Tendresse à quai, embarquement immédiat…

30 Août

Lecteur pressé, voici le pitch pour vous mettre en appétence et vous inciter à courir toutes affaires cessantes au Studio Hébertot,

Sur un quai de gare un monsieur âgé et portant beau s’intéresse à une jeune femme silencieuse qui va peut-être prendre le même train que lui. Le monsieur est peut-être le personnage d’un roman dont il est l’auteur, la jeune femme est peut-être un souvenir phantasmé, peut-être, peut-être pas.

Voilà. Je conçois que, vu comme ça, vous puissiez être dubitatif, voire carrément sceptique. Mais… mais si vous ajoutez au détail, comme on dit au Québec, le talent d’écriture du formidable Henri Courseaux, sa présence scénique exubérante, tonitruante, émouvante, une sorte de mix entre Sganarelle, Cyrano, Alceste, et Figaro, l’affaire prend une tout autre dimension. C’est un duo à plusieurs personnages : qui est vraiment Colette Clairon? Madeleine Godot ? Solange Brémont ?

Quand un personnage frappe à ma porte, il se passe en moi quelque chose d’indéfinissable… comme si je me remettais à exister. (Léon Brémont)

Qui est vraiment Léon Brémont (1942-2018) ? Une sorte d’Alceste gentiment narquois quand il brocarde de quelques chatouilles acidulées les bonnes gazettes de la culture ? Non, pas de nom, je ne dirais rien… Et Marie Frémont ? Dans l’entrelacs des personnages elle virevolte dans le kaléidoscope des sentiments mis en perspective par le subtil observateur des choses de la vie qu’est Courseaux-Brémont . Avec un regard affûté sur ce monde contemporain parfois réduit à l’oeil baissé sur l’écran d’un smartphone … Et le rêve, dans tout ça ? La vie la vraie vie ?? Et la tendresse ? La poésie et la littérature… Est-ce indiscret de vous dire qu’on y voit Mallarmé en filigrane (qui n’a pas commenté, mais qui doit quand même se poser des questions sur cet énergumène qui pourfend l’adjectif d’une plume acérée comme un fleuret…) D’ailleurs sur ce plan, l’ai-je bien compris ce réquisitoire?
L’adjectif c’est la mal bouffe de la littérature. * N’en ai-je point usé et abusé dans l’éloge enthousiaste ?? Peut-être, quoi qu’il en soit ce n’est pas du brouet insipide mais des crèmes qui sont servies,  dirait Roxane en sortant de la soirée. Des crèmes savoureuses, épicées, longues en bouche, succulentes, quoi que dise Brémont sur l’adjectif. Brémont ou … Vous le saurez au théâtre Hébertot. Quand une histoire commence – virgule – c’est après cette virgule que tout peut arriver. Et ça arrive.

La mise en scène est de Stéphane Cottin. Les costumes de … voyez l’affiche…

La salle était comble et comblée, et avec cette rentrée théâtrale, on se sent un peu plus vivant pour l’année à venir, malgré tout.

Pour les infos dates réservations , clic sur le rideau —->

 

NB 1 Sganarelle est un nom récurrent dans l’œuvre de Molière, dont l’origine viendrait du verbe italien sgannare, qui signifie « dessiller » ou, pour mieux définir, « amener à voir ce qu’on ignore ou ce qu’on veut ignorer. »

NB 2 Madame de Sévigné vient d’épistoler par mail en contestant formellement la position de Léon Brémond en matière d’adjectif, mais ceci est une autre histoire.

Et pour quelques images de plus…

 

Norbert Gabriel

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