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Camille et Sarclo, les beaux jeudis …

7 Juin

Photos© NGabriel 2019

Il arrive parfois d’être confronté à un dilemme à trois têtes, sorte de paradoxe aussi saugrenu que les trois mousquetaires qui étaient quatre … C’était hier, Belleville ? Ivry ?? Montreuil ??? Impossible de rater le retour – après une sérieuse alerte de voix en danger- de Camille Hardouin l’ex Demoiselle Inconnue, qui avait eu l’excellente idée d’avoir une première partie de haut vol, avec Dylan chanté par Sarclo… Ce fut donc Montreuil. Ce fut exceptionnel.

Mais reprenons plus factuellement : c’était le dernier des jeudis de Sarclo, une série consacrée à « Sarclo sings Dylan » soirées avec un/e invité/e qui passe en seconde partie. Sarclo a revisité les chansons de Dylan, les a traduites selon son approche qu’on peut dire plus « Kerouac-Bukowski » que Delanoé, sans être désobligeant envers qui que ce soit. Une bonne heure en tête à tête, la voix et la guitare, ou les guitares pour mettre la juste note sur le texte. C’est un très bon et très fin guitariste, prise de son impeccable, dans une salle qui permet aussi de chanter sans micro, exemple, avec la 12 cordes qui sonne cathédrale … On sait aussi le supplément d’âme apporté quand c’est la vieille compagne de Napoléon Washington qu’il prend dans ses bras …

Une hors d’âge qui a peut-être connu Robert Johnson, peut-être, et même si c’est pas vrai, on a envie d’y croire …

Le dernier jeudi ? Pas tout-à-fait, la semaine prochaine, dans un plateau partagé avec Sansévérino, Sarclo fera 30 mn de Dylan, et bonne nouvelle, il y a un CD disponible, uniquement ACDC, (au cul du camion, ou du comptoir) pour un prix ridicule compte tenu de la qualité de l’objet.

Info du taulier, le genre de proposition qu’on peut difficilement refuser : jeudi prochain le 13, j’en fais une demi heure en duo avec Sanseverino. ça décoiffe sérieux…  et le 29 on fait un pot de départ pour Avignon, y aura Manu Galure, Garance Bauhain, Stef B et son body de rêve, PetiDej et ses chansons de Gilbert Bécaud, et mes zigues et mes traductions de Dylan.

Info utile : chez Thénardier, on commence à l’heure, si on a réservé, et qu’on ait des arias, ayons la politesse de prévenir, c’est l’esprit suisse, ponctuel et poli, et en arrivant un peu en avance, on a le temps de faire une pause comptoir, apéro grignotage maison…

Et voici Camille Hardouin, dans un contexte qui magnifie le moment, la salle est sous tension émotionnelle majeure, subjuguée, et totalement séduite, avec entre autres deux chansons « de reprise » recrées, réinventées, entrelacées de lignes personnelles, dans un hommage sublimé en danse amoureuse quand elle invite Bashung dans sa nuit de rêves mensongeurs…

Mademoiselle de Scudéry en son temps a imaginé un pays dans lequel on pourrait trouver tous les chemins de la vie amoureuse, qu’on pourrait dire assez décomplexée sous les mots policés des Précieuses, expertes d’une langue française brillant de mille éclats. Camille Hardouin est aujourd’hui la messagère du kaléidoscope des sentiments, de toutes les amours d’une heure ou pour la vie, comme un prisme qui capte un rayon de lumière et le diffracte en arc-en-ciel. On y trouve toutes les couleurs, elles se mélangent et s’enrichissent, se fondent et composent une nouvelle carte du Tendre, celle des filles d’aujourd’hui. (C’était il y a 2 ans , rien à retrancher)

C’était son dernier concert, les jours qui viennent seront consacrés à son prochain album. Et pour finir en musique, choix subjectif … (Extraits de « Mille bouches »)

 

 

 Les infos utiles
pour aller chez Pension Thénardier, c’est là –>

 

 

 

Norbert Gabriel

Camille Hardouin, rencontre…

20 Juin
Camille Hardouin Le Pont des artistes ITW 3648x2736

PhotoNGabriel, au Triton.

Chronologiquement cet entretien aurait dû être publié après la chronique de l’album, mais finalement, c’est bien qu’il arrive à la suite d’ une semaine où j’ai vu Camille Hardouin sur trois scènes, dans trois exercices différents. D’abord Le Pont des Artistes, où elle avait les deux musiciens qui vont l’accompagner en tournée à partir de septembre, puis au Festival TaParole, dans un spectacle collectif et le lendemain dans son spectacle en solo, voix-guitares, chroniqués lundi 19.

L’entretien prend tout son sens, après les spectacles, car il s’est dégagé une ligne de force, qu’on pourrait nommer « les sentiers ou les secrets de la création » ou comment naissent les chansons et les spectacles de Camille Hardouin ex La Demoiselle Inconnue.

Avant de lire, gardez en surimpression cette image, les yeux bleus, la couronne de fleurs, et les rires, et vous pouvez voir sur le bras aide-mémoire, les noms de l’équipe de TaParole…

Ma vie d’artiste ?

Ça échappe à une définition précise, il faudrait 5 jours pour tout dire… 🙂  c’est une vie mouvante imbriquée dans le temps… Une suite de sensations, d’émotions captées, mises sur le papier, des bouts d’histoire, de poèmes, des livres que je complétais selon ce qui me manquait, et que j’imaginais… C’est le goût de la lecture, et de pas trop dormir la nuit, le goût de raconter des histoires, et avec une guitare, ça grandit, ça devient des chansons.

Les passages se font en douceur, une envie de partage, regarde cette image, qu’est-ce qu’elle nous raconte ? Ensuite, je ne me sens pas forcément responsable des choses que je produis, ce sont des choses qui arrivent, d’un regard dans la rue, d’un moment inattendu, un parfum, de tout ce qui peut faire naître une émotion que j’ai envie de partager, de donner. Elles peuvent se traduire en dessins, en histoires, si je pouvais, je passerais tout mon temps à écrire. Raconter.

La scène, c’est une évidence pour ça… Au début, c’étaient des soirées entre copains, puis dans des petits bars, sans véritable enjeu. Et puis il y a eu le Tremplin du Grand Zébrock, avec un concours remporté, l’accompagnement pro et l’attention à mon projet qui m’a donné envie de continuer, de faire des chansons.

La musique est venue avec le piano, appris un peu par obligation, comme la guitare, avec un professeur très conventionnel, comme une activité de loisirs, et puis le prof change, voilà une dame qui me donne moins de partitions à déchiffrer, mais qui m’apprend trois accords, et avec ces trois accords c’était la révélation de faire de la musique. Et j’ai essayé avec des paroles à moi.

Ces premières ébauches, c’était pour un public familier, amical, un jeu où on propose ce qu’on a en soi, sans projet précis. Et puis vient le moment d’une vraie scène.

Je ne suis pas la personne des premières fois… c’est comme un voyage, avec plein de virages, chaque fois est une première fois, comme lorsqu’on tombe amoureux, c’est toujours une première fois. Et c’est ça à chaque fois. Le public, c’est les copains, une fête, une soirée dans un bar… Je me souviens d’envie de partage, des tremblements de ces premières fois, et transformer le vertige en jeu, s’en servir , comprendre qu’il y une place pour le jeu. La métaphore amoureuse tient toujours, mélange de tremblements et des joies infinies. Un concert, c’est une rencontre.

Je ne me sens pas responsable de ce que j’écris, je le fais, je le montre, c’est comme une célébration, la joie est le moteur, la joie de pouvoir dire, c’est le cœur battant.

La guitare Martin 1958

Les mots, les histoires sur le papier, les poèmes se sont liés à la musique. Au début, la guitare est un moyen, mais avec la dernière (voir l’histoire de la guitare perdue*) c’est une révélation. C’est un trésor, chaque fois, je suis pleine de gratitude de la savoir dans la maison, de pouvoir faire cette petite danse fluide, en l’ayant dans les bras, je comprends la couleur de mes chansons, et j’ai envie de jouer de la guitare, elle m’apprend que je suis heureuse de jouer. Quand j’ai dessiné l’histoire de la guitare perdue, j’ai eu des échos, des mots de réconfort, et je me suis aperçue que j’avais commencé en noir et blanc puis continué petit à petit avec des couleurs. Jusqu’à la révélation Martin 1958.

(Question sur le spectacle fantasmé qu’une fée pourrait concrétiser)

En spectacle, j’ai l’impression que j’avais envie de mettre tellement de choses sur scène, trop, et dans un premier temps j’ai beaucoup simplifié, épuré, maintenant je rajoute petit à petit.

La baguette magique de la fée peut faire surgir les choses plus vite, en faire d’autres.. La seule question, est-ce que c’est beau ? Quand il y a un truc qui cogne à la porte, il faut que je trouve comment ouvrir, même s’il n’y a pas de poignée, même si je n’ai pas la clé… Ecouter le silence, et jouer avec peu, en simplifiant.. Mais maintenant j’en rajoute peu à peu, j’aime bien le solo, mais le trio permet des choses différentes… Louise joue de la clarinette de l’accordéon, des machines (le moog) et Jean-Laurent, cordes, contrebasse, guitares…

Pour finir, un bref tour d’horizon sur quelques  artistes qui ont marqué Camille Hardouin, Michelle Gurevich (China Woman-) Lior Shoov, 16 Horsepower et des participations   avec « Monstres d’amour » de la Compagnie Dans le ventre »…

Et au final, une seule question, est-ce que c’est beau ?

Cet entretien a été enregistré le 10 Mai, il a été aussi nourri du passage de Camille Hardouin dans Le Pont des Artistes du 15 Juin,  avec musiciens, puis le cabaret collectif TaParole le 16 Juin, et le spectacle solo le 17.

Sur le web, il y a de très nombreuses vidéos disponibles, la plupart en solo, mais il y a au moins une chanson qu’il faut écouter sur l’album , c’est « Les pirates » pour la formidable liesse musicale qui accompagne ce cartoon poétique et tendre…

Les liens pour la chronique d’album, c’est là.  Clic  sur l’album,

  • Et c’est dans son journal que vous trouverez pourquoi elle a été La Demoiselle Inconnue, l’histoire de la guitare perdue et beaucoup de jolies choses de sa vie en chansons.Et aussi sa perception des soirs à TaParole Errante, clic sur l’autoportrait
  • Norbert Gabriel

TaParole 2017, 15 ans…

19 Juin

Photo NGabriel 2017

Quinze ans de vie bouillonnante pour ce festival, sans doute le plus sympa de la région parisienne (avec Jazz aux Puces) … La chanson y est fêtée chaque année avec un enthousiasme et une créativité exemplaires. Quinze ans, et l’occasion de créer un spectacle collectif  Le cabaret des pas perdus  dans lequel on a réuni des « anciens », et des moins anciens, qui se sont agréablement mélangés dans des duos, des textes avec un clin d’oeil à Armand Gatti, des presqu’impros, que ces militants du spectacle vivant jouent avec maestria. Patchwork de compositions personnelles, de chansons du répertoire (salut Dimey, Brassens et Genet)  moments rares offerts aux spectateurs présents. Car même si des captations vidéo permettront aux amis lointains de faire un replay, ce qu’ils n’auront pas, c’est la synergie et la complicité du public, ce flux mystérieux qui fait d’un moment de spectacle, un moment de grâce privilégiée.

Ce cabaret s’est terminé par une interprétation d’anthologie du Condamné à mort de Jean Genet, une version de 5 ou 6 minutes ou 7, le temps s’était aboli pour un public subjugué, totalement captivé par Camille Hardouin, ex La Demoiselle Inconnue. Pour ma part, après ce choc, je n’étais plus en mesure de voir les autres spectacles avec objectivité.

Et le lendemain, revoici Camille Hardouin, qui présente son album récent, Mille bouches chroniqué ici , (clic sur l’image), avec quelques chansons qui ne sont pas sur l’album, comme La louve, mais l’ami youtube est bien achalandé en vidéos de festivals en concerts de La Demoiselle Inconnue-Camille Hardouin. Et on retrouve tout le charme de l’album, avec ce talent de conteuse, qui excelle dans le chanté-parlé en alternance avec des envolées lyriques exaltant la musicalité des mots et des notes, avec une délicatesse de dentelière… C’est une épicurienne résolue, vivez aujourd’hui, demain il sera trop tard… C’est une amoureuse de tous les amours, éternels ou d’une nuit, le bonheur ne se mesure pas à la longueur des jours, pas forcément.

Ajoutons cet art de faire des chansons « gigognes » ou poupées russes, par exemple, « Effrontément/la nuit je mens » où elle marie ses mots à ceux de Bashung… C’est du spectacle vivant dans tous les sens du terme. Une création toujours renouvelée. Après concert, c’est aussi le bonheur de retrouver quelques amis qui la connaissaient depuis longtemps, n’est-ce pas Karine ? D’autres venus exprès, Romain L. Et tous totalement séduits par cette messagère de tous les bonheurs possibles. Ensuite, même cause même effet, une sorte de petit nuage m’a emporté pour rester dans le charme… Qui va se prolonger demain ici même, par l’entretien avec Camille Hardouin, il y a quelques semaines à Montmartre.

Un détail pour terminer, provisoirement, après son concert sa pile d’albums a été épuisée, au grand dam de quelques spectateurs frustrés…

Et dans la diversité de son répertoire, je vous invite vivement à le découvrir par tous les moyens, je vous propose en conclusion, cette jolie ballade de gentils pirates.

Last but not least, Camille Hardouin est dans le numéro 4 tout frais sorti du très beau mook  Hexagone  qu’il est impardonnable de ne pas connaître si on tient un tant soit peu à la chanson et ses artistes…

Très important : Le pont des artistes d’Isabelle Dhordain recevait mercredi 15 Juin, Paris Combo, Soan, et Camille Hardouin, et c’est visible sur le site du Triton, ne vous en privez pas, la musique est bonne, et les entretiens savoureux, témoin cette phrase de Soan, suite à une question sur les moteurs de la création « J’écris ce qui déborde.. » Il faut aller voir le tout, c’est 1h 45 de bonheur, et c’est là, clic sur l’image:

Et pour quelques images de plus,  au Festival TaParole,

(dans ces photos, il y a 3 Martin, dont une guitare, saurez-vous les identifier ? )

taparole 2017 16-17 JUIN montage 4317x2545

Sélection très partielle, due à un bug de logiciel qui a effacé une série… A moins que ce ne soit une fausse manoeuvre de ma part..

 

Norbert  Gabriel

 

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