Sortie de l’album live de Zoé sur le Pavé : entretien avec Pablo, chanteur et guitariste

28 Avr

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Troisième production sonore du groupe Zoé sur le Pavé, l’album live éponyme vient de sortir. Coutumier de la musique de rues où il a rencontré son public, le groupe a su le fidéliser au fil des scènes depuis une décennie, avec son énergie cinétique scénique, son instinct généreux et partageur, et sa Chanson française populaire et festive, colorée de musiques folkloriques du Monde, sud-américaines et balkaniques entre autres, ensauvagée de références et d’esprit Rock alternatif, et dynamisée de Swing, qui s’ancre dans la terreau où ont fleuri des groupes comme La Rue Ketanou, tout en plongeant quelques racines à des sources exotiques, pour en irriguer les veines de sa musique. Ces veines qui enflent dans les tempes, vibrent au raz des tympans et palpitent au cœur, pour nous entrainer loin, au coin de ces rues qui ont la magie de nous amener bien ailleurs qu’au bout d’un chemin. Groupe de scène irrésistible, Zoé sur le Pavé, après un premier album et un Ep, se devait, et devait sans doute au public, cet enregistrement live qui grave l’histoire de dix ans de chansons et le fait entendre dans l’expression la plus fidèle à son âme : face au public. Le chanteur et guitariste Pablo acceptait de nous accorder un entretien pour en parler.

– Pablo, bonjour et merci de cet entretien. Peux-tu nous raconter l’origine de la formation de Zoé sur le Pavé, dont cet album vient graver et récapituler un peu l’histoire ?

– Pablo : Le groupe est né d’une rencontre entre moi et le premier accordéoniste, Michel, en Argentine. On est rentrés en France quelques mois plus tard, et on a pris une collocation. On a commencé à faire de la musique ensemble. Et un an plus tard on était en train de jouer dans les rues de Bordeaux. Une petite fille, avec sa maman, est apparue devant nous, et elle était complètement à fond à danser avec son énergie ; ses pleurs au moment de partir nous ont touchés. Elle nous a fait le spectacle en entier! Elle s’appelait Zoé, et comme nous cherchions un nom de groupe, on s’est dit que c’était un beau clin d’œil, pour représenter cette palette d’émotions qu’on met dans notre musique, et « sur le pavé », parce qu’on jouait pas mal dans les rues. Voilà les touts débuts du groupe. Nous avons composé la chanson « Zoé sur le pavé » quelques temps après, pour raconter l’histoire de cette petite fille, en imaginant qu’elle grandirait ensuite et deviendrait une femme différente ; et c’est en même temps l’histoire du groupe et de cette rencontre que cela raconte. Nous avons joué à deux pendant peut-être six moi-un an, et puis Jo, aux percussions et à la batterie nous a rejoints assez vite. Le groupe a vécu plusieurs changements de musiciens. Ludo à la basse et Julien au saxophone sont restés. Après le départ de Michel, il y a eu un autre accordéoniste, puis Florent désormais, qui joue aussi d’autres instruments, la guitare électrique et l’harmonica entre autres.

– L’album, très fourni, offre plus de quinze morceaux de votre répertoire  à écouter, représentatifs de votre éventail de palette sonore et aussi des différentes années vécues par le groupe. L’enregistrement se compose d’extraits de plusieurs concerts regroupés ensemble et pourtant d’un point de vue sonore donne à entendre une hégémonie. Est-ce l’expression d’une cohérence conservée intacte au fil des scènes ?

– Pablo : Le disque est un montage. On a sélectionné les extraits de quatre live pour confectionner l’album. On souhaitait cela pour faire suite à notre premier album de 2015, enregistré avec l’ancienne équipe de Zoé, et un EP, « Pura Vida », en 2017 avec la nouvelle équipe, et offrir un disque live, car nous sommes un groupe de scène et de rues avant tout. C’est Laurent, que tu connais, qui a réalisé, mixé et mastérisé l’enregistrement. Si tu veux, ce projet auparavant était un groupe, dont chaque membre avait un métier à côté, et on se retrouvait les weekends et en vacances pour partir jouer. Lorsque nous avons rencontré Laurent, il y a trois ans, puisqu’il s’occupait de Barthab [ici] et du groupe Transat [ici], nous avons compris que la manière de procéder de Laurent correspondait à notre vision des choses. Comme ce projet avait un certain passif, au niveau des concerts avec le public, on s’est dit qu’un album live serait représentatif de notre musique. On a quand même réussit à faire des dates et des concerts malgré la période de pandémie, et à enregistrer le son. Il y a deux interludes qui ne sont pas vraiment des chansons. L’album retrace vraiment l’histoire de Zoé : il y a des chansons qui ont été créées dès le début comme « Nos traditions » et « Zoé sur le Pavé », des titres qui n’avaient jamais été enregistrés et des compositions plus récentes. Ce disque retrace l’histoire de nos dix ans de chanson. Et c’est aussi pour pouvoir quelque part tourner la page de ce qui a été fait, et en écrire une nouvelle. On recommence à composer et arranger ensemble et ça fait évoluer les chansons. C’est un peu graver un bout d’histoire pour nous, pour passer à autre chose, à écrire ensemble. Et c’est intéressant, parce qu’on a tous des influences musicales différentes : on a un batteur qui est assez Metal, un saxophoniste qui adore le Jazz, un bassiste un peu rockeux, et notre accordéoniste est multi-influences et assez Chanson, comme moi. Au début de la pandémie, on n’a pas pensé profiter de la pause absolument pour se mettre en studio et composer ; on a même plutôt bien réussit à continuer de jouer. Mais fatalement chacun a vécu des choses personnelles particulières durant cette période et on a eu des choses à dire et composer ensemble. On a quand même du faire une quarantaine de dates sur deux ans. Pour ce qui est des compositions, on fait eu peu à la manière de La Rue Ketanou : on les créé, on les joue, et après on les enregistre. Ca parait normal de procéder ainsi, parce que c’est en jouant le morceaux qu’on voit comment il évolue et vit en public. Maintenant il faudrait aussi qu’on fasse un peu plus de com vidéo, car on n’a pas sorti beaucoup de clips. On voudrait faire un clip live par exemple pour mettre un  peu de matière à disposition sur internet. Et puis même si on est un groupe de scène, il faut quand même donner un peu de matière aux organisateurs et programmateurs pour chercher des dates. On peut le comprendre ; nous aussi on fait un peu pareil finalement lorsqu’on choisi un festival, on va voir des vidéos pour voir un peu comment les choses s’y passent.

– On entend des influences folkloriques latino-américaines, est-européennes et « jazzy » aussi dans votre musique. Est-ce que la fusion et le mélange des musiques populaires est une dimension revendiquée ?

– Pablo : Oui, on  a ramené ça de nos voyages. Je suis allé deux fois en Amérique latine. C’est un continent qui me tient à cœur et me touche vraiment ; j’ai des racines espagnoles, et c’est vrai que là bas il y a aussi cette culture. Les paysages me touchent. Donc il y a effectivement cette influence dans notre musique. Mais Zoé sur le Pavé compose des musiques inspirées de voyages en général ; c’est une source d’inspiration pour créer. Et ça transpire dans notre musique. Et là, ça commence à manquer, les voyages, depuis cette période à restés confinés et enfermés. Mais maintenant on va essayer de s’exporter ; nous avons des propositions pour partir jouer en Allemagne, et puis on aimerait bien aller au Canada. L’idée de jouer hors France nous plait, même si ce n’est pas évident lorsqu’on chante des paroles en Français. Si on peut voyager avec ce projet, qui est aussi une occasion pour partager des moments et se balader, ce sera superbe. Après, Zoé reste de la Chanson Française créative, j’ai envie de dire, c’est-à-dire une base de texte en Français et de musiques d’ici, mais influencées et inspirées parfois de Musiques du Monde, de musique sud-américaines, mais aussi de folklore traditionnel des Balkans, et aussi par des musiques plus modernes, le Rock, le Swing, la guitare électrique qui amène un coté Mano Negra. Ca navigue pas mal, mais ça reste de la Chanson,  entre acoustique et Rock : le batteur prend le cajon ; on espère qu’un jour notre bassiste nous fera un peu de contrebasse…

– Ludo : ↕Ça ne va pas rentrer dans le camion!

-Votre musique évoque irrésistiblement des groupes qui ont séduit le public avec une Chanson populaire festive, comme La Rue Ketanou. Vous sentez-vous de la même famille d’esprit ?

– Pablo : Tout à fait. Ce sont des groupes qui me parlent. D’ailleurs on s’est toujours un peu suivis ; on a réussit à jouer avec eux récemment et on espère pouvoir recommencer. La Rue Ketanou, mais aussi des groupes comme les Hurlements d’Léo ou Les Ogres de Barbak, ces groupes de Chanson, inspirés de l’esprit Rock, naviguent dans notre style. C’est un coup de cœur. Après on nous fait souvent la remarque que notre style manque un peu d’originalité, dans ce registre là, mais c’est la Chanson que nous aimons, et notre originalité est dans ce que nous  mettons sur scène : on rend la scène très vivante, et on fait du travail scénique ça avec des amis, donc dans une démarche qu’on pourrait qualifier d’un peu théâtralogique. Faire vivre la scène, mais encore plus que ce que pourrait faire un groupe de Chanson est un des ponts importants dans nos spectacles.

– Le fait d’avoir démarré et de continuer en jouant dans les rues est souvent commun aux artistes chez qui ont sent une générosité et un sens du partage très intuitifs. Est-ce que selon toi cela apporte quelque chose de plus particulier, dans la capacité à improviser et interagir avec le public ou savoir l’attraper ?

– Pablo : Tout à fait. Le fait d’avoir joué beaucoup dans la rue et de faire des musiques de rue a un côté théâtre ambulant ouvert : il se passe toujours quelque chose, et tu peux rebondir dessus et créer à chaque instant de nouvelles choses dans l’interaction avec le public, et t’inspirer des passants. Il y a un entrainement énorme à faire, et ça apporte des choses que la scène n’apporte pas : savoir jouer avec l’imprévu, la découverte. C’est un livre ouvert et c’est à nous d’écrire les chapitres. Malheureusement on n’a pas pu trop en faire ces dernières années, et ça manque. C’est beaucoup plus compliqué maintenant, mais c’est aussi la société qui veut ça ; il faut des autorisations. On a eu des copains qui se sont fait embarquer leurs instruments par la police. Évidemment pendant les confinements, t’imagines qu’ils étaient à bloc contre les musiciens de rue. Mais on garde ça en nous et le but serait d’en refaire dès qu’on pourra. Ce serait bien de se placer aussi des festivals de théâtre de rue, rejoindre des villes comme Sarlat, Aurillac.

 

– Est-ce le programme des prochains mois ?

– Pablo : L’hiver prochain on retourne donc au studio avec Laurent, pour enregistrer des choses et surement inviter des amis à nous. Pourquoi pas le groupe Les Yeux de la Tête, que j’invite les gens à découvrir d’ailleurs, si on aime notre style, la Chanson festive aux accents du Monde. C’est vrai qu’on a eu de la chance de rencontrer Laurent, car on a la même vision des choses, quant aux soucis de proximité, de contrôle  de A à Z par l’autoproduction. Laurent a fait beaucoup de travail ; il a vraiment eu plusieurs rôles en même temps pour le groupe, et c’est en grande partie grâce à lui qu’on a pu développer la chose ainsi. Et puis il a un réseau de contacts, de gens assez « simples » dans le bon sens du terme, pas forcément de gros festivals, mais toujours de belles rencontres humaines avec de beaux moments à partager, en marge du système commercial industriel, un peu atypiques. Musicalarue à Luxey, par exemple, c’est mon festival préféré depuis dix huit ans. On a du y aller une dizaine de fois. On y a joué. Il est sur qu’après deux ans de covid tous les festivals ont besoin de peut-être plus de programmer des têtes d’affiche pour refaire venir le public et amortir aussi financièrement la période de temps mort, mais Musicalarue conserve son esprit et sa manière originale de fonctionner. Et le lieu a une vie hors festival aussi, où ils font des résidences et des petits concerts. Dans l’immédiat, on va continuer à faire des dates et jouer un maximum.

 

Miren Funke

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Liens : site : https://www.zoesurlepave.com/

Facebook : https://www.facebook.com/ZoeSurLePave/

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