Lady Do et Monsieur Papa … aux Trois Baudets.

17 Mar

Photos ©NGabriel 2019

C’est très chouette, dit ma petite voisine une jolie brunette de 4 ou 5 ans, avec un grand sourire, et ça résume bien l’idée générale. Pour commencer un aperçu de l’ambiance visuelle, on est dans le haut de gamme, jeux de lumières, ombres chinoises, un ravissement pour les yeux,  un  ballet d’images qui dansent avec Lady Do et Monsieur Papa, (Dorothée Daniel et Frédéric Feugas) malicieux et tendres partenaires dans cette fantasia de mots et de musiques à réjouir toutes les oreilles à tous les âges.  Si vous n’avez pas d’enfant de 3 à 6/7  ans, empruntez en un ou deux (et n’oubliez pas de les rendre ensuite) et en route vers les Trois Baudets, pour les SAMEDI 23 et 30 MARS – 15H00 et 45 mn de pur plaisir.  On se prend à rêver que toutes les scènes de chanson proposent des spectacles aussi aboutis, ce sont de véritables comédies musicales. C’est élégant, tonique, avec une touche d’impertinence, des mots habillés de toutes les couleurs musicales, petits ou gros, ils font une farandole pour dire, in fine, que

  L’amour rend beau, l’amour rend bête, l’amour remplume ma silhouette !  

A défaut de vous donner un aperçu musical  de ce spectacle aux Trois Baudets, voici quelques extraits de 2015, 

 

et la galerie diaporama ci-dessous vous fera rêver au moins pour 30 secondes, c’est toujours ça de pris, clic sur la première photo et ça défile …  C’était hier, samedi 16 Mars, et c’était très bien.

 

Dorothée Daniel a été présentée  en 2008 dans le N° 20 de la revue Le doigt dans l’oeil, (voir ICI  , page 7)  la chronique se termine par : Cet album porte plutôt l’idée que le prochain amour est au coin du chemin, malgré tout.  Prêt à y croire… Il n’y a pas de hasard ..

 

Norbert  Gabriel

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Bonjour Chanson…

15 Mar

Etat du Maryland

Il y a quelques  jours, plusieurs artistes de la scène vivante chanson francophone ont fait part de leur bonheur d’être programmés aux Etats Unis, grâce à  « Bonjour Chanson ».  C’est une bonne raison pour inviter Charles Spira à présenter cette belle histoire.
(Le Blog du Doigt dans l’Oeil)

 

 

Bonjour Chanson”, une série de programmes radio qui fait la promotion de la chanson de langue française auprès des Anglophones, vient de fêter son dixième anniversaire.  Les épisodes sont enregistrés à Baltimore aux Etats-Unis. Je vous invite à échantillonner quelques épisodes avant de décrire le parcours qui a mené à leur création.

Voici le  lien , clic sur la tour –>

Quand j’étais un petit garçon à Anvers en Belgique, j’assistais chaque samedi après-midi, avec ma mère et ma sœur à la matinée du music-hall « Ancienne Belgique ». Il y avait un orchestre, des acrobates, des jongleurs, des musiciens, des danseuses, mais chaque semaine, après l’entracte, il y avait un chanteur Francophone de premier  ordre. Edith Piaf, Charles Aznavour, Charles Trenet, Jacques Brel, Georges Brassens, Juliette Gréco, Jacqueline François, Gilbert Bécaud, Maurice Chevalier, je pourrais continuer longtemps à les énumérer. Je les ai tous vus sur cette scène et de près. Existe-t-il une plus belle introduction à la chanson française ?

Un merveilleux souvenir est d’avoir eu le contact des yeux avec Edith Piaf, qui voyait un petit garçon qui l’écoutait attentivement.  Le soupçon d’un sourire attendri se dessinait sur son visage.

Mais j’ai grandi :  l’Athénée (Lycée en France),  l’Université, études supérieures au Canada,  carrière professionnelle, séjour de 14 ans en Angleterre, mariage, enfants, activités professionnelles et en 1982 domicile permanent aux Etats-Unis. Pendant toutes ces années les souvenirs de « La Chanson » étaient en hibernation.   

Fin 2007, j’avais acheté une nouvelle voiture  avec un poste radio Satellite Sirius/XM. Parmi plus de 100 canaux de programmation j’avais bientôt découvert le canal « Sur la Route »  de Montréal, qui diffusait des chansons francophones 24 heures par jour. Les heureux souvenirs de mon enfance sont revenus instantanément.  Mais également une déception : les chansons étaient enchainées l’une après l’autre sans contexte, sans commentaire. En plus, soyons polis, beaucoup étaient médiocres ou pire.  Je me suis dit. «Je peux faire mieux

J’ai créé un script et engagé une compagnie qui a installé un studio temporaire dans le sous-sol de ma maison.  Bientôt j’avais une maquette que j’ai envoyée à un grand nombre de radios. Une station, KUT à Austin au Texas a répondu : « Je peux écouter cela.  Faites une Série et je la diffuserai. » C’était la naissance de « Bonjour Chanson ».

Dans les épisodes de « Bonjour Chanson » nous présentons les artistes incontournables d’hier à côté  de ceux qui remplissent les salles de spectacles aujourd’hui. Nous ne répétons jamais des chansons.

KUT a diffusé l’émission pendant plusieurs années, ainsi que WFYI à Indianapolis.  A présent deux stations canadiennes, CJUM-FM à Winnipeg, Manitoba et CFRC à Kingston, Ontario diffusent « Bonjour Chanson ».  En plus, nombreux sont ceux qui écoutent sur le site de PRX (The Public Radio Exchange, https://exchange.prx.org/) ou sur la page Facebook « French Language Popular Music for English Speakers ».

Vous voulez en savoir plus, ou vous avez des questions ?  

Contactez-moi ici –>

 

 

 

 

 

Charles Spira

 

Comme sur des roulettes, polar grinçant …

12 Mar

En fait de roulette, il faut bien intégrer que la roulette peut être celle du patin, celle du dentiste, et elle peut aussi être russe. Donc, le personnage-héroïne nous fait un état des lieux dans lequel la roulette est une sorte d’arme fatale employée par une psychopathe déterminée à tester « in vivo » les mille et une recettes de l’assassinat dans le cadre restreint de la conjugalité… Même si parfois il apparaît qu’elle pourrait bien élargir le champ des bénéficiaires. Une des questions utiles aux proches de l’auteure : qu’y a-t-il vraiment de l’auteur dans le personnage ? Et réciproquement d’ailleurs.

Pour faire le pitch de cette histoire un peu chtarbée quand même, disons qu’il s’agit de la révolte d’une femme quasi objet, ou considérée comme telle par presque tout le monde. Et si elle n’a pas la possibilité matérielle de vous mettre un crochet du gauche ou un uppercut du droit, elle a les neurones qui turbinent superwoman version serial killeuse. Il est donc conseillé de ne pas trop lui piétiner les roulettes, surtout avec de bonnes intentions dégoulinantes de compassion ostensible. Meilleure façon de rejoindre le panel des cibles à éliminer.

S’agissant d’un polar, que dalle pour évoquer le dénouement, sera-t-elle une veuve joyeuse ayant atteint son but ?? Une Landru femelle ou une Marie Besnard multirécidiviste ?? Ou la digne héritière d ‘une tradition familiale ? Je ne dirai rien, faudra y aller voir vous même.

Prototype en cours de construction…

On comprend vite que les roulettes sont celles d’un fauteuil de 200 kgs, de ceux qu’on qualifie pudiquement d’assistant mécanique pour personnes à mobilité réduite, on comprend aussi très vite que cette Terminator myopathe autotractée est une préfiguration extrême de ce que peut arriver à tout le monde, simplement parce qu’un jour ou l’autre, plus ou moins proche, on arrive à son insu de son plein gré, à l’état d’humain au ralenti… Sur le plan moteur ou cérébral.. Et si dans ce cas on n’a plus toutes ses jambes mais toute sa tête, on va vite trouver insupportable les a priori condescendants qui renvoient à un infantilisme humiliant.

C’est le vécu de presque tous les héros presque semblables au personnage de ce polar, et en essayant d’imaginer que des braves gens commencent à me parler comme à un enfant de 3 ans pas très dégourdi parce que j’ai l’âge d’être leur grand-père, donc ramolli du bulbe, ça me fout la rage et l’envie de commander une canne fusil, au cas où … Déjà que ça m’énerve ces jeunes personnes de 20 ans qui se lèvent dans le bus ou le métro pour me laisser leur place, c’est insupportable de voir aussi les  »grandes personnes » de la profession rejoindre la cohorte des sachants qui savent eux, ce qui est bien pour les autres qui ne sont pas comme eux… J’me comprends…

Ce bréviaire de l’assassinat dans le cadre de la conjugalité bien tempérée est en vente libre (oui quand même…) et c’est là :

  clic sur la plume –>

 

et là, pour ebook:

ebookMais sans garantie de bonne fin des propositions assassineuses…

Last but not least, si vous croisez Béluga, ne lui dites pas qu’il est un gentil minou, c’est comme la Machiavel  des myopathes, il a le tempérament susceptible avec les compliments guimauve.

Signé Old Timer Norbert Gabriel

Calamity John , la suite…

3 Mar

Deuxième salve..

Avant de revenir dans la salle, faisons un passage sur la scène, car nos amis les artistes méritent aussi (et surtout) qu’on s’intéresse à leur cas, car si on s’aventure dans des salles de spectacle, c’est d’abord pour eux, sauf quelques rares exceptions de spectateurs égarés dans un lieu où ils ne soupçonnaient pas qu’on y chantât…
Parce que l’activité primordiale est le verre et la fourchette, voir chapitre précédent.
C’est là ————————————->

Ordoncques, qui aime bien chatouille bien, c’est parti pour quelques grincheries de saison… Quoi que, les saisons y en a plus, ou alors il y a toujours une raison de gronchonner. Commençons par le début, le début théorique du spectacle. Le public est bien installé, noir dans la salle, un temps variable s’écoule -très lentement- et quelqu’un apparaît sur scène car il y a un peu de lumière. Là, au milieu, il y a un … micro ??? Ça alors !! Et s’il était branché ? On sait jamais, va falloir le mettre à la bonne hauteur, c’est pas facile, un salopard a serré ce truc, mais, gnnnniii, ayé il est réglable, faut le mettre à la bonne hauteur, la bouche par exemple, c’est mieux, on le tapote un peu, pour voir, des fois ça marche tout de suite… Et si l’artiste a une guitare, il faut farfouiller par terre pour trouver un fil qui, miracle, se branche sur la guitare. Devant ce prodige inespéré, l’artiste se dit in petto, et si j’en poussais une ?? Mais avant, juste pour savoir, au cas où, il pousse son cri à la cantonnade : « Est-ce que vous êtes là ?  » C’est fou, non ? C’est pas comme s’il y avait eu des affiches à son nom, avec la date, l’adresse du lieu et l’heure, tout ça… Dans ce cas là, moi qui trouve toujours la réplique qui tue un jour après, me vient une réponse à la Bigard :

  • Bin non connard je suis chez le maraîcher du coin et j’achète des salsifis de Pierre-Bénite… (bio, les salsifis ..)

Toutefois, il y a des spectateurs moins malengroins qui répondent poliment :  « OUIIIIIIII » ce serait marrant qu’ils gueulent « NON » sur l’air des lampions… (ou une variante de « la pêche aux moules » en lambada gaélique) Et enfin, ça va commencer. J’ai déjà le sentiment d’avoir perdu 3 heures, en quelques minutes… Après c’est selon, parfois ça se passe bien … Mais pas toujours, il arrive, par quelque satanique inspiration que nous soit balancé entre deux chansons, « est-ce que vous êtes chauds ? » Ou mieux, « est-ce que vous êtes toujours là ? » Y a comme un doute de l’artiste sur sa prestation, c’est clair !

C’est à ce moment que je lorgne sur l’itinéraire d’évasion pour partir le plus vite possible, ce qui se passe bien, ayant pris la précaution de me placer plutôt dans le fond, ou sur les côtés… C’est plus discret.

Qu’on ne vienne pas objecter que la technique a des impératifs et gna gna gna… Pour mémoire, lors du Marathon de la chanson, 42 artistes en scène pour 8 mn chacun, soit 336 mn en 3 sets, même pas 8 mn de dépassement, sans un temps mort, chaque artiste arrivait en scène, prêt à chanter en 5 secondes, le temps d’atteindre le micro. Si vous cherchez des conseils dans ce domaine, demandez à Xavier Lacouture. Ou à Lili Cros et Thierry Chazelle… ou Pierre Margot… Enfin tous ceux qui font un spectacle dans lequel on est capté dans les 3 secondes après le noir de la salle, et qui se termine après un enchantement qui a semblé très court.

Et puis, et puis, parfois il y a des reprises qui plongent l’auditeur dans des abysses de perplexitude, on découvre, on se dit qu’il doit y avoir une intention secrète, un message codé, quelque chose de subliminal … Et puis non, c’est juste un re-création alacon, dans laquelle on a émasculé la mélodie originale pour mettre sa couleur musicale, ce qui revient le plus souvent à remplacer un Van Gogh par un graffiti d’écolier avec 3 couleurs de gouache… Sans oublier les paroles mal comprises, mais chantées très fort ad libitum. Quelques beaux assassinats, gravés sur disque par dessus le marché, font douter sérieusement du bien fondé de la chose et de la prétendue admiration pour le malheureux « hommagé » endommagé. Souvenir douloureux , en scène, d’une « Etrangère » dont la version tenait plus d’un pastiche raté que d’un hommage. Ou « Ma môme » quand un mot changé transforme la chanson tendre en grasse gaudriole gauloise de fin de banquet dipsomane. Sans oublier, « Ma mie de grâce ne mettons / pas sous la gorge à Cupidon/ sa propre flèche» qui devient « Maman de grâce … »  Lapsus freudien ? La liste est longue, et tellement déprimante que je vous l’épargne, je ne suis pas si salopiot finalement.

N’allez pas penser que ma vie de spectateur est un enfer quotidien, ce serait même plutôt le contraire, n’empêche que parfois, ça gave grave. Et ça donne des idées de…  non rien.

 

NB : pour les étrangers au pays lyonnais, Pierre-Bénite est une ville au bord du Rhône, tout près de Lyon, zone maraîchère importante jusqu’aux années 70. Et accessoirement communiste de la naissance du communisme à l’an 2000 (en gros). Outre les salsifis (bios), qu’on y trouve, c’est là qu’est née la cerise Burlat.

NB 2 : je pars presque toujours dès la fin du spectacle, mais pas toujours pour les raisons ci-dessus. Qu’on ne se méprenne pas.

Calamity John

Agnès Bihl en première partie d’Yves Jamait à Bordeaux : entretien avec l’artiste

1 Mar

 

Samedi 19 janvier, c’est Agnès Bihl qui se chargeait d’assurer la première partie du concert d’Yves Jamait (voir ICI) au Théâtre Femina à Bordeaux. Un public acquis à la cause des chansons à texte, sensibles, intelligentes et drôles, ne pouvait qu’être comblé par la présence de cette artiste sur la même scène que le chanteur, même pour un moment malheureusement trop bref, impératif temporel imparti aux premières parties oblige. En quelques chansons ivres de paroles où poésie, réalisme, humour et malice s’enchevêtrent, Agnès Bihl devait attiser pourtant une chaleur humaine bienfaisante et quelques vérités politiques prononcées avec une ironie mordante aux accents subversifs. Si le pari était pour elle de roder des chansons d’un nouveau spectacle qu’elle a fini de créer, l’artiste réussit à hausser immédiatement la température de la salle. Courte, mais intense en émotions et pimentée de fous rires, cette première partie saluée par les applaudissements du public laissait sur les joues et au cœur quelques larmes, de ces larmes qui sont de celles qui s’empressent de rire pour refuser de pleurer, de se résigner et d’abdiquer, de celles qui irriguent l’humanité et l’élèvent au dessus du désespoir dans lequel chaque jour risque de nous immerger plus. S’il m’était encore besoin de prendre conscience de la valeur de ces larmes, le souvenir de celles qui affleuraient aux visages des ouvriers de l’usine Ford de Blanquefort lors du concert de soutien à leur cause auquel participait entre autres Didier Super me reste assez en mémoire pour reconnaître que celles extirpés par la verve d’Agnès Bihl sont de même nature à taire les angoisses et la détresse pour regonfler le moral et l’emplir de sourires et d’énergie. Profitons de l’aparté pour annoncer que samedi 02 mars aura lieu à Bordeaux un autre concert de soutien aux salariés de Ford avec entre autres Cali, Balbino Medelin, Les Hurlements de Léo et Faïza Kaddour [voir ICI], en espérant qu’Agnès Bihl ne me tiendra pas rigueur de cette parenthèse, elle qui livra une version remise à jour de son pamphlet anti-macronien écrit sur l’air de «Manu» de Renaud, que l’on peut écouter sur son site, et qui est de ces créations aux vertus bien moins superficielles, et tellement plus généreuses et magiques qu’il n’y paraît au premier abord. C’est aussi de cela qu’il fut question lors de l’entretien que nous accordait l’artiste dans l’après-midi pour parler de ses révoltes, de ses élans du cœur et des histoires humaines et artistiques qui ont accompagné son parcours.

– Agnès bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Ce soir le public d’Yves Jamait, avec qui tu as enregistré un duo et qui s’approche de ton univers tout comme Anne Sylvestre l’a fait, est ému de savourer en première partie un moment avec toi. S’agit-il d’une tournée commune ?

C’est juste le concert de ce soir. Ça nous arrive très souvent de jouer ensemble ; on a fait un duo ensemble ; très souvent on se retrouve sur les mêmes scènes. Mais pas là. Comme Yves me l’a très gentillement proposé, cette première partie me permet de roder de nouvelles chansons, puisque je viens d’écrire un tout nouveau spectacle et de quoi faire un tout nouveau disque. La tournée avec Anne était différente : c’était un spectacle qu’on avait monté, Anne et moi, « Carré de Dames » avec des chansons de chacune et nos deux pianistes respectives, Nathalie Miravette et Dorothée Daniel. Donc il n’était pas question qu’aucune de nous quatre puisse être remplacée.

– La complicité entre ta pianiste et toi dure de longue date. Qu’est-ce qui vous a réuni et vous maintient ensemble ?

Photo NGabriel

C’est elle qui compose la plupart de mes chansons en effet. D’ailleurs elle vient de m’envoyer un texto cette semaine me disant que ça faisait dix ans -oh ! c’est joli!- qu’elle me supportait, enfin qu’on était ensemble et qu’il fallait qu’on le fête. C’est une aventure humaine, mais c’est souvent le cas dans ce métier. On s’apprécie artistiquement, puis on devient amis. Et dix ans à composer ensemble et à monter sur scène et partager des moments très intenses avec l’adrénaline et la puissance émotionnelle qu’il peut y avoir, ça crée des liens indéfectibles. « Les années de campagne comptent double » comme disait mon grand-père, et vivre tout ça ensemble ne laisse pas indifférent.

Photo Martine Gatineau

– Tu as évolué dans la Chanson aux côtés de plusieurs artistes entourant Allain Leprest, et avec lesquels tu partages un sens de la Chanson et des liens humains. As-tu, comme on s’en fait l’idée, le sentiment d’appartenir à un petit monde, une famille d’artistes ?

Ça a été une génération. Loïc et moi, on a débuté ensemble. Quand on avait une vingtaine d’années, on se retrouvait à la maison, chez moi et on écrivait ensemble, chacun de son côté. Ça nous filait une certaine émulation. Il y avait Allain Leprest qui en effet chapeautait tout ça : les ateliers d’Allain avaient lieu à partir d’une heure du matin chez lui, avec Loïc, moi, Florent Vintrigner, qui d’ailleurs s’est embarqué dans une magnifique aventure avec son groupe La Green Box [voir ICI ], Yannick Le Nagard, Wladimir Anselme et Stéphane Cadé. On se retrouvait beaucoup au Limonaire, qui était un des fiefs d’Allain et un des deux cabaret de Paris, avec Le Café Ailleurs, à l’époque où on pouvait débuter en faisant de la Chanson. Avec Yves c’est tout à fait différent : je l’ai connu comme artiste avant de le connaître humainement. J’étais fan de ce qu’il faisait ; donc quand il m’a contactée pour venir chanter des chansons de Jehan Jonas au festival «Alors…Chante ! » de Montauban (édition 2009), j’ai dit « oui » et c’est là que je l’ai rencontré pour la première fois. J’ai été très contente de voir que derrière l’artiste que j’idéalisais, il y avait un homme qui était tout aussi bien. Quant à Anne, je l’avais rencontrée bien avant, au Limonaire, lors d’une soirée de chant partagée, où elle était venue écouter les autres. Et à la fin, je l’avais interpellée en lui demandant si je pouvais lui chanter trois chansons a cappella, et elle a eu le coup de cœur. Une semaine après elle m’a appelé pour que je fasse sa première partie à l’Auditorium de St Germain, et on est devenues copines. Mais elle le raconte beaucoup mieux que moi, de façon bien plus drôle.

– A ce propos, on déplore la disparition des émissions radiophoniques consacrées à la Chanson, notamment sur France Inter, qui laisse le sentiment d’un désengagement total des médias du soutien à la Chanson. Cela vous nuit-il gravement ?

Y a plus rien. Il n’y a plus de suivi. On ne le vit pas bien. Le public est là bien sur ; mais encore faut-il qu’il soit au courant que je suis là aussi.

– Tu as choisi de mettre en ligne sur ton site une version toute personnelle utilisant la musique de la chanson « Manu » de Renaud pour y porter un texte adressé à notre président, qui donne une saveur ironique à la colère que beaucoup de citoyens partagent à son égard, à l’égard de la politique qu’il mène, et du cynisme et de l’outrecuidance avec lesquels elle est menée. C’est sans conteste un rire salvateur qu’il provoque, comme tous ces moments festifs dont il est important de nourrir les luttes pour ne pas se laisser submerger par la morosité, le désespoir ou l’aigreur, et se ressourcer en bonne humeur. Quelle idée d’avoir choisi de l’exprimer ainsi ?

Je l’avais mise en ligne une première fois au mois de juin, avec une première version. Je n’avais pas attendu la crise des gilets jaunes ; j’étais déjà en crise bien avant ! Je ne peux pas le blairer. Bon, je n’ai jamais eu un chef d’état que je pouvais blairer ; le fait est que je n’ai pas connu ça. Mais voir la violence policière qu’il y a, c’est aberrant, hallucinant, et alors vraiment sans complexe. Donc j’avais sorti cette première version au mois de juin, et ça se décline : tant qu’il sera là et qu’il fera des conneries, il y aura des chansons à faire. Ce n’est évidemment pas le seul moyen pour dénoncer ; ça fait partie d’une multitude de moyens pour ne pas se laisser chier sur la gueule en permanence, parce qu’on n’en est même plus à employer des mots polis. Mais la vraie vulgarité, c’est le mépris qu’il témoigne aux gens. C’est ça la vulgarité : tu peux employer le subjonctif passé et être quelqu’un d’éminemment vulgaire. Dire à une femme âgée dont la pension a été drastiquement restreinte qu’il faut faire des efforts, c’est vulgaire. C’est une honte. Alors je porte un regard complètement approbateur sur le mouvement social. Après je ne suis pas une femme politique ; je suis quelqu’un comme tout le monde. Donc j’ai une analyse des tripes, quand je lis les journaux, quand j’entends des déclarations du gouvernement, quand je vois un type qui fait campagne pour supprimer le glyphosate, et qui, une fois au pouvoir, ne le supprime pas, parce que c’est très bien, que la responsable du gouvernement chargée de l’écologie a travaillé chez Nestlé et qu’elle prônait le lait de palme dans les biberons des enfants, et ainsi de suite, je ne suis pas complètement con ; je vois qu’on se fout de notre gueule. Un mouvement populaire qui juste arrête de vouloir se laisser faire et rappelle que nous sommes en priori en démocratie, qu’il a son mot à dire, et que nos dirigeants doivent nous rendre des comptes, c’est important. Ces gens là n’existeraient pas si on ne votait pas pour eux : leur salaire, leur voiture, leur logement sont payés par nous, et l’argent qu’ils détournent est le notre. Je ne peux qu’être sympathisante d’une colère populaire qui est totalement justifiée, non pas parce qu’elle est populaire, mais parce qu’elle est légitime. Je suis quelqu’un d’éminemment non-violent et je ne justifie aucune violence ; en revanche je dénonce la violence indicible dont use et abuse le gouvernement contre les gens. Je trouve que la violence dont fait preuve Macron quand il dit à un horticulteur de traverser la rue pour aller bosser dans un bar, et celle de forces de l’ordre qui visent au flashball des gens à hauteur de visage et éborgnent ou défigurent des citoyens sont pires que celle d’un type qui tape à poings nus sur un bouclier de CRS. Il me semble qu’il y a déjà plus de 180 personnes mutilées dans les manifestations. Et ils osent dire que ce sont les gilets jaunes qui sont violents ? Ce que tu dis me fait très plaisir, car c’est vraiment la raison d’être de cette chanson : c’est d’abord de rigoler, parce que l’humour fait du bien et comme disait Boris Vian, l’humour est la politesse du désespoir et c’est un adage qui me cause beaucoup ; et puis ça me fait du bien quand je poste une chanson comme ça de voir que je ne suis pas la seule à le penser, à en avoir ras le bol, à me sentir méprisée. Des gens m’écrivent pour me dire combien ça leur fait du bien d’entendre chanter la même chose qu’ils pensent ; ça fait du bien à tout le monde de ne pas se sentir seul. Et ça fait du bien de mettre ça en musique, car il y a quelque chose de festif dans la musique, et on n’est pas là pour faire la gueule, mais pour se donner de l’énergie. Je me nourris de ce qu’on me dit, de ce que j’écoute, de ce que je vis. Et si à mon niveau je peux faire la même chose, c’est super.

– Yves Jamait, avant qui tu joues ce soir, a consacré plusieurs chansons au thème du respect des femmes, que tu portes aussi de façon récurrente à travers tes textes, dont « Celles », extraite de son dernier album, qui exprime avec une sensibilité singulière un regard masculin et tire en quelque sorte le féminisme hors du champs militant politique pour rappeler qu’il est un humanisme concernant autant les hommes que les femmes. Comment as-tu accueilli cette chanson ?

J’adore cette chanson. Je la trouve particulièrement pertinente et juste. Le terme « féminisme » a été galvaudé et c’est très dommage, parce que en fait le féminisme est un humanisme. Il n’exclut absolument pas les hommes. Le féminisme est au contraire l’envie de vivre ensemble sur cette planète en bonne intelligence et en respect mutuel. Un mec s’éclatera beaucoup moins dans un pays où la femme est opprimée que dans un pays où elle est libre. Un homme sur deux est une femme ; c’est aussi simple que ça. On perd beaucoup d’acquis, des acquis sociaux, mais aussi beaucoup d’acquis en terme de liberté. Au mieux, rien n’a changé : les filles se font tripoter dans le métro et insulter comme il y a trente ans. En plus certaines causes qui étaient quand même entendues lorsque j’étais adolescente sont sérieusement mise en danger, comme le droit l’avortement. Les plannings familiaux se ferment faute de budget ; les hôpitaux sont mis à sac par des ultra-cathos, et en plus on voit les flics qui les entourent pour les protéger. Mais cette violence là, on n’en parle pas ; en revanche un gilet jaune qui brûle trois pneus, c’est vraiment très méchant. On a presque l’impression que c’est comme si la prise de la Bastille n’avait jamais eu lieu, parce que les citoyens n’avaient pas déposé une demande en préfecture avant… Peut-être bientôt va-t-on déclarer la république illégale parce que les citoyens n’ont rien demandé aux autorités d’alors pour la décréter ? Est-ce qu’une femme qui va avorter a réellement envie d’entendre chanter des psaumes ou de voir des photos de fœtus étalées sous ses yeux dans un hôpital public payé par nos impôts ? La France est un des pays les plus mal classés en terme de violences faites aux femmes. Donc le féminisme est une nécessité, une urgence, et c’est en ça que la chanson d’Yves est magique, car il replace le féminisme dans son vrai sens quand il dit «c’est la mère, la sœur, la femme ou la fille d’un homme comme moi», le féminisme concerne autant les hommes que les femmes. Encore cette année à Noël, dans les magasins de jouets, il y avait une allée pour filles, une pour garçons. Il y a eu une étude révélatrice menée dans une école maternelle d’un quartier assez mixte de Paris, c’est à dire où toutes les catégories socio-culturelles sont présentes, où on faisait semblant de tourner une pub pour un yaourt et les enfants devaient le goûter et en dire du bien ; or on avait foutu de la moutarde dans le yaourt et c’était dégueulasse, et 100% des petits garçons ont exprimé leur dégoût, alors que 100% des petites filles l’ont quand même mangé en se pliant au devoir de faire comme si c’était bon. Être conditionnée pour répondre à ce qu’on attend de toi, et il y a forcément dans le tas des gamines qui n’ont pas été élevées par des parents spécialement machistes, c’est le lot des filles. Je me suis donc interrogée sur ça, ce qu’on peut inculquer malgré nous de différent dans l’éducation des filles et des garçons, sans avoir conscience de le faire. Bien sûr l’homme et la femme sont différents, dans la complémentarité. Mais il n’y a pas de différence de statut humain. Il ne s’agit pas de nier les différences ; au contraire c’est ce qui fait la diversité et la beauté du monde. Il faut écouter la chanson d’Anne Sylvestre qui s’appelle « Xavier », sur un petit garçon qui aime jouer à la poupée. C’est une chanson qui a trente ans, mais comme toujours Anne a été visionnaire et a abordé certains sujets bien avant tout le monde. Je me suis peut-être mal exprimée, mais quand je dis qu’il y a des différences, ça ne veut pas dire qu’un garçon ne peut pas jouer à la poupée et une fille au pompier. C’est que je réfute l’uniformité du monde et de la vie. Être asexuée et hygiéniquement correcte ne m’intéresse pas du tout ; les gens aseptisés et sans goût ne m’intéressent pas. J’aime les gens sexués, quel que soit leur sexe d’origine et leur manière d’être sexué. Je n’ai rien à foutre de la sexualité des gens ; par contre j’aime les gens qui ont de la saveur.

– On parlait des artistes de ta génération avec qui s’est formée une sorte de famille. Par delà l’Atlantique, il y a une autre artiste avec l’expression de laquelle ton écriture est souvent mise en parallèle, tant l’empathie, le réalisme et l’humour avec lequel vous abordez l’une comme l’autre les sujets se ressemblent : Lynda Lemay. Y avait-il dans le titre de ta chanson « Le plus belle c’est ma mère », une référence à son morceau: « Le plus fort c’est mon père » ?

Dans le titre, bien sur. D’ailleurs je lui en avais parlé quand j’ai choisi le titre, et elle m’avait dit que ça lui plaisait, car justement c’était complémentaire. Après le traitement n’est pas du tout le même, parce que la chanson n’a rien à voir, mais il y a effectivement un clin d’œil dans le titre. C’est Charles Aznavour qui nous présentées. Je connaissais évidemment ce qu’elle faisait. Je ne suis pas vraiment sûre qu’elle m’ait inspirée, enfin en terme d’inspiration, il y a d’autres exemples plus présents à mon esprit comme Mano Solo et Allain Lesprest. Si Lynda m’a inspirée, et peut-être, c’est de l’ordre de l’inconscient. Mais tout ce qui nous nourrit nous inspire : un livre, une chanson…

– Même Macron peut inspirer ; n’en as-tu pas apporté la preuve ?

Mais oui ! Même la merde peut être inspirante ! De toute manière l’indignation, c’est sain. Ça n’engage que moi, mais je le pense. La faculté de s’indigner et l’esprit critique sont précisément ce qui nous différencie de l’animal ou du militaire. La bête et le militaire n’ont pas cette capacité, l’un perce qu’elle écoute son instinct, l’autre parce qu’il écoute les ordres. Et encore, ce n’est pas toujours vrai pour l’animal. Déjà aucun animal n’est homophobe, et l’homosexualité existe chez bon nombre d’espèces, partout dans la nature. L’humain est la seule espèce qui exclut un individu de sa meute à cause de ses préférences sexuelles. On ne va pas se faire violence et marcher sur notre conscience pour admettre des choses avec lesquelles on n’est pas d’accord.

 

 

Le site de mademoiselle Bihl, c’est là–>

 

 

 

 

Miren Funke

photos : Carolyn C

Carnets de doléances de Calamity John …

23 Fév

En préambule, une chanson qui résume bien ce qui préside à l’arrivée de Calamity John dans ce blog collectif, à toi, JR … (le boucmaker)

 

Carnet de notules acidulées, voire pire… Ce sont les contre-chants de la désastritude ou les 36 raisons de fracasser une chaise sur quelqu’un… Première salve.

D’abord, il y a les salles mixtes, on y boit, on y mange, un(e) saltimbanque s’agite en fond de scène en accompagnant de son mieux la java des fourchettes, la polka des verres, le gymkhana des serveurs, les percussions de portes de frigo qui claquent, la vaisselle qui crépite, et parfois en bonus, la machine à glaçons ajoute ses rafales… On a rarement tout ça en même temps, quoi que, mais quelques uns de ces échos suffisent à pourrir la soirée.

PhotoDR (Toute ressemblance… etc )

Ensuite, il y a les spectateurs-smartphones, qui tiennent au courant les copains absents en tapotant sur leur écran après avoir brandi leur engin pour faire une photo timbre poste, souvent floue, et très mal exposée, afin de faire savoir aux pantouflards télévisuels que eux, ils sont sortis et qu’ils s’éclatent, la preuve avec la photo et/ou un bout de vidéo carrément immonde. Parfois, ils se croient obligés de commenter avec leur voisin-voisine… Qui étant dos à la scène, mais le nez dans son assiette, évidemment … Ça s’est vu…
Et pendant ce temps Old Timer Calamity John qui s’est mis au fond de la salle pour bien voir toute la scène, regrette amèrement de ne pas avoir sa Winchester modèle Josh Randall, ou son Colt Peacemaker pour flinguer tous ces petits écrans qui lui gâchent la vue …

Enfin, enfin, il y a aussi les copains de l’artiste, venus soit en soutien amical, en amenant des amis pour faire découvrir, et qui se croient obligés de commenter en direct pour les néophytes ce qui se passe sur scène au cas où ces demeurés ne sauraient capter la substantifique moëlle, soit ils sont venus se montrer, eux les happy fews privilégiés, qui n’ont pas besoin d’écouter , mais qui font les importants en blablatant, le verre à la main de préférence. Et je suis sûr que ceux qui sont en scène pensent parfois : « Gardez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge. » La vie d’artiste, c’est pas tous les jours dimanche… mais…

Prochainement, dans les grincheries d’Old timer, nos amis les artistes, y a pas de raison, il en faut pour tout le monde.

Et comme tout finit par des chansons, voici le témoignage de ce bon Nino, qu’on peut sous titrer « Tranche de vie d’artiste »

Ce sont des choses vues, hélas…  But the show must go on… malgré tout…

Calamity John.

Michel Korb chante Francis Lemarque…

20 Fév

Les histoires qu’on se raconte, je les connais d’autrefois,
Mais ce sont des histoires qui comptent
Pour un môme autant que pour moi

Et on a tous en soi quelque chose de Francis Lemarque, qu’on soit de Paris, de Lyon ou de La Cabusselle* …

19 Février, Michel Korb chantait et faisait revivre Francis Lemarque, pour la sortie de l’album et saluer « le pacifiste globe trotter, l’humaniste engagé qui se révolte, le copain généreux qui tend la main, l’homme amoureux, le mari, le poète, celui qui nous aime à travers ses chansons. » Voilà, Michel Korb a résumé avec ces mots l’essence même de Francis Lemarque.

Ce fils de la java et de la rue de Lappe a mis en musique avec un égal bonheur l’air de Paris ou la complainte de John Black, fable douce amère qu’aurait pu chanter Bob Dylan. C’est dans le swing musette, ce jazz champagne que les chansons de Francis Lemarque trouvent leur décor naturel, avec des guitares voltigeuses, de l’accordéon rêveur, c’est un autodidacte de génie qui propose une sorte de chanson bancale, qui monte haut et descend bas, qui est un peu hors des clous, et c’est à Paris..

Prévert lui aurait peut-être dit « Tu composes à l’imparfait de la mesure » mais c’est quand même la bonne mesure … Et il me semble aussi que Prévert avait répondu à la question de Francis: Comment tu fais pour faire de belles chansons ?
Il faut pas te dégonfler mon gars…  et le p’tit gars ne s’est pas dégonflé.

Les chansons de Francis Lemarque, c’est la bande son de ce Paris populi qui a nourri la littérature et le cinéma de Carné, Becker, Hunebelle. Pas des clichés à touristes en mal de folklore, mais une porte entr’ouverte sur l’humanité parigote, avec cette fraternité parfois rugueuse de la rue, une fresque bigarrée avec des aristos en casquettes à l’âme plus chaleureuse que les hauts de forme petits bourgeois. Lemarque, c’est un contrebandier du sentiment, pas de quartier pour les douaniers du désespoir, et comme le temps du muguet,

En partant il nous a laissé
Un peu de son printemps
Un peu de ses vingt ans
Pour s’aimer pour s’aimer longtemps.

Et pour quelques images de plus,

Photos ©NGabriel2019

L’album est en vente libre, →

Il y a Audrey, Enzo-Enzo, Romain Didier, Sansévérino, Thomas Dutronc, Roland Romanelli et les musiciens, François Bernat, Julien Decaux, Patrick Filleul, Romain Vuillemin, Sylvain Hamel, Didier Havet, Mathias Lévy,  merci à Michel Korb  pour ce très beau spectacle et cet album de haute tenue.

* La Cabusselle, village des Cévennes, que Nathan Korb atteint après une épopée cycliste épique, 700 kms, dans l’été 36 et les congés payés, découverte pour les gamins d’Paris de la vie verte et découverte pour les cévenols d’une espèce humaine étrange, le parigot… Dans « L’embellie » de JP Chabrol, il y a toute l’histoire adolescente de Nathan, le gavroche débrouillard de la rue de Lappe, ses 36 métiers, sa force de vie irrésistible, « son ardente vitalité, son courage de petit pauvre, ses roueries aussi.. »

Norbert Gabriel

David Mc Neil…

18 Fév

Comment naissent les chansons ?

Les chansons naissent dans la frime
Et les dictionnaires de rimes
S’y ennuient*

.
J’avais plutôt dans la mémoire,

 Les chansons naissent dans la brume ,
dans une dominante bleue
Où le mauve fait ce qu’il peut,
la page blanche se noircit laissant parfois une éclaircie
Une lisière dans la marge Où passe comme un vent du large

Cette paraphrase de Jean-Piere Kernoa – dans Mauve– est venue en filigrane après avoir lu « Quatre mots, trois dessins et quelques chansons. »

Pour David Mc Neil, les sources sont multiples, que ce soit sur mesure – pour les amis ou collègues choisis-  ou en toute liberté poétique, il a tracé une route personnelle entre road movie hippie et chroniqueur amusé de la vie qui va. Sur les routes d’un Kerouac nonchalant ou dans les bleus méditerranéens, c’est le chemin d’un bluesman désinvolte, un flaneur au regard Doisneau, éternel amoureux des belles passantes celles de Brassens ou de Passy, de Zanzibar ou de Paname,

Qu’on soit Johnny Cash ou Coltrane
C’est toujours la même poussière qu’on traîne
Comme la petite fugueuse
Qui nous chantait Freight Train
Du temps qu’on était beaux

C’est aussi l’allégorie de la nostalgie d’Angie, ou les douzes mesures d’un blues, ce blues qui n’a pas grand chose à voir avec le R&B dont le R est celui de Roux et le B celui de comBaluzier… C’est un beau livre, grave et gracieux, élégant, qui raconte un peu de sa vie et beaucoup de ses chansons, et réciproquement. Intime sans être impudique, souvenirs d’un esthète, seul dans son coin, mais avec de bons compagnonnages, par exemple ceux-là,

 

Et dans « Ma guitare et moi, partenaire de création,  quelque chose qui a dû plaire à Jo Moustaki…

 

Cette balade musicale et biographique est une excellente synthèse de tout ce qui fait naître une chanson quand elle fleurit sous la plume d’un inventeur d’histoires loin  des fourches caudines de la dictature du code barre et du marketing.

Et pour quelques pages de plus  dans les romans et récits  de David Mc Neil,

  • Lettres à Mademoiselle Blumenfeld, L’Arpenteur, 1991; Gallimard, coll. « Folio » no 2474.
    Tous les bars de Zanzibar
    , Gallimard, 1994, coll. « Blanche » ; 1994, coll. « Folio » no 2827.
    Si je ne suis pas revenu dans trente ans, prévenez mon ambassade, Gallimard, 1996, coll. « Blanche ».
    La Dernière Phrase, Gallimard, coll. « Blanche », 1999.
    Quelques pas dans les pas d’un ange Gallimard, coll. « Blanche », 2003 ; coll. « Folio » no 4183.
    Tangage et roulis, Gallimard, coll. Blanche, 2006 – prix Le Vaudeville
    Angie ou les Douze mesures d’un blues, Gallimard, coll. « Blanche », 2007.
    28 boulevard des Capucines. Un soir à l’Olympia, Gallimard, coll. « Blanche », 2012.
    Quatre mots, trois dessins et quelques chansons, Gallimard, coll. « Blanche », 2013.
    Un vautour au pied du lit, Gallimard, coll. « Blanche », 2017.

Il y a aussi de belles pages dans des livres disques « jeune public » témoin avec ces lignes, là on peut se dire qu’il est urgent de retrouver son enfance,

Quand les chats étaient verts C’était il y a longtemps, quand les chats étaient verts du début du printemps à la fin de l’hiver. Mais sont venus des snobs qui, un jour sans raison, voulurent changer de robe comme on change de saison… Commença l’escalade de « tout gris » en « tigré », noir et blanc, marmelade, différents pedigrees. Mélangeant des peintures, mêlant l’or et l’argent, s’échangeant des teintures afin de plaire aux gens… Voici les chats qui prennent toutes les couleurs, toutes sauf le vert, dont l’espèce disparaît. On essaya d’en retrouver, en vain. Puis ce fut la guerre des couleurs, et l’exclusion. Mais comme le goût des gens est très souvent changeant, ils achetèrent les chiens d’un marchand dalmatien.

Retrouver l’enfance et  partir en voyage avec ce message «Si je ne suis pas revenu dans trente ans, prévenez mon ambassade. »  Le  temps de faire le tour de tous les bars, de se tricoter  quelques souvenirs, et revenir dans son village vivre le reste de son âge,  mais

Qu’on soit Mozart  ou Chopin
Ou qu’on soit John Coltra
Pussy Cats c’est toujours
Le même vieux blues qu’on traîne.

Hasta la vista… 

Norbert Gabriel

*Extrait de Mauve, JP Kernoa/Maxime Le Forestier

 

 Le site  de David Mc Neil  c’est là —>

 

Yves Jamait en concert au Théâtre Femina de Bordeaux : entretien avec l’artiste

13 Fév

Samedi 19 janvier Yves Jamait retrouvait son public bordelais au Théâtre Femina, qui l’a déjà accueilli précédemment, pour porter à sa rencontre les chansons de son dernier album « Mon Totem ». L’artiste, amenant à un public fort enthousiaste un cadeau supplémentaire dans ses bagages avec la présence d’Agnès Bihl [entretien à suivre] pour assurer sa première partie, enjoua comme à son habitude, d’une mise en scène drôle et tendre le spectacle qui allait consacrer un peu plus de deux heures à nous faire découvrir ses nouvelles chansons et nous happer dans la douleur et la fièvre, l’ivresse et l’amusement, la joie et le chagrin, l’amour et l’humour des émotions qui les ont fait naître et qu’elles véhiculent et transmettent. Il fut question d’hommage, de deuil, de combativité, d’amitié, de dérision, de volonté de vie, d’enfance, de féminité, de temps qui passe et de souvenirs qui restent : des thèmes cruciaux qu’on a plaisir à retrouver dans les chansons de l’homme qui pose un regard souvent lucide et perspicace, pigmenté d’une poésie très humaine sur le négatif comme sur le positif des expériences de vie. Car c’est aussi une philosophie qui se dégage de la chanson éponyme de l’album : tout garder de la vie, le bon comme le mauvais, le nuisible comme l’agréable, car au final tout construit et constitue ce que nous sommes devenus en le transcendant et en l’aimant. C’est sans doute pourquoi Yves Jamait ne priva pas le public de l’interprétation de beaux souvenirs parmi lesquels « Jean-Louis », « Dimanche », « C’est l’heure », « C’est pas la peine », « Des mains de femmes » ou encore « De verre en vers » qui amorça le concert. Sans doute pas assez, mais c’est un spectacle de huit heures qu’il aurait fallu pour tous les entendre, quoi que ça n’aurait pas été pour déplaire au public, à plusieurs reprises entièrement debout, et dont la réactivité emplissait le Théâtre d’une humanité toute chaleureuse, jusqu’à la reprise en chœur du refrain de « J’en veux encore » qui s’éternisa un moment en fin de concert. Si Yves Jamait chante « j’ai souvent tutoyé la lune, dans mes errances de fortune » (« Mon totem »), ce soir là, comme souvent, c’est le public qui tutoyait Yves Jamait, rappelant que se rendre à un concert du chanteur, c’est un peu toujours comme aller écouter un copain, un copain certes un peu (voire beaucoup) plus magicien que les autres, mais un copain : proximité humaine et familiarité débordèrent de la scène pour se répandre entre les gens, les toucher au cœur et créé un biotope émotionnel au sein duquel chacun se sent un peu lié à tous, et tous liés à et par l’artiste, d’autant que le trio de musiciens qui l’accompagnait déjà lors de la tournée précédente, Samuel Garcia (accordéon, orgue, piano), Jérôme Broyer (guitares, basse) et Mario Cimenti (batterie, percussions, basse) semble soudé d’une intelligence toute intuitive et « frèrer » de cette même sensibilité. Soirée très chaleureuse et étoilée, au cours de laquelle l’artiste ralluma quelques « jardins extra-ordinaires qui poussent dans la boue » (Le temps emporte tout »), de ces jardins qui offrent un moment de répit pour se ressourcer à de belles émotions dans un Bordeaux encore embrumé de parfums de colère digne et légitime et d’odeurs des lacrymogènes projetés plus tôt dans l’après-midi sur les manifestants du mouvement social, auxquels Yves Jamait comme Agnès Bihl exprimèrent leur soutien et leur sympathie. Le temps emporte-t-il donc vraiment tout ? Pas sûr ; pas tout de suite en tous cas… Quelques heures auparavant Yves Jamait le peintre acceptait d’interrompre la réalisation d’un tableau pour nous accorder un entretien pour parler des chansons d’Yves Jamait le chanteur.

 

– Yves bonjour et merci de nous recevoir. Les arrangements de ce dernier album ont été réalisés par les trois musiciens qui t’accompagnaient lors de la tournée précédente, au cours de laquelle l’accord autant artistique qu’humain entre eux et avec toi était très perceptible, Samuel, Jérôme et Mario. Comment s’est organisée cette réalisation ensemble ?

C’est exactement la même équipe, d’autant que ceux sont eux qui ont arrangé l’album. L’album d’avant avait été arrangé par Samuel et les deux gars de Tryo, Manu et Danielito. Et comme il y a eu une belle dynamique durant la tournée avec ce groupe de musiciens, j’ai proposé aux trois d’arranger les chansons de ce nouvel album. Je leur avait demandé un truc un peu difficile, parce que ce n’est pas évident d’arranger à plusieurs. Ils m’ont demandé ce que je voulais. J’ai dit : « étonnez-moi ! ». Et ils m’ont bien étonné. Donc c’est d’autant plus légitime qu’ils soient encore là sur cette tournée ci.

 

– Prenant en considération que sur l’enregistrement studio, chacun a recours à une quantité impressionnante d’instruments, comment vont-ils adapter ces arrangements sur scène,  sans en perdre trop d’éléments sonores qui font la richesse des chansons ?

C’est Samuel qui se débrouille avec les deux autres, comme c’est lui le directeur artistique, enfin directeur musical. Alors on a utilisé un petit peu de machines ; c’est la première année. C’est pour des sons un peu exceptionnels, de petites séquences. Il n’y aura pas de saxophone sur scène cette année. Mais ça reste anecdotique ; les morceaux sont similaires à ce qu’ils sont sur l’album.

 

– Sur le plan instrumental, l’album se parfume de saveurs sonores exotiques, avec des rythmes entraînants et des influences provenant des traditions musicales d’autres continents. Est-ce l’initiative des musiciens d’avoir amené les chansons vers ces pistes là ?

Je mets une intention. J’enregistre ma guitare et ma voix au clic ; je mets des chœurs si j’en ai envie, de sorte à leur montrer où je veux aller et mettre mon intention. Ensuite ils avaient absolument carte blanche sur tout. Et dans plusieurs cas ce sont eux qui ont amené les chansons là où elles sont ; néanmoins en général les chansons suggéraient déjà à la base d’être amenées dans cette direction. Mais de toute façon, je fais tout le temps le même album. Je me sens comme quelqu’un qui peint et ressasse ses fondamentaux. C’est sûr que ce que j’ai fait quand j’avais 40 ans n’est pas la même chose que ce que je fais à 57. Mais je pense remuer les mêmes émotions. Le temps qui passe est un sujet sur lequel je suis en boucle, et je me sens de plus en plus concerné par lui.

 

– Peux-tu nous expliquer le choix du titre de l’album « Mon Totem » ?

En général je prends toujours le titre d’une chanson pour nommer l’album, parce qu’une chanson me le suggère. Et ça a été encore le cas. Ce qui englobe l’album est mon totem : le totem, c’est l’espèce de figure symbolique qu’on prend pour représenter sa vie, sa famille, ses douleurs, sa tribu. Ça m’a permis de rassembler tous ces thèmes autour du totem. Quant à la chanson « Mon totem », on est plus dans la conceptualisation à l’amor fati de Nietzsche, qui disait qu’il faut aimé la vie telle qu’elle est au point de vouloir la revivre éternellement, le bien comme le mal. Et dans la chanson, c’est ce que je dis : s’il fallait revivre tout ce que j’ai vécu, même des choses pas super, pour en arriver à faire ce que j’aime aujourd’hui, je le referais sans problème. Effectivement, pour revenir aux arrangements des musiciens, pour ce qui concerne cette chanson, je ne m’attendais pas du tout à ce qu’ils l’amènent là : je l’avais fait presque assez reggae, et ce sont eux qui l’ont amenée vers ce côté rockabilly, et comme c’était très drôle et original, ça m’a séduit.

 

– L’hommage aux femmes n’est pas un thème inédit dans ta discographie, où de nombreuses chansons témoignent de la reconnaissance et de la considération qu’un « homme comme toi » leur porte. On le retrouve sur cette album avec la chanson « Celles » qui, sans brandir de féminisme politique, exprime une forme de féminisme dans son essence d’humanisme. Est-ce un de ces fondamentaux dont tu parlais qu’il te tient à coeur de réaffirmer ?

Je ne le vois absolument pas comme du féminisme. Je suis né dans une famille mono-parentale ; il n’y avait que ma mère. C’est ma marraine qui m’a élevé et ma mère était aussi soutenue par ma grand-mère, qui était elle aussi seule, du fait que mon grand-père soit mort : j’ai été élevé par des femmes, entouré par des femmes ; quelque soit mon âge, mes plus gros soutiens dans ma vie ont été des femmes. C’est aussi bête que ça ; je ne cherche pas à faire dans le féminisme. Ce n’est pas un militantisme chez moi ; ça me paraît tellement évident. Enfin ça l’est de fait, puisque ça va à l’encontre de ce patriarcat tellement con -et tellement faux, parce que dans la réalité tout le monde, même le plus gros costaud, s’appuie sur sa maman ou sur une femme-. Ça ne devrait même pas se discuter. Le problème c’est un problème religieux et le problème de mecs persuadés qu’avoir de grosses couilles et une grosse bite leur permet d’être dominateurs. Ce n’est même pas évident que chez les animaux, ce soit la même chose. Je voulais parler des femmes, de ce qu’elles représentent pour moi, et pas forcément le cliché de la douceur. Ma mère était quelqu’un qui se prenait en main ; c’était pas la « mama gâteau », ou la « mama juive » ou je ne sais pas quoi. Elle nous a élevés pour qu’on parte, pas pour qu’on reste. Il faut ressasser tout ça, parce qu’à entendre ce qu’on entend encore en 2018, ça paraît tellement bête, ce patriarcat. J’aime beaucoup le mot de féminitude : je sens que j’ai de la féminitude aussi. Je ne sais pas en quel pourcentage, mais je me sens féminin aussi.

 

– Tu as paradoxalement choisi de mettre en musique sur ce même album un texte de Bernad Joyet, « Je ne vous dirais pas », qui à l’heure de l’agitation autour de la dénonciation de comportements séducteurs abusifs et harceleurs, sonne comme une réponse délicate et astucieuse, à certains de ces excès et effets pervers. Pourquoi vouloir enregistrer côte à côte ces deux chansons qui expriment chacune un propos très différent quand aux rapports entre hommes et femmes?

C’était drôle justement. Ça me permettait d’éviter de dire que je caresse les femmes dans le sens du poil pour être bien vu. Je voulais aussi dire qu’aborder une femme sans passer pour le gros pervers est un peu compliqué aujourd’hui. Je me sens moins concerné maintenant, parce que je suis avec quelqu’un que j’aime et n’ai pas besoin d’aller draguer. Mais j’ai probablement une ancienne façon d’aborder les femmes qui pourrait peut-être être considérée comme agressive ou perverse. C’est toujours un peu délicat, et je trouvais rigolo la façon dont Joyet l’avait amené. En fait il m’avait passé cette chanson un an auparavant. Mais tant que je n’avais pas écrit « Celles », je ne lui avais pas prise. Une fois que j’ai eu écrit « Celles », je me suis dit que « Je ne vous dirais pas » ferait un peu le contre-poids. D’ailleurs j’avais failli retirer « Celles » avant, en pensant que la chanson n’était peut-être pas bonne, car elle était moins bien écrite. Et puis la maison de disque m’a dit : « mais ça va pas ??? ». Donc j’ai retouché l’écriture. J’aimais bien le refrain, mais je trouvais qu’il allait un peu dans la facilité et justement quand on écrit là dessus, c’est très difficile de ne pas avoir l’impression de racoler. Du coup « Je ne vous dirais pas » fait le contre-poids d’un éventuel racolage perceptible. Et puis l’écriture, c’est Joyet, et Joyet, c’est toujours bien. Alors c’est sur que c’est totalement en rapport avec l’actualité et qu’il s’agit de dire « bon, je reste un mec, et il m’arrive de me retourner sur une femme et pas forcément pour regarder le dos de la tête ». On a aussi une sexualité dans un cadre sociétal, avec une judéo-chrétienté qui reste très ancrée chez chacun de nous, même quand on n’a pas eu d’éducation religieuse qui fait qu’on a encore des réflexes. Alors peut-être qu’un jour on arrivera à une sorte de perfection dans les rapports… en attendant les gens ne se parlent plus dans la rue ; ils vont sur meetic.com. Je suis content de ne pas avoir fait partie de cette génération là. Effectivement en allant accoster une nana, je risquais de lui dire un truc qui peut-être n’allait pas lui plaire, en plus j’étais un peu « grossier » à la Coluche ; c’était l’époque où le second degré n’était pas vu comme aujourd’hui. Mais j’ai fait des rencontres comme ça et je n’ai pas eu la sensation de forcer qui que ce soit. C’est très compliqué. Aujourd’hui si je dois aborder quelqu’un, j’attendrais qu’on m’aborde.

 

– En parlant d’évolution des mœurs, as-tu voulu dénoncer par la chanson « Les mêmes » l’uniformisation des modes de vie qui se répand sur toutes les cultures ?

Dénoncer, non. Qui serais-je pour me permettre de dénoncer ? Simplement je fais des constats, et d’abord je fais des chansons. Je ne ferait jamais passer le fait de dénoncer avant celui de faire une chanson. Si un bon sujet ne fait pas une belle chanson, je ne garde pas. Ceci dit tous les sujets peuvent être bons : là, il y a des canards [désignant mon sac à main orné de dessins de canards], si je peux garantir de faire une bonne chanson sur les canards, je la ferais sans hésiter. J’ai peu voyagé quand j’étais gamin ; je ne suis pas un voyageur à la base. Mais avec mon boulot je voyage un peu plus ; j’ai eu l’occasion de sortir un peu plus souvent du territoire. Je me souviens d’un truc qui m’avait choqué en arrivant à Moscou en Russie, j’ai reconnu le logo d’IKEA, qui était écrit en cyrillique, mais on le reconnaissait parfaitement. IKEA m’a fait lire le cyrillique, dis donc ! C’est surprenant de voir partout à peu près les mêmes choses ; maintenant il faut être perspicace pour voir les différences qu’il y a entre les peuples, extérieurement parlant. J’avais un pote qui se marrait dans les années 80 en disant que ce qu’il voudrait ce serait pouvoir bouffer au McDo sur la Place Rouge… Mais quel intérêt ? Quand on voyage on prend dans la gueule la victoire du néo-libéralisme. A voir des boutiques Zara au Portugal, j’ai l’impression d’être dans la rue de la Liberté à Dijon ! Ce sont les mêmes choses partout. A l’époque où je regardais encore un peu la télé, arrivé dans des hôtels, je reconnaissais la Star Ac ou n’importe quel programme de télé-réalité en Pologne ou partout ailleurs. Tu vois des abrutis et sans parler la langue, tu sais qu’ils sont abrutis. Les modes vestimentaires sont les mêmes partout. Il y a une forme d’uniformisation, accompagnée en général d’un discours télévisuel sur l’acceptation des différences. Mais la différence, elle commence là. C’est peut-être bien ; certains pays peut-être se démocratisent. Mais quand on voit ce qu’on fait de notre démocratie, je ne sais pas si c’est si bien que ça. C’est juste ça : un constat. Je ne me sens pas porte-parole ou comme un type qui va faire découvrir une vérité à qui que ce soit. En général on ne fait jamais que conforter les gens dans une émotion ou un sentiment.

 

– Mais n’y a-t-il pas selon toi de chanson capable de réveiller une conscience ou de changer la façon de penser de quelqu’un ?

Je ne crois pas une seconde. Et je suis en plus quelqu’un qui a été très touché par la Chanson, et pour qui les chansons ont été primordiales dans la vie. J’ai longtemps pensé que Maxime Le Forestier m’avait ouvert les yeux. Mais en fait mes yeux ne demandaient qu’à être ouverts. J’ai croisé ce chanteur, mais ça aurait pu être un autre ou de la lecture. Je crois, et c’est ce que disait Jacques Brel, qu’on naît de gauche ou de droite. Je pense fondamentalement qu’il y a quelque chose comme ça, même si c’est moins manichéen que ça, parce qu’on est beaucoup plus complexes. Mais on naît avec des sensibilités. C’est ça être soi : savoir ce qui nous plaît vraiment, à quoi on est vraiment sensible. Je pense que c’est une sorte de carte mère qu’on a déjà en nous ; enfin je le ressens ainsi. Après il y a des choses qu’on peut aimer et dont on ne le saura jamais, parce qu’on ne les aura pas rencontrées. Peut-être que j’adorerais le contact d’une baleine, mais comment le saurais-je ? Il y a des gens qui découvrent très tard ce qu’ils aiment et leurs inclinaisons. Et c’est ce qui pousse à vivre. Je suis au début de l’aube de l’aurore de la soixantaine, et je continue de vivre pour ça. D’ailleurs je me suis dit l’an dernier qu’il restait plein de choses que j’aurais voulu faire, et j’ai lu 25 bouquins ; j’ai fini mon dernier Dostoïevski, et après j’attaque Proust et je veux lire des choses que je n’ai jamais lues. Je me fais plaisir dans la découverte et j’ai la sensation de découvrir plus de choses que quand j’avais vingt ans, où je découvrais les champignons hallucinogènes, l’herbe et les joies d’autres choses. Aujourd’hui ma vie intérieure est beaucoup plus riche ; je passe plus de temps en introspection que j’en passais jadis.

 

– Peux-tu nous parler de la chanson « Pas les mots », ode à l’amitié adressée à ton manager et compagnon de route Didier Grebot ?

C’est né assez bêtement : j’avais un début de bout de chanson d’amitié, deux-trois vers qui traînaient. Et je pensais à lui : ça fait quinze ans qu’on est ensemble et c’est vrai qu’on ne se dit pas grand chose en général. Didier ne sort pas ; nous n’avons pas le même sens de la sortie, on ne fait pas de bringue ensemble. On en se dit pas forcément les choses. Par contre on sait que c’est là ; c’est évident. Quand il vient me voir pour me dire « dis donc, là t’as été un peu potache », je suis tout à fait d’accord : on le sait tous les deux. Cette chanson est une occasion de rendre hommage à une personne qui me suit depuis le début et sans qui, même avec tout le talent qu’on m’accorde -et je n’aime pas ce mot là, qui pour moi ne veut rien dire- je ne serais pas là. Je me repose beaucoup sur lui.

 

– Le thème du deuil est malheureusement aussi présent sur cet album comme sur le précédent où la chanson « J’ai appris » rendait un hommage vibrant à Jean-Louis Foulquier. A qui est dédiée la chanson « Qu’est-ce qui t’a pris » ?

A David qui a été mon régisseur pendant longtemps et que j’appelais mon « régifrère », qui était le monsieur qui me servait à boire sur scène, qui avait de grandes dreadlocks, et qui était un mec aussi sur qui je pouvais me reposer, s’est suicidé fin décembre 2015. C’était bouleversant. Ça faisait deux ans qu’il ne travaillait plus avec nous ; il avait même arrêté le métier. Et on était tous à se demander « qu’est-ce qu’on a fait ? Qu’est-ce qu’on n’a pas fait ? Qu’est-ce qu’on aurait du faire ? ». J’ai écrit cette chanson quasiment le jour de son enterrement. Et ça a fait du baume au cœur à sa maman que j’ai écrit une chanson comme ça, donc je suis en tous cas content de ça. Et ça permettait de parler du suicide, sans jugement, et de nos sentiments. Il avait deux filles comme moi, à peu près de l’âge de mes grandes, donc il laissait deux gamines et je pensais aux miennes et à tout ça.

 

– Dernière question avec un petit retour en arrière sur une chanson de l’album « Amor Fati » qui revêt un caractère sinon prémonitoire, du moins très actuel, suite à l’initiative récente du député du Vaucluse Julien Aubert qui a encore ramené sur le devant de la scène cette lubie d’imposer la condition d’un prénom de « culture française » en condition à l’obtention de la naturalisation pour les citoyens issus de l’immigration, sous prétexte de facilité leur intégration dans l’identité culturelle nationale : la chanson « Les prénoms » qui exprimait de la sympathie tant pour les prénoms traditionnels français que pour les prénoms d’origine étrangère, en rappelant que la réalité de la France dans laquelle nous vivons a été construite par des gens de diverses origines. L’avais-tu écrite à l’époque aussi pour moquer le dérisoire ce genre de fausse problématique ?

On est rarement en prémonition hélas : on n’invente rien. Moi qui lis beaucoup d’auteurs du XIX ème, je m’aperçois que les thèmes, les revendications et les critiques étaient déjà les mêmes. Donc « Les prénoms », « Y en qui », « Le maillon » sont des chansons qui malheureusement pourront se rechanter dans vingt ou trente ans, même si leur musiques risquent d’être ringardisées. On pourrait de façon facile dire que ces gens sont des abrutis. Je ne sais pas dans quelle France sont nés ces gens là, probablement une France d’après-guerre bien française où on est entre Français. Moi aussi, je suis né dans une France assez raciste ; je l’étais moi-même sans le savoir. La première fois que j’ai été à Paris et que j’ai vu tant de Noirs, j’étais stupéfait. A Dijon, on en avait de temps en temps un ou deux dans la classe, qui courait vite… enfin on était tous avec ce genre de clichés répandus. On va dire pour ne pas être méchant avec ce monsieur là, qui doit être encore dans ces idées, qu’il va falloir qu’il en sorte, parce que de toute façon la France n’est pas celle qu’il a connue et ne sera plus jamais celle-là, et puis que les temps changent. Ma fille aînée était dans une école publique qui se trouvait être à côté d’un quartier de religieux intégristes, donc à son anniversaire, les copains présents s’appelaient Marie-Victoire et Pierre-Alexandre ; et ma seconde était dans un autre bahut, où ses copains s’appelaient Mouloud et Rita. Et je préfère que ce soit Mouloud et Rita, parce que la réalité, la vraie vie, elle est là. Ma toute petite est dans une classe où les prénoms sont très colorés, et c’est excellent. Mais dans ma chanson je parle aussi de cette vieille France ; je ne crache pas dessus. Je dis juste que j’aimais bien Marcel, Roger et Jeanine autant que j’aime Mouloud et Karim. J’avais envie de rendre hommage à la France de nos parents, et en même temps de dire qu’il y avait aussi des Italiens, des Espagnols, des Africains, qui ont été traités mal, qui étaient ouvriers. Plus ça se mélangera, mieux ce sera. Je pense que le mieux est dans le mélange. Après tout dépend comment ça se fait et comment c’est accompagné politiquement.

 

Miren Funke

photos : Carolyn C

nous remercions Didier pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Avec Daniel Fernandez et Didier Grebot, Jazz aux Puces ©NGabriel

 

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Hexagone hiver 2019

11 Fév

Un dixième numéro d’Hexagone, dans lequel l’empreinte Pitiot réveille les sursauts populaires. Il en est question tout au long de l’éditorial de David Desreumaux : Les raisons de se soulever pour contester la politique du gouvernement Macron sont innombrables et légitimes… En ces temps de morosité et de repli sur soi, entourés et cernés par la musique et la chanson d’ascenseur, nous avons voulu, avec ce numéro 10, marquer clairement nos convictions en mettant à l’honneur une chanson de chair et d’âme.

Chanson de chair et d’âme, c’est le cœur du sujet, dans ce long dossier consacré à Thomas Pitiot. On ne peut parler du chanteur sans parler de l’homme, de ses voyages en terres d’humanité, de ses engagements, la militance farouchement chevillée au corps et à l’âme. Ici, pas de langue de bois. Juste un cœur gros comme ça.

Thomas Pitiot est né et a été élevé en Seine-Saint-Denis, dans un milieu modeste, mais pour lui, la richesse est ailleurs : J’ai passé quarante ans de ma vie dans un HLM, mais j’ai l’impression que l’héritage qui m’a été légué est très riche spirituellement et culturellement… à l’image de ce qu’ont été mes parents, développant une curiosité pour la diversité, pour les autres.

C’est cet héritage culturel et humain qui fait la singularité artistique de Thomas Pitiot, dès son premier album Le tramway du bonheur, en 2002, album de témoignage et de gratitude pour cette banlieue qui l’a vu grandir, et qui l’a construit, une chanson synthèse d’une expérience, de la chanson française du monde. Thomas Pitiot a reçu autant qu’il a donné des gens de sa cité Maurice Thorez à Dugny, dix ans d’engagements dans une association de quartier, aide aux devoirs, théâtre, danse, sorties culturelles, etc, il est devenu membre de ces familles : A travers ces rencontres, de nombreuses fenêtres ouvertes sur l’Afrique, des envies de tirer le fil de ces parcours d’exil, il m’en reste tant de choses. Quelles que soient les histoires des uns et des autres, il y a quelque chose de plus profond qui nous relie, c’est notre humanité.

Il souligne l’importance de ses études en science politique dans son parcours de chanteur indépendant, il retient la construction de la pensée, l’organisation de celle-ci, la mise en place des raisonnements, tout ce qui sert à convaincre, à justifier ses envies, sa légitimité.

Après un début de comédien, c’est sur scène qu’il s’épanouira, avec le contact, la relation au public : J’ai besoin de la chose vécue pour de vrai. Et c’est en 2001 qu’il opte définitivement pour la chanson, huit albums à son actif depuis Le tramway du bonheur en 2002.

Thomas Pitiot se raconte longuement, le chanteur et l’homme de conviction ne font qu’un, ses convictions sont telles que vous vous laissez embarquer avec plaisir dans les aventures qu’il vous propose, dit Patrick Winzelle, membre de l’équipe de programmation d’Aubercail, dans son regard extérieur, et c’est vrai, d’autant plus convainquant quand on est pratiquant de la même famille politique et humaniste.

Il n’oublie pas de remercier toutes les associations de militants, en marge des médias officiels, qui l’ont entouré, soutenu, sans qui son métier ne serait pas possible, comme Chant’Appart, la CCAS, les petits festivals, les lieux alternatifs.

Aubercail 2016 photo N Gabriel

Et c’est dans le cadre du festival d’Aubercail, qui rend chaque année hommage à un artiste , pas n’importe lequel, Colette Magny, François Béranger, Allain Leprest, Léo Ferré, Boby Lapointe, Prévert, Boris Vian… Et en 2014, c’est le tour à Ferrat, c’est là donc qu’a été créé ce spectacle collectif : C’est un joli nom camarade, seize artistes sur scène, une grande diversité de styles différents, à travers plusieurs générations, qui interprètent Ferrat, mais Ferrat est sans frontières, comme la chanson. Les mots s’accompagnent de toutes les musiques, il suffit de savoir les marier, précise Thomas Pitiot. Spectacle, qui a tourné ensuite dans plusieurs festivals, dans six villes, dont quatre communistes, et Thomas Pitiot rappelle à cette occasion le rôle important de ces villes pour la promotion de la chanson : Pour avoir vu tomber plusieurs villes de la banlieue rouge, j’ai pu constater l’anéantissement des réseaux et des pratiques liés à la chanson avec les changements de couleur politique.
De ce spectacle est né un disque, sorti en novembre 2018, C’est un joli nom camarade-L’empreinte Ferrat. Pour en savoir plus sur ce spectacle, c’est là , clic –>

 

Cet entretien conduit par David Desreumaux, sous le titre Le pari d’une clairière, se termine par un constat, et une note d’espoir : Bien sûr il existe des auteurs qui ont des choses à dire ! Mais les espaces pour le dire n’existent quasiment plus, ils sont monopolisés par une chanson qui se consomme, qui se digère à une vitesse phénoménale…

Pourtant la chanson qui prend le temps et qui parie sur l’intelligence existe bel et bien…La chanson libre qui ne répond à aucun diktat commercial, qui se transmet du cœur au cœur… A nous de résister et d’inventer des espaces pour qu’elle continue à enchanter le plus grand nombre. Et ce combat, il est éminemment politique.

Thomas Pitiot partage la couverture de ce numéro avec la chanteuse québécoise, Samuele, c’est Eric Kaija Guerrier qui nous en parle. L’occasion pour nous, de découvrir un exquis témoignage d’une sensibilité hors du commun. Samuele a grandit dans un environnement musical, maman musicienne, papa auteur, compositeur et interprète, Gaston Mandeville et tout naturellement, la musique devient pour elle un métier à plein temps.  Multi-instrumentiste, Samuele balance sa poésie intime et engagée sur des mélodies pop-rock-blues, gagnante de la grande finale du festival international de la chanson de Granby en 2O16, coup de cœur de l’académie Charles Cros pour son album Les filles sages vont au paradis. Les autres où elles veulent, Samuele, deux albums, et deux EP, le dernier sorti en 2018, Dis-moi, commence à écrire des chansons pour les autres, signe déjà d’une reconnaissance certaine.

Roxane Joseph, elle, nous fait part de son Rencart avec Reno Bistran, Bancal troubadour, encore un artiste bien sympathique, comme dit Roxane : signe particulier sympathique. Après l’aventure avec Eric Ksouri, Renaud Pierre, alias Reno Bistan, fait cavalier seul, trouvant son bancal équilibre entre théâtre, bals populaires, et chanson, sur trois pattes, rescapé des naufrages et des désillusions, humain bien vivant, fantasque utopiste portant à bout de bras son cœur gros comme le monde. Il  prépare un nouvel album pour le printemps.

Vu de l’extérieur, par Pascal Pistone, pianiste, chef-d’orchestre, auteur-compositeur-interprète, musicologue, maître de conférence à l’université Bordeaux Montaigne, dont il dirige la filière musique depuis 2006 se pose la question : L’université peut-elle former des poètes maudits ?

Quand on sait que la plupart des auteurs-compositeurs-interprètes sont autodidactes, en marge des institutions, comme Léo Ferré, par exemple, ce n’est pas évident. Pourtant, plusieurs artistes de la nouvelle vague de la chanson française sont passés par des cursus d’enseignement supérieur, comme Vincent Delerm, Jeanne Cherhal, Raphaël, Juliette, Camille, entre autres, et Thomas Pitiot aussi. Pascal Pistone pèse le pour, le contre, dit la pression venue d’en haut sur les journalistes de Radio France pour que la création de cette nouvelle filière bordelaise ne soit pas mentionnée,  et c’est précisément là où il ne faut pas céder à la tentation d’adapter l’université au seul monde de l’entreprise, et au seul modèle capitaliste. Il y a pourtant tant à apprendre autour de la chanson et de la musique outre les cours techniques, son histoire, son rôle social, tout ce qui permet d’aiguiser l’esprit critique, et de s’affirmer, de former des esprits libres, qui ne cherchent pas à imiter, qui ne se soumettent pas au premier système imposé, qui osent s’affirmer sans complexe, imposer leur vision personnelle et engagée du monde, de la culture, des autres arts, sans courir après un art commercial ou démagogique.

Patrick Engel, lui, fait le tour des collectifs d’artistes : C’est une chanson qui nous rassemble. Où l’on voit que l’union fait la force, dans tous les domaines artistiques : La solidarité, loin d’être un vain mot, s’avère alors l’une des plus belles idées de l’humanité qui puisse être… Associations autour d’un projet, autour d’un label,  FRACA, pour trois filles, qui défendent les artistes, et la place des femmes dans l’industrie musicale, Katel, Emilie Marsh, Robi, ou collectif par envie, vingt ans d’amitié fidèle sur les planches et dans la vie pour Les Fouteurs de joie, association pour le partage des ressources et des énergies de chacun, mais aussi des critiques, et des désillusions, ce sont Les beaux esprits. Association pour la création d’un spectacle commandé par Les Trois Baudets, autour des chansons de la période Canetti, et qui poursuit son aventure dans de nombreuses salles, avec succès,   Zaza Fournier, Cléa Vincent, et Luciole ont créé le spectacle Garçons l’ addiction, avec sur scène, Cléa Vincent Zaza Fournier, en alternance, Carmen Maria Vega et Chloé Lacan. Ou simplement association née d’un hasard inespéré, avec Partie à trois, trois garçons qui conjuguent leurs différences en toute complicité, Gérald Genty, Askehoug et Guillo.

 

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Photo DDesreumaux

Dans la collection d’hiver, c’est un Nolandais qui se confie à David Desreumaux :

Dick Annegarn Les villes d’un Nolandais

Tous les artistes parlent d’eux-mêmes, et moi je parle des villes, dit il, en effet, il a rassemblé dans son dernier et 19 ème album,( 2018), sans compter les compilations, participations, rééditions, etc…  12 chansons piochées dans son répertoire : 12 villes, 12 chansons. Mais Dick Annegarn ne fait rien comme les autres, il préfère l’odeur de la terre d’un géranium au parfum des roses, et voit les villes, non pas en touriste, non pas en utopiste, mais dans le concret,  et l’imaginaire à la fois, pouvant faire une chanson sur une ville où il n’a jamais été. Pour lui, une ville n’est pas forcément belle, elle peut être une souffrance, une personne dans laquelle il n’y a personne, dit-il, mais C’est émouvant une ville. Une ville me touche sans que je ne touche à une personne physiquement. C’est rimbaldien d’ailleurs, l’amour est un désir, ce n’est pas un plaisir.

Observateur ,collecteur d’émotions, de sensations, de l’existant, Dick Annegarn pense que la langue a besoin d’être chahutée pour être intéressante, et conclue par cette belle phrase : La chanson existera toujours. Au commencement était le verbe, et probablement le verbe chanter. Et à la fin aussi. Entre les deux, je voyage.

Et c’est Philippe Kapp qui nous fait ensuite faire plus ample connaissance avec Bertrand Louis, un artiste très discret, et pourtant à la tête d’une œuvre de six opus, à travers rock électronique, pop, et musique contemporaine qui se fait sentir dans son dernier album Baudelaire : Celui qui déclare volontiers «  Je ne suis pas un chanteur, je suis un musicien qui chante » aime l’exigence et la rigueur en matière de composition, héritées de ses années de conservatoire.  

Photo DR

Puis Michel Gallas nous mène sur Les Chemins croisés de Monique Brun, qui raconte son parcours,  avec ce goût du chant qui ne l’a jamais quittée et a pris des formes multiples, depuis ses premiers pas sur scène, à 9 ans, au Théâtre du gymnase à Marseille, où jouait son père, puis  l’opéra, le bel canto : Verdi ou Puccini, par exemple, se fredonnaient aussi familièrement qu’une chanson populaire,  une trentaine d’années dans différentes compagnies théâtrales, puis le théâtre itinérant Dromesko, une dizaine d’année, sous chapiteau,  et ce désir de longue date de chanter s’est vraiment réalisé avec Gérard Morel et quelques amis, chanteurs et musiciens qui ont créé La guinguette des fines gueules, un bien joli concept de chansons aux saveurs en tout genre, engagée comme comédienne pour assurer les bla-bla entre deux prestations, ils m’ont embarquée dans une quinzaine de leurs chansons. Tombée fraternellement en amour avec Entre 2 Caisses, elle crée avec eux Arriette et chahut pour quatre chantistes et une comédienne, où elle ne fait que chanter. Il en reste un album et une durable amitié. Puis le spectacle solo sur Ferré, 4 ans de réflexion, et le déclic, le livre d’ entretiens de Léo Ferré, aux éditions La mémoire qui chante, Monique Brun a alors trouvé comment donner vie aux mots de Léo Ferré, entre parole et mélodies, spectacle joué des centaines de fois. En solo aussi dans Ascolta, promenade philosophique sur le chemin des arts et de la vie. C’était magnifique, il en reste la trace de soixante-dix tableaux et la certitude d’avoir vécu un moment de partage inédit.

Pour Monique Brun, il n’y a pas de cloison entre chanson et théâtre, et  Michèle Bernard, subjuguée par le spectacle sur Ferré, va proposer à Monique Brun d’inventer avec elle un spectacle, elles vont alors tisser Un p’tit rêve très court, entre leurs mots et les chansons de Michèle Bernard : Il s’agit aussi d’une réflexion, non dénuée d’humour, sur la destinée humaine et le parcours si bref d’une vie : Le désir du bonheur sur une terre en désordre.

Les projets de Monique Brun pour demain ? S’accorder un temps et voir venir, mais le silence n’est pas sans surprise. En attendant Léo 38 court toujours, et Les Fantômes aussi. Quand au P’tit rêve, il n’a pas dit son dernier mot.

 

Un regard de David Desreumaux sur Mariscal, Explorateur insaisissable .

Mariscal, qui, à 41 ans a déjà connu plusieurs vies artistiques.

Chanteur de groupes rock,  dans des petits lieux, puis en solo, à partir de 2006, remarqué dans les festivals, remplissant les salles  jusqu’au Québec, chaque chanson est comme un regard qui voyage,  coach vocal, metteur en scène,  et différentes aventures musicales, théâtrales ou pédagogiques. Pas d’album pour le moment, mais des pistes se dessinent avec son bassiste et ami, Jeff Hallam. En attendant, on peut écouter sur You Tube : Plus le temps, paroles et musique sublimes. :

 

Entre deux articles de fond, les rubriques habituelles, comme ces Fiches pratiques à destination des musiciens : Les ficelles du métier, par Boule. Là, il est question des loges d’artistes, un conseil, parmi d’autres : Laisser tout en bordel, malgré le manque de budget, il y a toujours une femme de ménage en contrat précaire… Ranger la mettrait en péril.

 

Les chroniques d’albums, et aussi de livres, sont nombreuses, autant de références pour nous aider à choisir les meilleurs, mais comme il n’y a que de bonnes critiques, le choix est bien difficile ! Par exemple, Mon Totem, Yves Jamait, Féloche, Chimie vivante, L’empreinte Ferrat, C’est un joli nom camarade, Cali, chante Léo Ferré, Pascal Rinaldi, Sur un fil, Pierre Perret, Humour Liberté, Arthur de la Taille : Ministère des ondes, le livre  Zibilababoue, Allain Leprest inédit, textes à vocation théâtrales, et tant d’autres.

Une page, signée Nicolas Brulebois, est consacrée à l’album de Jean-Michel Piton : Musiques & Mots de l’âme, Nicolas Brulebois qui rappelle la polémique qui a enflammée les réseaux sociaux, sur les poètes et la chanson, et cet album prouve, si besoin est, qu’il reste encore de belles anthologies à mettre au pied desquelles déposer des notes. Et Jean-Michel Piton n’en est pas à son coup d’essai pour chanter les poètes, il reprend dans cet album quelques anciens morceaux, et six nouveautés, chansons réenregistrées, avec des espaces de pure musicalité, cordes, guitares, violoncelle, ou reggae électrique selon les textes, le texte du poème reste primordial. La poésie, ici, n’est pas uniquement présentée sous des atours fragiles ou anciens : elle est Musique & mots de l’âme, bien sûr… Mais raccord avec la fureur électrique du monde.

 

Alors, C’était mieux maintenant… ? Jules pense que oui, à propos de Nino Ferrer, à l’évidence, Jules aime Nino Ferrer, et il n’est pas le seul. Sa préférée ? C’est Madame Robert : qui caractéristique à elle seule l’oeuvre de Nino … Je classe cet album dans les plus grands albums de rock de tous les temps. Et que personne ne vienne me dire «  On ne dit pas : C’est génial » mais j’aime bien, hein.. .Que je récupère mes ( mauvais) caractères.

©Francis Vernhet

J’ai apprécié aussi le parcours photographique de Francis Vernhet, Francis Vernhet, c’est 30 ans d’images et de musique, photographe de scène, il a collaboré avec Paroles et Musique, Chorus, Télérama, Le nouvel observateur. Et il explique les circonstances de chaque photo présentée dans ces pages, en commençant par une photo de 1962, issue de mon premier film, faite avec le Kodak Retinette que je venais de recevoir en cadeau de Noël : Un portrait de famille de mes grands-parents de Corrèze chez qui je passais toutes mes petites vacances, j’avais 7 ans. Une photo en noir et blanc qui me touche beaucoup, parce que les vacances en Corrèze, j’ai aussi connu ça toute mon enfance… Ses photos de scènes sont magnifiques, dommage que l’arrivée du numérique mette en péril ce beau métier !

 

Photo D Desreumaux

Revenons à la Collection d’hiver, avec Miossec Du je au nous, propos recueillis par David Desreumaux.

Christophe Miossec, revenu sur le devant de la scène, après 25 ans de carrière,  avec son onzième album, Les rescapés, album né après la tournée de Mammifères, et après une tournée, vers l’heure d’entrer sur scène, le cerveau se met à s’agiter, on a le trac… C’est intéressant de composer dans ces moments là ! C’est cette énergie qui a été à l’origine de la dynamique du disque. Christophe Miossec parle de chimie organique : organique, que l’on sente la chair et l’os. Que l’on devine l’homme, la femme derrière chaque son, à propos de son dernier album, le plus personnel depuis Boire, dit il, où il s’est le plus investi pour les musiques, arrangements minimalistes à partir de vieux instruments, comme les boites à rythme des années 70 : J’aime leur chaleur, leur inégalité… Avec elles, certains vieux fantômes, certains bouts d’adolescence me sont revenus. s’interdisant notamment les ordinateurs. Mais cet album est aussi le plus ouvert sur le monde et ses travers. Des chansons entre alerte et accalmies, un diagnostic de l’humain entre cynisme, acceptation, et même autodérision  dans Je suis devenu :   Je me suis fait tout seul et je me suis raté.

Nous sommes, sans doute la chanson la plus percutante de l’album, nous met devant le fait accompli, nous sommes des survivants :

On n’a plus le temps car ce n’est plus possible de freiner
On n’a plus le temps car c’est comme ci les jeux étaient déjà faits
On n’a plus le temps mais on fait comme si de rien n’était
On n’a plus le temps même si sous la pluie on sait danser.

Avec Les rescapés,nous sommes tous embarqués sur le même radeau de sauvetage, traversant les tempêtes, évitant les naufrages :

La mer elle est inhumaine
Quand elle prend les corps, elle les prend bien vivants.

C’est La vie comme un voyage, avec ses moments de calme, ses tempêtes.

On retrouvera Miossec, sa guitare et ses musiciens sur scène pour faire vivre Les rescapés.

Toujours dans la Collection d’hiver, on retrouve, (avec plaisir), Féloche : Un chant son, vu par Dora Balagny.

Photo DDesreumaux

Félix Le Bars, fort de ses trois albums et de ses dix ans de carrière, fait montre de bien des ressorts artistiques.

Après nous avoir dépaysés avec La vie cajun,  après nous avoir enchantés d’une langue sifflée des îles Canaries dans Silbo, il revient, toujours avec sa mandoline,  et dans la continuité de ses précédents albums : On ne part pas de rien, on ajoute une pièce de plus, avec sa Chimie vivante. Conçu suite au décès de son père Hugues Le Bars, musicien réputé pour ses génériques radio et musiques de films, Chimie vivante est envisagé comme un album de transmission, coécrit avec des amis très proches : Le poète Nicolas Lepont et le scientifique Christophe Alexandre.

Transmission, entre son père, lui, et son fils, avec les mots délirants de son fils de 4 ans, enregistrés par hasard, avec le fameux poum tchack que j’avais enregistré avec mon père : J’ai eu l’impression que nous étions connectés par la musique, mon père, mon fils et moi.

INTERLUDE MUSICAL

Que de coïncidences ! Comme cette chanson, Tara tari, en hommage à Capucine Trochet, qui écoutait beaucoup Silbo aux Canaries, et Féloche, écoutant l’histoire de cette femme à la radio, puis par elle, lors d’une rencontre à Paris, cette femme souffrant des articulations qui a défié  l’Atlantique sur un petit bateau de pêche, Féloche a eu envie d’écrire cette chanson pour elle, c’est fou cette histoire dit Féloche.

Oui, et tout l’album Chimie vivante, c’est fou, c’est dingue, c’est la jubilation, l’étonnement, l’émerveillement de l’enfance, une alchimie sonore  qui bouscule toutes les certitudes, c’est la passion de vivre, c’est Féloche, et pour l’avoir vu sur scène, je sais que ça fait un bien fou.

Féloche un chant son sans  chansons chaussettes, qu’on se le dise ! ( bon exercice de diction!).

 

Un regard sur Laura Wild Aventurière de l’intime, par David Desreumaux

Déjà un beau parcours artistique pour cette voyageuse qui a parcouru le monde, et a touché à tout : poésie, théâtre, mise en scène, chant lyrique et jazz, performance, clown, mime, conte, chant d’improvisation et chant traditionnel…en scène, Laura dévoile une présence étonnante, un univers personnel authentique et une belle capacité d’improvisation

Et elle n’est qu’au début de son aventure artistique : Et nous serons là pour savoir où elle nous amènera.

C’est encore David Desreumaux qui nous invite à rencontrer un Obsédé textuel, en la personne d’Alain Sourigues.

Photo DDesreumaux

Alain Sourigues a commencé ses deux carrières en même temps, facteur et chanteur, facteur, il l’a été dix ans…Pour des raisons alimentaires, puis s’est définitivement consacré à la chanson en 1996, faisant paraître son premier album : Dernier album l’année suivante.

Pour lui, pas de clichés, pas de chansons engagées, ce sont les mots qui mènent ses chansons : Mon souci, sans prétention, c’est de faire bouger un petit peu le langage… Je vois la chose comme un sculpteur, avec de la terre glaise. Quelque chose d’assez physique. Cet incorrigible procrastinateur qui sort un album tous les 6 / 8 ans, aime jouer avec la langue, et En dehors de l’écriture, mon plaisir c’est de faire le spectacle, c’est d’être sur les planches.Communier avec le public : j’essaie de créer quelque chose de l’ordre du rapprochement physique, il faut qu’il y ait une communion entre le public et moi, ma manière de faire les choses, et le public.

Alain Sourigues travaille aussi avec Jean Mouchès, dans un atelier de réparation de chanson, réparer, modifier, adapter ou customiser les chansons, récentes ou anciennes, selon les besoins. C’est un joyeux spectacle qui tourne en ce moment.

 

Photo DR

Et Gilles Vigneault : Le précepte de Delphes, entretien conçu par David Desreumaux, propos recueillis par Christian Camerlynck, son ami de longue date, au Québec, retranscrit par Flavie Girbal.

 

Gilles Vigneault, qui vient de fêter ses 90 ans,  bon pied bon œil, revient sur les convictions qui ont guidé sa vie et son œuvre. Foncièrement attaché à l’expression folklorique et liturgique, il déploie une philosophie où la parabole vient éclairer un discours qui prend pour exemple la Nature et l’enseignement des anciens. Indépendance du Québec, vertus chamaniques de la chanson, ouverture à l’autre, Gilles Vigneault nous invite à un voyage initiatique…

On ne saurait mieux dire. L’exemple de la nature : La chanson est une porte qui s’ouvre sur l’univers.

Le pouvoir d’une chanson :  Gilles Vigneault raconte comment un jeune homme est venu le remercier, ayant été réveillé du coma, suite à un accident, par une de ses chansons. Une femme lui a écrit que son père a été guéri d’Alzheimer, après avoir écouté J’ai pour toi un lac.

L’importance du français : C’est une langue extraordinaire qui a porté ce qu’on sait en littérature, en poésie, en chanson, en roman, en philosophie. Langue qui est plus à l’abri au Québec qu’en France : En France on dit shopping, et ici, magasinage.

L’importance des racines, et là on revient à l’exemple de la nature, de l’arbre : Je suis comme un arbre en voyage / Je m’en vais racines en l’air / Je cherche un pays de mon âge / Un bout de terrain pour l’hiver…( Sonnet de l’arbre in Exergues, 1975)… « Le silence de la forêt, c’est du savoir-vivre ». Les arbres ont beaucoup à dire, et pour les écouter, il faut se taire.

L’eau : On est de la terre comme de sa mère. Et on est de la mer comme d’un lieu de naissance

L’ouverture vers l’autre : La chanson est un miroir de poche qui permet de se voir, de faire des signaux à l’autre sémaphore et de regarder vers l’autre.

La liturgie : Une des plus belles paroles de l’évangile, c’est la parole avant la communion : «  Dis seulement une parole et mon âme sera guérie. » Jésus connaissais le pouvoir de la parole.

Et ce pouvoir passe par les mots, de préférence des mots d’une syllabe : avec une syllabe on est souvent dans le concret alors qu’avec des mots de trois syllabes ont est dans l’abstrait.

Gilles Vigneault, auteur-compositeur-interprète, né en 1928 à Natashqan au Québec,  venu à 32 ans à la chanson, a une quarantaine d’albums a son actif, il est aussi écrivain, poète, conteur, auteur de nombreux livres. Ce poète chantant est avant tout un grand humaniste qui nous invite à vivre debout, chanson éponyme  de son dernier album (2014) :

Vivre… Vivre debout
Pour me survivre
Délesté de mes vieux tabous
Mais le coeur toujours prêt à suivre
Le pas pressé du caribou
Vivre… Vivre debout!
Vivre les peurs fermées mais la conscience ouverte
Sur l’horizon tremblant entre hier et demain
Vivre entre le début et la fin du chemin

Les cinq sens au repos, le sixième en alerte
Savoir trois électrons que j’appelle mon âme
Jouant au joli jeu de l’immortalité
Voir l’avenir… rêver d’être et d’avoir été
Et mon coeur qui s’entête à tirer sur les rames
Vivre… Vivre debout…
J’apprivoise le temps en réduisant l’espace
Et sans me retourner pour entrevoir le port
Ce passage obligé qui se prend pour la mort
M’apparaît lumineux comme l’oeil d’un rapace
Vivre debout et prêt à partir à toute heure
Boire et dormir debout comme font les chevaux
Le pas de liberté inscrit dans leurs sabots
Puisqu’il y a toujours péril en la demeure

Vivre… Vivre debout
Pour me survivre
Délesté de mes vieux tabous
Mais le coeur toujours prêt à suivre
Le pas pressé du caribou
Vivre… Vivre debout!

Entretien complété par une émouvante lettre ouverte de Michel Bühler à son ami de longue date Gilles Vigneault, Michel Bühler qui a découvert Gilles Vigneault un matin de 1968, à la radio, et : Un nuage de neige poudreuse jaillit du transistor ! Un gars chantait d’une voix écorchée «  Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver ! ». Passé le premier émerveillement, je me dis, «  Ce type est de chez nous !  » 

Puis, il y eut l’écoute tes chansons mille fois écoutées…Je les connais par cœur. Puis la rencontre à Genève, et depuis, ils ne se sont plus quittés, Michel Bühler a fait souvent les premières parties des concerts de Gilles Vigneault, ils se sont rencontrés en famille, Gilles Vigneault avait mis à la disposition de Michel Bühler et de son épouse, une maison à Natashquan… Maison qui porte aujourd’hui la mention officielle : «  Consulat de Suisse à Natashquan. ». Michel Bühler qui finit sa lettre ainsi : Pour tout, merci Gilles.

 

Un joli dessin de Flavie Girbal toute en couleurs acidulées, illustre son article La voix du sud, sur la MJC de Venelles, qui revient de loin, suite à la suppression de la subvention du Conseil régional, c’était sans compter sur la solidarité des artistes, Bruno Durruty, programmateur bénévole de la MJC témoigne : Etre bénéficiaire d’un tel élan, c’est émouvant et ça fout la pêche. Depuis, la subvention a été votée, et il y a une belle programmation à venir pour fêter ses 15 ans d’existence : http://www.mjc-venelles.org/

 

David Desreumaux nous raconte aussi l’histoire d’EPM, ( Edition, production, marketing), dans un entretien avec son directeur depuis 2013, Christian de Tarlé. Le label EPM, créé par François Dacla et Léo Ferré, en 1986, EPM a aujourd’hui un effectif de 4 membres, et Christian de Tarlé coordonne et participe à l’aspect créatif, professionnel et commercial du label, label cent pour cent indépendant qui laisse une totale liberté aux artistes, et quand on sait que parmi les artistes du label, il y a Anne Sylvestre, Michèle Bernard, Francesca Solleville, Georges Chelon,  Véronique Pestel, Marc Ogeret, etc, on comprend que ce label défend la chanson à texte, la chanson qui véhicule la poésie. Et ça marche, quand le secteur de l’industrie du disque connaît la crise, depuis le début des années 2000, EPM continue à produire régulièrement des albums.

 

Vus sur scène : Retours de concerts, par Jacques Vassal, Nicolas Brulebois, Mad, et David Desreumaux.

Et c’est Jacques Vassal qui nous parle d’ Attention les feuilles ! qui a eu lieu en octobre dernier, on est sûr, avec Attention les feuilles ! De rencontrer aujourd’hui les talents de demain. « Nous préférons la qualité, la diversité au simple remplissage des salles. »  

Cette année, Courir les rues, des mots, des cuivres, poésie, humour, et une bétonnière, utilisée pour réparer les bêtises d’hier…

Guillaume Farley, d’abord musicien, bassiste, ayant collaboré avec de nombreux artistes, puis chanteur, conteur d’histoires qui captivent l’auditoire. Une belle rencontre.

Ottilie, Une femme à la présence singulière, provocante, et même dérangeante…Le temps de rentrer dans son univers, et qui contraste avec la désarmante gentillesse de la personne. Une chanteuse aux multiples influences, du chant diphtonique mongol aux psalmodies soufies, guitares, percussions et samples en tradition de Finlande.

Les petits chanteurs à la Gueule de Bois,  un trio humoristique venu du Jura suisse, trois chanteurs multi-instrumentistes qui ont donné le meilleur d’eux-même à l’auditorium de l’observatoire, chansons polissonnes, très drôles, et très bien écrites. A revoir ou à découvrir.

Volo, Les frères Volovitch, Frédo et Olivier pour les intimes, forment un duo solide, touchant. Et même un trio maintenant, avec Alexis Campet à la basse et aux guitares.

Julie-Marie, Un vent de fraîcheur, l’effronterie de la jeunesse, la franchise et la maîtrise des mots, et militante active d’une association d’aide aux migrants.

Diversité donc, et qualité pour ce festival.

Ignatus au café de la Danse NG2018

Ignatus Solo au théâtre de l’île Saint-Louis, le 23 octobre 2018, par Nicolas Brulebois

Jérôme Rousseau, alias Ignatus, aussi à l’aise en groupe, avec guitares électriques et électro-acoustique, qu’en solo en simple piano-voix, comme ce soir là :  On est venu, on a vu, et Ignatus a vaincu nos inquiétudes. .. grâce à une interprétation alternant sensibilité à fleur de peau et humour débridé.

 

Bancal Cheri-Au Pan Piper, le 5 octobre, par Mad :

Un quarteron d’artisans-compagnons de la chanson-qui bouge, Dimoné, Nicolas Jules, Imbert Imbert et  Roland Bourbon, le batteur, qui ont mis le feu au Pan Piper, entre rock, chansons, et humour débridé.

 

Les Rencontres Matthieu-Côte à Cébazat le 11 novembre 2018, par David Desreumaux  :

Tous les ans, le 11 novembre marque un temps fort du festival Sémaphore en chanson, créé en 2000, sous l’impulsion de la ville de Cébazat. Ce jour-là se déroulent Les Rencontres Matthieu-Côte, un tremplin pour les auteurs-compositeurs-interprètes en devenir : Ce tremplin de référence suscite autant l’intérêt du public que celui de nombreux professionnels, qui n’hésitent pas à faire le déplacement pour découvrir de jeunes artistes et:ou remettre un prix-qui une programmation, qui une résidence artistique.Nombreux sont ceux qui ont déjà bénéficié de ces coups de pouce, comme Jules Nectar, Askehoug, etc. Parmi les découvertes de cette année, Nina Blue, Nirman ( prix de la guitare et du festival Pause Guitare), le grand gagnant du jour, Fafapunk, accompagné de Mikael Cointepas à la basse, et Tomislav à la guitare, Difficile de passer après ce Fafapunk bouillant comme de la braise.

Et c’est Auren ( prix de Radio Arverne) qui lui succède : De la folk-song pur jus, élégante et parfois désarmante.

Puis Ben Herbert Larue, ( prix C’ma chanson, prix de Saint-Nectaire) : Après l’électro, la pop, le rock, la folk, voici venu le temps du slam, profondément ancré dans une culture populaire et traditionnelle de la chose chantée.

Pour terminer cet après-midi, Bodie, un trio féminin composé de Cécile Hercule, Joko et Emilie Marsh, Bodie peut se vivre comme une comédie musicale où la caricature tient une bonne place. Elles ont raflé le prix du public, en plus des prix de la Baie des singes, et de la 2Deuche et des arts scéniques.

En conclusion : Excellent cru, ces rencontres Matthieu-Côte 2018 auront mis en avant huit groupes ou artistes aussi différents que remarquables…La relève est là, et bien là. De quoi nous réjouir encore longtemps.

Puis, Flavie Girbal a rencontré Fred Hidalgo, à l’occasion de la sortie de son livre, Jacques Brel, le voyage au bout de la vie, une version augmentée de son précédent livre sur Brel : L’aventure commence à l’aurore :

Jacques Brel aux Marquises «  Le monde sommeille par manque d’imprudence. »

On sait la passion de Fred Hidalgo  pour la chanson, passion de toute une vie, qui vient, en partie, d’un souvenir d’enfance : L’écoute de Quand on a que l’amour, en 1957. Et la suite n’a fait que confirmer cette passion pour Brel.

Fred Hidalgo dit sa frustration de n’avoir jamais rencontré Jacques Brel, et le désir d’aller aux Marquises, avec Mauricette, son épouse,sur ses traces : Ce voyage n’était au départ qu’une quête personnelle. Nous voulions percer ce mystère : comment est-il possible que, quarante ans après sa disparition, on parle de Jacques Brel avec une telle ferveur, lui qui n’a vécu que dix ans de chansons au sommet... Et sur place, avec les nombreux témoignages de gens qui avaient côtoyés Brel, Fred Hidalgo a eu envie de raconter son voyage, sur son blog Si ça vous chante : Ce qui ne devait faire que trois publications est devenu un livre après que Jean Théfaine et Didier Daeninckx m’ont suggéré de poursuivre le travail. L’aventure commence à l’aurore, en 2013, n’était pas prémédité, mais est né du choc que nous avons eu sur place à côtoyer les proches de Brel.

Mais, mis en confiance par la lecture du livre, les Marquisiens ont continué leurs témoignages de plus belle, et il y eut matière à faire un deuxième livre : La différence avec la première édition est que ce livre naît de confidences de gens désormais devenus mes amis.

Livre dédié notamment à l’imprésario Charles Marouani, qui a abondamment ouvert ses archives, et livré ses confidences à Fred Hidalgo : Charley Marouani est finalement le seul personnage de la première vie de Brel a avoir été son ami en Polynésie. Il est à la fois le témoin de son arrivée à Hiva Oa, de l’enregistrement du dernier album, et de ses derniers jours.

Voyage au bout de la vie, confirme donc, avec les confidences des proches de Jacques Brel aux Marquises, que Brel, lui, a donné vie à ses idées, au péril de la sienne ! On se dit, à postériori, qu’on a pas eu tort d’aimer Brel chanteur. Le papillon est sorti de sa chysalide aux Marquises. Il avait beau être un auteur-compositeur-interprète hors normes, l’homme restait en devenir et sa vie aux Marquises représente un véritablement accomplissement. Et sans pour autant abandonner la chanson, La preuve en est cet album Les Marquises, qui est un chef-d’oeuvre.

Alors, cette phrase, que Flavie a mise en titre de son article : Le monde sommeille par manque d’imprudence, phrase tirée de la chanson Jojo, que Brel a écrite pour son ami décédé quelques mois plus tôt, cette phrase fut-elle un guide pour Mauricette et Fred, comme elle l’a été pour Brel, qui a accompli tous ses rêves ? Brel, C’était un homme de rêves et de défis successifs, la chanson, il arrêtera aussitôt de chanter après avoir compris qu’il risquait d’utiliser les ficelles du métier à des fins commerciales, puis le cinéma : c’était un excellent comédien. Mais ça ne lui suffit pas, il réalise deux films comme metteur en scène, puis, Après qu’on lui a retiré un poumon, il décide de larguer tout, et de mettre les voiles, enfin, épuisé et dégoûté par le bateau, il parvient au bout de son rêve de navigation et choisit l’aviation. L’avion a été son ultime passion… Chaque fois, il a mis en pratique son principe d’imprudence. C’est aussi ce principe qui fait que Fred Hidalgo et Mauricette ont renoncé à une carrière  qui s’ouvrait à eux, pour se lancer dans l’aventure de Paroles et Musique, puis de Chorus : Et c’est ainsi que pendant trente ans, avec Chorus aussi, en tirant le diable par la queue, nous avons eu le bonheur de vivre nos rêves. On retrouve Fred Hidalgo, toujours actif sur la toile, là –>

Quant à Mad, il raconte dans sa  dixième chronique assassine Rosbif saignant : Que Dieu sauve l‘arène, comment il fut mandaté pour couvrir un concert des Hurlements d’Léo, et Garance aux arènes de Lutèce, et les mésaventures occasionnées par  ce déplacement, en concluant : Lolo Kebous a beau dire que les arènes de Lulu sont le plus beau club de Paname à ciel ouvert, plus jamais on y reverra mon melon !

 

Pour les annonces de spectacles à venir,
voyez la belle programmation du Théâtre des collines, à Annecy, de mars à mai –>

 

 

Pour les albums, il y a aussi l’Anthologie 50 titres dont 15 titres rares ou inédits (Double CD digipack), de Francesca Solleville, disponible depuis le 19 janvier  Et je termine sur ces mots de Francesca, au sujet de ce double album : Mes amours :

Mes amours, mes amours, je leur suis fidèle… vers vous je lève le poing, à vous je donne la main… D’hier en lendemain, de potence en destin, jamais le combat ne m’a paru si beau… D’elle à Louis, de Ferré à Allain, je vous passe mes mots… Francesca.

 

Hexagone se referme avec la très belle photo de Leïla Huissoud, , son album Auguste est chroniqué p 108 d’Hexagone n°9,  où l’on peut retrouver aussi son entretien avec David Desreumaux : Lumière sur un clown sans fard.

Pour les formalités d’abonnement miss Flavie vous attend ici,

 

Danièle Sala

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