Archive | avril, 2020

La symphonie des baltringues

30 Avr

Préambule en forme de synthèse

En essayant de relier la chanson à notre vie politique , et quotidienne, il m’était venu plusieurs propositions, avec les titres suivants, selon le moment, hier, aujourd’hui, demain ?

  • Le carnaval des pinocchios

  • La symphonie des baltringues

  • Le terminus des paltoquets …

Voici donc quelques propositions assez rigolotes,

 

 

 

Ça,  c’était il y a plus de 40 ans … Est-ce que les temps ont changé ? 

 

                                                        ou pas …

 

Norbert Gabriel

Tronches de vies 

27 Avr

Côté culture, durant ces semaines de confinement, je n’ai pas eu beaucoup d’opportunités de faire chauffer ma carte bleue. J’ai quand même décidé de m’offrir une BD aux Éditions Lapin qui continuent de faire vivre leur petit commerce –  vaille que vaille, loin d’Amazon –  malgré le temps à l’orage.

Si j’ai opté pour « Tronches de vies » de la dessinatrice Soph’ ce n’est pas par hasard. Il y a quelques semaines, ma route virtuelle a croisé la sienne sur les réseaux sociaux et on a un peu discutaillé. Alors, comme je suis gentille, j’ai acheté son ouvrage. Pour voir… Le risque, dans ce cas-là, étant que je me retrouve déçue de cet achat fait par sympathie. Et que je sois obligée de louvoyer en disant « si, si, c’est vachement bien » alors qu’en vérité je trouve le résultat moyen-moyen, voire pire.

Sauf que « Tronches de vies », si si, c’est vachement bien.

Ah ben franchement, c’est drôle ! J’ai même éclaté de rire à la lecture d’une ou deux planches ce qui, en bande dessinée, ne m’était pas arrivée depuis un temps que les moins de vingt  ans ne peuvent pas connaître.

Alors attention, faut apprécier l’humour bête et méchant. Parce que ses personnages, Sonia, Robert ou Josiane, c’est pas le haut du panier ! Ils ont le cerveau en goguette, la matière grise en roue libre. Mais c’est pour ça qu’on les kiffe. Ils ont tendance à traîner un peu trop sur internet et dans les bars. Ils parlent beaucoup de cul, de leurs couples et de leurs gosses. Ils ont aussi une opinion concernant l’éducation, Vincent Lambert, la voyance avec des asperges, Houellebecq, la sodomie, les sondages, le maquillage vaginal, et l’écologie.

Une planche, une histoire, une vanne. C’est cash, c’est court, c’est percutant.

Cela s’explique parce que Soph’ fait aussi dans le dessin de presse. Elle sévit chez Mazette, magazine numérique, satirique et écologique. C’est cet esprit de concision et de tir au but qu’on retrouve dans « Tronches de vies ». La dessinatrice pousse loin le bouchon de notre connerie et de celle des autres. Les deux pieds bien ancrés dans l’actualité, elle n’hésite pas à mettre son nez partout même – et surtout – si ça ne sent pas bon.

Rire d’un humour grinçant est, pour moi, toujours un plaisir. Rire d’un humour qui ne s’embarrasse pas de pincettes et que certains trouvent de mauvais goût, aussi. Dans une époque où le masque est de rigueur, Soph’ ne se cache pas.

Elle y va frontalement et c’est ça qu’est bon !

Page FB Soph’ c’est là-bas  —–> clic sur le nez

ou bien sur ce que vous voulez…

« Tronches de vies » Éditions Lapin 111 pages 14 euros

 

Fabienne Desseux

Festival Musicalarue 2019 : entretien avec la Compagnie Dérézo

26 Avr

 

Avec une programmation très variée en termes de genres musicaux, de dimension populaire d’artistes, et même de disciplines artistiques, les alternatifs et presque anonymes y côtoyant des célébrités, les locaux des internationaux, Musicalarue est jusqu’ici parvenu à rester un des rares exemples festivaliers à connaitre une fréquentation égale aux gros évènements industriels et commerciaux, tout en demeurant fidèle à l’esprit des débuts et à l’engagement éthique d’un petit village transformé pour quelques jours en planète artistique chaleureuse vouée aux spectacles, qui respire la proximité humaine, la curiosité des découvertes et le sens du partage. Si plusieurs scènes de différentes tailles offrent la possibilité d’accès en un même lieu à cette grande variété artistique, les rues du village ne sont pas en reste pour accueillir les représentations, récurrentes ou permanentes sur toute la durée du festival, d’artistes de rue, qu’ils soient musicaux, circassiens ou théâtreux. L’idée étant de permettre à ces disciplines de toucher un public qui n’aurait peut-être pas entrepris la démarche d’y venir de lui-même, Musicalarue, en créant ces rencontres et la possibilité de chocs émotionnels inattendus, a su construire un pont entre des univers éloignés, et  surtout les gens peuplant ces univers. Et on ne peut que souhaiter qu’une telle conscience persiste et continue de nous enrichir tous, particulièrement à l’heure où nombre de festivals et associations artistiques et culturelles, et les acteurs et travailleurs du secteur, voient leur existence menacée du fait des conséquences économiques du confinement. C’est pourquoi nous avons choisit de clore cette série d’entretiens réalisés lors de la dernière édition de Musicalarue par un éclairage sur la compagnie de théâtre Dérézo, qui planta durant trois jours un spectacle interactif décalé et enchanteur auquel le public participa avec enthousiasme pour y vivre un voyage poétique. Basée à Brest (Recouvrance), où elle gère la Chapelle Dérézo, lieu de résidence solidaire impliqué dans un réseau soutenant les projets des artistes et leur offrant un appui vital, la compagnie Dérézo présentait ici une création originale, « La plus petite fête foraine du monde », qui séduit irrésistiblement et durablement celles et ceux, venus s’engouffrer dans l’aventure qu’elle leur proposait. Mais laissons à une de ses membres, Louise Vignault, le soin de nous raconter plus en détail de l’histoire artistique, éthique et humaine de la compagnie, et les valeurs qui animent sa démarche.

 

– Bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Pouvez-vous présenter votre compagnie ?

Nous sommes la Compagnie Dérézo, qui est basée à Brest depuis bientôt vingt ans. Le metteur en scène s’appelle Charlie Windelschmidt. Nous faisons donc des spectacles de rues et aussi en salle. Pour nous, c’est important d’être placés sur ces deux réseaux, pour fréquenter des lieux différents et surtout amener les publics à des endroits auxquels ils ne s’attendent pas. Nous avons des spectacles qui convoquent le public, parfois à neuf heures du matin, parfois dans des conditions comme ici, où le public ne sait pas si c’est un spectacle, un dispositif, une fête foraine, une attraction. Déstabiliser le public est un truc qui nous plait.

 

– C’est précisément ce que fait le projet que vous présentez ici, et dont on a d’ailleurs du mal à identifier la nature exacte. Comment le définiriez-vous ?

Ici nous sommes donc venus avec un dispositif artistique qui s’appelle « La plus petite fête foraine du monde ». C’est une création qui date du mois de mars, à La Rochelle, mais qui a connu plusieurs résidences, dont une à Luxey. C’était donc logique pour nous de revenir avec. Car à partir du moment où on avait fait une résidence ici, et on y avait été acceptés, il était établi qu’on reviendrait montrer le spectacle abouti. C’est donc un partenariat très fort entre Musicalarue et nous, car nous avons joué cela au début, à l’époque où nous n’avions encore pas de décors, pas de costume, très peu de texte, et nous ne savions pas du tout ce que ça allait donner. Et nous revenons enfin avec ce dispositif qui a tourné une quarantaine de fois, très contents d’en présenter cette forme aboutie. Le dispositif est une fête foraine théâtrale, avec sept attractions différentes. Le public est invité à déambuler à travers cette fête, ses couleurs, ses bruits, de grandes flammes rouges et jaunes. Et lorsqu’il décide de s’approcher d’une attraction, il y rentre pour un voyage de trois minutes de théâtre, trois minutes de poésie avec des textes d’un poète contemporain qui s’appelle Charles Pennequin. Le spectateur met son casque et entre dans un univers de poésie contemporaine, de théâtre plus pointu, et en fait un univers complètement décalé par rapport à celui de fête foraine dans lequel il était juste précédemment. Puis au bout des trois minutes, il peut choisir de continuer l’aventure avec une nouvelle attraction, d’aller boire un verre et de revenir plus tard, ou de ne pas revenir : il est complètement libre de créer son propre spectacle à son rythme et comme il veut. L’idée est que le public se sente décalé, un peu déstabilisé, mais sans être effrayé évidemment, et d’amener du texte poétique tout en rigolant, parce que ça peut être familial, sous le soleil, en rigolant, et en même temps pointu.

 

– Avez-vous d’autres spectacles joués parallèlement ?

On a plusieurs spectacles qui tournent en même temps. Un deuxième qui s’appelle « Le petit déjeuner », un peu décalé aussi, où on convoque le public tôt le matin, par exemple vers neuf heures. Trente personnes autour d’un comptoir en bois, où deux comédiennes parlent du petit déjeuner, du réveil, de l’éveil, du rêve, et servent en même temps un vrai petit déjeuner. C’est un spectacle qui tourne très bien ; depuis 2016, nous en sommes à plus de deux cent représentations, et ça continue à tourner, en très petites jauges, mais deux fois dans la matinée. C’est justement le fait d’être peu nombreux qui permet cette intimité. Puis dès novembre nous avons une autre création, en grand plateau, car on aime bien alterner les deux, qui s’appelle « Alice de l’autre côté », adaptation du deuxième opus de Lewis Carroll « De l’autre côté du miroir ». Le spectacle sera présenté en novembre au Volcan, Scène Nationale du Havre. Ça nous permet de convoquer le public d’une manière encore différente, en intervenant à l’extérieur de la salle de théâtre avant le spectacle, avec une adaptation très actuelle grâce à un texte remanié par Charlie Windelschmidt. On en est tous ravis.

 

– Qu’est-ce qui diverge dans l’approche et la pratique du métier, selon la dimension du spectacle, le lieu où il est joué et le public auquel il est proposé ?

 –Ce n’est pas la même approche suivant le public et la dimension de la scène : le public n’est pas convoqué de la même façon. Mais nous ne catégorisons pas non plus « art de rue » ou « pas art de rue ». Il y a des spectacles comme « Le petit déjeuner » qui se jouent sur scène, et peut aussi se jouer dans la rue. Pour nous, ce ne sont pas deux mondes différents, et d’ailleurs c’est pour ça que nous faisons les deux. Mais bien sûr il y a des différences d’écoute, différentes façons de capter le public aussi. « La petite fête foraine » est une façon d’amener le public à se poser des questions sur le théâtre totalement différemment que ne le ferait un public qui va prendre une place de spectacle pour aller voir « Alice ».

 

– Et précisément dans le cadre d’un spectacle d’art de rue au sein d’un festival comme Musicalarue, avant tout musical qui draine un public venu voir, pour l’essentiel, des concerts, cela vous permet-il de capter un public, qui n’est peut-être pas coutumier des fréquentations théâtrales et passe là par hasard ?

Bien sûr! Et on aime bien cette idée de public qui est là par hasard. Dans ce festival, on est au carrefour de différents lieux de spectacles de rue, et pour beaucoup, souvent le public n’est pas venu pour nous voir, mais pour voir un spectacle qui est derrière nous, avant ou après nous, et il peut s’arrêter en passant entre deux spectacles. D’autant que comme il peut rester trois minutes, six minutes ou faire toutes les attractions, il dispose librement de son temps. On a aussi joué à Paris sur un marché, où le public pour le coup n’était pas un public, mais des gens faisant leur marché avec leurs cabas remplis de carottes ou autres légumes. On bloquait la route, donc les gens étaient bien obligés de passer par là et entrer dans la fête, mais en se disant « Pourquoi pas ? Trois minutes, ça ne met pas en retard ni en danger », et puis finalement certains sont restés trois heures.

 

– Avez-vous joué dans d’autres festivals ?

Cette année nous avons joué au festival de Grandville, à Fest’Art [Lire ici], Cognac aussi. On a enchainé quelques festivals, mais pas tous. Il faut en garder pour l’année prochaine !

 

– Les textes sont-ils imposés par votre metteur en scène ou la compagnie vit-elle une collectivisation du travail de création ?

La plupart du temps tous les comédiens ont une sorte d’écriture au plateau, à différents niveaux, selon les spectacles. Ce sera très surement fortement le cas pour « Alice », comme ce le fut pour « Le petit déjeuner », où les comédiens ont amené leur propre texte, même si Charlie avait émis une trame très précise. Sur « La plus petite fête foraine » ils ont fait leur sélection des textes de Charles Pennequin avec Charlie ; par contre chacune des séquences leur est personnelle, c’est-à-dire que les comédiens pouvant jouer dans chacune des attractions, le texte reste le même, mais leur interprétation leur est très personnelle. Le travail collectif est donc très important.

 

– Vous gérez également un lieu, servant de résidence, à Brest, dans et par lequel la compagnie s’implique et s’engage beaucoup dans l’entre-aide et le soutien aux artistes de théâtre. Pouvez-vous parler de cette « politique » ?

Oui ! La compagnie Dérézo gère également un lieu qui s’appelle La Chapelle Dérézo, à Recouvrance, quartier de Brest. C’est une ancienne chapelle qui a été désacralisée, et que la mairie nous loue. On y a installé un plateau, avec une installation technique son et lumières, légère, mais tout de même existante, et aussi un appartement qui nous permet d’y accueillir des compagnies. A la base ce lieu est le quartier général de la compagnie : c’est là qu’on travaille et qu’on crée les spectacles. Mais de plus en plus, c’est un moyen d’accueillir des compagnies d’un petit peu partout, même de l’international, qui peuvent donc dormir à l’appartement et travailler. On ne leur demande pas de nous présenter forcément quelque chose à la fin, mais de nous expliquer rapidement leur projet, mais sans obligation de rendu. Nous sommes une « compagnie amie », et proposons ça juste contre une participation aux frais de chauffage et électricité du lieu. Depuis peu nous participons également à la coopération « Nantes-Rennes-Brest, pour un itinéraire d’artistes », qui est une équipe de dix jeunes compagnies, sélectionnées par trois lieux : la Fabrique à Nantes [Lire ici], Au bout du Plongeoir à Rennes [Lire ici], et La Chapelle Dérézo à Brest. Ces compagnies peuvent aller travailler dans ces trois lieux là pour une année et être accompagnées par les équipes administratives des lieux. C’est en grande partie, parce qu’on s’est rendus compte que les compagnies bretonnes, et brestoises en particulier, sont tellement éloignées des lieux, des programmateurs aussi. C’est tellement difficile de faire venir les gens jusqu’à Brest pour un spectacle. Quand on est une jeune compagnie, la mobilité est très compliquée et coute très cher. Comme nous nous sommes nous-mêmes heurtés à ce problème, on a voulu faire en sorte que les autres puissent bénéficier de notre aide et d’appuis. Les compagnies peuvent donc travailler et faire chez nous des sortes de résidence pour rencontrer des professionnels, et tester leur projet face à un public, des scolaires aussi avec qui on a un partenariat. La Chapelle n’est pas du tout un lieu de représentations ; c’est vraiment pour aider à travailler son projet. Ceci dit, on essaye de faire venir les habitants du quartier de Recouvrance, qui est un quartier historique un peu particulier, qui a été longtemps un « quartier difficile ». Pour nous c’est important d’être impliqués sur le territoire ; nous faisons donc beaucoup d’actions avec différents acteurs du quartier, et des ateliers de théâtre ouverts à tout le monde sans aucune obligation de régularité ou d’engagement. Les gens peuvent toquer à la porte de La Chapelle, entrer, travailler quatre heures ou moins, et repartir, puis revenir ou pas.

 

– Mettez-vous l’accent sur une démarche d’art populaire, une volonté d’initier au théâtre un public qui n’a pas l’habitude de fréquenter cette discipline ?

Il y a une démarche de s’intégrer dans le territoire, et donc d’en accueillir tous les publics. L’idée n’est pas tant de faire venir ce public en particulier : nous pensons que ce public, il n’y a aucune raison qu’il ne vienne pas, si on lui propose des choses de qualité. Si on est honnête avec les gens, qu’on leur propose de juste d’ouvrir la porte pour voir, ils viendront.

 

Miren Funke

photos : Ray Flex, sauf 1, 2, 4, 7, 8, 9, et 10 (site de Dérézo)

Liens : https://www.derezo.com/

https://www.facebook.com/Compagnie-D%C3%A9r%C3%A9zo-448399415037/?tn-str=k*F

Sortie (et souscription-précommande) de l’album « Des larmes de couleur » d’Emmanuel Commenges : entretien avec l’artiste

23 Avr

C’est sous son nom propre que le chanteur du groupe Impala, Emmanuel Commenges, annonce la sortie imminente d’un nouvel album «Des larmes de couleur», que le public peut précommander, et à la production duquel il peut contribuer sur la plateforme de financement participatif Ulule en ligne ici . Si d’un premier abord, aucune réorientation musicale brutale n’est vraiment perceptible dans l’horizon de l’artiste, qui déjà avec Impala avait amorcé la création d’un univers assez atypique né d’une fusion personnelle qu’il fait des musiques du Monde et musiques expérimentales et du jazz qu’il a pratiqués, on entend s’y immiscer de plus en plus la chanson et le texte francophone pour façonner une Chanson française, sinon inédite, du moins originale, exotique, parfois même improbable, imprégnée d’un esprit improvisateur et innovateur. Esprit qui se retrouve à animer aussi l’écriture, plus attachée au sujet et à la quête d’une expressivité différente qu’au sens esthétique littéraire d’un classicisme poétique fidèle aux convenances. Peut-être est-ce en quoi le projet Impala aboutit à l’émergence de l’identité individuelle d’Emmanuel Commenges, et au désir d’assumer une créativité guidée par des choix plus personnels. Le sept titres à sortir, surprenant d’étrangeté, révèle, s’il en était besoin, un artiste alternatif œuvrant de toute son imagination à l’enrichissement de l’éclectisme musical de la Chanson Française et la découverte d’espaces encore peu ou pas explorés de sa galaxie. Il y a quelques jours Emmanuel Commenges acceptait de nous accorder un entretien.

 

– Emmanuel bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Comment se dessine la sortie de l’album prévue sous peu avec les impératifs de l’actualité?

– La date de sortie était initialement prévue le 15 mai, mais je vais sans doute la repousser. Il y avait un concert prévu au Théâtre l’Inox de l’association Bordeaux Chanson avec Matheo Langlois. Mais nous sommes dans le doute quant au maintien des dates. J’ai lancé un appel à souscription pour aider à financer le projet, et que les gens puissent acheter l’album en avance. Des concerts étaient prévus courant mai et juin, et même si le confinement aura cessé, il risque d’avoir des limitations quand même ; les gens n’auront peut-être pas envie de se mêler les uns aux autres tout de suite.

 

– Par rapport au groupe Impala sous le nom duquel tu te produisais jusque là, le fait que cet album sorte sous ton nom indique-t-il un changement d’entité ou de démarche ?

– C’est un peu la continuité. Au début j’avais monté ce groupe Impala avec des musiciens qui m’accompagnaient. Puis le groupe s’est arrêté et j’ai continué en solo, en m’accompagnant a piano et avec les boucles. Et j’ai pris le parti de continuer ce projet en le renommant avec mon nom civil, puisque le nom d’Impala était lié à l’idée que c’était un groupe au départ, avant que j’assume de porter moi-même ce projet. Assumer son nom et son visage est aussi un cheminement. Au début de mon parcours artistique j’ai beaucoup été dans des projets de création collective ; c’était pour moi une valeur importante, cette idée que ce n’était pas un ego qui s’affirmait, mais un partage, une mise en commun qui a été mon crédo pendant des années. Et puis j’ai peu à peu changé de perspective et ça m’a demandé une maturité différente, une capacité à assumer mon propos tout seul aussi que j’ai fini par acquérir avec le temps, jusqu’à ce que je me sente prêt au fil du temps à prendre mon propre nom et à affirmer plus l’univers que je proposais. Du coup dans cet album j’ai invité des musiciens, mais il était clair que c’était mon projet et mes chansons. Je leur donnais des directions, et bien sûr ils ont amené leur patte, mais pour m’accompagner.

 

– Qui sont-ils ?

– Xavier Duprat, le pianiste est plutôt un spécialiste de jazz, de funk, musiques groove. Et puis Luc Girardeau évolue plus dans les musiques orientales et Musiques du Monde. Chacun a amené son univers et sa façon d’appréhender ces chansons et ce qu’il y entendait. Mais malgré tout j’ai ardé la direction et j’ai donné l’esprit, l’atmosphère et l’intention des chansons. Je vais sans doute faire quelques concerts avec eux, mais aussi peut-être certains en solo. Les deux formules risquent d’exister, à voir comment ça va évoluer avec les concerts et la situation actuelle.

 

– Comment présenterais-tu le contenu de cet album ?

– Il y a sept titres. C’est un peu une formule intermédiaire entre l’EP et l’album. Ca correspond pour moi une phase où j’étais arrivé à terme de mûrir ce répertoire. Je suis entrain d’écrire de nouvelles chansons, mais ce sera pour un autre objet plus tard. L’enregistrement s’est déroulé autour de l’automne-hier 2019-2020, de ce répertoire que j’ai joué en solo et puis ensuite étoffé avec ces deux musiciens qui ont amené une autre dimension, et qui m’a nourri, puisque maintenant quand je le joue en solo, je le joue différemment, du fait d’avoir creusé cette matière avec eux. Cet album parle pas mal de la vie intérieure, des pensées qui nous traversent et se mélangent et amènent de la confusion, voire même une forme de folie, comme dans le titre « Radio intérieure », ou « Lounge bar » qui parle d’un personnage qui vit une espèce de solitude et de recherche de se connecter à ce qui l’entoure, de façon un peu trouble et confuse. Ça évoque les tableaux de Hopper, avec le mec tout seul accoudé au bar. Il y a aussi d’autres chansons qui évoquent des émotions plus intimistes comme « Des larmes de couleur », qui est aussi le titre de l’album, qui parle des photos, de la nostalgie qu’on ressent en voyant défiler les photos du passé. Et puis il y a toujours des chansons qui évoquent l’absurde, comme celle qui ouvre l’album et invite l’auditeur à patienter. Pour moi elle parle de tout ce qu’on ressent dans notre société où on est pris avec des langages pré-formatés face à des machines ou des répondeurs qui nous parlent et où on est toujours en train d’attendre qu’une vraie personne nous réponde, et elle parle en même temps de ce qu’on est en train d’attendre, dont on rêve, auquel on aspire plus profondément et qui vient plus difficilement. On est toujours en phase entre la superficialité des choses et la profondeur d’une aspiration intérieure qui est plus longue et difficile à se concrétiser. Ça créé un parallèle entre les répondeurs et la façon dont une aspiration existentielle est mise en attente par la vie. Et puis ouvrir l’album avec cette première chanson met l’auditeur dans la même situation, où il est invité à patienter avant d’avoir des choses un peu plus consistantes qui répondent à son aspiration quand il met un disque sur une platine. Je trouvais ça amusant de lui dire : « patiente un peu avant d’avoir ça ». Ensuite il y a la chanson « Chef indien » qui rentre un peu plus dans le vif du sujet au niveau de la musique avec un rythme ternaire et plus tribal qui évoque à la fois l’enfance et l’union avec la terre et la nature, la spiritualité aussi. Quant au thème de la chanson « Choisir » écrite par Julie Lagarrigue, c’est un thème qui revient souvent chez moi de l’angoisse de la difficulté à choisir à la fois un plat face au serveur qui attend la commande et aussi des tas de choses dans la vie. J’ai beaucoup aimé mettre en musique et chanter ce texte. La dernière chanson « Partir en voyage » ouvre vers d’autres horizons et renoue avec le sentiment amoureux et la façon dont dans le temps suspendu on est au présent et se projette aussi dans les rêves qu’on fait à deux, sur une musique un peu plus inspirée de Groove et de Soul et donc une note un peu moins atypique.

 

– Julie Lagarrigue, parlons-en, puisque c’est une artiste dont tu es proche et avec qui tu partages en tous cas une façon de faire ce métier. Qui est-elle pour toi ?

– On a des projets en commun. J’ai participé aux chœurs sur son album « Amours sorcières », et puis nous avons fait des co-plateaux ; j’ai fait sa première partie l’an dernier. C’est quelqu’un que j’aime beaucoup et avec qui je partage des expériences, puisque nous sommes tous les deux porteurs de notre propre projet, à écrire nos chansons, et gérer la barque avec tout ce qu’il y a à gérer quand on veut développer un projet artistique. Ce n’est pas qu’un boulot artistique, et donc on se soutient mutuellement et on échange nos expériences, comme on occupe un peu la même place. Elle m’a beaucoup soutenu depuis que je me suis lancé, puisqu’elle avait un peu plus de bouteille dans ce créneau de chanson française.

 

– On retrouve aussi chez toi un sens, sinon une quête de l’atypique, en tous cas un gout d’exprimer différemment, avec d’autres sons, d’autres atmosphères, la chanson. Par quel cheminement y parviens-tu ?

– Ce sont les musiques que j’aime et que j’ai envie de jouer et de composer. Je ne me dis pas que je vais chercher à faire quelque chose de différent et d’original. De fait le mélange d’influences créé une combinaison un peu atypique ; mais le désir à la base est d’aller dans les musiques que j’aime et qui me nourrissent. Le fait d’avoir une percussion orientale plutôt qu’une batterie apporte quelque chose de plus intime, plus subtil, qui recherche plus une expressivité que l’énergie.

 

– Julie nous racontait aussi comment, en sa qualité d’art-thérapeute, discipline qu’elle promeut d’autant plus avec l’ouverture récente de la MAATA (Maison des Arts et Art-Thérapeutes d’Aquitaine ici) à Bordeaux, elle rencontre des publics parfois plus sensibles et réceptifs à des musicalités différentes qui expriment un propos peut-être plus intuitivement qu’intellectuellement. Participes-tu aussi à ce genre d’expériences ?

– J’ai bossé avec eux pour faire chanter les séniors liés au centre ressource des Ehpad. Je mène aussi un projet dans un Ehpad de La Réole (33) : je réalise des portraits poétiques de personnes de l’Ehpad et les enregistre. Et je vais réaliser une exposition à l’ancienne prison de La Réole avec des montages sonores des entretiens que j’ai eus avec eux où je les amène à me parler de qui ils sont ; il y aura dans chaque cellule une installation avec la voix de la personne et une installation classique. Cette approche avec le travail social me nourrit aussi, puisque on s’adresse à des personnes qui n’ont pas forcément la chance de fréquenter des pratiques culturelles et artistiques très souvent. Et puis il y a une façon  d’être et d’échanger, avec des personnes attentes d’Alzheimer par exemple, qui parfois passe à travers les filtres habituels de la vie sociale, et qui rapproche de l’intention artistique où on cherche à dire des choses en dehors de ce qui est convenu dans les formes. Il y a eu un moment en Ehpad où je jouais de la clarinette basse dans les couloirs et j’ai fait un duo avec un patient qui s’est exprimé complètement avec sa voix et son corps, alors qu’il ne parlait pas. J’ai fait aussi un projet de montrer des performances et des court-métrages avec des traumatisés crâniens. J’adore trouver cette connexion avec des personnes qui passent à un autre niveau que la communication sociale habituelle. Quand quelque chose s’exprime en musique de plus improvisé, comme le rapport à la transe dans les musiques orientales ou africaines, qui va dans le sens du lâché-prise et d’une envolée autant physique que musicale, on communique autrement. Ca ne reste pas que dans le sens des mots. L’émotion vient bien sûr du sens des mots, mais aussi de quelque chose de physique contenu dans la musique.

 

– Tu as gouté à plusieurs genres musicaux, dont les influences s’entendent sur le disque, et vécu des vies artistiques « antérieures » avant d’arriver dans la chanson française. Quel a été ton parcours ?

– De mon côté j’ai un parcours un peu atypique, puisque j’ai été musicien de jazz au saxophone et à la clarinette basse, de Musiques du Monde, de musiques improvisées, donc des créneaux un peu plus expérimentaux, et pas forcément avec du texte au début. J’ai été attiré par les musiques répétitives, la musique classique indienne que j’ai étudiée au chant, mais pas du tout avec des textes en Français. J’avais participé à un groupe il y a cinq-six ans qui a eu sa petite heure de gloire à l’époque, Nostoc. Nous avions reçu des prix dans les musiques de Jazz improvisé. Et puis j’ai fondé le collectif d’artistes Monts et Merveilles, qui travaillaient plutôt la performance ; j’avais le volet musique et spectacle vivant, avec des plasticiens. Et donc l’envie de mettre des textes et de composer avec cet univers de la Chanson française est venu un peu sur le tard, mais sans vouloir m’inscrire dans le côté conventionnel de la chose, parce que j’aime bien jouer avec les codes et aussi les formes de langage. On peut dire que l’univers d’où je viens avant de m’être lancé dans la Chanson continue à l’imprégner aujourd’hui.

 

– Et comment donc se déroule le processus créatif d’incorporer du texte français à ton univers musical ?

– C’est une gymnastique. Je n’écris pas les textes en même temps que la musique. J’ai plus de facilité souvent à écrire des musiques. Donc je compose pas mal de musiques avec le piano, la boucleuse, la voix, le saxophone aussi, et j’ai par conséquent plein de banques ou de brouillons de musiques. Et j’écris des textes, quasiment en parallèle, et ensuite je les combine : j’écoute mes musiques et je regarde les textes que j’ai, et ça se refond un peu ensemble. Chaque chose influe sur l’autre ; les deux se déforment un peu pour se combiner. Pour moi le processus créatif est dans ce sens : il y a deux éléments qui se font séparément et se combinent après. Je crois que les artistes qui sont dans la Chanson depuis toujours ont souvent plutôt une façon d’écrire les deux ensembles directement. Dans cet album il y a aussi une chanson, d’une musique qui m’a été proposée par Ignatus, qui a composé la mélodie, d’après laquelle j’ai écrit des paroles. Je me suis donc pour le coup vraiment laissé imprégner par la musique d’un autre pour essayer de décrire l’atmosphère qui y était. Et puis il y a une autre chanson, à l’inverse, dont le texte a été écrit par Julie Lagarrigue sur le thème du choix, que j’ai mis en musique. Ça peut donc marcher dans les deux sens, et dans les deux cas c’est intéressant, car ça amène de l’eau au moulin, de la matière sur laquelle on rebondit. Ce genre de collaboration est très intéressant pour moi, et finalement donne des chansons peut-être un peu plus classiques, ce qui fait que celles que je réalise tout seul sont encore plus atypiques.

 

– Y a-t-il des artistes dans la Chanson qui te parlent particulièrement ?

– J’aime beaucoup Barbara, dont j’ai souvent repris la chanson « Le mal de vivre » en concert. Ce je trouve très beau chez elle est cette façon dont elle arrive à nous mettre en intimité avec une émotion, au-delà de l’écriture et de sa présence dans l’interprétation, son regard, son visage qui nous captent et nous amènent dans un ressenti. J’ai beaucoup aussi aimé Camille dans ce côté un peu plus expérimental que je pratique aussi, ce jeu avec des voix qui se superposent, qui créent des accords et des contre-chants, et puis aussi Bertrand Belin par rapport à cette façon de s’autoriser d’aller dans l’absurde qui m’a inspiré. On n’est pas obligés qu’une chanson soit poétique de facture classique ou explicite ; on peut décrire de façon simple et en même temps comme chercher à saisir entre des mots, une sorte de répétition qui peut avoir l’air absurde un sens qui traverse ça. Le mouvement des gens d’Uzeste, de gens comme Bernard Lubat, André Minvielle qui intègrent du phrasé un peu jazz, du jeu sur les mots et les sonorités et des influences de musique improvisées m’inspire et me nourrit aussi depuis longtemps. C’est vrai que ça fait un bon mélange éclectique entre des choses classiques et d’autres expérimentales, avec une recherche de sens, d’être sincère et authentique dans la façon de traduire cette recherche.

 

– Toi qui te soucies depuis longtemps des questions environnementales et de la nécessaire remise en cause de notre mode de vie consumériste au quotidien, comment envisages-tu, et particulièrement dans les circonstances liées à l’actualité, l’impact que peut avoir le rôle d’artiste, soit par la parole et le message qu’on peut porter, soit par l’engagement auprès de causes particulières, et la cohérence qu’il peut exister entre une façon de faire ton métier et une philosophie de vie ?

 – Alors c’est un peu d’actualité hélas, mais je suis très concerné par l’écologie et la façon dont les humains peuvent peupler cette planète différemment. J’ai la sensation que ce qu’on vit actuellement peut être une opportunité pour réfléchir différemment. Après la seconde guerre mondiale, on a inventé la sécurité sociale, l’Europe, l’Unesco. Après ça, que va-t-on inventer? Je vois que les gamins sont plus tranquilles de ne pas aller à l’école, que dans le ciel, il n’y a plus d’avion ; plein de choses nous amènent à découvrir d’autres avantages et une autre qualité de vie. Ça fait partie de cette quête de sens qui pour moi s’exprime dans un chemin artistique, mais aussi dans un mode de vie. Je vis à la campagne, dans un éco-hameau autour de la méditation, et pour moi tout ça est un peu connecté. C’est-à-dire comment dans nos métiers, dans nos vies, et particulièrement quand on traverse des périodes de crise, on peut s’inscrire dans une transformation sociale pour que le projet humain devienne plus épanouissant pour nous et l’humanité entière. Du coup je me demande de ma place, en tant qu’artiste ce que je peux faire aussi. J’ai commencé à écrire aux anciens de l’Ehpad où je mène se projet, parce qu’ils sont encore plus isolés que tout un chacun, et puis je me pose des questions sur ce que je peux amener. Je n’ai pas encore de réponse très claire. Bien sur j’ai mes choix de vie individuels de sobriété dans la consommation, l’alimentation, les matériaux et l’énergie que j’utilise, les déchets que je produis ; je recherche à être cohérent. Mais je suis aussi en réflexion sur ce que je pourrais faire de plus en tant qu’artiste. On peut exprimer ses engagements dans des textes. J’ai une nouvelle chanson qui s’appelle « Firmament apocalypse » qui parle de cette société de consommation. Et puis après on peut avoir un engagement dans la façon de vivre et d’envisager son métier, et j’ai l’impression qu’il y a encore des choses à inventer, peut-être avec d’autres artistes qui veulent y réfléchir.

 

Miren Funke

photo : site d’Emmanuel Commenges

Site https://www.emmanuelcommenges.fr/

page facebook https://www.facebook.com/people/Emmanuel-Commenges/100011412990128

souscription : https://fr.ulule.com/album-des-larmes-de-couleur/?fbclid=IwAR33jVB-_VFinjqoox9nJXReC-ydM74IgjGanMgxN80Sl3q9rW1CTc_96Yw

Festival Musicalarue 2019 : entretien avec Boulevard des Airs

23 Avr

 

Également présent au festival Musicalarue, le groupe Boulevard des Airs occupait la grande scène des Sarmouneys au soir du 18 aout 2019, devant une foule immense. Concert qui illustre le double intérêt que représente la participation à l’évènement de têtes d’affiche à large public : outre le fait de permettre de rester en cohérence avec une volonté défendre l’éclectisme artistique en proposant une programmation très variée, la présence d’artistes de grande notoriété attire un public plus massif qui en profite pour s’intéresser à des artistes moins célèbres ou anonymes, et permet du même coup, de dégager un budget que Musicalarue réinvestit pour mieux s’impliquer dans le soutien d’artistes auxquels d’autres programmateurs refusent la possibilité de s’exprimer, les jugeant non encore assez rentables. Depuis son premier album « Paris-Buenos Aires » sorti en 2011, et le succès populaire immédiat rencontré avec des compositions festives allant puiser dans les musiques folkloriques étrangères et des instrumentalisations cuivrées aux accents de fanfare des rues un air d’alter-mondialisme, le groupe tarbais a fait son chemin, album après album, en s’aventurant à visiter des univers dispersés, plus qu’en creusant un sillon qui aurait pu continuer à faire recette, au risque d’en devenir une. La réorientation musicale qui conduit l’album « Je me dis que toi aussi » (2018) à recentrer la proposition de Boulevard des Airs sur la veine d’une Chanson variété française très actuelle, moins orchestrée, mais qui ne s’interdit pas de jouer avec l’électronique, renouvelle les sources d’inspiration du groupe, et modifie la couleur de ses compositions, sans en altérer la qualité, ni trahir la démarche de la formation, puisque Boulevard des Airs était et semble rester avant tout une bande de copains qui font des chansons, et que le public ne renie pas, à en juger par la festivité vibratoire qui le tint durant tout le concert. Quelques heures auparavant, les deux chanteurs du groupe, Sylvain Duthu et Florent Dasque, nous accordaient un entretien.

 

– Messieurs bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Votre musique a évolué depuis les débuts où une orchestration festive donnait des allures et des couleurs de fanfare folklorique de rue, vers une chanson plus épurée qu’on qualifierait plus de variété. Est-ce du à une volonté de recentrage de votre part sur la musique que vous vouliez exprimer ou peut-être à des changements, des départs, des arrivées de musiciens et par conséquent des instruments à disposition pour composer ?

– Sylvain : C’est le mélange des deux. C’est vrai que de par notre premier album, nous avons été considérés comme des gens extrêmement festifs ; et comme tu peux le voir, ça ne nous ressemble pas. On nous imagine danser avec une cravate sur la tronche, sur une table, alors que nous sommes extrêmement timides et réservés. Il y avait ce décalage. Donc on s’est recentrés sur ce qu’on voulait faire, ce qu’on aime écouter, ce qu’on aurait aimé jouer. On a mélangé nos influences vraiment. Mais à l’époque du début, on n’a pas menti non plus. C’est aussi qu’on a vachement évolué, nous-mêmes, en tant que personnalités individuelles. Ceci dit il est vrai que sur ce premier album, il y avait deux membres en plus, la saxophoniste et le trompettiste, et qui ensuite n’ont pas pris part à la composition, ce qui explique qu’il y ait moins de cuivres. On voulait composer avec les membres qui étaient là. Il n’était pas question d’organiser un casting pour recruter un autre trompettiste, alors que Manu est irremplaçable, et pareil pour Melissa. On a donc composé avec les forces vives qui étaient là.

 

– La chanson française prend-elle une plus grande part d’influence sur vos gouts ?

– Sylvain : Oui, pour ma part, j’écoute beaucoup de Rap, mais Brassens était mon premier auteur. Quand j’étais petit, j’écoutais ce qu’écoutaient mes parents, et donc beaucoup de variété française, et puis j’écoute beaucoup de chanson comme Debout Sur Le Zinc et les Ogres de Barback, et du Rap comme Orelsan ou IAM, mais toujours des mots en français en tous cas, et toujours complété du travail musical et orchestral des gars avec les productions.

 

– En quoi l’observation auditive du travail du son d’autres artistes contemporains, de ce que vous pouvez écouter actuellement influence votre propre travail ?

– Florent : Je n’en sais rien, en tous cas pas plus que des écoutes spotify, ou des choses improbables qu’on peut écouter parfois. Je suis très « playlist », Jérémie Janot avec qui on compose et on arrange aussi, et parfois c’est un truc de Salsa qui va nous donner une idée, parfois un truc folklorique ou du Rap américain. On n’écoute pas du tout la radio en revanche. Donc on n’est pas vraiment influencés par ce qui y passe, même si on connait, car ce sont toujours un peu les mêmes gens qu’on retrouve sur les plateaux télévisuels.

– Sylvain : On écoute quand même beaucoup de musiques, mais des disques, des playlist. Par exemple dans ma bagnole, la radio est pétée depuis trois ou quatre ans. Il y a plein de podcasts intéressants sur le web.

 

– A l’instar d’autres artistes à large public, vous attirez vers votre musique un auditoire d’âges et aussi d’origines socioculturelles, voire de convictions politiques, très varié. Est-ce une surprise pour vous ?

– Florent : Il y a toujours eu. Au début déjà le public était super large, parce que la musique était déjà cette espèce de montagne russe de styles. Au journaliste qui arrivera à mettre un nom ou une étiquette sur Boulevard des Airs, bon courage ! On a essayé… Au tout début je me souviens qu’on nous demandait toujours de décliner notre style, car sur les festivals on aime bien indiquer le style d’un groupe. Un coup c’était de la Pop, un coup de la Chanson, un coup du Rock : on a eu droit à tous les trucs. On a laissé tomber ce truc là. Par contre le public est toujours venu multi générationnel : il y a toujours eu des enfants, des parents, des grands-parents. Chacun vient voir des choses différentes peut-être. Cela nous fait super plaisir d’arriver à rassembler comme ça autant de gens.

– Sylvain : C’est notre fierté de rassembler tous ces gens là. On échange beaucoup avec eux. Quand tu as une mamie et un enfant, visuellement la différence se voit. Mais pas forcément en termes de profils sociologiques. Il faut parler avec les gens pour savoir d’où ils viennent. Et ça n’a rien à voir.

– Florent : Parce nous-mêmes sommes différents aussi. On est sept gars, on est complètements différents, on n’a pas les mêmes familles, on n’a pas fait les mêmes études. Peut-être que pour les gens, ça transpire un peu. C’est dur pour nous d’analyser l’intérieur, mais ça doit peut-être transpirer et les gens se retrouvent sans doute un peu là dedans.

 

– D’autant que les thématiques évoquées dans vos chansons expriment aussi des convictions et des valeurs, sinon un engagement politique, dont on s’attend à ce qu’elles correspondent à des aspirations « de gauche » et parlent donc plutôt à un public qui y est sensible. Or on constate que ce n’est pas forcément toujours le cas. Est-ce incompréhensible selon vous ?

– Sylvain : Non, je ne pense pas. Peut-être que les gens qui ne partagent pas ces valeurs vont pouvoir aimer le groupe quand même, mais peut-être pas aimer toutes les chansons. Un climato sceptique va peut-être détester dans le dernier album « Tout s’effondre » ; un facho va peut-être détester « Asile » sur le premier album. Je pense qu’il y a des gens avec qui on ne boirait pas un coup, et qui sont quand même présents aux concerts. Et c’est très intéressant comme idée.

– Florent : C’est sûr qu’il y en a ; on a même bu des coups avec eux !

– Sylvain : Ça t’apprend des choses. A priori tu ne voudrais pas qu’il y ait un mec avec qui tu n’es pas du tout d’accord qui vienne à tes concerts. Mais enfin après tout pourquoi ? Tu ne vas quand même pas sélectionner ton public. On fait des chansons qui nous touchent, qu’elles soient d’amour ou à thème politique, économique ou social. Il y en a eu ; il y en aura. Après les gens font leur cuisine. Tout le monde est bienvenu. On a toujours un espoir de par tout ce que l’on transmet, et pas forcément par le texte -je ne pense pas qu’avec un court argumentaire on arrive à faire changer d’avis quelqu’un-, mais par notre manière d’être, de faire changer quelqu’un.

 

– Et ce soir, qu’avez-vous envie de voir sur la programmation ?

– Sylvain : Didier Super. Et puis on sait que tous ceux du Collectif 13, Mouss et Hakim sont là. Et il y a beaucoup de choses, peut-être moins identifiées, en tous cas avec moins de notoriété -je pense aux arts de rue- qui nous réservent des surprises magnifiques. Musicalarue, c’est fait pour ça. C’est pour ça que les gens viennent avant d’avoir la programmation ; ils ne se gourent pas. Ce qui est important c’est de découvrir tout ce qui se passe. Et aussi sur la grande scène et sur les plus petites, et souvent ce qui se passe sur la grande scène permet de financer les plus petites. Et ça, c’est cool. 

 

 

 

Miren Funke

photos : Carolyn C. (1 ; 2 ; 4 ; 9), Océane Agoutborde (5 ; 6 ; 7 ; 8), Ray Flex (3 ; 10 ; 11)

Liens : https://bda-boulevarddesairs.com/#

https://www.facebook.com/boulevarddesairs/

 

 

 

Nicolas Jules invité par Le Banquet…

13 Avr

A un moment, on a envie de virer les salades composées, les amuse-bouche, la dînette pour passer à table, « une vraie table en bois » pour profiter du Banquet.
Nul besoin d’une invitation formelle : venir comme on est, prêt à donner sa personne avec ses tripes et son appétit, prêt transpirer en cuisine.
Une rapide visite des lieux s’impose, de la piaule moite à la chambre froide : la vie, l’amour, la mort, on ne va pas « faire dans le détail ». Il n’y a pas le temps. Ou bien il est compté, décompté, omniprésent : le battement, la pulsation, et entre « l’horloge trop bien huilée » et la « pendule démontée », un silence, vite déchiré par la croche.
C’est pas joli-joli : c’est pire. Ambiance Bacon, la même boucherie crue et sublime.
Et pour trancher, ils sont cinq : « un orchestre à poils et à plumes [qui] s’installe derrières les micros.
Ils sont cinq : Simon Drappier (contrebasse), Clément Janinet (violon), Clément Petit (violoncelle), Johan Renard (violon), Nicolas Jules (voix et textes).
Ils sont cinq mais ne font qu’un. Ou parfois ils se dédoublent et se répondent, s’écoutent, scient, charcutent, déraillent, percutent, frottent, serinent, crient, mettent tout leur choeur à l’ouvrage.
Ça coupe le souffle, parfois, puis au milieu du Cirque, on s’abandonne à la grâce de ne pas tout saisir : il y aura des restes.
Je vous en mets un peu plus ?

Mettez vous à table –>

 

 

 

 

 

Louise Ferris

À quoi ça rime…

12 Avr
 
 Jean-Pierre Fauré est un auteur compositeur interprète, conteur et comédien, né à Épinal . De nombreuses rencontres artistiques, notamment avec Allain Leprest, ont contribué à sa passion de la scène, des mots et de la musique.
À quoi ça rime de continuer à conter, à écrire, quand personne ne s’intéresse à tes histoires ? Changer le monde ? Il ne change pas.
 C’est vrai. Et si je conte encore aujourd’hui, c’est juste pour que le monde ne me change pas. 
Alors, à quoi ça rime ?
«  Depuis le temps qu’on écrit des chansons,
Parlant de luttes et de révolutions,
Contre les cols blancs qui assassinent,
Les exploiteurs de la famine, 
Vers où nos coeurs naufragés s’arriment
À quoi ça rime ? 
Le monde, Jean-Pierre Fauré le voit, avec lucidité, les faux paradis des supermarchés, pourtant, c’était beau :
 «  Ici, il y avait une clôture
Un pré trempant ses pieds dans l’eau
Un lézard bronzant sur le mur
Un arbre pulpant d’abricot…« 
Le nucléaire, les neutrons, les OGM, la pollution,  » Les fâcheux fachos du FN « , les guerres,  jusqu’à l’obsolescence de la vie. 
Sa France est rouge cerise entre l’orange et l’olivier :
 » Mon Dieu, ma France, que tu es belle
Quand tu es ainsi réunie
Quand coeurs et poings serrés se mêlent... » ( à Jean Ferrat). 
Mais, au-delà de ses vieux combats :  » Le point levé, rouge écarlate », la poésie l’attendait, au coin de la rue :
«  L’soir où j’ai posé mon ballot
Quand mon coeur a baissé les bras
Prêt à laisser à ces salauds
Mon drapeau et mes  » ça ira »
Elle s’est radinée bien tranquille
Et m’a regardé dans les yeux
Et moi, comme un vieil imbécile
J’ai pleuré pauvre bienheureux. « 
.
Une poésie populaire, qui raconte les fêlés de la vie, les héros du quotidien, les gens du voyage :
«  Qu’il vente ou bien qu’il flotte,
L’hiver quand ça grelotte
Qu’ça tombe comme à Gravelotte,
Dans sa jolie roulotte
L’un tissait sa pelote
De gentil croque-note
Avec une matelote qu’avait une jolie glotte. »
Les princesses de quat’sous :
 » Un matin, ils ont remplacé
Les caravanes par une pancarte
 » Séjour interdit aux nomades
La petite fille, j’l’ai jamais r’vue
Je n’sais as ce qu’elle est devenue
Mais elle a laissé dans mon âme
L’amour tzigane. »
La fée Carabosse :
 » Elle trottinait le long des quais
Dans ses haillons
Mais dans sa tête s’enivrait un
Accordéon
Quand elle passait devant la cour
D’récréation
Nous on l’app’lait fée Carabosse
On est méchant quand on est gosse.« 
.
Les combattantes, femmes, filles, mères ou grands-mères, qui subissent l’hégémonie des hommes : 
«  Qu’elles se nomment Malala,
Emily, Masih, Rosa
Qu’elles résistent dans un car
Juste pour pouvoir s’asseoir
Qu’elles refusent de mourir
Sous la violence en martyrs
Qu’elles se dressent pour crier NON
Au viol ou à l’excision. »
.
Jean-Pierre Fauré n’oublie pas ceux qui ont payés de leur vie leur amour de la liberté, comme Victor Jara.
Poésie des humbles, de la  » détresse des silencieux », ( Bruno Ruiz) comme cette vieille femme solitaire :
«  Sa mémoire se faisant la paire
Lui laisse un goût d’orange amère. »
L’impertinente cousine de Firmin, les filles du Coq hardi :
 » Mais un jour sombre et morose,
La bonne madame Rose
A dû pour la noble cause
Fermer sa maison close.
Maintenant ses pauvres filles
S’trimballent en talons aiguilles
De décembre jusqu’en janvier. »
Les bourrés du cabaret : 
 » C’est un cabaret pou des cas barrés,
Des gars dézingués, des gonzesses dégazées
Des tares à biscotte, des tarabiscotées
Si tu crains pour tes os, et ben t’as qu’à t’barrer. »
.
Les amoureux de hashtag love duo, Julie et Julot, qui passent à côté de la vraie vie. 
Les seigneurs ( à Jean-Roger Caussimon) :
«  Les seigneurs ne sont pas d’un pays.
Ils ont l’accent d’un peuple
Qui voyage sans fin.
Leurs ports sont les forêts,
Les étangs des prairies
Où l’amour naît d’un rien.
Baladeurs, baladins,
Chasseurs de nuits sans lune,
Enfants de la chimère,
Pourfendeurs de moulins,
L’eau, le vent et le feu
Sont toute leur fortune,
Ce sont des gens si bien. »
.
Les enfants de la misère  qui traînent le long des trottoirs.
Les amours de gosses, ou les amours inoubliables qui laissent des traces de  » Parfums », ou qui finissent  » chagrin ». Et les régimes désespérants qui ne laissent que :  » La part des anges ».
Mais aussi des odes à la nature, tout ce qui touche la sensibilité du  poète, comme cette maison abandonnée :  » La maison aux saisons mortes » qui lui livre l’histoire d’une vie, à travers les photos fanées. 
.
 » Jean-Pierre Fauré fait partie des humbles de la bonne chanson. Il a besoin de s’adosser à des fraternités, se frotter souvent à quelque exercice de célébration. C’est un pauvre qui a la rime riche, du jeu de mot malgré lui, presque obsédant. » dit justement Bruno Ruiz dans sa préface. Il célèbre ainsi Francesca Solleville,  » E Canta Francesca« , Jean Ferrat , Caussimon, José Correa qui a signé les dessins du livre,   Pierre Barouh , etc, et le livre est dédié à Paul Fort et Allain Leprest.

 

 » Ce livre se veut juste être un témoin; le reflet d’un univers. Surtout n’y voyez aucun orgueil, simplement une envie de partage et le désir de laisser une petite trace à ceux que j’aime... » 
.
 Mission accomplie pour le partage, chansons ou poèmes, humour ou nostalgie, Jean-Pierre Fauré est un artisan qui puise ses mots dans les carrières du vivant et de la mémoire,  et même là où on ne les attend pas, dans  »  un geste, un regard, un silence trop bavard ou un vacarme déchiré... » 
  » C’est pas que du vent, c’est des mots
Cris perdus d’un guillemot
Dans les villes et les hameaux,
Sans retenue
Pour vous dire la vie continue
Tête libre et les mains nues
Tout comme, inconnu,
Je suis venu. » 
Danièle Sala

Festival Musicalarue 2019 : rencontre avec Blackbird Hill

4 Avr

 

Si Musicalarue nous donne toujours l’occasion de retrouver des interprètes de la chanson francophone, des poètes au regard lumineux et avide ou à l’humour nécessaire (Didier Super), des militants du verbe juste et de l’imagination fertile, le festival persévère et persiste dans son œuvre éclectique et par moments pionnière de proposer des découvertes inattendues, des chocs d’émotions, de l’enivrement aux effluves d’essences créatrices parvenues d’horizons lointains et mystérieux. Trouble de la perception et confusion du discernement qui fait lâcher prise à l’esprit lorsqu’une musique s’adresse au sens intuitif et lui parle un langage qu’il comprend sans en analyser le propos intellectuellement. La sensation déroutante pouvait vous envahir tard dans la soirée du 17 aout, lors du concert de Blackbird Hill. Vos pas écartés loin des chemins familiers et hors des terrains favoris, les compositions du groupe les entrainaient inexorablement vers des espaces vastes et peu connus.

A l’instar des Inspector Cluzo [Lire ici] et Persepolis [Lire ici] que nous avions rencontrés ici même les années précédentes, ou encore de Golden Gasoline [ici], le duo bordelais guitare-batterie s’aventure à la chevauchée d’un Rock essentiel, irrigué d’influences blues et folk, au fondement d’une expression musicale à la fois épurée et sophistiquée, qui, en disant peu de choses, en fait entendre et ressentir en réalité beaucoup plus. Les morceaux du groupes ne manquent pourtant pas de texte ; néanmoins c’est sans chercher à les écouter scrupuleusement qu’on en ressent comme instinctivement l’intention. Il fallut donc trouver un moment pour rencontrer les deux membres de ce jeune groupe qui, après la sortie récente de son album « Razzle Dazzle » devait se lancer sur les routes pour une tournée (voir sur le site pour report des dates).

 

 

– Messieurs bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Pouvez-vous présenter votre groupe ?

– Théo : Blackbird Hill est un duo guitare-batterie. Je joue de la guitare et chante, et Max est à la batterie. On existe sous cette forme depuis l’année dernière. Le projet est né en 2012-2013, mais j’étais batteur du groupe et il y avait quelqu’un d’autre à ma place. En gros on fait du rock teinté de Blues.          

 

– Intuitivement d’un premier abord, votre musique évoque de grands espaces géographiques, une atmosphère de Far West. Cela exprime-t-il un désir de faire voyager au lointain ou plutôt esquisse-t-il un climat introspectif, ou les deux à la fois ?

– Théo : Exactement ça ! C’est un mélange des deux. On fait souvent des parallèles entre des émotions ou des expériences et ce qui se passe dans la nature, pas forcément la nature qu’on voit tous les jours, mais des grands espaces dans le monde entier. On espère que notre musique vient de là ; en tous cas c’est ce qui nous inspire.

– Max : Il y a une dimension imaginaire, d’une Amérique un peu rêvée. C’est marrant, parce qu’en avril on a joué à Rock et Chanson, et des enfants d’une classe qui étaient venus découvrir le lieu, sont passés dans la salle de concert pendant nos balances, et les animateurs leur ont demandé à quoi faisait penser notre musique, ce que ça leur évoquait. Beaucoup ont répondu des grands espaces, des déserts, des balades à cheval, une cascade. Donc en fait ça exprime bien ça.

– Théo : Un mélange entre Easy Rider et de vieux westerns. Ça leur rappelait tout ça, et tant mieux !

 

– Et la littérature de la Beat Generation vous a-t-elle inspirés ?

– Théo : Oui, Jack Kerouac, effectivement. Et en ce moment je lis beaucoup Jack London. Cette littérature m’inspire. Pas mal les films de western aussi.

 

– Le groupe Golden Gasoline, qui possède en commun avec vous des orientations musicales et le fait d’être un duo instrumental guitare-batterie nous expliquait exprimer à travers la musique comme de petits scenarii, la musique faisant naitre des images d’action. Concevez-vous aussi votre musique comme une bande son de film ?

– Théo : Carrément ! il y a un truc tout bête quand on est en train d’écrire une chanson, et qu’on commence à voir un peu la gueule qu’elle a, on se dit qu’elle irait pas mal sur une scène de poursuite de voitures dans le désert ou d’autres scènes ; on imagine des trucs.

– Max : Que ce soit pour nous ou le public, ça doit évoquer des images, développer des scènes.

– Théo : Je n’en ai pas parlé, mais je pense que ça fait partie de nos critères : il faut que ça évoque une image, une scène, une ambiance.

 

– La principale problématique à laquelle on se heurte, lorsqu’on joue du rock, sans basse, est l’absence sonore de cet instrument. Comment y palliez-vous ? Par un recours à des effets sonores ?

– Théo : Non, ça passe beaucoup par des temps de recherche et de travail à la maison, avec effectivement des pédales et des façons de se brancher sur plein de matériel. Et ensuite on passe quand même pas mal de temps tous les deux à essayer d’arranger nos chansons pour que ça marche. On utilise beaucoup la nuance, la variation de couleurs, de textures et de puissance dans une chanson, histoire de ne jamais installer quelque chose, ne jamais lasser. On essaye de varier beaucoup les univers dans une même chanson. Pour combler l’absence de basse, en fait, c’est très simple : j’accorde ma guitare très grave, c’est-à-dire que par rapport à une guitare standard qui va être accordée en Mi, je m’accorde soit en Do soit en Si avec ma guitare barytone. Il suffit donc déjà de donner à une guitare accordée ainsi la possibilité de faire suffisamment de basses, parfois aussi en utilisant un ampli basse sur scène.

 

– Vous sentez-vous comme faire partie d’une famille, en tous cas en proximité, avec la démarche de formations blues rock de duo basse-batterie comme The Inspector Cluzo, Persepolis, pour ne citer que les locaux ?

– Théo : J’ai découvert The Inspector Cluzo, parce qu’il y avait des gens du public qui m’en parlaient. L’idée de former un duo venait pour moi directement de la période où j’écoutais beaucoup The White Stripes ou The Black Keys, à leurs débuts lorsqu’ils étaient vraiment des formations guitare-batterie. A l’époque je me demandais comment on peut former un groupe uniquement à deux personnes, et j’ai bidouillé des trucs sur plein d’amplis, et c’est ainsi que je me suis rendu compte qu’on pouvait faire un gros son de guitare, et n’être que deux dans un groupe et réussir quand même à exprimer beaucoup.

– Max : C’est marrant que tu en parles, car Persepolis est un groupe qui fait aussi partie du même catalogue bordelais que nous, Lagon Noir, une structure d’accompagnement et de booking sur Bordeaux, et Ophélie qui est notre manageuse et bookeuse s’occupe aussi de Persepolis. Il y a donc forcément un réseau qui se créé, avec I Am Stramgram, Sweet Like An Ape! Qui font partie de la même famille.

 

– Votre langue de prédilection est aussi l’Anglais, comme eux. Pourquoi ?

– Théo : Tout ce que j’écris pour Blackbird Hill, je l’imagine en Anglais. J’ai baigné dans le rock, et les films américains, et c’est majoritairement en anglais. Et puis c’est la langue du blues tel qu’on le connait aujourd’hui tout simplement. Pour nous c’est une manière de ne pas être la personne qu’on est tous les jours. Si on devait tout faire en français, je pense qu’on s’échapperait un peu moins de notre quotidien, et par conséquent le public aussi.

-Max : Et puis il y a quelque chose qui diffère au niveau des sonorités ; c’est une langue plus rythmique, plus percussive.

-Théo : J’ai l’impression parfois de pouvoir exprimer quelque chose de concentré. Avec l’anglais tu peux dire en trois mots quelque chose qu’il va peut-être te prendre plusieurs phrases pour expliquer en français. Donc pour le moment on chante exclusivement en anglais ; il y aura cependant une phrase en français sur le prochain album, bien cachée, glissée au milieu d’un titre.

 

– Comment se passent les tournées et les rencontres du public avec votre musique ?

– Théo : On a fait pas mal de dates dans la région, mais aussi par ci par là en France. Ça nous est arrivé plusieurs fois de prendre la voiture pour monter au dessus de Paris cet été. Au mois d’avril, nous avons fait une tournée d’une semaine en Italie. Là c’est un de nos derniers festivals de l’été, puisque après on aura une période de repos, qui ne sera pas vraiment du repos, car en fait on a un disque à préparer. On a finit d’enregistrer un album qui sortira en début d’année prochaine. Et donc on a tout un travail de préparation de sortie du disque à faire. Quand tu autoproduis tes disques, ce qui est notre cas, il y a beaucoup de travail à faire, et pas que de promotion, des choses à faire derrière un ordinateur. L’hiver va donc nous servir à ça, mais pas que, puisqu’on aura la chance de à La Boule Noire à Paris, fin novembre. Mais ce temps mort nous permet aussi de construire une tournée pour présenter le disque qui s’effectuera dès sa sortie.

 

 

Miren Funke

Photos : Carolyn (à Musicalarue Luxey, et au Krakatoa de Mérignac) ; Fabien Espinasse

 

Lien : https://blackbirdhill.fr/

https://www.facebook.com/duoBlackbirdHill/

La complainte du partisan, comment naît une chanson emblématique…

3 Avr
Anna Marly est à l’origine de deux chants de résistance qui sont entrés dans l’histoire par des voix de femmes, Anna Marly, qui a composé les musiques, et Germaine Sablon  a été la première à enregistrer Le Chant des partisans, hymne de la Résistance diffusé par la BBC dans l’émission Honneur et Patrie. (Le chant, sifflé, devient le 17 mai 1943, l’indicatif de l’émission Honneur et Patrie de la radio britannique BBC)

Anna Iourievna Smirnova-Marly (en russe : Анна Юрьевна Смирнова-Марли), née Betoulinskaïa (Бетулинская), est une chanteuse et guitariste française d’origine russe, née le 30 octobre 1917 à Pétrograd (Russie) et morte le 15 février 2006 à Palmer (Alaska).

Mais au début c’est une chanson pour les partisans russes:  La marche des partisans … Ensuite, deux chansons naissent, La complainte du partisan, et Le chant des partisans. Et c’est en grande partie une histoire née de femmes résistantes, Anna Marly, Germaine Sablon, et Louba Krassine qui a présenté Anna Marly à Druon et Kessel.

La Complainte du partisan est écrite à Londres en 1943 par Emmanuel d’Astier de La Vigerie pour le texte et Anna Marly pour la musique. Elle est diffusée pour la première fois sur les ondes de la BBC à destination de la France occupée et un des disques est même détruit par la DCA allemande lors d’un parachutage de résistants. Elle devient une chanson populaire dans les années 1950. Puis est oubliée plusieurs années. Enfin, La Complainte du partisan  est reprise en anglais en 1969 par Leonard Cohen, sous le titre The Partisan, et bénéficie d’une renommée internationale. Les paroles originales seront parfois édulcorées dans les différents arrangements et les diverses interprétations jusqu’à aujourd’hui. Par exemple « les Allemands » seront remplacés par « l’ennemi » non nommé, ou « les soldats ». 

 

Anna Marly raconte la création du  » chant des partisans « 

Ecoutez « La complainte du partisan »

Par  Anna Marly, la première …

Anna Prucnal avec intro parlée

 

Leonard Cohen avec choeurs français

 Quand Léonard Cohen commence à enregistrer, il tâtonne, cherche, hésite, il exprime ses doutes , suggère, « il faudrait des voix françaises.. » Ben Johnston (producteur qui a travaillé avec les plus grands, Bob Dylan, Johnny Cash, Leonard Cohen, Willie Nelson et d’autres artistes de Nashville) décide, « On arrête, on continuera dans quelques jours . » Sans plus d’explications . Le lendemain il va à Paris, trouve un accordéoniste et trois chanteuses, enregistre puis mixe avec la voix de Cohen,  et lui fait écouter le résultat.. « Excellent, dit Cohen, on dirait vraiment des voix françaises … » Et Bob raconte, «  il était juste un peu fâché que je ne l’aie pas emmené à Paris.. »(Source I’m your man, biographie de Leonard Cohen)
Un producteur peut aussi avoir de très bonnes idées ..

Quelques autres versions, plus ou moins dérivées sur le même thème et les compositions d’Anna Marly ..

 Emily Loizeau 

  Leonard Cohen et Noir Desir.- The Partisan

Marc Ogeret, et non Léo Ferré, qui n’a jamais chanté cette chanson…

Et Isabelle Aubret

 

Le chant des partisans

Maurice Druon, Joseph Kessel, Anna Marly

Maurice Druon, auteur, avec son oncle Joseph Kessel, du Chant des partisans (musique d’Anna Marly), l’a écrit en Angleterre pendant la guerre en 1943. Il a toujours refusé de toucher un centime de droit d’auteur de cette chanson, expliquant que des Résistants étant allés au poteau d’exécution avec cette chanson sur les lèvres, il estimait que cette chanson était la leur et avait cessé d’être la sienne.

Germaine Sablon première version enregistrée

 

Yves Montand

 

Après Anna Marly, La Complainte du partisan est interprétée par de nombreux artistes comme Les Compagnons de la chanson, Leny Escudero, Mouloudji, Marc Ogeret, Anna Prucnal, etc.

Ce chant connaît finalement une deuxième jeunesse quand il est repris dans sa version anglaise, Song of the French Partisan, sous le titre The Partisan, en 1969 par le chanteur canadien anglophone Leonard Cohen dans son deuxième album Songs from a Room.

La version de Leonard Cohen est elle-même ensuite reprise par les interprètes suivants :

  • Joan Baez en 1972
    – Buffy Sainte-Marie dans l’album She used to wanna be a ballerina en 1974 ;
    le groupe américain 16 Horsepower sur l’album Low Estate en 1997;
    le groupe Electrelane en 2005 dans l’album Axes ;
    les groupes Other Lives et YuLeS, depuis 2009, sur scène, sous une forme « revisitée » ;
    – le groupe El Comunero dans le disque Sigue Luchando sorti en octobre 2012 et aux « couleurs plus rock » ;
    le groupe Anonymous Choir sur l’album Anonymous Choir sings Leonard Cohen paru en 2015 ;
    le groupe Dubamix reprend la version de Leonard Cohen en 2014 sur l’album Pour qui sonne le dub .
    le groupe Hamon Martin Quintet avec la chanteuse Rosemary Standley sur son album Clameurs .

Une version anglaise plus récente peut être entendue dans la bande originale du jeu vidéo Wolfenstein: The Old Blood, adaptée par Hy Zaret et jouée par Tex Perkins et Mick Gordon8.

On trouve de nombreuses pages qui citent Léo Ferré comme interprète, sous une piste audio et des vidéos, mais c’est Marc Ogeret, Ferré n’a jamais chanté cette chanson.

Les sources : Le chant des partisans

 De forêt en forêt / La route longe / Le précipice
Et loin tout là-haut / Quelque part vogue la lune / Qui se hâte
Nous irons là-bas / Où ne pénètre ni le corbeau / Ni la bête sauvage
Personne, aucune force / Ne nous soumettra / Ne nous chassera
Vengeurs du peuple / Nous mettrons en pièces / La force mauvaise
Dût le vent de la liberté / Recouvrir / Aussi notre tombe…
Nous irons là-bas / Et nous détruirons / Les réseaux ennemis
Qu’ils le sachent, nos enfants / Combien d’entre nous sont tombés / Pour la liberté 
!

(Texte primitif d’Anna Marly)

 Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines,
Ami, entends-tu ces cris sourds du pays qu’on enchaîne,
Ohé ! partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme !
Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes.

(Texte Druon/Kessel)

Le Chant des partisans ou Chant de la libération est l’hymne de la Résistance française durant l’occupation par l’Allemagne nazie, pendant la Seconde Guerre mondiale.

Notules diverses,

– La mélodie du Chant des partisans — inspirée d’un air populaire en Russie pendant la guerre civile — est due à la chanteuse et compositrice Anna Marly. Elle compose cette chanson en 1941 à Londres sous le titre « La marche des partisans » ou « Guerilla song », avec des paroles originales en russe, sa langue maternelle. La musique, initialement composée en 1941 sur un texte russe, est due à la Française Anna Marly, ancienne émigrée russe qui en 1940 avait quitté la France pour Londres. Les paroles originales en français ont ensuite été écrites en 1943 par Joseph Kessel, également d’origine russe, et son neveu Maurice Druon qui venaient tous deux de rejoindre les Forces françaises libres.

– Le chant, sifflé, devient le 17 mai 1943, l’indicatif de l’émission Honneur et Patrie de la radio britannique BBC (diffusée deux fois par jour), puis un signe de reconnaissance dans les maquis. On choisit de siffler la mélodie, d’abord pour ne pas être repéré en la chantant mais aussi car le chant reste audible malgré le brouillage de la BBC effectué par les Allemands.

  • André Gillois, responsable de l’émission de la résistance française, donne à Pierre Seghers quelques détails sur la naissance du Chant des partisans. Le 13 mai 1943, le sujet d’un indicatif musical est abordé au cours de la préparation de la première émission prévue pour le 17 mai. Emmanuel d’Astier de La Vigerie propose de rencontrer Anna Marly qui anime alors — entre autres lieux — un petit club français de Londres. Le soir même, l’artiste les reçoit dans la petite pension qu’elle occupe, 30 Campdon Hill Garden. Elle interprète à la guitare, sans les chanter, six de ses compositions. Deux mélodies — Paris est à nous et Le Chant des partisans — sont sélectionnées et enregistrées dès le lendemain, le 14 mai 1943. André Gillois précise :

Anna Marly avait réuni quelques musiciens pour former avec sa guitare un petit ensemble auquel elle avait adjoint deux siffleurs chargés des notes du début. Seulement ces professionnels sifflaient trop bien pour donner l’impression de combattants clandestins sifflotant en marchant sur les routes. Nous prîmes donc le parti, d’Astier et moi, de remplacer les spécialistes

 Germaine Sablon avait acheté chez l’épicier du village un petit cahier d’écolier dont les premières pages contiennent des leçons d’anglais. J’y lis ensuite les couplets : dans le premier « le vol noir des corbeaux » n’était encore que « le cri sourd du hibou » et  » les cris sourds du pays qu’on enchaîne  » étaient   » le chant lourd du pays… »

C’est là en 1941 qu’elle compose à la guitare la musique de La marche des partisans, ou Guerilla song, sur des paroles russes dont elle est également l’auteure. Henri Frenay écrit : « Dans sa langue natale, elle avait composé un chant : Les Partisans puis elle l’avait mis en musique. Sur cette musique inchangée et en s’inspirant de ses paroles, Joseph Kessel et Maurice Druon feront notre inoubliable chant des partisans ».

En 1943, la mélodie du Chant des partisans (ou Chant de la Libération) est choisie comme indicatif musical de l’émission Honneur et Patrie animée par André Gillois, sifflé par Claude Dauphin, André Gillois et Maurice Druon. L’air est enregistré le 14 mai. Il est diffusé deux fois par jour du 16 mai 1943 au 2 mai 1944 sur les antennes de la BBC. L’air est sifflé de sorte qu’il soit perceptible à l’écoute en dépit du brouillage ennemi. Il devient l’hymne de la Résistance française et le signe de reconnaissance dans les maquis.

Le 30 mai 1943, Joseph Kessel et Maurice Druon en écrivent les paroles françaises. Pour la Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes, « Le Chant des Partisans est aussi un appel à la lutte fraternelle pour la liberté : « C’est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères », et la certitude que le combat n’est jamais vain : « [ami] si tu tombes, un ami sort de l’ombre [à ta place] »

Les Partisans est un chant traditionnel russe dont le véritable nom est la Marche du régiment Drozdovski (russe : Марш Дроздовского полка), et dont la musique a été utilisée, avec des paroles différentes, par les deux camps de la guerre civile qui a suivi la Révolution de 1917 : l’Armée rouge, combattant pour les bolchéviques, et les armées blanches, tenantes de l’ordre ancien de la Sainte Russie.

Bien qu’écrit avant la Seconde Guerre mondiale, ce chant fut très utilisé par l’Armée rouge lors de cette guerre. Il est issu du Chant des partisans de l’Amour (de 1828) et se retrouve dans le chant régimentaire des Drozdovski des armées blanches (1919).

C’est de ce chant que Maurice Druon s’est inspiré pour Le Chant des partisans : un jour, fin 1942, ayant lu dans les journaux britanniques le récit de la bataille de Smolensk, son âme russe se réveille. Un mot lui revient à l’esprit, ce mot de « partisans 

Et pour finir dans l’air du temps, un peu de Radio Londres

 

On ne guérit jamais de son enfance ?  Anna Marly est née à Petrograd / St Petersbourg Coordonnées : 59° 56′ 02″ Nord, et elle a fini sa vie à Palmer en Alaska, 61° 36′ 07″ Nord, à 20 km près sur la même latitude …

Norbert Gabriel

 

 

Si la photo est bonne …

2 Avr

Autoportrait de l’artiste, qui donne un assez bon aperçu de ce qui peut se passer en spectacle… mais pas que …

Suite à l’initiative de Nathalie Miravette – sur les photos  pas que lisses  – je me suis souvenu d’un brouillon ébauché il y a quelques mois… Une plongée dans les archives, quelques notes esquissées…

Si la photo est bonne …

Photo DR

Si la photo est bonne, elle reflète ce que j’ai perçu d’un artiste à travers ses chansons et ses spectacles. Et cette photo d’Herbert Pagani représente bien ce que j’ai entendu dans ses chansons, et ce que j’ai vu en spectacle, et après spectacle. Un regard tendre et lucide sur le monde qui l’entoure, mais un regard aigu et sans concession. Celui d’un artiste embarqué en son temps, et qui ne peut pas regarder ailleurs vers des paysages de rêve, quand le cauchemar est juste derrière la porte.

Autres images représentatives,

 

Mèche/Clémence Chevreau ©NGabriel

Francesca Solleville au Forum Léo Ferré ©NGabriel

 

 

 

 

 

 

 

 

Et aussi,

Rémo Gary au Forum Léo Ferré ©NGabriel

 

Photo DR

Le regard est essentiel,  il doit « parler » à tout le monde, pas seulement aux familiers de l’artiste. Et si possible, j’aime aussi que ce regard me regarde, moi, le spectateur, ou qu’il me donne l’impression de regarder quelque chose ou quelqu’un, pas de se perdre dans un horizon flou, vide , comme ce regard qui fuit, qui refuse de me regarder, ça me désoblige …

 

L’autre point important est la subjectivité du photographe, ce qu’il veut montrer… Et là on peut avoir des centaines de nuances. Une des premières questions à se poser: « Est-on amoureux des photos qu’on fait ou des sujets et modèles choisis ? » On peut aussi s’interroger sur les choix que font parfois les artistes pour leur communication… Ou les choix que font leurs conseillers. Mais ceci est une autre histoire …

Emile Savitry, peintre photographe et musicien connaissait bien Henri Crolla, l’homme et le musicien, et il a su le montrer, c’est assez rare .

©Emile Savitry

Avec  quelques mots de plus de deux de mes maîtres à montrer et penser :

« Suggérer, c’est créer, décrire, c’est détruire. »
Robert Doisneau

 « Je me dis que ce n’est pas la peine d’assombrir un monde qui est déjà très noir.
Les artistes doivent venir en scène pour dire qu’il fait beau
 »
Jacques Higelin

Et pour terminer voici l’inspiratrice de ce bla-bla, normale…

 

©NGabriel

Last but not least comme disait William à Léonard, voyons voir :

Ce que je veux montrer
Ce que je montre
Ce qui est perçu.

C’est la dernière ligne qui est essentielle.

Norbert Gabriel

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