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Festival Musicalarue 2019 : entretien avec The Hyènes qui participeront au concert de soutien aux salariés de l’usine Ford de Blanquefort le 21 septembre prochain au Krakatoa de Mérignac (33)

13 Sep

Le 15 aout dernier s’ouvrait la nouvelle édition du festival Musicalarue à Luxey, avec comme d’habitude une riche diversité d’artistes, des spectacles de rues, des gros concerts d’artistes confirmés à large public, des scènes plus modestes proposées aux artistes émergents, à découvrir ou à redécouvrir. Luxey ouvrait encore les portes du village à la polymorphie artistique, et trouvait ses organisateurs heureux d’accueillir au sein de l’évènement des artistes pour tous les gouts et de toutes les dimensions, dont la légende Patti Smith, qui de leur propre aveu fut parmi les artistes à avoir éveillé cinquante ans auparavant leur passion pour la musique. Joli pied de nez aux lois de l’économie pour un évènement qui depuis sa création et malgré une fréquentation et une popularité expansives qui l’ont amené à être de taille à concurrencer les gros festivals industriels -au risque d’en devenir un- n’a cessé de cultiver et de conserver intact l’esprit alternatif, artisanal et convivial dans lequel il émergea. Musicalarue garde le cap, ancré dans des valeurs de partage, de proximité, de défense de l’éclectisme culturel et de soutien aux artistes, les bénéfices amenés par les concerts de célébrités étant réinvestis dans la promotion d’artistes en quête d’un public attentif et curieux. Le festival persiste dans la volonté d’offrir de beaux moments à tous les publics et toutes les générations, preuve en est la présence cette année de Marcel Amont venu assurer une représentation pour le plaisir de tous et faire naitre beaucoup de sourires et quelques larmes sur les visages des anciens, heureux de partager un spectacle en famille. 

 

Résolument devenu inévitable sur les lieux, Denis Barthe, que nous retrouvons avec plaisir chaque année -et pas toujours avec la même formation- était aussi de la fête avec The Hyènes, dont le nouvel album produit via un financement participatif sortira en avril 2020, pour un concert mémorable, où le groupe s’amplifie de la participation des chanteurs Cali et Olivier Daguerre, ainsi que de l’harmoniciste Kiki Graciet (The Very Big Small Orchestra) et du violoniste Rivaldo Becarre (idem). Ce fut un moment chaleureux et complice avec des artistes présents avant tout pour partager et communiquer du plaisir, en interprétant ensemble des chansons du groupe, mais aussi des titres de Cali (notamment un « Mille cœurs debout » vibrant avec Philippe Poutou), de Daguerre (« De l’ivresse »), et des reprises de standards du Rock (« I wanna be your dog » des Stooges, « L’opportuniste » de Jacques Dutronc ou encore « Heroes » de David Bowie) :  musicalement énergique, humainement émouvant et politiquement militant, le concert accueilli donc sur scène Philippe Poutou, invité à parler de la cause des salariés de l’usine Ford de Blanquefort et annoncer le concert de soutien qui aura lieu du 21 septembre au Krakatoa ( Voir ICI.) avant de finir le spectacle par un hommage à Nathalie Bidou, personnalité des nuits rock bordelaises, appréciée de tous et décédée récemment, et pour qui nombreux dans le public aussi eurent une pensée émue. Les indications de Cali promettant quelques heures auparavant qu’il « se passerait quelque chose » ne furent pas démenties durant ce temps fort de Musicalarue qui au gré des chansons s’abandonnait « de surprise en surprise », pour reprendre les mots de la chanson d’Olivier Daguerre « A notre guise ».
Le groupe, ayant intégré récemment Luc Robène (Strychnine, Noir Désir) -qui nous avait parlé de son projet de recherche sur l’Histoire du Punk en France PIND ( Lire ICI )– en remplacement de Jean-Paul Roy à la guitare, nous accordait un entretien qui fut l’occasion de parler de l’album à venir, mais aussi de l’engagement des Hyènes auprès de la cause des salariés en cours de licenciement de l’usine Ford de Blanquefort, pour lesquels un concert de soutien aura donc lieu le 21 septembre prochain au Krakatoa de Mérignac (33) avec entre autres The Hyènes et Cali, Radio Elvis et Bertrand Belin.

L’entretien fut réalisé en deux séquences, lors d’une conférence de presse précédant le concert avec les membres de la formation Denis Barthe (batterie), Vincent Bosler (chant, guitare), Olivier Mathios (basse), Luc Robène (guitare), et Cali, suivie d’un entretien privé après le concert avec Denis Barthe et Vincent Bosler.

– Bonjour The Hyènes, et merci de nous accorder cet entretien. Le 21 septembre prochain, vous occuperez la scène du Krakatoa de Mérignac avec d’autres artistes pour un concert de soutien aux salariés de l’usine Ford de Blanquefort, condamnée à la fermeture au terme d’une lutte de plus de dix ans pour sauver ces emplois. Pouvez-vous tout d’abord nous parler de votre engagement auprès d’eux ?

– Denis : Le 21 septembre, on refait un concert de soutien aux ouvriers de Ford Blanquefort qui se font salement éjecter par cette belle marque de voiture prestigieuse. Ce sont des gens qu’on laisse sur le carreau. Les ouvriers de Ford, nous les imaginons toujours comme des gens super costauds ; or nous les avons vu pleurer, parce qu’ils perdent leur boulot, parce qu’on les écarte comme ça. On a vu la ministre qui s’est battue, mais qui nous dit qu’on doit comprendre qu’on ne peut pas non plus y aller trop fort contre les entreprises, car ça envoie un mauvais signal et qu’après celles-ci n’investiront plus en France. On comprend bien. Mais si elles investissent en France pour prendre des aides et des subventions et après larguer les gens comme ça et rentrer aux États Unis ou ailleurs en disant que c’est comme ça que ça se passe… Il parait que ça va nécessiter vingt million d’euros pour décontaminer le site et le remettre en état pour une autre activité. Je peux vous annoncer que ces vingt millions d’euros ne seront pas payés par Ford, mais par toi, moi, nous.

– Vincent : Je ne paye pas, moi.

– Denis : Toi, tu vas payer comme nous, et tu vas même payer plus!  Alors on a changé le line-up du concert, parce qu’il y a des gens qui se sont proposés. Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues. On habite un pays où est marqué « liberté, égalité, fraternité » sur le fronton des mairies. D’abord ça commence par « liberté », et ça, on l’oublie toujours : tous les jours on nous en éteint une petite. Cette liberté, cette égalité, cette fraternité, il faut les défendre. Aujourd’hui c’est l’individualisme à temps plein qui prédomine. C’est chacun pour sa gueule, jusqu’au moment où ça tombe sur ta gueule. Et la précarité peut arriver très vite : il suffit de perdre son travail. Alors on fait des concerts, on continue d’avoir la patate, et on ne laisse pas les choses se faire. Lorsque Philippe Poutou est venu nous demander un soutien, on a répondu, même si bien sûr on ne va pas changer le monde ni le pouvoir. Mais on aurait pu répondre par la négative, que ce n’était pas bon pour notre carrière, qu’on allait se compromettre. On n’a aucune carte de parti, tous autant que nous sommes. Mais quand quelqu’un vient te demander de l’aide parce qu’il est aux abois, tu y vas.

– Vincent : Que ce soit sur les sujets sociaux ou climatologiques, puisque le G7 va se tenir à Biarritz, le seul ressort qu’il nous reste est la désobéissance. Quand on voit les centaines de millions d’euros que va coûter de sécuriser la zone pour le G7 au mépris de la population qui se retrouve bloquée pour que les mecs puissent faire un sommet devant un cadre balnéaire, on comprend bien que leur préoccupation n’est pas de faire le bonheur des gens. Sinon ils auraient pu se réunir à l’Elysée par exemple, où en plus la vaisselle est neuve, ou faire un skype. La seule façon qu’on a de mettre les dirigeants en difficulté, c’est de leur désobéir. Ils ont besoin de nous pour s’enrichir, mais nous n’avons pas besoin d’eux ; et ça, il faut que tout le monde en prenne bien conscience. Les élections ne servent à rien. Il n’y a jamais eu de changement ; la politique est un fond de commerce.

 

– Vous revenez ici chaque année, pas forcément avec la même formation, mais toujours pour témoigner votre soutien à Musicalarue. Qu’y a-t-il de si particulier pour vous ici ?

– Cali : La première fois que je suis venu ici, je me suis « whaw ! C’est un vrai bordel ici ! ». Le village est impliqué, on dort chez l’habitant, on croise des gens, il y a des spectacles de rue. Pour venir de la loge jusqu’ici, on traverse parmi les gens, on se parle, on s’embrasse. Il y a aussi ce festival Pause Guitare [http://www.pauseguitare.net/]d’Albi avec Alain Navarro qui résiste de la même façon et arrive à être complet aussi. C’est beau ; ça me touche de voir tous ces bénévoles heureux. Et je suis heureux d’être ici avec mes potes, parce qu’ils défendent des valeurs. C’est bien, parce qu’on n’est pas d’accord sur tout, mais on est d’accord surtout! On est heureux de se retrouver, tous réunis. Olivier Daguerre est là aussi et chantera avec nous. Pour moi, c’est le poète. Ça me touche parce que je les aime tous profondément. Les gens m’ont dit que c’était super que les Hyènes jouent avec Cali et Daguerre, et il va se passer quelque chose à ce concert ; c’est sûr! Je ne peux pas vous dire quoi, mais il va se passer quelque chose.

 

– Pour revenir à la musique et au groupe, qu’en est-il de l’album en création pour lequel vous avez lancé un financement participatif via ulule ?

– Vincent : L’album va sortir en deux fois, avec un premier Ep cinq titres en octobre, qu’on a fini d’enregistrer et mixer, et après l’album qui sortira en avril 2020. On a commencé à enregistrer des choses, mais tout n’est pas traité. C’est en cours.

– Denis : Entre temps on va commencer une petite tournée qui va s’appeler « tour de chauffe » pour roder ces nouveaux morceaux dans de petits clubs. Le but est d’être au plus près possible des gens. Ça nous permet de tester ces morceaux sans dire qu’on est déjà sur la tournée ; c’est un peu un round d’approche.

– Vincent : On ne s’interdit pas d’essayer des versions différentes. On a parlé aussi de faire des sessions acoustiques, pour revisiter nos propres morceaux et jouer un peu avec.

 

– De quoi cet album va-t-il donc parler ?

– Vincent : Question paroles, je dirais que ce sera un peu moins brulot politique que le précédent album qui était ultra engagé. Notre aventure du BD Concert nous a ouvert pas mal de pistes, tout comme le fait de faire partie tous les deux du Very Big Small Orchestra ouvre d’autres horizons, un peu plus cinématographiques dans la façon d’aborder la musique. On est toujours un peu punkisants, forcément ; on vient tous de là. Mais on n’a pas nécessairement besoin d’être bourrins ; on ne s’interdit pas des arrangements. C’est marrant parce qu’en même temps on a enregistré tout en live et rajouté des arrangements après, ce qui va un peu à l’encontre de ce que je dis. Mais c’est dans la façon de concevoir les arrangements et les thèmes musicaux qu’on a quand même abordé pas mal de pistes.

– Denis : Ce qu’on retient du punkoïde dans le sens large du terme, c’est le côté faisabilité : on va le faire, même si on ne sait pas, on va y aller. A l’époque ce qui était intéressant avec le mouvement punk, c’est que les gars montaient sur scène en sachant tout juste plaquer trois accords. Et le jour où ils en faisaient un quatrième, c’était un évènement, et ils étaient chassés du groupe parce qu’ils avaient fait un accord de trop.

 

– Vous jouez ici avec Cali et Daguerre. Y aura-t-il des invités également sur le disque et la tournée ?

– Olivier : Olivier Daguerre, il vient foutre la merde, mais on en est très heureux! On se connait bien, on ne fait pas la même musique, mais on a la même manière de la pratiquer. Chaque fois qu’on fait des choses ensemble, c’est évident. Et puis c’est un plaisir, car on dit un milliard de conneries à la seconde, et ça fonctionne quand on joue ensemble. On se fait confiance ; c’est simple et sans calcul. Ça rejoint notre recherche permanente, parce que parfois par le passé on a pu se mettre des soucis, comme tout groupe soumis à des problématiques, des stratégies, des projets qui n’aboutissent pas toujours. Mais désormais on a décidé de faire les choses comme elles arrivent et comme on le sent. C’est comme ce qui s’est passé lors du projet qu’on avait monté à Dax, avec Olivier aussi, et qui a donné une chose monstrueuse, cohérente, car elle est tombée sur des gens qui ne sortent jamais leur guitare et ont vécu le concert de leur vie. Ça a engendré une espèce de fédération avec des groupes qui se montent, des collectifs où tout le monde se connait et joue ensemble, et qui se finissent souvent en apéro. J’avais travaillé dans une association dont le leitmotiv était de fédérer les publics des musiques actuelles. Et bien là, c’est fait! Et ça s’est fait au-delà de tout, des codes, des cases, des étiquettes, et on était six cent, et de tous âges. On appelle ça le partage.

– Denis : Il y a déjà eu Guillaume Schmidt au saxophone qui nous a rejoints. Pour le moment il n’y a pas d’autres invités, mais tout est ouvert.

– Vincent : On fait le truc en plusieurs fois, c’est-à-dire que là par exemple on a une version radio avec le saxophone de trois minutes et quelques, une version longue avec un solo, et pourquoi pas encore d’autres versions. Cela fera peut-être partie de cadeaux à offrir aux gens qui ont participé au financement, leur offrir quelques versions en bonus.

 

– Sur le site du financement vous mentionnez la création de votre propre structure de production. Lorsqu’on a un passé artistique comme le votre avec des habitudes liés au mode de production classique se faisant par le biais de labels et maisons de disque, comment prend-t-on la décision d’y renoncer pour privilégier l’autoproduction ?

– Denis : Ce n’était quand même pas évident ; on a longuement réfléchi avant de se dire qu’on y allait seuls. On a revu les propositions des maisons de disque qu’on avait, qui n’étaient ni pires ni meilleures que la dernière fois. Mais justement! Et puis on est toujours animés de cette obsession de conserver une autonomie. Peut-être même est-ce maladif. Lorsqu’on discute avec quelqu’un d’une maison de disque, très souvent on s’aperçoit que les moyens qui nous sont proposés ne sont pas exactement ce qu’on aimerait, ce qui ne veut pas dire que c’est malvenu, mais simplement qu’ils n’ont que ces moyens là. On ne peut pas rentrer dans ces cases : il y a des gens qu’on ne touchera pas, des gens qu’on ne peut pas intéresser. En revanche il y a toute une partie du public et des médias qu’on peut toucher, si on les touche en direct. Il existe aujourd’hui tout un circuit qui privilégie les contacts directs. Il y a des artistes à qui contacter un tourneur ou une boite de disque fait peur, car ils savent que les prix vont être prohibitifs, ou que la demande ne va pas aboutir.

– Vincent : Ceci dit, la structure est déjà montée.

– Denis : Mais après il faut la faire vivre. Et ce qu’on a demandé via ulule n’est pas la totalité. On avait déjà cinq mille euros, alors qu’il nous en aurait fallu vingt cinq mille. Mais on avait aussi une gêne à demander aux gens de nous faire confiance, en leur promettant ce que ça allait devenir alors que pour le moment ce n’était rien. On va essayer de ne pas décevoir, de faire les choses bien, de rester, je l’espère, inventifs et un petit peu bordéliques.

– Vincent : Ça, on ne pourra pas s’en empêcher!

– Denis : On continuera de jouer avec les gens et d’ouvrir notre gueule ; ça, ça ne s’arrêtera jamais. Si un jour ça s’arrête, ce qui serait bon signe, c’est que ce soit parce qu’il n’y en a plus besoin et que tout va mieux. Moi, j’aimerais qu’il n’y ait plus de Restos du Cœur, parce que ça voudrait dire qu’il n’y a plus de problème. Donc on ouvre notre gueule, mais notre propos principal est quand même la musique.

– Olivier : L’album est notre nouvelle aventure. Nous sommes partis pour écrire la suite des Hyènes, avec un souci d’indépendance. Avec les labels ou dans tous les rouages de la musique, on n’est jamais contents. Alors on s’est dit, quitte à travailler avec des gens qui vont moins nous rémunérer ou qui gagnent moins que nous, autant y aller tout seul. Et puis le fait de ne rendre de compte à personne est appréciable. Donc nous sommes partis sur cette histoire de financement participatif. Ça nous a donné un rapport différent, car nous sommes d’une génération où on fonctionnait effectivement avec un label, avec un tourneur, et on attendait que ça tombe. Et là on est repartis au mastic comme quand on avait quinze ans, ce qui fait qu’on se retrouve dans un rapport avec plein de gens qui s’investissent dans notre histoire. Donc le financement est bouclé ; on n’a plus qu’à se mettre au travail et accoucher. On pousse, on pousse, on pousse! La pression, on l’a quand même, parce qu’il y a des personnes qui attendent, donc on va se battre, et d’autant plus pour ceux qui nous ont fait confiance. On se met une pression différente, mais pas seuls, avec des gens.   

 

– Denis, tu évoques une gêne à demander aux gens de faire confiance au groupe. Mais si autant de gens participent au financement, n’est-ce pas avant tout parce que ça fait plaisir, lorsqu’on est musicophile ou admirateur d’artistes, et aussi sans doute contestataire de la manière dont l’industrie du disque impose les choix musicaux selon des critères commerciaux, de reprendre la main en quelque sorte et avoir son mot à dire au sujet de ce qu’on a envie de voir produit et d’entendre? Et n’est-ce pas un plaisir lorsqu’on est artistes de constater combien de gens ont à cœur de vous soutenir et vous permettre de continuer?

– Denis : Tu verrais les messages qu’on a reçus!

– Vincent : Les messages de soutien sont hallucinants ; ça fait vraiment chaud au cœur.

– Denis : Et je peux te dire qu’on a flippé à cinq jours de la clôture de la souscription, quand il manquait cinq mille euros, parce qu’on avait décidé de ne pas mettre d’argent au bout s’il en manquait. Et les dons ont dépassé le seuil des 104%. Donc on voit que les gens ont vraiment envie que ça se fasse : s’ils ont autant contribué dans les derniers jours pour que le financement se fasse, c’est parce qu’ils voulaient voir ce projet exister. Moi-même je participe souvent à des souscriptions. Et ce rapport direct qu’on peut chercher à avoir avec des organisateurs ou des producteurs, on l’a avec le public. Et c’est ce qui fait que depuis des années, dès qu’on a terminé un concert, on vient voir les gens et discuter. Je me verrais mal sortir de scène, monter dans un bus et rentrer à l’hôtel. Ce n’est pas facile de toucher des médias et naturellement, rien que par ta musique. On regarde combien tu as de « like » sur facebook, combien tu pèses… Nous, on s’en fout de tout ça. On a quelques interlocuteurs avec lesquels on va bosser ; on a reçu plein de messages via facebook et ulule, et les gens nous parlent de musique. Ils ne nous parlent pas d’autre chose, de retro-planning, de plans de promotion ou autre.

 

– Vincent, tu expliquais un jour à propos de l’utilisation de pédales d’effet sonore pour guitares, que la dimension de l’effet ne devait pas entrer en compte pour la composition, avec cet argument qu’une composition musicale doit pouvoir exister et tenir la route à nu, sans effet. Au sein des différentes formations musicales qui sont les vôtres, la multiplicité instrumentale est variable. Compose-t-on différemment et en prenant d’autres paramètres en compte, selon qu’on envisage de jouer le morceau avec une formation réduite ou plus ample, acoustique ou rock ?

– Vincent : C’est une angoisse personnelle. Prends des morceaux de U2 : si la pédale de delay ne marche pas, le morceau ne peut pas exister. J’ai cette angoisse de ne pas composer un morceau que, si mon matériel d’effet tombe en panne, je ne pourrais pas jouer avec autre chose. Mais je ne suis pas le seul à le dire : une bonne composition, quand tu la reprends à la guitare sèche ou au piano-voix,  tient la route. C’est la force de la composition. Et scéniquement, c’est la même chose : on ne peut pas faire des shows en pensant que s’il n’y a pas quarante cracheurs de feu et des artifices, ça va être chiant. Il faut que le show soit ce qu’on apporte, nous, et que notre patte soit déterminante.

 

– L’an dernier, lors de l’entretien que votre autre formation, The Very Big Small Orchestra nous accordait, nous avions évoqué la participation de certains d’entre vous  au projet de Luc Robène et Solveig Serre sur l’Histoire du Punk en France, PIND.  Aujourd’hui nous retrouvons Luc à vos côtés, récemment intégré aux Hyènes, en remplacement de Jean-Paul Roy à la guitare. Saviez-vous alors qu’il vous rejoindrait l’année suivante?

– Denis : Non. Lui ne le savait pas non plus à ce moment là!

– Luc : Ça fait très longtemps que je connais Denis, puisqu’on a joué il y a longtemps ensemble dans un petit groupe qui s’appelait Noir Désir. Et puis ça fait un petit moment que par ailleurs avec Denis et Vivi, nous faisons des choses ensemble, pour ce projet sur l’histoire de la scène punk en France, et qu’on réalise des concerts, des bœufs, enfin on essaye de donner du sens à tout ça. Donc très simplement quand Jean-Paul a exprimé le désir de quitter les Hyènes, Denis m’a demandé si ça me branchait de venir prendre la guitare. Le sentiment que j’ai pour l’instant, et j’espère que ça va durer, mais je n’en doute pas, est que c’est une superbe aventure. On peut voir les choses sous l’angle musical qui est décisif, mais ce serait réducteur, car de mon point de vue, c’est une histoire qui renvoie à la manière dont notre bande a toujours géré la musique et la manière d’en faire, depuis notre adolescence. J’ai rencontré Nini en 1981, avant d’intégrer Noir(s) Désir(s) l’année suivante (été 1982), puis de repartir pour jouer avec Kick en 1985 (Kick, Kick and the Six, puis Strychnine). Autant que je puisse l’analyser Noirdez a toujours fonctionné sur la base du collectif, et les uns sont partis, jamais très loin, et d’autres sont revenus : Serge est revenu dans Noirdez quand j’en suis sorti, Bertrand était parti en 1983, remplacé par Emmanuel, puis il est revenu, avec sa compagne Ninou, Fred est parti, Jean-Paul est passé du statut de road à celui de bassiste, puis de guitariste au sein de the Hyènes. Aujourd’hui je rentre dans the Hyènes, quand Jean-Paul en sort. Et pour moi, c’est à la fois une marque de confiance et aussi le signe que les groupes ont une véritable histoire, ancrée dans l’hu­­main. C’est une manière de dire que l’aventure Noir Désir-the Hyènes, pour moi, est une aventure qui renvoie à des sillons que nous avons tous tracés durablement, jamais très loin les uns des autres. Lorsque je monte avec Solveig le projet PIND / Punk is not Dead, Une histoire de la scène punk en France (1976-2016), le premier à répondre à l’appel pour venir témoigner sur les tables rondes du colloque d’ouverture à la Philharmonie (novembre 2016), c’est Denis (Nini). L’année suivante il revient avec Vivi (Olivier Mathios) et on répète au studio à Sore, tous les trois (c’est presque the Hyènes actuelles), et on monte des morceaux d’anthologie pour taper le boeuf punk avec tous les acteurs de la scène punk présents, dont Tai-Luc (La Souris Déglinguée), Lucas Fox (Motorhead), Arno Futur (Les Sales Majestés) , Lionel, un super sax de Lyon, Solveig, et tous les membres de l’équipe. Le Punk nous a permis de renforcer tous ces liens et cette fraternité. PIND, the Hyènes, même combat!!!  Ce sont des retrouvailles sans fin, et c’est très bien comme ça !!! Le punk est une histoire qui n’a pas de fin et se réinvente en permanence. Et pour le dire très simplement, la musique est au coeur de cette histoire. Je suis vraiment content de retrouver les potes. Cali en a parlé, mais il y a ce côté chaleureux très important que je ressens aussi.

– Olivier : Et puis il y a une cohérence quand on joue ensemble ; ça ne se discute pas : c’est évident. C’est Denis qui a exprimé le désir de jouer avec Luc, mais ça s’est fait naturellement.

– Luc : Entre nous, il y a une partie histoire, une partie vécue, et une partie à vivre.

 

– Vincent tu as soutenu l’existence du festival basque Euskal Herria Zuzenean [https://www.ehz.eus/fr/]. Luc nous parlait lors de l’entretien au sujet de PIND de l’appropriation de l’idéal et de la pratique punk du « do it youself » dans la ruralité, les luttes agricoles, les ZAD. Voyez-vous dans l’engagement local, notamment auprès de festival artisanaux comme celui là, une manière de donner une pratique concrète à un idéal philosophico-politique universaliste ?

– Vincent : Oui. Sans repartir sur le terrain politique, ce festival est un peu similaire à Luxey au sens où il a connu des très hauts et des très bas, et il a failli disparaitre. Une nouvelle équipe de jeunes s’est investie dedans et ça fait plaisir de voir ça. Le nom du festival parle de lui-même : Euskal Herria Zuzenean signifie « le concert du Pays Basque ». Ce n’est pas Live Nation ou une boite de production qui vient faire un festival ; c’est nous, habitants du Pays Basque qui réalisons notre propre festival avec notre propre programmation. Bien sûr il y a des choses culturelles basques, mais aussi de tous bords. Nous étions très fiers avec The Very Big Small Orchestra d’y être programmés, car nous ne sommes pas un groupe bascophone. Euskal Herria Zuzenean est fait à la main par des gens normaux. Donc ça fait plaisir de voir se maintenir des festivals comme celui-là, comme Luxey, comme Les Vieilles Charrues, qui reste le plus gros festival de France, mais étant au départ une initiative associative.

– Denis : On en revient à des choses concrètes. Je me rappelle quand j’étais petit : la production locale existait pour la denrée alimentaire et autre, puis a disparu petit à petit pour être remplacée par des choses qui venaient de bien plus loin, qui font des kilomètres et des kilomètres. Je ne crois absolument pas à la centralisation et au regroupement des choses : un jour ou l’autre à force de faire de l’intercommunalité, on sera voisins avec Paris, Nice, Grenoble ou Roubaix. Sans être chauvin ou territorialiste, il y a un moment où je pense que tu ne peux faire le bonheur des gens que dans un cercle proche. Ici il y a des gens à cinquante kilomètres qui ne savent pas ce qu’il se passe à Luxey et qui vivent très bien. Et si un jour on leur dit que désormais tout va se décider à Luxey, Sore ou Bordeaux et qu’ils vont dépendre de gens qui ne les connaissent pas, ce sera une sombre erreur. Que ce soit pour la production musicale, alimentaire ou culturelle, il faut que ça reste à taille humaine. A la base personne n’est là pour faire des bénéfices ; ce dont on a tous besoin est de vivre bien. Je dis souvent qu’on a juste besoin de ce dont on a besoin pour vivre plus un euro. Alors bien sûr tout le monde peut rêver d’une Porsche Cayenne ou d’une Rolex ; c’est naze. J’ai toujours pensé que le bonheur n’était pas le luxe. Ça me fait toujours bizarre de penser que les œuvres d’art sont aux mains de quelques gens qui ont un pognon énorme, alors que les gens qui les ont crées sont morts dans la misère pour la plupart. Et ils créaient leurs œuvres pour que le plus grand nombre possible puisse les voir, mais seuls quelques élus sont admis à venir admirer le tableau que tu as acheté quarante briques. Si on peut éviter d’appliquer ça à tout, ce serait bien. Je ne pense pas qu’il y ait des gens fermés à l’art ; simplement il faut leur donner accès à l’art au lieu de décider à leur place que ça ne va pas les intéresser. L’art peut intéresser tout le monde.

 

– Le dernier mot sera pour Nathalie Bidou qui est décédée le mois dernier et à qui vous avez rendu hommage en fin de concert. Elle était proche de vous. Voulez-vous en parler ?

– Denis : Ce sera bref, mais Nathalie était une copine d’adolescence. Nous avons traversé un peu toutes les périodes ensemble, parce que comme j’ai dit et disait son compagnon, bien qu’elle n’ait jamais joué une note de musique, c’était une rockstar. C’était une femme de la nuit ; elle a tenu des bars et des restaurants, et on l’a croisée régulièrement tout au long de notre parcours. Je ne me rappelle pas qu’il y ait eu une personne qui m’ait dit un mauvais mot sur elle. Elle faisait l’unanimité. Tu vois, encore quelques semaines avant sa mort, c’est elle qui me rassurait et me disait que ça allait aller. Son décès m’a scié les pattes, et pour être honnête, je ne pensais pas que ça me les scierait aussi profondément. J’ai du mal à aller aux enterrements, car ça me touche trop. Mais là c’est comme si j’avais perdu un membre de ma famille.

– Vincent : Un jour j’avais lu une critique d’un album de Noir Désir qui disait qu’un autre album du groupe était sorti et que c’était encore la bande originale de nos vies. Les chansons qui t’accompagnent te donnent l’impression d’être la musique du film de ta vie. Nathalie, c’est pareil, mais en humain : elle fait partie de gens qui t’accompagnent et font partie du film de ta vie. A toutes les étapes, tu finis toujours par les recroiser.

– Denis : On pouvait rester six mois sans se voir et se retrouver comme si on s’était quittés la veille. Et maintenant je vais faire hyper attention, parce que je sais que chaque fois que je vais faire un pot-au-feu, elle va être au dessus de moi.

 

 

Liens : site : https://www.label-athome.com/thehyenes.html

Facebook : https://www.facebook.com/The-Hy%C3%A8nes-130117367042219/

Miren Funke

Photos : Carolyn C, sauf Miren (1) , sauf Pierre Wetzel pour photo de Nathalie Bidou

Musicalarue, édition 2016 : entretien avec Les Hurlements d’Léo

12 Sep

Musicalarue

 

Le 26 juin 2015, trois membres des Hurlements d’Léo nous avaient accordé un entretien pour parler du double album que le groupe sortait en hommage à Mano Solo, et qu’ils partaient défendre pour plusieurs dates de concert [https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2015/06/26/entretien-avec-les-hurlements-dleo-autour-de-la-sortie-de-leur-album-hommage-a-mano-solo/].  Retrouver le groupe une année plus tard, à l’occasion d’un de ses derniers concerts de cette tournée spéciale, où il n’interprète pas ses propres compositions, mais celles d’un artiste dont l’œuvre l’a bien sur influencé, mais a touché tellement de cœurs, était pour nous une évidence et un vrai plaisir. Plaisir visiblement partagé par une audience dans laquelle se croisaient deux publics, celui de Mano Solo et celui des Hurlements, pour se joindre l’un à l’autre, l’instant d’un hommage ou, -qui sait- pour se confondre et se retrouver à l’avenir. A l’instar de l’album qui comporte de nombreux duos avec des artistes talentueux, ce concert accueilli sur scène quelques invités (Melissmell, Arno Futur, Fredo des Ogres de Barback avec ses musiciens), tous heureux de venir enrichir la formation musicale et de partager ce moment fort en émotion, intensité et énergie. Quelques temps après la fin, c’est un quatrième membre du groupe, Renaud (dit « Reno », contrebasse) qui n’avait pu être présent lors du premier entretien, qui acceptait de prendre la parole pour répondre à quelques questions.

 

musicalarueimg_0600-2– Bonsoir Renaud et merci de bien vouloir nous accorder un peu de temps. Voilà deux ans que vous tournez pour défendre cet album hommage à Mano Solo pour la sortie duquel Julien, Jojo et Laurent nous avaient accordé un entretien l’an passé. La tournée prévue à l’origine n’était pas sensée durer aussi longtemps. Peux-tu nous en donner ton ressenti et les raisons pour lesquelles beaucoup de dates ont été rajoutées ?

– On a deux ans de tournée effective, et un petit peu plus si on prend en compte le temps de résidence et de réunion pour discuter du projet, gérer les plannings et les envies, et arriver à tout fédérer. On joue encore demain à Sète et après demain à Budapest, et ensuite l’hommage à Mano Solo touchera à sa fin. On aura fait plus de 130 dates, alors que c’était un projet pour lequel on s’était fixé une trentaine de dates. En fait quand on a vu ce qui se passait en concert avec les gens et que le fait de ne pas jouer notre répertoire, mais celui d’un artiste qui nous tenait à cœur, nous a permis de rencontrer un public qui n’était pas forcément le notre, mais aussi le sien, la force de ces moments de partage a changé nos plans. C’était une très belle tournée.

 

hdl-mano– Comment ont été accueillis et perçus votre hommage et vos reprises par le public de Mano Solo justement ?

– Cela a peut-être été mal perçu par certains, mais les gens qui sont venus nous voir étaient sans doute les plus disposés : ceux qui ont mal perçu notre hommage ne sont surement pas venus. Les plus beaux compliments qu’on a eu sont ceux de gens qui sont venus nous dire qu’ils ne nous connaissaient pas et ont vu quelque chose qui n’était pas ce à quoi ils s’attendaient, mais ont passé un superbe moment, à partager avec nous qui aimions le même homme et la même œuvre. C’est beaucoup plus fort que d’entendre « c’est génial ce que vous faites ». Ce sont peut-être des gens qui reviendront nous voir pour écouter nos créations propres et j’espère qu’on ne les décevra pas, parce que ça fait un moment qu’on interprète une plume d’une qualité assez exceptionnelle. Mano est quelqu’un qui écrivait comme plus beaucoup de gens n’écrivent maintenant. Comme des gens comme Perret, Brel, Brassens, Vian… des grandes plumes. Les grandes plumes d’aujourd’hui doivent exister, mais je n’ai pas le recul pour les percevoir.

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– Beaucoup d’artistes ont interprété ses chansons en duo avec vous sur ce double disque d’hommage. Y en a-t-il qui vous ont rejoints lors de concerts ?

– On a sillonné le pays avec cette tournée, et, systématiquement, dès qu’on s’est retrouvés avec la possibilité de faire venir un artiste présent sur le disque à un de nos concerts, s’il n’était pas trop loin, on l’a invité à chaque fois. Alors ce soir, ça a été particulier, car on a eu trois invités. Il faut dire que les invités deviennent rapidement des amis ; Melissmell est venue 4 ou 5 fois, Arno Futur (Les Sales Majestés) aussi et Fred (Les Ogres de Barback) est venu une quinzaine de fois. Ce sont des artistes qui ont aussi leur talent et leur univers. Mais on partage cette chose, et c’est les Hurlements d'Leo chantent Mano Soloassez chouette d’avoir un  dénominateur commun d’une telle qualité, et en musique et en texte. Se retrouver entre nous sur du Mano Solo, ça créé l’émulation. Francesca Solleville est venue sur deux dates. On l’avait croisée avec un autre groupe à l’époque, moi et Laurent, un groupe qui interprétait des chants de la république espagnole, El comunero : forcément dans ce milieu militant on avait croisé Francesca, puis elle était revenue nous voir avec les Hurlements. On avait enregistré sur un de ses albums. Quand on a voulu s’attaquer à Mano Solo, on a chercher des gens avec qui on avait ça à partager, et Francesca nous est naturellement venue à l’esprit. C’est un sacré bout de femme ! En plus la chanson qu’elle a choisie touche à son histoire personnelle avec Allain Leprest ; c’est d’ailleurs une chanson que très souvent Melissmell vient interpréter avec nous quand elle nous rejoint sur scène, pour les mêmes raisons. C’était, je pense, une des grandes puissances de l’œuvre de Mano d’arriver à parler de choses très personnelles, individuelles, et très souvent universelles, soit par la poésie qu’elles engendrent, soit par les thématiques auxquelles elles renvoient. C’est-à-dire qu’on peut sur une image ou un ressenti très personnel arriver à toucher du doigt quelque chose que beaucoup de gens ont vécu. C’est une chose que Mano savait faire, un peu comme Brel. Ce n’est pas quelqu’un qui ratissait large ; c’est quelqu’un qui parlait sincèrement et qui touchait beaucoup de gens. C’est un talent assez admirable.

 

les Hurlements d'Leo chantent Mano Solo-Vous êtes à l’instar d’autres artistes ici, des familiers de Musicalarue. Etes-vous toujours heureux de revenir et pourquoi ?

– Ça va faire douze fois qu’on vient… Au bout d’un moment, si ça ne te plait pas, tu ne reviens pas. Bien sur qu’on reviendra encore. Je ne sais pas si c’est le fait qu’on soit des habitués du festival, le fait qu’on soit du coin ou qu’on devienne vieux, mais à chaque fois qu’on est là, on connait et reconnait de plus en plus de gens, et on est heureux de les croiser ici. Par exemple ce soir Les Sheriffs jouent en ce moment ; on ne pourra pas les voir, mais ça nous fait plaisir de savoir qu’ils sont là.

 

– A ce propos, et c’est peut-être une faille dans l’organisation, beaucoup de gens ont trouvé dommage que les concerts de certains artistes qui partagent grosso modo le même public se chevauchent, comme par exemple le votre avec celui de Fredo et celui des Sheriffs justement. Cela vous a-t-il en quelque façon porté préjudice ?

– C’est dommage, oui, mais c’est comme ça. Et ce n’est pas grave. Tu sais, il y a eu 16 000 personnes par soir. Nous, on vient de jouer et c’était blindé. Je pense que c’était blindé pour tout le monde. On serait sur un festival en manque de fréquentation, je te dirais effectivement que c’est idiot. Mais ce n’est pas le cas. Et puis, vu qu’on revient tous les deux ans, ceux qui nous ont ratés ce soir auront l’occasion de revenir nous voir.  Musicalarue est un superbe festival, avec une bonne mentalité, de chouettes valeurs ; c’est quelque chose d’assez simple, sans sponsor notoire. Les gens font du camping sauvage ; les artistes logent chez les habitants : ça nous ramène à des valeurs assez fondamentales, qui perdurent et perdureront. Comme ce festival, parce que quand les choses se passent aussi bien, elles ont tendance à se reproduire.

 

les Hurlements d'Leo chantent Mano Solo– Parlons du groupe : où en sont vos projets ?

– On travaille sur le prochain album des Hurlements, travail de création qu’on a mené de front avec la tournée. Et puis à force de faire des dates avec Fred des Ogres de Barback, on a fini par avoir l’idée de remettre « Un air de famille » en route. On va repartir sur les routes et ça va être génial ; on va se régaler. Le temps passe pour tout le monde, mais on arrive à garder la même fraicheur et la même envie de faire ce métier, avec le bagage, l’expérience, et la vie telle qu’elle a marqué chacun de nous. Indépendamment des contingences de planning et des besoins de repos qui ne sont plus les mêmes qu’avant, on va repartir là-dessus en janvier, et puis au printemps.

 

 

 

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Liens : http://www.hurlements.com/

 

Miren Funke, Emma Pham Van Cang

Photos : Carolyn C (1), Benjamin Pavone (2, 6) et Christelle Lesparre 3, 4, 5), merci à eux.

Nous remercions Jojo et Renaud des Hurlements d’Léo pour leur accueil et leur disponibilité.

Musicalarue, édition 2016 : rencontre avec The Inspector Cluzo

9 Sep

Musicalarue

 

Samedi 13 aout au soir, nous quittions les abords du Théâtre de Verdure pour déambuler dans les rues du village de Luxey, qui nous amenèrent jusqu’à la scène St Roch, autour de laquelle régnait une ambiance survoltée. Sur les planches, c’était The Inspector Cluzo qui envoyait son blues-rock habité et explosif. Familier du festival et venu quasiment en voisin, le duo Montois, qui après avoir, de longue, conquis une reconnaissance internationale certaine et su se faire entendre dans les festivals de nombreux pays, attire enfin, depuis la sortie de son 5ème album « Rockfarmers », l’intérêt des médias français, déchainait le public. Ici, on apprécie particulièrement ce groupe rock atypique, ancré dans la culture locale et la conscience internationale à la fois, formé par deux éleveurs d’oies, amoureux de Bas-Armagnac et de rugby, qui revendique l’importance des racines, le sens de l’indépendance et le désir d’ouverture au monde en même temps. Quand ils ne travaillent pas à leur ferme, Laurent et Mathieu, créent, jouent, enregistrent ou embrasent les scènes avec leurs morceaux taillés dans la roche américaine. The Inspector Cluzo sait le bonheur de cultiver ses traditions, mais aussi la chance de la rencontre et de l’échange avec d’autres cultures, qui lui permettent d’écrire depuis 8 ans l’histoire d’une musique évidente et riche à la fois, instinctive et transcendante, énergique et sincère, mais aussi celle d’une démarche artistiquement libre et économiquement autonome.

C’est à la suite de son concert que le groupe acceptait de nous recevoir, pour un entretien qui allait conduire une réflexion sur la musique et la gastronomie de qualité à aboutir à des considérations philosophiques, politiques et socio-culturelles fort intéressantes.

 

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– Bonjour et merci de nous recevoir. Le concert a été très énergique. Comment avez-vous ressenti l’accueil du public ?

– Mathieu : On a senti que le public avait bien réagi à l’énergie qu’on avait voulu y mettre ; il a dansé, chanté. On a bien communiqué avec. Le public était là, présent, donc on est contents.

 

luxey_2016_ben_51– Musicalarue est un festival atypique au sens où il draine des valeurs alternatives au mercantilisme de la production musicale et ne ressemble en rien aux gros festivals industriels où les têtes d’affiche se produisent. Et de votre côté, vous avez une démarche en cohérence avec ces valeurs. Quels sont vos liens ?

– Laurent : Il y a un lien de démarche. On se soutient. C’est à dire que notre démarche est celle d’un groupe indépendant au sens autonome financièrement ; et Musicalarue est un festival complètement indépendant. C’est la quatrième fois que nous venons jouer ici. Dans le monde d’aujourd’hui, c’est compliqué : c’est quelque chose qui est extrêmement jalousé par les gros qui n’acceptent plus d’avoir des gens qui veulent être petits et être indépendants. Il faut de tout, et c’est dommage qu’il y ait une espèce de lutte. Nous en sommes victimes, vis-à-vis des grosses productions, parce que comme on est indépendants, on est barrés dans certains festivals, parce qu’on n’appartient pas à tel tourneur ou tel label. Et l’organisation de Musicalarue a des problèmes pour avoir certains groupes parce qu’elle ne travaille pas avec tel tourneur ou telle production. Nous avons les mêmes problèmes avec des agents qui nous excluent d’autres scènes juste parce qu’ils ont des poulains à placer. C’est le revers de la médaille ; mais à côté de ça on est libres et on a le retour du cœur. Je vais citer quelqu’un de ma famille qui fait du vin et a des phrases énormes, notamment celle là : « ça ne sert à rien de vouloir être le meilleur, parce que ça ne dure jamais très longtemps, par contre il faut vouloir être le préféré, parce que pour les gens quand tu es le préféré, tu es le meilleur ; et avec un peu de chance, ça dure toute la vie ».

 

– Vous tournez beaucoup à l’étranger, où vous avez été reconnus plus tôt qu’en France. Depuis combien de temps jouez-vous ?

– Laurent : Cela fait 8 ans, avec 800 dates de concert dans 40 pays.

-Mathieu : C’est vrai que cette année le public français commence à s’intéresser à nous, grâce à certaines personnes, certains journalistes qui ont eu le courage et la curiosité de venir nous rencontrer, et qui ont une certaine influence dans la presse. Eux ont déclenché l’intérêt d’autres médias autour de nous.

– Laurent : Citons-les ! C’est Jean-Daniel Beauvallet des Inrockuptibles qui a écrit les plus beaux mots sur le groupe ; il a fait quatre pages dans les Inrocks, avec amour. Et puis Didier Varrod, qui nous a dit qu’il avait mis du temps à avoir l’info, aussi. Je pense que c’est le problème de la France : tout tourne autour des grandes villes. J’ai dit en rigolant à un média l’autre jour que s’il y avait un prix Nobel de physique qui habitait à Campet-lamolere –c’est à côté d’ici- il irait chercher son prix en Suède et personne ne serait au courant en France. C’est un peu notre histoire. Mais c’est super aussi, car ça attire des gens de valeur. Jean-Daniel Beauvallet est un type ultra cultivé, ultra instruit, et les gens comme lui et Didier Varrod ont des façons de parler et de choisir les bons mots qui ouvrent des portes.

 

the-inspector-cluzo-rockfarmers– Votre dernier album a été mixé à Nashville et porte une esthétique sonore particulière, typiquement rock américaine. Pouvez-vous nous raconté comment vous avez été menés à cette aventure ?

– Mathieu : On fait du Rock’n’Roll. Le Rock’n’Roll, ça vient quand même des Etats Unis. Donc on s’est dit que ça serait intéressant pour nous d’avoir le recul de quelqu’un qui vient de cette culture et du son américain. Vance Powel était une personne appropriée pour cela, parce qu’il a fait des albums qu’on adore. On l’a contacté. Pourtant c’est quelqu’un d’important ; il a reçu plusieurs Grammy Awards. Mais notre histoire l’a intéressé ; il a écouté la musique et il a aimé. Et il a dit « ok, je veux bien le faire pour vous ». C’est une histoire de rencontre. On a été là bas le rencontrer, et tout de suite, le courant est passé entre nous. Il en résulte ce double album « Rockfarmers » dont on est très contents.

 

– Votre blues-rock se colore de teinte funk, de metal, parfois de stoner. Si vous deviez évoquer un artiste ou un titre qui vous a donné l’envie de faire de la musique professionnellement, lequel serait-il ?

– Laurent : Moi, je suis fan d’Hendrix. Le voir m’a donné envie de faire ce que je fais à la guitare. Mais citer un seul artiste serait un peu réducteur. Il y en a plein.

luxey_2016_ben_53– Mathieu : Pour ma part, j’ai écouté plein de musiques, mais ce n’est pas le fait d’écouter de la musique qui m’a donné envie de jouer, mais plutôt la découverte de l’instrument. Avec Laurent, on ne pensait pas devenir musiciens professionnels particulièrement. Ça n’a pas été notre démarche. On a chacun appris un instrument, on a monté un groupe et fait de la musique et à un moment donné, parce qu’on a eu un petit succès, on s’est dit effectivement « pourquoi ne pas essayer d’en vivre ? ».   

 

– Le « minimalisme » d’une structure à deux musiciens, comme la vôtre, pourrait paraitre être un frein à la richesse instrumentale. Or il n’en est rien. N’avez-vous jamais été tentés d’intégrer dans le groupe d’autres musiciens, ou pensez-vous au contraire qu’une formule réduite à l’essentiel oblige à développer votre créativité ?

luxey_2016_ben_52– Laurent : Intégrer d’autres musiciens, on l’a déjà fait. Sur notre troisième album, on a tourné avec deux cuivres, parce que c’est une musique qui se marie bien avec les cuivres. C’était super. Mais ça fait 21 ans qu’on joue ensemble tous les deux, et en fait il n’y a plus de place possible entre nous. Bien sûr qu’on peut rajouter des instruments et des tessitures, mais il n’y a plus de place.

 

– Humainement ou artistiquement ?

– Laurent : Musicalement. Il n’y a plus de place, parce qu’on remplit tout. Et on aime cette liberté que nous procure notre formule. On reste à deux. Par contre à deux, on a quatre mains. Et l’interdiction d’avoir des ordinateurs ou des machines. On a l’interdiction de mentir au public, c’est-à-dire de faire semblant de jouer quelque chose qu’on n’est pas capable de jouer. C’est l’essence du blues et du rock. Donc on repousse les limites de plus en plus ; on cherche énormément de choses. C’est pour ça que je varie énormément mes voix. C’est un troisième instrument. Lui varie énormément son jeu. A la guitare, j’utilise des accordages bizarres qui me permettent de faire de la basse. En fait ce n’est pas de la guitare : c’est de la guitare et de la basse. Je joue les deux en même temps. Et pour le prochain album, on est en train de réfléchir justement à aller encore plus loin. C’est-à-dire qu’on va intégrer d’autres instruments, mais joués par nous et instantanément. Ça va faire un peu bric à brac, mais c’est l’idée. Le blues n’est pas une musique sophistiquée ; le rock n’est pas une musique sophistiquée. L’élégance est dans l’épuration. Et en plus pour nous qui sommes issus d’une culture de terroir, il y a une définition très différente de l’élégance dans les cultures de terroir et dans les cultures de salon : les écrivains de terre cherchent la substantifique moelle, comme Rabelais ; ils cherchent le mot juste. Et la langue gasconne est une langue qui ciselle ; en quatre mots, elle dit tout : elle se fout de ta gueule déjà, elle cristallise la situation et elle met une distance. Ce n’est pas une pensée française qui fait thèse/antithèse/synthèse pour qu’on n’en sache pas plus à la fin et qu’on ne soit pas plus avancés. On essaye d’amener de cette pensée dans notre musique. Les Américains ont un mot pour ça dans le blues : « less is more ». C’est-à-dire qu’avec moins, tu as plus, tu as tout. Nous, on cherche la note ultime, qui fait qu’avec un seul riff, tu es plein. C’est une façon de jouer, un niveau de jeu et aussi une implication physique, parce qu’il faut s’engager très fortement. On ne peut pas juste envoyer des riffs comme ça ; il faut s’engager. Tu peux voir des vieux bluesmen sur le perron qui envoient des sons énormes avec deux cordes. Parce que c’est leur vie qu’ils chantent. Nous sommes très imprégnés de corrida. Je ne rentre pas dans l’histoire des taureaux bien sûr ; je parle uniquement de l’art qu’il y a derrière la corrida.  On adore la façon qu’on les matadors de construire leur faena ; ceux sont des gens qui ont une définition innée du « less is more » : ils cherchent en permanence, à vie, le geste pur, le plus épuré possible. Ils appellent ça le « temple ». Il n’y a pas d’esbroufe ; on ne se met pas à genoux ; on ne fait pas le guignol. Et le Blues, c’est la même chose. Ce sont des arts qui sont liés à des traditions, donc à de très vieilles histoires, de très vieilles cultures. Donc il y a toujours cette volonté d’épurer. Dans toutes les cultures du monde qu’on a vu, au Japon aussi, il y a toujours cette recherche du geste pur. Même en cuisine : dans la cuisine japonaise, il n’y a toujours que deux aliments, mais l’association est parfaite. C’est très dur de faire simple, quand on en sait beaucoup. Et c’est ce qu’on recherche.

 

Inspector Cluzo– La culture du terroir, parlons en. Vous êtes fermiers et producteurs de foie gras de métier, en même temps que musiciens, et vous avez affirmé ne pas vouloir renoncer à aucune de ces deux vies. Est-ce à dire que les deux vous sont nécessaires et surtout sont nécessaires l’une à l’autre pour se nourrir mutuellement ?

– Mathieu : Tout à fait. C’est complémentaire. On se nourrit de l’un et de l’autre. La ferme nous apporte la sérénité, et, déjà, à manger. C’est quelque chose d’indescriptible et de sain ; c’est aussi la liberté. Traditionnellement nous sommes éleveurs et producteurs d’oies gasconnes, parce qu’on perpétue un goût qui a tendance à se perdre. Et la musique nous apporte de la fraicheur, et aussi des rencontres et des idées à rapporter à la ferme. Par exemple, nos rencontres avec des Japonais  nous ont fait découvrir une technique pour produire du riz sans inonder, et ça nous donne des idées à expérimenter en agriculture. Les voisins se moquent de nous quand on en parle ; mais on le fera. La musique et l’agriculture vont bien ensemble. Et le blues, comme l’a dit Laurent, vient de la terre. Donc on est en plein dans notre élément. Notre musique vient de la terre aussi.

 

– Laurent : C’est rare que les bluesmen soient DJ… En général ils habitent dans des bleds et sont mécanicien, travailleurs agricoles, ou font toujours quelque chose de tellurique lié à la terre.

 

– N’aviez-vous pas aussi en projet de créer une école pour transmettre un savoir faire ?

musicalarueimg_0301_1-2– Laurent : C’est embryonnaire pour l’instant. Mais une fois que la ferme sera bien installée, on voudrait essayer de transmettre, dans une école de type Montessori, les connaissances de la ferme. C’est la prochaine étape : une sorte d’école gasconne 2.0. Attention ! Pas du tout une Calandreta… On est anti-occitanismes total. C’est un envahissement culturel insupportable. Ici, on est en Gascogne, pas en Occitanie. On est d’ici ; on aurait pu être chinois, mais on est d’ici. C’est comme ça. On voudrait utiliser cette culture qu’on a pour avoir un passeport universel vers la mondialisation culturelle et les hommes. C’est-à-dire transmettre la langue et savoir se faire à manger : on sait très bien comment faire pousser du maïs, donc on le fait, et on fait du canard gras, parce que c’est pour l’hiver et qu’on ne sait faire que ça. Mais ça permet d’être autonome sur son territoire. Et la langue gasconne, ça n’est pas une fin en soi. Il faut parler anglais, parce que c’est la langue du monde, espagnol, puisque c’est la langue de notre culture sœur, et ne pas être dans des trips de repli. L’idée est de donner des outils pour que les enfants puissent plus facilement être des citoyens du monde tout en gardant leur propre culture. Nous avons la chance d’avoir beaucoup voyagé, donc on sait tout ça. musicalarueimg_0312-2Mais il faut expliquer qu’avoir une culture est une chance, mais que ce n’est pas de la politique. C’est juste une façon de pouvoir partager et expliquer aux autres. Comme ici : Luxey, c’est une vraie fête landaise, et une fête landaise c’est fait pour respirer et discuter. Tous les conflits de l’année se règlent aux fêtes landaises. Les villages respirent beaucoup dans le Sud-ouest à cause de ça. C’est très important, et pour en revenir à la question, c’est très important aussi de faire passer le savoir aux enfants.  On a vu de par le monde des endroits où tout est mort : les gamins sont déracinés ; il n’y a aucun lien avec les anciens. Du coup ils ne savent même plus faire pousser des tomates et n’ont pas d’autre option que faire une grande carrière pour avoir des sous pour se payer des tomates. Alors qu’en fait tout le monde a le droit de manger de bonnes tomates ou un bon foie d’oie, et l’une des façons pour l’avoir est de se le faire. Donc notre projet est une école qui serait basée sur cette transmission, et qui pourrait par la suite avoir des déclinaisons bretonnes, ou autres.

 

– A ce propos, quel est votre sentiment à l’égard des politiques agro-économiques actuelles qui donnent l’impression de viser à tout faire pour empêcher les gens d’être autonome alimentairement?

– Laurent : La liberté absolue, c’est de se faire à manger. A partir du moment où on sait se faire à manger, on n’a pas besoin de pays, ni d’administration. On a besoin de rien, sinon des autres. Et à partir du moment où ils ont besoin des autres, les gens s’organisent. Ici, nous sommes sur un territoire qui connait la question, puisqu’il y a un petit village reconstitué juste à côté, à Sabre, qui est un village landais du XIX ème. Il y avait un boulanger, un meunier, etc…et les gens parlaient gascon jusqu’à ce que Napoléon III impose une administration française et la plantation des pins. Et ça a amené plus de malheur qu’il n’y en avait avant. Maintenant on a l’instruction, donc on sait analyser que dans les modèles des anciens, il y avait quand même des choses excellentes. Les états et les grandes multinationales savent très bien qu’aujourd’hui nos générations peuvent s’organiser sans eux. Donc ils imposent des normes pour interdire cela. Pour notre part, on le vit à la ferme, parce que nous avons une petite structure de 200 oies, et on nous contrôle tout le temps comme si nous étions Delpeyrat, et on exige de nous de faire les mêmes dépenses. Pourtant s’il y a eu la grippe aviaire, ce n’est pas à cause de nous. On est en résistance ; et il faut le faire : le fait même de le faire est une résistance. On n’empêchera jamais les gens au fin fond des Landes de se faire un potager. Il y a des limites à ne pas franchir.

Inspector Cluzo

 

Liens : http://www.theinspectorcluzo.com/index.php

https://www.facebook.com/The-Inspector-Cluzo-262041845186/

 

Miren Funke

 

Photos : Carolyn C (1, 6, 7) et Benjamin Pavone et Christelle Lesparre (2, 3, 4, 5, 8) que nous remercions de nous autoriser à utiliser les photos.

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