Festival Musicalarue 2019 : entretien avec Boulevard des Airs

23 Avr

 

Également présent au festival Musicalarue, le groupe Boulevard des Airs occupait la grande scène des Sarmouneys au soir du 18 aout 2019, devant une foule immense. Concert qui illustre le double intérêt que représente la participation à l’évènement de têtes d’affiche à large public : outre le fait de permettre de rester en cohérence avec une volonté défendre l’éclectisme artistique en proposant une programmation très variée, la présence d’artistes de grande notoriété attire un public plus massif qui en profite pour s’intéresser à des artistes moins célèbres ou anonymes, et permet du même coup, de dégager un budget que Musicalarue réinvestit pour mieux s’impliquer dans le soutien d’artistes auxquels d’autres programmateurs refusent la possibilité de s’exprimer, les jugeant non encore assez rentables. Depuis son premier album « Paris-Buenos Aires » sorti en 2011, et le succès populaire immédiat rencontré avec des compositions festives allant puiser dans les musiques folkloriques étrangères et des instrumentalisations cuivrées aux accents de fanfare des rues un air d’alter-mondialisme, le groupe tarbais a fait son chemin, album après album, en s’aventurant à visiter des univers dispersés, plus qu’en creusant un sillon qui aurait pu continuer à faire recette, au risque d’en devenir une. La réorientation musicale qui conduit l’album « Je me dis que toi aussi » (2018) à recentrer la proposition de Boulevard des Airs sur la veine d’une Chanson variété française très actuelle, moins orchestrée, mais qui ne s’interdit pas de jouer avec l’électronique, renouvelle les sources d’inspiration du groupe, et modifie la couleur de ses compositions, sans en altérer la qualité, ni trahir la démarche de la formation, puisque Boulevard des Airs était et semble rester avant tout une bande de copains qui font des chansons, et que le public ne renie pas, à en juger par la festivité vibratoire qui le tint durant tout le concert. Quelques heures auparavant, les deux chanteurs du groupe, Sylvain Duthu et Florent Dasque, nous accordaient un entretien.

 

– Messieurs bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Votre musique a évolué depuis les débuts où une orchestration festive donnait des allures et des couleurs de fanfare folklorique de rue, vers une chanson plus épurée qu’on qualifierait plus de variété. Est-ce du à une volonté de recentrage de votre part sur la musique que vous vouliez exprimer ou peut-être à des changements, des départs, des arrivées de musiciens et par conséquent des instruments à disposition pour composer ?

– Sylvain : C’est le mélange des deux. C’est vrai que de par notre premier album, nous avons été considérés comme des gens extrêmement festifs ; et comme tu peux le voir, ça ne nous ressemble pas. On nous imagine danser avec une cravate sur la tronche, sur une table, alors que nous sommes extrêmement timides et réservés. Il y avait ce décalage. Donc on s’est recentrés sur ce qu’on voulait faire, ce qu’on aime écouter, ce qu’on aurait aimé jouer. On a mélangé nos influences vraiment. Mais à l’époque du début, on n’a pas menti non plus. C’est aussi qu’on a vachement évolué, nous-mêmes, en tant que personnalités individuelles. Ceci dit il est vrai que sur ce premier album, il y avait deux membres en plus, la saxophoniste et le trompettiste, et qui ensuite n’ont pas pris part à la composition, ce qui explique qu’il y ait moins de cuivres. On voulait composer avec les membres qui étaient là. Il n’était pas question d’organiser un casting pour recruter un autre trompettiste, alors que Manu est irremplaçable, et pareil pour Melissa. On a donc composé avec les forces vives qui étaient là.

 

– La chanson française prend-elle une plus grande part d’influence sur vos gouts ?

– Sylvain : Oui, pour ma part, j’écoute beaucoup de Rap, mais Brassens était mon premier auteur. Quand j’étais petit, j’écoutais ce qu’écoutaient mes parents, et donc beaucoup de variété française, et puis j’écoute beaucoup de chanson comme Debout Sur Le Zinc et les Ogres de Barback, et du Rap comme Orelsan ou IAM, mais toujours des mots en français en tous cas, et toujours complété du travail musical et orchestral des gars avec les productions.

 

– En quoi l’observation auditive du travail du son d’autres artistes contemporains, de ce que vous pouvez écouter actuellement influence votre propre travail ?

– Florent : Je n’en sais rien, en tous cas pas plus que des écoutes spotify, ou des choses improbables qu’on peut écouter parfois. Je suis très « playlist », Jérémie Janot avec qui on compose et on arrange aussi, et parfois c’est un truc de Salsa qui va nous donner une idée, parfois un truc folklorique ou du Rap américain. On n’écoute pas du tout la radio en revanche. Donc on n’est pas vraiment influencés par ce qui y passe, même si on connait, car ce sont toujours un peu les mêmes gens qu’on retrouve sur les plateaux télévisuels.

– Sylvain : On écoute quand même beaucoup de musiques, mais des disques, des playlist. Par exemple dans ma bagnole, la radio est pétée depuis trois ou quatre ans. Il y a plein de podcasts intéressants sur le web.

 

– A l’instar d’autres artistes à large public, vous attirez vers votre musique un auditoire d’âges et aussi d’origines socioculturelles, voire de convictions politiques, très varié. Est-ce une surprise pour vous ?

– Florent : Il y a toujours eu. Au début déjà le public était super large, parce que la musique était déjà cette espèce de montagne russe de styles. Au journaliste qui arrivera à mettre un nom ou une étiquette sur Boulevard des Airs, bon courage ! On a essayé… Au tout début je me souviens qu’on nous demandait toujours de décliner notre style, car sur les festivals on aime bien indiquer le style d’un groupe. Un coup c’était de la Pop, un coup de la Chanson, un coup du Rock : on a eu droit à tous les trucs. On a laissé tomber ce truc là. Par contre le public est toujours venu multi générationnel : il y a toujours eu des enfants, des parents, des grands-parents. Chacun vient voir des choses différentes peut-être. Cela nous fait super plaisir d’arriver à rassembler comme ça autant de gens.

– Sylvain : C’est notre fierté de rassembler tous ces gens là. On échange beaucoup avec eux. Quand tu as une mamie et un enfant, visuellement la différence se voit. Mais pas forcément en termes de profils sociologiques. Il faut parler avec les gens pour savoir d’où ils viennent. Et ça n’a rien à voir.

– Florent : Parce nous-mêmes sommes différents aussi. On est sept gars, on est complètements différents, on n’a pas les mêmes familles, on n’a pas fait les mêmes études. Peut-être que pour les gens, ça transpire un peu. C’est dur pour nous d’analyser l’intérieur, mais ça doit peut-être transpirer et les gens se retrouvent sans doute un peu là dedans.

 

– D’autant que les thématiques évoquées dans vos chansons expriment aussi des convictions et des valeurs, sinon un engagement politique, dont on s’attend à ce qu’elles correspondent à des aspirations « de gauche » et parlent donc plutôt à un public qui y est sensible. Or on constate que ce n’est pas forcément toujours le cas. Est-ce incompréhensible selon vous ?

– Sylvain : Non, je ne pense pas. Peut-être que les gens qui ne partagent pas ces valeurs vont pouvoir aimer le groupe quand même, mais peut-être pas aimer toutes les chansons. Un climato sceptique va peut-être détester dans le dernier album « Tout s’effondre » ; un facho va peut-être détester « Asile » sur le premier album. Je pense qu’il y a des gens avec qui on ne boirait pas un coup, et qui sont quand même présents aux concerts. Et c’est très intéressant comme idée.

– Florent : C’est sûr qu’il y en a ; on a même bu des coups avec eux !

– Sylvain : Ça t’apprend des choses. A priori tu ne voudrais pas qu’il y ait un mec avec qui tu n’es pas du tout d’accord qui vienne à tes concerts. Mais enfin après tout pourquoi ? Tu ne vas quand même pas sélectionner ton public. On fait des chansons qui nous touchent, qu’elles soient d’amour ou à thème politique, économique ou social. Il y en a eu ; il y en aura. Après les gens font leur cuisine. Tout le monde est bienvenu. On a toujours un espoir de par tout ce que l’on transmet, et pas forcément par le texte -je ne pense pas qu’avec un court argumentaire on arrive à faire changer d’avis quelqu’un-, mais par notre manière d’être, de faire changer quelqu’un.

 

– Et ce soir, qu’avez-vous envie de voir sur la programmation ?

– Sylvain : Didier Super. Et puis on sait que tous ceux du Collectif 13, Mouss et Hakim sont là. Et il y a beaucoup de choses, peut-être moins identifiées, en tous cas avec moins de notoriété -je pense aux arts de rue- qui nous réservent des surprises magnifiques. Musicalarue, c’est fait pour ça. C’est pour ça que les gens viennent avant d’avoir la programmation ; ils ne se gourent pas. Ce qui est important c’est de découvrir tout ce qui se passe. Et aussi sur la grande scène et sur les plus petites, et souvent ce qui se passe sur la grande scène permet de financer les plus petites. Et ça, c’est cool. 

 

 

 

Miren Funke

photos : Carolyn C. (1 ; 2 ; 4 ; 9), Océane Agoutborde (5 ; 6 ; 7 ; 8), Ray Flex (3 ; 10 ; 11)

Liens : https://bda-boulevarddesairs.com/#

https://www.facebook.com/boulevarddesairs/

 

 

 

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