Sortie du Ep « Rumeurs » d’Erdöwsky

26 Mai

Duo formé de la chanteuse et guitariste Muriel Erdödy et du percussionniste, batteur et clarinettiste Alexis Kowalczewski [ici], le groupe Erdöwsky vient de livrer ces jours-ci son premier EP, « Rumeurs ».

C’est la chanson « Les étoiles » qui ouvre, par la clarté cristalline d’une guitare, enveloppée bientôt d’une atmosphère sonore traversée de chœurs évasifs et de timbres instrumentaux planants, la porte sur la petite galaxie ensorceleuse d’Erdöwsky, qu’habitent des textes d’une poésie métaphorique et sensuelle.

« Il y a des étoiles que l’on suit. Celles qui nous aveuglent.
Il y a celles que l’on traine, celles que l’on poursuit.
Il y a celles qu’on éteint, celles que l’on étouffe.
Il y a celles que l’on aime et il y a celles que l’on bat. »

On ne peut s’empêcher, à l’écoute des paroles, d’y entendre une ode à la féminité, aux femmes, aux cœurs d’existences avides, aimantes, fascinées, parfois blessées et maltraitées, souvent dignes et héroïques, et toujours aspirant à vivre intensément.

« Les étoiles » nous fait pénétrer dans la richesse et nous happe dans les aspérités d’un univers musical empruntant parcimonieusement aux rythmes orientaux, aux musiques africaines, à l’imaginaire nomade, à l’esprit Rock, pour fondre une identité poétique singulière, qui invente, entretient, bouscule et calme, une tension entre l’insolite et l’évidence, le lointain et étranger, et quelque chose de la Chanson francophone qui nous est familier, patrimonial même, tension qui ne nous lâchera plus qu’à peine la main pour nous reprendre l’oreille aussi tôt.

La rythmique hypnotique de guitare et percussions, évoquant le Blues touareg, du second titre « Rumeurs » nous attrape dans une tourne entêtante, avant que la douceur et la délicatesse du troisième « Te souviens tu ? » nous apaise, au velours de la chaleur boisée d’une clarinette qui accompagne en proximité le questionnement nostalgique et ouvert à la fois sur des perspectives d’horizons. Puis le titre « Les Grands Chevaux » nous plonge vertigineusement dans un galop haletant, où les mots, sans même avoir besoin de les décrire, dessinent de grands espaces lointains, venteux et soufflés de tempêtes de sable. On peut y trouver une résonance, comme un écho, de l’album de Noir Désir, « Des visages et des figures », sans toutefois que le titre n’y indique de référence explicite. Il ne s’agit peut-être donc que d’une sensation arbitraire personnelle, mais la chanson m’évoque fortement des pulsions et émotions ressenties à l’écoute de l’ultime album du groupe bordelais.

Sensation arbitraire toujours, le cinquième morceau « Barème » frappe tout d’abord par des harmonies vocales ludiques et un certains jeu Jazz qui rappelle l’art et la manière espiègle qu’avait Belle du Berry (Paris Combo) de nous accrocher. Croire l’entendre, même de façon fugace, dans la voix de Muriel Erdödy enfante une joie attendrie. Mais le titre révèle encore une dimension plus surprenante, lorsque le chant s’enfle et se renforce d’un peu plus de violence et de démence jusqu’à immanquablement évoquer Catherine Ringer, et redescend dans la théâtralité d’une diction qu’on attribuerait volontiers à Juliette, le Blues syncopé et percussif donnant une puissance d’impact particulière au sarcasme du texte

« Il vaut mieux taire tes états d’âme.
Vois tu les temps sont exécrables
Il y a un barème sur l’échelle du malheur.
Le tiens ne prend pas assez de hauteur. ».

L’album s’achève sur « Le parfum », qui, sous de faux airs mélancoliques et avec de vraies essences bucoliques, sonne comme un hymne à la renaissance, au renouveau, une fois la douleur d’un deuil, d’un amour, d’une histoire, apaisée, et la sérénité (re)venue.

« C’est un parfum d’été au bord d’une rivière.
Une brise odorante adoucissant la pierre.
Une histoire végétale, qui embrase la plaine.
Un parfum de victoire sur la tristesse vaine. « 

Ici encore passe dans la voix de Muriel Erdödy, comme un effluve de la grâce enchanteresse de Belle du Berry (« Sous la lune »).

Interprétations toute subjective de ma part, tant il est hasardeux de présumer des intentions des artistes et de spéculer sur les références qui ont pu les inspirer. Mais cela ne participe-t-il pas à la magie d’une chanson ou d’un disque, de laisser à chaque auditeur l’espace et la liberté d’y entendre ce qui y est, et aussi ce qu’il y projette de lui-même, de sa propre histoire, de ses propres gouts, de sa propre imagination? C’est avec cette complexité qu’on aime les artistes, à la rencontre non manquée du don d’eux-mêmes et de notre réceptivité et capacité à l’accueillir. L’EP d’Erdöwsky est au rendez-vous.

La tentation serait immense d’affirmer que quelques chansons supplémentaires auraient été appréciées et que l’album est trop court, s’il ne présentait pas cette faculté de pouvoir tourner en boucle indéfiniment sans qu’on s’aperçoive ou à peine de la répétition des titres, tant la diversité des reliefs et la multiplicités des angles par lesquels on en aborde les paysages procurent un sentiment d’inouï et donne l’impression d’y découvrir à chaque écoute de nouvelles chansons.  

« Rumeurs » d’Erdöwsky est disponible sur bancamp:

https://erdowsky.bandcamp.com/album/rumeurs?fbclid=IwAR0jMjxL9E-WaWfZsaYLry42PUyRTripI4WLUzvGqYsiwnwE-Hzynhb9isI

Et directement auprès du groupe.

Liens : site : https://www.erdowsky.com/

Facebook : https://www.facebook.com/erdowsky/

Miren Funke

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