Entretien avec Kick (Strychnine) pour la sortie de son nouvel album « Les Gens qui ne sont Rien »

15 Juin

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Nouvel opus du chanteur Kick (Strychnine, Kick’n’ Ze 6) [lire  ici], « Les Gens qui ne sont Rien » a surgit le mois derniers comme un album frais est énergique qui désencombre l’esprit, et vient décaper le cœur de la rouille sclérosante que l’époque craintive et pessimiste dépose dessus. Les douze titres, vifs et rebelles pour la plupart, témoignant d’émotions intimes parfois tristes (« Les couleurs de la Vie » lié à la disparition d’un ami, ou « Le Blues de la Mort » qui exprime les ultimes pensées de fin de vie), parlent tous avec humanité, et dans cette authenticité animant l’âme du Blues et l’esprit du Punk-Rock auxquels Kick a toujours consacré un amour et un engagement sincère. L’artiste n’étant pas un musicien linéaire, et encore moins sectaire ou monomaniaque, l’album bien que dans une orientation résolument Punk-rock fait donc une belle place au Blues et parvient à créer une cohésion sonore et climat sensoriel cohérent entre les deux genres musicaux qui alternent au grès des plages, et en enfantant une certaine unité spatio-temporelle.

Le disque ne se veut ni ne s’entend comme monothématique, autant sur le plan musical que textuel : si certains titres expriment des sentiments personnels et des questionnements intimes, plusieurs morceaux scrutent, cernent et interpellent la vérité humaine de chacun, et, d’un même élan, les réalités sociétales et politiques, la mascarade de la superficialité des apparences et des postures, mais aussi les jeux de manipulation et d’oppression dans les rapports entres humains, avec une franchise qui clarifie la vision des choses et ne tergiverse pas (« Tu ne sais pas dire Non », « Les Donneurs de Leçon », « Ceux qui osent Tout », « La Valse Hésitation »). A ce titre on peut qualifier « Les Gens qui ne sont Rien » d’album sociétal qui rapatrie le Punk à la source limpide de la salubrité mentale et d’une éthique insoumise, éprise de liberté spirituelle et d’indépendance intellectuelle. Si je me risque à avancer qu’on y trouve une essence jeune et adolescente, ce n’est pas pour suggérer l’existence d’une ambigüité quant au fait que les chansons et les textes de l’album portent un regard adulte sur le monde. Il ne faut pas entendre ici « adolescent » au sens puéril, mais au sens de l’être en devenir que l’album réveille en nous, et rappelle que nous sommes encore, et, espérons le, serons toujours, raisonneur et remetteur en cause de certitudes imposées, qui n’en aura jamais fini d’apprendre, de construire et d’évoluer. Aussi c’est un peu paradoxalement que « Les Gens qui ne sont Rien » possède la vertu de nous contenter tout en bousculant l’idée même de satisfaction.

Cohérence et complémentarité s’entendent également dans le jeu des musiciens, Kick s’étant entouré pour réaliser cet album d’un vieux compagnon d’armes de l’épopée punk-rock bordelaise, Raymond Bélliard, dit « Beber », bassiste des groupes Stalag et Standards [lire ici] et de ses complices de Blues, et de Laurent (guitare) et Arthur (batterie) Mastella. Comme toujours pour ces artistes qui continuent de vivre et concevoir leur créativité de façon artisanale, l’aventure musicale est d’abord une histoire de copains, une affaire d’amitié, forgée de sincérité, parfois inondée de larmes et mouillée de sueur, peut-être criblée de deuils et souvent irradiée de sourires, et surtout peuplée de souvenirs vécu et d’autres encore à créer, par et pour ceux qui jamais ne se résigneront au silence et à la vacuité.

Les dates de concert s’annoncent sans trainer pour faire vivre ces chansons qui nous rappellent d’être vivants, et remuer le public. Kick nous accordait donc un entretien tout récemment pour  parler de cet album, disponible en commande directe auprès de Kick sur sa page facebook https://www.facebook.com/kick.destrychnine?fref=ts

img_5305-2– Kick, bonjour et merci de nous accorder cet entretien. D’où est née l’envie de réaliser cet album qui exprime beaucoup sur les rapports de domination et manipulation entre humains, mais bien évidemment peut s’entendre avec une dimension politique ?

– J’avais des morceaux d’avance, et durant le confinement j’ai décidé de faire l’album. L’envie de faire un album de Rock revendicatif s’est imposée, à cause du climat actuel. Ce sont plutôt des revendications sociétales, ou politique oui, mais pas dans un sens politicien, dans le vrai sens du terme, de la vie de la société.

 

chien-fidc3a8le3– Les titres ont-ils donc tous été écrits dans la période présente et en référence à l’actualité ?

– Il y en a deux-trois qui datent, que j’avais composés déjà il y a quelques années, que j’ai remaniées, comme « Tu ne sais pas dire non », dont j’ai complètement remanié le texte, car je n’en étais pas content. Je garde parfois des morceaux en stock, dont je ne suis pas tout à fait satisfait, jusqu’à ce que j’arrive à les remanier. Mais la plupart des morceaux ont quand même été faits dans l’année ; les textes sont d’actualité. Il y a aussi « Le Blues de la mort » qui date, mais ça me tenait à cœur l’enregistrer pour que les gens l’entendent. J’avais envie de partager cela avec les gens, car je pense qu’il peut parler à pas mal de gens. Ça a toujours été mon truc dans l’écriture : j’écris, mais je pense que ça peut parler à pas mal de gens sui vivent et ressentent des choses similaires. Le but d’un texte, c’est que les gens puissent se l’approprier. C’est comme pour les morceaux « Les donneurs de Leçon » et « Ceux qui osent Tout », qui sont tous les deux sur le même thème, de ces gens qui ont fait un peu trois fois rien dans leur vie, et qui se permettent de porter des jugements sur tout le monde, de donner des leçons à tout le monde. On vit une drôle d’époque ; les gens sont vachement largués et perturbés. Et toute la période qu’on vit depuis les confinements, les conjonctures sociales, ça n’arrange pas. Et puis avec les manipulations médiatiques permanentes, la répression policière notamment contre le mouvement des Gilets Jaunes, on a l’impression de vivre une histoire de science fiction. On nous aurait dit il y a dix ans qu’il se passerait un truc comme ça, jamais on ne l’aurait cru. C’est pour ça que j’ai fait ce texte « Les gens qui ne sont Rien » : on a traité des gens de nazis, d’antisémites, on les a criminalisés, alors qu’ils réclamaient simplement plus de démocratie réelle. C’est dément et révoltant. Et tous les médias s’y sont mis. Après la seconde guerre, on a voté des lois progressistes, fait des choses pour améliorer et protéger la vie des gens. Et puis petit à petit, on a tout grignoté, et, actuellement on  en est sous Napoléon III.  Quand on va dans les autres pays d’Europe occidentale, on se rend compte à quel point la France est une anomalie, dans son fonctionnement démocratique. J’ai travaillé en Suisse durant des années, c’est autre chose. Ici dès qu’une loi dont le gouvernement ne veut pas est votée, il sort l’article 49.3, ou alors on a une intervention du Conseil Constitutionnel. Il n’y a que des instruments de blocage qui verrouillent le système d’une main de fer. Personnellement j’arrive à un âge, où j’avance vers la fin, mais quand je pense à nos enfants, je me demande quelle société ils vont se taper.

 

img_5307-2– Sur le plan musical, l’album présente une grande cohérence sonore et sensorielle, alors que les morceaux ne sont pas tous Punk, et que le Blues y occupe un espace important aussi. Peut-on y voir une patte personnelle, mais aussi  une unité qui a pris dans le jeu commun des musiciens ?

– C’est ma façon de jouer le Blues aussi. Je joue le Blues un peu comme du Rock, toujours de manière un peu tendue. Pour moi, les gens jouaient le Blues comme ça à l’époque ; aux origines c’était une musique pleine d’énergie. Ce n’est donc pas antinomique. Il y a quelques Blues, parce que j’avais les morceaux, je voulais les faire, et ça créé aussi un peu de respiration dans le disque. Je ne voulais pas faire un disque linéaire ; je n’en ai jamais fait. Ensuite on se voit très souvent avec Laurent et Arthur et on continue à jouer régulièrement. Beber était venu pour la soirée du concert de réédition des albums de Strychnine [ici]. Nous sommes très amis ; je suis souvent chez lui au Pays Basque ; d’ailleurs l’album a été enregistré au studio d’Uztarritz. Et comme l’album comporte pas mal de morceaux de Punk, et que Beber est un vrai bassiste de Punk, qui joue, comme on jouait à l’époque, demander sa participation était une évidence.  Je fonctionne comme ça. Le côté humain est très important. C’est déjà dans ce studio d’Uztarritz qu’on avait enregistré la reprise de « Jack le Prêcheur » avec Strychnine pour l’album des chansons de Philippe Jolly [ici]. Comme je trouve que le studio a vraiment les façons de prises de son des guitares pour faire un son Rock et que je voulais vraiment faire un disque de Rock, ça s’est très bien passé. On l’a enregistré très vite, en six jours, mixage compris. On avait pas mal travaillé, les copains jouent bien, et je savais ce que je voulais du départ, donc ça a été vite. On est très contents à l’arrivée.

– L’Accord entre les musiciens s’est-il fait instinctivement ?

– Il y a une bonne collaboration entre les musiciens. Ils amènent leur façon de jouer, leur style, des idées aussi, mais sont aussi très à l’écoute de ce que je veux faire. Laurent est un super soliste, et il amène quelques chose de très créatif aussi, pour les arrangements. On passe parfois des soirées à jouer tous les deux ; du coup on a une belle collaboration. Avec Sven [NDLR : Sven Pohlhammer du groupe Parabellum qui jouait avec Kick jusqu’à son décès en janvier 2017], c’était comme ça aussi : il suivait ce que je voulais et il amenait en même temps des idées, parce que c’était Sven. Il faut vraiment trouver un équilibre entre mon idée de base 19441286_1213795045395718_1821171669_npour amener les morceaux là où ils doivent aller, et profiter aussi des talents de soliste des musiciens, un peu comme avec le grand Kick à l’harmonica. Il faut trouver le truc pour que ça ne se disperse pas, mais laisser les gens s’exprimer aussi. J’espère qu’on fera quelques dates ensemble avec Kik, mais il est très pris par son groupe Johnny Montreuil, qui marche très bien. La complémentarité des musiciens est très bonne. Laurent est un guitariste de Jazz à la base, qui joue aussi du banjo ; il n’avait jamais joué de Punk. Berber, lui, en revanche est un pur bassiste de Punk, qui n’avait jamais trop joué de Blues. Chacun s’est mis à découvrir, et aussi enrichir son jeu à travers les morceaux. Je trouve que Beber a fait des superbes parties de basse sur les Blues, et que Laurent a fait aussi des superbes parties de guitare sur les Punks, alors qu’au départ ce n’était pas dans leurs habitudes respectives.

– Avez-vous des dates en perspectives ?

– Oui, on a quelques dates qui arrivent. J’ai commencé à rejoué en acoustique avec Laurent. On continue de jouer dans les bars, et il y a quatre dates prévues pour le moment, notamment en juin pour La Fête de la Musique à Bassens et le 09 juillet à St Médard en Jalles pour le festival Jalles House Rock. Nous avons très hâte tous les quatre de jouer ces morceaux sur scène. Et jouer en groupe amplifié va me permettre de reprendre aussi des morceaux que j’avais faits avec Sven, et que je ne jouais plus qu’en acoustique depuis. On va jouer les chansons de cet album, et donc également des morceaux des trois derniers albums. J’ai envie de jouer du Rock en ce moment, et de voir comment les gens reçoivent cela sur scène. Et puis j’espère ensuite faire des dates sur Paris. Pour la sortie du disque, j’ai reçu des commandes de toute la France, pas uniquement du Sud-Gironde. Il est vrai qu’à force, au bout de quarante ans, et avec Strychnine, les gens me connaissent.

Miren Funke

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Lien : https://www.facebook.com/kick.destrychnine?fref=ts

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