Entretien avec Emma Nugraha, compositrice de « Ronde comme la lune! », premier volume d’un triptyque enchanteur de naissances, en financement participatif jusqu’au 21 juin

8 Juin

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C’est par le lancement d’un projet musical consacré au thème de la naissance et de la maternité, sous forme de triptyque, dont le premier volet « Ronde comme la lune » bénéficie actuellement d’un financement participatif en cours jusqu’au 21 juin (ici), que nous retrouvons Emma (Emane), activiste de la scène artistique et festivalière girondine, qui a œuvré durant plusieurs années à diverses initiatives, dont l’association festivalière Les Z’Arpètes, le festival Art’Opia [ici], ou la résurrection de l’ancienne et culte Foire aux instruments de musique d’occasion de Cestas [ici]. La jeune femme, qui s’est investie de tout son cœur et son savoir-faire, acquis sur le terrain, en tant qu’organisatrice pour l’émulsion de l’expression artistique, pluridisciplinaire, dans des projets à l’esprit artisanal et alternatif, soucieux d’une éthique écologiste et solidaire, et en tant que travailleuse animatrice socioculturelle, révèle, avec ce projet d’ampleur, sa propre créativité artistique, et endosse elle-même le rôle d’auteure-compositrice-interprète pour porter un propos et partager le sens d’une poésie avec laquelle elle vit. Car bien plus qu’une création musicale émouvante sur le thème de l’enfantement et la maternité s’adressant aux sensibilités et sentimentalités parentales, c’est bien vers une dimension magicienne, et extrasensorielle, où la musicothérapie exprime sa puissance, faite d’intuitivité, et ancrée dans les sources de traditions à redécouvrir et comprendre,  que le projet est animé par le goût de nous guider. Emma nous accordait il y a peu un entretien pour en parler.

Capture d’écran 2022-06-07 161716– Emma, bonjour et merci de nous accorder un peu de temps. Peux-tu nous parler de ce projet qui est consacré à la thématique de l’enfantement et de ce que tu souhaitais exprimer avec?

« Ronde comme la lune » pour lequel le financement participatif est en cours sera le premier album d’un triptyque, celui qui accompagne la grossesse. Il sera suivi de celui qui accompagne la naissance, puis celui qui accompagne les premiers mois. Il comportera douze titres, dont trois voyages sonores méditatifs, correspondant à chaque trimestre de la grossesse. La première pour apprendre à faire de la place dans sa vie pour le nouvel être à accueillir ; la deuxième pour la rencontre avec l’âme de son bébé ; la troisième pour vraiment se plonger dans le moment de la naissance. L’idée est de réapprendre à prendre le temps de prendre le temps, comme dit une phrase d’une chanson de l’album. La maternité est une des périodes pendant lesquelles on est le plus susceptible d’évoluer et d’engager des déconstructions de nos modes de vie modernes, où les rapports et liens humains sont trop souvent sacrifiés à d’autres impératifs. On voit bien que notre système actuel ne fonctionne pas, et qu’il faut que des gens fassent des choix différents pour cesser de reproduire la même chose. Je pense être en train d’éclore comme femme-artiste, et ce dont je suis sûre c’est que tous mes prochains albums seront autour de thématiques très fortes concernant la vie et la mort, qui est aussi une thématique pour laquelle j’ai très envie de chanter, car je considère qu’il y a tellement plus beau à faire que la manière dont nos traditions entourent ce passage. La journaliste québécoise Karine Champagne disait qu’il faut changer le vocabulaire lié à la mort et s’autoriser de parler de « transition », et pas de personnes qui meurent, mais qui « transitionnent ». Et moi, ça me parle vraiment. Et je me demande à quel point si on change de vocabulaire, on n’arriverait pas à changer notre contact avec cette thématique très taboue, triste, noire, ici en Occident.

 

– Qui, semble-t-il, l’est devenue avec la christianisation de l’Europe, et la disparition des paganismes autochtones qui cultivaient un animisme et un lien naturel au monde des esprits. Non?

Oui. Qui a été mis au buchée avec les sorcières. Peut-être qu’à force de changer des petites choses on peut se réapproprier des sphères de notre vie. La science évolue sans cesse, et aujourd’hui nous savons des choses que nous ignorions il y a dix ans encore. Donc ce n’est pas parce que la science n’a pas approuvé une chose qu’elle n’existe pas. « Ronde comme la lune » est aussi une référence intime pour moi, puisque la lune, c’est ma maman. Depuis le décès de ma mère, lorsque j’avais onze ans, je l’ai mise dans la lune, et je peux ainsi m’adresser à elle en parlant à la lune. Je n’avais pas fait le rapprochement auparavant, mais en appelant l’album ainsi, j’ai réalisé que j’avais tissé tous ces parallèles entre la grossesse et la lune. C’est un album catharsis, aux vues de mon histoire, je pense. J’ai envie d’ouvrir des fenêtres sur ce qui est possible et qu’on ne voit pas forcément, et qu’on se l’autorise.

 

– Quelles influences musicales irriguent tes compositions ?

Les influences musicales sont un peu variées, polyphoniques, ce que j’aime beaucoup, car ça permet de rentrer dans un monde onirique et aquatique. C’est un voyage à écouter, pas une succession de chansons proposant chacune son petit univers. Je n’ai pas peur d’utiliser les mots de « sortilège » et « magie » et de raccrocher mon album, en tous cas l’esprit qui l’anime, à une dimension magique. La parole également peut avoir un pouvoir magique, ou maléfique, selon la façon dont on s’en sert. L’album s’accompagnera d’un journal de grossesse, et d’un oracle de cartes de guidance tournées autour de la naissance, qui peut aussi s’entendre comme un évènement interprété comme une naissance, par exemple une ouverture au monde, un changement de profession, de vie, de lieu.

– Emma, tu avais un peu disparu de la scène locale dans la vie de laquelle tu t’étais beaucoup impliquée il y a quelques années. Ce projet est-il aussi un retour vers l’expression artistique et les liens d’un passé dense pour toi?

Ce projet autour de la naissance est l’occasion en effet de renouer avec toutes mes relations musicales, les réseaux desquels je me suis pas mal éloignée, du fait que je me sois expatriée dans une autre commune déjà, en passant extra-muros de Bordeaux, et puis du fait de la maternité qui a coupé pas mal de liens avec des amis. On se sent seule quand on vient d’avoir un enfant. Ce n’est pas toujours très visible, mais la période du post-partum est une épreuve très pénible et épuisante physiquement et nerveusement, et la perte ou l’éloignement des fréquentations sociales isole encore plus les parents. Nous, par exemple, au début, avec notre fils Léon, on sortait encore pas mal en festivals. Aujourd’hui avec deux enfants en bas âge, c’est beaucoup plus compliqué à organiser. Ne serait-ce que ça, ça coupe une partie des liens relatifs à certaines activités qu’on avait avant. Les gens, eux, n’ont pas forcément envie de venir plonger dans le quotidien d’une maman. Je crois que ce dont on a besoin est de faire comprendre à tout le monde qu’il nous faut re-fonctionner en village.

– Est-ce de cette réflexion qu’est née l’envie de mettre en œuvre ce projet artistique?

En quelque sorte, mon album se positionne comme un outil au service du nouveau paradigme des naissances.  Dans une vie de village, il y aura toujours des anciens qui sont contents de voir arriver un bébé, des petits enfants émerveillés qui viendront le câliner. Mais quand tu vis seule en HLM, dans la vie moderne, tout le monde travaille autour de toi, et t’as onze semaines de congés parental, et tout le monde te dit d’en « profiter ». Mais « profiter » de quoi ? On ne dort plus, on a des cernes, même plus le temps de se doucher et consacrer du temps à soi-même. Bien sûr que la maternité est géniale à vivre. Mais il y a aussi tout cela à traverser.  Lorsque la naissance, à laquelle on a réfléchie, c’est-à-dire qu’on a réfléchie à la matérialiser avec des choses qu’on avait envie de vivre, pendant laquelle on s’est connectée à son bébé, se passe bien, et aussi potentiellement du coup évite la surmédicalisation, on comprend combien bien souvent, lorsqu’on n’est pas préparée à la vivre ainsi, tout se base sur la peur du moment à venir plutôt que sur l’amour de la situation d’accueillir un enfant dans ce monde. Un accouchement aujourd’hui a 80% de chances de suivre le schéma classique où la femme perd les eaux, va à la maternité d’hôpital où elle se retrouve en salle manquant de place, on déclenche vite l’accouchement ou alors la fait attendre en reportant au lendemain. Je conseille le film documentaire de Nina Narre « Faut pas pousser » là-dessus qui explique toutes ces violences systémiques autour de la naissance, et qui ne sont pas dues aux personnes bien sûr, mais au système. Au collège de gynécologie des sages-femmes par exemple, on ne forme pas les personnes à accompagner une naissance physiologique, sans césarienne, sans déclenchement, sans médicalisation, où le rôle de la sage-femme est juste d’être le soutien, la compagnie, l’épaule et l’appui, dans la douceur et le respecte de la bulle de la mère. Imagine qu’en hôpital, on ne toque même pas à la porte de ta chambre pour entrer, alors que tu es en train d’accoucher, de vivre un moment intime qui est la prolongation de l’acte d’amour. Personnellement j’ai vécu les deux manières d’accoucher, médicalisée et déclenchée avec Léon, et un accouchement naturel à la maison pour Naissance, pardon pour ma fille.

– Lapsus révélateur que tu l’appelle « Naissance »?

Oui ! C’est rigolo. Et oui, car j’ai vécu ça comme ma propre naissance à moi. Je n’avais jamais été aussi fière de raconter à tout le monde ce que j’avais réussit, et lire la surprise dans les yeux des gens. Donc je milite par cet album pour que les femmes osent se lancer. Déjà lutter contre la surmédicalisation, aujourd’hui c’est un choix militant, écologique, humanitaire, social aussi. Essayer de vivre les naissances sans tout ce « confort » qui en réalité génère plus de violences et de stress que de bien-être. Y a plein de manières de changer le monde. Mais changer les naissances aura un impact sur l’humanité toute entière. C’est sur l’accueil des humains qui s’occuperont du monde de demain qu’il faut jeter un œil et réfléchir à ce qu’on veut pour eux.

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– Tu parles beaucoup de maternité et de femmes, mais elles ne sont pas les seules concernées par la parentalité et la naissance d’un enfant. Quelle place ont les hommes dans cette œuvre?

J’avais envie que cet album soit le plus inclusif possible et j’ai, du coup, eu beaucoup de mal à poser le mot « papa », parce que je souhaite ne pas être discriminative. L’album s’adresse autant à un couple parental hétérosexuel qu’à deux mamans, une maman seule ; et je souhaite qu’une femme seule, par exemple, puisse écouter l’album sans que ce soit chaque fois un coup de poignard au cœur ou quelque chose qui ne colle pas à son histoire et ne lui parle pas. Donc il n’y a pas le mot « papa ». Je parle de « guides », et le guide peut être le papa, la sage-femme, un guide spirituel, pourquoi pas. Sur le disque c’est Jérémie Malodj’, le musicien de Maloya, qui fait la voix du guide. On s’était rencontrés un jour où je réalisais un atelier, et son groupe et lui donnaient un concert en suivant, on avait sympathisé. Et on s’est rendus compte que nous avions beaucoup de points et d’idées en commun vis-à-vis de la parentalité, et de la naissance de nos enfants respectifs. J’ai donc naturellement eu l’idée de faire appel à lui.

– Y aura-t-il d’autres invités?

Il y en a plein d’autres : entre autres, Zenzolin, ma copine Lisa Abdallah qui joue dans le trio vocal féminin Adamé, deux autres amies qui vont poser leurs voix, et le chœur Les Gardiennes de la Terre que j’ai eu le bonheur de diriger durant quelques semaines, qui clôturera l’album par la reprise d’un chant camerounais, « Bele Mama », qui est du domaine public. On le chante comme un appel à la sororité et au soutien entre femmes, et pas que. Pour moi ça a été important de me sentir reliée à tout un tas de femmes qui ont donné la vie, qui la donneront plus tard, à cette communauté féminine que j’ai eu autour de moi pour la naissance de mon second enfant, et qui a changé des choses. Il y a aussi Margot Delpech, formée à la communication quantique, qui m’a beaucoup accompagnée durant la préparation de ce projet, et ça m’a poussée à me confronter à l’intérieur de moi-même. Par exemple, pour moi, qui ai la fibre écologique, sortir un album n’était pas une chose très cohérente. Il a vraiment fallu que ce soit pour parler des naissances, et du coup le projet est conçu et élaboré de manière écologique de A à Z. Atteindre la somme nécessaire avec la cagnotte permettra de lancer vraiment la concrétisation du projet et d’aboutir cette démarche. C’est un album, qui, je pense, parlera aux mères et futures mères, mais aussi à tous les artisans de lumière, les sages-femmes, ou autres accompagnateurs d’une naissance.   

– La communication quantique se rapporte-t-elle aux recherches sur la communication prénatale et le processus cognitif d’acquisition prénatal?

Ces dernières années j’ai découvert pas mal de moyens de communiquer, notamment la communication quantique. C’est une méthode de communication fondée par Agathe Bourasset, qui consiste à se mettre à l’écoute de la personne ou du phénomène qu’on choisit, et laisser les informations venir en tête, comme une inspiration. C’est l’information juste et utile dont on a besoin maintenant, à ce moment précis où on pose la question dont on veut la réponse. C’est un mode intuitif d’accès la connaissance. J’ai découvert cela grâce à une amie qui s’y est formée, donc. Et évidemment on peut la pratiquer pour se connecter à l’enfant qui est dans son ventre, ou même après sa naissance, pour savoir intuitivement, des informations à communiquer. Plus on s’ouvre aux résolutions de problème un peu spirituelles, plus  les portes qui s’ouvrent et les chemins qui se présentent sont variés. Je rattache ça à toute cette dimension spirituelle et un peu magique dans laquelle je vis et grandit et qui me fonde et me passionne, et m’est utile dans mon quotidien. Je mêle tout ça à mes mots et ma musique, à mes expériences. Il faut savoir qu’au moment de l’accouchement, la femme passe par des états de conscience modifiés, ce qui explique qu’il y a des moments où elle n’est plus vraiment là consciemment. L’obstétricien Michel Odent dit que si une femme mord la sage-femme durant l’accouchement par exemple, c’est très bon signe : c’est qu’elle est en train de débrancher le néocortex et laisse parler sa nature sauvage, et lâche prise. Pour le coup sur le disque il y aura une chanson à base de communication quantique faite avec des bébés. Que tout est fréquence signifie qu’on a un pouvoir d’action sur tout quand on arrive à entrer en communication avec la fréquence.

 

Miren Funke

 

Liens : financement Ulule :https://fr.ulule.com/naissances-vol1/

Facebook : https://www.facebook.com/emane.naissances

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