Partenaires. Rue de la Muette.

6 Jan

 Depuis 20 ans,  Patrick Ochs et ses musiciens colportent leurs chansons, nous font partager leurs émotions, histoires banales ou fantastiques, vécues ou rêvées, où les animaux côtoient et se confondent avec les humains, univers du cirque, des fêtes foraines, nostalgie et blessures de l’enfance, où il y a toujours l’espoir d’un monde meilleur dans le désenchantement,  sur des musiques java-rock, nourries d’influences klezmer, 20 ans depuis les hangars, de cabanes en bistrots, de foyers d’accueil en prison, puis sur les scènes de France et du monde.

Quinze ans de tournées, plus de 1000 concerts en France, en Chine, en Bulgarie, en Russie,  jusqu’à Saint-Pierre et Miquelon, à l’écart des médias, mais avec un public fidèle.

Et c’est du septième album de Rue de la Muette dont il est question aujourd’hui. Un album fait en famille, entre amis, avec Gilles Puyfagès à l’accordéon, Eric Jaccard aux percussions, Vincent Mondy à la clarinette basse, clarinette Si b, au saxophone soprano, et Patrick Ochs au chant. 12 chansons parmi les plus belles choisies dans les albums précédents, mais totalement relookées, à tel point qu’on les redécouvre, autrement, plus trois nouvelles, toutes enregistrées dans les conditions du direct, avec une énergie nouvelle, chaque musicien mis en lumière, et la voix de Patrick Ochs, reconnaissable entre toute,  une voix qui vient de loin, du plus profond de l’âme, toute en nuances, douce et mélancolique, ou grave jusqu’au tragique, grondante de cris de révolte,  une voix indomptable dit-il, trop rauque, comme un vieil ours sauvage, mais toujours envoûtante, elle nous embarque et nous retient  dans son grand cirque de la vie.

Tout commence là, sur Le bout du banc, au bout du banc de la société, où un homme regarde passer les gens, des directeurs, des capitaines d’industrie, passer le temps, la vie qui va , Tu m’envoies de temps en temps de fringues et des médicaments, mais tu me laisses au bout du banc… Suis-je petit ou bien grand, assis au milieu de la nuit, sur un banc ? Chanson qui se décline, comme une comptine rythmée par les percussions et la clarinette, et l’accordéon qui soupire, la solitude face à l’agitation d’une société indifférente.

Patrick Ochs  archives  NGabriel

Suit une chanson inédite : Veuillez rester à votre place ! C‘est en Monsieur Loyal que Patrick Ochs ouvre le rideau du cabaret des animaux : Les fauves et les bêtes sauvages / Vont sortir de leur cage / Attention que rien ne dépasse / Ne bougez pas, restez en place. Des animaux sauvages ? J’ai un tigre dans ma cuisine / Qui mange du poulet, des sardines / Un vieil ours devant le frigo / Qui me suit quand j’vais au bistrot… Mais Tout n’est qu’illusion / Il faut bien que tout le monde mange…

Qu’importe Ce qu’on dit de toi / Le bien, le mal, ça me regarde pas… J’ai aimé, j’ai eu mal, mais ça m’est égal…

Et Dis moi pourquoi quelqu’un comme toi / Dis moi pourquoi ne chercherais pas sur terre son contraire / Dis moi pourquoi quelqu’un comme moi / N’aimerait pas au contraire quelqu’un comme toi… Au contraire, Deuxième chanson inédite.

Une version sans guitare de la rencontre improbable entre deux musiciens, c’est La valse de Mingus et BB King : Dans un couloir Chalie Mingus / Et le fantomne de sa contrebasse / Attendent le dernier autobus / Mais quand le bus passe pour Mingus il n’y a jamais de place / Dernière station puis terminus / Personne ne descend au bout du monde.

Mélancolie, désillusion, swing accordéon, et montée en puissance musicale de La fanfare:

Je voulais jouer dans la fanfare, comme à la Nouvelle Orléans / Laisser ma trace sur le boulevard, m’arrêter face à l’océan / Est ce que maintenant il est tard ? Est ce que tu seras sur le quai ? / Est ce que tu me tendras les bras en me disant je t’attendais ?

Dans la galerie de portraits de la grande ménagerie du cirque, c’est un mendiant d’amour désespéré qui danse La java de l’ours dans un aquarium :

Est ce que tu me diras Bas les pattes animal / Tu danses, tu danses tellement mal tellement mal / Est ce que tu me jetteras par terre / A la braderie du secours populaire / Me feras tu du bien ? Me feras tu du mal ?

Vous voulez un peu de magie, dans une boutique pleine de trucs bizarres qui sortent des trous, et aussi des placards  ? C’est en cadence swing que vous entrerez chez Madame Irma : Madame Irma reçoit des clientes / Qui viennent de loin consulter la voyante / Elle va vous guérir de toutes vos peines / Elle va vous enlever toutes vos chaînes. Et c’est la troisième chanson inédite de l’album.

Puis on retrouve une des plus célèbres chansons du répertoire de Rue de la Muette : Ma mère traîne au café, chanson dont la musique est inspirée d’une chanson  que lui chantait sa mère, Boublitchki, chanson populaire du folklore russe et juif, sous différentes versions, qui a fait le tour du monde : Ma mère traîne au café, mon père traîne au café / Dans la maison, je monte le son / De la vieille télé et quand j’entends frapper / Je dis «  il n’y a plus un rond dans la maison » /  Le soir après l’école, quand les parents picolent / Seul dans les rues, je traîne mon âme en peine. Chanson d’une actualité permanente, quand les parents boivent, ce sont les enfants qui trinquent.

Photo archives NGabriel

Dans ce grand cirque de la vie, on est tous Partenaires, comme ces vieux chiens dressés, qui dansent sur leurs pattes de derrière , et parfois on a le blues du clown triste : Partenaires, partenaires, toujours partenaires / Partenaires, logés dans des meublés pas cher / Arrête de rêver des palaces / Les règlement, c’est trop sévère / Pour les vieux clowns, les vieux cabots / Même quand ils dansent ou font les beaux / Sur leurs pattes de derrière / Alors quoi faire ? / Pas être marrant, pas différent / Bosser sa vie entière / En employé obéissant / Et puis un jour, sortez du rang / Tirez vous, y’a rien à faire / Vous rapportez plus d’argent.

Mais il faut vivre, ne pas rester sur le côté, et danser encore, c’est ce que raconte cette danse amoureuse très jazzy :

Un pas pour danser : De chaque côté de la ligne on pose les pieds / Un pas pour danser, un pas pour un pas de côté / De chaque côté de la ligne, un pas pour avancer, pour danser, pour aimer / De chaque côté de la ligne, un pas pour  pas rester sur le côté / De chaque côté de la ligne, me laisse pas tomber / Ô mon amour, je viendrai te chercher.

Retour sur la piste aux étoiles, avec La fille aux éléphants, reine sur la piste, mais sa vie a la couleur des éléphants : Laissez passer la caravane / Entre en piste dans ton corps, dans ton cœur, dans ton âme / De la couleur des éléphants.

Grise aussi la vie d’ Albert au milieu du pont, Albert qui rêve de s’envoler de l’autre côté du pont.

On a beau vouloir regarder en avant, hélas le monde ne change pas, et on a mal à l’humanité,  c’est le cri déchirant de La Muette à Drancy, qui nous atteint en plein cœur :

Avant la tombée du soir / Avant que le dernier train quitte la gare / Je traîne mon petit frère dans le métro / Pour voir les tigres du cirque Medrano / En remontant le boulevard / J’ai dans le cœur le cœur de la fanfare / Vite, sortez nous d’ici / Sortez nous tous d’ici / Loin du camp de Drancy / Sortez nous tous d’ici.

La 15 ème et dernière chanson de l’album est la fable de La vache qu’un garçon était en train de traire :  Pleurait à cause du petit veau / Qu’un boucher le matin tôt / Avait mis dans sa bétaillère/ avec une morale que n’aurait pas renié La Fontaine : Chacun mange plus petit que soi / C’est la vie, et c’est comme ça.

Découvertes ou redécouvertes autrement, ces 15 chansons qui retracent le parcours musical de Rue de la Muette,  portraits sensibles, histoires de vies, à s’indigner, à s’émouvoir, à s’étonner, parfois tragiques, mais jamais désespérées, portées par ce géant pétri d’humanité qu’est Patrick Ochs, sur des musiques voyageuses, qui se glissent subtilement et se coulent aux mots, du souffle d’accordéon qui soupire en valse lente  au rire clair de la clarinette, les sanglots de saxophone, le rythme des percussions, jazz et java copains, ça doit pouvoir se faire chantait Nougaro, et là, ça le fait.

Photo Archives NG au Zèbre de Belleville

Un huitième album de Rue de la Muette est en préparation : Les rendez-vous de novembre, titre qui fait référence au tragique 15 novembre 2015.

La page facebook de Patrick Ochs :  ——–>

 

 

 

                    Danièle Sala

 

 

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5 Réponses to “Partenaires. Rue de la Muette.”

  1. Martine Fargeix janvier 6, 2018 à 15 h 13 min #

    Alors, finalement, tu n’as pas utilisé mes photos ?

    J'aime

    • leblogdudoigtdansloeil janvier 6, 2018 à 16 h 22 min #

      Ah Danièle ne m’a rien envoyé donc je me suis débrouillé avec quelques archives plus ou moins récentes…

      J'aime

      • Danièle Sala janvier 6, 2018 à 17 h 03 min #

        C’est un malentendu fâcheux ! Au temps pour moi ! Je te les enverrais et ce sera pour une prochaine fois.

        J'aime

  2. leblogdudoigtdansloeil janvier 6, 2018 à 17 h 59 min #

    Rémi Karnauch
    6 Janvier, 17:53

    Très bon article où on entend (en les lisant) chanter les mots de Patrick avec tous les amis musiciens de Rue de la Muette, ça fait plaisir!

    Aimé par 1 personne

  3. leblogdudoigtdansloeil janvier 6, 2018 à 18 h 00 min #

    José Plouffe
    6 Janvier, 17:27

    Toute une critique qui m’aurait donné l’envie de découvrir Rue de la Muette si je ne connaissais pas déjà! Super album! Bravo à tous!!

    Aimé par 1 personne

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