Festival Musicalarue 2018 : entretien avec Les Lacets Des Fées

5 Jan

 

 

Voilà quelques années que Les Lacets des Fées promènent sur les scènes leur musique qui arrache à divers registres et univers une part de leur essence et beaucoup de leur couleurs respectives pour fondre une fusion sonore énergique et entraînante, et écrire des sentiers de traverse à la croisée des grandes routes. Mais si le fruit de cette alchimie musicale nous parle un langage dynamique et festif, le propos qu’il porte, loin d’être superficiel et léger, ausculte méticuleusement les maux de sociétés, sonde en profondeur les maux relationnels, avec un goût assidu et constant du mot juste, des mots justes. Car a contrario d’artistes qui masquent parfois dernière un débit de paroles intensif une vacuité de pensée, la formation girondine glisse et fait groover une densité textuelle où la qualité littéraire sert légitimement l’expression d’idées souvent graves et témoigne d’une réflexion perspicace. Quatre années après la sortie de leur album « Labyrinthe », le groupe, qui s’apprête à se concentrer sur un nouvel enregistrement était venu cet été offrir aux publics de Luxey un merveilleux moment musical chaleureux et enivrant. Dans l’après-midi il nous accordait un entretien.

– Bonjour messieurs et merci de nous accorder un moment avant votre représentation de ce soir. Cela fait déjà quelques années et deux albums que votre formation répand ses notes sur les scènes. Comment a été fondé et a grandi votre groupe ?

-Max : C’est né d’une envie commune entre Jérôme et moi quand nous étions au collège, de faire de la musique. On a rassemblé un peu les copains, dans le Médoc. On a monté cette formation, qui a connu plusieurs formules ; pas mal de monde est passé par là, même si on a toujours été sept.

-Jérôme : Maintenant ça fait trois ans que la formation est telle qu’aujourd’hui. Nous sommes désormais sur Bordeaux, avec des membres venant de plusieurs coins de la Gironde, donc on ne peut plus dire que le groupe est médocain. Évidemment notre musique a évolué avec les divers apports de chacun : étant au départ un groupe de chanson-rock francophone, nous avons incorporé plus de claviers électro et travaillons plus la mélodie qu’avant : il y a cinq ou six claviers sur scène, et on y passe tous plus ou moins, puisqu’il y a pas mal de changements d’instruments selon les morceaux.

-Vous êtes de ces groupes inclassables, ne rentrant pas dans une case particulière et issus de beaucoup de cases à la fois qui a su créer « sa » propre Chanson. Comment compose-t-on avec toutes ces influences ?

-Jérôme : Effectivement nous ne nous arrêtons pas à une étiquette musicale. On n’arrive jamais à trop définir ce qu’on fait finalement ; c’est un peu compliqué. Il y a beaucoup de rythmiques des Musiques du Monde aussi. Et on s’imprègne de plein de choses qu’on voit et entend, notamment dans des festivals comme celui-ci, où on est déjà venus en 2012, qui offrent un éclectisme musical très riche. A l’époque on était venus durant les quatre jours sur des scènes différentes. Une belle expérience.

-Max : On ne se met pas de frontières ; on est assez libres et avec beaucoup d’influences, déjà de part la diversité des instruments qu’on utilise et de part les goûts propres à chacun des musiciens. Tout le monde participe assez régulièrement à la construction des morceaux. Donc le plus dur est d’arriver à faire coaguler toutes les idées pour sortir quelque chose qui nous parle à tous et ou chacun se sent bien. Mais c’est un travail d’équipe très intéressant : on cherche notre formule ensemble. Et plus encore depuis cette dernière année où on compose pas forcément à partir d’une grille d’accord que j’amène avec le texte, mais vraiment tous ensemble de manière groupée. Il peut nous arriver aussi que ce soit un binôme de deux musiciens qui propose une base qu’on travaille ensemble, et le morceaux d’après encore deux autres différents. Il est vrai qu’on nous demande souvent ce qu’on fait comme style : si pendant un moment on essayait d’apporter une réponse, maintenant on s’en fout un peu. On essaye de faire quelque chose de cohérent qui ne parte pas dans tous les sens. On cherche l’énergie qui nous correspond.

-Votre son évolue aussi en fonction du fait que vous ne remplacez pas forcément les instruments des musiciens qui quittent le groupe : vous laissez-vous en quelque sorte guider par les accidents de la vie du groupe pour lâcher prise et laisser le hasard prendre une part dans l’évolution de votre musique ?

-Max : Il y a toujours un côté surprise effectivement souvent avec l’arrivée d’un nouvel instrument. Et le son évolue, par exemple lorsqu’un instrument prépondérant dans le groupe durant trois ou quatre ans comme une trompette disparaît. Forcément ça s’entend directement ! On ne cherche effectivement pas à remplacer ; on n’a jamais eu besoin spécialement de tel ou tel instrument. C’est un peu la dimension humaine qui décide aussi, suivant comme on s’entend avec un musicien.

Jérôme : On est tous des copains au départ et on préfère travailler avec des musiciens, c’est à dire que plutôt que de chercher une nouvelle trompette, on a cherché un nouveau musicien et un nouveau copain.

 

-Qu’est-ce qui vous plaît dans le fait de porter sur une apparente légèreté rythmique et mélodique souvent des textes graves et d’une profondeur réelle?

-Max : J’aime bien effectivement parler de choses pas très drôles, sur une musique entraînante, et puis aussi essayer de garder une qualité littéraire en allant sur des sujets plus légers. Le but n’est pas de se lamenter. Ça m’intéresse de parler de choses complexe, ou dont on ne parle pas souvent, de placer des petites piques. La musique permet ça aussi. Quand tu ne le fais pas tout le temps dans la vie courante, pouvoir le dire ou le faire en musique est intéressant aussi. C’est sans doute pour ça que je choisis souvent ces thématiques là. Elle peut servir de prétexte à faire passer des idées. Des messages, ce serait un bien grand mot ; je n’ai pas cette prétention là. Mais c’est comme la musique : toujours un peu en évolution et en recherche. Pour les influences je m’intéresse un peu à tout : pas tant la variété, mais la Chanson Française, le Hip-Hop et le Rap ou autre ; j’essaye d’absorber tout ce qui me parle, au niveau littéraire et musical. J’écoute plus de musiques que je ne lis de livres, mais c’est aussi une inspiration pour les mots, les expressions et faire bouillonner le cerveau.

-En parlant de bon mot, comment vous est venu le nom du groupe ?

-Jérôme : C’est une vieille histoire… On avait seize ans. On était sur la plage à Hourtin et on s’était dit qu’on allait jouer de la musique dans l’après-midi. On s’est fait un petit brainstorming avec quelques mots qui sortaient pour trouver un nom de groupe. Dionysos chantait « Tes lacets sont des fées » à l’époque ; ce n’est pas forcément venu de là, mais ça a pu nous orienter.

-Max : Ça nous a plu et puis comme on était jeunes, on était un peu aussi dans cette période de chanson française un peu farfelue aussi plein de choses un peu farfelues, en Ska aussi. On voulait un truc rentre-dedans : soit c’était Les Chemises Décousues, soit Les Lacets des Fées. On est partis sur ça et ça a accroché à chaque fois l’attention des gens. C’est un délire de potes.

 

-Votre précédent album date de quatre ans, mais vos concerts présentent toujours de nouvelles compositions : qu’en est-il de l’actualité du groupe et d’un éventuel prochain disque ?

-Jérôme : On tourne beaucoup l’été en fait, donc il y a ce festival et plusieurs dates dans les Landes, les Pyrénées et la Gironde. Notre dernier album « Labyrinthe » est sorti il y a quatre ans, et depuis beaucoup de nouveaux morceaux ont été composés. Donc nous allons probablement enregistrer le prochain album durant l’hiver. Il y a des morceaux qui vivent longtemps aussi. On a un texte qui date d’il y a dix ans et n’est pas encore enregistré sur aucun album, enfin tel qu’on le joue aujourd’hui. Il existait, mais avec une autre rythmique et des couplets un peu différents.

-Max : Le morceau n’est pas du tout le même ; l’ambiance est totalement différente. Ça, c’est quand tu as un refrain, que tu n’arrives pas à écrire le couplet et que tu vas piocher ailleurs. C’est toujours intéressant : quand ton premier album n’a pas marché, tu peux ressortir tes textes !

-Jérôme : A l’époque c’était un morceau funk, et maintenant on ne fera pas de Funk avec Les Lacets des Fées, plutôt du reggae, et si ça se trouve dans trois ans on aura une autre formation et il ne nous plaira plus comme ça, et on le jouera autrement. Ça évolue toujours toujours avec les personnes. Quoi qu’il en soit, on va se concentrer sur le prochain enregistrement dans l’immédiat, et essayer de l’auto-produire avec notre association, éventuellement en faisant appel à un financement participatif.   

Miren Funke

photos : Carolyn C, Océane Agoutborde, Philippe Gassies

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