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Notre Monde (film) / Thomas Lacoste

27 Mar

Chronique du film Notre Monde, de Thomas Lacoste.
Actuellement à l’affiche.
Projection du 26 mars 2013, en présence du réalisateur, à Limoges.

(Hum Toks / E.5131 / Eric SABA)

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Une phrase :
« Faire de la politique — et si possible — autrement. »

Un film :
Notre Monde, de Thomas Lacoste. 41 ans, avenant, qui, s’il doit prendre la parole, prend le temps de choisir le premier mot de la première phrase et… cherche le mot suivant, celui sur lequel sa pensée va s’appuyer et qui, de circonvolutions en ascensions de pics ardus, produit un discours… passionnant. D’emblée, on aime l’homme.

Le Lido (cinéma art et essai, Limoges) a projeté le film Le grand Retournement, en présence de Gérard Mordillat, le réalisateur, en février. C’est au tour de Notre Monde, fin mars. Chacun pose ici sa contribution…

À quoi contribuent-ils ? Éveiller les esprits, provoquer l’échange, créer du lien… passer à autre chose — si possible. Si les banques ont pris le pouvoir en Europe, ce n’est pas le fruit du hasard. Si la Politique doit proposer de nouvelles orientations, voire reprendre le pouvoir, il faut échanger, réfléchir et agir.

La Politique ? Laquelle ?
« Autrement… »

Beaucoup laissent faire, beaucoup sont résignés, d’autres ne croient pas ce qu’ils voient, d’autres encore ne voient rien (la fumée est trop épaisse). Et surtout, surtout, cette phrase rabâchée : « on n’a quand même pas atteint l’intolérable… ». Et la suite implicite : « Alors, on attend. On ne bouge pas ».

Quelques-uns, pourtant, voient ici ou là de la lumière et — sous la loupe — se réunissent pour échanger, réfléchir et agir — collectivement. Dans un cinéma par exemple…

Le film.
Thomas Lacoste met en scène avec talent Notre Monde. La fiction s’appuie sur le livre de Marie Ndiaye Trois femmes puissantes, sur la voix et la présence de Marianne Denicourt. L’image et les mouvements sont réfléchis, esthétiques, le son interpelle, pose et repose. Pas d’affolement ici, pas de chaos. Il s’agit de réfléchir, de rester serein et juste.

Thomas Lacoste met en scène la prise de parole de 35 intervenants : philosophes, sociologues, économistes, magistrats, médecins, universitaires… Chercheurs, intellectuels qui partagent, offrent à la caméra, au public, à Thomas, leur vision. Où en sommes-nous ? À quoi ressemble Notre Monde ? Et le travail – et la souffrance qui l’accompagne, et l’enseignement, et la justice, les libertés, l’égalité, la fraternité et les frontières… ?

Ah, les frontières… celles qui nous divisent. Pour qu’ils règnent mieux…

Et moi ? Et moi, simple travailleur du quotidien, suis-je à même de comprendre, d’échanger et d’agir ? Thomas me répondrait que je fabrique moi-même, avec ce doute, de nouvelles frontières, d’obscures limites que je crois infranchissables alors que rien n’est interdit, ni impossible… que le discours des « spécialistes » n’est qu’un point de départ, qu’exercer son avis critique, se passionner, prendre parti, c’est faire œuvre intellectuelle, que ce n’est réservé à personne.

Thomas Lacoste

Thomas Lacoste

Le film est suivi d’un débat… On aborde la question de l’Europe, du un et du collectif, de la place de la réflexion, de la prise de conscience dans la société, des lieux (absents, rares ?) de réflexion commune qui permettent l’interaction entre les individus, la création, la rêverie… de ce qui fera le monde à venir, celui que l’on commence à construire ce soir… Car, paradoxalement, on se plaint de ne plus avoir de lieux d’échange… et nous sommes là, dans une salle de cinéma, à échanger, à partager. Bougre d’andouilles que nous sommes ! Nous avons partagé un moment, un film, une réflexion et maintenant nous échangeons ! Pari gagné. Merci Thomas !

Lorsqu’il est question des intervenants (chercheurs, intellectuels) et donc des spectateurs capables ou non de comprendre, de se plonger dans cette pensée… Thomas raconte la belle histoire d’un jeune, d’un de ceux que l’on peut — en d’autres lieux — appeler « racaille », « jeunes des cités »… ce jeune prend la parole à la fin de ce film qui ne lui serait pas, a priori, adressé et déclare :
— C’est la première fois de ma vie qu’on me parle au plus haut de la pensée, qu’on me reconnaît, que j’existe autrement…

Faire la politique autrement… c’est nécessaire.

Faire de la politique – et si possible – autrement. Et partout !

C’est ma contribution.

Hum Toks / E.5131 / Eric SABA

Le site du film avec les entretiens, le journal à télécharger, les réactions des spectateurs, débats :
http://www.notremonde-lefilm.com/

Le travail de Thomas Lacoste : La Bande Passante

Notre Monde...

Notre Monde…

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Sonic Area, « Music For Ghosts »

10 Mar

Sonic Area, « Music For Ghosts », France, Septembre 2012.
(chronique de l’album, par Hum Toks / E.5131/ Eric SABA)

images : Yoann Amnesy

"Music for Ghosts", Sonic Area

« Music for Ghosts », Sonic Area

 

L’homme est bien fringué, ça sent le très, très, vieux café parisien, repaire de ceux qu’on dit « poètes maudits »…
Autre époque…
Un verre
Dans la main droite
Un verre d’absinthe
Et la cuillère, comme en apesanteur, à l’horizontale et qui fait son office… et le sucre qui fond…
Une autre époque
La cuillère laisse filer le précieux liquide, fée verte… sur fond noir, vert glauque.

L’homme porte un costume élégant, près du corps, noir, et la chemise, blanche, au col relevé sur un foulard ou un nœud fin, noir défait, libre, en dilettante, noué à la mode dandy, lâche, libre… libre…

Et l’absinthe aspire toute la couleur : liquide quasi fluorescent, ici… qui inspira nombre de nos poètes de la fin XIXème. On remarquera — pour finir, et à bien y regarder — que tout part en fumée…

Deux mains élégantes, raffinées. On imagine l’oreille avertie.

C’est la pochette : SONIC AREA, MUSIC FOR GHOSTS.

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Sommes un paquet à nous être précipités sur ce nouvel album et depuis… la critique ne tarit pas d’éloge. « L’album 2012 ! », il se murmure parfois…

Sinon… pour le grand public, l’album est parfaitement inconnu, appartient à un sous-genre de la musique à la fois Underground, Expérimentale et Indé. Autant dire qu’il est hors de portée, non pas intellectuelle, mais physique. Pas de radio, pas de téloche…

Sonic Area, c’est Arco Trauma et une partie de Chrysalide… c’est le label Audiotrauma…

C’est de l’artiste made in france, dont tu n’auras jamais entendu parler si tu ne côtoies pas l’Indé et l’Underground, la guerilla électronique.

Et pourtant… et pourtant… prépare tes oreilles.

Pour avoir entendu l’un (Sonic Area) et vu l’autre (Chrysalide)… je n’ai pas hésité longtemps : Play !

(Et puis, ces nombreux pseudo(s) qui tournent autour d’un même personnage, je ne sais pas pourquoi, ça me plaît.)

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C’est surprenant, les premières secondes font penser au travail d’Aphex Twin : un liquide, un verre, une cuillère qui tinte et les sons magiques, étonnants, ensorcelants… ? Qui virevoltent autour… Du collage ?

Très rapidement, les notes viennent. C’est « écoutable », dirait un ami néophyte… Alors, si c’est écoutable, c’est bien… « mais c’est sale »… Ah…!

Bienvenue dans notre univers… si tu savais à quel point c’est travaillé, recherché, voulu.

Certains reconnaissent là du Beethoven (mais une sonate dynamique, plantée aux acides), le « Pimpf » de Depeche Mode… et puis les sons électroniques s’ajoutent. Introduction progressive, accueil séduisant. On ne s’arrête pas là. Les sons industriels, riches, donnent toute leur valeur à ce travail minutieux… Je lève les yeux, lis l’enseigne : « Arco Trauma, Horloger »…

Sonic Area

Sonic Area


Que je t’explique : « électronique » ne veut pas dire boîte à musique qui tourne seule. Non, c’est un vrai mode opératoire, un acte de création véritable : un instrument de musique… Les boutons partout, les claviers, les écrans… les échantillonneurs, samplers, ce sont des instruments de musique. Ensuite, tu me crois ou pas, c’est ton problème…

Arrivés là, en principe, les anciens et les modernes s’écharpent alors qu’il suffirait de la fermer… et d’écouter…

Le premier morceau « never ever more » est une mise en bouche, en boucles, un accueil, deux grandes portes, boiseries de qualité qui t’invitent à pénétrer le hall. Éclairage faible d’abord, dans l’oreille droite, comme à gauche et le « gros son » qui côtoie les notes égrenées au piano. Faible d’abord… pour débarquer dans la Salle du Bal (Le Masque de la Mort Rouge ?). Tu dirais « gothique »… c’est trop simple. Ou alors il faut y mettre les bonnes références… Le XIXème siècle… Bram Stoker, La Morte Amoureuse, Le Moine de Lewis, Les Élixirs du Diable d’E.T.A. Hoffmann… Un album à écouter, en lisant Baudelaire, E.A. Poe… ? Non, pas forcément, en vivant ton temps, simplement…

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C’est le morceau n°3 qui m’a interpelé tout d’abord. Dans un décor moderne, aux angles bruts, aux étagères vides, je calai les écouteurs sur la cervelle et… le salon vint à se remplir soudain d’objets hétéroclites et tout vint tourner autour de moi : les mots surtout… alors que Sonic Area ne nous propose que de la musique. Et les mots de m’envahir. La structure du morceau… et les mots de jaillir… posés il y a quelques mois, un avant-goût de l’actualité… de notre époque merveilleuse prise dans des tourbillons inquiétants : les dieux, l’argent, la domination sur l’humain des uns et de l’autre, le bonheur !

« the living carousel »

Le texte de E.5131 : à lire, à écouter… à recréer…
–> the living carousel <–

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La tension monte d’un cran avec le quatrième morceau : « the infernal clockwork ». Avec les années, je ne fais plus la différence : électronique, pas électronique. J’entrevois des architectures, des couches sonores qui se superposent, s’entrechoquent. J’entends un orchestre. Crois-m’en, et cette horloge, ce tic-tac qui ne te lâchera plus… Ce n’est pas parce que le rythme saccadé, rapide, vient remplir ta cervelle tendue que le tic tac sonore s’évanouira et t’oubliera. Il compte les moment qui passent et ceux qui te restent… « Memento Mori »… Jusqu’à la syncope.
La superposition saisissante qui te prend par le col – je t’aurais mis en garde… et si tu crois que tu sortiras indemne de notre histoire… si tu crois…

Morceau n°6 : « eureka ». Un seuil supplémentaire atteint. Toujours vivant(e) ? Si tu es capable de retenir ton corps, alors, c’est que tu es plus fort que le E. qui ne peut s’empêcher de balancer le haut de son corps violemment vers l’avant, et de l’avant vers l’arrière and so on… en rythme. À se briser les vertèbres…

Sonic Area

Sonic Area

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Les morceaux n°8 et n°9 (« inframonde » et « hauted hall motel ballade ») nous ramènent 35 ans en arrière, à la musique électronique… aux années 70… François de Roubaix, Morricone, Jarre (eh oui…), Vangelis… ce n’est pas désagréable. C’est une pause. « Preuve que Arco Trauma n’est pas sans culture… ». Et ça tombe bien que vous évoquiez cela, monsieur. Vous devriez rechercher les différentes playlists qu’il propose (de-ci, de-là) et vous vous apercevriez que son univers est riche (classique, musique de film…). Je pense à la B.O. totalement dézinguée de Clockwork Orange… Le côté cinématographie de l’oeuvre, sans doute…

Sa musique… À tirer des larmes si tant est que tu sois dans un état de faiblesse (passagère ou non), de fatigue. Parce que les morceaux s’insinuent, à ton corps défendant et ne te lâchent plus. Faite de sons et de bruits qui s’entrechoquent, la musique d’Arco Trauma te renvoie à du connu, mis en scène, orchestré par Sonic Area.

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La n°12 (« once more unto the breach dear friends ») reprend les éléments de la n°3 (« the living carousel ») et, si je puis dire, en rajoute une couche. Le démarrage est plus violent. Ça sent la fin… On t’a déjà porté loin des rivages, des territoires habités, je crois qu’on se prépare à t’achever… pas dit que tu finisses pas dans les lasagnes… Dandy, décadent, ce que tu voudras. Emploie les termes qui te conviennent, qui te parlent, toujours est-il que c’est de la zique de maintenant. C’est de la zique de la france démocrate, libre et heureuse… ça passe pas à la radio, ça passe pas à la télé. Si tu ne te charges pas d’ouvrir les zoreilles des ami(e)s de tes ami(e)s, nous garderons ces morceaux pour nous. C’est tant pis pour vous…

Certains entendent là de la musique dite classique… travaillée façon XXIème siècle. Pourquoi pas ? Libre à eux. Peu importent les qualifications ! Il s’agirait simplement que ce travail soit découvert et initiateur de plaisirs. Pour le reste… les querelles des anciens et les modernes… j’y vois surtout une perte de temps et l’occasion pour l’industrie du disque de musiques de merde de s’implanter toujours plus profondément dans les media, dans les cervelles, dans nos arrières, profitant de querelles inutiles.

Je t’encourage à découvrir le travail d’Arco Trauma, de Chrysalide, Sonic Area, le label Ant-Zen. Je t’encourage, également, si tu es curieux, curieuse, à aller visiter l’univers d’Igorrr… dont nous parlerons dans un article à venir… de Twinkle, du Diktat… à arpenter les zones urbaines, et dangereuses du Londres 1888, que parcourt le compositeur de Les Sentiers Conflictuels et, enfin, l’oeuvre magnifique de Mimetic (Jérôme Soudan), celle de Syn-, plus discrète, qui te mèneront à ce grand groupe, envoyé il y a des années en éclaireur, déclencheur de tant de vocations, ouvreur de tant de pistes jusque là inconnues : Von Magnet. On vous en parlera plus tard…

Hum Toks / E.5131 / Eric SABA

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–> Music for Ghosts, en écoute sur Bandcamp

–> Les artistes du Label Audiotrauma

–> La page FB de Arco Trauma

–> La page FB de Sonic Area

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CHEL, Les petits pois sont rouges

22 Fév

CHEL, deuxième album !

chronique Hum Toks / E.5131 / Eric SABA (Mai 2011)

pour écouter les morceaux : http://fr.myspace.com/chelblog

chel
« la musique

jamais
ne s’arrête…
je serai la pluie »

cette fois-ci, c’est tout en douceur, en partage, en accord(s)…
c’est la cinquième seconde et c’est signé : CHEL.
la voix, le trombone, l’accordéon, et rapidement… la présence enfantine, des bzzz et des fleurs…
musiques (sauf une), mots, voix, prise de son et mixage. c’est signé : CHEL.

c’est lui, il est de retour ! point de parabole, coupée la télé !
du jaune plein les yeux, celui de son t-shirt… et de la lumière.
les souvenirs affluent : le premier album, notre rencontre à Vincennes, les fesses dans la pelouse verte avec les copains sous le soleil — jaune, l’escapade à Riom, notre deuxième rencontre, nos échanges.

j’écoute le nouvel album au casque. le frérot mixe à côté. je m’isole. lui voudrait bien entendre, il a reconnu. il me saute dessus : « c’est le nouveau CHEL ? ».
il écoute ça, le barbichu énervé ? bah oui, aussi.
— mais, désolé, mon gars, c’est moi que j’ai les mp3 dans la bécane.
me cherche pas, mon biquet, on finirait par danser une samba-capoeira des plus dangereuses…
il repart à son mixage, mécontent…
je ne sais pas ce qu’il baragouine dans sa barbiche, mais c’est
« nin-nin, n’importe quoi ! ».

ça c’est le premier morceau : histoire de « nin-nin, de doudou, de truc raplapla »…
qui donne bien le ton général ! travail sur le son, les mots, un travail exigeant, une musique qui ne prend pas l’enfant, ni l’adulte, pour un imbécile. avoue qu’ça change ! de vrais instruments, de vrais musiciens.
« bon, dis-donc, dédé, faut r’trouver doudou, sinon pas dodo… ».
envie de danser, moi je valse.
« mais regarde dédé, ton derrière dodu,
dessus est posé, gros nigaud ! »

le souci de la mélodie chez CHEL… tout au long de l’album, tu verras… tu entendras : grande attention portée sur le son, les instruments, la mélodie.

CHEL

CHEL


je voudrais…
dire à la petite fille (jolie voix) du premier morceau qui rappelle à son papa que « c’est n’importe quoi, cette fin », que c’est l’une des spécialités du monsieur-son-papa : finir n’importe comment, parce qu’il n’y a pas de règle, quand on crée… je pense à « La Serrure », dernier morceau agréablement in-ter-mi-na-ble du précédent album…

pas encore de pirate… même si le second morceau (musique composée par Pascal Vandenbulcke) offre un séjour dans les îles, en compagnie de « Deux Escargots » sur une feuille de bananier…
« à plein régime (…) pour avoir la banane, il faut encore monter ».
je-suis-le-seul-à-pouvoir-écouter-na ! je tiens ma chemise par le col et déambule dans l’appart’, l’air malicieux.
et je voudrais — qu’un enfant saute dans mes bras ! — valser, tournoyer, partager… danse folle des gamins !
je passe la troisième. c’est un rythme sud-américain, je dirais. entraînant.
danser encore ? moi, danser ? bah oui. et le frérot, pas loin qui tend l’oreille, encore…
ah ah ! tu veux danser mon compère ?

CHEL, Les petits pois sont rouges

CHEL, Les petits pois sont rouges

« Sur ton Dos » : ode aux papas.
« je monte sur ton dos, papa. comme je suis bien là ! ». le « sur moi » à l’envers…

une pause avec le morceau qui suit : une berceuse pour… « Mamie ».
sans commentaire… un morceau pour dire… l’émotion au bord de l’œil.

un tour par l’Afrique en cinq, c’est le retour des animaux (on pense au premier album, à son bestiaire)… présence remarquée de « Mon Âne Aldo », complice qui dit « non », un têtu celui-là, qu’ « a tout l’temps mal au dos »… tiens ?!!! tout au long de la semaine, « tous ces fardeaux, sur son p’tit dos »… et… le dimanche ?
« Aldooo ! Aldooo ! Aaaldooo ! » pour une drôle de recette.

l’album précédent regorgeait de petits compagnons pour les journées sonores des enfants : Bazardine, la tomate, la patate, Tom le chef d’orchestre du potager, Aglagla l’araignée, Moêp le dragonosaure…
dans celui-ci, on trouve Aldo, Mano, Marguerite, Brigitte, etc.

… et un «petit roi» aussi…
oh… qu’il reste dans son petit-petit-pays, celui-là ! dans son petit pays qui n’a rien à voir avec le nôtre… bien sûr.
en six ! le potager, les drôles de p’tites bêtes qui ont amusé les enfants dans le premier album de CHEL : Bazar Bizarre. les p’tites bêtes du potager, du verger… et autres fruits et légumes… ça vole, ça chatouille, ça te tourne autour… mais « Qui est Bête ? ». réponse en fin de chanson après le délire de deux copains… une invitation à partager l’univers du chanteur de Bouskidou.

CHEL, "Bazar Bizarre"

CHEL, « Bazar Bizarre »

 

je n’y résiste pas. je dois partager l’écoute. je fais venir Lagrande et Aliasse Lamoyenne.
Toupetitou ramène ses petites oreilles, sa tête de E., le brun en moins.
une ode à Mano… c’est qui cet idiot du bocal, hein, cet original ?
« on t’en supplie, sois raisonnable ! ».
attiré par l’ailleurs, Mano ne se satisfait pas du raisonnable…
on l’accompagne sur ce train fou, on part au large, on saute du bocal, hymne à la liberté… pour trouver l’amour… j’ai bien compris ?

« pom-pom ». un travail sur les sons toujours, un travail comme j’aime… fabriquer du matériel sonore, nouveau, grâce aux mots : « Croque ma Pomme ». si je veux !
« pompompom pourkelsoibone bone mieuhvohohoh lacroquetto ! »

v’là la neuf ! déjà ? c’est du tonnerre !
les gamins vont se jeter dessus. rien d’autre à dire, c’est comme ça. je n’explique pas.
c’est comme ça.
« Dans le Pré », une marguerite — à moins que ce ne soit une pâquerette — la vache Brigitte.
à chanter à plusieurs, à danser reggae ! la vache Brigitte et Marguerite la pâquerette…
la mangera-t-elle ?
« meuh, meuh, meuh, meuh non ! ».
vous savez les rythmes qui font danser ! même le E. !
bah, v’là que ça swingue… y m’cherche le Chel !??? tu vas voir, non mais !!! *$&°*§#* !!!
on dirait qu’il est venu chez moi, qu’il m’a entendu dans ces moments où… enfin… euh… quand je suis bien moins zen…
et v’là qu’il me dit :
« ça n’est pas beau de dire ces mots-là, ils sont trop gros, un point c’est tout ».
pas de « gros mots », non… interdiction suggérée. et bien plutôt… des mots d’amour ? il nous invite dans son jardin, le Chel…
on poursuit.

CHEL

CHEL

un morceau déjà entendu lors d’un concert dans le puy-de-dôme, y a deux ans.
« M’envoler » que les filles ont chanté en boucle, sur le chemin du retour… dans la nuit.
le refrain emplit de nouveau le salon. les filles, en « cœur ».
« m’envoler, m’envoler, comme les hirondelles, par les doux soirs d’été, virevoltent dans le ciel. »
j’écouterais bien ça sous un chapiteau… pourquoi j’dis ça ? comme ça… je ne suis pas dans le secret des dieux. j’y suis pas… m’enfin… avec de larges ailes, voler… « m’envoler, m’envoler »…
comme sur une île déserte, entre nous…

après quelques écoutes, l’oreille est exercée. elle reconnaît chaque morceau. parce que chaque morceau est un véritable morceau — pas de remplissage ici. de la chanson de qualité, qui raconte ou dit quelque chose. à chaque fois. de vrais morceaux, de ceux qu’on reconnaît ensuite à la première note.
appelées dans le jardin, c’est l’heure des couleurs et des mouvements de balançoire… les enfants sont sortis, le Toutpetitou les a suivies.
et pourtant…
je dois leur demander de revenir. je ne peux pas la garder pour moi… elles en parlent depuis deux ans de cette chanson. elles l’attendent. bah la voilà ! je tire le jack, le son se libère, envahit la pièce et les deux jolies comprennent vite. les v’là, comme des abeilles, à tourner autour. si elles pouvaient le piquer, ce petit roi. du vent, que du vent « Dans Son Chapeau ». une tempête en retour ?

— c’est la chanson du p’tit roi ? ah ! chouette ! ouah ! —

CHEL

CHEL

« dans ce petit, tout petit pays
(…)
le petit roi, tout petit, petit
voulait dev’nir une grande star.
il souhaitait que le petit monde l’adore
du matin jusqu’au soir
— je vous ordonne de me trouver le plus beau… »

bref, bref, bref… j’en dis pas plus, hein ?
« y a que du vent dans son chapeau »…

« nous sommes tous des insectes » serait le slogan de la chanson suivante…
« Ne T’Arrête Pas (de polliniser) ».
un autre dirait «il faut envahir les media»… j’extrapole ?
création en compagnie d’une classe de CE1. j’ai suivi l’aventure tout au long de l’année scolaire 2009-2010… maintenant, c’est dans la boîte, sur le cd.

et pour finir dans la grande tradition des chansons de taverne pour enfants !

« Le Pirate Sans Cravate » !
il partirait en quête d’île déserte, le CHEL, que ça m’étonnerait pas.
enfin une île déserte, on se comprend…
une île réservée à ceux qui souhaitent vivre dans ce monde-là, sans rien abîmer…
les bras emplis de saladiers fournis en amours, en cœurs, en complicités.

CHEL, "Les petits pois sont rouges"

CHEL, « Les petits pois sont rouges »

à l’abordage !

et de surprises en fantaisies…
d’autres voix, des invité(e)s…
1+1+1…

« accroché au soleil,
le bonheur sait briller. »

merci CHEL.

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Hum Toks / E.5131 / Eric SABA

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Le site de CHEL : http://chel.me/
www.myspace.com/chelblog
sur Facebook : CHEL

Bazar Bizarre, 1er album de CHEL, chroniqué là :
Bazar Bizarre

Voltiges, 3ème album de CHEL, chroniqué là :
Voltiges

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Le Grand Retournement (film) / Gérard Mordillat

16 Fév

Chronique du film Le Grand Retournement, de Gérard Mordillat.
Actuellement à l’affiche.
Hum Toks / E.5131 / Eric SABA

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— Allez, on s’dépêche ! Hop hop hop ! Le film commence !

Oh, l’autre…! Eh ! Y’s prend pour qui, lui ? Comment qu’y nous parle… ? Lui, c’est Gérard Mordillat. Venu présenter son film Le Grand Retournement à Limoges. Salle comble ! Nous, c’est le E. et Madame Point, dans les escaliers qui mènent à la salle… un peu en retard… hum.
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"Mordillat" © Christophe Henry

« Mordillat » © Christophe Henry

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Le principe est simple : le texte un peu retravaillé, mais toujours en alexandrin, de Frederic Lordon, des acteurs engagés dans l’histoire racontée, le message délivré. Un décor : les décombres du capitalisme. L’intrigue : un fait historique.

Enfin… historique… pour ceux qui lisent les événements ainsi. Je crains qu’ils ne soient pas si nombreux car nous ne vivrions plus depuis longtemps la situation actuelle si tel était le cas… bref.

C’est l’histoire d’un hold-up : 4 hommes aux abois viennent demander de l’aide à un Petit Morveux qui, sans ostentation, va où ses propres intérêts propres (sales ?) le mènent.

Les 4 hommes ont joué leur blé dans des investissements pourris, perdent et plongent. Ils ont besoin d’oseille… et rapido, encore !

Le petit morveux et le Vieux Complice donnent l’autorisation aux 4 hommes d’emprunter l’oseille (l’argent public, celui des citoyens) à quasi taux zéro.

Quelle aubaine ! Les 4 hommes voient l’intérêt de ce taux quasi-zéro… Ils jouent de nouveau le blé et l’injectent dans Les Bourses, la Finance. Empêchant le vieux système – depuis longtemps essoufflé – de tourner…

Le plus beau de l’histoire, c’est que le Petit Morveux (qui représente – si l’on veut… t’es pas obligé de le croire… moi non plus – les intérêts des citoyens…) se trouve en manque d’argent… Comme il s’est auto-interdit le prêt à taux quasi-zéro, par une loi des plus injustes, des plus imbéciles, voire bien anticipées… il se voit obligé d’emprunter aux 4 hommes, qui prennent plaisir à lui prêter — à un taux assassin — la fameuse oseille qu’ils ont eux-mêmes empruntée à quasi zéro… c’est le HOLD-UP !

Comme en remerciement, les 4 Pourris enfoncent la tête des citoyens sous l’eau, préférant se goinfrer que penser 2 secondes à la planète, aux être vivants qui l’occupent et utilisent l’argent public pour faire plonger les états et exiger des contrats de travail de merde, des salaires de merde, des coupes dans les services publics qui entraînent un service rendu de merde, qui entraîne un déplacement contraint vers les marchés privés (eux et leurs multinationales…)

Bien joué !

Si tu ne comprends pas à quel fait historique cette histoire fait référence, je te conseille de changer de moyens d’information, d’aller voir le film de Mordillat et de faire en sorte que tes amis le voient.

Message spécial de Léo Ferré :

« Comme si je vous disais qu’il faudrait alors en parler à vos amis

Comme si je vous disais que les amis de vos amis peuvent faire des millions d’amis

Comme si je vous disais d’aller faire tous ensemble… » (quoi ?)

in « Le conditionnel de Variétés »

La fin je te la raconte pas… t’iras voir le film, ou tu la construiras, toi… ce serait bien… hein ?

« J’ai mal au cul, on s’donne la main ? » E.5131

Hum Toks /E.5131 / Eric SABA
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Le Grand Retournement

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« Loin du Monde », Sébastien Ayreault (roman).

1 Fév

Loin du Monde,
Sébastien Ayreault,
(Editions Au Diable Vauvert, 2013)

— crédits photos -Loin du monde 1, 2, 3- : ©E.5131 —

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Sébastien Ayreault

Sébastien Ayreault

    Le prélude débute comme un conte, finit comme une tragédie. Le lecteur doit se le tenir pour dit : il y a les petites histoires de l’enfance et il y a la mort. « On appelle ça l’existence. »

    Le quarantenaire, ou en passe de le devenir, revient sur ses jeunes années (les nôtres). C’est l’époque des lotissements, des Golf GTI, de la console Atari. On ne vit pas la vie tout à fait de la même manière qu’on soit à la ville ou à la campagne, à Paris ou en province… Je le sais, j’ai vécu tout ça…

    Sébastien Ayreault revient sur nos années de gamins, dans un récit court et efficace. Il nous offre un retour sur les années 80 : les baffes dans la cour de récré, la terre des vergers, la Gauldo au bec, la R12 ou l’Alpha Romeo d’un papa à moustaches, les liens familiaux, la vieille derrière ses rideaux, le potager dans le jardin, la télé profonde comme une armoire, la petite voisine d’en face… Tout y passe. On y est. Les images sont percutantes, elles t’y ramènent, t’offrent un voyage… le retour vers tes dix ans.


Et puis, oui, le style, c’est ça aussi… Ce n’est pas seulement l’histoire ou l’époque… Il y a quelque chose qui nous réunit : on appellera ça le style. On est un paquet à s’y retrouver. On a lu les mêmes auteurs – français ou américains, on aime cette langue qu’on triture un peu, la syntaxe qu’on ne respecte pas toujours, cette pointe d’oral venue tout droit du début de notre siècle de naissance… ces images issues du cinéma… C’est notre tour ! Pourquoi je dis « nous » ? Parce que, comme tant d’autres, je joue pleinement le jeu en tant que lecteur, que je me suis retrouvé dans les sentiments, les souvenirs laissés par cette époque partagée. Parce qu’on se tient au jus de la vie, avec Sébastien, de temps à autres, quand on a cinq minutes : les projets, les gosses, la vie en France (il vit à Atlanta…), etc.

-Loin du monde 1- / ©E.5131

    Le roman de Sébastien s’enracine « loin du monde », dans « un petit bled paumé » de province : le PMU, l’église, le coiffeur et ses « deux terrains de foot », son verger… Ce n’est pas tout. On y trouve des maisons de grands-mères, on apprend que les murs ont des oreilles, voire un œil, qu’il existe une pièce sous le cimetière, et, en face, le sous-sol d’un pavillon.

    C’est l’époque où les pères se prénommaient Jean ou Serge, qu’ils arboraient naturellement une Gauloise à la lèvre — dont on garde l’odeur au fond de la narine. Les grands-mères s’appelaient Simone. Et le narrateur, David… dix ans au moment des faits.

    Les portraits des personnages que peint Sébastien fonctionnent à merveille. Il y a Olga, la vieille acariâtre qui « se radinait dans votre salon sans prévenir et (…) vous racontait à la gueule tout un tas de saloperies. Elle crachait le venin, maudissait son foutu bon à rien de prochain. » Puis, « Gobelin devant chez lui. Il était là à se curer le nez debout sur le trottoir, avec ses cheveux pleins de poux, à rien foutre, à attendre que sa mère lui balance un bout de pain par la fenêtre. » Ou encore « Carrera. Une bête. Il était bien plus vieux (…). Tous ses potes allaient au collège. Pas lui : on ne l’avait pas autorisé à franchir les grilles. ». Carrera, c’est le dur, celui qui te force à – ou te permet de — fumer ta première clope. Suivent quelques traits qui peignent une société à venir (la nôtre, pas besoin d’en dire plus…) : l’apparition des grandes surfaces… dans un monde jusque là peuplé de croix, de statues du christ à tous les carrefours (ou de sa mère).

    C’est l’époque d’avant encore, celle de nos grands-pères, qu’évoque le narrateur et qui ne parle plus à la France de maintenant et ses 5 millions de chômeurs : « si le patron t’emmerdait, tu lui foutais un coup de barre à mine dans la tronche, et tu t’en allais bosser chez le voisin. »

    David veut sortir du bled dont sa famille est issue parce qu’il saisit que la vie est ailleurs… et tente la fugue : « j’étais parti avec mon sac sur le dos (…) et quand je m’étais retourné, au virage, j’avais vu mes parents sur le trottoir me faire des grands signes d’adieu, tout sourire, pour ne pas dire hilares. »

    Alors, pour s’échapper du village Maulévrier, près de Cholet, ce sont les vacances en Vendée, comme d’autres vont à Royan, sur l’île d’Oléron ou de Ré, en camping, en caravane… et LA découverte : le sexe. En vrai, « cette chose : rose et verticale. Lisse. Un miracle. » entre les jambes des filles et le sexe, sur papier. Ce que tu découvres, un jour, par hasard… au détour d’une voie sans issue et la tension dans la cervelle et la solitude… À dix ans, t’es pas forcément préparé. La société organise tout, sauf ça. Mieux, elle te le cache. Et c’est à chacun de s’en débrouiller. Et pour certains c’est plus difficile encore que pour les autres…

-Loin du monde 2- / ©E.5131

    David le raconte avec clarté lorsqu’il s’apprête à tâter la « forêt ensorcelée » d’Émilie: « Il y avait de la guerre en moi ».

    David est écartelé, entre l’enfance et le monde adulte. Il découvre ce qu’il y a entre les jambes des filles… que le père noël n’existe pas… le tout sous l’œil des crucifix qui l’entourent, dans une maison où évoluent les morts, derrière les murs. C’est l’heure de la grande culpabilité qui sonne. À 10 ans, pas simple de faire face : « J’suis pas bon, maman. J’suis pas bon. »

    Ou à Émilie : « Dans la tête. Ça me fait mal dans la tête. Je me sens si dégueulasse après.
– Faut pas. », répond-elle.

    C’est l’heure de découvrir le sexe, et la mort. La maison sous le cimetière, donc, qui est le pendant macabre du sexuel sous-sol du pavillon d’en face.

-Loin du monde 3- / ©E.5131

 

    « Cette putain d’horreur, mon Dieu ! Et justement, Il est venu. (…) Il avait un Œil monstrueux. Un Œil qui crachait la colère. (…) un Œil qui me terrassa sur place :
COUPABLE ! »

    Et ce n’est que le début, mon p’tit gars… Ce sera peut-être ainsi jusqu’à la mort.

        Hum Toks / E.5131 / Eric SABA

Loin du monde, Sébastien Ayreault

Loin du monde, Sébastien Ayreault

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Sortie le 3 Janvier 2013 : 

Loin du Monde, Sébastien Ayreault, Editions Au Diable Vauvert, 2013.  

site internet de Sébastien Ayreault

site internet Au Diable Vauvert

site internet de E.5131

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Alain Laboile / images

8 Déc

Alain Laboile et ses photos… (par Hum Toks / E.5131 / Eric SABA)

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 c’est une sorte de vie rêvée qui défile

image après image, sous les yeux du lecteur ravi, ému, joyeux, attendri…
nostalgique des moments qu’il aurait aimé vivre…

images essaimées, nombreuses
et comme les pages qu’on tourne, tableau après tableau

– photos privées que l’on consulte, avec l’autorisation du proprio –

c’est la vie qu’on aurait aimé vivre, enfant
la vie qu’on aimerait s’autoriser, en famille, adulte…

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liberté, joie, complicité, confidence
joie de l’intime, joie et nature, plaisirs, famille
petites âmes, individus
enfance, adolescence, adultes acolytes
et groupe humain…
inventif dans les postures, les situations — originalités conscientes ou inconscientes — à créer, à renouveler…

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on ne sait quelle est la part de mise en scène. on voudrait croire que tout se passe ainsi, à chaque époque de la vie… là-bas. chez lui… peut-être est-ce le cas d’ailleurs… on posera la question au preneur de photos, créateur d’images, chasseur de beaux moments – magiques – si l’occasion se présente

et puis, soyons honnête… c’est aussi de l’envie, de la jalousie, que je ressens, qui me vrille une seconde…
et l’immense bonheur de se dire : « ça existe, ça existe ! »

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je n’ai rien dit de l’art en jeu : la photographie. le noir et le blanc…
et le gris, nuances…
et la couleur qui éclate, en taches, en gouttelettes, en bandes, en toiles irisantes, en sourires…

et les éléments récurrents, décors, objets, personnages, le petit chat, le jardin, l’eau, le dernier ou la dernière de la troupe… les grenouilles, les bambous, le bassin, la boue…

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et la tendresse que partagent les acteurs de cette vie harmonieuse…

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car c’est comme s’il n’y avait pas d’art, pas d’artifice, aucun travail… comme si le môsieur se contentait, au détour d’un instant, de capter un moment – et l’on oublie la technique

voilà la réussite !

Hum Toks / E.5131 / Eric SABA

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Le livre « En attendant le facteur » rassemble quatre-vingts photographies réalisées au cours des six dernières années par Alain Laboile.
Disponible ici : « En attendant le facteur ».

Le site d’Alain Laboile : http://lab.carbonmade.com/

Exposition / 20 décembre 2012 — 8 février 2013 /
au C.C.A.S. 74, cours Saint-Louis, BORDEAUX
(05 57 89 39 39).

En écoute sur France Inter : « les photographes de l’intime », clic !

 

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Dominique A, Limoges, live.

24 Nov

« Dominique A,
concert Limoges, 14 Novembre 2012 ».

par Hum Toks / E.5131 / Eric SABA

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Suite au nouvel album 2012 : Vers les lueurs.

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« Le rendez-vous des auditeurs de France Inter… hein ? ».

Elle lance ça, comme ça… Elle n’a pas tort… et nous sommes justement en train de réfléchir… Le public, là… Les gens autour de nous… L’âge… La tranche d’âge…

Pas que ce soit « pas tout jeune » (au contraire… puisqu’on est dedans…), mais y a un paquet de quarantenaires (nous…), des cinquantenaires et des soixantenaires-sexagénaires… et plus… oui. Et aussi, tous les p’tits jeunes… parce que le A. il fait le plein et rassemble les générations.

Pas contre toute attente, non, c’est juste qu’on n’y avait pas réfléchi. On n’avait pas anticipé le truc et on se retrouve là, au milieu de tous ces gens et ça fait bizarre… Et puis c’est que j’ai pris l’habitude de me retrouver avec les jeunes limougeauds à La Fourmi, au Zic Zinc, à Lennon.
Les p’tits jeunes qui sont majoritaires… habituellement.

Alors, le A., hein ? Depuis quand je l’écoute, lui ?
Longtemps…

Autre constat… Oui, le public… on parle du public, là… Autre constat, les copains/copines qui sont là, c’est pas n’importe lesquel/le/s… Ce sont ceux/celles qu’on connaît parfois depuis le lycée et avec lesquel/le/s on partage une vision politique, une vision du monde, un engagement. Au moins une partie du public est orientée politiquement. Les copains/copines et un paquet de personnes qu’on retrouve dans les réunions syndicales, politiques, associatives… oui. Monsieur A. a chanté Ferré, on s’en rappelle.

J’ai souvent entendu : « Dominique A ? Le gars qui joue tout seul sur son Bontempi ? » (cf. Un Disque Sourd, 1991). Oui, mais le E. ça lui parle… c’est bien ce qu’il fait depuis qu’il a 10-11 ans… au fond de sa chambre… et sur son ordi encore ! L’ordi, c’est comme un Bontempi évolué…

Sauf que là, ce soir, on est loin du solo sur Bontempi… c’est puissant et subtil en même temps. Chanson française et rock qui remue ta cervelle… Dominique A, chant, guitare et mouvements compulsifs. Batterie, Guitare-Claviers, Claviers, Basse-Contrebasse.

Le concert est long, suivent deux rappels. Ils font à peine semblant de sortir… Tu parles si on a peur qu’ils nous quittent comme ça… On n’y croit pas un instant. Z’ont pas joué « Le Twenty-two Bar »… C’est pour le premier rappel… Bref, c’est bon, c’est du partage. Et du bon sentiment, malgré les mots du A. pas toujours gais : « Le courage des oiseaux », l’interminable « Convoi », « Rendez-nous la lumière », « En secret », le difficile « Pour la peau », etc.

A priori, je ne devrais pas aimer. Ce que j’écoute est plus… violent. Ça tarte ta gueule. Je ne devrais pas apprécié le vibrato de sa voix, ou le côté aigu, là, qui monte parfois, certaines de ses phrases, enchaînements de mots/sons mal foutus (pour mon oreille…), un son, un clavier pas assez, pas assez… et pourtant le charme opère. J’ai trouvé un terrain d’entente avec le A., c’est comme ça. Comme la copine, sûrement, qui parlait de France Inter au début de ce texte, et qui joue/chante du punk-anarcho. Le morceau « Les hommes entre eux » m’émeut toujours. À chaque fois que je l’entends. Ah, ces morceaux qui me font monter les larmes… (Eh ! Tu crois pas que je pleure, non plus !).

J’entends que Dominique A mériterait une salle plus grande (même si la taille de la salle Lennon de Limoges est plus qu’acceptable et l’endroit tout à fait agréable). Et je pense à Thiefaine, dans quelques semaines, à Punish Yourself et Gallon Drunk il y a quelques semaines, à The Young Gods il y a quelques années… Oui. Et le Festival Artooz… Oui. Du beau, de la qualité… La question, c’est pas la salle, c’est le monde que ça attire… Il y a un Zenith à Limoges… C’est pour les grosses productions — soutenues par de gros moyens media… — qui ne demandent pas trop d’effort à leur auditoire…

Ce que voulait dire cette amie, je crois, c’est qu’à l’époque de Brassens, Brel, Ferré, la chanson française à texte, ou dite de qualité, remplissait les salles… qu’il n’était pas interdit de dire que la chanson de qualité se trouvait là, tandis que Sheila et Ringo n’étaient que divertissement.

Dire cela, à l’époque « économie libérale blabla concurrence » qu’est la nôtre, c’est ne pas accéder aux plateaux-télé, qui produisent les machines à fric qui remplissent les Zenith… Eh bien, qu’à cela ne tienne, restons entre nous !

Et revenons-en au A. ! Il ne peut s’en empêcher, le bougre… Il chante un morceau de Remué, mon album préféré, un seul. Le seul morceau extrait de Remué, l’album qu’il renie presque, c’est « Nos pères », magnifique chanson qu’on peut rapprocher d’un autre morceau de l’album « Une Ville », mais qui ne porte pas la même couleur vert glauque qui colore, si l’on peut dire, le reste de l’album. « À l’époque où j’étais une teigne », dit-il… Oui, une époque où, en compagnie de Rodolphe Burger, Bashung, Brigitte Fontaine et Areski, Tiersen, et puis Katerine, etc., il apportait une nouvelle couleur à la zique française, aux textes… et une certaine violence dans le monde de la chanson française. Époque où il fallait écouter l’album remix One Trip One Noise, pour entendre du nouveau du côté de Noir Desir…

C’était une étrange période : l’un chantait sa colère sur son album Remué en 1999, quand l’autre chantait « (S)a Colère » en 1998. L’autre, c’est Françoiz Breut. L’auditeur était froissé ? Et pourtant ça sonnait, c’était beau. Chacun de son côté et à sa manière…

Ce soir, sur l’un des morceaux, à la fin du concert, j’ai cru l’entendre, Françoiz B… l’entendre, une fois encore, sur « Les Hauts Quartiers de Peine ».

Des moments de magie et d’émotion… avec Dominique A.

Une flamme chaude ou brûlante, même quand il chante « rendez-nous la lumière, rendez-nous la beauté, le monde était si beau et nous l’avons gâché… ». Ah, c’est tout lui, ça…

Hum Toks / E.5131 / Eric SABA

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Site de Dominique A :
http://www.commentcertainsvivent.com/

(« comment certains vivent », l’un des plus beaux morceaux…
— quand il était une teigne… — ça reviendra… voire, c’est jamais parti…).

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Alfée Compagnie (2)

21 Oct

Autour de la table, les esprits s’évadent, partagent, sourient. Comment définir ? Quels mots ?
Comme un jeu.
Agathe Elieva est là, chez elle,  Syn-Anton, Hum Toks… et le reste de la bande.
Un jeu, des couleurs, des regards. Quelques sons. Toupetitou fait retentir le piano. Rejoint la harpe : gling, gling…
Repart vers le piano : clang, clang…
Sommes ensemble, sommes ailleurs. Sommes dix, ce soir-là. Comme les deux mains.
Nous penchons sur Alfée. Alfée Compagnie.
Comment dire ? Quels mots ?

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(suite de l’interview d’Agathe Elieva,
présentation de l’Association « Alfée Compagnie »)
Début de l’interview, à lire ici : Alfée Compagnie (1).

Hum Toks : Comment travailles-tu ? Comment travaillez-vous ?

Agathe : Notre travail est conçu comme un véritable prolongement artistique, intimement lié à la création. Créations où chacun peut, malgré/avec ses différences, découvrir, écouter, transmettre, partager.

A l’intérieur de cadres d’improvisations, de jeux, de manipulations, on apprend à écouter, à s’exprimer (vocalement, physiquement, émotionnellement…), à évoluer au sein d’un groupe. Je m’adapte aux différents handicaps, humeurs du jour, histoires personnelles, j’improvise beaucoup, ai tous les outils en tête pour espérer leur faire les meilleures propositions possibles afin de leur apporter ce dont ils ont besoin, toujours dans un souci de cohérence artistique. Une séance peut être ainsi construite autour d’un thème musical, un rythme, un parcours sonore, une improvisation instrumentale, des jeux corporels etc.

Il y a quelques rituels indispensables à notre temps commun : nous recréons notre espace dans la grande salle impersonnelle avec un tissu que nous installons/désinstallons ensemble, une comptine/ronde/chanson au début et à la fin, toujours la même par saison.

Il s’agit donc d’un travail de découverte, d’essais, d’expérimentation et d’échanges, afin de transmettre le plaisir de faire et de créer. Il n’y a pas d’obligation de résultat, c’est une des conditions de la collaboration : nous savons bien qu’il faut du temps pour chaque chose. Il ne s’agit pas d’exercer une pression quelconque ou de faire croire que nous ferons comme. Cela n’a pour moi aucun intérêt dans notre travail artistique. Nous appelons ces ateliers des performances car il s’agit d’un temps improvisé, où nous recréons l’instant avec les outils que nous expérimentons à chaque séance.

« Alfée » ©Leslie Tychsem

 

Hum Toks : Que dirais-tu des enfants, des adultes avec lesquels tu travailles ? Comment vivent-ils ces moments ? Quelle réception ? Que créent-ils ?

« Bleue » ©Agathe Elieva

Agathe : Ils ont tous hâte d’en voir la fin… et poussent de gros soupirs de soulagement. Non je plaisante, évidemment. L’humour… voilà une donnée importante dans ma relation à eux. Capitale. J’ai eu mes plus grands fous-rire professionnels avec un jeune polyhandicapé qui ne parlait pas et malgré cette absence de mots, les idées et l’humour passaient de façon parfaitement compréhensible. C’est souvent cette relation que j’installe qui étonne les adultes avec lesquels je travaille, ainsi que mon exigence artistique. Il y a toujours deux ou trois personnes de l’équipe (éducateurs spécialisés, infirmiers, orthophonistes, etc.) qui participent aux ateliers. Ils apprennent en même temps que les enfants, ce qui induit un nouveau rapport entre eux. Je crois que nous nous apportons beaucoup grâce aux regards différents que nous avons sur les enfants. N’ayant reçu d’autre formation que ma vie, mon expérience et mes réflexions, mon regard sur eux est artistique et non médical. Ce qui sera perçu comme symptôme par exemple par un infirmier sera pour moi la normalité d’un geste musicien répété, une recherche de son, une expérimentation d’objet sonore. Une normalité d’enfant en plein éveil. Souvent, les enfants, par leur appropriation des jeux, des chants, me surprennent et continuent à m’apprendre. Nous communiquons ainsi, en petits ensembles musicaux. Ils créent leur langage, mettent en sons leur histoire, expriment, par le biais de leur sonorité, leurs douleurs/peurs/affections. D’un même instrument, le guiro par exemple, ils auront tous une manière différente d’en jouer : discrète, maladroite, agressive, assurée ou très fine dans les variations de nuance et de tenue. Tout cela nous permet de créer ensemble. Ils sont heureux, parfois soulagés, parfois tristes aussi. Il y a des larmes salvatrices aussi, comme des rires. Il ne faut pas en avoir peur et savoir les accueillir pour continuer le chemin la séance suivante, ensemble.

Certains personnels ne pensaient pas que les enfants dont ils avaient la charge avaient une notion du temps jusqu’au moment où ils se sont rendus compte que les jeunes les pressaient chaque jeudi pour terminer le repas à l’heure afin d’être prêts pour la musique et mon arrivée.

« Origami » ©Agathe Elieva

 Hum Toks : Autre chose à dire ?

Agathe: Oui. On me demande souvent si je suis musicothérapeute, la réponse est non. J’essaye juste d’être éveillée, à l’écoute, curieuse, musicienne donc. Et puisque tu me permets de le dire ici, j’aurais aimé que les « administratifs » viennent avec nous pendant nos rencontres… Peut-être auraient-ils pris alors la mesure de notre travail — qu’ils rangent souvent dans la catégorie « je peux faire comme vous moi aussi je chante sous ma douche » sans concevoir que la musique en particulier et l’art en général, est un métier avec une fonction, un apport vital dans la société, et dans la construction de l’humain, voire du citoyen en devenir !

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Hum Toks : Alors, l’avenir de l’Association Alfée ?
Agathe : La campagne d’adhésion a débuté… N’hésitez pas à nous rejoindre.
Hum Toks : Merci Agathe.
Interview menée par Hum Toks / E.5131 / Eric SABA

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Alfée Compagnie :
https://www.facebook.com/AlfeeCompagnie

Pour soutenir l’Association, ça se passe là :
Alfée Compagnie

Les travaux de Leslie Tychsem :
http://fricasseepourcamion.tumblr.com/

Alfée Compagnie (1)

14 Oct

Autour de la table, les esprits s’évadent, partagent, sourient. Comment définir ? Quels mots ?
Comme un jeu.
Agathe Elieva est là, chez elle,  Syn-Anton, Hum Toks… et le reste de la bande.
Un jeu, des couleurs, des regards. Quelques sons. Toupetitou fait retentir le piano. Rejoint la harpe : gling, gling…
Repart vers le piano : clang, clang…
Sommes ensemble, sommes ailleurs. Sommes dix, ce soir-là. Comme les deux mains.
Nous penchons sur Alfée. Alfée Compagnie.
Comment dire ? Quels mots ?

— Comme un conte… comme une promesse… !
— Comme la promesse d’un conte…
— Sur les dix doigts !
— La musique… comme divertissement ?
— La musique… comme défouloir ?

… comme prétexte à la rencontre ?

… comme moyen d’expression ?

… comme magie des énergies qui se répondent…

La magie… Alfée. La fée… ? Agathe…
Tout ça chez Alfée ! Et la musique comme thérapeuthie, diront certains… La musique… comme une compagne.

Comment dire ? Quels mots ?

Alfée, c’est peut-être avant tout Agathe… Une pierre « fine » posée, dit-on… mobile. Une constellation… Une étoile…
De celles qui brillent un peu plus que d’autres… Un nuancier de tons, aussi…
Il est des rencontres mémorables – des êtres qui par leur simple présence vous invitent à pénétrer une nouvelle dimension : heures simples, bleues, riches.

Il suffit qu’Agathe, croyez-m’en, joue, ou parle de musique… et tout se tait. Et l’enfant pose son visage dans ses mains, écoute et garde son empreinte, longtemps, longtemps… c’est éprouvé.

« Agathe, à la harpe… » © Mat Hild & Esther des Plumes

 

Alors… pour parler d’Alfée… il me semble que la meilleure chose à faire est de lui laisser la parole.

Hum Toks : Agathe ? … Agathe ? Coucou… C’est à toi…

Agathe : Merci à vous* de m’inviter pour partager un peu de notre travail, au bord des mondes.

(*leblogdudoigtdansloeil…)

Hum : Quand ce projet est-il né ?

Agathe : L’association est née officiellement en décembre 2003… d’un désir d’autonomie et de liberté. Le choix du nom a été un moment important. Alfée porte mes initiales de naissance, l’effleurement de la magie et de l’acte posé : « le faire ». Alfée porte aussi les racines méditerranéennes que j’aime : c’est en effet le nom d’un fleuve italien, toscan, que Virgile évoque dans l’Enéide. Il y est question de nymphe, de fontaine et de mythe. Parfait ! Et puis « Compagnie » parce qu’il n’était pas question d’agir seule. L’aventure pouvait réellement commencer.

Hum : Quelles étaient tes intentions ? Quels étaient tes objectifs ?

Agathe : Les intentions au début de la compagnie étaient de promouvoir l’universalité de la musique. Vaste programme, grande ambition, mais idée simple : la musique (en premier lieu le rythme et la pulsation) étant dans tout, nous voulions toucher à tous les publics, sous plusieurs formes d’expressions possibles. Expositions sonores, performances, récitals proposés dans des lieux singuliers (rue, galerie, hall de théâtre, divers espaces publics etc.) mais aussi, dès le début, des projets artistiques et culturels, à destination des enfants, organisés dans les écoles, avec le souhait principal de nous adresser à des publics labellisés (quel terme…) « différents ». En zone d’éducation prioritaire, auprès des enfants zèbres (à haut potentiel intellectuel) et, en premier lieu, aux enfants porteurs de handicaps mentaux et moteurs.

Notre objectif était finalement assez simple lui aussi : faire ensemble, partager l’instant, hors du concept intellectuel que suppose le verbe, la consigne orale et ouvrir les portes à cette autorisation finalement peu évidente d’être soi, là, maintenant, ensemble, riches de nos différences, dans cette expérience incroyable que peut être le temps musical – cette architecture fondatrice vitale. La liberté dans la rigueur, le 1 ajouté au 1, au 1, etc. qui forme ensuite l’ensemble. Je crois que c’est le cœur de mon travail de musicienne : le singulier au service de l’ensemble. Donner une place, simplement, à ce fameux triangle dont la sonorité s’avère parfois indispensable à l’orchestre.

Hum : Quelles vertus attribues-tu à la musique ?

Agathe : Toutes ! Je suis persuadée que le partage du sensible impacte considérablement en termes d’intégration scolaire, sociale ou professionnelle. L’art permet de se montrer tel que l’on est, et de s’identifier à l’autre dans sa ressemblance et sa différence. La musique est l’art qui permet d’apprivoiser le silence, l’inconnu, ce qui nous submerge. Du premier sifflet bricolé de l’homme préhistorique au mamané que je chante auprès des petits psychotiques, en passant par les gazouillis du nourrisson, c’est l’art qui nous accompagne à chacun des moments de notre vie, partout sur le globe, dans chacune des civilisations. C’est l’universel enchanté, ce qui nous relie.

« Les trois mobiles dans le jardin » © Agathe Elieva

 

Hum : Comment l’Association s’est-elle développée ? Comment se développe-t-elle actuellement ?

Agathe : Par des rencontres et des opportunités ! Tout cela est bien artisanal et le chemin s’est construit petit à petit, sans plan et sans véritablement de communication. Nous avons resserré nos actions très rapidement autour de la musique et du handicap. C’est ce que je souhaitais réaliser, depuis mon enfance. Sensibilisée très tôt aux questions des différences, j’ai bien fini par m’apercevoir que mon travail de compositeur et d’auteur, tournait inlassablement autour de l’enfance, du silence, et des singularités. Nous avons développé des partenariats avec des structures médico-éducatives, des écoles élémentaires, des conservatoires de musique, des lieux de diffusion artistique. Plusieurs associations et instituts spécialisés nous ont fait confiance sur Paris et la région parisienne jusqu’à la création du Pôle Handicap du conservatoire municipal du 19ème arrondissement. Nous travaillons avec des enfants et adolescents porteurs de handicaps mentaux mais aussi avec des enfants et adolescents polyhandicapés. Au bout de trois ans de travail régulier nous pouvions jouer ensemble, à la mesure de nos possibilités, qui un son de gorge, qui une maraca bricolée pour être jouée à la cheville. Peu importe, nous étions ensemble, on s’amusait, on recréait l’instant.

J’utilise l’imparfait, tu l’auras noté ! Puisqu’aujourd’hui, l’association se retrouve presqu’en pause momentanée, suspendue aux réponses de soutien et aux décisions politiques. En effet, la politique de restriction budgétaire de l’ARS (Agence Régionale de Santé) associée au choix des personnes administrant ces budgets dans les structures d’accueil (IME, IES etc.) font que cette année, après six ans de travail auprès des enfants et des jeunes, nous nous retrouvons sans convention pour la nouvelle saison qui vient de démarrer. La priorité n’est plus donnée à l’apport artistique, ni aux bienfaits des intervenants extérieurs mais au rendement ; l’argent prend le pas sur le bien-être des enfants. Malgré le soutien des éducatrices spécialisées, des psychologues attachés à ses structures et les progrès notables des enfants, la décision annoncée (toujours sans gant, ni reconnaissance) est sans appel.

« Couleur » @ Agathe Elieva

L’idée est donc que Alfée devienne une association labellisée. Soutenue par nos adhérents, subventionnée par les pouvoirs publics, nous pourrions proposer nos performances de façon gratuite ou à minimum de frais pour les structures. Cet accès gracieux aux associations et structures d’accueil des enfants est le premier objectif. Répandre cette idée qu’un atelier musical au sein d’un conservatoire, école d’enseignements de pratiques artistiques pour tous, peut faire partie d’un protocole de soin — ce qui signifie que les structures publiques de santé mais aussi culturelles peuvent travailler ensemble : c’est notre deuxième objectif. Le troisième est de transmettre notre savoir-faire aux professionnels intéressés par notre démarche.

Concernant le fonctionnement de l’Association, la campagne d’adhésion va débuter… N’hésitez pas à nous rejoindre.

Hum Toks : Merci Agathe.
Interview à suivre… (Nous te/vous suivons /je /ils/elles…)

Interview menée par – Hum Toks / E.5131 / Eric SABA —

Alfee Compagnie : https://www.facebook.com/AlfeeCompagnie

La suite de l’interview, c’est là : Alfée Compagnie (2) !

TREPONEM PAL, Survival Sounds

29 Sep

« Treponem Pal 2012 » ©suzan-brun.com

TREPONEM PAL, Survival Sounds / Chronique de Hum Toks/E.5131
Credits Photos :     Suzanne Brun (http://www.suzane-brun.com/)
                                     E.5131 (http://humtoks.com/)

Avertissement (et pour la petite histoire), le rédacteur de cette chronique n’est autre que le frère du bassiste du groupe chroniqué. Il ne compte pas faire ce que font les journaleux et autres commentateurs politiques ou économiques : c’est à dire taire les liens affectifs et « privilégiés » qu’ils entretiennent avec ceux dont ils parlent. Ceci étant dit, les chroniques du E. ne sont jamais objectives : il ne parle que de ce(ux) qu’il aime…

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Les premières sonorités viennent griffer le creux de l’oreille, le fond de l’oeil, à gauche. C’est incisif, corrosif.

Mais… ça n’est pas seulement tranchant, comme à l’époque de nos vingt ans (fin 80’s, mi 90’s). Ça ne se contente pas de te découper en milliers d’éraflures tant les nerfs sont à vif, comme la plaie… Non…

Même si…

Oui… Même s’il est évident que le riff qui ouvre l’album te ramène à l’ancien Trepo, aux Young Gods de l’album TV Sky.

Il s’agit aussi, avec Survival Sounds, de t’accueillir, bras ouverts, d’ouvrir la porte d’un nouvel univers riche en contrastes. Et je n’ai pas dit que l’ « on » te tendait un piège… (les panneaux, c’est bon pour la Sécurité Routière).

L’équilibre s’établit…

Froideur et noirceur d’un Rock-Indus assumé du début des années 90, d’un côté…

Chaleur et groove déjà rencontrés fin 90’s, avec Higher ou Elephant System, de l’autre.

Les deux pans réunis par la voix de Marco qui fait le lien… par la basse puissante, envoûtante… par les sons électro (ou synthé, ou même piano, sur certains morceaux) de Didier B. ; la gratte (Polak, digne successeur de Bassin & Co) et la batterie, chacune à son poste, comme une signature… celle de Treponem Pal, le retour, 26 ans après sa création. Et en route pour le XXIème siècle !

Les sons électroniques occupent le ban et l’arrière-ban, surgissent, à l’occasion, comme une version audio 3D, pour se placer là, devant – and fuck all the rest. On comprend qu’ils auront toute leur place, tout au long de l’album. Ils voyagent d’une oreille à l’autre, donnent le tournis. Effet rééquilibré par la batterie (El Marto), bien en place, qui travaille, précise, méthodique, riche et surprenante dès qu’une partie prête le flanc à l’attaque-éclair.

« TREPONEM PAL, Suvival Sounds » ©Keuns Tattoo Artist

Après l’accueil, donc, la claque. Une première mise en garde dès le second morceau « One way trip down ». Tu n’as toutefois pas encore franchi le hall d’entrée… « On » t’ouvre les portes, « on » t’invite à prendre place dans un grand canapé rouge sur murs noirs. Car l’album te réserve, en plus des claques (« Hard on », « Riot Dance », « Love the life… »  ), quelques surprises…

Il faudra se pencher sur le berceau. Il y a peut-être là du nouveau, des perspectives, des lignes à explorer. On songe au travail de Tom Waits ou Arno qui tirent le rock vers des sentiers déstructurés, personnels, déroutants, inattendus.

Pour preuve, le quatrième morceau « Runaway Far Away » qui déboule sans crier gare : à la fois classique, plus lent, mais avec un travail sur la voix et sur la production hypnotique (une drôle de basse qui parcourt le manche, te taquine la cervelle, un orgatron du XXIème siècle qui te saisit, imprime la cadence infernale …) qui occupe toute la place laissée, en arrière, et qui ne peut laisser indifférent.

***  « Runaway Far Away », en écoute : le titre « Runaway… ».  ***

Oui, un travail sur la rythmique manifeste… une rythmique à l’équilibre précaire… Sur « Subliminal Life », ça avance selon la logique éléphantienne : un pas, puis deux sans savoir où poser les pattes, sans savoir si la chute – équilibre précaire – n’est pas pour le pas suivant. Le morceau s’ouvre comme une symphonie qui déraperait à chaque moment, porté par une basse qui nous offre la syncope, enveloppe son auditeur comme l’ombre se joue de l’innocence (Syn-Anton, dernière recrue du groupe). Un pas de côté, encore, puis s’achève… et laisse la place à un rythme dansant.

Oui, dansant : pour une « Riot Dance », track 7. Un pas en avant pour deux en arrière… Les dernières mauvaises nouvelles du monde ne viendront pas (pour l’instant…) démentir la juste observation de Marco.

« El Minotauro » ©E.5131

Plus qu’Indus, l’album est Electronique et Rock. Les sons portent… résonnent : basses, percus, voix, guitares, parasitages en tous genres… Vaste horloge-cathédrale qui te rappelle que Lui (Evil) veille, compte et te rappelle : « Memento Mori… ». Une grosse basse qui bat la mesure… 666… Rythme à la fois enlevé et pesant… « Memento Mori, he said… ». C’est le neuvième morceau « Evil is calling ». Marco joue le rôle de façon très réaliste… Ah, c’est donc ça, la petite voix rauque, dans mon dos… au creux de mon oreille… ?

On dit toujours Trepo écartelé entre The Young Gods et Ministry. Ce n’est pas tout à fait faux. Mais surtout, c’est une façon de dire que Treponem Pal trace son propre sillon (à profondeurs multiples), ne suit pas les lignes tracées par les cousins, et propose du rock, du groove, de l’indus, de l’électronique, du dansant… carnavalesque, cinématographique, freaks à tous les étages, circassien… L’Evil dissimulé sous la table, guettant l’heure… jusqu’au blues, racines de la black-music dans les bas, les arrière-fonds… C’est la balade que propose le morceau suivant « Lowman Blues », suivi d’une pépite, l’une des surprises que réserve l’album : « Drunk Waltz », Track 11. Valse… Une valse chez Trepo !??? Une Danse de l’Ivresse que nous offre le groupe, que porte la basse de Syn-Anton, sans modération…

« apotheosis » ©E.5131

L’album s’achève sur un morceau qui redonne des couleurs à l’auditeur malmené : « Love the life we live » (« We live the life we love, we love the life we live »). Le morceau détient le secret… la formule trouvée de ce nouvel album, la tentative réussie de Survival Sounds : metal, indus, puissant, et… dansant. Et là, c’est le E. qui le dit : « Allez, on mouve son fesse ! ».

Finissons-en… avec le chant de Marco : « different vibes and differents sounds / different signs and different visions / all the freaks and know the same blues… (…) original riders brought together, united by a common sense of love… ».

***   « Love the Life we Live », en écoute : le titre « Love the Life… ».

Allez, mouve ton fesse !

Hum Toks / E.131

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