Festival Musicalarue 2019 : rencontre avec Blackbird Hill

4 Avr

 

Si Musicalarue nous donne toujours l’occasion de retrouver des interprètes de la chanson francophone, des poètes au regard lumineux et avide ou à l’humour nécessaire (Didier Super), des militants du verbe juste et de l’imagination fertile, le festival persévère et persiste dans son œuvre éclectique et par moments pionnière de proposer des découvertes inattendues, des chocs d’émotions, de l’enivrement aux effluves d’essences créatrices parvenues d’horizons lointains et mystérieux. Trouble de la perception et confusion du discernement qui fait lâcher prise à l’esprit lorsqu’une musique s’adresse au sens intuitif et lui parle un langage qu’il comprend sans en analyser le propos intellectuellement. La sensation déroutante pouvait vous envahir tard dans la soirée du 17 aout, lors du concert de Blackbird Hill. Vos pas écartés loin des chemins familiers et hors des terrains favoris, les compositions du groupe les entrainaient inexorablement vers des espaces vastes et peu connus.

A l’instar des Inspector Cluzo [Lire ici] et Persepolis [Lire ici] que nous avions rencontrés ici même les années précédentes, ou encore de Golden Gasoline [ici], le duo bordelais guitare-batterie s’aventure à la chevauchée d’un Rock essentiel, irrigué d’influences blues et folk, au fondement d’une expression musicale à la fois épurée et sophistiquée, qui, en disant peu de choses, en fait entendre et ressentir en réalité beaucoup plus. Les morceaux du groupes ne manquent pourtant pas de texte ; néanmoins c’est sans chercher à les écouter scrupuleusement qu’on en ressent comme instinctivement l’intention. Il fallut donc trouver un moment pour rencontrer les deux membres de ce jeune groupe qui, après la sortie récente de son album « Razzle Dazzle » devait se lancer sur les routes pour une tournée (voir sur le site pour report des dates).

 

 

– Messieurs bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Pouvez-vous présenter votre groupe ?

– Théo : Blackbird Hill est un duo guitare-batterie. Je joue de la guitare et chante, et Max est à la batterie. On existe sous cette forme depuis l’année dernière. Le projet est né en 2012-2013, mais j’étais batteur du groupe et il y avait quelqu’un d’autre à ma place. En gros on fait du rock teinté de Blues.          

 

– Intuitivement d’un premier abord, votre musique évoque de grands espaces géographiques, une atmosphère de Far West. Cela exprime-t-il un désir de faire voyager au lointain ou plutôt esquisse-t-il un climat introspectif, ou les deux à la fois ?

– Théo : Exactement ça ! C’est un mélange des deux. On fait souvent des parallèles entre des émotions ou des expériences et ce qui se passe dans la nature, pas forcément la nature qu’on voit tous les jours, mais des grands espaces dans le monde entier. On espère que notre musique vient de là ; en tous cas c’est ce qui nous inspire.

– Max : Il y a une dimension imaginaire, d’une Amérique un peu rêvée. C’est marrant, parce qu’en avril on a joué à Rock et Chanson, et des enfants d’une classe qui étaient venus découvrir le lieu, sont passés dans la salle de concert pendant nos balances, et les animateurs leur ont demandé à quoi faisait penser notre musique, ce que ça leur évoquait. Beaucoup ont répondu des grands espaces, des déserts, des balades à cheval, une cascade. Donc en fait ça exprime bien ça.

– Théo : Un mélange entre Easy Rider et de vieux westerns. Ça leur rappelait tout ça, et tant mieux !

 

– Et la littérature de la Beat Generation vous a-t-elle inspirés ?

– Théo : Oui, Jack Kerouac, effectivement. Et en ce moment je lis beaucoup Jack London. Cette littérature m’inspire. Pas mal les films de western aussi.

 

– Le groupe Golden Gasoline, qui possède en commun avec vous des orientations musicales et le fait d’être un duo instrumental guitare-batterie nous expliquait exprimer à travers la musique comme de petits scenarii, la musique faisant naitre des images d’action. Concevez-vous aussi votre musique comme une bande son de film ?

– Théo : Carrément ! il y a un truc tout bête quand on est en train d’écrire une chanson, et qu’on commence à voir un peu la gueule qu’elle a, on se dit qu’elle irait pas mal sur une scène de poursuite de voitures dans le désert ou d’autres scènes ; on imagine des trucs.

– Max : Que ce soit pour nous ou le public, ça doit évoquer des images, développer des scènes.

– Théo : Je n’en ai pas parlé, mais je pense que ça fait partie de nos critères : il faut que ça évoque une image, une scène, une ambiance.

 

– La principale problématique à laquelle on se heurte, lorsqu’on joue du rock, sans basse, est l’absence sonore de cet instrument. Comment y palliez-vous ? Par un recours à des effets sonores ?

– Théo : Non, ça passe beaucoup par des temps de recherche et de travail à la maison, avec effectivement des pédales et des façons de se brancher sur plein de matériel. Et ensuite on passe quand même pas mal de temps tous les deux à essayer d’arranger nos chansons pour que ça marche. On utilise beaucoup la nuance, la variation de couleurs, de textures et de puissance dans une chanson, histoire de ne jamais installer quelque chose, ne jamais lasser. On essaye de varier beaucoup les univers dans une même chanson. Pour combler l’absence de basse, en fait, c’est très simple : j’accorde ma guitare très grave, c’est-à-dire que par rapport à une guitare standard qui va être accordée en Mi, je m’accorde soit en Do soit en Si avec ma guitare barytone. Il suffit donc déjà de donner à une guitare accordée ainsi la possibilité de faire suffisamment de basses, parfois aussi en utilisant un ampli basse sur scène.

 

– Vous sentez-vous comme faire partie d’une famille, en tous cas en proximité, avec la démarche de formations blues rock de duo basse-batterie comme The Inspector Cluzo, Persepolis, pour ne citer que les locaux ?

– Théo : J’ai découvert The Inspector Cluzo, parce qu’il y avait des gens du public qui m’en parlaient. L’idée de former un duo venait pour moi directement de la période où j’écoutais beaucoup The White Stripes ou The Black Keys, à leurs débuts lorsqu’ils étaient vraiment des formations guitare-batterie. A l’époque je me demandais comment on peut former un groupe uniquement à deux personnes, et j’ai bidouillé des trucs sur plein d’amplis, et c’est ainsi que je me suis rendu compte qu’on pouvait faire un gros son de guitare, et n’être que deux dans un groupe et réussir quand même à exprimer beaucoup.

– Max : C’est marrant que tu en parles, car Persepolis est un groupe qui fait aussi partie du même catalogue bordelais que nous, Lagon Noir, une structure d’accompagnement et de booking sur Bordeaux, et Ophélie qui est notre manageuse et bookeuse s’occupe aussi de Persepolis. Il y a donc forcément un réseau qui se créé, avec I Am Stramgram, Sweet Like An Ape! Qui font partie de la même famille.

 

– Votre langue de prédilection est aussi l’Anglais, comme eux. Pourquoi ?

– Théo : Tout ce que j’écris pour Blackbird Hill, je l’imagine en Anglais. J’ai baigné dans le rock, et les films américains, et c’est majoritairement en anglais. Et puis c’est la langue du blues tel qu’on le connait aujourd’hui tout simplement. Pour nous c’est une manière de ne pas être la personne qu’on est tous les jours. Si on devait tout faire en français, je pense qu’on s’échapperait un peu moins de notre quotidien, et par conséquent le public aussi.

-Max : Et puis il y a quelque chose qui diffère au niveau des sonorités ; c’est une langue plus rythmique, plus percussive.

-Théo : J’ai l’impression parfois de pouvoir exprimer quelque chose de concentré. Avec l’anglais tu peux dire en trois mots quelque chose qu’il va peut-être te prendre plusieurs phrases pour expliquer en français. Donc pour le moment on chante exclusivement en anglais ; il y aura cependant une phrase en français sur le prochain album, bien cachée, glissée au milieu d’un titre.

 

– Comment se passent les tournées et les rencontres du public avec votre musique ?

– Théo : On a fait pas mal de dates dans la région, mais aussi par ci par là en France. Ça nous est arrivé plusieurs fois de prendre la voiture pour monter au dessus de Paris cet été. Au mois d’avril, nous avons fait une tournée d’une semaine en Italie. Là c’est un de nos derniers festivals de l’été, puisque après on aura une période de repos, qui ne sera pas vraiment du repos, car en fait on a un disque à préparer. On a finit d’enregistrer un album qui sortira en début d’année prochaine. Et donc on a tout un travail de préparation de sortie du disque à faire. Quand tu autoproduis tes disques, ce qui est notre cas, il y a beaucoup de travail à faire, et pas que de promotion, des choses à faire derrière un ordinateur. L’hiver va donc nous servir à ça, mais pas que, puisqu’on aura la chance de à La Boule Noire à Paris, fin novembre. Mais ce temps mort nous permet aussi de construire une tournée pour présenter le disque qui s’effectuera dès sa sortie.

 

 

Miren Funke

Photos : Carolyn (à Musicalarue Luxey, et au Krakatoa de Mérignac) ; Fabien Espinasse

 

Lien : https://blackbirdhill.fr/

https://www.facebook.com/duoBlackbirdHill/

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