Archive | mars, 2019

Lise Martin, Personna…

28 Mar

Photo NGabrieL 2016

Il est rare, et c’est une première, qu’une chronique soit consacrée à un spectacle annoncé avant de l’avoir vu. Toute règle ayant ses exceptions… Lise Martin publie  un nouvel album, « Personna » et pour ceux qui ont eu le bonheur de la croiser dans des formations et participations diverses , cette soirée à venir est un rendez-vous obligatoire… Et puis, ayant eu le privilège d’une écoute en avant première, il me semble que la semaine va être longue, car c’est jeudi 4 Avril que Le Zèbre de Belleville fêtera la sortie de cet album.

Lise Martin c’est une voix aux échos de violoncelle, des musiques fines colorées folk , des textes sans affèterie, forts et limpides, des chansons qui racontent des histoires à voyager et à rêver à danser avec les elfes, les fées, les lutins ou les aimables sorcières, dans des champs de jonquilles, c’est la saison. Un peu de lyrisme ne nuit pas…

Photo David Desreumaux

Quand le numéro 0 du mook Hexagone l’a mise en couverture, c’était en harmonie avec une certaine idée de la classe et de la presse chanson dans son meilleur.

En clin d’oeil, et dédicace, ces quelques vers

Ne pas se taire
Rêver toujours
Pleurer parfois
Chanter encore
à la folie
à la vie
à l’amour
Dément songe ?

 

Le pitch de « Persona » :  Ce mot latin désignait le masque de l’acteur du théâtre antique au travers duquel (per) passe le son (sona). Dans les chansons de cet album, Lise interroge la partie visible et audible du rôle que chacun joue pour trouver sa place dans ce monde, explorant les fêlures, les espoirs, les engagements et les joies de différents moments de la vie.
Pour ce concert de sortie d’album, jeudi 4 Avril, Lise sera accompagnée par Daniel Mizrahi aux guitares, et Martina Rodriguez au violoncelle.

Les infos ici → clic sur le Zèbre -de Belleville- bien sûr. 

Pour acheter les places de concert, c’est là aussi –>

 

 

 

Norbert Gabriel

« Au Coeur de l’Arbre », spectacle musical d’Agnès et Joseph Doherty : à la rencontre du monde merveilleux des arbres en chansons

24 Mar

Quelques heures à peine du printemps, quelques heures et un souffle de vent, ce vent qui engouffre sous les ailes des oiseaux ses faux-airs de déjà vu et sa vraie musique de reviviscence, en effleure les carapaces des insectes et écarte en chantant les feuillages des arbres leur offrant un accueillant abri, ce 20 mars était bien une date propice aux premières représentations du nouveau spectacle musical d’Agnès et Joseph Doherty, « Au Cœur de l’Arbre », dans l’Espace Culturel du Bois Fleuri à Lormont, près de Bordeaux.

Le couple d’artistes franco-irlandais, dont le conte musical « Finn McCool et Légendes d’Eire » raconte et propage déjà auprès des publics jeunes et adultes la poésie d’un regard désireux de faire connaître la féerie du folklore celte et de partager le merveilleux extrasensoriel qui lie les humains à la nature, a imaginé, mûri et travaillé depuis des mois la création de ce nouveau spectacle consacré aux arbres, adaptable à la scène, comme à des balades à pied ou à vélo à travers des parcs arborés, au grès des diverses espèces végétales rencontrées en chemin.

S’il invoque bien-sûr, en récits et en chansons -et comment pourrait-il en être autrement ?- légendes celtes et mythologie nordique (chanson « Yggdrasil »), « Au Cœur de l’Arbre » n’en oublie pas pour autant de se référer aux épopées et mythes des civilisations mésopotamienne (Gilgamesh), grecque (Phaéton) et amérindienne ou encore à la littérature contemporaine (Jean Giono, L’Homme qui Plantait des Arbres). Il tisse avec intelligence un canevas harmonieux qui réunit de multiples apports culturels et cultuels autour d’un fil conducteur pédagogique et engagé. Éveiller la sensibilité à la vie du monde sylvestre, initier à la connaissance des espèces et de leurs vertus, expliquer le fonctionnement des arbres en société avec leurs semblables et leurs rôles au sein de l’écosystème, raviver à nos mémoires des histoires antiques, éclairer les combats militants des défenseurs des arbres, et subséquemment mettre en évidence la nécessité de sauvegarder et préserver la nature dans sa diversité : « Au Cœur de l’Arbre » plonge ses racines dans de nombreux terreaux culturels et mélange savoureusement les résines, pour semer ses petites graines dans nos cœurs et y faire croître le respect et l’amour de ces êtres d’écorce et de sève qu’on n’envisagera jamais plus de la même façon.

Que l’on sorte du spectacle étonné, instruit, éclairé, bouleversé, ou conforté et grandi dans ses sentiments, et sans doute un peu de tout cela à la fois, on en sort différent, le cœur enrichi jusque par l’éclairage final obscurcissant progressivement la scène, et suggérant le message qui en reste : de la lueur qui meurt sur les planches à la lumière qui prolifère en nous. On en sort également les oreilles ravies par les timbres de la multitude d’instruments dont jouent Joseph et Agnès Doherty, qui nous rappellent à quel point et de tous temps les arbres ont servi la musique, lui ont servi de source en inspirant des mélodies aux hommes par les vibrations sonores se produisant autour d’eux, et lui ont servi d’outil pour s’exprimer. Et si l’ébène de la clarinette-basse, le cèdre de la flûte, l’épicéa, l’érable, le palissandre et les autres essences des mandoline et guitare, contre-basse, violons, banjo et xylophone ne proviennent pas des mêmes arbres, tous nous semblent pourtant désormais faits du même bois que les rêves.

 

Miren Funke

photos : Miren

Merci à Véro Cameleyre

Liens clic sur l’arbre —->

Et aussi,

https://www.facebook.com/joseph.doherty.54

https://www.facebook.com/agnes.doherty.73

 

 

NDLR, vous pouvez aussi compléter votre connaissance du sujet avec ce livre remarquable,

 

 

Panier de printemps…

21 Mar
Histoire de bien partir vers les beaux jours, même si parfois on a des raisons de se tempérer l’optimisme, une pause musicale peut être une bonne alternative et un remède à la morosité, voici donc quelques pistes possibles.

 

Nathalie Lillo   » La brèche »

Des chroniques du temps présent, du temps passé, comme un cahier d’école façon Colette, (ou Maupassant), qui aurait vidé ses poches pour retrouver les souvenirs pastel des sourires d’une enfance toujours présente.

C’est la douce présence des jolies choses de nos vies, qu’on oublie parfois, et qui reviennent toutes pimpantes… Des rencontres et des fêtes, des retours de jours de soleil ancien qui retrouvent la lumière, c’est plein de tendresses, à vous donner foi dans le genre humaine… J’ai bien dit « humaine ». C’est aussi la mémoire sépia dans un étrange désert qui pourrait préfigurer des pages sombres à venir. Comme un passé qui ressurgit, des cauchemars aigüs ou des images doucement fanées, le kaléïdoscope de la vie… Et on se dit parfois que ce meuble banal que vous croisez tous les jours porte les échos d’un arbre venu de loin dans le temps … Contes ou fables sensibles, « La brèche » de Nathalie Lillo, c’est un parcours du cœur battant, couleur fraternité.

Il n’y a pas d’amour superflu … Monsieur, quand vous recevrez cette lettre, vous irez aussitôt dans la rue, une passante vous y attend probablement pour une fête impromptue, je ne vous en dis pas plus, mais c’est le genre de lettre qu’on ne peut recevoir sans émotion, comme cet album d’ailleurs..

J’ajoute volontiers les mots de Lili Cros,

 » La brèche, c’est un beau titre de premier album. Ça sonne cru, ça questionne, ça a du sens. Être sur la brèche, c’est être toujours prêt à combattre.  Dans cet album, Nathalie a dégainé sa plume de poétesse indignée pour dénoncer des injustices d’hier et d’aujourd’hui. 

À l’écouter, je ne peux m’empêcher de penser à Allain Leprest. Comme lui, elle maîtrise l’alchimie des contrastes, entre détails poignants et tendresse à chavirer les cœurs.
La brèche, c’est aussi le trou creusé dans la muraille. Celui par lequel on observe, qu’on élargit peu à peu puis dans lequel on finit par se glisser pour passer de l’autre côté.
C’est la percée de Nathalie dans ce monde de la chanson qu’elle aime tant, réalisée en treize chansons.
Bravo chère amie, et bienvenue !  » Lili Cros

 

 

Le site de Nathalie, clic sur le carnet –>

 

 

 

 

 

 

Autres jolis moments à partager, Bertille des Fontaines,

Entre La valse ivre et vol de nuit, Bertille des Fontaines, ouvre les portes d’une poésie musicale onirique quasi unique en son genre… Une esthétique presque mystique qu’on pourrait relier aux chants mystérieux des vestales des dieux des forêts et leurs sortilèges.

Chacun y trouvera son chemin, son voyage, comme un parcours initiatique esquissé en deux chansons, à vous de voir pour la suite.

 

 

Le FB de Bertille —>

 

 

 

 

 

Le roi des ruines, Andoni Iturrioz…

Et voici Andoni Iturrioz, un soir où il présentait de larges extraits de l’album à venir bientôt… « La fin du monde en aquarelle » pourrait bien être le titre du spectacle  d’Andoni Iturrioz. C’est paradoxal, mais dans les tableaux menaçants d’une apocalypse dont les contours se dessinent de plus en plus précisément, les envolées  de cet imprécateur lyrique génèrent une force de vie envers et contre tout.  Peut-être que cette apocalypse est nécessaire pour remettre le monde en marche dans la bonne direction. Un autre sous-titre pourrait être, en filigrane « L’insolitude »… Cet état particulier de l’humain seul dans la foule,  cette foule bipolaire, qui protège, ou anesthésie? qui réduit à un fragment robotisé ? Dans un temps révolu -un ancien monde?-  Charlebois avait tatoué sur son bras Solidaritude, on y retrouve le solitaire embarqué dans l’humaine traversée et qui ne peut mettre des œillères pour ne voir que ce qui l’arrange…  Etre le roi des ruines, ou le gardien d’une oasis saharienne qui disparait sous le sable …  Sous le sable les oasis perdues ?  

C’est la palette de Vlaminck ou Goya qui suggère les décors des chansons d’Andoni Iturrioz. Les mots ont des couleurs de soleil couchant et d’incendie. Et on se prend à frémir  en pensant aux lointains parents qui se demandaient avec angoisse si le soleil couchant reviendrait le lendemain… On sait qu’il revient, mais si c’est pour éclairer Guernica My Laï ou Oradour, l’aquarelle de fin du monde est moins avenante. Par chez nous la couleur jaune devient dominante, comme le rire du prophète ?

C’était en 2014, prophétique n’est-ce pas?

Pour la sortie de l’album, le tam tam des étoiles vous alertera.

Le site d’Andoni, c’est ICI —–>

 

 

 

 

 

 

Norbert Gabriel

Les Innocents 6 ½ …

20 Mar

Depuis quelques jours, y’a comme un souffle retrouvé qui nous rend plus léger.

Vous ne sentez pas comme l’air est plus doux ? Cet espoir ténu qui aide à mieux respirer. Ces odeurs qui nous font avancer, le pas plus décidé. L’envie de croire que la vie peut être moins moche.

Depuis le 15 mars c’est le printemps.

Ah ben si. Je vous assure que le printemps, c’est bien le 15 mars. C’est officiel depuis que Les Innocents ont choisi cette date pour la sortie de leur nouvel album : 6 ½.  Je ne vais pas me la jouer critique ; références musicales pointues à l’appui… j’y connais rien. Non. En revanche je peux vous dire qu’en mettant le CD en route, ma platine a retrouvé le sourire. Et moi aussi. Mon jardin rabougri a retrouvé des couleurs fragiles, la fenêtre de mon bureau s’est ouverte en grand dans un air piquant et le poids sur mes épaules s’est fait un peu moins lourd.

Photo DR

En deux tours de piste, les mélodies ont imprégné l’espace. Déjà familières, je sais qu’elles serviront de baume pour les jours de froidure. Puis la voix de « Jipé » Nataf a toujours eu cette faculté d’adoucir la vie. Vous avez déjà essayé de réécouter un ancien morceau des Innocents après des mois d’oubli incompréhensibles ? Ça marche à tous les coups ! La commissure des lèvres reprend une phase ascendante quel que soit le propos du texte. Un apaisement qui fait redresser les carcasses fatiguées.

L’alchimie avec Jean-Christophe Urbain nous offre une nouvelle fois une galette qui fait un bien fou. Qui devrait être remboursée pas la Sécu, même ! Parce qu’au-delà des mélodies lumineuses, les paroles nous ressemblent. Nous, largués dans une époque où le printemps n’est pas souvent au beau fixe, on écoute avec bonheur des textes qui sont loin d’être naïfs.

Depuis le 15 mars, la saison est caressante et intelligente. Elle nous câline sans nous épargner, nous prépare aux hivers prochains sans nous leurrer. Avec bienveillance et lucidité.

Alors précipitez-vous sur 6 ½.  

Par les temps qui courent, il est rare de retrouver une innocence addictive qui n’est pas dupe. C’est tout le talent de ces Innocents.

Et franchement, ils m’avaient manqué !

Fabienne Desseux

Leur site c’est là —>

 

 

Lady Do et Monsieur Papa … aux Trois Baudets.

17 Mar

Photos ©NGabriel 2019

C’est très chouette, dit ma petite voisine une jolie brunette de 4 ou 5 ans, avec un grand sourire, et ça résume bien l’idée générale. Pour commencer un aperçu de l’ambiance visuelle, on est dans le haut de gamme, jeux de lumières, ombres chinoises, un ravissement pour les yeux,  un  ballet d’images qui dansent avec Lady Do et Monsieur Papa, (Dorothée Daniel et Frédéric Feugas) malicieux et tendres partenaires dans cette fantasia de mots et de musiques à réjouir toutes les oreilles à tous les âges.  Si vous n’avez pas d’enfant de 3 à 6/7  ans, empruntez en un ou deux (et n’oubliez pas de les rendre ensuite) et en route vers les Trois Baudets, pour les SAMEDI 23 et 30 MARS – 15H00 et 45 mn de pur plaisir.  On se prend à rêver que toutes les scènes de chanson proposent des spectacles aussi aboutis, ce sont de véritables comédies musicales. C’est élégant, tonique, avec une touche d’impertinence, des mots habillés de toutes les couleurs musicales, petits ou gros, ils font une farandole pour dire, in fine, que

  L’amour rend beau, l’amour rend bête, l’amour remplume ma silhouette !  

A défaut de vous donner un aperçu musical  de ce spectacle aux Trois Baudets, voici quelques extraits de 2015, 

 

et la galerie diaporama ci-dessous vous fera rêver au moins pour 30 secondes, c’est toujours ça de pris, clic sur la première photo et ça défile …  C’était hier, samedi 16 Mars, et c’était très bien.

 

Dorothée Daniel a été présentée  en 2008 dans le N° 20 de la revue Le doigt dans l’oeil, (voir ICI  , page 7)  la chronique se termine par : Cet album porte plutôt l’idée que le prochain amour est au coin du chemin, malgré tout.  Prêt à y croire… Il n’y a pas de hasard ..

 

Norbert  Gabriel

Bonjour Chanson…

15 Mar

Etat du Maryland

Il y a quelques  jours, plusieurs artistes de la scène vivante chanson francophone ont fait part de leur bonheur d’être programmés aux Etats Unis, grâce à  « Bonjour Chanson ».  C’est une bonne raison pour inviter Charles Spira à présenter cette belle histoire.
(Le Blog du Doigt dans l’Oeil)

 

 

Bonjour Chanson”, une série de programmes radio qui fait la promotion de la chanson de langue française auprès des Anglophones, vient de fêter son dixième anniversaire.  Les épisodes sont enregistrés à Baltimore aux Etats-Unis. Je vous invite à échantillonner quelques épisodes avant de décrire le parcours qui a mené à leur création.

Voici le  lien , clic sur la tour –>

Quand j’étais un petit garçon à Anvers en Belgique, j’assistais chaque samedi après-midi, avec ma mère et ma sœur à la matinée du music-hall « Ancienne Belgique ». Il y avait un orchestre, des acrobates, des jongleurs, des musiciens, des danseuses, mais chaque semaine, après l’entracte, il y avait un chanteur Francophone de premier  ordre. Edith Piaf, Charles Aznavour, Charles Trenet, Jacques Brel, Georges Brassens, Juliette Gréco, Jacqueline François, Gilbert Bécaud, Maurice Chevalier, je pourrais continuer longtemps à les énumérer. Je les ai tous vus sur cette scène et de près. Existe-t-il une plus belle introduction à la chanson française ?

Un merveilleux souvenir est d’avoir eu le contact des yeux avec Edith Piaf, qui voyait un petit garçon qui l’écoutait attentivement.  Le soupçon d’un sourire attendri se dessinait sur son visage.

Mais j’ai grandi :  l’Athénée (Lycée en France),  l’Université, études supérieures au Canada,  carrière professionnelle, séjour de 14 ans en Angleterre, mariage, enfants, activités professionnelles et en 1982 domicile permanent aux Etats-Unis. Pendant toutes ces années les souvenirs de « La Chanson » étaient en hibernation.   

Fin 2007, j’avais acheté une nouvelle voiture  avec un poste radio Satellite Sirius/XM. Parmi plus de 100 canaux de programmation j’avais bientôt découvert le canal « Sur la Route »  de Montréal, qui diffusait des chansons francophones 24 heures par jour. Les heureux souvenirs de mon enfance sont revenus instantanément.  Mais également une déception : les chansons étaient enchainées l’une après l’autre sans contexte, sans commentaire. En plus, soyons polis, beaucoup étaient médiocres ou pire.  Je me suis dit. «Je peux faire mieux

J’ai créé un script et engagé une compagnie qui a installé un studio temporaire dans le sous-sol de ma maison.  Bientôt j’avais une maquette que j’ai envoyée à un grand nombre de radios. Une station, KUT à Austin au Texas a répondu : « Je peux écouter cela.  Faites une Série et je la diffuserai. » C’était la naissance de « Bonjour Chanson ».

Dans les épisodes de « Bonjour Chanson » nous présentons les artistes incontournables d’hier à côté  de ceux qui remplissent les salles de spectacles aujourd’hui. Nous ne répétons jamais des chansons.

KUT a diffusé l’émission pendant plusieurs années, ainsi que WFYI à Indianapolis.  A présent deux stations canadiennes, CJUM-FM à Winnipeg, Manitoba et CFRC à Kingston, Ontario diffusent « Bonjour Chanson ».  En plus, nombreux sont ceux qui écoutent sur le site de PRX (The Public Radio Exchange, https://exchange.prx.org/) ou sur la page Facebook « French Language Popular Music for English Speakers ».

Vous voulez en savoir plus, ou vous avez des questions ?  

Contactez-moi ici –>

 

 

 

 

 

Charles Spira

 

Comme sur des roulettes, polar grinçant …

12 Mar

En fait de roulette, il faut bien intégrer que la roulette peut être celle du patin, celle du dentiste, et elle peut aussi être russe. Donc, le personnage-héroïne nous fait un état des lieux dans lequel la roulette est une sorte d’arme fatale employée par une psychopathe déterminée à tester « in vivo » les mille et une recettes de l’assassinat dans le cadre restreint de la conjugalité… Même si parfois il apparaît qu’elle pourrait bien élargir le champ des bénéficiaires. Une des questions utiles aux proches de l’auteure : qu’y a-t-il vraiment de l’auteur dans le personnage ? Et réciproquement d’ailleurs.

Pour faire le pitch de cette histoire un peu chtarbée quand même, disons qu’il s’agit de la révolte d’une femme quasi objet, ou considérée comme telle par presque tout le monde. Et si elle n’a pas la possibilité matérielle de vous mettre un crochet du gauche ou un uppercut du droit, elle a les neurones qui turbinent superwoman version serial killeuse. Il est donc conseillé de ne pas trop lui piétiner les roulettes, surtout avec de bonnes intentions dégoulinantes de compassion ostensible. Meilleure façon de rejoindre le panel des cibles à éliminer.

S’agissant d’un polar, que dalle pour évoquer le dénouement, sera-t-elle une veuve joyeuse ayant atteint son but ?? Une Landru femelle ou une Marie Besnard multirécidiviste ?? Ou la digne héritière d ‘une tradition familiale ? Je ne dirai rien, faudra y aller voir vous même.

Prototype en cours de construction…

On comprend vite que les roulettes sont celles d’un fauteuil de 200 kgs, de ceux qu’on qualifie pudiquement d’assistant mécanique pour personnes à mobilité réduite, on comprend aussi très vite que cette Terminator myopathe autotractée est une préfiguration extrême de ce que peut arriver à tout le monde, simplement parce qu’un jour ou l’autre, plus ou moins proche, on arrive à son insu de son plein gré, à l’état d’humain au ralenti… Sur le plan moteur ou cérébral.. Et si dans ce cas on n’a plus toutes ses jambes mais toute sa tête, on va vite trouver insupportable les a priori condescendants qui renvoient à un infantilisme humiliant.

C’est le vécu de presque tous les héros presque semblables au personnage de ce polar, et en essayant d’imaginer que des braves gens commencent à me parler comme à un enfant de 3 ans pas très dégourdi parce que j’ai l’âge d’être leur grand-père, donc ramolli du bulbe, ça me fout la rage et l’envie de commander une canne fusil, au cas où … Déjà que ça m’énerve ces jeunes personnes de 20 ans qui se lèvent dans le bus ou le métro pour me laisser leur place, c’est insupportable de voir aussi les  »grandes personnes » de la profession rejoindre la cohorte des sachants qui savent eux, ce qui est bien pour les autres qui ne sont pas comme eux… J’me comprends…

Ce bréviaire de l’assassinat dans le cadre de la conjugalité bien tempérée est en vente libre (oui quand même…) et c’est là :

  clic sur la plume –>

 

et là, pour ebook:

ebookMais sans garantie de bonne fin des propositions assassineuses…

Last but not least, si vous croisez Béluga, ne lui dites pas qu’il est un gentil minou, c’est comme la Machiavel  des myopathes, il a le tempérament susceptible avec les compliments guimauve.

Signé Old Timer Norbert Gabriel

Calamity John , la suite…

3 Mar

Deuxième salve..

Avant de revenir dans la salle, faisons un passage sur la scène, car nos amis les artistes méritent aussi (et surtout) qu’on s’intéresse à leur cas, car si on s’aventure dans des salles de spectacle, c’est d’abord pour eux, sauf quelques rares exceptions de spectateurs égarés dans un lieu où ils ne soupçonnaient pas qu’on y chantât…
Parce que l’activité primordiale est le verre et la fourchette, voir chapitre précédent.
C’est là ————————————->

Ordoncques, qui aime bien chatouille bien, c’est parti pour quelques grincheries de saison… Quoi que, les saisons y en a plus, ou alors il y a toujours une raison de gronchonner. Commençons par le début, le début théorique du spectacle. Le public est bien installé, noir dans la salle, un temps variable s’écoule -très lentement- et quelqu’un apparaît sur scène car il y a un peu de lumière. Là, au milieu, il y a un … micro ??? Ça alors !! Et s’il était branché ? On sait jamais, va falloir le mettre à la bonne hauteur, c’est pas facile, un salopard a serré ce truc, mais, gnnnniii, ayé il est réglable, faut le mettre à la bonne hauteur, la bouche par exemple, c’est mieux, on le tapote un peu, pour voir, des fois ça marche tout de suite… Et si l’artiste a une guitare, il faut farfouiller par terre pour trouver un fil qui, miracle, se branche sur la guitare. Devant ce prodige inespéré, l’artiste se dit in petto, et si j’en poussais une ?? Mais avant, juste pour savoir, au cas où, il pousse son cri à la cantonnade : « Est-ce que vous êtes là ?  » C’est fou, non ? C’est pas comme s’il y avait eu des affiches à son nom, avec la date, l’adresse du lieu et l’heure, tout ça… Dans ce cas là, moi qui trouve toujours la réplique qui tue un jour après, me vient une réponse à la Bigard :

  • Bin non connard je suis chez le maraîcher du coin et j’achète des salsifis de Pierre-Bénite… (bio, les salsifis ..)

Toutefois, il y a des spectateurs moins malengroins qui répondent poliment :  « OUIIIIIIII » ce serait marrant qu’ils gueulent « NON » sur l’air des lampions… (ou une variante de « la pêche aux moules » en lambada gaélique) Et enfin, ça va commencer. J’ai déjà le sentiment d’avoir perdu 3 heures, en quelques minutes… Après c’est selon, parfois ça se passe bien … Mais pas toujours, il arrive, par quelque satanique inspiration que nous soit balancé entre deux chansons, « est-ce que vous êtes chauds ? » Ou mieux, « est-ce que vous êtes toujours là ? » Y a comme un doute de l’artiste sur sa prestation, c’est clair !

C’est à ce moment que je lorgne sur l’itinéraire d’évasion pour partir le plus vite possible, ce qui se passe bien, ayant pris la précaution de me placer plutôt dans le fond, ou sur les côtés… C’est plus discret.

Qu’on ne vienne pas objecter que la technique a des impératifs et gna gna gna… Pour mémoire, lors du Marathon de la chanson, 42 artistes en scène pour 8 mn chacun, soit 336 mn en 3 sets, même pas 8 mn de dépassement, sans un temps mort, chaque artiste arrivait en scène, prêt à chanter en 5 secondes, le temps d’atteindre le micro. Si vous cherchez des conseils dans ce domaine, demandez à Xavier Lacouture. Ou à Lili Cros et Thierry Chazelle… ou Pierre Margot… Enfin tous ceux qui font un spectacle dans lequel on est capté dans les 3 secondes après le noir de la salle, et qui se termine après un enchantement qui a semblé très court.

Et puis, et puis, parfois il y a des reprises qui plongent l’auditeur dans des abysses de perplexitude, on découvre, on se dit qu’il doit y avoir une intention secrète, un message codé, quelque chose de subliminal … Et puis non, c’est juste un re-création alacon, dans laquelle on a émasculé la mélodie originale pour mettre sa couleur musicale, ce qui revient le plus souvent à remplacer un Van Gogh par un graffiti d’écolier avec 3 couleurs de gouache… Sans oublier les paroles mal comprises, mais chantées très fort ad libitum. Quelques beaux assassinats, gravés sur disque par dessus le marché, font douter sérieusement du bien fondé de la chose et de la prétendue admiration pour le malheureux « hommagé » endommagé. Souvenir douloureux , en scène, d’une « Etrangère » dont la version tenait plus d’un pastiche raté que d’un hommage. Ou « Ma môme » quand un mot changé transforme la chanson tendre en grasse gaudriole gauloise de fin de banquet dipsomane. Sans oublier, « Ma mie de grâce ne mettons / pas sous la gorge à Cupidon/ sa propre flèche» qui devient « Maman de grâce … »  Lapsus freudien ? La liste est longue, et tellement déprimante que je vous l’épargne, je ne suis pas si salopiot finalement.

N’allez pas penser que ma vie de spectateur est un enfer quotidien, ce serait même plutôt le contraire, n’empêche que parfois, ça gave grave. Et ça donne des idées de…  non rien.

 

NB : pour les étrangers au pays lyonnais, Pierre-Bénite est une ville au bord du Rhône, tout près de Lyon, zone maraîchère importante jusqu’aux années 70. Et accessoirement communiste de la naissance du communisme à l’an 2000 (en gros). Outre les salsifis (bios), qu’on y trouve, c’est là qu’est née la cerise Burlat.

NB 2 : je pars presque toujours dès la fin du spectacle, mais pas toujours pour les raisons ci-dessus. Qu’on ne se méprenne pas.

Calamity John

Agnès Bihl en première partie d’Yves Jamait à Bordeaux : entretien avec l’artiste

1 Mar

 

Samedi 19 janvier, c’est Agnès Bihl qui se chargeait d’assurer la première partie du concert d’Yves Jamait (voir ICI) au Théâtre Femina à Bordeaux. Un public acquis à la cause des chansons à texte, sensibles, intelligentes et drôles, ne pouvait qu’être comblé par la présence de cette artiste sur la même scène que le chanteur, même pour un moment malheureusement trop bref, impératif temporel imparti aux premières parties oblige. En quelques chansons ivres de paroles où poésie, réalisme, humour et malice s’enchevêtrent, Agnès Bihl devait attiser pourtant une chaleur humaine bienfaisante et quelques vérités politiques prononcées avec une ironie mordante aux accents subversifs. Si le pari était pour elle de roder des chansons d’un nouveau spectacle qu’elle a fini de créer, l’artiste réussit à hausser immédiatement la température de la salle. Courte, mais intense en émotions et pimentée de fous rires, cette première partie saluée par les applaudissements du public laissait sur les joues et au cœur quelques larmes, de ces larmes qui sont de celles qui s’empressent de rire pour refuser de pleurer, de se résigner et d’abdiquer, de celles qui irriguent l’humanité et l’élèvent au dessus du désespoir dans lequel chaque jour risque de nous immerger plus. S’il m’était encore besoin de prendre conscience de la valeur de ces larmes, le souvenir de celles qui affleuraient aux visages des ouvriers de l’usine Ford de Blanquefort lors du concert de soutien à leur cause auquel participait entre autres Didier Super me reste assez en mémoire pour reconnaître que celles extirpés par la verve d’Agnès Bihl sont de même nature à taire les angoisses et la détresse pour regonfler le moral et l’emplir de sourires et d’énergie. Profitons de l’aparté pour annoncer que samedi 02 mars aura lieu à Bordeaux un autre concert de soutien aux salariés de Ford avec entre autres Cali, Balbino Medelin, Les Hurlements de Léo et Faïza Kaddour [voir ICI], en espérant qu’Agnès Bihl ne me tiendra pas rigueur de cette parenthèse, elle qui livra une version remise à jour de son pamphlet anti-macronien écrit sur l’air de «Manu» de Renaud, que l’on peut écouter sur son site, et qui est de ces créations aux vertus bien moins superficielles, et tellement plus généreuses et magiques qu’il n’y paraît au premier abord. C’est aussi de cela qu’il fut question lors de l’entretien que nous accordait l’artiste dans l’après-midi pour parler de ses révoltes, de ses élans du cœur et des histoires humaines et artistiques qui ont accompagné son parcours.

– Agnès bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Ce soir le public d’Yves Jamait, avec qui tu as enregistré un duo et qui s’approche de ton univers tout comme Anne Sylvestre l’a fait, est ému de savourer en première partie un moment avec toi. S’agit-il d’une tournée commune ?

C’est juste le concert de ce soir. Ça nous arrive très souvent de jouer ensemble ; on a fait un duo ensemble ; très souvent on se retrouve sur les mêmes scènes. Mais pas là. Comme Yves me l’a très gentillement proposé, cette première partie me permet de roder de nouvelles chansons, puisque je viens d’écrire un tout nouveau spectacle et de quoi faire un tout nouveau disque. La tournée avec Anne était différente : c’était un spectacle qu’on avait monté, Anne et moi, « Carré de Dames » avec des chansons de chacune et nos deux pianistes respectives, Nathalie Miravette et Dorothée Daniel. Donc il n’était pas question qu’aucune de nous quatre puisse être remplacée.

– La complicité entre ta pianiste et toi dure de longue date. Qu’est-ce qui vous a réuni et vous maintient ensemble ?

Photo NGabriel

C’est elle qui compose la plupart de mes chansons en effet. D’ailleurs elle vient de m’envoyer un texto cette semaine me disant que ça faisait dix ans -oh ! c’est joli!- qu’elle me supportait, enfin qu’on était ensemble et qu’il fallait qu’on le fête. C’est une aventure humaine, mais c’est souvent le cas dans ce métier. On s’apprécie artistiquement, puis on devient amis. Et dix ans à composer ensemble et à monter sur scène et partager des moments très intenses avec l’adrénaline et la puissance émotionnelle qu’il peut y avoir, ça crée des liens indéfectibles. « Les années de campagne comptent double » comme disait mon grand-père, et vivre tout ça ensemble ne laisse pas indifférent.

Photo Martine Gatineau

– Tu as évolué dans la Chanson aux côtés de plusieurs artistes entourant Allain Leprest, et avec lesquels tu partages un sens de la Chanson et des liens humains. As-tu, comme on s’en fait l’idée, le sentiment d’appartenir à un petit monde, une famille d’artistes ?

Ça a été une génération. Loïc et moi, on a débuté ensemble. Quand on avait une vingtaine d’années, on se retrouvait à la maison, chez moi et on écrivait ensemble, chacun de son côté. Ça nous filait une certaine émulation. Il y avait Allain Leprest qui en effet chapeautait tout ça : les ateliers d’Allain avaient lieu à partir d’une heure du matin chez lui, avec Loïc, moi, Florent Vintrigner, qui d’ailleurs s’est embarqué dans une magnifique aventure avec son groupe La Green Box [voir ICI ], Yannick Le Nagard, Wladimir Anselme et Stéphane Cadé. On se retrouvait beaucoup au Limonaire, qui était un des fiefs d’Allain et un des deux cabaret de Paris, avec Le Café Ailleurs, à l’époque où on pouvait débuter en faisant de la Chanson. Avec Yves c’est tout à fait différent : je l’ai connu comme artiste avant de le connaître humainement. J’étais fan de ce qu’il faisait ; donc quand il m’a contactée pour venir chanter des chansons de Jehan Jonas au festival «Alors…Chante ! » de Montauban (édition 2009), j’ai dit « oui » et c’est là que je l’ai rencontré pour la première fois. J’ai été très contente de voir que derrière l’artiste que j’idéalisais, il y avait un homme qui était tout aussi bien. Quant à Anne, je l’avais rencontrée bien avant, au Limonaire, lors d’une soirée de chant partagée, où elle était venue écouter les autres. Et à la fin, je l’avais interpellée en lui demandant si je pouvais lui chanter trois chansons a cappella, et elle a eu le coup de cœur. Une semaine après elle m’a appelé pour que je fasse sa première partie à l’Auditorium de St Germain, et on est devenues copines. Mais elle le raconte beaucoup mieux que moi, de façon bien plus drôle.

– A ce propos, on déplore la disparition des émissions radiophoniques consacrées à la Chanson, notamment sur France Inter, qui laisse le sentiment d’un désengagement total des médias du soutien à la Chanson. Cela vous nuit-il gravement ?

Y a plus rien. Il n’y a plus de suivi. On ne le vit pas bien. Le public est là bien sur ; mais encore faut-il qu’il soit au courant que je suis là aussi.

– Tu as choisi de mettre en ligne sur ton site une version toute personnelle utilisant la musique de la chanson « Manu » de Renaud pour y porter un texte adressé à notre président, qui donne une saveur ironique à la colère que beaucoup de citoyens partagent à son égard, à l’égard de la politique qu’il mène, et du cynisme et de l’outrecuidance avec lesquels elle est menée. C’est sans conteste un rire salvateur qu’il provoque, comme tous ces moments festifs dont il est important de nourrir les luttes pour ne pas se laisser submerger par la morosité, le désespoir ou l’aigreur, et se ressourcer en bonne humeur. Quelle idée d’avoir choisi de l’exprimer ainsi ?

Je l’avais mise en ligne une première fois au mois de juin, avec une première version. Je n’avais pas attendu la crise des gilets jaunes ; j’étais déjà en crise bien avant ! Je ne peux pas le blairer. Bon, je n’ai jamais eu un chef d’état que je pouvais blairer ; le fait est que je n’ai pas connu ça. Mais voir la violence policière qu’il y a, c’est aberrant, hallucinant, et alors vraiment sans complexe. Donc j’avais sorti cette première version au mois de juin, et ça se décline : tant qu’il sera là et qu’il fera des conneries, il y aura des chansons à faire. Ce n’est évidemment pas le seul moyen pour dénoncer ; ça fait partie d’une multitude de moyens pour ne pas se laisser chier sur la gueule en permanence, parce qu’on n’en est même plus à employer des mots polis. Mais la vraie vulgarité, c’est le mépris qu’il témoigne aux gens. C’est ça la vulgarité : tu peux employer le subjonctif passé et être quelqu’un d’éminemment vulgaire. Dire à une femme âgée dont la pension a été drastiquement restreinte qu’il faut faire des efforts, c’est vulgaire. C’est une honte. Alors je porte un regard complètement approbateur sur le mouvement social. Après je ne suis pas une femme politique ; je suis quelqu’un comme tout le monde. Donc j’ai une analyse des tripes, quand je lis les journaux, quand j’entends des déclarations du gouvernement, quand je vois un type qui fait campagne pour supprimer le glyphosate, et qui, une fois au pouvoir, ne le supprime pas, parce que c’est très bien, que la responsable du gouvernement chargée de l’écologie a travaillé chez Nestlé et qu’elle prônait le lait de palme dans les biberons des enfants, et ainsi de suite, je ne suis pas complètement con ; je vois qu’on se fout de notre gueule. Un mouvement populaire qui juste arrête de vouloir se laisser faire et rappelle que nous sommes en priori en démocratie, qu’il a son mot à dire, et que nos dirigeants doivent nous rendre des comptes, c’est important. Ces gens là n’existeraient pas si on ne votait pas pour eux : leur salaire, leur voiture, leur logement sont payés par nous, et l’argent qu’ils détournent est le notre. Je ne peux qu’être sympathisante d’une colère populaire qui est totalement justifiée, non pas parce qu’elle est populaire, mais parce qu’elle est légitime. Je suis quelqu’un d’éminemment non-violent et je ne justifie aucune violence ; en revanche je dénonce la violence indicible dont use et abuse le gouvernement contre les gens. Je trouve que la violence dont fait preuve Macron quand il dit à un horticulteur de traverser la rue pour aller bosser dans un bar, et celle de forces de l’ordre qui visent au flashball des gens à hauteur de visage et éborgnent ou défigurent des citoyens sont pires que celle d’un type qui tape à poings nus sur un bouclier de CRS. Il me semble qu’il y a déjà plus de 180 personnes mutilées dans les manifestations. Et ils osent dire que ce sont les gilets jaunes qui sont violents ? Ce que tu dis me fait très plaisir, car c’est vraiment la raison d’être de cette chanson : c’est d’abord de rigoler, parce que l’humour fait du bien et comme disait Boris Vian, l’humour est la politesse du désespoir et c’est un adage qui me cause beaucoup ; et puis ça me fait du bien quand je poste une chanson comme ça de voir que je ne suis pas la seule à le penser, à en avoir ras le bol, à me sentir méprisée. Des gens m’écrivent pour me dire combien ça leur fait du bien d’entendre chanter la même chose qu’ils pensent ; ça fait du bien à tout le monde de ne pas se sentir seul. Et ça fait du bien de mettre ça en musique, car il y a quelque chose de festif dans la musique, et on n’est pas là pour faire la gueule, mais pour se donner de l’énergie. Je me nourris de ce qu’on me dit, de ce que j’écoute, de ce que je vis. Et si à mon niveau je peux faire la même chose, c’est super.

– Yves Jamait, avant qui tu joues ce soir, a consacré plusieurs chansons au thème du respect des femmes, que tu portes aussi de façon récurrente à travers tes textes, dont « Celles », extraite de son dernier album, qui exprime avec une sensibilité singulière un regard masculin et tire en quelque sorte le féminisme hors du champs militant politique pour rappeler qu’il est un humanisme concernant autant les hommes que les femmes. Comment as-tu accueilli cette chanson ?

J’adore cette chanson. Je la trouve particulièrement pertinente et juste. Le terme « féminisme » a été galvaudé et c’est très dommage, parce que en fait le féminisme est un humanisme. Il n’exclut absolument pas les hommes. Le féminisme est au contraire l’envie de vivre ensemble sur cette planète en bonne intelligence et en respect mutuel. Un mec s’éclatera beaucoup moins dans un pays où la femme est opprimée que dans un pays où elle est libre. Un homme sur deux est une femme ; c’est aussi simple que ça. On perd beaucoup d’acquis, des acquis sociaux, mais aussi beaucoup d’acquis en terme de liberté. Au mieux, rien n’a changé : les filles se font tripoter dans le métro et insulter comme il y a trente ans. En plus certaines causes qui étaient quand même entendues lorsque j’étais adolescente sont sérieusement mise en danger, comme le droit l’avortement. Les plannings familiaux se ferment faute de budget ; les hôpitaux sont mis à sac par des ultra-cathos, et en plus on voit les flics qui les entourent pour les protéger. Mais cette violence là, on n’en parle pas ; en revanche un gilet jaune qui brûle trois pneus, c’est vraiment très méchant. On a presque l’impression que c’est comme si la prise de la Bastille n’avait jamais eu lieu, parce que les citoyens n’avaient pas déposé une demande en préfecture avant… Peut-être bientôt va-t-on déclarer la république illégale parce que les citoyens n’ont rien demandé aux autorités d’alors pour la décréter ? Est-ce qu’une femme qui va avorter a réellement envie d’entendre chanter des psaumes ou de voir des photos de fœtus étalées sous ses yeux dans un hôpital public payé par nos impôts ? La France est un des pays les plus mal classés en terme de violences faites aux femmes. Donc le féminisme est une nécessité, une urgence, et c’est en ça que la chanson d’Yves est magique, car il replace le féminisme dans son vrai sens quand il dit «c’est la mère, la sœur, la femme ou la fille d’un homme comme moi», le féminisme concerne autant les hommes que les femmes. Encore cette année à Noël, dans les magasins de jouets, il y avait une allée pour filles, une pour garçons. Il y a eu une étude révélatrice menée dans une école maternelle d’un quartier assez mixte de Paris, c’est à dire où toutes les catégories socio-culturelles sont présentes, où on faisait semblant de tourner une pub pour un yaourt et les enfants devaient le goûter et en dire du bien ; or on avait foutu de la moutarde dans le yaourt et c’était dégueulasse, et 100% des petits garçons ont exprimé leur dégoût, alors que 100% des petites filles l’ont quand même mangé en se pliant au devoir de faire comme si c’était bon. Être conditionnée pour répondre à ce qu’on attend de toi, et il y a forcément dans le tas des gamines qui n’ont pas été élevées par des parents spécialement machistes, c’est le lot des filles. Je me suis donc interrogée sur ça, ce qu’on peut inculquer malgré nous de différent dans l’éducation des filles et des garçons, sans avoir conscience de le faire. Bien sûr l’homme et la femme sont différents, dans la complémentarité. Mais il n’y a pas de différence de statut humain. Il ne s’agit pas de nier les différences ; au contraire c’est ce qui fait la diversité et la beauté du monde. Il faut écouter la chanson d’Anne Sylvestre qui s’appelle « Xavier », sur un petit garçon qui aime jouer à la poupée. C’est une chanson qui a trente ans, mais comme toujours Anne a été visionnaire et a abordé certains sujets bien avant tout le monde. Je me suis peut-être mal exprimée, mais quand je dis qu’il y a des différences, ça ne veut pas dire qu’un garçon ne peut pas jouer à la poupée et une fille au pompier. C’est que je réfute l’uniformité du monde et de la vie. Être asexuée et hygiéniquement correcte ne m’intéresse pas du tout ; les gens aseptisés et sans goût ne m’intéressent pas. J’aime les gens sexués, quel que soit leur sexe d’origine et leur manière d’être sexué. Je n’ai rien à foutre de la sexualité des gens ; par contre j’aime les gens qui ont de la saveur.

– On parlait des artistes de ta génération avec qui s’est formée une sorte de famille. Par delà l’Atlantique, il y a une autre artiste avec l’expression de laquelle ton écriture est souvent mise en parallèle, tant l’empathie, le réalisme et l’humour avec lequel vous abordez l’une comme l’autre les sujets se ressemblent : Lynda Lemay. Y avait-il dans le titre de ta chanson « Le plus belle c’est ma mère », une référence à son morceau: « Le plus fort c’est mon père » ?

Dans le titre, bien sur. D’ailleurs je lui en avais parlé quand j’ai choisi le titre, et elle m’avait dit que ça lui plaisait, car justement c’était complémentaire. Après le traitement n’est pas du tout le même, parce que la chanson n’a rien à voir, mais il y a effectivement un clin d’œil dans le titre. C’est Charles Aznavour qui nous présentées. Je connaissais évidemment ce qu’elle faisait. Je ne suis pas vraiment sûre qu’elle m’ait inspirée, enfin en terme d’inspiration, il y a d’autres exemples plus présents à mon esprit comme Mano Solo et Allain Lesprest. Si Lynda m’a inspirée, et peut-être, c’est de l’ordre de l’inconscient. Mais tout ce qui nous nourrit nous inspire : un livre, une chanson…

– Même Macron peut inspirer ; n’en as-tu pas apporté la preuve ?

Mais oui ! Même la merde peut être inspirante ! De toute manière l’indignation, c’est sain. Ça n’engage que moi, mais je le pense. La faculté de s’indigner et l’esprit critique sont précisément ce qui nous différencie de l’animal ou du militaire. La bête et le militaire n’ont pas cette capacité, l’un perce qu’elle écoute son instinct, l’autre parce qu’il écoute les ordres. Et encore, ce n’est pas toujours vrai pour l’animal. Déjà aucun animal n’est homophobe, et l’homosexualité existe chez bon nombre d’espèces, partout dans la nature. L’humain est la seule espèce qui exclut un individu de sa meute à cause de ses préférences sexuelles. On ne va pas se faire violence et marcher sur notre conscience pour admettre des choses avec lesquelles on n’est pas d’accord.

 

 

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Miren Funke

photos : Carolyn C

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