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Entretien avec Julie Lagarrigue et Cécile Delacherie pour la sortie du livre-disque « Chansons à 2 accords », une aventure musicale et humaine exceptionnelle

21 Déc

 

 

C’est à peine il y a quelques mois qu’est sorti le livre-disque « Chansons à 2 accords », aboutissement d’un travail méticuleux et colossal, non pas pour signer la fin d’une aventure extraordinaire, mais pour en graver le souvenir sur un support matériel, support ayant vocation à faire connaitre et partager le sens d’une expérience musicale et humaine, et permettre à d’autres de s’en approprier les chansons, l’objet comportant en plus de l’enregistrement de trente morceaux interprétés par des chorales diverses, les partitions et les paroles de ceux-ci écrites lors d’ateliers en milieux hospitaliers, ainsi que des textes émouvants rédigés par des participants au projet.

Vingt-trois chorales, quatorze chefs de chœur et quinze musiciens, parmi lesquels Agnès Doherty [Lire ici], Anthony Martin et Emmanuel Commenges [Lire ici], et surtout quatre cent vingt chanteurs, enfants et seniors, personnes en situation de handicap ou luttant contre une maladie physique ou psychiatrique, détenus et travailleurs sociaux, patients et soignants, amateurs et professionnels se sont fédérés autour de Julie Lagarrigue [Lire ici] et Cécile Delacherie [Lire ici], pour chacun porter sa pierre à l’édifice collectif, enfanté du travail mené depuis de longues années par les deux artistes lors d’atelier de création de chansons en milieux hospitaliers, et dont l’investissement a par ailleurs permis l’ouverture cette année de la Maison des Arts et Art-thérapeutes d’Aquitaine [MAATA] au sein du plus grand Ehpad de France, à Terre Nègre au centre ville de Bordeaux, née de cette même dynamique, tout comme l’association que ces mêmes artistes ont fondée avec d’autres, Le Dire Autrement, qui produit le livre-disque. Sous des aspects de travail de fourmis, c’est bien pourtant une œuvre à l’ampleur tentaculaire qui témoigne et exprime comme est profonde la foi en la dimension thérapeutique de l’art qui anime ces artistes, qu’on retrouve à l’élaboration et la réalisation de ce projet hors norme, et à propos duquel il faut saluer aussi le travail accompli pour l’enregistrement par des personnes fragilisées pour qui il a quand même constitué une pression éprouvante. L’objet final est là, disponible dans plusieurs librairies locales et directement auprès de l’association, ici : https://www.helloasso.com/associations/le-dire-autrement/paiements/livre-disque-augmente-30-petites-choses-chansons-a-2-accords

Julie Lagarrigue et Cécile Delacherie acceptaient il y a peu de nous accorder un entretien pour parler de cette œuvre collective, retraçant une aventure enrichissante émotionnellement et humainement sans nul doute, et peut-être aussi transcendante, voire thaumaturge, pour de nombreuses personnes, mais offrant également aux autres des chansons accessibles à partager et interpréter. Une œuvre amenée à vivre désormais sur scène et être portée devant le public, dès que la reprise de la vie évènementielle le permettra en France.

 

– Bonjour et merci de nous accorder un peu de temps. Remontons à l’origine de cette aventure : pouvez-vous nous en raconter l’histoire qui a abouti à la réalisation du disque ?

– Cécile : En 2014 Julie m’a demandé de venir avec elle à un atelier d’écriture de chanson à Perrens [hôpital psychiatrique de Bordeaux]. Il y avait beaucoup de monde ; et venait qui voulait, patients et soignants, à qui on avait juste demandé de ne pas mettre de blouse, afin de ne pas distinguer les uns des autres. Anthony Martin nous accompagnait à la guitare. Et on a continué d’année en année, en proposant aux différentes unités d’aller y faire chanter les gens. Le principe en est simple : on écrit les paroles avec les gens, dans un cadre temporel fixé à une heure, et au bout de l’heure, on chante la chanson en l’état avec la musique que Julie a posée dessus, et on l’enregistre.

– Julie : Les unités dans lesquelles nous intervenons sont des unités fermées ou ouvertes, réservées aux mères avec enfant, ou aux adolescents. On voit vraiment tous les publics différents qui se trouvent là. Et pendant une heure, on se met à l’écriture d’une chanson avec les gens. Le fait qu’on s’impose la contrainte de réaliser la chanson en une heure permet d’avoir un résultat intéressant. Car pour écrire rapidement une chanson à plusieurs, il faut réussir à trouver un consensus dans lequel tout le monde se retrouve. On lance donc l’atelier d’écriture et dès qu’on dispose de deux ou trois phrases, assez vite je me mets de côté avec la guitare pour trouver un air facile à retenir qu’on peut directement poser dessus. C’est pour ça que c’est « chanson à deux accords ». Certaines ont été réadaptées bien sur, mais à la base, elles sont toutes composées avec des accords ouverts à la guitare. On a un classeur où sont compilées ces chansons, et lorsqu’on arrive dans une unité, on les distribue pour chanter ensemble ces chansons.

 

– L’idée de l’enregistrement d’un disque vous travaillait-elle dès l’origine des projets d’ateliers ou a-t-elle émergé et mûri au fil du temps ?

– Cécile : On s’est très vite retrouvés avec une quarantaine de chansons, dont certaines vraiment très belles. Et on trouvait dommage l’idée qu’elles ne laissent pas de trace. Il fallait en faire quelque chose. Dans le même temps Frédéric Serrano, qui s’occupe entre autre de la chorale de la maison d’arrêt de Gradignan  a voulu chanter une de nos chansons. C’est à partir de là qu’a muri l’idée de réaliser un objet avec les enregistrements, les textes et les partitions, afin que les chansons puissent être chantées par d’autres. Tout le monde a trouvé l’idée de ce livre augmenté superbe. Le travail de collecte des textes et de réécriture de partition a été un boulot très laborieux, et on a contacté des chorales amateures, semi-pro, et professionnelles pour interpréter les chansons. Le concert de restitution a été un superbe moment de partage avec les participants des différentes chorales. Et puis le confinement est arrivé là-dessus et nous a mis un gros coup de booster pour travailler, peaufiner, et finaliser l’objet. Nous avons reçu le bouquin fin aout, mais pas pu faire vivre les chansons sur scène malheureusement pour le moment. Mais ce livre-disque existe et nous en sommes très contents. Il est évident qu’il existe pour que les gens puissent en chanter les chansons ; donc dès que le confinement sera fini, on reprendra notre bâton de pèlerin pour porter les chansons vers le public.

 

– Il ne s’agit pas uniquement d’un simple enregistrement d’un concentré du travail accompli. Le livre-disque constitue un objet élaboré, avec une esthétique photographique soignée, les textes et les partitions des chansons, un « lexicabulaire » humoristique, des textes. Réaliser un objet original ayant pour vocation de faire connaitre et partager l’expérience humaine, artistique et sociale que vous avez vécue, mais aussi de servir de support de travail à ceux désireux d’en interpréter les chansons était-il un impératif pour vous?

– Julie : Je voulais que le disque soit un bel objet, et non pas une compilation de restitutions qu’on écoute une fois, parce qu’on l’a achetée, puis qu’on range. Mon idée était que ce soit un objet qui puisse servir de méthode musicale, dont des professeurs, des animateurs, puissent se servir pour faire chanter. Je voulais faire quelque chose qui ressemble au Diapason un peu. Comme ce sont des chansons faciles à retenir et aussi à jouer, l’idée d’un manuel accessible à tous s’est imposée avec celle d’un bel objet. Ces chansons ont été écrites confinées, et l’idée est de les faire vivre en dehors de l’hôpital. Il y a de très belles photographies, un beau travail de graphiste.   

-Cécile : On n’a pas écrit des chansons pour enfants. Mais il est vrai que comme elles sont simples, même si certaines ont des arrangements quand même un peu plus sophistiqués que d’autres, des enfants comme des adultes peuvent se les approprier. Anthony a en plus arrangé des compositions de manière très variée. C’est très accessible, même quand on n’a pas un haut niveau de guitare.

 

– Pourquoi avoir fait appel à des chorales extérieures à l’aventure originelle pour enregistrer les titres? Était-ce irréalisable avec les gens ayant participé aux ateliers?

– Julie : A Perrens il n’y a pas de chorale, et donc on trouvait dommage que ces chansons, ne se chantent pas, car elles sont très belles. Il est très compliqué malheureusement de monter une chorale dans l’hôpital, dans la mesure où les gens y rentrent et en sortent parfois très rapidement. On ne sait jamais d’une session à l’autre qui on va revoir ou pas. C’est une espèce d’essence prise sur le vif de ces paroles, et aussi de ces publics là, les publics particuliers du milieu psychiatrique, mais qui sont aussi des gens comme toi et moi. Il y a un sacré tabou dans ce pays, où on véhicule le cliché que les gens en milieu psychiatrique sont des fous. Alors qu’en fait en psychiatrie, on croise des gens en dépression, en burn out, qui ont perdu un proche, enfin des gens comme toi et moi, et qui souvent ne restent pas longtemps, ce qui fait que souvent on les voit lors d’un atelier, et la semaine suivante, ils ne sont plus là. Donc au résultat, ça fait des archives de chansons, écrite par des tonnes de gens différents. On a décidé de porter ce projet avec l’association Le Dire Autrement. C’est vite devenu un projet énorme, et comme les finances manquaient, on a proposé à chaque chef de chœur qu’on connait dans la région, et qu’on sait être un peu sensible au côté social, de chanter une chanson avec sa propre chorale, et d’enregistrer avec nous ensuite. Anthony Martin a arrangé les chansons, certaines pour orchestre, d’autres en musiques actuelles, d’autres complètement a capella. On s’est retrouvé avec une quinzaine de chefs de chœurs, et des chorales de tous styles : j’avais des ateliers en maison de retraite, des instituteurs avec les enfants de leur école primaire, des professeurs avec leurs collégiens, des chorales de prison, de malades en post-cure psychiatrique, des chorales d’amateurs comme Yakafaucon [Lire ici], des chorales professionnelles, toutes à des niveaux complètement différents. Anthony a fait beaucoup de guitares lui-même ; mais il y a aussi d’autres musiciens qui ont participé, comme Agnès Doherty ou Emmanuel Commenges.

 

– Comment avez-vous décidé la sélection des chansons pour l’enregistrement?

-Julie : On  a sélectionné trente chansons. On a fait une représentation à mi-parcours pour le festival Hors Jeu/En Jeu d’Ambarès (33), et des écoles de Dordogne sont venues, ce qui fait que le projet a débordé des frontières de la Gironde. D’autres restitutions étaient prévues pour que les chorales se rencontrent, mais avec le confinement tout a été mis en suspens. Anthony a aussi passé des heures à s’occuper des enregistrements, des prises, des mix. On lui avait donné pour consigne que ce soit beau, et c’est un travail compliqué avec des chorales d’amateurs et des gens fragilisés. Alors on n’a pas pu tout garder. C’est un peu un entre-deux entre une participation d’amateurs et un travail professionnel quand même. Il y a aussi là des textes d’auteur, Hubert Chaperon par exemple, Fred Serrano qui travaille avec les gens incarcérés à la prison de Gradignan, qui possède la seule chorale mixte de France. Le fait que l’association Le Dire Autrement soit producteur de l’œuvre nous a permis d’avoir les mains assez libres quand même. Sept cent exemplaires ont été édités pour le moment et ça part assez vite.

 

– Tu parles de l’association le Dire Autrement, que vous avez fondée et animez. Son histoire est intimement liée à un engagement qui vous tient à cœur et s’est concrétisé cette année avec l’inauguration de la MAATA. Pouvez-vous en parler ?

– Julie : La MAATA a ouvert ses portes juste avant le confinement. Même si les choses tournent un peu au ralenti, en vertu des circonstances actuelles, on y propose régulièrement à tous des ateliers et des stages avec des artistes et des art-thérapeutes, des séances d’art-thérapie individuelles ou en groupe, des ateliers d’art adapté, de différentes disciplines, où des personnes en difficulté peuvent côtoyer n’importe qui a envie de s’y inscrire. L’idée était d’avoir  un endroit où les publics se rejoignent. Durant le confinement, comme beaucoup d’art-thérapeutes restaient sans activité, on a lancé l’initiative d’écrire chacun un courrier et d’entretenir par écrit un lien positif avec les gens dans les Ehpads. Nous avons reçu énormément de réponses et l’initiative a été reprise un peu partout en France.

 

– Quel sentiment gardez-vous de cette représentation scénique externe qui a eu lieu à Ambarès?

– Julie : On a quand même des participants qui sont bien touchés. Quand on a chanté à Ambarès, les gens avaient la chair de poule. On avait deux leads avec la chorale derrière, qui tremblaient de chanter devant les gens. Mais c’était magnifique. On entend chaque voix, avec sa vie derrière. Il y a quelque chose de très touchant chez les amateurs, parce que justement ils ne sont pas professionnels et sont donc hyper émus en chantant. Ne pas être dans la maitrise libère autre chose. Chaque personne a choisi sa chanson. Par exemple Emmanuel Commenges a choisi en fonction de la chorale d’enfants qu’il faisait travailler. Lors de la restitution à Ambarès, comme chacun avait chanté deux chansons, la soirée a été vécue comme quelque chose d’extraordinaire. Pour certains ça faisait très longtemps qu’ils n’avaient pas vécu une soirée pareille, avec une sortie tard, un catering. Une des personnes de la chorale des seniors que j’ai croisée deux semaines après avait gardé son bracelet de la soirée en souvenir. J’ai aussi croisé des gens d’une autre chorale dans le tramway qui sont venus me dire combien cette soirée-là a été un moment génial pour eux, car ils se sont tous retrouvés et mélangés pour chanter. Avec Cécile on a dû pas mal improviser, car on savait que tel groupe chantait telle chanson, et il fallait organiser un spectacle qui ne dure pas trop longtemps, avec des changements de plateau sur quasiment toutes les chansons. Mais il n’y avait quasiment pas eu de répétition pour les gens. Agnès Doherty a joué de la contrebasse sur tous les morceaux ; Emmanuel Commenges du saxophone ou de la clarinette. Et on s’est donc retrouvés à six ou sept musiciens à faire un orchestre pour des gens avec qui on n’avait jamais joué.  

 

– Avez-vous reçu de la part des personnes malades participants aux chorales des retours quant aux bienfaits émotionnels et psychologiques, peut-être à une certaine transcendance, que cette expérience leur a permis d’avoir, dans une optique de guérison?  

– Cécile : Pas directement. Mais ce qui est sûr, c’est que lors du concert à Ambarès, les participants sont restés jusqu’au bout et ont gardé les bracelets durant des jours. Pour eux ça a été vécu comme un moment très privilégié, de rencontres avec d’autres et en tant que chanteurs, et non plus en tant qu’handicapés ou malades. Certaines chansons ont une patte particulière, car elles ont été écrites dans ce cadre spécifique. Les chansons écrites avec des gens non atteints par des pathologies ou handicaps n’ont pas la même couleur. Elles sont plus réfléchies, pensées, construites. Au début les patients avaient peut-être du mal à prendre la parole, et puis comme nous déconnions beaucoup et qu’on ne censurait rien et acceptait tout, au bout d’un moment, des choses se sont libérées. Et puis certains patients qui avaient, de leur vie professionnelle d’avant, des compétences, des qualités, un savoir-faire, ont vu revenir ces choses, par exemple un rapport à l’écriture, des mots savants, des expressions magnifiques.

– Julie : Les prises d’enregistrement dépendaient de chaque chœur. Il fallait s’adapter à l’épreuve des prises de son ; lorsqu’on a enregistré la chorale avec  des patientes de l’hôpital Bergonié soignées pour des cancers du sein, j’ai dû stopper à un moment, car évidemment le professionnel n’était pas satisfait, car on n’a pas vraiment ce qu’il faut, mais les gens n’en pouvaient plus de fatigue. Alors on n’a pas vraiment eu de retour sur les bienfaits que leur a apporté la participation au disque. On n’a pas assez de recul pour cela, et je pense que certains n’ont pas encore réalisé. Ceux qui ont reçu l’album le trouvent très beau. Mais l’essentiel des retours a eu lieu chorale par chorale. C’est difficile de s’emparer de l’ensemble d’un projet quand on a chanté qu’une chanson sur trente. Il reste que ça a créé du lien entre les chorales et entre les gens forcément. Certains ont gagné dans leur estime, car ils disent être très fiers d’avoir réussi à participer à un tel projet, alors qu’ils en étaient angoissés parfois et ont mené un combat douloureux et épuisant.

 

– Cécile, tu mentionnes l’exemple de certains patients qui ont vu ressurgir des compétences de leur vie d’avant hospitalisation. Est-ce que cette aventure a pu être aussi pour d’autres l’occasion d’envisager une vie d’après, au sens où elle a pu éveiller une passion, ouvrir une perspective, faire prendre conscience d’un talent ou d’une sensibilité artistique avec lesquels se projeter dans l’avenir et qui les a valorisés?

– Cécile : Exactement. J’ai vu arriver un jour dans un atelier une institutrice avec qui j’avais travaillé deux ou trois ans auparavant. Elle avait fait un burn out. Et ça peut arriver à n’importe qui, à n’importe quel moment. Pour les adolescents l’expérience a été chouette aussi, car souvent ils s’ennuient dans l’unité ; les soignants n’ont pas forcément le temps de les occuper avec des choses passionnantes. Ils avaient une grande force de proposition pour l’écriture. On peut parler aussi des gens originaires de pays et de cultures étrangères, qui ont pu mettre des mots étrangers dans les chansons, et nous raconter un peu de leur culture. Dans l’unité mère-enfant, une soignante a souhaité écrire une petite comptine qui servirait au début d’atelier, et ils la rechantaient à chaque début d’atelier, un peu comme un rituel. Dans certaines unités où on a travaillé, c’était un des objectifs de permettre à leurs patients de trouver une ouverture pour des projets futurs. C’était des unités qui préparent les gens à la sortie et la reprise d’une vie normale active. On a eu des ateliers avec des musiciens, et pour le coup certains patients envisageaient d’apprendre ou reprendre un instrument de musique. Il y a eu aussi un atelier de danses africaines qui travaille depuis longtemps à Perrens ; on a donc pu échanger avec ses animateurs là-dessus ; un atelier de photographie aussi. Pour anecdote, un autre atelier avait proposé pour une boum aux patients de se choisir chacun une chanson qui passerait lors de l’évènement, et nous avons été scotchés par une dame qui d’ordinaire ne bougeait pas et nous a fait une chorégraphie de dingue, très précise, qu’elle avait du apprendre par cœur, sur une chanson de Mylène Farmer, qu’elle avait choisie : la chanson l’a subitement ramenée dans un temps d’avant, une vie d’avant où elle dansait. Et une fois la chanson finie, terminé : elle s’est rassise et il n’y avait plus personne. Faire chanter et danser les gens, c’est plus que du plaisir : ça relève du soin. Mais il faut que les soignants réinvestissent cela, déjà qu’ils aient le temps de venir, car souvent ils y sont favorables, mais manquent de temps et de disponibilité. Maintenant ce qui va faire vivre le disque, c’est qu’on puisse faire des restitutions et inviter les gens à se rendre compte de ce que ça peut être de faire chanter ensemble un même répertoire des gens qui ne se connaissent pas.        

 

– Un mot sur le « lexicabulaire » explicatif qui clôture le livre-disque de manière originale, humoristique et aussi en permettant de transmettre un peu de ce que vous avez vécu et la manière dont vous l’avez perçu?

– Cécile : Comme on a un regard sur la psychiatrie, on a toujours discuté de ce qu’on faisait ensemble, car parfois c’est assez dur et riche émotionnellement à vivre. Donc on débriefe un peu ensuite et on se dit beaucoup de choses sur la relation entre la chanson et le soin. On voulait aussi raconter à travers ce livre-disque ce que nous avions vécu humainement, ce que ça nous a fait. Et on a proposé à des gens intervenus en milieu hospitalier ou en marge d’écrire des choses. Donc il y a des textes aussi de comédiens qui racontent leur expérience. Et comme on voulait aussi que des sigles et des réalités de l’hôpital psychiatrique soient expliqués, on a fait ce « lexicabulaire » avec plein de petits articles dans lesquels on raconte et on explique des choses, parfois en disant des conneries. C’était une partie de création plus rigolote.

– Julie : On a mis un « lexicabulaire » rempli de conneries à la fin, pour la touche d’humour, auquel les gens ont participé. Ajoutons que beaucoup de partenaires ont aidé ce projet à voir le jour, et nous les en remercions. Monter des dossiers de subvention a été très difficile, dans la mesure où chaque organisme dédié ne peut subventionner que des projets entièrement consacrés à son propos. Et comme notre projet s’adresse à tous les publics, ça compliquait les choses ; mais l’IDAAC, ainsi que d’autres nous ont bien soutenus. Malheureusement maintenant les appels à projets impliquent de rentrer dans les clous, ce qui n’est pas du tout le cas de celui-ci. Ce ne serait que moi, je donnerais le livre-disque à tout le monde. Mais ce n’est pas mon disque ; beaucoup de gens y ont œuvré et ça a nécessité du travail et de l’investissement.

 

 

Miren Funke

crédits photos: M.Legrand Rolbac Funke
Pôle culture CH Charles Perrens/ DRAC/ IDDAC/ Fondation John Bost/ CNV/Bordeaux Métropole/Nouvelle Aquitaine

Liens :

Pour commander le livre –> Association Le Dire Autrement : https://ledireautrement.fr/

https://www.facebook.com/Association-Le-Dire-Autrement-MAATA-779811905707706/

Julie Lagarrigue : https://leveloquipleure.fr/

Cécile Delacherie : https://www.facebook.com/cecile.delacherie

 

 

Sortie du nouvel album de Julie Lagarrigue, « Amours Sorcières » : une planète de poésie

16 Fév

 

Le 21 février prochain, c’est le Rocher de Palmer à Cenon (33) qui accueillera le concert annonçant la sortie du nouvel album de Julie Lagarrigue (Julie et le Vélo qui Pleure), « Amours Sorcières ».

Le contenu n’en est plus vraiment secret, les chansons le composant ayant déjà depuis plusieurs mois promené leur âme au gré des scènes, dans l’étoffe d’arrangements sonores variant d’un concert à l’autre, et invité le public à laisser danser les émotions dans son cœur [lire ici]. On ne peut néanmoins qu’apprécier la qualité de l’enregistrement sonore, attendu impatiemment, qui fut réalisé par Patrick Lafrance et mastérisé par Alexis Bardinet au studio Globe Audio, et l’attention portée au sens du détail parsemé, qui, loin de disperser l’oreille pour la détourner de l’essentiel, verdoie avec délicatesse l’esthétique du champ musical d’où on écoute éclore les fleurs que l’imagination de Julie Lagarrigue a cultivées pour nous. Car, si, sous prétexte de thématiques variées, les chansons de l’artiste parlent avant tout de sentiments humains très intimes et d’amour (« Le vent du sud », « Doucement », « Le jardin manque d’eau »), d’introspection émotive (« Le beau de la forêt ») et de doutes psychiques entretenus par les rôles négatifs de nos propres consciences (« Qu’est-ce qui m’arrive ? »), la nature y est omniprésente et s’y exprime par des sons de la végétation et l’évocation des arbres (« Le jardin de la sorcière »). A en croire que l’amitié qui lie Julie Lagarrigue aux artistes Agnès et Joseph Doherty, et surtout leur immense passion pour le sujet, qui a enfanté leur spectacle « Au cœur de l’arbre », en tournée dans la France entière [ici], a débordé de leur œuvre pour s’immiscer dans l’univers de ce disque. Comment un spectacle qui change le regard d’inconnus ne pourrait-il pas atteindre celui des proches?

Avec le titre « Le vent du sud » qui ouvre l’album sur une couleur dépaysante aux accents cajuns, l’orientalité amenée par le jeu du oudiste Ziad ben Youssef, d’abord parcimonieusement dès le second morceau, pour revenir avec plus d’intensité sur d’autres titres (« Le jardin manque d’eau »), les références à la musique Charleston sautillant de notes en notes sur les cordes du banjo d’Anthony Martin  et s’écriant dans les chœurs aux engouements gospeliens et chamaniques (« Les bottes »), la déstabilisante percée de l’étrange angoissant, propre à terroriser s’il n’était pas empreint d’humour (« Qu’est-ce qui m’arrive ? ») et la légèreté chaloupée aux faux-airs de « Poil dans la main » de Jacques Higelin (« La vie les bonbons »), la Chanson Française de Julie Lagarrigue  s’amplifie d’horizons d’inspirations très éloignés, se décontracte, s’approfondit, puis se ravive tour à tour. Et il suffit de n’attendre que la quatrième plage pour entendre, comme ce fut souvent le cas lors des concerts de l’artiste, le spectre vocal de Barbara venir roder dans la douceur et l’élégance de son timbre et veiller d’une lumière familière sur l’interprétation de la chanson « Dis le moi ». Si des émotions profondes, parfois tristes, mais toujours belles, envahissent l’espace d’une composition, l’humour espiègle sait surgir de la chanson qu’on imagine autobiographique « Mon mec est un scientifique », et on y mesure combien un regard littéraire et artistique doit être créateur pour voir la poésie du scientifique. Et comme un rappel du gout que l’artiste nourri pour la différence, qui lui fit au cours des derniers mois habiller ses compositions sur scène avec des arrangements et des instrumentalisations changeants, on retrouve sur l’album deux versions de la chanson « Le beau de la forêt » qui lui dessinent un feuillage et en esquissent un visage différent. Mais plutôt que de penser que Julie Lagarrigue n’a pu choisir entre les deux versions, l’ouïe attentive comprendra les raisons évidentes pour lesquelles elle a choisi les deux.

Seul bémol, on regrettera cependant… Non, je plaisante! On ne regrettera rien, rien de rien, et surtout pas d’avoir glissé nos pas dans l’univers de cette artiste qui sait planter du cœur en quelques notes, avec des mots et de la grâce, pour offrir un nouvel album qui sera une petite planète de poésie.

 

Miren Funke

photos : Miren

 

Le vélo qui pleure  –> c’est   ici

 

Tournée de présentation d’Amours Sorcières, quatrième album de Julie Lagarrigue (Julie et le Vélo qui pleure) : entretien avec l’artiste

26 Oct

C’est par une tournée de concerts, au cours desquels ses nouvelles chansons viendront à la rencontre du public dès la fin octobre, que Julie Lagarrigue (Julie et le Vélo qui Pleure, voir ICI et  ICI) annonce d’ores et déjà la création d’un nouveau répertoire, dont l’enregistrement s’exécutera dans quelques mois. Quatrième album de l’artiste, « Amours Sorcières », qui sera disponible début 2019, a donc décidé de se dévoiler au préalable sur scène, d’y promener sa poésie, d’y confier son intimité, d’y faire danser ses lueurs, et d’y esquisser les sens rêveurs qui fourmillent toujours dans l’âme de l’auteure-interprète, dont le goût pour la recherche du différent et le talent pour exprimer autrement nous inclinent à osciller d’émotions familières en sentiments étrangers, au jour d’un regard original, tendre et clair-sentient, parfois inattendu et insolite. A l’orée de ce nouveau voyage auquel Julie Lagarrigue nous invite, et pour lequel un appel aux contributions du public -avec possibilité de pré-commande de l’album- a été lancé (lien en bas d’article), Julie Lagarrigue acceptait de nous accorder un moment.

– Julie bonjour et merci de nous accorder quelques instants pour parler de ce nouvel album « Amours Sorcières » en création et pour lequel un appel au financement public a été lancé. Des dates de concerts sont déjà fixées pour les 4 prochains mois, préalablement à l’enregistrement du disque. Cette tournée va-t-elle consister à permettre aux chansons d’exister et d’évoluer peut-être ou de se métamorphoser ?

– Effectivement au préalable, on part en tournée avec « Les P’tites scènes » de l’IDDAC, et quelques autres dates, une vingtaine en tout. J’ai choisi de garder la même équipe de musiciens que ceux qui ont joué sur l’album « Fragiles, Debout » : Ziad Ben Youssef au oud et Anthony Martin à la guitare. En revanche je ne jouerai pas d’accordéon sur ce nouveau répertoire. J’ai acquis un très beau tambour de la Réunion, et puis en cherchant les arrangements des nouvelles chansons, nous avons travaillé avec. Il fallait un tambour avec lequel tout le monde puisse jouer, donc un instrument de taille raisonnable, et dont on puisse jouer à la main, à la baguette, sans cerclage. Quand à l’évolution des titres, on a une belle marge d’évolution devant nous. Il y a déjà une chanson « Le beau de la forêt », pour laquelle Anthony a créé un arrangement très beau avec une guitare portugaise à cordes doublées -moi jouant du tambour et Ziad du oud-. Peut-être la jouerais-je au piano en rappel ? Honnêtement ce qui me passionne le plus, c’est la période de recherche et de création, plus que le résultat. La résultat sera forcément différent chaque soir de toutes façons. On ne sait pas vraiment où cela va mener les chansons. Mais comme dans ce milieu, on nous demande toujours de tout prévoir trois ans à l’avance, j’ai décidé de faire de la résistance, et d’y vivre au jour le jour. De même j’ai préféré un appel aux dons, via la site « helloasso » plutôt qu’une souscription classique. Bien sur il y a des contre-parties et c’est une forme de précommande de l’album.

– Souhaites-tu que tes musiciens expriment leur polyvalence sur ce nouveau répertoire ?

– Ziad et Anthony jouent des percussions. Mais Anthony joue plein de guitares quand même; on n’a pas le cavaquinho pour l’instant sur ce répertoire. Mais tout va peut-être changer, puisqu’on rentre une semaine en résidence et on ne sait pas trop ce qui va en sortir. Pour ma part je vais jouer essentiellement du piano et du tambour.

– Tu évoquais récemment des thématiques plus intimes que sur les précédents albums au sujet de ces nouvelles chansons. Qu’en est-il ?

– Est-ce que j’ai tenu ma promesse ? Je ne sais pas si c’est intime. « Le jardin manque d’eau » est à mon sens une des plus belles chansons qui parle de la terre, mais aussi, comme les autres chansons, des relations hommes-femmes. Je souhaitais mettre les femmes à l’honneur : la femme-amante, la femme-aimante, la femme-mère etc. 

– Et ces femmes, sont-elles toi ou des femmes que tu as croisées et qui ont pu t’inspirer ?

– Il y a des chansons où je parle de moi, mais du moi qui ressemble aux autres; et d’autres où je parle de femmes, d’une femme en particulier, que j’ai rencontrée. La chanson « Si tu la voyais » raconte une femme qui, à la cinquantaine, change de vie et reconstruit. Mais de toutes façons, lorsque j’écris, qu’il s’agisse de moi ou d’autres personnages, je m’exprime toujours à la première personne. « Mon mec est un scientifique » relate l’histoire d’un couple moderne. « Doucement je me décristallise » est une chanson que j’aime beaucoup, et dont cependant je ne sais pas trop ce qu’elle va donner. Je souhaitais y parler du moment où on revit, où après avoir passé une période, qui peut être n’importe quoi, de maladie, de parenthèse, de repli ou de transformation -dans mon cas je me sentais invisible-, on revient à la vie. La chanson « Le beau de la foret » décrit l’aventure d’un homme, toujours à la première personne -j’aime bien me mettre dans la peau d’un mec- qui quand il était jeune avait reçu pendant très longtemps des lettres d’une fille auxquelles il n’a jamais pu répondre, par timidité, et se rend compte vingt ans plus tard qu’en fait il l’aimait. Cette chanson aborde le thème de l’inhibition, de l’introversion qui parfois tétanise. « Amour Sorcières » est un titre court qui a donné son nom au spectacle et probablement à l’album, et qui parle d’aller faire un tour sur la terre

 Voir si les hommes
encore s’étonnent
de voir des coquelicots pousser
au bord des chemins goudronnés .

Il faudrait qu’on arrive quand même à profiter et s’enjouer de ce qui est beau et positif. C’est un spectacle plutôt lumineux en fait.

– En quoi d’autre va-t-il différer des précédents ?

– Normalement je devrais moins parler que sur les précédents spectacles. C’est Cécile Delacherie qui vient jouer le rôle de regard extérieur [voir ICI]  : elle m’aide à ce que ce soit globalement construit, que l’ordre des chansons ait du sens; elle me/ nous fait travailler et nous aide à garder une certaine rigueur dans le travail. Patrick Lafrance s’occupera du son et de la lumière. Le vélo n’est plus là. Mais il y aura de belles surprises. Pour le moment les principales dates annoncées sont en Gironde et dans des départements limitrophes (Landes, Tarn, Dordogne, Creuse), mais nous espérons voyager un peu plus loin avec cette tournée, et pouvoir participer aux festivals de Chanson.

– L’affiche de la tournée te présente en robe rouge au milieu d’un champ de fougères. Lagarrigue dans les fougères, un joli clin d’œil ?

– J’adore le symbole des fougères ; on dit qu’elles ont l’ADN le plus vieux existant sur la terre. Ce sont des espèces de vie pionnières. Et il y a un lien avec les sorcières. Pour moi les sorcières sont des femmes soignantes, qui sont en fait juste des femmes qui suivent leur intuition, qui connaissent les plantes, qui accompagnent l’autre. Je ne pourrais jamais retirer ça de moi : il y a cette part de moi qui est dans le soin, de par mon activité d’art-thérapeute.

Miren Funke

photos : Mathieu Ferguson

  • Dates de concerts : clic sur le vélo  —–>

 

  • Lien de souscription, clic sur la bourse

 

Julie et le Vélo qui Pleure : rencontre avec une artiste aux multiples identités

28 Jan

Julie et velo qui pleure

 

Auteur de deux premiers albums, « Que nos yeux soient lavés » (2008) et « La reine désastres » (2011) auréolés d’une reconnaissance croissante au grès des scènes et des tremplins, Julie Et Le Vélo Qui Pleure s’était accordé quelques temps de pause, le temps à consacrer aux vies privées des uns et des autres, le temps d’investir d’autres engagements professionnels, le temps de s’engouffrer dans d’autres projets artistiques. Temps durant lequel Julie Lagarrigue, art-thérapeute de métier et chanteuse de la formation, a continué d’exercer son travail tout en collaborant à des pièces de théâtre avec l’Atelier de Mécanique Générale Contemporaine pour finir par en écrire une elle-même en 2014, « J’ai rencontré des étrangers ». Mais le groupe n’est pas descendu de selle pour autant : c’est entourée de trois nouveaux musiciens que Julie, dont la voix et l’interprétation convoquent à nos oreilles le fantôme chaleureux de Barbara, reprend la route et s’attèle à de nouvelles compositions. Cette artiste singulière, dont les différentes identités professionnelles fournissent la matière du travail artistique acceptait de nous recevoir il y a quelques jours.

 

– Julie, bonjour et merci de nous recevoir. Tu t’accompagnes souvent au piano, mais on a pu te voir jouer bien d’autres instruments. Comment as-tu rencontré la musique ?

Mon père jouait du piano, et j’ai appris le piano classique dans ma jeunesse, car c’était pour moi un bon moyen de passer du temps avec lui. La révélation m’est venue d’un de mes profs de piano, Rémi Brel , qui s’agaçait parfois de mon manque d’application. Un jour il s’est énervé, car je ne jouais pas une basse comme il le fallait dans « Dr Gradus ad parnassum » de Debussy. Il m’a dit « putain, mais cette basse, c’est les ténèbres ! ». Il arrivait à parler de la musique comme d’un tableau. Et je dois dire que ce jour là a été une révélation !

Après mes 20 ans et mon parcours aux Beaux Arts, j’ai découvert qu’on pouvait jouer en groupe. J’ai alors commencé à jouer avec un groupe de copines qu’on a appelé « Lépicerie ». Nous étions 4 filles, et nous jouions notre spectacle dans la rue, avec un esprit décalé et un peu déjanté. Ça a été un apprentissage très formateur. Je suis alors passée à la guitare, que j’utilise toujours beaucoup, car c’est un instrument plus simple scéniquement et qui facilite la communication avec le public : on la tient dans ses bras ; on peut chanter et s’exprimer en regardant le public de face, alors que le piano créé un mur. Il m’est arrivé de jouer sur un piano droit ouvert, qui m’empêchait de voir les musiciens avec qui je jouais et aussi le public, comme récemment à Cébazat (63). Je me suis également essayée à la clarinette, à l’accordéon : j’ai toujours aimé jouer de tout, plus que du piano, et surtout toucher les instruments. Comme je ne sais pas jouer précisément des autres instruments, je n’ai pas les complexes des professionnels qui se doivent de ne pas commettre de faute. Quant à l’accordéon, j’y suis venue pour une pièce de théâtre. En tant que musicienne pour l’Atelier de Mécanique Générale Contemporaine [http://www.atelier-de-mecanique-generale-contemporaine.com/newsite/index.php], j’ai participé à pas mal de spectacles depuis des années, dont une pièce qui s’appelait « Les cafés du désordre ». J’y tenais le rôle d’une fille, qui sympathise avec des Roms et décide de quitter sa vie guindée pour partir avec eux jouer de l’accordéon. On m’a commandé des chansons pour la pièce, dont « L’exil » (voir clip) pour laquelle j’ai appris à jouer de cet instrument, au départ sur un accordéon chromatique pour enfant, avant de m’acheter un accordéon à clavier. Je n’avais que trois semaines pour travailler la commande et apprendre à jouer ; c’est dire si ça s’est fait à une cadence infernale. Évidemment je n’en joue pas très professionnellement, mais je m’en sers pour m’accompagner et donner une couleur à la musique de mon répertoire.

julie et le velo

– Tes compositions sont pourtant élaborées. Les crées-tu seule ou t’arrive-t-il de faire appel à des compositeurs ?

En fait je compose souvent des chansons qui sont largement au dessus de mon niveau musical ; mais j’ai la chance d’être accompagnée par des musiciens de talent et qui me connaissent bien. D’après la mélodie et l’accompagnement souvent basique que j’imagine, les lignes directrices dont je leur fais part quant à ce que je veux exprimer, et l’ambiance que je souhaite apporter, ils améliorent et arrangent la composition. En un sens, heureusement que j’ai mes idées bien avancées quant à la direction dans laquelle je souhaite conduire mes compositions, car c’est toujours un peu compliqué de se réunir pour répéter sur du long terme ; Ziad joue un peu partout en Belgique, en Tunisie, au Koweit en ce moment, et Ceïba est également très prise par son projet. Donc si je ne savais pas exactement où je vais, on perdrait un temps fou. Ce sont des musiciens avec qui j’ai des affinités musicales bien sûr, mais humaines aussi, et qui comprennent mes envies.

ziad et julie– Comment les as-tu rencontrés?

J’ai rencontré le guitariste Anthony Martin, lors de l’écriture de la pièce « J’ai rencontré des étrangers », alors que je cherchais un sonorisateur. C’est une personne très discrète, qui n’aime pas se mettre en avant. Et pour ma pièce, j’avais besoin d’un sonorisateur calme, et non d’un technicien qui voudrait imposer ses idées, car la pièce devait être jouée dans des milieux médicalisés. Il me fallait quelqu’un disposé à aller dans ces endroits. Il à découvert mon univers théâtral d’abord puis musical ; j’ai tout fait pour le convaincre de monter un duo ensemble pour revisiter le répertoire du Vélo. Pendant ce temps, le groupe avait été un peu mis de côté. Puis Ziad Benyoussef, joueur de oud nous a rejoints ; c’était pour lui une nouvelle expérience que de jouer de la chanson française, car il est formé aux musiques orientales. Enfin Ceïba, percussionniste, est arrivée dans le groupe, pour partir complètement à la découverte d’un nouvel instrument, avec ce vélo que nous avons conçu et modifié pour qu’il devienne un set de batterie/percussions. J’ai très envie d’apprendre et d’échanger avec ces musiciens, qui ont tous une pratique particulière et un univers propre : la percussionniste a une formation des rythmes africains ; le joueur de oud pratique les musiques orientales avec les quarts de ton ; et le guitariste est formé à la musique brésilienne, au Chorro et au Forro. C’est quelqu’un de très précis. Il y a aussi deux techniciens talentueux qui nous accompagnent : Yvan Labasse à la lumière et Luc Uyttersprot au son.

ceiba et anthony

– C’est une formation instrumentale originale, peu commune dans la chanson. D’où vient l’idée de ce groupe et quel sens donnes-tu à sa singularité ?

J’ai enregistré une maquette en 2005. J’avais perdu mon frère en 2004, et je m’étais enfermée pour enregistrer des chansons. On a monté un groupe avec des musiciens pour enregistrer cette maquette qui s’appelait « Le vélo qui pleure ou le nez dans le guidon », et sur laquelle il y avait une chanson, « Ni oui ni non » qui parle d’une balade à vélo. Je partais souvent en vélo la nuit à Bordeaux pour me balader, et je chantais à tue tête sur mon vélo. Pour moi, le vélo, c’est la liberté. Le titre de la maquette est devenu le nom du groupe. Mais à l’époque, il n’y avait pas encore de vélo dans la formation. Ce n’est qu’en discutant plus tard avec une amie percussionniste -Ceïba donc- à qui j’ai soumis l’idée qui me trottait en tête de demander à un batteur de jouer sur un vélo qui lui servirait de support et d’instrument que le concept a pris forme : elle m’a recontactée, car elle avait envie d’essayer cette expérience.

Je suis animée par l’envie de rechercher d’autres sonorités, plus originales. Nous abordons des sujets assez graves, comme l’autisme et d’autres pathologies, et je voulais des sons différents, qui soient en accord avec le texte et parlent à d’autres sensibilités. Le travail du son représente des tonnes de détails dont les gens ne se rendent pas forcément compte, mais qui créent toute la richesse du résultat. Malheureusement on peut passer des heures de travail sur la prise et le traitement du son, et au final le résultat sera écouté en MP3. C’est un équilibre dur à trouver, et un réel parti pris, dans la vie actuelle, de vouloir continuer à faire du beau travail et de la qualité.

  photo3– Les sujets traités, justement, ont, pour bonne part, rapport avec la maladie, souvent mentale, qui est un univers que tu connais bien, d’un point de vue professionnel. En quoi est-ce important pour toi de les aborder par ailleurs d’un point de vue artistique ?

En effet, de par ma profession d’art-thérapeute, j’ai été amenée à travailler avec des malades de toutes sortes : polyhandicapés, autistes, trisomiques, personnes dans le coma, etc… Ma thématique privilégiée a longtemps été ce que je vivais dans mon quotidien, donc mon travail, donc la maladie, la mort, et les sujets liés au milieu médical.

J’ai beaucoup appris auprès des autistes, car ils entendent des choses que l’oreille commune n’entend pas, ou auxquelles elle ne prête aucune attention. Par exemple, certains entendent des sons très lointains, aussi petits soient-ils, et ne peuvent pas travailler, car cela interfère dans leur concentration. Au fil de mon travail, j’ai compris qu’ils étaient dérangés, parce qu’ils entendent des sons que nous ignorons (ou auxquels nous ne faisons pas attention). Avec eux, j’ai exercé mon ouïe et commencé à entendre moi aussi certain de ces sons ; j’ai aiguisé mon oreille. Cette formation m’a permis de comprendre que la plupart des malades (en psychiatrie) souffrent de troubles sensoriels, (le traitement des informations par le cerveau est super complexe ! L’organisation, le tri, le classement…).

C’est pourquoi j’ai très envie de travailler sur le concept d’ordre. C’est bien par notre système sensoriel que nous appréhendons le monde environnant. (Et par notre super usine « cerveau » qui traite ces informations!)
La musique est une organisation de sons, de bruits, qui pourraient nous parvenir de façon désordonnée, mais s’organisent pour créer quelque chose, une harmonie. Et le spectacle qu’on va monter, dans sa forme idéale, cherchera à exprimer cela à travers l’œil de l’éclairagiste et l’oreille du sonorisateur, de manière à ce que les spectateurs puissent entendre et voir la musique à travers les lunettes des techniciens. Par exemple au lieu de nous éclairer tous ensemble, je voudrais qu’il fasse des gros plans et des focus sur de tout petits détails, un bout de doigt sur une corde par exemple, pour ensuite élargir l’angle de vue, afin qu’on se rende compte combien le point de vue est important, ou plutôt à quel point on pourrait jouer avec. Pour exemple, je suis partie de l’idée d’un personnage évoquant un clochard qui ouvre une bouteille de vin, en me disant qu’on pourrait d’abord entendre juste le bruit du bouchon qui tombe par terre, voir un geste, puis ouïr la respiration et le rythme du corps, comme la naissance de l’organisation d’une musique.

Cependant pour ce qui est de mes prestations en milieux hospitalier, on fait surtout appel à moi en tant qu’intervenante artistique. Et c’est pour moi beaucoup d’émotion, quand on arrive à faire monter sur scène des gens qui n’auraient jamais pu penser s’y retrouver un jour. Mais il y a une grande différence entre l’art-thérapeute et l’artiste : le premier fait partie de l’équipe paramédicale, il travaille sur indication et a des objectifs thérapeutiques, alors que le second a des interventions plus éphémères et ponctuelles et ne travaille pas forcément avec les malades. Les expériences artistiques ont bien sur et souvent des conséquences thérapeutiques ; mais l’idée à la base n’est pas de faire de la thérapie. Il s’agit plus d’initier les malades à une approche de l’art, à des expériences aussi, via des ateliers d’écriture ou des essais musicaux. En outre les artistes sont subventionnés par un budget consacré à la culture dans l’hôpital, alors que les art-thérapeutes sont financés par le domaine de la santé. L’artiste n’est pas un animateur d’atelier d’expression. Il pourrait juste venir exprimer quelque chose, livrer une vision, mais sans être astreint à travailler avec les malades.

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« J’ai rencontré des étrangers » n’est pas un spectacle événementiel ou divertissant ; il pose des questions autant aux soignants qu’aux soignés. Dans mes chansons sur ce thème, je veux donner une vision large, en ne parlant ni uniquement du point de vue des médecins, ni de celui des malades. Il faut gommer ce mur et cette hiérarchie, car après tout, cela peut arriver à n’importe qui de faire une dépression et se retrouver de l’autre côté.

 

– On te compare souvent à Barbara ou Juliette. L’ambiance de certaines de tes chansons m’évoque aussi l’écriture et l’interprétation de Belle du Berry (Paris Combo). Quels artistes t’influencent vraiment ?

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Bercée à la musique classique que j’ai toujours entendue à la maison, je n’ai découvert la chanson et la variété que plus tard. On m’a souvent cité Barbara en comparaison, et au début je pensais que les gens me parlaient d’elle à cause des vêtements noirs et du piano, et parce qu’elle a un système respiratoire très « en urgence » surtout à ses débuts. J’ai peut-être pris pas mal d’influence d’elle inconsciemment. Il y a aussi chez elle une grande mélancolie et de l’espoir. Quant à Juliette, je l’ai rencontrée à l’occasion d’un master class. Même si je ne connais pas bien son travail, le jour où je l’ai entendue chanter une chanson d’Edith Piaf, j’ai compris ce qu’il y a d’extraordinaire chez elle: c’est une interprète hors pair. J’adore Brel, Barbara, Moustaki aussi, donc les comparaisons me font plutôt plaisir. J’adore également la musique du monde, du Cap Vert, le Maloya de la Réunion, Souad Massi. Ce sont des musiques mélancoliques et en même temps très rythmées. C’est sans doute pour cela qu’il y a pas mal de rythmes et de mélanges d’influences dans ma musique. D’un autre côté j’apprécie la chanson à texte, qui signifie vraiment quelque chose. C’est toujours décevant d’écouter une musique superbe et de découvrir un texte médiocre posé dessus. J’aime beaucoup Bertrand Belin, Emily Loizeau, Nicolas Jules, et leur manière d’incarner ce qu’ils sont en train de dire. Nicolas Jules a bouleversé ma vie ; chaque fois que je sors d’un de ses concerts, je mets un temps fou à m’en remettre. Pour moi, c’est un grand artiste, car il est hyper cohérent dans tout ce qu’il fait, et j’adore ce qu’il prône de ce qu’est être un artiste aujourd’hui. Il repousse sans cesse les frontières et les limites de là où il ne faudrait pas aller, mais sans jamais les enfreindre. En plus il est très drôle. C’est Joe Doherty qui m’a l’a fait découvrir, ainsi que Bertrand Belin. Agnès Doherty a été la contrebassiste de mon groupe pendant un moment ; elle figure d’ailleurs sur un enregistrement démo de 6 titres. Et Joe est venu jouer sur notre dernier album « La reine des désastres ».

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– Tes textes sont souvent à la première personne ; pourtant ils ne parlent pas que de toi, loin de là. Pourquoi ?

Exact. J’écris souvent à la première personne, même si ce n’est pas pour parler de moi. Par exemple, j’ai une chanson sur les travaux qui ont lieux dans le quartier St Michel à Bordeaux, qui est exprimée à la première personne, mais ce narrateur est un arbre qui voit les hommes s’agiter autour de lui, refaire les rues et les pavés.

Quand on écrit une chanson et qu’on la chante aux autres, on a envie d’être entendu et compris, de faire passer une idée, une émotion, même si au final, on sait que la part d’interprétation et de fantasme de l’auditeur est grande, et tant mieux. A ce propos, Le Larron est intervenu lors de rencontres à Astaffort et d’ateliers sur l’écriture des chansons, et ses écrits me servent beaucoup. Il faut avouer que le cynisme de son univers n’est pas vraiment mon royaume ; mais qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, on ne sort jamais indemne de ses concerts. C’est un des rares artistes que j’ai rencontrés pour qui le thème et l’objectif d’une chanson sont très clairs. Il est très fort pour trouver les phrases d’accroche, dérouler l’évolution des textes sans perdre de vue l’objectif de ses chansons. Il est très appliqué et exigeant là-dessus.

– As-tu, comme certains artistes, l’obsession d’exprimer par la musique le même propos que par le texte ?

– Non, pas du tout. Le titre « Intuition » sur mon premier album parle de l’enterrement d’un enfant, alors que c’est un titre très dansant, qu’on joue souvent en rappel, accompagné par le public qui frappe des mains. J’ai souvent mis des musiques dansantes sur des thèmes plutôt tristes, parce que je pense qu’il y a toujours de l’espoir. On vit dans une culture de l’empathie triste, et j’ai très envie d’en sortir. J’ai beaucoup souffert du fait qu’après le décès de mon frère, dont parle la chanson « La lune », les gens qui me croisaient prenaient un air triste et mal à l’aise. Quand on vit un drame pareil, on n’a pas envie de ça. On a envie de se dire que la vie continue, même si c’est dur, et que la mort fait partie de la vie. Je pense que les parents de personnes handicapées subissent le même regard compatissant, voire apitoyant parfois. C’est pour cela que je parle de l’autisme aussi avec une composition enjouée. Ce que la chanson signifie est : on est chacun dans notre monde, on ne se comprend pas, mais de quel droit puis-je prétendre montrer à l’autre le bon chemin ? C’est un peu ce que font les méthodes comportementales actuelles, tentant d’inculquer aux malades comment se tenir en société, comment traverser une rue, et d’autres règles basiques de bienséance. C’est un peu du dressage ; bien sûr grâce à cela les malades parviennent à s’intégrer un peu, mais il y a quelque chose là qui relève du principe que nous sommes bien éduqués parce qu’on mange avec une fourchette, et donc qu’on doit apprendre cela à tout le monde.

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Tu donnes l’impression de fonctionner de manière assez autonome, en gérant aussi la dimension logistique et matérielle du métier. Cela est-il dû à une volonté de tout maitriser ou est-ce une nécessité de survie ?

Non, le fait de maitriser toutes ces choses n’a pas été la conséquence d’une volonté personnelle au départ. C’est une sacrée galère que d’être signé sur un label, et trouver une maison de disque. J’ai connu une première boite de production au début, mais qui faisait plutôt de la variété, et ne me trouvait pas de dates de spectacle, car je ne suis pas exactement sur cette scène là, puis ai été distribuée sur V-Music. Mais au final, je me suis toujours retrouvée en autoproduction. J’ai finalement embauché une personne via mon association en tant que chargée de production. Et puis comme on apprend à se débrouiller en faisant soi même, je me suis familiarisée avec ces fonctionnements. Mais si je pouvais, je me déchargerais de ces tâches pour me consacrer à la musique. Donc c’est par la force des choses qu’on a été conduits à l’autoproduction ; d’un autre côté ça nous permet d’éviter tous les circuits intermédiaires. Intégrer l’industrie du disque présente le danger qu’on peut devenir un autre produit assez vite.

Il nous arrive de jouer sur de grosses scènes ou aussi faire des concerts à domicile, chez des particuliers. J’ai un ami producteur de vins bio, qui écoule son produit par son réseau personnel et non par les voies de distribution classique du commerce. C’est une démarche alternative qui correspond à la mienne, et nous avons donc entrepris ensemble des concerts chez l’habitant avec dégustation de vins, parce qu’après tout nous avons le même public, c’est-à-dire des gens qui aiment l’art, la qualité et les bonnes choses. Nous avons organisé ce genre de soirée jusqu’à Rennes.

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– Sur scène, tu sembles avoir une forte personnalité avec beaucoup d’assurance. D’où cela vient-il ?

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– Je peux paraitre avoir beaucoup d’aplomb en effet. Mais en réalité, j’ai un trac énorme. Ce qui donne l’impression que j’ai de l’aplomb, c’est que d’une part je subis un trac particulier qui me fait somnoler et me donne un air nonchalant et détendu, et d’autre part dès que le trac m’envahie, je le confie au public, et je joue avec les galères. Les gens aiment bien cela, car ça créé une complicité avec eux. Pour l’anecdote, au Mans Cité Chanson en 2009, je chantais seule la première chanson avant l’arrivée des musiciens en salle, qui devaient monter sur le plateau pour la seconde chanson. Outre le jury, il y avait dans la salle près de 900 personnes. J’étais habillée très BCBG, avec une petite jupe et des collant. Mes collants ont grillé, et d’un coup ça donnait un aspect grunge qui ne collait plus avec mon personnage. J’ai expliqué la mésaventure au public et suis retournée au piano, dont la pédale glissait pendant le morceau, de sorte que j’ai du m’arrêter en plein milieu de ma chanson pour aller chercher ma pédale à quatre pattes sous le piano. A ce moment là, j’ai pensé que c’était tellement lamentable, que c’était foutu pour nous. Et à ma grande surprise, on est passés en finale ! Je crois que quelque part, les gens ont pensé que tout cela était prévu pour faire du comique et que ça leur a plu. C’est pour cette raison que je semble avoir de l’aplomb, et un côté clown. Le travail du clown, c’est d’être présent et de confier ce qui se passe, en en jouant. Et pour ce faire il faut être à l’aise avec ses musiciens et son équipe. Mais mon trac existe bel et bien ! Ceci dit j’essaye de me raisonner en me disant que je ne fais que ce que je peux faire à ce jour.

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– Peux-tu nous parler de tes projets immédiats ?

– L’exil sera probablement le fil conducteur de mes prochaines compositions. Pour le prochain album, j’ai créé des chansons et repris aussi quelques unes des chansons que j’avais composées pour la pièce, que j’ai remises en situation. Comme j’ai un public assez fidèle, il peut comprendre le sens des mêmes chansons autrement ; ça m’a permis de me rendre compte de l’écart entre ce que je chante et j’ai voulu dire et ce qu’en comprennent les gens sans explication préalable. C’est aussi pour cela que j’ai envie d’être bien plus claire dans l’écriture. Pour l’instant on a juste enregistré des répétitions en live, mais ça sonne déjà bien. C’est très différent de l’enregistrement multipiste, que j’adore par ailleurs, parce qu’on peut travailler les chœurs et faire des traitements de son. Mais dans le live, il y a une part d’improvisation et une énergie très excitantes. Je suis assez fière de ce que nous avons enregistré en maquette les dernier temps, car ça me ressemble vraiment.

Jusqu’à maintenant, on a travaillé de manière assez classique, en faisant deux albums enregistrés avant de partir en tournée, parfois en connaissant à peine l’équipe pour se rendre compte qu’au grès des dates, on se connait de mieux en mieux et que les morceaux évoluent et prennent plus de corps. Je voudrais désormais essayer un autre fonctionnement, en travaillant les morceaux, les faisant vivre en tournée, pour les enregistrer après.

Puisse mon travail artistique contribuer … à la communication, à la solidarité, au réconfort, à un petit pas vers une avancée positive. Que l’auditeur se serve, c’est gratuit.
Lui redonner du sens.
La musique n’est pas qu’un moyen de divertissement, elle a une valeur et un sens bien plus grand ! A entendre les compressions et les radios « à la mode », on l’oublie, on l’écrase, on lui marche dessus !
Depuis que l’homme existe, elle est variable, différente, utile, voir indispensable dans chaque culture et société.Et puis le musicien, il a un rôle non ? Ouahou, là on ouvre sur autre chose… C’était le mot de la fin. Merci pour tout !

Prochaines dates de concert : le 19 février au Baryton à Lanton (33), le 08 avril au Splendid àLangoiran (33), plus de dates à retrouver sur le site.

 

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Miren Funke

Liens : Site : http://leveloquipleure.fr/

Facebook : https://www.facebook.com/leveloquipleure/?fref=ts

Soundcloud : https://soundcloud.com/leveloquipleure/sets/voyage-en-chanson-2016-r-p

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