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Django et Manoukian, ou les vérités alternatives dans le jazz..

20 Sep

 

Ça se passe sur une des grandes radios généralistes, dans la première matinale de France, et ça défrise ou ça décoiffe, ou ça effraie et ça énerve. Vers 7h20 un pseudo spécialiste du jazz qui officie à ces heures pour faire de la vulgarisation nous apprend ce mercredi 20 septembre que Django Reinhardt est mort en 56, qu’il a appris le swing en écoutant Bach, et que c’est Ellington qui lui a révélé les accords 6 ème diminués…

Rectifions donc :

  • Django est mort le 16 mai 1953
  • C’est en 1930, après la mutilation de sa main dans un incendie qu’il réinvente le jeu de guitare, avec ses fameux accords diminués,
  • C’est en écoutant des disques de Louis Armstrong (son idole) chez Emile Savitry en 1931, à Toulon, qu’il découvre le vrai jazz.
  • C’est en 1933-34 qu’est fondé le Quintette du Hot Club de France avec Stéphane Grappelli et c’est plus vraisemblablement à cette époque qu’il a découvert Bach par Grappelli..
  • Quant à l’initiation au minor 6 due à Duke Ellington, c’est à pleurer devant ces balourdises.

Attendons-nous à savoir dans la prochaine manoukianerie que Louis Armstrong a appris la trompette dans un tipi cherokee à la New Orleans, et que le blues est né des états d’âmes des indiens.. (ah non, ça c’est déjà fait..) quand ils allaient chanter des cantiques dans les églises blanches et qu’en fait c’est le red spiritual qui a initié le blues et le jazz. Tout est possible.

Dire qu’il y a eu sur cette antenne Julien Delli Fiori, Frantz Priollet, et bien avant eux Sim Copans, et quelques autres qui savaient de quoi ils parlaient, qu’on pouvait écouter en confiance, avec intérêt soutenu, au lieu de piquer une crise quand un hurluberlu ne sait même faire comme le premier imbécile venu qui va voir sur wikipédia quand il ne sait pas, et devient ipso facto moins imbécile.

Bon, il y aurait encore quelques belles manoukonneries à citer, passons, il reste que ce qui est dit sur Les Doigts de l’Homme dans ce contexte est très dévalué par ces vérités alternatives manoukiennes, mais ceux qui connaissent un peu le jazz dit manouche, savent depuis longtemps la qualité de ce groupe..

Pour avoir des infos sérieuses sur ce sujet, rien de mieux que le coffret Django Reinhardt gentleman manouche, avec un DVD interview de Patrick Saussois, qui fait une synthèse claire et précise, en gros, tout ce qu’ignore Manoukian. (et éventuellement les livres de François Billard/Alain Antonietto, et ceux de Patrick Williams documentés avec sérieux, et très complets)

Ci-dessous la chronique en question, sur le site de France Inter. A vous de voir…

Ce matin, André Manoukian nous fait écouter l’un des meilleurs groupes de jazz manouche, tout en nous expliquant que le jazz manouche n’existe pas…

Non Nicolas, (Demorand) le jazz manouche n’existe pas , son inventeur, Django Reinhardt, dans les années 30, était un manouche qui jouait du jazz. Alors ce nom, cette idiotie ghetoïsante, est né bien après la mort de Django qui survint en 56, probablement à la fin des années 80, cette période où l’on retourne partout au communautarisme et où qualifier un être d’après son origine ethnique n’est plus un problème.

Mais si Django ne jouait pas du jazz manouche, qu’est ce qu’il jouait ?

Du jazz tout simplement. Pour faire court Nicolas, disons que le premier théoricien du jazz s’appelle Jean-Sébastien Bach, et qu’il dit tout dans l’art de la fugue.

Django qui jouait du Bach, s’en inspira, ainsi que du swing et d’un de ses maitres, Duke Ellington, à qui il va emprunter un accord très coloré, minor 6, pour faire technique, que Django va mettre un peu partout, à tel point qu’un jour il va se le faire chiper par Henri Salvador, qu’il relèguera au fond de la scène pour qu’il ne lui pique rien d’autre.

C’est ça qui est formidable, la naissance d’un style peut naitre de la qualité d’un accord…

suite ici : https://www.franceinter.fr/emissions/manouk-co/manouk-co-20-septembre-2017

Norbert Gabriel

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Ascensions, ou Cantate pour Omaya …

13 Août

 

Tu le sais

Je n’aurai de cesse

de te hanter toujours

Et je te condamne à l’amour

Omaya repose sous le mandarinier,

Une tache au cœur comme

Une tache au cœur comme

Un bouton de rose

Cet album de BabX peut provoquer des sentiments de troubles émotionnels exacerbés. Une des conséquences, en ce qui me concerne, c’est une incapacité à trouver les mots pour exprimer ces émotions. Et j’en demande par avance pardon aux albums à venir, et à quelques uns en attente, mais j’emprunte à Nougaro ce que je ressens,

 

Il faut faire silence
Traversé d’une lance
Qui fait saigner un sang
Blanc
Il faut tourner la page
Aborder le rivage
Où rien ne fait semblant
Saluer le mystère

Et puis se taire.

 


Pour le reste, quelques lignes de BabX extraites du livret disent à peu près tout sur cette cantate à Omaya,

 

La chanson parle d’une femme qui s’appelait Omaya al Jbara.  Femme ronde et joyeuse, elle faisait du droit et de grandes tables pour ses amis et sa famille. Elle vivait à Al Alam en Irak. Omaya s’est muée en Jean Moulin de son village quand un groupe de l’Etat Islamique l’a attaqué, faisant de chaque homme et femme un Résistant. Ces résistants ont tenu face aux agresseurs armés pendant 12 jours jusqu’à ce qu’Omaya tombe, tuée en plein cœur par un sniper. Elle est devenue une sorte de légende dont on chante le nom et a obtenu le titre de Cheïkha, titre qui n’avait jamais été accordé à aucune femme.

 

La première partie est un peu sa montée au ciel, son ascension, la seconde la bataille, la troisième se situe après le combat.

 

C’est la fin de cette troisième partie que je propose.

 

Et le sax d’Archie Shepp pleure toute la douleur du monde… et sa rage. Pleure …

Norbert Gabriel

Après le 13 Novembre il a fallu tout arrêter.
Puis tout recommencer. Vite.
Chercher et retrouver la pulsation de Vie.
Écrire. Gravir. Chanter.
Pour résister au froid.
Pour Résister, au fond.
Ce disque n’est qu’une trace de vie -parmi tant d’autres- qui revient à elle-même, sonnée mais obstinée.
Avec dedans les voix, les sons, l’évocation de mes amis, de mes amours, de mes héros, de musiciens, de gens, vivants ou disparus, mais LIBRES.
Sonner. Sonner. Sonner.
Jouer à la musique comme on joue à Zorro. Défier Dieu avec des pistolets à bouchon. Mais ne pas se laisser faire. Ne pas « LE » laisser faire.
Reprendre là où l’on a commencé.
A la Vie. »

Babx

[CONCERT] Babx sera à La Cigale lundi 27 novembre 2017 ! UNIQUE concert de l’album #Ascensions, avec de nombreux invités surprise !
Infos & réservations → bit.ly/BabxCigale2017

Last but not least:  c’est un album à écouter avec un oeil sur le livret, sinon, il y a un grave risque de malentendu, avec L’homme de Tripoli ou avec Le déserteur, comme dans un film où la bande son  est intimement associée au dialogue et à l’image. Les dissocier serait l’assurance de perdre l’essentiel

Oratorio ou cantate ?
– Un oratorio est une œuvre lyrique dramatique représentée sans mise en scène, ni costumes, ni décors. Généralement composé pour voix solistes, chœur et orchestre symphonique, avec parfois un narrateur, son sujet est le plus souvent religieux (épisode extrait de la Bible ou des Évangiles, de la vie du Christ ou d’un(e) saint(e)… ), mais peut être aussi profane (héros mythologique, sujet historique, hymne à la nature…). Formellement assez proche de la cantate et de l’opéra, l’oratorio comprend généralement une ouverture, des récitatifs, des airs et des chœurs.
– Une cantate (du latin cantare, « chanter ») est une composition vocale et instrumentale qui comporte plusieurs morceaux. Elle porte généralement sur un thème qui peut être profane (cantata da camera) ou sacré (cantata da chiesa), mais à la différence de l’opéra, elle ne comporte aucun aspect théâtral ni dramatique.

 

Histoires de chansons et cauchemars…

4 Mai

Il y a quelques mois, un humaniste un peu particulier a dit que l’esclavage n’avait pas que du mauvais, et que les africains déportés et importés comme bois d’ébène au Nouveau Monde étaient en quelque sorte partis pour trouver un monde meilleur. C’est un point de vue qui n’est pas tout-à-fait partagé par tout le monde. Bien sûr, on doit à ces déportations la naissance du jazz, mais c’est quand même cher payé… Les temps changent chantait Dylan vers 1960.. sans doute, mais tout ne change pas aussi bien que ça… Quelques faits divers récents ont mis à la une la légitime défense préventive qui permet à des policiers US de tirer dans le dos d’un individu qui n’a pas d’arme (mais en général afro-américain) … Quelques chansons pour faire le point ? Les temps changent ou pas ?

Melody Gardot vous raconte une partie de l’histoire d’Emmett Till, si vous avez le cœur bien accroché, demandez la suite à mister Wiki…

Auparavant Dylan lui avait consacré une chanson, (chantée aussi par Joan Baez)

Là-bas dans le Mississippi il n’y a pas si longtemps
Un jeune homme de Chicago franchit un seuil de sudiste
La tragédie terrible de ce garçon, je m’en souviens encore
La couleur de sa peau était noire et il s’appelait Emmett Till

This song is just a reminder to remind your fellow man
That this kind of thing still lives today in that ghost-robed Ku Klux Klan
But if all of us folks that thinks alike, if we gave all we could give
We could make this great land of ours a greater place to live.

….

Il y a eu d’autres chansons qui ont fait état de cette tragédie, pour une bonne raison, elle a été  l’origine de la création du mouvement afro-américain des droits civiques.

Les détails de l’histoire d’Emmett Till, et l’horreur, ici, clic sur la photo.

 

Merci à Pascale Gabriel  qui est à l’origine de cette chronique.

Norbert Gabriel

Soulableta…

15 Avr

Soulableta…  c’est un nom qui chante, comme les albums vinyles qu’on trouve dans cette boutique qui vient d’ouvrir hier 47 rue Marcadet, Paris 18 ème…  Tout n’est pas tout-à-fait fini, mais, après avoir poussé la porte, fait un rapide tout d’horizon des rayons, bien fournis dans tous les genres musicaux, une ou deux trouvailles assez rares, (en excellent état) et comme on est dans une période très Prévert, voici cet album Zette chante Prévert – 12 chansons mis en musique par Sébastien Maroto – 1975 -disque Jacques Canetti 48.8620, une sorte d’introuvable… Ou qu’on trouve à des prix 5 à 7 fois supérieurs au prix cadeau dont je fus l’heureux bénéficiaire, la chance du débutant, étant le premier client…  Avec d’ailleurs une deuxième chance, que voici,


Après ces petits-grands plaisirs personnels, apprenez qu’il y a des revues, Rock & Folk et leurs comparses, des livres sur la musique, des tourne-disques vintage, tout pour le bonheur des amateurs de son plus affiné que les MP 3 ou 4…

La boutique aux trésors est à quelques encablures du métro Marcadet-Poissonniers, du bus 56, ou 31, même arrêt… Et on peut téléphoner  au maître des lieux, 06 50 78 55 14..

C’est le cadeau de Pâques amis lecteurs qui passez par là, alors heureux ?

Norbert Gabriel

Le carnaval des pinocchios…

4 Mar
Toute ressemblance avec la scène politique, quelle qu’elle soit, n’est absolument pas fortuite.
 (ou Le bal des tartuffes…)

pinocchio-et-jiminyDans mes enfances lyonnaises et pierre-bénitaines, l’école publique, le catéchisme, les sains principes de mon grand père Giovanni communiste courant Peppone et anar, (devenu Jean à son arrivée en France), me dessinaient une France aussi belle que la vie dans un film de Disney…

On met du temps à guérir de son enfance, quand on en guérit…

C’était aussi le temps de Guignol et du carnaval avec les grosses têtes. Si vous ne connaissez pas, voilà un aperçu de la chose –>

La grosse tête de carnaval fait un bon tiers de la silhouette. On en avait une à la maison, un Fernandel cowboy avec un Stetson, et pour situer les proportions, quand j’avais 6 ans, elle faisait à peu près ma taille, et une fois dedans j’avais juste les pieds qui dépassaient.

Mais revenons à nos pinocchios. Ceux de 2017. Ayant biberonné mon éducation au son des grands principes  Aimez-vous les uns les autres et Liberté-Egalité Fraternité, je découvre effaré, en 2017, que ce pays qui aurait inventé les Droits de l’Homme, devient une sorte de village rétréci dans un égoïsme rance. Ici, une édile maire d’une ville calaisienne interdit de donner des repas à des réfugiés, là, à Paris, on parsème des blocs de pierre pour empêcher les « campeurs » qui dorment par terre de se tenir chaud les nuits d’hiver… Un type qui a volé du riz et des pâtes, rien d’autre, les moins chers, est condamné à 2 mois ferme… Ailleurs, un SDF qui vole un sandwich est condamné  le jour suivant, mais quelques uns qui ont détourné des centaines de milliers d’euros, crient à l’assassinat quand la justice ose prétendre faire son travail avec diligence… Et diffèrent  leurs convocations judiciaires selon leur bon vouloir. Et là, j’entends clairement un môme de 7 ou 8 ans, 89 rue Voltaire à Pierre-Bénite, dire haut et fort, C’EST PAS JUSTE !

Me voilà donc retombé dans les enfances rêveuses et enthousiastes quand je croyais aux lendemains qui chanteraient des jours meilleurs. Le temps a passé, et j’y crois de moins en moins… Les édiles bafouent allègrement les plus simples principes de solidarité humaine, les candidats, certains candidats, bafouent sans complexe les règles les plus élémentaires de la morale, la simple morale, comme on disait dans nos milieux prolétaires,  ça se fait pas...  par exemple, si tu envisageais de te chicorer avec un camarade parce qu’il a triché aux billes, tu lui demandais de quitter ses lunettes avant de lui mettre un bourre-pif… On a ses valeurs morales… Vous voyez les décalages avec les mœurs actuelles…

Les réfugiés qui fuient les bombes (celle que NOUS vendons à leurs bourreaux) sont rebaptisés migrants, genre: des intrus qui viennent voler la place de nos SDF… ces moins que rien il y a peu, devenus soudain le centre de toutes les pensées de certains nouveaux tartuffes bons samaritains.

Quand la montée des océans va menacer les populations qui vivent juste au dessus du niveau des mers, on va se barricader dans des bastions alpins ? Et si l’Aquitaine est inondée, l’Auvergne va-t-elle se fortifier pour empêcher les invasions de bordelais ?

D’ailleurs, c’est en Mars que ça se passe, à Clermont Ferrand, mais c’est pareil ailleurs, des familles à la rue

...hébergées par le 115 jusqu’à début février et par grand froid, c’est-à-dire à partir de – 5°. Et à la rue depuis le 18 février, avec des enfants, alors que la loi prévoit leur prise en charge par l’Etat.

Pour finir en chanson, j’en ai une, toute nouvelle, et ça peut se passer ici et maintenant, devant chez vous ou devant chez moi, avec enfants ou pas, c’est toujours la même histoire, on regarde ailleurs ? Ou pas ? Et pendant ce temps, le carnaval des pinocchios continue son festival télévisuel, avec des grandes questions existentielles, quel menteur professionnel aura la queue du Mickey? *

Alors quoi ? Y EN A MARRE !

Norbert Gabriel

*La queue du  Mickey, pour les moins de 50 ans qui se seraient égarés par hasard sur ce blog, ça n’a rien d’une cochonceté, c’était dans les manèges de chevaux de bois, un truc pour gagner un tour gratuit, une peluche suspendue au dessus des enfants et celui qui attrapait la queue -détachable- gagnait un tour… Même dans nos innocences enfantines, on voyait assez vite que le Mickey était habilement manipulé par le maître du manège pour que le hasard, ou le talent des chasseurs de queue ne soit pas pas le seul critère… Et  il y eut quand même des gentils forains pour que la petite fille un peu timide et maladroite voie la queue du Mickey tomber opportunément dans ses mains… Voilà pourquoi il me reste une tendresse pour ces compagnons d’enfance, les héros des vogues lyonnaises, et Guignol, Madelon, Gnafron, Toinon, les révoltés de la débine, debout malgré tout.

6 Avril, merci à Sabine Henneton pour ces belles affiches tout-à-fait en situation.

affiches pinocchio

Prim’Dufs 16 février 2017

26 Fév

tribal-musette-couvLes Primitifs du Futur

Définir en quelques mots cette tribu unique en son genre est un exercice intéressant, mais assez complexe. Pourrait-on dire que c’est un cocktail à base de swing-musette auquel s’ajoutent quelques épices délicatement choisis dans les musiques américaines, celles de Belleville ou de Bastille, ou des îles Ukulélé, quand l’accordéon chante avec un oud ou une mandole, un violon et un bandonéon, des guitares manouches, vibraphone et harmonica, des cuivres et des drums, un banjo et une flûte traversière, une cabrette d’Auvergne et une sorte de harpe japonaise -koto- faisant chorus avec le thérémine, des voix et des choeurs, du scat et de la valse, du xylophone et une contrebasse… j’ai oublié personne ?

Faire court avec cette bande qui fluctue de 10/11 en formation réduite scène, et 52 sur album n’est pas chose aisée.En deux mots et un dessin, disons Tribal musette, c’est l’option qui résume le mieux leurs musiques d’un monde où les frontières tombent devant les notes de guitare et l’accordéon voyageur. Musiques populaires au sens le plus riche.

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Photos©NGabriel2017

L’alchimiste de cette fantasia musicale est un homme plutôt discret, deus ex machina qui conduit sa compagnie avec souplesse et bienveillance. Une tribu qui se retrouve toujours avec une joie partagée, contagieuse, et un public heureux.

Au fil de temps Dominique Cravic s’est installé naturellement dans la scène du spectacle vivant musical le plus éclectique, avec une curiosité et un goût de la découverte en parfaite adéquation avec le goût de vivre de Pierre Barouh.  L’un comme l’autre ont fait de leur vie un art de rencontres, les plus inattendues parfois, mais toujours créatives. On peut y croiser les ombres amicales de Didier Roussin de Gus et Tony, Viseur et Murena, Duprat et Crumb, présences réelles ou virtuelles, avec Cordes et Lames… il a rêvé d’une communauté ouverte et chaleureuse de baladins polyvalents, et il l’a faite… Fête de retrouvailles entre amis de plus de … (30 ans ? 40?) comme le jeudi 16 février dans un Studio de l’Ermitage sold out et plein à craquer c’est vraiment le cas de le dire… Les Prim’Dufs, ça va ça vient, ça revient parfois tous les 10 ans, Tribal Musette étant de 2008, peut-on attendre quelque chose en 2018 ?

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Miéko Miyazaki

Et privilège du spectacle vivant, un inédit, un blues « japonais » qui permet de mieux découvrir cette très fine musicienne et son koto, entre poésie musicale et swing tonique.

Tribal musette comme Cocktail d’amour&Blues story, on peut les écouter et les récouter régulièrement, chaque fois on découvre quelque chose, 3 p’tites notes que le 52 ème musicien a glissées entre un solo de violon-Mathilde, un riff de ukulélé-rock, comme si l’album se régénérait chaque fois. C’est ça l’alchimie Cravic… Vivement 2018, on n’est jamais à l’abri d’une bonne nouvelle.

Sur scène, il y avait, dans un ordre aléatoire, de gauche à droite, en commençant par les filles, Mathilde Febrer, Claire Elzière, Miéko Miyazaki, Fay Lovsky, et les garçons, Bertrand Auger, Daniel Huck, Jean-Michel Davis, Jean-Philippe Viret, Daniel Colin, et Dominique Cravic, Hervé Legeay et Max Robin, Khireddine Medjoubi, Mohammed Baazi et  Michel Esbelin…

Et dans la suite qui assure les intendances, Nina-Loup, « Pépette Luter », et même Daniel Richard…

Dans cette soirée extraordinaire, le spectateur ébloui n’est pas au mieux pour faire des photos, mais néanmoins, on peut avoir quelques images d’ambiance… 

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Bis a dit la foule enthousiaste…  Bon d’accord.

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Norbert Gabriel

On peut aller chez Frémeaux pour trouver de belles choses, ouvrez le catalogue,

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Et ici pour Tribal Musette, ouvrez l’album,

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Louis Ville, le blues de l’imprécateur…

6 Nov
©NGabriel Forum Léo Ferré 2015

©NGabriel Forum Léo Ferré 2015

En suite indirecte à Prison’s Blues (hier samedi) quelques lignes et quelques chansons de ce formidable Louis Ville, un des grands guitaristes du genre, quand la guitare sonne comme un tocsin, quand c’est un blues d’aujourd’hui qui vous donne la rage de vivre, et une envie irrésistible de changer un monde qui devient détestable, voyez les actualités, et ce qui se passe dehors, ici et maintenant, et en France… Et on voudrait que je sois heureux et tranquille ?

Dehors

 

Ne te retourne pas

Le monde est ouvert à nos fenêtres, on regarde, on entend.  On regarde sans voir, on entend sans comprendre, ce qu’il faut de chagrin pour un air de guitare… Ces guitares jouent des sérénades qui résonnent comme des chants de colère, d’une révolte qui gronde en sourdine, est-ce que ça va durer longtemps. ? En 1956, Montand chantait ça:

Mais revenons au débat,

Avec  l’étincelle…

C’est une chanson d’amour, mais c’est peut-être d’un étincelle dont on a besoin pour remettre le monde sur la bonne voie… Utopisme ?? Peut-être, c’est un chemin inexploré… Pourquoi pas ?

Norbert Gabriel

PS: Hier samedi, Louis Ville était à l’Annexe, à Ivry, un désagréable contretemps m’en a privé, mais il y a les albums, les youtubes, et ça m’a fait la nuit étoilée. Envers et contre tout.  Suivez Louis, c’est là, toca la guitarra, et go on…  Louis Ville 340 dessin 1 10-04-2012 20-48-00 1850x1678

L’an dernier au Forum Léo Ferré, c’était ça : https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2015/10/17/louis-ville-un-bluesman-francais/

Blues avec Chantal Laxenaire + The Gang

5 Nov

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Un coup de blues avec elle, ça se refuse pas, et à la fin, on dit encore-encore… Ici rien à voir ou à entendre avec les ersatzs de blues  parfois proposés par nos hexagonaux singers qui, souvent, en retiennent une forme réduite à une caricature, sans en saisir l’âme… D’ailleurs peut-on vraiment, en Europe,  saisir l’âme de cette musique née d’un peuple déporté, asservi qui s’est construit une identité avec cette musique ? *

Chantal Laxenaire a choisi de faire découvrir des blues et des bluesmen and women, sur le thème de la liberté. Une des très grandes qualités de cet album se trouve dans l’exposition de la richesse musicale de cette musique qui est mise en avant avec beaucoup de finesse.

En gardant l’énergie vitale de ces chants de résistance

En intro,  on pourrait presque dire que la chanteuse a l’élégance de se mettre en retrait pour mieux faire entendre la musique. C’est comme un conteuse qui entr’ouvre des portes sur des nouveaux paysages dans des contrées qu’on croyait bien connaître.

Ensuite Chantal Laxenaire met ses exceptionnelles qualités vocales pour donner toute sa mesure au chant de révolte.

rosa-lee-hill1Et accessoirement, avec Rolled and Tumbled (Rosa Lee Hill) on perçoit que le blues a aussi cherché dans la culture indienne des rythmes et des incantations.

Vous trouverez dans le lien ci-joint tout ce qu’il faut sur cet album, pas mieux à dire sur la démarche de l’artiste, sinon que c’est sans doute un des meilleurs albums pour découvrir le blues, ses richesses, et avoir aussi l’envie irrésistible de partir sur les routes du Sud avec Alan Lomax, Skip James, Memphis Minnie… et Chantal Laxenaire. Pour vivre avec eux cette musique puissante, sensible, qui a donné un sens nouveau à cette musique issue du peuple. Le blues, c’est les racines, le jazz, c’est le tronc et les branches, le rock, la soul et tout le reste, ce sont les pommes. (Probablement BB King)

Clic sur l’album et découvrez Chantal Laxenaire + The gang… prison-blues-couvLe Blues est la seule littérature noire issue des champs de l’esclavage. « Une musique profonde, tronc nourricier de toutes les musiques contemporaines (B.B. King )

* Un indispensable livre sur le blues, «  Le peuple du blues » de Leroi Jones, ( Folio 3003) qui donne toutes les racines sociales, musicales de la musique noire dans l’Amérique blanche.    Voir ici, clic sur the book:le peuple du blues

Norbert Gabriel

 

Ça balance aux Puces …

27 Juin


D’abord ça commence ici, à la Chope des Puces, le rendez-vous de tous les amateurs de guitare et de jazz manouche depuis plus de 60 ans. C ‘est comme un pélerinage obligé avant de commencer la tournée, prendre un peu de cet air du voyage, de la route et des horizons sans fins. On y trouve encore des témoins directs qui vous racontent, à l’occasion, quelques anecdotes sur les guitaristes de légende qui sont tous passés ici un jour ou l’autre, ou qui en rêvent… Il y a 11 ou 12 ans, un très jeune homme de Tokyo, est venu uniquement pour présenter son album Hommage à Django, je n’ai jamais bien su les tenants et aboutissants, mais un soir, le téléphone sonne, quelqu’un me parle dans une langue métissée de français et d’anglais, je comprends qu’il s’agit d’un musicien, et au bout de 3 minutes, je comprends qu’il est en bas de chez moi. On se voit rapidement, la seule chose qu’il veut c’est me donner cet album, et il s’esquive après un salut très japonais. La seule chose que j’ai retenu de cette histoire, c’est qu’en 1999, un jeune japonais de 20-22 ans passionné de guitare, est venu en France pour voir la Chope des Puces, qu’il avait eu un écho des soirées « Autour de Crolla » ce qui l’a mené chez moi. Comment, par qui, par quoi ? Par miracle peut-être …

Voilà pourquoi tout jazzfan épris de notes de guitare et de nuages doit faire son pélerinage un jour ou l’autre à la Chope des Puces. De préférence en Juin, vers le 21-25…

Reprise de la ballade…

Photos NGabriel

Après la station à La Péricole, avec le trio Trenet manouche 2012, et une ballade tranquille vers le Cap St Ouen , voici le début des balances, avec 9 groupes qui vont se succéder, c’est dès 14 h qu’on commence les réglages…

Et quand il y a du monde en scène, dont des multi instrumentistes, on passe chaque instrument en essai.

Durant tout l’après midi, les musiciens vont se succéder pour ces préparations indispensables à un concert réussi.

Biréli Lagrène, en version « électrique » marie le son de sa slim guitare à un bon vieil orgue Hammond des années d’avant la révolution … de mai 68, peut-être même d’avant la guerre, on ne sait plus très bien…

Biréli Lagrène est très probablement un des 2 ou 3 vrais disciples de Django, jamais satisfait des acquis, et qui a toujours exploré les courants musicaux naissants, et rencontré les jeunes jazzmen, la dernière séance de Django, c’est la première de Martial Solal, le symbole prend tout son poids quand on voit la carrière de Solal.

De même , Biréli Lagrène, sans renier ses origines musicales manouches, est un explorateur de toutes les musiques, avec cette liberté des fils du vent que rien ne peut enchaîner.

Mais continuons les balances …

Ici le micro semble être positionné de façon très anticonformiste, mais avec les musiciens de Juliette, il ne faut  s’étonner de rien, d’autant qu’un autre est en train de mettre en place un matériel très spécial et contrairement aux apparences, ce ne sera pas le musicien qui usera de ces bouteilles, ou tout du moins, pas de la manière la plus usuelle, c’est pour préparer un cocktail façon Juliette, peut-être un Whisky-Kiri-kiwi ? À moins que ce ne soit un Corbières-Picon-bière?

Mais tout ça nous mène allegro tranquille à 19h15, ouverture et ruée du public sur l’esplanade du Cap St Ouen.

Et c’est un public très intergénérationnel, la preuve …

Ouverture des portes à 19h15, Kerredine Soltani et ses gars d’Oberkampf terminent les balances en direct, avant leur concert, bref mais intense, on est dans l’énergie tonique et engagée-narquoise et la musique qui swingue allegro vivace.

Rappelons que Kerredine est celui qui a propulsé Zaz vers les sommets, en composant « Je veux » et produisant l’album.

Il ouvre la soirée avec l’abattage d’un vrai gavroche à la langue qui virevolte sans faux semblants, ni circonvolutions abstraites, un vrai parigot, fils de la bohème, breveté Navigo…

Mini concert de Clotilde Courau qui termine avec une superbe chanson, augmentée de du violon de Didier Lockwood. Clotilde Courau comédienne, qui affine son art de la scène chanson depuis un an, avec des créations originales, et une approche artisane de cette nouvelle facette de son métier d’artiste. Remettre cent fois sur le métier son ouvrage comme a dit un grand ancien, et faire vivre son art.

Les doigts de l’homme , un quatuor dans la plus pure tradition du Quintette Hot Club de France envoie quelques belles envolées de guitares swing , aux colorations diverses gitano-tziganes, et deux solistes excellents dans les médiums de ces néo-Selmer trop souvent caricaturées, ça sonne rond et chatoyant, brillant et aérien, des campings sauvages où on voit les paysages.*

Ils terminent avec un premier aperçu de leur prochain album, bientôt dans les bacs.

Juliette, la grande Juliette, va nous régaler d’un de ses shows qui chaque fois mettent le public dans une liesse indescriptible.

Peut-on vraiment raconter un spectacle de Juliette ? C’est un mix réussi de l’écriture maîtrisée, de la loufoquerie la plus extravertie, drôle, truculente, insolente, tonitruante, mais jamais superficielle, c’est un cocktail savoureux, éclectique, décapant, surtout le Picon-oignon-goudron, une de ses spécialités les plus goûteuses, avec le Whisky-Kiri-kiwi, qu’on vous conseille vivement. A l’écoute. Et sans modération. L’évènement du jour, le scoop, la nouvelle épastrouillante, c’était le mariage de Juliette… La drôlesse (la patronne) a répudié François Morel pour un nouveau conjoint, la preuve par l’image :

Etonnant non ? François, désolé mais c’est la vie !

Et le jeune public applaudit Juliette avec conviction, ce jeune homme de 4 ans, Malo, a été un spectateur exemplaire, attentif, et participatif, autant que le vénérable barbu à droite en bas.

Ils applaudiront avec la même énergie Yves Jamait et ses 3 mousquetaires, le percussionniste Didier Grébot, un peu caché à gauche, puis sur la photo, Daniel Fernandez, Yves Jamait, et Samuel Garcia à l’accordéon.

Comme Juliette, ce sera une ovation, un public emballé, et pourtant la barre était placée très haut. La directrice du festival viendra dire son enthousiasme pour ces artistes chaleureux et d’une totale générosité . Invitation à aller aux concerts de ces artistes qui n’encombrent pas les écrans télés de leur présence, mais qui sont régulièrement plébiscités par le public.

 Le dernier set chanson était celui de la marraine du festival, Nicoletta, après ces deux moments intenses, quelques personnes dans le public ont émis des commentaires un peu désabusés, genre chanteuse du passé, ça a duré le temps des quelques mesures de la première chanson de Nicoletta, si certains avaient oublié qu’elle est une des plus grandes voix de blues du monde, Nicoletta  a vite dissipé les doutes. Il est même rarissime qu’une chanteuse ayant une carrière de 40 ans ait toujours cette voix hors du commun  qu’elle a mélangée à celles d’Amandine Bourgeois et Véronique Séver pour un final d’anthologie avec Mamy Blues. Juste avant on avait eu Dider Lockwood en guest star.

La soirée s’est terminée à une heure avancée, avec le Lockwood Group, avec Biréli Lagrène, et une fête finale avec Ninine Garcia, un des animateurs historiques de la Chope des Puces (en fait c’est toute la famille Garcia qu’il faut saluer) Ninine, Rocky, Mundine Garcia et William Brunard  (contrebasse) forment la charnière du bouquet final. Avec des invités de marque Didier Lockwood, Biréli Lagrene, Fiona Monbet, Aurore Voiqué, Samuel Berthod…  qu’on a croisé dans l’après midi en duo klezmer.

Regret d’avoir raté la finale, pour cause de transports en commun, regret aussi de ne pas avoir pensé à une troisième pile pour le boitier photo. Mais bon, le jazz, ça se raconte pas, ça se vit en direct, donc soyez là l’an prochain.

Et merci à cette galaxie de partenaires qui permettent ces journées de concerts multiples, ouverts à toutes les musiques, et gratuits.

 Norbert Gabriel

* Note paysagiste : dans les années 45, un des frères Ferret, avait gentiment ironisé sur les néo Django aux guitares mitraillettes:   » C’est bien toutes ces notes, mais on n’a pas le temps de voir le paysage. »    Ça reste d’actualité assez souvent…