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Entretien avec Julie Lagarrigue et Cécile Delacherie pour la sortie du livre-disque « Chansons à 2 accords », une aventure musicale et humaine exceptionnelle

21 Déc

 

 

C’est à peine il y a quelques mois qu’est sorti le livre-disque « Chansons à 2 accords », aboutissement d’un travail méticuleux et colossal, non pas pour signer la fin d’une aventure extraordinaire, mais pour en graver le souvenir sur un support matériel, support ayant vocation à faire connaitre et partager le sens d’une expérience musicale et humaine, et permettre à d’autres de s’en approprier les chansons, l’objet comportant en plus de l’enregistrement de trente morceaux interprétés par des chorales diverses, les partitions et les paroles de ceux-ci écrites lors d’ateliers en milieux hospitaliers, ainsi que des textes émouvants rédigés par des participants au projet.

Vingt-trois chorales, quatorze chefs de chœur et quinze musiciens, parmi lesquels Agnès Doherty [Lire ici], Anthony Martin et Emmanuel Commenges [Lire ici], et surtout quatre cent vingt chanteurs, enfants et seniors, personnes en situation de handicap ou luttant contre une maladie physique ou psychiatrique, détenus et travailleurs sociaux, patients et soignants, amateurs et professionnels se sont fédérés autour de Julie Lagarrigue [Lire ici] et Cécile Delacherie [Lire ici], pour chacun porter sa pierre à l’édifice collectif, enfanté du travail mené depuis de longues années par les deux artistes lors d’atelier de création de chansons en milieux hospitaliers, et dont l’investissement a par ailleurs permis l’ouverture cette année de la Maison des Arts et Art-thérapeutes d’Aquitaine [MAATA] au sein du plus grand Ehpad de France, à Terre Nègre au centre ville de Bordeaux, née de cette même dynamique, tout comme l’association que ces mêmes artistes ont fondée avec d’autres, Le Dire Autrement, qui produit le livre-disque. Sous des aspects de travail de fourmis, c’est bien pourtant une œuvre à l’ampleur tentaculaire qui témoigne et exprime comme est profonde la foi en la dimension thérapeutique de l’art qui anime ces artistes, qu’on retrouve à l’élaboration et la réalisation de ce projet hors norme, et à propos duquel il faut saluer aussi le travail accompli pour l’enregistrement par des personnes fragilisées pour qui il a quand même constitué une pression éprouvante. L’objet final est là, disponible dans plusieurs librairies locales et directement auprès de l’association, ici : https://www.helloasso.com/associations/le-dire-autrement/paiements/livre-disque-augmente-30-petites-choses-chansons-a-2-accords

Julie Lagarrigue et Cécile Delacherie acceptaient il y a peu de nous accorder un entretien pour parler de cette œuvre collective, retraçant une aventure enrichissante émotionnellement et humainement sans nul doute, et peut-être aussi transcendante, voire thaumaturge, pour de nombreuses personnes, mais offrant également aux autres des chansons accessibles à partager et interpréter. Une œuvre amenée à vivre désormais sur scène et être portée devant le public, dès que la reprise de la vie évènementielle le permettra en France.

 

– Bonjour et merci de nous accorder un peu de temps. Remontons à l’origine de cette aventure : pouvez-vous nous en raconter l’histoire qui a abouti à la réalisation du disque ?

– Cécile : En 2014 Julie m’a demandé de venir avec elle à un atelier d’écriture de chanson à Perrens [hôpital psychiatrique de Bordeaux]. Il y avait beaucoup de monde ; et venait qui voulait, patients et soignants, à qui on avait juste demandé de ne pas mettre de blouse, afin de ne pas distinguer les uns des autres. Anthony Martin nous accompagnait à la guitare. Et on a continué d’année en année, en proposant aux différentes unités d’aller y faire chanter les gens. Le principe en est simple : on écrit les paroles avec les gens, dans un cadre temporel fixé à une heure, et au bout de l’heure, on chante la chanson en l’état avec la musique que Julie a posée dessus, et on l’enregistre.

– Julie : Les unités dans lesquelles nous intervenons sont des unités fermées ou ouvertes, réservées aux mères avec enfant, ou aux adolescents. On voit vraiment tous les publics différents qui se trouvent là. Et pendant une heure, on se met à l’écriture d’une chanson avec les gens. Le fait qu’on s’impose la contrainte de réaliser la chanson en une heure permet d’avoir un résultat intéressant. Car pour écrire rapidement une chanson à plusieurs, il faut réussir à trouver un consensus dans lequel tout le monde se retrouve. On lance donc l’atelier d’écriture et dès qu’on dispose de deux ou trois phrases, assez vite je me mets de côté avec la guitare pour trouver un air facile à retenir qu’on peut directement poser dessus. C’est pour ça que c’est « chanson à deux accords ». Certaines ont été réadaptées bien sur, mais à la base, elles sont toutes composées avec des accords ouverts à la guitare. On a un classeur où sont compilées ces chansons, et lorsqu’on arrive dans une unité, on les distribue pour chanter ensemble ces chansons.

 

– L’idée de l’enregistrement d’un disque vous travaillait-elle dès l’origine des projets d’ateliers ou a-t-elle émergé et mûri au fil du temps ?

– Cécile : On s’est très vite retrouvés avec une quarantaine de chansons, dont certaines vraiment très belles. Et on trouvait dommage l’idée qu’elles ne laissent pas de trace. Il fallait en faire quelque chose. Dans le même temps Frédéric Serrano, qui s’occupe entre autre de la chorale de la maison d’arrêt de Gradignan  a voulu chanter une de nos chansons. C’est à partir de là qu’a muri l’idée de réaliser un objet avec les enregistrements, les textes et les partitions, afin que les chansons puissent être chantées par d’autres. Tout le monde a trouvé l’idée de ce livre augmenté superbe. Le travail de collecte des textes et de réécriture de partition a été un boulot très laborieux, et on a contacté des chorales amateures, semi-pro, et professionnelles pour interpréter les chansons. Le concert de restitution a été un superbe moment de partage avec les participants des différentes chorales. Et puis le confinement est arrivé là-dessus et nous a mis un gros coup de booster pour travailler, peaufiner, et finaliser l’objet. Nous avons reçu le bouquin fin aout, mais pas pu faire vivre les chansons sur scène malheureusement pour le moment. Mais ce livre-disque existe et nous en sommes très contents. Il est évident qu’il existe pour que les gens puissent en chanter les chansons ; donc dès que le confinement sera fini, on reprendra notre bâton de pèlerin pour porter les chansons vers le public.

 

– Il ne s’agit pas uniquement d’un simple enregistrement d’un concentré du travail accompli. Le livre-disque constitue un objet élaboré, avec une esthétique photographique soignée, les textes et les partitions des chansons, un « lexicabulaire » humoristique, des textes. Réaliser un objet original ayant pour vocation de faire connaitre et partager l’expérience humaine, artistique et sociale que vous avez vécue, mais aussi de servir de support de travail à ceux désireux d’en interpréter les chansons était-il un impératif pour vous?

– Julie : Je voulais que le disque soit un bel objet, et non pas une compilation de restitutions qu’on écoute une fois, parce qu’on l’a achetée, puis qu’on range. Mon idée était que ce soit un objet qui puisse servir de méthode musicale, dont des professeurs, des animateurs, puissent se servir pour faire chanter. Je voulais faire quelque chose qui ressemble au Diapason un peu. Comme ce sont des chansons faciles à retenir et aussi à jouer, l’idée d’un manuel accessible à tous s’est imposée avec celle d’un bel objet. Ces chansons ont été écrites confinées, et l’idée est de les faire vivre en dehors de l’hôpital. Il y a de très belles photographies, un beau travail de graphiste.   

-Cécile : On n’a pas écrit des chansons pour enfants. Mais il est vrai que comme elles sont simples, même si certaines ont des arrangements quand même un peu plus sophistiqués que d’autres, des enfants comme des adultes peuvent se les approprier. Anthony a en plus arrangé des compositions de manière très variée. C’est très accessible, même quand on n’a pas un haut niveau de guitare.

 

– Pourquoi avoir fait appel à des chorales extérieures à l’aventure originelle pour enregistrer les titres? Était-ce irréalisable avec les gens ayant participé aux ateliers?

– Julie : A Perrens il n’y a pas de chorale, et donc on trouvait dommage que ces chansons, ne se chantent pas, car elles sont très belles. Il est très compliqué malheureusement de monter une chorale dans l’hôpital, dans la mesure où les gens y rentrent et en sortent parfois très rapidement. On ne sait jamais d’une session à l’autre qui on va revoir ou pas. C’est une espèce d’essence prise sur le vif de ces paroles, et aussi de ces publics là, les publics particuliers du milieu psychiatrique, mais qui sont aussi des gens comme toi et moi. Il y a un sacré tabou dans ce pays, où on véhicule le cliché que les gens en milieu psychiatrique sont des fous. Alors qu’en fait en psychiatrie, on croise des gens en dépression, en burn out, qui ont perdu un proche, enfin des gens comme toi et moi, et qui souvent ne restent pas longtemps, ce qui fait que souvent on les voit lors d’un atelier, et la semaine suivante, ils ne sont plus là. Donc au résultat, ça fait des archives de chansons, écrite par des tonnes de gens différents. On a décidé de porter ce projet avec l’association Le Dire Autrement. C’est vite devenu un projet énorme, et comme les finances manquaient, on a proposé à chaque chef de chœur qu’on connait dans la région, et qu’on sait être un peu sensible au côté social, de chanter une chanson avec sa propre chorale, et d’enregistrer avec nous ensuite. Anthony Martin a arrangé les chansons, certaines pour orchestre, d’autres en musiques actuelles, d’autres complètement a capella. On s’est retrouvé avec une quinzaine de chefs de chœurs, et des chorales de tous styles : j’avais des ateliers en maison de retraite, des instituteurs avec les enfants de leur école primaire, des professeurs avec leurs collégiens, des chorales de prison, de malades en post-cure psychiatrique, des chorales d’amateurs comme Yakafaucon [Lire ici], des chorales professionnelles, toutes à des niveaux complètement différents. Anthony a fait beaucoup de guitares lui-même ; mais il y a aussi d’autres musiciens qui ont participé, comme Agnès Doherty ou Emmanuel Commenges.

 

– Comment avez-vous décidé la sélection des chansons pour l’enregistrement?

-Julie : On  a sélectionné trente chansons. On a fait une représentation à mi-parcours pour le festival Hors Jeu/En Jeu d’Ambarès (33), et des écoles de Dordogne sont venues, ce qui fait que le projet a débordé des frontières de la Gironde. D’autres restitutions étaient prévues pour que les chorales se rencontrent, mais avec le confinement tout a été mis en suspens. Anthony a aussi passé des heures à s’occuper des enregistrements, des prises, des mix. On lui avait donné pour consigne que ce soit beau, et c’est un travail compliqué avec des chorales d’amateurs et des gens fragilisés. Alors on n’a pas pu tout garder. C’est un peu un entre-deux entre une participation d’amateurs et un travail professionnel quand même. Il y a aussi là des textes d’auteur, Hubert Chaperon par exemple, Fred Serrano qui travaille avec les gens incarcérés à la prison de Gradignan, qui possède la seule chorale mixte de France. Le fait que l’association Le Dire Autrement soit producteur de l’œuvre nous a permis d’avoir les mains assez libres quand même. Sept cent exemplaires ont été édités pour le moment et ça part assez vite.

 

– Tu parles de l’association le Dire Autrement, que vous avez fondée et animez. Son histoire est intimement liée à un engagement qui vous tient à cœur et s’est concrétisé cette année avec l’inauguration de la MAATA. Pouvez-vous en parler ?

– Julie : La MAATA a ouvert ses portes juste avant le confinement. Même si les choses tournent un peu au ralenti, en vertu des circonstances actuelles, on y propose régulièrement à tous des ateliers et des stages avec des artistes et des art-thérapeutes, des séances d’art-thérapie individuelles ou en groupe, des ateliers d’art adapté, de différentes disciplines, où des personnes en difficulté peuvent côtoyer n’importe qui a envie de s’y inscrire. L’idée était d’avoir  un endroit où les publics se rejoignent. Durant le confinement, comme beaucoup d’art-thérapeutes restaient sans activité, on a lancé l’initiative d’écrire chacun un courrier et d’entretenir par écrit un lien positif avec les gens dans les Ehpads. Nous avons reçu énormément de réponses et l’initiative a été reprise un peu partout en France.

 

– Quel sentiment gardez-vous de cette représentation scénique externe qui a eu lieu à Ambarès?

– Julie : On a quand même des participants qui sont bien touchés. Quand on a chanté à Ambarès, les gens avaient la chair de poule. On avait deux leads avec la chorale derrière, qui tremblaient de chanter devant les gens. Mais c’était magnifique. On entend chaque voix, avec sa vie derrière. Il y a quelque chose de très touchant chez les amateurs, parce que justement ils ne sont pas professionnels et sont donc hyper émus en chantant. Ne pas être dans la maitrise libère autre chose. Chaque personne a choisi sa chanson. Par exemple Emmanuel Commenges a choisi en fonction de la chorale d’enfants qu’il faisait travailler. Lors de la restitution à Ambarès, comme chacun avait chanté deux chansons, la soirée a été vécue comme quelque chose d’extraordinaire. Pour certains ça faisait très longtemps qu’ils n’avaient pas vécu une soirée pareille, avec une sortie tard, un catering. Une des personnes de la chorale des seniors que j’ai croisée deux semaines après avait gardé son bracelet de la soirée en souvenir. J’ai aussi croisé des gens d’une autre chorale dans le tramway qui sont venus me dire combien cette soirée-là a été un moment génial pour eux, car ils se sont tous retrouvés et mélangés pour chanter. Avec Cécile on a dû pas mal improviser, car on savait que tel groupe chantait telle chanson, et il fallait organiser un spectacle qui ne dure pas trop longtemps, avec des changements de plateau sur quasiment toutes les chansons. Mais il n’y avait quasiment pas eu de répétition pour les gens. Agnès Doherty a joué de la contrebasse sur tous les morceaux ; Emmanuel Commenges du saxophone ou de la clarinette. Et on s’est donc retrouvés à six ou sept musiciens à faire un orchestre pour des gens avec qui on n’avait jamais joué.  

 

– Avez-vous reçu de la part des personnes malades participants aux chorales des retours quant aux bienfaits émotionnels et psychologiques, peut-être à une certaine transcendance, que cette expérience leur a permis d’avoir, dans une optique de guérison?  

– Cécile : Pas directement. Mais ce qui est sûr, c’est que lors du concert à Ambarès, les participants sont restés jusqu’au bout et ont gardé les bracelets durant des jours. Pour eux ça a été vécu comme un moment très privilégié, de rencontres avec d’autres et en tant que chanteurs, et non plus en tant qu’handicapés ou malades. Certaines chansons ont une patte particulière, car elles ont été écrites dans ce cadre spécifique. Les chansons écrites avec des gens non atteints par des pathologies ou handicaps n’ont pas la même couleur. Elles sont plus réfléchies, pensées, construites. Au début les patients avaient peut-être du mal à prendre la parole, et puis comme nous déconnions beaucoup et qu’on ne censurait rien et acceptait tout, au bout d’un moment, des choses se sont libérées. Et puis certains patients qui avaient, de leur vie professionnelle d’avant, des compétences, des qualités, un savoir-faire, ont vu revenir ces choses, par exemple un rapport à l’écriture, des mots savants, des expressions magnifiques.

– Julie : Les prises d’enregistrement dépendaient de chaque chœur. Il fallait s’adapter à l’épreuve des prises de son ; lorsqu’on a enregistré la chorale avec  des patientes de l’hôpital Bergonié soignées pour des cancers du sein, j’ai dû stopper à un moment, car évidemment le professionnel n’était pas satisfait, car on n’a pas vraiment ce qu’il faut, mais les gens n’en pouvaient plus de fatigue. Alors on n’a pas vraiment eu de retour sur les bienfaits que leur a apporté la participation au disque. On n’a pas assez de recul pour cela, et je pense que certains n’ont pas encore réalisé. Ceux qui ont reçu l’album le trouvent très beau. Mais l’essentiel des retours a eu lieu chorale par chorale. C’est difficile de s’emparer de l’ensemble d’un projet quand on a chanté qu’une chanson sur trente. Il reste que ça a créé du lien entre les chorales et entre les gens forcément. Certains ont gagné dans leur estime, car ils disent être très fiers d’avoir réussi à participer à un tel projet, alors qu’ils en étaient angoissés parfois et ont mené un combat douloureux et épuisant.

 

– Cécile, tu mentionnes l’exemple de certains patients qui ont vu ressurgir des compétences de leur vie d’avant hospitalisation. Est-ce que cette aventure a pu être aussi pour d’autres l’occasion d’envisager une vie d’après, au sens où elle a pu éveiller une passion, ouvrir une perspective, faire prendre conscience d’un talent ou d’une sensibilité artistique avec lesquels se projeter dans l’avenir et qui les a valorisés?

– Cécile : Exactement. J’ai vu arriver un jour dans un atelier une institutrice avec qui j’avais travaillé deux ou trois ans auparavant. Elle avait fait un burn out. Et ça peut arriver à n’importe qui, à n’importe quel moment. Pour les adolescents l’expérience a été chouette aussi, car souvent ils s’ennuient dans l’unité ; les soignants n’ont pas forcément le temps de les occuper avec des choses passionnantes. Ils avaient une grande force de proposition pour l’écriture. On peut parler aussi des gens originaires de pays et de cultures étrangères, qui ont pu mettre des mots étrangers dans les chansons, et nous raconter un peu de leur culture. Dans l’unité mère-enfant, une soignante a souhaité écrire une petite comptine qui servirait au début d’atelier, et ils la rechantaient à chaque début d’atelier, un peu comme un rituel. Dans certaines unités où on a travaillé, c’était un des objectifs de permettre à leurs patients de trouver une ouverture pour des projets futurs. C’était des unités qui préparent les gens à la sortie et la reprise d’une vie normale active. On a eu des ateliers avec des musiciens, et pour le coup certains patients envisageaient d’apprendre ou reprendre un instrument de musique. Il y a eu aussi un atelier de danses africaines qui travaille depuis longtemps à Perrens ; on a donc pu échanger avec ses animateurs là-dessus ; un atelier de photographie aussi. Pour anecdote, un autre atelier avait proposé pour une boum aux patients de se choisir chacun une chanson qui passerait lors de l’évènement, et nous avons été scotchés par une dame qui d’ordinaire ne bougeait pas et nous a fait une chorégraphie de dingue, très précise, qu’elle avait du apprendre par cœur, sur une chanson de Mylène Farmer, qu’elle avait choisie : la chanson l’a subitement ramenée dans un temps d’avant, une vie d’avant où elle dansait. Et une fois la chanson finie, terminé : elle s’est rassise et il n’y avait plus personne. Faire chanter et danser les gens, c’est plus que du plaisir : ça relève du soin. Mais il faut que les soignants réinvestissent cela, déjà qu’ils aient le temps de venir, car souvent ils y sont favorables, mais manquent de temps et de disponibilité. Maintenant ce qui va faire vivre le disque, c’est qu’on puisse faire des restitutions et inviter les gens à se rendre compte de ce que ça peut être de faire chanter ensemble un même répertoire des gens qui ne se connaissent pas.        

 

– Un mot sur le « lexicabulaire » explicatif qui clôture le livre-disque de manière originale, humoristique et aussi en permettant de transmettre un peu de ce que vous avez vécu et la manière dont vous l’avez perçu?

– Cécile : Comme on a un regard sur la psychiatrie, on a toujours discuté de ce qu’on faisait ensemble, car parfois c’est assez dur et riche émotionnellement à vivre. Donc on débriefe un peu ensuite et on se dit beaucoup de choses sur la relation entre la chanson et le soin. On voulait aussi raconter à travers ce livre-disque ce que nous avions vécu humainement, ce que ça nous a fait. Et on a proposé à des gens intervenus en milieu hospitalier ou en marge d’écrire des choses. Donc il y a des textes aussi de comédiens qui racontent leur expérience. Et comme on voulait aussi que des sigles et des réalités de l’hôpital psychiatrique soient expliqués, on a fait ce « lexicabulaire » avec plein de petits articles dans lesquels on raconte et on explique des choses, parfois en disant des conneries. C’était une partie de création plus rigolote.

– Julie : On a mis un « lexicabulaire » rempli de conneries à la fin, pour la touche d’humour, auquel les gens ont participé. Ajoutons que beaucoup de partenaires ont aidé ce projet à voir le jour, et nous les en remercions. Monter des dossiers de subvention a été très difficile, dans la mesure où chaque organisme dédié ne peut subventionner que des projets entièrement consacrés à son propos. Et comme notre projet s’adresse à tous les publics, ça compliquait les choses ; mais l’IDAAC, ainsi que d’autres nous ont bien soutenus. Malheureusement maintenant les appels à projets impliquent de rentrer dans les clous, ce qui n’est pas du tout le cas de celui-ci. Ce ne serait que moi, je donnerais le livre-disque à tout le monde. Mais ce n’est pas mon disque ; beaucoup de gens y ont œuvré et ça a nécessité du travail et de l’investissement.

 

 

Miren Funke

crédits photos: M.Legrand Rolbac Funke
Pôle culture CH Charles Perrens/ DRAC/ IDDAC/ Fondation John Bost/ CNV/Bordeaux Métropole/Nouvelle Aquitaine

Liens :

Pour commander le livre –> Association Le Dire Autrement : https://ledireautrement.fr/

https://www.facebook.com/Association-Le-Dire-Autrement-MAATA-779811905707706/

Julie Lagarrigue : https://leveloquipleure.fr/

Cécile Delacherie : https://www.facebook.com/cecile.delacherie

 

 

Sortie (et souscription-précommande) de l’album « Des larmes de couleur » d’Emmanuel Commenges : entretien avec l’artiste

23 Avr

C’est sous son nom propre que le chanteur du groupe Impala, Emmanuel Commenges, annonce la sortie imminente d’un nouvel album «Des larmes de couleur», que le public peut précommander, et à la production duquel il peut contribuer sur la plateforme de financement participatif Ulule en ligne ici . Si d’un premier abord, aucune réorientation musicale brutale n’est vraiment perceptible dans l’horizon de l’artiste, qui déjà avec Impala avait amorcé la création d’un univers assez atypique né d’une fusion personnelle qu’il fait des musiques du Monde et musiques expérimentales et du jazz qu’il a pratiqués, on entend s’y immiscer de plus en plus la chanson et le texte francophone pour façonner une Chanson française, sinon inédite, du moins originale, exotique, parfois même improbable, imprégnée d’un esprit improvisateur et innovateur. Esprit qui se retrouve à animer aussi l’écriture, plus attachée au sujet et à la quête d’une expressivité différente qu’au sens esthétique littéraire d’un classicisme poétique fidèle aux convenances. Peut-être est-ce en quoi le projet Impala aboutit à l’émergence de l’identité individuelle d’Emmanuel Commenges, et au désir d’assumer une créativité guidée par des choix plus personnels. Le sept titres à sortir, surprenant d’étrangeté, révèle, s’il en était besoin, un artiste alternatif œuvrant de toute son imagination à l’enrichissement de l’éclectisme musical de la Chanson Française et la découverte d’espaces encore peu ou pas explorés de sa galaxie. Il y a quelques jours Emmanuel Commenges acceptait de nous accorder un entretien.

 

– Emmanuel bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Comment se dessine la sortie de l’album prévue sous peu avec les impératifs de l’actualité?

– La date de sortie était initialement prévue le 15 mai, mais je vais sans doute la repousser. Il y avait un concert prévu au Théâtre l’Inox de l’association Bordeaux Chanson avec Matheo Langlois. Mais nous sommes dans le doute quant au maintien des dates. J’ai lancé un appel à souscription pour aider à financer le projet, et que les gens puissent acheter l’album en avance. Des concerts étaient prévus courant mai et juin, et même si le confinement aura cessé, il risque d’avoir des limitations quand même ; les gens n’auront peut-être pas envie de se mêler les uns aux autres tout de suite.

 

– Par rapport au groupe Impala sous le nom duquel tu te produisais jusque là, le fait que cet album sorte sous ton nom indique-t-il un changement d’entité ou de démarche ?

– C’est un peu la continuité. Au début j’avais monté ce groupe Impala avec des musiciens qui m’accompagnaient. Puis le groupe s’est arrêté et j’ai continué en solo, en m’accompagnant a piano et avec les boucles. Et j’ai pris le parti de continuer ce projet en le renommant avec mon nom civil, puisque le nom d’Impala était lié à l’idée que c’était un groupe au départ, avant que j’assume de porter moi-même ce projet. Assumer son nom et son visage est aussi un cheminement. Au début de mon parcours artistique j’ai beaucoup été dans des projets de création collective ; c’était pour moi une valeur importante, cette idée que ce n’était pas un ego qui s’affirmait, mais un partage, une mise en commun qui a été mon crédo pendant des années. Et puis j’ai peu à peu changé de perspective et ça m’a demandé une maturité différente, une capacité à assumer mon propos tout seul aussi que j’ai fini par acquérir avec le temps, jusqu’à ce que je me sente prêt au fil du temps à prendre mon propre nom et à affirmer plus l’univers que je proposais. Du coup dans cet album j’ai invité des musiciens, mais il était clair que c’était mon projet et mes chansons. Je leur donnais des directions, et bien sûr ils ont amené leur patte, mais pour m’accompagner.

 

– Qui sont-ils ?

– Xavier Duprat, le pianiste est plutôt un spécialiste de jazz, de funk, musiques groove. Et puis Luc Girardeau évolue plus dans les musiques orientales et Musiques du Monde. Chacun a amené son univers et sa façon d’appréhender ces chansons et ce qu’il y entendait. Mais malgré tout j’ai ardé la direction et j’ai donné l’esprit, l’atmosphère et l’intention des chansons. Je vais sans doute faire quelques concerts avec eux, mais aussi peut-être certains en solo. Les deux formules risquent d’exister, à voir comment ça va évoluer avec les concerts et la situation actuelle.

 

– Comment présenterais-tu le contenu de cet album ?

– Il y a sept titres. C’est un peu une formule intermédiaire entre l’EP et l’album. Ca correspond pour moi une phase où j’étais arrivé à terme de mûrir ce répertoire. Je suis entrain d’écrire de nouvelles chansons, mais ce sera pour un autre objet plus tard. L’enregistrement s’est déroulé autour de l’automne-hier 2019-2020, de ce répertoire que j’ai joué en solo et puis ensuite étoffé avec ces deux musiciens qui ont amené une autre dimension, et qui m’a nourri, puisque maintenant quand je le joue en solo, je le joue différemment, du fait d’avoir creusé cette matière avec eux. Cet album parle pas mal de la vie intérieure, des pensées qui nous traversent et se mélangent et amènent de la confusion, voire même une forme de folie, comme dans le titre « Radio intérieure », ou « Lounge bar » qui parle d’un personnage qui vit une espèce de solitude et de recherche de se connecter à ce qui l’entoure, de façon un peu trouble et confuse. Ça évoque les tableaux de Hopper, avec le mec tout seul accoudé au bar. Il y a aussi d’autres chansons qui évoquent des émotions plus intimistes comme « Des larmes de couleur », qui est aussi le titre de l’album, qui parle des photos, de la nostalgie qu’on ressent en voyant défiler les photos du passé. Et puis il y a toujours des chansons qui évoquent l’absurde, comme celle qui ouvre l’album et invite l’auditeur à patienter. Pour moi elle parle de tout ce qu’on ressent dans notre société où on est pris avec des langages pré-formatés face à des machines ou des répondeurs qui nous parlent et où on est toujours en train d’attendre qu’une vraie personne nous réponde, et elle parle en même temps de ce qu’on est en train d’attendre, dont on rêve, auquel on aspire plus profondément et qui vient plus difficilement. On est toujours en phase entre la superficialité des choses et la profondeur d’une aspiration intérieure qui est plus longue et difficile à se concrétiser. Ça créé un parallèle entre les répondeurs et la façon dont une aspiration existentielle est mise en attente par la vie. Et puis ouvrir l’album avec cette première chanson met l’auditeur dans la même situation, où il est invité à patienter avant d’avoir des choses un peu plus consistantes qui répondent à son aspiration quand il met un disque sur une platine. Je trouvais ça amusant de lui dire : « patiente un peu avant d’avoir ça ». Ensuite il y a la chanson « Chef indien » qui rentre un peu plus dans le vif du sujet au niveau de la musique avec un rythme ternaire et plus tribal qui évoque à la fois l’enfance et l’union avec la terre et la nature, la spiritualité aussi. Quant au thème de la chanson « Choisir » écrite par Julie Lagarrigue, c’est un thème qui revient souvent chez moi de l’angoisse de la difficulté à choisir à la fois un plat face au serveur qui attend la commande et aussi des tas de choses dans la vie. J’ai beaucoup aimé mettre en musique et chanter ce texte. La dernière chanson « Partir en voyage » ouvre vers d’autres horizons et renoue avec le sentiment amoureux et la façon dont dans le temps suspendu on est au présent et se projette aussi dans les rêves qu’on fait à deux, sur une musique un peu plus inspirée de Groove et de Soul et donc une note un peu moins atypique.

 

– Julie Lagarrigue, parlons-en, puisque c’est une artiste dont tu es proche et avec qui tu partages en tous cas une façon de faire ce métier. Qui est-elle pour toi ?

– On a des projets en commun. J’ai participé aux chœurs sur son album « Amours sorcières », et puis nous avons fait des co-plateaux ; j’ai fait sa première partie l’an dernier. C’est quelqu’un que j’aime beaucoup et avec qui je partage des expériences, puisque nous sommes tous les deux porteurs de notre propre projet, à écrire nos chansons, et gérer la barque avec tout ce qu’il y a à gérer quand on veut développer un projet artistique. Ce n’est pas qu’un boulot artistique, et donc on se soutient mutuellement et on échange nos expériences, comme on occupe un peu la même place. Elle m’a beaucoup soutenu depuis que je me suis lancé, puisqu’elle avait un peu plus de bouteille dans ce créneau de chanson française.

 

– On retrouve aussi chez toi un sens, sinon une quête de l’atypique, en tous cas un gout d’exprimer différemment, avec d’autres sons, d’autres atmosphères, la chanson. Par quel cheminement y parviens-tu ?

– Ce sont les musiques que j’aime et que j’ai envie de jouer et de composer. Je ne me dis pas que je vais chercher à faire quelque chose de différent et d’original. De fait le mélange d’influences créé une combinaison un peu atypique ; mais le désir à la base est d’aller dans les musiques que j’aime et qui me nourrissent. Le fait d’avoir une percussion orientale plutôt qu’une batterie apporte quelque chose de plus intime, plus subtil, qui recherche plus une expressivité que l’énergie.

 

– Julie nous racontait aussi comment, en sa qualité d’art-thérapeute, discipline qu’elle promeut d’autant plus avec l’ouverture récente de la MAATA (Maison des Arts et Art-Thérapeutes d’Aquitaine ici) à Bordeaux, elle rencontre des publics parfois plus sensibles et réceptifs à des musicalités différentes qui expriment un propos peut-être plus intuitivement qu’intellectuellement. Participes-tu aussi à ce genre d’expériences ?

– J’ai bossé avec eux pour faire chanter les séniors liés au centre ressource des Ehpad. Je mène aussi un projet dans un Ehpad de La Réole (33) : je réalise des portraits poétiques de personnes de l’Ehpad et les enregistre. Et je vais réaliser une exposition à l’ancienne prison de La Réole avec des montages sonores des entretiens que j’ai eus avec eux où je les amène à me parler de qui ils sont ; il y aura dans chaque cellule une installation avec la voix de la personne et une installation classique. Cette approche avec le travail social me nourrit aussi, puisque on s’adresse à des personnes qui n’ont pas forcément la chance de fréquenter des pratiques culturelles et artistiques très souvent. Et puis il y a une façon  d’être et d’échanger, avec des personnes attentes d’Alzheimer par exemple, qui parfois passe à travers les filtres habituels de la vie sociale, et qui rapproche de l’intention artistique où on cherche à dire des choses en dehors de ce qui est convenu dans les formes. Il y a eu un moment en Ehpad où je jouais de la clarinette basse dans les couloirs et j’ai fait un duo avec un patient qui s’est exprimé complètement avec sa voix et son corps, alors qu’il ne parlait pas. J’ai fait aussi un projet de montrer des performances et des court-métrages avec des traumatisés crâniens. J’adore trouver cette connexion avec des personnes qui passent à un autre niveau que la communication sociale habituelle. Quand quelque chose s’exprime en musique de plus improvisé, comme le rapport à la transe dans les musiques orientales ou africaines, qui va dans le sens du lâché-prise et d’une envolée autant physique que musicale, on communique autrement. Ca ne reste pas que dans le sens des mots. L’émotion vient bien sûr du sens des mots, mais aussi de quelque chose de physique contenu dans la musique.

 

– Tu as gouté à plusieurs genres musicaux, dont les influences s’entendent sur le disque, et vécu des vies artistiques « antérieures » avant d’arriver dans la chanson française. Quel a été ton parcours ?

– De mon côté j’ai un parcours un peu atypique, puisque j’ai été musicien de jazz au saxophone et à la clarinette basse, de Musiques du Monde, de musiques improvisées, donc des créneaux un peu plus expérimentaux, et pas forcément avec du texte au début. J’ai été attiré par les musiques répétitives, la musique classique indienne que j’ai étudiée au chant, mais pas du tout avec des textes en Français. J’avais participé à un groupe il y a cinq-six ans qui a eu sa petite heure de gloire à l’époque, Nostoc. Nous avions reçu des prix dans les musiques de Jazz improvisé. Et puis j’ai fondé le collectif d’artistes Monts et Merveilles, qui travaillaient plutôt la performance ; j’avais le volet musique et spectacle vivant, avec des plasticiens. Et donc l’envie de mettre des textes et de composer avec cet univers de la Chanson française est venu un peu sur le tard, mais sans vouloir m’inscrire dans le côté conventionnel de la chose, parce que j’aime bien jouer avec les codes et aussi les formes de langage. On peut dire que l’univers d’où je viens avant de m’être lancé dans la Chanson continue à l’imprégner aujourd’hui.

 

– Et comment donc se déroule le processus créatif d’incorporer du texte français à ton univers musical ?

– C’est une gymnastique. Je n’écris pas les textes en même temps que la musique. J’ai plus de facilité souvent à écrire des musiques. Donc je compose pas mal de musiques avec le piano, la boucleuse, la voix, le saxophone aussi, et j’ai par conséquent plein de banques ou de brouillons de musiques. Et j’écris des textes, quasiment en parallèle, et ensuite je les combine : j’écoute mes musiques et je regarde les textes que j’ai, et ça se refond un peu ensemble. Chaque chose influe sur l’autre ; les deux se déforment un peu pour se combiner. Pour moi le processus créatif est dans ce sens : il y a deux éléments qui se font séparément et se combinent après. Je crois que les artistes qui sont dans la Chanson depuis toujours ont souvent plutôt une façon d’écrire les deux ensembles directement. Dans cet album il y a aussi une chanson, d’une musique qui m’a été proposée par Ignatus, qui a composé la mélodie, d’après laquelle j’ai écrit des paroles. Je me suis donc pour le coup vraiment laissé imprégner par la musique d’un autre pour essayer de décrire l’atmosphère qui y était. Et puis il y a une autre chanson, à l’inverse, dont le texte a été écrit par Julie Lagarrigue sur le thème du choix, que j’ai mis en musique. Ça peut donc marcher dans les deux sens, et dans les deux cas c’est intéressant, car ça amène de l’eau au moulin, de la matière sur laquelle on rebondit. Ce genre de collaboration est très intéressant pour moi, et finalement donne des chansons peut-être un peu plus classiques, ce qui fait que celles que je réalise tout seul sont encore plus atypiques.

 

– Y a-t-il des artistes dans la Chanson qui te parlent particulièrement ?

– J’aime beaucoup Barbara, dont j’ai souvent repris la chanson « Le mal de vivre » en concert. Ce je trouve très beau chez elle est cette façon dont elle arrive à nous mettre en intimité avec une émotion, au-delà de l’écriture et de sa présence dans l’interprétation, son regard, son visage qui nous captent et nous amènent dans un ressenti. J’ai beaucoup aussi aimé Camille dans ce côté un peu plus expérimental que je pratique aussi, ce jeu avec des voix qui se superposent, qui créent des accords et des contre-chants, et puis aussi Bertrand Belin par rapport à cette façon de s’autoriser d’aller dans l’absurde qui m’a inspiré. On n’est pas obligés qu’une chanson soit poétique de facture classique ou explicite ; on peut décrire de façon simple et en même temps comme chercher à saisir entre des mots, une sorte de répétition qui peut avoir l’air absurde un sens qui traverse ça. Le mouvement des gens d’Uzeste, de gens comme Bernard Lubat, André Minvielle qui intègrent du phrasé un peu jazz, du jeu sur les mots et les sonorités et des influences de musique improvisées m’inspire et me nourrit aussi depuis longtemps. C’est vrai que ça fait un bon mélange éclectique entre des choses classiques et d’autres expérimentales, avec une recherche de sens, d’être sincère et authentique dans la façon de traduire cette recherche.

 

– Toi qui te soucies depuis longtemps des questions environnementales et de la nécessaire remise en cause de notre mode de vie consumériste au quotidien, comment envisages-tu, et particulièrement dans les circonstances liées à l’actualité, l’impact que peut avoir le rôle d’artiste, soit par la parole et le message qu’on peut porter, soit par l’engagement auprès de causes particulières, et la cohérence qu’il peut exister entre une façon de faire ton métier et une philosophie de vie ?

 – Alors c’est un peu d’actualité hélas, mais je suis très concerné par l’écologie et la façon dont les humains peuvent peupler cette planète différemment. J’ai la sensation que ce qu’on vit actuellement peut être une opportunité pour réfléchir différemment. Après la seconde guerre mondiale, on a inventé la sécurité sociale, l’Europe, l’Unesco. Après ça, que va-t-on inventer? Je vois que les gamins sont plus tranquilles de ne pas aller à l’école, que dans le ciel, il n’y a plus d’avion ; plein de choses nous amènent à découvrir d’autres avantages et une autre qualité de vie. Ça fait partie de cette quête de sens qui pour moi s’exprime dans un chemin artistique, mais aussi dans un mode de vie. Je vis à la campagne, dans un éco-hameau autour de la méditation, et pour moi tout ça est un peu connecté. C’est-à-dire comment dans nos métiers, dans nos vies, et particulièrement quand on traverse des périodes de crise, on peut s’inscrire dans une transformation sociale pour que le projet humain devienne plus épanouissant pour nous et l’humanité entière. Du coup je me demande de ma place, en tant qu’artiste ce que je peux faire aussi. J’ai commencé à écrire aux anciens de l’Ehpad où je mène se projet, parce qu’ils sont encore plus isolés que tout un chacun, et puis je me pose des questions sur ce que je peux amener. Je n’ai pas encore de réponse très claire. Bien sur j’ai mes choix de vie individuels de sobriété dans la consommation, l’alimentation, les matériaux et l’énergie que j’utilise, les déchets que je produis ; je recherche à être cohérent. Mais je suis aussi en réflexion sur ce que je pourrais faire de plus en tant qu’artiste. On peut exprimer ses engagements dans des textes. J’ai une nouvelle chanson qui s’appelle « Firmament apocalypse » qui parle de cette société de consommation. Et puis après on peut avoir un engagement dans la façon de vivre et d’envisager son métier, et j’ai l’impression qu’il y a encore des choses à inventer, peut-être avec d’autres artistes qui veulent y réfléchir.

 

Miren Funke

photo : site d’Emmanuel Commenges

Site https://www.emmanuelcommenges.fr/

page facebook https://www.facebook.com/people/Emmanuel-Commenges/100011412990128

souscription : https://fr.ulule.com/album-des-larmes-de-couleur/?fbclid=IwAR33jVB-_VFinjqoox9nJXReC-ydM74IgjGanMgxN80Sl3q9rW1CTc_96Yw

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