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Hexagone automne 2018

20 Nov

 

Ce numéro 9 inaugure la troisième saison d’Hexagone, avec un état des lieux positif pour ce magasine de grande qualité, indispensable pour suivre l’actualité de la chanson dans tous ses états,   mieux connaître ceux qui la font vivre, les artistes, les dates de concerts, les sorties d’album, etc, 700 abonnés : Sans vous demain on joue à la pétanque, dit David Desreumaux dans son édito, et le désir de sortir du tout bénévolat pour avancer, avec des créations d’emplois et des espaces publicitaires. Et David devient le premier salarié de la structure éditrice, un SMIC, un premier pas qui doit en appeler d’autres si nous voulons poursuivre l’aventure…

Et c’est Leïla Huissoud et Alexis HK qui font la une de couverture. La deuxième de couverture étant consacrée à Bertrand Louis, et son sixième album Baudelaire, en résumé : Avec cet album de rentrée, Bertrand Louis accomplit un véritable coup de maître qui l’inscrit tout de go parmi les plus grands interprètes du poète, mais dans une forme totalement originale et renouvelée !

Après les dessins humoristiques d’Eric Mie et de Piérick, quelques vacheries dans les brèves comme celle là : On dit que le spectacle de Rémo Gary, Les falaises de Bonifacio, qu’il est un spectacle poélitique. A la différence de la dernière tournée de Renaud qui était poéthilique, une vue de l’extérieur par Eric Frasiak, sous le signe du nombre 15, associé à François Béranger, ( vous trouverez dans le n° 6 d’Hexagone l’entretien avec Eric Frasiak, ( Mon Béranger, album de reprises est paru en 2014 ), 15, comme les 15 ans de tristesse qu’il a fallu traverser depuis sa disparition, entre autres.

Patrick Engel nous invite ensuite au voyage en chansons, avec les globe-trotteurs chanteurs, et tous les exemples de marche et de voyages dans les chansons  : De tout temps, la marche a accompagné la pensée humaine… Marcher pour se déplacer, oui, mais surtout marcher pour aller vers les autres, afin d’aller vers soi, un soi-même qui ne sera d’ailleurs, du coup, plus tout à fait le même qu’au moment du départ.

Elie Guillou, Paris-Brest à pied en trente jours et trente concerts, Manu Galure et son tour de France de deux ans  en chansons, David Sire et son p’tit vélo dans la tête, sont les exemples actuels de chanteurs-voyageurs.

Rappel de Sémaphore en chansons du 9 au 16 novembre, Et nous entrons dans la collection d’automne partie 1, avec Wally, entretien par Michel Gallas.

Trente-cinq ans de scène pour cet artiste aux multiples talents, et un virage introspectif avec le projet Derli, (Derruau-Lillian), une aventure, humainement extraordinaire, et très touchante, un regard sur une vie d’homme…Rien ne me fait plus plaisir qu’une table remplie avec du vin, des plats simples, des gens simples et des discussions un peu enflammées, l’important, c’est le partage. D’ailleurs la scène, c’est du partage avec les gens. J’adhère à ces mots,  pour une scène partagée avec Wally, et avec bonheur, à l’Arlequin de Mozac.

Puis, c’est la Lumière sur un clown sans fard, Leïla Huissoud qui se confie à David Desreumaux. Leïla, une mignonne rigolote qui travaille dur pour avoir l’air idiote, elle sait se moquer d’elle : En gros, le clown sait tomber. Moi je trouve que c’est de la poésie. Mais derrière cet Auguste elle sait faire passer ses colères, ses émotions avec tendresse et humour : Aussi pathétique, aussi dramatique, aussi douleur soit l’émotion ou la chute qui nous traverse, tant qu’on est pas mort, on fait marrer les gens.

Auguste, le nouvel album de Leïla Huissoud paraîtra le 9 novembre, et partira aussitôt en tournée, et je pense, tout comme David Desreumaux, et pour l’avoir vue l’an passé à Blanzat (Rencontres Marc Robine), qu’on est avec Leïla en présence d’une artiste complète, douée d’un indéniable sens de la scène, et qu’elle est bien partie pour un long et beau parcours.

On fait ensuite plus ample connaissance avec Tom Poisson, au cours de l’entretien avec Flavie Girbal et Michel Gallas, Tom Poisson, son esprit d’équipe, ses différentes aventures collectives, notamment avec Les Fouteurs de joie, son art du récit, son dernier spectacle 2+1, en duo avec Paul Roman, son dernier album sorti en 2016, Heureux comme les cerfs-volants, un album de chansons nées sur scène prévu pour 2019, et la prolongation de tournée avec les Fouteurs de joie de Des étoiles et des idiots : Je fais avec mes armes. Comme dans la vie, j’essaie d’entrer en connivence avec les gens en les faisant rire.Cela ouvre une brèche. Instaurer la confiance, éveiller la curiosité permettent de dire des choses plus profondes ou intimes.

Le regard de Karine Daviet sur Morikan. Une lyonnaise auteur-compositeur-interprète de chansons françaises aux saveurs d’orient, mêlées d’électro, une découverte à l’occasion de la sortie de son EP Royaume en 2015. Pour elle : L’important est de faire les choses avec sincérité et envie…  J’adore la scène, c’est là que je dois porter ma priorité.

Photo archives LDDO NG

Un Retour vers le futur avec Dominique Cravic, propos recueillis par Nicolas Brulebois.

Dominique Cravic, guitariste-chanteur-compositeur-arrangeur à multiples facettes, leader des Primitifs du futur, que j’ai eu le plaisir d’écouter en compagnie de Claire Elzière, cet été, à Volvic.

Il parle de sa récente tournée au Japon, avec Claire Elzière et Les chansons d’amour de Paris, des japonais qui sont amoureux des chansons françaises, de ses diverses aventures musicales, du choix des chansons, les thèmes connus se mêlent aux pépites oubliées : Peu de gens se souviennent du film Quadrille d’amour, d’où vous exhumez Trois jours. Idem pour le thème d’Henri Crolla, tiré du film Une Parisienne.

Il se souvient de ses années de chanteur de bal, qui lui ont inspiré des chansons plus intimistes, de Jean Sablon et Django Reinhardt, un répertoire que j’aime depuis toujours. Lorsque nous avons commencé à monter des groupes, entre blues, jazz, etc, il y avait déjà du Sablon...

Dominique Cravic se veut ni populaire ni rétro, rappelant que les influences ont toujours existé, Ce qui compte, c’est comment tu fais revivre les choses.

La fiche pratique à destination des chansonniers de Boule, Les ficelles du métier, aborde le son, avec humour,  et quelques bons conseils, quoi qu’il en soit : Faire confiance au sonorisateur, même s’il est encore en train de fumer.

Toujours de nombreuses présentations d’albums, qui prouvent que la chanson se porte bien et résiste aux difficultés ambiantes. Alaska de Eryk.e, Auguste de Leïla Huissoud, Les Rescapés de Miossec, Mon frère terrien des Têtes de piafs, C’est un joli nom camarade, par 15 interprètes qui reprennent Ferrat, Un p’tit rêve très court, par Michèle Bernard et Monique Brun, Vanités de Liz Van Deuq, Voix de cailloux, Rémo Gary et Nathalie Fortin chansons inédites de Jacques Debronckart, Gerard Pierron Trésors perdus, et bien d’autres.

Jules, lui, nous dit que C’était mieux maintenant. Autour de Noir Désir, et du deuxième album du groupe : Veuillez rendre l’âme ( à qui elle appartient). Franchement, je n’ai rien entendu d’aussi canon depuis que j’ai l’âge de mettre mes propres TDK D90 dans le lecteur.

Photo Flavie Girbal

Alexis HK se raconte à Flavie Gerbal, dans le dossier qui lui est consacré, Alexis HK pour qui rien n’est jamais acquis sauf peut-être l’expérience.  Pour oublier les baffes à l’âme, les coups bas, les coups de blues, les difficultés financières, et pour son fils, né en 2008, il travaille dur, fait d’heureuses rencontres, et quitte la banque pour fonder La Familia : C’est petit à petit un entourage bienveillant et rationnel qui entoure l’artiste .

Des périodes difficiles, mais vient le succès de Le dernier présent en 2012,  la tournée triomphale du spectacle Georges &  moi,  autour du répertoire de Georges Brassens, avec la complicité de François Morel, avant de  se retrouver seul, et c’est la gestation de Comme un ours ;

En effet, Il est beaucoup question de son dernier album, le neuvième : Comme un ours, suivant un cheminement signifiant à lui seul, qui irait de l’ombre à la lumière.

Alexis HK explique en profondeur la démarche, et le sens qu’il a voulu donner aux chansons de ce dernier album,  dans un entretien prolongé : Ours solaire «  Et la prose apaise nos ecchymoses. ».

Album né d’un besoin impérieux, qui doit être profond et ludique…Comme pour se remettre sur ses pieds après un séisme.

Partant des noirceurs de l’actualité, le racisme, le fascisme, avec un regard lucide et réaliste, ( Les pieds dans la boue, La chasse),  il s’accroche à la vie coûte que coûte, cherchant le réconfort auprès d’un chien, d’une femme, d’un enfant, et fait fleurir des sourires jusques dans l’ombre. Un album où il se retrouve, seul, dans la dualité de l’ombre et de la lumière, comme un ours bipolaire : Pour moi, c’est une obligation d’aller chercher l’espoir.

On raconte qu’il vit seul
Depuis si longtemps
Qu’il engueule ses glaïeuls
Comme si c’étaient ses enfants
On raconte que le soir
Il met deux couverts
Et prépare le dîner
À son pote imaginaire
Comme un ours bipolaire
Un ermite en colère
En apesanteur
Entre les deux hémisphères .

Le regard extérieur de Karimouche  sur Alexis HK ? C’est simple ! En vrai ? La première fois que je t’ai vu sur scène, je suis tombée en amour comme on dit au Québec. Sous l’épaisse fourrure, j’ai tout vu et j’ai tout aimé : ton côté obscur et ton côté lumineux, ta générosité et tes contradictions, tes textes subtils et tranchants et ton humour ravageur. On ne saurait dire mieux.

Et c’est de Gaieté, fantaisie et toutes ces sortes de choses qu’il est ensuite question, thèmes du septième festival Chansons & Mots d’Amou, festival qui privilégie les choix artistiques au rendement des grosses machines estivales en liant la chanson, les belles lettres et l’art de vivre de la Chalosse,  terroir de Gascogne. Chansons, mais aussi une ouverture vers le théâtre, la littérature, poésie, cinéma, photo, etc… Avec Marie-Christine Barrault comme marraine cette année.  Un travail d’équipe, une cinquantaine de bénévoles, près de trente concerts en trois jours dans divers lieux propices du village, 7500 spectateurs en 2017, et plus encore cette année. Des noms connus, des découvertes en mélange harmonieux, Victoria Delarosière et ses Chansons d’amour au couteau, Jeanne Plante la délurée  qui testait sa nouvelle création, Chafouin, Askehoug, Guillo et Gérald Genty, qui ont mélangé leur répertoire avec le spectacle jeune public Minibus, créant un joyeux bordel, la prestation décousue de Nicolas Martel & Alexis Kune ( Devos, Allais et Vialatte), Wally & Roca, et François Rabelais, ( cherchez l’intrus), In vino veritas, trois tisseurs de mots, amateurs de truculence verbales et de libations gouleyantes.

Un festival à dimension humaine qui s’impose comme une valeur sûre et incontournable.

Entrons maintenant dans la Collection d’automne, Partie II, avec Christian Olivier, le leader des Têtes raides qui a sorti son premier album en solo en 2016: Aller de l’avant.

La différence avec Les Têtes raides, c’est son sentiment de replonger dans l’inconnu :  Je ne pense plus à personne en termes de références, même si je ne me débarrasse pas pour autant de l’écriture qui est la mienne, du style de musique que j’affectionne.

Passionné de théâtre, de poésie, fan de Jean Genet, de Dagerman, d’Artaud, de Prévert dont il a fait une adaptation des textes, partageant la scène avec Yolande Moreau, l’une chante, l’autre parle,  il a aussi mis en musique une quinzaine de poèmes de Prévert, réunis dans l’album Prévert, toujours avec la participation de Yolande Moreau. Mais, Christian Olivier n’oublie pas pour autant les Têtes raides, avec qui  il va revenir fin 2019, en effet, il ne faut pas rater l’anniversaire de Ginette, qui a maintenant passé les trente ans. En attendant, ne tournée d’une trentaine de dates est prévue avec Yolande Moreau, pour la tournée Prévert, et ils seront en janvier à Paris, au théâtre du Rond-Point.

Malorie D’Emmanuele pose ensuite un regard sur Louise O’sman, une marseillaise, accordéoniste et interprète, puis auteur-compositeur, portant désormais ses chansons seule en scène, depuis qu’elle s’est séparée de Dilan : J’aimerais pouvoir me libérer de mon accordéon pour être plus mobile sur scène. Et puis je voudrais élargir les collaborations avec d’autres musiciens.

C’est avec de la Poésie dans la marge que l’on continue cette aventure hexagonale, par David Desreumaux, en compagnie de Wladimir Anselme, auteur-compositeur-interprète à la fois tendre et impétueux,  à la fois d’une timidité maladive, et doux bavard invétéré. Il est aussi dessinateur, vidéaste, auteur de fictions sonores pour Radio-France, il a trois albums à son actif, le premier, Mauvaises herbes, sorti en 1999, après trois ans d’initiation à la scène en compagnie d’Alain Aurenche qui l’a amené un peu partout, et a été à l’origine de belles rencontres, notamment avec Allain Leprest, le deuxième Les heures courtes en 2011 et son troisième album, L’Esclandre, sorti en mai 2018 rassemble 10 chansons, comme 10 petits courts-métrages, et ça lui fait drôle de comparer ses nouveaux albums avec les plus anciens : je ne me reconnais pas dedans. Je reconnais le jeune homme que  j’ai pu être… dit-il. Wladimir Anselme prend un soin particulier au choix des mots, ne pas être dans le frontal. Déguiser les émotions, maroufler la mélancolie…

L’Esclandre, c’est une écriture qui s’est mise au régime sec, pour atteindre une densité vertigineuse, dans laquelle de peu jaillit beaucoup et où l’imaginaire de l’auditeur se trouve convoqué.

La musique de cet album est aussi une petite révolution, depuis la période jazz des années 2000, avec un équipage plus rock, plus folk, Wladimir en parle ainsi « On a joué comme on les sentait sur le moment. Ce n’est pas léché mais c’est très profond. Il s’agit là de préserver le feeling originel et de réussir le vieux fond de blues des chansons plutôt que de chercher la perfection. »

On retrouve Patrick Engel qui, lui, pose un regard sur Alysce au pays des malices et c’est un irrésistible délice de se glisser dans les mots de Patrick à propos d’Alscyse :  

Frontispice en prémice aux délices d’Alysce, soulignons sans malice, sous les auspices des haruspices, combien se glissent en coulisses d’indices allusifs, les lisses éclisses en hélice de sa guitare complice regorgent en un bouquet lascif de lys, de physalis, d’hamamélis, iris, volubilis, et quelques tamaris…

Un regard élogieux pour cette jeune artiste musicale,  attachante et nature, et qui fait preuve d’une singulière et intense musicalité, entre chanson, bossa, jazz, folk et classique. elle a remporté le prix du jury, le prix de la Sacem, et le prix du public, du concours de la chanson française de la Truffe de Périgueux.

Photo archives LDDO NG

Et nous arrivons à Paule-Andrée Cassidy pour qui Interpréter est un acte de création. Elle se raconte à David Desreumaux.

Depuis une vingtaine d’année, cette interprète de Barbara, Anne Sylvestre, Boby Lapointe, Gilles Vigneault, et  d’auteurs québécois moins connus, mais aussi auteur-compositeur, arpente les routes du monde, chantant en français, en anglais, en espagnol ou portugais , ambassadrice de ses compatriotes québécois, dans tous les pays francophones, mais aussi en Amérique latine.  Paule-Andrée Cassidy est aussi metteur-en-scène auprès de jeunes artistes, a une formation d’actrice au conservatoire d’art dramatique de Québec, en est à son sixième album, Libre-Echange, paru en 2014 et a reçu le Grand prix de l’académie Charles Cros dans la catégorie Nouveau Talent pour son album Lever du jour.

L’important pour elle depuis toujours c’est la chanson, nourrie de Brel, Gilles Vigneault, Félix Leclerc, de musiques du monde, puis Anne Sylvestre, les chanteuses réalistes, et bien d’autres, par des parents professeurs de mathématiques, mais néanmoins mélomanes. La tonalité de sa voix grave  lui avait fait dans un premier temps choisir le théâtre, mais son enthousiasme à chanter et le contact avec le public ont été décisifs, elle elle a pris des cours de chant classique et a rencontré des musiciens avec qui elle a commencé à collaborer.

Pour elle, interpréter, c’est recréer, c’est faire revivre des chansons dans des univers différents, avec un large spectre émotif, par exemple, Perlimpinpin est une chanson qu’elle réinvente à chaque fois , elle choisit ses auteurs, et respecte les textes, mais il faut qu’il se passe quelque chose entre le texte et elle, ça peut prendre du temps, ou ce peut être un coup de cœur immédiat, comme ce fut le cas pour La petite kurde de Pierre Perret, ou ça ne se voit pas du tout d’Anne Sylvestre. Ce peut être le personnage, l’histoire, ou seulement une phrase, comme celle d’Elsie de Richard Desjardins : « Juste pour te dire qu’on a fait des ponts où les rapides sont furieux. » Cette phrase pour moi résumait l’histoire de l’humanité.  

Paule-Andrée Cassidy insiste aussi sur l’importance de l’expression corporelle : Il faut que le corps soit disponible aux émotions, aux intentions. J’ai souvent dit que la voix était une partie du corps.

 Le décès de son compagnon et pianiste est intervenu quand elle montait le spectacle Libre Echange. Cela correspondait à une certaine ambiance du tango. Le tango distille le sentiment que tout peut se passer :  l’urgence par rapport à la mort, le sentiment de la vie.

Elle parle aussi de son désir de transmission, elle enseigne, et chante avec sa fille Lou-Adriane,  de confrontations gratifiantes avec des gens qui ont une approche esthétique différente, pour dépasser les a priori , de ses projets d’écriture, qui aboutiront peut-être à un nouveau spectacle ou disque.

Tous les chemins mènent à la musique et à la chanson, à condition d’en sortir, et quand c’est une véritable passion, c’est le cas pour Alain Gibert, ingénieur informaticien, et musicien, sur lequel Philippe Kapp pose un regard. Après plusieurs CD caché derrière sa basse au sein d’un groupe, il revient avec son véritable nom, et un premier cinq titres en 2013 : Les marches de l’opéra, suivi de Sublime ordinaire en 2015, et Canyon alibi en 2017. Une pop élégante, un univers cinématographique, des mélodies simples, mais séduisantes, des arrangements qu’il veut au service de ses émotions, les 12 titres de Canyon alibi évoquent les faiblesses humaines, les manquements de chacun, sous une apparente légèreté colorée de pop.

On arrive aux rappels, de festivals passés, d’initiatives, de lieux dédiés à la chanson, toujours avec de magnifiques photos de David Desreumaux, et de très chouettes illustrations de Flavie Girbal. Et  notre première visite est pour Le Bijou La Grotte des Chauvet, les guides étant Marion Fergolia et Michel Gallas.

Les Chauvet, ce sont Pascal et Emma, qui ont repris ce lieu historique en 2012, après plusieurs gérances de la salle de spectacle telle qu’on la connaît aujourd’hui, et qui fut inaugurée en 1989.

Le Bijou, qui fut autrefois un point de rendez-vous de la résistance toulousaine, puis un café-ciné, un dancing, un bistrot fête aujourd’hui et pour deux ans, ses trente ans de spectacles et n’a donc pas fini de faire découvrir des artistes originaux, pour le bonheur d’un public fidèle et curieux. http://www.le-bijou.net/

Chronique brève de l’album, clic sur la couv.

Rappel aussi d’un événement d’importance, La réédition d’un album mythique, en double CD, Gémeaux croisées, spectacle conçu et écrit par Denise Boucher, Pauline Julien et Anne Sylvestre, disponible depuis le 19 octobre, c’est Julos Beaucarne qui en parle : Elles savent le secret du partage des eaux, elles ont le goût du regard échangé, elles vibrent en extrême complicité. Elles nous livrent d’une trace toute leur vie d’inquiétude et d’amour. Elles n’ont plus rien à perdre. Elles gagnent tout.

Rappel aussi d’une belle initiative, par David Desreumaux : Initiatives Chansons, projet bâti sur la passion de la chanson et l’amitié des trois fondateurs, Gilles Tcherniak, dirigeant du Forum Léo Ferré de 2013 à 2017, Gilles Coron, trésorier du Forum jusqu’en 2017, et Jean-Paul Liégeois, auteur et éditeur d’ouvrages sur la chanson. Ils sont six aujourd’hui, tous portés par la même passion, défendre le spectacle vivant, et une jeune scène émergente, que l’on sent de plus en plus intéressée par l’expression scénique. Ne pas se cantonner à une seule catégorie, prendre des risques, La vitrine d’Initiative Chansons s’articule autour de trois piliers : L’interprétation, la valorisation du répertoire, et la création… Le spectacle vivant, ce n’est pas une esthétique unique. Ce peut être du  rock, du jazz, de l’expression théâtrale, des influences de musique classique, etc… Précise Gilles Tcherniak en citant l’exemple de Barjac.

En conclusion, et toujours de Gilles Tcherniak, cette pensée zen : Nous avons peu de moyens mais nous sommes grassement payés en retours élogieux du public !

Barjac, on y est justement, avec la 24 ème édition de son festival Barjac m’en chante : Chansons de caractère sous canicule. Un très bon millésime , et c’est tout d’abord une rencontre avec le directeur artistique de ce festival, le discret mais omniprésent Jean-Claude Barens, qui fait le point sur tous les aspects de ce festival, propos recueillis par David Desreumaux. Fréquentation en légère hausse, et plus uniforme, aménagement des structures, multiplication des différents spectacles,  nécessitant un choix des spectateurs, ll faut créer un petit peu de frustration. Eclectisme dans la programmation, alliant tradition et modernité, découvertes, et quelques points noirs à résoudre, comme les spectacles jeune public dans la cour de l’école, sous la canicule. Fluidité est le mot qui résume cette édition : Fluidité d’une part dans les relations, avec un très bel esprit entre festivaliers, bénévoles, techniciens. Fluidité dans la logistique, parfois la rigueur impose d’obtenir les choses par le biais de beaucoup d’efforts, dans la difficulté. Là, nous avons pu constater une belle fluidité à tous niveaux.

Vus sur scène à Barjac : Coups de projecteur, retours de concerts, par David Desreumaux et Michel Gallas.

La première rencontre est avec Sarclo et son Dylan, que le public de Barjac m’en chante a apprécié, le 2 août dernier : Sarclo sings Dylan ( in french), Dylan et Sarclo, c’est l’histoire d’une vie : Les chansons de Dylan sont des chansons que je connais depuis toujours, et ce sont celles-là que j’ai envie de chanter. Sarclo explique sa façon d’appréhender les chansons de Dylan, et la somme de connaissances et de travail qu’il a fourni pour rester fidèle à l’esprit de la musique et des textes. Deux phrases choisies qui en disent long :

La guitare de Dylan est belle parce qu’elle n’est pas sous les paroles. Elle peut gicler, elle peut être énergique.

Et : Quand tu veux traduire Dylan, tu dois apprendre aux francophones qu’il y a d’autres règles  de versification qui ne sont pas françaises. Et puis, pour chaque image que balance Dylan, il faut dire que cette image a été écrite exprès. Si tu passe à côté parce que tu trouves que ça ne sonne pas en français, tu te fous de la gueule du monde. Si tu veux vraiment faire le taf, si tu n’y arrive pas un jour tu réessaies le lendemain. Tu bosses.

Revus sur scène à Barjac avec grand plaisir des artistes qui figurent ou ont figuré récemment dans Hexagone, Frasiak, Garance, Erwan Pinard, Davy Kilembé, Alexis HK, Leïla Huissoud, Amélie-les-crayons, pour ne citer qu’eux.

Contrebrassens, le 29 juillet, à l’Espace Jean Ferrat,  Pauline Dupuy, qui, seule, a donné un caractère remarquable et très personnel aux chansons de Brassens. Envoûtante, le mot n’est pas surfait. Et en duo avec Alexis HK, pour La ronde des jurons, ce fut inoubliable.

Le 31 juillet, c’est la révélation avec Marion Cousineau, la grande découverte de ce festival, quand elle ne sert pas des bières à la buvette en tant que bénévole du festival, elle chante et enchante le public : Généreuse et authentique, rayonnante d’humanité, elle nous embarque et suscite naturellement une belle relation avec le public.

Le 30 juillet, Govrache.  C’était à la fois  plaisir et pur régal de voir cet orfèvre des mots le lundi 30 juillet à Barjac m’en chante. .. Sous le chapiteau du Pradet, comme au Café de la danse en mai dernier, Govrache a littéralement soulevé le public par la qualité de ses textes, par la maîtrise de la scène qu’il a désormais acquise.

Le 30 juillet aussi, c’est Marie-Paule Belle qui a été la plus grande et belle surprise de cette édition. On croit la connaître, et l’on attend rien de particulier… Et elle surprend : Sur scène, nous découvrons une artiste dotée d’une incroyable maîtrise de l’espace et de ce qui s’y joue, sensible et drôle… Et respectueuse tout à la fois des textes qu’elle sert, du public, et de son équipe technique. ..

Le 31, ce sont Mouchès et Sourrigues qui assurent la séquence fou rire avec leurs révisions de chansons malaxées, revisitées, mais pas à la légère, Amsterdam de Brel en langue des signes, l’aigle noir de Barbara relooké pour les plus jeunes, sans se prendre au sérieux.

Le 1er août, c’est Eric Guilleton qui rendait un vibrant hommage à Pierre Barouh, tout en pudeur et légèreté.

Et aussi Presque Oui, enfin, Thibaud Defever, seul, puisqu’il a quitté son bagage de 20 ans de Presque Oui : Artistiquement, celui-là fait dans la dentelle ; de notoriété publique, c’est un orfèvre… A pleurer tant c’est beau.

Le 2 août, c’est Léopoldine HH sous le chapiteau, avec ses deux musiciens, Charly Chanteur et Maxime Kerzanet, un spectacle dont on ne lasse pas, qui ne sont pas là seulement pour amuser la galerie : mais bien décidés à partager une création détonante au carrefour des arts : chanson, littérature, poésie, théâtre, cirque.

Nous quittons Barjac pour constater, avec Nicolas Brulebois, que Jacques Debronckart sort des oubliettes en cet automne 2018, non pas grâce aux majors pour lesquels il a enregistré, mais grâce à des fidèles artistes qui se passent le mot pour ressortir ses chansons, et des inédits de ce chanteur trop longtemps sous-estimé, et grâce aussi à  la chanteuse-éditrice Clémentine Jouffroy, avec l’aide essentielle de l’épouse de Jacques Debronckart, Janet Rudel, Tous ceux-là ont oeuvré à cette belle renaissance.

Marie-Thérèse Orain NG 2016

Tout d’abord, Marie-Thérèse Orain, interprète historique de Jacques Debronckart, entendait il y a vingt ans, faire redécouvrir celui qui fut son pianiste et ami, et dont elle fut l’interprète privilégiée.

Marie-Thérèse Orain n’aime pas les monuments aux morts, elle veut montrer l’actualité des chanteurs qu’elle interprète, à propos de  Jacques Debronkart, elle dit  : Son œuvre est très vivante : il a écrit l’époque que nous vivons. Un livre-album de 21 titres, dont 10 chansons jusque là inédites de Jacques Debronkart, enregistrées en public, à l’automne 2014, Intacte, est sorti en 2015,  toujours disponible à la boutique Camino Verde.  Coup de cœur de l’Académie Charles Cros en 2015. Et Marie-Thérèse Orain a reçu avec Paule-Andrée Cassidy, le prix Jacques Douai en 2015.

Rémo Gary,  après avoir proposé quatre inédits de Jacques Debronckart dans son précédent album,  vient de sortir tout un album de chansons inédites de Debronckart, un album et un spectacle, avec Nathalie Fortin au piano,  Voix de cailloux, C’est un chef-d’oeuvre, nous dit Nicolas Brulebois.

 Rémo Gary qui précise :  

On me demande Brel, mais jamais Debronckart. Je pense qu’on fait mieux son métier d’artiste quand on chante les gens qu’on ne nous réclame pas. De même, je n’ai pas eu l’impression qu’on m’ait demandé de faire ce disque. J’y ai pris un grand plaisir, ça ne doit pas devenir une comémo, Debronckart est en moi depuis toujours, mais je n’en fais pas une religion. L’adoration ne me dit rien qui vaille.

Christian Camerlynck et Nathalie Fortin (NG 21016)

Enfin, Christian Camerlynck, qui a découvert Debronckart grâce à Marie-Thérèse Orain, dans les années 60, et qui a bien oeuvré pour la transmission de son répertoire : Quand je l’ai programmé dans les maisons de la culture où je travaillais, il m’a reconnu : C’est vous qui êtes toujours à l’Ecluse, entre deux piliers ! Je lui ai demandé des chansons, mais il m’a d’abord répondu Celles pour les hommes, je me  les garde… Nous nous sommes beaucoup fréquentés par la suite. Au moment de signer chez Meys, il avait plus de chansons qu’il n’en fallait, et m’a appelé : Choisis-en, je ne les enregistrerai pas.

Christian Camerlynck a rassemblé 13 titres de Debronckart dans un album en 2006 : Christian Camerlynck chante Debronckart.

Ces interprètes échangent leur façons d’appréhender Debronckart, et ses chansons, et se sont réunis les 27 et 28 octobre sur la scène du Forum Léo Ferré, avec Nathalie Fortin, et Clémentine Jouffroy, pour faire entendre les multiples facettes-amoureuse, acide, engagée- de cet auteur-compositeur longtemps sous-estimé.

Après le calendrier des concerts à venir de Thomas Hellman, qui sera, entre autres dates, au Sémaphore de Cébazat le 2 avril 2019, et avant l’annonce de l’intégrale des enregistrements studio de Jean-Michel Caradec, 117 titres réunis, et un livret de 32 pages, chez EPM Musique, le billet  Rosbif saignant de Mad qui a fort heureusement rendu son papier à temps !  : La littérature, c’est comme la confiture…

NDLR :Toute ressemblance avec les personnes nommées ne saurait être qu’une approche chafouine du lecteur.

Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais les Ceausescu hexagonaux, ainsi surnommés au sein de la rédac’ parce qu’ils font plus que te mettre la tête au carré si t’as le malheur de rendre ton papier en retard… Big Dave et Flavix, donc, pour les intimes de la Blackroom, cela va sans dire, ont tendance à se la jouer littéraire avec un grand L…

Si vous voulez lire la suite de ce billet saignant,  si vous voulez en savoir beaucoup plus sur tous ces sujets, tous ces artistes, alors abonnez-vous, réabonnez-vous, parce que, quand même, l’idée que demain, nos mooksquetaires soient contraints de jouer à la pétanque, ça fout les boules.

 

Danièle Sala

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