Tag Archives: Brassens

Nougaro, Brassens se livrent ..

11 Nov

 

Pour bien comprendre les gens, le mieux est d’écouter ce qu’ils disent. ( Pierre Dac ).

Et aussi ce qu’ils chantent, ou écrivent. Voici donc deux livres de notes de Claude et Georges, parus récemment, et qui peuvent faire un cadeau possible quand il est temps de (se) faire un cadeau. Et c’est original, un objet autonome, sans pile, sans wifi, sans connection, ça peut surprendre…

Nougaro :

« Mes chansons sont construites comme un petit film ; j’essaie que, dans mes chansons, il y ait une qualité visuelle, que l’oreille devienne un œil. »

« Ce qui swingue, c’est ce qui fait balancer l’âme, et non pas le cul. »

« Je ne fais pas du divertissement, je fais de la récréation ou de la re-création. Je n’ai pas l’intention de faire passer une heure agréable à madame la sous préfète pour qu’elle aille croquer un petit four sonore. »

« Je veux avoir à faire à des artistes, c’est-à-dire à des hommes qui ne songent point à vous endormir mais à vous réveiller. »

« Quand on parle d’arbre, immédiatement le chêne Brassens pousse. »

Brassens

« J’aime la musique ? J’ai appris à l’aimer par la chanson, parce que la chanson c’est la forme de musique qu’on avait dans les milieux ouvriers. »

« Dans la chanson je m’octroie tous les droits. Dans la vie c’est pas pareil. »

« Mon univers se modifie à chaque instant, autour d’une femme, une fleur, un arbre .. »

«  Ma guitare est une sorte de tam-tam nègre. »

« Solitaire comme dit l’autre mais solidaire. » »

«  Si tous les êtres avaient un esprit de tolérance, la liberté irait de soi. »

« Je parle de Dieu parce que j’ai été élevé par une mère catholique, mais je ne crois pas en Dieu. »

«  Il suffit que j’aie aimé quelqu’un pour qu’il soit vivant jusqu’à ma propre mort. »

«  La musique a une importance capitale, une chanson plait surtout en fonction de sa musique. »

« La musique quand elle est belle donne aux paroles une dimension qu’elles n’ont pas. »

« La chanson en art mineur ? Il y a des chansons mineures, voilà tout.

A travers ces quelques mots choisis dans les 310 pages de ces deux livres c’est une sorte de radioscopie personnelle qu’on peut faire,en trouvant dans les mots et pensées de Nougaro et Brassens ce qui nous ressemble, ou ce qui ressemble à l’image que l’on se fait de ces deux troubadours, le troubadour étant à la fois un chroniqueur et un poète.

– Pour Nougaro, c’est au Castor Astral, par Laurent Balandras et Jean-Paul Liégeois

– Brassens au Cherche Midi par Jean-Paul Liégeois.

Pour rappel, l’excellent Kaléidoscope de Gilbert Laffaille, voir ici : clic sur le livre –>

 

et le dernier numéro de Je Chante, avec un dossier Michel Legrand exhaustif.

Le site c’est là dessous,

 

 

 

 

 

 

Norbert Gabriel

Brassens international

23 Août

Il était fréquent il y a quelques décennies de proclamer que Brassens était inexportable. Les choses ont bien changé. Eric Vincent qui bat tous les records de pays visités en chantant, je veux dire en faisant son métier de chanteur, avait témoigné qu’au contraire il était un de ceux les plus chantés, « parce que lorsqu’on est seul en scène avec sa guitare, il faut du solide pour faire passer sa chanson. » Même quand on chante en français en Indonésie.

Un bref (!) panorama et une sélection personnelle subjective et aléatoire montre des interprétations riches de diversité… C’est à vous, à fond les baffles !!

Commençons avec le grand Jacques Yvart* qui chante en esperanto,  Chanson pour l’auvergnat. Avec la guitare de Sylvain Brailly. **

 

Gare au gorille Gian Maria Testa

 

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part.. suivi de La mauvaise réputation Alberto Patrucco

 

Amori marinai (La marine di Georges Brassens) – Sotto il pavé la spiaggia

 

Pénélope  Fortunato Baslinsky

 

La mauvaise réputation Bïa

 

La mauvaise réputation en anglais Ninety Five Percent (avec Joël Favreau)

 

Les copains d’abord Mountain Men

Le mouton de Panurge  Mountain men

 

Le temps ne fait rien à l’affaire – Giants of Jazz Play Brassens : Cat Anderson

 

La Non-Demande En Mariage – Giants of Jazz Play Brassens Les Petits Français, Eddie « Lockjaw » Davis, Harry « Sweets » Edison, Dorothy Donegan, Joe Newman, Cat Anderson, Jo Daly, Zanini, Joel Favreau, Teddy Martin, Michel Attenoux, Irakli, François Guin, Charles Donadieu, Pierre Nicolas, Benny Vasseur.

 

Maxime Le Forestier et Danyel Waro chantent Brassens

 

Les amoureux des bancs publics  par Koshiji Fubuki

 

Умереть за идею » – « Mourir pour des idées   Vissotsky

 

Et en arabe,   « Une jolie fleur…’   (Merci à Floréal Melgar)

 

Various Artists – Brassens, Echos Du Monde

Avec 14 artistes du Japon de Cuba, de Russie d’Afrique, Espagne et même corses !

  • *Jacques Yvart l’autre grand globe-trotter de la chanson, qui a porté la poésie et la chanson francophone urbi et orbi, et pour finir « La marine.. » ça s’impose pour ce troubadour marin..

** Je ne résiste au plaisir de vous montrer la réponse de Jacques Yvart sur l’excellent guitariste en question Sylvain Brailly.

« Pour Kanto por la kampul, la seconde guitare (qui, de fait, devient la première…) est jouée par Sylvain Brailly.

Je cherchais un guitariste manouche pour cette chanson et étais même allé du côté des « puces ». Je l’ai finalement trouvé dans la banlieue lilloise, ce qui m’arrangeait. Je ne l’ai rencontré que deux fois, la première pour une répétition, la seconde, en studio. Je trouve qu’il est excellent. » (Jacques Yvart)

 

 

That’s all folks !

 

Norbert Gabriel

Leçon de musique avec Brassens

21 Août

A l’usage des indigents de l’oreille qui trouvent Brassens peu musical…

Car il s’en est trouvé, des «experts», pour juger Brassens monotone et répétitif… Voire guitaristiquement élémentaire … Les guitaristes plus ou moins débutants qui n’osaient pas Hécatombe ou le Gorille ont pu se rabattre sur l’Auvergnat, une mélodie parfois acrobatique, et un enchainement d’accords pas très compliqués, mais ce que fait Brassens est carré, alors que les tentatives de reprises sont souvent bancales.

Et ne parlons pas de « J’me suis fait tout p’tit » ou « Le vieux Léon »..

Les deux démonstrations ci dessous vous en diront plus:

Leçon A

 

Leçon B: Daniel Wayenberg et la musique de Brassens

 

Pour finir  salut au vieux Léon, extrait en direct, et regardez comment la main gauche emmène cette valse vive et tonique.

 

Le même en version disque avec la seconde guitare (Jean Bonal) et Pierre Nicolas

  • Et la chanson Je m’suis fait tout p’tit (Victor Apicella guitare ) dont  les premières notes sont le début d’improvisation n° 4 de Django (ici vers 1’05)

That’s all folks.

Norbert Gabriel

Georges et Johnny….

21 Déc

Photo DR

Dans nos radio-crochets plus ou moins frelatés, quelques candidats ont déploré qu’on leur impose des chansons totalement étrangères à leur univers musical

– quand ils en ont un –

ce qu’Olivia Ruiz avait critiqué quand on lui avait demandé de chanter du Lara Fabian.

Un interprète apporte sa part de création, personne n’en doute quand il est question de Juliette Gréco, d’Yves Montand, ou de Cora Vaucaire et de Reggiani, parmi les anciens… Ou de Barbarie Crespin, Christian Camerlynck, et quelques autres aujourd’hui.

On peut donc relire ou découvrir avec intérêt ce que disait Brassens à ce sujet, et à l’occasion voir ce qu’il pensait d’un de ses jeunes collègues de bureau… 

 

Norbert Gabriel

(Merci à Philippe Borie, organisateur des  » Brassensiades de Pirey « , d’avoir publié sur son blog cet article de presse, et à Jean-Marc Dermesropian de l’avoir relayé.) 

 

 

A l’ombre des maris…

18 Fév

a-lombre-des-maris-brassens-quatuor-aaa-15-02-2017-19-27-25-3550x1171

Depuis le début, les vrais musiciens ont vite adopté les musiques de Brassens pour les jazzifier et les emmener vers des oreilles plus averties que celles qui le réduisaient à une pompe sommaire et deux instruments… Le mérite de ce dépouillement étant de donner une base pouvant ouvrir pas mal de pistes. Il y a moult spectacles qui chantent Brassens, tous n’ont pas un réel sens de la création, mais ils apportent leurs notes dans la partition .

a-lombre-des-maris-brassens-nb-15-02-2017-20-01-54-2162x2339Voici un des plus intéressants sur le plan musical, le choix de l’interprète -Jean-Louis Cassarino,- a été de confier à un pianiste -Louis-François Bertin-Hugault – les arrangements qui donnent des couleurs nouvelles, un swing poétique, élégant, raffiné, des envolées aériennes façon Satie (ou Keith Jarreth) soutenues par la grand mère contrebasse -Giovanni Licata- des percussions fluides, – Georges Gilbert-Cazeneuve- et c’est autour des chansons d’amour surtout qu’on fait cette ballade avec Brassens…  Et avec Pupchen, la discrète, l’amoureuse. Ça n’empêche pas quelques facéties musicales très inattendues comme un Gorille Rock par exemple … Et aussi d’autres jolis moments que je vous invite à aller découvrir vous-même.  En filigrane, on perçoit, ou on croit percevoir quelques copains d’abord, Fallet, Chabrol, et ces belles passantes que Brassens a bien honorées dans ses chansons. Mysoginie à part, le gorille a été un bon gars avec ces dames… et Jean-Louis Cassarino nous le conte poétiquement, amicalement, dans une mise en scène élaborée avec Georges Gilbert-Cazeneuve. (dont la passion pour Elvis est peut-être suggérée par l’émergence du Gorille et du King -kong-? dans les mêmes années 53-54… mystères insondables …)

A l’ombre des maris, les amours de Georges, les tours et détours de Cupidon complice ou farceur, quelques jolies fleurs dans un coin de Paris, et les belles musiques de Brassens, vous avez rendez vous les mercredis et jeudis, à l’Archipel, et à 19h, courez-y, il y a des amours heureux, comme ce spectacle, n’en déplaise à Aragon.

Le conseil de Corne d’aurochs: réservez, c’est prudent pour avoir un p’tit coin d’paradis, et un fauteuil à l’Archipel, c’est là.

logo archipel

Et pour quelques images de plus,

brassens-a-lombre-des-maris-montage-18-02-2017-18-37-19-4041x3145

Norbert Gabriel

Brassens J’ai rendez-vous avec vous…

11 Oct

couv-brassens

La collection Bouquins c’est une sorte de Pléïade chez Robert Laffont, une consécration pour un auteur, somme qui réunit une œuvre avec des mises en perspective, des notes érudites, des participations ponctuelles.

Jean-Paul Liégeois a orchestré la partition, en invitant, François Morel pour la préface, Alexis HK pour un prologue, et Yves Uzureau pour le grand œuvre. Dans lequel il offre un roman-méthode qui va permettre d’entrer dans l’univers de la guitare, comprendre intimement l’instrument, ce qui constitue son âme, et les relations amoureuses des guitaristes avec leur instrument. Et ceux là n’en parlent pas comme « une gratte » ou une « guimauve »… Emules de Django, disciples de Crolla, ils la traitent en princesse et seuls des handicapés de l’oreille musicale y voient un instrument réduit à être gratté en accords simples.

La guitare selon Prévert, c’est ça:  La guitare n’est pas un instrument de musique comme la harpe à queue, le piano domestique ou le lamentorium ou la fraise du dentiste. La guitare simplement appelle la musique quand la musique appelle la guitare. Crolla n’est pas un instrumentiste, il a besoin de la musique et l’appelle avec sa guitare, il l’appelle si ingénument, si simplement, si tendrement, qu’elle vient. Et elle fait la belle, la tendre, l’insolite, la sauvage, la lointaine, la désarmante, la déchirante Crolla l’aide à faire ce qu’elle veut.

Après avoir lu le roman-méthode d’Yves Uzureau, c’est une histoire d’amour qui vous attend, une relation intime, parce que c’était elle, parce que c’était vous… Et vous serez prêt à entrer dans les 136 chansons de Brassens, l’intégrale des chansons qu’il a enregistrées entre 1952 et 1976/77. Avec tous ses accompagnements, et croyez-moi, il y a de quoi vous dégourdir les métacarpes…

Ce qu’est une guitare, comment l’apprivoiser, s’initier au solfège, et le tout mis en pratique avec les chansons de Brassens, en 1230 pages, voilà de quoi occuper les soirées d’automne, d’hiver, et de printemps.

Pour moi, expliquait volontiers Georges Brassens, une chanson, c’est quelque chose qui fait que n’importe qui, à un moment, se lève et se met à chanter pour une oreille quelconque, sans trop d’artifice. C’est aussi ce que disent Pierre Barouh et Moustaki, un bout de trottoir, un chanteur, deux spectateurs, trois petites notes de musique, et c’est un spectacle vivant.

Chez Robert Laffont le 13 Octobre, plus que 2 jours à patienter.

Norbert Gabriel

Pour le site dYves Uzureau, c’est là, clic sur la photo,

Yves Uzureau NB 05-06-2015 21-31-01 05-06-2015 21-31-01 1677x1866

Dites 14 …

14 Juil

chat hamac sépia 14-07-2016 00-49-13 400x248Le jour du quatorze-Juillet,
Je reste dans mon lit douillet
La musique qui marche au pas,
Cela ne me regarde pas.
Je ne fais pourtant de tort à personne,
En n’écoutant pas le clairon qui sonne…


Mais les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux…
Non les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux…
Tout le monde me montre du doigt,
Sauf les manchots, ça va de soi.

C’est de circonstance, pas de défilé mais quelques musiques qui ravigotent, comme celle là…  Quoi que finalement…

Allons enfants de la Patrie
Allons gaiement vers le destin
Survivre un peu
Apprendre un peu
Sourire un peu
Aimer un peu
Souffrir un peu
Mourir un peu
Pour rien.

et bien sûr c’est aussi le bon jour pour remercier qui de droit…

Pour tout cela et plus encore
Pour la solitude des rois
Le rire des têtes de morts
Le moyen de tourner la loi
Et qu’on ne me fasse point taire
Et que je chante pour ton bien
Dans ce monde où les muselières
Ne sont plus faites pour les chiens…

avec à la clarinette sarcastique Lucifer bien sûr…

Merci à Georges Brassens, et au chat, et à Nino… Quant à Léo, tirer le rideau un 14 Juillet, quel sens du timing…  Respect!

Norbert Gabriel

Georges Brassens – Premières chansons (précisions)

11 Avr

 

brassens 1 eresPréambule : à la parution du livre « Georges Brassens – Premières chansons (1942-1949) » , un petit débat s’est ouvert sur la mention « inédits ». Avec un commentaire un peu chafouin qui méritait éclaircissement. Et un commentaire qui méritait  la remise en ordre chronologique de ces « découvertes »

D’où un long entretien téléphonique avec Jean Paul Liégeois, le 3 Avril, et un message à Yves Uzureau, qui reprend par écrit ce que m’a dit Jean-Paul Liégeois sur la situation actuelle de ces « inédits », avec quelques infos en complément qui resteront « inédites » pour le moment.

Amis de la précision, voici l’histoire de ces chansons retrouvées, écrite par Yves Uzureau. A vous de voir. ( NG)
Yves Uzureau NB 05-06-2015 21-31-01 05-06-2015 21-31-01 1677x1866

 

Un déjeuner à Chatou

Un titre qui résonne comme celui d’un tableau d’Auguste Renoir… « L’histoire de ces chansons de jeunesse commence » – en ce qui me concerne – un dimanche d’avril 1999. Je ne l’ai jamais racontée de manière publique, la voici livrée ici pour la première fois.

René Iskin et Gibraltar, avec lesquels j’entretenais des relations amicales depuis mon passage à Bobino deux ans auparavant, me donnèrent un jour rendez-vous chez René dans sa maison de Chatou pour un déjeuner dominical en compagnie des femmes respectives dont nous étions les maris… Nous nous étions déjà retrouvés de nombreuses fois autour d’une table mais il régnait ce jour-là une ambiance empreinte d’une joie et d’une bonne humeur particulières : le soleil qui brillait fort ce midi, peut-être ? Bien sûr, comme d’habitude, il y fut question de celui qui nous réunissait tous, et Gibraltar et René, en complices de la première heure, ne manquaient pas d’anecdotes à raconter.

Il y fut question, au détour d’une réflexion savamment orchestrée je pense, d’un sujet dont j’ignorais tout à l’époque : les chansons que René avait mémorisées au STO et dont il se souvenait encore 56 ans après avec une précision inouïe. À ce titre et sur ce sujet précis, René était le seul à posséder ce trésor d’Ali Baba des toutes premières chansons de son ami. Certes, Brassens avait bien déposé ses textes à la SACEM mais pas les musiques. Seule la mémoire intacte de René faisait depuis office de tabernacle.

C’est juste après le dessert, au moment de servir les cafés, que l’événement inattendu que je m’apprête à décrire se déroula… Alors que Michou, la femme de René, déposait les tasses sur la table, René qui avait discrètement disparu un instant revint avec dans les yeux un éclair de malice et en main un cahier sur la couverture duquel on pouvait lire : Chansons de Basdorf. De son côté, Gibraltar, tel un magicien sortant un lapin de son chapeau, déposa au milieu de la table un enregistreur à cassettes dont il enfonça d’un index de connaisseur la touche « record ».

Durant une heure et demie, le temps de la durée de la cassette, René, debout devant la table, égrena une à une les chansons du carnet en illustrant sa démonstration de quelques commentaires et anecdotes.

Le tableau se précisait… Ce n’était pas du Renoir mais du Brassens ! Je tombais littéralement des nues, découvrant ainsi de première main l’histoire de Basdorf, du STO, des chansons de jeunesse et des amis de Brassens.

Au claquement caractéristique indiquant la fin de la bobine… Gibraltar, qui s’était improvisé pour l’occasion régisseur en chef, éjecta la cassette du magnétophone. Il y eut un moment de flottement… René et Pierre me fixèrent d’un air entendu. Pierre me tendit la cassette et j’entendis : « Tiens, c’est pour toi. »

Je compris instantanément que deux amis intimes de Brassens venaient de me faire un cadeau d’une valeur inestimable et ce n’est pas le ciel qui m’est tombé sur la tête à cet instant mais le soleil tout entier qui s’est engouffré dans mes veines.

Bien entendu, par la suite, j’ai exploré avec l’application d’un archéologue ces précieux enregistrements a cappella de René et effectué moi-même un premier relevé des harmonies de la plupart des chansons.

C’est en 2002, afin d’apporter une suite logique à cette belle histoire, que j’ai proposé à René de produire et enregistrer le disque « René chante Georges », chez moi dans mon propre studio. Il me semblait que le premier interprète de Brassens qu’il était méritait bien à son tour un disque.

Par la suite et jusqu’à la fin de sa vie j’invitais régulièrement René, durant mes spectacles, à venir interpréter en public, accompagné par mes musiciens et moi-même, l’une ou l’autre des chansons de « son » disque ! Dire que René était heureux serait un pâle euphémisme…

Puis en 2003 ces mêmes enregistrements du CD René chante Georges furent distribués avec un nouveau livret sous le titre « Retour à Basdorf » par la société Productions spéciales.

Enfin, en 2004, René et Jean-Yves Vincent sont venus chez moi enregistrer « De Basdorf à Florimont ».

Voilà pour ce qui est de mon historique personnel.

En ce qui concerne les musiques des chansons du disque « Pensez à moi », coédité en 2011 par Télérama et la Cité de la musique à l’occasion de l’exposition « Brassens ou la liberté* », interprétées entre autres par François Morel, je précise que ce ne sont pas celles de Georges Brassens, elles ont été signées pour l’occasion par Olivier Daviaud.

Les six chansons que je chante sur le CD accompagnant « Georges Brassens – Premières chansons (1942-1949) », qui vient de paraître aux éditions du Cherche Midi sous le contrôle de l’excellent Jean-Paul Liégeois, sont au plus près des textes de Brassens déposés par lui-même à la société des auteurs dans les années 1940 et au plus près des musiques que m’ont confiées René Iskin et Pierre Onténiente ce beau dimanche d’avril 1999, impressionniste et ensoleillé de Chatou.

D’autres musiques encore, correspondant à d’autres textes de ce livre, figurent sur la cassette en ma possession.

L’avenir de ces chansons appartient à M. Serge Cazzani seul, gardien du temple.

Bien amicalement,
Yves UZUREAUbrassens deroudille
http://www.yves-uzureau.com

  • Exposition  à l’initiative de Clémentine Deroudille, qui l’a conçue et réalisée en tant que commissaire de l’exposition, avec publication d’un livre chez Découvertes Gallimard  (Brassens le libertaire de la chanson)

 

 

Pan sur le doigt, hasard des rencontres, ce soir 13 Avril, Valérie Suder (elle a été gérante des Productions Spéciales) était au concert, moi aussi, elle a précisé qu’elle a bien eu en distribution l’album ‘Retour à Basdorf’ qui a figuré dans les circuits de distribution habituels en 2003.

Brassens premières chansons 1942-49

30 Mar

brassens couv AA 31-03-2016 01-25-018Presque dix ans avant son premier enregistrement, Brassens a déposé sa première chanson à la Sacem. Il avait commencé à écrire quatre  ans auparavant, en 1938, et dès 1942, les choses sérieuses commençaient. Durant les dix ans qui vont le mener au premier 78 t, il remplit ses cahiers, soigneusement, mais ces premières chansons vont rester dans ses cahiers,

Elles sont aujourd’hui publiées, 68 textes, dont 4 auront le privilège d’être enregistrées par ses soins, les autres resteront muets. Jusqu’à ce que des bonnes fées explorent les archives Brassens, découvrent ce gisement duquel Yves Uzureau a extrait 6 chansons et les a enregistrées. On trouve le tout, livre et disque ce 31 Mars en librairie, par les soins de Jean-Paul Liégeois, à qui on doit quelques ouvrages de référence, dont

Le journal et autres carnets inédits de Georges Brassens. Présenté ici.

Il est  aussi l’auteur d’un livre indispensable: Toute l’oeuvre de Georges Brassens.

page brassens 30-03-2016 20-28-14 1706x2773Au fil des pages de ces premières chansons, hasard ou coïncidence, on trouve quelques échos familiers,

Parfois je songe avec envie

Au bonheur que j’aurais connu,

ça ne vous rappelle rien ? Voyons,

Mais si l’on a manqué sa vie
On songe avec un peu d’envie
A tous ces bonheurs entrevus…*

C’est l’enfance de l’art de Brassens, qui se livre dans cet ouvrage, un complément indispensable pour bien comprendre comment arrivent les chansons, comment elles prennent vie quand elles sont chantées.

Ces chansons qui ... Y Uzureau NB 05-06-2015 21-47-17 05-06-2015 21-47-17. Y Uzureau NB 05-06-2015 21-47-018

 

L’illustration sonore est confiée à Yves Uzureau, qui a beaucoup exploré l’univers de Brassens, et qui interprète six  de ces chansons, inédites avec le son Brassens, guitares swing bien caressées.

Et on se dit au final que tonton Georges avait déjà bien du talent dans son jeune temps.

Dans l’écriture on pourra remarquer la maîtrise dans une versification très agréable à lire, pas d’artifice ou de facilités qui sentent le dictionnaire de rimes mal assimilé. Chansons simples fraîches, romantiques, en grande partie inspirée de sa vie, de ses amours de jeune homme, elles portent les germes de l’oeuvre à venir.

On y trouvera aussi des versions intégrales que Brassens ou Patachou avaient amputées de quelques strophes …

Et cadeau supplémentaire, une belle préface de Gabriel Garcia-Marquez.

Et c’est un livre élégant, très classe, belle typographie, et beau papier. Parce qu’il le vaut bien notre jeune Georges Brassens.

Editions « Le Cherche-Midi » en librairie le 31 Mars.

Norbert Gabriel

*Les passantes

 

4 Avril 2016 la formulation « chansons inédites » porte un peu à confusion, il faut la lire avec la suite: «  inédites, avec le son Brassens » et avec la formation duo guitare et contrebasse, à la façon  Brassens et Pierre Nicolas. Comme le précise le maître d’oeuvre du livre, Jean-Paul Liégeois, Yves Uzureau a complètement revu les arrangements pour cet enregistrement inédit. 

12 Avril 2016. Les chansons de l’album Pensez à moi ont été publiées en supplémentCD  du Télérama 3192 en 2011, lors de l’expo Brassens à La Cité de la Musique, sous l’égide de Clémentine Deroudille. Il semble qu’il n’ait pas été distribué autrement qu’avec ce numéro de Télérama, ou dans des circuits associatifs privés .(Source Jean-Paul Liégeois)

Béart, Ferré, Brassens, Gainsbourg, tous des ratés des arts majeurs…

19 Sep

guy-beart2 Gainsbourg P ClémenceTous des ratés des arts majeurs, Ferré, Brassens, Gainsbourg, l’un aurait voulu être Villon , l’autre Beethoven ou Mozart, le dernier Van Gogh ou Picasso, pour la gloire de son vivant, c’est mieux.

Art majeur pour mineures

Ce qu’il reste de cette soirée Apostrophes de 1986, c’est le numéro de com’ esbrouffe de Gainsbourg avec sa digression sur les arts majeurs « à initiation ». Quant à la musique et la chanson, elles ne seraient que des ersatz d’art accessibles à des imbéciles incultes car non initiés.

Dans le développement de son improvisation Gainsbourg se contredit en partie, en expliquant qu’il a atteint, frôlé Rimbaud dans quelques unes de ses chansons, qui seraient donc selon lui élevées au rang d’art majeur, puisque la poésie et la littérature sont des arts majeurs.

Lui, mais pas les autres.

On peut noter que selon ses diktats, le douanier Rousseau est un peintre mineur, puisqu’il n’a jamais été initié.

Son altercation avec Béart a laissé les autres intervenants muets, alors qu’ils auraient pu argumenter… Mais peut être que le contexte a été très largement responsable de ce clash, d’abord l’extrait pour bien resituer l’ambiance.

Et maintenant, l’explication de Louis Chédid sur ce qui s’est passé en coulisses, lors des répétitions d’une chanson que tous les invités devaient faire en choeur, accompagnés par Serge Gainsbourg au piano.

Ce qui s’est passé avant pouvant expliquer ce qui s’est passé pendant…

Lors de la répétition, il s’avère qu’il faut modifier la tonalité, et Gainsbourg, au piano, ne sait pas transposer, car c’est un autodidacte de la musique, et s’il sait jouer de « son » piano, (comme Barbara) il ne sait pas faire de l’accompagnement tout terrain. C’est donc Louis Chédid qui le remplace, on voit Gainsbourg en gros plan, et les mains de Chédid sur le piano… On peut imaginer que cette petite humiliation devant les invités a pu avoir une incidence en transformant le Dr Jekyll en Mr Hyde, ou Gainsbourg en Gainsbarre…

Quant à sa démonstration sur l’art du pianiste, c’est encore de l’esbrouffe, un effet pour le buzz, créer le scandale, car en effet, il y a un contentieux entre lui et Béart. Sa démonstration de la guitare sommaire est un peu pathétique, Ségovia et Django, sont là infirmer cette pantalonnade. D’autant que Gainsbourg s’est beaucoup servi dans les grands compositeurs pour trouver des mélodies, qu’il n’a pas composées alors que Béart est un mélodiste exceptionnel « qui trouve des mélodies qu’on a l’impression d’avoir toujours connues » (Souchon).

Ce qui conduira aussi Gainsbourg à revendiquer pour son art mineur, tous ses emprunts à la musique classique, avant qu’on ne lui en fasse le reproche.

On remarquera que l’un et l’autre ont laissé des chansons aux mélodies ancrées dans les mémoires, la différence est que l’un les a empruntées, l’autre les a composées. Et les deux ont fréquenté de grands auteurs qui ont bien nourri leur talent.

Mais encore avant, bien avant, fin des années 60, il y a l’affaire de « Je m’aime » A l’époque ils sont assez amis, et Béart propose à Jane une chanson délicieusement érotique qui plaît beaucoup à miss Birkin. Mais Serge met un veto absolu, pas question que « sa » Jane lui fasse une infidélité avec un collègue. Premier point de friction. Mais surtout il y a celle de l’emprunt-plagiat à un compositeur africain, que Béart lui a reproché, et que Gainsbourg n’a jamais voulu réparer . Au retour d’une tournée en Afrique en 1964, Béart y était, Gainsbourg s’intéresse à un artiste local , à qui il emprunte sans complexe, et sans créditer.. Il s’agit de pièces prises telles quelles de l’album « Drums of Passion » du percussionniste natif du Nigéria, Babatunde Olatunji.  Marabout est en fait Jin-go-lo-ba, Joanna contient Kiyakiya et New York U.S.A. n’est autre que Akiwowo.*

Le plagiat ne sera cependant pas passé inaperçu; il faudra attendre jusqu’en 1986 pour qu’Olatunji soit crédité sur les chansons.

Il n’est pas impossible que la juxtaposition de ce plagiat reconnu, la même année que cet « Apostrophes » ait fait de Béart le mauvais témoin exécré … Qui n’a pas évoqué  cette désagréable affaire.

et pour les autres inspirations http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http%3A%2F%2Fwww.samples-en-talons.ch%2Fv2%2Findex.php%2FPop%2Fgainsbourg-genie-du-sample.html

Cette mise au point aujourd’hui est simplement dictée par le fait que nombre de médias, à la mort de Guy Béart,  ont remis à la une cette altercation d’Apostrophes, sans chercher plus loin que le débat sur l’art pour mineures, comme dira Serge Gainsbourg dans un autre débat. Gainsbourg était capable du meilleur Gainsbarre du pire. Et dans cette séquence, c’était Gainsbarre pas au mieux de sa forme.

Norbert Gabriel

*(Sources:Bertrand DICALE Les Miscellanées de la chanson française. Lonrai: Éditions Fetjaine, )

Autre source pour le plagiat et ses conséquences dans le commentaire de Fred Hidalgo (voir dans les commentaires)

Les tableaux sont de Patrick Clémence.

Et pour finir, un souvenir témoignage de Bernard Pivot :

L’animateur d’Apostrophes s’est exprimé au sujet de cette altercation dans une interview au Figaro. L’événement est encore intact dans sa mémoire: «J’en garde un très mauvais souvenir. Guy Béart avait été agressé par Serge Gainsbourg, donc il avait dû réagir et l’émission ne le mettait pas à son avantage.»

%d blogueurs aiment cette page :