Archive | juin, 2021

Qu’y a-t-il à l’intérieur d’une chanteuse ? Avec Lise Martin…

30 Juin

1-Lise Martin AAAred 2191x2460 2191x2460-001Qu’y a-t-il à l’intérieur d’une chanteuse ? Et comment naissent ses chansons ? Le propos pourrait se développer au masculin, mais l’idée étant née d’une conversation entre Lise Martin et une spectatrice, radioscopons Lise ..

Il y a une jeune fille qui au cours de son parcours scolaire a exploré les arts graphiques, avec en filigrane le goût de l’écriture, avec l’envie de faire vivre des histoires,  ce qui la conduit à une école de théâtre et une fac de cinéma … … et puis, c’est presque un pas de côté dans le parcours qui invite la chanson dans sa vie, sans vraiment y croire, comme un monde lointain vaguement familier, vaguement étranger, mais dans un flou accessible .. et au final, il y a la chanson, celle qui raconte, celle qui fait danser l’âme devient la synthèse évidente : 3 mn de chanson, c’est un conte, un témoignage, un scénario, la musique vient sur les mots, et la chanson est née.

« Chanter était un rêve d’enfance, un secret bien gardé car semblant inaccessible… mais j’avais ressenti très jeune une immense joie procurée par le fait de chanter. » «

Dans un spectre élargi de Lise Martin, il y a de l’intime, et il y a l’observation du monde, l’écoute, on perçoit que les musiques se sont nourries du meilleur , un swing légèrement teinté de blues, élégant et épuré, la jeune fille a grandi, elle construit une œuvre faites de chroniques chantées, en prolongeant la lignée des troubadours, elle explore d’autres répertoires, Leonard Cohen ou Vladimir Vissotski , et comme un écho de Ferrat,

Le monde ouvert à ma fenêtre que je referme ou non l’auvent
S’il continue de m’apparaître, comment puis-je faire autrement ?
Je ne chante pas pour passer le temps …

Qu’y a-t-il à l’intérieur d’une chanteuse ? Esquisse en quelques chansons,

 

 

 

 

 

Jeu de massacre , [1934]‎ Créée par Marianne Oswald
Paroles d’ Henri-Georges Clouzot  et Jean Villard-Gilles, Musique Maurice Yvain

 

 

La lettre  Vladimir Vissotski

 

Norbert Gabriel

 

Concert de Julie Lagarrigue au Haillan (33): du groove dans la poésie

28 Juin

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Ce samedi 19 janvier avait un goût particulier d’excitation pour moi, celui bien sur des retrouvailles avec la Chanson scénique depuis de longs mois de séparation, la vivante, la palpitante, celle qui respire en sursis, comme tendue entre la crainte d’une déception et l’espoir d’un bouleversement, dont on ne peut jamais prédire lequel des deux viendra saisir ou happer le cœur. Excitation démultipliée à l’idée d’inaugurer cette fin de confinement avec une artiste, dont la grâce et la malice ensorcèlent nos regards autant que la poésie émerveille nos sens, et l’inventivité bouscule nos pensées : Julie Lagarrigue était invitée aux soirées « Bamboche à l’Entrepôt » au Haillan, près de Bordeaux, pour un concert évènement de présentation au public des chansons de son prochain album « La Mue du Serpent Blanc ».

img_5360-3IMG_5376 (3)C’est donc  avec un répertoire inédit, exception faite de trois titres du précédent album (« Le jardin manque d’eau », « Je parle comme je pense » et « Le beau de la forêt ») et d’une reprise de chanson créole jouée en rappel, que Julie Lagarrigue venait offrir un moment de beauté et de chaleur aux amoureux de la Chanson qui s’étaient donnés rendez-vous au Haillan. Profitons-en pour un mot de remerciement aux membres de l’équipe qui ont œuvré à l’organisation, la tenue et le bon déroulement des spectacles dans un esprit convivial. Saluons également le professionnalisme des deux musiciens qui accompagnaient Julie Lagarrigue pour la première fois et ont porté avec elle ses chansons en y mettant de l’âme et du groove : Frank Lemeyrgie (percussions) et Marc Closier (flûte traversière, clarinettes, saxophones, melodica, piano).

img_5428-3L’artiste, souvent partie chercher dans l’autre, le différent, ce petit quelque chose qui rend sa créativité et son expression singulières, nous avait depuis longtemps désaccoutumés au classicisme de la Chanson Française, par un enrichissement aventurier, mutin, rendant un peu d’évidence à l’insolite et de la proximité au lointain, guidée par une intuition heureuse. Cette fois, c’est dans l’ailleurs qu’elle promène son imagination, et c’est encore avec d’autres couleurs que les chansons venaient danser et swinguer auprès et autour de nous, et nous inviter à suivre leurs pas, au grès de rythmes entrainants puisés dans ou influencés par les Musiques du Monde, qui vous attrapent les pieds et les épaules dans des mouvements irrésistibles.

img_5396-3« La mue du serpent blanc » ouvrait donc ce bal envoutant par une atmosphère shamanique, alternée en suivant dans la douceur de berceuse chaloupée du second titre « Si tu la voyais », avant que le solo charmeur d’une clarinette rieuse sur le morceau « Notre secret » nous ravisse. La Chanson allait encore se promener vers des horizons reggae (« Nuits d’Insomnies ») sud-américains (« Le tango des squelettes », à croire que la cuisine de Julie Lagarrigue est petite sœur de la maison de la famille Adams) ou encore dub (« Regardes comme il danse »), et blues (« Mon monde intérieur »). Malgré une poésie exprimant toujours avec délicatesse et grâce des émotions très intimes et pas forcément joyeuses ni légères (« La mer est immense », « Je cours », « Mon monde intérieur »), métaphorique et pourtant intuitivement limpide pour qui entend entre les lignes quelques vérités se révéler, et la mise en musique de deux textes écrits pas sa mère (« Il s’appelait Ghislain », et « Ma douce » sur l’amour filial, qui sonne comme une réponse à la chanson « Septembre » de l’album « Fragile, Debout »), l’impression générale de ce concert fut celle d’un moment très groovie, où les mots swinguaient, les chansons chaloupaient, balançaient, et nous entrainaient à suivre les notes, les rêves et les pas de danse de Julie Lagarrigue encore vers autre part.

Cet album sera beau, très beau. Une souscription est en cours pour son financement ici : Lire ici

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Miren Funke

Lien :https://leveloquipleure.fr/

Salvador et Monsieur Henri…

27 Juin

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On a tous en nous quelque chose de Mr Henri, une chanson douce ou drôle, une chambre avec vue sur Syracuse, et dans ce grand écart, une ribambelle de chansons entre tendresse, humour, cartoon déjanté, rock foutraque;  et ce patchwork musical trois étoiles est conduit par un duo qu’on peut situer entre les Marx Sisters, ou les sœurs Frégoli de la scène musicale : la dream team ACJP, Anne Cadilhac et Juliette Pradelle, deux pétulantes drôlesses que le bon Cab Calloway aurait bien embauchées au Cotton Club.

Dans ce festival mené façon Tex Avery, Zorro croise Jane B. et Serge au jeu du chat et de Minnie, on apprend que la maladie d’amour peut frapper aux genoux, que Syracuse revue et réarrangée façon ACJP a d’autres charmes que les grands oiseaux qui s’amusent à glisser l’aile sous le vent … Mais dans leur fantaisie extravertie AC et JP montrent surtout l’excellence et la diversité des compositions d’Henri Salvador. On y trouve un hommage enflammé par Juanita Castafiore/Juliette Pradel, des citations pianistiques subtiles par Anne Cadilhac le tout dans un entrelacs de paroles et musiques foisonnant et pétillant, avec en leitmotiv pour le spectateur séduit, « On y retourne ? » Pourquoi pas ? Mais ce sera en Septembre, même lieu, si ça se trouve, on peut même réserver ..

Anne Juliette et Henri JB et SGEn attendant, si c’est pas la joie tous les jours, faut rigoler, ça peut pas faire de mal, et on va faire comme si le lion n’était pas mort, et comme si Monsieur Henri nous envoyait une bonne rasade de son rire Médrano, un bon remède à la mélancolie.

Les plus observateurs auront noté quelques traces de chansons, et un clin d’oeil à un acte fondateur de la vie d’artiste de Salvador, comme le rire Médrano … A vos claviers … Wiki est votre ami … et puis, si le travail c’est la santé, je tiens à la conserver, ce sera donc la coda de ce babillage.

 

Pour réserver, c’est là → https://www.essaion-theatre.com/spectacle/921_salvador-et-m-henri.html

Et pour quelques photos de plus …

1-Montage Mr Henri réduit 27-06-2021 23-18-59

Norbert Gabriel

Entretien avec Lou Casa autour de l’album « Lou Casa- Brel & Barbara (Des Échanges de Présences et d’Absences) »

18 Juin

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« Y a les regards de ceux que l’on croise, et ceux que l’on habite » chantait Pierre Lapointe dans la chanson « Tous les Visages » (album « La Forêt des Mal-aimés »). Après un premier album consacré à des versions fascinantes et éblouissantes de chansons de Barbara, Lou Casa s’implique à nouveau dans l’exercice de croiser le regard d’artistes monumentaux et d’habiter leurs chansons de son propre regard. L’album « Lou Casa- Barbara & Brel (des échanges, de présences et d’absences) » propose le glissement d’un sens singulier dans des chansons des deux grands artistes, d’un premier abord déroutant. Il extirpe les chansons choisies du cœur avec lequel on a coutume de les écouter vivre dans leur interprétation originale, et les amène exister un peu plus loin, avec un autre cœur, plus discret, qui palpitait peut-être déjà dans l’ombre initialement et depuis toujours. Cela révèle à quel point être accoutumés à Brel et Barbara devient addictif , car en première écoute, c’est un sentiment de manque qui m’est venu : me manquait la violence, l’exubérance, l’ironie, le sarcasme, le pathos aussi de Brel. Et puis… Au gré des réécoutes successives, à l’inspection attentive de multiples relectures, l’album vient raconter à votre oreille les reliefs sous une surface faussement plate et peu accidentée, la profondeur vertigineuse d’un émotionnel inaperçu, parfois insoupçonné même, et la multitude infinie de détails qui ont leur importance, un peu à l’image de ces personnes dont la discrétion laisse croire à la vacuité d’une existence paisible sans tumulte ni orage, et dont on découvre, à mesure, en entrant en intimité avec, toute la richesse, la complexité et la dimension. Les reliefs sous la surface. Un trompe-l’œil, ou plutôt trompe-l’oreille, inversé en quelque sorte. L’album dévoile graduellement dans le parti-pris du chant, du phrasé, d’un soupir, d’un silence, d’un sourire deviné, et aussi des tensions instrumentales dans la sobriété des arrangements, des facettes dissimulées ou à peine invoquées des personnages des chansons de Brel et Barbara, dont Lou Casa part explorer les zones d’ombres (« Au Suivant », « Mathilde », « L’Amoureuse »), et se faisant, peut-être protège un peu moins leurs mystères. Il y a quelque chose d’insolite à envisager Brel, Barbara et leurs chansons comme des poupées russes, contenant elles-mêmes d’autres Brel(s), d’autres Barbara(s), d’autres chansons. Lou Casa, les mettant aussi en écho, arrache au silence et tire du mutisme des émotions différentes, des sentiments inédits, des perceptions défloutées, des non-dits, qui écartent les chansons de leur axe originel pour les inviter dans d’autres perspectives. Les puristes pourront bien sûr détecter trois erreurs de vocabulaire sur l’enregistrement (« Les Vieux Amants » en particulier, « Mathilde », « Jaurès »), qui n’a pu être rectifié en raison des circonstances liées au confinement. Mais considérant la qualité globale et l’inventivité des versions de Lou Casa, comment ne pas adhérer à sa décision de sortir cet album malgré ces erreurs (signalées honnêtement au dos du disque), qui n’en abîment pas vraiment l’appréhension sensorielle, plutôt que d’y renoncer et d’en priver les auditeurs ? Et pour peu qu’on incline comme Freud à penser que le lapsus est révélateur, peut-être pourrait-on entrevoir quelque vérité dans le fait de faire dire à la chanson « Les Vieux Amants » « Nous protégeons mieux nos mystères », tant les interprétations de Brel, en un sens, les protégeait mieux que ne le font celles de Lou Casa, qui en tire de la pénombre pour les livrer ou nous les confier.

Marc, chanteur de Lou Casa, nous accordait un entretien pour en parler il y a peu.

lou-casa-barbara-brel_655662– Marc, bonjour et merci de nous accorder du temps. Le précédent album de Lou Casa nous avait bouleversés et éblouis par ton interprétation incarnée des chansons de Barbara, d’ailleurs plus asexuée qu’androgyne. Pourquoi avoir choisi avec ce disque d’interpréter non pas uniquement des chansons de Brel, mais des titres des deux artistes, et de les mettre en corrélation, et peut-être même écho?

– C’est un deuxième volet de ce travail de réappropriation et de relecture contemporaine. Au cours du premier volet consacré au répertoire de Barbara, nous avons régulièrement croisé Brel. Compte-tenu des mêmes thèmes qu’ils ont abordés différemment, de leurs relations au monde, de leurs liens professionnels et intimes, cela m’a paru une suite logique et très motivante de les mettre en écho dans ce projet, en prolongement de la démarche de Lou Casa dans ce travail que nous associons à notre vécu et nos expressions personnelles aujourd’hui. Ces deux êtres ont beaucoup de points communs singuliers dans leurs parcours, leurs personnages, leurs rapport au monde. Leur rencontre et leurs liens ne sont pas anodins. De fait, l’idée et l’intérêt de les aborder ensemble dans un projet aujourd’hui avec Lou Casa est venu naturellement. On m’interroge souvent sur ce rapport là entre féminité et masculinité. Personnellement j’aborde les interprétations un peu sans sexe. Il y a plusieurs discriminations que j’essaye d’éliminer et de combattre dans le travail que je fais avec Lou Casa. J’explore une part de féminité, mais sans me transformer en femme. Donc c’est intéressant à creuser avec quelqu’un comme Brel. Il avait une image de misogyne. Ce n’est vraiment pas si simple que ça, et dans ses propos, et dans ses chansons, et en écho avec Barbara. Il s’est caché derrière certaines choses, et effectivement il y a des chansons que personnellement je ne peux pas assumer de chanter. Notamment dans son dernier disque, car des propos ne me conviennent pas. Barbara et Brel ont vécu une relation assez dingue ; il y avait à la fois une indépendance de l’un vis-à-vis de l’autre, et à la fois lorsqu’ils se retrouvaient pour travailler, une amitié très forte, potentiellement amoureuse et en même temps un rapport de frère à sœur. Dans un passage des mémoires de Barbara (Il était un piano noir), que je dis en concert en introduction de  « Gauguin, Lettre à Jacques Brel », Barbara raconte la complexité et la curiosité de Brel par rapport aux femmes, sa « propension à rechercher en elles sa propre masculinité ». 

 

Jacques Brel en concert en 1965

– Est-ce une piste avec laquelle tu as travaillé ta propre interprétation ou une suggestion que tu souhaitais mettre en lumière ?

–  Je n’ai pas prétention à avoir droit plus qu’un autre à un lien particulier avec Brel ou Barbara ; j’utilise leur travail, et le reste ne m’appartient pas. En fait on ne sait rien de ce qu’il était dans son for intérieur et son intimité. Pour moi interpréter Barbara est beaucoup plus naturel, et ça a demandé tout un travail de passer à Brel. Beaucoup de gens ont souligné, lors du dernier concert qu’on a fait, ce rapport là, qui fait apparaitre d’autres choses. On m’a parlé de retenue, de sensibilité, de délicatesse de ma part, au niveau aussi du jeu des mains. Alors ce ne sont pas des choses que je maitrise forcément ; mais ça va avec le corps et le charisme. J’ai développé un charisme différent qui est beaucoup plus ténu et ambigu. Encore une fois c’est un projet de mise en écho de Brel et Barbara, avec des points communs et des liens très forts, et des différences, entre Barbara qui livre son for intérieur et son intimité, et Brel qui se protège et garde une barrière de virilité. Mais ce sont des questions qu’on pose ; il n’y a pas de réponse et tant mieux. Pour moi, c’est la définition de l’art de poser des questions. 

barbara-ip_5– Tu as déjà consacré un disque de reprises de Lou Casa à Barbara précédemment. Quelle influence a-t-elle eu sur ton approche de la musique ?

C’est une influence parmi d’autres, une essentielle, dans la Chanson, le Rock ou la Musique du Monde… C’est un peu par hasard, en participant à un hommage avec deux chansons que nous nous sommes passionnés lors de son travail de préparation, avec pour orientation de mêler notre époque actuelle, nos sensibilités, nos musiques aux textes et à la musique de Barbara, sans chercher à nous mêler au personnage. Elle fait partie des fortes influences de qualité -le gens aiment ou n’aiment pas, mais sont tous d’accord pour reconnaitre que c’est de la qualité.La qualité de ses textes, des images et sonorités associés qui nous arrivent, si singulières et intimes, sont exceptionnelles. La place qu’elle a consacrée à la musique également, qui en dit beaucoup aussi pour ressentir l’humeur de ses propos, de ses personnages. 

Nous appartenons à des générations qui ont eu la possibilité d’avoir accès à plein de cultures musicales différentes. Je suis mélomaniaque depuis très jeune, donc j’ai reçu plein d’influences. Les gens me disaient que ce n’était pas aisé de s’attaquer à Barbara, mais nous avons choisi des textes, qu’il m’était facile de m’approprier, par une espèce de filiation de sensibilité. Ça n’a rien à voir avec une comparaison de talent. Mais parfois tu sens des atomes crochus avec certains artistes. Et là, dans le cas de la sensibilité de Barbara ; je me retrouve beaucoup dans ses fêlures. A priori j’ai un vécu plus privilégié que le sien, mais il y a une résonance en moi et un truc qui colle dans ce que je peux ressentir et interpréter. Pour te répondre,

– Le présent disque présente des interprétations surprenantes et même déroutantes des chansons de Brel à première écoute, lorsqu’on est habitué à la violence, la virilité, l’humour, le pathos aussi de ses propres interprétations, révélant un autre Brel, derrière Brel. Qu’as-tu voulu en raconter ?

L’idée est de proposer autre chose, par rapport à son interprétation de ses chansons, de proposer un axe différent d’interprétation  des personnages. Pour « Mathilde » il y a à la fois une urgence dans la musique et les arrangements, qui traduisent autrement le sens de l’urgence, et moi qui suis plus en retenue, en fragilité. La grosse erreur aurait été de vouloir jouer sur le même registre que Brel, à mon sens. Cela n’aurait rien apporté, et en plus à ce jeu là, Brel y va avec une énergie folle qu’il est impossible d’égaler, et qui n’est pas moi. Il fallait trouver une sincérité dans cette démarche de réappropriation et de relecture. J’ai pris un parti à cette période de l’enregistrement, avec ce travail, qui est beaucoup plus intime et fragile. On pourrait parler d’exploration de sentiments que Brel ne  voudrait pas lâcher, en terme de fébrilité dans la voix, même si dans l’histoire il peut se mettre dans des rôles d’homme humilié ou fragile. Mais dans son interprétation, il est très distancié de ces figures. Et je trouve intéressant de le porter dans cet univers. Le disque est très posé pour une écoute personnelle, introspective. Est-ce qu’on y ressent beaucoup moins de choses ?

Lou Caa 6– Ce que tu dis est particulièrement perceptible avec la chanson « Au suivant » d’où l’ironie et la brutalité se sont évanouies pour esseuler un personnage timide, vulnérable et fragile prêt à se faire dévorer tout cru par le monde, personnage déjà un peu présent, sous-jacent, dans l’interprétation de Brel, mais qu’il n’a pas lui-même exploré ou si peu. Et le disque donne le sentiment de fonctionner ainsi d’une manière globale : de mettre en lumière des zones d’ombres, qui existaient ou préexistaient déjà chez Brel et Barbara, mais restaient relativement dissimulées. Comment avez-vous créé ce climat émotionnel, si intense que, pour être honnête, les trois erreurs de paroles dans ton interprétation des textes ne m’ont pas empêchée d’y pénétrer, ni n’ont perturbé mon écoute?

– Et avec pas grand-chose en fait. Puisqu’on avait des arrangements assez épurés. Donc je pense que c’est dans les sensations qu’on peut avoir une deuxième lecture. Les espaces, les silences sont importants pour que l’auditeur puisse aussi les interpréter comme il ressent. Nous interprétons ces chansons, mais il y a toujours une part d’interprétation qui est réservée à l’auditeur. Notre démarche de reprise et relecture est de sortir une chanson si je considère que je peux me l’approprier sensiblement et si on a un éclairage, des arrangements, quelque chose d’intéressant à y apporter. On n’est évidemment pas dans le faire mieux que Brel ou Barbara. Et ça ne servirait à rien de proposer une version si elle n’apporte rien. Tout le monde peut écouter directement Brel ou Barbara. L’idée est de se risquer à autre chose. Pour l’un comme pour l’autre, il y a des chansons qui sont vraiment dans la mémoire des gens ; c’est donc sans doute moins évident de passer à ces versions qui peuvent paraitre discrètes et qui finalement sont assez tranchées. Pour « Au suivant » il y a clairement ce que tu soulignes : je vois ce personnage ainsi. La chanson est un bel exemple. La musique qu’on a choisit est un peu plus rock, mais plus obsédante surtout. Et il y a ce mec qui subit énormément. Brel y a mis plus d’humour. Je l’incarne plus, mais pas pour dire que je fais mieux. C’est différent. Pour le coup il y a là plus de pathos dans notre version de la narration du personnage que dans celle de Brel qui est plus distancée. Effectivement on a une facture un peu particulière, donc peut-être que pour les gens qui ne veulent pas entendre une interprétation singulière, c’est dur de rentrer dedans.

Quant aux erreurs malheureuses, on s’est retrouvés avec ces contraintes que connaissent beaucoup liées au confinement, et dans la nécessité de choisir de sortir l’album ou pas, on a décidé de le sortir malgré ces erreurs, en le précisant sur le disque. Et je trouve qu’on apporte plus en le sortant tel quel qu’en ne le sortant pas. On était les premiers à être désolés de cela, car le changement de sens dans la chanson « Les vieux amants », où on dit « nous protégeons mieux nos mystères » au lieu de « moins nos mystères » représente une atteinte au sens du texte. Il ne s’agit pas de prétention de ma part. Je ne me suis pas autorisé à changer les textes de Brel évidemment. On peut à la fois s’affranchir des auteurs, mais être très respectueux de leurs textes. Mais nous en avons pris le parti de sortir le disque ainsi plutôt que pas, car l’erreur de vocabulaire ne change pas le sens de la strophe musicale et il y a toute l’émotion qui va avec. Bien sur, ça choque de toucher au monument qu’est Brel ; mais si c’est fait involontairement, ça n’est pas pareil que si c’était une atteinte volontaire au sens du texte. Mais on peut comprendre que ça gène certains auditeurs profondément, quand on est attachés au respect du texte.

– Comment se décident entre vous les arrangements ?

– Je donne la direction artistique, c’est-à-dire que j’ai une idée en tête, un sens à donner, des associations, avec les matières proposées aux musiciens puis par les musiciens. J’aborde la philosophie du morceau avec les musiciens, ce que nous pouvons nous y exprimer, y questionner, et eux ensuite dans leur sensibilité, leur technique, leur jeu, vont faire des propositions. Je vais composer avec. On va en chercher d’autres. On compose ainsi -avec des aller-retour, des questionnements et essais progressifs- les arrangements ensemble. Evidemment on n’a pas la prétention de re-composer ; lorsqu’on fait un travail comme ça, on s’attaque à d’énormes monuments. Il me semble que si on fait une proposition poussée qui globalement les honore, on ne les insulte pas. Après libre aux gens d’aimer ou de ne pas aimer. Sachant que qui dit monument de la Chanson, dit grand fan et donc gens pour qui il ne faut pas y toucher. Mais dans le travail qu’on a fait, on a vu des gens venus en concert avec des a priori réticents, puisque pour eux Barbara interprétée par un homme était un non-sens, et qui ont complètement changé d’avis. Et ça, c’est une vraie victoire pour nous. On est dans une démarche de s’affranchir de certaines choses pour mieux respecter et ces artistes et ceux qui les écoutent. Il y a une exigence derrière cela qui est importante et un gros travail. Je crois qu’on propose une vraie patte. Il y a d’autres travaux d’interprétation de ces artistes très différents et très intéressants. Mais il me semble qu’avec les questions que j’aborde et la façon dont je les vis et j’y mêle mon for intérieur, ça créé une patte. Il faut que je trouve ma sincérité. Et à partir du moment où il y a sincérité et qualité de proposition, sans toutefois qu’on « prétende à », c’est intéressant. Si c’était pour proposer pareil que les autres, et on pourrait faire des choses très efficaces en ce sens, sans se bousculer sur nos repères ou dans nos conforts pour explorer une voie singulière, ce ne serait pas intéressant. 

Lou Casa1– As-tu convoqué, pour interpréter ces artistes, une part de ta propre intimité, de ta propre histoire peut-être, avec laquelle leurs mots peuvent entrer en résonance, et cela permet-il aussi, en même temps qu’on peut utiliser ses propres émotions et son propre vécu pour ce faire de les transcender ?

– Complètement. Comme je le disais, les deux critères essentiels dans notre démarche, sont la possibilité de m’approprier la chanson et celle de lui apporter quelque chose d’intéressant par mon interprétation. Lorsque je me suis passionné pour Barbara il y a quelques années avec le travail fait sur deux-trois chansons pour un hommage, ça m’a travaillé aux tripes. Lorsque ces deux critères sont remplis, je propose un projet aux autres musiciens. Et ça répond à ta question : si je peux m’approprier sensiblement la chanson, c’est qu’elle fait écho à une vraie partie de moi-même qui est exprimée par leurs textes. C’est pour ça qu’on parle de réappropriation, et non de reprise : je n’interprète pas Brel ; j’interprète un texte et une musique de Brel. Ici il y a aussi un travail avec la question de savoir comment ces textes résonnent avec notre époque, ces questions de genre. Et puis il y a toute une partie d’émotions dégagées par ce qui se passe, soit décidé consciemment soit digéré inconsciemment, dans ma voix et dans mon corps. Il se trouve qu’au moment de l’enregistrement, je vivais un désastre relationnel amoureux, après une rupture violente, et donc un moment très fort de sensibilité. D’ailleurs c’est assez drôle de voir ce qu’on peut faire malgré tout dans ces cas là et la qualité ou non qui peut en sortir ; c’est surprenant de savoir ce qui nous échappe. Je dormais très peu, et il y a des choses qui se sont exprimées de moi à cette période. On ne s’en rend pas forcément compte, car il y a aussi de la pudeur et une sorte de sobriété, mais quand tu mets certaines choses en filigrane, il y a beaucoup de choses à entendre, car il y a beaucoup de sensibilités qui entrent en compte. Un peu comme un comédien va jouer avec son propre personnage et composer avec sa propre histoire et des émotions que son corps a mémorisées, et parfois de manière très intuitive. Je créé beaucoup comme ça. On met des tensions qui vont compléter des sentiments. C’est valable pour les arrangements et aussi pour mes émotions, ma voix, mon phrasé. Je prolonge des directions artistiques, et c’est l’ensemble qui va donner la tonalité d’un sentiment, parfois sur un quart de seconde. Et puis l’interprétation aussi, peut-être permet de transcender inconsciemment nos propres douleurs, je n’en sais rien, mais en tous cas, elle accompagne dans les moments durs à traverser. 

 

Miren Funke

 

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Liens : http://www.loucasa-barbara.com/

https://www.facebook.com/loucasaofficiel/


    

Entretien avec Kick (Strychnine) pour la sortie de son nouvel album « Les Gens qui ne sont Rien »

15 Juin

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Nouvel opus du chanteur Kick (Strychnine, Kick’n’ Ze 6) [lire  ici], « Les Gens qui ne sont Rien » a surgit le mois derniers comme un album frais est énergique qui désencombre l’esprit, et vient décaper le cœur de la rouille sclérosante que l’époque craintive et pessimiste dépose dessus. Les douze titres, vifs et rebelles pour la plupart, témoignant d’émotions intimes parfois tristes (« Les couleurs de la Vie » lié à la disparition d’un ami, ou « Le Blues de la Mort » qui exprime les ultimes pensées de fin de vie), parlent tous avec humanité, et dans cette authenticité animant l’âme du Blues et l’esprit du Punk-Rock auxquels Kick a toujours consacré un amour et un engagement sincère. L’artiste n’étant pas un musicien linéaire, et encore moins sectaire ou monomaniaque, l’album bien que dans une orientation résolument Punk-rock fait donc une belle place au Blues et parvient à créer une cohésion sonore et climat sensoriel cohérent entre les deux genres musicaux qui alternent au grès des plages, et en enfantant une certaine unité spatio-temporelle.

Le disque ne se veut ni ne s’entend comme monothématique, autant sur le plan musical que textuel : si certains titres expriment des sentiments personnels et des questionnements intimes, plusieurs morceaux scrutent, cernent et interpellent la vérité humaine de chacun, et, d’un même élan, les réalités sociétales et politiques, la mascarade de la superficialité des apparences et des postures, mais aussi les jeux de manipulation et d’oppression dans les rapports entres humains, avec une franchise qui clarifie la vision des choses et ne tergiverse pas (« Tu ne sais pas dire Non », « Les Donneurs de Leçon », « Ceux qui osent Tout », « La Valse Hésitation »). A ce titre on peut qualifier « Les Gens qui ne sont Rien » d’album sociétal qui rapatrie le Punk à la source limpide de la salubrité mentale et d’une éthique insoumise, éprise de liberté spirituelle et d’indépendance intellectuelle. Si je me risque à avancer qu’on y trouve une essence jeune et adolescente, ce n’est pas pour suggérer l’existence d’une ambigüité quant au fait que les chansons et les textes de l’album portent un regard adulte sur le monde. Il ne faut pas entendre ici « adolescent » au sens puéril, mais au sens de l’être en devenir que l’album réveille en nous, et rappelle que nous sommes encore, et, espérons le, serons toujours, raisonneur et remetteur en cause de certitudes imposées, qui n’en aura jamais fini d’apprendre, de construire et d’évoluer. Aussi c’est un peu paradoxalement que « Les Gens qui ne sont Rien » possède la vertu de nous contenter tout en bousculant l’idée même de satisfaction.

Cohérence et complémentarité s’entendent également dans le jeu des musiciens, Kick s’étant entouré pour réaliser cet album d’un vieux compagnon d’armes de l’épopée punk-rock bordelaise, Raymond Bélliard, dit « Beber », bassiste des groupes Stalag et Standards [lire ici] et de ses complices de Blues, et de Laurent (guitare) et Arthur (batterie) Mastella. Comme toujours pour ces artistes qui continuent de vivre et concevoir leur créativité de façon artisanale, l’aventure musicale est d’abord une histoire de copains, une affaire d’amitié, forgée de sincérité, parfois inondée de larmes et mouillée de sueur, peut-être criblée de deuils et souvent irradiée de sourires, et surtout peuplée de souvenirs vécu et d’autres encore à créer, par et pour ceux qui jamais ne se résigneront au silence et à la vacuité.

Les dates de concert s’annoncent sans trainer pour faire vivre ces chansons qui nous rappellent d’être vivants, et remuer le public. Kick nous accordait donc un entretien tout récemment pour  parler de cet album, disponible en commande directe auprès de Kick sur sa page facebook https://www.facebook.com/kick.destrychnine?fref=ts

img_5305-2– Kick, bonjour et merci de nous accorder cet entretien. D’où est née l’envie de réaliser cet album qui exprime beaucoup sur les rapports de domination et manipulation entre humains, mais bien évidemment peut s’entendre avec une dimension politique ?

– J’avais des morceaux d’avance, et durant le confinement j’ai décidé de faire l’album. L’envie de faire un album de Rock revendicatif s’est imposée, à cause du climat actuel. Ce sont plutôt des revendications sociétales, ou politique oui, mais pas dans un sens politicien, dans le vrai sens du terme, de la vie de la société.

 

chien-fidc3a8le3– Les titres ont-ils donc tous été écrits dans la période présente et en référence à l’actualité ?

– Il y en a deux-trois qui datent, que j’avais composés déjà il y a quelques années, que j’ai remaniées, comme « Tu ne sais pas dire non », dont j’ai complètement remanié le texte, car je n’en étais pas content. Je garde parfois des morceaux en stock, dont je ne suis pas tout à fait satisfait, jusqu’à ce que j’arrive à les remanier. Mais la plupart des morceaux ont quand même été faits dans l’année ; les textes sont d’actualité. Il y a aussi « Le Blues de la mort » qui date, mais ça me tenait à cœur l’enregistrer pour que les gens l’entendent. J’avais envie de partager cela avec les gens, car je pense qu’il peut parler à pas mal de gens. Ça a toujours été mon truc dans l’écriture : j’écris, mais je pense que ça peut parler à pas mal de gens sui vivent et ressentent des choses similaires. Le but d’un texte, c’est que les gens puissent se l’approprier. C’est comme pour les morceaux « Les donneurs de Leçon » et « Ceux qui osent Tout », qui sont tous les deux sur le même thème, de ces gens qui ont fait un peu trois fois rien dans leur vie, et qui se permettent de porter des jugements sur tout le monde, de donner des leçons à tout le monde. On vit une drôle d’époque ; les gens sont vachement largués et perturbés. Et toute la période qu’on vit depuis les confinements, les conjonctures sociales, ça n’arrange pas. Et puis avec les manipulations médiatiques permanentes, la répression policière notamment contre le mouvement des Gilets Jaunes, on a l’impression de vivre une histoire de science fiction. On nous aurait dit il y a dix ans qu’il se passerait un truc comme ça, jamais on ne l’aurait cru. C’est pour ça que j’ai fait ce texte « Les gens qui ne sont Rien » : on a traité des gens de nazis, d’antisémites, on les a criminalisés, alors qu’ils réclamaient simplement plus de démocratie réelle. C’est dément et révoltant. Et tous les médias s’y sont mis. Après la seconde guerre, on a voté des lois progressistes, fait des choses pour améliorer et protéger la vie des gens. Et puis petit à petit, on a tout grignoté, et, actuellement on  en est sous Napoléon III.  Quand on va dans les autres pays d’Europe occidentale, on se rend compte à quel point la France est une anomalie, dans son fonctionnement démocratique. J’ai travaillé en Suisse durant des années, c’est autre chose. Ici dès qu’une loi dont le gouvernement ne veut pas est votée, il sort l’article 49.3, ou alors on a une intervention du Conseil Constitutionnel. Il n’y a que des instruments de blocage qui verrouillent le système d’une main de fer. Personnellement j’arrive à un âge, où j’avance vers la fin, mais quand je pense à nos enfants, je me demande quelle société ils vont se taper.

 

img_5307-2– Sur le plan musical, l’album présente une grande cohérence sonore et sensorielle, alors que les morceaux ne sont pas tous Punk, et que le Blues y occupe un espace important aussi. Peut-on y voir une patte personnelle, mais aussi  une unité qui a pris dans le jeu commun des musiciens ?

– C’est ma façon de jouer le Blues aussi. Je joue le Blues un peu comme du Rock, toujours de manière un peu tendue. Pour moi, les gens jouaient le Blues comme ça à l’époque ; aux origines c’était une musique pleine d’énergie. Ce n’est donc pas antinomique. Il y a quelques Blues, parce que j’avais les morceaux, je voulais les faire, et ça créé aussi un peu de respiration dans le disque. Je ne voulais pas faire un disque linéaire ; je n’en ai jamais fait. Ensuite on se voit très souvent avec Laurent et Arthur et on continue à jouer régulièrement. Beber était venu pour la soirée du concert de réédition des albums de Strychnine [ici]. Nous sommes très amis ; je suis souvent chez lui au Pays Basque ; d’ailleurs l’album a été enregistré au studio d’Uztarritz. Et comme l’album comporte pas mal de morceaux de Punk, et que Beber est un vrai bassiste de Punk, qui joue, comme on jouait à l’époque, demander sa participation était une évidence.  Je fonctionne comme ça. Le côté humain est très important. C’est déjà dans ce studio d’Uztarritz qu’on avait enregistré la reprise de « Jack le Prêcheur » avec Strychnine pour l’album des chansons de Philippe Jolly [ici]. Comme je trouve que le studio a vraiment les façons de prises de son des guitares pour faire un son Rock et que je voulais vraiment faire un disque de Rock, ça s’est très bien passé. On l’a enregistré très vite, en six jours, mixage compris. On avait pas mal travaillé, les copains jouent bien, et je savais ce que je voulais du départ, donc ça a été vite. On est très contents à l’arrivée.

– L’Accord entre les musiciens s’est-il fait instinctivement ?

– Il y a une bonne collaboration entre les musiciens. Ils amènent leur façon de jouer, leur style, des idées aussi, mais sont aussi très à l’écoute de ce que je veux faire. Laurent est un super soliste, et il amène quelques chose de très créatif aussi, pour les arrangements. On passe parfois des soirées à jouer tous les deux ; du coup on a une belle collaboration. Avec Sven [NDLR : Sven Pohlhammer du groupe Parabellum qui jouait avec Kick jusqu’à son décès en janvier 2017], c’était comme ça aussi : il suivait ce que je voulais et il amenait en même temps des idées, parce que c’était Sven. Il faut vraiment trouver un équilibre entre mon idée de base 19441286_1213795045395718_1821171669_npour amener les morceaux là où ils doivent aller, et profiter aussi des talents de soliste des musiciens, un peu comme avec le grand Kick à l’harmonica. Il faut trouver le truc pour que ça ne se disperse pas, mais laisser les gens s’exprimer aussi. J’espère qu’on fera quelques dates ensemble avec Kik, mais il est très pris par son groupe Johnny Montreuil, qui marche très bien. La complémentarité des musiciens est très bonne. Laurent est un guitariste de Jazz à la base, qui joue aussi du banjo ; il n’avait jamais joué de Punk. Berber, lui, en revanche est un pur bassiste de Punk, qui n’avait jamais trop joué de Blues. Chacun s’est mis à découvrir, et aussi enrichir son jeu à travers les morceaux. Je trouve que Beber a fait des superbes parties de basse sur les Blues, et que Laurent a fait aussi des superbes parties de guitare sur les Punks, alors qu’au départ ce n’était pas dans leurs habitudes respectives.

– Avez-vous des dates en perspectives ?

– Oui, on a quelques dates qui arrivent. J’ai commencé à rejoué en acoustique avec Laurent. On continue de jouer dans les bars, et il y a quatre dates prévues pour le moment, notamment en juin pour La Fête de la Musique à Bassens et le 09 juillet à St Médard en Jalles pour le festival Jalles House Rock. Nous avons très hâte tous les quatre de jouer ces morceaux sur scène. Et jouer en groupe amplifié va me permettre de reprendre aussi des morceaux que j’avais faits avec Sven, et que je ne jouais plus qu’en acoustique depuis. On va jouer les chansons de cet album, et donc également des morceaux des trois derniers albums. J’ai envie de jouer du Rock en ce moment, et de voir comment les gens reçoivent cela sur scène. Et puis j’espère ensuite faire des dates sur Paris. Pour la sortie du disque, j’ai reçu des commandes de toute la France, pas uniquement du Sud-Gironde. Il est vrai qu’à force, au bout de quarante ans, et avec Strychnine, les gens me connaissent.

Miren Funke

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Lien : https://www.facebook.com/kick.destrychnine?fref=ts

Chiche ! Caroline Loeb …

13 Juin

chiche afficheCaroline Loeb dit parfois qu’elle n’est pas une chanteuse mais une chanson … (What is this song?) eh bien c’est pas vrai ! C’est une conteuse, une Shéhérazade polymorphe qui fait vivre des personnages comme Sagan, Mistinguett’ ou Madonna, avec une touche d’Arletty et quelques notes de Marie Dubas, la diva déjantée par excellence, mais aussi conteuse fascinante, comme sait le faire Caroline Loeb dans son monologue New York une fresque verbale bluffante.
Sur la trame de sa vie balagan* Caroline Loeb nous balade entre ses décades folles 1980/2000, une bourlingue moitié Sagan, moitié Delerm, quand elle chronique avec humour et autodérision mais avec une tendresse sous jacente, le parcours d’une fille des années 80. Balagan, et pas vraiment repentie.

Sur cette flamboyante, on pourrait dire… Oh ! Dieu ! … bien des choses en somme… en déroulant les superlatifs admiratifs les compliments courtisans, les guirlandes de bravos, en variant le ton et les images, mais à quoi bon ? Puisqu’il est question d’images, en voici quelques unes , ci-dessous, en scène le 12 Juin, comme tous les samedis à venir, voyez les détails sur l’affiche. Et paraphrasant Pyrame en quelques mots : Régalez-nous , the show is back ! (Adaptation libre)

”Chiche !” sera tous les samedis de juin à 19h et de juillet à 20h30. C’est au Théâtre de l’Archipel et nulle part ailleurs… https://www.larchipel.net/
Caroline aura la joie d’être accompagnée au clavier par Vincent Gaillard et par Yorfela à la guitare-basse. Le tout sublimé par les lumières d’Arnaud Le Dû. Caroline sera aussi au Festival d’Avignon OFF avec ”Françoise par Sagan”.

  • La vie balagan Marceline Loridan, en quelque sorte une vie foutraque ..
    Etymologie   ( בָּלָגָנִים)   désordre, foutoir, bordel   

  • 1-Montage Chiche 13-06-2021 14-07-25© NGabriel2021

Norbert Gabriel

Décès de Ludo Tranier, chanteur de Laréplik et Buscavida

10 Juin

Je peine à écrire ces mots. Il y a des mots qui ne devraient pas s’écrire, qu’on ne voudrait pas écrire. Jamais. Ils sont ceux d’une réalité qu’on ne veut pas entendre, ni vivre, et qui pourtant vient nous percuter violemment, sans nous laisser le choix.

Ludo Tranier, chanteur de la formation emblématique de la scène alternative punk-rock bordelaise, Laréplik et du groupe Buscavida [Lire ici] nous a quittés. Il était revenu voilà quelques années d’un périple en solitaire, mais solidaire de toutes les rencontres faites sur les routes d’Amérique du Sud et de la péninsule ibérique, des chansons dans les valises, des histoires plein le cœur, et la tête envahie de projets : le manuscrit d’un récit de voyages et plus encore qui devait être édité, et ce dernier groupe, Buscavida, qui inventait des chansons françaises métissées de musiques folkloriques latino-américaines et lusitaniennes pour fleurir et enchanter des moments de partages, de luttes aussi.

Ne dérogeant pas à son engagement d’artiste de terrain, Ludo menait son groupe sur les lieux de soutien, aux salariés de l’usine Ford de Blanquefort [ici], aux réfugiés accueillis dans les Centres d’Accueil pour les Demandeurs d’Asile, aux petits paysans révoltés, à tous ceux qui construisent des élans de solidarité, des aventures humaines et des tentatives d’utopies locales, toujours à la rencontre de la vérité des gens, dans un bar à concert, un festival artisanal, un coin de manifestation.

Il était depuis plus de deux décennies, où Laréplik s’était imposé comme un pilier de la scène alternative girondine avec son java-folk-punk francophone, et avait entre autres imprimé aux coutumes militantes la fête de la Saint Roger, tous les 30 décembre, pour narguer en dérision le traditionnel cirque de la Saint Sylvestre, et gravé dans les cœurs la chanson, devenu un hymne du patrimoine musical local « Mon voisin vient de loin », que si vous ne connaissez pas, vous n’êtes pas de Bordeaux, comme disait son ami Barthab [ici], une figure du milieu artistique solidaire local. Mais Ludo était plus. Il était de ces poètes vadrouilleurs de l’existence qui la rendent plus libre et sensée. Il était de ces copains dont la tendresse et l’humour, derrière lesquels on devine une sensibilité écorchée, vous rassurent sur l’humanité par leur vérité d’âme. Il était de ces repères dont l’existence vous conforte et vous montre qu’on peut avancer dans la vie sans renier ses valeurs et ses convictions et en restant sincère, humble et naturel. Il était de ces amis des chiens et frères des humains qui s’émeuvent de l’amour du vivant et prennent d’autres sous leur aile pour les parrainer, et bien sûr de ces fêtards qui sèment des éclats de rire, épongent ou sèchent vos larmes, et tiennent toujours une lumière allumé. Il était une lumière allumée.

Je peine à écrire ces mots et j’ignore même si ces quelques lignes sont décentes et lui auraient plu. Ludo était de ceux qu’on sait tellement vivants qu’on ne peut les imaginer autrement. Son brusque départ est un séisme qui nous laisse tous en pleurs, dans la stupeur de cette réalité qui vient de creuser un vide énorme. Plus de mots seraient vains et dérisoires. Aucune parole ne sera assez puissante pour soulager du chagrin et de ce vide que nous, ses amis et copains, avons maintenant à partager. Nos pensées vont vers ses plus proches.  

Miren

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