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Entretien avec Julie Lagarrigue et Cécile Delacherie pour la sortie du livre-disque « Chansons à 2 accords », une aventure musicale et humaine exceptionnelle

21 Déc

 

 

C’est à peine il y a quelques mois qu’est sorti le livre-disque « Chansons à 2 accords », aboutissement d’un travail méticuleux et colossal, non pas pour signer la fin d’une aventure extraordinaire, mais pour en graver le souvenir sur un support matériel, support ayant vocation à faire connaitre et partager le sens d’une expérience musicale et humaine, et permettre à d’autres de s’en approprier les chansons, l’objet comportant en plus de l’enregistrement de trente morceaux interprétés par des chorales diverses, les partitions et les paroles de ceux-ci écrites lors d’ateliers en milieux hospitaliers, ainsi que des textes émouvants rédigés par des participants au projet.

Vingt-trois chorales, quatorze chefs de chœur et quinze musiciens, parmi lesquels Agnès Doherty [Lire ici], Anthony Martin et Emmanuel Commenges [Lire ici], et surtout quatre cent vingt chanteurs, enfants et seniors, personnes en situation de handicap ou luttant contre une maladie physique ou psychiatrique, détenus et travailleurs sociaux, patients et soignants, amateurs et professionnels se sont fédérés autour de Julie Lagarrigue [Lire ici] et Cécile Delacherie [Lire ici], pour chacun porter sa pierre à l’édifice collectif, enfanté du travail mené depuis de longues années par les deux artistes lors d’atelier de création de chansons en milieux hospitaliers, et dont l’investissement a par ailleurs permis l’ouverture cette année de la Maison des Arts et Art-thérapeutes d’Aquitaine [MAATA] au sein du plus grand Ehpad de France, à Terre Nègre au centre ville de Bordeaux, née de cette même dynamique, tout comme l’association que ces mêmes artistes ont fondée avec d’autres, Le Dire Autrement, qui produit le livre-disque. Sous des aspects de travail de fourmis, c’est bien pourtant une œuvre à l’ampleur tentaculaire qui témoigne et exprime comme est profonde la foi en la dimension thérapeutique de l’art qui anime ces artistes, qu’on retrouve à l’élaboration et la réalisation de ce projet hors norme, et à propos duquel il faut saluer aussi le travail accompli pour l’enregistrement par des personnes fragilisées pour qui il a quand même constitué une pression éprouvante. L’objet final est là, disponible dans plusieurs librairies locales et directement auprès de l’association, ici : https://www.helloasso.com/associations/le-dire-autrement/paiements/livre-disque-augmente-30-petites-choses-chansons-a-2-accords

Julie Lagarrigue et Cécile Delacherie acceptaient il y a peu de nous accorder un entretien pour parler de cette œuvre collective, retraçant une aventure enrichissante émotionnellement et humainement sans nul doute, et peut-être aussi transcendante, voire thaumaturge, pour de nombreuses personnes, mais offrant également aux autres des chansons accessibles à partager et interpréter. Une œuvre amenée à vivre désormais sur scène et être portée devant le public, dès que la reprise de la vie évènementielle le permettra en France.

 

– Bonjour et merci de nous accorder un peu de temps. Remontons à l’origine de cette aventure : pouvez-vous nous en raconter l’histoire qui a abouti à la réalisation du disque ?

– Cécile : En 2014 Julie m’a demandé de venir avec elle à un atelier d’écriture de chanson à Perrens [hôpital psychiatrique de Bordeaux]. Il y avait beaucoup de monde ; et venait qui voulait, patients et soignants, à qui on avait juste demandé de ne pas mettre de blouse, afin de ne pas distinguer les uns des autres. Anthony Martin nous accompagnait à la guitare. Et on a continué d’année en année, en proposant aux différentes unités d’aller y faire chanter les gens. Le principe en est simple : on écrit les paroles avec les gens, dans un cadre temporel fixé à une heure, et au bout de l’heure, on chante la chanson en l’état avec la musique que Julie a posée dessus, et on l’enregistre.

– Julie : Les unités dans lesquelles nous intervenons sont des unités fermées ou ouvertes, réservées aux mères avec enfant, ou aux adolescents. On voit vraiment tous les publics différents qui se trouvent là. Et pendant une heure, on se met à l’écriture d’une chanson avec les gens. Le fait qu’on s’impose la contrainte de réaliser la chanson en une heure permet d’avoir un résultat intéressant. Car pour écrire rapidement une chanson à plusieurs, il faut réussir à trouver un consensus dans lequel tout le monde se retrouve. On lance donc l’atelier d’écriture et dès qu’on dispose de deux ou trois phrases, assez vite je me mets de côté avec la guitare pour trouver un air facile à retenir qu’on peut directement poser dessus. C’est pour ça que c’est « chanson à deux accords ». Certaines ont été réadaptées bien sur, mais à la base, elles sont toutes composées avec des accords ouverts à la guitare. On a un classeur où sont compilées ces chansons, et lorsqu’on arrive dans une unité, on les distribue pour chanter ensemble ces chansons.

 

– L’idée de l’enregistrement d’un disque vous travaillait-elle dès l’origine des projets d’ateliers ou a-t-elle émergé et mûri au fil du temps ?

– Cécile : On s’est très vite retrouvés avec une quarantaine de chansons, dont certaines vraiment très belles. Et on trouvait dommage l’idée qu’elles ne laissent pas de trace. Il fallait en faire quelque chose. Dans le même temps Frédéric Serrano, qui s’occupe entre autre de la chorale de la maison d’arrêt de Gradignan  a voulu chanter une de nos chansons. C’est à partir de là qu’a muri l’idée de réaliser un objet avec les enregistrements, les textes et les partitions, afin que les chansons puissent être chantées par d’autres. Tout le monde a trouvé l’idée de ce livre augmenté superbe. Le travail de collecte des textes et de réécriture de partition a été un boulot très laborieux, et on a contacté des chorales amateures, semi-pro, et professionnelles pour interpréter les chansons. Le concert de restitution a été un superbe moment de partage avec les participants des différentes chorales. Et puis le confinement est arrivé là-dessus et nous a mis un gros coup de booster pour travailler, peaufiner, et finaliser l’objet. Nous avons reçu le bouquin fin aout, mais pas pu faire vivre les chansons sur scène malheureusement pour le moment. Mais ce livre-disque existe et nous en sommes très contents. Il est évident qu’il existe pour que les gens puissent en chanter les chansons ; donc dès que le confinement sera fini, on reprendra notre bâton de pèlerin pour porter les chansons vers le public.

 

– Il ne s’agit pas uniquement d’un simple enregistrement d’un concentré du travail accompli. Le livre-disque constitue un objet élaboré, avec une esthétique photographique soignée, les textes et les partitions des chansons, un « lexicabulaire » humoristique, des textes. Réaliser un objet original ayant pour vocation de faire connaitre et partager l’expérience humaine, artistique et sociale que vous avez vécue, mais aussi de servir de support de travail à ceux désireux d’en interpréter les chansons était-il un impératif pour vous?

– Julie : Je voulais que le disque soit un bel objet, et non pas une compilation de restitutions qu’on écoute une fois, parce qu’on l’a achetée, puis qu’on range. Mon idée était que ce soit un objet qui puisse servir de méthode musicale, dont des professeurs, des animateurs, puissent se servir pour faire chanter. Je voulais faire quelque chose qui ressemble au Diapason un peu. Comme ce sont des chansons faciles à retenir et aussi à jouer, l’idée d’un manuel accessible à tous s’est imposée avec celle d’un bel objet. Ces chansons ont été écrites confinées, et l’idée est de les faire vivre en dehors de l’hôpital. Il y a de très belles photographies, un beau travail de graphiste.   

-Cécile : On n’a pas écrit des chansons pour enfants. Mais il est vrai que comme elles sont simples, même si certaines ont des arrangements quand même un peu plus sophistiqués que d’autres, des enfants comme des adultes peuvent se les approprier. Anthony a en plus arrangé des compositions de manière très variée. C’est très accessible, même quand on n’a pas un haut niveau de guitare.

 

– Pourquoi avoir fait appel à des chorales extérieures à l’aventure originelle pour enregistrer les titres? Était-ce irréalisable avec les gens ayant participé aux ateliers?

– Julie : A Perrens il n’y a pas de chorale, et donc on trouvait dommage que ces chansons, ne se chantent pas, car elles sont très belles. Il est très compliqué malheureusement de monter une chorale dans l’hôpital, dans la mesure où les gens y rentrent et en sortent parfois très rapidement. On ne sait jamais d’une session à l’autre qui on va revoir ou pas. C’est une espèce d’essence prise sur le vif de ces paroles, et aussi de ces publics là, les publics particuliers du milieu psychiatrique, mais qui sont aussi des gens comme toi et moi. Il y a un sacré tabou dans ce pays, où on véhicule le cliché que les gens en milieu psychiatrique sont des fous. Alors qu’en fait en psychiatrie, on croise des gens en dépression, en burn out, qui ont perdu un proche, enfin des gens comme toi et moi, et qui souvent ne restent pas longtemps, ce qui fait que souvent on les voit lors d’un atelier, et la semaine suivante, ils ne sont plus là. Donc au résultat, ça fait des archives de chansons, écrite par des tonnes de gens différents. On a décidé de porter ce projet avec l’association Le Dire Autrement. C’est vite devenu un projet énorme, et comme les finances manquaient, on a proposé à chaque chef de chœur qu’on connait dans la région, et qu’on sait être un peu sensible au côté social, de chanter une chanson avec sa propre chorale, et d’enregistrer avec nous ensuite. Anthony Martin a arrangé les chansons, certaines pour orchestre, d’autres en musiques actuelles, d’autres complètement a capella. On s’est retrouvé avec une quinzaine de chefs de chœurs, et des chorales de tous styles : j’avais des ateliers en maison de retraite, des instituteurs avec les enfants de leur école primaire, des professeurs avec leurs collégiens, des chorales de prison, de malades en post-cure psychiatrique, des chorales d’amateurs comme Yakafaucon [Lire ici], des chorales professionnelles, toutes à des niveaux complètement différents. Anthony a fait beaucoup de guitares lui-même ; mais il y a aussi d’autres musiciens qui ont participé, comme Agnès Doherty ou Emmanuel Commenges.

 

– Comment avez-vous décidé la sélection des chansons pour l’enregistrement?

-Julie : On  a sélectionné trente chansons. On a fait une représentation à mi-parcours pour le festival Hors Jeu/En Jeu d’Ambarès (33), et des écoles de Dordogne sont venues, ce qui fait que le projet a débordé des frontières de la Gironde. D’autres restitutions étaient prévues pour que les chorales se rencontrent, mais avec le confinement tout a été mis en suspens. Anthony a aussi passé des heures à s’occuper des enregistrements, des prises, des mix. On lui avait donné pour consigne que ce soit beau, et c’est un travail compliqué avec des chorales d’amateurs et des gens fragilisés. Alors on n’a pas pu tout garder. C’est un peu un entre-deux entre une participation d’amateurs et un travail professionnel quand même. Il y a aussi là des textes d’auteur, Hubert Chaperon par exemple, Fred Serrano qui travaille avec les gens incarcérés à la prison de Gradignan, qui possède la seule chorale mixte de France. Le fait que l’association Le Dire Autrement soit producteur de l’œuvre nous a permis d’avoir les mains assez libres quand même. Sept cent exemplaires ont été édités pour le moment et ça part assez vite.

 

– Tu parles de l’association le Dire Autrement, que vous avez fondée et animez. Son histoire est intimement liée à un engagement qui vous tient à cœur et s’est concrétisé cette année avec l’inauguration de la MAATA. Pouvez-vous en parler ?

– Julie : La MAATA a ouvert ses portes juste avant le confinement. Même si les choses tournent un peu au ralenti, en vertu des circonstances actuelles, on y propose régulièrement à tous des ateliers et des stages avec des artistes et des art-thérapeutes, des séances d’art-thérapie individuelles ou en groupe, des ateliers d’art adapté, de différentes disciplines, où des personnes en difficulté peuvent côtoyer n’importe qui a envie de s’y inscrire. L’idée était d’avoir  un endroit où les publics se rejoignent. Durant le confinement, comme beaucoup d’art-thérapeutes restaient sans activité, on a lancé l’initiative d’écrire chacun un courrier et d’entretenir par écrit un lien positif avec les gens dans les Ehpads. Nous avons reçu énormément de réponses et l’initiative a été reprise un peu partout en France.

 

– Quel sentiment gardez-vous de cette représentation scénique externe qui a eu lieu à Ambarès?

– Julie : On a quand même des participants qui sont bien touchés. Quand on a chanté à Ambarès, les gens avaient la chair de poule. On avait deux leads avec la chorale derrière, qui tremblaient de chanter devant les gens. Mais c’était magnifique. On entend chaque voix, avec sa vie derrière. Il y a quelque chose de très touchant chez les amateurs, parce que justement ils ne sont pas professionnels et sont donc hyper émus en chantant. Ne pas être dans la maitrise libère autre chose. Chaque personne a choisi sa chanson. Par exemple Emmanuel Commenges a choisi en fonction de la chorale d’enfants qu’il faisait travailler. Lors de la restitution à Ambarès, comme chacun avait chanté deux chansons, la soirée a été vécue comme quelque chose d’extraordinaire. Pour certains ça faisait très longtemps qu’ils n’avaient pas vécu une soirée pareille, avec une sortie tard, un catering. Une des personnes de la chorale des seniors que j’ai croisée deux semaines après avait gardé son bracelet de la soirée en souvenir. J’ai aussi croisé des gens d’une autre chorale dans le tramway qui sont venus me dire combien cette soirée-là a été un moment génial pour eux, car ils se sont tous retrouvés et mélangés pour chanter. Avec Cécile on a dû pas mal improviser, car on savait que tel groupe chantait telle chanson, et il fallait organiser un spectacle qui ne dure pas trop longtemps, avec des changements de plateau sur quasiment toutes les chansons. Mais il n’y avait quasiment pas eu de répétition pour les gens. Agnès Doherty a joué de la contrebasse sur tous les morceaux ; Emmanuel Commenges du saxophone ou de la clarinette. Et on s’est donc retrouvés à six ou sept musiciens à faire un orchestre pour des gens avec qui on n’avait jamais joué.  

 

– Avez-vous reçu de la part des personnes malades participants aux chorales des retours quant aux bienfaits émotionnels et psychologiques, peut-être à une certaine transcendance, que cette expérience leur a permis d’avoir, dans une optique de guérison?  

– Cécile : Pas directement. Mais ce qui est sûr, c’est que lors du concert à Ambarès, les participants sont restés jusqu’au bout et ont gardé les bracelets durant des jours. Pour eux ça a été vécu comme un moment très privilégié, de rencontres avec d’autres et en tant que chanteurs, et non plus en tant qu’handicapés ou malades. Certaines chansons ont une patte particulière, car elles ont été écrites dans ce cadre spécifique. Les chansons écrites avec des gens non atteints par des pathologies ou handicaps n’ont pas la même couleur. Elles sont plus réfléchies, pensées, construites. Au début les patients avaient peut-être du mal à prendre la parole, et puis comme nous déconnions beaucoup et qu’on ne censurait rien et acceptait tout, au bout d’un moment, des choses se sont libérées. Et puis certains patients qui avaient, de leur vie professionnelle d’avant, des compétences, des qualités, un savoir-faire, ont vu revenir ces choses, par exemple un rapport à l’écriture, des mots savants, des expressions magnifiques.

– Julie : Les prises d’enregistrement dépendaient de chaque chœur. Il fallait s’adapter à l’épreuve des prises de son ; lorsqu’on a enregistré la chorale avec  des patientes de l’hôpital Bergonié soignées pour des cancers du sein, j’ai dû stopper à un moment, car évidemment le professionnel n’était pas satisfait, car on n’a pas vraiment ce qu’il faut, mais les gens n’en pouvaient plus de fatigue. Alors on n’a pas vraiment eu de retour sur les bienfaits que leur a apporté la participation au disque. On n’a pas assez de recul pour cela, et je pense que certains n’ont pas encore réalisé. Ceux qui ont reçu l’album le trouvent très beau. Mais l’essentiel des retours a eu lieu chorale par chorale. C’est difficile de s’emparer de l’ensemble d’un projet quand on a chanté qu’une chanson sur trente. Il reste que ça a créé du lien entre les chorales et entre les gens forcément. Certains ont gagné dans leur estime, car ils disent être très fiers d’avoir réussi à participer à un tel projet, alors qu’ils en étaient angoissés parfois et ont mené un combat douloureux et épuisant.

 

– Cécile, tu mentionnes l’exemple de certains patients qui ont vu ressurgir des compétences de leur vie d’avant hospitalisation. Est-ce que cette aventure a pu être aussi pour d’autres l’occasion d’envisager une vie d’après, au sens où elle a pu éveiller une passion, ouvrir une perspective, faire prendre conscience d’un talent ou d’une sensibilité artistique avec lesquels se projeter dans l’avenir et qui les a valorisés?

– Cécile : Exactement. J’ai vu arriver un jour dans un atelier une institutrice avec qui j’avais travaillé deux ou trois ans auparavant. Elle avait fait un burn out. Et ça peut arriver à n’importe qui, à n’importe quel moment. Pour les adolescents l’expérience a été chouette aussi, car souvent ils s’ennuient dans l’unité ; les soignants n’ont pas forcément le temps de les occuper avec des choses passionnantes. Ils avaient une grande force de proposition pour l’écriture. On peut parler aussi des gens originaires de pays et de cultures étrangères, qui ont pu mettre des mots étrangers dans les chansons, et nous raconter un peu de leur culture. Dans l’unité mère-enfant, une soignante a souhaité écrire une petite comptine qui servirait au début d’atelier, et ils la rechantaient à chaque début d’atelier, un peu comme un rituel. Dans certaines unités où on a travaillé, c’était un des objectifs de permettre à leurs patients de trouver une ouverture pour des projets futurs. C’était des unités qui préparent les gens à la sortie et la reprise d’une vie normale active. On a eu des ateliers avec des musiciens, et pour le coup certains patients envisageaient d’apprendre ou reprendre un instrument de musique. Il y a eu aussi un atelier de danses africaines qui travaille depuis longtemps à Perrens ; on a donc pu échanger avec ses animateurs là-dessus ; un atelier de photographie aussi. Pour anecdote, un autre atelier avait proposé pour une boum aux patients de se choisir chacun une chanson qui passerait lors de l’évènement, et nous avons été scotchés par une dame qui d’ordinaire ne bougeait pas et nous a fait une chorégraphie de dingue, très précise, qu’elle avait du apprendre par cœur, sur une chanson de Mylène Farmer, qu’elle avait choisie : la chanson l’a subitement ramenée dans un temps d’avant, une vie d’avant où elle dansait. Et une fois la chanson finie, terminé : elle s’est rassise et il n’y avait plus personne. Faire chanter et danser les gens, c’est plus que du plaisir : ça relève du soin. Mais il faut que les soignants réinvestissent cela, déjà qu’ils aient le temps de venir, car souvent ils y sont favorables, mais manquent de temps et de disponibilité. Maintenant ce qui va faire vivre le disque, c’est qu’on puisse faire des restitutions et inviter les gens à se rendre compte de ce que ça peut être de faire chanter ensemble un même répertoire des gens qui ne se connaissent pas.        

 

– Un mot sur le « lexicabulaire » explicatif qui clôture le livre-disque de manière originale, humoristique et aussi en permettant de transmettre un peu de ce que vous avez vécu et la manière dont vous l’avez perçu?

– Cécile : Comme on a un regard sur la psychiatrie, on a toujours discuté de ce qu’on faisait ensemble, car parfois c’est assez dur et riche émotionnellement à vivre. Donc on débriefe un peu ensuite et on se dit beaucoup de choses sur la relation entre la chanson et le soin. On voulait aussi raconter à travers ce livre-disque ce que nous avions vécu humainement, ce que ça nous a fait. Et on a proposé à des gens intervenus en milieu hospitalier ou en marge d’écrire des choses. Donc il y a des textes aussi de comédiens qui racontent leur expérience. Et comme on voulait aussi que des sigles et des réalités de l’hôpital psychiatrique soient expliqués, on a fait ce « lexicabulaire » avec plein de petits articles dans lesquels on raconte et on explique des choses, parfois en disant des conneries. C’était une partie de création plus rigolote.

– Julie : On a mis un « lexicabulaire » rempli de conneries à la fin, pour la touche d’humour, auquel les gens ont participé. Ajoutons que beaucoup de partenaires ont aidé ce projet à voir le jour, et nous les en remercions. Monter des dossiers de subvention a été très difficile, dans la mesure où chaque organisme dédié ne peut subventionner que des projets entièrement consacrés à son propos. Et comme notre projet s’adresse à tous les publics, ça compliquait les choses ; mais l’IDAAC, ainsi que d’autres nous ont bien soutenus. Malheureusement maintenant les appels à projets impliquent de rentrer dans les clous, ce qui n’est pas du tout le cas de celui-ci. Ce ne serait que moi, je donnerais le livre-disque à tout le monde. Mais ce n’est pas mon disque ; beaucoup de gens y ont œuvré et ça a nécessité du travail et de l’investissement.

 

 

Miren Funke

crédits photos: M.Legrand Rolbac Funke
Pôle culture CH Charles Perrens/ DRAC/ IDDAC/ Fondation John Bost/ CNV/Bordeaux Métropole/Nouvelle Aquitaine

Liens :

Pour commander le livre –> Association Le Dire Autrement : https://ledireautrement.fr/

https://www.facebook.com/Association-Le-Dire-Autrement-MAATA-779811905707706/

Julie Lagarrigue : https://leveloquipleure.fr/

Cécile Delacherie : https://www.facebook.com/cecile.delacherie

 

 

Rencontres Marc Robine 2019…

28 Juin

Les Rencontres Marc Robine sont organisées par l’association On connait la chanson, association qui œuvre pour la promotion de la chanson en Auvergne. Elles auront lieu du 3 au 14 juillet.

Et pour cette vingtième édition, qui porte un joli nom  Les Rencontres EnChantées, les Rencontres bougent, allant justement à la rencontre des gens du pays : Riom, Limagne, Volcans, en partenariat avec les associations, et les communes concernées, avec la volonté de décloisonner les différents univers artistiques. 

C’est ainsi que nous aurons, outre la chanson, de la poésie, du théâtre, des contes,  des balades autour du patrimoine auvergnat. Le public va donc bouger aussi, et même danser.

Ces rencontres débuteront le 3 juillet, à 20 h 30, à la salle Dumoulin, à Riom, avec Sanséverino qui interprétera François Béranger : 

Photo NGabriel2019

Photo NGabriel2019

Cette formule dépouillée sert à merveille la princesse de la rue qu’est la chanson de François Béranger. De sa voix rugueuse, Sansévérino met en lumière le blues et le folk qui irriguent le répertoire. L’esprit de Béranger est respecté, les textes vont à merveille au titi parisien. La salle est ravie, standing ovation… Sanseverino sur scène est extraordinaire. Toujours un grand moment. Il sillonne en ce moment notre beau pays avec sa guitare en bandoulière. Il passe chez nous, n’y allez pas… Courez-y ! 

 

Sansévérino et The Beber project, c’est là, vu récemment, clic sur  l’image –>

En première partie ce sera Frédéric Bobin, que nous aurons le plaisir de retrouver  le 9 juillet .

Le 4 juillet, c’est à Riom, et c’est gratuit,
en partenariat avec le centre social et l’école de musique de Riom, qui aime la chanson,  la preuve par Kay Mariposa, et Via Olivia, qui nous serviront un paquet découverte de leurs chansons, à 18 h, au Couriat, place José Monron,

et à 20 heures 45, un concert de Lily Luca :

Lily Luca est une chanteuse à la démarche artistique gourmande et singulière, originale et parfois loufoque, une artiste qui n’aime rien tant que brouiller les pistes pour mieux tracer son propre chemin. Un moment jubilatoire, intelligent et savamment construit… Impossible de lui résister ! 

Photo DR

Le 5, toujours au Couriat, à Riom, toujours en partenariat avec le centre social et l’école de musique de Riom, et toujours gratuit, à 18 heure, Cécile Coulon proposera une lecture musicale, autour de son recueil : Les ronces, ( prix Apollinaire 2019), en compagnie de Marie Bunel, comédienne et Yannick Chambre, à l’accordéon et interprétation musicale. Et à 20 h 45, Un concert d’Erwan Pinard, du sacré rock à la française…

Le 6, à Riom, au tout nouveau cinéma Arcadia, à 20 h 30, Olivier Gotti nous interprétera Ô Boys BD-Concert Blues :

Photo DR

Ce BD-Concert joue la partition musicale du 3e tome, Midnight Crossroad  de la bande dessinée O’Boys, illustrée par Steve Cuzor. (Dargaud)

Dans les années 30, dans les États-Unis du sud ségrégationniste, Huck et William, l’un jeune blanc, l’autre esclave noir, se lient d’amitié et scellent leurs destins par leurs différences… et le blues. Adaptée pour ce spectacle, la bande dessinée en noir et blanc est projetée sur l’écran, avec des bulles muettes blanches, sans texte. C’est alors que l’univers du Tennessee et de sa musique s’animent à travers le chant d’Olivier Gotti et de sa guitare Lapsteel présents au-devant de la scène… Le blues, au service des illustrations, remplace les dialogues et fait résonner durant 60 minutes l’émotion de l’œuvre, par cet alliage artistique qui s’avère dès lors indissociable. Cette projection sera suivie d’un échange d’Olivier Gotti avec le public, agrémenté de quelques chansons.

Le dimanche 7 juillet sera une journée festive consacrée à l’histoire et au patrimoine, à Marsat, et ce sera gratuit. Un apéritif musical à 11 h 30, au parc boisé de la mairie, suivi d’un repas chantant animé par Michel Conte, et tout le monde pourra pousser sa chanson. Puis à partir de 15 heures, on déambulera avec Kamelot, lors d’une animation musicale et burlesque costumée, par la troupe Art’Terre d’Auvergne, 15 acteurs, musiciens et chanteurs.

Le 8 juillet, on sera avec Les Brayauds, et en partenariat avec le festival Les Volcaniques,  dans la grange du Gamounet, une journée chansons, tradition, conférence chantée, repas auvergnat, et bal à 23 heure pour clore la soirée. Pour tout savoir, c’est là :

 

Photo NGabriel (archives)

Le 9, à 20 h 30, au Centre culturel La Source, à Volvic, c’est Fred Folk, et je ne saurais mieux dire : 

L’alchimiste de la chanson – celui qui touche à l’essentiel – prix Marc-Robine 2012, revient, auréolé de ses triomphes à l’Olympia et au Trianon, comme dans toutes ces salles qu’il sillonne, émerveillées, complices comme rarement un public peut l’être. ” Fred Folk”, ce sont les chansons dans la veine folk de Frédéric Bobin, des chansons folk américaines adaptées en français (Cohen, Graeme Allwright, Tom Paxton, Townes Van Zandt…), chantées avec Pierre Delorme ; quelques chansons américaines folk chantées par Mikael Cointepas sur des poèmes de William Blake, Yeats… et une chanson de Marc Robine.

Frédéric Bobin : chant, guitare, Mikael Cointepas  : contrebasse, chant Pierre Delorme : guitare,  chant, Vincent Dupuis : harmonica.

 

Le 10, toujours à Volvic, à 15 heures, une balade volvicoise : Au pays de la pierre et de l’eau, à 17 heures, un concert du groupe Afunalhue : Quatre voix et une dizaine d’instruments pour interpréter les grands poètes et cantantores traditionnels et contemporains du Chili, d’Argentine et d’autres pays d’Amérique latine. Emile Sanchis : chant, guitare, direction artistique

  • François Dumas : chant, tiple, charango, cuatro, bombo
  • Marusia Rebolledo : chant, flûte traversière, quena, zampona
  • Simon Sanchis : chant, guitare, tiple, accordéon
    • Photo NGabriel (archives)

      Et, au Centre culturel La Source, ( qu’on appelait autrefois salle des fêtes),  à 20 h 30, un concert de Baptiste W.Hamon, prix Marc Robine 2019 . Nourri au biberon du folk américain, de Dylan à Cohen, Baptiste W. Hamon s’affranchit peu à peu de ses influences américaines qui l’ont fait rêver enfant pour renouer avec ses racines françaises. Serge Reggiani au pays de l’oncle Sam, Jacques Bertin sur les rives du Mississippi… Le meilleur de la country et du folk américains peut se traduire en français. La preuve avec ce garçon déjà indispensable. 

 

On reste à Volvic, le 11 juillet, pour une déambulation  avec Dominique Cista, à 15 heure, Le prétexte à relire Jean Giono, Henri Pourrat, Alphonse Daudet, et à redécouvrir et réécouter Félix Leclerc.

Et à 17 heures, “MÊME LES VIOLETTES ONT DE LA MÉMOIRE” DE NATHALIE THIBUR

Dans ce village, nul besoin de coller son oreille à un coquillage, ce n’est pas la mer qui raconte des histoires… ce sont les gens. Ils m’ont ouvert toutes grandes leurs portes. Il m’a suffi d’entrer, de m’asseoir et de les écouter. De ces rencontres est né un spectacle, librement inspiré de  leur récit.”Nathalie Thibur. Récit en musique, avec la complicité de Coline Malice, accordéoniste auteure compositrice interprète. Tout public, à partir de 12 ans. Durée : 1 h 10 . Nathalie Thibur, conteuse ; Coline Malice, accordéon  19h Repas.

SONY DSCJEUDI 11 Juillet / VOLVIC CENTRE Culturel La Source  20H30 SPECTACLE Gilles Servat “Couleurs : Conte et chanson”
” Il m’a fallu du temps pour devenir conteur, oser prendre des libertés, impliquer le public… Quel bonheur, pour moi, cette aventure, cette présence, à la fois proche et différente de celle du chanteur.
Gilles Servat entre chansons et contes. L’étrange se mêle à la chanson, la philosophie naît de l’absurde, et le public, enthousiaste, chante les refrains… avec un autre parfum dans son émotion.
Gilles Servat : contes, guitare,  Patrick Audoin : guitare

Photo Chantal Bou-Hanna

chatel guyon

Le 12, c’est la journée québécoise, à Châtel-Guyon, avec, à 17 heures Claud Michaud

Un homme qui chante / L’univers de Félix Leclerc

 

 

et à  20H30 CONCERT  , Paule-Andrée Cassidy: Libre échange, et Marion Cousineau (première  partie)
Quand la dernière note d’une chanson résonne, les mains prêtes à applaudir restent suspendues. Elles attendent. Comme si elles allaient briser quelque chose. Moment de grâce…  L’univers de Marion Cousineau lui ressemble. On vient l’écouter avec la certitude de se laisser prendre par le cœur.

Photo NGabriel (archives)

PAULE-ANDRÉE CASSIDY “LIBRE ÉCHANGE”

Un concert de Paule-Andrée Cassidy, c’est assez rare en France, ça se déguste, ça fait battre le cœur… Sa finesse d’interprétation lui permet d’entrer dans le répertoire de Barbara avec délicatesse, dans celui de Brassens avec assurance, ou encore celui de Gilles Vigneault avec brio… Il serait vain de la classer dans une catégorie, chanteuse à textes, chanteuse de charme, de tango ou même de rock, elle est tout cela à la fois. C’est une artiste rare, profonde et d’une féminité à fleur de peau dont elle sait si bien jouer sur la scène devenant  parfois aussi sensuelle que La Gréco des débuts…

Paule-Andrée Cassidy : chant, Steve Normandin : piano, accordéon

 

    •  Le samedi 13, à Châtel-Guyon, journée gratuite, en partenariat avec l’Amicale du Sans-souci, à 14 heures, une grande balade d’une heure 45, en slam et poésie, avec Gaby sans L et WillyGex, slam, collectif Alternatif Poésie : La Côte ronde et les Percières, à 17 heures, pot amical en chansons avec Les anciens de Thermes,  à 18 heures, nous serons à la salle polyvalente de Saint-Ours-les-roches, avec Agnès Doherty : Le Braconnier de Dieu : 
  • Photo DR

  • BRASSENS ET FALLET, OEUVRES CROISEES

Le braconnier de Dieu, c’est Grégoire Quatresous, entré par hasard dans un couvent trappiste qui en sort en rencontrant l’amour ! Agnès Doherty conjugue la prose de René Fallet avec la poésie de Brassens. Les graves de l’instrument soutiennent une interprétation à la diction parfaite. Elle guide la salle vers l’émotion, le rire et le chant fredonné. La  belle voix d’Agnès Doherty, cristalline, transcende Fallet et fait déguster Brassens.

 

  • et à 21 heures, du théâtre : Petits crimes conjugaux d’Eric Emmanuel Schmitt par la compagnie Les Eruptifs.
  • Nous arrivons au 14 juillet, et nous serons à Ennezat, Chambaron-sur-Morges, au Bistrot de pays,  Le Caveau du fort, à 12 heures, repas spectacle avec Simon Goldin, et à 20 heures, nous serons allée des marronniers, en plein air, à Ennezat, pour un dernier tour de bal.
  • Douze jours bien remplis donc.  Détail du programme –>    ICI.
  • Calendrier des concerts voyez  Qui chante–>

Danièle Sala

 

CADEAUX:  des places à gagner,  pour cela, rendez-vous ici même, dimanche 30 Juin à midi, vous aurez la piste à suivre.

 

Il est midi, à vos claviers !!

Gagnez des places en trouvant une ou deux réponses, au choix, pour les spectacles suivants:

Sansévérino et The Beber Project (Béranger)
Fred « folk » Bobin et Pierre Delorme
Gilles Servat
Claud Michaud
Paule-Andrée Cassidy

1- Qui a eu le Prix de l’Académie Charles Cros pour le livre de référence sur Brel

2 – Qui chante ces auteurs : Sophie Anctil , Leonard Cohen, Boby Lapointe, Atahualpa Yupanqui , Perlimpinpin … et une fabuleuse fresque sanglante avec la délicieuse Lottie blonde irrésistible aux yeux verts …

3 – Qui a traduit et chanté un ACI américain dont les initiales sont T V Z ?

Une réponse = une place,
Si vous donnez une seconde réponse = deux places.

(Une ou deux réponses suffisent )

Attributions dans l’ordre des réceptions. Merci d’indiquer au moins deux concerts dans vos préférences.. . Et donnez la réponse et vos choix en envoyant un courriel à :

norbert.gabriel@gmail.com

 

 

 

 

 

« Au Coeur de l’Arbre », spectacle musical d’Agnès et Joseph Doherty : à la rencontre du monde merveilleux des arbres en chansons

24 Mar

Quelques heures à peine du printemps, quelques heures et un souffle de vent, ce vent qui engouffre sous les ailes des oiseaux ses faux-airs de déjà vu et sa vraie musique de reviviscence, en effleure les carapaces des insectes et écarte en chantant les feuillages des arbres leur offrant un accueillant abri, ce 20 mars était bien une date propice aux premières représentations du nouveau spectacle musical d’Agnès et Joseph Doherty, « Au Cœur de l’Arbre », dans l’Espace Culturel du Bois Fleuri à Lormont, près de Bordeaux.

Le couple d’artistes franco-irlandais, dont le conte musical « Finn McCool et Légendes d’Eire » raconte et propage déjà auprès des publics jeunes et adultes la poésie d’un regard désireux de faire connaître la féerie du folklore celte et de partager le merveilleux extrasensoriel qui lie les humains à la nature, a imaginé, mûri et travaillé depuis des mois la création de ce nouveau spectacle consacré aux arbres, adaptable à la scène, comme à des balades à pied ou à vélo à travers des parcs arborés, au grès des diverses espèces végétales rencontrées en chemin.

S’il invoque bien-sûr, en récits et en chansons -et comment pourrait-il en être autrement ?- légendes celtes et mythologie nordique (chanson « Yggdrasil »), « Au Cœur de l’Arbre » n’en oublie pas pour autant de se référer aux épopées et mythes des civilisations mésopotamienne (Gilgamesh), grecque (Phaéton) et amérindienne ou encore à la littérature contemporaine (Jean Giono, L’Homme qui Plantait des Arbres). Il tisse avec intelligence un canevas harmonieux qui réunit de multiples apports culturels et cultuels autour d’un fil conducteur pédagogique et engagé. Éveiller la sensibilité à la vie du monde sylvestre, initier à la connaissance des espèces et de leurs vertus, expliquer le fonctionnement des arbres en société avec leurs semblables et leurs rôles au sein de l’écosystème, raviver à nos mémoires des histoires antiques, éclairer les combats militants des défenseurs des arbres, et subséquemment mettre en évidence la nécessité de sauvegarder et préserver la nature dans sa diversité : « Au Cœur de l’Arbre » plonge ses racines dans de nombreux terreaux culturels et mélange savoureusement les résines, pour semer ses petites graines dans nos cœurs et y faire croître le respect et l’amour de ces êtres d’écorce et de sève qu’on n’envisagera jamais plus de la même façon.

Que l’on sorte du spectacle étonné, instruit, éclairé, bouleversé, ou conforté et grandi dans ses sentiments, et sans doute un peu de tout cela à la fois, on en sort différent, le cœur enrichi jusque par l’éclairage final obscurcissant progressivement la scène, et suggérant le message qui en reste : de la lueur qui meurt sur les planches à la lumière qui prolifère en nous. On en sort également les oreilles ravies par les timbres de la multitude d’instruments dont jouent Joseph et Agnès Doherty, qui nous rappellent à quel point et de tous temps les arbres ont servi la musique, lui ont servi de source en inspirant des mélodies aux hommes par les vibrations sonores se produisant autour d’eux, et lui ont servi d’outil pour s’exprimer. Et si l’ébène de la clarinette-basse, le cèdre de la flûte, l’épicéa, l’érable, le palissandre et les autres essences des mandoline et guitare, contre-basse, violons, banjo et xylophone ne proviennent pas des mêmes arbres, tous nous semblent pourtant désormais faits du même bois que les rêves.

 

Miren Funke

photos : Miren

Merci à Véro Cameleyre

Liens clic sur l’arbre —->

Et aussi,

https://www.facebook.com/joseph.doherty.54

https://www.facebook.com/agnes.doherty.73

 

 

NDLR, vous pouvez aussi compléter votre connaissance du sujet avec ce livre remarquable,

 

 

De la musique qui descend dans la rue, de la musique qui en monte : entretien avec les chorales Yakachanter de Bordeaux et Le Choeur de l’Exil de La Roche Sur Yon

28 Jan

les deux chorales

Une chorale de quartier, c’est bien souvent de l’amateurisme parti de presque rien avec sa bonne volonté pour tendre vers le beau. C’est une place publique, hier sinistre et jonchée de déchets, aujourd’hui transformée en scène improvisée qui ranime la vie de cité. C’est l’émerveillement de passants intrigués qui s’arrêtent, les sourires sur les visages des habitués qui ont pris goût à ce rendez-vous musical à la régularité aléatoire. C’est la grisaille du ciel que sublime soudain l’écho d’une harmonie. C’est l’art qui descend dans la rue, l’art qui en monte ; et, pour certains, quelques moments de bonheur volés à la cadence infernale d’une vie qui ne laisse plus le temps de prendre son temps. Dérisoires, mais tellement vitaux en réalité.

Jean Ferrat chantait que « les plus belles fleurs poussent sur le fumier ». Comme une lutte personnelle contre les tristesses et les tourments internes, comme une résistance à une société qui a érigé en valeurs la recherche du profit individuel et le matérialisme et ringardisé l’acte gratuit, l’être humain chante. Et réinvestit la vie collective en partageant sa musique comme le font à Bordeaux les membres de la chorale de quartier « Yakachanter », dirigée par l’artiste Agnès Doherty, à qui il tient à cœur d’affirmer combien le chant est le seul instrument à la portée de tous. D’ailleurs, à écouter l’harmonie musicale des chorales de quartier, souvent constituées principalement de personnes sans instruction musicale préalable, qui douterait encore que la beauté peut s’asseoir sur tous les genoux ?

Une rencontre avec deux d’entre elles nous fournit l’occasion de nous intéresser au sens qu’on peut donner à ce loisir devenu engagement, à travers quelques échanges avec des membres de la chorale « Yakachanter », sa directrice Agnès Doherty, Anne, co-présidente de l’association de quartier « Yakafaucon », et Marie Reveillaud, directrice de la chorale « Le Chœur de l’Exil » venue de La Roche sur Yon il y a quelques mois pour partager un spectacle en plein air.

-Bonjour et merci d’accepter de répondre à quelques questions. Pouvez-vous nous dire quelques mots de l’association de quartier grâce à laquelle la chorale a vu le jour?

– Anne : La chorale est née en mars 2012, après la fondation de l’association Yakafaucon. A l’origine, il y a eu plein de petites rencontres informelles et non régulières entre différentes personnes du quartier, et très vite, nous avons eu l’idée de nous réunir au sein d’un groupe. Pour cela, il nous fallait un lieu et nous avons trouvé le local du « Petit Grain » qui est devenu notre café associatif, après des mois de rénovation durant lesquels tout le monde venait bénévolement donner un coup de main, selon ses disponibilités. L’association n’est pas née d’une démarche politicienne ; il s’agissait d’une trentaine de personnes qui avait le souhait de faire quelque chose pour la vie du quartier, monter des projets, animer la place et faire en sorte qu’il s’y passe autre chose que des cannettes et bouteilles vides à ramasser au matin. Ici avant, c’était relativement glauque ; et on ne s’aventurait pas à s’y promener tard le soir. On avait envie que les citoyens soient porteurs de projets, et n’attendent pas de la mairie qu’elle initie tout. C’était une démarche participative, sociale et culturelle. Suite à un tractage, on s’est retrouvés autour de cent personnes à la première assemblée générale, puis organisés en plusieurs commissions, chacune ayant une tâche précise, que ce soit de chercher un lieu, visiter les autres cafés pour apprendre de leur fonctionnement, s’occuper de rassembler les idées des gens, etc… Une fois le lieu trouvé, tous les bénévoles ont participé à l’organisation des chantiers, des repas, au prêt d’outils, à la rénovation du local.

le petit grain

Le café a été inauguré en juin 2012, au départ en tant que café associatif, ce qu’il est toujours, au sens où il faut être membre de l’association pour y consommer. Mais aujourd’hui, il a créé des emplois et rémunère des salariés, tant le phénomène a pris de l’ampleur. Le lieu est très fréquenté : il propose donc des repas, et c’est tout une organisation à temps plein qui ne peut plus être uniquement assumée par des bénévoles. Pour nous, ce n’est pas du travail au sens contraignant du terme, puisque le but du café est de créer une animation dans le quartier et des liens entre les voisins. Mais il y a du travail à fournir, et nous avons dû faire former des gens aux règles d’hygiène, à la cuisine, à la gestion des stocks, etc… La municipalité subventionne en partie le lieu, parce qu’il profite à la vie de cité par les projets dans lesquels il s’engage ; ça a permis de salarier des gens qui se sont professionnalisés. On organise aussi un groupement d’achats réguliers dans le cadre de vente directe de producteurs locaux aux consommateurs. Et puis beaucoup de projets fusent, parce que chaque bénévole peut proposer ses idées aux autres : des cours d’écriture, des pièces de théâtre, du soutien scolaire, des débats sur des questions sociétales ou environnementales, des échanges de livre.    

le petit grain 2

 – Comment est donc née l’idée de doter l’association d’une chorale ?

– Anne : Agnès, qui habite dans le quartier avec son mari Joe Doherty, n’avait hélas pas trop de temps à consacrer aux travaux matériels, mais désirait participer à quelque chose. Nous avons toutes les deux eu l’idée de créer cette chorale, qu’elle était à même de diriger, de par ses compétences et son expérience musicales. Elle est parfaite dans ce rôle de direction de chorale : elle a la souplesse qu’il faut pour gérer cela humainement, mais avec la rigueur professionnelle nécessaire à un travail sérieux. Le café n’étant alors pas encore inauguré, puisque les travaux avaient à peine débuté en décembre, les premières répétitions eurent lieu chez Joe et Agnès Doherty. Au bout de quelques temps, elle a décidé de suivre des cours de direction de chœur au Conservatoire pour se perfectionner.

La première représentation de la chorale fut pour la fête du quartier en 2012, dans la rue Monfaucon. Pendant un an à peu près, la chorale a tenu de façon régulière, avec des répétitions hebdomadaires, et puis il y a eu un peu moins de monde présent, l’engouement des débuts étant quelque peu passé. Nous avons continué à 5 ou 6 personnes, en groupe restreint, avant que de nouveaux arrivants intègrent la chorale. Actuellement, sur la vingtaine de personnes, il doit rester 4 membres qui étaient présents au tout début.

 – La chorale répète souvent en plein air, au milieu de la place publique. Qu’est-ce que cela crée dans le quartier en termes de réactions?

– Anne : Maintenant les gens sont habitués ; les répétitions de la chorale sont comme des rendez-vous du dimanche matin sur la place. Mais au début des gens s’arrêtaient, étonnés, ou sortaient aux fenêtres ; certains sont venus rejoindre la chorale, y compris des gens qui ne résident pas dans le quartier et passent par là en rentrant du marché. Et puis quelques musiciens sont venus parfois pour nous accompagner avec leurs instruments. Le fait que les répétitions se fassent en public anime la vie du quartier et invite les passants à venir écouter, puis discuter ensuite, voire pour certains, intégrer le groupe et enrichir leurs rapports sociaux et affectifs, puisqu’en général les répétitions sont suivies d’un petit apéro-goûter collectif.

 

yakachanter

– Et sur un plan plus personnel, qu’est-ce que la participation à cette chorale vous apporte ?

– Anne : La musique en groupe a des vertus thérapeutiques que j’ai éprouvées moi même : pour l’anecdote, lorsque nous avons fondé la chorale, je traversais une période très dure dans ma vie et je peux dire que la chorale m’a sauvée. Il faut comprendre que la plupart des activités proposées dans l’association se pratiquent individuellement et dans une optique de recherche personnelle, comme les cours de Yoga ou d’écriture. L’existence de la chorale incarne la réussite d’une activité collective. Le gens qui viennent y chanter, passent déjà un bon moment, s’épanouissent personnellement, mais surtout prennent plaisir à participer à une aventure collective où chacun écoute les autres, et où tous recherchent une harmonie commune. En outre on a tissé des liens humains et sociaux à travers cela.

– Stéphanie : Sans vouloir jouer du côté féministe, je pense que le fait qu’il y ait une majorité de femmes dans la chorale, même si ce n’est pas volontaire -car elle n’est pas exclusivement réservée aux femmes- nous fait du bien : avoir un petit espace où on se retrouve entre nous est hautement bénéfique. Il y a parmi nous des caractères assez forts et on s’aperçoit que même les personnalités qui n’ont a priori pas l’air fortes, se révèlent à un moment donné et se lâchent.

– Christine : Ce que la chorale apporte d’essentiel aussi, c’est d’apprendre à s’écouter et écouter les autres, d’abord musicalement pour prendre part à une harmonie collective, et ensuite humainement. Sur le plan personnel, ça change la façon dont on est attentif et à l’écoute des autres. En outre ça libère une énergie et la canalise : parfois on arrive tout énervée et le fait de chanter nous permet de nous débarrasser de nos ressentis et nous apaise. Et ce que j’apprécie également, c’est que j’ai appris à aimer certaines chansons qui ne me plaisaient pas avant, en les chantant. Et puis comme nous chantons dans plusieurs langues, ça crée une communication avec les gens d’origines étrangères : si nous allons au Portugal, ou que des lusitanophones d’ici nous entendent chanter « Grândola Vila Morena » qui est un chant de la révolution des œillets, ça leur parle ; si des Basques nous entendent chanter « Hegoak » (« Txoria Txori »), qui est une chanson de Mikel Laboa passée dans le patrimoine national, c’est pareil. Nous travaillons aussi des chansons espagnoles, corses, anglaises. Ça crée un lien avec des gens d’autres cultures. A notre manière, on communique avec des locuteurs d’autres langues.

hegoak

 grandola2– Participer à la chorale est-il accessible à tous ?

– Christine : C’est ce qui est bien : ça reste populaire et ouvert à tous.

– Agnès : Évidemment le fonctionnement pourrait ne pas convenir à certaines personnes très calées en musique, qui s’ennuieraient vite. On est là pour se faire plaisir, pour créer du lien, et offrir aussi un certain cadre à ceux qui en ont besoin. Je voulais trouver un moyen mnémotechnique simple et efficace de transcrire les chansons phonétiquement justement pour que ceux qui n’ont pas de formation musicale puissent chanter. Le chant est un instrument gratuit, que tout le monde possède. J’ai tendance à dire que tout le monde peut chanter ; il suffit pour ça de confiance en soi. Ce que m’a enseigné l’étude du chant lyrique, c’est qu’il faut être détendu et confiant, libérer la colonne d’air pour utiliser au mieux sa voix. Plus on est crispé, moins ça fonctionne. Bien sûr, certains ont peut-être un don au départ et du fait de ce don, prennent plus facilement confiance en eux. Ils sont donc plus à même d’acquérir de l’aisance et de se montrer de plus en plus doués : c’est un cercle vertueux. Mais pour moi, chanter est à la portée de tous. Il y a peu d’activité qu’on est libre d’exercer comme celle là, où on veut, quand on veut et ensemble. Samuel Beckett disait que quand il ne nous reste plus rien, on peut encore chanter.

– Auregan : Il y a une espèce de magie ou d’alchimie qui se crée car, pour la plupart d’entre nous, nous ne sommes pas musiciennes, et à chaque fois qu’on s’attaque à un morceau, on pense ne pas y arriver, mais on y arrive quand même. Agnès nous écrit une transcription phonétique des chansons étrangères pour les non-locuteurs, avec des signes indiquant les moments où on doit monter dans les aigus ou descendre dans les graves, pour toutes les voix. C’est un boulot de malade ! Mais ça nous permet de chanter des chansons dans diverses langues.

– Stéphanie : Moi qui suis musicienne [NDLR : Stéphanie est la batteuse du groupe d’Agnès et Joe Doherty, Itzablast], c’est une méthode qui me sert beaucoup. Je ne sais pas comment cette idée est venue à Agnès, mais je n’ai vu ça nulle part ailleurs et c’est une méthode de travail très efficace, utile aux non-musiciens autant qu’aux musiciens. Pour avoir dirigé la chorale en intérim pendant la grossesse d’Agnès, je pense qu’Agnès insuffle vraiment un esprit particulier. Elle allie rigueur musicale et cool attitude. Certains autres chefs de chœur auraient tendance à se montrer dirigistes, voire castrateurs, et d’autres à vouloir être trop cool, au détriment d’une approche professionnelle. Avec Agnès, on a les deux en une. Quand cela a été mon tour de diriger la chorale, avec mon côté extrémiste du rythme, je me suis rendu compte des qualités que cela requiert et de l’ampleur du travail qu’accomplit Agnès. Avec elle, la sauce prend.

Agnès et la chorale

– Quelles difficultés particulières rencontrez-vous pour intégrer de nouveaux participants ?

– Agnès : L’arrivée de nouveaux membres est un phénomène qui se produit souvent en début d’année. Mais sur dix nouveaux participants, au final, il va peut-être n’en rester que deux, parce que les autres n’ont pas le temps de s’investir, ou que ça ne leur convient pas. L’intégration de nouveaux peut ralentir le travail, car quand un groupe est déjà constitué en ayant rodé les chansons, on va bien plus vite ; avec des nouveaux, il faut tout reprendre à la base. Néanmoins dans des périodes comme celle-ci, où nous apprenons beaucoup de nouvelles chansons, il est plus facile d’incorporer de nouveaux membres. Il y a dans la chorale un noyau dur d’une quinzaine de personnes, presque une vingtaine même, sur qui je peux compter. Notre force est que nous disposons d’un groupe solide qui intègre vite les nouveaux arrivants, qui sont en quelque sorte influencés par la solidité du groupe. Et comme l’essentiel est de se faire plaisir et de passer un bon moment tout en créant du lien entre les gens, je ne suis pas trop exigeante, au point de rebuter les nouveaux. Quand en plus ça sonne, c’est un peu la cerise sur le gâteau.

De toute façon, la justesse des notes est une notion subjective et perfectible. Même un piano peut être considéré comme faux car l’accordage est toujours un compromis, c’est physique. En même temps si on chante juste comme un piano, on sera content !

J’ai appris qu’à l’époque de Bach, et de son clavier bien tempéré, on a accordé les instruments pour qu’ils puissent sonner dans toutes les tonalités. Avant, les orgues avaient certains accords plus lumineux car plus justes et d’autres interdits car ils écorchaient les oreilles, on ne pouvait jouer que dans certaines tonalités. Pour l’oreille commune, un piano accordé sonne juste ; mais en réalité certains intervalles entre deux notes ne tombent pas tout à fait juste, ça peut donc être plus lumineux à la voix qu’au piano. Je pense que c’est pour cela que les chants polyphoniques corses par exemple sonnent de manière incroyablement belle, parce que les notes des voix sont plus précises que celles d’un clavier. Plus on parvient à une note juste, plus on réveille toutes les harmoniques présentes dans la note. Et pour ce qui concerne le chant collectif, plus on le pratique, plus on s’écoute et plus on affine sa propre voix. Il suffit d’être déconcentré ou fatigué pour chanter pas tout à fait juste et cela déstabilise les autres, car tout le monde se met à douter, jusqu’à parfois finir par créer une réelle cacophonie. Cela nous arrive quand on chante en plein air et que les gens ne s’entendent pas très bien les uns les autres, ou quand un instrument nous accompagne et qu’on ne l’entend que par moment. C’est dans ces moments là qu’on apprécie la solidité d’un groupe. La chorale est une entité donc l’essentiel est qu’on reste tous ensemble ; c’est pourquoi ce qui m’intéresse est le son de groupe, le fonctionnement des gens ensemble et l’évolution du travail collectif.

– En tant que musicienne professionnelle, comment abordes-tu ce travail ?

– Agnès : Pour perfectionner ma tâche, j’ai pris des cours de direction de chœur au Conservatoire de Bordeaux durant 3 ans. J’ai appris l’importance de la façon dont le groupe doit se sentir humainement pour que les gens puissent chanter juste : la moitié du travail réside dans la mise en place d’une confiance de chacun en soi, mais également des uns envers les autres. Les gens doivent se sentir à l’aise et en empathie et ne pas craindre d’être jugés par les autres. Une fois par an, la classe de direction de chœur du Conservatoire vient faire une séance de transmission orale, ça lui donne une expérience de terrain. La chorale « Yakachanter » a servi de cobaye déjà par deux fois et c’est plutôt agréable, parce que ça nous permet de nous rendre compte à quel point nous avons un chœur dynamique et intelligent, dont les membres s’écoutent les uns les autres. Je pense que ces qualités sont liées à notre façon pas très conventionnelle de travailler. Chacun se débrouille avec ce que j’apporte, car je n’ai pas toujours le temps de tout diriger : le sens de l’autonomie fait que les gens n’attendent pas que je leur mâche le travail en détail.

Nos répétitions ont lieu deux fois par mois, sauf lorsque nous avons un concert prévu et qu’il faut se caler deux répétitions dans la semaine qui précède. L’idéal serait bien sûr de pouvoir se tenir à une certaine régularité ; mais par principe nous souhaitons que cette chorale ne soit pas trop contraignante pour chacun.

chorale 2

 – Sur quels critères se fait le choix des chansons et qui en décide ?

– Agnès : Il arrive aux membres de me proposer des chansons, mais au final c’est toujours moi qui décide quelle chanson on va travailler puisque que, comme c’est moi qui me charge des arrangements, il faut vraiment que j’aie un coup de cœur et que je « sente » la chanson. Certaines chansons peuvent être très intéressantes, mais si je n’arrive pas à me les approprier et à les personnaliser, on laisse tomber. En ce moment, nous travaillons pas mal de morceaux du registre de pop britannique –un peu trop à mon goût-, mais surtout parce que c’est foisonnant au niveau du travail harmonique des chœurs. Personnellement j’ai un faible pour les chansons dont le message est à caractère politique ou du moins humaniste. Le chant véhicule beaucoup de choses aussi par les paroles. Nous privilégions les chansons à texte, et engagées si possible. Lorsque nous chantons « Grândola Vila Morena », qui est un chant emblématique de la révolution des œillets, il y a un sens très fort qui se communique. Ceci dit je n’ai pas envie de me priver d’une chanson intéressante d’un point de vue mélodique, même si elle raconte trois fois rien. J’aime bien que le répertoire soit varié, pour qu’il y en ait pour tous les goûts. grandola

Pour la prononciation des chansons en langue étrangère, j’écoute précisément et essaye de faire une transcription phonétique pour tous. Certaines langues comme l’Arabe sont très dures à chanter pour nous parfois, mais il réside aussi un plaisir dans l’apprentissage de la prononciation. Et puis même si c’est un peu embêtant de savoir que certains mots sont mal prononcés, après tout l’histoire des chants populaires est une histoire de transmission orale. C’est toujours du bénévolat pour moi, mais les membres ont instauré une tradition très sympathique qui consiste à me ramener des petits cadeaux, qui symboliquement parlent d’eux : un disque, une tarte qu’un a cuisinée, un dessin qu’un autre a fait, un petit vin de production familiale.

– A quels spectacles participez-vous ?

­- Anne : L’ensemble a déjà assuré plusieurs spectacles, bien sûr, lors de la fête annuelle de l’association « Yakafaucon », mais aussi pour des marchés de Noël et pour un concert exceptionnellement donné au marché des Capucins. Il y a aussi eu des échanges de chorales, notamment avec un groupe voisin de l’Impasse d’Agen, « Les Impatients », et « Le Chœur de l’Exil » de La Roche Sur Yon.

– Agnès : La fête du quartier ramène aujourd’hui plus de 200 personnes, mais au début elle a été initiée par un petit noyau d’amis qui désiraient chanter et m’ont demandé de les diriger. J’ajoute, à ce sujet, que le groupe théâtre qui fait des Flashmob nous accompagne pour quelques morceaux avec des chorégraphies originales. Lors de soirées de restauration au café « Le Petit Grain », il y a toujours des gens de la chorale qui interprètent quelques chansons. Au début du mois, nous avons accueilli « Le Chœur de l’Exil », qui est une chorale de La Roche sur Yon pour un échange. La chef de chœur de cette chorale sollicite des gens d’origines étrangères pour apporter des chansons de leurs pays d’origine qui parlent de l’exil. Il y a donc toujours au moins une personne dans la chorale qui maîtrise la langue dans laquelle est écrite la chanson et cette personne est invitée à interpréter un petit solo.

La double vie des capus

Notre originalité nous permet de participer à des projets un peu décalés aussi. Lors de l’exposition au marché des Capucins organisée pour la sortie du livre de Mélanie Gribinsky, « La double vie des Capus » [NDLR voir article ], Joe avait créé des compositions que nous avons chantées, s’inspirant de ce qui aurait pu être écrit sur le mur du monastère qui a donné naissance au marché des Capucins et d’un texte qu’il avait trouvé en Italie. Nous avions obtenu l’autorisation de chanter dans le marché couvert, c’était une expérience amusante et excitante !

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– Parlons du Chœur de l’Exil : vous qui êtes venus partager un spectacle musical public à Bordeaux avec la chorale  Yakachanter , pouvez-vous nous parler de votre propre groupe ?

– Marie : Nous ne sommes pas une chorale de quartier mais une chorale qui accueille (entre autres) les personnes qui sont (ou qui se sentent) exilées, habitants de notre ville la Roche sur Yon et villages proches. Le noyau dur de la chorale a été constitué en février 2006 par des professionnels de l’Hôpital psychiatrique pour accompagner musicalement une exposition de peinture en octobre 2008 à la Rochelle sur le thème de l’exil, à la demande des artistes-peintres exposants. Nous avons alors créé un morceau pour cette occasion appelé « L’Exil » composé de 8 parties, chaque partie elle-même composée d’un poème ou d’une phrase parlée par des étrangers immigrés ou des français d’origine étrangère, chacun dans sa langue (Thétchène, Arabe, Gourmandché, Chinois, Basque, Polonais, Mapuche, Espagnol, etc…) suivi par la même phrase traduite en français et chantée par le chœur.

Nous avons alors trouvé des choristes exilés de longue date, polonais, algériens, basques, burkinabes, et de plus fraîche date, tchétchènes, géorgiens, ingouches pour grossir notre choeur. La tradition d’accueil s’est maintenue depuis lors.

En fait le succès de notre prestation d’octobre 2008 nous a donné l’idée de poursuivre en intégrant dans notre chorale composée de 8 personnes, d’autres choristes, tant français qu’étrangers ; ayant appris des chants de leur pays ou d’autres pays, nous avons aujourd’hui un répertoire d’une soixantaine de chants en langue étrangère, ce qui nécessite un effort important d’apprentissage de la prononciation. Certains chants sont appris en commun avec la chorale « Auberbabel » d’Aubervilliers  auberbabel que nous rencontrons chaque année : chant en Russe, Hébreu, Yiddish, en plus de ceux de nos choristes. Cette rencontre a lieu le premier weekend de juillet chaque année, alternativement en Vendée ou à Aubervilliers.

Tous ceux qui le souhaitent, peuvent intégrer la chorale, même s’ils ne savent pas chanter. Ils progressent parfois lentement, ce qui requiert beaucoup de patience, tant de la part des choristes qui maîtrisent le chant que du chef de chœur. Aujourd’hui, nous sommes 20 choristes, et nous manquons de ténors et d’alti.

 

le choeur de l'exil à bordeaux

– Et à quels spectacles participez-vous ?

 – Marie : Nous proposons d’intervenir dans des manifestations concernant les relations internationales ou le thème de la migration comme Le Cercle du Silence ou des fêtes particulières comme la fête de « La Clopinière », un village écologiste de Vendée. Nous chantons régulièrement pour le vernissage de nos amis peintres de la région. En mai 2014, nous avons fait un concert  avec une autre chorale de Vendée « La Clé des Champs », à la cathédrale de Luçon. Nous aimons nous associer à d’autres chorales qui ont des points communs avec la nôtre.

Une de mes filles, Fleur, habite à Bordeaux et, comme elle, j’ai adhéré à l’association « Yakafaucon » ; c’est ainsi que j’ai rencontré la chorale d’Agnès dont le répertoire comprenait certains chants communs avec nous. Nous avons souhaité organiser un concert ensemble et chanté sous la pluie en octobre.

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Miren Funke

Remerciements à Aline Schick-Rodriguez pour son aide.

Liens : Site de l’association Yakafaucon : http://www.yakafaucon.com/

Facebook : https://www.facebook.com/Yakafaucon-Asso-643527635793513/

Site de la Chorale Auberbabel : http://auberbabel.org/

Site et facebook d’Agnès Doherty : http://www.agnesdoherty.com/

https://www.facebook.com/agnesdohertyofficiel/?fref=ts

 

 

 

 

 

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