Initiatives Chansons, faire-part de naissance…

19 Oct

 

Notre association a été créée en septembre 2017 par 3 passionnés de la chanson : Gilles Tcherniak (ancien président du Forum Léo Ferré), Jean Paul Liégeois (éditeur), Gilles Coron (ancien trésorier du Forum Léo Ferré)

L’association est à but non lucratif et à gestion désintéressée.
Elle a pour objet :La promotion de la chanson d’expression française, de son répertoire, du spectacle vivant, de la création artistique.

Elle se propose d’organiser des manifestations artistiques et culturelles, en rapport avec l’objet de l’association

Le coup d’envoi de la première initiative de notre association est donné !

 À nos chansons  !

Le tremplin de la chanson

 

Ce concours est destiné aux interprètes, auteurs-compositeurs-interprètes.

Le jury du concours sera attentif à la qualité de l’interprétation.
Chaque candidat-e devra interpréter 3 chansons dont une chanson du parrain ou de la marraine.

Pour les artistes souhaitant concourir, il suffit d’écrire à:

initiatives.chansons@gmail.com

 Deux belles informations pour ce premier  tremplin !

La marraine de cette 1ère édition est Anne Sylvestre.

La présidente et le président du jury sont Shirley et Dino.

Ils seront entourés de professionnels de la chanson et du spectacleAprès une première sélection par un comité d’écoute, la demi-finale et la finale auront lieu dans la deuxième quinzaine de mars 2018 (dates à préciser)

Deuxième initiative de notre association

Lancement prochain des soirées « auditions publiques ».
Elles se dérouleront tous les 2 mois au Forum Léo Ferré.

Nous vous donnerons rapidement des informations complémentaires sur ces soirées.

Troisième initiative

Création d’une émission de radio sur la chanson avec enregistrement public. Une émission qui parlera de la chanson, des artistes et des métiers de la chanson. 

Nous sommes actuellement à la recherche d’une station d’accueil.

Pour cette première année, notre jeune association a besoin de votre aide car nous ne pourrons pas compter sur d’éventuelles subventions !

Comment nous aider ?

  • En faisant connaître autour de vous nos activités.

  • En adhérant à notre association. La cotisation est de 10€      (valable    du 1er septembre 2017 au 31 août 2018)

Si cela vous est possible, vous pouvez compléter votre adhésion par un don. Toute somme versée fera l’objet d’un reçu ouvrant droit à déduction fiscale.
Paiement en ligne de l’adhésion :

https://www.apayer.fr/INITIATIVESCHANSONS

Pour l’adhésion, il vous faut également transmettre par mail le bulletin d’adhésion joint à cet envoi.

Nous vous remercions par avance pour l’intérêt porté à notre association et pour votre soutien.

Le bureau de l’association

Gilles Tcherniak, président

Jean-Paul Liégeois, secrétaire général

Gilles Coron, trésorier

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Hexagone d’automne, n° 5

14 Oct

 

Numéro dédié à Barbara Weldens

 

Reçu et lu Hexagone d’automne, 5 sur 5 , un numéro riche des fruits de l’été, et la cueillette est bonne. Et quel plaisir d’être accompagnée, page par page, par la photo de Lili Cros et Thierry Chazelle, en rabat de couverture qui sert de marque-page ! Un rabat qui nous rappelle l’immense succès de leur nouvel album et nouveau spectacle Peau neuve, reprise du spectacle et presse unanime. Ayant vu leur spectacle aux rencontres Marc Robine de Blanzat en juillet dernier, je confirme, «  ça fait du bien ! » .

Mais on ne peut hélas se souvenir de ce 14 juillet 2017, sans penser à la première partie du spectacle, et à l’époustouflante prestation de Barbara Weldens, qui est morte électrocutée au pied de la scène 5 jours plus tard, dans l’église de Gourdon, dans le lot, d’ailleurs ce numéro d’Hexagone lui est dédié.

Edito de David Desreumaux qui rappelle la juste récompense reçue cet été à Barjac, pour l’ensemble de l’action d’Hexagone au service de la chanson, le prix Jacques Douai, partagé avec Entre deux caisses, que l’on peut retrouver dans le n° de printemps, et l’évolution d’Hexagone, après le site internet, la chaîne Youtube, la Blackroom, nous pouvons maintenant écouter la webradio hexagonale, qui illustre musicalement toutes les rencontres d’artistes.

Avec ce n° 5, on se refait tous les festivals d’été, et si on les a ratés, on saura tout en mots et en images, avec 16 pages sur Barjac, entretien avec Jean-Claude Barens, directeur artistique du festival, qui ne craint pas les prises de risques, malgré un public exigeant : «  Après bien sûr qu’il y a des réactions mettant en question tel ou tel choix, mais on peut l’entendre. Je trouve que Mehdi Krüger est l’exemple même de cette situation parce que ce n’est pas quelqu’un qui a une formation chanson, mais il en fait quelque chose de très beau et de très puissant. ».

Pour en savoir plus sur Mehdi Krüger, qui se définit comme Arabtrait, voir le n° 3 d’Hexagone, page 48 à 51 : « Je crois en la poésie de combat, manifeste romantique ou couplet de rap, elle est l’arme des faibles, fragile et insaisissable à la fois... »

Puis 5 pages sur Concèze, Festival Découvrir, où la poésie se marie avec la chanson, un festival qui «  nourrit, hors des supermarchés, et sans jamais la nommer, une forme de militance pour le mot ouvragé. Qu’il en soit ainsi pour longtemps encore. »

Deux pages sur Festiv’Allier à Langogne, où Camille Hardouin a rendu un émouvant hommage à Barbara Weldens qui aurait dû être là.

Et, on trouve en page arrière de couverture le programme du Festival de Marne du 04 au 21 octobre 2017. « Où la musique embrasse les mots. ».

Nous avons dans ce numéro un tour d’horizon des spectacles, passés ces derniers mois, présents et à venir, des albums récents, pas moins de 80 albums chroniqués, et il y en a pour tous les goûts.

Et des coups de projecteur sur certains artistes, comme Lior Shoov que je découvre avec bonheur : «  Frimousse mutine, regard bleu transparent, cheveux en bataille, ukulélé en bandoulière. Lior parcourt le monde en musique. Voguant au rythme de ses pas, l’humanité la hante, les humains l’arriment à ses ports d’attache. »

Babx et son irrésistible « Ascensions », un des joyaux de cet album est la bouleversante trilogie d’Omaya, trilogie inspirée de l’histoire d’Omaya Al-Jbara, une femme irakienne qui a résisté à Daesh, et a mené tout son village dans la résistance, « avec le sourire et une tendresse incroyable. »

Jeanne Rochette nous raconte ses nourritures littéraires et musicales, sa façon de travailler, ses années québécoises,  : « J’aime brouiller les pistes tout en poursuivant mon chemin. »

Victoria Lud, encore une découverte, avec son clip Eldorado, et qui vient d’enregistrer un premier EP de 6 titres : Mon cœur.

Véronique Pestel, « Singulière et discrète a fait paraître en début d’année un nouvel album : Faire autrement qui marque ses Vingt-cinq ans de compagnonnage avec le producteur Jean-Claude Barens. » Elle nous parle de son besoin de véhicule littéraire, de Brassens, de son rapport particulier avec la poésie d’Aragon, que l’on retrouve dans son dernier album, ainsi que des références à Camille Claudel, sur un texte de Philippe Noireaut, ou encore Colette : « J’ai besoin de ce véhicule littéraire : il est protecteur. »

On fait aussi plus ample connaissance avec Liz Van Deuq, sous la plume de Flavie Girbal, Liz qui nous confie : Je suis une musicienne classique ratée mais contente de l’être, car je dispose ainsi d’un tas d’outils.

Regard sur Glad Volatil, et son album : Les invisibles chroniqué dans le n° 3 d’Hexagone. Il fut Guillaume Allardi, début 2015, celui qui a réécrit la musique d’une chanson de Leprest : La colère, puis chante ses propres chansons avec son groupe Metamek,  tour à tour poète, philosophe, ou acteur, il se perd, et revient en solo deux ans plus tard sous le nom de Glad Volatil.

Photo © David Desreumaux

On retrouve, comme dans les numéros précédents, les dossiers, dont 24 pages consacrées à Askehoug. 10 albums à l’actif de ce rockeur poétique, énigmatique, «  Un hurluberlu apprivoisé » qui se revendique une proximité physique et morale avec Jean Rochefort.

Il nous parle de ses guitares et d’une contrebasse, fabriquées maison, parce qu’il n’avait pas les moyens de s’en acheter : «  Je crois que je suis quelqu’un de  manuel à la base. », ses parents bourgeois, sa grand-mère Marguerite, sa jeunesse bourguignonne, ses influences  qui vont de Prévert à Bashung, en passant par les surréalistes et la Divine comédie,  Bashung que l’on retrouve parmis ses albums  de chevet, aux côtés de Ferré, Lou Reed,  AC/DC, et  quelques autres. Askehoug, pour qui : « La musique est une chose physique, et non intellectuelle ; un truc de rockeur. », pour qui la chanson «  doit donner la sensation de n’être qu’un geste : élégante, rapide, inspirée, couillue, avec une légère tension entre la musique et le texte, qu’elle pose une question d’ordre stylistique... ».

Le regard extérieur de son bassiste Michel-Ange Mérino, regard amical et professionnel qui se termine par ces mots : « Il a le travail comme thérapie, un vrai goût pour l’oeuvre, le goût du façonnage, du risque aussi, et surtout l’envie de transformer en beau, ou en sale. C’est selon…Sans peur…Sans cesse… Askehoug, c’est tout cela, et bien plus…Comme il le dirait. »

Et les paroles,  de  Ma Poésie :

Ma poésie est toute petite 
Elle ne se marie ni ne s’édite 
Ma poésie ne se chante pas, j’évite 

Ma poésie est bien fragile 
Toute la journée elle distille 
Son caractère difficile 

Ma poésie est toute petite
Et les choses, elles ne me facilite 

Quand on l’énerve, elle dégaine 
Met en colère, elle lamine 
Puis elle remonte dans ses collines 

C’est dans le bain qu’elle me visite 
Habile, elle se love dans ma tête 
Sûr qu’elle ne sera pas inscrite 

Quand je m’essuie, elle est partie 
Ma poésie est toute petite
Et prend la fuite 

Quand une fille passe par là 
Elle sait se faire toute belle 
Mais si un détail ne lui plaît pas 
Elle peut des heures rester sans voix 

Ma poésie est toute petite 
Elle discute avec la folie 
Et ça, parfois, moi, je l’oublie 

Ma poésie est toute petite

Elle nage entre peinture et musique 
Parfois elle tripe sur des cantiques 
N’a peur ni des fantômes, ni des critiques 

Y en a qui cherchent le soleil 
Moi je dis qu’elle n’a pas son pareil 
Pour m’éclairer dans l’obscurité 

Ma poésie me fait du bien 
Quand elle écarte ses grandes mains 
Elle me fait aussi rigoler 
Quand il lui manque un ou deux pieds.  .

Paroles  illustrées par un dessin de Piérick.

En partie deux, c’est  tout d’abord Amélie-les-crayons qui se dévoile, répondant aux questions de Michel Gallas. «  Je suis la fille de Bourvil » dit elle, et c’est en travaillant l’interprétation des Crayons de Bourvil, lors d’un stage de théâtre, qu’elle a décidé d’accoler son prénom à cette chanson. «  Bourvil parle de choses graves et profondes, vues sous un angle drôle ou léger, avec des mots tellement simples. ».

Elle raconte ses 15 années de carrière, parle de son nouveau spectacle, et des thèmes abordés dans son quatrième album studio, Mille Ponts, ( chroniqué dans le n° 4 ). Un album à son image, lucide mais optimiste, sur un ton un peu plus grave que les chansons des albums précédents, mais en retenue.

Amélie, très attachée au travail d’équipe : «  Un des fondements, c’est l’humain, l’amour que l’on peut avoir entre nous. On s’aime tous vraiment, ça transpire sur scène. »

Nous arrivons à Gérald Genty, ses chansons courtes mais bonnes, et son Hipopopopo…tame, qui attire des vieilles dames dans ses spectacles, pour acheter l’affiche…Parce qu’elles collectionnent tout ce qui a trait aux hippopotames ! Et elles réclament la chanson, qui n’existe pas.

Regard sur Alcaz : Deux voix, deux guitares. Alcaz qui a peaufiné son sixième opus : Portés par les vents, sorti le 30 septembre dernier, au théâtre de l’oeuvre de Marseille : « Cet album, dans la continuité des précédents, distillera des ondes positives, un vent de liberté, le plaisir d’être et l’envie de se laisser porter. ».

Alcaz suivi de Fransesca Solleville , son regard bleu qui nous transperce, ses convictions, ses emmerdes, la difficulté de vivre de son métier et toujours sa formidable envie de chanter : «  Les sujets changent ; mais la motivation profonde, l’indignation, ne varie pas. ». Elle parle aussi de son dernier album, qu’elle a eu grand plaisir à enregistrer : Dolce vita, avec une chanson de Jérémie Bossone : La page blanche.

Francesca Solleville

Pour ce qui est de l’engagement en chanson, elle y a consacré sa vie, voilà ce qu’elle répond à Dominique A qui dit ne pas aimer la chanson engagée :  C’est idiot ! Pour avoir des convertis, il faut avoir des convaincus ; ils ne le font pas tout seuls. C’est grâce à ce qu’ils lisent, écoutent, voient à la TV, qu’ils prennent leurs idées et choisissent leur camp. Il faut toujours choisir un camp. Notre génération s’est tout tapé : la guerre, la décolonisation…On s’est battu. Maintenant les choses se passent plus loin. Ce n’est plus le fils de l’épicière qui risque sa vie à tel endroit. Mais on peut éclairer ! Je parlais de ces jeunes au premier rang : parfois, tu vois quelque chose qui s’allume dans leur regard. Rien que pour ça… ».

Carmen Maria Vega, elle, s’est engagée dans la recherche de ses racines, découvrant une vérité décevante, mais dit elle : «  J’ai décidé que mon histoire n’était pas une tare mais une force. ». Elle raconte son histoire dans son dernier album Santa Maria, tout au long des douze titres. «  C’est un album de résilience et de témoignage. L’identité, ce n’est pas que les origines, c’est aussi ce que l’on construit : la famille, les amis, la sexualité, le travail…Tout ça mis bout à bout permet de découvrir qui on est. Ça prend une vie. ». Et la sienne de vie est bien remplie, chanteuse, danseuse, comédienne, scénographe, metteur en scène : «  Je me bats tous les jours pour surprendre les gens et me surprendre. »

Claude Fèvre, quant à elle, partage son regard sur Gilles & Auguste, Insolites à deux.

Duo qui vient de la rencontre d’un technicien en électronique violoncelliste amateur et un bibliothécaire défroqué « poète depuis toujours, devenu comédien au prix d’un parcours qui tient de l’épopée. ».

Un article plus long à l’occasion de leur concert au Bijou à Toulouse, et de la sortie de leur album : Sinon toi leur est consacré sur le blog de Claude  chantercestlancerdesballes.fr / gilles-auguste-ont-jete-boussole, en résumé : « C’est beau, tendre et joyeux ! ».

Et à propos d’engagement en chanson, le chassé-croisé de Patrick Engel, avec Pascal Bouaziz, Rémo Gary, Victoria Delarozière. Trois artistes aux parcours différents, mais aux convictions nourries d’une authenticité sans faille,  précise en préambule Patrick Engel.

On a vu ce que Fransesca Solleville en pensait, mais il y a différentes formes d’engagement : «  Chanter une petite chanson d’amour, si c’est une chose de qualité, c’est un engagement. » ( Serge Reggiani).

Rémo Gary

Pour Rémo Gary, dont on connaît l’engagement dans la vie : « On m’a dit que j’étais un chanteur engageant, je ne sais pas si c’est vrai, mais je préfère être engageant qu’engagé. ».

Pour Pascal Bouaziz : « Je n’ai jamais eu que des doutes et j’essaye petitement de les partager le plus possible autour de moi. ».

Victoria Delarozière, elle, pense que: « Chanter, c’est parler, c’est ouvrir sa gueule. Et c’est bien. ».

Un débat intéressant, qui fait la différence entre l’engagement en chanson et l’engagement dans la vie, les deux pouvant parfois se rejoindre.

Que dire encore de ce numéro bien fourni ? Ah oui, la visite du Train théâtre, par David Desreumaux, David qui signe bien d’autres articles de ce numéro d’automne, et de si belles photos !

Le Train théâtre, scène régionale de Portes-lès-Valence, qui dispose d’une salle de quatre cent quarante-cinq places, et qui assure la diffusion, la création et la médiation de la chanson et des arts de la piste depuis de nombreuses années. Un engagement qui va bien au-delà de la Drôme : «  Le Train théâtre et Luc Sotiras sont également très présents dans le réseau professionnel national et francophone, membres et cofondateurs notamment de la Fédération des festivals de chanson francophone. ».

Enfin, n’oublions pas cette rencontre avec René Pagès, un passionné de la chanson francophone qui anime deux émissions hebdomadaires, sur R d’autan, radio associative du Tarn, Bella Ciao, depuis 20 ans, et Se(pt) de cœur. Emissions que je suis en différé, recevant chaque fin de journée le lien, un partage de passions, une véritable bibliothèque radiophonique, et des goûts sûrs, enfin à mon avis. Mais si je cite Julos Beaucarne, Pierre Barouh, Leprest, Brel, Barbara Weldens, entre autres, je sais que mon avis est partagé par tous les lecteurs de ce mook.

Et ce n’est pas fini !

David Desreumaux nous propose un portrait de Jacques Canetti, à l’occasion du 70 ème anniversaire des Trois Baudets, rencontre avec sa fille Françoise, qui gère aujourd’hui les Productions Jacques Canetti.

On suit le parcours de «  cet acteur essentiel et incontournable du spectacle vivant et de la chanson du XX ème siècle. » depuis sa naissance en Bulgarie, en 1009, son enfance, ses frères, sa mère veuve à 28 ans, sa grand-mère  voyageuse, ses études musicales, son immense culture et son oreille absolue, son attirance pour les inconnus, sa passion de découvrir et faire connaître de jeunes artistes, comme Félix Leclerc, moqué de tous au Canada, dans les années 50 qu’il amène en France : «  C’est mon père qui a eu l’audace de l’enregistrer dans un studio à Montréal et de le faire venir en France pour y faire ses débuts. ».

Jacques Canetti qui a ouvert le théâtre des Trois Baudets en 1947, a toujours su recevoir « ce qui est nouveau avec une liberté totale. ». Et c’est là que Françoise, petite fille, a pu voir débuter Brassens, Brel, Boris Vian, Gainsbourg et bien d’autres. «  Les artistes savaient que Canetti n’était pas un homme de cour ! Et qu’auprès de lui, ils auraient un avis sincère. ».

A écouter Jacques Canetti Mes 50 ans de chanson, coffret de 4 CD sorti en 2015.

On termine avec la « fucking chronique » de Mad, et son été meurtrier. En effet, lui qui avait l’intention d’échapper à la mafia hexagonale, «  à la férule du Ceausescu de Clichy qui allait encore lui réclamer sa fucking chronique, avec son corps et mes cris. », a été rattrapé par Mick de Toulouse, et il a dû faire sa part et celle de Mick , distribuer jusqu’au dernier numéro d’Hexagone dans tout le Sud.  ! Une chronique savoureuse qui montre que si les mooksquetaires font un sacré boulot, ils savent aussi ne pas se prendre au sérieux.

Voilà, moi aussi j’ai fait ma part, ma part de lectrice, avec écoutes à l’appui et avec plaisir !

Si ces quelques notes de lecture vous donnent envie d’en savoir beaucoup plus, abonnez-vous, lisez, écoutez, et allez voir, sortez, choisissez  albums et livres dans ce super  marché bien achalandé ! Faites vivre et prospérer cette belle équipe au service de la chanson, et les artistes qui nous enchantent.

Danièle Sala

Photo Barbara Weldens: Martine Fargeix, autres photos archives NGabriel.

 

Et pour savoir comment vous abonner, mademoiselle Flavie vous attend, ici : clic

BARBARA l’Exposition, à la Philharmonie…

13 Oct

Ce vendredi 13, Barbara vous attend dans la belle salle de la Philharmonie dans la Cité de la Musique à La Villette.

Parcours dans les sentiers de sa vie, avec de nombreux extraits vidéo rares, des documents précieux, des messages sur son répondeur…

  • des manuscrits, des cahiers de notes et de chansons qui naissent
  • des photos, portraits d’artistes, posés ou sur le vif,  ou presque

 

 

 

 

 

 des invitations à un moment à Précy-sur-Marne,

 

Photo Vincent Josse

Clémentine Deroudille,  commissaire de l’exposition: C’est l’association Perlimpinpin, créée lors de la vente ­publique de ses affaires qui m’a fourni des costumes, des carnets. Et d’autres qui l’ont connue et aimée, fans, proches, célèbres ou anonymes. Tous lui sont apparus heureux qu’il se passe « enfin quelque chose » autour de Barbara. « Je n’avais jamais ressenti une telle atmosphère d’amour autour d’un projet d’expo! Peut-être parce que Barbara, si gaie, savait aussi se montrer difficile. Il fallait prendre sur soi pour continuer à l’adorer. »

Depuis quelques années Clémentine Deroudille a été à l’origine, conception et réalisation de grandes expositions, autour de Robert Doisneau, de Brassens, et ses expositions sont toujours des œuvres de grande qualité qui donnent au public la possibilité d’entrer un peu dans la vie d’artistes majeurs.

Et cette exposition Barbara est aussi un chef d’oeuvre. Prenez note du programme, et des soirées chansons qui en font partie, ce seront des moments rares.

Tout est d’une classe et d’une élégance exceptionnelles, ces quelques images devraient être une incitation à y courir, et vous y reviendrez sûrement avec des amis à qui vous voulez du bien.

 

Pour les infos, les horaires , le programme, clic sur le piano,

PS:  si vous l’avez raté, allez replayer et podcaster  le grand atelier de Vincent Josse, autour de Barbara, c’est une référence.

Clic sur le micro,

 

Norbert Gabriel

Lettre ouverte à un chanteur égaré

12 Oct

Cette lettre d’actualité publiée le  9 octobre 2017 par Nilda Fernandez pose aussi la question de l’engagement en chanson, à vous de voir…

 

Cher Lluis Llach, ex-collègue et actuel chasseur de vautours,

Je réagis à ton tweet qui qualifie de « vautours » ceux qui ont défilé dimanche à Barcelone pour dire leur attachement à l’Espagne. Il étaient près d’un million de gens normaux, beaucoup moins aisés que toi, moins « éduqués » peut-être, mais qui s’exprimaient pour la première fois. Parmi eux, bien sûr, des nostalgiques du vieux régime fasciste que ta famille a ardemment soutenu, mais pas seulement. Quoi qu’il en soit, Lluis, les artistes populaires que nous sommes ne peuvent pas être si dédaigneux envers leurs semblables. Même quand ceux-ci ne font partie de leur « clientèle ». Et je sais de quelle manière tu soignes la tienne. Je me souviens que tu n’as pas voulu chanter en français quand nous avions mêlé nos répertoires au festival des Francofolies. Tu m’as dit : Je ne pourrai pas. Ceux qui me suivent ne le comprendraient pas. Je chanterai mes chansons, je traduirai un refrain ou une strophe des tiennes en catalan, mais pas plus.  J’avais trouvé ça grotesque, même grossier, puisque j’allais chanter avec toi … et en catalan. Sans parler de cette façon si stupide de défendre une langue.

Le concert fut un triomphe. Les gens applaudissaient, trépignaient, pleuraient d’émotion face à deux artistes se partageant la scène. À la fin, dans un mouvement d’enthousiasme et de reconnaissance, je t’ai saisi le bras et nous avons chanté une « Vie en Rose » d’Edith Piaf improvisée. Cela ne t’a pas plu. Dans les coulisses,  quand le directeur de l’Olympia est venu me dire: C’est l’un des plus beaux concerts de ma vie. L’Olympia est pour vous quand vous le voudrez ,  tu es resté enfermé dans ta loge, amer, sombre, dépourvu de générosité.

Lluis, nous sommes deux artistes populaires, admiratifs l’un de l’autre, tous deux nés en Catalogne, mais de lignées très différentes, presque opposées. Moi, petit-fils de prolétaires andalous émigrés à Barcelone, fils d’émigrants, espagnols et protestants, vers la France. Toi, fils et petit-fils d’une petite bourgeoisie rurale de tradition réactionnaire. Moi, enfant, donnant des coups au directeur d’école, tandis qu’on chantait le Cara al Sol phalangiste. Toi, adolescent, affilié aux groupes de la «catholicité» franquiste. Moi, artiste d’une «Chanson française» tétée depuis l’enfance. Toi, enveloppé dans «La Nova Canço» catalane, que soutenait la maffia bancaire, corrompue et opusdéiste.

Aujourd’hui je t’écris depuis Sants, le quartier ouvrier de mon enfance. Tu es devenu millionnaire et député. Moi, entre Barcelone Paris et Moscou, je continue d’être d’où je suis. Je sors dans la rue, dans les manifestations, bavardant avec tous, lisant la presse de tous bords, découvrant les ruses de ceux qui, de Barcelone à Madrid – en passant par n’importe quelle partie du monde – n’aiment pas leur pays ni ses gens, mais les entraînent derrière leur propre ambition et leurs intérêts déguisés en partis politiques.

Tu nommes « vautours » ceux qui s’abritent sous un autre drapeau que le tien. Malheureusement, Lluis, tous les drapeaux sont sales et personne ne nous protège. Alors, dis ce qu’il en est, s’il te plaît. Va dans la rue. Persuade nos concitoyens de ne pas former des troupeaux menés par des loups. A défaut de le faire, tu seras anéanti par la misanthropie, le mensonge et le ressentiment.

Nilda Fernandez

Le 24 Octobre

Nilda Fernandez persiste et signe

Deux mafias règlent leurs comptes

Quelle triste peine de constater qu’en ce début de XXIe siècle si mal engagé mais si bien informé, il se trouve encore des personnes pour ne pas accepter de voir que la situation désastreuse en Espagne est le fait de deux bandes rivales, deux féodalités attardées : l’une incarnée par Mariano Rajoy, parrain d’un parti corrompu basé à Madrid, et l’autre par Carles Puigdemont, politicard basé à Barcelone ! Grâce au thème de l’indépendance, voulue ou combattue, d’un territoire catalan habité à 60% par des « non-autochtones » (c’est-à-dire les descendants de l’émigration intérieure andalouse, galicienne, castillane…), les turpitudes, les magouilles, des uns et des autres sont reléguées au dernier banc.
Pourquoi donc s’aveugler, s’habiller de naïveté, au point de vouloir s’interposer entre un govern catalan héritier d’un Jordi Pujol corrompu qui a soutenu (contre rémunération, bien sûr) tous les représentants successifs de l’Etat espagnol (Suarez, Gonzalez, Aznar, Zapatero…) et un gobierno espagnol tout autant corrompu, héritier d’un franquisme new look, qui s’est largement servi de la Catalogne pour maintenir la cohésion du pays ?
Sous peine d’en être les complices et les dindons,  de corrompre notre jugement, qu’on les laisse donc continuer la farce et régler leurs comptes, mais qu’on ne blanchisse pas l’un au détriment de l’autre. Tous deux sentent mauvais, tous deux ne servent que leurs intérêts contre leurs peuples auxquels ils doivent tout. Ils sont à combattre également.
Je n’aime pas les nations, fruits de nos guerres et nos xénophobies. J’aime les langues et les habitudes, la culture de ceux qui les parlent. Mais celles-ci n’ont jamais dessiné des frontières qui ont toujours servi à asseoir les pouvoirs, les dominations, et à nous diviser.

Nilda Fernandez

Barbarie Barbara, le noir couleur lumière

12 Oct

Joueuse, joyeuse, malicieuse, sensuelle, grave sans être pesante, légère sans être futile, Barbarie fait vivre Barbara loin des clichés ultra éculés de la chanteuse en noir-minuit.

Ici c’est le noir couleur lumière qui donne aux chansons des couleurs vives et vivantes. Des chansons élues, choisies pour partie parmi les moins connues. On ne va pas chercher à caresser le public dans les sens de la nostalgie avec les incontournables ad libitum. Barbarie a fait le pari de mettre en avant un parcours de femme qui chante, dans lequel elle a découvert a posteriori des correspondances, des échos avec une partie de son propre parcours, géographique, comme un clin d’oeil amical. Qui justifiait pour elle cet essai réussi. Le second. Pour le premier, l’idée d’un spectacle Barbara était en filigrane, mais pourquoi ? Il y avait déjà pas mal de choses, que dire ou faire de plus ? Et puis après avoir vu quelques uns de ces spectacles, avec sa musicienne complice, la question : «  Faut-il faire quelque chose ? » a eu sa réponse, oui.

Dans la déferlante d’hommages qui vont occuper l’automne 2017, et au vu des répertoires retenus, tous plus ou moins copiés-collés sur une même play list, Barbarie offre un regard plus affiné, et Robert Doisneau aurait pu en dire,

Bon sang, mais c’est une radiographie. Vous avez regardé à l’intérieur ce qui n’est pas exposé à l’étalage.

C’est exactement le ressenti, oublions les clichés réducteurs, femme-piano, longue dame brune, que l’image perpétue ad nauseam. On sait maintenant que la vie de Barbara, hors scène, se passait en couleurs dans son jardin de fleurs, sous le soleil de Précy, et pas uniquement dans les soirs de piano au coin du feu. Et quand Barbara évoque le noir, c’est le noir couleur lumière.. Ce que montre Barbarie, les jours follement bigarrés d’une amoureuse de la vie, battante, dansante en voltes et virevoltes, comme une tarentelle cette danse thérapeutique du Sud de l’Italie…

Mention personnelle spéciale à la Lettre à Jacques Brel, et à  La fleur la Source et l’Amour , à vous de découvrir le reste.

Et en sortant de ce spectacle, ce n’est pas au cimetière qu’on a envie d’aller, mais au bal, dans le petit bois de St Amand

NB, le poids des images.

Barbara est apparue à la télé dans des années où il n’y avait qu’une chaine, en N&B, et pour la génération des premiers admirateurs, c’est cette image qui reste en sur impression, la chanteuse de minuit toute de noir vêtue. Et puis les décodages ultérieurs de quelques chansons sensibles ont perpétué, voire aggravé le préjugé. Beaucoup sont restés à la surface, à l’étalage.

Paradoxe inattendu, après ce spectacle remarquablement éclairé, ce sont les photos traitées en N&B qui sont les plus lumineuses, à vous de voir…

 

En bonus final, la photo de la belle équipe, avec la pianiste, trop loin derrière  son piano pendant le spectacle,

Les belles lumières du spectacle sont l’oeuvre du maître Stéphane Dutoict, un grand merci.

Norbert Gabriel

Et l’album est disponible dans la petite boutique des merveilles, voyez avec le chat, il vous guidera.

Anne Sylvestre 6 Octobre

9 Oct

Merci à Jihel pour cette image qui résume tout.

On a fait une grande et belle ballade, sur ses chemins de mots où les plus anciens retrouvent des traces familières, et les plus jeunes s’y reconnaissent assez bien si on en juge par un public très intergénérationnel. (Mes deux voisines avaient bien 60 ans à elles deux)

C’était le 6 Octobre, la première des 4 soirées à guichets fermés dans cette belle et grande salle le 13 ème art, place d’Italie

Une ballade qu’Anne Sylvestre fait dans ses carnets de notes, pour ses 60 ans (et quelques mois) de scène, elle a débuté en 1956, et elle chante toujours avec les mêmes convictions passionnées et rebelles.

Tous les éloges ont été dits, avec parfois les poncifs les plus éculés, elle est une dame, elle est grande, elle fait des chansons et hop, c’est parti pour … N’en jetons plus. Les jupons sont pleins.  Artiste majeure de la chanson, son œuvre sera bientôt disponible en intégrale chez EPM. Avant Noël.

Ce 6 Octobre dans ce grand théâtre, et vu du fond, il m’a semblé que les chansons d’Anne Sylvestre prenaient une dimension nouvelle, magnifiées par l’espace, tout comme la large scène lui donnait un décor grandiose et sobre, superbement éclairé par Rouveyrolis, montrant dans ce panorama cinémascope son trio de musiciennes, le piano de Nathalie Miravette, côté jardin, et le duo Isabelle Vuarnesson et Chloé Hammond côté cour. Un écrin musical parfait, avec violoncelle et clarinettes pour quelques diamants éternels..

©David Desreumaux2017

Cette photo a été empruntée à l’excellent David Desreumaux, ne lui répétez pas – que je lui ai piqué sa photo- mais vous pouvez lui en faire compliment.

Rien d’autre à ajouter, mais  il y aura peut-être une autre soirée pour celles et ceux qui ont manqué ces 4 jours, le dernier étant le mardi 10 octobre.

 

Le FB de Jihel, c’est là, la visite est savoureuse ——–>

 

 

Norbert Gabriel

L’écho des soûlots…

7 Oct

Dans la course aux belles çonneries, Gégé vient de dépasser Dédé*, mais tout  espoir n’est pas perdu, la course continue…  Comprend qui peut…   Merci à JIHEL pour son coup de pinceau, juste un petit bémol, les  ânes ne sont pas si bêtes que ça..

 

Pour la bande son, j’hésite entre  « L’air de la bêtise » et  » Le roi des cons« … Brel ou Brassens? J’ai mieux une chanson d’Anne Sylvestre qui parle de langue … si vous voyez …(Dédicacée à Gégé bien sûr..)

Norbert Gabriel

 

Le noir couleur lumière, Barbarie, Barbara…

4 Oct

Dernière heure !

 

Il est peut-être encore temps pour avoir quelques places pour le spectacle…  Mais, il y a un album, et dans la déferlante de spectacles-hommages-albums, celui-ci tient une place particulière, par la finesse de l’interprétation, par un choix dans lequel on a l’impression de découvrir des inédits de Barbara, avec quelques chansons peu connues, et largement ignorées par la majorité des artistes qui « reprisent » et s’il n’en faut qu’un ce serait celui-là. Mention particulière à Gauguin, et L’enfant laboureur.

L’album est disponible entre autres chez MistiMusicShop, qui est à la chanson ce que Fauchon est à Lidl… (Lettre à Elise..)

 

Et rendez-vous lundi à l’Européen…  ou mardi ici même pour les échos.

Norbert Gabriel

La photo et le spectacle

2 Oct

En préambule, voici ce que dit Doisneau :

Suggérer, c’est créer. Décrire, c’est détruire.*

Et en application concrète, cette photographie de Carolyn Caro, qui donne une furieuse envie de s’intéresser à Charlie Winston,

Le spectacle vivant, en général, c’est Son&Lumière, la chanson, c’est Parole&Musique, et quand on a des vélléités de trouver l’image qui reflète ce qu’a été le spectacle, ce qu’exprime l’artiste en scène, il faut aussi la complicité créative des éclairagistes ; selon un principe qu’applique Stéphane Dutoict, un des maîtres du genre «  Eclaire bien les artistes que j’entende bien les paroles » Une évidence que personne ne remet en cause au théâtre ou à l’opéra, mais souvent moins bien comprise dans la chanson, où des choix de lumières crépusculaires handicapent parfois gravement le spectacle. Mais miracle de la technique photographique, avec les boitiers performants, on peut faire une belle image d’une scène que le spectateur en salle n’a pas vue, ou si peu… Là il y a une sorte de trahison, la vitrine montre ce qu’on ne verra pas à l’intérieur. Et dans cette même ligne, les performances du matériel, il est assez aisé de faire des images techniquement parfaites, qui vont ravir les photographes aimant davantage leurs photos que les sujets qu’ils immortalisent. Ou assassinent en toute bonne conscience. Souvenir douloureux d’une photo d’Allain Leprest – techniquement parfaite- dans laquelle un lecteur non averti verra une sorte de tueur psychopathe halluciné plus qu’un auteur chanteur humaniste. Ce n’est pas ce genre de photo qui peut inciter les amateurs à découvrir Leprest. Quand à ceux qui l’ont connu, dans l’ensemble, ils ont été horrifiés.

Autre image de Carolyn Caro qui fait revivre un moment de spectacle, peut-être plus suggestif avec le N&B, qui laisse au lecteur une part d’imagination personnelle, en y mettant ses couleurs, j’entends déjà le son de Léopold Tellier et ses cuivres lumineux.

 

 

 

Et pour rester avec la famille Tellier un portrait qui renvoie bien ce  qu’exprime le chanteur, Helmut Tellier, ou qui donne envie d’aller les voir en scène, en ayant la quasi certitude qu’on retrouvera ce que dit la photo, « si la photo est bonne, qu’on m’amène ce jeune homme » chantait Barbara… Quoique dans ce cas.. mais c’est une autre histoire.

 

 

 

Autre image, Asaf Avidan, entendez-vous sa voix ?

Et Didier Wampas, dans ses œuvres…

Pour terminer, ou ouvrir d’autres pages sur le sujet quelques points de vue de photographes en complément de celui de Robert Doisneau, chacun étant une des règles de vie qui me semblent essentielles, j’ai bien dit « qui ME semblent.… »

John Stuart Mill :« La photographie est une brève complicité entre la prévoyance et le hasard. »

Richard Avedon :« Un portrait n’est pas une ressemblance. Dès lors qu’une émotion ou qu’un fait est traduit en photo, il cesse d’être un fait pour devenir une opinion. L’inexactitude n’existe pas en photographie. Toutes les photos sont exactes. Aucune d’elles n’est la vérité. »

Roland Topor : « On reconnaît facilement le photographe professionnel au milieu d’un troupeau de touristes : c’est celui qui cache son appareil. »

Et pour quelques images de plus de Carolyn, c’est dans l’oeil ——>

 

 

*Suggérer, c’est créer. Décrire, c’est détruire… Proposition particulièrement pertinente quand l’extrême définition de certains portraits donne plus à voir de la photo médicolégale  qu’artistique. Il y eût un temps où les portraits faits à la chambre 30×40 étaient adoucis par un tulle posé devant l’objectif…

Norbert Gabriel

Musicalarue : entretien avec Matmatah

29 Sep

 

C’est avec une pure joie qu’à l’instar des publics d’autres villes où la tournée de Matmatah fait escale cette année, les festivaliers de Luxey s’apprêtaient à accueillir le groupe reformé, neuf ans après sa séparation. La joie hélas fut de trop courte durée -le temps de 6 chansons pour être exact-, avant que les orages d’une tempête démentielle ne contraignent les organisateurs à interrompre le concert et annuler la fin du festival. Drôle de sort pour des musiciens qui, quelques heures auparavant, en fin de conférence de presse avaient lâché d’une provocation ironique : « Ah bon ? Le concert n’est pas annulé ? ». A en juger par le déluge qui allait s’abattre sur Musicalarue, et qui, soit dit en passant, n’entamait visiblement ni l’obstination des membres du groupe à terminer héroïquement la chanson « Au Conditionnel », trempés jusqu’aux os et menacés par les rafales qui balayaient la scène, ni la persévérance du public à rester sur place sous les éclairs encore une bonne heure, accroché aux mâts de quelques drapeaux « Gwenn Ha Du » dansant au vent, comme à l’espoir de voir les musiciens rallumer les amplis et reprendre les instruments, Matmatah nous avaient amené l’humour breton avec la météo brestoise aussi. Autant ne pas le nier : nombreux sont ceux à souhaiter un retour du groupe à Musicalarue l’an prochain. Car aussi bref fut-il, ce concert scellait le plaisir de retrouver intactes l’énergie et les harmonies de la formation, aguerrie par le vécu humain, grandie par le temps qu’elle s’est laissé pour respirer, et revenue vers nous avec la conviction d’un propos musical et la fraicheur d’une écriture acérée et subtile qui ont d’autres choses à dire. Et des choses à dire, il en est question dans le dernier album du groupe, « Plates Coutures », sorti cette année même, où loin de se répéter, Matmatah emperle 11 chansons animées d’un regard confident, et, bien que poétique et humble, lucide et perspicacement interrogateur sur des thématiques qui interpellent le sens de notre société humaine (« Nous Y Sommes », « Marée Haute », « Overcom »), la conscience civilisée (« Petite Frappe », « Peshmerga ») et la fragilité des relations intimes (« Toboggan », « Entre les Lignes »). Et il en fut question  lors de l’entretien que trois des quatre membres, Eric Digaire (basse), Benoit Fournier (batterie, percussions) et Emmanuel Baroux (guitare), rejoints par le musicien additionnel Julien Carton (claviers, harmonicas) nous accordaient un peu plus tôt.      

 

– Messieurs, bonjour et merci de nous accorder un entretien pour parler de votre dernier album. La chanson « Nous y Sommes » aborde le thème du transhumanisme. Quelle est l’idée que vous souhaitiez y exprimer ?

– Eric : On ne peut pas en parler, parce qu’on a déjà pas compris de quoi ça parle en fait. C’est Stan [Tristan, chanteur et guitariste] qui a amené le sujet.

– Manu : Et comme on n’est pas sûrs que lui-même ait compris ce qu’il a écrit…

– Eric : Je pensais que c’était par rapport aux moutons.

– Manu : Non, ça, c’est la transhumance.

– Eric : Est-ce que vous avez déjà lu un Astérix ? Quand on ouvre la première page d’un Astérix, on voit la carte de France avec une loupe sur un petit village, et ça commence comme ça. On se posait la question, en essayant de prendre le maximum de recul, à l’inverse de cette loupe, de réduire l’Histoire et le temps et de savoir ce qu’on est en train de faire en tant qu’espèce humaine sur une planète. On a tous entendu dire qu’il y avait plein de dinosaures, et qu’après l’ère glaciaire ou les météorites -peu importe-, l’évolution, le darwinisme, la foi… Il s’agit juste, en prenant plus de recul que de regarder uniquement notre société occidentale ces 20 dernières années, de se dire « qu’est-ce que l’homme est en train de faire sur cette planète et vers où va l’évolution ? ». De toute façon, on est dans la merde ; on le sait. Mais va-t-on réussir à résorber ça ? Est-ce qu’il va se passer quelque chose ?

– Manu : Est-ce que c’est vraiment de notre faute ?

– Eric : Est-ce que ce n’est pas juste pour ça qu’on est faits ? Je pense que n’importe quelle espèce, quand elle est en surpopulation, arrive à disparaitre, et c’est fini. Voilà, ce sont juste des questions, comme si on était partis très loin de notre terre  et qu’on était quelqu’un capable de regarder cela comme quand on nous apprend l’Histoire, en nous parlant de l’assassinat de l’héritier du trône d’Autriche-Hongrie qui a entrainé telle et telle chose, et qu’on nous la résume à un enchainement, alors que les gens qui vivaient l’époque ne voyaient pas forcément le lien entre un assassinat et les élection en Allemagne et le reste. Donc on se pose la question de savoir s’il n’y a pas un déterminisme là dedans, si on n’est pas de toute façon là pour foutre la planète en l’air.

– Julien : Ou pour nous foutre nous en l’air !

– Manu : A priori la planète nous enterrera. Donc on va se faire une grande partouse de fin de civilisation !

– Eric : Ça a un cote « danser sur les braises ».

– Julien : Breiz ! Danser sur les Breiz !

– Eric : Mange donc quelque chose, toi.

 

– Le titre « Overcom », quant à lui, parle du problème de la surinformation, de l’abondance incontrôlée d’informations. Mais notre société sort quand même –et n’en est pas encore totalement sortie- de décennies de contrôle des canaux officiels d’information par le pouvoir étatique, puis les potentats économiques qui détiennent les grands médias. Alors de l’absence de contrôle ou du contrôle total, lequel est le pire des maux ?

– Manu : Là, c’est noyé dans la masse, tout simplement. On peut avoir n’importe quelle opinion religieuse, politique ou de ce qu’on veut, on trouvera sur internet un site pour nous, que l’on soit communiste, borgne, unijambiste, intégriste du jambon… C’est un peu pathétique, mais comme le dirait notre manager : « comment is the new content ». C’est-à-dire qu’aujourd’hui, c’est la culture du commentaire permanent. C’est une façon finalement de ne plus avoir de contenu. Quand Tristan a écrit la chanson, il n’y avait pas encore eu l’affaire de Trump avec les « faits alternatifs ». Le fait alternatif, c’est quelque chose qui est arrivé, mais dont on ne sait pas si c’est vraiment arrivé. C’est comme le docu-fiction, un peu étrange.

– Eric : Et comme tu dis, avant, il y avait une information à laquelle tu étais censé croire, et si tu n’étais pas content, tu pouvais en prendre une. Et on a vu cette évolution vers l’immédiateté arriver, avec quelques gros titres comme « 3 morts dans un accident d’avion », et puis quelques instants après, ils ne sont plus morts, et en plus c’était un accident de train, et finalement il n’y a jamais eu d’accident, mais une alerte à la bombe et un retard à la gare SNCF de Poitiers. On travaille forcément avec la presse, et on voit cette espèce de course à l’info, lors de festivals par exemple, avec le journal de presse quotidienne qui va titrer « succès intégral » avant même que le concert soit fini, sans même savoir si le concert est allé jusqu’au bout. On a fait un concert avec un incident, donc une pause de 25mn au milieu, et un journal avait déjà écrit qu’on avait mis le feu toute la soirée et que le concert était trop bien, et n’a pas dit un mot sur l’interruption du concert. Mais il avait titré avant son concurrent. Cette absence de vérification interroge. C’est ça qui est bien avec les thèmes de cet album : pour écrire des chansons, il faut avoir des choses à dire, donc il faut vivre des choses. Et là, par la force des choses, sans l’avoir décidé, on a eu 8 ans pour regarder, pour découvrir une vie normale aussi, parce que forcément à tourner pendant 15 ans, on ne vit pas normalement. Et donc on a pris le temps de s’intéresser et d’observer. Donc en mars 2017, on n’a pas sorti un album qui ne parle que de ce qui s’est passé pendant le temps d’écriture de l’album. Une chanson comme « Overcom » parle de cette dérive qu’on voit arriver depuis plusieurs années au même titre que tout le monde.

 

 

– Mais n’est-elle pas arrivée justement, engendrée par un besoin de démocratisation et un sentiment, légitime ou pas, que l’information semblait manquer de liberté et de neutralité ?

– Eric : Il y a du bon partout. C’est comme dans le métier de la musique : l’immédiateté des réseaux sociaux fait que n’importe quel groupe peut rencontrer un public, et on a vu des gens émerger comme ça, simplement parce qu’ils avaient mis des vidéos sur Youtube qui avaient eu des millions de vues. Donc ça a un intérêt, et pour l’information aussi. J’en discutais avec mes parents qui me disaient qu’avant il n’y avait pas autant de faits divers et de meurtres. En fait si ; il y en avait autant, sauf qu’avant tu ne le savais pas, si ça ne se passait pas dans le village d’à côté. Aujourd’hui tu peux savoir ce qui s’est passé à l’autre bout du monde. Forcément tu prends plus peur ; mais en même temps tu peux accéder à l’information. De notre point de vue, il y en a juste un peu trop. Quand Stan dit « il est temps de retirer la merde sur les ondes », ça ne signifie pas que tout est de la merde, mais qu’il y en a quand même une partie.

– Benoit : Ce que ça révèle, c’est un problème : on a des outils, et on se sent obligés de s’en servir. Alors que des fois on ferait bien de fermer sa gueule. Ce n’est pas parce qu’on a des outils à disposition qu’il faut obligatoirement s’en servir. Il y a des gens qui s’en servent intelligemment, quand ils ont des choses à dire ; et il y en a qui s’en servent tout court et constamment.

– Manu : Et on subit une espèce de culpabilisation : si on n’est pas hyper connectés, on est trop ringard. Et ça marche bien sur les gens âgés : dès qu’ils ont BFM  TV, comme ils ont été élevés au 20h et que c’était quelque chose d’énorme d’avoir l’information, ils sont scotchés dessus et peuvent regarder ça pendant 8h. Hein, maman ?

 

– Lorsque vous vous étiez retrouvés en 2015, après ces 8 années de séparation, pour la sortie de votre compilation « Antaology », vous aviez déclaré que vous ne remonteriez pas sur scène pour jouer des vieilles chansons. Comme nous sommes en festival, le public attend aussi certainement que vous jouiez vos titres les plus populaires. Quelle est votre position vis-à-vis de cela ?

– Eric : Qu’on ne jouerait « pas que » les vieilles chansons. On est toujours montés sur scène pour défendre nos chansons. On dit souvent que les premiers à séduire, c’est nous-mêmes. On doit avoir envie de monter sur scène ; on doit avoir envie de présenter nos chansons à des gens. Donc on fait une tournée, parce qu’on a fait un album.

 

– Vos propos auraient-ils été mal retranscrits par le journaliste et déformés par l’oubli de ces trois lettres qui changent le sens d’une phrase ?

– Benoit : C’était ça ; il manquait juste le « que ».

– Eric : C’est ça qui est plaisant pour nous aujourd’hui : on arrive avec 5 albums, dont on a décidé des chansons qu’on allait jouer pour la tournée de salles et la tournée de festivals. On voit des groupes qui sont sur leur première tournée, et qui du coup font quand même pas mal de reprises, car il n’y a pas assez de morceaux à eux. Il y a des chansons qu’on joue, parce que ça nous fait plaisir de les jouer, des chansons qu’on joue, parce qu’elles se prêtent  dès la création et l’enregistrement à un début de concert, et des chansons qu’on joue, parce que ça devient un spectacle pour nous. Quand on balance « Lambé », on n’apprend plus grand-chose musicalement, parce qu’on sait la jouer. Il n’empêche que dès les premiers accords, on voit tout le monde qui repart en 1998, et on prend un vrai panard. On a eu la chance de discuter avec Thiéfaine, autour de débats au sujet de Noir Désir qui ne jouait plus certains titres, qui nous avait dit : « moi, j’ai « La Fille du Coupeur de Joints » ; vous, vous avez « Lambé » et « L’Apologie ». Vous faites partie des « élus », alors fermez vos gueules et continuez d’avancez ; aujourd’hui la chanson appartient au public et tant que le public la réclame, fermez vos gueules ».

– Manu : Non, il avait dit : « ferme ta gueule ». Il n’a pas dit : « fermez vos gueules ». Il s’adressait à toi !

– Eric : Oui, c’est ça. Enfin il y avait un débat en cours dans les loges d’un festival à ce sujet, avec Louise Attaque aussi qui ne jouait plus « Je t’emmène au vent », et on disait que si un titre a permis que le public rencontre un groupe, de quel droit le groupe retirerait ce titre au public ? C’était notre point de vue ; puis il y avait les autres qui disaient qu’on a le droit d’évoluer et qu’on n’est pas obligés de jouer tout le temps les mêmes titres. Au début de la soirée, tout le monde était dans un rapport assez cordial, et à la fin de la soirée, tout le monde se foutait sur la gueule, et puis c’était marrant.

– Manu : Après il ne faut pas avoir peur de créer des choses. Si on ressert toujours la même soupe, déjà on finit par nous le reprocher, et puis ça devient pathétique. Mais les gens ont quand même pris un billet. Par exemple sur cette tournée là, les places se sont vendues avant même qu’il y ait l’annonce d’un nouvel album. Donc on se doute bien que ce n’était pas pour ça que les gens venaient ; alors il y a quand même un minimum à leur donner.

– Eric : Et puis quand on vient en festival, on vient voir une compilation de groupes, et bien sur découvrir de nouveaux groupes aussi. Lou Reed avait fait une tournée une fois où il avait décidé qu’il ne jouerait aucun titre connu. Nous on a décidé le contraire, au même titre que plein de groupes. On a croisé M récemment avec sa création « Lamomali » : il a compris le métier comme on pense l’avoir compris aussi, c’est-à-dire qu’il a proposé de nouveaux titres et puis il a joué aussi « Machistador », « Je dis Aime », des titres qui ont permis aux gens d’avoir envie de venir le voir et de suivre sa carrière. On est dans cette couleur là. Il y a des titres qui font que les gens ont envie de venir nous voir en concert et de s’intéresser à ce qu’on fait, et on profite, dans le sens noble du terme, d’avoir des gens devant nous pour leur dire ce qu’on fait et où on en est, et les remercier d’être là.

 

– Tu parlais d’Hubert-Félix Thiéfaine à l’instant, et ça m’amène justement à une question, peut-être un peu anecdotique : le titre « Toboggan » sur votre album comporte-t-il une référence à la chanson du même nom qui clôture son dernier album « Stratégie de l’Inespoir » ?

– Eric : Non. Stan est arrivé avec quelques lignes et une petite grille d’accords, et il nous a demandé de dézinguer ça, parce qu’il avait livré ce qu’il avait à livrer. On s’est mis tous les 3 à essayer de trouver une couleur. Cette musique a une jolie histoire. On sentait que l’album allait être très énergique et on avait envie d’une pause. On fonctionne encore comme les anciens, avec des vinyles où il y a une face A et une face B, et on voulait un titre pour créer la transition entre les deux faces. Donc on avait envie de cette parenthèse et de prendre le temps. Et un jour on lui a demandé de quoi il parlait dans la chanson, parce qu’elle était, en tous cas sur les premières lignes, un peu fermée.  Et il nous a dit que ça parlait de l’appréhension des rencontres humaines, qui est la même que quand on monte sur un toboggan, parce qu’on veut vraiment y aller et qu’au moment de se lancer, on n’ose pas. On a trouvé l’allégorie jolie, et c’est devenu le titre de la chanson.   

 

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Miren Funke

photos : Loïc Cousin (2 ; 3 ; 5 ; 6 ; 8 ; 9 ; 10 ; 13 ; 15), Carolyn C (4 ; 12 ; 14), Miren (1 ; 7 ; 11)

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