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Entretien avec Kick (Strychnine) pour la sortie de son nouvel album « Les Gens qui ne sont Rien »

15 Juin

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Nouvel opus du chanteur Kick (Strychnine, Kick’n’ Ze 6) [lire  ici], « Les Gens qui ne sont Rien » a surgit le mois derniers comme un album frais est énergique qui désencombre l’esprit, et vient décaper le cœur de la rouille sclérosante que l’époque craintive et pessimiste dépose dessus. Les douze titres, vifs et rebelles pour la plupart, témoignant d’émotions intimes parfois tristes (« Les couleurs de la Vie » lié à la disparition d’un ami, ou « Le Blues de la Mort » qui exprime les ultimes pensées de fin de vie), parlent tous avec humanité, et dans cette authenticité animant l’âme du Blues et l’esprit du Punk-Rock auxquels Kick a toujours consacré un amour et un engagement sincère. L’artiste n’étant pas un musicien linéaire, et encore moins sectaire ou monomaniaque, l’album bien que dans une orientation résolument Punk-rock fait donc une belle place au Blues et parvient à créer une cohésion sonore et climat sensoriel cohérent entre les deux genres musicaux qui alternent au grès des plages, et en enfantant une certaine unité spatio-temporelle.

Le disque ne se veut ni ne s’entend comme monothématique, autant sur le plan musical que textuel : si certains titres expriment des sentiments personnels et des questionnements intimes, plusieurs morceaux scrutent, cernent et interpellent la vérité humaine de chacun, et, d’un même élan, les réalités sociétales et politiques, la mascarade de la superficialité des apparences et des postures, mais aussi les jeux de manipulation et d’oppression dans les rapports entres humains, avec une franchise qui clarifie la vision des choses et ne tergiverse pas (« Tu ne sais pas dire Non », « Les Donneurs de Leçon », « Ceux qui osent Tout », « La Valse Hésitation »). A ce titre on peut qualifier « Les Gens qui ne sont Rien » d’album sociétal qui rapatrie le Punk à la source limpide de la salubrité mentale et d’une éthique insoumise, éprise de liberté spirituelle et d’indépendance intellectuelle. Si je me risque à avancer qu’on y trouve une essence jeune et adolescente, ce n’est pas pour suggérer l’existence d’une ambigüité quant au fait que les chansons et les textes de l’album portent un regard adulte sur le monde. Il ne faut pas entendre ici « adolescent » au sens puéril, mais au sens de l’être en devenir que l’album réveille en nous, et rappelle que nous sommes encore, et, espérons le, serons toujours, raisonneur et remetteur en cause de certitudes imposées, qui n’en aura jamais fini d’apprendre, de construire et d’évoluer. Aussi c’est un peu paradoxalement que « Les Gens qui ne sont Rien » possède la vertu de nous contenter tout en bousculant l’idée même de satisfaction.

Cohérence et complémentarité s’entendent également dans le jeu des musiciens, Kick s’étant entouré pour réaliser cet album d’un vieux compagnon d’armes de l’épopée punk-rock bordelaise, Raymond Bélliard, dit « Beber », bassiste des groupes Stalag et Standards [lire ici] et de ses complices de Blues, et de Laurent (guitare) et Arthur (batterie) Mastella. Comme toujours pour ces artistes qui continuent de vivre et concevoir leur créativité de façon artisanale, l’aventure musicale est d’abord une histoire de copains, une affaire d’amitié, forgée de sincérité, parfois inondée de larmes et mouillée de sueur, peut-être criblée de deuils et souvent irradiée de sourires, et surtout peuplée de souvenirs vécu et d’autres encore à créer, par et pour ceux qui jamais ne se résigneront au silence et à la vacuité.

Les dates de concert s’annoncent sans trainer pour faire vivre ces chansons qui nous rappellent d’être vivants, et remuer le public. Kick nous accordait donc un entretien tout récemment pour  parler de cet album, disponible en commande directe auprès de Kick sur sa page facebook https://www.facebook.com/kick.destrychnine?fref=ts

img_5305-2– Kick, bonjour et merci de nous accorder cet entretien. D’où est née l’envie de réaliser cet album qui exprime beaucoup sur les rapports de domination et manipulation entre humains, mais bien évidemment peut s’entendre avec une dimension politique ?

– J’avais des morceaux d’avance, et durant le confinement j’ai décidé de faire l’album. L’envie de faire un album de Rock revendicatif s’est imposée, à cause du climat actuel. Ce sont plutôt des revendications sociétales, ou politique oui, mais pas dans un sens politicien, dans le vrai sens du terme, de la vie de la société.

 

chien-fidc3a8le3– Les titres ont-ils donc tous été écrits dans la période présente et en référence à l’actualité ?

– Il y en a deux-trois qui datent, que j’avais composés déjà il y a quelques années, que j’ai remaniées, comme « Tu ne sais pas dire non », dont j’ai complètement remanié le texte, car je n’en étais pas content. Je garde parfois des morceaux en stock, dont je ne suis pas tout à fait satisfait, jusqu’à ce que j’arrive à les remanier. Mais la plupart des morceaux ont quand même été faits dans l’année ; les textes sont d’actualité. Il y a aussi « Le Blues de la mort » qui date, mais ça me tenait à cœur l’enregistrer pour que les gens l’entendent. J’avais envie de partager cela avec les gens, car je pense qu’il peut parler à pas mal de gens. Ça a toujours été mon truc dans l’écriture : j’écris, mais je pense que ça peut parler à pas mal de gens sui vivent et ressentent des choses similaires. Le but d’un texte, c’est que les gens puissent se l’approprier. C’est comme pour les morceaux « Les donneurs de Leçon » et « Ceux qui osent Tout », qui sont tous les deux sur le même thème, de ces gens qui ont fait un peu trois fois rien dans leur vie, et qui se permettent de porter des jugements sur tout le monde, de donner des leçons à tout le monde. On vit une drôle d’époque ; les gens sont vachement largués et perturbés. Et toute la période qu’on vit depuis les confinements, les conjonctures sociales, ça n’arrange pas. Et puis avec les manipulations médiatiques permanentes, la répression policière notamment contre le mouvement des Gilets Jaunes, on a l’impression de vivre une histoire de science fiction. On nous aurait dit il y a dix ans qu’il se passerait un truc comme ça, jamais on ne l’aurait cru. C’est pour ça que j’ai fait ce texte « Les gens qui ne sont Rien » : on a traité des gens de nazis, d’antisémites, on les a criminalisés, alors qu’ils réclamaient simplement plus de démocratie réelle. C’est dément et révoltant. Et tous les médias s’y sont mis. Après la seconde guerre, on a voté des lois progressistes, fait des choses pour améliorer et protéger la vie des gens. Et puis petit à petit, on a tout grignoté, et, actuellement on  en est sous Napoléon III.  Quand on va dans les autres pays d’Europe occidentale, on se rend compte à quel point la France est une anomalie, dans son fonctionnement démocratique. J’ai travaillé en Suisse durant des années, c’est autre chose. Ici dès qu’une loi dont le gouvernement ne veut pas est votée, il sort l’article 49.3, ou alors on a une intervention du Conseil Constitutionnel. Il n’y a que des instruments de blocage qui verrouillent le système d’une main de fer. Personnellement j’arrive à un âge, où j’avance vers la fin, mais quand je pense à nos enfants, je me demande quelle société ils vont se taper.

 

img_5307-2– Sur le plan musical, l’album présente une grande cohérence sonore et sensorielle, alors que les morceaux ne sont pas tous Punk, et que le Blues y occupe un espace important aussi. Peut-on y voir une patte personnelle, mais aussi  une unité qui a pris dans le jeu commun des musiciens ?

– C’est ma façon de jouer le Blues aussi. Je joue le Blues un peu comme du Rock, toujours de manière un peu tendue. Pour moi, les gens jouaient le Blues comme ça à l’époque ; aux origines c’était une musique pleine d’énergie. Ce n’est donc pas antinomique. Il y a quelques Blues, parce que j’avais les morceaux, je voulais les faire, et ça créé aussi un peu de respiration dans le disque. Je ne voulais pas faire un disque linéaire ; je n’en ai jamais fait. Ensuite on se voit très souvent avec Laurent et Arthur et on continue à jouer régulièrement. Beber était venu pour la soirée du concert de réédition des albums de Strychnine [ici]. Nous sommes très amis ; je suis souvent chez lui au Pays Basque ; d’ailleurs l’album a été enregistré au studio d’Uztarritz. Et comme l’album comporte pas mal de morceaux de Punk, et que Beber est un vrai bassiste de Punk, qui joue, comme on jouait à l’époque, demander sa participation était une évidence.  Je fonctionne comme ça. Le côté humain est très important. C’est déjà dans ce studio d’Uztarritz qu’on avait enregistré la reprise de « Jack le Prêcheur » avec Strychnine pour l’album des chansons de Philippe Jolly [ici]. Comme je trouve que le studio a vraiment les façons de prises de son des guitares pour faire un son Rock et que je voulais vraiment faire un disque de Rock, ça s’est très bien passé. On l’a enregistré très vite, en six jours, mixage compris. On avait pas mal travaillé, les copains jouent bien, et je savais ce que je voulais du départ, donc ça a été vite. On est très contents à l’arrivée.

– L’Accord entre les musiciens s’est-il fait instinctivement ?

– Il y a une bonne collaboration entre les musiciens. Ils amènent leur façon de jouer, leur style, des idées aussi, mais sont aussi très à l’écoute de ce que je veux faire. Laurent est un super soliste, et il amène quelques chose de très créatif aussi, pour les arrangements. On passe parfois des soirées à jouer tous les deux ; du coup on a une belle collaboration. Avec Sven [NDLR : Sven Pohlhammer du groupe Parabellum qui jouait avec Kick jusqu’à son décès en janvier 2017], c’était comme ça aussi : il suivait ce que je voulais et il amenait en même temps des idées, parce que c’était Sven. Il faut vraiment trouver un équilibre entre mon idée de base 19441286_1213795045395718_1821171669_npour amener les morceaux là où ils doivent aller, et profiter aussi des talents de soliste des musiciens, un peu comme avec le grand Kick à l’harmonica. Il faut trouver le truc pour que ça ne se disperse pas, mais laisser les gens s’exprimer aussi. J’espère qu’on fera quelques dates ensemble avec Kik, mais il est très pris par son groupe Johnny Montreuil, qui marche très bien. La complémentarité des musiciens est très bonne. Laurent est un guitariste de Jazz à la base, qui joue aussi du banjo ; il n’avait jamais joué de Punk. Berber, lui, en revanche est un pur bassiste de Punk, qui n’avait jamais trop joué de Blues. Chacun s’est mis à découvrir, et aussi enrichir son jeu à travers les morceaux. Je trouve que Beber a fait des superbes parties de basse sur les Blues, et que Laurent a fait aussi des superbes parties de guitare sur les Punks, alors qu’au départ ce n’était pas dans leurs habitudes respectives.

– Avez-vous des dates en perspectives ?

– Oui, on a quelques dates qui arrivent. J’ai commencé à rejoué en acoustique avec Laurent. On continue de jouer dans les bars, et il y a quatre dates prévues pour le moment, notamment en juin pour La Fête de la Musique à Bassens et le 09 juillet à St Médard en Jalles pour le festival Jalles House Rock. Nous avons très hâte tous les quatre de jouer ces morceaux sur scène. Et jouer en groupe amplifié va me permettre de reprendre aussi des morceaux que j’avais faits avec Sven, et que je ne jouais plus qu’en acoustique depuis. On va jouer les chansons de cet album, et donc également des morceaux des trois derniers albums. J’ai envie de jouer du Rock en ce moment, et de voir comment les gens reçoivent cela sur scène. Et puis j’espère ensuite faire des dates sur Paris. Pour la sortie du disque, j’ai reçu des commandes de toute la France, pas uniquement du Sud-Gironde. Il est vrai qu’à force, au bout de quarante ans, et avec Strychnine, les gens me connaissent.

Miren Funke

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Lien : https://www.facebook.com/kick.destrychnine?fref=ts

Concert de sortie de « L’intégrale » de Strychnine, réédition des deux premiers albums : entretien avec les membres du groupe

10 Fév

 

Vendredi 31 janvier, le Théâtre Barbey à Bordeaux se remplissait complètement pour un concert, aux parfums de festival, qui devait marquer la sortie plus qu’attendue de « L’intégrale », la réédition des deux premiers album du groupe Strychnine, « Jeux cruels » et « Je veux », plus de quatre décennies après leur sortie originale. Le temps consacré à l’aboutissement de ce projet ancien, la qualité du travail accompli, l’investissement personnel de plusieurs proches et la mobilisation enthousiaste du public bordelais massivement présent ce soir là, témoignent incontestablement de l’importance de l’évènement et de l’affection fidèle que Strychnine a su fédérer autour de sa musique et de ses premiers pas, pionniers à leur façon, qui amorçaient, à la fin des années 70, l’éclosion de la scène Punk en France, et à sa suite l’aventure du Rock alternatif français. Rien d’étonnant donc à ce que le groupe ait aussi choisit de manifester son attachement à la défense du Rock en Français, en demandant aux groupes King Kong Blues et Johnny Montreuil (dont l’harmoniciste Kik joue souvent avec Kick, chanteur de Strychnine) d’assurer les premières parties du concert. Si Strychnine, qui se sépara en 1982, est toujours resté une référence pour nombre d’artistes, le groupe s’est donné une seconde vie à partir de 2008, où le chanteur et guitariste Kick (Christian Lissarague) et le batteur Boubou (Jean Claude Bourchenin) l’ont reformé, avec le guitariste Luc Robène (Noir Désir, Kick and Ze6), qui par ailleurs a initié et pilote avec Solveig Serre le projet de recherche et d’archivage de l’histoire du Punk en France, PIND [lire ici]. La reformation avait alors donné naissance à un album de nouvelles compositions, « Tous les cris », dont certains morceaux ont aussi été joués vendredi soir, à travers les anciens titres du groupe. Des sourires irrésistibles, des mémoires qui se ravivent, le bonheur de retrouver le sentiment d’urgence à vivre l’instant présent, la sincérité des interprétations, et un concert aux allures de retrouvailles entre copains, nombre d’autres artistes ayant répondu aux invitations du groupe à venir jouer ou chanter avec lui, donnèrent à la soirée une énergie authentique, tant sur le plan musical qu’humain. On retrouva sur scène aux côtés de Strychnine, Bebert (bassiste des groupes Stalag et Standards), qui avait mis en œuvre et conduit le projet de l’album collectif de reprises des chansons de Philippe Jolly auquel Strychnine avait participé, et dont la sortie fut célébrée dans ce même Théâtre Barbey [Lire ici], François (chanteur des Bérurier Noir), Stéphane Zena (bassiste de Parabellum), Arno Futur (chanteur des Sales Majestés), Philippe Messina (du groupe OTH), Thierry Tuborg (chanteur de Stalag), et Denis Barthe (batteur de Noir Désir, The Hyènes, Moutain Men et The Very Big Small Orchestra), accompagné de son complice Olivier Mathios, bassiste des même groupes [ici]. Certains retrouvèrent leur quinze ans, et parfois des amis de leurs quinze ans ou presque perdus de vue depuis (spéciale dédicace pour toi Karine), d’autres le souvenir vivace de proches disparus -et nul doute que les artistes eux-mêmes en avaient présents dans leurs pensées, parmi lesquels Schultz et Sven, ami proche de Kick, du groupe Parabellum, ou Philippe Jolly des Standards, et d’autres compagnons de route-, les plus jeunes enfin, l’extraordinaire chance d’entendre sur scène des artistes et des chansons qu’ils n’avaient peut-être jusque là connus qu’en les écoutant sur des disques et sans avoir pu les applaudir à l’époque où leurs  formations respectives existaient. Mais quelles que fut la condition privée de chacun, une évidence s’impose : le concert fut un de ces moments vrais, où des sentiments très honnêtes et profonds envahissent le cœur. Authentique.

Quelques heures avant le concert, nous retrouvions les trois membres du groupe pour parler de l’élaboration de cette double réédition, de l’histoire de Strychnine et de l’implication et du dévouement des personnes qui l’ont accompagnée.

 

– Bonjour et merci de nous accorder un peu de temps. Vous avez tous les trois reformé Strychnine, il y a plus de dix ans maintenant, avec la sortie d’un album de nouvelles compositions, et le groupe s’était remis à la création. Aujourd’hui l’évènement est la sortie de cette double réédition des deux premiers albums du groupe, qui restent pour beaucoup des disques cultes. Pouvez-vous raconter comment le projet a été mené à bien?

– Kick : Il fallait la faire ; ça faisait très longtemps qu’on devait faire ce disque. C’est un très vieux projet. Et on voulait que le jour où on allait le faire, on fasse vraiment quelque chose de bien : remasteriser, retrouver le son du studio, faire une belle pochette. Et puis je tenais à ce que les deux albums soient réédités ensemble, car c’est l’histoire du groupe. Ces deux disques avaient été faits en un an à l’époque, puisque le premier est sorti en hiver 1979 et le deuxième en hiver 1980. Donc tous ces titres qu’on joue ce soir ont été pondus en un an. Et on n’avait même pas vingt ans de moyenne d’âge, pour te remettre dans le contexte. Ils étaient vraiment dans un jet ; ça a été un flux à un moment donné, où on a jeté un truc en l’espace de deux ans alors qu’on était très jeunes. Pour moi c’est vraiment la même histoire, et presque le même album, même s’il y a des différences. Un double album me semblait donc nécessaire. 

– Luc : En tous cas, c’est sûr que c’était un disque attendu. Je me souviens en avoir parlé avec Phiphi à Montpellier, et sa réaction, lorsque je lui ai dit qu’on rééditait les disques a été : « Ah! Enfin! ». C’était le cri du cœur et j’ai vraiment senti qu’il résumait à lui tout seul sans doute l’horizon d’attente des gens par rapport à ce disque. C’est un bel objet. Il y a plein de photos de grande qualité ; les tirages sont superbes. Le son est bien. On en est contents. Le tirage est de mille vinyles et mille Cd pour le moment. C’est quand même un investissement personnel. On a eu aussi une aide de Jean-Pierre Penaguin, qui a joué quasiment le rôle d’un producteur au sens économique du terme. Il a mis la main à la poche, et c’est quand même une chose importante dans l’histoire de Strychnine de souligner qu’il y a toujours eu des gens comme Jean-Pierre, qui ont été là pour apporter une aide. C’est lui qui avait les bandes du fameux Live à Brest qui a ressurgit et dont ils ont fait un disque, car c’est un fan de bandes pirates et qui a toujours aimé Strychnine. C’est donc une aide de longue durée. Et là, il a carrément participé financièrement à la production du disque, ce qui est quand même une preuve de gout et d’amitié, et de fidélité. Ici à Barbey, la jauge contient six cent cinquante places, et devrait être complète. Bien sur on ne peut pas prévoir ce que les gens vont faire, mais on suppose qu’ils sont aussi là pour acheter un disque, au titre de souvenir, ou pour plein de raisons autres, pour participer à la vie du groupe, par plaisir personnel.

– Kick : L’objet est réédité en vinyle avec les deux albums qui datent de 1979 et 1980, et puis il y a un petit Cd de complément, mais sans pochette, pour les gens qui n’ont pas de platine. Il a été masterisé à Bordeaux, chez Globe Audio, pas la peine d’aller chercher plus loin. Et effectivement ça a pris du temps, car on voulait le faire bien, et aussi, parce qu’il nous fallait les masters d’origine pour ce faire.

 

– Boubou nous avait évoqué lors d’un entretien qu’il nous avait accordé [lire ici] les difficultés rencontrées dans les démarches pour récupérer les masters d’origine. Cela a-t-il beaucoup compliqué la tâche ?

– Boubou : Ça, ça a été un peu compliqué! Ça a été une longue galère pour récupérer le master original. Parce qu’Universal qui a racheté le label AZ, qui était le notre à l’époque, s’en foutait complètement de nous refiler les bandes. Ils s’occupaient de Johnny Hallyday et de conneries ; Strychnine, ils s’en foutaient. D’ailleurs ils ne savaient même pas qu’ils avaient ça dans leur catalogue.

– Luc : Ils sont vraiment très fixés sur le très contemporain. C’est un truc qui m’a frappé : ils n’ont même pas la mémoire de leur propre catalogue. Ils ne savent pas ce qu’ils ont, et d’autant moins maintenant que leurs archives sont délocalisées en Allemagne. Quand Strychnine a récupéré les bandes, c’était encore localisé en France, mais depuis peu ça a changé.

– Kick : En fait c’est Boubou et moi qui avions voulu récupérer les bandes, et Bernard qui était le pote plus ou moins manager du groupe a longtemps essayé, sans y arriver. Il tombait toujours sur des sous-fifres qui le faisaient chier, pendant plus d’un an et demi. Et puis un jour on en a parlé à Denis [Denis Barthe], et il a dit qu’il s’en occupait : il a appelé directement le PDG d’Universal et trois jours après, on avait les bandes, avec les excuses du sous-fifre qui était même prêt à nous les amener bandes à Bordeaux. Comme quoi il faut toujours passer par d’autres voies. C’est vrai que c’est Denis qui nous a arrangé le coup. Sinon, on serait peut-être encore à les attendre.

– Luc : C’était quand même la condition sine qua non pour qu’une réédition soit possible. Sans les masters, ça ne l’était pas.

– Kick : Les gravures de l’époque n’étaient pas du tout bonnes. Le son était vraiment défiguré à la gravure. On ne pouvait pas rééditer en recopiant les disques d’époque, ce qui se fait souvent. Mais moi, je ne voulais pas ça. Je voulais qu’on retourne à retrouver le vrai son du groupe, de la façon dont on jouait, les vrai son du studio, avec la vraie énergie. Et c’est très bien réussit ; Alexis de Globe Audio a fait un super boulot. On a récupéré les basses, la grosse caisse, le charleston : tout s’est vachement bien rééquilibré. On retrouve vraiment Strychnine.

 

– Luc, tu mentionnais à l’instant la jauge du Théâtre Barbey qui accueille le concert de sortie de l’album ce soir, avec beaucoup d’invités venus participer. L’idée d’un tel concert pour marquer le coup de la sortie s’est-elle imposée tout de suite comme une évidence ?

– Luc : On s’est posé la question de savoir si on ferait un évènement, et ça s’est assez rapidement décidé. La réédition de ce disque était quelque chose d’important et on avait envie de faire quelque chose ; on s’est demandé quoi et comment on avait envie de le faire. Moi j’avais l’idée qu’on pouvait le faire ici, car Eric Roux [directeur du Théâtre Barbey] est un grand fan de Strychnine, et qu’on avait déjà bossé avec lui sur plein d’autres projets, dont PIND. On lui a donc demandé s’il était d’accord pour organiser un concert ici pour la sortie du disque et il a dit « oui » tout de suite, et un « oui » super enthousiaste. On a décidé d’inviter des potes, et la liste des invités s’est enrichie au fil du temps de tous les gens que tu as vus aux balances.

 

– On imagine facilement que l’évènement est aussi un prétexte pour se retrouver entre copains et partager un beau moment, et que chacun aura une pensée aussi pour les copains absents, Schultz et Sven du groupe Parabellum, qui jouait souvent avec toi, Kick, Philippe Jolly également en hommage de qui s’est tenu ici même un concert auquel vous aviez participé, à l’initiative de Berbert, bassiste de Stalag et Standards, qui jouera d’ailleurs avec vous ce soir. Qui sera présent exactement ?

– Kick : C’est sûr que si Sven avait été là, ça aurait été génial. Et Schultz aussi. Philippe Jolly aussi serait bien venu en chanter une. Malheureusement on ne va pas refaire l’histoire.

– Luc : Ce soir seront là : Philippe Messina d’OTH, Arno Futur, le chanteur des Sales Majestés, comme Olivier Mathios et Nini [Denis Barthe de Noir Désir] des Hyènes, Bebert et Thierry Tuborg de Stalag, François des Bérurier Noir, Steph de Parabellum. Belle brochette. Et puis on se rend compte que les gens sont hyper contents de venir jouer, mais aussi déjà de se retrouver entre copains et d’échanger. C’est aussi un moment de vie. Tout le monde se retrouve avec l’envie d’échanger, de faire du mieux et de porter le projet et participer. Et quand même les gens ont la banane, et pour moi c’est une belle réussite. Je suis très content de ce côté humain.

 

– Luc, ce sont aussi des artistes qui ont pas mal participé aux colloques qui se tiennent dans le cadre du projet de recherche sur l’histoire du Punk en France, PIND, que tu diriges avec Solveig Serre. N’est-ce pas ?

– Luc : Ce sont effectivement des gens qui se sont inscrit dans le réseau du projet PIND, et tout se rejoint. Parce qu’on parle du Punk, mais le Punk c’est aussi la vie des gens. On parle de quelque chose qui est juste la vie des gens : quarante ans de musique, de scènes, de rencontres, de répétitions, de concerts. Ce sont effectivement des gens qui sont venus en témoigner et s’impliquer. Et ta question est bonne dans le sens où nous, le projet PIND, avons eu envie de nous investir dans le financement de l’évènement, parce que ça avait du sens pour nous de le faire, comme notre projet est un projet de recherche, participatif, et aussi un projet dans lequel on considère qu’il doit y avoir des évènements. 

 

– Ce soir les artistes Johnny Montreuil et King Kong Blues, qui comme vous font du Rock en Français, et sont des copains vont assurer les premières partie. Le choix n’est surement pas anodin, Strychnine ayant été le premier groupe à initier cela. Quel regard portez-vous dans le rétroviseur à ce sujet ?

– Kick : C’est-à-dire que quand on a commencé à la fin des années soixante dix en France, il y avait pas mal de groupes. Et je pense que la direction qu’a donné Strychnine avec cette énergie et puis des textes, on ne va pas  dire « à message », car ce serait prétentieux, mais qui se permettaient de dire un petit peu quelque chose aux gens, a fait qu’on a été un des premiers groupes là dedans. Après quand tous les autres sont arrivés, les Bérurier Noir, Parabellum, les Wampas, OTH, Les Sales Majestés, et d’autres. Et même si chacun a son style, il y avait quelque chose en commun, c’est-à-dire que c’était des groupes qui font du Rock avec l’énergie, mais aussi l’envie d’écrire des textes pour les gens, et pas de chanter en pseudo-anglais. Tous les gens qu’on a réunis ce soir on tous été dans cette direction. C’est pour cela aussi qu’on a voulu pour les premières parties des gens qui chantent aussi en Français, les King Kong Blues et Johnny Montreuil. Ce soir ça va chanter en Français, avec de l’énergie. C’est bien aussi les groupes qui chantent en Anglais ; moi-même je chante en Anglais quand je fais du Blues. Ce n’est pas gênant. Mais ce soir, on voulait ça.

 

– Avez-vous le sentiment d’avoir été un groupe  précurseur e ce sens ?

– kick : Il faut être un peu modeste : dans le Rock, tu n’es jamais précurseur de rien. Avant toi, il y en a eu d’autres, avant eux encore d’autres, et après il y en aura. C’est une chaine. Mais je pense effectivement que lorsqu’il y a eu cette explosion du Punk en France à la fin des années soixante dix, Strychnine avait une couleur, Metal Urbain aussi, dont d’autres peuvent se revendiquer. C’est pour ça que ces gens là sont venus de suite pour participer à la soirée : ils y reconnaissent quelque chose à eux aussi.

– Luc : Je complèterais en disant que je m’en suis rendu compte par ailleurs en discutant avec plein de musiciens et de gens qui ont de la bouteille : le discours qui revient toujours au sujet de Strychnine et celui de gens qui ont écouté ce groupe lorsqu’ils avaient quinze ou seize ans et disent que ça a vachement compté pour eux. Et ce sont des gens comme Daniel Jamet de la Mano Negra ou Alice Botté [ici], Dominic Sonic. Tous m’ont tenu le même discours, en évoquant à un moment donné, un morceau, un souvenir, qui les a marqués. Et ça, c’est quelque chose d’assez incroyable lié à l’histoire de ce groupe, et je le dis d’autant plus facilement que je n’étais pas personnellement à la racine du groupe. Je suis arrivé après. Mais c’est quelque chose qui me frappe, cette espèce d’aura et de respect qu’il y a en France vis-à-vis de Strychnine, l’émotion avec laquelle ça a été reçu à l’époque. Je me souviens les avoir vus, les deux là, quand j’avais quinze ans en mai 1979 au Grand Parc, et c’est un des concerts qui m’ont le plus marqué.

– Kick : Si tu veux, quand on a commencé avec Strychnine, en France on n’avait pas de référence. Avant nous il y avait eu des groupes comme Magma, Ange, ou du pseudo-rock comme les Chaussettes Noires, ou des chanteurs français à texte. Mais on  n’avait aucune influence en France. C’est pour ça que ma principale influence dans l’écriture, c’est Chuck Berry. C’est pour ça que je chante ainsi, très en rythme. On est allés chercher nos influences aux Etats Unis, les Stooges, les New York Dolls. Alors que pour les gens qui sont arrivés après nous, il y avait Strychnine, Metal Urbain, des trucs qui commençaient déjà. Il y avait plein de trucs bien en France ; j’adore la Chanson Française, Edith Piaf. Mais dans ce qu’on a fait avec Strychnine il n’y avait aucune référence dont on pouvait se réclamer. Aujourd’hui, des tas de groupes peuvent se réclamer d’OTH, de Parabellum ou d’autres. Mais quand on a commencé, en France, il n’y avait rien dans le vrai Rock, à part Little Bob, qu’on allait voir d’ailleurs, mais qui chantait en Anglais. C’était super bien ; le seul vrai groupe de Rock, c’était Little Bob Story. Mais il n’avait pas cette démarche d’écrire en Français. Nous avons amorcé un tournant.

– Luc : On s’en rend compte avec Solveig, quand on travaille sur PIND (le projet de recherche sur l’histoire du Punk en France): 77, 78, 79 ont été les années du tournant où les mecs se sont rendu compte qu’ils pouvaient monter sur scène et chanter, sans avoir besoin d’avoir nécessairement fait le conservatoire. Comme disait Kick, les références d’alors c’était Magma, Ange, des gens qui avaient quand même un rapport à la musique particulier. Et d’un coup on a vu débouler Strychnine, puis Stalag et tous les autres sur Bordeaux ; et Strychnine est quand même le groupe qui a joué avant The Clash au festival de Mont de Marsan, dans cette espèce de dynamique. T’as l’impression que c’est presque de la fiction. Mais ce moment là a beaucoup compté.

 

Miren Funke

Photos : Miren

Liens : https://www.facebook.com/pages/Strychnine/172824216155316

https://myspace.com/strychnine33officiel

 

Johnny Montreuil : https://johnnymontreuil.com/ 

 

 

King Kong Blues : https://king-kong-blues.le-label-pas-sage.fr/

 

 

STRYCHNINE : RENCONTRE AVEC « BOUBOU MALDOROR », BATTEUR DU GROUPE

22 Fév

strych image 2 groupeIl y a 3 ans, et alors que ses nombreux admirateurs n’osaient plus en rêver, Strychnine, groupe mythique de la scène rock bordelaise des années 80, se reformait, sous l’impulsion de deux de ses membres originels, le chanteur « Kick » (Christian Lassarague) et le batteur « Boubou » (JC Bourchemin), pour le plus grand bonheur des fans, dont certains appartiennent à des générations trop jeunes pour avoir eu la chance de voir jouer Strychnine auparavant. Les deux amis, auxquels venaient s’associer le guitariste Luc Robène et le bassiste David Daugey pour compléter la formation, s’attelaient à la création de nouvelles compositions pour la sortie de l’album « Tous les Cris » (2010), avant de reprendre la route des concerts.

On retrouvait dans 12 nouvelles chansons, fidèles à l’esprit du groupe, le même sang qui avait irrigué le propos contestataire, réaliste, et poétique de ce rock énergique, insolent et charismatique joué 30 ans plus tôt.

Ayant dû se séparer du bassiste, les 3 membres restants continuent la route, en formation restreinte (batterie/2 guitares), mais non moins efficace, à laquelle l’absence de basse donne un son « garage » très convaincant.C’est autour d’un café que le batteur « Boubou » a accepté de nous recevoir pour parler un peu.

boubou 2– Boubou, bonjour et merci de nous recevoir. Tu n’as jamais cessé de jouer de la musique, depuis la fin de Strychnine, accompagnant diverses formations musicales (Les Standard, La poupée barbue, Gamine, Balls of Confusion, Mam Cedo Gang, Metakaputch, Christophe Salzac, Mustang Twisters…). Peux-tu nous nous raconter comment s’est finalement décidée la reformation de Strychnine ?

– Oui, quand on s’est revus, je jouais dans les Mustang Twisters. Alors en fait, suite à la compilation que Bordeaux Rock a sorti du groupe Les Standards [NDLR autre groupe mythique de la scène rock bordelaise que le batteur avait rejoint après la dissolution de Strychnine], on nous a demandé si on pouvait faire une compilation de Strychnine. Ça a été un peu compliqué, parce qu’au même moment ou on demandait les masters à AZ, la maison de disque propriétaire des bandes, Johnny réclamait exactement la même chose : récupérer ses bandes. Alors imagine-toi que Strychnine, ils n’en avaient rien à faire. Donc on a attendu un an et quelques, et au bout de X temps, je ne sais plus qui est rentré dans le bureau du grand ponte, et lui a dit « mais donnez leur les bandes ! ». Deux jours après, on les a reçu et on a donc réussit à faire cette compil. Mais on ne s’est pas reformés de suite. Bordeaux Rock a organisé un concert avec 5-6 groupes qui reprenaient des morceaux de Strychnine, dont Asyl, Mustang Twisters, Mongol Rodeo, un duo electro qui jouait des reprises de Strychnine à sa sauce, entre autres. Et avec Kick on s’est dit qu’on allait en faire deux ou trois, juste guitare et batterie. Cela faisait 10 ans qu’il n’avait pas touché sa guitare. On s’est rappelés, et on a convenu de répéter. On s’est mis a jouer, et on a enchaîné des morceaux pendant 3h, sans se dire un mot ; on a joué de tout : des Clash, des Ramones, Stooges, du Sex Pistols… bref plein de trucs qu’on jouait à l’époque. On s’est dit qu’on était bien cons de ne pas faire de concert. On avait envie de jouer, et de remonter sur scène.

– Comment s’est donc décidé le « recrutement » des deux autres membres ?

Strych 1 2 trio studioD’abord, ça s’est fait avec deux musiciens du groupe Asyl (basse et guitare), qui sont fans de notre musique. Mais comme ils étaient sur Paris ou La Rochelle, c’était un peu compliqué comme formule. On a donc immédiatement pensé à Luc, qui avait joué avec Kick, après avoir quitté Noir Désir. Durant 2 ans, au début Sergio [NDLR Serge Teyssot-Gay, remplacé dans Noir Désir par Luc Robène de 83 à 85] était parti du groupe, et Luc l’avait remplacé. Puis Luc est parti pour jouer avec Kick au moment où Sergio est revenu dans Noir Déz. Ils ont joué longtemps ensemble. On a donc pensé naturellement à lui. Puis Nini [NDLR Denis Barthes, batteur de Noir Désir] nous a filé l’adresse d’un bassiste, David, qui voulait bien jouer avec nous. Avec le bassiste ça a duré pendant deux ans, mais en fait il ne s’est jamais mis dans la sauce Strychnine. Il jouait bien, mais Strychnine, c’est une manière de faire du rock. Enfin tu nous connais, et lui n’était pas dans l’ambiance.

– Oui, je vous avais vus au St Michel, et c’est vrai qu’on avait l’impression qu’il y avait d’un côté « les 3 Strychnine », et de l’autre le bassiste tout seul dans son coin. Du coup, l’absence de basse, qui pour moi vous donne un son encore plus « garage », est-elle involontaire et provisoire ou pas ?

C’est très difficile de trouver des bons bassistes ; c’est très rare. La basse est l’instrument le plus « straight », et souvent les bassistes aiment en rajouter, mais tout le monde n’est pas « Flea » des Red Hot Chili Peppers. La basse, c’est le métronome. C’est un métronome avec des notes. Surtout dans la musique qu’on fait. Mais les bons bassistes prennent leur pied à faire cette musique. J’ai joué avec de très bons bassistes. Richard, l’ancien bassiste de Strychnine [NDLR Richard Brousse, transfuge du groupe Stalag, autre formation rock bordelaise], était un super bon bassiste ; il s’éclatait à faire ses parties de basse linéaires. Maud [NDLR Maud O’Red, bassiste des Mustang Twisters »] est une très bonne bassiste. Y avait aussi un bon bassiste qui jouait avec moi au début quand j’ai commencé à jouer avec le groupe Les Standards. Il avait joué avec les Paparazzi avant de les rejoindre. Mais il a chopé le sida en 82 et est mort en 84 ; ça a été très rapide. C’était un excellent bassiste, un bassiste dans l’âme, un peu à la Jean-Jacques Burnel [NDLR bassiste des Stranglers] mais plus efféminé ; il avait un côté New York Dolls : ce son, et cette énergie, mais relax. Un bassiste naturellement cool. Donc revenons à Strychnine ! On va continuer à jouer comme ça, sans basse, c’est encore plus terrible. D’après ce que les gens nous disent, c’est encore pire. Ça déménage, alors pour le moment on ne cherche pas de bassiste. Y a quelques groupes comme ça, sans basse. 😦 Hound dog taylor, Cramps, Gories, Démolition Dolls Rod, BRMC, Blues Explosion, Zone Libre… )

strych trio– Comment s’organise la création des morceaux entre vous ?

Kick écrit les textes, et arrive avec un os, une trame ou un riff… On arrange le truc ensemble, en groupe. On n’a rien sorti depuis l’album « Tous les Cris », mais on a quelques morceaux de côté. Kick, qui quant à lui a sorti des choses en solo (compilation du groupe Kick’n’Ze6 « Le sens de la pente » et album solo Kick « Forcené » sur le label Julie Production) est certainement en train de stocker des textes. En fait c’est en écoutant les chansons qu’on sait si c’est un morceau pour Strychnine ou si ça convient mieux dans son répertoire personnel. Pour moi, c’est une évidence quand j’entends la chanson : ça sonne Strychnine ou pas. Après, la création, c’est par période. Parfois on veut juste jouer, et parfois on se pose ensemble, et on décide de composer. On prend notre temps.

– Même si je sais que vous n’aimez pas trop cette étiquette, Strychnine est pour beaucoup de gens un groupe mythique. Ce passé, riche en titres connus et adulés par le public peut-il être un frein à la possibilité d’imposer des nouvelles compos ?

Non, on ne nous demande pas spécialement des vieilles chansons. Parfois on voit les gens chanter, et ça fait super plaisir, d’autant qu’il y a plusieurs générations présentes à nos concerts. En général il n’y a pas beaucoup de respiration dans notre set, à moins qu’on casse une corde ; ça dure 1h-1h30, et y a pas d’air. On enchaîne. Mais on a toujours autant de plaisir à jouer les anciens morceaux, car pour moi –et c’est peut-être un peu vaniteux ce que je vais dire- ce sont des classiques. J’adore les jouer comme j’adore jouer des classiques du rock. D’autant qu’ils sont toujours d’actualité ; ce ne sont pas des chansons typées dans une époque. Elles ont été écrites dans les années 78-79-80, et enregistrées avec le son de l’époque, mais on aurait pu les écrire il y a 10 ans ou 6 mois. C’est la force de Kick, de savoir écrire des textes intemporels. Notre grand malheur, c’est qu’on ne sait pas du tout se vendre. On n’est pas foutus d’avoir un tourneur, un manager ou quoi que ce soit. On fait tout par nous-mêmes, et du coup, on est tout le temps à la ramasse, parce que le temps ne se multiplie pas. Sais-tu où est Kick en ce moment ? Il coupe les vignes vers Langon, sécateur à la main. Et il fait ça toute l’année. Luc est professeur chercheur en histoire, et c’est un métier qui lui prend beaucoup de temps, donc il fait ce qu’il peut. Bien sur ça ne me plairait pas d’être signé sur un gros label. Mais j’aimerais bien avoir les moyens faire des concerts plus souvent, de rentrer en studio et de travailler le son, de pouvoir enregistrer avec certains producteurs qui t’amènent un truc que tu ne sais pas faire, des méthodes de studio que tu ne connais pas. Le studio, on y va une fois tous les dix ans. La dernière fois qu’on y a été, on a fait l’album « Tous les cris » en 15 jours : enregistrement, mixage, mastering. Aucun recul. Pour être un instantané, c’est un instantané. Mais je ne veux plus faire de la musique comme ça. Pour un 45t ou un 2 titres, ok. Mais pas pour un album. Un album, ça reste. Et j’aime les faire en vinyle, parce que le vinyle, c’est éternel. J’ai des vinyles qui ont 50 ans, et quand tu les écoutes, tu te régales. On peut faire toutes les technologies qu’on veut, le support du rock, ça reste le vinyle. Sans ça, c’est comme si tu enlevais le livre à la littérature. Avec les Mustang Twisters, on avait enregistré 4 titres dans un studio tout analogique à St Caprais. Bien sur ça coûte cher, mais j’aime ce son. On s’est bien pris la tête ; on est restés 2 jours à se régler. Cela prend du temps : régler ton ampli pour avoir un certain son, placer le micro ici plutôt que là, strych batteur solochanger, rechanger, ressayer…on s’approche du grain, et tout d’un coup, ça sonne bien et c’est comme ça qu’il faut prendre le son. Pour plusieurs morceaux, j’ai réglé ma batterie dans la tonalité du morceau. C’est pour ça que ça bouste. En général, il est rare qu’on laisse au batteur le temps de régler sa batterie dans la tonalité du morceau. Du moment que ça se résume à faire « poum poum tchak tzzi tzzi tzzi», c’est bon. Alors qu’il n’y a rien de plus vivant que la batterie ! Moi, je ne suis pas une boite à rythme. C’est avec Les Standards qu’on a le plus travaillé le son. On enregistrait dans un garage ; pourtant si je te fais écouter, tu ne vas jamais vouloir le croire. Tu vas te dire : « mais c’est dans un putain de studio que ça a été enregistré! ». Non, c’est dans un putain de garage. On avait une cabine au bout, et à côté une reverb à ressort qui rentrait dans une armoire de 3m de long, une reverb avec des plaques métalliques et une mollette pour régler, et modifier le son : l’amortir, le réfléchir, l’absorber… Tout est histoire de réglage d’instruments, de qualité de micro et de placement dans l’espace. Evidemment tout se jouait dans la préparation du son, car les bandes analogiques coûtent très cher ; donc on ne rock v 54gaspillait pas. Parce que quand on faisait des prises du son, on n’en faisait pas 15. Avec le numérique désormais on peut enregistrer non stop et gaspiller autant qu’on veut. Mais l’analogique, c’est un processus ; c’est le vrai grain de la musique. Neil Young est justement en train de chercher un procédé numérique qui s’approche de l’analogique, car il considère que depuis 30 ans la musique est châtrée. Et il a raison. Il faut garder l’humanité dans l’enregistrement ; l’humanité se gomme avec une facilité prodigieuse aujourd’hui. L’autre jour, j’ai vu un truc qui m’a cloué : le fils Lomax [NDLR le musicologue Alan Lomax collecta avec son père John des enregistrements de chant de cow-boys et bluesmen dans les années 30], qui enregistrait les chanteurs dans les années 30-40. Un papi s’escrimait sur sa guitare, et une machine gravait le vinyle directement ! Ce vinyle là, tu le mets et tu fermes les yeux : c’est comme si t’étais en face du gars. Jamais tu n’auras ça avec du numérique. J’adore les Queens of The Stone Age, et Jack White ; c’est un travail du son fantastique. Avec Strychnine, on n’a jamais pu faire ça.

– Es-tu en train de me dire que Strychnine, à mon sens (et pas qu’au mien), groupe le plus important de la scène rock bordelaise des années 80, par son œuvre, son charisme, et l’influence qu’il a eu sur bon nombre musiciens de générations plus jeunes, est complètement abandonné par les professionnels de la musique, y compris à Bordeaux, où on le cite pourtant souvent en exemple

Strych 1 duoOui. On ne comprend pas pourquoi ; il y a une sorte d’ingratitude vis-à-vis de Strychnine, qui est paradoxalement cité comme tu le dis. Des soirées Bordeaux Rock sont organisées avec Gamine ou Olivensteins, mais on ne nous appelle pas, alors que cela nous ferait plaisir de partager la scène. La seule personne qui nous ait fait jouer et correctement payés ici est Francis de l’association « Allez Les Filles » qui organise des concerts. Pourtant on ne demande pas une fortune, ni la gloire. On voudrait juste pouvoir faire ce qu’on a toujours eu dans les tripes : notre rock.  J’ai assisté;  il y a quelques années,  à la présentation du livre Bordeaux Rock : une personne dans le public à demandé aux 3 intervenants, Francis justement, Roux du Théâtre Barbey [NDLR salle de concerts locale] et le co-auteur du livre, quel était pour eux le meilleur groupe de Bordeaux. Bien sur l’auteur a répondu Noir Désir, Francis a répondu Les Standards –et ça m’a fait super plaisir, car Francis est un connaisseur en matière de musique-, et l’autre a répondu Strychnine. Nous, son groupe préféré ? Il ne nous a fait jouer qu’une fois, sans nous payer, et nous a une fois prêté le bar de sa sale. Pour eux Strychnine, c’est mythique. Mais ce n’est que ça. Ils se servent du nom, font des articles sur nous, mais ne nous appellent jamais. On est dans la galère comme les autres, et même pire, parce qu’on a 50 balais. Aucun ne s’intéresse à notre sort, alors qu’on a un truc qui peut se vendre.

Veux-tu que je te raconte comment Strychnine s’est dissous la première fois ? Bon, bien sur à cause des produits que certains ingéraient, il y a eut des dissensions… Claud Ghighi est parti pendant l’enregistrement du second album, mais on a continué à tourner à 4. L’album est sorti en 82 et pour sa sortie on avait organisé deux concerts au club « Number One » à Bègles, où ont joué les Cramps entre autres. On a fait 15 entrées le premier soir et 7 le lendemain. On était le groupe le plus costaud de Bordeaux et on faisait 7 entrées ! Cela nous a tué le moral ; on était déjà dans des états physiques et psychiques assez délabrés… Richard a commencé à péter les plombs, et est parti en psychiatrie. On a décidé la fin du groupe, avec un concert d’adieu 2-3 mois après. Donc au Grand Parc, nous n’étions plus que 3 sur scène, et nous avons rempli le Grand Parc ! Imagine les boules suprêmes : le public te chie dessus et t’ignore tant que t’es vivant, et tu leur dis « on fait un concert d’adieu », et tout le monde vient te voir. J’avais une haine…Richard est parti dans les étoiles, et il y est encore. Sûr, la vie continue, mais c’est dur à vivre. On était maudit, au quoi ?

Maintenant c’est différent : les gens qui viennent nous voir sont ravis. Mais les institutions bordelaises recherchent plutôt les nouveaux talents. Pour eux, on a déjà existé, et ils se foutent d’un truc qui a déjà existé. Pourtant on n’est pas inintéressants sur scène. Quand les gens nous voient, ils restent bouche bé. L’autre fois une femme est venue me voir, une connaisseuse en plus, et elle m’a dit « mais vous êtes en train d’inventer un son », et ça m’a fait super plaisir.

J’ai été voir quelques autres groupes de l’époque qui se sont reformés récemment. On ne va pas citer de nom, mais tous ces groupes ronronnent plus ou moins. Quand tu vois un gars qui 30 secondes après la fin du concert a remis sa veste et plié sa guitare, sans avoir sué une seule goutte, c’est déconcertant. Strychnine, c’est autre chose. A la troisième chanson, on a mouillé le t-shirt, et on ne le sèche pas. On est un groupe « high energy ». On aime jouer dans la veine des Stooges, MC5… On ne peut pas la faire ronronner, cette musique ; ça n’existe pas. Il faut la vivre. On a été biberonnés à ça, avec Luc et Kick. C’est l’urgence de la scène : le live, c’est là que vit la musique. On est un groupe de scène, mais aucun tourneur ne s’en est rendu compte ; ils préfèrent faire tourner des groupes américains qui sont plus rentables.

Autre problème : il n’y a quasiment plus de club ou de bars pour jouer à Bordeaux, exception faite de « l’Antidote », super endroit au staff sympathique où les artistes sont très bien accueillis. Le Jimmy, le Doremi, le StEx, le SonArt ont fermé ; il reste des lieux infâmes du point de vue sonore, et en plus tu as l’impression de leur arracher les yeux quand tu leur prends 300 euros pour un concert. Heureusement des groupes, tels Datcha Mandala et Magnetix perpétuent la chose ; Sergio [NDLR Serge Teyssot-Gay] joue un truc intéressant avec Zone Libre est Casey : ça ne tourne pas très souvent mais quand ça tourne, j’y vais systématiquement : c’est un des rares groupes qui jouent du rock et du hip hop sans faire une fusion merdique à la pseudo

Red Hot Chili Peppers et autres groupes qu’on a enduré pendant 10 ans. Le rock et le hip hop se mélangent très bien chez Zone Libre, dans le strict respect de chacune des musiques. C’est d’ailleurs aussi un groupe sans bassiste.

Mais bizarrement la ville qui a été très puissante pendant des années avec une scène rock prolifique, ressemble désormais à un marigot de plus en plus sec. On se demande où ça va se passer. Si vous connaissez des endroits pour jouer, envoyez nous les adresses ! Je précise les tarifs de Strychnine : 500 euros, c’est super, 400, c’est bien, 300, on prend. On joue de préférence les week-ends ou vacances scolaires, vu qu’on a un prof dans la bande.

Boubou– Des Dates bientôt ?

Alors les prochaines dates :

-27 Février au club Marceau ( Montreuil)

-28 février à la Miroiterie (Paris)

-le 1 mars au Club et a l’Armony (Montreuil)

-25 avril à L’athénée Libertaire de Bordeaux.

Strychnine, un groupe maudit ? Effectivement il faut avouer que pour la jeune personne débarquée à Bordeaux à 18 ans et immédiatement initiée par les copains à l’univers du rock Bordelais que j’ai été, le manque de moyens dont souffre le groupe, Strych affichequi en fut pourtant une des formations les plus importantes, sinon la plus importante – rappelons que début 80, Noir Désir faisait les premières parties de Strychnine-, et qui su renaître de ses cendres il y a 4 ans pour remonter sur scène avec la même conviction qui l’avait animé 30 ans auparavant, reste un mystère. Comment expliquer qu’un groupe aussi singulier, une légende vivante, ayant laissé son empreinte et transmis à bien des musiciens de générations plus jeunes l’envie de faire du rock, souvent cité en référence par les professionnels du milieux musical ne bénéficie quasiment d’aucun soutien logistique et soit obligé de se débattre pour sa survie ? Bien sur on peut penser que la galère traversée témoigne elle aussi de l’intégrité et de la pureté du groupe, et que la nécessaire combativité de ses membres participe à l’esprit de révolte et de vindicte qui a toujours animé Strychnine. Néanmoins, à ce stade de son existence, un groupe tel devrait pouvoir profiter d’un peu plus de moyens, pour se consacrer à sa musique et à ce qu’il a à dire. Et il en a des choses à dire ! Pour les avoir vu jouer plusieurs fois, je peux témoigner qu’il se passe vraiment quelque chose d’original lors des concerts. Le public est pris immédiatement dans l’échappée, et il s’agit de vivre intensément les morceaux, pied au plancher, sans jamais décélérer. On sort toujours des concerts un peu transformés, et en phase avec cette énergie communiquée par le groupe. C’est pourquoi, une fois n’est pas coutume, je me permets d’en appeler aux lecteurs de la revue, aux professionnels, semi professionnels et amateurs de rock et militants de milieux associatifs, qui pourraient lui proposer des lieux et dates de concert. On ne regrette jamais un concert de Strychnine.

Miren

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