Hexagone printemps 2019

13 Avr

C’est sous le signe du printemps qu’on aborde le numéro 11 de notre mook préféré, sur la photo de couverture, l’ami Pierrot sourit du haut de ses 85 printemps, entouré des Ogres de Barback. Sur la deuxième de couverture, toujours aussi radieux, Lili Cros et Thierry Chazelle, vont m’accompagner tout au long de mes lectures, ainsi que le regret de ne pas pouvoir assister à leur triomphe, le 18 mai prochain, à l’Olympia.

Et l’édito de David Desreumaux est tout aussi printanier :

Un matin vous ouvrez la fenêtre / L’air vous semble soudain plus léger / C’est comme un frisson qui vous pénètre / Il y a quelque chose de changé / Tiens, tiens, tiens ! / Déjà les feuilles poussent / Tiens, tiens, tiens ! Ça sent le romarin / Dans le jardin les lilas se trémoussent / Et les petites pommes ont déjà des pépins…Tiens, tiens, tiens ! / C’est le printemps qui vient…David, qui nous présente les invités de ce numéro, est optimiste : La ritournelle reste de saison, toujours aussi verte et plaisante. Sautillante

Pour ceux qui préfèrent la valeur des chansons aux valeurs boursières. C’est pas sérieux ! Eric Mie et Pierick font le tour de l’actualité en nous dessinant des sourires, genre, l’Eugène Pottier des gilets jaunes chante : C’est le Rond Point final !

Photo David Desreumaux

Plus sérieux, Le Rencard de Roxane Joseph avec Bensé, poète virtuose et lettré, pour la sortie de son troisième album, volet d’une trilogie, après L’Album, le Printemps, c’est L’Odyssée : une épopée de grand style : Les dix titres de L’odyssée illuminent la trajectoire d’un homme, et avec lui de toute l’humanité. Ils s’articulent autour de trois thèmes fondamentaux qui donnent sens à la destinée de l’homme, magistralement déclinés : La connaissance, la transcendance et la jouissance.

Article illustré avec humour par Piérick.

Un petit tour à La Luciole de Méry-sur-Oise, Vu de l’extérieur par Didier Garcia, son directeur : La Luciole, qui peu à peu devient un véritable lieu de vie culturelle ( spectacle vivant, cinéma, expositions, studio de répétition, salle de danse, ouverture prochaine d’une Micro-Folie…). Un lieu de mixité sociale et générationnelle qui défend la chanson française, protéiforme, métissée, plurielle.

Image DR

Ne partez pas tout de suite en découvrant le sujet de l’article ! Nous prévient ensuite Patrick Engel, et il est question du suicide, un thème que je n’imaginais pas aussi présent dans les chansons, mais aussi dans la littérature, le cinéma, etc…  Alors, le suicide est-il l’affirmation d’une liberté ultime ?

Est-il l’expression d’un grand courage ou d’une immense lâcheté ? Est-il un choix ou un non choix ? Autant d’avis que de philosophes, écrivains, ou artistes divers, nous avons en particulier l’avis de quatre artistes, Léopoldine HH, est-ce un hasard ou une coïncidence, la plupart des écrivains qui l’accompagnent se sont suicidés ou un rapport avec le suicide : Oui, c’est une liberté pour certains, c’est la seule liberté de leur vie que de pouvoir choisir leur mort.et la seule chose qui peut sauver l’homme, c’est l’art.

Pour Claude Semal, lui qui chante : A quoi bon se suicider ? Il suffit d’attendre, lui, qui n’a eu comme expérience qu’une armoire à pharmacie vidée, pour une demi-amourette, c’est le suicide de ceux qu’on aime qui est est une insupportable douleur.

Bernard Joyet, quant à lui emprunte plutôt le chemin inverse, celui de la survie en toutes circonstances, même si l’absurdité de ce monde-toujours elle-le conforte dans ses incertitudes ; la seule certitude étant bien sûr que nous sommes mortel.

Et Bernard Joyet, relevant que l’on pourrait citer des centaines d’aphorismes, de dictons et de proverbes à ce sujet, préfère s’en remettre à Souchon :

La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie.

Pour Benoît Dorémus, qui a été confronté au suicide d’un camarade de collège, c’est un drame très impressionnant qui a marqué mon enfance…Il faut relativiser, face à l’absurdité de l’existence, et savoir rire de tout : Rire jaune, noir, bleu, tout ce qu’on veut, mais rire, rire et rire. Un rire vaut dix Xanax.

Photo David Desreumaux

Flavie Girbal inaugure la partie 1 de la collection de printemps : Antoine Sahler Stoïcisme bubble gum, entretient avec Antoine Sahler, un artiste discret aux multiples talents, indissociable complice de François Morel, pour qui accompagner, écrire pour les autres l’aide : ça m’aide et ça me nourrit d’avoir cinq choses à faire à la fois et qui vient de sortir son troisième album : Le furieux.
J’ai retenu sa façon d’appréhender la chanson qui le passionne avant tout : Je suis passionné par la chanson, par le fait d’écrire, d’en parler, d’en découvrir… Dire, ne pas donner de leçon, , ne pas être dans l’étalage autobiographique, dresser des tableaux du quotidien, des faits de société, en soulignant : C’est le creux, le hors champ, l’ellipse qui apportent de la profondeur et du sens.

Antoine Sahler sera en concert du 28 au 31 mai 2019 aux Déchargeurs à Paris.

Photo DR

On fait ensuite plus ample connaissance avec Karin Clercq, chanteuse-comédienne belge De retour enfin ( par Karine Daviet ), avec son quatrième album La boîte à Pandore. Karin Clercq qui se remet en question, riche de son expérience : J’ai progressé, j’ai donc pu mieux m’impliquer et choisir une équipe avec qui j’étais en concordance, tout en respectant son ADN pop-rock, et sans se prendre au sérieux : Il ne faut pas se prendre au sérieux dans ces métiers. Ce n’est pas grave, c’est du vent.

C’est ensuite un voyage fraternel et musical autour d’Hervé Lapalud : Kora corps , propos recueillis par Michel Gallas. Hervé Lapalud, un globe-facteur de chansons, tombé amoureux d’une kora celtique, à 16 cordes, une harpe-luth qui marie une tradition ouest-africaine à la modernité. Kora qui est à l’origine, avec la rencontre de Dramane Dembelé, de son nouveau projet, Korafoland : je croise Dramane Dembele, musicien burkinabè, joueur de flûte peule et de kora, et sa façon de jouer me met à la renverse. Un album et un spectacle à venir donc, pourquoi Korafoland ? Korafola, en bambara, signifie celui qui joue, qui fait parler la kora. L’enfancie est le pays imaginaire de l’enfance, et Korafoland…

Gérard Magnet nous propose Un Regard sur Bastien Lucas : Hymne à la légèreté.
Bastien Lucas, pour qui l’étude de l’harmonie a changé sa vie : Aujourd’hui, il réalise cet album plus symphonique que rock. Plus qu’un choc des cultures, un mariage raffiné entre pop et chanson française où les cordes habillent avec élégance des textes patiemment épurés. Merci Bastien de nous rendre le monde plus léger !

Et c’est Mad, spécialiste du Rosbif saignant, qui propose un Carré d’as autour de Bancal Chéri.
Bancal chéri, quatre garçons dans le vent, tous talentueux séparément, Nicolas Jules, Dimoné, Imbert Imbert et Roland Bourbon, et complètement foutraques ensembles, qui ont mis leur amitié au service de la musique, une amitié scellée autour du spectacle de Boby Lapointe et qui perdure avec Bancal chéri, c’est un album, mais c’est surtout sur scène que le quatuor s’éclate, comme le dit Mad, vous êtes un jeune groupe de vieux rockers.

Les ficelles du métier de Boule, ont pour sujet les résidences, petit conseil, entre autres : Ne garder que les textes simples et les musiques faciles, le spectacle se vendra mieux.

C’était mieux maintenant ? Jules nous dit que oui, à propos de Mano Negra : Personne n’a secoué la scène française avec autant de frénésie et de bestialité. Que cette putain de fièvre nous fasse encore suer sang et eau !

 

Le grand dossier est consacré aux Ogres de Barback, Sam, Fred, Alice et Mathilde Burguière, une fratrie musicale dynamique, et leur 25 ans d’existence : Juste une histoire familiale heureuse, sans prise de tête, qui dure et se renouvelle sans se trahir. Juste un appétit de la vie.

Photo DR

Leur histoire commence à Jouy-le-Moutier, dans le Val-d’Oise, une banlieue un peu dortoir mais très jeune et très vivante, dans un environnement familial musical et chaleureux : Chez nous, on appelait la maison la MJC, parce que dès qu’il se passait quelque chose, c’était à la maison. Apprentissage musical, conservatoire pour les uns, plus en autodidacte pour Fred, premiers groupes, premiers concerts, Sam sous perfusion de Renaud et Brassens, l’arrivée des Pink Floyd, peut-être bien à l’origine des guitares électriques dans le groupe, dit Alice. Et ça démarre très vite pour eux, avec la rencontre de Grégoire Simon, saxophoniste des Têtes Raides, il s’en suit une spirale incroyable qui fera vivre ce premier spectacle pendant trois ans. C’est ce que les Ogres ont appelé La tournée des bars. Et puis, il y a eu Pierre ( La tordue), et Néry : Néry nous a fait vraiment grandir. Vient le premier album qui a du succès, Rue du temps, et le cruel dilemme d’accepter d’être distribués par PIAS, ce qui les mettrait à l’abri du besoin, ou d’être indépendant. Ils ont choisi l’indépendance, et à force de talent et d’un travail acharné, et l’espérance d’un monde meilleur…Ils ont su forcer leur destin: ça c’est une de nos grandes fierté : que nous soyons huit à vivre de nos chansons depuis vingt ans. Rien que ça, ça me va, j’ai le sentiment d’avoir réussi ma vie, dit Fred.

Mais le désir de bouger, de réaliser un rêve de gosses, leurs racines arméniennes aussi, les lancent dans cette folle aventure du Latcho drom, faire le tour du monde et se produire sous un chapiteau, pour vivre à plein leur rêve nomade. Puis, avec Les Hurlements d’ Léo venus se joindre à eux, c’est la tournée européenne d’un spectacle conjoint : Un air, deux familles. Ouf ! Nous avions envie de nous recentrer sur Les Ogres de Barback et de respirer un peu.
Mais ça ne dure pas longtemps : Et les Ogres d’aiguiser leur appétit, de réinventer leur œuvre, de s’enrichir d’autres cultures, d’aller de gourmandise en gourmandise en suivant un rythme de croisière, alternant projets des Ogres et projets collectifs. Devenus parents, ils se prêtent au jeu des albums jeunes public, un, puis deux, puis trois… Et tout leur réussit ! Quant à leur engagement politique, il est humain, et se situe sur le terrain : Nous ne comptons plus le nombre de concerts de soutien que nous avons donnés pour des causes qui nous tenaient à cœur. Leur engagement dans les causes humanitaire est multiple et discret.

Cinq ans après Vous m’emmerdez, après l’orchestration de La tribu de Pierre Perret, en hommage à ses soixante ans de carrière, Les Ogres de Barback viennent de sortir leur neuvième album studio : Amours grises & colères rouges, mi chansons de révoltes, mais aussi la tolérance, le vivre ensemble, enfin chansons ogriennes, mi chansons d’amour grises : C’était aussi pour moi un challenge que d’essayer d’écrire ce type de chansons sans qu’elles soient trop à l’eau de rose, dit Fred.
Un parcours hors du commun pour cette famille musicienne que j’aime pour sa remise en question permanente et son ouverture d’esprit. Latcho drom à eux, pour notre plus grand plaisir et le leur.

Qu’en pense Jules, ( Jules, chanteur, écrit aussi dans Hexagone), dans son Regard extérieur ? Et l’on apprend que Jules est l’ami d’enfance de Sam, qu’ils ont fait, outre de la musique, les 400 coups ensemble, braqué deux fois une banque, une fois pour aller à la Cigale voir la Mano Negra, une fois pour acheter une basse, et Sam des pédales de guitare wok’n’woll, et c’est dix ans de tournée avec l’arrivée du frangin Fred, avant que chacun passe à autre chose, suivant d’autres chemins, mais toujours heureux de se retrouver.

Pour conclure avec Les Ogres, la chanson Contes, vents et marées, de leur album Avril et vous ( 1999).

Avant de passer à la partie deux de la collection de printemps, et même après, on peut s’attarder sur les nombreuses chroniques d’albums récemment parus ou à venir, et en faire une belle récolte printanière, Fauthentique de Tété, Antoine Sahler, Le furieux, Une tranchée de vie, Romain Lateltin, A la lisière, Clarika, Ma cantate à Barbara, Anne Peko, Fransesca Solleville, Les treize coups de minuit, Hélène Martin, Le désir, l’essentiel de nos vies, anthologie de 34 chansons sur des poèmes, Jehan, Divin Dimey, Christian Tarroux, Sans contours définis, Sanseverino, The Beber Project vol 1, hommage à François Béranger, Kent, Peine perdue, etc…Des affiches de festivals, comme Aubercail, du 22 au 25 mai, Festiv’en Marche, du 6 au 10 juin 2019… On peut aussi admirer les Photos de saisons ou photos de scène de David Desreumaux, ou de Chantal Bou-Hanna.

C’est un plaisir toujours renouvelé de flâner au fil des pages.

Et l’on arrive à Pierre Perret, sourire malicieux, index pointé en l’air, photo de David Desreumaux qui s’entretient avec lui : L’arme la plus difficile à manier lorsque tu écris est la dérision.

Photo DR

Pierre Perret parle de son œuvre, quelques 500 chansons, et quelques dizaines de livres, ( j’ai même un gros livre de cuisine de lui), et en particulier de son dernier album Humour liberté : Dans cet album, il n’y a que des chansons qui m’en ont fait baver ! Dit-il, et ce, malgré sa longue expérience du métier. Il faut être plus vigilant que jamais pour ne pas être redondant. Pierre Perret, toujours indigné, et ne mâchant pas ses mots, n’a pas écrit que des chansons sautillantes pour réveiller les auditeurs de France Inter, chansons qu’il ne renie pas, mais il a fait beaucoup plus, lutter contre le racisme, avec Lili, prendre la défense des émmigrés : Au lieu de murs de barbelés, bâtissez plutôt les ponts 
Qui sait un jour vous viendrez vous réfugier dans nos maisons 
Vous en faites pas les copains 
On vient pas manger votre pain 
On est capables d’en créer et même de le partager .

Il est celui qui a le plus écrit pour défendre les femmes, La femme grillagée, La p’tite kurde, Riz pilé, Elle attend son petit, il s’attaque à la pédophilie et le laxisme de l’église pour les curés violeurs : Pédophile, les attentats :

Aujourd’hui ma plume est alerte
Elle survole un nid de scorpions
Pour lesquels rien n’est pire certes
Que la liberté d’expression
Ces petits cancrelats débiles
Ont courageus’ment fait la preuve
Qu’égorger est aussi facile
Que d’filer une trempe à sa meuf .

C’est un infatigable défenseur de toutes les causes, à la plume alerte, qui sait parler de choses sérieuses avec humour, légèreté, gardant toujours le sens de la dérision : C’est le plus difficile à faire dit-il.

Allons maintenant à la rencontre de Nevché Les mots dits. C’est Karine Daviet qui nous y invite.

Photo N Gabriel

Frédéric Nevchehirlian savait déjà à cinq ans qu’il serait poète, mais comment en faire un métier ? C’est avec la découverte du film Slam qu’il comprend que le slam, c’est de la poésie, et qu’il fait du slam : Pour moi c’était de la poésie orale. Alors, tout va très vite pour lui, et le succès est au rendez-vous.
De son douloureux voyage à Kinshasa, en pleine guerre civile, qui lui rappelle l’histoire de sa famille, il écrit des textes plus personnels, et s’entoure de nouveaux musiciens, pour sortir, en 2009 son premier album sous son nom de Nevchehirlian : Monde nouveau monde ancien., puis Le soleil brille pour tout le monde en 2011, sur des textes de Prévert et Rétroviseur en 2014.
Puis le besoin de se retrouver, épuisé après dix années de concerts et projets, il écrit un long poème Décibel, et les treize chansons de Valdevaqueros, Valdevaqueros, qui évoque une plage de la province de Cadix, une envie d’afficher son côté espagnol maternel, pour équilibrer le côté arménien paternel. Cet album sorti en 2018, est à la fois une Odyssée électro-pop, avec des sons minimalistes, millimétrés et délicieusement hypnotiques, signés par les talentueux Simon Henner et Martin Mey, et une quête, un voyage intérieur.
L’engagement, chez Fred Nevché, n’est pas seulement dans les mots mais aussi dans la façon d’exercer son métier. En 2008, il fonde une coopérative, internexterne, défendant à la fois une vision collective de la musique et l’autonomie des artistes. L’avenir de la poésie pour Fred Nevché ? Nous entrons dans une sombre période où nous avons plus que jamais besoin d’imagination. La poésie est une nécéssité absolue, mais elle va devoir prendre les armes.

Une découverte, la fille au violoncelle, Katrin’ Waldteufel, alias Cello Woman Deux en une, par Philippe Kapp. Une encore pour qui la musique est une affaire de famille, entre autres musiciens de sa famille, son aïeul Emile Waldteufel fut en effet un grand compositeur de valse, fin dix-neuvième siècle. Elle et son violoncelle ne font qu’un, musicienne avant tout, elle s’oriente vers la chanson, en intégrant une fraternité-chanson, Les frères de la côte, Gilles Roucaute et Zed van Traumat pour la co-écriture des textes, Johan Mathaly et Bastien Lucas pour les arrangements, et Bastien Lucas est aussi son guitariste, compagnon de scène, pour un spectacle et le double album 2 en une.

Photo NGabriel

Nous arrivons à Jean-Michel Piton : A profusion, le cœur battant, propos recueillis par Nicolas Brûlebois.
Et il est question de poésie et de chansons. Mais si certains mettent la poésie en musique, lui la met en chansons, ce qui pose problème pour la sacem. Jean-Michel Piton a une connaissance approfondie des poètes qu’il aime, et ne choisit pas la facilité. Pour Dimey, par exemple, il dit : Il est quand même dommage de résumer ainsi un mec qui a préparé les grands séminaires, écrit sur Dieu- la mort d’un homme c’est un chemin de croix ! Pourquoi les gens ne vont-ils pas voir de plus près ? Lorsque je prends un poète, j’ai la prétention d’avoir une vision moins schématique de son œuvre. Et souvent, il y a des surprises.

Ce, tout en défendant aussi le côté drôle de Dimey. Cela fait trente ans que Piton chante les poètes, sans intention politique : Victor Hugo a monté haut la défense de l’humain, à travers les grandes causes. Mais dans ma démarche, je ne m’occupe pas de ça . Il est sur un plan plus humain que politique : J’ai toujours été proche des laissés-pour-compte de la société. J’ai une forme d’engagement pour ça. Les poèmes qu’il met en chansons collent à sa propre sensibilité, l’imagerie du clochard céleste, le côté romantique de Baudelaire, Maris stella, de Raoul Ponchon, façon rock : je viens du Maine-et-Loire, milieu catho, j’ai été enfant de choeur. Tu ne t’en défais pas comme ça. L’humanisme de Richepin a qui il a consacré un album : J’y ai trouvé un humanisme, parlant de la souffrance universelle, proche de mes préoccupations. Un choix minutieux très personnel, une poésie désacralisée qui touche en plein cœur, une interprétation magistrale, sur des musiques superbes, des violoncelles à l’esprit rock, Musiques et mots de l’âme porte bien son nom, et il annonce une suite qui s’avère tout aussi surprenante, plus punk, ou à la Bashung, avec de la guitare électrique.. Selon le poète, et l’humeur du moment.

Regard sur… Tiou Hybride et ébouriffé, par Michel Gallas.

On dit que ses chansons sont aussi ébouriffées que sa coupe de cheveux. Tiou, de son vrai nom Mathieu Andreau, après avoir beaucoup lu, écouté Brel, Loïc Lantoine et Sanseverino, écrit et compose des chansons : Sa présence charismatique, sa voix prenante, ses mélodies gimmick et ses textes percutants touchent le public. Chanteur à fleur de peau, le verbe haut, souvent drôle et inspiré, il conte ses humeurs, passant de l’humour noir à la tendresse, de la chanson au slam. Il sera le 7 juin 2019 à Saint-Denis-de-Pile ( 33  ), au Festival Musik à Pile.

Une découverte encore, c’est Safia Nolin : L’art mélancolique, par Dora Balagny.
Une femme drôle aux chansons tristes qui a la côte au Québec, et commence à être connue ailleurs depuis sa tournée de deux ans en France, en Suisse et à Berlin : J’ai deux albums à vendre dans le hall. Les chansons vont de déprimantes à très déprimantes nous dit-elle. Mélancolique, elle l’est et entend le rester : un artiste n’a pas besoin de changer de style pour exister. Safia Nolin a aussi la passion des reprises, Le temps de l’amour, de Françoise Hardy, en duo, avec Pomme, On brûlera, ou encore Ma préférence de Julien Clerc. Et elle réfléchit pour un second volume à paraître cet automne.

Photo DR

Elle, ne chante pas de chansons tristes ! Mais plutôt coquines, provocatrices, ou des reprises de chansons réalistes. c’est Marjolaine Piémont, vue par Flavie Girbal : Frou-frou.
Marjolaine n’est pas faite pour être assistante de direction, elle qui a toujours été sur le chemin de la création. Jusqu’à cette école de cinéma parisienne, Elle abandonne son boulot pour aller animer la Saint-Sylvestre chez Maxime, c’est le déclic, et elle se met à gagner sa vie en tant que chanteuse, d’abord dans les cabarets parisiens, un répertoire de chansons réalistes, comme celles de Yvette Guilbert : Nombre de ses chansons me bouleversent. Elle défend des textes forts, parfois interdits par la censure. Puis, d’interprète à auteur-interprète, Marjolaine Piémont trace son chemin, d’expérience en expérience, comédie musicale, premières parties, circuits indépendants, curieuse de tout, persévérante. Les chansons de Marjolaine, leurs convictions et leurs provocations doivent être entendues avec la finesse d’esprit et la grande sensibilité qui les accompagnent. Elles ne seraient pas audibles autrement.

Les rappels : Le Sémaphore, un rayonnement national. Propos recueillis par David Desreumaux.

Le Sémaphore est un lieu municipal, décidé par la mairie de Cébazat ( huit mille habitants) et inauguré en 1998. Salle polyvalente, théâtre, danse, école de musique, cirque, chansons, actions dans le milieu scolaire, etc…Qui a eu la chance d’être conventionnée, et Jacques Madebène, directeur du lieu, a tout fait pour étoffer la partie chansons, créant très vite le festival Sémaphore en chansons, consacré à la chanson francophone, et les rencontres Mathieu Côte, une vitrine des artistes professionnels ou en voie de professionnalisation, des découvertes, des suivis et des prix : Ces prix qui sont des résidences ou des concerts en incitent beaucoup à postuler.

C’est aussi David Desreumaux qui recueille les propos de Cholbiz.

Quels sont les chemins empruntés pour que Cyrille Cholbi , ancien étudiant en gestion, devienne manager et tourneur, un couteau suisse, dit David Desreumaux, pour les artistes ? Pas n’importe lesquels, ceux pour qui il a un coup de cœur, qu’il a envie d’accompagner, comme Jules Nectar, Nicolas Jules, ou Cédrick Boule. Un long parcours qui va de l’objection de conscience au militantisme pro-décroissance, de l’organisation des premiers concerts à la diffusion pour une compagnie théâtrale, du management d’artistes à la création de sa structure Cholbiz. Un parcours fait de rencontres, d’aventures, comme Lombric, de collaborations, de formations, : Formations d’Issoudun, ( à l’époque l’inirep), patronnées par Bertrand Ledoux, une bien belle promo, une année très enrichissante. Le sentier des Halles, Courir les rues, etc… Un métier passionnant mais qui demande rigueur et patience : il faut être organisé, précis, volontaire…tenace, et patient, inventif et à l’écoute : tenir les programmateurs au courant de l’évolution du projet, de son actualité, les inviter à des concerts à proximité ou à grande visibilité, appréhender leurs difficultés, leurs problématiques toujours singulières, être à force de propositions et d’arguments pour rassurer, convaincre, séduire.

Vus sur scène retours de concerts.

David Desreumaux revient sur On voudrait revivre, au Théâtre Antoine Vitez, le 1er décembre dernier. Un spectacle autour de Gérard Manset écrit et interprété par Léopoldine HH, et Maxime Kerzanet. Avec Chloé Brugnon à la mise en scène, Hugo Dragone à la création lumière, Mathieu Diemert à la création son et Jennifer Minard aux costumes et accessoires, le spectacle produit par la compagnie Sergent est une éblouissante pépite qui séduit tout autant amateurs de chanson que férus d’art théâtral.

Toujours au Théâtre Antoine Vitez, qui a confié carte blanche à la revue Hexagone pour la deuxième fois, la création de l’Arrache-coeur(s) le 26 janvier dernier, un spectacle pour saluer la mémoire de Boris Vian, disparu le 23 juin 1959, : Comme pour Bashung en 2017, Arrache-coeur(s) ne se voulait pas un hommage exclusif au grand Boris mais s’entendait plutôt comme une errance à travers les trois répertoires ( Daphné, Krüger, Vian ).

Photo Chantal Bou-Hanna

Le 22 février, à Ivry-sur-scène, au forum Léo Ferré, c’est Mona Heftre qui a enchanté un public nombreux, accompagnée au piano par Nathalie Fortin, hommage à Ferré, à Catherine Sauvage, elle chante aussi Pierre Mac Orlan ( La chanson de Margaret, La fille de Londres), ou encore Barbara : Charles Baudelaire, Pierre Seghers, Patrick Modiano, Gilles Vigneault, Charles Cros, Serge Rezvani seront ainsi convoqués dans ce tour de chant, servis chacun avec la même élégance, avec délicatesse, d’une voix profonde et chaleureuse célébrant la langue française et ses quartiers de noblesse.

Mad, lui, se fait écho des Hurlements d’Léo à La Cigale, le 26 janvier dernier. Et, dès le premier titre, le public de La Cigale passe en mode sauteurs et la température monte instantanément de plusieurs degrés. …. Ils sont rejoints par Les Ogres de Barback, qui, le temps de deux morceaux récréent l’osmose d’Un air, deux familles.

Nicolas Brûlebois quant à lui, nous parle de sa soirée ChardRy aux Chansonniers, un hôtel qui fut l’un des derniers Q.G. D’Allain Leprest, et parmi la faune musicale voisine, Leprest s’était lié, à cette même période, avec un chanteur-musicien pas encore trentenaire : Richard Bauduin alis ChardRy ( aussi surnommé l’homme à la guitare bleue). Dix ans après la disparition de Leprest, il est venu lancer son EP de cinq titres au Chansonniers : Les textes offerts à ChardRy ne sont pas du Leprest pur jus : plus légers que de de coutume, sans être creux…Il lui reste assez de matière pour publier trois autres EP thématiques : après les femmes, le prochain devrait évoquer les voyages-témoin le splendide Angkor, chanté en avant-première ce soir là.

De beaux spectacles qui, je l’espère, vont arriver jusqu’à nous. Pour plus de retours de concerts : hexagone.me

Photo DR

Perrine Marlière raconte Pauline Julien Le volcan.

Faire le portrait de Pauline Julien est un exercice complexe, tant elle a suscité tout au long de sa vie les passions les plus extrêmes. Ne voir en elle que l’artiste serait la trahir : La fougueuse Pauline Julien est une femme aux multiples visages qui a toujours refusé qu’on lui colle une étiquette. Pauline Julien, c’est une œuvre dense, une vingtaine d’albums, la scène : Elle s’impose par sa présence, sa voix, son énergie, c’est aussi un engagement politique pour l’indépendance du Québec, ce qui l’a menée en prison avec son compagnon Gérald et quatre-cent-cinquante autres personnes, et l’engagement féministe. Elle a chanté les auteurs les plus progressistes, nous dit Céline Faucher, qui a largement contribué à la faire connaître, notamment avec ses deux spectacles : Autour de Pauline Julien et Qui a peur de Pauline Julien ? Et pour Steve Normandin, l’accordéoniste chanteur-voyageur québecois : Pauline Julien était capable de mettre le feu aux poudres. Sur le fond, chanter c’était de la provocation.

Pour ceux qui ne connaissent pas bien Pauline Julien, à lire ces six pages de Perrine Morlière, illustrées par un portrait très réussi de Flavie Girbal.

Et nous arrivons à La petite histoire de la chanson par Norbert Gabriel : Célimène Gaudieux.
Qui connaissait cette Célimène avant que Norbert nous en parle ? Même pas moi, qui suis passée plusieurs fois de Saint-Paul de la Réunion, aux Trois bassins et à La Saline-les-bains, sans savoir qu’elle en était la muse, une autodidacte qui fut une des premières ancêtres de l’esprit rap, et le symbole de la poésie et de la culture populaire de la Réunion. Célimène tenait une auberge sur les hauts de Saint-Paul : Elle offrait des liqueurs, l’coup de sec, le frangorin, le jus de canne, le lait de noix de coco. A celui qui avait faim, elle servait un carry, un rougail, du vin. Et c’est alors que pinçant sa guitare, elle chantait toutes les chansons qui lui passaient par la tête, en français ou en créole.. .Un sacré phénomène, Célimène ! Louis Simonin tirait une fierté particulière des 5 vers que Célimène lui adressa pour le remercier d’un échantillon de lave volcanique dont il lui avait fait cadeau :

Je te remercie mon cher voisin
De la roche que tu m’as envoyée
Je vais bien la conserver
On ne jette pas tous les matins
D’aussi jolies pierres dans mon jardin. …

Sa peau fut jadis sa douleur, sa peau qui n’a pas connu que fleurs, chante Jim Fortuné au sujet de celle qui se disait « infortunée créole » et rimait « à tort et à travers ». Comme une chanteuse de blues quelque part en Louisiane.

Article illustré d’un portrait de Célimène Gaudieux de Piérick.

Quelques nouveautés EPM pour le printemps, Jehan Divin Dimey et Christian Tarroux Sans contours définis. Un rappel encore : L’air du temps festival de chansons à Lignères-en-Berry, du 29 mai au 1er juin.

Et… La cerise sur le gâteau, ou plutôt le Rosbif saignant : Flash-back à l’anglaise, par Mad.

Mad le rockeur confronté au Caïd-de-Clichy-connu comme le loup blanc en tant que farouche défenseur de la cause chanson française et ce caïd menace Mad : Et si tu t’avises d’me ram’ner de la daube, genre «  So good, j’ai trop kiffé », je t’enfonce dans ce qui te sert de fondement les œuvres complètes de Flaubert et de Ferré ! Pas facile la chro de Mad, surtout quand le Redac-en-chef lui suggère : De qui n’as-tu pas encore dit du mal ?

Ah ! Une question encore : Avez-vous déjà écouté ma musique ? C’est fhom.fr qui la pose. Aimez-vous ? Moi, oui.

Et l’on referme ce beau numéro de printemps 2019 avec Clio qui annonce la sortie de son deuxième album le 13 septembre 2019. Et deux titres sont d’ores et déjà disponibles : T’as vu et Amoureuse.

Voilà, ce ne sont là que quelques notes de lecture, parmi les 170 pages de ce numéro de printemps d’Hexagone. Et comme d’habitude, pour les ( rares) lecteurs de ces notes, surtout ceux non encore abonnés, je ne saurais que vous encourager à le faire très vite pour tout savoir sur la scène vivante, et la chanson.

Clic  ici —>

Danièle Sala

Publicités

Une Réponse to “Hexagone printemps 2019”

  1. GUYOT PASCAL avril 13, 2019 à 21 h 36 min #

    Que de découvertes à chaque parution de cette très belle revue!

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :