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UNE CHAMBRE EN INDE Ariane Mnouchkhine et la troupe du Théâtre du Soleil

22 Déc

 

UN SPECTACLE COUP DE POING AU THEATRE DU SOLEIL

   

 Venir au Théâtre du Soleil, c’est toute une expérience. Après avoir cheminé à travers le bois de Vincennes, contourné l’enclos des chevaux de la Cartoucherie, le théâtre apparaît au loin avec ses lumières et son public grouillant, impatient. C’est la patronne qui nous accueille avec sa troupe, déjà costumée. Fière de déchirer les tickets et de nous accueillir, Ariane Mnouchkine place d’emblée le spectateur dans la machine d’un théâtre en perpétuelle construction. Des curieux se pressent discrètement pour admirer, derrière une toile avec de petites ouvertures, les loges des comédiens qui se préparent. 

Imaginée en Inde, cette création chorale ancre son action dans la chambre de Cornélia, metteuse en scène venue en Inde avec sa troupe pour écrire un nouveau spectacle. Elle n’arrive pas à trouver l’inspiration, elle cherche, ses comédiens lui font des propositions, même quand une idée lui vient, cela ne va pas… Cette insatisfaction permanente qui rythme le spectacle, confronte le public aux enjeux de la création d’un spectacle vivant. Trouver un sujet, une idée , une forme qui se tienne ? C’est à partir des difficultés et contraintes que le spectacle se crée sous nos yeux émerveillés par cette mise en scène magique. De la chambre, lieu intime privé, surgissent de nombreux personnages tout droit sortie d’un conte : des dieux indiens, un nageur, des djihadistes, des hommes torses nus avec des torches enflammées. Entre rêves, réalité et cauchemars, la scène du théâtre se transforme à chaque fois grâce à l’énergie époustouflante, à la présence et au talent de ces comédiens originaires du monde entier !

En ce moment cette chambre me paraît située au centre même du monde

                            Virginia Woolf, Les Vagues,  1931

La magie et les rêves entraînent aussi les cauchemars, une réalité qui concerne tous les spectateurs. Ariane Mnouchkine utilise les attentats du 13 novembre 2015 comme toile de fond. 

Ces sujets dits « sérieux », « graves », politiquement incorrects sur une scène de théâtre, défient ce que les terroristes auraient voulu imposer à notre pays. La force créatrice d’Ariane Mnouchkine et sa troupe met K.O toutes les idées arriérées qui sclérosent et rendent malheureux les humains. 

 Des personnages tels que des djihadistes détenant des femmes portant une burqa afghane jouant une scène de cinéma dans le désert de l’état islamique, un combat entre forces kurdes et américaines.

 De nombreuses scènes parodient et suscitent le rire. Les difficultés qu’éprouve la metteuse en scène, en panne d’inspiration, font échos à ces funestes évènements : comment continuer à créer après toute cette barbarie, l’art peut-il encore avoir un rôle à jouer dans notre monde ?

       Oui on peut rire du terrorisme sur scène, il le faut même. (Ariane Mnouchkine)

 

Ariane Mnouchkine est une vraie virtuose de la scène. Elle utilise de petits détails qui, assemblés les uns aux autres, créent un spectacle d’une justesse inouïe. La scénographie est calculée au millimètre près, la beauté des déplacements des comédiens donne vie à cette chambre hantée par des personnages qui ne demandent qu’à faire irruption devant le public. La musique ponctue ces apparitions quasi fantomatiques. Des dieux indiens en costume traditionnels viennent exécuter une danse virtuose. De nombreuses influences nourrissent les créations de Mnouchkine, femme de théâtre amoureuse de l’Inde et des traditions théâtrales internationales , mais surtout asiatiques: le nô, le kabuki (théâtre sacré hérité de danses religieuses).

La culture et la passion de créer l’emportent à tous les coups. C’est un spectacle d’une qualité immense, quel courage ! Un chef d’oeuvre.

 

Mathias Youb

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