Jean-Pierre Leloir, l’homme qui aimait les artistes

8 Nov

Livres photo spectacle AAAQue c’est beau la photographie … chantaient les Frères Jacques… Certes, mais c’est comme tout, le pire peut côtoyer le meilleur. Et parfois… Mais l’heure ne sera pas à la morosité mais à une vision plutôt positive…

Quelques livres,

  • Pierre Jamet, Fred Mella, Paul Tourenne (Temps de pause)
  • Georges Dudognon (St Germain…)
  • Robert Doisneau (La vie d’un photographe) plus le CD, « Le braconnier de l’éphémère)
  • Jean-Pierre Leloir (Portraits de la chanson française)

Jean-Pierre Leloir, l’homme qui aimait les artistes

C’est sans doute le plus grand photographe de spectacle de notre génération, essentiellement connu pour ses images dans le monde de la musique, la chanson, le jazz, et la célébrissime photo des trois grands, dont voici une autre version avec l’auteur en action:

LeloirPhotographiant

Quelques photographes contemporains ont largement illustré dans leurs albums leur amour du genre humain, dans toutes ses variations, Boubat, Denise Colomb, Doisneau, Ronis, par ordre alphabétique. Quelques paparazzi ont largement montré que l’ignominie n’a pas de limite dans la recherche de l’image choc, à n’importe quel prix. Ce qui rappelle une anecdote de Robert Doisneau, au cours d’un voyage dans les Alpes lors de la transhumance, il fait un bout de chemin avec un troupeau, et une voiture folle oublie de freiner, percute le troupeau, et voilà une dizaine de brebis tuées… Quand il raconte ça, on lui demande,

  • –  Tu as fait des photos ? 
  • – Non, j’ai consolé le berger...

En visitant des expos diverses, dont des expos de photos, il m’arrive souvent, trop souvent, de penser que j’ai envie de consoler l’artiste qui a servi de modèle, en s’exposant sur scène. Avec en fond sonore une petite voix qui chantonne:  Gardez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge.

Doit-on considérer que le fait de s’exposer en scène permet à tous les voleurs d’images de se servir sans se gêner, et de disposer de cette image en propriétaire absolu qui peut se dispenser de l’autorisation du modèle ?

Sans oublier que ce libre-service s’accompagne souvent de désagréments pour le public, avec la noria devant la scène de quelques professionnels de la profession, équipés de téléobjectifs maousses; néanmoins, on se met à 2 mètres du sujet, et malgré les sonos qui tonnent, les clics-clacs du réflex se font bien entendre du public, enfin du public qui écoute vraiment, étant donné la tendance lourde des publics brandissant des smartphones ou des tablettes pour voir dans un écran de 50 ou 100 cm2, ce qui se passe sur la scène de 150 m2… Est-ce bien raisonnable ?

Les temps modernes de la photo numérique mettent à la portée d’amateurs à peine avertis des prises de vue qui demandaient une connaissance technique éprouvée au temps de l’argentique, et avec des films de 36 poses (parfois 72) il fallait réfléchir avant de cliquer. Qu’est-ce je veux montrer ? Comment je vais le montrer ? Comment ce sera perçu ? Et privilégier la perfection technique ou l’émotion?

Parfois l’excellence de la définition permet de montrer le moindre bouton sur la peau… C’est de la photo de dissection, et c’est que voulaient éviter les portraitistes des années 40, avec leurs plaques-négatifs en 30×40 parfois (Centimètres) ils mettaient un tulle pour adoucir la crudité du cliché, et garder un peu de magie dans l’image. Mais ceci est une autre histoire de temps révolus.

Une photo d’Allain Leprest, prise quelques temps avant sa mort m’a profondément choqué, ceux qui ne connaissent pas Leprest vont y voir le visage d’une sorte de zombie terrifiant, limite vampire pervers cruel, et cette image ne correspond à aucune des chansons de Leprest, à la rigueur « Je hais les gosses » prise au premier degré… Techniquement la photo est bonne, pour figurer dans un album de freaks, mais pour faire aimer Leprest, c’est le contre emploi total.

Jean-Pierre Leloir, Robert Doisneau, Georges Dudognon, Willy Ronis ont aimé les artistes qu’ils ont photographiés, même avec une photo-vérité, il émanait une tendresse dans leur approche de l’image. Le paparazzi se fiche de ces considérations, seule compte sa chasse à l’image, comme un sniper sans état d’âme, pourvu que l’image soit dans la boîte, il shoote . Et se shoote avec ses images-choc. Et avec les réseaux dits sociaux, les dommages sont plus fréquents que les hommages. C’est sans doute une idée obsolète de respecter le droit à l’image, et les accords amiables d’un(e) artiste qui a demandé « pas de photos » et qui doit le répéter pendant son spectacle aux trublions qui n’ont même pas la discrétion d’être invisibles. C’est juste une question de respect.

Puisque que Leloir est le sujet de départ, quelques images d’artistes qu’il aimait, et comment il les montrait.

jp leloir montage

Extraits du livre « Portraits de la chanson française » (2012)

Et enfin, un portrait biographique par Fred Hidalgo.

Norbert (Nicéphore)  Gabriel

Last but not least, il y a quelques années, Eric Barbara photographe jazz a exposé une superbe série d’images mettant en beauté Elisabeth Caumont et Manu DiBango lors d’une cérémonie Victoires du jazz, il avait écrit en dédicace pour l’exposition:  » Elisabeth et Manu, mon seul talent c’est vous. » Quand il m’arrive de montrer une photo de spectacle un peu réussie, j’ai toujours cette dédicace en tête.

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6 Réponses to “Jean-Pierre Leloir, l’homme qui aimait les artistes”

  1. Danièle Sala novembre 8, 2015 à 22 h 13 min #

    Je viens de consulter la galerie de photos de Jean-Pierre Leloir, et si j’ai reconnu pas mal de photos déjà vues ici ou là, j’ignorais qu’elles étaient de lui ! Il faut aimer les artistes en effet, pour saisir ces instants de grâce au vol , et la photographie est aussi un art majeur, dans cet esprit là, pour les paparazzi, c’est une autre histoire !
    Merci pour cette rencontre monsieur Nicéphore ( Nièpce je suppose !)

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  2. Annick Roux novembre 9, 2015 à 0 h 34 min #

    Eh oui, savoir aimer, c’est un talent. Merci, cher Norbert, d’être aussi savant.

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  3. Elisabeth Caumont novembre 9, 2015 à 14 h 37 min #

    Merci Norbert, pour ce bel article (comme toujours).
    Laissez-moi vous confier une plaisanterie d’Henri Renaud, grand homme du jazz, pince sans rire, à propos de ce photographe qu’il appréciait beaucoup par ailleurs mais auquel il accordait volontiers ce bémol: Leloir est cher!

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    • leblogdudoigtdansloeil novembre 9, 2015 à 14 h 53 min #

      Parfois, être cher est aussi une façon de se faire respecter dans certains milieux… Une amie photographe a beaucoup donné -dans tous les sens- en photographiant Allain Leprest, le moins qu’on puisse dire c’est qu’on lui a peu rendu (Allain l’a toujours considérée comme une vraie amie) et ses photos circulent sans même le crédit parfois… Une anecdote qui situe certains interlocuteurs, une structure pro lui demande quelques photos, elle passe quelques heures en labo, c’était de l’argentique tiré sur papier baryté, et demande le remboursement des frais, dans les 50 frs d’avant 2000, on lui a renvoyé ses photos, par coursier, avec un mot disant qu’il n’y avait pas de budget… Mais il y en avait un pour le coursier qui a dû coûter plus de 50 frs… Voilà voilà…

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  4. leblogdudoigtdansloeil novembre 11, 2015 à 16 h 39 min #

    Courriel du jour.

    Merci Cher Monsieur de nous avoir fait partager votre passion et sans doute plus, pour Monsieur Leloir.

    France Brel l’admirait et Jean-Pierre avait gardé avec elle, avec sa famille, une relation très affectueuse qui nous valu des contacts précieux jusqu’au terme de sa vie.

    C’est avec Marion maintenant que nous poursuivons la mise en valeur des superbes photos que son Père a prise de Jacques Brel e.a. et qui sont de véritables icônes.

    Bien à vous.

    Francis de Laveleye.
    Editions Jacques Brel

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  5. Pascal novembre 30, 2015 à 18 h 30 min #

    En écho à ce bel article et en clin d’œil à Jean-Pierre (que j’ai croisé sur de nombreux festivals) :

    http://www.pascalkober.com/index.php/dans-les-festivals-de-musique-la-photo-de-presse-menacee.htm

    Ainsi que ce compte-rendu de quelques concerts de l’édition 2015 du festival Jazz à Vienne, paru dans la revue Jazz Hot, et qui illustre concrètement le propos précédent :

    http://www.jazzhot.net/PBCPPlayer.asp?ID=1618901

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