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« Datacenter » : Léonel Houssam

29 Jan

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J’ai failli poser cette chronique quelques jours avant noël… ça m’aurait amusé. (Je sais m’amuser seul). J’imaginais le livre sous le sapin. Et puis le temps est passé, l’idée avec… Début janvier, un post de Léonel Houssam (très présent sur les « réseaux » dits « sociaux », sous le nom d’Andy Vérol il y a longtemps, ou encore d’Eliot Edouardson actuellement) m’a fait sourire :

« Au regard des ventes en novembre et décembre, je constate que mes livres ne sont pas des cadeaux de Noël à faire. »

DATACENTER_couv

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Lu cet été (étrange moment qu’inonde le soleil quand se prélassent le calme, le repos et la tranquillité pour qui peut se les payer) : le livre DATACENTER, publié en 2017.

Les photographies de Yentel Sanstitre accompagnent ce récit, roman, dialogue, monologue…? Essai…? Je ne sais pas trop. « Récit fictionnel », précise Houssam.

Littérature… ? Assurément. Au sens où il y a un travail sur la langue, les sons, le rythme, un style travaillé depuis longtemps. La forme rencontre la matière.

Un mot ? Une expression ? Un hashtag ? Oui : « extinction ».
#avantextinction (hashtag utilisé par Houssam) : tout ce qui précède, le monde d’avant l’extinction, le nôtre. Comment on y va. Avec méthode.

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Les jambes croisées, les fesses et le dos calés. La chaise longue était blanche, je crois. Plongée magnifique sur les Pyrénées, immenses, qui barrent la vue et laissent tantôt apparaître le soleil, tantôt la lune, et s’établir le silence. DATACENTER et ses nuances de gris asphalte, de violences quotidiennes et systémiques, inéluctables car liées à l’espèce dominante, établit un contraste saisissant avec l’écrin tranquille qu’envahissent habituellement mes heures d’été. Je m’installe, donc, je reprends la lecture, et je prends des coups. 

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©Yentel Sanstitre

Le récit n’est pas très long : c’est la bastonnade. Je lis lentement, je ne peux excéder quelques pages avant de retourner à une autre occupation, de retrouver le soleil, les sourires, l’inconscience (toute relative) des enfants réunis dans la maisonnée. On joue au ping-pong dans le garage, à la lumière des néons et je songe aux lignes qui viennent de traverser ma cervelle de part en part, laissant blessures, douleurs, cicatrices, éclaboussures.

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Les mots chantés par Serge Reggiani (écrits par Lemesle et Candy), dans « Couleur de colère » me reviennent en mémoire :

Moi l’intrus, l’anonyme
Le cocu, la victime
Je n’veux plus tendre l’autre joue.
Bouge, ma pauvre vie laissée pour compte si longtemps
Et si c’est éphémère, ne te prive pas d’air pour autant.
Rouge, le ciel est rouge et nous promet de beaux printemps
L’avenir est couleur de colère !
De colère ! {x3}

Lire DATACENTER de Houssam, c’est lire ce qu’on aurait préféré ne pas entendre. Tant que ça parle des autres tout va bien, mais le plus souvent, ça vient titiller sans indulgence nos hypocrisies, notre confort et c’est beaucoup moins plaisant… S’il n’est qu’une leçon à retenir : non, je ne vaux pas mieux que le voisin que je pointe du doigt.

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Léonel Houssam

Le récit distribue les torgnoles, la tête du voisin en prend suffisamment, pas besoin de s’en occuper. « Vous prendrez un sucre ? ». Euh, non, mais j’aimerais bien souffler un peu.

Des gifles qui se succèdent, un combat perdu d’avance : comme si le personnage (qu’on croirait narrateur) se trouvait seul un soir, une nuit, dans une salle de boxe et tapait, jusqu’à le détruire, le sac de frappe. « Frappe le sac, ne le pousse pas ». Le sac de frappe, le sac de sable. Quand on ne peut rien, on frappe le sac. Que faire d’autre…? Changer le monde…? D’autres ont essayé. Écrire…? Oui, écrire : les mots sont là et chaque mot vient heurter le lecteur, chaque ligne balance une beigne (au mieux… en attendant pire…). Houssam a trouvé une forme efficace. Le style on le lui connaît depuis longtemps, que l’on lise ses bouquins, ses extraits ou ses statuts (j’ai commencé à suivre le bonhomme sur Myspace, c’est dire si nous datons… — on en a laissé des traces dans le datacenter…).

Il y a les posts et il y a le livre. Pour passer de l’un à l’autre, il fallait trouver la forme, et piquer plus encore vers la littérature.

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©Yentel Sanstitre

Voilà concentrée dans ces pages l’expression du personnage principal, un dingue…? Un dingue qui dérange…? Une expression qui dérange…? La fuite n’est plus envisageable. Personne n’est épargné, car les dingues (dingues ou non) délivrent une boue parfois incompréhensible, parfois grinçante, brutale, crûment physiologique – et disent aussi des vérités qui touchent… en plein dans le mille. L’état détruit, le pouvoir détruit, le pouvoir privé détruit, l’argent détruit, l’humain détruit, l’humain est un animal, l’humain détruit l’animal, le végétal, les liens, l’humain reste passif, la planète tousse et souffre et s’apprête à l’expulser. Houssam raconte « l’extinction », concentre ce qu’il y a à dire de « l’avant extinction », va plus loin qu’on oserait, dépasse largement les limites qu’on aurait posées (par conviction ou par lâcheté), et c’est le style qui promet la cohésion du texte, l’assemblage des différentes parties du « discours », de ce « récit fictionnel » qui remue la non-radicalité, l’hypocrisie, plonge dans le politiquement-très-incorrect.

Désolé, je lis mes mails via mon smartphone. Je suis toujours sur le qui-vive. On est connecté ou on ne l’est pas. Il faut. Je disais donc que nous sommes généralement contre la violence sauf « exceptions ». Toujours. La saveur de la paix, de la tranquillité. Chacun veut être peinard chez lui, ne pas avoir à subir ceux des quartiers pauvres qui sont tellement indisciplinés, pouilleux, méchants, mal élevés. On ne veut pas des jeunes qui font trop la fête, trop de réseaux, trop de choses sexuelles pas nettes. On ne veut pas de l’esprit acariâtre des passagers de transports en commun, des chauffeurs dans les bouchons. On ne veut pas trop des anglais, des arabes, des corses, des marseillais, des ch’tis, des parigots, des portugais ou des sénégalais (…) du merdeux à dreadlocks qui joue du djembé, du mec qui sort de prison, de l’oncle qui est de droite, du cousin socialiste, du chef de service qui aime bien faire des commentaires sur la taille des poitrines de ses salariées. On n’aime personne. On n’aime rien. (…) Je suis meilleur ? Non, j’ai dit « on », je suis dans le « on ».

DATACENTER, Léonel Houssam, extrait.

C’est juste avant l’extinction…
Le regard sans compassion porté par Houssam sur notre monde.

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DATACENTER
, Léonel Houssam, aux éditions du Pont de l’Europe.

120 pages de Léonel Houssam + 14 de photos de Yentel Sanstitre.

yentel_sanstitre


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Un site, des textes :
https://leonel-houssam.blogspot.fr/

Un profil, des statuts :
https://www.facebook.com/leonelhoussam3/

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Hum Toks / E.5131 / Eric SABA

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Deux ans avec/sans Bowie…

10 Jan

J’y songe, ce soir, 10 janvier, bientôt minuit…

Album «Blackstar», David Bowie.

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« Dans le cadre de l’autobiographie, peut-on écrire sa propre mort…? », demande l’élève. Le professeur répond que, par définition, il n’est pas possible d’écrire sa propre mort, mais qu’un écrivain peut trouver des dispositifs pour « mettre en scène sa propre mort », l’achèvement de son œuvre, et offrir cette œuvre post-mortem. Il renvoie alors l’élève aux Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand.

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Avec le souci, peut-être, de faire de sa vie une œuvre d’art, Bowie est ressuscité avant même de mourir.

Ce lundi matin, 10 janvier 2015, il y a deux ans, alors que sur sa page FB « on » annonce son décès et qu’on a du mal à prendre la mesure, les images des deux dernières vidéos reviennent en mémoire : « Blackstar » tout d’abord (titre publié en Novembre 2015), et surtout « Lazarus » (publiée le 7 janvier 2016 sur Youtube) que l’on a visionnée deux jour plus tôt. Force est de constater que Bowie est mort, que Bowie est ressuscité.

De là à voir une manifestation du divin, il y a quelques degrés que certain-e-s graviront sans effort. Qu’il ait joué jusqu’au bout et qu’au terme, il se soit mis en scène rejoignant le ciel ou les étoiles, c’est à n’en pas douter. D’où venait Ziggy Stardust…?

Capture d’écran du clip «Blackstar», de David Bowie, réalisation : Johan Renck. Capture Youtube

https://media.giphy.com/media/yoJC2wQqhXpm97vdeg/giphy.gif

Je n’ai pas un seul album de Bowie chez moi et pourtant je connais un grand nombre de ses morceaux, écoutés attentivement ailleurs, dans d’autres salons. Et puis j’ai suivi, sans le vouloir, son travail. On croise forcément la patte de Bowie quand on écoute Lou Reed, Iggy Pop, Trent Reznor (Nine Inch Nails), que l’on suit David Lynch (qui est aussi compositeur…).

C’est une force qui n’est pas donnée à chacun de ne pas perdre son identité (il en avait tellement / « I’m deranged », dans Lost Highway de Lynch), tout en s’associant aux autres…

J’ai entendu des reproches. Il était « artiste » pendant et en dehors du boulot ? Il « jouait ». Il mentait ? Comme Dali, comme Gainsbourg, chez qui on reconnaîtra les mêmes qualités : sentir l’air du temps, voire le précéder, savoir s’entourer, savoir faire, tout en offrant une signature personnelle. Imposteur ? Oui, génial imposteur. « Beau oui, comme Bowie… ».

Il chantait, dansait, jouait de la gratte, du piano, du saxo, et la comédie… La comédie…

Parce que s’il se laissait voir à la lumière de l’étoile, Bowie est toujours resté une créature de l’Underground, jouant Andy Warhol d’ailleurs dans le film Basquiat. Ils ont tous joué ce jeu dangereux, de l’être, du paraître, du trait forcé… de l’image façonnée. La comédie…

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Ces deux vidéos, « Blackstar » et « Lazarus », deux ans plus tard, elles affichent 36 millions et 45 millions de vues … Pas prêt de disparaître le Bowie.

Vidéo « Blackstar »

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Comme le faisait remarquer Groucho Marx : « Tant qu’on n’aura pas trouvé le moyen de jouir d’un succès posthume, il faudra vous contenter d’un ersatz de Groucho. »
À quel Bowie avons-nous eu accès…?

« Something happened on the day he died
Spirit rose a metre and stepped aside
Somebody else took his place, and bravely cried
(I’m a blackstar, I’m a blackstar) »

« Blackstar », David Bowie, Blackstar

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J’aime ce dernier album. Il m’émeut.

Alors, peut-on écrire jusqu’à sa mort ? Jusqu’à la dernière seconde et même le lendemain ? Oui, il l’a fait.

Qu’a-t-il offert…? Une représentation plus ou moins fidèle de sa personne, de son personnage, de l’artiste…? Son intimité, son image publique…? Se joue-t-il de nous…?

Peu importe…
Le dernier souffle.
Beau, oui, jusque dans la mort…

Capture d’écran du clip «Lazarus», de David Bowie, réalisation : Johan Renck . Capture Youtube

« Look up here, I’m in heaven
I’ve got scars that can’t be seen
I’ve got drama, can’t be stolen
Everybody knows me now

Look up here, man, I’m in danger
I’ve got nothing left to lose
I’m so high it makes my brain whirl
Dropped my cell phone down below

(…)

This way or no way
You know, I’ll be free
Just like that bluebird
Now ain’t that just like me

Oh I’ll be free
Just like that bluebird
Oh I’ll be free
Ain’t that just like me »

« Lazarus », David Bowie, Blackstar.

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Vidéo « Lazarus » :

 

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http://i.imgur.com/kM6yMIR.gif

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E.5131 / Hum Toks / Eric SABA

CHEL, « Tralalala »

12 Déc

Chel, et de 4 !


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(Les retrouvailles…)

Dès les premières secondes…
La voix et les sons que l’on dira « bizarres »… Comme le titre du 1er album et son drôle de désordre, déjà : Bazar Bizarre.

Et justement il est question, dès les premiers mots, d’un « vélo – bizarre – qui avait les roues carrées, (…) un vélo monte-escalier »…

Le mot crée l’image, l’image crée le monde.

Le poète crée l’univers ; chaque chanson fait rêver, émeut l’œil, l’oreille, et le cœur…

On accompagne Chel depuis longtemps et chaque sortie d’album est un rendez-vous : les objets étranges, le bestiaire, le jardin fantasque, le potager, les abeilles, bzzz, bzzz.

L’enfant retrouve son propre univers et l’enrichit, sans que personne ici ne le prenne pour un imbécile ; l’adulte retrouve ce qu’il aurait aimé ne pas quitter, sans laisser de côté le souci de la précision et de la belle ouvrage : de la composition, à l’écriture, à l’interprétation.

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©F.Thoron

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Nouveau volet des chansons bizarres, bazar, du zarbi zigomar et c’est pas du rock pour enfants. Ce sont des chansons qui portent les belles valeurs de leur auteur, permettent à l’auditeur de souffler trois ou quatre secondes dans ce monde fou fou fou, et de prendre de la hauteur… en toute simplicité.

C’est de la chanson, toute en poésie, portée par des musiciens exigeants : guitare, ukulélé, basse, accordéon, batterie, tapan, bassenza…

Alors, oui. L’univers est reconnaissable aux premières notes, à la voix qui déboule vite et que les enfants identifient instantanément : c’est Chel !

Oui, c’est Chel. Et dans sa valise, la faune qui n’a jamais été si diverse, le bestiaire merveilleux, les individus et les objets farfelus.

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14 chansons parmi lesquelles des morceaux très courts, sorte de comptines, qui parlent aux plus petits, font rire ou sourire les plus grands. C’est le moment de reprendre les mots, les mélodies et de partager le moment : « Je déteste les enfants », « Ton pouce ».

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Les mots, les instruments, les notes…

Alors on se laisse entraîner, car Chel joue, saltimbanque, jongle avec les mots, avec les sons, aime le « Tarabiscoté ». Le deuxième morceau, par exemple…?

Dans un parc, un kiosque à musique, des animaux, des z’animaux, dézanimo, un drôle d’orchestre :

« Y a l’hippopotame qui tapote son tam-tam / Il y a le vieux lion qui fait grincer son violon

Y a un fier guépard grattant sur sa guitare / Et un caméléon qui s’accorde à l’accordéon…

Au Zoo Zazou, plus on est de fous, plus on joue… / Au Zoo Zazou, y a d’la musique partout /

Si tu ne sais pas en faire, t’as qu’à remuer ton derrière… »

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©F.Thoron

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La piste 7, « Tralala, là » : longue description, de pièce en pièce, d’objets personnifiés en z’animaux… partout, partout… dans des endroits hétéroclites, sans oublier le message essentiel, le refrain :

« Faut s’enlacer / Si le monde à la dérive / Sans se lasser de ces étreintes-là /

Il faut chanter / Tout l’été, quoi qu’il arrive / Et puis danser dans tout ce tralala, là… »

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C’est festif… de la fête venue tout droit de l’enfance.

Et puis c’est doux, c’est émouvant, lorsque Chel s’adresse à l’enfant.

Une chanson de geste, un conseil :

« Si tu poses ton pouce sur le nez / Et que tu lèves tes doigts au ciel / (…)

Tu peux de la bouche grimacer / Et la langue tirer de plus belle / Parfait, te voilà paré(e)

De la grimace universelle… »

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©F.Thoron

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Conseil à l’enfant, conseil aux grands… ?

« Mes demoiselles », que croyez-vous…?

Que le message, que l’alerte n’ont pas leur place…? Il est question de la disparition des abeilles, ici :

« Ai perdu mes demoiselles et sans doute même la raison /

Faut faire gaffe à l’essentiel, aimer la terre pour de bon… ».

Chel rappelle souvent que tout ne tourne pas rond…

Mais rien n’empêche le retour à l’envol, l’aile, la voltige, les voltiges…

Onzième morceau (et l’on pense à « M’envoler » du deuxième album…).

A l’adresse des enfants, en direction (avec un clin d’œil) des plus grands, une attitude, un positionnement face au monde, un pas de côté, un décalage pour vivre au mieux…

Pas l’innocence, ni la naïveté, mais le parti pris du bonheur quand même… car l’album s’achève « sur des musiques chaloupées », « sur des musiques bigarrées », « sur des musiques enchantées » :

« Dansons, dansez ! Rouler-bouler… sur la canopée » ! Oui…! Ensemble…

©Emilie Micou

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Merci Chel…!

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Autres chroniques :

CHEL, Bazar Bizarre
CHEL, Les petits pois sont rouges
CHEL, Voltiges

Contact : http://chel.me/

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Hum Toks / E.5131 / Eric SABA

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Le cas Erwan Larher, auteur (2)

9 Avr

Dimanche soir, 20H, page 13 du roman Entre toutes les femmes, de Erwan Larher, que j’embrasse avec toute la chaleur dont je suis capable :

« Au début ils n’y croyaient pas. Ils ricanaient ouvertement. Sur les écrans s’étalait le sentiment de supériorité que leur donnaient des décennies de domination ; les articles relayaient leur scepticisme goguenard. Bien que tout juste battu (…), le président de la République sortant n’en était pas moins braillard. (…) les Montagnards, l’autre parti politique du paysage, étaient tout aussi belliqueux. Parce qu’en définitive, ils défendent le même monde. Un monde qu’Arsène Nimale a commencé de chambouler.

Alors ils ont peur.

Montagnards et Feuillants (parti du président sortant) sont tenants d’une politique intérieure sécuritaire et répressive (« Quand une branche est pourrie, on la coupe »), défenseurs d’un capitalisme libéral plus ou moins ultra (« Vous avez mieux à proposer ? ») et partisans d’un État étique. Les dirigeants des deux partis se piquent de pragmatisme et ont géré en alternance le pays pendant de décennies sans que personne vît la différence – de toute façon, la Confédération européenne leur dictait les politiques budgétaires, monétaires et économiques.

Et voilà que, sorti de nulle part, porté par un immense enthousiasme populaire, avec des mots d’ordre aussi ingénus que « redevenir heureux », « prendre le temps » ou « valoriser l’humain », Arsène Nimale (…) les a balayés et a conquis l’Élysée. Ils n’ont rien vu venir, malgré les sondages, malgré l’évidence (…). »

Entre toutes les femmes, Erwan Larher, janvier 2015, Éditions Plon.

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Erwan Larher, « Lire à Limoges », avril 2017. Avec Aurélie Janssens, sur France Bleu Limousin.

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C’est l’histoire de n°2 (Autogenèse) et n°4 (Entre toutes les femmes). Pour découvrir les aventures d’Arsène Nimale, de La Voix, de Cybèle, celle qui, entre toutes les femmes, évolue entre deux mondes (celui des élites qui décident, tandis qu’Elle habite Freak Zone…), il faut se procurer les livres, dans toutes les bonnes librairies, et surtout indépendantes. On peut aussi lire l’un sans lire l’autre, même si, oui, « n°4 » s’appuie sur « n°2 » (Autogenèse, Michalon Éditions, 2012) et propose une anticipation : Que deviendra notre monde, après les politiques successives, si semblables des deux principaux partis ? Qu’amènerait un vent nouveau ? Et où en serions-nous des années plus tard ? Quelle place pour les anciens dominants ? Comment réagiraient-ils face à ce vent nouveau ?

De n°2 à n°4, le « Elle » à la place de « Il ». Ainsi, le lecteur plonge dans un univers qu’il connaît déjà.

C’est une œuvre clivante, car politique… Si bien que n’y résistant plus, à la centième page plus trois, j’envoyai un mail à Erwan : « Tu pouvais pas me le dire d’attaquer Autogénèse, rapido… ? (et plus vite que ça, encore !) ».

Dans la chronique intitulée « Le cas Lahrer -1- », j’écrivais qu’Erwan, avec ses romans n°1 et n°3 (Qu’avez-vous fait de moi ? et Mâle en milieu hostile) était d’emblée accepté/invité (comme il voudra) au sein de la tribu des « Salut les parano(e)s ! ». Ce roman, le n°2, ne vient pas décevoir les attentes du club des « lecteurs avertis en valent x2 ». Le n°4 itou.

« Le seul et triste plaisir du paranoïaque est de vérifier, un jour, qu’il avait malheureusement raison… » E.5131

En attendant d’être pleinement réalisées dans le réel, voici réalisées dans cette œuvre (roman, anticipation, sf ?) toutes les craintes d’une partie de la population (dont nous sommes) : les parano-e-s chers et chères au Medef-Cnpf-Cac40, les manifestant-e-s public-privé…

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Erwan Larher, « Lire à Limoges », avril 2017.

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Oui, il y a une histoire, mais aussi une vision… mais aussi la proposition d’une société autre. C’est en creux… pendant que tu goûtes l’histoire, les situations, l’humour caché sous chaque ligne, tu t’interroges : ça ressemble rudement à ce que l’orientation actuelle nous propose. On vivra ça dans combien de temps ? 5, 10, 15 ans ?

Alors, se pose la question de ce qu’il est – encore – possible de faire pour éviter ça…

Et si je me pose la question, c’est que le livre est efficace : il rejoint en cela le formidable film-interview de Thomas Lacoste… J’avais intitulé la chronique : « faire de la politique autrement ». Oui, c’est ce que fait Erwan. Bravo, mon pote !

Il s’agit d’échapper à la parabole de la grenouille qui se laisse ébouillanter. Je m’explique :

Une grenouille jetée dans l’eau bouillante, réagit et saute hors de la casserole. Une grenouille qui prend son bain dans une eau tiède se laissera prendre au piège de la température qui monte peu à peu et finit par l’ébouillanter, sans qu’elle ait « pensé » à réagir.

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Pour réussir ce tour de force, Erwan choisit un personnage neuf et c’est au travers de son regard neuf que le lecteur prend connaissance de ce monde dans lequel le narrateur le plonge. Ce monde, il vit déjà dedans et souvent ne réagit pas… La projection à 15 ans et le choix d’un personnage amnésique permet de fabriquer le choc, la prise de conscience… une réaction ? Le lecteur sautera-t-il hors de la casserole qui l’ébouillante ?

C’est aussi le terrain de jeu d’un narrateur qui, comme dans n°1 et n°3, s’amuse avec les possibilités qu’offre le roman : apparitions, disparitions, ellipses, humour, jeux de mots, etc.

C’est aussi une réflexion sur le souvenir, le passé, l’existence « poulet sans tête », le rapport aux autres, le réel, le fantasmé, la vérité de ce qui est vécu, de ce qui est tout court…

On t’expliquera ce que représentent les différents partis politiques, sur quoi ils se fondent, quel système favorise la loi du plus fort, à quoi sert « l’apparente alternance »… Oh, j’en dis trop, là, je crois…

Tu sauras à quoi servent les musées dans les C.U.

Léger, le Erwan, léger…

Légère cette vision du monde… tu crois ça ?

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Je songe aux deux journées passées chez l’auteur : à détruire, défaire, cogner, en vue de rénovation, la soirée à boire et jouer, la nuit à boire et refaire le monde.

Et cet instant de grâce : alors qu’Erwan donne son point de vue enivrant sur l’argent, son existence, son empreinte abusive, Thomas (un autre Thomas) qui s’étrangle, me regarde, le regarde et s’exclame : « Tu ne peux pas dire ça, Erwan ! ». Si, il peut le dire… J’adore. « Tu ne peux pas penser ça, Erwan ». Aussi… Oh, si. Et il l’a écrit.

Ce soir-là, ce que je ne savais pas c’est qu’Erwan avait déjà écrit/proposé un programme politique : dans Autogenèse !

« Tu pouvais pas me le dire d’attaquer Autogénèse, rapido… ? (et plus vite que ça, encore!) ».

Conte pour enfant ? Récit apologue et réaliste, d’anticipation ?

« Et voilà que, sorti de nulle part, porté par un immense enthousiasme populaire, avec des mots d’ordre aussi ingénus que « redevenir heureux », « prendre le temps » ou « valoriser l’humain », Arsène Nimale (…) les a balayés et a conquis l’Élysée. Ils n’ont rien vu venir, malgré les sondages, malgré l’évidence (…). »

Entre toutes les femmes, Erwan Larher, janvier 2015, Éditions Plon.

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Autogenèse
, Erwan Larher, 2012  :
http://www.erwanlarher.com/?page_id=30

Entre toutes les femmes, Erwan Larher, 2015 :
http://www.erwanlarher.com/?page_id=15

Chroniques romans n°1 et 3 de Erwan :
https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2013/07/02/le-cas-erwan-larher-auteur/

Chronique romans n°5 de Erwan :
https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2016/05/08/marguerite-naime-pas-ses-fesses/

Le site d’Erwan Larher : http://www.erwanlarher.com/

Le Logis du Musicien : https://www.facebook.com/logisdumusicien/

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Hum Toks / E.5131 / Eric SABA (texte, photos)

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Erwan Larher, « Lire à Limoges », avril 2017.

 

CHEL, « Voltiges »

25 Sep

Coucou, c’est la rentrée… !
Et même depuis quelques jours, c’est l’automne, la lumière enfuie.
Pour la retrouver, je remonte le temps.
Retour sur le mois qui précède l’été 2016, un petit album qui naît – un rendez-vous – qui offre l’été indien… et la chaleur.

C’est le troisième volet des chansons bizarres, bazar, du zarbi zigomar et c’est pas du rock pour enfants. Ce sont des chansons qui portent les valeurs de leur auteur, permettent à l’auditeur de prendre de la hauteur… en toute simplicité.
C’est de la chanson, toute en poésie, portée par des musiciens exigeants : guitare, ukulélé, basse, accordéon, batterie, tapan.

L’univers est reconnaissable aux premières notes, à la voix qui déboule vite et que les enfants identifient instantanément : c’est Chel !

Oui.
C’est Chel. Et dans sa valise, la faune qui n’a jamais été si diverse, le bestiaire merveilleux, les individus bizarres.

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Comme dans les deux albums précédents Bazar Bizarre et Les petits pois sont rouges, on trouve des morceaux très courts, sorte de comptines, qui parlent aux plus petits, font rire ou sourire les plus grands. C’est le moment de reprendre les mots, les mélodies et de partager le moment :
« Ah, si j’étais un ogre », « Si tu poses ton pouce sur le nez ».

Ces deux courts morceaux sont accompagnés de cinq autres, plus longs, recensés officiellement sur la pochette :
« Au Zoo Zazou »
« T Ki Toa ? »
« Pacha, mon chat »
« Tralala, là »
« Voltiges »
(comme si les autres morceaux ne comptaient pas…? pas d’accord avec ça, moi… copain Chel…).

voltiges

Les mots, les instruments, les notes…
Alors on se laisse entraîner, car Chel joue, saltimbanque, jongle avec les mots, avec les sons.

Le premier morceau, par exemple…?
Dans un parc, un kiosque à musique, des animaux, des z’animaux, dézanimo, un drôle d’orchestre :

« Y a l’hippopotame qui tapote son tam-tam
Il y a le vieux lion qui fait grincer son violon
Y a un fier guépard grattant sur sa guitare
Et un caméléon qui s’accorde à l’accordéon…
(…)
Au Zoo Zazou, plus on est on est d’fous, plus on joue…
(…)
Au Zoo Zazou, y a d’la musique partout,
Si tu ne sais pas en faire, t’as qu’à remuer ton derrière… »

La piste quatre, « Tralala, là » :
longue description de « dans ma maison »… De pièce en pièce, d’objets personnifiés en z’animaux… partout, partout dans des endroits hétéroclites, sans oublier le message essentiel, le refrain :

« Faut s’enlacer
Si le monde à la dérive
Sans se lasser de ces étreintes-là

Il faut chanter
Tout l’été, quoi qu’il arrive
Et puis danser dans tout ce tralala, là… »

C’est festif… de la fête venue tout droit de l’enfance.
Et puis c’est doux, c’est émouvant, lorsque Chel s’adresse à l’enfant.

Une chanson de geste, un conseil à l’enfant :

« Si tu poses ton pouce sur le nez
Et que tu lèves tes doigts au ciel
(…)
Tu peux de la bouche grimacer
Et la langue tirer de plus belle
Parfait, te voilà paré(e)
De la grimace universelle… »

Conseil à l’enfant, conseil aux grands… ?

L’envol, l’aile, la voltige, les voltiges…
dernier morceau (et l’on pense à « M’envoler » du deuxième album…).

A l’adresse des enfants, en direction (avec un clin d’œil) des plus grands, une attitude, un positionnement face au monde, un pas de côté, un décalage pour vivre au mieux…
Pas l’innocence, ni la naïveté,  mais le parti pris du bonheur quand même…

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Les disques sont à découvrir là… : Chansons en écoute.

N’oublions pas, toutefois… – pour la conservation de l’espèce malmenée (artistes en tous genres)
que le mieux, c’est de les acheter…

- Chel : Chant, Guitare, Ukulélé
- Pascal Vandenbulcke : Accordéon
- Romain Ballarini : Batterie, Tapan
- Cédric Goya : Basse

Live Report, à 0:42 : https://youtu.be/o6mjqjLbhPQ

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Autres chroniques :
CHEL, Bazar Bizarre

CHEL, Les petits pois sont rouges

Contact : http://chel.me/

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Hum Toks / E.5131 / Eric SABA

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« Marguerite n’aime pas ses fesses », Larher (3)

8 Mai

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Les fesses de qui…? Les siennes, les miennes, les siennes…?
(Chronique du 5ème roman d’Erwan Larher, par Eric SABA)

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N°5 de Larher !
Son titre : Marguerite n’aime pas ses fesses.
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Je sais que je ne vais peut-être pas lui faire plaisir en disant cela…
Toujours est-il que lorsqu’on ouvre un roman d’Erwan Larher, on a une petite idée de ce que l’on va y trouver. C’est peut-être ça, la signature…

Première page, Marguerite observe son derrière et après les quelques hésitations-interrogations du narrateur, c’est sans appel : Marguerite n’aime pas ses fesses, ses propres fesses (« propres…? »). Elle ne se contentera pas d’observer ses propres fesses (« propres…? », insista Jonas, son compagnon), le petit lapin lui dira qu’il est grand temps de cavaler et de rencontrer rois et reines et chapeliers (c’est fou…!), et d’ouvrir un œil neuf sur le monde…

Quand on a lu les 4 romans précédents, on a donc une petite idée de ce qui nous attend sitôt le livre ouvert : une petite idée du style, du déroulé forcément alambiqué, des apparents coq-à-l’âne maîtrisés et signifiants, des dialogues ou commentaires croustillants, de l’humour sous-jacent, du rire camouflé-étouffé-respect-hum…, de la pointe caustique, des miroirs plus ou moins déformants croisés au détour d’une phrase, d’un paragraphe, d’un personnage…

On a une petite idée du genre d’histoire racontée, du petit jeu qui s’installe entre la narration et le lecteur :

tu vas voir je vais te perdre, te balader, te donner de bons indices ou t’amener sur des voies qui se révéleront culs de sac, mais ça t’amuse et c’est pas désagréable t’aimes bien ça et c’est juste un jeu tout rentrera vite à peu près dans l’ordre… à peu près… leur ordre… toutes et tous à leurs ordres, ou presque… et toi…?

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Une petite idée du labyrinthe dans lequel, avec bienveillance, Erwan veut nous entraîner.

On en a un petite idée parce que, 4 fois déjà, on a accepté le rôle de victime consentante… On sait aussi que sous une forme parfois légère, les sujets traités sont le plus souvent essentiels – du moins à mes yeux.

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Le narrateur peut s’amuser, voire berner le lecteur ; il peut aussi lui permettre d’aller jeter un coup d’œil derrière le rideau des apparences, derrière l’image lissée et simpliste des hommes de pouvoir (politiques, médiatiques, industriels, financiers…), derrière les informations livrées par les JT (en tous genres, mais de même facture) concernant telle ou telle affaire de suicide, d’assassinat – je me rappelle d’un devoir de grammaire à la fac et de la réaction de l’une de mes profs préférées, à Poitiers : « Vous employez la tournure « suicider quelqu’un », je ne sais pas si je peux grammaticalement vous suivre… ». Erwan, 20 ans plus tard, m’accompagne, tout comme Groland il y a quelques années : c’est le règne des parano-e-s clairvoyants qui n’ont pas besoin de théories loufoques pour saisir les rapports de force à l’œuvre…! Que dire…? Que la tournure existe bien : « suicider quelqu’un ». Que c’est même une expression courante, une conclusion très officielle. Car s’il raconte des histoires, il s’agit aussi pour Erwan, dans chacun de ses romans, de mettre à jour la mise en scène concoctée par les puissants qui jouissent d’une situation qu’ils ont crée et dont ils comptent profiter encore longtemps, même si c’est aux dépens de tous les autres. Et s’il use de la nuance, c’est pour convaincre mieux… (Jonas accuse l’oligarchie…).
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Erwan a le sourire parce que le titre est parti à la réimpression, parce qu’il sera encore en librairie, qu’il pourra être lu et que les lecteurs seront contents (de le trouver et de le lire, espère-t-il)… Erwan remercie la maison d’édition (Quidam), ses lecteurs, les blogueurs qui ont chroniqué « les fesses de Marguerite ». On se rappellera que lors des premières semaines Merci Patron, le film de François Ruffin, était diffusé dans très peu de salles et que c’est l’investissement et l’acharnement des militants qui ont fait son succès, peut-être le début des « Nuit Debout », les 400 000 entrées, et le monde nouveau qui vient… (note lyrique et enjouée).

Erwan propose donc d’aller voir dans l’arrière-boutique. Pas seulement sur le terrain politique ou sociétal. Il s’intéresse aussi à l’humain à son esprit torturé, malade, confiant, ou résolu. Il pose un œil sans complaisance, amusé, de manière crue parfois, sur les corps, la chair, les fesses, ses besoins, sur le linge sale jeté dans le panier, culotte comprise, sur les heures passées face à l’écran d’ordinateur. C’est fait sans vulgarité, c’est fait avec naturel, avec un clin d’œil complice : « je t’ai bien eu-e, hein, insensé-e qui crois que je ne te connais pas…! ».

Marguerite n’aime pas ses fesses, c’est donc l’histoire d’une jeune femme qui m’a semblé déjà toute vieille, qui n’a pourtant pas encore ouvert les yeux et qui s’apprête à éclore, face au miroir et n’aimant pas ses fesses : le lecteur sera témoin de ce moment. Face à la psyché (choix des mots, pas de hasard…), elle observe ses fesses, en oublie d’interroger le monde, les autres, de porter son regard de l’autre côté du miroir. Elle croit ce que les médias (dont 95% sont détenus par des milliardaires qui font la pluie, le beau temps et l’opinion) lui racontent, elle croit que son compagnon ne la touche pas parce qu’il n’aime pas ou n’est pas intéressé par le sexe, tout comme elle… Elle croit, elle croit et parfois, elle ne sait pas, croit même qu’elle s’en fiche un peu, passionnément, totalement. Face à la psyché, elle va finir par ouvrir les yeux, son esprit et au contact des autres s’ouvrir elle-même…

Je ne sais pas si je lui fais plaisir en disant cela, mais après avoir lu n°1 et n°3, j’ai eu envie de relire n°2. Après 2 et 4, j’ai attendu n°5.

J’attends n°6.

Des histoires de fesses, encore… copain Erwan ?
De l’humour en guise de ponctuation…?
Avec une pincée de conscience politique…?
Et la résignation…? Jamais…!!!

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Hum Toks / E.5131 / Eric SABA

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Quelques clics :

***Présentation de Marguerite chez Quidam Éditeur…

***Blog d’Erwan Larher…

***Le fabuleux projet d’Erwan : Le logis du Musicien…

ou sur FB : Le logis du Musicien…

***La chronique des romans 1 et 3 d’Erwan, sur Leblogdudoigtdansloeil

***La chronique des romans 2 et 4 d’Erwan, sur Leblogdudoigtdansloeil…

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« Le caillou » : Sigolène Vinson

18 Mar

Chronique du roman Le caillou, de Sigolène Vinson
(par Eric SABA)

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Tout le monde l’aime bien, Sigolène, et je ne déroge pas à la règle : croiser le sourire de Sigolène, c’est sourire soi-même.

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Agenda : «  Salon Lire à Limoges » (1, 2 et 3 avril 2016).

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Sigolène Vinson, ©Sandra Surménian

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Pour autant on ne sera pas étonné : l’auteure ne laisse pas beaucoup de place au bonheur dans ces lignes. Aux journées qui s’écoulent lentement, oui. Innocentes, inoffensives, sous un ciel bienveillant, non. Même la beauté est terrible, les couchers de soleil, comme La Vénus d’Ille, meurtriers. Et pourtant, c’est un livre qui fait du bien.

Lu en une journée, malade comme un chien, à expulser mes sales humeurs, coincé entre les oreillers et la couette, cherchant le meilleur moyen de me sortir – vite – d’une longue période de contrainte. J’avais dit à Sigolène que j’attaquerai l’un de ses deux livres dès que j’aurai conquis la liberté. Je lui ai laissé le soin de le choisir : Courir après les ombres ou Le caillou ?

– Oh, commence par Le caillou !

C’est ce que j’ai fait. J’ai passé la journée avec Le caillou.

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J’ai relu deux fois la première page, non pas pour mieux saisir, mais pour épouser le style de la narratrice ; preuve qu’il y a, là, écriture… Sigolène adopte un style littéraire personnel qui dérobe avec plaisir quelques expressions au quotidien, à l’échange.

Un caillou dans une chaussure comme un nœud au ventre. Ouvrez les fenêtres ! Ça sent le glauque dans c’t’appart ! Mais le glauque est une couleur, Eric… Oui et ça tombe bien, puisque dans ces pages, du début à la fin, ça sent la mer.

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On part de très bas, même si le personnage principal vit à l’étage. Cette jeune personne, qui a déjà vécu et déjà renoncé, rencontre un vieillard, Monsieur Bernard, qui va chambouler son monde. Des carnets, tentatives de portraits, de la terre qu’on façonne, qu’on écrase du poing. L’appartement aurait besoin de travaux d’aération, c’est vrai, alors il s’agira de prendre l’air, d’aller le chercher au loin. De prendre l’avion ou le train, le bateau, je ne sais plus… D’oublier le bar Le Saint-Jean où personne ne m’attend.

Un personnage féminin tout au long du récit qu’on suit et qui va, d’hommes bienveillants en pittoresques mâles accueillants. De l’appartement parisien à la Corse. « L’île de Beauté », dit-on. C’est ce que disent mes ami-e-s, c’est ce qui ressort des descriptions fines de la narratrice. Tellement belle qu’on en meurt, à vrai dire.

La proximité avec la mort est permanente et pourtant un souffle de vie s’élève et l’emporte. Parce qu’on façonne ici, on construit, on touche, on cherche. Inlassablement. On n’oublie pas l’humain. Même en solitaire-s, on est ensemble. Les individus comme des itinéraires, qui se croisent, se soutiennent… Et chacun achève son parcours, comme il peut. Ou là où ça devait finir. Qui sait ?

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Finir ? Ce serait trop simple.
« Bon… et si finalement… tout était différent… hum… on s’offre une relecture… ? »

J’avais un caillou dans ma chaussure et je l’ai gardé, vu ce que je pouvais en faire. Je l’ai ôté. J’avance. Il est dans ma poche. Nous sommes deux. Le lecteur à Sigolène.

Merci Sigolène.

Eric SABA / Hum Toks / E.5131

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« la curiosité » ©Eric SABA, avec Sigolène Vinson

No One Is Innocent : novembre à Limoges.

2 Jan
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©E.5131

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Musicalement, ce que je veux retenir de 2015, c’est ce moment précis…

Cela se joue en quelques secondes : le 4ème mur disparaît, les codes, propres au genre, s’effacent. Il n’y a plus le groupe sur la scène, le public dans la fosse et les techniciens derrière les lumières et la régie, non… soudain, il y a un ensemble.

Une masse qui fait un.

Une force commune.

Kemar et le groupe sont sur le devant de la scène, et c’est comme si nous étions autour d’une table à boire des verres en discutant d’un truc sérieux.

Toutes et tous, nous avons pleuré… suite à ce vendredi noir qui aura marqué, à jamais, la fin 2015 et nos cœurs…

Certain-e-s y ont perdu des ami-e-s, des proches… Nous avons perdu celles et ceux qu’on ne connaissait pas, mais dont on partageait le goût pour les concerts et les moments chaleureux, une bière à la main.

Nous avons saisi la douleur, les souffrances, les peines des familles, de proches parfois… Nous avons été touché-e-s deux fois en quelques mois (si l’on oublie le reste du monde, car nous sommes touché-e-s chaque jour, en réalité…).

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©E.5131

Alors, cet instant, c’est de l’énergie… C’est une forme d’amour, de désir, de volonté de vivre et d’avancer ensemble qui se libère.

No One Is Innocent, à Limoges, ce soir-là… le vendredi 27 novembre 2015.

« No one is innocent… »

C’est pas d’hier qu’on les suit, et c’est pas d’hier qu’on a ébauché une petite réflexion : « personne n’est innocent »…
Autrement dit : « nous sommes tous coupables… à différents niveaux… de différentes manières… ».

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©E.5131

Ils sont sur le devant de la scène, le gratteux brandit sa guitare, main gauche, celle qui lève le poing, tu sais…

Dans la main droite, un papier. La main un peu tremblante.

Il n’est au-dessus de personne, il pense, il lit, nous partageons.
Et un préalable : « ça vaut ce que ça vaut… », dit-il.

Il va lire un texte qu’il a écrit, des mots qu’il veut dire. Des mots griffonnés peut-être sur un coin de table ou au fond du bus, seul…

Je crois que ce qui importe c’est que les mots soient dits et partagés. Et cela se fera tout au long du concert et encore après. Un échange avec le public. De l’humour, de la gravité. Une fois le texte lu et pour rappeler qu’on ne baisse pas les bras, qu’on relève la tête, le public ne fait pas une minute de silence, mais une minute de bruit…
C’est le tonnerre, la puissance du collectif.

Peu importent les mots, c’est le geste qui a compté.

Nous sommes vendredi soir, quinze jours après ce que l’on nomme pudiquement « les événements de novembre »… et la salle est pleine. Je suis là avec mes potes, avec ma fille, ma filleule… Les générations se donnent la main pour avancer ensemble… se soutenir, défricher…

Et le public monte sur la scène…

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©E.5131

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©E.5131

Le concert… ? Un déchaînement d’énergie, de métal en fusion et les textes engagés de Kemar… qui rappelle quelques petites choses simples et d’actualité :

« Retour de flamme, avis de tempête
Le pyromane tient l’allumette
Retour de flamme sur le bulletin
Et 2002 n’est pas si loin

Il paraît que tout va bien
Le changement, c’est pour demain
(…)

Elle était belle en bas résille, elle a les charmes et les serpents
Aujourd’hui l’Europe est une vieille fille qui s’offre facile au plus offrant

Jusqu’ici tout va bien
Les frontières, c’est pour demain

Retour de la Sainte-Morale,
on nous prédit le retour de l’ordre total ! »

(Putain, si ça revient)

Ou ces quelques mots qu’on entonne régulièrement depuis 20 ans :

« Du Grand Canyon au Yémen, la peau est la même ! » (La peau)

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Hum Toks & E.5131 et Eric SABA

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©E.5131

TAYOBO, « K-Barré Core »

11 Juil
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Hum Toks & E.5131 et Eric SABA chroniquent l’album « K-Barré Core » de TAYOBO.
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Autant te prévenir… TAYOBO, c’est lourd et dévastateur… parce que subtil et puissant. Ah !
T’en croques ? Tu prends un ticket ?
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( Pour écouter les morceaux, en lisant la chronique,
c’est par là : –>  http://tayobo.free.fr/disques.php <– )
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« Entrée » : parce qu’on passe pas par l’apéro, tu vois. On a bu tout l’après- midi… et ça fait longtemps qu’on trinque, à vrai dire.
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Installe-toi… Piano déstructuré, sorte de morceau caché, calé en morceau d’accueil. Les coulisses d’un cirque à Freaks.
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C’est calme mais ça frise l’oreille, roulotte en déséquilibre…
Attends trente secondes, tu mets ta ceinture, tu baisses la tête, la bâche lourde, jaune et rouge, effleure ton crâne et se déplie, dans ton dos… La (pro)messe est dite : on va te refaire les tympans !
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« Bob Triquard » ça te prend la tête à deux mains, l’écrase sur le mur d’en face et ne te demande pas si ça va.
— Ça va… ?
— Non, j’ai mal…
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Bah, il te reste dix morceaux à ingurgiter… Ouvre tes oreilles.
Guitares puissantes, métal, rock, puis caressantes, scintillantes, Django… (signées Fred & Falco). Vingt secondes la tête hors de l’eau et… hop, tu replonges ! Quarante- trois minutes de concentré de cynisme, de décalé, de puissance à l’exponentielle, de référence aux anciens. Bienvenue dans le manège pour grand(e)s, celui que tu n’osas pénétrer plus tôt. Habituellement, de l’allée principale où tu te postes, tu n’entends que les cris. Cette fois, t’es dans le wagon, ligoté(e). À ce train-là, je donne peu cher de ta peau, peuchèvre (comme disait ma grand-mère), pecaïre… Grande vitesse : ton bob a volé, accroché dans les branches d’un arbre à pendus, il fait 51°, tu vas choper l’insolation. Et ici, on n’est pas regardant, c’est « Champagne »… titre du dernier morceau, avant la « Sortie » !
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Visite des lieux (il vous en prie, passez devant et n’oubliez pas le guide, doigts-osselets tendus, rictus d’entre deux âges) : un petit théâtre grand guignol niché dans cette petite rue parallèle, là, en bas, à gauche de la porte cochère. Encore à gauche, la piste circassienne, la présence du Ça (ici, là, un peu partout), un cabaret-core, gore, obscur. Le clown, celui qui dévisse les poulets à mains nues, dents aiguisées, grand sourire, est ton guide. Que la lumière soit, il enclenche. « Carnaval tragique ! » :
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« J’entends les bouffons me dire : / « Faut pas t’en faire, faut pas t’enfuir, / Même si la corde te serre, Lâche l’affaire… » / (…) / Tu t’lèves… Ou tu crèves… Bouge-toi ! / Débranche-les avant qu’il ne soit trop tard / Lève le poing ! Lève le poing ! ».

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C’est l’univers TAYOBO, c’est l’humanité concentrée on stage, TU es le clown triste. La musique est puissante et reste festive. Paradoxe ? Faudra t’y faire, mon p’tit vieux, ma p’tite vieille…
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C’est le musée gréviste et tu croises des invités fameux, tiens !
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« J‘voudrais dire au Front de Libération des Nains de Jardin… / Qu’il en reste un ! / (…) / (Qui,) à Dakar insulte l’Afrique ! / Karcher ! Charter ! Thatcher ! ».
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Les ombres qui longent les murs crasseux, mais lumineux, de ce cabaret de l’obscur prennent pied dans notre réalité. Tu comprends d’autant mieux, chéri(e), que les textes sont en français. Rareté dans l’univers du Métal. Et ça fonctionne ! Texte et musique, même combat : on défonce, on dénonce. Ah, si on balançait du TAYOBO dans les manifs… ça aurait une autre gueule… et peut-être d’autres résultats… Je les connais ces concerts-là… tu commences avec le signal métal : tes doigts forment les cornes d’El Diablo et tu finis le majeur collectivement dressé ! (MINISTRY, Paris, juin 2008 ou ATARI TEENAGE RIOT, Limoges, mai 2010).
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Le traitement de la 2ème voix (les hurlements de John) amène une teinte autre, fait penser à certains morceaux du SOULFLY de la fin du siècle dernier. Tu penses, à plusieurs reprises, être arrivé(e) au point de non-retour, tu touches l’acmé et la folie forcenée t’attrape de nouveau : c’est un lâcher de basses, de grosses caisses qui te déboulonnent et ta chute perdure. Non, ce n’est pas encore le sol. Non pas encore… non, pas encore. Un exemple parmi d’autres : « Cyco Quidam/Cyco President ». Te rappelles-tu le morceau de SLAYER et ICE-T sur la B.O. de Judgement Night, dont l’accélération ne cesse ?
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L’effort est pictural pictural (l’artwork est signé Delphine Le Lay et Alexis Horellou) autant que musical : on pense à TOOL, à la basse de CLAYPOOL ? Un mot sur la partie basse-batterie (Yom et Bill) : virtuosité et puissance. Tu comprends que PRIMUS joue dans la roulotte qui jouxte (les tontons de service veillent, les anges planent).
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C’est un mélange intelligent, un hommage aux anciens, à des références communes (la bande des LOS BASTARDOS, on dira…) ET la construction d’un univers nouveau et de morceaux efficaces : « Calculs ». L’apparence de Grand Bazaar Bédéesque et… en souterrain, le discours. À l’auditeur de s’accrocher au wagon, de faire le lien, de renoncer (peut-être) à son attitude moutonnière, aveugle, qui place (et engraisse) à la tête de tous les pouvoirs une oligarchie méprisante. Le titre « Paradise » annonce la couleur/rouge : « Bienvenue en Enfer ! ». L’Enfer… ni sous terre, ni en représentation… l’Enfer est là, dans tes oreilles, avec une touche festive pour que tu survives… et autour de toi. La voix de Yom (qui module et prend plaisir à jouer son rôle) t’accompagne et se rit de toi. Dernier morceau avant la « Sortie », on partage une coupe… C’est pas le Graal, « Champagne ! » :
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« Ils sont venus installer leur centrale à déchets / J’ai beau manifester, rien n’y fait / Ils sont venus, à nos santés ont bu / Dernière formalité, tout le monde va trinquer… / Champagne ! / La centrale d’à côté a sauté ! ».
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Excellent cru. Terre de 1905… Ville Rouge… Terre de Résistance… Limousin.
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A l’écoute de cet album, j’ai envie, ami/e, de te souhaiter bonne chance.
– Merci…
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Hum Toks / E.5131
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Les concerts à venir (http://tayobo.free.fr/agenda.php) :
20.07.2013 : Festival Rock d’Ay avec Punish Yourself, à Sarras (07)
03.08.2013 : Bike Show & Rock Festival (pour les 100 ans de Harley Davidson) avec Mass Hysteria, Loudblast…, à Le Luc en Provence (83)
23.08.2013 : Festival Cheminées du Rock, à Saillat-sur-Vienne (87)
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Le cas Erwan Larher, auteur

2 Juil

Titre : « Le 1 et le 3 », par Hum Toks / E.5131 / Eric SABA

Sous-titres possibles :

– 2 romans, 1 chronique…

– Erwan Larher, membre de la tribu…

– Comment parler de soi, de lui et d’autre chose ?

– Chronique ni tête…

©Dorothy-Shoes

©Dorothy-Shoes

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Hum, hum… Moi qui, a priori, ai horreur des a priori, j’ai adopté le style d’Erwan Larher assez vite : efficace, jeu sur le mot, la structure, le renversement des points de vue, contre-pied, raquette de squash à la main, recherche du terme hétéroclite… Put one coin ! Erwan prend à cœur son rôle de narrateur, caresse, en apparence et dans le sens du poil, le lecteur en se jouant de lui, car au bout : la surprise. Je crois qu’Erwan n’envisage pas l’écriture sans la surprise, le jeu, le plaisir. Et le petit plus dont il est question tout de suite.

2 lettres pour commencer : EL

Cher Erwan,

J’ai bien fait de déposer le cri de ralliement « Salut les parano(e)s ! », comme d’autres déposent la marque « nan, mais allô », car, en écrivant L’abandon du mâle en milieu hostile, ton troisième roman, tu t’inscris totalement dans le concept. Tu me feras remarquer que ton premier récit Qu’avez-vous fait de moi ?, déjà, respectait, à la ligne, le manifeste originel du « parfait parano(e) » et je te dirai « oui » – une façon comme une autre de confirmer tes dires. Tu me parleras alors de ton deuxième roman et je t’arrêterai bien vite, la paume en avant (style « parle à ma main »), pour te dire « laisse-moi la surprise, je ne l’ai pas encore lu ». Concernant ce premier roman et ce dernier en date, que dire ? Ils m’ont plu.

Cher lecteur, je te rappelle les bases…

Faire sa Cassandre n’a rien de plaisant, je le sais. Mais il se trouve qu’à se faire traiter de parano(e)s à longueur de réunions, de discussions amicales, familiales, cordiales, associationales, tu (nous, toi ?) t’habitues à entendre le terme qu’on te sert, régulièrement : parano(e). Et puisqu’il s’applique de long en large à ta propre personne – du moins dans l’œil et la bouche de l’autre –, tu finis par l’adopter. Oui, tu l’adoptes, ce terme. Ce terme qui devient doux comme une deuxième peau, tu en redéfinis le sens, tu finis par le porter comme un gonfanon et à fabriquer, avec tes congénères, une petite tribu répondant au nom de « Salut les parano(e)s ! ». Ainsi, autour de la table, les regards échangés permettent aux parano(e)s en tous genres de se repérer les uns, les autres. Ils finissent par former un groupe, une entité, une carapace fraîche : le groupe débile, indélébile, de ceux qui annoncent… de ceux qu’on prend pour de dangereux extrémistes à la vision altérée par la colère, l’envie, la jalousie (oh oui, on en entend des choses et des belles et des vertes et des bleues et des pas mûres…), de ceux qui, pessimistes (lucides ?), sont décidés à agir pour changer les choses (pour le moins, à résister…) et qui s’auto-nomment, puisque c’est leur nouveau sobriquet : les parano(e)s ! La stratégie est simple. Il s’agit de jouer sur le mot, le sens, la situation et de tout renverser… (en commençant par la définition, pour finir peut-être… par la table). Erwan, lui, écrit des romans.

©Dorothy-Shoes

©Dorothy-Shoes

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Erwan, puisque c’est de toi qu’il s’agit

Cher lecteur de Leblogdudoigtdansloeil (NB : c’est pas moi qui ai choisi le nom du webzine…),

C’est le deuxième auteur que je chronique ici. Le premier, Sébastien Ayreault, pour son très beau Loin du monde. Le second, Erwan Larher.

J’en ai rencontré un, pas l’autre. Pas encore (Sébastien vit aux Etats-Unis).

Ces deux-là se sont peut-être croisés, cette année, lors du Salon du Livre de Saumur, au cours duquel Erwan a gagné le « Prix Claude Chabrol ». Depuis, il a raflé d’autres prix et son roman L’abandon du mâle en milieu hostile se retrouve en haut des conseils de lecture pour l’été qui vient (à petits pas…). On parlerait, se murmure-t-il, d’une adaptation pour le cinéma…

Ça fait un paquet de temps que je suis Erwan… Des points communs. Un mot de temps à autre, quelques messages, des conseils de sa part. Un long moment au téléphone, en 2008. Des idées partagées et son premier roman en 2010, puis le second (pas lu encore) et celui-là (L’abandon du mâle…), en 2013 : année de notre rencontre, en vrai, en chair, en os et en blouson, parce qu’il ne faisait pas très chaud, à Limoges…

©Sandra Reinflet

©Sandra Reinflet

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L’univers

Que puis-je dire de ses « héros » ? C’est lui, c’est moi. Et ce regard porté sur la société… ? Il dit « cynique », je dis « désabusé ». Le personnage principal… ? Il dit « couillon », je dis « naïf ». On peut cumuler les deux. Un héros, anti-héros, héros malgré lui de son plein gré, qui ne se retrouve jamais du bon côté de la barrière. Les filles… ? No comment. Si : un problème. Le blé… ? No comment. Si : un miroir aux alouettes, bien présent. Le rapport à la hiérarchie… ? No comment. Si : des dieux, des maîtres… des manipulations, des machinations. La politique… ? No comment… Ou plutôt, tant à dire… Erwan est à l’origine d’une décision mûrie longtemps, prise le 18 mars 2012. Le narrateur… ? Malin. Malin, joueur, coquin. Joueur et généreux. Un narrateur qui offre moult plaisirs : rebondissements, retournements, éclaircissements, tourneboulements. Un narrateur qui aime les mots, je veux dire par là : le son, le sens et le vocabulaire qui fait un pas de côté (ex : « alacrité »…). Un narrateur qui aime la structure, l’agencement, l’organisation de l’histoire offerte, les références : Metal Urbain, The Cure, Le Clézio, Echenoz ou la finale Noah-Wilander. Sans tout cela… point de plaisir. On l’a déjà dit.

(Une erreur, selon moi : on ne peut associer dans la même phrase Djian, BHL et Sulitzer. Sache, cher Erwan que nous devrons discuter fermenent.)

Le personnage mâle, le couillon, chez Erwan Larher est toujours un peu paumé. Tellement bien que c’est lorsqu’il imagine qu’il commence à maîtriser deux trois choses qu’il est au plus loin de la compréhension du monde ou de son environnement proche.

romans_larher

Mise à jour (mars 2016) : oui, le 2 et le 4 existent… une chronique bientôt.
Et le 5, à venir (avril 2016).

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Machination

Les deux romans sont construits sur cette idée : le point de vue d’un personnage, la représentation erronée, déformée de la société, du réel… images et illusions. Erwan met en scène (pensons qu’il a écrit pour le théâtre aussi) l’oubli, l’aveuglement, devant le paraître. Cécité collective qui ne concerne pas que le personnage principal. Impossibilité de saisir ce monde qui NOUS entoure, qui donne à voir, multiplie les écrans et les informations… pour mieux tromper… ?

Tiroir supplémentaire à cette présentation bien commode : Erwan joue, fabrique ce jeu des illusions, des ombres, des apparences, des flagrants mensonges… Erwan se joue aussi de toi (moi), lecteur, et, dessillé (initié), tu y trouveras du plaisir.

©Dorothy-Shoes

©Dorothy-Shoes

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Et puis ?

On avance dans ses récits et l’on se dit qu’Erwan Larher a décidément beaucoup d’imagination, que tout est inventé. On n’est plus sûr de rien… Plus sûr que c’est lui qui écrit, plus sûr qu’il contrôle encore tout à fait… Et c’est le mystère de l’écriture et de cette cervelle d’auteur, écrivain, dingue de fables et de fantasmagories. Quand TOUT se transforme en récit possible.

Me voilà au bout des lectures. Après Qu’avez-vous fait de moi ?, j’ai pensé au Magnifique, le film avec Belmondo et j’ai pensé que, finalement, je n’étais pas tombé sur le bonhomme par hasard. J’en ai profité pour comprendre le titre.
Après la lecture des deux romans (« le 1 et le 3 »), j’ai pensé à THX1138, au futur qui nous attend… Et je me suis dit : « Ils sont très forts ! Mais qu’ont-ils fait de lui ? ».

Qu’avez-vous fait de moi ? : un mec qui imagine sa vie, les nanas, quand il sera riche et qui commence par essayer de… trouver un emploi… La suite ? Il s’interroge. Et il a raison. Parce que le pauvre gars ne saisit pas tout. Et pourtant, autour de lui, il s’en passe des choses…

L’abandon du mâle en milieu hostile : un mec insipide qui sort avec la fille la moins insipide qui soit, qui voit sa vie défiler, thuriféraire, et qui s’interroge… quand tout est fini. Alors, on recommence.

Pour finir

Que je t’explique, Erwan c’est le genre de gars à te mettre en scène des négociations qui se dérouleraient loin des yeux et des oreilles des peuples européens et américains, entre l’UE et les USA pour construire un Grand Marché Transatlantique, à pousser le bouchon, même… à essayer de te faire croire que les USA ont mis sur écoute le moindre bureau de la Commission Européenne. N’importe quoi !

Erwan… t’es un parano(e), ou quoi !???

Par Hum Toks / E.5131 / Eric SABA

©Sandra Reinflet

©Sandra Reinflet

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Chronique des romans 2 et 4 d’Erwan :
https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2017/04/09/le-cas-erwan-larher-auteur-2/

Chronique du roman n°5 d’Erwan :
https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2016/05/08/marguerite-naime-pas-ses-fesses/

le blog d’Erwan Larher : http://www.erwanlarher.com/

le site de Dorothy-Shoes : http://dorothy-shoes.com/

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