Chanter des fois, ça fout l’cafard…

9 Jan

Après trois semaines entières
De bonheur que rien n’altérait
Mon amant dont j’étais si fière
Un triste matin me plaquait
Pour calmer mon âme chagrine
Je résolus en un sursaut
De me piquer à la morphine
Ou de priser de la coco
Mais ça coûte cher tous ces machins
Alors pour fuir mon noir destin

J’ai fumé de l’eucalyptus
Et je m’en vais à la dérive
Fumant comme une locomotive
Avec aux lèvres un rictus
J’ai fumé de l’eucalyptus

Dès lors mon âme torturée
Ne connut plus que d’affreux jours
La rue du désir fut barrée
Par les gravats de notre amour

(Toute ressemblance … etc)

Un jour où l’autre, les cruelles révélations de la réalité vous rattrapent et vous crucifient avec les clous de vos contradictions intimes… (C’est beau comme du Marie Dubas surtout les deux dernières lignes de l’extrait ci-dessus, «  La rue du désir barrée par les gravats de notre amour… » c’est irrésistible. )

Mékesskispassdon ?

Zazie ?? Toi ici ? Quelle surprise ! Chère Zazie, je suis une vieille souche ancrée sur ses certitudes comme une moule à son bouchot, je ne comprends rien à cette nouvelle mode des chanteurs français qui chantent en anglais. Bon, je sais qu’il y a de menues préoccupations comme la faim dans le monde, la fin du pétrole, la fin des haricots, la fin des dinosaures, la fin de l’année, la déforestation de l’Amazonie, la fin possible de la banquise, la fin de droits, la fin du monde qui arrivera un de ces jours, la fin de mois 7 jours par semaine, mais moi, mon truc, mon hobby, ma passion, mon obsession, ma croisade, ma mission sacrée par Ste Anne, St Georges St Jacques, St Pierre Barouh, St Léo, et St Michel, ma mission en ce bas monde c’était la CHANSON ! Pour l’autre monde, on verra plus tard. Figure-toi chère Zazie, que la réalité évoquée plus haut me fait savoir que je dois être un vieux pervers qui va au spectacle de chansons en espérant voir les artistes « se foutre à poil » et ça, parce que je suis un fervent amateur de la chanson, francophone, de préférence.

– Méké méké skecé ksett histoire ?

Alors voilà : une chanteuse française qui chante en anglais a justifié ce choix en arguant que si elle chantait en français, elle aurait l’impression, je cite «  de se foutre à poil… »

Ça m’a fait un choc. Serais-je un libidineux honteux qui ne guette que l’effeuillage de l’artiste devant son micro ? Quand j’écoutais la TSF – oui, quand j’avais ton âge, mes grands parents disaient la TSF pour la radio, ce truc que tu regardes dans ton Iphone – je n’avais pas l’image, mais j’avais l’imagination, et finalement, en vibrant avec Bécaud « mes mains dessinent dans le soir….» je devais déjà avoir l’oeil en coin, pas pour déshabiller Bécaud, bien qu’il fût joli garçon, mais pour mieux apprécier « …la forme d’un espoir qui ressemble à ton corps » je devais déjà être obsédé à 10 ans sans le savoir. Mais j’aurais dû m’en douter, mon intérêt soutenu pour les films avec Ava Gardner, Rita Hayworth, Martine Carol, ou Gina Esmeralda, c’était un signe … ah Gina … Victor Gina-Lollobrigida.jpgavait rêvé Esmeralda, et il n’aurait pas pu rêver mieux que Gina. Et puis elle avait une chèvre très mutine… Mais je digresse, revenons à nos moutons. Et nos chansons. 

Il n’y a pas que les french chanteuses qui m’ont révélé des émotions intenses, je succombais volontiers et à répétition aux charmes musicaux de Mahalia Jackson, de Sidney Bechet, de Louis Armstrong, de Bix Beiderbecke, de Billie Holiday, de Rhiannon Giddens. Qui m’ont transporté dans des mondes de merveilles imaginées ou de drames entr’aperçus dans ces étranges arbres fruitiers du vieux Sud . Et puis Crolla, et Django, avec leurs envolées poético-lyriques de musiciens inspirés, avec leurs mélodies qui racontent quelque chose touchant souvent à l’universel. Et tu vois, Zazie, quand j’entends ces néo-pop-rockers (de Clermont Ferrand) qui babillent en anglais (de Clermont Ferrand) ça ne me fait rien. Ou pas grand chose, ni chaud, ni froid, à peine tiède.

Au mieux, cette jolie ballade folk  (de Clermont-Ferrand) me donne envie de réécouter Peter Paul and Mary, « a tiny sparrow » ou « Puff the Magic Dragon » ou « le déserteur » qu’ils chantaient pendant la guerre du VietNam… Et puis elle était belle Mary Travers… mais la première fois, je n’avais pas l’image, juste les voix. Ces folksingers osaient les chansons de cette poésie rebelle qui se bat sans mégoter ni barguigner, ni torticuler pour faire le top du hit dans le show avec des artifices discutables.

mary t.jpg

Et même en anglais, (de New York City) il se passait quelque chose.

Tu vois Zazie, c’est pas une question de langue, c’est une question d’histoire, ou d’histoires, il y a des chansons qui racontent des histoires, ou une histoire, celle des hommes. Et que ce soit en français, en anglais, en espagnol ou en javanais, c’est ce genre de chanson que j’aime. Une anecdote pour finir, il y a 30 ans je faisais tourner pendant des heures un album de Leonard Cohen, avec une chanson « My gypsy wife » et chaque fois, cette chanson provoquait la même émotion intense, je n’ai jamais cherché à traduire, sauf il y a quelques jours, en rangeant des vieux souvenirs, tu trouves un truc qui en découvre un autre, et un autre, et m’est revenue cette chanson avec ce solo de violon extraordinairement émouvant, et j’ai jeté un oeil sur le texte traduit, c’est en effet une belle histoire très émouvante, mais je n’ai pas eu besoin de la traduction pour le ressentir.

Parce que dans cette chanson Leonard Cohen s’est « foutu à poil » justement.

 

 Norbert Gabriel

Bande son; « Puff the magic dragon »

 

 « My gypsy wife »

(première version) cette chanson est toujours au répertoire de Leonard Cohen. Et autant par son contenu que par la fidélité de l’auteur, cette Gypsy Wife me fait penser à Suzanne, je ne sais s’il y a eu des indications en ce sens?  

 PS : que l’Auvergne n’entre pas en éruption, je n’ai rien contre Clermont-Ferrand, j’aime beaucoup cette région, et ses indigènes, Riom, Mozac, Vialatte, Gergovie, Thiers, et St Paul de Landes et du Cantal, c’est juste le rock anglo-arverne qui m’agace. Et le bal folk de Laroquebrou mérite le détour.

 PS 2 : L’agacement n’étant pas mon état favori, et puis ça finit par gâcher le teint, j’ai pris la résolution ferme de commencer la nouvelle année avec un salut à L’espoir têtu de Serge Utgé-Royo (au sujet de la chanson francophone) et aussi à Henri Courseaux dont la conférence didactique sur la chanson à texte promet quelques bons moments de culture et d’humour…  Ce n’est qu’un début, continuons le débat. Et terminons par un peu de spirituel avec la Bible, mais en version allégée, 

3 Réponses vers “Chanter des fois, ça fout l’cafard…”

  1. Danièle Sala janvier 9, 2020 à 14 h 57 min #

    Je te suis dans tes émotions et indignations au sujet des chanteurs franglish, voire auvergnatoglish ! Les chanteurs qui me filent le frisson sont ceux qui se mettent à poil, dans n’importe quelle langue, même si je ne comprends pas toujours les paroles, Cohen, Ibanez, , et Ella Fitzgerald beaucoup d’autres sont de ceux-là…Tout comme les volcans d’Auvergne peuvent encore cracher de la lave chaude, il n’y a rien de mieux que de s’exprimer avec ses tripes, sans cacher la misère sous un déguisement linguistique.
    ps : Ah ! Joyet, ma bible préférée !
    Une indigène de Mozac.

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  2. Jacques Vassal janvier 9, 2020 à 15 h 34 min #

    Bonjour Norbert. Il y aurait tant à dire mais vous avez plus que raison. Tous les pays, toutes les langues, tous les pays ont leurs chansons. Et même, les chansons nous aident à apprendre les langues et à pénétrer (un peu) de l’âme des peuples et de leurs cultures. Le problème de ces jeunes chanteurs, chanteuses ou groupes de la « nouvelle French scène » (plus si nouvelle que ça depuis vingt ans au moins qu’on en parle d’ailleurs), c’est qu’ils ou elles croient que l’anglais est l’indispensable pour le succès commercial, du moins pour être entendu à la radio, ou pour toucher un public. Alors que ce qui compte, c’est de faire vibrer l’auditeur et ensuite, quand ça vibre, il est toujours possible (voire agréable !) de réfléchir et de comprendre comment ça marche. Vous avez raison mille fois aussi de rappeler la magie de « The gypsy wife » de Leonard Cohen. J’ai eu l’honneur et le bonheur de rencontrer ce grand artiste et d’échanger avec lui un certain nombre de fois. « The gypsy wife » (1979, créée dans l’album « Recent Songs » est bouleversante, entre autres, grâce à la voix confidentielle d’un Cohen qui, alors, souffre dans sa vie personnelle (sa femme Suzanne, pas celle de la célèbre chanson mais la compagne de sa vie pendant dix ans à peu près et la mère de ses deux enfants Adam et Lorca, vient de le quitter, et d’autre part sa mère – à qui deux autres chansons de l’album sont dédiées – est décédée environ un an plus tôt. C’est un homme malheureux qui écrit et enregistre cet album. Mais il (il = l’homme et aussi l’album) est transcendé, transfiguré par la musique, un doux country-rock légèrement jazzifiant par le groupe texan Passenger, deux belles choristes plus deux extraordinaires solistes, d’origine arménienne : John Bilezikhian (oud) et Raffi Hakopian (violon). Ils illuminent le disque et notamment cette chanson. « Recent Songs » est l’un des plus beaux albums de toute la discographie de Cohen, mais aussi l’un des moins connus hélas.
    Peter, Paul & Mary : formidable groupe dans son genre ! Et francophile avec ça. Quand ils venaient chanter à Paris (je les ai vus à l’Olympia plusieurs fois), outre qu’ils chantaient « Le déserteur » en effet, Peter Yarrow avait toujours à cœur de présenter certaines chansons, et au moins de dire quelques mots comme bonjour ou merci, à la salle, en français. Et Joan Baez en faisait de même. Elle ne chantait pas que « Le déserteur » d’ailleurs mais aussi, au fil des ans « Pauvre Rutebeuf » (musique de Léo Ferré), « Parachutiste » de Maxime Le Forestier, « Les choses les plus simples » de Gabriel Yacoub ou dans sa tournée d’adieux de l’été 2019, « L’Auvergnat » de Brassens. Comme quoi on peut être Américain et aimer la langue française. Il n’y a guère qua la nouvelle génération de la « French touch » à croire le contraire. Mais s’il n’y avait que dans la chanson ! Aujourd’hui on a la « Gay Pride », la « Fashion Week », le « Disquaire Day » et le site « Life for Paris »… tous ces noms sont en général inventés, adoptés ou suscités par des gens qui, d’ailleurs, ne savent ni l’anglais, ni le français. Enfin bref. Chantons sous la pluie et le beau temps ! Aimons notre langue et aimons écouter les autres ! Merci à vous et bonne … euh, Happy New Year !
    Jacques Vassal

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    • leblogdudoigtdansloeil janvier 9, 2020 à 22 h 27 min #

      Dans les musiques et les chansons de Leonard Cohen, j’ai été subjugué par le violon de Raffi Hagopian; il y a 3 ou 4 ans, dans la rue, ce son de violon m’est revenu dans les oreilles, il m’a fallu un bon moment pour retrouver la piste et l’origine, en fait c’était « The guests » et My Gypsy wife a suivi .. et l’émotion est toujours intacte .

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