Archive | décembre, 2015

Daniel Balavoine, Je m’présente, je m’appelle Daniel..

31 Déc

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Je m’présente, je m’appelle Daniel… France 3, mercredi 30 Décembre 2015.

Si vous avez raté ce documentaire, un replay s’impose. Même si on connait bien Daniel Balavoine par quelques livres, dont les entretiens avec Didier Varrod, les témoignages d’artistes qui ne l’ont pas connu, trop jeunes, montrent à quel point il est une référence dans des milieux aussi différents que le rock et le Rap.

On peut aussi constater que ce personnage hors du commun, avec une voix atypique selon les critères de la variété a immédiatement séduit des découvreurs, Michel Berger, Patrick Juvet qui a été son premier soutien, Léo Missir, directeur artistique chez Barclay a mis tout son poids pour convaincre Barclay qui n’y croyait pas du tout…

Photo Alain Marouani

Photo Alain Marouani

Et Berger voit en ce chanteur à la voix androgyne, le personnage violent Johnny Rockfort… Comme s’il avait perçu la force et le caractère de Balavoine..

En fil rouge, Joana Balavoine, sa fille née quelques mois après l’accident de 1986, accompagne ce parcours biographique, ce portrait approfondi d’un des artistes les plus attachants de ces 50 dernières années.

Cet excellent documentaire de Didier Varrod, co-réalisé avec Nicolas Maupied, propose aussi un hommage chanté, avec une reprise acoustique des « Oiseaux », chanson de 1978, proposée par Joana Balavoine. Une façon pour la jeune femme de « dire merci » à ce père « qu’elle n’a pas eu« . Avec cette précision en conclusion du documentaire : « Je le ferai une fois, je ne le ferai pas deux fois, j’ai envie de passer à ma vie. »

En attendant, une de ses chansons emblématiques, et c’est toujours d’une criante actualité …

Pour le replay, voici un lien possible: http://www.france3.fr/emission/je-mpresente-je-mappelle-daniel/diffusion-du-30-12-2015-20h55

Prophétique:  « Nous sommes maintenant à un point, pour les générations futures, le monde est à faire,  et il n’est même pas besoin de défaire celui qui est passé, puisqu’il se défait tout seul.
Il est en train de se décomposer religieusement, idéologiquement, c’est un vrai merdier.
Mais je crois que c’est pas une raison pour avoir peur, je crois au contraire,que c’est une excellente raison pour avancer. » Daniel Balavoine

NB: dans ce doc, il y a un moment très intéressant, l’extrait de la fameuse apostrophe à Mitterrand et à la politique, on a souvent vu l’intervention de Balavoine, mais là on voit ce qui s’est passé juste avant, le journaliste qui dit qu’on n’a pas le temps, et Balavoine  quitte le plateau plutôt que limiter son intervention à quelques secondes. Et c’est Mitterrand qui le rappelle.

Norbert Gabriel

Elek Bacsik, un homme dans la nuit

30 Déc

elek-bacsik-couvLa surprise de cette fin d’année, c’est de découvrir que je ne connaissais presque rien d’Elek Bacsik.

Ou plutôt, ce que j’en savais n’était qu’une petite partie , le pic de la montagne, sans voir le massif qui en est la base. Peut-être que je ne suis pas le seul à avoir réduit ce musicien éclectique et polytalentueux à ses interprétations de tubes « Take five » ou « Blue rondo à la turk » à ses passages aux côtés de Nougaro, Jeanne Moreau, Sacha Distel, Gainsbourg, dans des jazzeries be-bop dews années 59-60.

Dans ces années-là, 1959-60, quelques musiciens américains étaient bien installés dans le jazz en France, et quand Elek Bacsik est arrivé, il me semblait plus proche de Barney Kessel, Tal Farlow ou Jimmy Raney que de Django, dont il avait le caractère fantasque.

En 1959 enfin, il arrive à Paris, où il peut jouer le jazz qu’il aime. Le pianiste afro-américain Art Simmons, qui l’avait vu jammer dans un club parisien, l’appelle pour compléter son trio au Mars Club, près des Champs-Elysées. Michel Gaudry était alors à la contrebasse. En France, Elek Bacsik travaillera à la fois avec des jazzmen (Kenny Clarke, Clark Terry, Dizzy Gillespie, Lou Bennett, Georges Arvanitas, Quincy Jones, Bud Powell,etc.) et des artistes de la chanson française (Barbara, Serge Gainsbourg, Claude Nougaro, Jacques Higelin, Jeanne Moreau, Juliette Gréco, Sacha Distel) s’établissant ainsi une réputation auprès du grand public. Ses reprises de « Take Five » et « Blue rondo à la turk » sont jouées en boucle à la radio et dans les booms.

ELEK AAAElek Bacsik est un « Rumungre » un rom hongrois, un tzigane, avec tous les marqueurs de cette folie musicale , ce désespoir joyeux qu’on noie dans toutes les ivresses. Prima la musica, et la vie et la fête avec les potes, le métier n’est pas l’essentiel, on nourrit sa vie de ses passions, et parfois, ces passions nourrissent le musicien. N’empêche, avec Take five, je l’ai entendu « américain » comme tous ces jazzmen qui ont accompagné des français, Nougaro, Jeanne Moreau, Barbara, Gainsbourg…

Et comme sa carrière s’est poursuivie avec succès outre Atlantique, il m’était resté américain.

Et puis, en 2015, voici le livre de Balval Ekel, la quête d’une femme qui découvre à 46 ans qu’elle est la fille d’Elek Bacsik, étrangère dans la famille où elle est née, sa mère ne lui dira jamais rien. Elle doit recomposer toute son histoire secrète, retrouver les témoins qui ont connu Elek Bacsik, et se dessine le portrait d’un personnage hors du commun, un surdoué de la musique, jouant avec un égal talent de 10 instruments, parlant 6 langues, co-opté par les plus grands jazzmen, ayant accompagné des artistes de premier plan dans la chanson…

Et tous ses partenaires, français, américains de toutes origines l’ont immédiatement perçu comme un des leurs, le tzigane est par nature de tous les pays, et la musique n’a pas de frontières.

Ce livre est à la fois une sorte de roman vrai, la recherche des origines, les doutes et questions que se posent pas mal de gens quand ils ne sont pas en accord avec leur famille… Qui sont mes vrais parents ? Pourquoi ces parents qui ne me ressemblent pas ? Et à qui je ne veux pas ressembler.

Et c’est aussi la rencontre de tous les acteurs du monde du jazz dans les foisonnantes années 50-60, dans cette France terre d’accueil qui s’est enrichie de toutes les musiques migrantes.

Last but not least, merci infiniment à Serge Leroux qui m’a proposé de découvrir et de m’envoyer ce livre, lu dans la nuit, avec passion.

Elek Bacsik Un homme dans la nuit de Balval Ekel aux Editions Jacques Flament.

Un exemple de ses talents multiples, quand il se met en quatre… Take five,

Autre moment, en bonne compagnie,

et pour finir, en solo,

Norbert Gabriel

Pour bien commencer l’année…

27 Déc

Xavier Lacouture descend du singe…

X lacouture afficheComme on dit, Y a pas de mal à s’faire du bien, et on peut commencer dès le 4 Janvier avec l’extraordinaire Xavier Lacouture, qui fait son coming out, une révélation qui va en étonner plus d’une et plus d’un… L’affiche est mensongère, le gorille, comme dit tonton Georges ne brille ni par le goût ni par l’esprit, et si vous connaissez quelque peu Lacouture, la filiation n’est pas possible, en revanche, une filiation Bonobo, ça peut être crédible, voire probable…

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Il m’aura fallu du temps pour admettre que j’étais un primate comme les autres. Même si j’ai trop longtemps caché mon jeu, j’assume totalement dans ce spectacle la part primitive de mon identité et je m’inscris en faux contre cette idée reçue qui dit qu’un singe est un homme qui n’a pas réussi.

Si le pire n’est jamais sûr en général, avec Lacouture le meilleur est toujours garanti. Avec : Xavier Lacouture, Jean-Luc Pacaud (percussions), Thierry Garcia (guitares).

Et c’est à 20h au Vingtième Théâtre, le 4 Janvier 2016.  Toutes infos utiles  ICI,   et LA.

 

………..

Val Mischler 8 janvier 2016 fly 2338x2486Après ça, on peut se remettre avec une bonne tournée de Tout feu tout femme… de Valérie Mischler avec Xavier Rubin.

Show très chaud avec des variations et évolutions possibles, puisque c’est un spectacle interactif que les spectateurs/trices peuvent enrichir de leurs témoignages… (écrits, le happening en direct n’est pas encore au programme)

N’oubliez pas de réserver, et d’arriver à l’heure, ça commence vraiment à 19h30.

Tél 06 03 22 02 88

……….

 

A partir du 15 janvier, au Théâtre des Mathurins,

chansons-aux-encheres-affUn spectacle de Laurent Viel (chant) et Thierry Garcia (guitares) – Conçu en collaboration avec Xavier Lacouture.

C’est à des enchères inestimables que vous invite Laurent Viel. Un véritable trésor sera proposé à la vente : des perles de mots, des joyaux d’idées, des bijoux de mélodies, des œuvres-d’art chargées d’histoires, mais d’abord de votre histoire.

Au-delà des chansons, devenez l’heureux acquéreur d’une part de vous même en retrouvant les émotions liées à ce précieux héritage. Vous réglerez en rires, en larmes ou en battements de cœur, et ça, ça n’a pas de prix.

Et avec ce trio gagnant, succès garanti ! 

« Chansons aux enchères » tous les vendredis et samedis à 19h00 (séances supplémentaires tous les samedis à 17h00)

…….

Et à partir du 13 Janvier,

LILI CROS ET THIERRY CHAZELLE

s’installent au Zébre de Belleville pour 3 semaines, du 13 au 30, pour leur nouvel album, dont voici quelques échos,  Peau neuve, le genre de soirée où on prend du bonheur à revenir, avec des amis, avec des copains,  avec tous ceux à qui vous voulez faire plaisir.
lili couvBon an mal an, Lili et Thierry enchantent les routes de France avec 150 concerts en moyenne, et il faut bien ces 3 semaines de vie parisienne pour régaler l’Ile de France.
C’est du mercredi au samedi, on se le dit, on se le chante, et on se retrouve au Zèbre de Belleville.

On réserve ici!

 

Et pour faire vos repérages, nourrir votre agenda, une seule adresse,     

                                                                                   cliquez ici ———————–=>logo_quichantecesoir-200

 Lit, persiste et signe,

Norbert Gabriel

Pentimento, Bernard Joyet et Ricardo Muti

25 Déc

 

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Le(s) pentimento(s)* de l’année, ce sont deux livres parus en 2012 et 2014 qui méritent un coup de projecteur.

phrecueil-autodidacteBernard Joyet « Autodidacte »

Bernard Joyet est un des auteurs compositeurs interprètes les plus complets, il sait tout faire, et dans la liste très restreinte des auteurs de chansons qu’on peut lire sans les notes, il est en bonne place dans le top 10, voire de top 5. Ses textes sont publiés dans une collection, Paroles d’aujourd’hui, dans une belle et élégante typographie classique, classieuse, pour cette écriture experte qui sait « mettre en valeur la fantaisie débridée, la formidable liberté de conscience et de ton, la franche dérision qui accompagne souvent les propos les plus graves, sous la plume agile et infatigable de ce contempteur des imbéciles qui se prennent au sérieux. » (Juliette)

Si vous avez du plaisir à entendre « Le gérontophile » ou le truculent « Princesse » vous prendrez autant de plaisir à déclamer « La Bible » pour la bonne éducation de vos proches qui auraient oublié quelques pages de leur catéchisme … C’est une utile révision de cette fiction magistrale, et Joyet vous la fait en 120 alexandrins au lieu des 66 livres, 1189 chapitres, 31 102 versets, et plus de 775 000 mots… Et c’est bien plus drôle…

Bernard Joyet 23-11-2014 18-59-00Mais Bernard Joyet, c’est aussi

Icare valsait sur mes airs

J’avais l’audace du timide

Et du haut de mes pyramides

Je peuplais d’arbres le désert

Je traînais mon âme d’enfant

Les mains vides, les poches pleines

D’espérances de porcelaine

Dans un magasin d’éléphant.

De l’humour, de la grâce, tendre et narquois, un homme de bonne compagnie.

Autodidacte (Christophe Chomant Editeur)

On trouve ce livre ici  chez l’auteur.

………………………..

Muti livreRicardo Muti « Mémoires » 

Le monde de la « grande musique » comme celui de l’opéra, semble souvent ésotérique au commun des mortels, qui se sent étranger à ces grands messes rituelles aux codes particuliers. De temps en temps l’écho d’un scandale étonne, résonne, une sorte de guerre pichrocholine, souvent italienne, et ça se passe souvent à la Scala de Milan, la Mecque de l’opéra.

Il faut avoir quelques gènes ritals pour ressentir ça; l’italien de toutes conditions sociales baigne dans l’opéra comme la sardine dans le port de Marseille. Dès l’âge premier, ses biberons sont accompagnés de bel canto, aussi bien Ô sole mio, que La donna è mobile (Comme la plume au vent) et c’est l’union sacrée de la Sicile au Piémont, magnifiée par Verdi autour du Risorgimento.

Dans ses « Mémoires » Ricardo Muti raconte avec son parcours de musicien chef d’orchestre, ce qu’est l’interprétation des œuvres dont on ne connait pas ce que furent les créations originelles. Avec l’étude approfondie des partitions, Ricardo Muti montre comment on peut apporter sa vision de l’oeuvre, tout en respectant le compositeur. C’est parfois un détail « technique » qui va donner une couleur particulière, un son plus dense, plus noble : faire baisser le diapason au La 432** au lieu du La 440 habituel.

Comme le retour aux documents originaux et tout l’appareil critique de l’époque permet de remettre dans le sens originel certains livrets qui ont été ‘corrompus’ par des infléchissements divers instituant des versions qu’on croit, à tort, de référence.

C’est comme au théâtre quand la tradition fixe un personnage en trahissant l’auteur, exemple Cyrano, que la tradition fait jouer par des comédiens de 40 ans, alors que Cyrano a un peu plus de 20 ans au début de la pièce, c’est un cadet de Gascogne, pas un vétéran, ce qu’il sera toutefois dans le dernier acte..

Ricardo Muti, chef d’orchestre, scrute tous les menus détails qui ont déformé l’oeuvre, il relit pour retrouver la vérité originelle, y compris dans le texte. L’opéra, c’est aussi paroles et musique. Et en ce sens, ce livre de mémoires est un bréviaire pour tous les interprètes.

Riccardo_Muti_2009On y trouve aussi de ces morceaux de bravoure qui feraient la bonheur des scénaristes cherchant « le coup de théâtre », comme cette soirée du 2 Juin 1995 qui eut des échos dans le monde entier, y compris dans une gazette locale de San Antonio (Texas). Les faits : La Traviatta est programmée, le théâtre est « sold out », mais c’est une période de négociations difficiles entre les tous personnels de la Scala et la direction du théâtre, et quelques minutes avant d’entrer en scène, Ricardo Muti apprend que la représentation va être annulée, l’orchestre est en grève. Le public est dans la salle, et ce genre de péripétie, à Milan, avec ce public passionné, c’est presque un début de guerre civile. En quelques instants, Muti décide de remplacer l’orchestre, en jouant lui-même au piano, qu’il faut amener en urgence sur scène, le fixer sur le plateau qui est en pente, pendant que les ouvreuses vont chercher à l’extérieur les spectateurs qui ont commencé à sortir. Et qui reviennent. Et qui vont assister à un moment unique d’opéra en partie improvisé, le chef au piano doit escamoter au vol des parties entre le choeur et l’orchestre, qui ont quitté le théâtre, mais le corps de ballet est resté et les chanteurs dans cette situation extrême se sont surpassés. Un pur moment de légende façon Hollywood, avec en extra bonus, l’arrivée de la Raï avant la fin de la représentation pour filmer… Cette histoire anecdotique, et exceptionnelle, met en évidence le rôle de metteur en scène polyvalent qui peut échoir à un chef d’orchestre dans le spectacle vivant. A la fois deus ex machina, interprète, virtuose de l’adaptation face aux aléas.

L’essentiel à retenir, et c’est accessible à tout lecteur intéressé par la création musicale, est dans la recherche et l’étude des œuvres, pour bien comprendre ce que voulait dire l’auteur, et ne pas le trahir dans l’esprit de ce qu’il a fait. C’est valable aussi pour la chanson.

  • Pentimento, le repentir du peintre qui revient sur une partie d’un tableau… et aussi un remords d’avoir oublié quelque chose
  • ** Le LA 432, en image, c’est ça:
  • la 432

Et si vous avez envie d’en savoir plus sur les diapasons dans l’histoire de la musique, voici un article qui en fait un panorama assez complet

Norbert Gabriel

Lettres à l’ami de l’ombre, Piaf et Jacques…

24 Déc

Lettres à l'ami de l'ombre couv

Ou le poète et la petite fille..

Il a été l’homme qui est resté le plus longtemps dans la vie de la Môme, dans l’ombre, son pygmalion, celui qui a fait d’une gamine presqu’inculte, une femme qui a très vite acquis une belle maîtrise du français, sans oublier la vivacité de la langue gouailleuse et colorée de la rue.

Leur histoire est une longue histoire d’amour, que Jacques Bourgeat définit avec pudeur :

 Ce n’était pas de l’amour au sens précis du terme. C’était plus, c’était moins… Je crois seulement que c’était mieux.

De 1935 à 1963, le lien est constant, quand ils ne se voient pas, ils échangent des courriers, Piafou restera toujours sa petite fille, elle lui confie tout. Elle lui doit une culture qui s’approfondit, la jeune femme qui écrit presqu’en phonétique dans les années 30, suit ses conseils de lecture, découvre la philosophie, l’architecture, Platon, le jansénisme, Pascal, elle se gardera toujours de faire la pédante, elle reste la môme de la rue, mais son instinct et son intelligence lui donnent une capacité de progression hors du commun. De sa première lettre à Jacquot en 1936 à celles qu’elle écrit à un de ses amoureux en 1951, l’écriture s’est affirmée, et extrait lettre piaf 1936 2306x3369les fautes ont disparu.

Son Jacquot sera le guide , sa référence, père spirituel, l’ami absolu. Un érudit autodidacte, un honnête homme à l’ancienne, qui lui a écrit la première chanson originale de son répertoire, « ‘Chands d’habits »…

Elle lui raconte tout, et cette longue correspondance est longtemps restée secrète, Jacques Bourgeat a remis les lettres (pas toutes les lettres , une centaine) à la Bibliothèque Nationale, sous réserve qu’elles soient protégées jusqu’en 2000.

On y voit se révéler les très proches, les vrais amis fidèles, celles et ceux qui n’ont jamais trahi, Loulou Barrier est de ceux-là, par contre Momone a été éjectée en 1948, même si elle est revenue régulièrement chez Edith, et tout aussi régulièrement virée de la maison.

Dans ce recueil de la correspondance entre Jacquot et Piafou, on trouve aussi du courrier destiné à « Poussette » l’épouse de Jacques Bourgeat, des lettres de Loulou Barrier à son pote Jacques, son vieux frère, qui prend le relais épistolaire quand Edith n’est pas en état de le faire, au cours de ses accidents de santé.

C’est sans doute le plus émouvant des livres sur Piaf, celui d’une longue et belle histoire entre une petite fille et un homme ‘de lettres’ à la fidélité sans faille.

Chez l’Archipel 2015.

 

Norbert Gabriel

PRIX CHORUS : jusqu’au 15 Janvier 2016…

23 Déc

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Le Département des Hauts-de-Seine propose la 7è édition de son dispositif de repérage de jeunes talents, « Le Prix Chorus ». Celui-ci s’adresse à tous les groupes ou artistes de musiques actuelles résidant en France.

Il récompense un groupe ou un artiste et le soutient dans le développement de sa carrière avec un prix en aide professionnelle d’un montant de 15 000 euros.

QUI ?

Les groupes ou artistes candidats doivent présenter un répertoire de compositions originales, dont la durée d’interprétation sur scène est d’au moins 30 minutes.

Sont exclus les groupes ou artistes étant engagés contractuellement avec une major (contrat d’artiste-interprète).

L’âge des candidats est compris entre 13 et 35 ans (pour au moins la moitié des membres s’il s’agit d’un groupe).

Les mineurs non émancipés doivent être munis d’une autorisation parentale pour présenter leur candidature. Les auteurs-compositeurs au sein des groupes candidats, doivent être inscrits, ou en cours d’inscription à la Sacem

Feu ! Chatterton, Concrete Knives ou Elephanz ont été découverts par le Prix Chorus.

Postulez au prix chorus en ligne

Jusqu’au 15 janvier 2016.

Une page vous permet de proposer votre participation en ligne, de façon dématérialisée. C’est là.

Et si vous préférez postuler au prix chorus par voie postale, vous pouvez  télécharger le PDF du dossier.

Et Rendez-vous en Avril …

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Barbara l’intégrale (livre)

22 Déc

Barbara l'intégrale

En cette fin d’année, Barbara est revenue à la une avec des débats enragés sur la légitimité qu’auraient certains de chanter ses chansons, et de les ré interpréter. Qui a le droit, qui ne l’a pas, c’est pas nouveau dans la chanson, toute reprise est la source de chicayas enflammées, parfois empoisonnées. Et il ne convient pas de contrarier certains maîtres de la bonne chanson dans leurs diktats impératifs. Laissons ces débats en marge, pour aller à l’essentiel : comprendre ce qu’on chante, et ne pas trahir l’auteur (avec des mots qui changent le sens, avec des vers inversés, avec des strophes oubliées, la liste des avanies est longue…)

Dans la liste des interprètes qui ont mis Perlimpinpin à leur répertoire, quelques uns prennent parfois de menues libertés avec le texte, des détails qui changent le sens, on ne s’en aperçoit pas forcément à l’écoute quand l’interprétation est intense, musicalement réussie, mais… Mais quand Barbara écrit « mais voir jouer la transparence » et qu’on entend « mais faire jouer la transparence… » le sens, et l’intention sont différents. Barbara apportait parfois des variantes, ou, en concert, comme pas mal de ses collègues, elle pouvait faire des erreurs. L’artiste peut aussi évoluer, quand Mouloudji chante « Faut vivre » en 1990, il varie de sa version initiale de 1973*. En reprenant les textes de référence, et la façon dont les chansons sont parfois revues à cause de modifications plus ou moins judicieuses, on constate que l’interprète peut en toute inconscience trahir l’auteur. Un des plus beaux exemples étant Christophe qui confond « Ma mie » de Georges Brassens, avec « Maman… »

L’intégrale -revue et augmentée- rassemble tous les textes de Barbara, avec, pour chaque chanson, une intro la situant, dans la vie de Barbara, en scène et hors scène, avec les variantes qu’elle a apportées pour ce qui est des enregistrements.

C’est une réédition de « Ma plus belle histoire d’amour c’est vous » une promesse de Barbara à l’éditeur qui lui demandait,   et si nous réunissions vos chansons en un recueil ?  ce qui ne semblait pas de première nécessité selon elle. Elle avait été publiée dans Poètes d’aujourd’hui, collection devenue « Poésie et chanson » après sa suggestion à Pierre Seghers.

Mais, si je décide de faire ce livre un jour ce sera avec vous .

Après quelques tergiversations et péripéties secondaires, le livre paraît, puis est réédité en 2012, enrichi. Il y a toutes les chansons, mais aussi tous les textes, Lily Passion, ce qu’elle préparait en intro pour chacun de ses spectacles, des ébauches, des brouillons, des strophes inédites de Nantes, l’Aigle noir, Perlimpinpin, des interviews radios…

Ceux qui liront sans entendre sa voix seront surpris de découvrir un écrivain.  (Jacques Attali) Ce qui n’est pas si fréquent en matière de paroles et musiques, c’est aussi une femme poète qui fait de sa vie le film d’une femme qui chante. Avec la musique des mots en harmonie parfaite avec la mélodie.

Joel July explore l’univers poétique de Barbara, Jean-Marie Jacono situe l’univers de musical, et vous êtes parés pour commencer le voyage en 1958, avec la première chanson enregistrée, son premier passage à la télé,

J’ai troqué mes chaussettes blanches

contre des bas noirs,

Et mon sarrau du dimanche

Contre de la moire

pour aller en 1996, vers la dernière strophe :

Je chante ma vie en piano noir

Toute en strass Dans mon miroir

Je suis une chanteuse de boulevard

et elle conclut, dans un entretien sur la voix «  la voix c’est la musique de l’âme. »

L’Archipel 2012

Norbert Gabriel

NB, cet article (revu et augmenté)  avait été publié en 2012 sur un site chanson, mais il a disparu depuis.

  • Pour « Faut vivre » et ses variations, voir ici.

Peau neuve, Lili&Thierry

21 Déc

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Le monde ouvert à ma fenêtre
Que je referme ou non l’auvent
S’il continue de m’apparaître
Comment puis-je faire autrement

En réponse à Jean Ferrat, quelques titres de l’album

Le rythme est amour, Offre-moi, Ton sourire,

et qui a dit à l’autre,

Pour toi, je me couperai en deux,

Jamais je baisserai les bras

Le monde qui pèse sur tes épaules, je t’aiderai à le porter

Tant que tu navigueras sur mes flots, Jamais rien ne m’arrêtera...

Photo d'archives NGabriel

Photo d’archives NGabriel

Le monde ouvert à ma fenêtre (…) avec son bruit et sa fureur… C’est vrai, mais parfois le hasard, qui ne fait rien par hasard vous envoie un droit de réponse qui balaye d’un grand coup de soleil les petites avanies quotidiennes, les querelles misérables, les chicayas vipérines … Ça ne change rien aux grands problèmes du monde, mais dans nos petites vies ordinaires, c’est très très bien pour vous ravigoter le moral.

La semaine dernière est arrivé un lot d’albums particulièrement jouissifs. Il y a en d’autres qui vont suivre dans ces chroniques parfois foutraques, et aujourd’hui, à la veille du solstice d’hiver, on fait Peau Neuve avec Lili et Thierry… Leur précédent album, c’était Tout va bien, je mettrai volontiers en sous-titre à celui-ci : Tout va de mieux en mieux… Sans vouloir être désobligeant avec ce qui a précédé, mais là, il y a une aura, un rayonnement encore plus contagieux qu’avant. Si-si, c’est possible.

Et si on est quelque peu agacé par des chafouineries aigrelettes, la médication est souveraine, faites tourner Peau neuve, et vous êtes immunisé, imperméable aux mesquineries, aux rancoeurs malsaines. C’est donc mon premier geste au réveil, play it again, et la vie est plus belle. Comme d’habitude, avec ce couple lumineux ( je pense à Fontenay aux Roses, quand Maxime était amoureux de tout un pensionnat, mais mes phantasmes sont plus modestes, je ne suis amoureux « que » de Lili et Thierry, vous pouvez le répéter, c’est pas grave, ils le savent…)

Photo d'archives NGabriel

Photo d’archives NGabriel

En fait cet album tourne chaque fois en répétition, et chaque fois c’est la même béatitude ravie. Et aussi la petite angoisse subséquente, comment faire pour partager en mots tous plats, cette myriade d’étincelles de toutes les couleurs, irisées, scintillantes, comme ces notes graciles qui sonnent avec une musicalité au charme inouï. Avec des chants d’oiseaux aquarellés de nuances africaines, un peu orientales parfois …

C’est un album heureux, et il est contagieux. Et que du naturel, en ces temps d’électro envahissant, un vrai disque bio, c’est rafraîchissant,

Il va falloir attendre début février pour qu’il soit disponible urbi et orbi, mais … Mais il est fort possible que dès le 13 janvier les z’heureux parigots puissent l’avoir au pied de la scène, au Zèbre de Belleville, car en Janvier, du 13 au 30, ils feront les zèbres du jeudi au samedi…

Un aperçu ?

Et la maison magique, c’est là. (Quelque part dans l’Ouest)  Allez-y faire un tour , et demandez la pochette surprise, c’est cadeau.

Norbert Gabriel


LE RÊVE DE SHADRAK : Rencontre avec un groupe qui n’a pour vérité que de « se mettre extérieurement dans l’état qu’on voit intérieurement »

21 Déc

« Du Whisky autour des textes »

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Le Rêve de Shadrak, qu’est-ce ? Certes, un groupe de Rock qui tire son nom d’une chanson composée lors de ses balbutiements. Certes, une musicalité sombre et introspective qui germe, sourd et se développe doucement jusqu’à envahir l’espace. Certes, un instant intemporel qui semble se dilater à perte d’ouïe au cœur des concerts, où se joue la rencontre d’instincts fauves et d’une quête spirituelle explorant les tréfonds d’une âme. Mais le rêve n’est pas que celui de Shadrak. C’est avant tout celui d’une aventure humaine amorcée par la créativité artistique et l’amour du jeu collectif, provoquée par le hasard –quoi que-, mise à l’épreuve par l’adversité, nouée par une philosophie commune et une amitié indéfectible, aventure tellement pleine de sens qu’on l’en croirait prédestinée. D’ailleurs, si la rencontre des quatre membres du groupe relève de la magie du hasard, qui a dit que le hasard était insensé ? Certainement pas les musiciens de la formation, ni leur public qui se laisse atteindre et pénétrer en profondeur, à chaque concert, par l’intensité de sa musique.

Après huit ans d’existence et d’expression scénique, le Rêve de Shadrak se trouve désormais plus uni que jamais, œuvrant à l’enfantement de son premier album. C’est à Bordeaux, dans l’antre qui lui sert de lieu de vie, de travail et de partage, que nous rencontrions il y a quelques jours Fred (chant, harmonica), Sam (batterie), Arnaud (guitare) et Thom (basse).

 

– Bonjour et merci de nous recevoir. Depuis huit années le public suit votre aventure au gré des concerts. Malgré l’absence de trace discographique professionnelle et l’adversité du temps qui menace et qui use la vie des groupes bien plus souvent qu’elle ne l’encourage, votre formation est restée debout et intacte. Comment vous êtes-vous connus et soudés ?

– Arnaud : Sam et moi avons fondé notre premier groupe à 13 ans. J’avais étudié la guitare classique 8 ans de conservatoire d’Antibes. Mais ça n’avait pas grand-chose à voir avec la guitare électrique, donc quand j’ai commencé à jouer avec Sam, j’ai dû apprendre les accords, car je ne jouais qu’en arpège jusque là, et surtout, j’ai dû apprendre à jouer avec d’autres, en groupe. Par la suite, nous nous sommes retrouvés au sein du groupe Maverik, dans lequel Thom nous a rejoints. Pour l’anecdote, ce groupe avait remporté le RTL2 Pop Rock Tour d’Aquitaine et cet événement nous a permis de nous rendre compte que nous n’avions pas du tout les mêmes attentes et les mêmes aspirations que le chanteur de l’époque, dont ce prix flattait l’ego. Nos chemins se sont alors séparés. Mais je ne voulais pas tout recommencer à zéro, car former un groupe demande beaucoup d’énergie et d’investissement humain : on s’attache à des personnes, on lie des amitiés et c’est toujours compliqué de rompre cela. Donc nous sommes restés ensemble tous les trois. Bien que l’idée ne nous plaise pas beaucoup, nous avions passé une annonce pour trouver un chanteur-parolier, sur laquelle Fred est tombé un peu par hasard. Le temps et le hasard ont fait les choses ; nous avons construit une amitié autour de la musique et le chemin s’est fait de façon naturelle. On a traversé pas mal de galères ensemble, vécu dans plein d’endroits d’où on s’est faits virer, jusqu’à trouver cet immeuble, dont on a fait notre petit sanctuaire. C’est un lieu retiré, en périphérie de Bordeaux, un peu caché au sens où on peut passer devant sans savoir qu’il héberge de l’expression musicale. Nous pouvons y répéter quand on veut et en prenant notre temps, puisqu’on y habite. On sait au fond de nous que ça aboutira, car Le rêve de Shadrak est plus qu’un groupe ; c’est un projet de vie. Nous avons vécu cette aventure comme une petite plantation que l’on fait pousser et qui grandit peu à peu. Et désormais, faire de la musique ensemble nous est vital : on a besoin de se retrouver pour exprimer quelque chose ensemble et de vivre cette amitié. Je trouve que c’est une belle histoire.

 

– Fred : On a fait notre premier concert en mars 2008, à l’occasion de la Journée de la Femme, aux galeries Tatry. Ce qui est un peu magique dans notre rencontre, c’est que Sam, Arnaud et Thom avaient quitté un groupe où ils ne se retrouvaient plus, et que moi, de mon côté, je sentais que mon groupe, Lola se Noie, mûrissait l’idée de former autre chose, et répétait en cachette sans moi. Pressentant que quelque chose se tramait, je me suis posé la question d’arrêter la musique, après avoir poursuivi ce rêve pendant 5-6 ans et vécu ce que c’était que de faire des scènes et jouer en groupe. Et puis mon écriture avait besoin d’explorer d’autres côtés de la vie, plus obscurs et invisibles, et je voulais évoquer d’autres sujets que celui des femmes, l’essentiel de mes textes pour Lola se Noie y étant consacré. Mes rencontres avec les filles m’avaient inspiré par leur histoire, leurs douleurs, leurs expériences parfois tristes et injustes, qui avaient matière à mettre en colère et donner l’énergie pour écrire. Mais mon univers intérieur changeait. En parallèle, ma vie sociale s’effondrait un peu, et je n’avais plus la force de m’investir dans un nouveau groupe en repartant de zéro, réexpliquer ma philosophie, attendre de voir si ça colle. J’ai donc été visiter un site de rencontre internet de musiciens, sans illusion, avec en tête qu’il fallait tomber sur un groupe déjà composé et ayant pour base une histoire d’amitié sincère, d’influence blues-rock et qui répète à Talence, histoire d’ajouter une contrainte supplémentaire. Leur annonce correspondait en tous points ! J’ai donc poussé la curiosité jusqu’au bout et je suis allé leur présenter un texte que je venais d’écrire « Rien à jouir ». C’était exactement ce qu’ils cherchaient. Nous avons un peu répété ensemble, mais je les ai prévenus que j’avais déjà un groupe qui était prioritaire. 15 jours après, le concert à Tatry pour la Journée de la Femme, où mon groupe devait jouer, avait lieu, avec 110 personnes dans la salle, tous les organisateurs et les associations présents. Au dernier moment, mes musiciens ont refusé de jouer et sont partis, me plantant là. Autant dire que j’avais envie de me pendre ou de m’enterrer… J’ai appelé Thom, Sam et Arnaud et joué deux chansons en acoustique en attendant qu’ils arrivent. 30 minutes après, ils étaient là ! Qu’un groupe remplace le mien au pied levé était inespéré dans ces circonstances, et pourtant ils l’ont fait ! Le concert s’est très bien passé et a satisfait tout le monde. Ma décision était prise. Et de fil en aiguille, de répets en concerts, nous nous sommes soudés. On s’est choisis, mais quelque part je crois qu’une autre force nous a fait nous rencontrer, parce que depuis très jeune, chacun de nous cherche à faire vivre le meilleur de son âme. La preuve en est que depuis 8 ans, il en a fallu des miracles pour que l’on soit encore ensemble, de notre rencontre, aux galères qu’on a traversées, sans parler des changements de copines, de travail, de vie, pour finir dans ce lieu collectif : on a surmonté ensemble tout ce qui tue souvent les groupes.

 

– Thom : En fait le jour du concert, nous avions déjà fait deux répétitions ensemble, alors que Fred jouait encore avec son groupe, qu’il sentait néanmoins se disloquer. Il nous a appelés pour savoir si on pouvait le rejoindre dans ces circonstances et assurer un concert, et nous y sommes allés. On a joué deux-trois morceaux à nous, puis du Blues ; ça a été un peu le point de départ de notre histoire collective.

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– Diriez-vous que votre union repose plus sur une philosophie de vie et une démarche que sur un seul intérêt artistique ?

 

-Fred : Le groupe a suivi tout un chemin depuis le début, passant d’un endroit à un autre jusqu’à trouver ce lieu que nous louons ensemble, et qui, outre le fait de servir de salle de répétition et de studio d’enregistrement, est surtout un lieu de vie collective. Les expériences, les obstacles et aussi une certaine idée de l’intégrité nous ont fait acquérir notre énergie. S’obstiner à prendre du temps était un pari risqué, en termes de vie de groupe. D’autant qu’au vue des compétences musicales de mes amis, il y avait de quoi arriver vite à un résultat en deux ans de travail ; mais ce n’était pas ce à quoi on aspirait. On voulait créer la musique qui nous correspond et être vrais. C’est notre unique prétention.

 

– Arnaud : C’est vrai qu’on a traversé tellement de tempêtes ensemble, en prenant tous les risques parfois, qu’on se dit qu’il y a quelque chose de plus fort que nous qui nous tient. Dans les moments les plus sombres, on a toujours eu l’impression que des signes nous étaient envoyés pour dire qu’on ne devait pas lâcher prise et qu’il fallait s’accrocher, que ce soit un texte ou un riff qui sorte au moment où on n’y croit plus, un coup de main ou un soutien qui arrive soudainement, comme celui de gens comme David qui est venu nous voir un jour et qui depuis s’investit auprès de nous, en nous prêtant son van ou en nous aidant à lier des contacts dans le milieu musical.

 

– Fred : Le groupe est un investissement à long terme. Le but n’est pas de réaliser un album, d’exploser et après d’arrêter. Le but est d’en faire notre vie et que ça dure le reste de notre existence. Y a-t-il plus beau rêve que de pouvoir vivre de son art et ne se consacrer qu’à ça ? Je n’ai pas besoin de gagner des fortunes ; j’ai des besoins modestes et me contente de peu. Quand on a trouvé ce local, après 7 ans passés à vivre dans mon van, je me suis rendu compte que la simplicité est un endroit où tu n’as pas besoin de beaucoup d’argent pour vivre, où tu as besoin de café, de clopes et d’amis surtout, et de bonnes lectures pour te retirer du monde et ne plus faire partie de la chaîne qui s’entre-dévore. C’est tirer le frein à main sur une société qui va trop vite, qui veut toujours tout et exalte l’individualisme. Nous discutons beaucoup pour savoir si on regarde toujours dans le même sens et si on a la même intégrité ; c’est ce qui nous permet de rester en accord. Parfois on se trouve à un carrefour sans plus savoir dans quel sens aller, et c’est là qu’une route s’ouvre soudain. Pour ma part, ce sont des sentiments que je qualifierais de religieux. On avance avec nos idées, nos compétences ; parfois on vit des plongées dans le vide, et c’est une sorte de foi qui maintient le cap et nous ramène à l’essentiel, qui est qu’on est entre amis et qu’on fait ça pour s’amuser et exprimer quelque chose de vrai, sans pour autant se prendre au sérieux. Regarde l’actualité : ta vie peut s’arrêter un soir en plein concert. Il faut garder en tête que chaque seconde est importante et essayer de progresser pour vivre son rêve, et que ça ne reste pas juste une idée. De là découle une autre possibilité de vie et on se sent pris en charge par l’univers. Dave Gahan de Depeche Mode chante « I’m a missionary », il y a quelque chose qui relève de cet ordre dans notre conception de la musique : quelque part, c’est une mission et tant qu’on y croit et qu’on peut rester intègre, on la poursuit. L’intégrité, c’est la clé. Le système n’est pas important. Car lui peut nous détruire justement ; c’est le danger qui guette tous les groupes et artistes, quand les requins, les hypocrites et les vautours tournent autour pour des raisons moins nobles. C’est un milieu sans concession et on a intérêt à être forts et communiquer deux fois plus entre nous pour ne pas nous perdre et ne pas transgresser notre musique. C’est un combat de rester un homme quand on est entourés de lâches, de cyniques et de gens qui ne sont pas concernés par leur conscience. Si on ne pose pas nous-mêmes les conditions, on peut vite se laisser engloutir. J’entendais justement un jour dans un reportage à ce propos le groupe Eiffel qui disait que les artistes se plaignent souvent de ce fonctionnement des majors, mais qu’en même temps ils sont incapables d’imposer leur façon d’être et de faire respecter leur rythme de vie et de travail. On ne peut pas partir sur les routes et jouer tous les soirs en se mettant autant en danger, parce que le Rock, c’est épuisant psychiquement, et en sortir indemne. Un concert de Rock, c’est un déversement d’énergie et des orgasmes à répétitions sur chaque chanson, et on en sort toujours vidés et fragilisés. Donc si on part un jour en tournée, il faut que chacun sache se gérer et qu’on veille les uns sur les autres. Pour le moment, je suis très content du cycle naturel et lent que nous avons respecté, et qui nous a permis de savoir ce qui nous rassemble. Parce que si c’est pour faire comme certains groupes qui jouent ensemble en faisant semblant de s’entendre et se font la gueule avant et après le spectacle, ce n’est pas très intéressant. Je préférerais gagner ma vie en élevant des chèvres avec de vrais amis.

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– Certains ont pu rivaliser de qualificatifs pour estampiller votre musique, du Rock alternatif au Grunge, en passant par le Rock progressif atmosphérique. Mais il est souvent réducteur et dangereux d’étiqueter la musique d’un groupe. Le plus simple n’est-il pas que vous en parliez vous-mêmes ?

 

– Fred : Je n’ai pas hésité à passer de la chanson française standard au Rock, parce que mon écriture propre a changé et le Rock est totalement adapté à cette quête dans l’inconscient qui m’anime avec tout ce qu’il porte d’obscurité, de noirceur et de chaos. Si je suis dans le Rock, c’est parce que l’instabilité est ma nature, tout simplement, et que j’avais besoin de Whisky autour des textes. Je n’aurais pas pu atteindre cette intensité et cette libération spirituelle sans cet excès. On traîne peut-être un fardeau pour l’industrie du disque par rapport à la durée des morceaux, qui ne sont pas au format standard. Tant que nos chansons racontent quelque chose, on les continue. Ce qui fait qu’on a des chansons courtes, et des morceaux qui peuvent durer 10, 12 ou 20 mn. Il faut respecter la musique ; quand Archive fait un « Lights» de 18mn, c’est beau et tu n’as aucune envie que ce soit écourté.

 

– Sam : Le Rock converge avec nos soucis d’adéquation entre l’esprit et le son. Même au niveau de l’enregistrement, avec notre matériel, on a tendu vers une sonorité plus analogique pour essayer de récupérer une certaine chaleur et un grain dans le son, qui, en plus des textes et du style, va conserver la connotation rock. Si on veut faire une musique qui ressemble à notre esprit et à nos valeurs, autant pousser la logique jusqu’au bout.

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– Parlons du son justement : qui s’en occupe ?

– Sam : Pour ma part, j’ai une formation beaucoup plus technique que les autres, avec des orchestres et dans divers styles musicaux, que j’ai enseignés après y avoir été formé. Et en marge de la pratique d’instrument, j’ai une autre passion qui concerne la prise et le traitement du son. C’est donc moi dans le groupe qui m’occupe des prises de son et du traitement, non seulement car j’ai des compétences techniques dans ce domaine, mais avant tout parce que ça me plaît. L’avantage est que ça nous permet de ne pas avoir à faire appel à un ingénieur du son externe, et surtout de travailler notre son comme on l’entend et avec le temps nécessaire. On a de quoi produire un enregistrement convenable pour chercher des dates de concert dans un cadre plus professionnel, d’autant que nous avons des facilités pour utiliser du bon matériel, puisque Thom et moi travaillons dans un magasin de musique.

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– Quelles sont vos influences musicales ?

 

– Sam : Led Zeppelin.

 

– Fred : Patrick Hernandez, Carlos…

 

– Arnaud : Moi, c’est Frankie Vincent, par ses textes, par sa démarche spirituelle. Et Gotainer ; il a sa place.

 

– Sam : Plus sérieusement nous pouvons écouter aussi bien de l’Electro, du Classique, ou d’autres genres. En fait toutes les musiques ont quand même une base et apportent un enrichissement qui peut nourrir nos compositions.

 

– Fred : De toute façon il y a une universalité dans la musique qu’on retrouve sous n’importe quelle forme ; tant que l’artiste a été sincère dans sa démarche et son interprétation, on peut aimer toute sorte de musique et y trouver du plaisir.

 

– Arnaud : Tu peux te prendre une claque en écoutant un chanteur seul avec sa guitare ou son piano, et inversement ne trouver aucun fond à un groupe qui en met plein la vue avec 4 guitares, une batterie, une basse, trois claviers et du gros son.

 

– Fred : Celui m’a scotché au chant, c’est Camaron De La Isla au flamenco, quand il chante accompagné par Tomatito ou Paco De Lucia ; c’est tellement beau. Il y a une écoute totale du public qui applaudit à chaque fois qu’il ressent quelque chose, et non à la fin parce que ce serait organisé. On ne décide pas de chanter ou de jouer d’un instrument comme on fait n’importe quel travail ; c’est un besoin. Ce n’est pas une démarche de l’ego, ni un métier alimentaire ; pour ma part, c’est viscéral. Bien sûr, on peut toujours tricher sur scène, mais le pire est de tricher avec soi-même. Quand on fait le bilan certains soirs, ça doit faire mal. Quand tu regardes le film de Wim Wenders « Buena Vista Social Club », tu vois quelque chose de beau, parce que les musiciens ont 70 ans passés, qu’ils jouent encore ensemble et que la seule chose qu’ils disent est « qu’elle est belle la musique ! ». Nos influences sont très larges ; ça ne s’arrête pas au Rock.

 

– Quelles sont les thématiques qui vous tiennent à cœur ?

 

– Fred : Notre musique est un bouillon, et chacun met dedans ce qu’il a envie d’y amener. J’écris les textes. Autant je reconnais ma médiocrité en ce qui concerne les instruments de musique, autant je ne peux pas imaginer continuer, si on touche à mon écriture. C’est tout ce que j’ai depuis que je suis tout petit. On peut la trouver déchirée ; mais le monde est assez déchiré. J’essaye juste d’écrire ce qu’il se passe. Mon écriture est un voyage dans l’inconscient, j’essaye de remonter à la surface et de décrire ce que j’y ai trouvé. Avant ce groupe, c’était principalement mes relations amoureuses qui m’inspiraient, principalement mes muses. Et quand les autres membres du groupe sont arrivés dans ma vie, j’ai vécu une plongée dans l’inconscient. S’il y fait noir en permanence et qu’il n’y a plus qu’un maigre rayon de soleil qui transperce cela, tu n’es plus que l’esclave de tes textes à un moment donné. Ta vie s’en ressent aussi. Et donc les thèmes du sacré de la vie, de ce qui est invisible, la femme sacrée, la mort, la seconde naissance, des coups de gueule parfois aussi, sont venus d’eux-mêmes. Pour ce qui regarde le processus créatif, je n’ai pas de règle. Il se peut que je ne fasse rien pendant 6 mois à part m’inspirer et voyager, et à un moment donné ça va sortir peut-être en dix minutes. Mais ce qui me satisfait quand je regarde le texte fini, c’est que cela ne provient pas juste de ma pensée : c’est inspiré par quelque chose qui est absorbé par l’énergie de mon âme, remonte jusqu’au cerveau et qui en ressort. Je suis « Bob l’éponge » si tu veux : je sers juste à ça. Et comme mes compagnons sentent aussi les choses, s’ils se retrouvent dans le texte, ils arrivent à exprimer la même chose avec leurs instruments. Il faut bien comprendre que si nous n’avions pas la même sensibilité, on ne pourrait pas jouer ensemble, parce que chacun aurait son discours propre. On arrive à cette poésie collective car c’est une écriture de l’invisible ressenti. Et si elle est écorchée, c’est parce que l’âme de la France va mal. Il n’est pas question de l’actualité, de critique ou de contestation, mais de ressenti. Je ne suis pas opposé à accepter un texte qui tôt ou tard viendra peut-être d’un de mes amis. Mais si un autre intervient dans mon écriture, je n’ai plus rien à faire sur scène. On m’a déjà proposé des textes, et même d’écrire moi-même pour d’autres artistes. Pour l’instant je ne peux pas faire cela. C’est un voyage que je réserve à notre capsule. Et je veux être sûr que si notre chemin mène quelque part, je pourrais m’appuyer sur mon écriture, comme chacun de mes camardes a envie de l’être avec son instrument. Bien sûr, chacun sait jouer de plusieurs instruments mais nous avons fait un choix à un moment donné et le groupe s’est structuré ainsi, de manière que chacun décide de l’instrument avec lequel il peut donner le plus d’intensité. Dans mon ancien groupe, je jouais de la guitare et je chantais l’écriture. Quand j’ai rencontré Arnaud, j’ai décidé de poser la guitare et de me centrer sur ce que je savais faire : écrire. Ce que j’exprime par l’écriture, c’est aussi ma souffrance ; c’est pourquoi je peux la chanter avec mes tripes.

 

– Sam : En fait dans le ressenti des textes et de la musique qui s’exprime, on a toujours su dire la même chose. Les riffs, les atmosphères, l’univers, les ambiances racontent la même chose que le texte. Et c’est ce qui est intéressant dans nos compositions : c’est une même âme et chaque membre du groupe apporte sa pierre à l’édifice. On ne cherche pas à tout prix à jouer en concert ou à être connus ; on fait quelque chose de vrai qui respecte notre pensée et dans lequel on avance. D’ailleurs les textes ne précèdent pas toujours la composition instrumentale.

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– Vous êtes parmi les rares groupes de Rock qui osent la langue française. Pourquoi ?

 

– Arnaud : La première raison, c’est qu’on est en France, et qu’on a un message à faire passer, parce que nos chansons racontent une histoire ; c’est de la poésie avec de la musique rock, et on a besoin de toucher les gens et que notre histoire soit comprise. N’y vois pas de ma part une critique à l’encontre des groupes français qui chantent en anglais ; mais c’est pour nous une démarche et il serait un peu hypocrite de la livrer dans une langue qui n’est pas la nôtre. Certes, le Rock est moins facile à faire sonner en français ; la langue ne se prête pas bien à ce style musical. Mais c’est justement notre pari. Se cacher derrière l’anglais serait trop facile.

 

– Sam : On a un amour de la poésie française, et comme on ne comprend ni le bulgare ni le chinois, on a dû faire un choix. On ne s’est pas posé d’autre question que « Pourquoi ne le ferait-on pas en français ? ». Le français nous parle, tout simplement. Oui, la langue française est très difficile à poser sur du Rock phonétiquement. Mais paradoxalement, ça coïncide bien avec notre univers, qui installe des ambiances sonores progressivement et n’exige pas de basculer immédiatement dans la chose. Nos compositions font naître et croître un état d’esprit pour mettre en valeur la poésie qui s’y pose, et le français colle parfaitement à ça.

 

– Fred : Et puis la France, d’un point de vue culturel, possède, avec sa langue très riche, le matériau et les moyens pour explorer tout ce qui relève de la métaphore poétique. J’ai grandi et appris à dire « je t’aime » en français, et c’est dans cette langue que je le sens. Notre culture est la chanson française, de Piaf à Barbara et Ferré, en passant par Brel, Brassens et les autres, et puis son prolongement avec Renaud, Noir Désir, maintenant Detroit, et Damien Saez.

 

– Thom : En fait nous créons plus de la chanson française rock que du rock’n’roll en Français. Il y a dans notre musique une base de chanson française relativement présente, qu’on pose avec des riffs qui essayent de garder l’esprit simple du Rock. La démarche vient plus du fait de vouloir porter un texte en Français qui prenne la forme rock plutôt que de faire de la musique à tout prix et de cacher l’absence de fond et de message derrière l’anglais.

 

 

-Quelle allure prend votre processus créatif ?

 

– Sam : On a un travail de composition qui n’est pas du tout basé sur la technique. Chacun compose sur le moment même, sans trop structurer et sans vraiment travailler de partie à part des autres. L’avantage d’un tel processus, c’est que les morceaux prennent vraiment du fond et sont le reflet de ce que nous sommes. En revanche, cela prend du temps ; nous ne cherchons pas à créer de chansons vite pour s’assurer des propositions de grosse scène.

 

– Fred : Jouer en concert est plus formateur que de s’enfermer en studio. Jusqu’à maintenant, nous n’avons pas joué dans de gros festivals, ni sur des grandes scènes. Mais il faut dire que nous n’avons rien fait pour avoir du piston et que nous n’avons ni manager ni tourneur pour le moment. C’est un peu comme un jardin où on a planté une vingtaine de semences qu’on regarde grandir depuis 8 ans, tout en nous regardant grandir avec. Maintenant qu’on possède une quinzaine de titres qui tournent vraiment très bien, parce qu’on les a rôdés dans tous nos concerts, et qu’on se les est bien appropriés, on a l’énergie et la densité qu’on cherchait à avoir pour enregistrer un album. Nos premières chansons les ont acquises ; mais le groupe ayant mûri, nos nouvelles compositions les portent directement et s’en imprègnent plus rapidement que les précédentes chansons qui ont dû prendre le temps de grandir. On connaît le terreau qu’il faut et désormais, dès qu’on compose une chanson, elle porte la griffe du groupe. C’est un peu comme si on avait mis 8 ans à trouver notre griffe. Et même les anciennes chansons ont évolué. C’est ce qui est magique : ce sont les mêmes compositions, avec les mêmes textes, les mêmes accords, pour la plupart mais elles n’ont absolument rien à voir avec leur début. La différence provient de toute l’énergie qui les investit à présent, et c’est en ça qu’on croit.

 

– Arnaud : Pour les compositions, je propose des riffs de guitare, des choses qui me viennent et qui me touchent. Et on les utilise suivant les textes de Fred. Cela n’empêche pas que, de temps en temps, l’un peut prendre l’instrument de l’autre et lui faire part d’une idée. Mais la composition globale est le résultat d’un accord des initiatives de tous. Il n’y a pas de membre qui va composer seul pour les autres.

 

– Fred : Parfois, ils composent à partir d’un riff et je me rends compte que ça va coller à un texte écrit auparavant et laissé de côté. Je dois en avoir 40 ou 50 qui attendent et il arrive parfois qu’une composition puisse en recevoir un sans que je l’aie proposé avant. Il faut que je ressente ce que le musicien a voulu dire avec sa guitare par exemple, et l’ambiance qui s’en dégage. Un texte « coup de gueule » guerrier n’est pas à aborder comme un texte introspectif et romantique ; et ce que mes amis amènent comme univers ou idée décide du sens des paroles. Donc il n’y a pas d’ordre dans le processus : une musique peut inspirer un texte, un texte un musique ou ça peut être la rencontre des deux déjà existants qui crée une alchimie. C’est pour ça que je peux être sur scène. Se mettre en transe est épuisant et a un coût psychique important ; je ne pourrais pas le faire si leur musique ne me portait pas et n’était pas chargée de la même atmosphère qui me propulse et me rend fou. Si le groupe jouait de la Pop, je pourrais chanter, m’appliquer à le faire, mais je ne pourrais pas rentrer dans cette transe qui m’anime, et qui nous anime tous. Car nous sommes tous les 4 dedans, et c’est ce qui donne sa force au groupe, car l’unité est la clé de tout succès.

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– Pouvez-vous nous parler de l’album en préparation ?

 

– Fred : Il y a plein de choses qu’on peut acheter sur terre. Mais faire un album, créer, c’est une trace de ta vie qui restera. Tu ne peux rien emporter de ton parcours sur terre, mais quand tu y poses quelque chose qui est ton œuvre, c’est la seule chose que tu peux être fier d’avoir laissé : des enfants et des enfants spirituels. Tout le reste part en fumée. C’est pourquoi il est important de prendre son temps pour faire les choses, car il faut qu’elles soient abouties quand elles sortent. Une œuvre n’est pas un accouchement prématuré. Lors de notre concert en juin pour la Fête de la Musique, on vécu comme un déclic, un passage à un niveau d’énergie supérieure alors qu’on jouait comme d’habitude ; même notre public s’en est aperçu. C’est qu’il y a parfois des moments où on galère, puis d’un coup, on franchit un cap supérieur et ça se fait naturellement, alchimiquement…

 

– Sam : On n’a réalisé pour l’instant que des démos à proposer aux bars et aux lieux susceptibles de nous accueillir pour jouer dans un cadre amateur ; rien d’officiel n’est sorti. On a un peu préféré rester dans un délire entre amis, pour créer la musique qui nous convient. Maintenant qu’on arrive au bout de ce travail avec entre 15 et 20 morceaux composés qui tiennent la route et qui sont aptes à être fignolés pour pouvoir être enregistrés, on a décidé de se doter d’un studio « maison » pour poursuivre l’aventure, tout en continuant à prendre le temps de faire les choses comme on les sent. On s’est donné jusqu’à la fin de l’année pour enregistrer un album, en prenant en considération toutes les idées qui peuvent encore arriver. Contrairement à nos débuts où nous avons construit les morceaux peu à peu, nous pouvons nous servir de notre expérience et du matériel pour enregistrer en l’état des morceaux à peine nés, même sans les avoir structurés, et les travailler à partir de cette trace sonore. Certains nouveaux titres sont plus mélodieux que les anciens et nous voulons expérimenter cette manière de faire. Bien sûr, on n’a pas beaucoup d’argent, pas beaucoup d’expérience, mais on a du temps. Et grâce au temps, on peut faire ce qu’on veut avec de la patience et de la motivation. Je crois que, quoi qu’il advienne, on sera fier de ce qu’on a fait.

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– Qui vous soutient ?

 

– Sam : Déjà, notre public. Pour le moment, nous ne sommes pas soutenus par des structures ou des médias. Mais nous n’avons pas cherché cela. Notre priorité est l’enregistrement. Et par la suite, nous pourrons envisager de nous mettre en quête d’un tourneur et de distributeurs et surtout, de personnes qui vont nous aider, car ce n’est jamais aisé pour un groupe de devoir démarcher et s’occuper des problèmes logistiques tout seul. L’étape suivante à la sortie de l’album sera donc probablement de trouver des gens prêts à s’investir pour nous et qui pourrons nous libérer de ces tâches pour qu’on se consacre à la musique.

 

– Arnaud : Et surtout des gens qui collent à l’esprit du groupe, ce qui est plus dur à trouver. Des pseudo-tourneurs et managers intéressés par le groupe, on en a vus. Mais ils désiraient nous amener ailleurs ou étaient plus sensibilisés à la rentabilité qu’à notre musique. Comme nous ne mettons de pression à personne, les gens font avec leur cœur. Et c’est tout ce qu’on leur demande s’ils sont touchés par notre musique. On a croisé des gens plus ou moins sérieux et corrects, qui ne sont pas restés à nos côtés. Mais nous avons confiance en la vie pour qu’elle nous apporte la bonne personne, les bonnes rencontres.

 

– Thom : Certains nous ont approchés, mais on sentait qu’ils n’étaient pas vraiment intéressés par le fond du message et qu’ils faisaient plus cela pour leur ego, pour profiter du fait qu’un groupe, ça passe dans les bars, c’est connu, qu’on peut en tirer bénéfice. Cela ne colle pas avec notre démarche humaine et artistique. Nos chemins se sont séparés et éloignés de façon assez naturelle. Pour l’instant, nous ne vivons pas de notre musique, mais de métiers alimentaires qu’on exerce à côté. Et en un sens, c’est une garantie pour ne pas être obligés de vendre notre musique et de brader nos âmes. D’autant que ce sont des métiers pas uniquement alimentaires, puisqu’on travaille tous plus ou moins en lien avec la musique, c’est-à-dire qu’on a un pied dans un univers en adéquation avec notre passion. Le magasin de musique où nous tavaillons avec Sam nous donne des coups de pouce bienvenus en prêtant du matériel, ou en permettant des contacts. On n’est pas scindés en deux dans notre tête, déchirés entre boulot alimentaire et passion artistique. Bien sûr, ça nous est arrivé, mais nous nous sommes toujours raccrochés à la musique pour supporter des situations difficiles. Maintenant, on vit un peu plus en harmonie psychologique vis-à-vis de cette question. D’un point de vue personnel, la musique est pour moi une thérapie, un exutoire ; elle me permet de me libérer psychologiquement et de m’exprimer. On ne vit pas de la musique, mais la musique nous fait vivre.

 

– Sam : En revanche nous avons lié des amitiés avec d’autres groupes comme Radio Moscow (USA) entre autres, et nous commençons à avoir un petit réseau d’amis prêts à partager des scènes. On regarde autour de nous quels sont les groupes susceptibles de partager des valeurs avec nous, même si nous jouons dans des styles musicaux différents. Si les rencontres se font naturellement et que le feeling passe bien, nous les invitons et tentons de créer des liens pour multiplier les échanges, et, au fil du temps, une certaine solidarité grandit.

 

– Arnaud : Cela fait plaisir de croiser des groupes qui partagent nos valeurs, comme Radio Moscow (USA), d’autant que c’est un groupe qui voyage, se produit partout dans le monde et vit de sa musique. Et ça fait du bien de passer du temps avec eux, de jouer ensemble, de se dire que c’est possible et que la musique est une affaire de simplicité, d’unité, de jeu, de sincérité ; ça m’a conforté dans l’idée que nous sommes sur la bonne voie. On reprend confiance quand on rencontre des gens qui vivent ça. Récemment, nous avons croisé un autre groupe de rock français, Lost Respublica. Nous allons sûrement rejouer ensemble.

 

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-Le Groupe : On tient à remercier toutes les personnes qui nous soutiennent et nous aident dans notre quête. En particulier David Guionie, sans qui cette interview n’aurait jamais eu lieu.

 

 

Miren Funke

Nous remercions également David Guionie pour nous avoir fait découvrir Le Rêve de Shadrak et mis en contact avec. Et Aline Schick-Rodriguez pour son aide.

 

Liens :

Facebook : https://www.facebook.com/LeReveDeShadrak/?fref=ts

Site : http://lerevedeshadrak.wix.com/lerevedeshadrak

Vidéos chansons : https://www.youtube.com/watch?v=AKlat-DxNtU « Marie »

https://www.youtube.com/watch?v=cxR_pH_NwNA « L’Ether aux étoiles »

 

Sortie du nouvel EP de Leitmotiv « Faites Vos Jeux » : entretien avec Pierre Estenaga

20 Déc

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C’est le 10 octobre dernier que le groupe rock Leitmotiv avait convié son public à un concert exceptionnel au Comptoir du Jazz à Bordeaux pour fêter la sortie de son EP « Faites vos Jeux », et par là même remercier les contributeurs ayant aidé à le produire, via le site de financement participatif KissKissBankBank.

La formation, dont le chanteur Pierre Estenaga nous avait accordé un entretien il y a quelques mois, avait à cœur de présenter au cours de ce concert les 6 titres du nouveau disque. Avec un son minutieusement travaillé et bien plus rock que le précédent album « Les Temps Dansent », cet opus enfonce le clou et précise la griffe musicale singulière du groupe. Nous retrouvions Pierre Estenaga il y quelques jours pour parler de ce nouveau disque.

– Pierre, bonjour. Nous nous étions entretenus il y a tout juste un an, alors que le projet de ce disque germait dans les entrailles du groupe. Sa naissance est actée : êtes-vous des parents comblés ?

– Je me souviens avoir souhaité pouvoir réaliser un enregistrement assez rapide à l’époque ; et la machine s’est effectivement enclenchée assez vite. La production de notre premier album avait été « chronophage » au possible, avec des prises s’étalant sur deux ans ou plus : les batteries avaient été enregistrées durant l’été 2008, et l’album n’était sorti véritablement qu’en 2011. Mais comme sa réalisation était quasiment gratuite et que nous étions contents de trouver une personne qui voulait s’occuper des prises de son et du mixage, nous avions accepté de prendre le temps nécessaire pour le faire, même si ça nous a mis dans une position paradoxale durant des mois, car en deux ans, les morceaux évoluent, et l’album a finalement contenu des titres que nous n’avions presque même plus envie de défendre car créés bien avant le processus d’enregistrement. On s’était englués dans la défense de cet album, dont on a joué et rejoué les chansons. Nous ne souhaitions pas revivre la même expérience avec « Faites Vos Jeux ». C’est pourquoi nous avons opté pour un enregistrement en format court, plus rapidement réalisable. Le fait d’avoir un résultat plus immédiat est très stimulant : cet EP a une certaine fraîcheur qui nous redynamise et donne envie de faire d’autres choses rapidement. Nous commençons déjà à composer de nouvelles chansons pendant que nous défendons celles qui viennent de sortir. Bien sûr le groupe connaît une forme de décompression, parce que nous nous sommes occupés de tout sur un espace temporel relativement court, à savoir qu’on a débuté les enregistrements en mars, eu les premiers mix en août et finalisé tout cela en septembre/octobre. Mais tout n’est pas terminé ; il nous en reste beaucoup à faire : envoyer les contreparties aux contributeurs, réaliser d’autres vidéos pour illustrer les chansons, et bien sûr, défendre les titres sur scène.

Avec le recul, je sais que le groupe a fait du mieux qu’il pouvait avec les moyens dont il disposait à l’époque et si on a fait des erreurs ou des fautes de goûts, c’est ainsi, mais peu importe. L’EP et le son que le groupe propose aujourd’hui n’existeraient pas tels qu’ils sont s’il n’y avait pas eu auparavant « Les Temps Dansent », et même le premier maxi 6 titres « Des Airs » que nous avions réalisé en 2006, et qui reste la première véritable trace discographique du groupe. Même si, pour l’anecdote, quand je réécoute la voix suraigüe que j’avais à l’époque, je me dis ironiquement que la cigarette a parfois du bon ! C’est pareil que quand tu écoutes le chant de Romain Humeau sur les premiers disques « Oobik And The Pucks » et même « Abricotine » d’Eiffel et que tu entends la voix grave et basse avec laquelle il attaque le morceau « Friday » sur son dernier album « Vendredi ou Les Limbes du Pacifique » : les mauvaises habitudes ont fait leur travail aussi.

 

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– Comme d’autres artistes, vous vous êtes tournés vers l’appel au financement par le public pour produire cet EP. Avez-vous été surpris par le nombre de gens qui y ont participé ?

– Honnêtement, oui. A force de rester campés sur les chansons de l’album précédent, nous avions l’impression de nous être rendus illisibles, voire invisibles. Probablement même certaines personnes pensaient que le groupe n’existait plus. L’appel au financement participatif nous a permis de jauger le public qui suit Leitmotiv. Je ne souhaitais pas que le groupe fasse comme certains artistes qui ressassent toujours la même chose ; j’estime que quand il n’y a rien de neuf à dire, mieux vaut se taire. On n’allait pas alimenter notre actualité pour l’alimenter. Il fallait que le groupe ait une nouvelle substance à proposer. Le financement nous a donné une « deadline » sur pas mal d’aspects, d’abord parce qu’on n’était pas sûrs d’atteindre l’objectif financier fixé, et le fait de l’avoir atteint relativement vite nous a encouragés au vu du nombre de personnes qui se sont impliquées pour que le groupe puisse produire son disque. Je me souviens il y a un an avoir dit que je n’approuvais pas spécialement cette idée de quémander l’aumône, en quelque sorte, aux gens en faisant appel au financement participatif pour produire un album. Mais je savais que nous serions certainement amenés à en passer par là. Et finalement le soutien témoigné par le public fait du bien. Quelque part, ça permet aussi aux gens de rentrer à l’intérieur du projet ; nous avons essayé de tenir une sorte de journal de bord pour informer les contributeurs de la progression des choses. La démarche donne une chance aux gens de faire naitre la musique qu’ils désirent écouter et qui reste confidentielle ; ça coûtera toujours moins cher que l’inculture ou la dictature médiatique qui impose au public des programmations qu’il ne veut pas forcément écouter. En ce sens le financement participatif redonne une forme de liberté à l’existence d’une expression artistique. Évidemment on n’a pas fait de bénéfice avec le budget ; ce n’était pas le but. Il nous a permis d’équilibrer nos dépenses et de réaliser ce que l’on voulait, c’est-à-dire, enregistrer, presser le disque, éventuellement inscrire les droits à la SACEM pour tous les membres du groupe et enfin réaliser notre tout premier clip,

– Comment s’est répartie la création au sein du groupe pour cet EP ?

– J’assume la paternité des textes, puisque c’est moi qui les écris, mais les musiques sont toujours le fruit d’une composition collective, qui peut se baser sur des riffs ou des idées mélodiques de moi ou d’Arthur, notre guitariste, qui a apporté beaucoup de matières sur cet EP.

Mes textes n’ont jamais été vraiment discutés ; peut-être s’intègrent-ils avec cohérence dans la musique, qui est toujours créée en premier lieu. La musique permet d’utiliser un ton, donne la teneur du propos, et m’inspire les textes qui en découlent de façon quasi-naturelle. Tant que je n’ai pas trouvé à mes yeux le texte adéquat, la musique reste un instrumental sans texte. Donc si le texte me vient et passe, c’est qu’il me semble s’associer avec la musique. Il n’est pas question que je colle un texte inadapté sur une musique, juste pour qu’il y ait des paroles et se dire c’est bon, on a une chanson. Avec la musicalité parfois un peu rompue à cause du français dans le texte, « mon rêve » serait de faire un album en « yaourt ». Bien sûr, cela serait dommage et aux antipodes de ce que nous voulons vraiment faire ; mais autant un beau texte sur une composition d’apparence simple peut suffire, autant on peut abîmer et salir une bonne musique avec un mauvais texte. Bien sûr, le texte est important pour moi ; mais d’un point de vue esthétique et purement sonore, ce qui rendrait l’écoute la plus agréable en termes de souplesse, c’est le « yaourt ». C’est ce qu’a fait Sigur Ros sur son troisième album ( ), en utilisant la voix pour ne faire que des sons, leur style et esthétique permettant plus cela.

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– On en revient à la difficulté de chanter du Rock en Français. N’est-ce pourtant pas votre parti pris ?

Je ne sais pas combien de groupes en France font du rock en français ; sans doute pas tant que ça. Ce que le français impose par rapport à l’esthétique musicale ne colle pas au rock. Ce dernier s’inscrit dans ses racines, et ses racines sont son origine, sa provenance, donc la culture anglo-saxonne et américaine. Si on s’en tient à cela, nous devrions chanter en anglais. Nous l’avons d’ailleurs fait dans 3 chansons du précédent album, mais ça ne me plaît pas. On peut se demander pourquoi s’acharner à chanter en Français sur une musique qui accueille aussi mal cette langue ! Justement là est le vrai défi et l’intérêt : réussir à utiliser le français dans le rock, ce qui nécessite souvent des compromis mélodiques. C’est en partie pour cela que je refuse de brailler pour brailler : ça enlèverait toute caution mélodique au chant, et pour moi le français est la langue de la chanson, de la littérature. Pour cet EP, on s’est refusé à écrire des textes en Anglais. La chanson « Need Somebody » présente sur « Les temps Dansent » nous a fait un peu de tort à l’époque, car cette chanson était peut-être la plus connue, ayant bénéficié de passages en radio, et elle a fait croire à certains que nous étions un groupe qui chantait en anglais. Pour en revenir aux dernières chansons, les textes sont venus relativement tard ; certaines chansons n’en avaient pas encore au moment de débuter l’enregistrement. Les musiques étaient tellement particulières, avec des signatures sonores singulières comme « Rendez-vous » qui n’est pas composée sur un rythme à 4 temps, que j’avais peur de les souiller, et mon oreille s’était habituée à les entendre en instrumental. Je peux avouer que j’ai finalisé certains textes à peine une semaine avant d’enregistrer les chants. D’une façon générale, ça a été un véritable challenge de placer des textes sur les morceaux.

– La signature sonore et la patte musicale du groupe se sont précisées. On sent aussi plusieurs influences toujours présentes, entre autres Eiffel, Interpol et peut-être Radiohead. Y a-t-il eu une volonté d’hommage à ces groupes?

– Certains nous ont parlé de Saez, M ou encore Mickey 3D. Chacun peut y entendre quelque chose de différent. Je crois qu’il y a réunies sur l’EP toutes nos influences ; on pourrait même trouver une influence par chanson. L’ingénieur du son qui a réalisé l’EP, David Thiers, nous a dit que « Dolorosa » lui faisait penser à M ; pour d’autres elle peut évoquer en effet la musique d’Eiffel, par le phrasé, les guitares et le texte. Certainement parce que j’ai du Eiffel dans les oreilles depuis très longtemps. J’en écoute tellement que ça doit ressortir d’une manière ou d’une autre. Est-ce un clin d’œil volontaire ? Honnêtement, au bout du compte, on finit par ne plus savoir ce qui est volontaire et ce qui ne l’est pas. Mais un hommage volontaire signifierait que c’est calculé, ce qui n’est pas le cas. Évidemment on s’est sans doute dit que au moment de la composition que ça évoquait Eiffel ; et alors ? La chanson s’est présentée comme ça, et on a voulu la faire jusqu’au bout, avec peut-être l’envie inconsciente de la faire à la Eiffel, parce qu’on adore ce groupe. Il faudrait demander au principal intéressé son avis ! Pour ce qui concerne la patte du groupe, je dirais que c’est une façon d’agencer les chansons. Notre style n’a pas vraiment changé ; il est juste plus affirmé. Nous avons donné plus de corps et de cœur à notre jeu, et c’est, avec les diverses influences dont on se nourrit, ce qui tient le groupe sur son identité.

– Parlons du son de l’enregistrement qui diffère radicalement de celui de l’album et gagne en épaisseur, impact et profondeur. Peux-tu en dire quelques mots?

– Il a été un peu déroutant, car nous avons collaboré avec un ingénieur du son, David Thiers, qui nous demandait une façon particulière de travailler. Il voulait enregistrer les batteries ailleurs qu’en studio, sur une scène, l’idéal étant une salle des plus modernes en termes d’acoustique et de projection live. Il avait une préférence pour la salle de 1200 places au Rocher de Palmer à Cenon, car il avait travaillé de la même façon avec le groupe Seeds Of Mary, dont il a enregistré l’album juste avant nous. Il est également ingénieur du son live façade pour des groupes tels que Gorod, et travaille aussi dans son studio, le « Secret Place Studio ». En général, il s’occupe de groupes de métal, de grunge et de rock plus extrême que nous. Et c’est ce que je voulais, pour voir comment un ingénieur du son comme lui, qui se consacre plutôt à un univers sonore dur et possédant une énergie certaine, est aussi capable de flirter avec la pop, et où il va l’amener. La musique n’est pas qu’une question de style ; c’est aussi une histoire d’intention. On peut avoir la meilleure intention du monde en étant un groupe de rock et tomber complètement à plat, et inversement créer de belles chansons pop avec des textes très percutants. Brassens fait de la chanson, et pourtant son propos est infiniment percutant. Nous avons donc demandé au Rocher de Palmer l’autorisation d’y enregistrer, et la direction nous a gentiment proposé des créneaux. Les batteries ont été enregistrées sur 3 jours dans la grande salle, avec des micros tout autour du batteur, puis un micro à 5m, un à 10m, un autre tout au fond de la salle pour capter l’acoustique du lieu. Et le son de batterie s’en ressent. Beaucoup de gens ont pensé que la batterie était « triggée », c’est-à-dire qu’on y avait ajouté des éléments sonores électroniques pour lui donner plus d’impact, mais ce n’est pas le cas. Le son est naturel. Les autres instruments ont été enregistrés au studio de David avec un préampli Torpedo Live (pour les guitares notamment) qui peut s’utiliser sur scène, et dont la particularité est de garder le son de guitare dans la boucle d’effet pour conserver l’authenticité sonore de son ampli tout en y ajoutant des cabines, des préamplis et des créations d’espaces avec un emplacement de micros virtuel ou une simulation de style de pièce d’enregistrement. Il a utilisé aussi des plugins qui permettent de sonner comme un enregistrement analogique. Au départ, je voulais enregistrer sur une vieille table analogique qui craque un peu, à l’ancienne avec des bandes, mais comme notre parti pris était d’aller vite, on a finalement fait selon le confort de David qui manie avec plus de maîtrise et d’aisance son propre matériel. Quand les prises ont été faites, il nous a envoyé une mise à plat des enregistrements pour savoir si on désirait rajouter des choses qui n’avaient pas été faites et aussi connaître la place qu’on souhaitait donner aux claviers. Il est vrai que certains morceaux, dans la façon dont ils ont été composés, ne suscitaient pas nécessairement la présence d’un clavier. Notre guitariste, Arthur, possède une telle palette d’effets sonores avec son instrument qu’il y a parfois déjà ce qu’il faut en termes de sons venus d’ailleurs et d’ambiances. Mon jeu de guitare propre est resté avec des sons plus classiques, du clair ou avec un peu de disto ou de crunch en passant du delay ; et c’est celui d’Arthur qui a donné l’identité sonore de l’EP, par la multitude des effets choisis en fonction des titres et dans la variation, notamment avec des octavers. Et au final, certains titres comportent du clavier alors qu’on croit qu’il n’y en a pas, et d’autres en sont dépourvus alors qu’on croit en entendre dessus. Pour ce qui est du chant, on m’a dit que, par exemple sur « Cours », je n’avais pas un chant assez dynamique ou énervé. Mais en fait, je pense que la musique fait déjà tout le travail, qu’un chant nerveux aurait fait en quelque sorte double emploi et que le texte aurait perdu de son propos. La tension musicale me permet de parler et raconter, afin de donner plus d’espace expressif au texte. Hurler les paroles aurait été fait au détriment du texte, et je n’ai pas trouvé cela opportun au moment de l’enregistrement.

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– Votre bassiste a quitté le groupe après l’enregistrement. Cela ne vous a-t-il pas déstabilisés ?

– Notre ancien bassiste, Axel, est resté pour réaliser l’enregistrement avec nous, mais nous a annoncé son départ quelque temps après toutes les prises. Cela arrive ! Eiffel avait enregistré l’album « Tandoori » en 2007 avec un batteur issu du projet solo de Romain Humeau, « L’Eternité de l’Instant » et qui a quitté le groupe juste après l’enregistrement. Cela s’est passé de la même façon pour nous : Axel avait en tête des projets personnels et le désir de s’y consacrer. Ce n’est pas qu’on était arrivé au bout d’une histoire avec lui ; mais il n’avait plus l’envie de s’investir autant dans Leitmotiv. On s’est quittés en bons termes, et on travaille toujours ensemble, d’une autre façon : c’est notamment lui qui s’est occupé des vidéos teaser et du clip. Et pour ce qui concerne ses projets, on lui souhaite bonne route et la meilleure réussite qui soit. Quand je lui ai parlé de Charly, le nouveau bassiste, qui nous avait contactés pour le remplacer, il nous a conseillé de foncer, car c’est un excellent bassiste ; un vrai passionné de cet instrument : il possède 7 basses et une contrebasse et utilise quasiment une basse par style musical. J’avais un peu peur de devoir tout recommencer à zéro, mais une répétition lui a suffi pour s’approprier les morceaux et s’intégrer pleinement au groupe. Il connaissait Leitmotiv depuis longtemps et aimait l’univers du groupe. Il s’est donc proposé dès qu’il a su qu’on cherchait un nouveau bassiste. Et j’avoue avoir eu une sorte d’intuition lorsque sa proposition est arrivée sur le tapis. Pourtant nous avions eu quelques propositions avant, mais je sentais que celle-là était la bonne : intégrer un nouveau musicien, qui propose aussi des idées d’arrangements, apporte une dynamique nouvelle à la formation et donne envie de créer de nouvelles choses. Et puis il est doté d’un caractère très calme et pondéré, ce qui faisait parfois un peu défaut dans le groupe. On a trouvé avec lui le bassiste idéal pour nous, qui associe le fond et la forme, a à sa disposition un matériel adapté à ce qu’on fait et est aussi capable d’émettre des propositions. Il a rapidement posé sa patte personnelle et proposé des arrangements. De plus, il s’est de suite entendu avec le batteur, ce qui assure une base rythmique cohérente à notre musique. Nous avons le bon outil pour proposer nos chansons sans qu’il y ait d’entrave supplémentaire aux contraintes matérielles que connaît toute existence de groupe, en termes de difficultés à pouvoir se produire. Nos chansons ne sont sans doute pas très positives dans le propos, mais le processus créatif du groupe l’est, et je suis bien plus serein qu’il y a un an.

– Ton écriture parle beaucoup moins de toi et de tes émotions intimes. Qu’est-ce qui a changé dans ta façon d’aborder la musique et de traiter les sujets?

– Ce qui a beaucoup changé, c’est que je me suis plus tourné vers les autres. Ne serait-ce que par le titre de l’EP : « Faites Vos Jeux » qui utilise la deuxième personne du pluriel. Bien sûr, la phrase sous-entendue est « rien ne va plus » ; mais « Faites vos jeux » pour moi signifie aussi « Faites vos Je » : soyez responsables de vous-mêmes, réappropriez-vous ce que vous êtes, et ne laissez personne le faire à votre place. « Rendez-Vous » aussi a ce double sens de parler de l’endroit ou du moment auquel on va se retrouver, et aussi de signifier « rendez-vous compte ». C’est une chanson qui parle aussi de l’absentéisme électoral, des rendez-vous collectifs, des questions d’intérêt commun. Si on veut se construire en tant que personne, il faut arriver à faire son rôle de citoyen, même si c’est de façon contestataire et pour dire « non ». Il faut que ce soit dit, pour ne pas laisser la place à des choses plus dangereuses. Il ne faut pas se dire que la société est ainsi et qu’on n’y peut rien ; on y peut toujours quelque chose à partir du moment où on se donne les outils pour s’exprimer. Bien sûr, le tout financier l’emporte souvent ; mais tant qu’on n’essaye rien, le changement n’arrivera pas. Si on ne s’investit pour aucune cause car on pense que ça ne changera rien, on ne fait jamais rien. Ceci dit la France n’a peut-être pas à cœur de changer, mais plutôt de rester campée sur ses traditions un peu conservatrices. Maintenant, aborder la question politique n’a pas non plus été ma priorité dans les chansons. Des phrases m’arrivent parfois de façon impulsive ou réactionnelle et vont servir de déclic pour écrire un texte autour.      

Cet EP inclue beaucoup de « vous » et de « on », alors que « Les Temps Dansent » comportait beaucoup de « je », sans doute trop. C’était un album personnel dans le sens intime, comme un album de photo de la naissance jusqu’à mes 25 ans. Ensuite, il fallait repartir à zéro en quelque sorte avec ce que la société offre à dire, en condensant cela sur 6 titres. Entre les deux enregistrements, la trentaine est passée, ce qui veut tout dire -ou ne rien dire peut-être- sans doute le moyen de m’affirmer plus en tant que personne et de mûrir une vision des choses moins remplie de clichés ou de maladresses. Pour prendre pour exemple la chanson « Hasta La Victoria Siempre » de l’album précédent, je ne renie pas le fait d’avoir repris la phrase du Che Guevara, car cette chanson traitait entre autre de la guerre civile espagnole et ce que j’avais voulu garder de la phrase du Che était la lueur d’espoir qu’elle contient. Mais elle a quand même un côté un peu trop à gauche et assez maladroit. Je ne ferais plus ce genre de choses 7 ans plus tard ; je raconterais peut-être la même histoire, mais de manière différente, avec plus de nuance peut-être ou moins de naïveté. Ce n’est même pas une affaire de maturité du propos, mais plutôt d’épaisseur pour montrer qu’il n’y avait pas que cela dans ce que j’ai voulu dire, mais aussi des choses que j’ai peut-être évité d’écrire par peur ou manque de confiance. Alors que c’est le silence qui fait peur, et que parler ou écrire permet de se rassurer mais aussi de se donner de nouvelles inquiétudes pour plus tard pour évoluer davantage.

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– Quelles thématiques as-tu souhaité mettre en avant ?

– Le sujet de l’attentat contre Charlie Hebdo est présent dans les propos en filigrane. Quelques personnes à l’époque des faits m’ont reproché de ne pas avoir réagi publiquement aux tristes événements de début janvier. J’avais juste besoin de temps pour digérer ces horreurs, pour pouvoir les mettre en création. Le problème de notre société est qu’on doit désormais toujours réagir dans l’immédiateté ; il n’y a pas de place ni de temps pour une déontologie, une réflexion et du recul. J’avais très peu incorporé la religion jusqu’à maintenant dans les thématiques abordées et le sujet s’est doucement imposé. D’ailleurs parler de religion dans les chansons, n’est-ce pas une façon de la faire exister ? Les religions existent aussi à travers le blasphème ou les crimes horribles qu’on commet en leur nom. Je ne voulais pas en parler de façon contestataire, mais juste montrer à quel point pour moi elles ne servent à rien. Alors pourquoi parler d’une chose qui ne sert à rien ? Justement pour ne plus avoir à s’en servir une fois sa vacuité montrée.

« Cours » est une chanson qui évoque l’idée de foncer tête baissée, de fuir ce qui ne nous appartient pas quand on n’est plus maître de sa destinée et parle de ce qu’on ne veut pas devenir et de la perversion par l’autre ou par la société de qui on est. Cet extrait est la première chanson du groupe à bénéficier d’un vrai clip vidéo. Le scénario du clip vient de moi, mais on aimerait beaucoup un jour pouvoir confier ce travail à un réalisateur, si c’est spontané. Il n’est pas question d’aller chercher un réalisateur pour lui demander un scénario ; mais si un jour une personne qui a un véritable coup de cœur pour une de nos chansons veut proposer sa vision, on lui laissera quartier libre, et ce serait intéressant d’être spectateur de sa perception de la chanson, peu importe la chanson. Alors pourquoi le morceau « Cours »  a-t-il été mis en avant en premier? Tout d’abord, parce qu’il porte bien son nom : le texte est assez court, malgré une fin longue avec une montée en puissance des guitares. C’est un morceau qui trace, et on voulait lui offrir une fin qui ressemble à un sprint, avec 5 ou 6 guitares qui s’emballent, dans une sorte de course asphyxiante, à bout de souffle. Et puis c’est une chanson qui donne la couleur du son de l’EP, par laquelle il se distingue de l’album précédent « Les Temps Dansent ». « Cours » donne le ton d’un peu tout ce qui est présent sur ce disque, avec des moments énervés, des passages plus reposés aussi. C’est un titre assez direct qui est de ce fait peut-être un peu plus facile d’accès que les autres. Il est vrai que nous avions hésité entre sortir ce morceau et « Entre Ciel et Terre », mais cette dernière chanson aborde un sujet très orienté, axé sur la spiritualité et la religion, qu’on ne souhaitait pas mettre en avant tout de suite. La chanson a une dimension un peu mystique, et c’était un peu compliqué de commencer avec cette thématique là.

Et puis pourquoi faire une explication de texte après coup ? Désormais, l’EP est sorti : les chansons ne nous appartiennent plus. C’est aux gens de se les approprier. Au final dans les chansons, il n’existe pas 36 millions de thèmes… Je crois qu’un artiste de chansons à texte a 4 ou 5 chansons dans sa vie autour de ses thématiques préférentielles qu’il répétera et fera évoluer en fonction de sa maturité, son expérience, son vécu, l’actualité et sa vision sur le moment. Il module les grands axes en fonction de ce qu’il est devenu, de ce qu’il a envie ou n’a peut-être pas ou plus envie d’être. Je trouve ça dommage qu’il y ait très peu d’artistes au final qui offrent une vision. Certes, ils proposent la leur, mais pas une vision globale du monde. On nous fait parfois la remarque que nos chansons ne soient pas gaies. Une chanson avec un thème fleuri ou joyeux peut être agréable à écouter ; mais pour moi, cela n’a pas trop d’intérêt dans le questionnement ou le doute nécessaire pour avancer. Si le bonheur existe, il n’a besoin pour moi d’être chanté. Nos chansons ne sont pas tristes ; mais chanter le bonheur est impossible pour moi. Le bonheur, c’est l’absence de trouble de l’âme. Et en ce sens, pour que j’écrive un texte, il faut qu’un sujet me turlupine ou me mette les sens en éveil. Si j’écris, c’est que quelque chose ne tourne pas rond ou me travaille, même si ma volonté n’est que de donner modestement un point de vue et de lui offrir un espace de vie dans une chanson, puis d’essayer de mêler des antagonismes pour créer un espace de discussion.

Ce qui est sûr, c’est que je ne désire pas livrer des vérités toutes faites ou des réalités qui ne fassent pas sortir plus loin que son appartement. Chanter le quotidien m’ennuierait. C’est une des deux choses qui me laissent insensible dans la variété, avec cette mode effrénée de reprises en tous genres ou de « tel artiste chante un autre ». Une chanson n’a même plus le temps de raconter ce qu’elle a à dire et de vivre d’elle-même, qu’elle est immédiatement l’objet de reprises de tous bords. Peut-être est-ce une façon de se faire voir et remarquer aujourd’hui, à travers l’œuvre d’un autre et dans la tendance du moment ; mais je trouve cela anti-créatif. J’essaie de laisser une place à la rêverie, aux images et aux métaphores qui permettent aux gens de s’approprier un ou plusieurs axes de lecture de la chanson. « Faites vos jeux » n’est pas une leçon de morale ou une dictature de pensée : c’est une préconisation, un conseil, une certaine logique de vie qu’on essaie de partager, dans un système gouverné par les pouvoirs financiers, médiatiques et politiques. Le médiatique, en parlant des médias de masse, étant peut-être le plus pervers ou le relai de tout cela, au sens où il n’a pas de contre-pouvoir : c’est de l’information continue sans cellule de réflexion déontologique et sans recul avec laquelle on assomme les gens et qui les empêche de relever la tête… et ça marche très bien, dans le mauvais sens du terme… alors « Faites vos jeux ».

 

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Miren Funke

Nous remercions Aline Schick-Rodriguez pour son aide précieuse

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