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Festival Musicalarue 2018 : rencontre avec Mongol Rodeo

1 Juil

 

L’été approche à grands pas et surtout à grands degrés, avec ses festivités et ses rencontres culturelles et musicales, enrichies d’échanges généreux, comme celles que le festival de Luxey dans les Landes, Musicalarue, enfante depuis plusieurs années. L’occasion de restituer un peu de justice par la publication, hélas un peu tardive, de quelques uns des entretiens réalisés lors du dernier Musicalarue, qui n’avaient pu être traités avant (et nous nous en excusons), entretiens qui offrent le plaisant souvenir d’une édition qui, comme les précédentes, témoignait de l’éclectisme de programmation de l’évènement et du soucis des organisateurs d’offrir une place pour s’exprimer à tous les genres, à tous les artistes, quel que soit la dimension de leur popularité ou le nombre de leur ventes de disque, et de proposer à tous les publics quelques jours hors du temps, sur la planète Luxey, petit univers généreusement humain où s’ouvrir aux découvertes ou redécouvertes musicales, aux convivialités et aux rêves. Parmi eux, l’entretien que nous accordait le groupe Mongol Rodeo, reparti à l’aventure et à l’assaut des scènes après une reformation qui voyait renaitre de ses cendres un des groupes les plus originaux, différents, drôles, et touchants de la scène alternative bordelaise, qui mit toujours un point d’honneur à défendre son propos et sa musique à l’écart des conceptions industrielles et des préoccupations commerciales. Un peu en sommeil, car éparpillé géographiquement, Mongol Rodeo a su se retrouver et se reconstituer, intégrant de nouveaux musiciens, pour relancer la création, et surtout essayer, expérimenter, sans autre détermination que celle de s’amuser et nous amuser. Un mélange savoureux de volonté et d’abandon au propositions du hasard d’un groupe qui se cherche, quoi qu’il se soit sans doute depuis longtemps trouvé précisément dans l’identité de celui qui ne cesse de chercher.

 

– Bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Vous êtes un groupe, parmi les anciens de la scène Rock alternative, à vous être reformés ces dernières années. Avez-vous le souvenir d’avoir déjà participé au festival Musicalarue ?

– Piero : On s’est posé la question tout à l’heure. C’est possible qu’on l’ait fait, mais il y a vingt ans, lorsqu’il y avait deux-trois scènes à peine.

– Chico : En fait, non. Piero est ma caution mémoire, car ça fait très longtemps qu’on joue ensemble, dans des formations différentes. Et en fait il s’agissait d’un festival qui ressemblait à ici ; mais ici, on n’a pas joué. Mais Turbo Juju, notre bassiste, a joué ici avec une autre formation. Notre projet a débuté en 1999 et la première formation a commencé à jouer sur scène en 2002-2003. Jusque là nous nous consacrions à la composition, avant de vraiment commencer à faire des dates avec une formation beaucoup plus techno-punk.

– Pouvez-vous nous présenter la formation actuelle en nous dire en quoi elle diffère du groupe initial et la motivation qui vous a donné envie de remonter sur scène ensemble?

– Piero : La formation actuelle à cinq musiciens se présente ainsi depuis un an. 

– Chico : On a recommencé à jouer à la suite d’une occasion, où on nous a proposé de remonter le truc, Dric C, Pierro et moi, sans notre bassiste. Nous avons alors contacté Turbo Juju qui l’a remplacé au pied levé. Et à cette occasion, on a joint un cinquième élément, Antoine Brutal aux claviers qui parfait la formation.

– Piero : On parlait de la base en 1999, en fait un disque avait été fait avant même qu’on joue sur scène, par Chico avec des boites à rythme et des sons. Et sur le deuxième disque, on a repris ce principe avec des sons plus techno, et en gardant un esprit rock. Puis en suite, on a eu un batteur, donc la boite à rythme n’était plus nécessaire. Pendant plus de quinze ans nous avons joué en acoustique, au sens où il n’y avait plus de machines, jusqu’à l’an dernier où nous avons intégré un clavier. On s’est dit que comme on n’avait pas joué depuis longtemps, quitte à reprendre, autant reprendre avec un son nouveau, et des mecs nouveaux. Du coup on retrouve un peu ce qui avait été mis en place en 1999-2000 avec les boites à rythmes, avec l’arrivée de sons un peu électro.

– Chico : Inconsciemment on retrouve l’essence du groupe. Pour le moment nous n’avons pas recomposé de morceaux. Donc on revient un peu sur le départ, mais avec des propositions différentes. On reprend des morceaux, avec des arrangements différents, et en même temps on renoue avec les sons électro. Et sur les nouvelles compositions, je pense qu’on pourra se permettre de donner toute la place nécessaire à nos diverses influences, comme la Coldwave.

 

– Vos influences justement proviennent de genres et de périodes très variés. Comment composez-vous avec ces diversités ?

– Piero : Je pense qu’on a tous la même base d’influences rock. Après chacun a sa façon d’approcher la musique.

 – Chico : Il y a des influences forcément communes. Ensuite certains ont des cultures variées, qui vont du Rock français au Metal, en passant par plein de genres. L’influence commune qui nous uni vraiment tous, c’est la scène punk-rock française alternative, des années 1980 jusqu’à maintenant.

 

– Comment s’est géré le processus de réappropriation des anciens morceaux par les nouveaux membres du groupe, et peut-être même par les anciens ?

– Dric C : Quand je suis arrivé, je prenais la suite d’un batteur ; donc je n’avais qu’à faire un « copier/coller » pour ne pas gêner ce qui avait déjà été fait. Et ensuite on a commencé à composer ensemble et adapter ce qui se faisait avec la boite à rythme, donc ça devenait plus intéressant pour moi, puisque je pouvais y mettre ma patte, tout en restant dans la lignée de l’esprit du groupe. 

 – Chico : Juju aussi a repris plus ou moins les lignes d’un espace qui était déjà confiné, parce que les morceaux existaient ainsi. Et Antoine a du déployer des efforts d’imagination pour trouver sa place.

– Antoine: L’intérêt des parties jouées au clavier, c’était que c’était fait avec parcimonie, et c’était ça qui était bien. Le danger quand on arrive dans un groupe comme ça, déjà existant, est de trop en mettre. Comme ce qui était fait était déjà suffisant, il faut savoir ne pas trop en ajouter.   

– Piero : Il y avait quelques parties de claviers sur le dernier enregistrement, mais uniquement pour l’ambiance ou quelques rajouts.

– Chico : Sur les prochains morceaux, le clavier sera directement intégré à la composition.

 

– La composition et l’écriture s’opéreront-elles donc dorénavant collectivement ?

– Chico : Jusqu’à présent j’amenais souvent la ligne directrice en effet, et chacun faisait ses arrangements dessus. Une fois que ma composition était acceptée, chacun se l’appropriait, éventuellement en suggérant des idées de restructuration. Maintenant ce sera différent, et on ne sait pas trop comment ça va se passer : il va falloir qu’on se cherche un petit peu, je crois. Je ne suis pas sur qu’on va pouvoir continuer à composer comme on faisait jusqu’à présent, ni convaincu que si je laisse suffisamment d’espace de liberté ça ne dénature pas l’idée principale et nous fasse arriver à un truc foireux à la fin. Faire différent et voir ce que ça donne : c’est une façon de s’amuser, et de ne pas retomber dans une routine. Quant aux textes, c’est moi qui les écris. Il n’y a pas de ligne directrice qui pourrait relier tous les morceaux. La cohérence se trouve plus dans le style d’écriture ; j’essaye d’avoir une continuité dans la façon d’écrire, dans les termes employés, les formulations, les sonorités, en fait plus dans les mots que dans les idées. Non pas que ça veuille rien dire, loin de là. Mais je n’ai pas forcément envie d’imposer une façon de penser qui serait plus nuancée chez les uns ou les autres. Sans tomber dans le consensuel, si je me permets d’affirmer un parti pris, c’est pour une idée à laquelle tout le monde adhère, que tout le monde assume. Ce n’est jamais bien méchant ; j’exprime surtout des souvenirs, des impressions, des ambiances.

– Piero : Ce sont de petites histoires, sans vraiment de revendication. Par son écriture, il passe par certains biais pour amener les choses ; soit on l’entend, soit on ne l’entend pas. On a des chansons par exemple sur les soirées à Bordeaux, dans les caves de Bordeaux, la façon dont ça se passe, ou dont on peut aller d’un concert à un autre. C’est du quotidien que ça raconte.

– Chico : On n’est pas un groupe politique dans tous les cas, et on  n’est fâchés avec personne. Jusqu’à présent, on a fait toutes les scènes, que ce soit chez des Punks, chez les communistes, chez les apolitiques. Les gens nous connaissent, et on ne ressent pas la nécessité d’aller dire à des gens comment penser.

– Piero : Dans le Rock, et pas que, d’une scène à une autre, il y a des appartenances : les groupes qui appartiennent à telle scène vont faire du coup le circuit de tous les lieux de concert de cette scène particulière. Forcément on s’y sent bien ; on y retrouve plein de copains, et souvent les mêmes têtes d’ailleurs. Nous, on n’est pas dans ce cas. Nulle part, c’est chez nous. On a pu jouer dans des festivals avec des groupes de Reggae, de Metal, de Chanson, peu importe.

– Chico : D’un point de vue musical, on a notre style, mais d’un point de vue du tempérament, on ne s’est jamais trouvés mal à l’aise ; on a toujours été bien accueillis. On a fait des concerts de soutien bien sûr. Mais au bout d’un moment, faut commencer à filtrer, pour ne pas se retrouver à jouer en concert de soutien pour un peu tout sans avoir eu l’honnêteté d’aller réellement voir beaucoup plus loin, si effectivement le soutien allait bien à la cause qui était mise en avant. On n’a pas forcément le temps de faire cela ; donc les fois où on choisira de soutenir, on prendra le temps de regarder de plus près de quoi il retourne. On se méfie de tout ce qui est trop affiché politicien ; que ce soit d’un côté ou de l’autre, ça m’insupporte.  

 

– Votre groupe a suivi un chemin original au sens où il a basculé d’une expression anglophone à l’utilisation de français. Qu’est-ce qui a amené cette réorientation linguistique ?

– Chico : C’est ce que je me suis dit aussi pendant longtemps. Ce n’était pas tellement une question de sonorités : l’anglais apporte une sonorité certes, mais surtout une facilité d’expression, dans l’aspect condensé. C’est à dire qu’on peut signifier beaucoup de choses avec peu de mots. Sur des structures classiques de Rock, le propos est beaucoup plus facile. Et il y a aussi la distance que ça pose : avec l’anglais, on s’adresse à l’international. Tu exprimes une idée avec le filtre d’une langue qui n’est pas la tienne, et la personne en face va aussi devoir faire un effort de traduction pour comprendre : automatiquement ça met une distance. C’est un genre de pudeur que tu peux te permettre en chantant avec une langue qui n’est pas la tienne et en t’adressant à des gens dont elle n’est pas non plus la langue. Un jour, je me souviens, on sortait du Petit Rouge [NDLR bar mythique de copains militants alternatifs de gauche du quartier St Michel à Bordeaux dans les années 2000], et on nous demandait pourquoi on ne ferait pas de textes en français, et j’ai expliqué ce que je viens de t’expliquer. Ceci dit, j’écoutais pas mal de variété francophone et je l’assume, et il vrai que si je me laissais aller à écrire, non pas en Français châtié, mais comme je parle, en m’appropriant un langage oral, un peu à la façon de Renaud sans ses premiers disques, ça pourrait marcher. Donc on l’a fait ; j’ai adapté des textes qu’on avait avant et ça a marché. C’est ainsi qu’on est repassé à des textes en Français et que je n’éprouve plus le besoin de mettre des distances, parce que je me sens bien dans l’intention et l’expression. Je n’ai pas l’impression d’intellectualiser trop mon propos. 

– Piero : Ça dépend aussi des influences. Dätcha Mandala par exemple n’a que des influences anglophones quasiment. Et l’anglais fonctionne avec leur instrumentalité et ce qu’ils veulent faire passer. Nous n’avons pas ces influences. Nos influences à nous finalement sont très francophones. La facilité au début a fait que les chansons ont été écrites en anglais pour nous, mais nous sommes revenus au français. 

– Chico : C’est un exercice différent, une autre façon d’écrire et j’y prends plaisir. Parfois ça part comme ça, parce que le thème parle vraiment et qu’on a envie de vomir le truc sur le moment. Mais il y a aussi une part de recherche, quand tu as envie d’être un peu fin sur le propos avec des mots qui ne le sont pas forcément, et qu’il faut que rythmiquement ça sonne. Ceci dit même quand j’écoute des chansons de Johnny, Sardou, Delpech ou autre, je travaille toujours à me demander pourquoi ce morceau plaît. Parfois ça tient juste à une phrase, une façon d’amener une réflexion.

– Piero : Sur les textes, on t’expliquait tout à l’heure qu’on ne revendiquait rien. Mais il faut quand même qu’on soit cohérents. Moi, même si je ne chante pas un texte, je le joue, et il faut donc que je sois d’accord avec le propos pour pouvoir le jouer. Il nous est arrivé déjà de ne pas être d’accord sur certains propos, et je n’étais pas le seul. Du coup Chico a réécrit la partie qui nous posait problème.

 – Chico : Il ne s’agissait même pas d’un désaccord ; simplement il avait interprété ma façon de dire les choses différemment de ce que je voulais dire, même à l’opposé, et les autres aussi. Je me suis donc rendu compte que ça pouvait être mal interprété, et j’ai retravaillé la façon de le dire. Et heureusement qu’ils me l’ont dit, car effectivement, si je n’en avais pas pris conscience et que ce soit le public qui ait mal interprété le sens de mes propos à cause de cela, ça aurait été plus grave. Parfois tu emploies des tournures imagées et ton propos peut être mal décrypté. Sur certaines choses, laisser place à l’interprétation ne pose aucun problème. Pas sur d’autres. Même s’il n’y a pas de prise de parti politique chez nous, on peut parfois exprimer des ras-le-bol d’une façon qui peut blesser la sensibilité par exemple. Il y a certaines choses sur lesquelles je sais qu’il faut limiter la marge d’interprétation. Donc le groupe constitue aussi un filtre collectif qui permet de savoir si tout le monde comprend bien la même chose.   

 

Lien : https://www.facebook.com/MONGOL-RODEO-281026215245696/

 

Miren Funke

Photos : Carolyn C, Océane Agoutborde, sauf photo 5 (concert à Gaujac) et 7 (fb du groupe)

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