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Tournée « Parenthèse 2 » d’Yves Jamait : trois magiciens sur scène et entretien avec le chanteur

15 Juil

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Capture d’écran 2022-07-11 164353C’est en mai dernier que la tournée « Parenthèse 2 » d’Yves Jamait, qui donnera encore plusieurs dates en France cet été, investissait le Théâtre Cravey de La Teste de Buch (33) pour convier le public girondin à un spectacle de chansons l’arrachant à l’ordinaire, et le transportant loin, très loin, de la morosité dans laquelle la période pandémique et le vide événementiel qui l’accompagnait nous avaient plongés. Evidemment, lorsqu’on a déjà vu le chanteur plusieurs fois en concert, on y retourne toujours confiants dans la certitude d’être captés par une mise en scène humoristique et tendre, qui nous fera traverser des pays émotionnels, au bout desquels on quittera le lieu en y laissant autant de larmes que de fous rires et de fantômes, mais remplis de souvenirs drôles et émouvants et enrichis du sentiment d’avoir vécu quelque chose. Et on y revient toujours avides d’entendre ce que l’homme va nous chanter et ce que le moment va nous apprendre. La tournée « Parenthèse 2 » n’échappe pas à cette règle, et même la confirme et la transcende. Proposant des versions revisitées de chansons des précédents albums, et interprétées en formation réduite à un délicieux trio composé d’Yves Jamait au chant et à la guitare, Didier Grebot aux percussions et Samuel Garcia à l’accordéon, l’accordina, et aux claviers, elle pouvait annoncer une ambiance plus intimiste -et elle le fut-, sans toutefois prévenir du savoureux et surprenant comique décalé, et même un peu déjanté, du spectacle qu’allait nous offrir le jeu complice des trois hommes. Trois magiciens en fait. De ceux qui vous font pénétrer dans la profondeur émouvante d’un amour, d’une nostalgie ou d’un drame, ou dans l’intensité saisissante ou glaçante d’une colère, d’une amertume ou d’un effroi, vous y happent, et, sans pour autant les sortir de vous, vous en extirpent, sitôt la chanson finie, avec des jeux de personnages infiniment drôles et les situations hilarantes qu’ils provoquent entre eux, et au spectacle desquels la salle se remplit spontanément d’éclats de rires irréfrénables. De ceux qui vous kidnappent à vous-mêmes, et emmènent, pour quelques heures, vos vies loin de vos vies. De ceux qui sont toujours en mouvement et émetteurs d’énergie, même lorsque la frénésie décélère et l’action s’apaise pour une pause délicate, avec la lecture d’un poème de Lamartine -n’est-ce donc pas ce qu’on appelle la « présence » ?-. De ceux qui, le temps d’une soirée, vous font être quelqu’un d’autre que vous-mêmes, puis vous rendent à vous-mêmes, enrichis de ce supplément d’identité.

Quelques heures auparavant, Yves Jamait nous accordait un entretien pour parler de ces nouveaux visages instrumentaux offerts à des chansons, dont certaines sont connues par cœur du public, mais d’autres beaucoup moins, et toutes profitent de cette nouvelle incarnation musicale pour se faire entendre autrement, et de ce que cette tournée souhaite raconter aux gens.

 

Capture d’écran 2022-07-11 161046– Yves, bonjour et merci de nous accorder cet entretien. La tournée « Parenthèse 2», qui fait écho à une première tournée « Parenthèse », reprenant aussi des chansons de ton répertoire entre deux tournée de présentation d’album, vient proposer au public les chansons réarrangées, telles qu’elles ont été travaillées sur le disque, sorti il y a peu, à moins que ce ne soit l’inverse, puisque le disque fut enregistré dans l’intervalle entre le début des dates, interrompues et reportées par la pandémie, et la reprise de la tournée. Dans quel ordre cela s’est-il agencé ?

En fait, l’album a été fait, parce qu’on a pensé qu’on ne jouerait peut-être pas le spectacle. C’est-à-dire qu’on a commencé à jouer ce spectacle en septembre 2020 ;  on l’a joué huit fois. Et fin octobre, il y a eu la deuxième vague d’épidémie, et on a du tout arrêter. On pensait pouvoir reprendre en début 2021, mais ça n’a pas été le cas, et comme nous avions travaillé les arrangements, on a décidé de les enregistrer, en se disant que probablement la tournée « Parenthèse 2 » n’existerait pas plus que ça. Donc on ne défend aucun album avec cette tournée ; c’est plutôt l’album qui défend le spectacle. Ce ne sont donc que de vieilles chansons, à part un poème de Lamartine que je lis sur scène. Je n’ai pas mis de nouvelle chanson sur ce disque, puisqu’elles seront sur mon prochain album. Mais ce soir, je vais en chanter trois nouvelles. Quand on a fait le spectacle en septembre, on avait soixante-quinze dates devant nous ; on a repris en juin derrière. Donc quasiment toutes les dates ont été repoussées. Lorsqu’on finira la tournée, on aura finalement fait cent-trente-cinq ou cent-quarante dates. Donc pour une tournée qui devait être juste une parenthèse, c’est un vrai bouquin qu’on a écrit.

 

Capture d’écran 2022-07-11 163948– Ces nouvelles versions sont-elles nées d’un désir de proposer des interprétations acoustiques, peut-être épurées, ou simplement autres de tes anciennes chansons ?

– Non. C’est pour cela que j’ai voulu qu’on enlève le terme « acoustique » derrière. Parce que tous les artistes, quand il n’y a plus les moyens ou que ça a moins bien marché, font une tournée acoustique. Ce n’est pas mon cas. Ce n’est pas pour m’en vanter que je dis cela, mais c’est juste que, comme je le raconte sur scène -je sketche avec, mais c’est vrai- il y a tout un tas de petites salles, le réseau « Chanson » en fait, qui ne pouvait pas accueillir de spectacle trop important en terme d’équipe. Et moi j’aime bien tourner tout le temps. Partir en tournée et s’arrêter un an, je n’ai jamais fait ça. Donc toutes les occasions sont bonnes. Alors c’était pas mal de faire une petite formule de musiciens, qui ne prend pas de technicien, pas d’éclairagiste. On est juste tous les trois avec notre régisseur, et on fait avec les techniciens du coin. On avait déjà fait une première tournée « Parenthèse », sans même notre régisseur. On avait fait soixante dates en cinq mois, et on avait du en refuser une cinquantaine, parce qu’on n’avait que cinq mois. Là on va jusqu’à fin juillet ; on finira à Barjac. Ca permet de jouer devant des publics restreints. On a pu faire une salle de quarante-huit places ; on a fait le Bijou à Toulouse qui en tient quatre-vingt. Je peux, sur ces salles là, réduire mon cachet, pour que ce soit économiquement viable, et on joue plusieurs soirs.

Capture d’écran 2022-07-11 161341Il y a deux choses. La première est qu’on voulait faire essentiellement acoustique, même s’il y a un clavier numérique, mais c’était jouer en acoustique. Mais pour ne pas donner cette sensation qu’on fait de l’acoustique par manque de moyens, j’ai voulu faire cette seconde « Parenthèse » avec des arrangements non acoustiques quand même. J’avais envie de travailler avec des machines sur mon prochain album. Ça a permis de faire des essais. Et comme on n’a pas d’album à défendre, on peut revisiter absolument tous les albums. Pour la première « Parenthèse » j’avais choisi trois chansons par album. Le principe de cette tournée est différent, mais il faut que les gens découvrent cela sur scène. C’est très sketché, quand même. Nous avions déjà imaginés des choses lors de la première tournée et très vite, mes amis ont des personnages qui se sont dessinés d’eux-mêmes. Et je joue là-dessus. Je dis que j’ai du licencier les trois quart de mon personnel, et que j’ai gardé les moins chers. Et eux deux sont complètement ahuris, à côté de leurs pompes. Ils jouent comme des bêtes, mais leurs personnages sont décalés. C’est l’idée qui trame le spectacle, ce qui fait que bien que je fasse des chansons qui parfois sont tristes, les gens partent en se fendant la gueule. On arrive à faire passer les gens d’une émotion à l’autre sans ménagement et sans transition, et c’est plutôt agréable à faire. 

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– Certaines de ces nouvelles interprétations de tes chansons sont très fidèles et proches des versions originelles, comme c’est le cas pour « Ridicules » ; d’autres leurs ont offerts des arrangements très différents. Y a-t-il des titres, qui, après avoir été revisités ainsi, et peut-être avec l’évolution qu’ils ont pu connaitre au fil des ans et de leur vécu scénique, te laissent quelques regrets quant à leur enregistrement initial, au sens où s’ils étaient à enregistrer aujourd’hui, tu ne les jouerais pas du tout de la façon dont ils ont été joués sur les enregistrements de l’époque ?

– Mais « Ridicules » avait déjà de l’acoustique avec des machines dessus. Alors pour te répondre, oui, et en même temps ce serait le piège. Quoi qu’il en soit, tu ne peux pas enregistrer comme sur scène, parce que tu es dans une ambiance sur scène, et il y a forcément quelque chose d’autre qui se passe, mais si tu le mets sur le disque, ça ne va pas rendre forcément pareil. C’est quand même très important de penser différemment en studio. Il y a eu des choses en studio que peut-être je ferais différemment aujourd’hui. Mais je ne ferais pas nécessairement comme sur scène. Il est sur qu’il y a parfois des chansons qu’on amène complètement ailleurs sur scène ; mais pour cela il y a des enregistrements live. La première chanson avec laquelle on ouvre le spectacle par exemple, « J’me casse », est une chanson qui était passée un peu à côté, que personne n’écoutait vraiment, et « Parenthèse » permet cela : aller retrouver des chansons peu jouées et qui avaient disparues des spectacles. Sur le prochain album, il y aura douze ou treize titres, et comptant qu’on joue pour un concert dans les vingt ou vingt cinq chansons, ça fait qu’il ne reste de la place que pour une dizaine d’anciennes chansons dans le spectacle. Donc déjà il y a les titres incontournables que le public attend comme « Dimanche », ou « Y en qui », ou « Jean-Louis » à jouer, ensuite des chansons qui te font plaisir à dépoussiérer. Et puis je me fais toujours un petit déroulé avec trois ou quatre chansons en rab, pour remplacer, si je ne sens pas un titre, suivant l’état d’esprit. Je ne fais jamais rien de très fixe.

 

Capture d’écran 2022-07-11 164032– A un moment donné, le rythme du spectacle s’apaise et s’interrompt pour une pause littéraire avec la lecture d’un poème de Lamartine. Pourquoi cette envie de l’intégrer dans ton spectacle ?

C’est une chose que je voulais faire depuis longtemps, glisser un peu de lecture poétique dans mes spectacles. Je pense le faire avec Victor Hugo aussi. Et là je profite d’un moment calme du spectacle pour ce poème de Lamartine. Faire cela devant un public debout, c’est pas la peine. Dès que les gens sont debout, ils ne sont plus du tout disciplinés. Le responsable de la salle de Socheim nous a dit que quand j’arrive sur scène, il y a une tenue, tout de suite un visuel. Et ça fait très plaisir à entendre, parce que je fais ça depuis le début, et personne ne m’en parle jamais. Que ce soit un directeur de salle qui me le dise fait plaisir. Et devant un public de huit cent à mille personnes. Parce que bien qu’à la base la tournée « Parenthèse » ait été prévue pour des salles de maximum trois cent personnes, en raison des annulations dues au covid, on a accepté des salles plus spacieuses et des publics plus nombreux.

Capture d’écran 2022-07-11 164009– Tu es un des rares artistes de chanson française « à texte » comme on a coutume de nommer la chanson à paroles sensées, profondes, littéraires ou engagées, qui propose toujours un spectacle avec mise en scène, dans un pays où, peut-être à tort, on considère traditionnellement que la chanson sérieuse se suffit à elle-même et ne nécessite pas d’être accompagnée d’un spectacle. Pourquoi en portes-tu autant le souci ?

– Moi, je ne veux pas faire des concerts ; je veux faire des spectacles. Y a des gens qui font juste un récital et qui enchainent des chansons et le font très bien. Ce n’est pas une affaire de jugement ; c’est que moi, j’ai envie de faire des spectacles. Les gens sont parfois surpris que mes spectacles soient en places assisses, mais si je fais un concert devant des gens debout, je ne peux pas faire trois pas sans qu’un mec se mette à brailler. Là je peux travailler sur des moments très calmes et faire entendre les mots, ce qui n’empêche pas que des fois les salles se lèvent. Mais je veux amener les gens au spectacle, et un spectacle autre que juste un son et lumières ; je ne veux pas faire un concert, juste pour chanter des chansons. Beaucoup de spectacles de chanteurs actuels se réduisent à du son et lumière, et des codes d’ambianceurs. Je ne veux pas faire l’ambianceur, ça ne m’intéresse pas. Je m’y prête un peu quand on fait des festivals et qu’on est en extérieur, vu qu’on ne joue que des trucs qui bougent un peu, sinon les gens perdent patience. Ça m’amuse quand on le fait spontanément, parce qu’on est ensemble, mais personnellement mon premier gout n’est pas n’est d’être là pour ambiancer. C’est moi qui dirige le spectacle, pas les gens qui me dirigent. Maintenant il faut absolument que tout soit interactif. Non. Il y a un moment, où je vous demande de vous poser et regarder et écouter : c’est moi qui vais proposer. Je ne fais pas l’ambianceur à la demande du public, en mettant des Ears pour protéger mes oreilles et être dans ma bulle. Parce que c’est ça, aussi. Ceux qui jouent devant cinq mille personnes ont des Ears, parce que sinon, ils risquent d’avoir mal à leurs petites oreilles. C’est marrant, parce qu’il y a des gens qui jouent du Rock’n’Roll, avec des Ears aussi confort que s’ils étaient dans leur salle à manger. Moi, je fais de la Chanson française, mais c’est comme si je faisais du Rock’n’Roll. J’ai des vrais retours et ça envoie en direct.

 

Capture d’écran 2022-07-11 164102– Selon toi, est-ce un préjugé inutile, et peut-être parfois préjudiciable à l’expression artistique et à la satisfaction du public, qui, pour le dire un peu caricaturalement, oppose faire des chansons « à texte » et faire le clown, et considère les spectacles avec mise en scène voués à s’accorder avec des chansons futiles et légères et ne pas convenir aux chansons qu’on prend au sérieux ?

– La « Hhhannnhhhhhon ‘rançèèèse », comme dirait Loïc Lantoine ? Oui, il y a un côté gardien du temple. Tiens, on va finir chez les gardiens du temps d’ailleurs, puisqu’on finit la tournée à Barjac. Si tu sors du piano-voix, certains étouffent. Moi, j’aime bien le juste milieu de tout ça : on n’est pas obligés de chanter des âneries pour faire du spectacle, ou alors ce serait à croire que lorsque des gens chantent des âneries, on leur fait du spectacle autour pour ne pas que ça se voit. Mais moi, je veux le beurre, l’argent du beurre, et le cul de la crémière. Le spectacle n’empêche pas les gens de rentrer dans la chanson. Mais il y a quand même l’idée d’emmener avec un spectacle. Tu sais, ma mère m’amenait à l’Opéra quand j’étais gamin, et c’est un truc qui m’a marqué, et qui m’a d’ailleurs tout de suite donné envie de faire du théâtre. Tu rentrais à l’Opéra, t’étais déjà au spectacle. D’abord parce que les gens s’habillaient pour le coup. C’était une convention plutôt sympa. Il y avait pas mal d’entractes, dans des salles avec d’immenses lustres partout ; il y avait un vrai décorum. Tu rentres là dedans, et tu as vraiment la sensation de te payer une sortie. Mais comme les gens ne sortaient pas à l’Opéra, ni même au restaurant tout le temps, c’était la sortie exceptionnelle. Quand les gens rentrent dans un théâtre, ils se sont déjà mis en condition pour être spectateurs. C’est pour cela que je fais du spectacle. Il m’est arrivé de faire des Zénith bien sur, ça permet de faire les choses à d’autres dimensions, mais en tant que spectateur, je trouve ces ambiances déplorables, tu es déjà fouillé à l’entrée comme si tu allais passer une frontière, on ne te respecte pas, on te traite comme du bétail. Au théâtre, tu n’es jamais traité ainsi. Mais les gens ont tellement l’habitude d’être des consommateurs ; ils vont aux spectacles comme des consommateurs, donc du moment qu’ils ont payés pour un concert, ils restent jusqu’au bout, même s’ils sont pris pour des idiots. Il ne faut pas accepter ça. C’est pour ça que je continue de tenir le plus possible à ce que les gens soient accueillis dans des lieux chaleureux, bien installés, dans des conditions décentes, et à faire attention au prix aussi. On est tombés une fois dans un lieu qui avait mis les places en vente à 65 euros, il y avait 60 personnes! On faisait un carton avec notre tournée, et là on arrive devant 60 personnes! J’ai arrêté le spectacle pour remercier les gens d’avoir payé si cher pour venir nous voir, et je leur ai fait la bise à tous. J’ai chambré le mec tout le long du spectacle. Il s’est dit que Jamait, ça remplissait, donc qu’il allait faire de la tune. C’est comme les artistes qui se plaignent que le public n’est pas bon ou au contraire se réjouissent qu’il le soit. Mais ce n’est pas au public d’être bon ; le public a payé. C’est à l’artiste de le convaincre. Moi, quand je pense « public », je pense au mec qui est mécano toute la journée, ou la nana qui est caissière ou dans un bureau, et qui à la fin de la semaine se fait une petite sortie avec un spectacle. Le minimum, c’est de faire le boulot bien. Moi, quand j’amène ma voiture au garagiste, il me fait bien le boulot. Donc c’est pareil : je veux que les personnes sortent du spectacle avec une plénitude, et que je puisse être content d’avoir rendu un bon boulot. C’est la petite formule habituelle, mais quand des gens te disent que tu devrais être remboursé par la Sécu, tu te dis que tu as au moins agit sur leur moral.

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Lien du site : http://www.jamait.fr/

Miren Funke

Photos : Carolyn C

Tentative de description d’un concert de chansons Salle Pleyel en 2022: ZAZ …

18 Avr

1-ZAZ Pleyel AAA réduitIl arrive qu’on aille au concert avec le sentiment pré établi qu’on va passer un bon moment, la Salle Pleyel étant une garantie de spectacle réussi. Et il arrive qu’on ressorte ébloui par un moment exceptionnel, une heure quarante sans temps faible, un spectacle tout en pleins et déliés, des ballades sensibles, du swing virevoltant, des nuances rock, de la chanson française stricto sensu, avec un quintette de musiciens de haut niveau dans tous les registres, une artiste qui chante et qui danse sans une once d’essoufflement ni de baisse de régime, avec une parfaite maîtrise de son art, plus des lumières à la Rouveyrolis et un son parfait, du gros son, mais jamais assourdissant, et dans une perception impeccable de ce que dit l’artiste .. C’est le départ de l’Organic Tour de Zaz, prévu en 2021 et remis pour les raisons que l’on sait. Nous étions deux, ( plus la salle bien remplie) avec des points de vue parfois différents mais qui se rejoignent sur la qualité d’un spectacle, quels que soient nos goûts, et là, on était d’accord, c’est un des plus beaux concerts de ces dernière années. Tant sur le fond que la forme.

Une observation sur un point qui m’avait échappé, il faut une belle préparation physique pour réaliser ce qui est une performance physique et vocale toute en légèreté et sans qu’on sente l’effort,  sans artifices discutables, pour l’image, comme ce rocker français qui buvait un whisky chaud pour entrer en scène en sueur … Au cours du spectacle, quelques chansons et commentaires remettent en perspective ce qui est la philosophie de vie de Zaz, sans emphase, sans affectation, des mots simples et précis, car ce qui se conçoit bien s’énonce clairement , et les mots pour le dire arrivent aisément …

Ensuite toujours dans une objectivité factuelle, on peut dire  que la voix a évolué, dans une tessiture plus étendue vers les médiums-graves, sans avoir perdu en puissance et clarté.

Enfin, en subjectivité personnelle, je peux dire que j’ai rarement vu un spectacle aussi réussi, comme Véronique Sanson dans ses meilleurs jours, comme Bernard Lavilliers, ou Thiéfaine, certaines chansons m’ont fait penser à Diane Dufresne …

Au final, la foule réclame un rappel, et surprise, ce ne sera pas le tube multi rabâché mais une chanson moins connue, avec un orchestre à cordes, dix instrumentistes qui seront cités un par un,  la plupart  du temps on donne le nom du groupe, avec bien sûr les musiciens habituels et toute l’équipe, en tout une trentaine de personnes sans mémorandum ni hésitation … C’est assez rare .

Last but not least,  comme disait Shakespeare à Pierre Dac (ou Mark Twain?) Zaz sera la vedette d’une comédie musicale sur Edith Piaf, au vu du spectacle d’hier, dans ses diverses nuance, ça me semble très crédible..

Pour finir, une anecdote :

Yves Jamait avait offert à Zaz, à ses débuts, de la prendre en première partie. Entre temps elle a explosé avec un énorme succès « Je veux ».  Devenue plus connue que lui,  elle a  tenu ses engagements et chanté dans ses concerts,  et lorsqu’il lui a proposé cette chanson, elle a de suite dit « OK ». En voilà le résultat: un joli duo, à leur image ! 

https://www.youtube.com/watch?v=zIyxfQvGih0

et pour finir, cette chanson sensible qu’on peut entendre à plusieurs niveaux

Si jamais j’oublie …
https://www.youtube.com/watch?v=5ZDsCJ4rGD4&list=RDEMNv3k4pq5bQVd1RUwmAnvHA&start_radio=1&rv=zIyxfQvGih0

Norbert  Gabriel

Agnès Bihl en première partie d’Yves Jamait à Bordeaux : entretien avec l’artiste

1 Mar

 

Samedi 19 janvier, c’est Agnès Bihl qui se chargeait d’assurer la première partie du concert d’Yves Jamait (voir ICI) au Théâtre Femina à Bordeaux. Un public acquis à la cause des chansons à texte, sensibles, intelligentes et drôles, ne pouvait qu’être comblé par la présence de cette artiste sur la même scène que le chanteur, même pour un moment malheureusement trop bref, impératif temporel imparti aux premières parties oblige. En quelques chansons ivres de paroles où poésie, réalisme, humour et malice s’enchevêtrent, Agnès Bihl devait attiser pourtant une chaleur humaine bienfaisante et quelques vérités politiques prononcées avec une ironie mordante aux accents subversifs. Si le pari était pour elle de roder des chansons d’un nouveau spectacle qu’elle a fini de créer, l’artiste réussit à hausser immédiatement la température de la salle. Courte, mais intense en émotions et pimentée de fous rires, cette première partie saluée par les applaudissements du public laissait sur les joues et au cœur quelques larmes, de ces larmes qui sont de celles qui s’empressent de rire pour refuser de pleurer, de se résigner et d’abdiquer, de celles qui irriguent l’humanité et l’élèvent au dessus du désespoir dans lequel chaque jour risque de nous immerger plus. S’il m’était encore besoin de prendre conscience de la valeur de ces larmes, le souvenir de celles qui affleuraient aux visages des ouvriers de l’usine Ford de Blanquefort lors du concert de soutien à leur cause auquel participait entre autres Didier Super me reste assez en mémoire pour reconnaître que celles extirpés par la verve d’Agnès Bihl sont de même nature à taire les angoisses et la détresse pour regonfler le moral et l’emplir de sourires et d’énergie. Profitons de l’aparté pour annoncer que samedi 02 mars aura lieu à Bordeaux un autre concert de soutien aux salariés de Ford avec entre autres Cali, Balbino Medelin, Les Hurlements de Léo et Faïza Kaddour [voir ICI], en espérant qu’Agnès Bihl ne me tiendra pas rigueur de cette parenthèse, elle qui livra une version remise à jour de son pamphlet anti-macronien écrit sur l’air de «Manu» de Renaud, que l’on peut écouter sur son site, et qui est de ces créations aux vertus bien moins superficielles, et tellement plus généreuses et magiques qu’il n’y paraît au premier abord. C’est aussi de cela qu’il fut question lors de l’entretien que nous accordait l’artiste dans l’après-midi pour parler de ses révoltes, de ses élans du cœur et des histoires humaines et artistiques qui ont accompagné son parcours.

– Agnès bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Ce soir le public d’Yves Jamait, avec qui tu as enregistré un duo et qui s’approche de ton univers tout comme Anne Sylvestre l’a fait, est ému de savourer en première partie un moment avec toi. S’agit-il d’une tournée commune ?

C’est juste le concert de ce soir. Ça nous arrive très souvent de jouer ensemble ; on a fait un duo ensemble ; très souvent on se retrouve sur les mêmes scènes. Mais pas là. Comme Yves me l’a très gentillement proposé, cette première partie me permet de roder de nouvelles chansons, puisque je viens d’écrire un tout nouveau spectacle et de quoi faire un tout nouveau disque. La tournée avec Anne était différente : c’était un spectacle qu’on avait monté, Anne et moi, « Carré de Dames » avec des chansons de chacune et nos deux pianistes respectives, Nathalie Miravette et Dorothée Daniel. Donc il n’était pas question qu’aucune de nous quatre puisse être remplacée.

– La complicité entre ta pianiste et toi dure de longue date. Qu’est-ce qui vous a réuni et vous maintient ensemble ?

Photo NGabriel

C’est elle qui compose la plupart de mes chansons en effet. D’ailleurs elle vient de m’envoyer un texto cette semaine me disant que ça faisait dix ans -oh ! c’est joli!- qu’elle me supportait, enfin qu’on était ensemble et qu’il fallait qu’on le fête. C’est une aventure humaine, mais c’est souvent le cas dans ce métier. On s’apprécie artistiquement, puis on devient amis. Et dix ans à composer ensemble et à monter sur scène et partager des moments très intenses avec l’adrénaline et la puissance émotionnelle qu’il peut y avoir, ça crée des liens indéfectibles. « Les années de campagne comptent double » comme disait mon grand-père, et vivre tout ça ensemble ne laisse pas indifférent.

Photo Martine Gatineau

– Tu as évolué dans la Chanson aux côtés de plusieurs artistes entourant Allain Leprest, et avec lesquels tu partages un sens de la Chanson et des liens humains. As-tu, comme on s’en fait l’idée, le sentiment d’appartenir à un petit monde, une famille d’artistes ?

Ça a été une génération. Loïc et moi, on a débuté ensemble. Quand on avait une vingtaine d’années, on se retrouvait à la maison, chez moi et on écrivait ensemble, chacun de son côté. Ça nous filait une certaine émulation. Il y avait Allain Leprest qui en effet chapeautait tout ça : les ateliers d’Allain avaient lieu à partir d’une heure du matin chez lui, avec Loïc, moi, Florent Vintrigner, qui d’ailleurs s’est embarqué dans une magnifique aventure avec son groupe La Green Box [voir ICI ], Yannick Le Nagard, Wladimir Anselme et Stéphane Cadé. On se retrouvait beaucoup au Limonaire, qui était un des fiefs d’Allain et un des deux cabaret de Paris, avec Le Café Ailleurs, à l’époque où on pouvait débuter en faisant de la Chanson. Avec Yves c’est tout à fait différent : je l’ai connu comme artiste avant de le connaître humainement. J’étais fan de ce qu’il faisait ; donc quand il m’a contactée pour venir chanter des chansons de Jehan Jonas au festival «Alors…Chante ! » de Montauban (édition 2009), j’ai dit « oui » et c’est là que je l’ai rencontré pour la première fois. J’ai été très contente de voir que derrière l’artiste que j’idéalisais, il y avait un homme qui était tout aussi bien. Quant à Anne, je l’avais rencontrée bien avant, au Limonaire, lors d’une soirée de chant partagée, où elle était venue écouter les autres. Et à la fin, je l’avais interpellée en lui demandant si je pouvais lui chanter trois chansons a cappella, et elle a eu le coup de cœur. Une semaine après elle m’a appelé pour que je fasse sa première partie à l’Auditorium de St Germain, et on est devenues copines. Mais elle le raconte beaucoup mieux que moi, de façon bien plus drôle.

– A ce propos, on déplore la disparition des émissions radiophoniques consacrées à la Chanson, notamment sur France Inter, qui laisse le sentiment d’un désengagement total des médias du soutien à la Chanson. Cela vous nuit-il gravement ?

Y a plus rien. Il n’y a plus de suivi. On ne le vit pas bien. Le public est là bien sur ; mais encore faut-il qu’il soit au courant que je suis là aussi.

– Tu as choisi de mettre en ligne sur ton site une version toute personnelle utilisant la musique de la chanson « Manu » de Renaud pour y porter un texte adressé à notre président, qui donne une saveur ironique à la colère que beaucoup de citoyens partagent à son égard, à l’égard de la politique qu’il mène, et du cynisme et de l’outrecuidance avec lesquels elle est menée. C’est sans conteste un rire salvateur qu’il provoque, comme tous ces moments festifs dont il est important de nourrir les luttes pour ne pas se laisser submerger par la morosité, le désespoir ou l’aigreur, et se ressourcer en bonne humeur. Quelle idée d’avoir choisi de l’exprimer ainsi ?

Je l’avais mise en ligne une première fois au mois de juin, avec une première version. Je n’avais pas attendu la crise des gilets jaunes ; j’étais déjà en crise bien avant ! Je ne peux pas le blairer. Bon, je n’ai jamais eu un chef d’état que je pouvais blairer ; le fait est que je n’ai pas connu ça. Mais voir la violence policière qu’il y a, c’est aberrant, hallucinant, et alors vraiment sans complexe. Donc j’avais sorti cette première version au mois de juin, et ça se décline : tant qu’il sera là et qu’il fera des conneries, il y aura des chansons à faire. Ce n’est évidemment pas le seul moyen pour dénoncer ; ça fait partie d’une multitude de moyens pour ne pas se laisser chier sur la gueule en permanence, parce qu’on n’en est même plus à employer des mots polis. Mais la vraie vulgarité, c’est le mépris qu’il témoigne aux gens. C’est ça la vulgarité : tu peux employer le subjonctif passé et être quelqu’un d’éminemment vulgaire. Dire à une femme âgée dont la pension a été drastiquement restreinte qu’il faut faire des efforts, c’est vulgaire. C’est une honte. Alors je porte un regard complètement approbateur sur le mouvement social. Après je ne suis pas une femme politique ; je suis quelqu’un comme tout le monde. Donc j’ai une analyse des tripes, quand je lis les journaux, quand j’entends des déclarations du gouvernement, quand je vois un type qui fait campagne pour supprimer le glyphosate, et qui, une fois au pouvoir, ne le supprime pas, parce que c’est très bien, que la responsable du gouvernement chargée de l’écologie a travaillé chez Nestlé et qu’elle prônait le lait de palme dans les biberons des enfants, et ainsi de suite, je ne suis pas complètement con ; je vois qu’on se fout de notre gueule. Un mouvement populaire qui juste arrête de vouloir se laisser faire et rappelle que nous sommes en priori en démocratie, qu’il a son mot à dire, et que nos dirigeants doivent nous rendre des comptes, c’est important. Ces gens là n’existeraient pas si on ne votait pas pour eux : leur salaire, leur voiture, leur logement sont payés par nous, et l’argent qu’ils détournent est le notre. Je ne peux qu’être sympathisante d’une colère populaire qui est totalement justifiée, non pas parce qu’elle est populaire, mais parce qu’elle est légitime. Je suis quelqu’un d’éminemment non-violent et je ne justifie aucune violence ; en revanche je dénonce la violence indicible dont use et abuse le gouvernement contre les gens. Je trouve que la violence dont fait preuve Macron quand il dit à un horticulteur de traverser la rue pour aller bosser dans un bar, et celle de forces de l’ordre qui visent au flashball des gens à hauteur de visage et éborgnent ou défigurent des citoyens sont pires que celle d’un type qui tape à poings nus sur un bouclier de CRS. Il me semble qu’il y a déjà plus de 180 personnes mutilées dans les manifestations. Et ils osent dire que ce sont les gilets jaunes qui sont violents ? Ce que tu dis me fait très plaisir, car c’est vraiment la raison d’être de cette chanson : c’est d’abord de rigoler, parce que l’humour fait du bien et comme disait Boris Vian, l’humour est la politesse du désespoir et c’est un adage qui me cause beaucoup ; et puis ça me fait du bien quand je poste une chanson comme ça de voir que je ne suis pas la seule à le penser, à en avoir ras le bol, à me sentir méprisée. Des gens m’écrivent pour me dire combien ça leur fait du bien d’entendre chanter la même chose qu’ils pensent ; ça fait du bien à tout le monde de ne pas se sentir seul. Et ça fait du bien de mettre ça en musique, car il y a quelque chose de festif dans la musique, et on n’est pas là pour faire la gueule, mais pour se donner de l’énergie. Je me nourris de ce qu’on me dit, de ce que j’écoute, de ce que je vis. Et si à mon niveau je peux faire la même chose, c’est super.

– Yves Jamait, avant qui tu joues ce soir, a consacré plusieurs chansons au thème du respect des femmes, que tu portes aussi de façon récurrente à travers tes textes, dont « Celles », extraite de son dernier album, qui exprime avec une sensibilité singulière un regard masculin et tire en quelque sorte le féminisme hors du champs militant politique pour rappeler qu’il est un humanisme concernant autant les hommes que les femmes. Comment as-tu accueilli cette chanson ?

J’adore cette chanson. Je la trouve particulièrement pertinente et juste. Le terme « féminisme » a été galvaudé et c’est très dommage, parce que en fait le féminisme est un humanisme. Il n’exclut absolument pas les hommes. Le féminisme est au contraire l’envie de vivre ensemble sur cette planète en bonne intelligence et en respect mutuel. Un mec s’éclatera beaucoup moins dans un pays où la femme est opprimée que dans un pays où elle est libre. Un homme sur deux est une femme ; c’est aussi simple que ça. On perd beaucoup d’acquis, des acquis sociaux, mais aussi beaucoup d’acquis en terme de liberté. Au mieux, rien n’a changé : les filles se font tripoter dans le métro et insulter comme il y a trente ans. En plus certaines causes qui étaient quand même entendues lorsque j’étais adolescente sont sérieusement mise en danger, comme le droit l’avortement. Les plannings familiaux se ferment faute de budget ; les hôpitaux sont mis à sac par des ultra-cathos, et en plus on voit les flics qui les entourent pour les protéger. Mais cette violence là, on n’en parle pas ; en revanche un gilet jaune qui brûle trois pneus, c’est vraiment très méchant. On a presque l’impression que c’est comme si la prise de la Bastille n’avait jamais eu lieu, parce que les citoyens n’avaient pas déposé une demande en préfecture avant… Peut-être bientôt va-t-on déclarer la république illégale parce que les citoyens n’ont rien demandé aux autorités d’alors pour la décréter ? Est-ce qu’une femme qui va avorter a réellement envie d’entendre chanter des psaumes ou de voir des photos de fœtus étalées sous ses yeux dans un hôpital public payé par nos impôts ? La France est un des pays les plus mal classés en terme de violences faites aux femmes. Donc le féminisme est une nécessité, une urgence, et c’est en ça que la chanson d’Yves est magique, car il replace le féminisme dans son vrai sens quand il dit «c’est la mère, la sœur, la femme ou la fille d’un homme comme moi», le féminisme concerne autant les hommes que les femmes. Encore cette année à Noël, dans les magasins de jouets, il y avait une allée pour filles, une pour garçons. Il y a eu une étude révélatrice menée dans une école maternelle d’un quartier assez mixte de Paris, c’est à dire où toutes les catégories socio-culturelles sont présentes, où on faisait semblant de tourner une pub pour un yaourt et les enfants devaient le goûter et en dire du bien ; or on avait foutu de la moutarde dans le yaourt et c’était dégueulasse, et 100% des petits garçons ont exprimé leur dégoût, alors que 100% des petites filles l’ont quand même mangé en se pliant au devoir de faire comme si c’était bon. Être conditionnée pour répondre à ce qu’on attend de toi, et il y a forcément dans le tas des gamines qui n’ont pas été élevées par des parents spécialement machistes, c’est le lot des filles. Je me suis donc interrogée sur ça, ce qu’on peut inculquer malgré nous de différent dans l’éducation des filles et des garçons, sans avoir conscience de le faire. Bien sûr l’homme et la femme sont différents, dans la complémentarité. Mais il n’y a pas de différence de statut humain. Il ne s’agit pas de nier les différences ; au contraire c’est ce qui fait la diversité et la beauté du monde. Il faut écouter la chanson d’Anne Sylvestre qui s’appelle « Xavier », sur un petit garçon qui aime jouer à la poupée. C’est une chanson qui a trente ans, mais comme toujours Anne a été visionnaire et a abordé certains sujets bien avant tout le monde. Je me suis peut-être mal exprimée, mais quand je dis qu’il y a des différences, ça ne veut pas dire qu’un garçon ne peut pas jouer à la poupée et une fille au pompier. C’est que je réfute l’uniformité du monde et de la vie. Être asexuée et hygiéniquement correcte ne m’intéresse pas du tout ; les gens aseptisés et sans goût ne m’intéressent pas. J’aime les gens sexués, quel que soit leur sexe d’origine et leur manière d’être sexué. Je n’ai rien à foutre de la sexualité des gens ; par contre j’aime les gens qui ont de la saveur.

– On parlait des artistes de ta génération avec qui s’est formée une sorte de famille. Par delà l’Atlantique, il y a une autre artiste avec l’expression de laquelle ton écriture est souvent mise en parallèle, tant l’empathie, le réalisme et l’humour avec lequel vous abordez l’une comme l’autre les sujets se ressemblent : Lynda Lemay. Y avait-il dans le titre de ta chanson « Le plus belle c’est ma mère », une référence à son morceau: « Le plus fort c’est mon père » ?

Dans le titre, bien sur. D’ailleurs je lui en avais parlé quand j’ai choisi le titre, et elle m’avait dit que ça lui plaisait, car justement c’était complémentaire. Après le traitement n’est pas du tout le même, parce que la chanson n’a rien à voir, mais il y a effectivement un clin d’œil dans le titre. C’est Charles Aznavour qui nous présentées. Je connaissais évidemment ce qu’elle faisait. Je ne suis pas vraiment sûre qu’elle m’ait inspirée, enfin en terme d’inspiration, il y a d’autres exemples plus présents à mon esprit comme Mano Solo et Allain Lesprest. Si Lynda m’a inspirée, et peut-être, c’est de l’ordre de l’inconscient. Mais tout ce qui nous nourrit nous inspire : un livre, une chanson…

– Même Macron peut inspirer ; n’en as-tu pas apporté la preuve ?

Mais oui ! Même la merde peut être inspirante ! De toute manière l’indignation, c’est sain. Ça n’engage que moi, mais je le pense. La faculté de s’indigner et l’esprit critique sont précisément ce qui nous différencie de l’animal ou du militaire. La bête et le militaire n’ont pas cette capacité, l’un perce qu’elle écoute son instinct, l’autre parce qu’il écoute les ordres. Et encore, ce n’est pas toujours vrai pour l’animal. Déjà aucun animal n’est homophobe, et l’homosexualité existe chez bon nombre d’espèces, partout dans la nature. L’humain est la seule espèce qui exclut un individu de sa meute à cause de ses préférences sexuelles. On ne va pas se faire violence et marcher sur notre conscience pour admettre des choses avec lesquelles on n’est pas d’accord.

 

 

Le site de mademoiselle Bihl, c’est là–>

 

 

 

 

Miren Funke

photos : Carolyn C

Yves Jamait en concert à Bordeaux (Théâtre Femina), entretien avec l’artiste

8 Fév

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Samedi 21 janvier, Yves Jamait était en concert au Théâtre Femina à Bordeaux, dans le cadre de la tournée de son dernier album (ou presque) « Je me souviens », dont un enregistrement live vient tout juste de sortir. Accompagné de ses trois musiciens multi-instrumentistes, et complices à souhait, Samuel Garcia (claviers, accordéon, bandonéon), Mario Cimenti (batterie, percussions, clarinette, saxophone), et Jérôme Broyer (guitare), le chanteur bourguignon, à pleins poumons, cœur en bataille, venait interpréter ses dernières chansons ainsi que quelques titres plus anciens –quelques « classiques » même peut-on dire- non sans taquiner gentiment au passage le public bordelais avec quelques réflexions ayant trait à la culture viticole. L’humour justement fut le principal ressort par lequel  l’artiste tint son public en haleine entre et même pendant ses chansons. Élucubrations comiques et postures cabotines, certaines mises en scènes, d’autres plus spontanées, s’intercalaient entre les interprétations habitées et tendres (« Etc » qui ouvrait le concert), entières et déchirées (« Vierzon », « Jean Louis », « J’en veux encore ») empreintes d’humour et de malice (« Y en a qui », « Salauds » qu’Yves Jamait laissa ses musiciens prolonger a capella avec le public avant de revenir en rappel pour finir seul avec une reprise de « Suzanne » de Leonard Cohen), plus amères et bouleversantes (« Je passais par hasard », « Qu’est-ce que tu fous ») ou encore vibrantes (« Le bleu », « Je me souviens », « J’ai appris » sur le décès de son ami Jean-Louis Foulquier). Le quatuor ne lâcha pas le public de tout le spectacle, et le public ne le lâcha pas non plus, basculant du frisson aux éclats de rires. A sortir de près de trois heures de spectacle, ravis, sourire aux lèvres, et s’attarder à échanger des impressions et engager des discussions avec des inconnus, voisins de siège pour un soir,  on se dit que c’est aussi du lien social que fabrique la chanson, et que le jour d’après ne sera pas un dimanche comme tant d’ autres. Même si le temps emporte tout, le sourire des regards, les larmes des nostalgies, le partage du plaisir nécessaire, les émotions et la chaleur humaine d’un moment, et ces petits bonheurs semés sur nos solitudes sont ce que nous aussi emportons. Dans nos cœurs. Et moi aussi, j’en veux encore

Quelques heures avant le concert, Yves Jamait acceptait de répondre à nos questions.

 

yves-jamait-210117-4– Yves, bonjour et merci de nous recevoir. Nous nous étions vus à Luxey en août. Comment se sont passées les choses depuis ?

– On n’a pas beaucoup tourné cet été après le festival Musicalarue à Luxey. On a recommencé en septembre. Un album live est sorti, l’album de ce qu’on est en train de faire ; c’est ce qui est drôle : les gens ont la possibilité de repartir avec leur souvenir. Techniquement ce n’était pas possible il y a quelques années. Mais le niveau de jeu des musiciens fait qu’on n’a quasiment rien eu à retoucher sur les prises. On a été trois jours dans le même endroit, où les prises de son ont été réalisées.

 

vlcsnap-2017-02-03-14h19m10s116– Le titre de ton dernier album « Je me souviens » peut sembler évocateur d’une invitation à la nostalgie, voire au constat de la disparition avec des titres comme « Le temps emporte tout » ou « Les poings de mon frère ». Or si le disque regarde quelque peu vers le passé, il est très tourné également vers l’avenir, à l’image de la chanson « J’en veux encore », et regorge d’enthousiasme et d’amour de la vie. Cette dimension double correspond-elle à ce que tu voulais exprimer, et d’ailleurs y a-t-il eu conceptualisation de l’album ?

 

– Prendre pour exemple les deux chansons opposées, « Le temps emporte tout » et « J’en veux encore » résume bien la chose. Je pense que ce qu’on est, ce que je suis, ce que tu es, dépend de notre passé. La moindre ride que j’ai aujourd’hui a été construite par le passé. C’est ce qui est intéressant dans le thème. Il ne s’agit pas de dire que c’était mieux avant. Je ne conceptualise rien du tout. En général, je me débrouille pour avoir 12 ou 14 chansons, puis je regarde les thèmes qui s’en dégagent. Par exemple la chanson « Je me souviens » était marquante pour moi, parce que c’était un petit clin d’œil à Georges Perec -au Québec aussi, puisque c’est le slogan du pays, mais je ne le savais pas- et à son bouquin qui justement s’appelle Je me souviens. J’aime bien cette façon de cumuler les souvenirs, de dire « je me souviens… je souviens » et de tout balancer. On ne peut pourtant pas taxer l’auteur de nostalgique. Sami Frey en avait joué le texte en spectacle, monté sur un vélo. Donc le titre de la chanson m’intéressait pour regrouper tout l’ensemble de l’album, et le concept est venu après. Mais en amont, je ne conceptualise pas ; je laisse ça à Deleuze et aux philosophes. Il y a parfois des choses qu’ont a envie d’exprimer et qui ne sortent pas, ou bien qui donnent de mauvaises chansons. Dans ce cas, je les laisse de côté pour plus tard. Une belle idée peut venir, mais une belle idée ne fait pas forcément une bonne chanson. D’un autre côté, on peut avoir une petite mélodie qui passe en tête, ou même juste un mot, et ça peut devenir une bonne chanson, du moins, ce que moi, j’estime être bon à ce moment là pour moi ; ça n’a rien à voir avec des critères de beauté ou de jugement universel bien sûr.

 

yves-jamait-210117-8– Ton écriture a beaucoup évolué entre les premiers albums, dont on pourrait qualifier les textes de  réalistes et descriptifs, et celui-ci où on remarque l’utilisation plus présente d’images poétiques, de métaphores ou encore de narration évasive laissant plus de place à l’interprétation de l’auditeur. Est-ce une démarche volontaire ou un mouvement peut-être influencé par l’écriture d’autres auteurs ?

– C’est vrai. De plus en plus, j’aime bien ça. Je pense qu’il faut que je fasse attention à ne pas trop basculer là dedans, parce qu’à ce moment-là, je m’adresserais à d’autres gens. Je n’ai pas envie de m’adresser uniquement à une élite. L’idée que j’ai été élevé par une marraine analphabète et qu’elle puisse écouter mes chansons et y avoir accès importe beaucoup. Donc je ferai toujours attention à ça. Mais je constate aussi que mon écriture change et évolue, même si elle reste quand même dans des fondamentaux que j’ai à la base. Les premières chansons relevaient d’une espèce d’urgence de dire les choses. Une fois passé cela, je ne vais pas me répéter trente mille fois. Sur le deuxième album, j’ai continué la lancée du premier, et puis à partir du troisième, j’étais un peu mieux « installé » entre guillemets en tant qu’artiste, et j’ai eu plus de possibilités, notamment en travaillant avec des potes comme Bernard Joyet, Allain Leprest et Dorothée Daniel qui m’ont écrit des chansons, et ça a été une expérience. Après j’ai repris les rênes de l’écriture, parce que je ne voulais pas tout lâcher non plus. Mais à chaque album, ça évolue. Alors y en a qui se sont mis à dire que je m’étais vendu et que j’étais devenu commercial. C’est d’ailleurs marrant, parce qu’on a commencé à me dire commercial au moment justement où nous commencions à faire de l’artisanal et à tout produire nous-mêmes. « Saison 4 » et « Amor Fati » sont les deux albums autoproduits, et effectivement ce sont ceux qui paraissent les plus « produits » en terme de travail du son, alors ce n’étais pas le cas en réalité. Ils correspondaient à une envie du moment. Mais pour te répondre, l’évolution de mon écriture n’est pas volontaire. Je l’ai juste constatée. C’est l’exercice de l’écriture qui fait que par moments je m’aperçois, par exemple à l’occasion d’une belle métaphore, que l’écriture a évolué. C’est pour cela que je note des idées, des métaphores, des petites choses qui me plaisent bien, sans même savoir dans quoi je vais les mettre.

 

yves-jamait-210117-7– Es-tu du genre à noter de petits bouts de phrases ou des mots et les garder ?

– Oui, partout. Maintenant que j’ai un I-phone, c’est très pratique. Je note tout le temps ; ça va de suite dans un coin. J’en ai toute une liste, et aussi des choses qui reviennent en tête. Et au bout d’un moment, quand la cocotte commence à bien chauffer, j’ouvre la soupape et je regarde si je peux en faire quelque chose. Je suis déjà en train de penser le prochain disque; il y a déjà 4 ou 5 chansons. Je les ai passées en pâture à mes musiciens avec qui je joue et qui les ont arrangées, et ils m’en ont rendu 5, dont une dont je me suis dit que ce n’était pas une bonne chanson et que je n’allais pas la retenir. Le sujet en était pourtant bien, mais comme je l’ai dit, on ne fait pas forcément une bonne chanson avec un bon sujet. J’étais parti d’une belle idée, et je ne sais plus quoi en faire. Comme quoi, rien n’est gagné à l’avance ! C’est un travail de funambule, une recherche d’équilibre entre le texte, la musique, l’interprétation, les arrangements, qui me convient, et qui en tout cas convient aux gens qui m’écoutent. Mais il n’y a pas de recette. Il m’est arrivé de partir d’une bonne idée, et qu’elle soit mal exploitée ; et inversement. Par exemple, là, mes musiciens m’ont rendu deux chansons arrangées qu’ils ont sublimées. Il y a parfois des choses que je garde dix ou douze ans avant de les utiliser. Et quand je vais fouiller dans mes notes, il arrive que je m’en serve pour un sujet qui convient, que je refasse une construction de mes pensées, qui ne sont pas pascaliennes, mais qui sont les miennes. Parfois j’écris juste pour écrire, sans savoir ce que je veux dire ; je pars juste d’un mot que j’ai envie d’utiliser. Par exemple la chanson « Le coquelicot » est née juste parce que j’adorais  le mot « coquelicot » et le son qu’il fait en bouche ; je savais que j’allais écrire une chanson avec ce mot dedans, mais au départ sans savoir de quoi elle parlerait.  Ce qui me plaît, c’est le laisser aller. C’est pour cela que je ne saurais pas dire ce que sera mon écriture dans 5 ou 6 ans.  Peut-être même ne sera-t-elle plus rien, parce que je serai vide ou n’y trouverai plus de goût, ou que ce ne sera pas intéressant. J’aime aussi la prose. A partir du moment où j’écris, je prends plaisir à tourner les phrases et jouer avec. On acquiert aussi une exigence du texte qu’on n’a pas forcément au début.  Des tas de gens me disent qu’ils ont des sujets pour mes chansons. Mais les sujets, fondamentalement, on s’en fout. Ils deviennent intéressants une fois que la chanson est faite. Bien sûr je préfère avoir un sujet intelligent. Mais la forme est intéressante pour amener le fond. Tu peux vouloir dire que le feu brûle et que les méchants ne sont pas gentils, mais le dire autrement et ça aura de la gueule.

 

vlcsnap-2017-02-06-14h29m14s223– A propos de sujet, peux-tu nous parler de la chanson « Je passais par hasard » qui aborde le thème de la violence conjugale, et aussi celui de la désillusion qui comprend que derrière les belles façades du bonheur apparent d’un couple ou d’une famille « idéale » se cachent parfois de sordides horreurs ?

– C’est un sujet que j’avais envie d’aborder depuis longtemps; cela faisait peut-être six ou sept ans que j’étais après. Depuis le premier album en fait, mais je ne trouvais rien au début. Et puis j’ai trouvé l’amorce « Je passais par hasard… » que j’ai gardée de côté pendant trois ans. Puis lors d’un atelier d’écriture organisé par Cabrel, Brice Homs m’a donné le conseil suivant : il m’a dit que ce que l’on prend pour un début de chanson est parfois en fait un refrain. Et ça a tout rouvert et m’a donné une porte par laquelle j’ai pu me glisser, et la chanson est venue.  Quand j’ai arrêté de me dire que c’était un début et pensé la phrase comme un refrain, tout le reste est venu. C’est aussi le cas de deux ou trois autres chansons comme « Les mains de femmes » : j’avais quelques strophes en tête sans arriver à leur trouver de suite, et puis le déclic s’est produit à partir du moment où j’en ai fait une valse. De « Même sans toi » également : j’avais envie de parler de la mer, d’exprimer ce qu’on peut ressentir devant cette immensité, et je bloquais. Et c’est devenu une chanson sur le deuil, parce que j’avais juste écrit en bas de la feuille « c’est beau sans toi » à 2h du matin avant de m’endormir, et le lendemain, tout est venu.

 

pic_0101– Depuis les débuts, ta musique a traversé plusieurs horizons, notamment rock et blues ou des musiques exotiques et incline vers divers genres. Ne regardes-tu pas de façon amusée le cliché du chanteur « gavroche » à gouaille de chanson française-musette que certains médias te collent encore aujourd’hui ?

– Si ! Musette…  J’ai du faire 5 valses en 6 albums, et on trouve ça « musette ». Parfois pour faire le sketch, je m’amuse sur scène à dire au public « est-ce que vous avez bien conscience que vous venez de voir un spectacle de chansons néo-réalistes à tendance musette ? ». Mais ça, c’est à cause de la casquette. Personne n’a jamais dit à Sean Connery qu’il avait une tête de Gavroche, ni à Camille Bazbaz, qui pourtant à la même casquette que moi. Et parce que j’ai un accordéoniste, et parce qu’on a débuté avec l’album « De verre en vers », où d’ailleurs il n’y a que le titre « Adieu à jamais » qui est une valse. Je pense que ça relève d’une envie de nous mettre dans des cases. Mais je m’en fous. J’ai la chance d’avoir un public, je tourne pas mal, et je pense que les gens qui viennent me voir ne s’occupent pas de ça. Et puis quand bien même je ferais du musette, je ne verrais pas le mal ! Je fais de la musique pour que les gens s’amusent, s’éclatent dessus et l’éprouvent de la même façon. C’est pour ça que je n’ai pas envie de m’en défendre ; parce que je ne vais pas gueuler contre une musique envers laquelle je n’ai pas de haine particulière. Je fais de la variété, c’est-à-dire la musique qui m’intéresse, et je vais piquer un peu partout des musiques pour mettre sur mes chansons. Si demain une de mes chansons fonctionne sur de l’Electro, je mettrais de l’Electro. Mais je ne ferais pas de l’Electro comme concept, en me disant qu’il faut que j’en mette sur mon prochain album. Il y a une chanson de Pascal Rinaldi que j’adore, « Il faut qu’on s’ touche », sur laquelle il a mis un Electro, qui maintenant est un peu dépassé, mais qui sert vraiment bien la chanson. Mais je ne conceptualiserais pas l’utilisation de l’Electro à tout prix, parce que ça fait « branchouille ». Les chansons « d’arrangement », c’est à dire quand l’arrangement devient le concept, plus que la chanson elle-même, ça ne m’intéresse pas. Ça plait aux types des Beaux Arts ; mais, moi, ça ne m’intéresse pas. 

 

pic_0063– Le danger est-il identique à celui d’une musique trop léchée et soignée qui risque de mettre un beau texte en retrait ?

– Oui, c’est ce que je dis : une chanson, c’est un équilibre et c’est le chanteur ou la chanteuse qui doit trouver cet équilibre.

 

– On peut comprendre que le cliché ne t’encombre pas l’esprit. Mais cela ne t’agace-t-il pas de constater que les journalistes qui le véhiculent n’ont visiblement jamais écouté tes disques ?

yves-jamait-210117-15 – Tu es soumis à la limite culturelle de certains journalistes. Ils casent les chanteurs dans des cases. Et puis honnêtement il n’y en a pas beaucoup qui écoutent. Il ne faut pas rêver ! Déjà quand ils parlent de politique, il faut voir comment ils se plantent ; alors quand ils parlent d’art ou de culture, tu imagines… Yves Jamait, ils n’en ont rien à faire. Mais je ne leur en veux même pas ; ce n’est pas grave en soi. Y en a plein qui ont compris cela : qu’on parle en bien ou en mal de toi, l’essentiel est qu’on parle de toi. C’est comme cela que ça fonctionne aujourd’hui : on n’a pas arrêté de parler de Trump en mal, à juste titre d’ailleurs, et pourtant il est président des États-Unis maintenant. A sortir des énormités toutes plus grosses les unes que les autres, il a compris que l’essentiel était de faire parler de lui. C’est ce qu’on a fait avec le Front National. Je suis navré de ça, mais je pense que je me suis fait avoir par le Parti Socialiste, qui a monté le Front National en épingle ; et j’ai fait partie de ceux qui étaient sur la Place de l’Étoile aux premières scènes de Touche Pas à Mon Pote, avec Coluche et Guy Bedos. Mais on s’est fait avoir, parce que le Front National, c’est le PS qui l’a inventé et s’en est servi comme garde-fou constamment, et aujourd’hui, il est là. Il en a été de même avec Hitler, et j’entends rarement la remise en cause du rôle du gouvernement politique allemand de l’époque dans son ascension au pouvoir. Pourtant il n’est pas arrivé tout seul. Et je suis inquiet de ce que font nos politiques aujourd’hui. Personnellement je ne suis pas dans la culture depuis longtemps, mais depuis 15 ans, j’en ai fait des ouvertures de saison, et quand j’entends tous ces gens avec de beaux discours qui savent parler du « lien social » avec une pédanterie pas possible, j’ai la sensation qu’avec mes chansons je fais plus de lien social qu’eux. Les gens de culture ont une grosse responsabilité dans ce qui se passe aujourd’hui, et j’ai pu voir un peu ce que c’était que ces gens qui sont dans l‘entre-soi, qui parlent de culture, qui font de grands discours, que personnellement je serais bien incapable de faire. Je ne veux accuser personne particulièrement, mais c’est un monde d’entre-soi. Il m’est arrivé de discuter avec des directeurs de théâtre qui me conseillaient de ne pas parler de tel ou tel sujet, pour ne pas passer pour un réac… Moi, je dis des conneries, je m’amuse avec les gens, parce que je ne veux pas qu’ils se fassent chier aux spectacles. Je fais du divertissement, pas de l’art. On est vite taxé de populiste. Mais c’est quoi ce délire ? S’occuper des gens, c’est populiste ? Qui n’est pas populiste en ce moment de période pré-électorale ? Ils viennent tous lécher le cul du peuple, et ne promettent que des choses qu’ils ne feront pas, et on le sait tous. Ce n’est pas que Le Pen qui est populiste ; ils le sont tous. Cela fait des années qu’on répète aux gens qu’ils votent comme des abrutis. Certes, mais si les gens ne sont pas contents ? Il faut comprendre qu’ils n’ont pas tous fait sciences politiques. Bien sûr la voiture qu’un ouvrier prend pour aller travailler pompe du gasoil et pollue. Mais qu’on ne construise pas de voitures ! S’il n’y en a pas, il n’en prendra pas. C’est un peu facile de culpabiliser les gens. Le type qui bosse dur toute la semaine, quand il va voir un spectacle en fin de semaine, il veut s’éclater, pas s’ennuyer. Et alors ? N’en a-t-il pas le droit ? Si on le laisse de côté en lui disant que c’est un con et qu’il ne peut pas aller voir Tartuffe, il ne faut pas s’étonner qu’il finisse devant TF1.

 

– Revenons à l’album. Tu as fait appel à Daniel Bravo et Emmanuel Eveno du groupe Tryo pour les arrangements. Est-ce plutôt stimulant ou frustrant de laisser la main à autrui pour habiller ses propres chansons ?

– Avec Didier, ça faisait deux ou trois albums qu’on avait envie d’un arrangeur, et comme les maisons de disque ne comprennent pas ce que je fais, elles étaient bien contentes de cette envie, en se disant que si je pouvais être un peu moderne, on me comprendrait mieux et ma musique serait plus accessible. En parlant avec le manageur de Tryo, il m’a invité à proposer le travail à Daniel et Emmanuel. J’ai donc envoyé mes morceaux, et ils les ont arrangés avec des guitares, des percussions, de la flûte… Mais pour moi, il manquait de l’accordéon et des claviers. pic_0060J’ai donc demandé à Saml [Samuel Garcia] de s’occuper d’intégrer ces instruments dans les arrangements. Personnellement, laisser la main ne m’a pas frustré. Je ne suis pas musicien, ni arrangeur. Et comme on composait toujours entre nous auparavant, j’avais fini par trouver ça un peu consanguin. Je suis prêt à passer la main à n’importe qui, à partir du moment où je reconnais mes chansons et qu’elles se trouvent sublimées par les arrangements. C’est surtout l’album « Amor Fati » que j’avais beaucoup arrangé avec Sam ; on s’était enfermés tous les deux. Mais je ne le ferais pas à pic_0111chaque album, parce que j’ai des idées un peu ringardes en musique et j’en ai conscience. J’ai constamment été ringard dans mes écoutes musicales ! C’est-à-dire qu’à 15 ans, j’écoutais Le Forestier, Brel et Moustaki quand mes potes écoutaient Barclay James Harvest, Yes ou Genesis . J’entendais de loin ; je trouvais ça sympa. Mais ce qui me touchait, c’était la chanson. Quand tu écoutes Henri Tachan, tu ne passes pas pour le plus grand des modernes.

 

vlcsnap-2017-02-06-14h29m43s38-As-tu vécu le fait de confier ta musique à une nouvelle équipe comme une prise de risque nécessaire ? Et d’ailleurs, quel est le plus grand des risques pour un artiste de l’exploration d’autres univers sonores ou du confort d’une continuité ?

– Les deux.  Je n’ai jamais eu la sensation d’être en train de prendre des risques, comme je n’ai jamais eu la sensation d’être en train de changer ou de bouleverser ce que je faisais. Pour moi, ça évolue bien sûr, mais je ne me pose pas trop la question. Évidemment il y aura toujours des mots ou des choses que je remettrais dans mes chansons, comme Cabrel avec ses cailloux et ses chemins ; j’ai certainement mes tics d’écriture aussi. Mais je n’ai ni la sensation de stagner, ni celle de prendre des risques. Avant-hier j’ai joué avec un rappeur en première partie, qui m’a invité à chanter sur un morceau, et j’ai trouvé ça super bien.

 

– Peux-tu nous parler de la chanson « J’ai appris » qui parle du décès de Jean-Louis Foulquier ?

Jean-Louis Foulquier, born June 24, 1943 in La Rochelle, is an actor and radio host. He directs the Francofolies festival in La Rochelle for 20 years (1985-2005). On 29 August 2008, after more than forty years of service, he was fired by France Inter. Paris (75), France on March, 2012. Photo by Nicolas Messyasz / Abacapress.COM

Photo by Nicolas Messyasz

– Ça a été une belle épaule, Jean-Louis. Déjà c’était quelqu’un que j’écoutais, dont je connaissais l’existence. Avant qu’il meure, il m’avait appelé; il était encore plein de projets, dont un spectacle autour de Dimey. Il était plein d’enthousiasme et très rassurant. C’était un homme émouvant; j’ai eu l’occasion de partager 15 jours avec lui dans sa maison à l’Ile de Ré. J’en parle sur scène d’ailleurs, en disant que comme lui était noctambule et moi insomniaque, on passait des nuits à causer. Il a été jeté de France Inter comme un malpropre, sans préavis, alors que ça faisait 35 ans qu’il travaillait pour la radio.

 

yves-jamait-210117-17– Une dernière question, plus sociale, ou humanitaire dirons nous : dans deux chansons « Nous nous reverrons » et « C’était hier » tu abordes le problème de l’expulsion des sans-papiers. En quoi cette question te touche-t-elle de manière intime?

– Écoute, j’avais un copain marié à une Sénégalaise, et à l’époque des premières lois sous Sarkozy, il n’arrivait même pas à pouvoir faire venir la grand-mère de ses enfants. Ça devenait n’importe quoi ! Je ne sais pas s’il faut ou pas expulser des gens vers leur pays d’origine, mais déjà on peut le faire bien ; on n’est pas obligé de traiter les gens comme des merdes. La chanson « C’était hier » a été écrite suite à l’expulsion d’une famille dont les enfants fréquentaient l’école de ma fille : on a débarqué à 6h du matin chez eux,  et les parents ne voulant pas sortir, on a pris les enfants, les a fait monter dans le bus et partir le bus pour que la famille coure après. Mais c’est quoi, ça ? On est obligés de se comporter comme la Gestapo pour faire ça ? Ce n’est pas moi qui invente que c’est une rafle : c’en est une. Je ne suis pas politologue; je ne sais pas s’il faut renvoyer ou non ces gens, et je ne peux pas dire s’il faut régulariser tout le monde. Mais s’il faut les renvoyer, on ne le fait pas comme ça. Pour anecdote, je me suis battu y a quelques temps pour un sans-papier, qui les a obtenus d’ailleurs, et j’en suis très content. La personne qui devait s’occuper de son dossier ne voulait même pas lui adresser la parole, et quand je suis monté en personne la voir, le ton a changé : « ah Monsieur Jamait… ». Pour qu’il obtienne ses papiers, ça m’a coûté deux places de Zénith pour une soirée France Bleu: la vie d’un homme vaut deux places pour le Zénith !  

 

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Miren Funke

Photos : Carolyn C (1 ; 2 ; 4 ; 5 ; 9 ; 13), Miren Funke (3 ; 6 ; 7 ; 8 ; 10 ; 11 ; 12 ; 14)

Nous remercions chaleureusement Didier Grebot et Nicolas Cohen,

et Aline Schick-Rodriguez pour son aide

et

Liens : http://www.jamait.fr/

https://www.facebook.com/yvesjamait/

 

« Perdant perdant » la chanson ! Narbonne 2013

24 Août

aznLe mercredi 21 Août, un concert hommage à Trenet, dans sa bonne ville de Narbonne s’est terminé dans une bronca générale du public qui s’est estimé floué, à juste titre. Un concert de Charles Aznavour, comme disaient les affiches, et Aznavour chante 5 chansons de Trenet. Remboursez, hurle le public, on rembourse dit l’organisateur. Le lendemain.

Cette déplorable affaire est assez symbolique de l’attitude empreinte de mépris inconscient de nos élus quand ils se piquent d’offrir au peuple quelque distraction populaire, tiens de la chanson, par exemple. Rappel des faits :

1- La mairie de Narbonne, dans le cadre du centenaire Trenet, achète un spectacle « clés en mains » trois artistes de la scène chanson, choisis par Aznavour, feront un spectacle, avec quelques chansons de Trenet, Charles Aznavour parraine et viendra à la fin faire 4 ou 5 chansons de Trenet. (sans cachet pour lui) Ce sont les termes du contrat accepté par la mairie.

2 – Le service com’ de la mairie fait son plan de com’ en annonçant « Un concert de Charles Aznavour » (avec des invités éventuels). Prix 45 €.

3 – Le public achète ses places pour un concert Aznavour. Sold out.

4 – Les artistes prévus sur le contrat découvrent en arrivant que personne ne les attend, le personnel de la salle n’est pas au courant, et ce ne sont pas les affiches qui éclairent leur lanterne, ils n’y figurent pas. Ça commence mal.

5 – Au début du spectacle, un personnage officiel évoque un léger malentendu, sans expliquer vraiment de quoi il retourne.

6 – Le public qui attend Aznavour voit se succéder en scène pendant une heure et demie des artistes dont il ne sait rien, et qu’il n’attendait pas.

7 – Finalement Aznavour fait ses 4 ou 5 chansons de Trenet , et deux duos, puis sort sous les huées.

8 – Le lendemain la mairie annonce que les spectateurs seront remboursés.

Voici le récit in extenso de la soirée par deux spectateurs qui ont vécu ça de la salle :

C’est ce lien.

Bar à Jamait 18 janv 2013 215  Quatuor As AB  sépia AAA red 18-01-2013 21-52-050

(Yves Jamait ici à droite sur la photo, avec Anne Sylvestre et Agnès Bihl à Saulieu)

et voici le récit d’un des invités qui a vécu ça des coulisses et de la scène, Yves Jamait

http://www.nosenchanteurs.eu/index.php/2013/08/23/jamait-a-narbonne-des-notre-arrivee-on-a-compris-que-ca-allait-etre-chaud/

Pour découvrir les autres, si ce n’est fait, Ici Alexis HK, qui avait ouvert la soirée, dans son clip d’anthologie avec le parrain Charles : http://www.youtube.com/watch?v=8IHxebKK-VQ

et ici un aperçu d’un duo Agnès Bihl et Jamait http://www.youtube.com/watch?v=9l4qXpZ7HdA

Bilan global ; un fiasco perdant perdant pour tout le monde !

Questions :

Qui à la mairie supervise ce genre d’opération « de prestige » ?

Qui a signé et approuvé le contrat qui définissait le spectacle ?

Qui a oublié d’informer les services techniques du déroulement de ce spectacle ?

Qui a oublié les bases essentielles de la com’ qui établit un plan presse sans savoir de quoi il s’agit exactement ? En trompant les spectateurs.

Quels sont ces élus « responsables » à qui on va imputer ce gâchis moral et financier ?

La gestion des affaires publiques est-elle aussi exercée sur ce modèle ?

Il y a pas mal de municipalités qui organisent, ou improvisent, avec des talents divers des évènements autour de la chanson ; certaines de dimensions modestes, comme Le Quesnoy vont avoir 20 ans d’organisation exemplaire, à tous points de vue, autant pour l’accueil et le plaisir du public que dans l’accueil des artistes

(lLe Quesnoy en Chanteurs, c’est là!  http://www.lequesnoyenchanteurs.com/)

D’autres, plus importantes comme Narbonne semblent persister dans des opérations comme celle de ce faux concert Aznavour. Des opérations qui vont ravir l’opposition à la veille des municipales. Combien ça coûte ce fiasco ?

Avec la scène chanson en victime principale. Cette chanson, art mineur ou pour mineures, qui se fait traiter de tous les noms entre art et affaires, le showbiz, comme on dit. Et quand la politique y vient avec des arrière-pensées, le pire est probable. Narbonne 2013 en sera un exemple déplorable. Les seuls pros dans cette affaire, ont été Alexis HK, Yves Jamait et Agnès Bihl qui ont assuré envers et contre tout leur métier de saltimbanques. Les autres, les instances officielles , les élus et leurs délégués se sont comportés en amateurs malhonnêtes, et tout le monde est perdant. Dommage. Toutefois une observation, sur le site de la ville : la culture est dans un fourre tout Loisirs&Animation, c’est pas faux, mais on a un peu l’impression que le théâtre, la musique, la chanson, c’est un peu comme l’animation des bacs à sable, une sorte de sujet mineur. Sur le plan électoral aussi ?

Norbert Gabriel

Alexis HK vient d’apportere son témoignage, le voici:

Alexis HK
Narbonne, le grand malentendu.

Chers amis, je reviens vers vous d’abord en espérant que votre fin de vacances se passe dans la douceur et la volupté d’une nuit d’amour sensuelle et agitée.

Ensuite, je souhaite apporter ma version des faits après la soirée carte blanche à Charles Aznavour à Narbonne, qui a fait les choux gras de la presse.
Le principe de la soirée était simple. Des artistes viennent se produire sous le parrainage de monsieur Aznavour en rendant ça et la hommage à Charles Trenet.
Simplement, la soirée n’a pas été annoncée de cette façon, et la public pensait assister à un récital du grand Charles.
J’eus la chance de faire mon set en ouverture de soirée comme une première partie, de trente minutes, qui se déroula de bonne manière.
C’est quand Yves Jamait à pris le relais que les choses se sont compliquées. Au milieu d’un set énergique et généreux, une partie du public à commencé à huer, impatiente de voir arriver M Aznavour.
Outre le fait qu’il soit inadmissible de conspuer un artiste en plein exercice de ses talents, nous pouvons résumer cette soirée à un grand malentendu, mais dont les intentions étaient fort louables.
Rendre hommage à Charles Trenet dans sa propre ville, pour ses cent ans.
Faire découvrir des artistes au public, sous le parrainage de Charles Aznavour.
Monsieur Aznavour, quant à lui, est venu gratuitement (il est le seul a n’avoir pas été payé) afin de partager quelques belles chansons, en sortant de l’avion, après un voyage au Québec éreintant.
Accompagné par le Giovanni Mirabassi trio, autant dire la crème de la crème, il a interprété quatre titres de Trenet mis en place spécialement pour l’occasion, pour saluer son ami.
Si la communication avait été bonne, il y a fort à parier que la soirée aurait été magique, rassemblant des artistes (Yves Jamait, Agnes Bihl, Giovanni Mirabassi et votre serviteur), qui chantent ensemble quelques chefs-d’œuvre de Trenet, et font découvrir leurs propres chansons, pour montrer que la tradition des maîtres ne s’est pas perdue.
Merci a tous les artistes d’avoir joué le jeu, et a monsieur Aznavour de nous avoir invités.
Je vous embrasse et vous dis à très vite.
Alexis.

Ça balance aux Puces …

27 Juin


D’abord ça commence ici, à la Chope des Puces, le rendez-vous de tous les amateurs de guitare et de jazz manouche depuis plus de 60 ans. C ‘est comme un pélerinage obligé avant de commencer la tournée, prendre un peu de cet air du voyage, de la route et des horizons sans fins. On y trouve encore des témoins directs qui vous racontent, à l’occasion, quelques anecdotes sur les guitaristes de légende qui sont tous passés ici un jour ou l’autre, ou qui en rêvent… Il y a 11 ou 12 ans, un très jeune homme de Tokyo, est venu uniquement pour présenter son album Hommage à Django, je n’ai jamais bien su les tenants et aboutissants, mais un soir, le téléphone sonne, quelqu’un me parle dans une langue métissée de français et d’anglais, je comprends qu’il s’agit d’un musicien, et au bout de 3 minutes, je comprends qu’il est en bas de chez moi. On se voit rapidement, la seule chose qu’il veut c’est me donner cet album, et il s’esquive après un salut très japonais. La seule chose que j’ai retenu de cette histoire, c’est qu’en 1999, un jeune japonais de 20-22 ans passionné de guitare, est venu en France pour voir la Chope des Puces, qu’il avait eu un écho des soirées « Autour de Crolla » ce qui l’a mené chez moi. Comment, par qui, par quoi ? Par miracle peut-être …

Voilà pourquoi tout jazzfan épris de notes de guitare et de nuages doit faire son pélerinage un jour ou l’autre à la Chope des Puces. De préférence en Juin, vers le 21-25…

Reprise de la ballade…

Photos NGabriel

Après la station à La Péricole, avec le trio Trenet manouche 2012, et une ballade tranquille vers le Cap St Ouen , voici le début des balances, avec 9 groupes qui vont se succéder, c’est dès 14 h qu’on commence les réglages…

Et quand il y a du monde en scène, dont des multi instrumentistes, on passe chaque instrument en essai.

Durant tout l’après midi, les musiciens vont se succéder pour ces préparations indispensables à un concert réussi.

Biréli Lagrène, en version « électrique » marie le son de sa slim guitare à un bon vieil orgue Hammond des années d’avant la révolution … de mai 68, peut-être même d’avant la guerre, on ne sait plus très bien…

Biréli Lagrène est très probablement un des 2 ou 3 vrais disciples de Django, jamais satisfait des acquis, et qui a toujours exploré les courants musicaux naissants, et rencontré les jeunes jazzmen, la dernière séance de Django, c’est la première de Martial Solal, le symbole prend tout son poids quand on voit la carrière de Solal.

De même , Biréli Lagrène, sans renier ses origines musicales manouches, est un explorateur de toutes les musiques, avec cette liberté des fils du vent que rien ne peut enchaîner.

Mais continuons les balances …

Ici le micro semble être positionné de façon très anticonformiste, mais avec les musiciens de Juliette, il ne faut  s’étonner de rien, d’autant qu’un autre est en train de mettre en place un matériel très spécial et contrairement aux apparences, ce ne sera pas le musicien qui usera de ces bouteilles, ou tout du moins, pas de la manière la plus usuelle, c’est pour préparer un cocktail façon Juliette, peut-être un Whisky-Kiri-kiwi ? À moins que ce ne soit un Corbières-Picon-bière?

Mais tout ça nous mène allegro tranquille à 19h15, ouverture et ruée du public sur l’esplanade du Cap St Ouen.

Et c’est un public très intergénérationnel, la preuve …

Ouverture des portes à 19h15, Kerredine Soltani et ses gars d’Oberkampf terminent les balances en direct, avant leur concert, bref mais intense, on est dans l’énergie tonique et engagée-narquoise et la musique qui swingue allegro vivace.

Rappelons que Kerredine est celui qui a propulsé Zaz vers les sommets, en composant « Je veux » et produisant l’album.

Il ouvre la soirée avec l’abattage d’un vrai gavroche à la langue qui virevolte sans faux semblants, ni circonvolutions abstraites, un vrai parigot, fils de la bohème, breveté Navigo…

Mini concert de Clotilde Courau qui termine avec une superbe chanson, augmentée de du violon de Didier Lockwood. Clotilde Courau comédienne, qui affine son art de la scène chanson depuis un an, avec des créations originales, et une approche artisane de cette nouvelle facette de son métier d’artiste. Remettre cent fois sur le métier son ouvrage comme a dit un grand ancien, et faire vivre son art.

Les doigts de l’homme , un quatuor dans la plus pure tradition du Quintette Hot Club de France envoie quelques belles envolées de guitares swing , aux colorations diverses gitano-tziganes, et deux solistes excellents dans les médiums de ces néo-Selmer trop souvent caricaturées, ça sonne rond et chatoyant, brillant et aérien, des campings sauvages où on voit les paysages.*

Ils terminent avec un premier aperçu de leur prochain album, bientôt dans les bacs.

Juliette, la grande Juliette, va nous régaler d’un de ses shows qui chaque fois mettent le public dans une liesse indescriptible.

Peut-on vraiment raconter un spectacle de Juliette ? C’est un mix réussi de l’écriture maîtrisée, de la loufoquerie la plus extravertie, drôle, truculente, insolente, tonitruante, mais jamais superficielle, c’est un cocktail savoureux, éclectique, décapant, surtout le Picon-oignon-goudron, une de ses spécialités les plus goûteuses, avec le Whisky-Kiri-kiwi, qu’on vous conseille vivement. A l’écoute. Et sans modération. L’évènement du jour, le scoop, la nouvelle épastrouillante, c’était le mariage de Juliette… La drôlesse (la patronne) a répudié François Morel pour un nouveau conjoint, la preuve par l’image :

Etonnant non ? François, désolé mais c’est la vie !

Et le jeune public applaudit Juliette avec conviction, ce jeune homme de 4 ans, Malo, a été un spectateur exemplaire, attentif, et participatif, autant que le vénérable barbu à droite en bas.

Ils applaudiront avec la même énergie Yves Jamait et ses 3 mousquetaires, le percussionniste Didier Grébot, un peu caché à gauche, puis sur la photo, Daniel Fernandez, Yves Jamait, et Samuel Garcia à l’accordéon.

Comme Juliette, ce sera une ovation, un public emballé, et pourtant la barre était placée très haut. La directrice du festival viendra dire son enthousiasme pour ces artistes chaleureux et d’une totale générosité . Invitation à aller aux concerts de ces artistes qui n’encombrent pas les écrans télés de leur présence, mais qui sont régulièrement plébiscités par le public.

 Le dernier set chanson était celui de la marraine du festival, Nicoletta, après ces deux moments intenses, quelques personnes dans le public ont émis des commentaires un peu désabusés, genre chanteuse du passé, ça a duré le temps des quelques mesures de la première chanson de Nicoletta, si certains avaient oublié qu’elle est une des plus grandes voix de blues du monde, Nicoletta  a vite dissipé les doutes. Il est même rarissime qu’une chanteuse ayant une carrière de 40 ans ait toujours cette voix hors du commun  qu’elle a mélangée à celles d’Amandine Bourgeois et Véronique Séver pour un final d’anthologie avec Mamy Blues. Juste avant on avait eu Dider Lockwood en guest star.

La soirée s’est terminée à une heure avancée, avec le Lockwood Group, avec Biréli Lagrène, et une fête finale avec Ninine Garcia, un des animateurs historiques de la Chope des Puces (en fait c’est toute la famille Garcia qu’il faut saluer) Ninine, Rocky, Mundine Garcia et William Brunard  (contrebasse) forment la charnière du bouquet final. Avec des invités de marque Didier Lockwood, Biréli Lagrene, Fiona Monbet, Aurore Voiqué, Samuel Berthod…  qu’on a croisé dans l’après midi en duo klezmer.

Regret d’avoir raté la finale, pour cause de transports en commun, regret aussi de ne pas avoir pensé à une troisième pile pour le boitier photo. Mais bon, le jazz, ça se raconte pas, ça se vit en direct, donc soyez là l’an prochain.

Et merci à cette galaxie de partenaires qui permettent ces journées de concerts multiples, ouverts à toutes les musiques, et gratuits.

 Norbert Gabriel

* Note paysagiste : dans les années 45, un des frères Ferret, avait gentiment ironisé sur les néo Django aux guitares mitraillettes:   » C’est bien toutes ces notes, mais on n’a pas le temps de voir le paysage. »    Ça reste d’actualité assez souvent…

JAZZ aux PUCES 2012,

22 Juin

Pour un beau week end, c’est un beau week end qui arrive, avec Jazz aux Puces de St Ouen/Clignancourt, un rendez vous dans ce vaste capharnaüm, où chaque coin de rue, chaque bistrot, café , restaurant à son musicien, ses invités à la fête musicale non stop. Des points fixes et des groupes qu’on retrouve chaque fois avec plaisir, comme Aurore Quartet, ci-dessus au Relais des Brocs, où on l’a retrouvée pendant plusieurs années, avec une invitée venue faire quelques chansons. Patoune, c’est une amie du groupe, mais parfois, on assiste à un duo brillant entre un jeune guitariste trentenaire et un vieux manouche garanti vintage Hot Club, et quand on demande au jeune homme son nom et celui de son partenaire, il vous dit qu’il n’en sait rien, ils se sont rencontrés 5 minutes avant sur un accord de La 5 ème diminué, et c’est parti. C’est ça l’esprit de Jazz aux Puces, toutes les rencontres possibles au gré du vent et des refrains qui passent le long des rues et des venelles…

Où on pourra entendre Amandine Bourgeois en tournée des bars, pour chanter, pas pour boire … enfin je crois… On y a croisé souvent Thomas Dutronc, et quelques fines guitares du jazz manouche, et du jazz tout court.Si vous apercevez Norig, vous pourrez entendre à ses côtés un des plus doués guitaristes des années 2000, Sébastien Giniaux,

et quelque part, le jeune prodige (13 ans) Swan Berger …

Samedi et dimanche, c’est la ballade le nez au vent, samedi soir, grand concert avec une pléïade d’invités, l’an dernier Véronique Sanson, Zaz et Didier Lockwood, un des maîtres d’oeuvre de ce rendez-vous.

Ici, en 2011, lors des balances.  (photos ©NGabriel 2011-2012)

Cette année, le grand concert du soir verra en scène, à partir de 19h 15, (entrée gratuite)

JULIETTE, Yves JAMAIT,  invitée Clotilde COURAU , Biréli LAGRENE,

Didier LOCKWOOD, NICOLETTA (marraine), KERREDINE et les mecs d’Oberkampf, Les Doigts de l’homme, Ninine Garcia Family

Tous les détails ici

http://www.festivaldespuces.com/wdbox/PAGESCLI/festivaldespuces/index.htm

Norbert Gabriel

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