Archive | mai, 2021

Voilà… la leçon du gorille invisible…

26 Mai

.

P1-gorille-voilà 26-05-2021 13-24-03rolégomènes: Le test du gorille invisible (« The Invisible Gorilla ») a été mis au point en 1999 par Christopher Chabris et Daniel Simons, deux chercheurs en Psychologie cognitive de l’Université Harvard , surnommés depuis The Gorilla Guys.

La consigne donnée aux participants était de regarder attentivement une vidéo où deux équipes de joueurs de basket, l’une habillée en blanc, l’autre en noir, se lançaient un ballon, et de compter le nombre de passes entre les membres de l’équipe des blancs. Pendant la partie, une personne déguisée en gorille traversait la scène de droite à gauche en se frappant la poitrine avec ses poings.
On demandait ensuite aux participants combien de passes ils avaient comptées et s’ils avaient vu quelque chose qui sortait de l’ordinaire. Environ 50 % d’entre eux n’avaient pas vu passer le gorille.

Voilà voilà voilà, chanson française…

L’Eurovision n’est plus, depuis au moins 30 ans, un de mes sujets favoris, néanmoins, je lis la gazette plus ou moins attentivement. D’abord la chanson sélectionnée qui représente la France, puis le résultat. Et rien entre les deux . Pour 2021, comme d’habitude, j’ai écouté la chanson de Barbara Pravi, comme à la radio, sans image, et sans idée préconçue … Ce que j’entends dans le premier couplet :

Écoutez-moi, moi la chanteuse à demi
Parlez de moi, à vos amours, à vos amis
Parlezleur de cette fille aux yeux noirs et de son rêve fou
Moi c'que j'veux c'est écrire des histoires qui arrivent jusqu'à vous
C'est tout..


Jusque-là, je comprends assez facilement qu’elle parle d’elle. Ensuite vient le refrain,

Voilà, voilà, voilà, voilà qui je suis
Me voilà même si mise à nue j'ai peur, oui
Me voilà dans le bruit et dans le silence

Elle continue à parler d’elle, mais voilà-voilà-voilà , il y a comme une réminiscence de Padam padam, sur la répétition de ces deux syllabes , 4 fois, et ma foi, ça ne m’a pas spécialement intrigué à la première écoute, le vers est plus court, la mélodie n’a plus rien à voir avec

(Padam…padam…padam…) Il arrive en courant derrière   moi
(Padam…padam…padam…) Il me fait le coup du souviens- toi


J’en suis donc resté là, en jetant un œil sur une photo de la demoiselle, qui a une frimousse plus proche de Rika Zaraï que de Barbara, Gréco, ou Piaf, des brunes. Et en noir... Mais est-ce suffisant pour être identifiée à Edith Piaf ?

1-Piaf Barbara Pravu robes 26-05-2021 13-35-20Et puis, il y a eu une série de communiqués, ou « analyses » la présentant comme une Piaf 2021. Et il me semble que pas mal de gensl'ont ensuite écoutée avec l’image de Piaf en surimpression, jusqu’à voir « la petite robe noire de Piaf » dans la tenue bustier très court et pantalon de Barbara Pravi. Et dans la foulée, hurlant au plagiat de Padam padam dans cette chanson… Dont la mélodie et le texte n’ont pas de correspondances ni dans le fond ni dans la forme… Il suffit d’essayer de chanter la chanson en question sur l’air de Padam Padam pour s’en rendre compte. En approfondissant àla  loupe, on note en effet ce qu’on appelle des citations en jazz, ou un riff musical, ou quelques notes qui résonnent, en clin d’oeil. On peut dire que c’est un procédé habile, mais qu’on retrouve assez souvent. Et si on doit considérer comme plagiat 5/6 mesures qui se ressemblent, la grande majorité des chanteurs de blues sont des plagiaires.


Pour faire bref sur mon « ressenti » en terme de plagiat, c’est comme si dans un grand tableau noir, on mettait 3 cerises au milieu, et qu’on considère que c’est un plagiat du  Temps
des cerises , ou, avec un tournesol dans un coin, un plagiat de Van Gogh, c’est très exagéré. Est venue aussi la question de la gestuelle, copiée sur Piaf, avec un micro droit… Dans des spectacles récents de jeunes artistes qui n’ont rien de spécialement Piaf, sauf qu’elles chantent en français, beaucoup sont debout  devant un micro en pied, et bougent les bras dans une gestuelle expressive classique.. Qui est différente des  gestes stéréotypés des rappeurs qui ont tous les mêmes tics.

Cette affaire mineure est un bon exemple de manipulation par détournement d’attention préalable ; comme dans l’exemple du gorille, on voit ce qu’on nous a suggéré de voir : Edith Piaf… Que Barbara Pravi ne lui ressemble en rien n’a aucune importance, l’opinion a été téléguidée, et chacun brandit son opinion comme parole d’évangile. Mais une opinion n’est pas un argument. On peut bien dire et opiner que la terre est plate, carrée, ou cubique et que le soleil tourne autour, c’est une opinion, idiote mais c’est le droit à l'expression libre. Toutefois
«
L’opinion de la majorité n’est pas forcément la vérité.* » Galilée en a su quelque chose …

Sur un plan général, la plupart des candidates de l’Eurovision sont formatées, un peu bimbo blonde qui chante en anglais les mêmes choses pour faire danser autant à Reykjavik qu’à Novosibirsk ou à Aurillac. Les candidats sont taillés sur les mêmes modèles , un groupe de rock-punk-métal aura les mêmes codes qu’il soit anglais, autrichien ou italien. Why not ? C’est une option possible, tout le monde chanterait le même genre de chanson dans un œcuménisme musical où toutes les particularités locales seront escamotées pour un meilleur des mondes aseptisé et sans frontière. Adieu les dinosaures des temps révolus , Brassens, Anne Sylvestre, Félix Leclerc, Hélène Martin, Ferrat, Brel, Ferré et Vigneault, ceux qui font des chansons qui racontent,
faut que ça fasse bouger les
fesses et les pieds, et pas encombrer le cerveau avec ce qui pourrait ressembler à des idées…

Exit aussi le swing, cette subtilité que Nougaro a bien définie :

  Le swing, c’est ce qui fait balancer l’âme, pas le cul.

*Cocteau

Pour conclure revenons à notre gorille, cette étude montre que lorsque notre attention est concentrée sur une seule chose, il peut nous arriver de ne pas remarquer d’autres choses même très évidentes dans notre champ de vision. On peut ne pas voir ce que l’on est pourtant en train de regarder.

La suite ici –> https://www.afis.org/Le-test-du-gorille-invisible

Norbert Gabriel

Sortie du Ep « Rumeurs » d’Erdöwsky

26 Mai

Duo formé de la chanteuse et guitariste Muriel Erdödy et du percussionniste, batteur et clarinettiste Alexis Kowalczewski [ici], le groupe Erdöwsky vient de livrer ces jours-ci son premier EP, « Rumeurs ».

C’est la chanson « Les étoiles » qui ouvre, par la clarté cristalline d’une guitare, enveloppée bientôt d’une atmosphère sonore traversée de chœurs évasifs et de timbres instrumentaux planants, la porte sur la petite galaxie ensorceleuse d’Erdöwsky, qu’habitent des textes d’une poésie métaphorique et sensuelle.

« Il y a des étoiles que l’on suit. Celles qui nous aveuglent.
Il y a celles que l’on traine, celles que l’on poursuit.
Il y a celles qu’on éteint, celles que l’on étouffe.
Il y a celles que l’on aime et il y a celles que l’on bat. »

On ne peut s’empêcher, à l’écoute des paroles, d’y entendre une ode à la féminité, aux femmes, aux cœurs d’existences avides, aimantes, fascinées, parfois blessées et maltraitées, souvent dignes et héroïques, et toujours aspirant à vivre intensément.

« Les étoiles » nous fait pénétrer dans la richesse et nous happe dans les aspérités d’un univers musical empruntant parcimonieusement aux rythmes orientaux, aux musiques africaines, à l’imaginaire nomade, à l’esprit Rock, pour fondre une identité poétique singulière, qui invente, entretient, bouscule et calme, une tension entre l’insolite et l’évidence, le lointain et étranger, et quelque chose de la Chanson francophone qui nous est familier, patrimonial même, tension qui ne nous lâchera plus qu’à peine la main pour nous reprendre l’oreille aussi tôt.

La rythmique hypnotique de guitare et percussions, évoquant le Blues touareg, du second titre « Rumeurs » nous attrape dans une tourne entêtante, avant que la douceur et la délicatesse du troisième « Te souviens tu ? » nous apaise, au velours de la chaleur boisée d’une clarinette qui accompagne en proximité le questionnement nostalgique et ouvert à la fois sur des perspectives d’horizons. Puis le titre « Les Grands Chevaux » nous plonge vertigineusement dans un galop haletant, où les mots, sans même avoir besoin de les décrire, dessinent de grands espaces lointains, venteux et soufflés de tempêtes de sable. On peut y trouver une résonance, comme un écho, de l’album de Noir Désir, « Des visages et des figures », sans toutefois que le titre n’y indique de référence explicite. Il ne s’agit peut-être donc que d’une sensation arbitraire personnelle, mais la chanson m’évoque fortement des pulsions et émotions ressenties à l’écoute de l’ultime album du groupe bordelais.

Sensation arbitraire toujours, le cinquième morceau « Barème » frappe tout d’abord par des harmonies vocales ludiques et un certains jeu Jazz qui rappelle l’art et la manière espiègle qu’avait Belle du Berry (Paris Combo) de nous accrocher. Croire l’entendre, même de façon fugace, dans la voix de Muriel Erdödy enfante une joie attendrie. Mais le titre révèle encore une dimension plus surprenante, lorsque le chant s’enfle et se renforce d’un peu plus de violence et de démence jusqu’à immanquablement évoquer Catherine Ringer, et redescend dans la théâtralité d’une diction qu’on attribuerait volontiers à Juliette, le Blues syncopé et percussif donnant une puissance d’impact particulière au sarcasme du texte

« Il vaut mieux taire tes états d’âme.
Vois tu les temps sont exécrables
Il y a un barème sur l’échelle du malheur.
Le tiens ne prend pas assez de hauteur. ».

L’album s’achève sur « Le parfum », qui, sous de faux airs mélancoliques et avec de vraies essences bucoliques, sonne comme un hymne à la renaissance, au renouveau, une fois la douleur d’un deuil, d’un amour, d’une histoire, apaisée, et la sérénité (re)venue.

« C’est un parfum d’été au bord d’une rivière.
Une brise odorante adoucissant la pierre.
Une histoire végétale, qui embrase la plaine.
Un parfum de victoire sur la tristesse vaine. « 

Ici encore passe dans la voix de Muriel Erdödy, comme un effluve de la grâce enchanteresse de Belle du Berry (« Sous la lune »).

Interprétations toute subjective de ma part, tant il est hasardeux de présumer des intentions des artistes et de spéculer sur les références qui ont pu les inspirer. Mais cela ne participe-t-il pas à la magie d’une chanson ou d’un disque, de laisser à chaque auditeur l’espace et la liberté d’y entendre ce qui y est, et aussi ce qu’il y projette de lui-même, de sa propre histoire, de ses propres gouts, de sa propre imagination? C’est avec cette complexité qu’on aime les artistes, à la rencontre non manquée du don d’eux-mêmes et de notre réceptivité et capacité à l’accueillir. L’EP d’Erdöwsky est au rendez-vous.

La tentation serait immense d’affirmer que quelques chansons supplémentaires auraient été appréciées et que l’album est trop court, s’il ne présentait pas cette faculté de pouvoir tourner en boucle indéfiniment sans qu’on s’aperçoive ou à peine de la répétition des titres, tant la diversité des reliefs et la multiplicités des angles par lesquels on en aborde les paysages procurent un sentiment d’inouï et donne l’impression d’y découvrir à chaque écoute de nouvelles chansons.  

« Rumeurs » d’Erdöwsky est disponible sur bancamp:

https://erdowsky.bandcamp.com/album/rumeurs?fbclid=IwAR0jMjxL9E-WaWfZsaYLry42PUyRTripI4WLUzvGqYsiwnwE-Hzynhb9isI

Et directement auprès du groupe.

Liens : site : https://www.erdowsky.com/

Facebook : https://www.facebook.com/erdowsky/

Miren Funke

Main basse sur le magot…

20 Mai

 

affichage_web_reprise_maiÇa commence dans une tonalité qu’on peut résumer par  Arletty chez les branquignols du fric-frac  ou bien en retournement de situation  Le cave se rebiffe,  les dialogues seraient un mix de Simonin et Jeanson , la musique de Django et les  » boutonneux  » du Balajo, et le décor de Trauner..

Loulou est une gisquette plutôt émoustillante, et le futur Paulo de Janeiro va trouver son chemin de Damas dans les bras de … Suspense …

Je vais pas divulgâcher les arcanes de cette comédie qui malgré les apparences se termine plutôt moralement, selon les critères des Marx Brothers.
Ou de Fernand Naudin – de Montauban- et comme dirait Paul Volfoni :
J’y trouve un goût d’Audiard…  vous devinez la réponse de Fernand ?
Y en a ...

 

1-Main basse salut AAAA 19-05-2021 20-54-18

C’était le premier spectacle vivant depuis les temps pré covid, le public très intergénérationnel s’est régalé, et en plus il faisait plutôt beau en sortant du Funambule de Montmartre, qui vous attend avec plusieurs pièces au programme, dont le « Cabaret Louise » vu et apprécié ici –> https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2018/10/04/cabaret-louise/

Pour le reste du programme, voyez ici :

https://www.funambule-montmartre.com/spectacles/a-laffiche

 

Et pour quelques photos de plus, 

1-Main basse montage 20-05-2021 11-20-29

Norbert Gabriel

Photo et malentendu ….

17 Mai

Prolégomène : Dans le top 5 des photographes qui m’accompagnent, Willy Ronis, dont l’exigence en matière de photo de reportage ‘engagée’ a toujours été d’une honnêteté rigoureuse, jusqu’ à quitter l’agence qui vendait ses photos, car on respectait pas l’esprit avec des légendes inexactes. Ce qui l’a conduit à s’exiler dans une quasi ruine provençale durant plusieurs années, en raison de la perte de revenus qui a suivi cette décision, quitter l’agence de diffusion. Ce qui suit est indirectement un des effets secondaires d’une mauvaise lecture possible d’une photo de reportage.

« C’est une des 100 photos qui a changé le monde selon le magazine Life. Au beau milieu d’un marathon, on voit une femme qui court, soudainement bousculée par un homme en costume qui tente sans succès de lui arracher son dossard n° 261. »

Ce texte accompagne la photo ci-dessus sur une page FB. Cette femme c’est Kathrine Switzer, engagée dans le marathon de Boston en 1967… Pendant la course, au 6 ème km, le directeur de la course se précipite pour lui arracher son dossard : « sortez de ma course... » L’action est brève mais violente, et il est éjecté par deux concurrents masculins Tom Miller, et John Leonard, amis de Kathrine Switzer, l’un est athlète, et l’autre joueur de foot-ball américain . Sur la page FB où cette photo était publiée, avec les 3 lignes de présentation, j’ai précisé que les deux concurrents masculins ont éjecté l’importun, parce que c’est ambigü sur l’image, on pourrait y voir une agression de leur part.. Ça m’a valu illico le qualificatif de « tocard » ce qui est peut-être vrai, mais l’imprécision des lignes accompagnant la photo méritait de souligner que -selon les propos de Kathrine Switzer- elle n’a pas eu d’hostilité de la part des concurrents, mais uniquement des instances du sport, voilà .. Une photo mérite parfois une légende précise pour éviter d’être mal comprise, c’est pas Willy Ronis qui me contredira sur ce point.

Les protagonistes de cette affaire :

Kathrine Switzer, universitaire et athlète

– Jock Semple un des organisateurs

-Tom Miller et John Leonard, des amis sportifs, foot-ball américain et athlétisme

– Arnie Briggs son entraîneur

Une autre photo aurait été plus explicite sur qui fait quoi dans cette affaire ..

En 1967, elle a 20 ans, elle parcourt davantage que la distance d’un marathon à l’entraînement et le règlement du marathon de Boston n’interdit pas explicitement aux femmes de participer, Kathrine Switzer parvient donc à convaincre Arnie Briggs de soutenir son inscription. Lors de son enregistrement officiel, elle préfère utiliser les initiales de ses prénoms, « K.V. » (Kathrine Virginia), qu’elle emploie déjà pour signer ses articles écrits pour le journal de l’université .

Le 19 Avril 67, jour de la course, elle porte le dossard 261. Elle est encouragée par les autres participants et le public. Malgré son apparence et le fait qu’elle porte du maquillage, du rouge à lèvres et un serre-tête en plus de son short et d’un survêtement, elle n’est pas empêchée de prendre le départ aux côtés de son entraîneur Arnie Briggs et son compagnon Tom Miller,… (pour la suite voir wikipédia qui indique qu’une autre concurrente, Roberta Gibb, qui n’était pas enregistrée avait parcouru le marathon l’année précédente. ) Suite de son palmarès:

1972 Marathon de Boston Boston 3 eme Marathon 4 h 49 min 18 s

1974 Marathon de New York New York 1ère Marathon 3 h 07 min 29 s


1975 Marathon de Boston Boston 2 ème Marathon 2 h 51 min 37 s

A écouter cette émission de 2016 : https://www.franceinter.fr/emissions/l-oeil-du-tigre/l-oeil-du-tigre-09-octobre-2016

Revenons au propos initial qui concernait cette photo, une de celles qui ont changé l’histoire. Le petit texte qui la présente est très incomplet, mais surtout il met en avant l’agression dont est victime la concurrente. Et sans explication, on peut croire que les deux hommes derrière elle, essaient de lui arracher son dossard et la sortir de la course, on pourrait même ne pas comprendre que le seul agresseur est celui qu’on voit le moins. Pour avoir apporté cette précision, j’ai eu une réponse «  tocard qui fait du mansplaining »… J’aurais pu souligner aussi que ce n’est pas au milieu du marathon, mais au 6 ème km, mais c’est un détail sans grande importance.

Que certains sports soient résolument misogynes, personne n’en doute, que la société ait de considérables progrès à faire dans ce domaine, ça me semble d’un évidence criante. Il m’a semblé dommage que cette photo laisse autant de place à des imprécisions dommageables.

Norbert Gabriel

%d blogueurs aiment cette page :