Sarclo a ses règles. Ou comment fabriquer des chansons… deuxième jour.

12 Sep

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Deuxième règle : Dans ses Chroniques, Bob Dylan explique comment Brecht lui a permis de voir le moyen d’aller au-delà de Woody Guthrie : EN METTANT DU POISON DANS LES CHANSONS. « Und Machies der hat ein Messer, doch das Messer sieht man nicht » (Mackie a un couteau, mais le couteau, on ne le voit pas). Brecht nous fait nous identifier à un salopard. Une chanson n’est pas là pour vous apprendre quoi que ce soit, ni pour faire partager des lieux communs ou des bons sentiments. Elle est là pour : surprendre, indigner, gondoler, chauffer, glacer, effarer. Si à la lecture d’une chanson vous voyez des éléments qui pourraient faire partie d’un éditorial, d’un tract, d’un programme, ce n’est pas une chanson, c’est une merde.

Contre-ordre : « Ma vie n’est qu’un instant, une heure passagère / Ma vie n’est qu’un seul jour qui m’échappe et qui fuit / Tu le sais, ô mon Dieu ! pour t’aimer sur la terre / Je n’ai rien qu’aujourd’hui !… » Sainte Thérèse de Lisieux chanté par Pierre Eliane (Thérèse’s songs) pas un atome de poison, un unique et bon sentiment, un chef d’œuvre.

« J’étais pas sûr d’avoir le temps d’écrire toutes les chansons que je voulais, alors j’en commençais une par ligne » Bob Dylan (voir aussi règle précédente)

(Concernant la chanson … suite … vous en aurez une par jour pendant un moment. désabonnement gratuit… alors voilà.)

Seb Dihl Ça m’a fait penser à Batlik, et à ce qu’il me disait un jour en parlant de son album »Mauvais sentiments ».  Va l’écouter si tu as une heure à gagner (et si par zazar tu ne connais point cet album).  Bises😉

Sarclo Ret y a aussi « Mes chants » de Vincent Baghian sur le même fil

Christiane Daynac T’as la migraine toi, quand t as tes règles ?

Sarclo Ret  On a pas encore parlé de Jeanne Cherhal… J’aimerais bien faire douze chansons par an, surtout belles comme les siennes.

Jaileene Adam Mais les commentaire de Sarcloret sur ses collègues on ne sait jamais si c’est du lard ou du cochon!

Sarclo Ret Jeanne Cherhal est un ange. Rien à dire de plus.

Joël Burkhard Sarcloret a écrit « d’accord » une des plus belles chanson de rupture et je m’y connais j’adore ce thème dans les chansons évidemment 🤣 alors douze de cet acabit ça m’irait bien, pis le Cherhal ça lui irait pas 😄

Pierre Delorme Soit c’est une chanson, soit c’est une merde… Pour ma part je croyais qu’il y avait une infinité de nuances entre les deux, à savoir une sorte de marécage où surnagent la plupart des chansons, destinées à l’oubli.

Sarclo Ret Pour le public bien sûr, mais pour le gars qui fait des chansons, si c’est pas réussi, c’est raté: du brun.

Pierre Delorme Comment savoir si c’est vraiment réussi tant que la chanson n’a pas touché des gens ? Si elle est réussie pour soi-même, c’est mince. D’autre part, tu n’évoques que le texte dans ces réflexions, or la réussite vient souvent de l’alliage avec les notes, du moins est-ce mon avis! 🙂 

Sarclo Ret Pierre Delorme Ton raisonnement rejoint celui de ceux qui se demandent combien on fait d’entrées… Si je ris ou si je pleure en chantant un truc pour la première fois, je suis heureux comme Zorba avant que ça s’écroule. En effet je n’ai pas encore parlé de musique, mais ça n’est pas mon point fort et on n’en est qu’à la deuxième recette.

Pierre Delorme Non, ça n’a rien à voir avec le nombre (d’entrées ou autre), c’est simplement que ce qui ne touche, ou n’intéresse que moi, est pour moi sans importance. S’émouvoir tout seul avec sa propre chanson est à la portée du premier venu et n’a, à mon avis, pas d’intérêt. Mais chacun ses goûts. 🙂Pour continuer de répondre à ta recette: on peut écrire un texte bien ficelé, selon tes critères, mais tant qu’on n’a pas trouvé « la » musique ad hoc, ça ne vaut pas grand chose. Le problème est qu’un texte « bien ficelé » peut être facilement mis en musique, ça marche toujours, mais trouver la musique dont on aura l’impression qu’elle n’était faite que pour ces mots-là, et pas d’autres, c’est une autre paire de manches.

Sarclo Ret Tu as bon, encore que pour qu’une œuvre fasse du sens il faut qu’elle rejoigne les gens, ET qu’elle soit l’expression d’une personne qui s’est trouvée, qui s’est cherchée. la démarche vers cette crue sincérité doit au départ ne pas s’occuper de l’accueil qui lui sera fait, puis faire la démarche d’atteindre les sensibilités des autres.

Patruche Mercier J’aime bien parce que c’est ma démarche, ce qui n’augure en rien de la qualité de ce que je fais…quand ça parle, c’est le pied…merci pour ces mèches allumées de la discussion, péremptoirement certes…

Pierre Delorme Sarclo Ret Bien entendu, il ne s’agit pas de viser le public, mais d’être en accord avec quelque chose qu’on cherche à atteindre. Ce que je voulais dire est que si on a l’impression de l’atteindre mais que personne n’y est sensible, alors ça ne correspond à rien ou il faut compter sur la postérité, une idée qui hante la plupart de ceux qui ne rencontrent, ou n’ont pas rencontré, le succès. Il est très difficile de se dire qu’on a atteint ce qu’on voulait avec sincérité et que personne n’est touché. Cela dit, chacun trouve toujours quelques âmes charitables pour être sensibles à sa production. ça permet de continuer. 🙂

Hervé Perdry Je n’écris pas de chanson mais ça va pas m’empêcher d’ouvrir ma gueule ; je fais d’autres choses avec lesquelles je peux faire un parallèle. 

Voici donc mes deux balles : si on a la certitude d’avoir pondu un bel œuf, quelque chose de juste, quelque chose qui méritait d’être fait, ou même qui devait être fait, c’est ça qui compte avant tout — pas de trouver une audience. Il y en a qui ont la chance que ce qui est juste à leurs yeux rencontre une audience, avec parfois la célébrité à la clef, tant mieux pour eux ; il faut bien sûr montrer ce qu’on fait, et le montrer le plus honnêtement possible ; mais juger le résultat en fonction de l’audience rencontrée, ça conduit trop de gens à faire ce qui est à la mode, à tout prix, à faire ce qui plaît, sans se demander si ça leur plaît — puisqu’en fait au bout du compte ce qui leur plaît c’est le succès.
Et ne pas rencontrer le succès ne veut pas forcément dire qu’on compte sur la postérité, au sens du succès posthume : il y en a sans doute pour caresser ce fantasme, mais c’est un fantasme un peu démodé. On sait bien, en chanson comme ailleurs, que la production est devenue tellement énorme, pléthorique, qu’on ne déterre plus rien, presque plus rien, et que si jamais on avait un peu d’avance sur son temps on sera au mieux exhumé par deux ou trois spécialistes, mais pas par « le public ». Le succès posthume c’est bon pour les gens qui sont morts avant 1900, je veux bien transiger à 1950… Je sens qu’on va me sortir des contre-exemples, JK Toole, qui d’autre ? Il y a bien les gens un petit peu connus qui ont une bouffée de sympathie quand leur mort est annoncée, parce que peut-être leur mort est annoncée plus largement que ne l’a été leur vivant, mais ça n’est pas la postérité, ça ne dure qu’un instant. 
Bref tout ça pour dire qu’il est essentiel d’avoir la conviction qu’on a fait une chose juste, d’avoir une démarche sincère, avant tout, et que le succès, c’est en plus, c’est là ou pas — y a qu’à voir toutes les merdes qui ont du succès, tiens…

Pierre Delorme Je suis bien d’accord, mais tout le problème n’est-il pas de réussir à avoir la simple conviction d’avoir fait une chose juste et sincère ? Comment en être sûr ? Le doute existe, et sans la participation d’autrui, la présence des autres, peut-on vraiment parler de création, de justesse ? J’ai du mal à croire qu’on puisse faire une chose uniquement selon ses propres critères et, à la limite, uniquement pour soi. Enfin, ce sont des choses compliquées… 

Hervé Perdry D’accord, oui c’est sûr que quand d’autres personnes sont d’accord ça aide… Pour la justesse. La sincérité nul n’est mieux placé que soi pour le savoir.

Pierre Delorme Oui, je suis d’accord, mais la sincérité ne peut, hélas, tenir lieu de talent. et si on s’exprime sans chercher à avoir du talent autant ne pas le faire. C’est un peu abrupt dit comme ça, mais bon, c’est Facebook !

Hervé Perdry Si tu avais écrit « sans avoir de talent », ça serait brutal, mais « sans chercher à avoir du talent » c’est nuancé, on pourrait passer un moment à se demander d’ailleurs… « mais sans technique un don n’est rien qu’une sale manie »… bref en effet il me semble important d’essayer de… de bien faire — le mot peut paraître faible « mais pour moi c’est déjà beaucoup » 🙂

Hervé Perdry Et puis la sincérité, c’est quand-même une part du talent. Pour être sincère, il faut avoir un truc à dire, un truc à soi. On n’est pas sincère quand on répète ce que disent les autres. Non ? Je déconne là ? Faut m’arrêter hein.

Sarclo Ret « La sincérité, on s’en fout, Mireille Mathieu est sincère… » Anne Sylvestre, propos tenu lors d’une émission à la mémoire de Brassens (les 20 ans de sa mort) à la radio romande, invitée avec Bühler, Beaucarne et moi…

Hervé Perdry Bah tu vois elle est sincère, admettons, elle doit être contente de ce qu’elle fait, et elle a eu ou elle a du succès… Qu’est-ce que tu veux de plus ? Elle remplit tous les critères !

Sarclo Ret Hervé Perdry : Qu’elle chante des chansons, peut-être… Selon Patrick Font, la différence entre un CD et Mireille Mathieu : « c’est pareil, rond, plat, brillant, sauf que le CD a un trou au milieu« 

Hervé Perdry Et il s’y connaît le bougre…

Julien Lv Kundera disait : « Découvrir ce que seul un roman puisse découvrir, c’est la seule raison d’être d’un roman. Le roman qui ne découvre pas une portion jusque là inconnue de l’existence est immoral. La connaissance est la seule morale du roman. » Je trouve que ça s’applique bien à la chanson (moins bien qu’au roman mais quand même).

Sarclo Ret « Je ne pardonne à un livre que s’il m’apprend quelque chose » Voltaire. Kundera est plus large que Voltaire, parce qu’en effet les chansons n’ont pas à nous apprendre de choses, mais nous faire découvrir une portion d’existence, elle peuvent (doivent?) le faire.
Une pensée pour les déshérités qui apprennent l’existence dans les chansons de Bruel, Pagny et Sardou…
Avec des contributions comme la tienne on est dans ce que je voulais avec ces posts : faire considérer la chanson comme une chose à laquelle on puisse réfléchir, un champ culturel d’intérêt intellectuel non négligeable (je suis lourdingue), plutôt que de se demander quelle blonde va remplacer Eskelina l’année prochaine…

Julien Lv Qui ça ?

Sarclo Ret Julien Lv Exactement.

Pierre Delorme Sur Crapauds et Rossignols il y a des réflexions sur la chanson, aussi ! 🙂 (pub)

Sarclo Ret On observera que si Pierre Eliane a fait vœu de silence, Pierre Delorme, pas tellement… (http://www.crapaudsetrossignols.fr)

Pierre Delorme Finalement, tu n’aimes pas trop qu’on ne soit pas d’accord avec toi, hein?

Sarclo Ret Si si c’est chouette. je mets l’ambiance. Et je modifie ici pour bien te laisser le dicastère du dernier mot…

Pierre Delorme Bon, allez je fais vœu de silence pour ce fil de commentaires. Le sujet est délicat et demande plus de place que ces petites cases où l’on écrit souvent plus vite qu’on pense 🙂

Schneider Jean-François Dicastère ? P.., où j’ai encore mis mon dico ???

Pierre Delorme Sarclo Ret Sur ce genre de sujet, il n’y a que des mots, pas de dernier mot. (Voilà, que j’ai rompu déjà mon vœu de silence, ma foi était bien mince!)

Jean-Pierre Lienard Pierre Eliane, qui est devenu moine si je ne m’abuse

Sarclo Ret IUl n’en est pas moins chanteur, guitariste et harmoniciste. Et un ami.

Chris Land Bien vu Sarclo. On attend impatiemment les règles trois et leur suite…

 

Troisième demain mercredi …

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Sarclo a ses règles. Ou comment fabriquer des chansons… Premier jour

11 Sep

Cette série de publications figurait initialement sur FaceBook, c’était très vivant, passionné, passionnant, urticant parfois, voici donc le début, durant les 7 jours à venir, il y aura une publication par jour, dans l’ordre de parution. Merci à tous les contributeurs.
(Le Doigt dans l’Oeil)

LES DIX COMMANDEMENTS DE SARCLO(RET)

Verbatim de nos engueulages sur Facebook. Je remercie les ceusses que ça a amusé et/ou énervés. Des pékins et des artistes. Très fier d’avoir eu ces prises de becs avec Pierre Delorme (à suivre sur « des crapauds et des rossignols »), ces clins d’œil de Gilbert Laffaille, Denis Charolles, Gul Deboa, Félix Lobo, Hervé Hakrich, ces demi piques d’Eric Maurin, ces bonjours d’Alain St Yves, ces ronchonnages de Christophe Pochon etc. etc.

J’ai enlevé les émoticones, ça fait dégueu. En dixième commandement j’ai été grailler sur le site de Pierre Delorme qui a fait un résumé. Je suis pas sur que ce soit très utile, mais pouvoir appeler ça les dix commandements, ça vous a tout de suite un côté modeste qui me semble assez convenable et plaisant…

 

Sarclo a ses règles. Ou comment fabriquer des chansons… Premier jour.

Première règle : Lisez Boris Vian, si on lit bien ses chansons, la règle d’or : UNE IMAGE PAR LIGNE – UNE HISTOIRE PAR STROPHE. Si à la lecture d’une chanson on peut trouver des lignes qui ne donnent rien à voir, si une strophe n’est que la suite naturelle et logique de la précédente, ce n’est pas une chanson, c’est une merde. Lisez Boris Vian.

Contre-ordre : « Le Déserteur », du même Boris Vian, si elle décline bien une foule d’images, raconte une affaire cohérente d’un bout à l’autre et la fin est sinon prévisible (il y a deux versions intéressantes de la fin) du moins conclusive. Et ça fait un chef d’œuvre.

« Il est évident que le poète écrit sous le coup de l’inspiration, mais il y a des gens à qui les coups ne font rien » Boris Vian

(Concernant la chanson et les chanteurs, je dis un peu trop ce que je pense, ce qui me fait traiter de crétin prétentieux. S’il est de notoriété publique que je sois un crétin, je n’ai d’autre prétention que de faire mon job convenablement, et c’est la raison pour laquelle je propose ma grille de lecture pour différencier ce que je considère comme une chanson de ce que je déconsidère comme une merde.
Bien entendu il y a plusieurs écoles, et si je faisais bien mon boulot ça se saurait.
Mon acharnement à faire comme je veux m’a probablement aidé à être épargné par le succès. Ne faites pas comme moi : ça ne marche pas. Mais en ce qui me concerne ça me donne le sentiment d’être fidèle à quelque chose. 
Et, bien entendu, chaque règle ne demandant qu’à être contournée, elles seront suivies chacune de leur antidote, mais cet antidote ne dispense pas de comprendre l’esprit de la règle. Alors voilà.)

Thierry Girardeau Comme une nouvelle comme tout ce qui est écrit et ce même en écriture dite automatique

Gul Deboa Trop épargné par le succès. Ouvre un compte d’épargne.

Sarclo Ret:  Elle est à toi celle-ci, je suis un blaireau je t’ai pas cité , je te cite quand je la dis mais sur FB,  je voulais faire court. Pardon

Gul Deboa Aucun mot n’appartient jamais. Alors c’est même pas cadeau.

Joël Burkhard  Seul ce que j’ai perdu m’appartient à jamais citation reprise par Miossec d’une écrivaine je crois, bref l’important c’est de colporter des jolies phrases comme la vôtre effectivement;-)

Félix Lobo Vian me fait chier comme auteur. A part la nouvelle du lycanthrope, je me fais chier avec Vian. C’est comme si un type intelligent avait des choses à sortir mais le fait mal. Il m’émeut pas. Me fait pas rire. Me fait pas vibrer. Bon. Il est mort alors maintenant je peux le dire.

Jean-Claude Bramly Je pense à peu près le contraire de ce que vous écrivez mon cher Félix, mais, comme me disait une vache de mes amies : tous les goûts sont dans la pâture !

Félix Lobo Et tant mieux ! Sinon on s’embêterait et tout le monde aurait la même tourniquette pour faire la même vinaigrette

Claude Préchac Comme je dis toujours, quand t’es mort t’as tort…

Manuel Pratt Vian mais à tjs emmerdé ce côté bobo parisien…  Il me gave .. Je peux le dire en plus il était Poisson ascendant Verseau comme Moi… ahahahaah. .

Félix Lobo  Ah si. « Arthur où qu’t’as mis le corps » et « la java des bombes atomiques » c’est très excellent. Le reste, on peut passer.

Sarclo Ret Monsieur préfère peut-être Bobby Lapointe ?

Thomas Herrmann Faut être un peu peu coincé du bulbe et des couilles pour pas aimer Vian, non?

Félix Lobo Je déteste Bobby Lapointe ! (Enfin non. Je n’aime PAS.) Pareil. Il me fait mal à la tête parce que je cherche tous ses calembours.
Et sans détour et avec la même brutalité de décoffrage je trouve beaucoup plus mon compte dans l’écriture d’un Fersen, d’un Sarclo d’un Souchon d’un Renaud d’un Brassens.
Question de dosage, d’humanité, de vibration. J’aime quand les gens jouent avec la langue et me font passer des émotions des questions des rires m’attrapent par l’épaule me narrent me piègent me caressent me font réfléchir. 
Vian et Lapointe ne me font pas cela. Je les trouve trop tournés vers leurs nombrils.
Mais ça n’est que moi. Juste pour dire ce que je pense moi… Donc, une goutte dans l’océan.

Félix Lobo Thomas je ne crois pas que je sois coincé des couilles elles sont même trop ouvertes pour certaines de mes chansons très vulgaires. Vian, en revanche est clairement coincé du cul. Dans toutes les discollections (euh ? Discothèques ? ) des gens que je connais et qui n’aiment pas la chanson française, j’ai vu du Vian, Bourvil, Rita Mitsouko, Gainsbourg, Louise Attaque,  M et Étienne Daho.
Allez j’exagère un peu. Mais c’est une famille qui n’est pas vraiment la mienne. (Avec quelques talentueux dans la bande hein… ) mais c’est marrant j’ai vraiment souvent vu ces disques-là.

Thomas Herrmann Félix Lobo Je comprends …. T’es pas sur le même bateau… quoi…!!!!

Félix Lobo Oui !!! Mais au fond, on fait du pédalo en se souriant et se saluant et c’est tant mieuuuux.

Gaspard Glaus  Je voudrais pas crever par Reggiani ?

Thomas Herrmann Félix Lobo exactement!! bravo….

Thomas Herrmann Quand j’aurais du vent  dans mon crane

Félix Lobo Reggiani sublime beaucoup de ce qu’il chante. Quel artiste !

Eglantine Phi R Voilà qui donne envie de bifurquer sur YouTube. Mais ça fait un peu peur!

Gillian Duda « Il a dévalé la colline »

Annik Davister J’aime beaucoup ce que tu dis !

Alain St-Yves As-tu besoin d’un kotex?

Adriana Gonzalez Merci, joli récit, non seulement car j’adore Vian notamment Le déserteur, construite d’une manière presque mathématique qui me permet de travailler et faire comprendre presque tous les temps verbaux à mes élèves, mais aussi parce tous tes propos me vont très bien…ahhh et je préfère, la première version! 😊 et malgré tout, les règles sont pour les casser!! 😊

Leïla Ouerghi Tu es dur parfois Sarclo … Je chante « Le petit commerce » de Boris Vian. C’est bien ou c’est mal pour toi ?

Annik Davister J’ai compris qu’il aimait bien Boris Vian .. C’est pas çà?

Sarclo Ret Bien sur, Vian c’est parfait. Ecriture au cordeau, associations d’idées à la chaîne, constructions pataphysiques, tout est nickel.

Leïla Ouerghi À part pataphysique, je vois. 😉

Sarclo Ret Pataphysique, c’est invisible. Ta position est parfaite. La poésie, c’est le sens imaginaire.

Vivian Deux Aujourd’hui j’ai réécouté une chanson de Mayol chantée par Barbara dans ma voiture qui parle d’une dame qui vendait des petits gâteaux et d’un client qui n’aimait pas les gâteaux secs. Je me suis dit qu’en effet on parlait de choses fouillées (mouillées, osées comme vous le voulez) à cette époque où je n’étais pas né.

« Elle était pâtissière,
Dans la rue du Croissant,
Ses gentilles manières,
Attiraient les passants,
On aimait à l’extrême,
Ses yeux de puits d’amour,
Sa peau douce comme la crème,
Et sa bouche, un petit four,
Et du soir au matin,
Dans son petit magasin

Refrain
Elle vendait des petits gâteaux,
Qu’elle pliait bien comme i’ faut,
Dans un joli papier blanc,
Entouré d’un petit ruban,
En servant tous les clients,
Elle se trémoussait gentiment,
Fallait voir comme elle vendait,
Ses petites brioches au lait.

Un jour dans sa boutique,
Un vieux monsieur entra,
D’un p’tit coup œil oblique,
Vite, il la remarqua,
Pour parler à la belle,
Il choisit des bonbons,
« Donnez-moi, Mademoiselle,
Un cornet de marrons »,
Et d’un air très malin,
Il en mit deux dans sa main

Refrain
Elle vendait des p’tits gâteaux,
Qu’elle pliait bien comme il faut,
Dans un joli papier blanc,
Entouré d’un petit ruban,
« Voulez-vous, mon p’tit coco »,
« Des marrons et mon cœur chaud ? »,
« Cœur chaud », dit-elle, « vous l’avez,
« Mais les marrons sont glacés »

Il s’assit à une table,
Pour manger un petit choux,
Elle se montra aimable,
Elle offrit un peu de tout,
Puis insista, coquette,
Pour qu’il prit du nougat,
Mais lui, hochant la tête,
Tristement répliqua,
« A mon âge,voyez-vous,
J’prends plus qu’du caramel mou »

Refrain
Elle vendait des p’tits gâteaux,
Qu’elle pliait bien comme il faut,
Dans un joli papier blanc,
Entouré d’un petit ruban,
Le vieux lui faisait les yeux blancs,
Il sauçait en tremblotant,
Dans un verre d’eau et d’orgeat,
Une toute petite langue de chat

Y avait trois heures passées,
qu’il était assis là
Elle pensait, énervé.
Il ne partira pas,
Ne sachant plus que faire
Pour le dévisser du sol,
Elle lui dit, en colère,
« Mangez ces croquignolles »,
Il répond, d’un ton sec,
« Je n’aime pas les gâteaux secs »

Refrain
Elle vendait des petits gâteaux,
Qu’elle pliait bien comme il faut,
Dans un joli papier blanc,
Entouré d’un petit ruban,
Elle lui dit, d’un petit air doux,
« Hé ben, mon cher monsieur, si vous
n’aimez pas les gâteaux secs,
Mangez donc d’la merde avec »… »

Chloé Bieri Mais par exemple On va tous les goler.. Moi j adore

Leïla Ouerghi Ça serait quand même cool de trouver des interprètes qui donneraient du souffle aux chansons de Vian. Je suis souvent déçue en écoutant les chansons de Boris Vian car trop chantées et sans création artiste dans la manière d’interpréter. On ne fait que répéter…

Sarclo Ret Il les chante très bien, et Reggiani aussi

Séb Bert Pas spécialement fan d’Higelin mais sa version des chaussettes à clous est meilleure à mon sens que celle de Vian lui-même, qui n’est allé qu’à reculons chanter ses propres chansons…

Séb Bert J’aime particulièrement Vian dans On n’est pas là pour se faire engueuler ou J’suis snob, qu’il surjoue bien! Et le duo de Vian avec Magali Noël reste d’anthologie, lui qui ne répète avec gourmandise que « Il va lui faire mal, vas-y fais-lui mal, il lui a fait mal »

Sarclo Ret Séb Bert Mes baratins sont là pour raconter des processus de construction de chansons, pas pour parler d’interprétation. Si tu regardes la façon dont les deux chansons que tu « aimes » sont construites, tu verras bien que la règle « une image par ligne, une image par strophe » est totalement visible. Une évidence.

Séb Bert Ok, mais quand pour se défaire d’une image d’intello il a fait des chansons ultra-débiles, notamment pour Maurice Chevalier (Pan pan pan, poireau, pomme de terre), je ne suis pas sûr qu’on ait le compte! 😉

Annik Davister Et n’oublions pas Magali Noel, interprète magnifique

Bernard Cadic T’as pas du entendre le déserteur par Richard Anthony….ha ha

Denis Charolles Boris Vian est un des rares auteurs que je connaisse qui interprète aussi merveilleusement ses chansons. Je suis toujours ravi à l’écoute de ce fabuleux disque et quel merveilleux orchestre en plus (je pense aussi au tromboniste qui a de merveilleux solos !) Quelle chance on a de connaître cela ! merci la vie

Sarclo Ret Denis Charolles J’ai toujours adoré ce disque. Quand j’avais 17 ans j’ai eu un w-e tranquille à la maison, et je l’ai mis en boucle, jusqu’à ce qu’une locataire de mes parents, danoise avec des nichons époustouflants, descende me dire que j’écoutais de la musique de merde… donc ça fait le truc avec les paroles, mais pas pour une danoise non francophone. Le fantasme a perduré, et est resté comme tel, pauvre petit puceau qui chantait ce disque par coeur…

Denis Charolles Vous vous rendez compte du personnage Boris Vian , des idées qu’il a défendues ! C’était un bel anar ! avec Brassens aussi, Paco Ibanez, Colette Magny, Francesca Solleville, Catherine Ribeiro, Léo Ferré et Brigitte Fontaine aussi ! Vive toutes ces belles personnes !

Sarclo Ret Denis Charolles : Moi je suis bordélique, parce qu’il y a pas de fédération bordélique. Je suis pas sur que Ferré était une « belle personne ». Le jour où je l’ai croisé, je l’ai trouvé d’une amertume infecte.

Bernard Cadic Et tu n’ es pas le seul à le dire.

Leïla Ouerghi Il ne m’avait l’air pas sympa d’après les dires… Il aurait dit de Caussimon et en sa présence que ce n’était pas son ami. Celui ci s’est vexé. Est ce vrai, pas vrai, je n’ai pas vérifié l’info….

Sarclo Ret Je demanderai à son fils. Ferré avait une idée assez précise de son importance. Ça devait le faire chier que « Comme à Ostende » soit sa meilleure chanson…

Bernard Cadic C’est également ce qu’on m’ a raconté.

Leïla Ouerghi Ou « Nous deux »… J’aime beaucoup Caussimon, l’artiste et l’homme. De plus il a une façon unique d’interpréter … Ou plutôt, Ferré aurait dit « Je n’ai pas d’amis » toujours en la présence de Roger Caussimon.

Annik Davister De la bouche même de Caussimon, Ferré avait tendance à ne pas rectifier quand on croyait que Comme à Ostende était de lui. J’ai eu la chance de l’accueillir chez moi toute une soirée avec son épouse et son petit chien. Il a dormi dans sa caravane sur le bord de Loire .

Eric Maurin https://www.youtube.com/watch?v=MvC2CZ54pAE

Boris Vian – Barcelone

Boris Vian interprète « Barcelone » (Boris Vian/Alain Goraguer), written in 1955 and…

YOUTUBE.COM

Joël Potter Merci, j’avais oublié !

Eric Maurin De Nada ! Ne pas cantonner Vian au déserteur, ou à la Java des bombes atomiques, comme Vassiliu à Qui c’est celui-là, Bobby Lapointe à Avanie et framboise, etc, etc, les exemples sont innombrables. Plus fada de rock que de chansons françaises, les faces B sont souvent les meilleures. Allez, une petite perle de Bashung méconnue : https://www.youtube.com/watch?v=jgOaSz-npEY

Claude François et Alain Bashung « Belles ! Belles !…

Eric Maurin Bref, totalement d’accord avec Sarclo sur son constat concernant la structure des chansons. Pour la suite, l’oeuvre de Vian étant totalement multiple et foisonnante, disserter sur le reste (j’aime, j’aime pas…) me semble superfétatoire et vain.

Félix Lobo La fête de l’an passé était beaucoup mieux.

Jean Dekkers « Mon acharnement à faire comme je veux m’a probablement aidé à être épargné par le succès. » …. J’aime beaucoup certaines de vos chansons et vous remercie de les avoir écrites, et pour le reste, rien.

Pierre Bureau Sarclo a ses règles ! Je me demandais….

Sammy Jote Quel talent ce sarclo… J’adore ce mec et toute sa structure cérébrale qu’elle soit branlante ou pas, m’étonne quand même à chaque fois.!!.!
(Ne voyez aucune allusion sexuelle, lubrique ou autre dans la branlantitude de la structure cérébrale, je vous assure qu’il n’y en a pas la queue d’une [là par contre…] )

Dominique Barreaux Avec la vieillesse, les règles deviennent douloureuses…

Sarclo Ret Tu veux dire que l’andropause durcit le règlement ?

Dominique Barreaux L’andropause, ça entraîne plutôt le ramollissement…

Laurent Guillaume D’accord, les sarclorègles sont intéressantes. Néanmoins, où est la spontanéité ? Et qu’en est-il de la musique ? Jusqu’ici on parle de texte mais la mélodie est, en ce qui me concerne, ce qui m’accroche en premier. Alors ?

Sarclo Ret J’ai reçu pas mal de courriers de gens qui avaient écrit des chansons et les soumettaient à mon jugement. Ça n’est pas quelque chose que j’ai sollicité, et en même temps ce sont des occasions de réfléchir. Du coup je me suis interrogé sur des critères qui expliqueraient l’échec d’une démarche. Aucun ne peut bien sur expliquer une réussite, ça se saurait… et évidemment personne n’est venu me demander comment faire de la musique, allez savoir pourquoi… et en cherchant à expliciter ces critères, je me donnais une sorte de grille de lecture qui pouvait m’aider à débusquer les faiblesses de mes propres machins. 
En l’occurrence je trouve que Facebook offre une machinerie chic et pas chère pour que la contradiction déferle sur ce bazar. en fin de processus j’essaierai de rassembler les contributions intéressantes et on aura peut-être quelque chose qui ressemblera à un outil de réflexion. Je ne me mets au dessus de personne avec ça, les chansons que j’avais à écrire sont plutôt derrière moi et ça me donne l’impression de pouvoir prendre un peu de hauteur. 
la chose un peu exigeante que je pourrais affirmer : la chanson « raide », celle d’Astier, de Plume, la chanson « poétique », celle de Desjardins, de Bernard Adamus, des débuts d’Annegarn, de Couture, de Thiéfaine, celle Loic Lantoine et de Nicolas Jules, se trouve ailleurs que dans le marigot de la variété, et ailleurs que dans les chapelles des associations chansons. Elle est en danger, elle est rare, elle est exigeante, elle me fait plaisir partout où elle surgit, et c’est aussi pour elle que je me casse le cul à construire un théâtre.

Leïla Ouerghi Laurent, il me semble, que c’est justement son approche à lui du processus de création qui intéresse plus particulièrement si je ne m’abuse. Je trouve ça à la fois intéressant, instructif et généreux de sa part. Il y a matière à réfléchir… Moi qui ne sais rien faire d’autre qu’à peu près interpréter. Ça aurait pu être la musique, j’en sais rien. Mais il a choisi le texte. Et puis, je ne crois pas à la spontanéité dans la chanson… c’est en majorité du boulot ! Brel l’a justement dit.

Yann Buttner La classe! Si je peux aider… Je serai là autant que possible. Oui. Je suis d’accord. La chanson accroche souvent avec la mélodie. La bonne chanson s’explique souvent par le texte. Les règles sarclosiennes nous expliquent plus la construction textuelle (jusque là)… ses musiques, à mon sens, ne sont pas de la merde. Quoi qu’on ne lui on ait rien dit. J’attends la fin des règles pour voir s’il me manque quelque chose… (à part les critiques sur les arrangements moisis et les do sol do fastoches, j’ai pas encore entendu les règles en la matière)

Laurent Guillaume Leïla Ouerghi  Je parle plus de la spontanéité de l’auditeur que de l’auteur, en l’occurrence. Un peu comme avec le vin : j’aime parce que… et ensuite je peux décortiquer mais ce n’est même pas forcément nécessaire. D’autres décortiquent les arts picturaux ou plastiques mais comme, dans ce domaine-là, j’en suis infoutu j’en reste au ressenti basique (que j’appelle spontanéité).

Laurent Guillaume Ce qui n’enlève rien à l’intérêt des sarclorègles, cela dit, mais c’est une dimension qu’il ne faudrait pas évacuer.

Tzvetan Liétard Cela me fait penser à cette chanson de Boris Vian, (je ne sais pas dans quelle mesure Mouloudji est intervenu dans les paroles) : https://m.youtube.com/watch?v=PAG2rQwMRe4

Mouloudji – Conseils à un ami

Mouloudji – Conseils à un ami / texte de Boris Vian

Marie-Hélène Fanton d’Andon Dans le même ordre d’idées la chanson « Pour me rendre à mon boulot » de Jean Boyer chantée par Brassens est pour moi un petit bijou
 
Sarclo Ret Et ben non pas du tout. « Ami si tu veux devenir poète, n’écris pas de chansons trop bêtes... » dit Boris Vian, c’est pas pour décliner quatre moyens de locomotions qu’on sait tous par coeur. ette chanson est sans surprise, l’enchaînement des strophes est automatique, la chute est peu captivante et les images attendues. Faire une chanson ne doit pas se rattacher à la composition de rentrée « qu’avez-vous fait pendant les vacances », qui sert juste à faire chier les pauvres qui sont pas partis. ça n’a strictement rien à voir. Ça n’enlève rien au fait qu’on est content d’entendre Brassens, mais franchement « Saturne » et « Pensée des Morts », ça vous a une autre allure.
 
Pierre Delorme Sarclo Ret d’accord, on voit tout venir de loin, mais cependant, je la trouve réussie dans son genre, j’aime bien la mélodie et les changements de la métrique, ça donne du rythme ! Peut-être qu’à trop attendre des surprises dans les chansons on finit par ne plus les entendre vraiment. Se faire des règles pour fabriquer ses propres chansons, ça peut-être utile, mais ne faut-il pas les oublier quand on écoute celles des autres? ça n’est qu’un avis.
Marie-Hélène Fanton d’Andon C’est vrai, mais pensées des morts c’est de Lamartine une autre façon d’écrire
 
Sarclo Ret Oui Jean Boyer et Lamartine ne font pas dans la même crèmerie en effet… Mes « règles » sont une tentative de dire comment j’essaie de faire, pas de dire comment « il faut faire » évidemment. je traduis Dylan, aussi, parce qu’il y a chez lui une construction de la chanson qui est différente de ce qui se fait en français la plupart du temps. quelque chose qui nous manque un peu.
 
Pierre Delorme Je ne vois pas bien la notion de « construction » chez Bob, peut-être qu’elle m’échappe  A quelles chansons penses-tu?
 
Sarclo Ret « Shelter from the storm », « She belongs to me », « Desolation row » par exemple sont des chansons qu’on comprend globalement, on sait intuitivement où il veut nous emmener, mais les strophes, les lignes même, semblent venir de nulle part et concourir au sens général sans qu’on sache où il est allé les chercher. En France on a Bashung et Thiéfaine qui font à peu près ça, en moins convainquant, à mon avis. Loic Lantoine le réussit à peu près. Le « récit » chanson française ne sait en général pas faire ça, alors qu’un Tom Waits ou un Cohen en sont tout à fait capables.
Pierre Delorme Chez les gens que tu évoques, je perçois de mon côté plus une sorte d’empilement d’images qu’une véritable construction. Desolation row par exemple ( à part ça j’adore cette chanson, le son est extraordinaire). She belong to me, me semble plus classique, c’est un portrait, et « Shelter from the storm » une histoire à laquelle on pige que couic, comme celle de Judas Priest! Les images empilées de cette façon peuvent toujours donner l’impression d’un sens caché, on peut aussi opter pour le foutage de gueule ou la facilité, selon l’humeur ou le tempérament! Bref, je suis partagé depuis longtemps sur ces choses, mais je trouve que Bob a été un chanteur extraordinaire.
Pierre Delorme Les chansons de Thiéfaine me font penser à de mauvaises traductions des paroles sur les pochettes du Dylan des sixties/seventies.  Je trouve ça bidon. Il y a un côté plus sympa et rigolo chez Bashung. Je ne connais pas bien Lantoine, ce que j’ai écouté me gonfle, l’âge sans doute
 
Sarclo Ret Lantoine est totalement crédible sur scène, généreux. après tu mets le disque et tu y crois aussi. Thiéfaine se caricature depuis plus de trente ans. C’est du Ferré traduit en suisse allemand retraduit en français par un type qui croit que c’est du yankee.
 
 

Demain mardi, deuxième jour des règles de Sarclo.

Marina, Helmut, Raoul, Léopold, Hyacinthe, Alphonse et les autres..

10 Sep

Par Carolyn C. et Norbert Gabriel

 

Photos Carolyn C. 2017

Ou le concert littéraire de La Maison Tellier et Marina Hands, avec les chansons de « Beauté pour tous », les pages de leur bibliothèque idéale -des passages de Barjavel, Camus, Jorn Riel, Houellebecq , Octave Mirbeau- incarnées par Marina Hands, c’est la rencontre proposée par La Maison de la Poésie dans une jolie salle, aux dimensions parfaites pour que le public soit en intimité avec les artistes.

Rencontre entre Lady Chatterley explorant les bas fonds, les sombres replis de l’âme humaine, les merveilles aussi, parfois, et les enfants de Maupassant, leurs voix ferventes et intenses, et leurs guitares, cors, trompette, une couleur rock et folk.

On entend chanter parfois que l’époque est belle/laide, l’un dit « laide », mais elle, en voix superposée dit « belle »…

Mais pour ce spectacle unique, pas besoin de blabla superflu, puisqu’on peut écouter grâce à Radio Nova la présentation musicale de ce concert, entretien avec les protagonistes, et extraits musicaux… 58 mn, c’est une offre qu’on ne peut refuser Surtout pour toutes celles et ceux n’étaient pas à La Maison de la Poésie, l’émission est d’une exceptionnelle qualité.

 

Clic sur la radio —->

 

et aussi sur France Inter, clic ——>

 

 

Pour ceux qui auraient à découvrir La Maison Tellier, voici ce qui s’est passé au Divan du Monde, en 2013, pour le concert de sortie  de « Beauté pour tous » extrait d’une chronique disparue dans une sorte de tsunami informatique sur un site chanson.

(…) La Maison Tellier, cinq musiciens plus ou moins poly-instrumentistes, des textes écrits à l’encre de la passion de la vie, malgré tout. Malgré tous ces désordres qui font boiter la marche du monde.

Ils savent les décorer, ces textes, de musiques somptueuses, avec « La maison de nos pères » voici une fresque de la comédie humaine, sur des envols symphoniques à convertir les plus blasés des mécréants au mysticisme le plus lumineux. Tous les arrangements marient avec bonheur des métissages raffinés, sur une ambiance orientale, un banjo apporte des éclats d’étincelles, avec discrétion, juste ce qu’il faut pour relever les ombres d’un trait de lumière. Banjo ou cuivre d’une trompette ou d’un cor, et des éclairages parfaits.

On verra sur la scène, une danseuse passer le temps de 2 ou 3 chansons, autre moment de grâce dans ce concert extrêmement généreux, et d’une qualité rare. Pas un temps mort, pas un temps faible, le spectacle a été réussi, comme l’album « Beauté pour tous » qui sera probablement un des tops de l’année dans les discothèques de ceux qui aiment les artistes, embarqués dans le cirque de la vie, témoins, acteurs non résignés à la passivité stérile. Héritiers du chant des hommes, des hommes debout.   (NGabriel)

 

Photo NGabriel2013

Et pour quelques images de plus, de Carolyn C. à La Maison de la Poésie,

Photos Carolyn C 2017

 

 

Colette Magny, citoyenne-blues…

8 Sep

Communiqué de  En Garde! Records:  2017 marque les 20 ans de la disparition de Colette Magny.

Photo DR Jazz Magazine

De son enfance aux planches de l’Olympia en passant par sa prise de conscience politique, « Colette Magny, citoyenne-blues » vous plongera dans le parcours atypique d’une artiste exceptionnelle qui, n’ayant pourtant jamais appris les codes de la musique, portera la voix des oublié.e.s de l’Histoire jusque dans les amphithéâtres et les usines en grève. 

François Tusques, Francesca Solleville, Ernest Pignon-Ernest, et de nombreux artistes y prennent la parole pour raconter Colette Magny, ses inspirations musicales, son goût pour l’expérimentation, son combat politique et sa passion des mots.

Jeunes artistes engagés du label associatif En Garde! Records, nous avons découvert le nom de Colette Magny en lisant une interview du rappeur Rocé. En effet, il listait l’album Répression de Colette Magny comme essentiel à sa discothèque.

 

Cette « rencontre » a eu l’effet d’une bombe. D’abord en écoutant l’album sur internet : une véritable lame de fond qui emporte tout sur son passage. La puissance des textes, la puissance de la voix, les arrangements musicaux, l’authenticité, le non-conformisme, la beauté. Et puis, petit à petit, en se plongeant dans l’univers de Colette Magny, son début de carrière blues, ses coups de gueule, ses expériences free jazz, son engagement et son militantisme artistique constant, le tout grâce aux archives en ligne puis vite la quasi-intégralité de ses 33 tours retrouvés via internet ou les brocantes.

Très vite, on se rend compte que cette vie extraordinaire a donné lieu à une biographie « Colette Magny, Citoyenne-blues » – écrite presque à quatre mains – entre Colette et Sylvie Vadureau. S’en suit une quête effrénée pour obtenir le précieux livre. Bibliothèques, librairies, sites de vente en ligne, petites annonces, bouquinistes, brocantes, rien n’y fait, le livre sorti à petit tirage en 1996 aux éditions Mutine est introuvable en 2016 !

Reste la copie légalement déposée à la BNF de Paris.

Alors chacun son tour, on y passe une après-midi, avec l’enthousiasme et la curiosité de petits enfants partis à la chasse aux trésors.

Et c’est une deuxième bombe qui explose dans nos cœurs : ce livre est fantastique et nous le dévorons !

L’écriture est limpide, le parcours hors-norme, et les témoignages poignants et sincères. De ses peurs d’enfant aux usines en grève, en passant par les planches de l’Olympia et le soutien aux révolutionnaires du monde entier, c’est quasiment l’histoire du XXe siècle qui nous est relatée, à travers le prisme d’une prise de conscience politique tardive et d’un engagement musical et artistique total.

 

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Entre temps, l’idée a fait son chemin au sein de l’association En Garde! Records d’organiser un hommage musical et artistique pour les 20 ans de la disparition de Colette en 2017. Nous décidons de contacter Sylvie Vadureau à l’été 2016. Une première rencontre aura lieu. Sylvie Vadureau nous racontera d’autres anecdotes, nous parlera de la poésie de Colette Magny qui est, pour elle, essentielle.

Aujourd’hui nous souhaitons faire découvrir ou redécouvrir Colette Magny au plus grand nombre, avec l’idée que, peut-être, elle changera encore des vies pendant longtemps, et qu’elle vous touchera comme elle nous a touché.e.s. Et quoi de mieux pour cela que de rééditer cette unique biographie qui lui est consacrée, « Colette Magny, Citoyenne-blues » de Sylvie Vadureau, plus de vingt ans après sa première parution en 1996 aux Editions Mutine. Cette réédition de 2017, année anniversaire des vingt ans de sa disparition, sera agrémentée d’une préface exclusive du rappeur Rocé et de nouvelles photos inédites de Jean-Pierre Roche.

Si nous obtenons votre soutien et si cette collecte est une réussite, « Colette Magny, Citoyenne-blues » sera donc réédité intégralement chez En Garde! Editions, ramification de l’association En Garde! Records. Aucune maquette numérique n’ayant été conservée, il nous a fallu numériser précautionneusement le livre original offert par Sylvie Vadureau, le convertir au format texte, puis relire et faire relire de nombreuses fois pour s’assurer de l’exactitude du texte. La nouvelle mise en page est assurée par notre ami Yasskifo, graphiste professionnel et talentueux illustrateur.

 Le financement participatif se termine  bientôt, ne tardez pas ! <– Clic!

Cette réédition s’inscrit dans le cadre du festival hommage Colette Magnyfique qui aura lieu du 6 au 21 octobre 2017 à Paris et Montreuil.

Le programme du festival?  Tout est là :

 

Le Blog du Doigt dans l’Oeil

Musicalarue : rencontre avec Ludwig Von 88

7 Sep

Entretien réalisé  par Miren Funke et Emma Pham Van Cang.

 

Si Musicalarue fournit toujours l’occasion de belles découvertes, entre les plateaux des célébrités confirmées, on s’y est également régalé à retrouver des groupes de musique disparus des scènes depuis de nombreuses années, et dont les chansons nous restent en mémoire, tant elles ont escorté l’émoi de notre adolescence et son éveil au sens de l’urgence et aux rébellions psychologique, sociale et politique. Non, il n’est pas question ici de Trust, qui occupait la grande scène des Sarmouneys avec un spectacle sans réelle surprise et quelque peu surjoué, mais de Ludwig Von 88, à l’assaut, la veille, de  la scène St Roch, plus modeste, mais bien plus ludique. Certes Ludwig n’est pas le seul des groupes de références d’une génération enchevêtrée à l’essor de la scène alternative française des années 80/90 à avoir décidé de sa reformation -quoi qu’il n’ait jamais officiellement annoncé sa séparation- après un silence si long. Et pour cause : loin d’être devenues obsolètes, les revendications et aspirations qui tenaient à l’âme insurgée d’une jeunesse militante goutant aux joies de l’impertinence semblent cruellement d’actualité, aujourd’hui encore. Peut-être même plus encore. Et peu importe que ce soit les artistes qui aient encore quelque chose à dire qu’ils n’ont pas dit ou la société qui ait encore quelque chose à entendre qu’elle n’a pas entendu, c’est aussi un propos d’une absolue profondeur que portait à Luxey la formation renouée, dix sept ans après que chacun de ses membres soit parti de son côté gouter à d’autres expériences, artistiques ou littéraires, et arpenter des routes plus personnelles :  la nécessité de la fête et de la déconnade, comme une résistance à l’inhibition, l’autocensure et la gravité qui contraignent nos libertés et dissipent la joie de vivre. S’ils prétendent le contraire, n’en croyez pas mot : Ludwig Von 88 jouait au soir devant un public massif, complètement enthousiaste de partager à nouveau ou enfin un concert du groupe, qui poursuit une tournée de plusieurs dates à travers la France. Quelques heures avant, les membres nous accordaient un court entretien, qui, sans confier de révélation fracassante, fut l’occasion amusante de retrouver leur sens de la dérision intacte et d’apprendre à quel point une pizza peut changer le cours de l’histoire.

 

– Bonjour et merci de nous accorder un peu de temps avant votre concert. Comment s’est décidée la reformation du groupe autant d’années après?

– Bruno : En fait ça faisait dix sept ans qu’on n’avait pas joué ensemble. On a fait ça parce qu’on avait besoin de rentrer plus profondément dans la musique. On jouait sur une gamme pentatonique, et on voulait passer à la gamme sextatonique. Il fallait pour cela qu’on apprenne au moins une note de plus. Et ça nous a pris dix sept ans. Du coup, quand on s’est réunis, c’était quelque chose de nouveau pour nous.

 

– Mais aviez vous envisagé lors de votre séparation de vous retrouver un jour ?

– Bruno : Si tu veux, quand on s’est arrêtés, on ne s’est pas vraiment arrêtés en fait. On est chacun parti faire nos projets parallèles. Et puis la vie nous a réunis autour d’une pizza. Et ça a été le déclic.

 

– Les propos de vos chansons et les thématiques sociales, prééminentes il y a vingt ans n’ont malheureusement pas vieillis et restent d’une actualité cruelle. Quel est votre regard sur le sens de l’évolution de notre pays ?

– Bruno : Ben, oui, c’est bizarre, ça ! Nos propos, ils ne sont pas vraiment plus d’actualité qu’avant. Mais le fait qu’ils le soient encore est plus inquiétant qu’avant. Parce que si nos propos sont toujours d’actualité, c’est que ce n’est vraiment pas parti dans le bon sens.

 

– Musicalarue est une étape sur la tournée de votre « retour » : est-ce l’opportunité pour vous de rencontres ou de retrouvailles avec d’autres artistes ?

– Bruno : C’est chouette. Déjà un festival comme ça, dans la ville, c’est sympa. Pour les rencontres, déjà on doit voir Véronique Sanson. Elle a dit qu’elle passerait nous saluer.

 

– Etes-vous toujours aussi perchés qu’il y a vingt ans ?

– Charlu : On n’a jamais été perchés, nous.

– Bruno : Non, nous c’est notre état normal.

– Charlu : On consulte, en fait ; on va voir un psychiatre, tous ensemble. C’est moins cher ; c’est un psychiatre lowcost.

 

– Depuis votre reformation, avez-vous le sentiment de voir venir à vos concerts des gens qui ne sont pas nécessairement de votre public historique et de toucher des jeunes générations réceptives à votre musique?

– Charlu : Non, au contraire : on arrive à effrayer les gens qui ne nous aimaient pas et à dégouter en plus ceux qui nous aimaient.

– Bruno : En fait le but, c’était de ne pas jouer pendant dix sept ans, pour que plein de gens aient envie de nous revoir. Il y en a à peu près cent mille en France. Et à chaque concert, y en a cinq cent qui partent, dégoutés. Donc on a compté qu’il faut qu’on fasse deux cent concerts pour dégouter tout le monde. Mais le problème est qu’il y a des nouveaux qui se greffent à l’histoire, qui ne sont pas encore dégoutés. Des petits jeunes qui aiment ça, et même des vieux qui ne nous connaissaient pas.

– Charlu [en danse]: Excusez nous : il y a de la musique folklorique à côté, et ça nous fait vibrer. C’est comme la Bretagne : ça nous gagne !

 

– On entend souvent regretter l’époque du développement de la scène alternative, au sens où on en disait les publics plus éclectiques, mélangés et moins sectaires qu’aujourd’hui. Cela correspond-t-il à votre propre un constat aussi ?

– Bruno : Si je regarde le concert d’aujourd’hui, je n’en ai pas l’impression. Il est vrai que nous sommes dans un festival. Mais il y a des festivals punk, des moins punk, des festivals reggae, de musiques actuelles : il y a de tout pour tout le monde.  

 

Pour en savoir plus, voir le site, clic sur Ludwig….  

 

 

Et pour Facebook, clic sur?   évidemment..  

 

 

Miren Funke et Emma Pham Van Cang

Photos : Miren (1), Loic Cousin (2 ; 3 ; 4 ; 5 ; 6 ; 7)

Sarclo(Ret) et ses règles, ça arrive…

6 Sep

Sarclo a ses règles, 7 épisodes de débat sur la chanson.

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Quand on connait un peu Sarclo(Ret) on est habitué à son côté Dr Jekyll et Mr Hyde, l’un écrit et chante avec beaucoup de talent, l’autre a aussi un talent unique pour générer des « engueulages » dont la virulence n’a d’égale, parfois, que la gratuité. Ce qui a aussi l’avantage, pour la dernière option d’oublier assez vite les raisons de ces tsunamis verbaux.

Préambule : Concernant la chanson et les chanteurs, je dis un peu trop ce que je pense, ce qui me fait traiter de crétin prétentieux. S’il est de notoriété publique que je sois un crétin, je n’ai d’autre prétention que de faire mon job convenablement, et c’est la raison pour laquelle je propose ma grille de lecture pour différencier ce que je considère comme une chanson de ce que je déconsidère comme une merde.
Bien entendu il y a plusieurs écoles, et si je faisais bien mon boulot ça se saurait.
Mon acharnement à faire comme je veux m’a probablement aidé à être épargné par le succès. Ne faites pas comme moi : ça ne marche pas. Mais en ce qui me concerne ça me donne le sentiment d’être fidèle à quelque chose.
Et, bien entendu, chaque règle ne demandant qu’à être contournée, elles seront suivies chacune de leur antidote, mais cet antidote ne dispense pas de comprendre l’esprit de la règle. Alors voilà.

Sarclo(Ret)

 

Ses propositions sur l’art de faire des chansons ont généré des discussions passionnées, publiées sur facebook sur une dizaine de jours, et il est apparu pertinent d’en faire une publication suivie, ce sera donc le feuilleton quotidien à partir du lundi 11 Septembre, une règle par jour, avec les commentaires en rapport avec le sujet.

En avant première, une couv’ prestigieuse autant que fantasmatique, œuvre de Samuel Mouron,

Rendez-vous lundi 11 Septembre pour la première, c’est un bon jour … Surveillez votre boitàlett’ dès lundi.

 

Le Blog du Doigt dans l’Oeil

Musicalarue : rencontre avec La Caravane Passe

4 Sep

Par Miren Funke

 

Si certains concerts lors de Musicalarue ont pu, bien qu’interprétés parfaitement sans la moindre fausse note, laisser un gout quelque peu insipide en termes de rapport entre les artistes et le public et de communication d’énergie, ce fut loin d’être le cas avec La Caravane Passe. Bien au contraire ! Passant comme beaucoup par là, dans l’idée d’écouter trois ou quatre chansons avant d’aller voir ailleurs, il nous fut impossible de résister à l’absorption et à l’euphorie d’être happés par ce spectacle plus que vivant, comme par la gueule d’un monstre familier, enjoué et extatique. Délirante ivresse de métissages entre les cultures folkloriques nomades d’Europe, du Sud à l’Est, hybridée de musiques actuelles et d’influences électro et urbaines, la chanson de La Caravane Passe explosait sur scène tel un feu d’artifice, dont les étincelles rejaillissaient sur les festivaliers, avec pour bouquet final une séquence de plusieurs morceaux populaires et militants (« Bella Ciao » entre autre) interprétés acoustiquement avec les cuivres au milieu du public où les membres du groupe étaient descendus. Coup de cœur indéniable pour cette formation, dont l’esprit, l’humanité, le contact et la mise en scène du spectacle nous ont autant touchés que les musiques festives, barrées et originales, hautes en couleurs. Après leur concert, les deux fondateurs, Toma Feterman et Olivier Llugany acceptaient de nous accorder quelques minutes.

 

– Bonsoir et merci de nous accorder un peu de temps. Pouvez-vous nous raconter la genèse de votre groupe ?

– Toma : Le groupe est né il y a 17 ans et 5 albums. L’idée à l’origine vient de la rencontre entre moi, dont les grands parents viennent de Pologne et de Roumanie et Llug [Olivier Llugany]  qui vient de Catalogne. Nous avions chacun de notre côté des projets très différents ; et on a eu envie de monter groupe traditionnel pour jouer des musiques d’Europe de l’Est et d’Espagne, composer une espèce de nomadisme européen.

– Olivier : Une « gitannerie » en fait.

– Toma : Ce qui est drôle, c’est que pour ma part j’avais travaillé la guitare flamenca, donc qui vient d’Espagne, alors que lui joue un cuivre typiquement catalan, mais qui ressemble aux instruments d’Europe de l’Est.

– Olivier : Quand on s’est rencontrés, il m’a proposé d’aller en Serbie, et j’étais d’accord à condition d’aller au festival de Guca à 150 kilomètres de Belgrade, qui est un festival de fanfares de cuivres ; ça me parlait à fond.

– Toma : C’est vraiment un concours de campagnards où on élit la « trompette d’or ».

– Olivier : Et lui voulait aller en Andalousie, parce que c’est le pays de la guitare qui le passionne.

– Toma : Et donc on a monté un groupe, acoustique au début, complètement à côté de nos projets respectifs. Personnellement j’avais fait de la musique depuis les années 90 : j’ai commencé par du Punk ; j’ai fait de la chanson… J’ai toujours écrit des chansons. Mais j’avais envie d’un groupe de musiques traditionnelles en lien avec mes origines. On jouait dans les cafés, et un jour dans un café, un type de chez Emmaüs, qui faisait la programmation culturelle de l’association nous a proposé de venir travailler pour animer les soirées pour les SDF. C’était principalement des migrants, quelques clochards.

– Olivier : Quelques clochards qui en avait marre de passer du temps dehors, alors venaient se poser un soir.

– Toma : Ils nous appelaient les jours de mauvaises nouvelles, pour qu’on vienne leur remonter le moral ; et on jouait dans les cafés en même temps. A l’époque en France, il n’y avait pas beaucoup de groupe qui jouait ça. Il y avait Bratsch, Taraf de Haïdouks. Ce qu’il est important de dire, c’est que nous connaissons très bien les musiques traditionnelles, mais que ce qu’on n’aimait pas est le fait que les concerts de ces musiques là avaient un côté « exposition coloniale ».  Et quand les interprètes de ces musiques jouaient, en général c’était dans des salles assises où le public venait écouter la musique d’indigène en quelque sorte. Alors qu’en fait ce sont des musiques sociales, populaires : ce sont des musiques de fêtes, de baptême, de mariage. Notre idée était donc de mettre un « coup de pied au cul » à tout cela et de faire ici la musique telle qu’on la connait au bled. Donc on jouait dans les cafés, et ça a grossit peu à peu et pris plus d’ampleur dans le milieu alternatif. Le monde commençait à arriver vers nous ; on a vu des gens venir qui ne pouvaient plus rentrer dans les cafés, et on a commencé à faire des salles de plus en plus grosses. J’ai alors décidé d’arrêter ce que je faisais à côté, avec mes compositions, et de proposer à Llug d’écrire pour la Caravane. Il y a donc eu un tournant à ce moment là, et nous avons composé et sorti 5 albums. Il y a des gens qui nous suivent depuis le début, d’autres qui arrivent et découvrent, et on continue de tourner de manière alternative.

 

– Les autres membres du groupe actuel étaient-ils au départ de l’aventure ?

– Toma : A la base, non ;  j’avais appelé des copains pour faire un groupe, et le seul musicien que je n’avais pas, c’était un tromboniste. Un ami m’a conseillé d’appeler Llug et nous a mis en rapport. En fait comme au départ nous étions un groupe de copains qui jouaient pour se marrer, quand le projet est devenu un peu plus personnel et qu’il fallait assurer des dates nombreuses, les copains ont quitté le groupe, parce qu’ils avaient déjà des métiers à côté, et d’autres copains les ont remplacés. C’est pour cela qu’on dit que le projet est né de notre rencontre : nous sommes les deux seuls de la formation d’origine. Mais ça fait 15 ans que le reste de la formation est là.

 

– Votre public a été conquis au fur et à mesure, souvent de bouche à oreille. Évoluer et croître dans le milieu alternatif a-t-il été  une nécessité ou un choix ?

– Toma : On a eu des histoires compliquées avec des labels, et on a finit par comprendre qu’il nous fallait un label pour sortir un disque, mais pas forcément ici, un éditeur et surtout un tourneur.

– Olivier : Et en même temps, nous sommes d’une génération qui a connu le Hip Hop, le Rock, le Punk, toutes ces musiques qui gravitent autour de nous et nous influencent, et se développent alternativement.

– Toma : Donc on sort nos albums dans le label de notre tourneur en Allemagne, on les importe en France et notre éditeur se charge de la promotion.

 

– Comment avez-vous sauté le pas d’intégrer des sons synthétiques et des samples dans la musique traditionnelle ?

– Toma : A chaque album, on cherché à créer un univers complet et donc lui donner des choses différentes. Au début on a inventé notre « tzigannie » à nous sur les deux premiers albums. Après on a voulu travailler avec un réalisateur, intégrer de l’Electro, d’autres couleurs. En somme du nomadisme géographique, nous sommes passés à un nomadisme temporel en visitant des musiques du passé, des musiques du futur.

– Olivier : En adaptant les sons. Et donc qui dit musique du futur dit musique électronique. Alors on a intégré des claviers, des samples. Et on s’est aperçu que l’acoustique et l’électronique fonctionnent très bien ensemble. En plus si tu mets ça en scène, comme nous le faisons avec Django, ça ne fait pas le mec qui n’est pas là et qui ne joue pas. On ne peut pas l’avoir, Django; donc on l’a samplé et le batteur envoi la bande, et les gens ont Django !

– Toma : Au fur et à mesure de nos disques, on a croisé pas mal de monde, parce qu’on tourne beaucoup. On n’a quasiment jamais fait de pause, et, hormis une pause d’un an il y a quelques années, toujours tourné, à raison de 3 à 4 concerts par semaine. Donc on croisait des gens sur des festivals, et souvent on en invitait à venir faire une chanson avec nous.

– Olivier : Mais au début ce n’était pas évident ! On arrivait avec nos clics et nos claques ; on défendait notre truc et les gens nous regardaient bizarrement. Et puis après, en voyant que les gens dans le public chantaient nos chansons, peu à peu, ils nous reconnaissaient.

– Toma : Et comme on a une bonne connaissance des musiques traditionnelles, par exemple quand on se retrouve à faire une date avec Sanseverino [http://www.sanseverino.fr/], on peut proposer des choses. J’ai une chanson qui s’appelle « T’as la touche, Manouche », qui est sur le prochain album, et je lui ai dit : « Je ne veux que des « Romain et Michel » comme toi et moi dessus ». Je lui ai envoyé la chanson, ça lui a plus et il a répondu présent. Chaque fois les gens répondent présents.

– Olivier : On a eu la chance aussi de faire un festival de à Nouméa  [Gypsy Jazz Festival] avec Stochelo Rosenberg [http://www.therosenbergtrio.info/], l’un des meilleurs représentants de Django aujourd’hui. On était à la piscine, en train de boire du rosé, et on lui a fait écouter la chanson pour rire, et là, il nous dit qu’il trouve ça bien et qu’il jouerait bien la guitare ! Du coup c’est lui qui joue la partie de Django, sur le duo de Sanseverino et La Caravane Passe.

– Toma : En fait chaque album est pensé différemment et adapté en live très différemment. Chaque album a un univers à part et le live est différent de l’album même. On joue nos propres morceaux comme des reprises, si on veut : on les revisite complètement. Et une chose en entrainant une autre, tout en restant nous-mêmes, on s’est retrouvés avec des playlists en radio. Bon, pas toutes les radios bien sûr. France Inter nous suit, FIP et Nova.

 

– Comment se fait-il que vous tourniez autant à l’étranger ?

– Toma : La seule chose qu’on a eu de solide et constant c’est notre éditeur, qui est spécialisé en Musiques du Monde, et qui a toujours développé La Caravane Passe à l’étranger. Ca fait que depuis 2004, enfin ça dépend des années, mais on a plus tourné à l’étranger qu’en France. L’un des premiers articles qui a été écrit sur nous titrait « La Mano Negra des Balkans ». Et comme La Mano Negra aux yeux des gens à l’étranger représente la « Worldmusic made in France », l’image a parlé à tout le monde. On a un label au Japon qui sort nos disques et nous fait tourner là bas. Pour te dire : hier, on était en Turquie, avant-hier à Budapest, deux jours plus tôt en Allemagne et ce soir à Luxey !

 

– Paloma Pradal est venue chanter avec vous ce soir. Pouvez-vous parler de la façon dont s’est décidé ce duo ?

– Toma : C’est la fille d’un grand guitariste de Flamenco. Nous l’avions croisée quand elle était jeune. Là, elle est toujours jeune bien sûr, mais elle fait ses propres projets et un copain, DJ Tagada, nous l’a re-présentée. On a beaucoup d’invités comme ça : j’ai déjà cité Sanseverino; il y a Rachid Taha, Erwan du groupe Java –qui est également membre de mon autre groupe Soviet Suprem-[ http://www.sovietsuprem.com/]. A côté de ça, on a toujours eu des invités de Musiques Tziganes traditionnelles.

 

– Quelques personnes du public étaient déçues ce soir que vous n’ayez pas joué « Salade, Tomate, Oignon ». Pourquoi cette chanson est-elle ainsi considérée comme une sorte d’hymne ?

– Toma : « Salade, Tomate, Oignon » est un morceau présent sur notre deuxième album et à cause duquel on nous a surnommé « La Mano Negra des Balkans » justement.

– Olivier : Ça nous a servi et ça nous a desservis.

– Toma : En réalité, c’est plutôt un morceau à la Négresses Vertes, qui raconte une guerre de la nourriture entre la musique du Kebab, qui représente le pourtour méditerranéen et la musique du Mac Do. C’est une chanson assez simple avec un propos drôle, qu’on a sorti pour rigoler. Et au départ, comme les gens nous connaissaient comme un groupe de Musiques Trad, ils n’ont pas compris et ça a été un bide absolu. Il faut dire que notre public au début était essentiellement parisien, donc peut-être plus hautain. En fait le disque est sorti en Hollande et a été matraqué sur les ondes, ce qui explique qu’on se soit retrouvés à tourner énormément là bas avec cet album. Et la France a découvert le morceau après coup, après le succès vécu en Hollande, et c’est ainsi qu’il est devenu le morceau indispensable à jouer.  Mais on a 5 albums et on ne peut pas tout jouer !

 

– Dans quelle langue chantez-vous ?

– Toma : Principalement en Français dans les derniers albums, en intégrant du vocabulaire d’autres pays, selon les influences : un peu de Serbe, un peu d’Espagnol. Sur les albums précédents, on mélangeait beaucoup les langues, trop même, et du coup les gens croyaient que c’était du yaourt, alors que notre propos était d’inventer et défendre un argot d’immigré en mélangeant le Français à toutes les langues qu’on maitrise ou peut trouver en France.

 

– Ce soir, en fin d’un concert, tout au long duquel vous avez eu un échange très dynamique avec le public, vous avez débranché les instruments et vous êtes descendus parmi la foule avec les cuivres pour jouer « à l’ancienne ». Est-ce essentiel pour vous d’impliquer ainsi les gens dans votre jeu?

– Olivier : Oui ! Là, on va faire dix jours de pause, et après on reprend les dates. Et le 15 septembre, il y a le mariage de mon cousin Sacha qui vient des États Unis et sa cousine Mona qui vient du village de Plechti. Il va y avoir une fête énorme au Cabaret Sauvage : on va être 20 sur scène pour faire les noces gitanes de Sacha et Mona.

– Toma : Oui, on ne t’a pas encore parlé de ça, effectivement… C’est un spectacle qu’on a monté à côté du projet du groupe avec des comédiens, des circassiens, et joué tous les mois au Cabaret Sauvage, puis au Bataclan, « Le Vrai-Faux Mariage ». L’idée est toujours la même : c’est de la manipulation de foules, c’est-à-dire que les gens ne viennent pas voir un spectacle, mais sont un peu comme de la famille et sont invités. Quand les gens arrivent, on sépare les hommes des femmes par une corde tressée avec les cheveux de toutes les femmes du village. On prévoit 20 litres de Vodka pour le public. C’est un opéra gypsy-punk en somme.

 

– Un dernier mot pour le co-fondateur de notre revue, Norbert Gabriel, ami passionné et spécialiste d’Henri Crolla ?

– Toma : Enorme !  J’ai un disque vinyle de lui. C’est génial !

 

 

Liens : suivez la caravane, et faites pouce dessus ,

 

 

Miren Funke

Photos : Carolyn C (1 ; 2 ; 3 ; 5 ; 6 ; 8), Miren (4 ; 7 ; 9 ; 10 ; 11 ; 12 ; 13)

Prix Saravah

2 Sep

« Il y a des années où l’on a envie
de ne rien faire »


Photo©NGabriel 2015

Tel a été le slogan de SARAVAH depuis sa création en 1966. Cette phrase est empruntée à l’autobiographie de Salvador Dali qui cite un vieux pêcheur de Cadaquès. Ce n’est pas une phrase sur la paresse, c’est une réflexion sur les inhibitions dans une société faite par l’homme mais pas pour l’homme.

50 ans après, cette phrase semble plus subversive que jamais. Notre société court de plus en plus vers l’efficacité et le rendement immédiat en mettant en marge les rêveurs. Or ce sont ces rêveurs là qui vont nous sauver de la grisaille de la vie.

Le prix SARAVAH s’adresse à des artistes émergents, auteurs–compositeurs, interprètes dont les démarches sincères et novatrices s’inscrivent dans la philosophie de Pierre Barouh, dénicheur de talents, qui inscriront leurs noms dans l’histoire comme: Brigitte Fontaine, Jacques Higelin, mais aussi dans d’autres genres musicaux avec Pierre Akendengue, Steve Lacy, Majhun, David Mc Neil, Jean-Roger Caussimon, Daniel Mille, Allain Leprest, Maurane, Gérard Ansaloni, Françoise Kucheida, Bïa,  et tant d’autres…

Qui sera potentiel lauréat ?

Les artistes émergents dont les démarches sincères et novatrices s’inscrivent dans la philosophie de Pierre Barouh

Le concours est ouvert aux artistes de tout style qu’ils soient : auteur, compositeur, artiste‐musicien ou interprète.

L’envoi des dossiers commence en Septembre.

Et il faut postuler avant le 31 Octobre.

 

Tous les renseignements utiles sont ici,  clic sur le Saravah,

On n’est jamais à l’abri d’une bonne nouvelle….

Humeur Humour et cochonneries..

1 Sep

Ou  (h)errements de folliculaires inconséquents

Vous avez sans doute entendu parler de cette Fête Automnale d’Hayange, pour laquelle avait été invité un groupe de 4 chanteuses, « Drôles de dames » composé d’Ana K, Enzo-Enzo, Caroline Loeb, Eve Angéli, ce qui dans la presse est devenu «Eve Angéli » quand il s’est agi d’évoquer cette fête, contractuellement signée par le manager du groupe comme « Fête automnale » mais dont les affiches avaient d’autres couleurs. Qu’on peut dire très politisées. Dès les faits connus, les 4 artistes invitées ont publié un communiqué commun pour annoncer qu’elles n’iraient pas.

Quelques jours après, dans une bonne partie de la presse, c’est devenu l’affaire Eve Angéli, et pour certains, elle serait la seule à y aller, alors que très vite il a été annoncé que Les Forbans étaient les remplaçants. Y compris dans une radio qu’on prend au sérieux en général, France Inter, le 31 Août un humoriste a déformé les faits en prenant Eve Angéli comme cible, et glissant tout de même 2 ou 3 mots du bout des lèvres pour resituer vaguement qu’il était question d’un groupe de quatre… Est-ce que ce monde est sérieux ? L’humour néo-Jupitérien, référence à l’émission, admet-il une petite touche de calomnie sous couvert d’humour? A moins que ce ne soit simplement un petit effet langue de pute, en hommage indirect à la chanson d’Anne Sylvestre ? A supposer que ce nom  dise quelque chose au babilleur insuffisant…

Même si on a perdu quelques illusions sur la presse et sa déontologie, ça fout un peu la rage. Ensuite, se pose la question de fond, qui a été généralement occultée, « Y aller ou pas ? » Aller chanter dans des villes aux mairies FN… Sur ce point, je rejoins totalement quelques artistes militants qui étaient très clairs autant dans leurs positions politiques que dans leur rôle de saltimbanques, un des exemples qui me vient c’est Herbert Pagani, invité à la Fête de l’Huma, et dans un contexte assez sensible (années 72-76)  il a lu son « Plaidoyer pour ma terre » et l’a fait applaudir à des communistes qui étaient très peu « sionistes » … Pagani, à Hayange, au cas où la mairie l’aurait invité, aurait eu l’attitude que défend aujourd’hui Christian Camerlynck, à qui j’emprunte cet extrait de texte sur ce sujet.

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Photo NGabriel2015

(…) S’il fallait chanter à Henin Beaumont, j’irais mais je chanterais mes chansons sans concession, je ne veux pas laisser le terrain libre à l’extrême droite. Jean Ferrat a composé une musique pour Daniel Guichard, Ferrat n’a jamais chanté gratuitement pour la Fête de L’Huma, après il reversait son cachet au PC à ce que l’on dit et cela par respect pour ses musiciens qui n’étaient pas d’abord des militants, même pas du tout pour certains mais des musiciens. J’ai chanté plusieurs fois pour le Monde et Radio Libertaire, ce sont mes frangins, mais je n’ai aucune carte. Aznavour de droite? Brassens anarchiste comme Léo Ferré?  personnellement je m’en fiche ainsi que Brel et Félix catho. MAIS QU’EST CE QUE L’ON EN SAIT? Leurs oeuvres m’importent. Évidemment si un artiste fut-il talentueux, endossait l’uniforme SS je ne l’écouterais plus et je le combattrais. Grâce à votre patience (message à Jean-Marc Dermesropian) je revois ces émissions et redécouvre l’actualité de certaines chansons, et celles de Guy Béart. Je parle des textes, les musiques comme souvent vieillissent un peu, du moins les arrangements. Pour terminer quelqu’un se souvient-il que Barbara a débuté dans des spectacles avec des plumes au cul , dans des revues, sur des scènes lyriques qu’elle a chanté du Cloclo, et qu’elle aimait beaucoup la chanson C’est la ouate. Ai-je assez argumenté. (…)

Rien à ajouter, mais toujours une amertume envers cette presse qui méprise autant ses lecteurs que la chanson dans ce cas d’espèce pour déformer, « reformuler » arranger et déranger les faits pour faire un peu de buzz éphémère…

Norbert Gabriel

Une presse n’est pas vraie parce qu’elle est révolutionnaire. Elle n’est révolutionnaire que parce qu’elle est vraie. (Camus)

NB  Les lignes de Christian Camerlynck sont extraites d’une discussion sur le FB de Jean-Marc Dermesropian.

Et pour finir en chanson, invitons madame Anne à la table…

 

 

 

 

Musicalarue : rencontre avec Les Bidons de l’An Fer

31 Août

 

 

Place aux artistes de rue. Car Musicalarue, outre de proposer aux publics un éclectisme rare en termes de concerts d’artistes de goûts variés et plus ou moins célèbres ou renommés, est aussi le théâtre des arts de rue qui animent chaque jour, entre ou pendant les gros concerts, les places et les allées du village de Luxey, de sorte que la fête ne s’interrompt jamais. C’est souvent l’occasion de découvrir ou de retrouver des artistes alternatifs ou amateurs -au sens noble du terme- qui offrent un moment de bonheur avec toute la générosité et l’originalité dont sont capables ceux qui ont à cœur de simplement faire et se faire plaisir. Les Bidons de l’An Fer sont de ceux là. Groupe de plus d’une dizaine de percussionnistes jouant sur des instruments de récupération, les Bidons étaient invités cette année à déployer dans les rues de Luxey le fracas harmonieux de leurs instruments et leur bonne humeur, défilant au milieu du public durant plusieurs représentations réparties sur les trois jours. Deux de ses membres nous présentaient la formation originaire de Vendée qui fêtera bientôt ses 25 ans d’existence.

 

– Bonjour et merci de nous accorder un peu de temps. A quand remonte la fondation de votre formation ?

– Quentin : Le groupe a 24 ans ; j’avais deux ans à l’époque de la formation ! Il s’est créé par le biais du Festival de Poupet en Vendée [https://www.festival-poupet.com/], dont le président avait demandé alors à quelques jeunes de monter une formation sur le principe des Tambours du Bronx, juste pour rigoler, pour un soir.

– Romain : Les Tambours du Bronx étaient présents dans le festival ; donc ça a créé une dynamique. Des percussionnistes de la fanfare de la commune y ont participé et invité des copains à se joindre à eux. Et puis ils ont commencé à créer des morceaux.

– Quentin : Voilà. Donc ils sont partis sur cette idée. Puis le président du festival a adoré et leur a conseillé de monter un groupe. Et 24 ans après, c’est encore là. Des plus anciens du début du groupe, il en reste un, et le reste du groupe s’est renouvelé avec des jeunes qui ont pris la succession, à mesure. Il y a donc plusieurs générations- le plus ancien a 40 ans et le plus jeune, 23-, mais l’avantage, c’est que nous sommes issus du même village ; on se connait tous un petit peu par le biais des autres, donc il y a forcément une bonne entente.

 

– Combien de musiciens êtes-vous à l’heure actuelle ?

– Quentin : Nous sommes 15 percussionnistes. Mais ce weekend, nous ne sommes que 12. On n’est que très rarement tous les 15 ensemble. On essaye de faire des grosses scènes, parce que comme certains ont des familles, des emplois, des enfants, ce n’est jamais évident de réunir tout le monde. Donc quand on trouve des dates, je lance une proposition pour savoir qui peut venir. En général on ne se déplace pas si on n’est pas au minimum 8 ou 9.

– Romain : Notre groupe se divise en trois parties en fait ; il faut donc qu’on soit assez nombreux pour avoir suffisamment de percussionnistes dans chaque partie.

 

– Comment sont fabriqués vos instruments ?

– Romain : C’est nous qui les fabriquons. On récupère des boites et des bidons jetés, et on les recycle. On y passe un peu de temps, mais on refait des bidons tout neufs et nos baguettes aussi. Sachant qu’en général, à la fin du weekend, les bidons sont hors service, car ils souffrent quand même. On les remplace donc souvent.

– Quentin : Si on fait 7 dates dans l’année, il va nous falloir 3 ou 4 jeux de bidons. On ne répète pas sur les bidons, parce que déjà ça fait du bruit. Il faut savoir qu’on est situé à vol d’oiseau à 300 ou 400 mètres du Puy du Fou, qui nous a déjà adressé des remarques comme quoi le bruit gênait.

– Romain : Donc on répète sur des planches avec de la moquette, ce qui permet aussi de ne pas se tuer les oreilles. Et ça évite de gâcher des bidons pour des répétitions.

 

– Qu’est-ce que vous aimez jouer ?

– Romain : Ce sont des musiques qui ont été créées, au départ beaucoup inspirées par les Tambours du Bronx, puis composées par des vrais percussionnistes du groupe qui ont créé des morceaux de toute pièce. Certains d’entre nous sont de vrais musiciens et composent. Au début, les premières compositions étaient sur papier ; mais aujourd’hui on peut le faire facilement sur logiciel. On a même réalisé un featuring avec le Dj electro Eugène de Rastignac  au festival de Poupet l’an dernier : il nous avait envoyé des musiques, et nous avons composé dessus. On a une dizaine de morceaux ; mais on ne joue jamais très longtemps, aux alentours d’une demi-heure. Trois fois trente minutes en interlude entre deux concerts d’artistes, ça passe très bien.

 

– Avez-vous un chef d’orchestre qui dirige ?

– Quentin : On ne parle pas vraiment de chef d’orchestre, mais il y a un peu de ça : on a un leader dans le groupe qui a un sifflet pour nous indiquer à quel moment on va changer de rythme ou de partie musicale. On joue souvent en arc de cercle, avec un joueur au milieu, et lui qui gère le groupe avec le sifflet.

 

– Répondre à toutes les invitations ne doit pas être évident, lorsqu’on est autant de membres dans un groupe et que chacun a des impératifs privés. De quelle nature sont les évènements auxquels vous participez ?

– Romain : On a de tout comme proposition. Ici, ça fait partie des belles dates qu’on essaye de ne pas manquer. On nous demande dans beaucoup de petits festivals ou de manifestations départementales ou régionales, ou des évènements sportifs. On fait de tout. Par exemple on a été à Paris pour le marathon de La Parisienne. On est obligés de refuser plus de la moitié, voire les trois quarts des propositions. On est tous bénévoles, sous le statut associatif. Donc on est amenés à refuser pas mal de proposition, parce qu’effectivement ce n’est pas notre métier, et chacun a sa vie privée. Mais quand on peut faire des dates importantes comme ça, on essaye.

– Quentin : Ce qui est bien c’est de faire vraiment de tout : jouer  devant un bar, animer des manifestations sportives, comme la Meule Bleue au circuit du Mans ou les 24h du Mans en camion, les festivals, les fêtes de la Musique, les anniversaires.

 

– Qu’est-ce qui vous motive le plus dans le fait de participer à ce groupe ?

– Quentin : Il y a bien sur le plaisir d’accrocher le public, mais aussi le plaisir de jouer entre potes, puisqu’on se connait tous. Quand on termine un concert, et qu’à la fin, les gens viennent nous voir pour toucher les bidons et nous poser des questions ou dire qu’ils reviendront nous voir, c’est une sensation géniale. On se demande pourquoi on s’arrêterait là !

– Romain : C’est un défouloir, car on donne de notre personne; c’est assez physique. Il y a une certaine adrénaline à toucher le public et être près des gens. C’est aussi pour des gens qui ont pu faire de la musique professionnellement avant le moyen de revenir à la musique ou de garder un lien avec elle, d’une façon complètement originale. Pour ma part, j’ai fait de la batterie quand j’étais jeune, puis j’avais arrêté, et j’ai pu, grâce aux percussions, retrouver un lien avec la musique.

 

– Vous parliez tout à l’heure d’un featuring avec un DJ. Les festivals sont souvent l’occasion de rencontrer d’autres artistes et de nouer des liens. Réaliser plus de collaborations vous plairait-il ?

– Romain : Oui ! Les bidons peuvent se marier avec pas mal de choses. Il suffit d’avoir l’imagination de créer. Je suis sur qu’on pourrait faire des choses avec pas mal de musiciens. On est ouverts à ça.

 

– Comment avez-vous été invités par Musicalarue ?

– Quentin : Thomas, le fils du président qui s’occupe du festival de Poupet en Vendée, ou de très gros artistes viennent, connaissait des programmateurs d’ici ; on a noué contact et on nous a proposé de venir.

– Romain : C’est un échange de bons procédés : un groupe d’ici est venu jouer dans le festival de Poupet, et nous avons été invités. On peut jouer les trois jours. Je pense d’ailleurs qu’on n’a jamais joué autant en si peu de temps. C’est d’ailleurs étonnant d’avoir toujours des gens qui passent et  viennent nous voir. Généralement on ne nous demande pas en interview, car il y a des artistes plus connus et importants. Mais le festival a bien joué le jeu et nous a annoncé en partageant des vidéos, donc les gens s’intéressent à nous.

– Quentin : Le public suit très bien. Hier soir, on était très proches des gens. On ne joue pas sur scène, car nous sommes un groupe de rue, donc nous jouons dans le public. Les gens étaient vraiment proches. C’est quelque chose de bizarre à vivre. Les gens nous encourageaient, avec une main sur l’épaule.Ça permet de créer des liens et de se faire connaitre. Et on y prend du plaisir, car c’est un beau site. Jouer trois jours d’affilé, avec une programmation comme ça en plus, ça fait quand même plaisir. Nous remercions le festival pour ces dates ; c’est un très bel évènement. On nous accueille tous les jours, et les bénévoles sont vraiment cool. Plusieurs amis nous en avaient parlé, qui sont venus ici. Un qui fait beaucoup de festivals en France nous a même dit que c’était le meilleur qu’il ait fait.

– Romain : Il y a vraiment un état d’esprit général atypique qu’on ne retrouve pas dans d’autres festivals. Ce n’est pas une grosse machine, et c’est à portée de main de tout le monde. On reviendra avec plaisir. Il y a des gens qui viennent ici en tant qu’artistes et reviennent l’an suivant en tant que bénévoles, tellement c’est attachant.

 

Pour en savoir plus, tapez sur le bidon, (modèle d’appartement)

 

 

Miren Funke et Emma Pham Van Cang

Photos : Carolyn C (1 ; 2 ; 4), Nicolas Leboeuf (3 ; 5 ; 6)