Archive | janvier, 2019

La longue mémoire…

31 Jan

Comme les bras armés d’une légion perdue
Ils vont sans espérance et gonflés de mépris
Brûler une chimère qu’ils ne maîtrisent plus,
Et vider la colère qui blesse leur esprit…
Et coulent dans les rues d’autres lunes nouvelles
Au milieu de soldats et des gardiens casqués,
Et j’attends que s’efface une haine éternelle
Et je guette le réveil de la fraternité.

Le poète a raison qui voit plus loin que l’horizon et le futur est son royaume.

Ce préambule à des textes écrits bien avant la fin de 2018 illustre bien tout ce qu’il y a de prophétique dans l’écriture de Serge Utgé-Royo. Tout son chemin de troubadour peut être résumé par ces mots : « Nous avons enregistré ces mots et ces mélodies pendant l’été suffocant de 2018, dans un monde en clameur, fait de de guerres et d’exils, de sourires d’enfants et de rictus de caciques, monarques républicains grossiers et indifférents. Nous les avons – pour certains- presque oubliés pendant ces quelques jours de fraternité et de musique. »

Et c’est probablement ce qui vous arrivera, malgré le brouhaha et la confusion de nos années 2000,  oublier, le temps d’une parenthèse de poésie dans cette mémoire collective parfois estompée par le quart d’heure de buzz sans cesse renouvelé. Hier c’étaient des exilés, réfugiés, parqués dans des camps, aujourd’hui, il n’y a même plus de camps, et la mer est le grand tombeau des new boat people migrants.

Un chant s’en vient de la longue mémoire, pousse ma voix dans l’écho du présent
Je danserai sur vos chemins, amis d’hier et de chaque jour, je poserai tous vos refrains sur la révolte qui dort dans les cours.

Néanmoins,

Les gens de mon pays ont la joie et la peine
Pour faire de la vie un grand hymne au printemps;
Ils cachent bien souvent l’amour et l’amitié
Dans un coffre de peurs avant d’en faire cadeau.

Malgré tout, ils ont l’espoir têtu.

Et j’attends que s’efface une haine éternelle
Et je guette l’éveil de la fraternité.

Vous pouvez trouver tout ça, avec les belles mélodies dans un superbe petit livre de 68 pages, cartonné, fleuri de coquelicots, photos et gravures, pour que la mémoire du vent retienne ces chansons*..

Pour  trouver cet album, disponible le 1 er Février, clic sur une page ci dessus.

*Salut à Pierre Barouh.

Norbert  Gabriel

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Les vérités alternatives et les références…

30 Jan

Sim Copans

Prolégomène : Il n’est pas dans les usages de ce blog collectif de faire de la polémique ou de l’aigreur textuelle, ce qui ne plait pas reste un avis personnel, et il n’est pas indispensable de le partager. En souvenir de cet excellent Sim Copans qui m’a ouvert au jazz , au negro spiritual, et au blues des origines, c’était sur Paris Inter sous le présidence du bon papa Coty, il me semble utile de se poser quelques questions sur les nouveaux « experts culturels » qui diffusent la bonne parole par les nuages hertziens ou les tuyaux underground des fibres optiques. Témoin ce qui est ci-dessous.

1948, Orwell publie 1984, texte prophétique avec entre autres, le contrôle des medias, et la révision des faits historiques selon les évolutions et changements d’alliance des pouvoirs.

En résumé, on réécrit l’histoire.

Années 2000, le web est devenu la plus formidable base de données accessibles très aisément pourvu qu’on soit asservi à un fournisseur d’accès qui peut fermer le robinet quand bon lui semble. Alors que « Le traité des confitures » de Nostradamus est disponible dans sa version originale du 16 ème siècle sans altération autre que l’usure du temps.

Petite fable contemporaine.

Jazz aux puces, avec chiens ©NGabriel 2014

Un amateur de guitare et de jazz tout neuf, il en nait tous les matins, écoutant une radio de service public de référence, en principe, découvre en 2017 une chronique de vulgarisation musicale confiée à un spécialiste de la chose… Sauf à vérifier et recouper auprès d’auteurs experts et sérieux, l’auditeur néophyte pourrait prendre pour information culturelle quelques bourdissimes manoukianeries, tenues dans une émission en direct, à 7 h 24, mais toujours en ligne début 2019. Ce qui pose quelques questions sur le sérieux des archives radio de nos années 2000.

Même lieu, en 2018, à quelques 6 mois d’intervalle deux journalistes ont repris mot à mot les mêmes approximations erronées sur « Ô Bella ciao »… Faut-il en déduire qu’il y a une base de données très peu fiable sur cette radio de service public ? Et aussi que ces vérités alternatives dûment signalées avec sources vérifiées n’ont pas ému les autorités dites compétentes ? Les faits sont ici :  clic sur le journal  là dessous,

On nous dit dans les gazettes bien en cour que la radio est considérée comme un média plus fiable que les autres.. S’agissant en plus d’une station qui est à une demi encablure du leadership de la TSF des années 2000, je suis comme une truie qui doute (cf Caude Duneton) et qui se demande si on prend les enfants du bon dieu pour des canards simplets.

Attendons nous à savoir que Charles Trenet doit tout à Georgius et que Brassens a fait ses humanités chez les petites sœurs des pauvres, tout est possible.

Pour finir en musique, goûtons un air de Django 1934/35, interprétant un St Louis blues épatant, première période du QHCF*, avec plein d’accords diminués, des « minor 6 » et si ça se trouve du Do 7M 9min, bémol bien sûr. Sinon ce serait pas drôle…

* Quintette du Hot Club de France (à cordes)

 

 

Clic sur la guitariste–>

 

Car,  It Don’t Mean A Thing If It Ain’t Got That Swing,

in french : « ça n’a pas de sens si ça n’a pas de swing… »

 

 

Norbert Gabriel

« Comme si je projetais des ombres sur un mur » : entretien avec Roman Gaume à la veille de la sortie de l’album « Square One »

29 Jan

Huit ans, trois albums et des centaines de concerts à travers l’Europe dans les bottes, c’est déjà un beau début de trajectoire que Roman Gaume a amorcé et conduit à la tête de son groupe Roman Electric Band, cheminant dans les sillons d’un Rock pionnier, farouche et animal, puissant et instinctif. Abandon de nom mal adapté ou désir de signifier un léger changement de cap, d’injecter dans sa musique d’autres essences et de l’ouvrir à d’autres horizons, d’autres chromatismes sonores, comme le laissent entendre quelques nouveaux morceaux livrés à nos oreilles où le magnétisme de l’énergie rock épouse, sans toutefois lui concéder trop de terrain, le velours envoûté de la Folk mélancolique et un brin de douceur acoustique, c’est désormais sous le patronyme de Gaume que l’artiste et ses musiciens poursuivent la route, semblant partis, pour reprendre les mots du poète, « ivres d’une rêve héroïque et brutal » (J-M. de Heredia), où l’esthétique phonétique de l’écriture en Anglais aimante d’autant plus. A la veille de la sortie du prochain album « Square One » qui sera présenté en « release party » au Stéréolux de Nantes le 2 mars prochain, et pour lequel un financement participatif est en cours jusqu’au 4 février ici : https://fr.ulule.com/gaume-square-one/ Roman Gaume a accepté de nous accorder un entretien.

 

– Bonjour Roman et merci d’accepter cet entretien. En quoi l’entité-s’il est permis de la nommer ainsi- Gaume diffère de ton précédent groupe Roman Electric Band ? S’agit-il d’un projet parallèle pour y exprimer autre chose ?

Ce ne sont pas du tout deux projets parallèles : Roman Electric Band a muté en Gaume. Bien sûr au début, nous avons mis en avant des chansons plus pop ; mais le groupe reste tout aussi rock qu’avant. Ceux qui viendront nous voir sur scène s’en rendront compte. L’évolution a été une envie surtout de changer de nom, parce que Roman Electric Band n’était pas un bon nom pour moi, dans la mesure où je peux faire aussi des plans solo et continuer de m’appeler Gaume, ce qui aurait été plus bizarre avec l’autre nom qui de fait me fermait la porte du solo et de l’acoustique. J’avais aussi envie de faire une Pop-rock un peu plus actuelle, moderne, avec une nouvelle couleur. Mais je n’ai pas changé de projet et je n’ai pas arrêté de faire du Rock-rock’n’roll du jour au lendemain. Si on va voir Gaume en concert, on prendra des watts dans la gueule et des grand riffs de guitare aussi. C’est en effet un peu plus ouvert et moderne, moins classic rock, un peu plus indie.

– Qu’est-ce qui t’a entraîné vers le choix de la langue anglaise pour t’exprimer ?

Déjà l’Anglais fait partie de ma jeune vie ; j’ai baigné dans l’anglophone depuis gamin : j’ai fini ma scolarité au centre franco-américain. Donc je parle anglais depuis assez longtemps. Ensuite j’ai écouté évidemment beaucoup de groupes anglais, des classiques. De fait ce que je voulais retranscrire, c’était anglophone. Je me suis identifié à plein de choses : d’abord les classiques, Beattles, Led Zeppelin, Rolling Stones, et maintenant les Artic Monkeys, Elliott Smith, Last Shadow Puppets. Ce sont les influences que j’ai eu pour cet album. Elliott Smith est une de mes grandes idoles : c’est un faux Punk, avec beaucoup de mélancolie et de grandes rasades de guitares.

– Quand la musique est-elle entrée dans ta vie ?

J’ai commencé la guitare à dix-sept ans, assez tard. C’est l’âge où on est content de se trouver une vocation. J’ai arrêté les études pour suivre cette voie, dans une école de musique à Nancy, avant de partir vivre à Paris, puis de m’installer à Nantes en 2010-2011, date à laquelle j’ai sorti mon premier album. Je n’ai commencé à tourner vraiment qu’à partir de ce moment là, même si j’avais fait quelques trucs avant.

– As-tu des sujets de prédilections dont tu aimes parler dans tes chansons ?

Les thématiques sont en fait un mix de mes états d’âme que je mets en poésie, en tous cas dans une forme poétique, en cherchant de belles images, de belles rimes, comme si je projetais des ombres sur un mur. C’est un peu une façon d’écrire inspirée des textes d’Alex Turner ou Elliott Smith d’ailleurs. Je ne m’attaque pas à des sujets précis ; ce sont mes états d’âme mis dans une chanson. Et puis je puise aussi l’inspiration dans la littérature poétique ou souvent dans le troisième art ou le cinéma. Il y a plein de dialogues qui m’inspirent dans le cinéma anglophone, parce qu’ils ont des punch-line terribles…Je peux partir de là et essayer de rebondir et je bricole mes textes.

– Les musiciens qui t’accompagnent développent un jeu témoignant de cohérence et d’évidence aussi. Te suivent-ils depuis longtemps ?

Pas tous. Le bassiste est avec moi depuis dix ans effectivement. Mais ça a pas mal tourné à la batterie, et il y a eu plusieurs autres musiciens. C’est ce que rend pratique aussi et honnête le fait de s’appeler Gaume : qui que ce soit derrière moi, même si les musiciens changent, ça reste toujours Gaume. Le but c’est que les morceaux soient joués et que le chanteur soit sur scène.

– Et comment as-tu rencontré Tristan Nihouarn (Matmatah) qui a collaboré à ton troisième album « Let’s make the circle bigger »?

On a collaboré sur le troisième album de Roman Electric Band, et puis je suis partie en première partie de tournée avec Matmatah. C’est quelqu’un qui suit le projet depuis longtemps ; c’est même lui qui m’a recommandé de m’appeler Gaume. Lui connaît bien le problème de jouer dans un groupe dont l’identité et l’existence se trouve remises en cause par le départ d’un musicien. Il a même fait un album solo à la suite de la rupture de Matmatah. Il m’avait fait tout un speech pour me convaincre de m’appeler Gaume, en disant que c’était court, efficace etc… Finalement des années après j’ai suivi son conseil. J’ai vraiment plaisir à garder contact avec lui et les musiciens de Matmatah ; ce sont de très belles personnes.

– Comme c’est le cas pour beaucoup d’artistes indépendants, un financement participatif est en court pour vous aider à faire face aux frais de production de l’album qui va sortir. Un mot dessus ?

En fait nous avons monté notre structure associative qui s’appelle Free Your Art. C’est elle qui produit Gaume. Nous fonctionnons donc en auto-production via notre label associatif, à défaut d’avoir un label qui nous finance. Le financement participatif est là pour payer les frais qu’on a eus pour l’album qui sort et nous aider à rembourser un peu, puisqu’on a emprunté pour le produire. On voudrait aussi faire de la promo, des clips ; bref il y a plein de frais autour de l’album. Donc le financement est là pour nous aider à promouvoir un maximum l’album. Les dates de concert à venir, le 15 février à Bayonne et ensuite dans les Vosges et à Nevers sont annoncées sur le site.

 

 

Miren Funke

photos : source facebook de Gaume, sauf photo 7 (Carolyn C)

lien : https://www.gaumemusic.com/

https://www.facebook.com/GAUMEMUSIC/?tn-str=k*F

Arrache coeur(s) Vian Daphné et Mehdi Krüger…

28 Jan
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Image © Delphine et Élodie Chevalme

Amélie de Lambineuse, Zéphirin Hanvélo, Andy Blackshick, Onuphre Hirondelle, Josèfe Pignerole et Adolphe Schmürz sont heureux de vous annoncer … mais peut-être que ces noms vous sont inconnus ? Ce sont quelques uns des pseudonymes qui ont signé les chroniques, billets, critiques, émissions de TSF dont Bison Ravi, ou plutôt Boris Vian a usé dans ses multiples activités de Frégoli de l’écriture… Ordoncques, Boris Vian est heureux de vous annoncer qu’un spectacle met en scène le patchwork éclectique de ses talents.

A l’origine de ce projet, le Théâtre Antoine Vitez d’Ivry a confié des cartes blanches à Hexagone, à Flavie Girbal et David Desreumaux. Après Bashung, c’est Daphné et Mehdi Krüger, Etienne Champollion et Ostax, qui sont les partenaires de cette création. Un panorama élargi qui va bien plus loin que les habituels hommages en 12 ou 13 chansons. Les textes poétiques, surréalistes, caustiques, politiques, fantaisistes, les questions existentielles sur le monde et les temps modernes, la dérision et le provocateur Vernon Sullivan offrent un kaléidoscope frémissant de souffle libertaire, iconoclaste et nourri de rage de vivre, Mezzrow y aurait volontiers mis quelques riffs de clarinette rieuse avec la trompinette de Boris. En salut à Champollion et Ostax, les excellents décorateurs musicaux jazzant avec bonheur dans tous les registres. Et sublimer le lumineux duo, Daphné et Mehdi Krüger, qui entrelacent leurs univers pour cette fresque magistrale. En intégrant quelques chansons de leur répertoire qui résonnent en totale harmonie avec le contemporain. Elle est snob ? Il est hype…

  • Elle voudrait pas crever, il est désertaire… Plus libertaire que déserteur… Mais vivants ! Comme Boris dans cette création.
  • Pour résumer, ce spectacle est une intégrale Vian en 90 mn environ… Pas un best off réducteur, un voyage intime, avec une mise en scène et une scénographie inventives, subtiles, pour exemple, l’ustensile de cuisine chromé qui traverse le ciel de la scène, c’est un ange camouflé, évidemment.
  • Now ladies and gentlemen, the show must go on, Arrache coeur'(s) attend les invitations dans vos théâtres de France et de Navarre, de Belgique et de Suisse, et autres lieux de la francophonie et du théâtre réunis.

Last but not least, comme aurait pu dire Lydio Syncrasi,  quelques mots de Vian, en vrac… Utiles ou pas ? A vous de voir..

Les prophètes ont toujours tort d’avoir raison.

Ce qui m’intéresse, ce n’est pas le bonheur de tous les hommes, c’est celui de chacun.

Dire des idioties, de nos jours où tout le monde réfléchit profondément, c’est le seul moyen de prouver qu’on a une pensée libre et indépendante.

Si on veut faire quelque chose de différent il faut s’attendre à ne pas rencontrer la compréhension tout de suite.

 

Norbert Gabriel

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Guy – un film de et avec Alex Lutz

27 Jan

Le Blog « Le doigt dans l’œil » cause musique, chanson, théâtre, livre… Du coup, je vais vous parler d’un film. Un film sur un chanteur. Attention, pas un vrai interprète. Un faux. Mais qui est bien réel quand même. Du moins dans ce long-métrage.
Guy Jamet, tel est le nom de cet artiste sur le retour. C’est presque le titre du film qui s’intitule tout simplement : Guy. Icône des années 70’ qui continue inlassablement de chanter. Il est incarné à l’écran par Alex Lutz qui porte une double casquette (avec celle de réalisateur).
L’histoire démarre avec Gauthier qui veut tourner un documentaire sur Jamet. Mais pas que. Gauthier veut surtout approcher celui que sa mère – récemment décédée – lui a désigné comme son paternel. Alors caméra en main, du point de vue du fils illégitime, on apprend à découvrir l’artiste et le bonhomme vieillissant. On le suit dans ses tournées, toujours pleines. Dans les studios de Drucker, à Europe 1 où il présente son album de reprises sous l’œil un peu moqueur des journalistes qui l’invitent. Lors de l’enregistrement d’un titre, on croise Dani, son ex-femme, qui accepte un duo avec Guy. La reprise d’un tube d’autrefois. Dani qui n’est pas vraiment Dani mais un peu quand même. Et surtout on écoute ses chansons. Des ritournelles qui parlent d’amour et qui – incroyable ! – nous semblent familières.
Guy collectionne ses disques d’or, monte à cheval paumé dans sa cambrousse et picole pas mal. Il entretient des rapports compliqués avec son fils, le seul officiellement existant. Guy râle souvent, et sous le vernis de la gloire passée, la lucidité de ce qu’il est aux yeux du monde nous le rend terriblement attachant.
Alex Lutz est sidérant de vérité. Pas une seule fois, ce vrai-faux chanteur ne semble en toc. Au  contraire.
Il est vivant, vibrant, chiant, intelligent et plein d’autres rimes en « an », sûrement.
Et si comme nous – au début du film – Gauthier se fout un peu de sa gueule, le regarde de haut, le juge, il n’en sera plus rien après avoir mangé, bu, partagé la table de Guy et les trajets dans son tour-bus.
Une fois le film terminé, on se dit même qu’on écouterait bien un de ses albums ! Avant de se souvenir, dépité, que Guy Jamet n’a jamais existé. Qu’il n’est qu’une chimère.
C’est la seule et unique fois… où le film nous déçoit.
PS : Guy est nommé six fois aux César 2019. Preuve que je ne dis pas que des conneries.

Fabienne Desseux

 

 

La source des saints de Synge mis en scène par Michel Cerda

17 Jan

au Théâtre de Gennevilliers

Michel Cerda, metteur en scène et directeur d’acteurs a choisi de monter une pièce de l’auteur irlandais John Millington Synge (Les noces du rétameur, Cavaliers vers la mer, L’Ombre de la vallée…). Synge se rend en 1898 dans les îles d’Aran, au large d’une Irlande où les mythes et légendes animent les habitants particulièrement croyants. Synge cherche à vivre auprès de « gens simples et passionnés comme son coeur ».

Une atmosphère mystérieuse, opaque et profonde. L’on ne distingue pas grand chose dans le noir mais on dresse l’oreille. Nos sens sont à l’affût : que va t-il arriver ? Qui rentre et qui sort dans ces ténèbres ? Le plateau est alors plongé dans un clair obscur déstabilisant pour le spectateur curieux de voir les deux acteurs apparus sur scène.

Un couple d’aveugle crasseux tâtonnent avec un bâton et semblent perdus au milieu de nulle part. Le vide les entoure, ils ne peuvent pas voir mais écoutent attentivement, dressant l’oreille et baragouinant dans une langue étrange aux nombreuses onomatopées.

Un vrai saint du bon dieu !

Un saint leur propose de guérir leur cécité en leur redonnant la vue grâce à l’eau de cette fameuse source. Michel Cerda présente ce personnage comme un vaudou ayant plusieurs tours dans son sac mais surtout un charlatan. Soudainement, les deux aveugles retrouvent la vue et se découvrent l’un et l’autre pour la première fois. Le choc est brutal. « L’amour est aveugle », dit on, mais cela n’empêche pas ces deux amoureux de rester soudés quand les habitants du village voisin se rebellent contre eux. Leur cécité les rassemble. Au final, retrouver la vue a été plus une source de problèmes qu’un bonheur. Et Synge met en lumière ce bon sens populaire qui habite ces deux malheureux : « Mon père, aussi saint que vous soyez,rien n’est plus sain que la raison ! » nous rappelle Martin Byrne en courant fou de joie.

        « Le sens est au bout de l’énigme chez Synge » Noëlle Renaude

Michel Cerda s’est accaparé avec finesse cette langue traduite par Noëlle Renaude : «rien ne s’énonce comme il faut chez Synge ». Il y a une lenteur qui se dégage de ces corps, une difficulté à dire les mots et à marcher. Le corps s’incarne dans la langue de Synge. Anne Alvaro, dans le rôle de Molly Bryne, nous coupe le souffle par sa capacité à incarner cette femme aveugle. Tout y est : les déplacements sont très précis, l’écoute sensible et le travail réalisé sur la voix et les sons est captivant. Yann Boudaud, Martin Byrne, a le talent de cette langue. Il nous emmène avec lui dans l’imaginaire loufoque de son personnage enfantin et paresseux.

 

Mathias Youb

Avec Anne Alvaro, Yann Boudaud, Chloé Chevalier, Christophe Vandevelde, Arthur Verret et la participation de Silvia Circu.

25 Janvier au 2 Février 2017  mar, mer et jeu à 19h30, ven à 20h30, sam à 18h et dim à 16h   durée 2H10
Pour réserver clic sur le rideau –>

On voudrait revivre …

16 Jan
Préambule : Gérard Manset s’est appliqué à réaliser des albums « intimes » c’est à dire en écouter plutôt en solo et avec un casque pour être en totale harmonie avec son univers poético musical. Une quête permanente de la perfection qui ne tolère aucun des aléas du direct. D’où son choix de ne pas paraître en scène.

 

Photos ©NGabriel2019 Théâtre de l’Opprimé

Entrez dans le rêve et le studio de Gérard Manset, avec Léop’ et Max.. c’est un voyage musical intime, une réussite exceptionnelle sur le fond et la forme avec deux partenaires alliant la grâce et le talent, l’humour et la sensibilité, la fantaisie poétique et le regard affûté sur la vie et le monde .

On voudrait revivre nous ouvre d’emblée la porte de cette visite au cœur de la création musicale selon Manset. Maxime Kerzanet comédien musicien a conçu ce spectacle avec  Léopoldine Hummel, ils sont en scène en totale complicité amoureuse avec les chansons qui font une fresque entre ombre et lumière, comme un long plan séquence sans interruption d’applaudissements qui casseraient le charme. Ce charme inouï, il scintille dans toutes les plages de cette radioscopie musicale, vocalement les deux partenaires sont parfaits, irrésistibles, on y entend aussi bien des chants d’oiseaux que des interventions diverses de biquettes, de chiens et chats ou de créatures fantasmagoriques (Léopoldine dans tous ses états…) dans une sorte de rhapsodie Manset qui séduit aussi bien les anciens qui ont connu le siècle  des  années 68 que leurs enfants qui découvrent la richesse et la diversité de l’oeuvre.

C’est un spectacle qui se nourrit du meilleur du théâtre avec ces deux comédiens talentueux, et du meilleur de la chanson. Ceux qui ont suivi l’actu dans ce domaine, ont pu le vérifier entre autres avec le Prix Moustaki et le Prix Saravah qui ont salué le talent de Léopoldine et ses musiciens ces 3 dernières années. Et comme au théâtre, ils ne sont pas tout-à-fait seuls dans l’élaboration, donc voici l’équipe qui a réalisé « On voudrait revivre »

Compagnie Claire Sergent
A partir des chansons de Gérard Manset
Mise en scène : Chloé Brugnon

Avec : Léopoldine Hummel, Maxime Kerzanet

Création lumière : Hugo Dragone
Création son : Mathieu Diemert
Costumes et accessoires : Jennifer Minard

 

Il y a encore 4 soirs le 16 (presque plein) et le 18 le 19 et le 20 ..

Au théâtre de l’Opprimé, clic sur le tableau  pour infos –>

 

Pourquoi ce tableau? vous le saurez si vous ne ratez pas les 3 premières minutes..

 

 

 

 

Norbert Gabriel

KANATA-Episode I La Controverse mis en scène par Robert Lepage

14 Jan

    avec la troupe d’Ariane Mnouchkine au Théâtre du Soleil

Robert Lepage dérange dans ce monde du spectacle vivant où tout le monde se connaît et qui peut anéantir une représentation en un clin d’oeil. C’est ce qui est arrivé en juin 2018 alors que Lepage allait monter sur la scène du Théâtre du Nouveau Monde à Montréal en compagnie de sa troupe « Ex Machina » pour donné « Slav » (esclave), une création autour de chants afro-américains.

Une vive polémique jeta sa création en pâture aux médias et aux anti-racistes dénonçant un manque de mixité ethnique et une appropriation culturelle. « Ex Machina » contre-attaque en expliquant qu’« il faut que les gens aient le droit d’utiliser les histoires des autres pour parler des leurs ». Rebelotte en juillet, les répétitions de son dernier spectacle : « Kanata », co-écrit avec Ariane Mnouchkine, sont annulées sous la pression de minorités autochtones.

Les deux artistes tiennent bon et modifient le titre du spectacle : Kanata, Episode 1 La Controverse qui sera donné en France dans le cadre du festival d’Automne à Paris.

Un théâtre au carrefour des civilisations

 

Ce qui unit Mnouchkine à Lepage est leur goût pour le théâtre international et plus particulièrement celui d’Orient. Mnouchkine, lors de ses nombreux voyages en Inde, découvre la technique du Theru koothu du théâtre tamoul, genre théâtral de basse caste indienne qui emprunte ses origines aux grands mythes hindouistes. Mais aussi, le théâtre japonais que l’on retrouve dans Kanata  : le mouvement des corps, les costumes traditionnels et les codes de jeux sont empruntés au théâtre Nô, un drame lyrique. Toutes ces influences donnent de la matière à ces deux artistes qui questionnent, à travers leurs spectacles hétéroclites, notre rapport à l’autre dans l’histoire des civilisations. Le spectacle est le résultat d’un apport de diverses cultures qui, dès la mondialisation, ont commencé à s’affronter. Nous ressentons une certaine colère dans cette mise en scène réaliste : la recherche du profit économique aux dépens de civilisations implantées depuis des millénaires et la déforestation en Amazonie. A l’heure du tout numérique et de l’instantané, la préservation d’habitats culturels traditionnels n’intéresse plus comparé aux grandes surfaces complices du néo-libéralisme.

          « On se fait raconter des histoires de toutes sortes de façon aujourd’hui »

Lepage va puiser d’autres manières de faire pour enrichir son théâtre. « Kanata » est une création très influencée par le cinéma. On a l’impression d’assister à une série théâtrale mêlant la vidéo et le jeu des acteurs sur scène. L’apport de l’image filmée rend le spectateur actif, concerné par ce qui se passe sur le plateau et sur l’image projetée. Lepage s’est attelé à défaire l’imaginaire collectif à propos des premiers autochtones d’Amérique du Nord. L’art rassemble mais peut aussi diviser. On passe d’un tableau figé à la mise en mouvement des corps au sein d’un décor kaléidoscopique.

Une énergie restauratrice

L’ensemble du spectacle est rythmé par les fondus enchaînés très précis du décor et des comédiens entrants et sortants. On ne s’ennuie pas un seul instant. C’est un spectacle d’une immense qualité où tous les comédiens sont amenés à jouer dans plusieurs univers : de la forêt d’Amazonie aux bureaux d’un poste de police ou aux bas-fonds d’une rue de Vancouver gangrénée par la misère.

La misère du monde, fameux ouvrage collectif dirigé par le sociologue Pierre Bourdieu, aborde cette question de souffrance des hommes au sein d’une société éclatée. L’« american dream » oui mais le revers de la carte postale est moins attrayant. Ces êtres en perte d’identité déambulent sans savoir où aller, perdus dans cette mégapole devenue malsaine. Des scènes très poétiques, comme en suspens dans le temps viennent ponctuer le spectacle et apporter des nuances très intéressantes.

 

Photos Michèle Laurent

La troupe d’Ariane Mnouchkine est très hétéroclite. Ce sont plus de vingt-deux nationalités qui travaillent ensemble à l’élaboration de spectacles. « Les cultures n’appartiennent à personne » rétorque Mnouchkine à ses détracteurs. Lepage et la patronne du Théâtre du Soleil ont montré que le théâtre était le moyen de ne pas se ressembler et de chercher à être avec l’autre par le jeu.

 

Mathias Youb

 

La méthode Sisik…

7 Jan

Je suis souvent à contretemps. Je loupe des coches.

Par exemple, j’avais raté La méthode Sisik, arrivé pourtant en librairie il y a plus d’un an. Mais il est toujours temps de parler d’un livre, s’il est bon et surtout un tant soit peu réjouissant. Là, c’est franchement le cas.

L’auteur, Laurent Graff, nous propose trois nouvelles autour du temps. Du temps et des hommes. Des robots aussi. D’un futur éloigné… déjà si proche de la réalité qu’on peut le toucher du doigt. Et puisque qu’on y est – pour ne pas faire simple – les trois textes n’apparaissent pas dans l’ordre chronologique naturel. Cela ne nuit pas aux récits ; bien au contraire. Le temps tourne, boucle, s’allonge ou se rétrécit. Il nous enferme ou nous libère. Le bouquin de Graff, aussi.

Grégoire Sisik est un retraité qui va bloquer les aiguilles du Temps. Avec méthode il va stopper la course de l’horloge et décider de vivre, chaque vingt-quatre heures, une journée unique et reproductible. Un temps défini qui le verra vieillir sans pouvoir le rattraper. Intéressant non ?  C’est sans doute à cause de lui que dans la première nouvelle, un homme va se trouver condamné à l’atemporalité pour cause de meurtre par méditation. Intriguant non ? Et c’est bien la démarche de Grégoire qui permettra à un groupe d’humains, dans la dernière nouvelle, de voyager durant 69 ans avant d’atterrir sur la lointaine planète Céline-231 b sans avoir pris une seule ride. Excitant non ?

Contrairement à ce que vous pensez, je ne dévoile pas grand-chose du livre de Laurent Graff. De tous temps, le Temps nous a fascinés. Figé ou filant, il est notre pire ennemi. Avec Graff, nous apprenons simplement à nous mesurer à lui.  Pour vous donner deux-trois pistes supplémentaires, sachez que l’auteur nous parle de capteurs de pensée, de la Citroën DS, de l’année 2149, de Lino Ventura, de promenade, de robot narrateur deuxième génération ou même de Xavier Dupont-de-Ligonnès.

Enfin, et histoire de vous appâter définitivement, voici les toutes premières lignes de La méthode Sisik :

 J’ai tué ma femme et mes trois enfants. A plusieurs reprises, en tout sept fois.

Laurent Graff

Après ces mots, je n’ai jamais pu décrocher !

Non vraiment, il n’est jamais trop tard pour un bon livre.

 

La méthode Sisik de Laurent Graff aux éditions Le Dilettante

 

 

 

Fabienne Desseux

 

Anne Peko, Ma cantate à Barbara 2019…

6 Jan

Jusqu’au 10 Février

Dans 4 semaines ce spectacle fêtera une année de présence au Théâtre des Variétés. Programmation intermittente qui donne 12 semaines parisiennes depuis depuis le 19 Octobre les vendredi samedi dimanche. .

C’est déjà un signe fort de la satisfaction du public qui est présent avec bonheur et qui doit faire savoir urbi et orbi que cette Cantate à Barbara sonne très juste, qu’Anne Péko sait faire vivre Barbara das toutes les facettes de son art et de sa fantaisie .

« Cette Cantate à Barbara est une véritable intégrale en spectacle. Anne Peko fait vivre toutes les facettes de Barbara, femme plurielle, l’amoureuse, la malicieuse, la mystérieuse, la délurée, ce qu’on oublie souvent à cause de l’étiquette estampillée « chanteuse de minuit-dame brune hiératique ». Barbara a aussi été l’auteur de « Madame » un texte qui aurait ravi Bernard Dimey au sommet de sa verve truculente pour peindre une de ces maisons accueillantes aux messieurs en goguette. Anne Peko nous emmène dans les sentiers sinueux de ce parcours qui évite la ligne droite et les clichés convenus… suite ici → clic sur la photo,

Mais avant il faut signaler que le spectacle vivant sait évoluer et s’enrichir.. Selon les soirs les musiciens sont différents et c’est la possibilité de voir la richesse des mélodies de Barbara . Avec le piano de Pierre-Michel Sivadier, le violon et la mandoline de Sylvain Rabourdin ou Jean-Lou Descamps dessinent des décors musicaux d’une finesse rare… Des dentelles élégantes… Des enluminures sur mesure…

Un spectacle hommage s’appuie souvent sur des corrélations intimes – hasards ou coïncidences- qui créent des liens particuliers et c’est ce que raconte Anne Peko en fin de soirée… Ce que Prévert aurait résumé par « Il n’y a pas de hasard, il y a des rendez-vous. »

Vous pouvez le vérifier ici –>clic sur la photo,

L’échéance du 6 janvier vient de s’esquiver au profit des prolongations jusqu’au 10 Février.. Si vous avez raté, est-ce possible ? vous avez la chance de bénéficier de ces prolongations.. On n’est jamais à l’abri d’une bonne nouvelle … et par les temps qui courent … Comprend qui veut.

 

Pour réserver, c’est là –> 

Un aperçu du spectacle ? Voilà ,clic sur le projecteur, Le site d’Anne Peko , suivez la flèche

 

 

 

et pour quelques photos de plus…

photos NGabriel

Norbert Gabriel

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