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Le cas Erwan Larher, auteur (2)

9 Avr

Dimanche soir, 20H, page 13 du roman Entre toutes les femmes, de Erwan Larher, que j’embrasse avec toute la chaleur dont je suis capable :

« Au début ils n’y croyaient pas. Ils ricanaient ouvertement. Sur les écrans s’étalait le sentiment de supériorité que leur donnaient des décennies de domination ; les articles relayaient leur scepticisme goguenard. Bien que tout juste battu (…), le président de la République sortant n’en était pas moins braillard. (…) les Montagnards, l’autre parti politique du paysage, étaient tout aussi belliqueux. Parce qu’en définitive, ils défendent le même monde. Un monde qu’Arsène Nimale a commencé de chambouler.

Alors ils ont peur.

Montagnards et Feuillants (parti du président sortant) sont tenants d’une politique intérieure sécuritaire et répressive (« Quand une branche est pourrie, on la coupe »), défenseurs d’un capitalisme libéral plus ou moins ultra (« Vous avez mieux à proposer ? ») et partisans d’un État étique. Les dirigeants des deux partis se piquent de pragmatisme et ont géré en alternance le pays pendant de décennies sans que personne vît la différence – de toute façon, la Confédération européenne leur dictait les politiques budgétaires, monétaires et économiques.

Et voilà que, sorti de nulle part, porté par un immense enthousiasme populaire, avec des mots d’ordre aussi ingénus que « redevenir heureux », « prendre le temps » ou « valoriser l’humain », Arsène Nimale (…) les a balayés et a conquis l’Élysée. Ils n’ont rien vu venir, malgré les sondages, malgré l’évidence (…). »

Entre toutes les femmes, Erwan Larher, janvier 2015, Éditions Plon.

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Erwan Larher, « Lire à Limoges », avril 2017. Avec Aurélie Janssens, sur France Bleu Limousin.

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C’est l’histoire de n°2 (Autogenèse) et n°4 (Entre toutes les femmes). Pour découvrir les aventures d’Arsène Nimale, de La Voix, de Cybèle, celle qui, entre toutes les femmes, évolue entre deux mondes (celui des élites qui décident, tandis qu’Elle habite Freak Zone…), il faut se procurer les livres, dans toutes les bonnes librairies, et surtout indépendantes. On peut aussi lire l’un sans lire l’autre, même si, oui, « n°4 » s’appuie sur « n°2 » (Autogenèse, Michalon Éditions, 2012) et propose une anticipation : Que deviendra notre monde, après les politiques successives, si semblables des deux principaux partis ? Qu’amènerait un vent nouveau ? Et où en serions-nous des années plus tard ? Quelle place pour les anciens dominants ? Comment réagiraient-ils face à ce vent nouveau ?

De n°2 à n°4, le « Elle » à la place de « Il ». Ainsi, le lecteur plonge dans un univers qu’il connaît déjà.

C’est une œuvre clivante, car politique… Si bien que n’y résistant plus, à la centième page plus trois, j’envoyai un mail à Erwan : « Tu pouvais pas me le dire d’attaquer Autogénèse, rapido… ? (et plus vite que ça, encore !) ».

Dans la chronique intitulée « Le cas Lahrer -1- », j’écrivais qu’Erwan, avec ses romans n°1 et n°3 (Qu’avez-vous fait de moi ? et Mâle en milieu hostile) était d’emblée accepté/invité (comme il voudra) au sein de la tribu des « Salut les parano(e)s ! ». Ce roman, le n°2, ne vient pas décevoir les attentes du club des « lecteurs avertis en valent x2 ». Le n°4 itou.

« Le seul et triste plaisir du paranoïaque est de vérifier, un jour, qu’il avait malheureusement raison… » E.5131

En attendant d’être pleinement réalisées dans le réel, voici réalisées dans cette œuvre (roman, anticipation, sf ?) toutes les craintes d’une partie de la population (dont nous sommes) : les parano-e-s chers et chères au Medef-Cnpf-Cac40, les manifestant-e-s public-privé…

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Erwan Larher, « Lire à Limoges », avril 2017.

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Oui, il y a une histoire, mais aussi une vision… mais aussi la proposition d’une société autre. C’est en creux… pendant que tu goûtes l’histoire, les situations, l’humour caché sous chaque ligne, tu t’interroges : ça ressemble rudement à ce que l’orientation actuelle nous propose. On vivra ça dans combien de temps ? 5, 10, 15 ans ?

Alors, se pose la question de ce qu’il est – encore – possible de faire pour éviter ça…

Et si je me pose la question, c’est que le livre est efficace : il rejoint en cela le formidable film-interview de Thomas Lacoste… J’avais intitulé la chronique : « faire de la politique autrement ». Oui, c’est ce que fait Erwan. Bravo, mon pote !

Il s’agit d’échapper à la parabole de la grenouille qui se laisse ébouillanter. Je m’explique :

Une grenouille jetée dans l’eau bouillante, réagit et saute hors de la casserole. Une grenouille qui prend son bain dans une eau tiède se laissera prendre au piège de la température qui monte peu à peu et finit par l’ébouillanter, sans qu’elle ait « pensé » à réagir.

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Pour réussir ce tour de force, Erwan choisit un personnage neuf et c’est au travers de son regard neuf que le lecteur prend connaissance de ce monde dans lequel le narrateur le plonge. Ce monde, il vit déjà dedans et souvent ne réagit pas… La projection à 15 ans et le choix d’un personnage amnésique permet de fabriquer le choc, la prise de conscience… une réaction ? Le lecteur sautera-t-il hors de la casserole qui l’ébouillante ?

C’est aussi le terrain de jeu d’un narrateur qui, comme dans n°1 et n°3, s’amuse avec les possibilités qu’offre le roman : apparitions, disparitions, ellipses, humour, jeux de mots, etc.

C’est aussi une réflexion sur le souvenir, le passé, l’existence « poulet sans tête », le rapport aux autres, le réel, le fantasmé, la vérité de ce qui est vécu, de ce qui est tout court…

On t’expliquera ce que représentent les différents partis politiques, sur quoi ils se fondent, quel système favorise la loi du plus fort, à quoi sert « l’apparente alternance »… Oh, j’en dis trop, là, je crois…

Tu sauras à quoi servent les musées dans les C.U.

Léger, le Erwan, léger…

Légère cette vision du monde… tu crois ça ?

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Je songe aux deux journées passées chez l’auteur : à détruire, défaire, cogner, en vue de rénovation, la soirée à boire et jouer, la nuit à boire et refaire le monde.

Et cet instant de grâce : alors qu’Erwan donne son point de vue enivrant sur l’argent, son existence, son empreinte abusive, Thomas (un autre Thomas) qui s’étrangle, me regarde, le regarde et s’exclame : « Tu ne peux pas dire ça, Erwan ! ». Si, il peut le dire… J’adore. « Tu ne peux pas penser ça, Erwan ». Aussi… Oh, si. Et il l’a écrit.

Ce soir-là, ce que je ne savais pas c’est qu’Erwan avait déjà écrit/proposé un programme politique : dans Autogenèse !

« Tu pouvais pas me le dire d’attaquer Autogénèse, rapido… ? (et plus vite que ça, encore!) ».

Conte pour enfant ? Récit apologue et réaliste, d’anticipation ?

« Et voilà que, sorti de nulle part, porté par un immense enthousiasme populaire, avec des mots d’ordre aussi ingénus que « redevenir heureux », « prendre le temps » ou « valoriser l’humain », Arsène Nimale (…) les a balayés et a conquis l’Élysée. Ils n’ont rien vu venir, malgré les sondages, malgré l’évidence (…). »

Entre toutes les femmes, Erwan Larher, janvier 2015, Éditions Plon.

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Autogenèse
, Erwan Larher, 2012  :
http://www.erwanlarher.com/?page_id=30

Entre toutes les femmes, Erwan Larher, 2015 :
http://www.erwanlarher.com/?page_id=15

Chroniques romans n°1 et 3 de Erwan :
https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2013/07/02/le-cas-erwan-larher-auteur/

Chronique romans n°5 de Erwan :
https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2016/05/08/marguerite-naime-pas-ses-fesses/

Le site d’Erwan Larher : http://www.erwanlarher.com/

Le Logis du Musicien : https://www.facebook.com/logisdumusicien/

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Hum Toks / E.5131 / Eric SABA (texte, photos)

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Erwan Larher, « Lire à Limoges », avril 2017.

 

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« Marguerite n’aime pas ses fesses », Larher (3)

8 Mai

4

Les fesses de qui…? Les siennes, les miennes, les siennes…?
(Chronique du 5ème roman d’Erwan Larher, par Eric SABA)

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N°5 de Larher !
Son titre : Marguerite n’aime pas ses fesses.
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Je sais que je ne vais peut-être pas lui faire plaisir en disant cela…
Toujours est-il que lorsqu’on ouvre un roman d’Erwan Larher, on a une petite idée de ce que l’on va y trouver. C’est peut-être ça, la signature…

Première page, Marguerite observe son derrière et après les quelques hésitations-interrogations du narrateur, c’est sans appel : Marguerite n’aime pas ses fesses, ses propres fesses (« propres…? »). Elle ne se contentera pas d’observer ses propres fesses (« propres…? », insista Jonas, son compagnon), le petit lapin lui dira qu’il est grand temps de cavaler et de rencontrer rois et reines et chapeliers (c’est fou…!), et d’ouvrir un œil neuf sur le monde…

Quand on a lu les 4 romans précédents, on a donc une petite idée de ce qui nous attend sitôt le livre ouvert : une petite idée du style, du déroulé forcément alambiqué, des apparents coq-à-l’âne maîtrisés et signifiants, des dialogues ou commentaires croustillants, de l’humour sous-jacent, du rire camouflé-étouffé-respect-hum…, de la pointe caustique, des miroirs plus ou moins déformants croisés au détour d’une phrase, d’un paragraphe, d’un personnage…

On a une petite idée du genre d’histoire racontée, du petit jeu qui s’installe entre la narration et le lecteur :

tu vas voir je vais te perdre, te balader, te donner de bons indices ou t’amener sur des voies qui se révéleront culs de sac, mais ça t’amuse et c’est pas désagréable t’aimes bien ça et c’est juste un jeu tout rentrera vite à peu près dans l’ordre… à peu près… leur ordre… toutes et tous à leurs ordres, ou presque… et toi…?

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Une petite idée du labyrinthe dans lequel, avec bienveillance, Erwan veut nous entraîner.

On en a un petite idée parce que, 4 fois déjà, on a accepté le rôle de victime consentante… On sait aussi que sous une forme parfois légère, les sujets traités sont le plus souvent essentiels – du moins à mes yeux.

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Le narrateur peut s’amuser, voire berner le lecteur ; il peut aussi lui permettre d’aller jeter un coup d’œil derrière le rideau des apparences, derrière l’image lissée et simpliste des hommes de pouvoir (politiques, médiatiques, industriels, financiers…), derrière les informations livrées par les JT (en tous genres, mais de même facture) concernant telle ou telle affaire de suicide, d’assassinat – je me rappelle d’un devoir de grammaire à la fac et de la réaction de l’une de mes profs préférées, à Poitiers : « Vous employez la tournure « suicider quelqu’un », je ne sais pas si je peux grammaticalement vous suivre… ». Erwan, 20 ans plus tard, m’accompagne, tout comme Groland il y a quelques années : c’est le règne des parano-e-s clairvoyants qui n’ont pas besoin de théories loufoques pour saisir les rapports de force à l’œuvre…! Que dire…? Que la tournure existe bien : « suicider quelqu’un ». Que c’est même une expression courante, une conclusion très officielle. Car s’il raconte des histoires, il s’agit aussi pour Erwan, dans chacun de ses romans, de mettre à jour la mise en scène concoctée par les puissants qui jouissent d’une situation qu’ils ont crée et dont ils comptent profiter encore longtemps, même si c’est aux dépens de tous les autres. Et s’il use de la nuance, c’est pour convaincre mieux… (Jonas accuse l’oligarchie…).
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Erwan a le sourire parce que le titre est parti à la réimpression, parce qu’il sera encore en librairie, qu’il pourra être lu et que les lecteurs seront contents (de le trouver et de le lire, espère-t-il)… Erwan remercie la maison d’édition (Quidam), ses lecteurs, les blogueurs qui ont chroniqué « les fesses de Marguerite ». On se rappellera que lors des premières semaines Merci Patron, le film de François Ruffin, était diffusé dans très peu de salles et que c’est l’investissement et l’acharnement des militants qui ont fait son succès, peut-être le début des « Nuit Debout », les 400 000 entrées, et le monde nouveau qui vient… (note lyrique et enjouée).

Erwan propose donc d’aller voir dans l’arrière-boutique. Pas seulement sur le terrain politique ou sociétal. Il s’intéresse aussi à l’humain à son esprit torturé, malade, confiant, ou résolu. Il pose un œil sans complaisance, amusé, de manière crue parfois, sur les corps, la chair, les fesses, ses besoins, sur le linge sale jeté dans le panier, culotte comprise, sur les heures passées face à l’écran d’ordinateur. C’est fait sans vulgarité, c’est fait avec naturel, avec un clin d’œil complice : « je t’ai bien eu-e, hein, insensé-e qui crois que je ne te connais pas…! ».

Marguerite n’aime pas ses fesses, c’est donc l’histoire d’une jeune femme qui m’a semblé déjà toute vieille, qui n’a pourtant pas encore ouvert les yeux et qui s’apprête à éclore, face au miroir et n’aimant pas ses fesses : le lecteur sera témoin de ce moment. Face à la psyché (choix des mots, pas de hasard…), elle observe ses fesses, en oublie d’interroger le monde, les autres, de porter son regard de l’autre côté du miroir. Elle croit ce que les médias (dont 95% sont détenus par des milliardaires qui font la pluie, le beau temps et l’opinion) lui racontent, elle croit que son compagnon ne la touche pas parce qu’il n’aime pas ou n’est pas intéressé par le sexe, tout comme elle… Elle croit, elle croit et parfois, elle ne sait pas, croit même qu’elle s’en fiche un peu, passionnément, totalement. Face à la psyché, elle va finir par ouvrir les yeux, son esprit et au contact des autres s’ouvrir elle-même…

Je ne sais pas si je lui fais plaisir en disant cela, mais après avoir lu n°1 et n°3, j’ai eu envie de relire n°2. Après 2 et 4, j’ai attendu n°5.

J’attends n°6.

Des histoires de fesses, encore… copain Erwan ?
De l’humour en guise de ponctuation…?
Avec une pincée de conscience politique…?
Et la résignation…? Jamais…!!!

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Hum Toks / E.5131 / Eric SABA

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Quelques clics :

***Présentation de Marguerite chez Quidam Éditeur…

***Blog d’Erwan Larher…

***Le fabuleux projet d’Erwan : Le logis du Musicien…

ou sur FB : Le logis du Musicien…

***La chronique des romans 1 et 3 d’Erwan, sur Leblogdudoigtdansloeil

***La chronique des romans 2 et 4 d’Erwan, sur Leblogdudoigtdansloeil…

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Le cas Erwan Larher, auteur

2 Juil

Titre : « Le 1 et le 3 », par Hum Toks / E.5131 / Eric SABA

Sous-titres possibles :

– 2 romans, 1 chronique…

– Erwan Larher, membre de la tribu…

– Comment parler de soi, de lui et d’autre chose ?

– Chronique ni tête…

©Dorothy-Shoes

©Dorothy-Shoes

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Hum, hum… Moi qui, a priori, ai horreur des a priori, j’ai adopté le style d’Erwan Larher assez vite : efficace, jeu sur le mot, la structure, le renversement des points de vue, contre-pied, raquette de squash à la main, recherche du terme hétéroclite… Put one coin ! Erwan prend à cœur son rôle de narrateur, caresse, en apparence et dans le sens du poil, le lecteur en se jouant de lui, car au bout : la surprise. Je crois qu’Erwan n’envisage pas l’écriture sans la surprise, le jeu, le plaisir. Et le petit plus dont il est question tout de suite.

2 lettres pour commencer : EL

Cher Erwan,

J’ai bien fait de déposer le cri de ralliement « Salut les parano(e)s ! », comme d’autres déposent la marque « nan, mais allô », car, en écrivant L’abandon du mâle en milieu hostile, ton troisième roman, tu t’inscris totalement dans le concept. Tu me feras remarquer que ton premier récit Qu’avez-vous fait de moi ?, déjà, respectait, à la ligne, le manifeste originel du « parfait parano(e) » et je te dirai « oui » – une façon comme une autre de confirmer tes dires. Tu me parleras alors de ton deuxième roman et je t’arrêterai bien vite, la paume en avant (style « parle à ma main »), pour te dire « laisse-moi la surprise, je ne l’ai pas encore lu ». Concernant ce premier roman et ce dernier en date, que dire ? Ils m’ont plu.

Cher lecteur, je te rappelle les bases…

Faire sa Cassandre n’a rien de plaisant, je le sais. Mais il se trouve qu’à se faire traiter de parano(e)s à longueur de réunions, de discussions amicales, familiales, cordiales, associationales, tu (nous, toi ?) t’habitues à entendre le terme qu’on te sert, régulièrement : parano(e). Et puisqu’il s’applique de long en large à ta propre personne – du moins dans l’œil et la bouche de l’autre –, tu finis par l’adopter. Oui, tu l’adoptes, ce terme. Ce terme qui devient doux comme une deuxième peau, tu en redéfinis le sens, tu finis par le porter comme un gonfanon et à fabriquer, avec tes congénères, une petite tribu répondant au nom de « Salut les parano(e)s ! ». Ainsi, autour de la table, les regards échangés permettent aux parano(e)s en tous genres de se repérer les uns, les autres. Ils finissent par former un groupe, une entité, une carapace fraîche : le groupe débile, indélébile, de ceux qui annoncent… de ceux qu’on prend pour de dangereux extrémistes à la vision altérée par la colère, l’envie, la jalousie (oh oui, on en entend des choses et des belles et des vertes et des bleues et des pas mûres…), de ceux qui, pessimistes (lucides ?), sont décidés à agir pour changer les choses (pour le moins, à résister…) et qui s’auto-nomment, puisque c’est leur nouveau sobriquet : les parano(e)s ! La stratégie est simple. Il s’agit de jouer sur le mot, le sens, la situation et de tout renverser… (en commençant par la définition, pour finir peut-être… par la table). Erwan, lui, écrit des romans.

©Dorothy-Shoes

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Erwan, puisque c’est de toi qu’il s’agit

Cher lecteur de Leblogdudoigtdansloeil (NB : c’est pas moi qui ai choisi le nom du webzine…),

C’est le deuxième auteur que je chronique ici. Le premier, Sébastien Ayreault, pour son très beau Loin du monde. Le second, Erwan Larher.

J’en ai rencontré un, pas l’autre. Pas encore (Sébastien vit aux Etats-Unis).

Ces deux-là se sont peut-être croisés, cette année, lors du Salon du Livre de Saumur, au cours duquel Erwan a gagné le « Prix Claude Chabrol ». Depuis, il a raflé d’autres prix et son roman L’abandon du mâle en milieu hostile se retrouve en haut des conseils de lecture pour l’été qui vient (à petits pas…). On parlerait, se murmure-t-il, d’une adaptation pour le cinéma…

Ça fait un paquet de temps que je suis Erwan… Des points communs. Un mot de temps à autre, quelques messages, des conseils de sa part. Un long moment au téléphone, en 2008. Des idées partagées et son premier roman en 2010, puis le second (pas lu encore) et celui-là (L’abandon du mâle…), en 2013 : année de notre rencontre, en vrai, en chair, en os et en blouson, parce qu’il ne faisait pas très chaud, à Limoges…

©Sandra Reinflet

©Sandra Reinflet

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L’univers

Que puis-je dire de ses « héros » ? C’est lui, c’est moi. Et ce regard porté sur la société… ? Il dit « cynique », je dis « désabusé ». Le personnage principal… ? Il dit « couillon », je dis « naïf ». On peut cumuler les deux. Un héros, anti-héros, héros malgré lui de son plein gré, qui ne se retrouve jamais du bon côté de la barrière. Les filles… ? No comment. Si : un problème. Le blé… ? No comment. Si : un miroir aux alouettes, bien présent. Le rapport à la hiérarchie… ? No comment. Si : des dieux, des maîtres… des manipulations, des machinations. La politique… ? No comment… Ou plutôt, tant à dire… Erwan est à l’origine d’une décision mûrie longtemps, prise le 18 mars 2012. Le narrateur… ? Malin. Malin, joueur, coquin. Joueur et généreux. Un narrateur qui offre moult plaisirs : rebondissements, retournements, éclaircissements, tourneboulements. Un narrateur qui aime les mots, je veux dire par là : le son, le sens et le vocabulaire qui fait un pas de côté (ex : « alacrité »…). Un narrateur qui aime la structure, l’agencement, l’organisation de l’histoire offerte, les références : Metal Urbain, The Cure, Le Clézio, Echenoz ou la finale Noah-Wilander. Sans tout cela… point de plaisir. On l’a déjà dit.

(Une erreur, selon moi : on ne peut associer dans la même phrase Djian, BHL et Sulitzer. Sache, cher Erwan que nous devrons discuter fermenent.)

Le personnage mâle, le couillon, chez Erwan Larher est toujours un peu paumé. Tellement bien que c’est lorsqu’il imagine qu’il commence à maîtriser deux trois choses qu’il est au plus loin de la compréhension du monde ou de son environnement proche.

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Mise à jour (mars 2016) : oui, le 2 et le 4 existent… une chronique bientôt.
Et le 5, à venir (avril 2016).

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Machination

Les deux romans sont construits sur cette idée : le point de vue d’un personnage, la représentation erronée, déformée de la société, du réel… images et illusions. Erwan met en scène (pensons qu’il a écrit pour le théâtre aussi) l’oubli, l’aveuglement, devant le paraître. Cécité collective qui ne concerne pas que le personnage principal. Impossibilité de saisir ce monde qui NOUS entoure, qui donne à voir, multiplie les écrans et les informations… pour mieux tromper… ?

Tiroir supplémentaire à cette présentation bien commode : Erwan joue, fabrique ce jeu des illusions, des ombres, des apparences, des flagrants mensonges… Erwan se joue aussi de toi (moi), lecteur, et, dessillé (initié), tu y trouveras du plaisir.

©Dorothy-Shoes

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Et puis ?

On avance dans ses récits et l’on se dit qu’Erwan Larher a décidément beaucoup d’imagination, que tout est inventé. On n’est plus sûr de rien… Plus sûr que c’est lui qui écrit, plus sûr qu’il contrôle encore tout à fait… Et c’est le mystère de l’écriture et de cette cervelle d’auteur, écrivain, dingue de fables et de fantasmagories. Quand TOUT se transforme en récit possible.

Me voilà au bout des lectures. Après Qu’avez-vous fait de moi ?, j’ai pensé au Magnifique, le film avec Belmondo et j’ai pensé que, finalement, je n’étais pas tombé sur le bonhomme par hasard. J’en ai profité pour comprendre le titre.
Après la lecture des deux romans (« le 1 et le 3 »), j’ai pensé à THX1138, au futur qui nous attend… Et je me suis dit : « Ils sont très forts ! Mais qu’ont-ils fait de lui ? ».

Qu’avez-vous fait de moi ? : un mec qui imagine sa vie, les nanas, quand il sera riche et qui commence par essayer de… trouver un emploi… La suite ? Il s’interroge. Et il a raison. Parce que le pauvre gars ne saisit pas tout. Et pourtant, autour de lui, il s’en passe des choses…

L’abandon du mâle en milieu hostile : un mec insipide qui sort avec la fille la moins insipide qui soit, qui voit sa vie défiler, thuriféraire, et qui s’interroge… quand tout est fini. Alors, on recommence.

Pour finir

Que je t’explique, Erwan c’est le genre de gars à te mettre en scène des négociations qui se dérouleraient loin des yeux et des oreilles des peuples européens et américains, entre l’UE et les USA pour construire un Grand Marché Transatlantique, à pousser le bouchon, même… à essayer de te faire croire que les USA ont mis sur écoute le moindre bureau de la Commission Européenne. N’importe quoi !

Erwan… t’es un parano(e), ou quoi !???

Par Hum Toks / E.5131 / Eric SABA

©Sandra Reinflet

©Sandra Reinflet

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Chronique des romans 2 et 4 d’Erwan :
https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2017/04/09/le-cas-erwan-larher-auteur-2/

Chronique du roman n°5 d’Erwan :
https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2016/05/08/marguerite-naime-pas-ses-fesses/

le blog d’Erwan Larher : http://www.erwanlarher.com/

le site de Dorothy-Shoes : http://dorothy-shoes.com/

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