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Festival Musicalarue 2019 : rencontre avec Blackbird Hill

4 Avr

 

Si Musicalarue nous donne toujours l’occasion de retrouver des interprètes de la chanson francophone, des poètes au regard lumineux et avide ou à l’humour nécessaire (Didier Super), des militants du verbe juste et de l’imagination fertile, le festival persévère et persiste dans son œuvre éclectique et par moments pionnière de proposer des découvertes inattendues, des chocs d’émotions, de l’enivrement aux effluves d’essences créatrices parvenues d’horizons lointains et mystérieux. Trouble de la perception et confusion du discernement qui fait lâcher prise à l’esprit lorsqu’une musique s’adresse au sens intuitif et lui parle un langage qu’il comprend sans en analyser le propos intellectuellement. La sensation déroutante pouvait vous envahir tard dans la soirée du 17 aout, lors du concert de Blackbird Hill. Vos pas écartés loin des chemins familiers et hors des terrains favoris, les compositions du groupe les entrainaient inexorablement vers des espaces vastes et peu connus.

A l’instar des Inspector Cluzo [Lire ici] et Persepolis [Lire ici] que nous avions rencontrés ici même les années précédentes, ou encore de Golden Gasoline [ici], le duo bordelais guitare-batterie s’aventure à la chevauchée d’un Rock essentiel, irrigué d’influences blues et folk, au fondement d’une expression musicale à la fois épurée et sophistiquée, qui, en disant peu de choses, en fait entendre et ressentir en réalité beaucoup plus. Les morceaux du groupes ne manquent pourtant pas de texte ; néanmoins c’est sans chercher à les écouter scrupuleusement qu’on en ressent comme instinctivement l’intention. Il fallut donc trouver un moment pour rencontrer les deux membres de ce jeune groupe qui, après la sortie récente de son album « Razzle Dazzle » devait se lancer sur les routes pour une tournée (voir sur le site pour report des dates).

 

 

– Messieurs bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Pouvez-vous présenter votre groupe ?

– Théo : Blackbird Hill est un duo guitare-batterie. Je joue de la guitare et chante, et Max est à la batterie. On existe sous cette forme depuis l’année dernière. Le projet est né en 2012-2013, mais j’étais batteur du groupe et il y avait quelqu’un d’autre à ma place. En gros on fait du rock teinté de Blues.          

 

– Intuitivement d’un premier abord, votre musique évoque de grands espaces géographiques, une atmosphère de Far West. Cela exprime-t-il un désir de faire voyager au lointain ou plutôt esquisse-t-il un climat introspectif, ou les deux à la fois ?

– Théo : Exactement ça ! C’est un mélange des deux. On fait souvent des parallèles entre des émotions ou des expériences et ce qui se passe dans la nature, pas forcément la nature qu’on voit tous les jours, mais des grands espaces dans le monde entier. On espère que notre musique vient de là ; en tous cas c’est ce qui nous inspire.

– Max : Il y a une dimension imaginaire, d’une Amérique un peu rêvée. C’est marrant, parce qu’en avril on a joué à Rock et Chanson, et des enfants d’une classe qui étaient venus découvrir le lieu, sont passés dans la salle de concert pendant nos balances, et les animateurs leur ont demandé à quoi faisait penser notre musique, ce que ça leur évoquait. Beaucoup ont répondu des grands espaces, des déserts, des balades à cheval, une cascade. Donc en fait ça exprime bien ça.

– Théo : Un mélange entre Easy Rider et de vieux westerns. Ça leur rappelait tout ça, et tant mieux !

 

– Et la littérature de la Beat Generation vous a-t-elle inspirés ?

– Théo : Oui, Jack Kerouac, effectivement. Et en ce moment je lis beaucoup Jack London. Cette littérature m’inspire. Pas mal les films de western aussi.

 

– Le groupe Golden Gasoline, qui possède en commun avec vous des orientations musicales et le fait d’être un duo instrumental guitare-batterie nous expliquait exprimer à travers la musique comme de petits scenarii, la musique faisant naitre des images d’action. Concevez-vous aussi votre musique comme une bande son de film ?

– Théo : Carrément ! il y a un truc tout bête quand on est en train d’écrire une chanson, et qu’on commence à voir un peu la gueule qu’elle a, on se dit qu’elle irait pas mal sur une scène de poursuite de voitures dans le désert ou d’autres scènes ; on imagine des trucs.

– Max : Que ce soit pour nous ou le public, ça doit évoquer des images, développer des scènes.

– Théo : Je n’en ai pas parlé, mais je pense que ça fait partie de nos critères : il faut que ça évoque une image, une scène, une ambiance.

 

– La principale problématique à laquelle on se heurte, lorsqu’on joue du rock, sans basse, est l’absence sonore de cet instrument. Comment y palliez-vous ? Par un recours à des effets sonores ?

– Théo : Non, ça passe beaucoup par des temps de recherche et de travail à la maison, avec effectivement des pédales et des façons de se brancher sur plein de matériel. Et ensuite on passe quand même pas mal de temps tous les deux à essayer d’arranger nos chansons pour que ça marche. On utilise beaucoup la nuance, la variation de couleurs, de textures et de puissance dans une chanson, histoire de ne jamais installer quelque chose, ne jamais lasser. On essaye de varier beaucoup les univers dans une même chanson. Pour combler l’absence de basse, en fait, c’est très simple : j’accorde ma guitare très grave, c’est-à-dire que par rapport à une guitare standard qui va être accordée en Mi, je m’accorde soit en Do soit en Si avec ma guitare barytone. Il suffit donc déjà de donner à une guitare accordée ainsi la possibilité de faire suffisamment de basses, parfois aussi en utilisant un ampli basse sur scène.

 

– Vous sentez-vous comme faire partie d’une famille, en tous cas en proximité, avec la démarche de formations blues rock de duo basse-batterie comme The Inspector Cluzo, Persepolis, pour ne citer que les locaux ?

– Théo : J’ai découvert The Inspector Cluzo, parce qu’il y avait des gens du public qui m’en parlaient. L’idée de former un duo venait pour moi directement de la période où j’écoutais beaucoup The White Stripes ou The Black Keys, à leurs débuts lorsqu’ils étaient vraiment des formations guitare-batterie. A l’époque je me demandais comment on peut former un groupe uniquement à deux personnes, et j’ai bidouillé des trucs sur plein d’amplis, et c’est ainsi que je me suis rendu compte qu’on pouvait faire un gros son de guitare, et n’être que deux dans un groupe et réussir quand même à exprimer beaucoup.

– Max : C’est marrant que tu en parles, car Persepolis est un groupe qui fait aussi partie du même catalogue bordelais que nous, Lagon Noir, une structure d’accompagnement et de booking sur Bordeaux, et Ophélie qui est notre manageuse et bookeuse s’occupe aussi de Persepolis. Il y a donc forcément un réseau qui se créé, avec I Am Stramgram, Sweet Like An Ape! Qui font partie de la même famille.

 

– Votre langue de prédilection est aussi l’Anglais, comme eux. Pourquoi ?

– Théo : Tout ce que j’écris pour Blackbird Hill, je l’imagine en Anglais. J’ai baigné dans le rock, et les films américains, et c’est majoritairement en anglais. Et puis c’est la langue du blues tel qu’on le connait aujourd’hui tout simplement. Pour nous c’est une manière de ne pas être la personne qu’on est tous les jours. Si on devait tout faire en français, je pense qu’on s’échapperait un peu moins de notre quotidien, et par conséquent le public aussi.

-Max : Et puis il y a quelque chose qui diffère au niveau des sonorités ; c’est une langue plus rythmique, plus percussive.

-Théo : J’ai l’impression parfois de pouvoir exprimer quelque chose de concentré. Avec l’anglais tu peux dire en trois mots quelque chose qu’il va peut-être te prendre plusieurs phrases pour expliquer en français. Donc pour le moment on chante exclusivement en anglais ; il y aura cependant une phrase en français sur le prochain album, bien cachée, glissée au milieu d’un titre.

 

– Comment se passent les tournées et les rencontres du public avec votre musique ?

– Théo : On a fait pas mal de dates dans la région, mais aussi par ci par là en France. Ça nous est arrivé plusieurs fois de prendre la voiture pour monter au dessus de Paris cet été. Au mois d’avril, nous avons fait une tournée d’une semaine en Italie. Là c’est un de nos derniers festivals de l’été, puisque après on aura une période de repos, qui ne sera pas vraiment du repos, car en fait on a un disque à préparer. On a finit d’enregistrer un album qui sortira en début d’année prochaine. Et donc on a tout un travail de préparation de sortie du disque à faire. Quand tu autoproduis tes disques, ce qui est notre cas, il y a beaucoup de travail à faire, et pas que de promotion, des choses à faire derrière un ordinateur. L’hiver va donc nous servir à ça, mais pas que, puisqu’on aura la chance de à La Boule Noire à Paris, fin novembre. Mais ce temps mort nous permet aussi de construire une tournée pour présenter le disque qui s’effectuera dès sa sortie.

 

 

Miren Funke

Photos : Carolyn (à Musicalarue Luxey, et au Krakatoa de Mérignac) ; Fabien Espinasse

 

Lien : https://blackbirdhill.fr/

https://www.facebook.com/duoBlackbirdHill/

Henri Crolla, et l’air du temps…

3 Mar

 

C’était un temps peu raisonnable, années folles d’après guerre qui ne savaient pas que le pire pouvait arriver…

C’était un temps de musiques neuves, l’enfant jazz avait grandi, l’adolescent avait explosé en rag-time, en Dixieland, et son prophète s’appelait Louis de la Nouvelle Orléans.

Louis Armstrong, archange nègre dont la trompette bouleversa le monde.

Cette musique inventée par les esclaves pour ne pas mourir de désespoir charriait dix mille ans de la vie des humains .

Au commencement du tempo était le work-song, chant de travail dans les champs de coton ou de canne à sucre, puis vint le cantique religieux.

Du cantique biblique revu et arrangé par les polyphonies et les rythmes africains, naquit le negro spiritual au 19 ème siècle, puis les Evangiles du Nouveau Testament générèrent le Gospel au début du 20 ème.

Du mélange de la gamme pentatonique africaine et de la gamme heptatonique européenne, naquit le blues.

Puis vinrent le rag-time, et le swing, puis le be-bop, enfin le rock, énergumène turbulent à la musique sommaire mais remuante, rejeton ingrat ignorant parfois ses grands parents spirituels.

Cet enfant métis, le jazz, a marqué le siècle de son big bang harmonique, formidable bouillonnement créatif, musique faite par le peuple pour le peuple et flamboiement populaire face aux musiques savantes et écrites.

Il y eut un soir, il y eut un matin, il y eut de la musique et Satchmo vit que celà était bon.

Il chanta « What a wonderfull wordl » ce mirage américain qui a fasciné les générations de 1920 à 1960. Chaque adolescent se voyait pionnier dans ce Nouveau Monde où Mac Disney, John Wayne,  Johnny Walker , Coca Cola et Hollywood nous montraient l’Eden USA technicolor, but White only for Uncle Tom in American Way of life.

  • – Oncle Sam, c’est loin l’Amérique ?
    – Tais-toi et rame et chante, It’s a long way to Kansas City, it’s a long way to go

 

Il y eut Mamie Smith, la première voix enregistrée du blues en 1920, il y eut Ella scat* et swing, et sa voix comme un instrument naturel fait pour le jazz, et Mahalia Jackson, la mystique qui chantait « The Good Book » uniquement dans les verts pâturages du Seigneur.

Il y eut Billie Holiday, Bessie Smith, sublimes et pathétiques déesses brunes de la rue et des ghettos de Harlem . Et il y eut de « Strange fruit » dans les arbres du Vieux Sud.

A l’Ouest d’Eden, les bons indiens étaient des indiens morts. Notre Far West d’Hollywood avait les couleurs de larmes et de sang, sous les images en noir et blanc.

Il y eut d’autres jours et d’autres lunes et le roi Django voyagea sur les nuages d’un manoir de rêve en forme de verdine manouche.

Et un petit italien Enrico Crolla vit le soleil de Naples.

C’était un temps pas raisonnable… Années folles de rage de vivre encore et encore … On dansait de dépression 29 en embellie 36, les pieds dans la boue et les yeux pleins d’étoiles, la tête dans un ciel où chaque clou d’or ponctue un cri, comme une cicatrice, un espoir, un chemin..

C’était un temps à peine croyable, Guernica et la java, comme naguère le Rwanda et la Lambada, on dansait sous le volcan… Comme aujourd’hui, on dansait …

Honte à celui qui chante quand Rome brûle ?
Elle brûle tout le temps …**

* Scat: au cours d’un enregistrement, Louis Armstrong oublie les paroles et improvise en scat, qu’il vient d’inventer impromptu. Pour mémoire quand on grave une cire dans ces années 78 t, tout le monde est autour du seul « micro », c’est une seule prise de 3 mn, temps imposé par la galette , d’où le standard de 3 mn pour la chanson par exemple.

** Georges Brassens

Mais quand même…

 

Norbert Gabriel
Les ballades de Crolla

La mort solitaire de Hattie Caroll

25 Jan

The Lonesome Death of Hattie Carroll
ALBUM : « THE TIMES THEY ARE A-CHANGING ».  1964

Dans mes lointaines enfances péri-lyonnaises, il y avait de la musique et des chansons, toute la famille chantait, de Trenet à Verdi ou Puccini, Montand ou l’opérette hispano-marianesque, tout était bon à faire chorus selon l’heure et le lieu. Je suppose que j’ai plus souvent été bercé par « une chanson douce que me chantait ma maman les soirs d’orage dans la maison qui dort » que par Rock around the clock ou le grand air de La Tosca … Mais « Il masolin di fiori » par mémé Tina, c’est vraisemblable.

Toutes les chansons sont autobiographiques, mais c’est surtout l’autobiographie de notre vie. *

Le Grand Perron

Mon goût pour la chanson qui raconte, plus que la chanson à gigoter des pieds ou bouger son cul, est venu de la rencontre entre « Actualités » (d’Albert Vidalie et Stéphane Golmann), et mon environnement familier. 1951 ou 52, la fille du directeur de l’hôpital Jules Courmont, ou Le Grand Perron, est malade, elle a la maladie bleue… On ne sait pas bien ce que c’est, mais ça a l’air inquiétant, étant donné la façon dont les parents en parlent à mots couverts. Vu de nos 10 ans, c’est limite comique, le directeur de l’hôpital, c’est quasi Dieu le père, il donne du travail à plusieurs familles du quartier , c’est le seigneur du château, mon grand père lui fabrique des meubles d’ébénisterie, et on trouve plutôt rigolo que sa petite fille soit bleue. Une schroumphfette avant l’heure ? Les maladies en couleurs, on avait ça dans notre quotidien, la rougeole, la jaunisse, la rubéole, mais le bleu ?

Et puis … et puis voilà que la chanson repeint le tableau en couleurs moins rigolotes,

Un enfant bleu
Dans son berceau de bois blanc
Fermant ses yeux innocents
Meurt tout doux tout doucement…

Déjà, un enfant qui meurt, vu de nos 10 ans, c’est surréaliste, la mort c’est pour les vieux, et en plus, la fille du directeur de l’hôpital, comment envisager ça ? Ce n’était plus la mort de Mimi dans La Bohème, les morts d’opéra ou de cinéma, où on sait que c’est pas pour de vrai, et même quand c’est pour de vrai comme Jeanne d’Arc, c’est pas pareil, Jeanne est éternelle dans sa légende, comme Roland de Roncevaux ou Robin des Bois … Donc, voilà comment le principe de réalité est arrivé dans ma vie avec une chanson. Avec la guitare de Crolla, c’était rare une chanson à la radio en guitare voix … Les mots prennent une dimension de conte fascinant.

Quelques années plus tard, c’est aussi la radio qui m’apporte le negro-spiritual, qui me prend par cœur et par corps comme si j’avais des ancêtres esclaves en Louisiane . Ça ne s’explique pas, c’est entrer de plain pied dans le monde de « La case de l’oncle Tom » mais les couleurs pastels du conte deviennent rouge sang dans un carrousel d’images un peu floues, et puis tout devient concret, cruellement concret avec les premières chansons de Dylan, des chroniques sauvages présentées avec un humour acide, ou un dépouillement terrible, comme « La ballade de Hollis Brown »


* Tirée comme Hollis Brown d’un fait-divers réel, cette chanson est sans doute la plus désespérée de cet album. Elle illustre le racisme ambiant dans le sud des Etats-Unis au début des années soixante, mais aussi un thème récurrent chez Dylan, le peu de confiance accordée aux juges, et aux pouvoirs en place en général.

NB: il est assez fréquent depuis quelques années de gloser ou ricaner sur Aufray et Dylan, mais les faits sont têtus, en 1964, c’est lui  qui fait connaître Dylan en France, même si une ou deux chansons avaient été enregistrées un peu avant par des chanteurs adaptant des tubes américains devenant « une chanson de Richard Anthony » .  Pour le grand public la découverte d’un album entier consacré à Dylan a été une révélation. Et dans ces années de variétés yé-yé, les textes  corrosifs de Dylan donnaient un autre regard sur nos amis ricains… Dernier point, contrairement aux précédents interprètes de Dylan, Hugues Aufray a vécu aux USA, à New-York, où il a connu Peter Paul and Mary, et Bob Dylan  à Greenwich Village. Et pour les adaptations, faites avec Pierre Delanoë, chaque traduction a été validée par Dylan et ses avocats.  Delanoë était réticent en raison de son anglais scolaire, et il demandé à Aufray de travailler avec lui, Aufray maîtrisant mieux le langage populaire américain. Ils ont fait un erreur avec Tambourine man, dans l’argot de New York, c’est le dealer qui vient frapper à la porte. Aufray ne le savait pas, et ils traduisent par,

  • Hey ! Monsieur L’homme orchestre
    Joue moi ta chanson
    J’ai pas sommeil
    Et la vie me mèn’seul’ n’importe ou
    Hey ! Monsieur L’homme orchestre
    Fais chanter mes nuits
    Dans cet’jungle-monnaie
    Emmèn’moi loin d’ici

Hey! Mr. Tambourine man, play a song for me..

La traduction est partie sur l’idée que la musique ouvre des « espaces de rêve »  alors que Dylan évoquait d’autres vecteurs pour ces voyages oniriques. Mais la traduction l’a amusé, et  il l’a validée. Le sujet étant moins sensible que la mort solitaire de Hattie Caroll, l’adaptation a été acceptée, la même chose n’aurait pas été possible pour Hattie Caroll.

Norbert Gabriel

Des grands chocs musicaux …

20 Sep

Moi quand j’entends certains trucs à la radio …

Dans un moment de consternation musicale provoqué par une chose diffusée dans la plaie-liste d’une grande radio nationale, je me suis transporté toutes affaires cessantes vers mon rayon «Grande réserve», là, je peux piocher au hasard n’importe quoi dans les CD, il y en a un bon mètre, et ce que je vais extraire, c’est une écoute en boucle au moins 3 fois, dans l’ordre de la publication in extenso. Ce que je venais d’entendre dans la liste déplaisante, c’est un gloubiboulga informe de bruits divers que d’aucuns nomment « musique urbaine » parfait oxymore, il n’y a pas de musique et c’est pas urbain pour un demi sou. Donc en antidote et antidépresseur, je pioche, bingo, L’homme de la Mancha, et pour la X ème fois je m’émerveille de la grandiose Joan Diener dans Aldonza … C’est pour elle qu’un poète* a écrit: « Les chants désespérés sont les chants les plus beaux et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots. » Ici, c’est aussi un cri, une rage, un jaillissement fulminant d’une sorcière comme les autres, en pire, si j’ose dire. Après ça, m’est venue l’idée d’une introspection dans mes références de quelques grandes divas du spectacle chanson, en voici quelques unes qui à différents degrés, m’ont éclaté le cœur .. et comme Diane je me dis parfois que j’ai choisi d’habiter le monde de mon imagination… Ou plutôt, essayer … Avec ,

Joan Diener
Julia Migenes
Billie Holiday
Diane Dufresne
Elisabeth Wiener

et la vraie chanteuse de jazz, Elisabeth Caumont

Honneur à Aldonza

 

Puis Julia Migenes dans la « seguedilla » de Carmen

 

et pour la perfection vocale Maria Callas

 

Diane Dufresne dans 3 versions du Parc Belmont

Parc Belmont ( cirque)

Le parc belmont classique

Billie Holiday

 

Elisabeth Wiener, l’incestueuse frangine d’Higelin, d’abord dans « Vies à vies » puis  pour l’image, et le reste, « Attentat à la pudeur ».

 

 

Et la vraie chanteuse de jazz, bien sûr …

 

That’s all folks !

* Alfred de Musset « Nuit de Mai »

Norbert Gabriel

Aufray a chanté Dylan…

25 Août

Comment naissent les légendes ?

Et comment naissent les dénigrements …

Photo ©Tony Frank 1964

Depuis quelques temps je lis sur ma page FB des communications ou des partages dont le fond et la forme risquent fort de provoquer un coup de balai salutaire… Parmi ces dénigrements c’est Hugues Aufray qui est souvent la cible avec son album Aufray chante Dylan. J’ai lu que c’était une légende et qu’avant lui Dylan était chanté en France, souvenirs « précis » à l’appui. N’ayant pas la mémoire qui flanche sauf parfois pour ce qui s’est passé hier matin, les années 60 et suivantes sont y gravées fidèlement surtout en matière de chanson. Ces années-là, c’est la déferlante des néo rockeurs aux noms anglicisés et légendes bidonnées qui adaptent la plupart du temps des succès américains parolés en français avec plus ou moins de talent. Parmi eux Richard Anthony qui, dans ces années, a constamment adapté les succès de variétés US. Et parmi ceux-ci, il interprète dans la foulée Blowing in the wind (traduit par Pierre Dorsey) que Peter Paul and Mary ont vulgarisé en en faisant un tube. Anthony s’y colle en 63/64 sans jamais faire une quelconque référence à Dylan.

Dans ces mêmes années 61/64  Hugues Aufray qui a passé du temps aux USA (un an en 1961) où il a connu Peter Paul and Mary, a aussi entendu Dylan. Et de retour en France il envisage de lui consacrer un album. Avant 1960,  Aufray a commencé à chanter en interprète , Gainsbourg,  il est un des premiers a graver Le poinçonneur des lilas, Vian, Michel Vaucaire, Moustaki, (Le jugement dernier)  Michèle Senlis, Kurt Weil, Trenet , Carmichael (Georgia...) et d’autres américains.

Pour ce projet Dylan, il demande à Pierre Delanoë de traduire, mais Delanoë n’est pas sûr de son anglais scolaire, et il travaille avec Aufray, qui a passé un an à New York et connait mieux  le langage populaire. Dans ce projet soumis à Dylan, ils s’engagent à envoyer chaque traduction pour validation, ce que feront Dylan et ses avocats. Ces faits ont été rapportés par Delanoë qui avait en général la modestie enthousiaste sur ses travaux. Il remet bien les choses en place sur qui a fait quoi.

Une seule chanson a un sens différent de l’original, Tambourine man, mais Dylan a laissé faire, l’essentiel des autres traductions le satisfaisait. C’est donc en 65 que sort l’album Aufray chante Dylan… et si Blowing in the wind était connu avant, c’est quand on a entendu  La ballade de Hollis Brown  ou   La mort solitaire de Hattie Carroll  que les français, en général, ont compris la réelle dimension de Dylan. A qui Hugues Aufray rendait hommage dans les concerts ou les émissions radio-télé… Je ne me souviens pas que Richard Anthony ait parlé de Dylan et de son importance dans la chanson qui raconte la vie rugueuse, et les zones sombres de l’american way of life.

Pour mémoire, la mienne, la première fois que j’ai entendu Aufray c’était avec San Miguel, une chanson de Jane Bowers adaptée par Michel Vaucaire sur une musique de D (Dave?) Bowers, une chanson assez dylanienne… C’était en 1960 ou 61.

Lorsqu’Hugues Aufray prépare ce projet, il est suffisamment connu pour mener à bien cette affaire ambitieuse et imposer un album entier avec quelques chansons pas très propices à faire danser les teen agers dans les surboums. Comme les deux ci-dessous .

Ajoutons que dans les sons néo french rock hallydesques, les couleurs musicales du skiffle group apportaient un souffle vraiment nouveau …

 

et la chanson qui m’a bouleversé autant que Nuit et brouillard,

 

Et pour compléter quelques minutes d’entretien récent pour bien comprendre qu’une adaptation de chansons américaines sont mieux traduites quand le traducteur est aussi un musicien, c’est pas Sarclo qui dirait le contraire … Et Dylan non plus quand ils évoquent la traduction de « Like a rolling stone » et le sens du texte, quand Aufray traduit  « How does it feel / How does it feel » par « Où vont ces files / Ces sans-domicile » ce n’est pas une assonance douteuse, mais comme le dit Dylan, c’est l’esprit de la chanson.

 

 

Et pour mes souvenirs San Miguel version originale intégrale avec intro parlée

 

 

 

PS : à lire aussi René Troin  Dylan, comment ça se dit en français ?

clic ici –> 

Thats all folks.

Norbert Gabriel

26/8/2019 NB:  le commentaire ajouté ci-dessous précise sans équivoque ce qu’il  en est .

 Rencontres Marc Robine, mardi 9 juillet 2019

11 Juil

   

 

 C’est à Volvic que débute ce septième jour des Rencontres, au Centre culturel La Source, avec une lecture théâtralisée : L’insoumise, de Robert Poudérou, pièce jouée pour la première fois en France, par la Compagnie du valet de cœur, avec Agnès Courmont, Marie-Françoise Savary, Hervé Moreul, et Jean-Yves Lenoir, lecture accompagnée au basson par Pierre-Alain Bégou, et au violoncelle par Gilles Chaldeyrou, musique qui souligne les moments sombres de cette histoire. 

C’est la vie de Flora Tristan qui se déroule, Flora Tristan, militante engagée pour les droits des femmes et des ouvriers, qui a participé aux premiers pas de l’internationalisme, a eu une vie compliquée, elle note dans son livre, Pérégrinations d’une paria :  Mon enfance heureuse s’acheva, à quatre ans et demi, à la mort de mon père. 

Son père n’ayant pas régularisé son mariage, elle était fille illégitime, et les difficultés financières, et sa mère l’ont poussée à épouser son employeur, Antoine Chazal, graveur, chez qui elle était coloriste, à 17 ans, un homme jaloux, violent et médiocre, qui va jusqu’à lui proposer de se prostituer pour amener de l’argent au foyer. Fille rejetée, mère  battue et humiliée, elle quitte le domicile conjugal, avec ses deux enfants, Antoine Chazal la harcèle alors, et va jusqu’à lui tirer une balle dans le dos qui lui perfore un poumon. Le procès se déroule, et malgré le zèle du jeune avocat qui défend Antoine Chazal, Flora Tristan garde la tête haute pour se défendre, et son mari est condamné à vingt ans de prison. 

Son voyage au Pérou pour essayer de se faire reconnaître par sa famille paternelle est un échec, elle écrit alors plusieurs livre, et entame un tour de France en 1843 pour rencontrer les ouvriers pour éveiller les consciences et les pousser à se rassembler :

Ouvriers, ouvrières, comptez-vous, pris un à un, vous n’êtes rien sinon qu’un grain de poussière broyé sous la grande roue. Mais rassemblez-vous. Unissez-vous. Vous êtes 5 millions, 5 millions c’est une force. «  

Flora Tristan s’est battue pour le droit au divorce et l’égalité sociale avec les hommes, elle est considérée comme une des premières féministes, elle a eu à se battre pour elle même, et a mis sa propre expérience au service des autres : Vous ne serez jamais des hommes libres tant que les femmes ne seront pas libres.

 

Photo Martine Fargeix

Nous arrivons à la fabuleuse soirée carte blanche à Frédéric Bobin : Fred Folk, toujours au Centre culturel La Source. Il n’y a que des guitares folk sur la scène, une contrebasse. C’est seul avec sa guitare que Frédéric attaque avec la chanson éponyme de son dernier album : Les larmes d’or, puis L’auto-radio de mon père. Frédéric, après les remerciements à On connaît la chanson,  nous annonce une soirée unique, éphémère, avec ses trois invités, autour du folk, visiblement ravis de partager cette soirée avec un public ami , il nous dit son attachement à l’Auvergne, et aux Rencontres Marc Robine : On me demande souvent quelles sont mes influences musicales, elles sont à la fois françaises, Brassens, Ferré, Barbara, Félix Leclerc… Et elles viennent aussi des pionniers du folk, Pete Seeger et Woody Guthrie, Bob Dylan, Léonard Cohen, etc…

Photo Martine Fargeix

Et c’est sa vie en Super 8 , Jimmy. Puis Frédéric Bobin nous présente son premier invité Mikael Cointepas, que l’on sait contrebassiste, et que l’on découvre chanteur, il met en musique des poèmes anglophones, comme  celui d’Emily Dickinson, poétesse américaine : 

Le courage ne se crie pas toujours. Parfois il est la petite voix qui te chuchote à la fin de la journée, j’essaierai encore demain… 

Après quelques chansons de Frédéric Bobin, Le soir tombe, Musiques Musique blessée, Jimmy, une référence à Times they are a changing de Dylan dans La pyramide, c’est Pierre Delorme, deuxième invité de Frédéric Bobin, qui entre en scène : Pierre, c’est à toi, dit simplement Frédéric Bobin. Pour présenter Pierre Delorme, qui ne fait pas la une des gazettes, je crois, non je pense, que c’est son ami Floréal Melgar qui en parle le mieux : 

Photo Martine Fargeix

Diction parfaite, paroles à tout instant compréhensibles, et tout ce qu’on attend de l’attention et du respect qu’un artiste porte à son public. Et quand la beauté des textes et des mélodies s’y ajoute, que demander de plus ? 

Pierre Delorme,  9 albums à son actif,  des textes subtils, des chansons poétiques, humaines, avec des mots simples, qui touchent en plein cœur, des mélodies taillées sur mesure, c’est toute une vie consacrée à la chanson, à la musique, une voix profonde, le geste sobre.
D’ailleurs, j’ai appris par lui qu’on pouvait tomber amoureux d’une musique, d’une chanson, voire d’une rivière, Un jour, j’ai entendu une émission à la radio, dans laquelle Georges Brassens expliquait qu’il pouvait rester pendant des jours amoureux d’une musique. J’ai donc compris qu’on avait le droit d’être amoureux d’une chanson, sans être ridicule, puisque Georges Brassens lui-même n’avait pas peur d’affirmer qu’il l’était parfois. Donc, je peux affirmer moi-même que je suis amoureuse des chansons de Pierre Delorme, même si je ne sais pas trop expliquer pourquoi, et j’ai été si heureuse qu’il interprète ses chansons ce mardi soir, merci à Frédéric Bobin de l’avoir invité à sa carte blanche ! 

Pierre Delorme a chanté ses propres chansons, Si l’amour existe, et une nouvelle qui pourrait s’intituler :  Je suis comme tout le monde, et  There but for Fortune, de Phil Ochs (chanson popularisée par Joan Baez) avec Frédéric Bobin, ou encore Léonard Cohen , adapté par Graeme Allwright :   Demain sera bien, et deux chansons de Townes Van Zandt :  avec Vincent Dupuis, le troisième invité de Frédéric Bobin,  à l’harmonica, Si je t’appelais, et Marie.

Frédéric a interprété  la chanson qui lui a fait découvrir Pierre Delorme : Je lisais dans ma chambre,  puis Le dernier voyage de Sindbad… 

Après une pause bavardage et boissons, les recettes du bar allant à l’école de musique de Volvic, une deuxième partie de Fred Folk, les chansons se suivent, les guitares claquent, et tout s’enchaîne dans une folle ambiance, Frédéric Bobin et Pierre Delorme chantent ensemble La Manic de Georges Dor, un travailleur sur le barrage de la rivière Manicouagan, s’ennuie, et écrit à son amie : 

Si tu savais comme on s’ennuie
A la Manic
Tu m’écrirais bien plus souvent
A la Manicouagan…  La fille du nord, La complainte du Partisan, Blowing in the wind,, en alternance avec d’autres chansons de Frédéric, La maison de mon grand-père, Joe de Georgie,   Y’a plus de travail dans ton champ de coton / On te fait GI, que tu le veuilles ou non / On te sort de ton trou quand le drapeau rugit / Ou bien tu mendies et tu mets les bouts… Singapour, Où je vais de Tom Paxton , chant de vagabond, chantée aussi par Johnny Cash, entre autres,  Frédéric nous raconte l’histoire de ses chansons, et c’est à la demande d’Alain Vannaire, qu’il a chanté une chanson de Marc Robine, qui fait écho à sa chanson Singapour, Les aciéries : 

Tout au nord du quartier ouest
Abritées par de hauts murs gris
Il y a les aciéries
Ou plutôt ce qu’il en reste
Car on ne voit plus de fumée
Au-dessus des cheminées
Plus de rumeurs de machines
Dans les couloirs de l’usine

{Refrain:}
Et les seuls bruits que j’entends
Ce sont les longues plaintes du vent
Qui se cogne dans le soir
Contre les murs sans mémoire . ..

Fred Folk et Cie.                Photo Martine Fargeix

 Standing ovation pour ces quatre artistes, et plusieurs rappels. Pierre Delorme a chanté At home , chanson de son album ça ira bien comme ça, et tous les quatre descendent vers le public, on termine par Le premier homme de Frédéric Bobin : 

J’adorais le veau d’or, tous les chemins faciles / Les retours aux aurores avec des filles faciles / Je suivais les cadors, les idoles de la ville / Et leur voix de stentor, leurs sirènes futiles / Et puis, tu es venue dans mon capharnaüm / T’as mis mon cœur à nu, je me sens comme le premier homme…

Superbe soirée folk dont on se souviendra longtemps, sous le regard de papier de Marc Robine, qui peut être fier de sa descendance musicale. 

 Je vous parlerai demain de la journée d’hier, la balade volvicoise, ville d’eau et de pierre, le concert Afunalhue, chansons d’Amérique latine, et concert de Baptiste W.Hamon, prix Marc Robine 2019. 

Danièle Sala

 

Rencontres Marc Robine, samedi 6 juillet 2019

8 Juil

                        

Une quatrième journée qui commence par un Musicapéro, en partenariat avec la médiathèque de Riom, avec Emile Sanchis, ses textes, sa musique : il en parle et il la joue,  une musique et des chansons aux accents latino-américains.

Photo Martine Fargeix

 Emile Sanchis que nous retrouvons à 14 h, au Musée Régional d’Auvergne, avec les participants à ses ateliers, il explique les instruments de musique pour ceux qui n’ont pas participé aux ateliers, et nous fait un récital de chansons latino-américaines, accompagné de sa guitare, il chante Neruda, , des chansons de la Cordillère, nous racontant entre chaque chanson, la chronologie d’arrivée des populations,  au départ, il n’y avait rien, puis sont arrivés les indiens, les aztèques, les mayas, etc… Et les espagnols qui ont amené la guitare, certaines chansons sont reprises par le public, comme Cucurrucucu paloma, une chanson de Thomas Mendez, ( 1954 ) qui est devenue très populaire, de nombreux interprètes l’ont reprise et elle a servi de bande originale à plusieurs films, ou Gracias à la vida, de Violetta Parra,. 

Après une petite balade urbaine dans Riom, ville d’art,  musée ouvert, chargé d’histoire, nous revenons au Musée Régional d’Auvergne, pour un spectacle poétique : Elle et lui, avec Nicole Bouille, comédienne, et Jean-Paul Dupuy, plasticien, improvisation, tandis que Nicole Bouille déroule une histoire en chansons : un homme, un peintre, tente de se défaire du souvenir d’un amour passé, et au fil des textes de cette histoire à rebours, des instants les plus sombres de la séparation à ceux, plus lumineux, de la rencontre, Jean-Paul Dupuy improvise musicalement entre les textes, et dessine ou peint les étapes de cette histoire sur trois tableaux. Nous avons ainsi pu entendre, Colloque sentimental, Paul Verlaine, la mort des amants, Baudelaire, Qu’en avez-vous fait ? Et Ne fuis pas encore de Marceline Desbordes-Valmore, Déjeuner du matin, Prévert. Les feuilles mortes, Prévert et Kosma, Desnos, Andrée Chedid, Rimbaud, etc… Pour finir avec Paul Eluard, Nous deux, Et un sourire. 

Un beau spectacle, bien synchronisé,   La démarche artistique de Jean-Paul Dupuy, peinture, photographie, arts graphique : Mon travail est un aller-retour permanent entre arts plastiques et écriture; une image pouvant donner naissance à un texte et inversement. Nicole Bouille est comédienne et fondatrice de l’association Laine et soi, à Sauxillanges, le festival Laine et soi 2019 aura lieu du 26 au 28 juillet : https://festivaldelalaine.wordpress.com/ Et pour une yourte pour le festival, c’est là : https://www.ulule.com/yourte-festivallaine/

Beaucoup de poésie dans ces Rencontres, sous différentes formes, poésie chantée, poésie dite, accompagnée de musique, et tous les spectacles de poésie ont eu un nombreux public, ce qui est réjouissant pour ceux, comme moi, qui aiment la poésie, de préférence orale. 

C’est donc avec un récital de poèmes que nous continuons cette journée : Chaque instant ouvre un prélude,  et c’est Fabrice Péronnaud qui nous invite dans la maison des poètes, dans la salle d’un hôtel particulier du 18 ème siècle, à Riom, inscrit aux monuments historique, et que des particuliers ont racheté au trésor public, ils  restaurent peu à peu, et on consacré une grande salle au spectacle vivant. Laurence et Alexis Burlacot, les maîtres de ces lieux, nous ont accueillis très chaleureusement, merci à eux. 

Fabrice a le don de raconter la poésie, il l’a vit, il la respire, et sait la partager, que ce soit ses propres poèmes, ou ceux de Verlaine, Apollinaire, René-Guy Cadou, Aragon, Guillevic, Valéry Larbaud, et même Brassens, Brel ou Bobin, en vers classiques en vers libres, ou en prose, il sait nous captiver, nous retenir. Dans un ordre chronologique, il nous dit la vie, de l’enfance à la mort, un poème, une vie. De la chanson de Gaspard Hauser de Verlaine , jusqu’à : « A mon dernier repas » de Brel. Un très beau moment.

La Chanson de Gaspard Hauser

Je suis venu, calme orphelin, 
Riche de mes seuls yeux tranquilles, 
Vers les hommes des grandes villes : 
Ils ne m’ont pas trouvé malin. 

À vingt ans un trouble nouveau 
Sous le nom d’amoureuses flammes 
M’a fait trouver belles les femmes : 
Elles ne m’ont pas trouvé beau. 

Bien que sans patrie et sans roi 
Et très brave ne l’étant guère, 
J’ai voulu mourir à la guerre : 
La mort n’a pas voulu de moi. 

Suis-je né trop tôt ou trop tard ? 
Qu’est-ce que je fais en ce monde ? 
Ô vous tous, ma peine est profonde : 

 Et le soir, nous allons au cinéma Arcadia, toujours à Riom, pour assister à une BD-Concert : O’Boys BD de Steve Cuzor, Une histoire défile ,  celle, dans les années 30, dans une Amérique ségrégationniste, de deux jeunes, désoeuvrés, Huck et William, que le destin lie d’une amitié indéfectible, l’un est blanc, l’autre noir,  ensemble, ils vont faire l’apprentissage de la vie, au fil d’un fabuleux périple, quand Charley William, guitariste de génie, se perd dans Memphis, berceau du blues, Huck et Susy entament une course folle, pour le retrouver, semblant l’entendre partout.  Histoire illustrée musicalement et en chansons par Olivier Gotti, et sa guitare Lap steel, très en vogue dans ces années là, aux Etats-Unis,  une guitare à manche creux que l’on pose sur ses genoux, et c’est l’univers de Tennessee qui accompagne la BD, en musique et en chansons, le blues, qui remplace les dialogues et  fait résonner l’émotion de l’oeuvre, par un alliage artistique parfait. Pas besoin des dialogues, on peut comprendre l’histoire par les dessins, et on est dans l’ambiance. Une belle expérience, qui appelle une récidive, beaucoup l’espèrent. 

Et  hier, une journée festive, chantante, patrimoniale, et théâtrale à Marsat, à suivre…

 

Danièle Sala

Abrial, un géant…

21 Juin
Pour ma fête de la musique,  ce sera un concert privé avec quelques grands qui méritent un beau coup de soleil…   Avec Patrick Abrial et  ce  Requiem de 1975.
Rappel d’un  fabuleux moment de  chanson qui renvoie les simili Presley à la maternelle du rock .. (De l’album Condamné Amour de 1975)

 

Abrial et Jye ..

Quand un ACI de caractère « fait de la reprise »  on ne peut plus dire « reprise » mais récréation, revitalisation, réinvention et hommage majeur. En voici trois exemples

 

 

 

 

 

Patrick Abrial c’est surtout un ACI de haut vol qui a réalisé un album de géant… En quelque sorte la rencontre entre Brel et Jimi Hendricx, qui trinquent aux alcools forts de la vie aux couleurs Van Gogh. Ecoutez cet extrait de l’album récent « L’arnaque »

 

Et pour les amoureux de toutes les guitares, voici

Et  L’arnaque… 

 

Last but not least l’album réunit 16 merveilles indispensables aux amants de la chanson de caractère. Ce sera mon album coup de cœur pour cette fête de la musique.

Chez Abrial, c’est là,

photo Patrick Hugon

 

Norbert Gabriel

 

Dernière heure:

Ils seront à 18h30 sur le bateau El Alamein dimanche 23 ..   Qu’on se le dise ! 

 

NB  Merci à Martine Rigaud qui est à l’origine de ce « retour »  dans ma liste plaisir  …

 

 

Clara Ysé au Silencio

23 Mai

Dans la voix de Clara Ysé, il y a les échos d’un chant profond, le chant venu du fond de l’être, un mouvement de rivière libre, de fleuve puissant , furieux ou nonchalant, irrésistible, une rhapsodie un peu sauvage, celle de Sydney Bechet dans « La nuit est une sorcière » ou « La colline du Delta »… Une voix ample comme le sax  ou le violoncelle, une voix à chanter toutes les couleurs du monde, quand la musique est l’étendard des combattants qui n’abdiquent jamais.

Dans la voix de Clara Ysé, il y a l’opéra de la vie, la liberté farouche de Carmen, la passionaria sans peur, qui flambe et force le destin, et rejoint ses frangines dans la marche en avant, celles des « Rimes féminines » de Juliette,

celles qui surent s’ébattre,
Qui surent aimer qui surent se battre,
pour toute arme ayant leur fierté ,
Et pour amante la liberté..

Dans la salle intime du Silencio, ce fut un moment intense, une présence qui fait exploser l’espace, avec ses musiciens, on voyageait aussi bien dans les grandes steppes que dans les vertigineux paysages de la Cordillère des Andes, là où la voix peut résonner pas delà les nuages.

Clara Ysé fait partie des auteures ayant une exigence d’écriture poussée à l’extrême… C’est une interprète aux choix d’un éclectisme allant de Barbara à « La Celestina » ou « La Llorona »…  Il me semble avoir entrevu dans un coin de la scène une ombre qui ressemblait à Billie Holiday, un mirage peut-être ?  ou peut-être pas…  Strange dream …

Une nouveauté pour finir: « La louve » qu’on espère trouver sur un CD à venir. C’était en concert au Silencio,  le 22 Mai,

et pour écouter quelques unes de ses chansons,

suivez la piste →

Sauf erreur, Clara Ysé était accompagnée de son groupe composé de Yulian Diamanti (chant, cocomposition), Camille El-Bacha (piano, arrangements), Marc Karapetian (basse), Saddam Novruzbayov (clarinette, balaban, flûte) et Naghib Shanbehzadeh (batterie, percussions).

Vous avez sans doute compris que j’ai beaucoup aimé, et que ce n’est qu’un début ..

 

Norbert Gabriel

Clin d’oeil à Sidney avec un extrait symbolique ..

La rencontre

Ce sacré vieux soleil, histoire d’une chanson…

9 Mar

Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,

Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots .

Une frange assez importante du monde de la chanson française professe volontiers qu’il n’est pas de bon artiste s’il n’est pas auteur et/ou compositeur… Théorie un peu mise à mal par Edith Piaf * , Marie Dubas, Yves Montand, Maurice Chevalier, et quelques autres anciens connus internationalement.

Nos amis étatsuniens ont une autre approche avec le répertoire, Sinatra, the voice, était un interprète ,  comme beaucoup de stars du jazz. C’est même parfois un exercice obligé de se frotter aux grands standards avant de proposer ses propres créations. Et aux USA, on n’a pas de complexe avec les standards. Quels qu’ils soient.

Ainsi, par un ricochet parti sur une liste de chansons avec « soleil » dans le titre, (Merci Gérard Pont) m’est revenue une chanson qui a été une des favorites d’apprentissage de la guitare dans mes très jeunes années.. Avec guitare à cordes métal, les Savarez métal pour que ça sonne jazz-blues.

Ou l’idée que je m’en faisais..

Ce sacré vieux soleil** , c’est une sorte de « negro-gospel spiritual »  assez proche de la chanson dite de variété… Pas  du brut issu des champs de coton. Et pourtant, depuis 1949, c’est devenu un des chants repris par une ribambelle d’artistes très différents, même Dylan en a fait quelques versions.

Mais qu’en est-il ? Voyons, in english dans le texte pour sa carte d’identité.

« That Lucky Old Sun » is a 1949 popular song with music by Beasley Smith and words by Haven Gillespie. Like « Ol’ Man River », its lyrics contrast the toil and intense hardship of the singer’s life with the obliviousness of the natural world. 

En résumé, le thème c’est le travail harassant la vie rugueuse, sans autre espoir que le paradis éventuel… Comme celui où ce fainéant de soleil a rien d’autre à foutre que tourner dans le ciel… C’est l’idée générale.

Mais ce qui est intéressant c’est ce qu’on peut faire avec ce thème, et il y a de quoi… Toutes les versions enregistrées ne sont pas recensées, mais on peut voir, et entendre – si on est interessé et si on a une bonne heure devant soi – qu’il y a tout le gotha qui s’y est mis, avec des variations grand écart, ça va de moins de 2 mn à 13 mn …Les anglophones experts pourront remarquer que le texte a parfois été un peu arrangé par les interprètes… C’est parti.

Le premier, ce fut Frankie Laine,  un des plus simples dans la forme… Août 1949.

The biggest hit version of the song was by Frankie Laine. This recording was released by Mercury Records as catalog number 5316. It first reached the Billboard magazine Best Seller chart on August 19, 1949 and lasted 22 weeks on the chart

 

Ensuite Louis Armstrong même année..

The recording by Louis Armstrong was released by Decca Records as catalog number 24752. It first reached the Billboard magazine Best Seller chart on October 14, 1949 and lasted 3 weeks on the chart,

 

et Francis Albert Sinatra, très crooner, dansant,

Frank Sinatra released his competing version of the song on the Columbia label catalog number 38608. It reached the best sellers chart on October 29, 1949..

 

Et Dean Martin, dans une version qu’on peut dire très décalée, dear Dino, peut-être aurait-il été judicieux de bien comprendre le sens de ce que vous chantez

 

Sarah Vaughan version très sophistiquée – That Lucky Old Sun (Just Rolls Around Heaven All Day) 1949 with The Joe Lipman Orchestra

 

Big Mama Thornton, très gospel grande voix

 

Johnny Cash symphoniquement ample,

et plus roots, ma préférée..

et en version piano voix

 

Léon Russel mix voix déchirée et du miel dans les choeurs..

 

Aretha Franklin et une version plus aérienne plus symphonique..1962

 

James Brown 5′ 52

 

Ray Charles The Genius, grandiose

 

Jerry Lee Lewis (piano)

 

Bob Dylan en 1986

Et en 2000

et peut-être la plus habitée (4 ’34)

 

Chris Isaak 2011 très propre un peu lisse ?

 

Crossroads quartet vocal 2015

 

Yusef Lateef saxo 7’30  en 1969

 

Eddy Louiss orgue

 

Max Romeo Reggae

 

Rick Price solo guitare

 

La plus longue 13 ‘ avec Jerry Garcia Band (1991 en concert)

 

 

Et pour finir, une des multiples versions des pays asiatiques,

大西ユカリ/That Lucky Old SUN

Pour la traduction à vous de voir (Maia Barouh, une indication ?)

 

 

Et pour conclure,

une brève histoire de cette chanson,  clic on the cat —>

 

 

 

  • *Edith Piaf a commencé interprète, plusieurs années avant d’être auteur…  Comme Barbara, qui a été presque 10 ans interprète.
  • ** En France, Les Compagnons de la Chanson et Armand Mestral ont été les relais, dans des versions plus chanson que negro-spritual…  C’était pas mal quand même.

Norbert Gabriel

 

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