
Quand j’ vas mourir, moi
J’ veux aller dans l’ paradis des musiciens …

Et c’est tout le public qui chante avec lui.

Voilà, cinq jours riches en émotions, en coups de cœur, en rencontres, en amitié, on se dit au-revoir et à l’année prochaine…

Je reviendrai dans un prochain article sur les coulisses des rencontres, la chorale des spectateurs, l’atelier d’écriture, etc …


Danièle Sala

 

Et pour quelques images de plus, et de Martine Fargeix, voilà !

 

 

NB : un grand salut à Catherine Reverseau, qui éclaire avec talent tous les spectacles d’On connait la chanson, et de La Capitainerie de Joze. (NGabriel)

Prévert et Izis

23 Avr

Avant d’être consacré « poète » avec Paroles, Prévert était plutôt un homme lié aux images du cinéma, scénariste à succès, mais polyvalent, il est l’auteur des textes du Groupe Octobre, les activistes du théâtre à l’usine. Il a été aussi auteur de chansons, presque par hasard, grâce au hasard des rencontres, sa «contrebande » réunissait à peu près des représentants de tous les arts.

Jacques Prévert et l’image

Sa bibliographie comprend des albums à quatre mains co-signés avec des amis peintres Picasso, Chagall, Calder, Miro, Ernst et photographes Izis, Brassaï et tout le monde connait ses ballades avec l’ami Doisneau.

En Avril 2017, le Cherche Midi et Jean-Paul Liégeois ont réédités deux albums, dont un introuvable jamais réédité depuis 1951, Grand bal du printemps.

Izis Bidermanas né en Lituanie, immigré à Paris en 1930, résistant en Limousin de 1941 à 1944, est une des figures de la « photo humaniste » aux côtés de Brassaï, Edouard Boubat, Robert Doisneau, Willy Ronis. Il a co-signé trois ouvrages avec Jacques Prévert : Grand bal du Printemps, Charmes de Londres, Le Cirque d’Izis.

Grand Bal du Printemps est une célébration de Paris, chantée en duo par un poète, Prévert, et un photographe, Izis. Un chant d’amour pour une ville. Jacques Prévert a toujours aimé et chanté Paris : il a été et demeure « le poète de Paris ». Cet ouvrage, de 154 pages, enrichi de 62 photos d’Izis sur Paris, en constitue la meilleure preuve. Paris est tout petit / c’est là sa vraie grandeur . Le Paris de Prévert est celui des quartiers populaires, des musiques de rue, des fêtes et de la misère, des enfants en liberté et des « étranges étrangers ». Le Paris de Prévert est une ville humaine, une ville au quotidien, avec ses grands malheurs et ses petits bonheurs. Les photographies d’Izis donnent des visages à cette humanité.

Charmes de Londres, autre promenade dans Londres, plus près  de l’East End, de Leytonstone, ou de White Chapel que des ors de Buckingham Palace, chacun son folklore, même format que Grand bal du printemps, 105 pages, avec l’essentiel des biographies des auteurs. (dans les deux ouvrages)

Quand il est dit « à quatre mains » ce n’est pas une figure de style, les deux auteurs ont construit ensemble ce qui est un récit lyrique en photos et textes, pas une simple illustration avec des photos plus ou moins en situation. Le mot appelle l’image, ou bien c’est l’image qui appelle les mots..

Pour cet album, rien à ajouter à ce qu’a écrit Charlie Chaplin, en 1952, dans une lettre à Izis, il saluait la qualité du rêve et d’aventure, puis ajoutait en 1954:

La combinaison photographie-poème crée une émotion au delà de toute parole.

Il n’y a pas de meilleure conclusion.

Last but not least, cette double page de Charmes de Londres, qui ira droit au cœur de Valérie B. la rédac-chèvre initiatrice de la revue Le Doigt dans l’oeil, qui a raté Picasso dans sa quête des chèvres d’artistes… Et qui était venue à Paris pour une sorte de thèse sur Prévert avant de mal tourner vers la chanson… mais à cause de ce Jacques… (private joke)

Et puisqu’il est question d’images, de Prévert et de livres, voir éventuellement Prévert n’est pas un poète…  Clic sur le collage, 

 

Norbert Gabriel

Impostures et photos…

10 Mar

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Amis artistes, ou pas amis, ça vous concerne aussi, il arrive de plus en plus souvent que vos chéris spectateurs passent une partie du spectacle à brandir ces machins modernes, superphones ou tablettes au lieu de se consacrer à ce qui se passe sur scène… Jusqu’à hier soir 20 h 30, je gronchonnais volontiers contre ces mal poli(e)s qui … mais depuis hier, je révise mon point de vue, voilà pourquoi: j’étais joyeusement parti au Divan du Monde pour le spectacle de Nilda Fernandez et Ze Gang, et arrivé assez tôt pour être assez bien placé, si possible au balcon. Pari gagné sur ce point. Dès la première partie, l’inquiétude pointe, cette pénombre qui ne montre que l’ombre de la personne en scène, ça présage du souci pour la suite… Le genre d’avanie qui est la marque de fabrique de quelques salles, dont l’éclairagiste éclaire presque tout, à part celle ou celui qui est devant le micro. Ce fut le cas… Autant dire que j’aurais pu passer une assez mauvaise soirée, mais…

Mais la bonne nouvelle, c’est que ma voisine de hasard était équipée d’une tablette, dont l’écran lumineux m’a d’abord agacé, pas longtemps, parce que sur sa tablette je voyais très bien les expressions du chanteur, que je ne pouvais voir « en vision directe » en raison de l’indigence de l’éclairage.

Et là, on revient au titre sur l’imposture des photos -parfois- pourquoi ?

  • les performances du matériel actuel permettent de réaliser des prises de vue dans des conditions qu’on n’aurait jamais imaginées au temps de l’argentique. L’oeil artificiel est comme un chat, il « voit » clairement ce que l’oeil humain distingue à peine en faible lumière. Exemple vécu hier avec la tablette.
  • Le photographe professionnel équipé d’un matériel adapté, performant, peut donc publier des photos impeccables des artistes en scène, même si les spectateurs présents n’ont pas vu grand chose des expressions des chanteuses et chanteurs… Et dans ce cas de figure, si l’on se fie aux images, on risque la désillusion le soir où on ira essayer de voir en salle…
  • Au final, que devrait montrer une photo de spectacle? Ce que le spectateur va voir si possible, et pas une image « artificielle ».. Enfin il me semble.

Pour ce qui est de cette soirée au Divan du Monde, il n’y avait pas que la tablette 18×24 qui montrait bien le visage de Nilda Fernandez, quelques superphones voisins, même sur leurs petits écrans étaient plus lumineux que ce que je voyais de mes yeux normaux, si je puis dire.. Mes yeux normaux ont vu très confortablement Al Jarreau à l’Olympia,  j’étais au fond de la salle, environ 40 m de la scène, alors qu’à 10/12 mètres hier je ne voyais presque rien. Avec le même boitier quasi antique qui ferait sourire tout photographe sérieux, j’ai de bonnes images d’Al Jarreau, mais pas grand chose de Nilda Fernandez hier… C’est dommage, parce qu’il est photogénique, témoin cette photo de 2010 à TaParole Montreuil, faite avec un machin dont je n’avouerai jamais la marque, et pas non plus les quelques billets (de 20) qu’il m’avait coûté.

Et Al Jarreau , vu de loin…mais très bien vu… (avec un boitier bridge assez bien noté … en 2006)

La morale de cette histoire, larirette larirette, c’est que, au bilan, autant rester chez soi pour voir les spectacles en vidéo, en général la lumière est bonne, on n’est pas dérangé par les agitations smartphonniennes des voisins, et il n’y a pas les tournicotis vers le bar, car en plus, dans ces salles sans lumière il y a souvent un bar… pour se consoler sans doute…

Mais tout n’est pas si noir, il y a pas mal de salles qui ont le respect du public et des artistes, L’Européen, le Forum Léo Ferré, l’ex-Vingtième Théâtre , l’Alhambra, les salles où se produit  Chanson Plus BiFluorée (toujours bien éclairés) pour la région parisienne, liste non exhaustive*, et s’il faut un palmarès inversé, je crains que parmi les champions de la dernière place, il n’y ait les 3B, dont l’art en matière de non-éclairage est un sommet. Ou plutôt un abysse…

Et un salut particulier à Stéphane Dutoict, capable d’improviser des éclairages complexes « à la volée » selon le principe « Bien éclairer les chanteurs pour qu’on entende bien les paroles. »

Ce que tout éclairagiste de théâtre pratique au quotidien pour que la parole passe bien.

Last but not least, si j’apprécie les voix, quand je vais en salle, j’aime bien voir aussi les yeux des artistes, imaginer qu’ils chantent pour quelqu’un, ici et maintenant, apercevoir ce qu’ils regardent, moi, peut-être ? Alors voilà…

Photo NGabriel au Divan du Monde le 9 Mars 2017

Norbert Gabriel

*Pour ce palmarès, les bons points, les moins bons, les calamiteux, chacun peut donner son avis, et ses recommandations sur ce qui se passe dans les départements, ça peut pas faire de mal. On a déjà un message d’Auvergne.

Robert Doisneau, Le révolté du merveilleux.

25 Oct

revolte-merveilleux

Si je devais en quelques mots raconter ce qu’est ce film docu sur Robert Doisneau, je le citerais, texto, «Bon sang, mais c’est une radiographie, vous avez regardé à l’intérieur ce qui n’est pas exposé à l’étalage... »*

Voilà ce qu’il aurait pu dire à Clémentine et Marie Deroudille, ce révolté du merveilleux. C’est à la fois un portrait intime, et un portrait « radioscopie » qui ouvre des pistes qu’on ne soupçonnait pas forcément, sauf peut-être les plus passionnés de ce poète de la photo. Dont Prévert disait: « Tu photographies à l’imparfait de l’objectif. » Un imparfait certes, mais qui ajoute à la crudité de la réalité la tendresse du regard. Comme un Pierrot malicieux, curieux, désobéissant, guetteur d’instants privilégiés, pour 3 secondes d’éternité… Il faut la patience et la discrétion d’un pêcheur à la ligne, et l’oeil aiguisé pour les fixer, ces secondes d’éternité.

Dans son œuvre très diversifiée, on trouve ce qui animait Ronis, Boubat, Izis, Sabine Weiss, Charbonnier, un groupe informel sous le label virtuel de la photographie humaniste. Le baiser de l’hôtel de ville est un arbuste qui cache une forêt foisonnante, (350 000 négatifs)  presque une imposture si on ne retient que ça de Doisneau, homme fidèle à une certaine idée de la vie fraternelle,à sa banlieue, à ses gens de peu, mais tellement attachants.

On croit que le Paris de Doisneau a disparu, c’est vrai et c’est faux. Aujourd’hui, c’est en couleurs qu’il ferait les tableaux de rue. En photos pastels ou gouaches que ce badaud émerveillé mettrait en images un autre Paris. Qui n’a plus les mêmes concierges pittoresques, les clodos sont SDF, et c’est peut-être du côté des campings sauvages de Stalingrad de La Chapelle, ou des paysages des nouvelles halles qu’il irait voir le monde d’aujourd’hui… Avec madame Sabine, ou l’ombre de Jacques… sur un air de Crolla ? C’est qu’il m’a semblé percevoir à travers ce documentaire, la vie rugueuse, parfois, et l’amour de la vie, toujours.

C’est sur ARTE+7 en replay, encore 5 jours,  cours-y vite cours-y vite le bonheur est dans la télé.. Pour une fois…

Clic sur le logo, et go !arte-logo

Norbert Gabriel

  • Extrait d’une lettre de 1986 ou 87.
  • Lettre Doisneau 25-10-2016 16-01-34 3129x2476.JPG
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