Hubert-Félix Thiéfaine en concert à l’Arkea Arena de Bordeaux (Floirac)

19 Oct

Ouvrir le bal par « 22 mai 1968 » pour nous plonger directement en immersion dans les abysses des plus anciennes eaux troublantes de son répertoire, quelle idée savoureuse ! Et on allait y boire à la même barrique : les titres suivants -exception faite du magnifique « Toboggan », unique extrait du dernier album qui fut interprété-, tirés essentiellement de treize premiers disques du chanteur, et rarement de plus récents ( « La ruelle des Morts », « Le jeu de la folie », « Confessions d’un Never Been ») cimentèrent le sentiment initial induit : ce concert d’Hubert-Félix Thiéfaine s’annonçait comme un voyage à travers les innombrables paysages de la vaste discographie multipolaire d’un artiste qui a, depuis 40 ans, émerveillé, accompagné, soutenu et parfois secouru les nombreuses générations de son public, et sort ce mois-ci une anthologie de ces quatre décennies passées, « 40 ans de Chansons ».

Après avoir, au cours des précédentes tournées, interprété principalement les morceaux de ses deux derniers albums, Hubert-Félix Thiéfaine avait décidé de le régaler, ce public, conviant devant l’auditoire de la salle, pleine comme un œuf, des chansons qui, pour certaines lui appartiennent désormais moins qu’elles appartiennent au patrimoine de ces enfants qu’un peu de lui a fait croître. Car il en va ainsi : parfois la trace d’un autre peut nous apprendre à tenir debout. D’autres titres, que je n’avais plus entendus depuis fort longtemps (« Stalag-Tilt », « L’Agence des Amants de Madame Müller », « La Dèche, le Twist et le Reste », « Enfermé dans les Cabinets », « La Maison Borgniol ») me surprirent d’émotions enjouées et mélancoliques à la fois, d’un peu de stupéfaction aussi, tant leurs paroles revenaient en tête immédiatement, comme instinctivement, sans souffrir la moindre hésitation. A s’étonner soi-même de si naturellement toiser les trous noirs de la mémoire capables d’avaler des périodes entières de nos vies, mais qui n’ont rien aspiré de ces textes jadis fredonnés par cœur. C’est dire ce que parfois des chansons bâties de mots tristes et d’idées sombres peuvent contenir de lumineux.

Comment ne pas deviner ressurgir les fantômes des histoires intimes de chacun, et sentir se réveiller la tendresse de l’oeil qu’on promène sur les blessures du passé, à travers cette foule de moments obscurs que la poésie et la folie de l’artiste ont rendu radieux ? On se regarde au fond des yeux dans le miroir des souvenirs, et il en va ainsi : parfois la plume d’un autre peut nous apprendre à porter des ailes.

Et voilà déjà «Mathématiques Souterraines » qui enfle une lame de fond me remontant du fond de l’âme, prête à déborder de mes yeux et en cracher son écume, alors qu’ils sont si nombreux tout autour de moi à en beugler en cœur les paroles, à tel point que leur chant couvre parfois la voix de l’artiste. Qu’importe : c’est sans doute leur chanson, comme c’est aussi la mienne. Eux au moins parviennent à le crier. Et c’est beau! Et ça sonne si juste, malgré les fausses notes. Phénomène identique avec plusieurs autres titres phares (« Les Dingues et les Paumés », « Alligators 427 », « Soleil Cherche Futur », « Sweet Amanite Phalloïde Queen », « Lorelei », « La Fille du Coupeur de Joints » et « Dernière Station avant l’Autoroute » a capella en rappel), qui confirme une idée persistante : plus que d’autres sans doute, Hubert-Félix Thiéfaine eu le talent d’inventer des « chanson-golems » qui ont fini par échapper aux mains de leur créateur pour partir vivre auprès d’autres âmes et s’offrir à elles.

Entouré du fidèle Alice Botté à la guitare, de son fils Lucas Thiéfaine (guitare, percussions), et du groupe de ses musiciens renforcé par les présence de deux violoncelles, d’un saxophone et de Yan Péchin (guitare, banjo, mandoline, lap-steel) que, tout comme Alice Botté, on a toujours plaisir à retrouver auprès des beaux artistes, c’est deux heures trente de bonheur et de délire que distilla un Hubert-Félix Thiéfaine en grande forme, d’un bout à l’autre d’un concert consacré aux retrouvailles avec nos souvenirs, et emprunt d’une humilité très humaine et de reconnaissance exprimée à l’endroit du public autant que des nombreux techniciens et travailleurs qui permettent aux spectacles d’exister. Un plein de vibrations somptueuses qui nous laisse quelques étoiles en tête et un sourire ému sur le visage. On reviendra ! Pour lui, on revient toujours…

Miren Funke

photos : Carolyn C (1 à 5), Emma Boireau (6)

Et le site de HFT, c’est là –> Clic on the cat..

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