Festival Musicalarue 2018 : entretien avec Shaka Ponk

30 Oct

Revenu faire la tournée des salles, puis des festivals d’été, après un moment d’absence consacré entre autres à la création du nouvel album « The Evol’ », Shaka Ponk était également présent à Luxey. Le groupe allait occuper la plus grande scène de la manifestation, pour y planter son décors personnel, avec projection d’images en trois dimensions et offrir au public un spectacle explosif pour les sens, digne de la tradition à laquelle il a habitué ses fans. Il ne serait cependant pas question de rejouer des scènes usitées à l’identique, comme on revisite un film classique déjà vu : c’est l’honneur de Shaka Ponk d’offrir un concert différent et original à chaque fois, qui témoigne de ce que les membres ont souhaité mettre dans l’actualité de leur création, y compris en évitant de jouer leur succès commerciaux, qui pourtant auraient facilement créé des moments fédérateurs. Du groupe, satisfait de pouvoir grâce au professionnalisme des équipes techniques, retranscrire le spectacle de leur tournée, fidèlement à ce qu’il imagina pour le Zénith parisien, et visiblement heureux de retrouver le public landais, six ans après sa précédente participation à Musicalarue, le chanteur Frah et le claviériste Steve acceptaient de nous accorder un entretien dans l’après-midi, au cours duquel ils purent également parler plus en détail de leur engagement pour l’environnement et la défense de la nature à travers le collectif qu’ils ont créé.

– Bonjour et merci de nous accorder ce moment. Votre album « The Evol’ » prend en considération un thème qui vous est cher, à savoir la question de l’évolution de l’espèce humaine, mais aussi du sort de notre planète, question que vous avez décidé de promouvoir aussi à travers votre collectif « Freaks ». Pouvez-vous nous en parler ?

– Frah : C’est un grand sujet, un grand débat. On a besoin de beaucoup de temps pour en parler. Mais en gros, on a lancé un collectif d’artistes qui se retrouvent autour de gestes simples et efficaces pour lutter contre la pollution et le réchauffement climatique, pour protéger la biodiversité. C’est un travail qu’on a mené en parallèle avec la création de ce disque et e spectacle, qui ne devait d’ailleurs pas forcément voir le jour maintenant. Mais à un moment il fallait y aller. On a travaillé pendant trois ans, entre la date qu’on a faite lors de la dernière tournée où on a été voir la Fondation pour la Nature et l’Homme [] et le moment où on l’a mis en ligne, un peu en sourdine en juillet, avec la FNH, l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’énergie) et des bêta-testeurs, pour décortiquer la journée d’un consommateur lambda et établir un théorème. Théorème qui est que si on change, nous les consommateurs, dans notre quotidien, certaines habitudes et certains comportements, uniquement dans notre vie privée, sans parler de travail professionnel, ni attendre que les politiques ou les industriels changent de rythme, on peut tout faire basculer. Ça a été un travail, car il fallait que ce soit vrai, et pas juste de la démagogie. C’était très long ; on a failli laisser tomber plein de fois, pour plusieurs raisons. Mais finalement le système était assez simple : on proposait des choses à la fondation ; quand elle nous validait l’idée, on la testait sur le terrain, voire si c’est quelque chose d’accessible, et si oui, on décidait de parler de ce geste. On a regroupé autour de nous des gens qui ont de gros réseaux. C’est pour ça que ce n’est pas un collectif pour le grand public : n’importe qui dans le grand public peut dire qu’il fait ci ou ça, ce qui ne signifie pas qu’il le fasse vraiment. En revanche si des gens connus parlent à leur followers en disant qu’ils ont cessé de manger de la viande ou d’utiliser des gobelets en plastiques ou des produits à usage unique, ou encore qu’ils sont passés sur un fournisseur d’accès écoresponsable, c’est tellement facile de vérifier si c’est vrai ou faux qu’ils seront obligés de le faire vraiment. Donc on s’est lancés dans un truc qui est selon les professionnels de l’écologie avec qui on a travaillé, une vraie nouvelle bonne solution pour faire changer la seule masse qui peut faire changer les choses : nous. C’est le début d’une histoire.

– Steve : Oui, c’est vraiment le début. C’est un challenge et personnel et collectif, parce qu’effectivement c’est intéressant de changer nos habitudes et de se refiler des combines : on est tous des pré-adolescents responsables d’une nouvelle façon de vivre. Tout ça, on le fait ensemble évidemment. On n’est pas égaux ; c’est difficile. Mais justement ce qui est cool c’est de pouvoir en parler et d’aller dans la même direction et avec la même envie. Le résultats viendra avec les efforts.

– Peut-on imaginer que votre engagement se concrétise sous forme de festivals organisés spécifiquement autour de cette thématique avec d’autres artistes ?

– Frah : Oui… Mais c’est à dire que pour l’instant l’idée est d’informer les gens, de leur donner deux informations : savoir comment changer certains comportements d’une part, et savoir d’autre part qu’il est encore possible de limiter les dégâts. Des dégâts, on sait qu’il va y en avoir. Maintenant il y a assez de scientifiques qui expliquent qu’entre dans dix et cinquante ans, il va se passer des choses très déstabilisantes que l’espèce humaine n’a jamais connues sur cette planète. Mais il est encore temps de sauver les meubles. L’idée est de concentrer l’énergie sur le message du changement plus que sur le fait d’être musiciens et de construire un festival autour de ça. Mais pourquoi pas ? Sauf que là, on est dans un cas d’urgence : on essaye de réanimer le mec !

– Steve : Et puis ça parle ou pas aux gens. C’est en cours. On vit avec. On va faire des manifestations bien sûr. Mais on se concentre plus sur notre capacité personnelle d’action.

– Frah : Et puis les personnalités qui constituent le collectif sont encore en train d’arriver. On attend peut-être juste avant 2019 pour avoir le noyau dur qui va être composé de cent à cent cinquante personnalités, pour trouver par groupe des idées concrètes et faire jouer les réseaux de tout le monde pour faire passer des informations qui sont un peu « rabat-joie », mais apportent des solutions concrètes, avec tout ce qu’il faut de positivisme pour se dire que si on veut, on y arrive. Il faut que les gens vrillent vraiment : on a besoin d’un détour à cent quatre vingt degrés.

– Steve : Il y a tellement d’énergie dépensée dans le déni de l’ensemble de la situation, que ça mérite quand même une réflexion personnelle et d’ouvrir les yeux.

– A propos d’artistes sensibilisés aux questions environnementales, le groupe Guaka [] qui avait assuré votre première partie lors du concert de Bordeaux en 2014, a réalisé un titre en duo avec la chanteuse de votre groupe, Sam, sur son album « Le Jardin des Malices ». Guaka, dont la batteur et percussionniste Mauro Ceballos, également dessinateur, vient de créer la bande-dessinée « Di Vin Sang » retraçant l’histoire du vin au Chili et des liens avec la ville de Bordeaux, et entièrement teintée et peinte avec des vins, partage avec vous l’originalité d’être composé d’artistes s’épanouissant dans plusieurs disciplines (musique, dessin, théâtre…). Comment les aviez-vous rencontrés ?

– Steve : On les a connus en jouant pas loin d’ici, au Krakatoa de Mérignac (Gironde), une salle qui est devenue depuis mythique pour nous, puisqu’elle l’était déjà pour d’autres. C’est le genre de petite salle où on aime bien jouer et puis on y a rencontré Bertrand Cantat, le jour où on a rencontré les Guaka. C’est devenu une espèce de famille pour nous. Guaka, on a rejoué avec, on a chanté avec, ils nous ont peints dans des festivals. On a fait plein de trucs avec ces mecs là ; ils sont aussi fous que nous -et sympas-. C’est vrai qu’on est six, mais qu’ils auraient pu aussi bien rentrer dans le groupe avec nous. Et ils sont libres ! Autonomes, c’est ça qui est quand même bien aussi.

– Le projet de recherche « PIND » [] lancé à l’initiative de Solveig Serre et Luc Robène [] concernant l’histoire de la scène punk française, a fait apparaître au fil de divers témoignages collectés combien l’esprit d’autonomie et de débrouille propre au Punk et à la philosophie du « do it yourself » a influencé et construit énormément de personnes, par delà le mouvement musical et culturel lui-même. En quoi l’esprit Punk vous a-t-il particulièrement formés ?

– Frah : L’esprit punk, c’est un truc qu’on avait, parce qu’on a bousculé des choses. Quand on sent que les choses sont établies et qu’elles n’avancent pas vers quelque chose de constructif, ça nous angoisse et on aime bien les bousculer. Ça peut être un côté « fouteur de merde ». Mais c’était aussi pour jouer avec les deux extrêmes, entre le côté Shakyamuni très posé, très pensé, basé sur la sagesse, le respect, la construction, et le côté punk plutôt du mec qui pète tout sans trop réfléchir.

Steve : C’est la métaphore de l’équilibre juste qu‘il faut trouver entre deux extrêmes qui sont cool à vivre, mais un petit peu, à chercher loin dans les cultures, les différences, les sensations.

– Frah : Mais je pense que si tu demandes à un groupe de Punk si on est des Punks, ils seront pétés de rire !

– Steve : Si c’est pour avoir une étiquette punk, déjà c’est antinomique. Mais la liberté dont on parle, et même dans ses gestes, c’est exactement ça.

Miren Funke

Photos : Carolyn C, Océane Agoutborde

Lien : site officiel de Shaka Ponk : http://www.shakaponk.com/

Fb de Guaka : https://www.facebook.com/GUAKA-105715122132/

Mauro Ceballos : https://www.facebook.com/mauroceballossollabec/

 

NB:  au fil de la lecture, il y a des mots ou des groupes de mots en rouge souligné, en cliquant dessus vous allez sur une page dédiée.

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