Archive | février, 2020

L’enfance de l’art de Crolla

28 Fév

Photo©Jamet

C’era una volta, Rico, un ragazzino napolitano…
Once upon a time, Rico, a kid of Napoli…

Il était une fois, Riton, un titi de la zone porte de Choisy… Riton, que Prévert rebaptisa Mille Pattes pour son agilité à faire jaillir des cascades de notes de son zone_aux_portes_de_Paris-3ac27.jpgbanjo-mandoline. En ce temps-là, début des années 30, Rico est un p’tit môme qui vit porte de Choisy, c’est la zone, terrain vague où cohabitent les baraques et les verdines manouches. Ce n’est pas un bidonville de miséreux sans travail, les baraques sont souvent des petites maisons en bois -genre abri de jardin 2015- habitations sommaires construites pas des ouvriers en mal de logement. On y est au sec, l’eau courante court à la fontaine publique voisine de 50 ou 100 mètres. Les parents de Rico, Térésa et Antonio Crolla sont musiciens, ils ont connu des tournées prospères en Allemagne et en Bavière, avant 1914, et les 4 premiers nés sont nés au hasard des tournées. Rico naît à Naples, retour obligé à cause de la guerre, et déclassement social, c’est quasiment la misère, et c’est le départ pour Paris. Le père de Térésa leur a préparé une « baraque » porte de Choisy. Là Rico fait l’école buissonnière avant l’heure, il est souvent chez des voisins, des voyageurs en verdine, les Reinhardt, dont le fils aîné commence à être un banjoïste reconnu. Lui, c’est avec les petits frère et sœurs qu’il joue. Et de temps en temps, Madeleine, sa sœur aînée, lui prête la mandoline de maman Térésa, il a 3 ou 4 ans…

pilier Crolla 005 pilier AAA 06-06-2012 17-24-07 1632x3072.jpgVers 8 ans il a beaucoup plus envie de promenade que d’école, il rentre tranquille d’une journée ‘a spasso’ (en ballade.) au lieu d’aller en classe. Et vers 10/11 ans, il va jouer dans les rues, tous les airs populaires du répertoire, les chansons les plus en vogue, de préférence devant les cafés chics, comme La Coupole, où il a été immortalisé sur un pilier par un des peintres de Montparnasse.

Avec son banjo-mandoline et ses doigts ‘Mille Pattes’, il épate les passants et passez la monnaie. Un jour devant la Rhumerie Martiniquaise, il commence sa journée, deux consommateurs séduits par ce môme étonnant, lui donnent ‘une grosse pièce’ (dans les 50 €.) et la réponse fuse, « Mais m’sieur j’ai pas de monnaie »…. Lou Bonin « Tchimoukov » et Sylvain Itkine, du groupe Octobre viennent de tomber en amour pour Rico-Riton… Il a 13 ans, et ils l’emmènent chez Prévert et Grimault, lequel habite près de la porte d’Italie. Et c’est chez Paul Grimault qu’il aura une vraie chambre, Prévert son père adoptif vivant surtout à l’hôtel. Dans cette chambre, Paul Grimault l’enferme de temps en temps pour travailler sa guitare. Car on lui a chouré son banjo, et Grimault, amateur de jazz et guitariste lui donne une guitare. Riton devient Mille Pattes, il a souvent entendu Django, mais ne le connaît pas crolla harcourt 3.jpgencore personnellement… Quelques années plus tard, en 1938, Henri Crolla est devenu un des espoirs du jazz, qui joue régulièrement dans les clubs de la rue Delambre, avec Gus Viseur, et Coleman Hawkins, Bill Coleman ces jazzmen américains qui découvrent qu’en France un nègre n’est pas forcément un sous-homme.

Consécration pour Rico-Riton-Henri, on lui tire le portrait chez Harcourt, avec sa mythique Selmer-Maccaferri 453 qui ne le quittera jamais.

La guerre de 39-40 l’emmène dans quelques péripéties italo-burlesques, car il est encore italien et mobilisé à Naples. On peut résumer sa guerre en deux périodes, une de 2 mois, l’autre de 8 mois.

  • Arrivée au bureau d’incorporation avec une grande détermination: « Mon lieutenant, ne perdons pas de temps, donnez-moi un fusil, faites-moi la liste des gens à descendre et qu’on en finisse.. »
  • Le lieutenant, un napolitain très zen :  Qu’est-ce que vous faites dans la vie ?
  • Je suis guitariste...
  • Eco,va bene.. Vous allez me donner des cours de guitare

Deux mois de leçons, puis lors d’un déplacement en Sicile, Rico déserte, et remonte à pied du Sud de l’Italie pour revenir à Paris… la promenade dure 8 mois.. Mais ceci est une autre histoire…

crolla savitry 4.jpgQui continue à Paris, travailleur clandestin, musicien, frère de rue de Mouloudji, qu’il accompagne dans quelques cabarets, avec une chanson qui leur ressemble « Papillon de Norvège »… pour le côté papillon, pas pour la Norvège…

 

Quelques notes de jazz populaire , pour accompagner la ballade… en attendant la suite …

Norbert Gabriel

Michel Korb chante Francis Lemarque…

27 Fév
Michel Korb sera à l’Essaïon du 2 au 24 Mars, les lundis et mardis à 19h15,  pour faire swinguer en jazz Manouche les titres les plus emblématiques de son père Francis LEMARQUE, en compagnie de Roland Romanelli et Romain Vuillemin.

Pour réserver c’est là –>

L’an dernier, c’était là:

 

Les histoires qu’on se raconte, je les connais d’autrefois,
Mais ce sont des histoires qui comptent
Pour un môme autant que pour moi

Et on a tous en soi quelque chose de Francis Lemarque, qu’on soit de Paris, de Lyon ou de La Cabusselle* …

19 Février, Michel Korb chantait et faisait revivre Francis Lemarque, pour la sortie de l’album et saluer « le pacifiste globe trotter, l’humaniste engagé qui se révolte, le copain généreux qui tend la main, l’homme amoureux, le mari, le poète, celui qui nous aime à travers ses chansons. » Voilà, Michel Korb a résumé avec ces mots l’essence même de Francis Lemarque.

Ce fils de la java et de la rue de Lappe a mis en musique avec un égal bonheur l’air de Paris ou la complainte de John Black, fable douce amère qu’aurait pu chanter Bob Dylan. C’est dans le swing musette, ce jazz champagne que les chansons de Francis Lemarque trouvent leur décor naturel, avec des guitares voltigeuses, de l’accordéon rêveur, c’est un autodidacte de génie qui propose une sorte de chanson bancale, qui monte haut et descend bas, qui est un peu hors des clous, et c’est à Paris..

Prévert lui aurait peut-être dit « Tu composes à l’imparfait de la mesure » mais c’est quand même la bonne mesure … Et il me semble aussi que Prévert avait répondu à la question de Francis: Comment tu fais pour faire de belles chansons ?
Il faut pas te dégonfler mon gars…  et le p’tit gars ne s’est pas dégonflé.

Les chansons de Francis Lemarque, c’est la bande son de ce Paris populi qui a nourri la littérature et le cinéma de Carné, Becker, Hunebelle. Pas des clichés à touristes en mal de folklore, mais une porte entr’ouverte sur l’humanité parigote, avec cette fraternité parfois rugueuse de la rue, une fresque bigarrée avec des aristos en casquettes à l’âme plus chaleureuse que les hauts de forme petits bourgeois. Lemarque, c’est un contrebandier du sentiment, pas de quartier pour les douaniers du désespoir, et comme le temps du muguet,

En partant il nous a laissé
Un peu de son printemps
Un peu de ses vingt ans
Pour s’aimer pour s’aimer longtemps.

Et pour quelques images de plus,

Photos ©NGabriel2019

L’album est en vente libre, →

Il y a Audrey, Enzo-Enzo, Romain Didier, Sansévérino, Thomas Dutronc, Roland Romanelli et les musiciens, François Bernat, Julien Decaux, Patrick Filleul, Romain Vuillemin, Sylvain Hamel, Didier Havet, Mathias Lévy,  merci à Michel Korb  pour ce très beau spectacle et cet album de haute tenue.

* La Cabusselle, village des Cévennes, que Nathan Korb atteint après une épopée cycliste épique, 700 kms, dans l’été 36 et les congés payés, découverte pour les gamins d’Paris de la vie verte et découverte pour les cévenols d’une espèce humaine étrange, le parigot… Dans « L’embellie » de JP Chabrol, il y a toute l’histoire adolescente de Nathan, le gavroche débrouillard de la rue de Lappe, ses 36 métiers, sa force de vie irrésistible, « son ardente vitalité, son courage de petit pauvre, ses roueries aussi.. »

Norbert Gabriel

Henri Crolla 26 Février 1920

26 Fév
crolla savitry

Photo Emile Savitry

Le personnage le plus extraordinaire … selon Moustaki, témoignage dans une revue dont il fut le rédacteur en chef exceptionnel pour le 3 ème numéro.

Né le 26 Février 1920, à Naples,  Rico, Mille pattes, Enrico, Henri Crolla, puis Crolla, au fil des années et des rencontres et de la notoriété.

Le prince des accompagnateurs selon Philippe Meyer…

Un gitan de Naples sorti d’un dessin animé de Prévert et Grimault selon Montand..

Notre petit copain du Flore en 1943-44 selon Simone Signoret

Mon père spirituel selon Higelin,

Frère de rue et de rêves de Mouloudji,

Fils adoptif virtuel de Prévert et Grimault

Un des enfants de la tribu par la mère de Django,  la belle Laurence…

Musicien subtil et unique, démonstration en 1’55 (avec Martial Solal au piano, alias Lalos Bing)

Et quelques airs pour finir cette première page.. à suivre ..

 

 

Pour infos, au cas où, sa notice wiki c’est là

PhotoNGabriel1999

sur la guitare de Crolla–>

 

 

 

Norbert Gabriel

Claire Elzière, artiste interprète…

24 Fév

Le temps des grandes interprètes n’est pas tout-à-fait révolu, Claire Elzière en fait régulièrement l’illustration, comme le 15 Février, à l’Annexe, à Ivry. Un lieu de spectacle -intermittent- dans la tradition du Cheval d’Or où on ne mélangeait pas les fourchettes et les micros … et d’ailleurs, avec la densité du public ce soir-là la question ne se posait même pas les derniers arrivés ont été placés derrière le bar. Et ce fut une superbe soirée, « les chansons meurent si on ne les chante pas. » C’est vrai, et merci à Claire Elzière de faire vivre avec tendresse, humour sensibilité, impertinence, les chansons de Pierre Louki, Anne Sylvestre, Allain Leprest, – dans des chansons peu connues à redécouvrir- Pierre Barouh, Barbara, Nougaro, SarcloRet, et le Bel Hubert, bien sûr … Plus quelques chansons sur mesure, plus une première en auteure …  à suivre …

C’est dans la lignée de Cora Vaucaire, et de Catherine Sauvage ( qui demandait à Ferré les chansons refusées par les collègues, et qui en faisait des succès…) que Claire trace son chemin buissonnier, avec des sorties régulières au Japon, où la chanson francophone est bien traitée.  Les chansons meurent si on ne les chante pas. Et en écho Ferré (ou Louki) aurait pu compléter, pour les interprètes à venir:

Mais je te laisse ça comme une chanson tendre
Avec ta fantaisie qui fera beaucoup mieux
Et puis ma voix perdue que tu pourras entendre
En laissant retomber le rideau si tu veux.

En ce qui concerne Leprest et l’album Marabout tabou, je vous renvoie volontiers à René Troin : « Les mots dansaient déjà, avant que Dominique Cravic les mette en musique. C’est un Leprest inédit, à tous les sens du terme, qu’on découvre avec cet album, un Leprest lumineux, tournant le dos à son versant sombre et (parfois) sentencieux (..)  Loin de la rive gauche, on nage en belle et bonne variété.
Et Claire Elzière ? Elle ne fait rien, comme d’habitude : elle chante. La voix comme son prénom. Sans ronds de bras ni effets de manche, sans appuyer sur les mots. Alors, les mots, ils volent. Même ceux qui sont un peu lourds ? Oui. Même

 Extrait de cette chronique, pour la lire en entier
clic sur le rossignol–>

Je ne saurais mieux dire, c’est ce qu’on entendu à l’Annexe, et qu’on pourra entendre le 11 Mai aux ACP-Manufacture Chanson, et le 15 Juin au Café Jazz Montparnasse dans « Les lundis chansons ».. et ce sera 100% Leprest*.

Le rôle des interprètes est reconnu un peu partout dans le monde, et assez peu en France, où la chanson « de qualité » ne saurait être que chantée par les ACI… Peut-on jouer Molière en 2020 comme en 1725 ? Le texte est le même mais le contexte est différent. Idem pour la musique de Bach, quand les instruments d’aujourd’hui ont beaucoup évolué voire réinventé un répertoire. Le violon est né avec des cordes en boyaux de mouton, il est le plus souvent équipé aujourd’hui de cordes en métal, plus puissantes. Faut-il se priver de ces évolutions pour rester dans le copié-collé originel ? Dont on ne sait rien, le swing de Bach n’était pas écrit sur la partition. Et pourtant Jacques Loussier l’a joué. Grappelli et Django aussi , bien avant..

L’exemple ci-après montre tout ce que peut apporter une vision moderne et des ré interprétations contemporaines d’un répertoire ancien.  Clic sur le violon –>

 

Claire Elzière,  Francesca Solleville, Annick Cisaruk,  Céline Faucher, interprètes , Christian Camerlynck, interprète, et Natasha Bezriche, Barbarie Crespin, Natacha Ezdra, Marie-Thérèse Orain, c’est autant de nuances de Leprest, Pauline Julien, Anne Sylvestre, Debronckart, Vigneault, Ferrat, Louki, Ferré, Nougaro, Fanon, et quelques autres. Parmi lesquels Bernard Dimey, qui offre aux interprètes des possibilités assez étendues dans l’expression des sentiments sur la marche du monde et des humains.

L’art de l’interprète c’est aussi de choisir des chansons qui lui vont bien et pas forcément des chansons qu’il a envie de chanter. Ce n’est pas faire injure à Tino Rossi de constater qu’il n’avait pas la tessiture pour chanter Balavoine et SOS d’un terrien en détresse. Ou à Luis Mariano qu’il n’était pas au mieux dans le blues de Robert Johnson ou Muddy Waters.

*Claire Elzière chante Allain Leprest, 1 CD + 1 livret de 20 p., Saravah, 2014. Paroles : Allain Leprest. Musiques : Dominique Cravic (Grégory Veux et Claire Elzière cosignant chacun un titre), Romain Didier, Etienne Goupil, Olivier Moret, Jean-Philippe Viret. Avec les voix de Pierre Barouh, Dominique Cravic et Sanseverino.

Last but not least : ma relectrice (oui, je me flatte d’avoir parfois une relectrice d’une exigence de bénédictin intégriste) me fait remarquer que je n’ai pas évoqué Juliette Gréco dans les interprètes, c’est vrai, mais en ce qui la concerne, je citerai Moustaki sur Reggiani « Il est l’auteur de 200 chansons qu’il n’a pas écrites. » Et en effet, quand j’entends Gréco et Reggiani, ce sont eux d’abord, le personnage domine, alors que Cora Vaucaire et les autres, j’entends la chanson qu’ils interprètent. Comme le comédien qui va vers le rôle, et non l’acteur qui, souvent, amène le rôle à lui. Ce qui montre que la chanson offre des possibilités variées en matière d’interprétation qui nous sont toutes également aimables, enfin presque ..

Le site de Claire c’est là–> 

Et pour quelques photos de plus,

 

That’s all folks !

Norbert Gabriel

Le roi des ruines, Andoni Iturrioz…

22 Fév

Il y a quelques mois,  je découvrais « Le roi des ruines »…  L’album est sorti, et c’est un des grands albums de l’année…  Rien à ajouter à cette première chronique…

Andoni AAA 3098x2610

Voici Andoni Iturrioz, un soir où il présentait de larges extraits de l’album à venir bientôt…
« La fin du monde en aquarelle » pourrait bien être le titre du spectacle  d’Andoni Iturrioz. C’est paradoxal, mais dans les tableaux menaçants d’une apocalypse dont les contours se dessinent de plus en plus précisément, les envolées  de cet imprécateur lyrique génèrent une force de vie envers et contre tout.  Peut-être que cette apocalypse est nécessaire pour remettre le monde en marche dans la bonne direction. Un autre sous-titre pourrait être, en filigrane « L’insolitude »… Cet état particulier de l’humain seul dans la foule,  cette foule bipolaire, qui protège, ou anesthésie? qui réduit à un fragment robotisé ? Dans un temps révolu -un ancien monde?-  Charlebois avait tatoué sur son bras Solidaritude, on y retrouve le solitaire embarqué dans l’humaine traversée et qui ne peut mettre des œillères pour ne voir que ce qui l’arrange…  Etre le roi des ruines, ou le gardien d’une oasis saharienne qui disparait sous le sable …  Sous le sable les oasis perdues ?  

C’est la palette de Vlaminck ou Goya qui suggère les décors des chansons d’Andoni Iturrioz. Les mots ont des couleurs de soleil couchant et d’incendie. Et on se prend à frémir  en pensant aux lointains parents qui se demandaient avec angoisse si le soleil couchant reviendrait le lendemain… On sait qu’il revient, mais si c’est pour éclairer Guernica My Laï ou Oradour, l’aquarelle de fin du monde est moins avenante. Par chez nous la couleur jaune devient dominante, comme le rire du prophète ?

C’était en 2014, prophétique n’est-ce pas?

 

Pour la sortie de l’album, « Le Roi des ruines »  le tam tam des étoiles nous informe que ça vient dans quelques jours ..  et en attendant

DIM., 15 SEPT. À 20:30  Nour et ses invités #3    BATEAU EL ALAMEIN · Paris

 

Un extrait de l’album à venir,

 

 

Le site  d’Andoni,  c’est là –>

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Norbert Gabriel

Scènes vivantes et plaisirs partagés, avec Nour et Cie ..

17 Fév

Au bon vieux temps de Trenet, on avait,

….du music-hall
On dira tout c’qu’on peut en dire
Mais ça restera toujours toujours l’école
Où l’on apprend à mieux voir,
Entendre, applaudir, à s’émouvoir
En s’fendant de larmes ou de rire.
Voilà pourquoi, la, do, mi, sol,
J’aim’rai toujours le music-hall

Pour les générations suivantes élevées à la TSF ou au transistor, il y eût les Discorama, puis les émissions de Foulquier, avec ces moments rares de rencontres inattendues, Juliette et Baloji, Thomas Dutronc et Tiken Jah Fakoly, et tant d’autres où les artistes se croisaient et réinventaient parfois leur art au gré de ces rendez-vous impromptus.

Il y a eu aussi les lundis de la Pépinière Opéra, dont on retrouve l’esprit avec les lundis chanson au Café Jazz Montparnasse:  un invité principal propose au public de découvrir des artistes qu’il aime. Et qu’il présente.
Récemment, en Janvier, Lise Martin avait réuni Nicolas Duclos, Nour, Valentin Vander, Alissa Wenz (ordre de passage en scène ) pour des séquences de deux chansons et un duo avec elle. Pour rappel, lire ICI

Et parcours logique après cette soirée exceptionnelle, c’était de suivre l’invitation de Nour  qui programme régulièrement des spectacles avec invités. Comme ce dimanche 16 Février, sur le bateau El Alamein, avec Automne Lajeat, Ben Herbert Larue, Katrin Wald’teufel (Cello Woman), Nicolas Duclos, Nicolas Jules, (ordre alphabétique) dans une formule où chaque invité-e a une chanson, accompagnée au piano par Nour, après une courte biographie de la meneuse de revue, dont nous dirons que la fantaisie est très réjouissante … Autant la bio que l’auteure. Puis un duo avec Nour, dans une de ses chansons. C’est du spectacle 100% vivant, avec tous les frissons inhérents à ce genre de funambulisme.

J’ai le corps et le cœur entier qui vibre encore de cette soirée d’hier soir!
À chaque fois je suis sur un fil, je ne sais jamais si mes doigts, ma tête vont réussir à se souvenir des chansons de chacun des invités, vu que j’ai souvent très peu de temps pour mettre en place et travailler les morceaux, le spectacle…

Et à chaque fois il y a quelque chose qui me dépasse, qui se passe, qui fait le funambule…
Je me sens remplie
. (Nour )

Pour faire un bref portrait de Nour, selon son école, je dirais que c’est une Shéhérazade dont la plume délurée et incisive décape sans complexe les choses de la vie, avec une voix de diva jazzy, , une sorte de Carmen aussi émancipée que celle de Mérimée, c’est la flamme et le feu, et j’en connais qui s’y brûleraient volontiers… Après cette présentation, des extraits musicaux s’imposent . Pour vérifier.

et ne nous privons pas de lumière ,

Suivez donc Nour la lumière clic  ici →

Après l’orage, ( ma préférence) vous pouvez écouter l’album..

et  voir quelques photos de plus,

 

That’s all folks et le spectacle continue !

Norbert Gabriel

Sortie du nouvel album de Julie Lagarrigue, « Amours Sorcières » : une planète de poésie

16 Fév

 

Le 21 février prochain, c’est le Rocher de Palmer à Cenon (33) qui accueillera le concert annonçant la sortie du nouvel album de Julie Lagarrigue (Julie et le Vélo qui Pleure), « Amours Sorcières ».

Le contenu n’en est plus vraiment secret, les chansons le composant ayant déjà depuis plusieurs mois promené leur âme au gré des scènes, dans l’étoffe d’arrangements sonores variant d’un concert à l’autre, et invité le public à laisser danser les émotions dans son cœur [lire ici]. On ne peut néanmoins qu’apprécier la qualité de l’enregistrement sonore, attendu impatiemment, qui fut réalisé par Patrick Lafrance et mastérisé par Alexis Bardinet au studio Globe Audio, et l’attention portée au sens du détail parsemé, qui, loin de disperser l’oreille pour la détourner de l’essentiel, verdoie avec délicatesse l’esthétique du champ musical d’où on écoute éclore les fleurs que l’imagination de Julie Lagarrigue a cultivées pour nous. Car, si, sous prétexte de thématiques variées, les chansons de l’artiste parlent avant tout de sentiments humains très intimes et d’amour (« Le vent du sud », « Doucement », « Le jardin manque d’eau »), d’introspection émotive (« Le beau de la forêt ») et de doutes psychiques entretenus par les rôles négatifs de nos propres consciences (« Qu’est-ce qui m’arrive ? »), la nature y est omniprésente et s’y exprime par des sons de la végétation et l’évocation des arbres (« Le jardin de la sorcière »). A en croire que l’amitié qui lie Julie Lagarrigue aux artistes Agnès et Joseph Doherty, et surtout leur immense passion pour le sujet, qui a enfanté leur spectacle « Au cœur de l’arbre », en tournée dans la France entière [ici], a débordé de leur œuvre pour s’immiscer dans l’univers de ce disque. Comment un spectacle qui change le regard d’inconnus ne pourrait-il pas atteindre celui des proches?

Avec le titre « Le vent du sud » qui ouvre l’album sur une couleur dépaysante aux accents cajuns, l’orientalité amenée par le jeu du oudiste Ziad ben Youssef, d’abord parcimonieusement dès le second morceau, pour revenir avec plus d’intensité sur d’autres titres (« Le jardin manque d’eau »), les références à la musique Charleston sautillant de notes en notes sur les cordes du banjo d’Anthony Martin  et s’écriant dans les chœurs aux engouements gospeliens et chamaniques (« Les bottes »), la déstabilisante percée de l’étrange angoissant, propre à terroriser s’il n’était pas empreint d’humour (« Qu’est-ce qui m’arrive ? ») et la légèreté chaloupée aux faux-airs de « Poil dans la main » de Jacques Higelin (« La vie les bonbons »), la Chanson Française de Julie Lagarrigue  s’amplifie d’horizons d’inspirations très éloignés, se décontracte, s’approfondit, puis se ravive tour à tour. Et il suffit de n’attendre que la quatrième plage pour entendre, comme ce fut souvent le cas lors des concerts de l’artiste, le spectre vocal de Barbara venir roder dans la douceur et l’élégance de son timbre et veiller d’une lumière familière sur l’interprétation de la chanson « Dis le moi ». Si des émotions profondes, parfois tristes, mais toujours belles, envahissent l’espace d’une composition, l’humour espiègle sait surgir de la chanson qu’on imagine autobiographique « Mon mec est un scientifique », et on y mesure combien un regard littéraire et artistique doit être créateur pour voir la poésie du scientifique. Et comme un rappel du gout que l’artiste nourri pour la différence, qui lui fit au cours des derniers mois habiller ses compositions sur scène avec des arrangements et des instrumentalisations changeants, on retrouve sur l’album deux versions de la chanson « Le beau de la forêt » qui lui dessinent un feuillage et en esquissent un visage différent. Mais plutôt que de penser que Julie Lagarrigue n’a pu choisir entre les deux versions, l’ouïe attentive comprendra les raisons évidentes pour lesquelles elle a choisi les deux.

Seul bémol, on regrettera cependant… Non, je plaisante! On ne regrettera rien, rien de rien, et surtout pas d’avoir glissé nos pas dans l’univers de cette artiste qui sait planter du cœur en quelques notes, avec des mots et de la grâce, pour offrir un nouvel album qui sera une petite planète de poésie.

 

Miren Funke

photos : Miren

 

Le vélo qui pleure  –> c’est   ici

 

Natasha Bezriche : lumière noire Rouge Ferré et vie d’artiste… et Dames brunes..

14 Fév

dames 3

Natasha Bezriche sera au Théâtre Clavel

le 8 mars 2020
pour Dames brunes, chansons de Barbara

Première d’une série, cette chronique de spectacle est de 2013, mais elle reste valable autant pour ce qui est des artistes de scènes, des interprètes, et des femmes qui chantent.

David Desreumaux  Hexagone

La vie d’artiste, c’est souvent ombre et lumière. Et la lumière est d’autant plus belle quand l’ombre est profonde. Avant d’arriver sous les projecteurs, il y a un long parcours, et les aléas de la vie quotidienne. Lorsque Natasha Bezriche a commencé avec Les anarchistes, il est apparu qu’elle n’était pas au top de sa forme vocale. Mais dès la troisième chanson, sur un tempo plus lent, plus mesuré, elle reprend le contrôle de son art avec maestria. Avec le talent et le métier d’une comédienne qui sait faire passer l’émotion vers le public pour l’embarquer dans les multiples chapitres de l’oeuvre de Ferré (car sans travail le talent n’est qu’une sale manie, disait Brassens).

On saura à la fin du spectacle qu’un coup de froid dans une précédente soirée à 10° de température ambiante avait quelque peu engourdi les cordes vocales. C’est avec Ni dieu ni maître, commencé mezzo voce et terminé en plénitude vocale retrouvée, que Natasha Bezriche boucle ce tour de piste spécial Ferré. Dans lequel elle a alterné quelques unes des chansons les plus connues, et mis en avant des chansons moins choyées par les médias et top divers. Et c’est dans celles-ci qu’on prend le plus de plaisir, par la découverte, ou la redécouverte, par le soin d’une comédienne chanteuse qui fait vivre ces textes de l’intérieur.

Léo Ferré a toujours été bien servi par ses interprètes, depuis la plus fidèle, Catherine Sauvage, ce sont celles et ceux qui ont mis en spectacle ses chansons qui l’ont le mieux honoré. On ne peut pas en dire autant de quelques compilations opportunistes dans lesquelles certains invités ont fait un passage très facultatif. Avec Natasha Bezriche, c’est une approche à la fois puissante et sensible… L’affiche rouge, pour la mémoire,  une Jolie môme qui a peut-être eu Vingt ans au Quartier latin, et qui fredonnait le Pacific blues, d’un petit soldat perdu dans une guerre lointaine, Est-ce ainsi que les hommes vivent, Tziganes sans frontières dans cette Lumière noire, mais quoi qu’il en soit, Ni dieu ni maître !

C’était au Vingtième Théâtre, lundi 16 décembre, à Paris. Pour quelques extraits musicaux de ce spectacle dont il existe un album, enregistré en concert, et les dates à venir,

Voyez le site de Natasha Bezriche.

Et pour réserver c’est là: https://www.theatre-clavel.com/index.asp#r1

En bonus, une chronique album signée de David Desreumaux en 2015 dans Hexagone.

Et pour quelques images de plus ,

 

Norbert Gabriel

Alliance, avec Liz Cherhal chez Pension Thénardier…

13 Fév

Photos©NGabriel2020

Eblouissante Liz Cherhal, dans le spectacle bi-lingue (Chant-signes) Alliance, chanteuse auteure paroles et musique, danseuse, meneuse de revue, elle nous a embarqués dans un opéra-pop-rock de mots de gestes et d’envolées musicales à faire exploser la Pension Thénardier qui l’accueillait avec ses partenaires,  Morvan Prat (guitare, violoncelle, machines), Christophe Piot (batterie, clavier), Cyrille Gérard (danse, langue des signes). Mise en scène de Néry Catineau.

Quand on a peu -ou beaucoup- suivi sa route baladine, et ses différents spectacles, on finit par se demander si elles ne sont pas plusieurs à l’intérieur, et ça ressort en éruption volcanique dans Alliance.

On l’a connue naguère en demoiselle Ronchonchon, la voici en puncheuse amoureuse de la vie, résolue à ne jamais céder aux vents contraires, quoi qu’il arrive. Cette sauvage est une battante,

Je suis un drame je suis la maison
Je suis une larme je change de prison
Je suis parole au fond du placard
Je suis symbole mais sans le vouloir
*
Je suis entière, je suis vibrante
Je respire je vis
Je vais toutes sirènes hurlantes
et je crie à l’envie.
*
Je suis entière, je suis vibrante..

On évoque parfois « la petite musique intime » des artistes qui dupliquent ad libitum les mêmes thèmes comme un copié-collé d’une même création originale.
D’autres remettent sans cesse sur le métier leur ouvrage, avec l’ambition d’explorer d’autres horizons… Ou de casser leur image ? Pourquoi pas ? Ou d’en faire une lumière diffractée par un prisme qui réinvente leur art. C’est l’aventure du funambule qui avance sur le fil en ayant abandonné le balancier et les sécurités rassurantes. C’est le choix de Cyrano dans son éloge de ce chevalier illuminé qui s’attaque aux moulins à vent dont les grandes ailes peuvent l’envoyer dans la boue … ou dans les étoiles. Et Liz fait un grand saut dans les étoiles .

C’est un spectacle multiple, la traduction en « chant-signe » donne des chorégraphies d’un modernisme fascinant, avec des musiques qui sonnent parfois comme des tocsins, à l’amour, à la vie. Merci Liz Cherhal donner envie.

A tous ceux qui ne refont pas leur vie,
mais qui par une nouvelle alliance la continuent.

NB: Une autre bonne raison d’avoir l’album Alliance, c’est la dernière page du livret, mais je ne dirai rien de plus, à vous de voir ce qu’il en est . Il n’aura échappé  à personne que Morvan Prat est un partenaire privilégié dans cette Alliance …

Et pour quelques images de plus, à la Pension Thénardier le 11 Février 2020,

Photos©NGabriel2020

 

Suivez Liz et son Alliance clic ici–>

Vous y trouverez entre autres un blog sur la vie d’artiste absolument jubilatoire… Et on se dit que Liz Cherhal est la super bonne copine dont on rêve… Au risque d’en tomber amoureux … Et quand vous aurez lu la relation du concert à Etampes avec des panneaux roulants sur une scène en pente, vous verrez que Raymond Devos aurait pu avoir une fille nommée Liz Cherhal.

*L’opéra occidental est né en Italie à Florence au XVIIe siècle. Parmi les ancêtres de l’opéra figurent les madrigaux italiens, qui mirent en musique des situations avec des dialogues mais sans jeu de scène.
Les mascarades, les ballets de cour, les intermezzi, ainsi que d’autres spectacles de cour de la Renaissance, faisant intervenir des figurants, de la musique et de la danse…   Opéra pop rock correspond bien à cette Alliance.

Norbert Gabriel

BELFOUR

11 Fév

Photo©FabienGarou

Il est rare, voire rarissime de présenter dans ce Blog Collectif des artistes « pas vus en scène » mais il se dit qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’idées… C’est possible, même si ce n’est une garantie absolue … et puis, il y a ces  extraits de spectacle,  ça suffit pour avoir envie…

Live à la Coopérative de Mai : 

 

 

 

 

Actualités Présélection FAIR 2020, compilation de la Fédération des Festivals de Chanson Francophone, sortie du premier clip en novembre 2020…

Une quarantaine de concerts en 2018,2019 avec Gaëtan Roussel, Benjamin Biolay, Bertrand Cantat, Eiffel, Les Hurlements d’Léo, Collectif 13… 

En 2019, ils ont joué au Printemps de Bourges, au MAMA Festival (Paris),   à L’Estival (Saint Germain en Laye)…

Actualités Présélection FAIR 2020, compilation de la Fédération des Festivals de Chanson Francophone, sortie du premier clip en novembre 2020…

Une quarantaine de concerts en 2018,2019 avec Gaêtan Roussel, Benjamin Biolay, Bertrand Cantat, Eiffel, Les Hurlements d’Léo, Collectif 13… 

En 2019, ils ont joué au Printemps de Bourges, au MAMA Festival (Paris), à L’Estival (Saint Germain en Laye)…

 

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That’s all folks !

Norbert Gabriel

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