Charlie Hebdo : l’expression de la liberté

13 Oct

« Charlie Hebdo – 50 ans de liberté d’expression » vient de sortir aux éditions Les Echappés et c’est un monstre.

Un monstre de pages, plus de 320. Un monstre de taille, ne se casant dans aucune bibliothèque réglementaire. Un monstre de poids. Sérieux il pèse lourd. On ne sait comment le tenir. Je me suis mise sur mon canapé, mon bureau. Je l’ai posé sur mes genoux ou sur ma table basse. Bref, ce bouquin fait chier comme Charlie Hebdo fait chier depuis 50 ans. Ce livre est un bonheur.

J’entends déjà râler les mauvais coucheurs. D’où Riss se permet-il de s’approprier le Charlie de Cavanna et Choron ? La période 1970/1981, ça c’était l’esprit Charlie ! Rien de comparable avec l’hebdo qui redémarre en 1992 avec Philippe Val… Oui, ben moi en 1981, j’avais 12 ans et mes parents votaient Giscard. Donc aucun risque de tomber sur l’esprit Charlie à la maison. Mais on s’en fout des mauvais coucheurs. Car ce bouquin, au contraire, est pour ceux qui ne savent pas ce qu’a été Charlie durant ces décennies. Moi la première, j’avoue, je ne connais pas si bien ce journal. Car si je l’aime, on ne peut pas dire que j’ai été une fidèle lectrice. Pas souvent la thune pour l’acheter. Que ce soit dans les années 1990, 2000 ou aujourd’hui, je le prends en fonction des sous que j’ai. Ou pas.

Qu’on soit d’accord ou non avec la ligne éditoriale, qu’on aime ou non le rédacteur en chef ou les dessinateurs en fonction des époques, Charlie Hebdo c’est bien 50 ans de liberté d’expression. Point.

La mise en perspective des dates et des événements égrenés dans ces pages en est la preuve. Le livre est découpé par thèmes, il n’est pas chronologique. On y parle censure, presse, publicité, kiosquiers, plaintes, justice, dessinateurs, engueulades et départs, polémiques, blasphème et attentats. Enfin on y parle… non. Le livre offre simplement, sans commentaires superflus, à lire ou relire les articles de Charlie concernant chaque sujet. Donne à voir ou à revoir les dessins publiés. Aussi les articles d’autres journaux, les arrêtés du ministère de l’Intérieur, des courriers, des mails de soutien ou des menaces. À des dates différentes on revisite le cœur et les obsessions de l’hebdo. 1992 croise 1972 qui répond à 2003. La mise en perspective est parfois violente. On ne cache pas non plus sous le tapis le départ de Delfeil de Ton, de Siné, celui de Val ou le procès de Patrick Font. Les articles sont là, dans leur jus. Bruts. À nous de réfléchir, d’analyser, de prendre le recul. Tout comme avec le « Charlie va-t-il trop loin ? » À nous de juger à la lumière des archives… Il y a eu des procès. Il y en a encore, aujourd’hui même. De cet avocat qui n’a pas aimé être traité « d’endive moite », les associations catholiques, l’extrême-droite… Puis l’islamisme radical qui pointe son nez. Val ouvertement menacé dès 1994. Il y a un quart de siècle. Bien avant les caricatures de Mahomet en 2006 (et un nouveau procès) bien avant l’incendie des locaux en 2011. Bien avant le 7 janvier 2015. Bien avant les nouvelles menaces par Al-Qaïda en 2020.



Je n’ai pas terminé « Charlie Hebdo – 50 ans de liberté d’expression ». Il est gargantuesque. Les dessins, les marrades, les pleurs, les désaccords, les batailles communes débordent de toutes parts.
Ça saute aux yeux. Ou parfois il faut une loupe pour ne pas manquer le moindre mot, le moindre petit Mickey. Je vous l’ai dit c’est un monstre. Un monstre de vie, d’opinions, de combats politiques, d’avis convergents ou non. Ce livre bouillonne, fourmille, raisonne et déraisonne mais donne à comprendre ce qu’est la liberté d’expression.

Jusqu’à cette dernière double-page : « 1276 ème réunion de rédac : et c’est pas fini! » croquée par Coco. On y découvre les dessinateurs, chroniqueurs, journalistes, en train de discuter autour de la table. On y voit aussi un chien, du café, du tricot, des chaussures à clous ou une bague d’indien. En la lisant, je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux dernières pages d’« Indélébiles » de Luz. Celles où le dessinateur revient chez Charlie, un jour de bouclage. Et retrouve autour d’une autre table les membres de cette rédaction décimée un putain de matin de janvier 2015. Tous là. Vivants.

Libres.

« Charlie Hebdo – 50 ans de liberté d’expression » éditions les Echappés. 328 pages. 39 euros.

Fabienne Desseux

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