Archive | juillet, 2019

AVIGNON, Chicayas, réalités et légendes…

29 Juil

Et la chanson dans tout ça ?

Dans les discussions FB il y a souvent des points de vue très précis qui vont plus loin que le simple diktat provoc, et ça a commencé comme ça avec Sarclo:

 

Les extraits qui suivent ne sont pas forcément dans la chronologie de la discussion, laquelle s’égare parfois, comme toute bonne discussion FB, mais les points de vue m’ont semblé assez argumentés pour éclairer un peu la situation d’une partie de la scène chanson, sa vie chaotique, où l’utopie est souvent l’évangile des saltimbanques.  (NG)

Marc David : Mon Sarclonounet chéri, comme quelqu’un te l’as déjà écrit dans un commentaire, j’espère qu’il ne t’a pas échappé qu’Avignon est un festival de théâtre. C’est par cousinage que la chanson est arrivée, et uniquement dans le festival Off. En ce qui concerne le festival Off, nous avions décidé de ne plus y aller en qualité de programmateurs d’ A Thou Bout d’Chant, car la dérive de multiplication des spectacles à des conditions forcément défavorables pour les artistes ne nous convenait pas. Et aller choisir des spectacles dans cette « foire aux spectacles » nous semblait participer de cette doxa libérale qui gangrène notre société. Mais une fois ceci énoncé, nous avons conscience que les artistes doivent « commercer » pour vendre leurs spectacles et toucher le public.

Mélanie Depuiset : (…) pas tout à fait d’accord. Je suis une théâtreuse, des Avignons j’en ai fait 7 ou 8, plus ceux que j’avais fait avant, avec des spectacles de rue. Avignon est devenu un grand grand fourre tout, du théâtre oui mais aussi de la danse, beaucoup de one man (woman) show, de « l’humour » comme ils disent, des spectacles musicaux… Et beaucoup de chanson aussi. Mais quelle chanson? Il y a une sacrée différence entre les auteurs de chansons et les sempiternels « machin chante Barbara » ou « trucmuche interprète Bobby Lapointe, Vian, Ferré et tutti quanti » et les premiers galèrent plus que les seconds il me semble.

Catherine Laugier : Il y a ceux qui chantent Boby Lapointe, Barbara, Ferré ou Dylan, et ceux qui en font de véritables créations. Plus qu’une foire je dirais que c’est un marché, encore un peu artisanal, avec des bons et des mauvais produits.
De belles surprises. Mais c’est vrai que les spectacles que j’ai le plus appréciés sont souvent théâtralisés.

Marc David : Pourtant, au départ, il s’appelait « Semaine d’art dramatique »… Même si différentes composantes du spectacle vivant ont été intégrées, cela reste un festival à dominante théâtrale. En ce qui concerne le Off, je n’appelle plus ça un festival puisque la sélection n’est pas faite par un directeur artistique. J’appelle cela une foire puisque c’est par la capacité économique à assumer ses frais et acheter son espace d’exposition que le commerçant en spectacle vivant pourra présenter son (ses) produit(s). On entend même des gens du métier dire « Cette année, il y a X spectacles en compétition ». En COM-PE-TI-TION ! Nous ne sommes donc plus dans un cadre de festival mais une foire ou un salon du spectacle vivant. Le festival, lui, est bien pour moi un festival de théâtre. C’est plus clair ?

Et en conclusion, sur l’économie du spectacle, ces deux compléments,

Marc David :Malgré tout mon soutien à la notion de droit d’auteur que la France à la chance d’avoir créé grâce à Beaumarchais, il n’y a pas plus injuste que les frais SACEM. Les droits à payer sont calculés sur le montant le plus élevé déclaré. J’explique : si lors de la création d’un spectacle les frais de création s’élèvent à 2000 € (chiffre fictif) et que les recettes dudit spectacle sont de 1500 € (chiffre fictif), les frais à payer seront calculés sur les dépenses de création et non sur les recettes.

Gilbert LaffailleJ’y suis passé en 85. Il y avait 300 spectacles par jour et (déjà) pas assez de public. J’ai fait le plein et je n’ai pas perdu d’argent. N’en ai pas gagné non plus. Je reverrai toujours le dernier soir le type de la Sacem arriver pour me réclamer de l’argent pour ce spectacle que j’avais écrit, composé, mis en scène, interprété (28 jours de suite sans relâche) et produit. Ce soir là, j’ai payé alors que je n’avais pas touché un centime mais beaucoup déboursé. Me suis juré de ne plus jamais y foutre les pieds. En plus, Avignon c’est une catastrophe écologique.

Last but not least, il y  a eu aussi un très riche débat,  sur la chanson,   Sarclo a ses règles,  7 épisodes, ou les 7 jours de la création  tout est là, c’est copieux …  clic sur le sarclo –>

Compil et sélection, NGabriel

 

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Retour sur le tracé d’Ecart, un groupe qui laisse son incursion poétique singulière dans l’aventure du Slam francophone

19 Juil

L’histoire de la chanson est ainsi faite, d’artistes et d’œuvres qui vivent la chance de rencontrer leur public immédiatement, et durablement ou pas, et aussi d’autres, dont l’actualité ayant été peu ou mal perçue des oreilles de leurs contemporains, restent pour un temps éclipsés jusqu’à ce que la trace qu’ils ont inscrite réapparaisse et que son importance soit estimée à sa juste valeur. Il est aussi des publics qui ne peuvent pas croiser la trajectoire d’un artiste au moment opportun, et des médias qui passent à côté d’une merveille méritant une attention particulière, sans daigner y jeter un regard. Nous n’étions pas de ceux là il y a trois ans, lorsque le groupe Ecart, formé par le poète slameur Eric Cartier, le guitariste Christophe Isselee, tout comme lui ancien membre du groupe Vibrion, qui fut parmi les pionniers du Slam en France, et la batteur-percussionniste et clarinettiste Alexis Kowalczewski, fit escale à Bordeaux pour nous faire découvrir la richesse d’un univers qui s’inventait et que les trois artistes nous esquissaient avec passion lors d’un entretien qu’ils nous avaient accordé alors. Malheureusement une usurpation (maladroite ou malveillante ?) dans l’entourage professionnel du groupe -prétendument chargée de servir d’intermédiaire- nous ayant signifié qu’il était préférable pour le groupe que l’entretien ne soit pas publié sur le moment, mais gardé sous le coude provisoirement jusqu’à son aval (qui ne vint jamais), nous avions consenti alors à répondre favorablement à la requête que nous pensions à tort émaner des membres du groupe. Hélas à la lumière de récentes infirmations, il apparait évident qu’il est parfois des professionnels du milieu artistique suffisamment prétentieux pour s’octroyer un pouvoir et s’investir d’une mission que les artistes ne leur ont pas confiés, de même qu’il est des chroniqueurs trop naïfs –mea culpa- pour suspecter le mensonge là où il n’a aucune raison logique d’exister. Je regrette amèrement l’excès de confiance et de crédulité dont je fis preuve à ces heures, et d’autant plus amèrement qu’Ecart a aujourd’hui cessé d’arpenter les scènes et qu’il ne nous est plus pour le moment possible d’écouter croitre, bruire et prendre ampleur le vaste champ dont les semences alors jetées par le groupe prophétisaient la fertilité, et de l’entendre orchestrer ce qu’il avait à nous dire, ses musiciens participant actuellement à d’autres projets artistiques. Aussi, s’il est permis aux mots de servir parfois à rétablir un peu de justice, même tardivement, les miens s’autoriseront-ils un retour sur un passé pas si lointain et qui me semble pourtant déjà être de ces moments de créativité appelés à intégrer le patrimoine de la Chanson et y jouer un rôle dont la postérité mesurera la singularité, l’ingéniosité et la clairvoyance innovatrice, pour tenter d’éclairer un peu l’amorce d’épopée de ce groupe qui a su orienter le Slam vers une certaine transcendance et transporter des paroles justes, un sens moderne du jeu de mot (« G 8 ans » qui nous interpelle sur le sort imposé aux enfants du Tiers-Monde par la politique économique mondiale) et la magie de la langue française dans un vaisseau musical où se métissaient des influences nourricières, d’un élan de Blues  tellurique (« De là ») aux parfums orientaux (« Le citron frappé ») et parfois envouté d’une entêtante tourne hypnotique évoquant l’obsédant « Sinnerman » de Nina Simone (« Choukran »). M.Funke

 

« S’assèche et se craquèle

La croute terrestre

Qui ne connait plus que des pluies de plombs

Déformées par le fracas de la poudre aux yeux

Pleurs des enfants » (« Capital »)

L‘Ep « Tracé » qui annonçait la préparation d’un album à venir en 2017, distille, au gré des variations d’un climat sonore savamment détaillé, des textes, déclamés et chantés par la présence d’une voix grave et douce, qui nous invitent à l’appréhension d’un monde irrigué de sources culturelles hétérogènes et ouvrent de larges espaces à visiter. Il fonde une énergie propre à happer nos sens, au propos non dénué d’engagement, et implante des émotions pénétrantes, « des sédiments pour nos sentiments » (« Le citron Frappé ») qui après nous avoir captivés, nous rendent à nous-mêmes un peu différents : graves et légers, embrumés et extralucides à la fois, comme revenus à la pleine conscience après une hypnose, avec le sentiment d’avoir vécu un voyage authentique, « cet ailleurs qui devient un nouvel ici » (« De là »). Voyage que le public présent lors des représentations du groupe à l’affiche de multiples festivals jusqu’en fin 2017 ne pouvait que goûter et savourer avec plus de précision et de vivacité encore, Ecart et son univers investissant pleinement les scènes sur lesquelles il eut l’art de l’animer, avant de cesser ses activités -momentanément, espérons le- après la mise en ligne sur la page du groupe de l’extrait «L’échappée Bulle».  « Quoi qu’il arrive, qu’on y pense ou pas,  on ne fait que passer » précisaient les dernières paroles de la chanson « Passer au pas » qui clôture l’EP: rien n’est moins sûr pour ce groupe qui œuvrait à ouvrir un couloir d’air dont la fécondité pourrait s’avérer bien moins anodine que certains le crurent, et faire référence à l’avenir. Et quand bien même, Ecart n’aurait-il fait que passer pour « juste faire pousser des poignées de bonheur » (« Choukran »), il eut au moins l’intelligence de saisir la nécessité de le faire. Alors merci d’être passé.

Et puisqu’Il n’y a plus que les images rares et belles qui rassemblent (« De là »), des images telles qu’Ecart sut en imaginer, nous nous permettrons, par principe, de publier ce jour l’entretien que les membres du groupe nous avaient accordé lors de leur passage à Bordeaux en 2016 pour nous raconter un peu Ecart, sa genèse, son travail et sa vision.

 

– Bonjour messieurs et merci de nous accorder cet entretien. Ecart est une formation qui vient d’éclore, et pourtant chacun de vous a déjà un activisme de longue date dans la musique. Comment vous êtes vous connus ?

– Eric : Moi et Christophe nous connaissons depuis très longtemps, avec Alexis depuis un peu moins, mais on a toujours fait de la musique ensemble depuis notre rencontre. Nous avions fondé avec Christophe et deux autres amis, Fréderic Nevchéhirlian et Stéphane Paulin, puis Julien Lefèvre qui nous avait rejoints plus tard le groupe Vibrion. Le groupe s’est arrêté de fonctionner à un moment, car Fred avait l’envie et l’opportunité aussi de développer un projet solo ; moi aussi d’une certaine manière. Vibrion n’a pas clashé ; c’était une séparation un peu naturelle.

– Christophe : Certaines histoires connaissent des moments où les uns ne peuvent pas répondre aux besoins des autres, et vice versa. Donc les séparations se font naturellement, sans heurt, sans blessure, et chacun trouve sa voie personnelle à poursuivre. Un projet collectif est aussi formé d’individualités, qui ont besoin de s’exprimer ailleurs parfois. Ceci dit on continue de se voir ; l’an dernier nous avons joué avec Fred, et c’était plaisant de se retrouver sur scène ensemble. Mais Eric a une plume, et il fallait qu’il soit aussi reconnu pour ça. D’où la nécessité de faire vivre cet autre projet.

– Eric : Ce qui est positif, c’est que nous nous retrouvons dans une dynamique où chaque projet des uns et des autres sert quelque part les autres projets, dans un échange et un partage permanents. C’est en ça que ça me fait bizarre de dire que Vibrion est fini. Parce que malgré tout il reste une entité Vibrion qui existe encore, et impulse chacun de nous dans ce qu’on fait à la suite du groupe.

– Christophe : Cette expérience nous a confortés dans l’idée que l’écriture telle qu’on la connait dans le Slam ou la poésie déclamée avait une vraie place à prendre dans le paysage musical ; ça a permis d’assoir une conviction qui était la notre, de voir que ça pouvait fonctionner et qu’il y a un public désireux d’entendre ça. Il faut dire qu’à échelle régionale, autour de Marseille, Vibrion a été un des groupes, si ce n’est le groupe, précurseurs du genre, qui mettait en avant une poésie déclamée, très fournie, parfois alambiquée, à haut débit, inspirée du « spoken word » avec une proposition musicale autour du texte.

– Eric : Pour revenir à notre rencontre, il se trouve que je vis à présent à Lautrec dans le Tarn où est organisé un petit festival nommé « FestivAout ». En 2012 ce festival m’a programmé en me donnant carte blanche pour organiser le concert selon mes envies. J’ai donc appelé mes deux amis pour leur proposer de jouer en formation. Cela nous a beaucoup plu et nous avons décidé d’essayer de développer cette histoire. 

– Alexis : Eric s’occupait de l’atelier d’écriture du Café Slam de « Alors Chante ! » à Montauban, il y a 7 ou 8 ans. J’ai été voir une des scènes ouvertes, où il se produisait, et je lui ai demandé si ça ne le gênait pas que je vienne faire un peu de musique pour accompagner ses mots. Il était un peu sur la réserve, car normalement pour les puristes le Slam se fait sans musique. Des intégristes, il y en a partout ! Mais j’y suis allé quand même. Puis deux mois après, Eric m’a rappelé pour me proposer un trio avec un autre musicien. C’est à cette occasion qu’il m’avait donné un disque de Vibrion que j’ai adoré : j’ai découvert un univers qui me paraissait être une évidence. J’ai rencontré le groupe lors d’un concert quelques temps plus tard, où il m’a invité à jouer en leur compagnie sur scène. J’étais tellement fier et heureux de pouvoir jouer avec eux ! On a refait quelques collaborations, jusqu’au jour de ce festival à Lautrec où nous avons monté la formation Ecart. On s’est enfermés deux-trois jours pour mettre les choses au point. Auparavant j’avais beaucoup travaillé à la batterie sur le disque de Vibrion pour pouvoir être opérationnel sur ce genre de chose instable, car autant je connais bien la clarinette, autant j’ai appris la batterie de manière autodidacte, ce qui fait que je dois redoubler d’effort. Le concert s’est vraiment bien passé, simplement, avec une énergie incroyable. Pour moi, ce jour là, on a fait un tour de magie. Je n’en revenais pas ; j’étais comme un enfant émerveillé. La suite n’est pas toujours facile, mais il faut continuer, créer des opportunités, des événements, arriver à poursuivre cette aventure, même si c’est parfois compliqué, car nous avons chacun nos vies respectives, avec des projets qui prennent du temps. Et nous sommes aujourd’hui réunis pour aller au-delà d’un projet qui était amateur, malgré le professionnalisme qu’on pouvait y mettre. Il s’agit de passer à une étape supérieure en gardant l’âme.

– A contrario de nombreux groupe de Slam, vous développez autour des textes une création musicale inspirée et audiblement nourrie d’un métissage d’influences assez riche. Qu’est-ce que cette démarche non conformiste ou « non puriste » vous permet d’exprimer de plus?

– Christophe : Ça fait écho à une discussion qu’on a eue juste avant. Déjà il y a des terrains communs : beaucoup de musiques que nous affectionnons particulièrement, tous les trois. C’est pourquoi on trouve ce mélange là qui peut évoquer les grands espaces, la quiétude, quelque chose qui permet l’introspection et en même temps l’évasion. C’est d’ailleurs ce que permettent généralement les musiques dites métissées.

– Eric : Je n’ai pas pour ma part à proprement parler de formation musicale. Mais on se nourrit allègrement de nos expériences de vie, de nos rencontres musicales ; nous n’avons pas peur de nous laisser guider par nos influences. Il y a vraiment ce tronc commun qui fait que quand nous sommes tous les trois ensemble nous avons une vision élargie de ce que peut être la musique, et on aime aller vers tous ces chemins qu’on n’a pas forcément emprunté auparavant, mais qu’on prend plaisir à découvrir.

– Christophe : J’ai fait un petit passage en école de Jazz, qui n’a pas duré très longtemps, mais suffisamment pour me faire comprendre qu’on peut enrichir les choses tout en les réduisant harmoniquement. Par exemple on peut accumuler 4 ou 5 accords pour composer une chanson de rock ; mais on peut aussi fournir quelque chose de plus riche en terme de ressenti, en enlevant des informations harmoniques. Mais nous avons surtout appris de la formation de la vie, des rencontres, du contact de musiciens d’autres cultures. J’ai eu la chance de croiser des musiciens algériens, guinéens, et de pouvoir toucher du bout des doigts la musique d’Afrique.

– Eric : On a pas mal voyagé là bas. On est allés quelques jours à Kinshasa, en Egypte, au Bénin.

– Christophe : En revanche l’apprentissage de ces musiques-là ne s’est pas fait en milieu classique au sens scolaire. Il y a des musiques qui ne s’apprennent pas dans des structures. Et puis pour ma part, Vibrion a été une vraie école : j’y ai découvert l’art subtil d’accompagner les mots. Même si je ne suis pas devenu spécialiste du genre, mon jeu s’est développé autour de ça. J’affectionne particulièrement le fait d’être derrière, de « faire le tapis » sur lequel glisse le texte.

– Alexis : Mes propos vont rejoindre ceux de Christophe ; j’adore aussi faire ça, prolonger la résonance de l’âme des mots avec le son. Mais ce ne sont pas que les mots qui importent ; c’est aussi celui qui les dit, son corps, sa présence, son expression vivante. Il s’agit de jouer avec les sons des mots. Dans l’absolu effectivement, la musique n’a pas besoin de mots et les mots n’ont pas besoin de musique.

– Parlons des thématiques que vos chansons où si les réflexions introspective et émotionnelle  occupent un large espace, on distingue aussi un propos clairement engagé contre les injustices de l’humanité, et ceci se formulant toujours avec un souci palpable d’une esthétique de la sonorité des mots et des phrases. Comment les abordez-vous ?

– Eric : C’est un spectre assez vaste. Je parle du monde qui nous entoure. C’est-à-dire que les mots me viennent directement de ce qui m’entoure ; je suis inspiré par ce qui se passe autour de moi, dans un cercle plus ou moins large. Il n’y a pas dans mon écriture de thème particulier de prédilection. Mais je me qualifierais comme quelqu’un de plutôt humain, donc sensible à l’injustice, touché par ce que je trouve injuste ou complexe.

– Christophe : C’est aussi la conscience de l’autre. Evidemment nous vivons dans un monde compliqué, dans une société qui prône l’individualité, mais tu ne peux pas faire abstraction de l’autre.

– Eric : Et puis quand j’ai commencé à écrire, le but du jeu était de faire de la musique avec les mots, sans forcément vouloir donner un sens. Au départ je me suis vraiment mis à l’écriture en rencontrant la discipline du Slam ; faire sonner les mots était primordial. Et je me suis très vite rendu compte que le sens nous sautait dessus de lui-même. Je n’ai jamais eu avant de démarche littéraire à proprement parler ; c’est la chanson qui m’a donné le gout des mots. Et en français. J’ai toujours considéré comme une erreur de croire que cette langue ne peut pas sonner musicalement. Il suffit d’écouter pour s’en rendre compte. De toute façon je ne maitrise pas assez l’anglais pour écrire dans cette langue. Ceci dit je suis très touché par des chansons anglophones dont je ne comprends pas tout le sens, mais de la même façon dont je peux être touché par des chansons en Arabe, en Belge ou en Allemand. Hier soir on a joué à la Fac d’Albi, et une personne a déclamé un poème en allemand. Et c’était très beau. Pourtant on est souvent tenté de trouver cette langue gutturale et dure ; mais malgré tout il y avait une vraie musicalité, très touchante. C’est ce qui m’émeut en premier lieu. Et puis le fait d’écrire permet d’évacuer pas mal de choses ; c’est presque une thérapie. Du moins ça rentre dans un processus thérapeutique.

– Alexis : Dans le groupe, si je m’occupe des percussions et je joue de la clarinette basse c’est que je suis amoureux du son, plus que de la musique elle-même. La musique va plus loin que l’association de mots, de gens, de sonorités. J’aime ne pas être dans les conventions. J’adore être en milieu naturel, plus dans le minéral que dans le végétal ; mais j’aime quand même le végétal. Je me nourris de la percussion d’un chant d’oiseau par exemple. On n’a rien inventé. Si on a un tant soit peu d’acuité, même sans être musicien, tout est là et existe déjà. Tu vas aller à la poubelle, ramasser des objets, plastiquement beaux, qui sonnent évidemment, et c’est intéressant de voir ce qu’on peut en faire. Et je joue de tout ça. Bien sur j’aimerais pouvoir jouer de tous les instruments, explorer toutes les sonorités. Mais ce n’est pas possible, parce que je suis juste un occidental. Ni un Africain, ni un Russe, ni autre. Bien sur dans le groupe, on joue chacun de nos instruments respectifs, Christophe de la guitare et de l’oud, et moi des batteries et de la clarinette ; mais Christophe et Eric aussi font de la percussion. Tout ça glisse et se tuile. Il y a une énergie qui se passe entre nous, qui n’est pas écrite sur la disposition de la scène, mais que les gens découvrent en concert.

– Chacun des membres vit dans une localité différente. Comment se déroule le travail de composition ?

– Christophe : Pour ce qui concerne les compositions, il y a une base qui est faite par Eric, qui travaille de son côté à l’écriture. Ensuite selon les disponibilités de chacun, on s’organise pour se retrouver durant des périodes de plusieurs jours ou semaines. On fait un peu moins d’improvisation, car les choses sont fixées. Bien sur il y a toujours une part d’improvisation sur scène, qui émerge de ce qui est fixé aujourd’hui, qui va toucher une autre façon d’interpréter un titre ou de jouer des choses qui n’étaient pas prévues, ou de ne pas jouer du tout d’ailleurs, en décidant à la dernière minute qu’un titre va être interprété a cappella. Il n’y a pas de démarche délibérée de faire une impro ; ça se fait selon les sentiments du moment. Le concept du groupe n’est pas une forme de free jazz, ni une lecture musicale. Il y a un texte à respecter quand même, car les mots ont beaucoup d’importance. Et ce que nous souhaitons aussi c’est installer une transe, et ça, c’est une discipline. Il s’agit de prendre en compte les placements dans l’espace, avec le débit au devant –le parleur comme on dit dans certains pays- qui transmet la parole, et derrière le « tapis » musical en diverses strates pour que la parole puisse y glisser au mieux et aller là où elle doit aller. Avec Alexis, on tient un peu la maison à deux : ce n’est pas une formation classique ; il n’y a pas de bassiste, pas de pianiste. C’est un beau challenge pour nous et ça va très bien avec la poésie déclamée. Si on donne trop d’informations, c’est compliqué et les gens peuvent ne pas s’y retrouver. Donc nous jouons sur scène ce qui est sur le disque, bien sûr pas à la note près, car il y a des arrangements et on se fait plaisir à remanier des choses.

– La tournée actuelle a-t-elle pour but essentiellement la présentation de l’EP ?

– Eric : La présentation de l’EP a déjà un peu été faite. Pour les dates où nous allons jouer, nous sommes plus dans l’idée d’un travail de développement de notre histoire, et d’essayer de la cadrer dans une forme qui va être quelque chose qu’on va pouvoir « monnayer » autrement, même si ce verbe n’est pas très adapté à notre philosophie.

– Christophe : Réaliser un EP est une étape importante. La démarche permet d’inscrire concrètement une rencontre, et, pour nous, de renforcer la conviction que notre projet existe. Et puis c’est aussi un passage obligé, au sens où pour pouvoir convaincre les gens que ton projet vaut le coup, il faut déjà avoir un support, un enregistrement à laisser.

– Eric : C’est une manière de passer un cap, du plaisir qu’on a à faire les choses ensemble vers plus de plaisir. Il s’agit de prendre une image de là où on en est, une sorte de bilan, et une fois que c’est fait, de pouvoir continuer de construire autour de ça et après ça. Petit à petit on pose des pierres autour de la base. On va enchainer par une résidence, la création d’un vrai spectacle, et la finalisation d’un album qui est en fait en cours. Quelque part l’EP est le début du travail de l’album, et il permet aussi de ne pas rester enfermé sur soi, de recevoir des avis extérieurs, et de pouvoir se rendre compte de l’accueil du public, quand des gens présents au concert viennent acheter le CD à la fin.

– Alexis : Quoi qu’on en dise, on est dans l’ère du tout numérique. Et d’une part, les productions veulent un disque physique, d’autre part c’est un témoignage qui reste. Il y a des groupes que j’ai adorés il y a 20 ans et qui n’existent plus dont je possède un disque chez moi. C’est une trace qui reste.

– Christophe : Oui, c’est une trace, une archive, et puis aussi une source de financement pour bien d’autres choses concernant le développement du projet. On est loin d’en tirer un revenu, mais ça apporte un peu de moyens non négligeable pour  par exemple presser d’autres disques, continuer de communiquer sur le groupe en faisant des affiches, ou simplement régler un plein de carburant pour se rendre à un lieu de concert. C’est également un objet physique comme tu dis qui peut être sujet  de discussion, et donc source d’échanges, avec les gens qui viennent l’acheter à la fin des concerts. Les gens préfèrent toujours garder un souvenir du moment passé qu’aller acheter le disque plus tard à la FNAC. C’est direct du producteur au consommateur et immédiatement réinvesti. Pour la suite, on a une résidence prévue en octobre 2016, l’idée étant de pouvoir réaliser une sortie d’album début 2017. L’album va reprendre certains titres de l’EP ; puis d’autres titres, dont deux sont en cours de finalisation, vont s’ajouter. Les compositions tenaient déjà la route, mais on a voulu se faire plaisir et aller plus en profondeur dans l’écriture des morceaux. Et comme le projet est très ouvert, il n’est pas exclu qu’il accueille des invités, soit durant une résidence, soit sur quelques dates.

Ecart est avant tout une histoire d’amis. Mais les histoires d’amis, c’est une chose. Après quand on veut inscrire un projet professionnellement, qu’on veut le développer, qu’on est convaincus que cette histoire a sa place dans le milieu artistique comme on l’entend communément, on est obligés de s’astreindre à certaines contraintes, qui peuvent être pénibles car elle ne relèvent pas du métier d’artiste, et y mettre les moyens  pour faire entendre notre musique. Tout reste à faire, et le champ des possibles est bien grand.

Miren Funke

Photos : source page fb du groupe

Lien : https://ecarttrace.wixsite.com/ecart

page facebook du groupe https://www.facebook.com/ecartofficiel/

Membres : Eric cartier : https://www.facebook.com/eric.cartier.1426

Christophe Isselee : https://www.facebook.com/christophe.isselee

Alexis Kowalczewski : https://www.facebook.com/alexis.kowalczewski?fref=pb&hc_location=friends_tab

La vie en rose, histoire d’une chanson…

17 Juil

Avant-propos : 11 octobre 1963, Edith Piaf tire le rideau. Depuis, une palanquée de livres tout neufs viennent raconter des bouts de sa vie. Plus les émissions de télé, dont certaines nous font le coup de la môme née sur le trottoir de Belleville, 20 ans après la découverte de sa naissance à l’hôpital Tenon. Il y a aussi un spécialiste qui nous apprend qu’Edith convaincu Montand à adopter la chemise et le pantalon noirs… Alors que Montand a raconté pas mal de fois comment il a choisi cette tenue marron foncé, à Marseille, avant de venir à Paris, où il tombe la veste, Piaf n’y est pour rien, il ne la connait pas encore. Dans tout ce fatras plus ou moins arrangé au gré de la fantaisie des auteurs, il y a un point qu’on pourrait souligner, les chansons naissent souvent dans la solitude de l’artiste, mais c’est parfois une naissance dans une sorte de breanstorming, La vie en rose en est un bon exemple.

La vie en rose, (Edith Piaf/Louiguy)

Comment nait une chanson ? Parfois dans une création collective, dont tous les participants ne sont pas crédités.

Pour « La vie en rose » autour d’Edith Piaf qui en est l’initiatrice et l’auteur à 80%, il faudrait signaler Robert Chauvigny, Marianne Michel, Henri Contet, peut-être Marguerite Monnot, et bien sûr Louiguy.

Il y a plusieurs versions qui racontent l’histoire de cette chanson, en recoupant, et reprenant la chronologie, des faits se dégagent, en 3 temps :

1- Piaf a eu une idée de mélodie, qu’elle a travaillée avec son chef d’orchestre, Robert Chauvigny, sur une ébauche de texte.

2 – Quelques temps après Marianne Michel lui demande de lui écrire une chanson. Piaf esquisse quelques phrases, en disant « la musique était écrite » et dans les mots qu’elle a griffonnés , il y a « Quand je vois les choses en rose » Marianne Michel lui suggère: « … la vie en rose »

3 – Ensuite Henri Contet lui fait remarquer que pour première phrase, ce n’est pas la bonne forme, il faut introduire la cause pour que la suite soit cohérente… La cause ? Quand il me prend dans ses bras… L’effet ? Je vois la vie en rose… Edith Piaf revoit donc son texte : « Quand il me prend dans ses bras … »

La chanson est finie, mais Edith n’étant pas agréée Sacem comme compositeur, il faut trouver quelqu’un pour signer la musique. Marguerite Monnot sollicitée en premier refuse cette niaiserie, un autre compositeur se défile, plusieurs peut-être, et c’est finalement Louiguy qui accepte contraint et forcé. A ce moment, il est un des compositeurs «mineurs» de Piaf. Ça infirme quelque peu la version qu’il donnera après la mort de Piaf, en précisant qu’ils avaient ébauché cette chanson quelques mois avant la date officielle de la rencontre avec Marianne Michel, et il indique une date: le baptême de sa fille. Mais dans ce cas, Piaf qui était réglo, lui aurait proposé la signature en premier, avant Marguerite Monnot… La version tardive de Louiguy semble s’être un peu arrangée avec les années… Il n’a jamais démenti la version d’Edith de son vivant.

Et dans le «monstre» qui a servi à travailler la mélodie, ça commençait par :

«Mais ce qu’on ne savait pas /  c’est que monsieur Dumas/ était un hypocrite… »  On est loin de la vie en rose..

En conclusion : « Il y a sans doute 3 parts de vérité. Celle de Louiguy : la musique et quelques paroles ont pu être ébauchés le jour du baptême de sa fille. Celle de Piaf : Marianne Michel l’aurait incitée à finir le texte. Celle de Contet : lors d’un premier jet, aucune chanson n’est jamais parfaite, et les retouches sont souvent une oeuvre collective. Pour le reste, aucune des trois parts de vérité n’enlève à Piaf la paternité ou la maternité de « La vie en rose », créée par Marianne Michel, puis reprise par son auteur. » Extrait de « Piaf » par Pierre Duclos et Georges Martin, LE livre de référence*.

Depuis sa création, environ 500 artistes l’ont enregistrée pour plus de 1950 versions de « La vie en rose » . Pour une niaiserie, c’est pas mal … Toutefois, Edith était plus ou moins d’accord avec Marguerite, puisqu’elle n’a pas créé la chanson. Elle l’a gravée plusieurs mois après Marianne Michel. Ensuite, Louis Armstrong, en 1950, puis Marlène Dietrich, Diane Dufresne, Montand, Ute Lemper, Iggy Pop, Grace Jones, Emilie Simon et quelques autres ,

voir et écouter  ICI —->

 

 

 

 

 

*Dans les livres sur Edith Piaf, il y a de tout, mais pour les passionnés de chanson, et uniquement de chanson, le meilleur c’est « Piaf »  de Pierre Duclos et Georges Martin, et il est disponible en format poche.On y trouve l’inventaire précis de toute la vie musicale d’Edith Piaf, y compris les chansons jamais enregistrées, les séances studio, et les nombreuses chansons dont elle a été ACI.

 

Norbert Gabriel

 Rencontres Marc Robine, dimanche 14 juillet 2019

16 Juil

                

chambon.pngChambaron-sur-Morge est une commune nouvelle, 4 ans, qui regroupe les deux communes de La Moutade et de Cellule. Et c’est à l’extérieur d’un bistrot du pays qu’on se retrouve , Le Caveau du Fort, pour un repas-spectacle avec un jeune chanteur québécois résidant à Dijon, Simon Goldin. 

Le Caveau du Fort, un lieu bien sympathique, où l’on mange une excellente cuisine :

Tout au long du long repas, entre chaque plat, Simon Goldin, jeune quadragénaire québécois d’origne, grand voyageur, cheminant à la découverte des gens, de leurs coutumes,  chante avec une belle énergie, et un accent québécois qui fait penser à Richard Desjardins, c’est avec humour qu’il chante des chansons graves sur le travail, la famille, la prostitution, la pauvreté, l’amour, les laissés pour compte, chansons nées au cours de ses migrations. Des textes poétiques bien tournés, accompagnés par une guitare qui s’est frottée à l’univers musical  de tous les bars souterrains de Montréal, où il écrivait aussi ses textes. Ces bars qui lui ont aussi fourni une belle galerie de portraits. Le wâbo, qui se déplace de village en village, colportant les nouvelles, un peu rebouteux : On l’asseyait sur un banc-coffre, le banc du quéteux, on lui retirait ses vêtements pour les laver, 

Miss Patchouli : Qui a dit que les hommes n’ont pas de cœur / Les hommes sont sensibles aux colliers de fleurs / Miss Patchouli m’a piqué de son aiguillon / Mais le patchouli, ben ça sent la désillusion… Le menuisier et autres corps de métiers : Le menuisier qui aime sa femme / Lui ramène un beau bouquet de planches...

Une barmaid, Le pêcheur, ou un prisonnier, un dealer : Cellule 47 , ou des personnages de séries télévisée, comme Laura Ingalls : J’ai tant aimé Laura Ingalls, etc… Il chante aussi des chansons de son album : Place Saint-Henri, 16 chansons liées par un fil rouge racontent les errances d’un jeune montréalais, un album où sa voix est accompagnée de guitares, et d’une contrebasse. Ambiance folk country, ambiance canadienne pour chansons françaises. Toutes les chansons sont de lui, sauf Putain c’que j’m’aime qui est de Sylvain Asselot et Félix Lobo. Très enlevée et très drôle cette chanson :

J’suis un vieux couple à moi tout seul / Mais c’est pas tous les jours facile / Parfois j’me fais la gueule / Putain que j’m’aime / Voilà ma seule vérité / Je reste fidèle à moi-même…

Simon revient chanter, entre chaque plat, en disant On a bien mangé, il en manquait pas...
Il fait chanter tout le monde avec une chanson de Jean-Pierre Ferland : Fais du feu dans la cheminée, ou Du gris, nous racontant les traditions québécoises, savez-vous ce qu’est la turlutte au Québec ? Des onomatopées chantées, la Bolduc était une très bonne turluteuse. Et comme la coutume le veut pour les artisans de la chanson, Simon vend son album à la fin du spectacle. L’album de Simon Goldin est aussi en vente à la FNAC : Sa page facebook est là —->

D’autres personnes ont chanté à ce repas, Emile Sanchis : Au cabaret de la dernière chance, La Paloma, Que faire ? De Jacques Bertin, Isabelle, v’la le printemps de Ricet Barrier, Fabrice Péronnaud a dit Le mariage d’Angèle, de Guy Bontempelli, et un poème de Victor Hugo : Bon conseil aux amants : on a chanté  la Ballade des dames du temps jadis, de Villon et Brassens, Trois petites notes de musique, Gérard Brun a chanté, Clodi Clodo de Nougaro, Agnès Mollon Pour le patron / Moi aussi, de Brigite Fontaine, entre autres. Le temps passe vite, c’est le moment de dire à ce soir pour ceux qui vont au bal à Ennezat, bal en plein air 100% chansons françaises, et au revoir pour les autres. 

Voilà, 12 jours bien remplis, dans cette belle région de Riom-Limagne-Volcans, où nous avons été à la rencontre des gens du pays, venus très nombreux à tous les spectacles. J’ai la tête encore pleine de  mots, de chansons, d’étoiles, il me reste à écouter tous les albums glanés au cours de ces rencontres, pour faire durer le plaisir, lire le livre de contes de Gilles Servat, et feuilleter mon Hexagone. Le spectacle vivant continue, un peu partout en France, bel été à tous. 

Danièle Sala

 

Lettre de Madame de Sévigné à Madame de Grignan, Cyrano 2019

15 Juil

Ma chère fille,

Je dois vous conter par le menu la plus mirifique aventure  qu’il m’a été donné de vivre ce dernier mardi 9 Juillet. Par  le truchement  d’une machine fantastique que messire Emmett Brown – un homme étonnant – mit à mon service, grâces soient rendues à ce savant de génie, je fus transportée dans le futur, vers un lieu où dans nos enfances parisiennes, s’alanguissait une agreste campagne bordée de saules,  dont il ne reste que le nom dans une rue, là, vous disais-je, s’élève un petit théâtre charmant, Le Funambule.  Et on y donnait une pièce qui vous aurait fort réjouie. Il y est question de ce poète spadassin, fine plume et fine lame, maître escrimeur expert, incorruptible et austère d’apparence mais flamboyant du verbe, je le nomme,  Savinien de Cyrano de Bergerac. Vous savez mon admiration pour cet illuminé à qui Molière emprunta toute une scène dont il fit un succès.  Mais revenons à mon voyage au Funambule pour ce Cyrano 2019.

Photo Fabienne Rappeneau.

J’eus la stupéfiante surprise de découvrir sur la scène trois femmes  pour ce Cyrano, Edmond Rostand aurait été étonné d’apprendre que sa pièce à 50 personnages renait avec trois comédiennes que je dirai frégoliennes dans leur virtuosité à changer de rôle, de costume, de personnage dans une virevolte magistrale organisée par Sébastien Ossart. C’est un carrousel, une farandole une tragi-comédie entre Racine et Molière. Racine pour le kaléidoscope des sentiments, Molière pour les situations drôlatiques. Et tout cela dans un petit théâtre de poche où nous avons frémi d’émotion, tremblé d’inquiétude, ri des avanies subies par Monsieur de Guiche,  vibré aux envolées lyriques de Cyrano,  et goûté les petits gâteaux de Ragueneau, sensiblement différents des tartelettes amandines ou des darioles, et pleuré un peu aussi, à la fin… Vous lirez dans d’autres gazettes, peut-être dans le Mercure François ou la Gazette de Monsieur Renaudot,  les louanges unanimes qui saluent la belle imagination de monsieur Ossart et le talent de ses trois comédiennes.  J’en suis encore toute émerveillée et ma plume , le croirez-vous? peine à trouver les mots, ce qui, vous en conviendrez,  est peu habituel dans mes babils épistolaires.  J’emprunte à monsieur Ossart quelques vers bien troussés pour conclure:

Après tout comme dit notre superbe héros
Peu me chaut le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse
E t si demain par chance, moi, feu Cyrano
Je dois céder mon trône à quelque friponnesse
J’avouerai sans honte du fond de mon tombeau
Cyrano mon ami, te voilà bien servi.

Photo  Fabienne Rappeneau.

Post Scriptum: dans le siècle 21 on a perdu l’usage de la lettre qui délabyrinthe les impressions, foin du parchemin aux encres colorées, la mode qui court recommande le bref, le concis, l’expurgé des fleurs bigarrées de la rhétorique buissonnière dont étaient friandes les précieuses. Nous ferons donc simple, citation:

A ceux qui gravissent les montagnes, deux choix s’offrent à eux
– raconter leur périple ou,
– raconter la beauté de la montagne.
Nous sommes de ceux qui voulons raconter la beauté de la montagne.

En puisant dans plusieurs formes de théâtre, baroque,  Nô, khatakali, le metteur en scène et les comédiennes exaltent la grâce et la puissance de ce poète de 21 ans, esthète indomptable . Au panache immaculé.


Avec mesdemoiselles Iana Serena de Freitas, Lucie Delpierre, Nataly Florez en alternance avec Marjorie de Larquier.

Photo  Fabienne Rappeneau. T

Dates et heures ici –> clic sur le rideau.

 

 

Ppc Norbert Gabriel

 

 

 

Rencontres Marc Robine, samedi 13 juillet 2019

15 Juil

                             

 

 Nous nous rendons chez les ursiniens, ce samedi, qui sont comme chacun sait les habitants de Saint-Ours-les-Roches, à la salle polyvalente, pour voir tout d’abord le spectacle d’Agnès Doherty : Le braconnier de Dieu, œuvres croisées de Fallet et Brassens. 

 

Agnès Doherty propose des créations en solo, depuis 2005,  après dix ans de contrebasse, et des dizaines de concerts avec divers groupes,  aussi compositrice et interprète de musique pour le théâtre, elle a mis en musique des contes pour enfants, avec son mari Joseph Doherty, comme Bulle ou La voix de l’océan, différents spectacles sur les arbres, Au pied de l’arbre, Au cœur de l’arbre, chroniqué ici–>

 

ou La petite souris et les arbres enchantés, et des spectacles avec contrebasse, croisant Fallet et Brassens. Les vieux de la vieille, le Beaujolais nouveau est arrivé, et celui que nous avons vu ce samedi : Le braconnier de Dieu. 

Quelle belle idée d’unir Georges Brassens et René Fallet, qui étaient les meilleurs amis du monde, en croisant romans de l’un et chansons de l’autre, dans une parfaite harmonie, une belle complicité. Le tout souligné par la belle voix d’Agnès, et et les graves de la contrebasse. Et tout le monde fredonnait les chansons de Brassens avec elle…

Venez, venez, pour écouter des contes encore. C’est l’histoire de Grégoire Quatresous, entré par hasard dans un couvent trappiste, et qui en sort en rencontrant l’amour.  C’est en allant voter Pompidou que frère Grégoire connu le péché ! 

Venez, vous dont l’oeil étincelle
Pour entendre une histoire encor
Approchez: je vous dirai celle
De doña Padilla del Flor
Elle était d’Alanje, où s’entassent
Les collines et les halliers
Enfants, voici des boeufs qui passent
Cachez vos rouges tabliers…

Les sauterelles sautaient dans les prés : 

Un bon petit diable à la fleur de l’âge
La jambe légère et l’œil polisson
Et la bouche pleine de joyeux ramages
Allait à la chasse aux papillons …

Grégoire chez les trappistes ! le problème, c’est qu’il n’aimait pas les curés. On le conserva quand même, mais pourquoi faut il un président à la France ? Pourquoi trinquer avec une bonne bouteille est-il un péché ? Pourquoi ce qui fait du bien est mal ? Je n’irai plus jamais voter ! Et il rencontra Muscade,  Dans l’eau de la claire fontaine, elle se baignait toute nue... Muscade, petite créature du diable ? Je m’suis fait tout p’tit devant une poupée… Et Muscade lui répétait : N’oublie jamais que ce n’est pas mal ce qu’on fait. 

Si le Bon Dieu l’avait voulu – lanturette, lanturlu, – j’aurais connu la
Cléopâtre, et je t’aurais pas connue. J’aurais connu la Cléopâtre,
et je ne t’aurais pas connue. Sans ton amour que j’idolâtre, las !
que fussé-je devenu ? 

Et un jour, il rata l’office ! On peut deviner le sort qui l’attendait : Au village sans prétention, j’ai mauvaise réputation... Et aux accusations d’oeuvre de chair,  de gourmandise, et d’anarchisme qui l’accablèrent, il répondit : 

Si le péché s’appelle Pouilly et Muscade, je vais pécher jusqu’au cou ! Et il partit. La péniche sur laquelle il avait rencontré Muscade n’était plus là, Muscade avait levé l’ancre. Il a fallu qu’elle me quitte, après m’avoir dit grand merci... Grégoire s’en fut trouver refuge chez un copain de jeunesse, Baboulot, et ils arrosèrent tout ça de quelques bonnes bouteilles de Saint-Pourçain : 

Elle est à toi cette chanson
Toi l’auvergnat qui sans façon
M’a donné quatre bouts de bois
Quand dans ma vie il faisait froid … 

Frère Grégoire croyait quand même au ciel, le 7 ème ciel, et pensait : Muscade, elle sera là demain, ou après-demain : Je veux dédier ce poème

A toutes les femmes qu’on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu’on connait à peine
Qu’un destin différent entraîne

Et qu’on ne retrouve jamais .

Et il avait raison de croire, la preuve, il rencontra Jésus, sur un rocher, Jésus, qui lui assura que changer l’eau en vin et toutes ces balivernes n’étaient plus à la mode, et Muscade ? Tu veux pas que je te fasse les cartes non plus ? Attends là.. Il alla dire à ses amis Dieu existe !

Est-il en notre temps rien de plus odieux
De plus désespérant, que de n’pas croire en Dieu ?
J’voudrais avoir la foi, la foi d’mon charbonnier
Qui est heureux comme un pape et con comme un panier.

Et les compères  décidèrent de fonder une abbaye pour célébrer la sainte bouteille ! 

Grégoire Quatresous retrouvera t-il Muscade ? Qu’advient il de lui et de ses compères ? Vous le saurez si vous avez la chance d’aller voir ce spectacle, ça vaut le coup ! 

Pour en savoir plus sur cette œuvre croisée, et vous donner envie de savoir la suite, c’est là : https://youtu.be/4WLgez12suo .

Le site d’Agnès Doherty, c’est là : http://www.agnesdoherty.com/ 

Après une pizza, ou une salade au Piccola Fata, on revient à 21 h pour Petits crimes conjugaux, une pièce de théâtre d’Eric-Emmanuel Schmitt, par la compagnie Les Eruptifs. Nina Seita est Lisa, Christian de Remacle est Gilles, la mise en scène est de Philippe Chèze.

C’est ça un couple, un long chemin vers la mort qui laisse des cadavres sur la route. Quand vous voyez un couple, demandez-vous qui est l’assassin…

Le couple traverse la salle, imperméables beiges, parapluies et valises dans les mains, pour arriver sur scène, dans une demeure bourgeoise un peu surannée, canapé et fauteuil rouges, des tableaux aux murs, des livres sur les étagères, un lampadaire, un gros bouquet de fleurs au fond…Gilles a été victime d’un mystérieux accident et est devenu amnésique, étranger à lui-même, il questionne sa femme, qui est-il ? Qui est Lisa ? Et si elle mentait ? Il tente de reconstituer son existence, et s’ensuit une joute verbale, un combat pour la recherche de la vérité. Petits crimes conjugaux montre le rôle bénéfique de l’échange. Aussi cruelle soit-elle, ma pièce affirme un réel optimisme. Ce n’est pas l’habitude qui peut appuyer la passion, mais l’intelligence. Eric-Emmanuel Schmitt. 

 

Voilà pour ce samedi, dimanche 14 juillet, un repas-spectacle dans un bistrot de pays : Le Caveau du Fort, dernière journée des Rencontres, avec Simon Goldin, et beaucoup d’autres chanteurs, Emile Sanchis, Agnès Mollon, Gérard Brun, et un peu tout le monde, à suivre…

Danièle Sala

        

Rencontres Marc Robine, vendredi 12 juillet 2019

15 Juil

            

 

Journée québécoise ce vendredi à Châtel-Guyon, en partenariat avec Auvergne Québec. Après les présentations en présence d’Edith Matthieu, présidente d’Auvergne Québec francophonie, vice présidente de la fédération France Québec, de Dominique Rousseau, président de France Québec, et Laurence Bérubé, une jeune québécoise, venue exercer un job d’été à Issoire, dans le cadre des intermunicipalités, programme jeunesse, programme destiné aux jeunes qui souhaitent venir travailler et mieux connaître le pays d’en face. France Québec, qui vient de fêter ses cinquante ans d’existence, d’échanges, d’amitié, c’est 3500 adhérents en France, 1500 au Québec, de nombreux jumelages.  Et si nous sommes là aujourd’hui, c’est parce que nous aimons le Québec, et les artistes québécois qui portent haut les couleurs de la francophonie. 

 

Photo MartineFargeix

Et c’est Claud Michaud qui arrive sur scène, avec sa guitare. Il nous raconte, qu’enfant, le sixième d’une famille de onze enfants, à la table familiale, son père disait aux enfants : Cessez de boire, de manger, de parler… Faites silence… C’est pour vous faire penser au bonheur, pour qu’il reste avec nous. On dit qu’il faut du courage pour être heureux disait Félix Leclerc. 

Et Claud Michaud nous parle de son admiration pour Félix Leclerc, homme de de mots, de parole, homme de radio, de théâtre, scénariste, metteur en scène, acteur, engagé pour la souveraineté du Québec, et pour la langue française : Il a allumé une petite flamme qui brille encore. Un géant qui a bâti. Et ses chansons sont plus actuelles que jamais. Et comment ne pas penser à lui, quand on entend la voix profonde tout en nuances de Claud Michaud ! Il incarne Félix Leclerc, avec sobriété et conviction,  ceux qui ont eu la chance de voir Félix Leclerc sur scène n’en revenaient pas. Et ce sont les plus belles chansons de Félix Leclerc que l’on écoute, avec enchantement, Bozo, Le train du Nord, nous rappelant cet accident ferroviaire au lac Mégantic, le déraillement  d’un convoi de 72 wagons citernes, contenant des millions de litres de pétrole brut, provocant un incendie, et tuant 47 personnes. La valse à Joseph, En attendant l’enfant, Les 100 000 façons de tuer un homme, Notre sentier, La drave, et il nous raconte ce qu’est la drave, fin mai, en forêt, on descend des billes de bois posées sur la glace épaisse, avec des bottes en caoutchouc percées, pour que l’eau s’écoule, un pic de métal dans une main, pour casser la glace, de la dynamite dans l’autre, et au cœur du courage. La fierté d’affronter la vie dure, de défier la mort, avec l’impression de s’amuser comme des enfants. :  Ça commence au fond du lac Brûlé,

Photo Martine Fargeix


Alentour du huit ou dix de mai.
La mort à longues manches,
Vêtue d’écume blanche,
Fait rouler le billot
Pour que tombe Sylvio.
Elle lui lance des perles,
Des morceaux d’arc-en-ciel
Pour lui crever les yeux
Et le briser en deux.
Sylvio danse et se déhanche
Comme les dimanches, les soirs de chance,

Remous qui hurlent, planchers qui roulent,
Parfums qui saoûlent, reste debout….

Une chanson que Claud Michaud chante en polonais, étant allé chanter Leclerc en Pologne, avec l’orchestre symphonique de Varsovie, il avait envie de leur faire ce cadeau, mais au début, en polonais ! Il finit en français : Moi, mes souliers, puis L’alouette en colère , et c’est Steve Normandin qui l’accompagne au piano pour la chanson testament de Félix Leclerc : Le tour de l’île. L’île d’Orléans, qui est comme un vaisseau qui traverse le temps…Le p’tit bonheur, que tout le monde reprend en choeur, une ovation debout, des rappels, et Claude Michaud nous chante L’hymne au printemps, une chanson de Maurice Fanon, L’écharpe, et une d’Henri Tachan : Pas vieillir, pas mourir. Un moment fort, où l’on a ressenti la présence de Félix Leclerc et apprécié tout le talent de Claud Michaud. 

Après avoir consacré des années à l’oeuvre de Félix Leclerc, et autres grands poètes, il revisite la chanson poétique au féminin , un vrai défi pour sa voix de basse,  avec son nouvel album, Comme si j’avais des elles,  Marie-Paule Belle, Danielle Messia, Pauline Julien, Michèle Bernard, Françoise Sagan, Marcelline Desbordes-Valmore, Mouffe… Le site de Claud Michaud :–> 

 

 

 

Photo MartineFargeix

On revient à 20 h 30, pour les concerts de Marion Cousineau, en première partie, et Paule-Andrée Cassidy.

La soirée commence par une chanson de Lawrence Lepage, reprise par Marc Robine : Le braconnier

Et Marion Cousineau arrive sur scène, avec sa guitare basse, pieds nus, pour son concert : Moi qui n’ai pas d’ailes : Même pas peur nous dit-elle, avec son doux sourire en coin, sourire de gamine, comme un paravent à ses fêlures, à sa fragilité, et elle nous embarque dans son univers, entre chansons et poésie, entre la basse et le piano, entre sourires et mélancolie, entre la France et le Québec, où elle a passé 8 ans de sa vie, après la Bretagne où elle est née, et la région parisienne où elle a passé une thèse de doctorat au département d’études cognitives de l’ENS à Paris. C’est au Québec où elle était venue pour approfondir ses recherches, qu’elle découvre et affine ses talents d’écriture, de musicienne, de conteuse, de tous les arts de la scène vivante, et du talent, elle en a , ses textes sont taillés au burin des émotions, et sa touche musicale très personnelle.

Photo Martine Fargeix

C’est un voyage au cœur de l’humain auquel on est conviés, tout en douceur, en subtilité, des portraits de femmes : Angèle, chanson née d’une rencontre dans un bar, La moitié de la beauté du monde s’est envolée en une seconde, quand on lui a pris son homme, Moi qui n’ai pas d’ailes, Vas y doucement, Comme une petite fille… Cap au Nord, etc… Et son interprétation de Sarment d’Allain Leprest, en rappel a mis toute la salle au bord des larmes, des larmes d’émotion. Et c’est sur ces mots qu’elle nous quitte: Si on laisse une trace, que ce soit celle d’un baiser. Je pars. Sûr qu’elle a laissé une trace,  un énorme coup de cœur pour moi qui la découvrais sur scène ce vendredi soir, et pour tous ceux à qui j’ai parlé à la fin de la soirée. 

 

On a pas le temps de se remettre de nos émotions, que c’est la pétillante Paule-Andrée Cassidy qui fait son entrée , en robe noire très sexy, qui souligne sa féminité à fleur de peau,  accompagnée de son pianiste, accordéoniste Steve Normandin. 

Paule-Andrée Cassidy, interprète hors normes, mais aussi compositrice, auteure, actrice, et metteur en scène auprès de jeunes artistes, promène dans le monde depuis 20 ans les chansons de Boby Lapointe, Léonard Cohen, Gilles Vigneault, Horacio Ferrer, Michel Rivard, Daniel Boucher, Brassens, Barbara, Reggie Brassard,  Sophie Anctil et d’autres auteurs-compositeurs de tous les pays… Et maintenant les siennes, de sa voix chaude et sensuelle. 

Elle a 7 albums à son actif et a obtenu de nombreux prix, dont le Grand prix de l’académie Charles Cros, et elle est la première québécoise à remporter le prix Jacques Douai, en 2015, conjointement avec Marie-Thérèse Orain. 

 Inclassable, elle peut être tango, quand elle chante en espagnol Garganta con arena, rock avec Perspective Nevski, ou chanteuse à texte avec Aragon , Gilles Vigneault, chansons à danser : Va danser de Gaston Couté, ou Libre-échange : Puisque nous sommes bénis deux fois par le désir et l’affection / Autant en profiter pour danser / Un tango panaméricain podorythmie, bandonéon / Levres de dulce de leche... chansons à s’émouvoir : Perlimpinpin de Barbara, Une branche à la fenêtre de Gilles Vigneault ,  qu’elle chante avec Steve Normandin . 

Jamais les fleurs du temps d’aimer
N’ont poussé dans un coeur fermé
La nuit, le jour, l’été, l’hiver
Il faut dormir le coeur ouvert…

Chansons à frissonner d’horreur avec La malédiction de l’ascension, mais Paule-Andrée chante cette chanson avec tant de jubilation qu’on arrive à  avoir une sympathie perverse pour cette Lottie aux yeux verts. 

 Inclassable, diverse, mais toujours au plus près de la sensibilité de l’auteur du texte. Et elle nous a offert la primeur de deux chansons qu’elle vient d’écrire, avec des compositions de Vincent Gagnon.

Evoluant sur la scène avec grâce et légèreté, déployant ses bras comme des ailes d’hirondelle, Paule-Andrée Cassidy, nous a charmés, enchantés.

Photos Martine Fargeix

 

Puis une finale-surprise en beauté pour clore cette soirée québécoise, les 4 artistes, Claud Michaud, Marion Cousineau, Paule-Andrée Cassidy, et Steve Normandin se sont rassemblés sur la scène pour chanter ensemble : Les gens de mon pays, de Gilles Vigneault : 

Je vous entends demain parler de liberté…

 

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Photo Martine Fargeix

Après une longue ovation debout du public, on a pu retrouver les artistes et leurs albums, dans le hall du théâtre. 

 Samedi 13, Oeuvres croisées : Le braconnier de Dieu, Brassens et Fallet, et du théâtre Petits crimes conjugaux, à Saint-Ours-les-Roches, à suivre…

 

Danièle Sala

Rencontres Marc Robine, jeudi 11 juillet 2019

13 Juil

Photo Dominique Cista

Une journée contes, qui commence par une balade musicale et littéraire : Volvic. 15h. Invitation à visiter l’atelier du chansonneux. Déambulation au théâtre de la forêt, face Source Volvic. Lectures, chansons et commentaires : comment fabriquer une chanson. D.Cista. 

Photo DR

Puis, à 17 h, on revient à La Source, pour un récit en musique, Nathalie Thibur raconte, avec la complicité de Coline Malice et son accordéon : Même les violettes ont de la mémoire. 

Nathalie Thibur, nourrie de contes de fées dans son enfance, puis d’autres livres dans son parcours d’institutrice, a croisé la route des gens du voyage, écoutant leurs histoires, et : En mars 2005, elle découvre Henri Gougaud dans Le Grand Parler. Un choc : seule la voix du conteur suffit au voyage. Le livre a disparu mais l’enchantement est là, intact, semblable à celui du grenier de son enfance, le partage en plus… Un chemin s’ouvre à elle…  En 2010, elle crée l’association Coloconte et Cie afin de promouvoir échanges et collaborations artistiques autour de l’univers des contes. 

 

Un banc, un air d’accordéon qui vient de loin, un pas de danse esquissé : Dans ce village là, les gens aimaient danser, tout était prétexte à faire la fête,  les vendanges, les moissons... le samedi, la place de l’église, et du café, en face,  était une piste à ciel ouvert. Et le café était fréquenté par tous, même les enfants, l’enseigne étant : Débit de boissons, bonbons ! L’accordéon arrive, la conteuse danse une bourrée…Dans ce village, chaque maison avait son banc, banc à bavarder, à se reposer, à épier, à rêver. Les villageois avaient le sens de l’accueil… Mais ce qui avait séduit Jeanne, c’était le coq du clocher, à 40 ans bien sonnés, elle ne fréquentait que les coqs d’églises, elle cherchait, souriait, et trouvait. 

Jeanne économisa pour s’acheter un petit bout de terrain dans ce village, et y construisit sa maison. Elle fut très bien accueillie au village, et tous lui donnèrent  le surnom de Violette ? Ses yeux ! Ses yeux avaient la couleur des violettes, et elle était douce comme un pétale de fleur. Une maison, mais comment faire le jardin ? Derrière le petit mur qui la séparait de lui, elle avait bien un voisin paysan qui avait un magnifique jardin, Joseph, dit Bélzébuth, comme Joseph n’avait pas de femme, il parlait à ses légumes. Ah ! C’qu’on est bien dans ce jardin  chante alors Coline Malice. Ses légumes, il les vendait à l’usine, à Violette, il les donnait… Et un jour, en ouvrant sa fenêtre, Violette vit son jardin tout travaillé, avec des petits plants partout… Vous devinez ce qui arriva,  le petit mur qui les séparait tomba, et les commères de dire : ça fait deux célibataires en moins ! 

Photo DR

Non, je ne vais pas tout vous raconter ! C’est qu’il s’en passe des choses dans ce village divisé en deux, les cathos et les cocos. Et le maire a bien du mal à rassembler les deux parties, surtout quand le coq se met à « cocoriquer » l’Internationale ! Il y a aussi le maître d’école, cruel, qui prend plaisir à humilier les enfants, et Rose, qui ne l’aime pas beaucoup, répare la honte des gamins, les console, la vengeance du petit Pierre, roué de coups de pied par ce méchant maître fut terrible, quant à la petite chèvre qu’on avait été chercher pour engraisser, pour le méchoui de l’an prochain, qui aimait bien mettre son nez dans le vin, elle est devenue la mascotte du village.

Voilà qui vous aura donné envie d’en savoir beaucoup plus sur ce village, je l’espère… C’est le jour du printemps que Jeanne est arrivée, il y avait des violettes partout dans les champs…

 

 

Photo Martine Fargeix

Et c’est Gilles Servat qui continue cette journée contes, à 20 h 30 : Couleurs, Conte et chanson : Il m’a fallu du temps pour devenir conteur, oser prendre des libertés, impliquer le public… Quel bonheur pour moi, cette aventure, cette présence, à la fois proche et différente de celle du chanteur.

Gilles Servat arrive sur scène, tout de blanc vêtu, après la présentation de Fabrice Péronnaud qui nous assure que le compte est bon. On va s’en laisser conter. Tout commence par une chanson de Marc Robine, à qui sont dédiées ces Rencontres, depuis 15 ans :

Lettre-Océan

Parti de Baltimore, sur le Sarah-Laurence
Je t’aurais envoyé une lettre-océan
Une lettre-océan pour te dire simplement
Que nous avons beau temps
Alors qu’il neige en France

Une lettre-océan pour te dire en peu de mots
Que nous arriverons, en fin d’après-midi
A Saint-Louis-du-Maroni

Mais les mots comme les rêves
Ont leur poids de regrets
Et tu te fous bien de mes rêves d’îles
De toutes les îles dont j’ai pu te parler

Ce soir, j’appelle en P.C.V.
D’un bar hôtel, près du buffet de la gare de Lille
Cinquante-neuf mille, zéro, zéro

Mais les mots comme les rêves
Ont leur poids de regrets
Et tu te fous bien de mes rêves d’îles
De toutes les îles dont j’ai pu te parler

Ce soir, j’appelle en P.C.V.
D’un bar hôtel, près du buffet de la gare de Lille
Cinquante-neuf mille, zéro, zéro… 

Photo Martine Fargeix

Gilles Servat nous dit le rapport qui il y a entre conte et chanson, une chanson peut être un conte, il cite Brassens : La princesse et le croque-note.

Le voilà, le voilà, il se lève, puissant, oui, ce sont bien les rires des Korrigans, ceux qui portent les plaintes des collines, écoutez la fureur de la fée Morgane délaissée, le bruit rassurant des frondaisons de la forêt de Brocéliande, il est venu se reposer au flanc des Dômes, le poète épique, avec des histoires bretonnes et celtes qu’il va nous livrer  en cette veillée, toutes sont nées de son imagination, et Patrick Audoin l’accompagne à la guitare.

S’ensuit l’histoire : Comment on devient grain de poivre , l’histoire de Serge-Thomas-Egdar-Louis Achefer, quatre prénoms exigés de ses parents, employé au ministère du Développement des espèces en voie de disparition, département des plantigrades anoures, service des pentapodes aquatiques, section du poil ras. Il avait un problème, Serge, etc… Achefer, sa température épidermique augmentait sans cesse : Chaque soir, il sortait en maillot de bain, une pioche sur l’épaule, puis après avoir cassé la glace, plongeait dans la rivière. Ce fut d’ailleurs cela qui lui mit la puce à l’oreille : sa solitude parmi les glaçons. Inquiet pour sa santé, il passe mille examens, rien ! Tout va bien lui dit-on. Pourtant : sa phosphorescence  était douce, claire, chaude, il brillait et était stupéfait de se voir transformé en lampadaire, ce qui lui valu maintes déboires, ça se voyait, il n’osait plus sortir de chez lui, et dut abandonner son travail, il perdait du poids à vue d’oeil, 143 grammes par jour, un bon kilo par semaine, un seul recours, le pôle Nord ! Que la glace était douce à ses pieds déchaussés !  Heureux dans un premier temps, il dut déchanter : La glace fondait sous lui. La noyade le guettait dans son sommeil, il dut se résigner à quitter sa chère banquise pour gagner le plus vite possible la terre ferme et s’établir dans la baie d’Alokakok.. Il brillait de plus en plus : on aurait dit  Moïse descendant du Sinaï, ou Jésus sur un tableau espagnol, sauf qu’il avait abandonné son cache-sexe. Il se remit à grossir, et Les esquimaux rayonnaient de bonheur : Enfin un Dieu qui changeait de couleur et se décidait à grossir ! Ou alors, c’était un Dieu envoyé au rabais par les occidentaux. N’empêche qu’il devient une idole pour les habitants d’Alokakok, doublant de volume d’un coup, il brilla si fort qu’on ne voyait plus les étoiles, sous un tonnerre d’applaudissement, mais la joie fut de courte durée, il se rétracta aussitôt, et finit par disparaître complètement. Il ne resta, sur le sol glacé, qu’une petite boule noire, grosse comme un grain de poivre. Un «  eskimo » qui voulut la ramasser fut surpris de ne pas pouvoir la soulever. Et la petite boule est toujours là... En écoutant prononcer les prénoms et le nom du héro, je me suis rendu compte que leurs initiales forment un mot : STELLA.

 Histoire de la GPE, grande panne d’électricité, quand le Grand tremblement de terre d’Italie avait rompu tous les barrages, des Alpes au Massif central, qu’on appelait depuis le Massif sans centrales, ou encore Le cochon de Mac Datho, traduit de l’irlandais ancien puis librement adapté pour le temps présent. Conte truculent , rabelaisien, qui évoque la rivalité entre le clan des Ulaid et des Conachta, lors d’un banquet légendaire chez le roi MacDatho, qui va tuer l’énorme cochon promis pour la fête ? Un cochon nourri sept ans de soixante vaches laitières ?  Il s’ensuit une bataille picrocholine à laquelle le public, partagé en deux clans, participe.

D’autres contes, bretons, ou celtiques, suivent, dans la même veine, contes étranges, poétiques, où la philosophie naît de l’absurde, où la science-fiction côtoie les légendes populaires, et même quelquefois, les parfume. Ces contes, entrecoupés de chansons, comme Le moulin de Guérande, que tout le monde reprend en choeur.  On peut retrouver ces contes, et bien d’autres, dans le livre de Gilles Servat : Couleurs, ainsi que ses albums,  dans la boutique de son site —>.

 

Hier, c’était la fabuleuse journée québécoise, et ce soir, on va à Saint-Ours-Les-Roches, pour écouter Agnès Doherty : Le braconnier de Dieu, et du théâtre, à 21 h : Petits crimes conjugaux par la compagnie Les Eruptifs, à suivre…

Danièle Sala

    Rencontres Marc Robine, mercredi 10 juillet

12 Juil

                         

Après une balade volvicoise De pierre et d’eau, organisée par le Pays d’art et d’histoire, le musée Marcel Sahut, installé dans le domaine de Bosredon, si vous voulez en savoir plus sur ce musée,
clic sur le portail –>

c’est la maison de l’artisanat, Sculpteurs, graveurs, émailleurs, créateurs de bijoux montrent aux visiteurs un savoir-faire ancestral grâce à cette pierre de lave de Volvic. 

Les chantiers des tailleurs et sculpteurs de pierre, Dès le 13eme siècle, la Pierre de Volvic fut extraite en galerie au cœur de la coulée de lave du volcan de la Nugère. Pierre qui a servie à construire, entre autres, la cathédrale de Clermont-Ferrand. 

 La première source des eaux de Volvic, les travaux du sculpteur volvicois, Mr Legay Chevalier, qui découvrit le premier le trésor de la vallée du goulet, mais ne put faire aboutir son projet faute de moyens, furent repris par le docteur Moity, maire de Volvic,  de 1925 à 1929, les travaux de forage, d’aménagement, de distribution par canalisation furent terminés, et en 1933, 30 communes de la plaine de la Limagne furent alimentées par cette source. 

Puis la maison de la pierre, les vieilles maisons, beaucoup avec des treilles qui grimpent sur les murs, et des bancs devant les portes , les nombreuses fontaines sculptées . Balade découverte pour certains, balade souvenirs pour moi. 

cuarteto Afunalhue photos DR

Et nous nous retrouvons à 17 h, au Centre Culturel La Source, le concert Afunalhue, qui signifie rencontre des âmes, au Chili : Quatre voix, et une dizaine d’instruments pour interpréter les grands poètes du Chili, d’Argentine, et d’autres pays d’Amérique latine : Emile Sanchis, chant, guitare, direction artistique, François Dumas, chant, tiple, bombo, Marusia Rebolledo, chant, flûte traversière, quena ou kena, zampona, et Simon Sanchis, chant, guitare, tiple, accordéon. Les paroles sont dites en français, et les chansons en espagnol, espagnol influencé dans ces pays d’Amérique latine, par les différentes civilisations, précolombiennes, incas, mayas, aztèques, qui ont laissé une forte empreinte dans la culture et la langue. Et  pour pouvoir apprécier toutes ces chansons, porteuses de sens, de partage et d’amitié, une petite explication entre chacune d’entre elles.

Chansons hommages aux poètes : Le cuarteto Afunalhue est né en 2007, de la volonté de poursuivre les expériences musicales diverses de chacun d’entre-nous, dans une démarche commune. …. Nous souhaitons servir, avec humilité mais conviction, cet héritage artistique dans lequel nous nous reconnaissons, que nous voulons faire connaître et partager, jusqu’à en prolonger l’expression par des compositions personnelles mettant en musique les textes des grands poètes, Gabriela Mistral, Pablo Neruda, ou d’autres, moins connus.

Nous avons pu écouter Kena, une danse traditionnelle du Pérou, Exiliada del sur, L’exilée du sud, ( Violeta Para / Patricio Manns) : 

J’ai perdu un œil à Los Lagos dans un moment d’inattention
L’autre est resté à Parral dans les vins d’une taverne
Je me souviens de tous les désastres que mon âme d’enfant a vus
Misères et tromperies s’entrelacent dans mes pensées.
Entre les eaux et le vent je me perds dans le lointain.

La guitarrera que toca ( Patricio Manns), La Vida viene cantando,  Parteaguas, Las Lavanderas( Emile Sanchis), et bien d’autres.

Pour en savoir plus sur ce groupe, voir des photos, lire les paroles de chansons, il existe aussi un album, c’est là —>

Et la conscience dit enfin :
Chante l’homme dans sa douleur,
Dans sa misère dans sa sueur,
Et dans sa raison d’exister.
Violeta Para, Cantores que reflexionan

Photo Martine Fargeix

 

On enchaîne à 20 h 30, avec le concert de Baptiste W. Hamon, prix Marc Robine 2019 : C’est le premier prix que je reçois, j’en suis très fier ! avec la participation de Frédéric Bobin, premier prix Marc Robine. Et nous restons dans l’ambiance folk, avec tout d’abord une chanson de Marc Robine : Alerte, d’après le poème du pasteur Martin Niemöller, écrit à Dachau : 

Quand ils sont venus chercher les communistes, Je n’ai rien dit ; Je n’étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, Je n’ai rien dit ; Je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs, Je n’ai rien dit ; Je n’étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques, Je n’ai rien dit ; Je n’étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher, Et il ne restait plus personne pour protester.

Baptiste W. Hamon, on le dit le plus américain des chanteurs français, a d’abord chanté en anglais, dans le cadre de son projet Paris in Texas, il renoue avec ses racines françaises, en mélangeant ses influences folk et country. Découvert en 2014, avec sa chanson Les bords de l’Yonne, il publie trois  EP : Quitter l’enfance, Ballade d’Allan Seeger, et en 2015, Nouvel été, puis deux albums : L’insouciance, en 2016, et Soleil, soleil bleu, en 2019. Baptiste W. Hamon conjugue maintenant avec bonheur musique américaine et langue française. d’une voix grave et sonore qui tranche avec son air juvénile. Il chante des chansons de son dernier album Soleil, soleil bleu, enregistré aux Etats-Unis, pour chercher un peu d’inspiration, dit-il : En anglais : Coming Home, le plus ouvertement sous l’influence du vieux Sud américain, Annabelle, de Gillian Welch, Bloody Mary, une adaptation de Black Captain de Bonnie Prince Billy, Il rend hommage Townes Van Zandt : Van Zandt reste la figure qui m’a donné envie de chanter, comme s’il me murmurait à l’oreille. et des chansons de ses autres albums aussi, Joséphine, de son album L’insouciance : 

Moi j’aime une fille son nom, c’est Joséphine
Je prends sa main, on danse dans le noir
Moi j’aime une fille son nom, c’est Joséphine
Elle porte en elle les griffes du désespoir
Elle aime Wagner, elle bouquine Tropotkine
Elle cache des rimes, tout au fond de mon lit
Elle cache des larmes tout au fond d’un fou rire
Moi j’aime une fille qui a déjà songé au pire….

 Je brûle :

Pour toi tu sais, tu ne sais pas peut être
Je te l’dis alors
Pour toi souvent je suis comme dans un grand brasier
À la simple évocation de ton nom, de tes yeux
Je brule je brule peut être que je suis amoureux
Amoureux je ne sais pas je ne sais plus
De toutes façons je ne te le dirais pas
Pour ne pas t’effrayer pour ne pas m’effrayer aussi
Mais je brule je danse pour toi
Je ne me lasse plus d’être moi

Je brule je brule
Je brule de mille feux
Je brule de mille feux.

Ou encore, sur un tragique événement, les attentats de Novembre, et un un ami à lui qui s’en est sorti : Le visage des anges : 

Souvenir des brumes de novembre 
Le temps se tasse et grandi le silence 
J’ai chaud j’ai froid faut il ce soir que je flanche 
J’ai vu de près le visage des anges

Photo Martine Fargeix

Des chansons en duo avec Frédéric Bobin : Blowing in the wind de Bob Dylan, plus connue en France l’adaptation de Hugues Aufray : La réponse est dans le vent, ou encore une chanson cajun de Danielle Messia, que Marc Robine a aussi chantée : Le paradis des musiciens. 

Après les applaudissements chaleureux, et les rappels, Baptiste W. Hamon nous chante une chanson en hommage à Anne Vanderlove : Ballade en novembre, avec beaucoup d’émotion. 

Encore une belle soirée de ces rencontres. Hier, c’était la journée contes, et là, je file à Châtel-Guyon pour la journée québécoise, à suivre…

       

Le site Afunalhue –> 

Danièle Sala

 Rencontres Marc Robine, mardi 9 juillet 2019

11 Juil

   

 

 C’est à Volvic que débute ce septième jour des Rencontres, au Centre culturel La Source, avec une lecture théâtralisée : L’insoumise, de Robert Poudérou, pièce jouée pour la première fois en France, par la Compagnie du valet de cœur, avec Agnès Courmont, Marie-Françoise Savary, Hervé Moreul, et Jean-Yves Lenoir, lecture accompagnée au basson par Pierre-Alain Bégou, et au violoncelle par Gilles Chaldeyrou, musique qui souligne les moments sombres de cette histoire. 

C’est la vie de Flora Tristan qui se déroule, Flora Tristan, militante engagée pour les droits des femmes et des ouvriers, qui a participé aux premiers pas de l’internationalisme, a eu une vie compliquée, elle note dans son livre, Pérégrinations d’une paria :  Mon enfance heureuse s’acheva, à quatre ans et demi, à la mort de mon père. 

Son père n’ayant pas régularisé son mariage, elle était fille illégitime, et les difficultés financières, et sa mère l’ont poussée à épouser son employeur, Antoine Chazal, graveur, chez qui elle était coloriste, à 17 ans, un homme jaloux, violent et médiocre, qui va jusqu’à lui proposer de se prostituer pour amener de l’argent au foyer. Fille rejetée, mère  battue et humiliée, elle quitte le domicile conjugal, avec ses deux enfants, Antoine Chazal la harcèle alors, et va jusqu’à lui tirer une balle dans le dos qui lui perfore un poumon. Le procès se déroule, et malgré le zèle du jeune avocat qui défend Antoine Chazal, Flora Tristan garde la tête haute pour se défendre, et son mari est condamné à vingt ans de prison. 

Son voyage au Pérou pour essayer de se faire reconnaître par sa famille paternelle est un échec, elle écrit alors plusieurs livre, et entame un tour de France en 1843 pour rencontrer les ouvriers pour éveiller les consciences et les pousser à se rassembler :

Ouvriers, ouvrières, comptez-vous, pris un à un, vous n’êtes rien sinon qu’un grain de poussière broyé sous la grande roue. Mais rassemblez-vous. Unissez-vous. Vous êtes 5 millions, 5 millions c’est une force. «  

Flora Tristan s’est battue pour le droit au divorce et l’égalité sociale avec les hommes, elle est considérée comme une des premières féministes, elle a eu à se battre pour elle même, et a mis sa propre expérience au service des autres : Vous ne serez jamais des hommes libres tant que les femmes ne seront pas libres.

 

Photo Martine Fargeix

Nous arrivons à la fabuleuse soirée carte blanche à Frédéric Bobin : Fred Folk, toujours au Centre culturel La Source. Il n’y a que des guitares folk sur la scène, une contrebasse. C’est seul avec sa guitare que Frédéric attaque avec la chanson éponyme de son dernier album : Les larmes d’or, puis L’auto-radio de mon père. Frédéric, après les remerciements à On connaît la chanson,  nous annonce une soirée unique, éphémère, avec ses trois invités, autour du folk, visiblement ravis de partager cette soirée avec un public ami , il nous dit son attachement à l’Auvergne, et aux Rencontres Marc Robine : On me demande souvent quelles sont mes influences musicales, elles sont à la fois françaises, Brassens, Ferré, Barbara, Félix Leclerc… Et elles viennent aussi des pionniers du folk, Pete Seeger et Woody Guthrie, Bob Dylan, Léonard Cohen, etc…

Photo Martine Fargeix

Et c’est sa vie en Super 8 , Jimmy. Puis Frédéric Bobin nous présente son premier invité Mikael Cointepas, que l’on sait contrebassiste, et que l’on découvre chanteur, il met en musique des poèmes anglophones, comme  celui d’Emily Dickinson, poétesse américaine : 

Le courage ne se crie pas toujours. Parfois il est la petite voix qui te chuchote à la fin de la journée, j’essaierai encore demain… 

Après quelques chansons de Frédéric Bobin, Le soir tombe, Musiques Musique blessée, Jimmy, une référence à Times they are a changing de Dylan dans La pyramide, c’est Pierre Delorme, deuxième invité de Frédéric Bobin, qui entre en scène : Pierre, c’est à toi, dit simplement Frédéric Bobin. Pour présenter Pierre Delorme, qui ne fait pas la une des gazettes, je crois, non je pense, que c’est son ami Floréal Melgar qui en parle le mieux : 

Photo Martine Fargeix

Diction parfaite, paroles à tout instant compréhensibles, et tout ce qu’on attend de l’attention et du respect qu’un artiste porte à son public. Et quand la beauté des textes et des mélodies s’y ajoute, que demander de plus ? 

Pierre Delorme,  9 albums à son actif,  des textes subtils, des chansons poétiques, humaines, avec des mots simples, qui touchent en plein cœur, des mélodies taillées sur mesure, c’est toute une vie consacrée à la chanson, à la musique, une voix profonde, le geste sobre.
D’ailleurs, j’ai appris par lui qu’on pouvait tomber amoureux d’une musique, d’une chanson, voire d’une rivière, Un jour, j’ai entendu une émission à la radio, dans laquelle Georges Brassens expliquait qu’il pouvait rester pendant des jours amoureux d’une musique. J’ai donc compris qu’on avait le droit d’être amoureux d’une chanson, sans être ridicule, puisque Georges Brassens lui-même n’avait pas peur d’affirmer qu’il l’était parfois. Donc, je peux affirmer moi-même que je suis amoureuse des chansons de Pierre Delorme, même si je ne sais pas trop expliquer pourquoi, et j’ai été si heureuse qu’il interprète ses chansons ce mardi soir, merci à Frédéric Bobin de l’avoir invité à sa carte blanche ! 

Pierre Delorme a chanté ses propres chansons, Si l’amour existe, et une nouvelle qui pourrait s’intituler :  Je suis comme tout le monde, et  There but for Fortune, de Phil Ochs (chanson popularisée par Joan Baez) avec Frédéric Bobin, ou encore Léonard Cohen , adapté par Graeme Allwright :   Demain sera bien, et deux chansons de Townes Van Zandt :  avec Vincent Dupuis, le troisième invité de Frédéric Bobin,  à l’harmonica, Si je t’appelais, et Marie.

Frédéric a interprété  la chanson qui lui a fait découvrir Pierre Delorme : Je lisais dans ma chambre,  puis Le dernier voyage de Sindbad… 

Après une pause bavardage et boissons, les recettes du bar allant à l’école de musique de Volvic, une deuxième partie de Fred Folk, les chansons se suivent, les guitares claquent, et tout s’enchaîne dans une folle ambiance, Frédéric Bobin et Pierre Delorme chantent ensemble La Manic de Georges Dor, un travailleur sur le barrage de la rivière Manicouagan, s’ennuie, et écrit à son amie : 

Si tu savais comme on s’ennuie
A la Manic
Tu m’écrirais bien plus souvent
A la Manicouagan…  La fille du nord, La complainte du Partisan, Blowing in the wind,, en alternance avec d’autres chansons de Frédéric, La maison de mon grand-père, Joe de Georgie,   Y’a plus de travail dans ton champ de coton / On te fait GI, que tu le veuilles ou non / On te sort de ton trou quand le drapeau rugit / Ou bien tu mendies et tu mets les bouts… Singapour, Où je vais de Tom Paxton , chant de vagabond, chantée aussi par Johnny Cash, entre autres,  Frédéric nous raconte l’histoire de ses chansons, et c’est à la demande d’Alain Vannaire, qu’il a chanté une chanson de Marc Robine, qui fait écho à sa chanson Singapour, Les aciéries : 

Tout au nord du quartier ouest
Abritées par de hauts murs gris
Il y a les aciéries
Ou plutôt ce qu’il en reste
Car on ne voit plus de fumée
Au-dessus des cheminées
Plus de rumeurs de machines
Dans les couloirs de l’usine

{Refrain:}
Et les seuls bruits que j’entends
Ce sont les longues plaintes du vent
Qui se cogne dans le soir
Contre les murs sans mémoire . ..

Fred Folk et Cie.                Photo Martine Fargeix

 Standing ovation pour ces quatre artistes, et plusieurs rappels. Pierre Delorme a chanté At home , chanson de son album ça ira bien comme ça, et tous les quatre descendent vers le public, on termine par Le premier homme de Frédéric Bobin : 

J’adorais le veau d’or, tous les chemins faciles / Les retours aux aurores avec des filles faciles / Je suivais les cadors, les idoles de la ville / Et leur voix de stentor, leurs sirènes futiles / Et puis, tu es venue dans mon capharnaüm / T’as mis mon cœur à nu, je me sens comme le premier homme…

Superbe soirée folk dont on se souviendra longtemps, sous le regard de papier de Marc Robine, qui peut être fier de sa descendance musicale. 

 Je vous parlerai demain de la journée d’hier, la balade volvicoise, ville d’eau et de pierre, le concert Afunalhue, chansons d’Amérique latine, et concert de Baptiste W.Hamon, prix Marc Robine 2019. 

Danièle Sala

 

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