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La culture? Ah oui….

1 Juin

Puisqu’il est question de votation prochaine pour refaire la chambre de nos chers élus, ceux qui sont, disent-ils, près du peuple, et de ses soucis quotidiens, il est peut-être opportun de leur rappeler quelques points de détails en ce qui concerne la culture… On n’ira pas jusqu’à leur demander de

Mettre un bicorne à la romance

Et la mener à l’Institut

Avec des orgues et que ça danse

La poésie est dans la rue !*

mais de répondre à quelques bonnes questions, et, rêvons un peu, d’apporter de bonnes réponses.

Quand on proposa à Winston Churchill de couper dans le budget de la culture pour aider l’effort de guerre, il répondit tout simplement :

« Mais alors, pourquoi nous battons-nous ? »

Nous ne sommes pas vraiment en guerre, ou sous des formes différentes de celles qui ont ravagé l’Europe, mais si nous demande pourquoi se battre, il y a de quoi faire..

Tout ce qui dégrade la culture raccourcit les chemins qui mènent à la servitude. Albert Camus

Je relaie donc volontiers cette réflexion de Raoul Bellaïche, qui donnera du grain à moudre dans les soirées de propagande électorale, en attendant les lendemains qui chantent… Quoi ? On sait pas encore, mais entre Le temps des cerises, et La Carmagnole, le choix est vaste. A vos diapasons pour que ça sonne juste et fort.

(N Gabriel)

Ceux qu’indigne le silence assourdissant des candidats à la présidentielle sur la « culture » croient la défendre en invoquant son « poids économique » et/ou le « lien social » qu’elle crée, la réduisant à un moyen, ne se rendant pas compte que c’est cette réduction même qui est la cause de son déclin.

Si c’était son « utilité » qui justifiait son existence et sa protection, la « culture » aurait disparu avec les dinosaures. L’ordre de l’utilité est celui des moyens, et l’ordre de la culture celui des fins, qui apparaît avec l’homme, lequel, à la différence de l’animal, ne se contente pas d’exister passivement mais entend donner un sens, une direction, à sa vie, autrement dit devenir. La culture est la nourriture de l’esprit, de sa quête de sens, de son dynamisme créateur, l’aliment de la créativité, qui a décliné, comme par hasard, avec elle.

La culture a cessé de nous intéresser en même temps que l’avenir : son déclin est parallèle à celui de l’espérance, de la prospective, de l’imagination, de l’audace, du courage ; elle décline depuis que nous craignons l’avenir au lieu de l’aimer, que nous l’attendons au lieu de le faire.

La culture redeviendra notre préoccupation principale quand nous sortirons de notre torpeur, de cette résignation suicidaire dans laquelle nous a plongés le matérialisme, qui, réduisant la vie aux moyens d’existence, a fait de l’économie et de la technologie les agents principaux de notre destinée, nous dépossédant ainsi de notre libre-arbitre et de notre destin.

Raoul Bellaïche

Et pour épicer les débats de quelques bonnes paroles, voici quelques témoignages en situation.

L’imagination est plus importante que le savoir. Albert Einstein

La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert.  André Malraux.

Dans des temps de tromperie généralisée, le seul fait de dire la vérité est un acte révolutionnaire. George Orwell

La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d’échapper aux idées anciennes. John Maynard Keynes

La culture est un antidote à la violence, car elle nous invite à la compréhension d’autrui et féconde la tolérance, en nous incitant à partir à la rencontre d’autres imaginaires et d’autres cultures. Renaud Donnedieu de Vabres

La culture est la possibilité même de créer, de renouveler et de partager des valeurs, le souffle qui accroît la vitalité de l’humanité. (…) Proverbe africain

Une preuve infaillible de la supériorité d’une nation dans les arts de l’esprit, c’est la culture perfectionnée de la poésie. Voltaire

Je trouve que la télévision est très favorable à la culture. Chaque fois que quelqu’un l’allume chez moi, je vais dans la pièce à côté et je lis. Groucho Marx

 

*Vous aurez reconnu Léo Ferré, avec Les 400 coups,

Raoul Bellaïche est, entre autres, l’éditeur de la Revue Je Chante.

 

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Je chante magazine n° 13 .

17 Mar

Les magazines chansons sont rares, et rares sont ceux qui durent , faute de moyens ou de lecteurs .

Je chante en est pourtant à son treizième numéro, et celui là est tout aussi copieux que les 12 précédents . 61 pages qui abordent tous les aspects de la chanson, paroles, musiques, livres, lieux et ceux qui les font vivre, la chanson française ou francophone, beaucoup sur le mode nostalgie, mais aussi des coups de projecteur sur les sorties d’albums, de Michèle Bernard et «  son vieil espoir têtu » : «  Tout’manières » à Frasiak «  Sous mon chapeau », ou Agnès Bihl » Tout fout l’camp », en passant par Annick Cisaruk «  l’autre voix féminine de Ferré «  Où va cet univers ? CD La mémoire et la mer » avec David Venitucci à l’accordéon, ou encore le «  coffret » Juliette, qui regroupe en 13 CD plus un CD de raretés l’intégrale des albums .

On trouvera aussi des dossiers très complets, comme la visite guidée du Forum Léo Ferré avec Gilles Tcherniak qui en dirige l’équipe, il raconte le fonctionnement, le choix des programmations  est très varié, ouvert aussi au théâtre, à la musique classique et au jazz : Je n’aime pas beaucoup l’expression «  chansons à texte » parce qu’elle évoque le petit clan, la petite chapelle . Ce côté esthète nous cloisonne et je trouve qu’on est déjà assez marginalisés comme ça, ce n’est pas la peine de se tirer une balle dans le pied…( Gilles Tcherniak) .

 

PhotoNGabriel2016

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Les musiciens sont aussi mis à l’honneur, Roland Romanelli évoque son spectacle L’Homme en rouge et parle de sa collaboration avec Barbara  : Dans mon ancien spectacle, je disais que c’est la femme qui m’a fait le plus rire ! On l’imaginait plutôt avec une chouette ou un hibou sur l’épaule… Or, c’était une femme très drôle.

Musicien encore avec Francis Lai, monsieur cinéma, et tous les interprètes , surtout toutes, des chansons de films, comme Nicole Croisille , Jacqueline Dulac, Marie Laforêt : Dans la plupart des films, il y a une chanson qui reste, et pour Claude Lelouch la musique est chargée de dire ce que les images ou les dialogues ne disent pas .

Dans ce numéro , on fait aussi une belle rencontre avec Graeme Allwright, ce jeune homme de 90 ans qui est l’un de nos derniers chanteurs francophones encore en activité , comme le souligne l’auteur de cet entretien, Jean-Marc Desmesropian , et j’aime beaucoup cette phrase de Graeme Allwright qui devrait faire réfléchir ceux qui ont peur de l’autre par ignorance :

J’essaye d’apprendre des autres peuples et c’est incroyable de voir qu’on a beaucoup plus à apprendre d’eux que le contraire .

Sur le mode nostalgie, Raoul Bellaïche le dit lui-même : Un peu par nostalgie, par fidélité à ce que l’on a aimé adolescent, retour sur la carrière de ce groupe et de ce chanteur unique . Ce chanteur, c’est Demis Roussos, et son groupe les Aphrodite’s Child . Qui n’a pas fredonné Rain and tears , le slow de l’été 68 ?  Un peu de douceur entre deux pavés ! C’est Frédéric Leibovitz, qui a lancé le groupe grec, en 1968, qui nous parle de la naissance de ce tube , Frédéric Leibovitz qui est également l’éditeur (Cézanne) de Marie Baraton .

Rain and tears, chanson composée, entre de nombreuses autres, par Boris Bergman, dont on fait aussi plus ample connaissance, et qui a aujourd’hui un regard critique sur le métier :

Les maisons de disques font de la chanson d’élevage , à un moment, il fallait absolument que toutes les chanteuses chantent comme Céline Dion … La même intonation québéco-américaine .Et elles étaient toutes interchangeables….. Le métier a beaucoup changé, et même si ça n’a jamais été un métier pour moi, cette façon de faire ne m’intéresse vraiment pas .

Voilà , quelques détours au fil des pages de ce mag où l’on a beaucoup à découvrir pour les plus jeunes, et à découvrir aussi et à se souvenir pour les autres . Et un magazine chanson qui dure, c’est beau !

 

Danièle Sala de Mozac

Ajoutons que cet irrégulomadaire N° 13  a été précédé par de très nombreux  numéros dont certains sont toujours disponibles, cliquez sur l’image et la boutique Je Chante s’ouvrira. 

Je chante ! Depuis 25 ans….

10 Fév

Je' chante couv

Et s’il n’en reste qu’un ce sera celui-là ! Le dernier magazine chanson « de mémoire » et d’articles de fond comme on n’en fait plus. La petite entreprise associative se positionne résolument dans le donquichottisme cyranesque de l’édition, 81 pages sans aucune pub, et une parution irrégulomadaire.

Voici donc le 12 de la nouvelle série, centré sur la chanson francarabe.

Au premier abord, me suis-je dit, oui pourquoi pas… à l’occasion…

Mais en feuilletant rapidement, dès le premier coup d’oeil, j’ai revu mon approche distraite pour une lecture approfondie. Passionnante.

Un détail en particulier concernant Enrico Macias, parfois tellement caricaturé, cette anecdote rapportée par Francesca Solleville. C’était un temps où les chanteurs n’étaient pas reconnus comme intermittents, et demandaient les mêmes droits que les comédiens de théâtre. Lors de l’enregistrement d’une émission de télé, Francesca apprend que Macias en fait partie, elle demande à le voir, elle lui explique pourquoi elle et quelques collègues font grève, et immédiatement Enrico les suit « je fais grève avec vous »… L’émission a eu lieu, avec Stone et Charden, sans Macias. La conclusion de Francesca :

« J’en ai vu des chanteurs et pas des moindres que je croyais être des  nôtres, refuser de faire grève. Et d’autres qui m’ont étonnée, comme Enrico Macias, qui ne faisait pourtant pas partie de nôtre circuit. Je ne l’ai jamais rencontré depuis ce jour-là, mais je lui en suis restée très reconnaissante. » (Extrait de Je Chante N°4 toujours disponible)

Photo NGabriel

Photo NGabriel

Donc un dossier très complet sur Macias, Line Monty, Lili Boniche, tonton Raymond,  Reinette l’Oranaise,et d’autres personnages de cette culture musicale d’un pays qui fut français de 1830 à 1960.

Plus une dizaine de pages « coup de projecteur » sur l’actualité de la chanson, avec deux pages consacrées à Mr Poli et Sève, le duo le plus original de la chanson actuelle.

Et une interview de 2 pages de Guy Béart (par Michel Vial, en 2009)

Depuis 25 ans, un quart de siècle, Je Chante vit pour la chanson, allez visiter, et souhaitez lui Bon Anniversaire. C’est ICI.

Norbert Gabriel

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