Retour sur le tracé d’Ecart, un groupe qui laisse son incursion poétique singulière dans l’aventure du Slam francophone

19 Juil

L’histoire de la chanson est ainsi faite, d’artistes et d’œuvres qui vivent la chance de rencontrer leur public immédiatement, et durablement ou pas, et aussi d’autres, dont l’actualité ayant été peu ou mal perçue des oreilles de leurs contemporains, restent pour un temps éclipsés jusqu’à ce que la trace qu’ils ont inscrite réapparaisse et que son importance soit estimée à sa juste valeur. Il est aussi des publics qui ne peuvent pas croiser la trajectoire d’un artiste au moment opportun, et des médias qui passent à côté d’une merveille méritant une attention particulière, sans daigner y jeter un regard. Nous n’étions pas de ceux là il y a trois ans, lorsque le groupe Ecart, formé par le poète slameur Eric Cartier, le guitariste Christophe Isselee, tout comme lui ancien membre du groupe Vibrion, qui fut parmi les pionniers du Slam en France, et la batteur-percussionniste et clarinettiste Alexis Kowalczewski, fit escale à Bordeaux pour nous faire découvrir la richesse d’un univers qui s’inventait et que les trois artistes nous esquissaient avec passion lors d’un entretien qu’ils nous avaient accordé alors. Malheureusement une usurpation (maladroite ou malveillante ?) dans l’entourage professionnel du groupe -prétendument chargée de servir d’intermédiaire- nous ayant signifié qu’il était préférable pour le groupe que l’entretien ne soit pas publié sur le moment, mais gardé sous le coude provisoirement jusqu’à son aval (qui ne vint jamais), nous avions consenti alors à répondre favorablement à la requête que nous pensions à tort émaner des membres du groupe. Hélas à la lumière de récentes infirmations, il apparait évident qu’il est parfois des professionnels du milieu artistique suffisamment prétentieux pour s’octroyer un pouvoir et s’investir d’une mission que les artistes ne leur ont pas confiés, de même qu’il est des chroniqueurs trop naïfs –mea culpa- pour suspecter le mensonge là où il n’a aucune raison logique d’exister. Je regrette amèrement l’excès de confiance et de crédulité dont je fis preuve à ces heures, et d’autant plus amèrement qu’Ecart a aujourd’hui cessé d’arpenter les scènes et qu’il ne nous est plus pour le moment possible d’écouter croitre, bruire et prendre ampleur le vaste champ dont les semences alors jetées par le groupe prophétisaient la fertilité, et de l’entendre orchestrer ce qu’il avait à nous dire, ses musiciens participant actuellement à d’autres projets artistiques. Aussi, s’il est permis aux mots de servir parfois à rétablir un peu de justice, même tardivement, les miens s’autoriseront-ils un retour sur un passé pas si lointain et qui me semble pourtant déjà être de ces moments de créativité appelés à intégrer le patrimoine de la Chanson et y jouer un rôle dont la postérité mesurera la singularité, l’ingéniosité et la clairvoyance innovatrice, pour tenter d’éclairer un peu l’amorce d’épopée de ce groupe qui a su orienter le Slam vers une certaine transcendance et transporter des paroles justes, un sens moderne du jeu de mot (« G 8 ans » qui nous interpelle sur le sort imposé aux enfants du Tiers-Monde par la politique économique mondiale) et la magie de la langue française dans un vaisseau musical où se métissaient des influences nourricières, d’un élan de Blues  tellurique (« De là ») aux parfums orientaux (« Le citron frappé ») et parfois envouté d’une entêtante tourne hypnotique évoquant l’obsédant « Sinnerman » de Nina Simone (« Choukran »). M.Funke

 

« S’assèche et se craquèle

La croute terrestre

Qui ne connait plus que des pluies de plombs

Déformées par le fracas de la poudre aux yeux

Pleurs des enfants » (« Capital »)

L‘Ep « Tracé » qui annonçait la préparation d’un album à venir en 2017, distille, au gré des variations d’un climat sonore savamment détaillé, des textes, déclamés et chantés par la présence d’une voix grave et douce, qui nous invitent à l’appréhension d’un monde irrigué de sources culturelles hétérogènes et ouvrent de larges espaces à visiter. Il fonde une énergie propre à happer nos sens, au propos non dénué d’engagement, et implante des émotions pénétrantes, « des sédiments pour nos sentiments » (« Le citron Frappé ») qui après nous avoir captivés, nous rendent à nous-mêmes un peu différents : graves et légers, embrumés et extralucides à la fois, comme revenus à la pleine conscience après une hypnose, avec le sentiment d’avoir vécu un voyage authentique, « cet ailleurs qui devient un nouvel ici » (« De là »). Voyage que le public présent lors des représentations du groupe à l’affiche de multiples festivals jusqu’en fin 2017 ne pouvait que goûter et savourer avec plus de précision et de vivacité encore, Ecart et son univers investissant pleinement les scènes sur lesquelles il eut l’art de l’animer, avant de cesser ses activités -momentanément, espérons le- après la mise en ligne sur la page du groupe de l’extrait «L’échappée Bulle».  « Quoi qu’il arrive, qu’on y pense ou pas,  on ne fait que passer » précisaient les dernières paroles de la chanson « Passer au pas » qui clôture l’EP: rien n’est moins sûr pour ce groupe qui œuvrait à ouvrir un couloir d’air dont la fécondité pourrait s’avérer bien moins anodine que certains le crurent, et faire référence à l’avenir. Et quand bien même, Ecart n’aurait-il fait que passer pour « juste faire pousser des poignées de bonheur » (« Choukran »), il eut au moins l’intelligence de saisir la nécessité de le faire. Alors merci d’être passé.

Et puisqu’Il n’y a plus que les images rares et belles qui rassemblent (« De là »), des images telles qu’Ecart sut en imaginer, nous nous permettrons, par principe, de publier ce jour l’entretien que les membres du groupe nous avaient accordé lors de leur passage à Bordeaux en 2016 pour nous raconter un peu Ecart, sa genèse, son travail et sa vision.

 

– Bonjour messieurs et merci de nous accorder cet entretien. Ecart est une formation qui vient d’éclore, et pourtant chacun de vous a déjà un activisme de longue date dans la musique. Comment vous êtes vous connus ?

– Eric : Moi et Christophe nous connaissons depuis très longtemps, avec Alexis depuis un peu moins, mais on a toujours fait de la musique ensemble depuis notre rencontre. Nous avions fondé avec Christophe et deux autres amis, Fréderic Nevchéhirlian et Stéphane Paulin, puis Julien Lefèvre qui nous avait rejoints plus tard le groupe Vibrion. Le groupe s’est arrêté de fonctionner à un moment, car Fred avait l’envie et l’opportunité aussi de développer un projet solo ; moi aussi d’une certaine manière. Vibrion n’a pas clashé ; c’était une séparation un peu naturelle.

– Christophe : Certaines histoires connaissent des moments où les uns ne peuvent pas répondre aux besoins des autres, et vice versa. Donc les séparations se font naturellement, sans heurt, sans blessure, et chacun trouve sa voie personnelle à poursuivre. Un projet collectif est aussi formé d’individualités, qui ont besoin de s’exprimer ailleurs parfois. Ceci dit on continue de se voir ; l’an dernier nous avons joué avec Fred, et c’était plaisant de se retrouver sur scène ensemble. Mais Eric a une plume, et il fallait qu’il soit aussi reconnu pour ça. D’où la nécessité de faire vivre cet autre projet.

– Eric : Ce qui est positif, c’est que nous nous retrouvons dans une dynamique où chaque projet des uns et des autres sert quelque part les autres projets, dans un échange et un partage permanents. C’est en ça que ça me fait bizarre de dire que Vibrion est fini. Parce que malgré tout il reste une entité Vibrion qui existe encore, et impulse chacun de nous dans ce qu’on fait à la suite du groupe.

– Christophe : Cette expérience nous a confortés dans l’idée que l’écriture telle qu’on la connait dans le Slam ou la poésie déclamée avait une vraie place à prendre dans le paysage musical ; ça a permis d’assoir une conviction qui était la notre, de voir que ça pouvait fonctionner et qu’il y a un public désireux d’entendre ça. Il faut dire qu’à échelle régionale, autour de Marseille, Vibrion a été un des groupes, si ce n’est le groupe, précurseurs du genre, qui mettait en avant une poésie déclamée, très fournie, parfois alambiquée, à haut débit, inspirée du « spoken word » avec une proposition musicale autour du texte.

– Eric : Pour revenir à notre rencontre, il se trouve que je vis à présent à Lautrec dans le Tarn où est organisé un petit festival nommé « FestivAout ». En 2012 ce festival m’a programmé en me donnant carte blanche pour organiser le concert selon mes envies. J’ai donc appelé mes deux amis pour leur proposer de jouer en formation. Cela nous a beaucoup plu et nous avons décidé d’essayer de développer cette histoire. 

– Alexis : Eric s’occupait de l’atelier d’écriture du Café Slam de « Alors Chante ! » à Montauban, il y a 7 ou 8 ans. J’ai été voir une des scènes ouvertes, où il se produisait, et je lui ai demandé si ça ne le gênait pas que je vienne faire un peu de musique pour accompagner ses mots. Il était un peu sur la réserve, car normalement pour les puristes le Slam se fait sans musique. Des intégristes, il y en a partout ! Mais j’y suis allé quand même. Puis deux mois après, Eric m’a rappelé pour me proposer un trio avec un autre musicien. C’est à cette occasion qu’il m’avait donné un disque de Vibrion que j’ai adoré : j’ai découvert un univers qui me paraissait être une évidence. J’ai rencontré le groupe lors d’un concert quelques temps plus tard, où il m’a invité à jouer en leur compagnie sur scène. J’étais tellement fier et heureux de pouvoir jouer avec eux ! On a refait quelques collaborations, jusqu’au jour de ce festival à Lautrec où nous avons monté la formation Ecart. On s’est enfermés deux-trois jours pour mettre les choses au point. Auparavant j’avais beaucoup travaillé à la batterie sur le disque de Vibrion pour pouvoir être opérationnel sur ce genre de chose instable, car autant je connais bien la clarinette, autant j’ai appris la batterie de manière autodidacte, ce qui fait que je dois redoubler d’effort. Le concert s’est vraiment bien passé, simplement, avec une énergie incroyable. Pour moi, ce jour là, on a fait un tour de magie. Je n’en revenais pas ; j’étais comme un enfant émerveillé. La suite n’est pas toujours facile, mais il faut continuer, créer des opportunités, des événements, arriver à poursuivre cette aventure, même si c’est parfois compliqué, car nous avons chacun nos vies respectives, avec des projets qui prennent du temps. Et nous sommes aujourd’hui réunis pour aller au-delà d’un projet qui était amateur, malgré le professionnalisme qu’on pouvait y mettre. Il s’agit de passer à une étape supérieure en gardant l’âme.

– A contrario de nombreux groupe de Slam, vous développez autour des textes une création musicale inspirée et audiblement nourrie d’un métissage d’influences assez riche. Qu’est-ce que cette démarche non conformiste ou « non puriste » vous permet d’exprimer de plus?

– Christophe : Ça fait écho à une discussion qu’on a eue juste avant. Déjà il y a des terrains communs : beaucoup de musiques que nous affectionnons particulièrement, tous les trois. C’est pourquoi on trouve ce mélange là qui peut évoquer les grands espaces, la quiétude, quelque chose qui permet l’introspection et en même temps l’évasion. C’est d’ailleurs ce que permettent généralement les musiques dites métissées.

– Eric : Je n’ai pas pour ma part à proprement parler de formation musicale. Mais on se nourrit allègrement de nos expériences de vie, de nos rencontres musicales ; nous n’avons pas peur de nous laisser guider par nos influences. Il y a vraiment ce tronc commun qui fait que quand nous sommes tous les trois ensemble nous avons une vision élargie de ce que peut être la musique, et on aime aller vers tous ces chemins qu’on n’a pas forcément emprunté auparavant, mais qu’on prend plaisir à découvrir.

– Christophe : J’ai fait un petit passage en école de Jazz, qui n’a pas duré très longtemps, mais suffisamment pour me faire comprendre qu’on peut enrichir les choses tout en les réduisant harmoniquement. Par exemple on peut accumuler 4 ou 5 accords pour composer une chanson de rock ; mais on peut aussi fournir quelque chose de plus riche en terme de ressenti, en enlevant des informations harmoniques. Mais nous avons surtout appris de la formation de la vie, des rencontres, du contact de musiciens d’autres cultures. J’ai eu la chance de croiser des musiciens algériens, guinéens, et de pouvoir toucher du bout des doigts la musique d’Afrique.

– Eric : On a pas mal voyagé là bas. On est allés quelques jours à Kinshasa, en Egypte, au Bénin.

– Christophe : En revanche l’apprentissage de ces musiques-là ne s’est pas fait en milieu classique au sens scolaire. Il y a des musiques qui ne s’apprennent pas dans des structures. Et puis pour ma part, Vibrion a été une vraie école : j’y ai découvert l’art subtil d’accompagner les mots. Même si je ne suis pas devenu spécialiste du genre, mon jeu s’est développé autour de ça. J’affectionne particulièrement le fait d’être derrière, de « faire le tapis » sur lequel glisse le texte.

– Alexis : Mes propos vont rejoindre ceux de Christophe ; j’adore aussi faire ça, prolonger la résonance de l’âme des mots avec le son. Mais ce ne sont pas que les mots qui importent ; c’est aussi celui qui les dit, son corps, sa présence, son expression vivante. Il s’agit de jouer avec les sons des mots. Dans l’absolu effectivement, la musique n’a pas besoin de mots et les mots n’ont pas besoin de musique.

– Parlons des thématiques que vos chansons où si les réflexions introspective et émotionnelle  occupent un large espace, on distingue aussi un propos clairement engagé contre les injustices de l’humanité, et ceci se formulant toujours avec un souci palpable d’une esthétique de la sonorité des mots et des phrases. Comment les abordez-vous ?

– Eric : C’est un spectre assez vaste. Je parle du monde qui nous entoure. C’est-à-dire que les mots me viennent directement de ce qui m’entoure ; je suis inspiré par ce qui se passe autour de moi, dans un cercle plus ou moins large. Il n’y a pas dans mon écriture de thème particulier de prédilection. Mais je me qualifierais comme quelqu’un de plutôt humain, donc sensible à l’injustice, touché par ce que je trouve injuste ou complexe.

– Christophe : C’est aussi la conscience de l’autre. Evidemment nous vivons dans un monde compliqué, dans une société qui prône l’individualité, mais tu ne peux pas faire abstraction de l’autre.

– Eric : Et puis quand j’ai commencé à écrire, le but du jeu était de faire de la musique avec les mots, sans forcément vouloir donner un sens. Au départ je me suis vraiment mis à l’écriture en rencontrant la discipline du Slam ; faire sonner les mots était primordial. Et je me suis très vite rendu compte que le sens nous sautait dessus de lui-même. Je n’ai jamais eu avant de démarche littéraire à proprement parler ; c’est la chanson qui m’a donné le gout des mots. Et en français. J’ai toujours considéré comme une erreur de croire que cette langue ne peut pas sonner musicalement. Il suffit d’écouter pour s’en rendre compte. De toute façon je ne maitrise pas assez l’anglais pour écrire dans cette langue. Ceci dit je suis très touché par des chansons anglophones dont je ne comprends pas tout le sens, mais de la même façon dont je peux être touché par des chansons en Arabe, en Belge ou en Allemand. Hier soir on a joué à la Fac d’Albi, et une personne a déclamé un poème en allemand. Et c’était très beau. Pourtant on est souvent tenté de trouver cette langue gutturale et dure ; mais malgré tout il y avait une vraie musicalité, très touchante. C’est ce qui m’émeut en premier lieu. Et puis le fait d’écrire permet d’évacuer pas mal de choses ; c’est presque une thérapie. Du moins ça rentre dans un processus thérapeutique.

– Alexis : Dans le groupe, si je m’occupe des percussions et je joue de la clarinette basse c’est que je suis amoureux du son, plus que de la musique elle-même. La musique va plus loin que l’association de mots, de gens, de sonorités. J’aime ne pas être dans les conventions. J’adore être en milieu naturel, plus dans le minéral que dans le végétal ; mais j’aime quand même le végétal. Je me nourris de la percussion d’un chant d’oiseau par exemple. On n’a rien inventé. Si on a un tant soit peu d’acuité, même sans être musicien, tout est là et existe déjà. Tu vas aller à la poubelle, ramasser des objets, plastiquement beaux, qui sonnent évidemment, et c’est intéressant de voir ce qu’on peut en faire. Et je joue de tout ça. Bien sur j’aimerais pouvoir jouer de tous les instruments, explorer toutes les sonorités. Mais ce n’est pas possible, parce que je suis juste un occidental. Ni un Africain, ni un Russe, ni autre. Bien sur dans le groupe, on joue chacun de nos instruments respectifs, Christophe de la guitare et de l’oud, et moi des batteries et de la clarinette ; mais Christophe et Eric aussi font de la percussion. Tout ça glisse et se tuile. Il y a une énergie qui se passe entre nous, qui n’est pas écrite sur la disposition de la scène, mais que les gens découvrent en concert.

– Chacun des membres vit dans une localité différente. Comment se déroule le travail de composition ?

– Christophe : Pour ce qui concerne les compositions, il y a une base qui est faite par Eric, qui travaille de son côté à l’écriture. Ensuite selon les disponibilités de chacun, on s’organise pour se retrouver durant des périodes de plusieurs jours ou semaines. On fait un peu moins d’improvisation, car les choses sont fixées. Bien sur il y a toujours une part d’improvisation sur scène, qui émerge de ce qui est fixé aujourd’hui, qui va toucher une autre façon d’interpréter un titre ou de jouer des choses qui n’étaient pas prévues, ou de ne pas jouer du tout d’ailleurs, en décidant à la dernière minute qu’un titre va être interprété a cappella. Il n’y a pas de démarche délibérée de faire une impro ; ça se fait selon les sentiments du moment. Le concept du groupe n’est pas une forme de free jazz, ni une lecture musicale. Il y a un texte à respecter quand même, car les mots ont beaucoup d’importance. Et ce que nous souhaitons aussi c’est installer une transe, et ça, c’est une discipline. Il s’agit de prendre en compte les placements dans l’espace, avec le débit au devant –le parleur comme on dit dans certains pays- qui transmet la parole, et derrière le « tapis » musical en diverses strates pour que la parole puisse y glisser au mieux et aller là où elle doit aller. Avec Alexis, on tient un peu la maison à deux : ce n’est pas une formation classique ; il n’y a pas de bassiste, pas de pianiste. C’est un beau challenge pour nous et ça va très bien avec la poésie déclamée. Si on donne trop d’informations, c’est compliqué et les gens peuvent ne pas s’y retrouver. Donc nous jouons sur scène ce qui est sur le disque, bien sûr pas à la note près, car il y a des arrangements et on se fait plaisir à remanier des choses.

– La tournée actuelle a-t-elle pour but essentiellement la présentation de l’EP ?

– Eric : La présentation de l’EP a déjà un peu été faite. Pour les dates où nous allons jouer, nous sommes plus dans l’idée d’un travail de développement de notre histoire, et d’essayer de la cadrer dans une forme qui va être quelque chose qu’on va pouvoir « monnayer » autrement, même si ce verbe n’est pas très adapté à notre philosophie.

– Christophe : Réaliser un EP est une étape importante. La démarche permet d’inscrire concrètement une rencontre, et, pour nous, de renforcer la conviction que notre projet existe. Et puis c’est aussi un passage obligé, au sens où pour pouvoir convaincre les gens que ton projet vaut le coup, il faut déjà avoir un support, un enregistrement à laisser.

– Eric : C’est une manière de passer un cap, du plaisir qu’on a à faire les choses ensemble vers plus de plaisir. Il s’agit de prendre une image de là où on en est, une sorte de bilan, et une fois que c’est fait, de pouvoir continuer de construire autour de ça et après ça. Petit à petit on pose des pierres autour de la base. On va enchainer par une résidence, la création d’un vrai spectacle, et la finalisation d’un album qui est en fait en cours. Quelque part l’EP est le début du travail de l’album, et il permet aussi de ne pas rester enfermé sur soi, de recevoir des avis extérieurs, et de pouvoir se rendre compte de l’accueil du public, quand des gens présents au concert viennent acheter le CD à la fin.

– Alexis : Quoi qu’on en dise, on est dans l’ère du tout numérique. Et d’une part, les productions veulent un disque physique, d’autre part c’est un témoignage qui reste. Il y a des groupes que j’ai adorés il y a 20 ans et qui n’existent plus dont je possède un disque chez moi. C’est une trace qui reste.

– Christophe : Oui, c’est une trace, une archive, et puis aussi une source de financement pour bien d’autres choses concernant le développement du projet. On est loin d’en tirer un revenu, mais ça apporte un peu de moyens non négligeable pour  par exemple presser d’autres disques, continuer de communiquer sur le groupe en faisant des affiches, ou simplement régler un plein de carburant pour se rendre à un lieu de concert. C’est également un objet physique comme tu dis qui peut être sujet  de discussion, et donc source d’échanges, avec les gens qui viennent l’acheter à la fin des concerts. Les gens préfèrent toujours garder un souvenir du moment passé qu’aller acheter le disque plus tard à la FNAC. C’est direct du producteur au consommateur et immédiatement réinvesti. Pour la suite, on a une résidence prévue en octobre 2016, l’idée étant de pouvoir réaliser une sortie d’album début 2017. L’album va reprendre certains titres de l’EP ; puis d’autres titres, dont deux sont en cours de finalisation, vont s’ajouter. Les compositions tenaient déjà la route, mais on a voulu se faire plaisir et aller plus en profondeur dans l’écriture des morceaux. Et comme le projet est très ouvert, il n’est pas exclu qu’il accueille des invités, soit durant une résidence, soit sur quelques dates.

Ecart est avant tout une histoire d’amis. Mais les histoires d’amis, c’est une chose. Après quand on veut inscrire un projet professionnellement, qu’on veut le développer, qu’on est convaincus que cette histoire a sa place dans le milieu artistique comme on l’entend communément, on est obligés de s’astreindre à certaines contraintes, qui peuvent être pénibles car elle ne relèvent pas du métier d’artiste, et y mettre les moyens  pour faire entendre notre musique. Tout reste à faire, et le champ des possibles est bien grand.

Miren Funke

Photos : source page fb du groupe

Lien : https://ecarttrace.wixsite.com/ecart

page facebook du groupe https://www.facebook.com/ecartofficiel/

Membres : Eric cartier : https://www.facebook.com/eric.cartier.1426

Christophe Isselee : https://www.facebook.com/christophe.isselee

Alexis Kowalczewski : https://www.facebook.com/alexis.kowalczewski?fref=pb&hc_location=friends_tab

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